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	<title>A2C &#8211; Autonomie de classe</title>
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	<title>A2C &#8211; Autonomie de classe</title>
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		<title>La nature humaine est-elle un frein à l’émancipation ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-nature-humaine-est-elle-un-frein-a-lemancipation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 15:33:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Nature humaine]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Il y a des croyances qui sont devenues comme des lieux communs dans notre société et celles concernant la nature humaine sont particulièrement ancrées. Il est ainsi très <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-nature-humaine-est-elle-un-frein-a-lemancipation/" title="La nature humaine est-elle un frein à l’émancipation ?">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué nature humaine."></object><a id="wp-block-file--media-0aac555d-c326-4b37-babb-855e4c12f959" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf">nature humaine</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-0aac555d-c326-4b37-babb-855e4c12f959">Télécharger</a></div>



<p>Il y a des croyances qui sont devenues comme des lieux communs dans notre société et celles concernant la nature humaine sont particulièrement ancrées. Il est ainsi très courant d’entendre des observations de comportements d’individus (souvent condamnables ou au minimum désagréables) se conclure par « on peut rien y faire, c’est la nature humaine ! ».&nbsp;</p>



<p>Que ça soit pour qualifier quelque chose d’aussi banal que couper une file d’attente jusqu’à justifier l’existence des guerres, la nature humaine – en tout cas une certaine conception de celle-ci – est régulièrement mobilisée. Alors que les sciences regorgent désormais d’études qui démontrent qu’il n’existe pas de nature humaine qui soit violente, individualiste, sexiste, raciste, avide, la moindre contradiction apportée à la mobilisation d’une telle vision des choses est souvent perçue comme l’équivalent de venir contredire que la terre tourne autour du soleil.</p>



<p><strong>Une conception qui justifie l’ordre établi</strong></p>



<p>Le système capitaliste ne se contente pas d’organiser la production des marchandises y compris les plus essentielles, il doit également produire les conditions qui permettent à la classe qui le dirige de se maintenir au pouvoir. Ainsi, tout un ensemble de structures et d’idéologies qui légitiment l’organisation générale de la société a été développé. La question de la conception de la nature humaine vient occuper un rôle important pour faire apparaître comme naturels certains traits les plus terribles de la société, pour justifier d’un certain ordre établi ou encore de l’impossibilité de le changer.</p>



<p>Un philosophe britannique du 17eme siècle, Thomas Hobbes, a ainsi écrit un livre fondateur d’une telle conception de la nature humaine, Le Léviathan, dans lequel il décrit un état naturel qui serait soumis à la loi du plus fort et affirme que pour empêcher cela il faudrait un État en capacité de contraindre cette nature et d’incarner l’intérêt général. C’est dans ce livre qu’il reprend le fameux « l’homme est un loup pour l’homme ». La conséquence de tout cela ? Il faut des dirigeants pour prendre les grandes décisions dans l’intérêt général, l’agression est présentée comme un héritage génétique indépassable pour excuser la brutalité des rapports sociaux et donc il faut une police pour protéger les humains les uns des autres et les surveiller, il faut également des prisons pour punir et restreindre les accès de violence, etc.</p>



<p>Hobbes n’est qu’un exemple parmi les plus marquants d’une production idéologique qui s’étale sur des siècles. Mais bien que les idées dominantes soient celles de la classe dominante, cela ne signifie pas que ce sont les seules qui existent. Dans son livre Karl Marx, Anthropologist<sup data-fn="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef" class="fn"><a href="#0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef" id="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef-link">1</a></sup>, l’anthropologue anglais Thomas C. Patterson revient longuement sur l’histoire des idées autour de la question de la nature humaine. Il souligne bien que dès les Lumières, des penseurs majeurs comme Rousseau défendaient une conception de la nature humaine déterminée culturellement et historiquement<sup data-fn="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de" class="fn"><a href="#b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de" id="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de-link">2</a></sup> donc très différemment de Hobbes. Plus tard encore, Marx a poussé cette réflexion plus loin en montrant que l’individualisme et le manque de communauté ne sont pas des traits humains éternels, mais des symptômes spécifiques de la société capitaliste alors émergente.</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-50a814f1db3675de7ce56333db8472c5"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-016810e7f421003e8b13aa985417d17a"><em>L&rsquo;individualisme : une caractéristique des sociétés capitalistes</em></p>



