Vik, tu es coiffeuse et avec une autre camarade d’A2C, vous avez organisé fin juillet une mobilisation dans votre syndicat et sur votre lieu de travail face à la canicule et ses effets sur les travailleurs et les travailleuses. Comment cette initiative est-elle née ?
Cette initiative est née en discutant avec nos collègues, d’abord au sein du syndicat de la coiffure. On s’est rendu compte qu’il n’y avait rien qui était mis en place alors qu’en tant que coiffeur·euses, on est amené·es à travailler avec des outils chauffants, comme des sèche-cheveux, ce qui est particulièrement compliqué sous 40°. On a eu pas mal de retours, dans notre groupe du syndicat, comme quoi c’était très dur à vivre, qu’il n’y avait pas d’aménagement mis en place, même pas un ventilateur, rien du tout.
A partir de ça, une camarade a travaillé sur un tract à partir d’une vulgarisation de la législation qui a été faite par la CGT. Ca nous a permis d’organiser quatres séances de tractages et deux collages à destination des travailleur.euses pour les informer sur leurs droits et pour les amener à rejoindre le syndicat et à s’organiser collectivement face à la canicule.
Quand on a rencontré les travailleur·euses, on s’est vraiment rendu compte du désastre. Les espaces dédiés aux client.es sont climatisées mais pas ceux où les salarié.es travaillent. Dans une crêperie à Rennes, des collègues ont mesuré 50°C en cuisine. Iels nous ont dit que la température n’était pas montée plus haut uniquement parce que le thermomètre ne pouvait plus afficher davantage.
Donc vous avez construit cette mobilisation avec le secteur de la restauration ? Pourquoi ?
La restauration est un secteur avec lequel on partage beaucoup de choses : des petites entreprises, le travail en présence directe du patron, des week-ends travaillés, des heures supplémentaires souvent non payées. On avait déjà mené des mobilisations ensemble, donc c’était naturel de construire celle-ci en commun. L’objectif était aussi de renforcer la CGT Commerce. Si on reste organisé·es uniquement par métier, on est vite limité·es par notre nombre et notre force collective. Et puis là, la canicule touche tout le monde. Sous 42 °C, beaucoup de patrons préfèrent maintenir l’activité plutôt que fermer quelques heures et perdre de l’argent.
On entend souvent que ce sont des secteurs durs pour le travail syndical mais quand on a tracté, les travailleur·euses nous ont expliqué que c’était la première fois qu’ielles voyaient des syndicalistes. Travailler aux côtés du patron rend les discussions compliquées, mais au moins on a pu laisser un contact et avoir des débuts de discussions.
Comment ça s’est passé dans le syndicat ? Face à quels arguments vous êtes vous confrontés ?
Au départ, cette démarche n’a pas convaincu grand monde. Les plus motivé·es étaient surtout les nouvelles et nouveaux syndiqué·es, ainsi que quelques militant·es plus ancien·nes. D’autres pensaient qu’il n’était pas utile de lancer une mobilisation spécifique pour un épisode qui ne durerait que quelques jours.
Nous avons défendu l’idée inverse : la chaleur n’est pas un événement exceptionnel mais une conséquence durable du changement climatique, qui transforme déjà nos conditions de travail. C’est donc une question syndicale à part entière.
Et quand la dynamique a pris, des cadres du syndicat nous ont rejoint car iels ont vu que ça pouvait mobiliser les collègues.
D’ailleurs en rencontrant les travailleur·euses plusieurs avaient menacé d’exercer leur droit de retrait, plusieurs s’étaient déjà organisé.es de façon collective. Au final j’ai l’impression que la canicule mobilise plus que les questions posées habituellement par les syndicats sur des conditions de travail spécifiques parce qu’il y a un vrai turn-over, et au final beaucoup aspirent à sortir du secteur. La canicule c’est tout de suite maintenant, ça mobilise plus.
Au final, qu’est ce que cette mobilisation a permis selon toi pour la suite ?
Au final, on a pu rencontrer pas mal de travailleur·euses et constituer un petit groupe de militant·es de la CGT commerce avec des habitudes de faire ensemble, d’aller rencontrer les collègues, dans des secteurs particulièrement exploités. C’est une bonne base pour la suite. La canicule de cet été va avoir de grosses répercussions ces prochains mois sur les travailleur.euses. Des agriculteur·ices annoncent que l’épisode de canicule va affecter fortement les prix à cause des impacts sur les récoltes. Il faut qu’on arrive à continuer de lier cette mobilisation à une riposte de classe sur nos lieux de travail.