<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-f28a3423eeabf1209e2c2bd4fc0a5aaa"><em>« Quand on parle de nature humaine pour justifier qu’on ne peut pas changer le système, on évoque souvent l’individualisme. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, si nos modes de vies sont si individuels, c’est qu’ils ont été façonnés par le capitalisme. Ce mode de production s’est imposé par la violence. Dans les pays européens, l’exemple le plus fort est peut-être celui de la Grande-Bretagne avec les enclosures et clearances, qui, en leur retirant leurs moyens de subsistances voire en les faisant émigrer de force, ont désintégré les communautés paysannes traditionnelles, fondées sur le travail en commun en l’entraide. Ces modes de vies bien moins individualistes qu’aujourd’hui ont été détruits par la violence. »</em></p>
</div></div>



<p><strong>C’est quoi l’espèce humaine ?</strong></p>



<p>Un des enjeux derrière les débats autour de la nature humaine est de savoir ce qui pourrait nous définir en tant qu’espèce. Une des premières questions qui s’est posée de ce point de vue-là c’est celles de nos origines. Le consensus scientifique affirme que l’humanité partage un ancêtre commun avec les grands singes qui est apparu il y a environ 6 à 7 millions d’années en Afrique. Un des débats les plus importants quant à l’origine de notre espèce est de savoir ce qui nous distingue des autres grands primates ou plutôt de ce qui a commencé à nous distinguer. Darwin par exemple a défendu que c’était la taille du cerveau qui avait commencé à nous distinguer dans son ouvrage La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe publié en 1871. Elle aurait permis de développer des facultés intellectuelles qui ont d’abord entraîné la bipédie, la libération des mains et la fabrication d’outils qui ont en retour exercé une pression sélective sur les individus dotés de plus grandes capacités cérébrales. Friedrich Engels, dans son texte de 1876 « La part du travail dans la transition du singe à l’homme », va quant à lui affirmer que nos ancêtres ont d’abord été contraints à se tenir debout, que cela a libéré la main qui est devenue l’organe du travail (fabrication d’outils) et que seulement après une très longue période d’activité manuelle complexe (des millénaires et millénaires) et de vie sociale nécessitant le langage pour assurer un tel niveau de coopération que le cerveau a été stimulé et a commencé à grossir.&nbsp;</p>



<p>Les preuves fossiles découvertes depuis un siècle donnent raison à Engels. Le squelette Toumaï<sup data-fn="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b" class="fn"><a href="#b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b" id="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b-link">3</a></sup> découvert en 2001 au Tchad est daté d’environ 7 millions d’années. C’est l’un des plus vieux ancêtres connus présentant des signes de bipédie et son cerveau est d’environ 350 cm³, soit la taille de celui d’un chimpanzé actuel. C’est aussi le cas de Lucy<sup data-fn="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f" class="fn"><a href="#1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f" id="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f-link">4</a></sup> trouvé dans les années 1970 dont le squelette est daté de 3,2 millions d’années, qui est considérée comme parfaitement bipède et dont le cerveau (environ 400-500 cm³) n’est pas beaucoup plus gros que celui d’un grand singe. Les dernières recherches scientifiques à ce sujet confirment que le volume du cerveau n’a commencé à augmenter de façon spectaculaire qu’avec le genre Homo (environ 2,5 millions d’années), c’est-à-dire des millions d’années après que la bipédie a été acquise et que l’usage d’outils rudimentaires a commencé.</p>



<p><strong>Un être social et solidaire</strong></p>



<p>En confirmant la séquence telle que formulée par Engels, cela pose au cœur de notre évolution la question de la collaboration pour survivre et cela a des conséquences sur ce qu’on appelle la nature humaine. Du premier ancêtre bipède jusqu’à l’apparition d’Homo sapiens il y a environ 200 000 ans, l’interaction entre l’usage d’outils, le travail collectif et le développement cérébral a forgé notre corps. Ce n’est pas la force physique qui a permis à Homo sapiens de se développer, mais sa capacité de communication (langage complexe) et sa flexibilité sociale.</p>



<p>Ces premiers humains ont vécu sous forme de petites bandes de chasseurs-cueilleurs nomades. Des sociétés organisées de la sorte ont continué à exister malgré le développement d’autres systèmes et malgré l’expansion sans limite du système capitaliste.</p>



<p>Dans les années 1930 et 1940, l’anthropologue E.E. Evans-Pritchard va rendre compte de l’étude de la société des Nuer au Soudan du Sud qui organisait la vie de milliers d’individus sans structure de pouvoir centralisé<sup data-fn="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249" class="fn"><a href="#d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249" id="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249-link">5</a></sup>, où chaque individu se considère comme l’égal des autres et où personne ne détient le monopole de la force. L’étude des San en Afrique australe (un ensemble de peuples présents sur ce territoire depuis plus de 40 000 ans) par Richard Lee décrit une société qui a développé des instruments de contrôle social et politique qui visaient à prévenir l’accumulation de pouvoir et de privilèges au lieu de la renforcer et de la protéger et qui a participé à démontrer en quoi l’organisation des sociétés chasseurs-cueilleurs ne reposent pas sur une division genrée du travail, la place de la chasse et la prédominance des hommes. Ou encore l’étude des Iñupiat d’Alaska par Barbara Bodenhorn qui rend compte d’un système de parenté basé sur la réciprocité plutôt que sur les liens du sang et où les enfants peuvent choisir leur famille. Ou enfin des preuves archéologiques, notamment au Pérou (sociétés vers 1000 av. J.-C.), montrent des civilisations hautement organisées avec des systèmes d’irrigation et de grands monuments, mais sans différence de statut marquée parmi ses membres.</p>



<p>Le développement du système capitaliste à l’échelle de la planète s’accompagne évidemment d’une homogénéisation des structures de sociétés, mais comme l’individualisme forcené n’a pas étouffé les élans de solidarité et d’altruisme qui caractérisent notre espèce, il persiste encore des modalités d’organisations sociales qui ne sont pas celles de la famille nucléaire hétéronormée qui ne s’est imposée qu’à la suite d’une crise de la reproduction de la classe ouvrière au 19e siècle. D’ailleurs, la fixité des rôles de genre et du sexe biologique n’est ni une constante dans l’histoire ni entièrement uniformisée aujourd’hui<sup data-fn="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117" class="fn"><a href="#6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117" id="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117-link">6</a></sup>.</p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Quand on change le monde, on se change soi-même.</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>« Il y a autre chose qui est important quand on se met d’accord que la « nature humaine » n’est pas un frein à l’émancipation : les idées changent dans la lutte.&nbsp;</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Les périodes révolutionnaires bouleversent à la fois les idées préconçues des gens mais aussi les relations entre eux. Je me rappelle de périodes de grève reconductible, où les rapports entre collègues, les rapports entre collègues et élèves, le rapport entre le bahut et le quartier : tout change, parce qu’on se met à se préoccuper de tout et à voir les choses d’un point de vue très différent. C’est un moment où on peut se libérer des identités auxquelles nous </em> <em>assigne la société. </em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>C’est ce qu’il se passe lors des bouleversements où des millions de gens se mettent en mouvement, et c’est à mettre en avant, car ça peut être très puissant. »</em></p>



<p><strong>Tout sauf un frein</strong></p>



<p>L’anthropologue Patterson identifie le partage systématique comme point clé de l’évolution humaine et rappelle que pendant la majeure partie de notre histoire, les humains ont vécu dans des sociétés sans différence structurelle entre producteurs et non-producteurs7. L’égalité est en réalité une stratégie de survie et de développement qui a accompagné le développement de notre espèce pendant des dizaines de milliers d’années.</p>



<p>La nature humaine n’est pas un frein à l’émancipation. La grande majorité du temps que notre espèce a vécu, elle l’a passée dans des sociétés égalitaires où l’entraide et la solidarité dominaient pour survivre et vivre. Tout son développement démontre qu’une société où la production et la répartition des moyens de subsistance s’organiseraient “de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins”, où les décisions seraient prises collectivement, une société débarrassée de l’exploitation d’une part de l’humanité par l’autre, débarrassée de la domination d’humains sur d’autres humains serait une société qui permettrait à ce qui est véritablement la nature humaine de pleinement s’exprimer.</p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>D’autres sociétés sont possibles, mais avec de nouveaux défis</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>« On peut s’inspirer des anciennes sociétés sans État, puiser des arguments dans ce genre de recherches anthropologiques. En revanche, des nouvelles questions se posent : comment s’organiser pour sortir des énergies fossiles ? Pour gérer ce qu’on peut appeler des « communs négatifs », et dont on va hériter, comme les déchets nucléaires ? Comment construire une société égalitaire à 8 milliards sur terre ?&nbsp;</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Alors, on peut tirer des arguments des recherches de David Graeber, Pierre Clastres et autres anthropologues… mais sans décalquer, pour ne pas négliger les nouveaux défis qui se posent à nous. Mais on va y arriver ! »</em></p>



<p><strong>Mathieu Pastor (Paris 20e)</strong></p>



<p>7 &#8211; Thomas C Patterson, Karl Marx, Anthropologist, 2009 &#8211; Pages 104-105-106</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef">Penny McCall Howard, « Sharing history », International Socialism, 2010 <a href="#0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de">Thomas C Patterson, Karl Marx, Anthropologist, 2009 &#8211; Pages 24-25-26  <a href="#b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b">Reconstitution du crâne de Toumaï, Hominides https ://www.hominides.com, 2005 <a href="#b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f">Jean-Renaud Boisserie, « Sa découverte a tout changé : ce que Lucy nous cache encore sur l’évolution des premiers humains », www.futura-sciences.com, 2024 <a href="#1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249"> E. E. Evans-Pritchard, Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d’un peuple nilote, 1940 <a href="#d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117">Sheila McGregor, « Biology is not our destiny », International Socialism, 2025 <a href="#6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Pour une écologie révolutionnaire</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-revolutionnaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 14:45:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalocène]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie révolutionnaires]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Nous sommes aujourd’hui face à un constat qui ne peut être réfuté : la crise environnementale est en cours, et ses conséquences meurtrières n’auront de cesse de se <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-revolutionnaire/" title="Pour une écologie révolutionnaire">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/ecologie.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué écologie."></object><a id="wp-block-file--media-789a0264-d792-43c7-919b-65f7a720daa7" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/ecologie.pdf">écologie</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/ecologie.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-789a0264-d792-43c7-919b-65f7a720daa7">Télécharger</a></div>



<p><em>Nous sommes aujourd’hui face à un constat qui ne peut être réfuté : la crise environnementale est en cours, et ses conséquences meurtrières n’auront de cesse de se renforcer dans les années à venir. Face à cette catastrophe, il est de notre responsabilité de construire une réponse politique ancrée dans des réalités matérielles. Sur quelles bases souhaitons-nous construire cette riposte ? Quelle stratégie voulons-nous construire pour faire face à un système qui détruit les conditions mêmes de la vie ? « Les perspectives sont sombres : d’où la nécessité de se lancer dans l’action » écrit Andreas Malm. À l’heure du désastre climatique, seule l’humanité peut se sauver elle-même. </em></p>



<p><strong>La seule écologie cohérente est une écologie anticapitaliste&nbsp;</strong></p>



<p>Afin de développer une stratégie cohérente et efficace pour lutter contre la crise environnementale, il faut d’abord en comprendre la cause. Comme le souligne John Bellamy Foster, professeur de sociologie, ce n’est pas la nature qui est en crise, c’est le capitalisme. La crise environnementale est donc l’une des nombreuses conséquences de la crise d’un système tourné vers une croissance infinie. C’est pour cette raison que nous choisissons de parler de capitalocène, et non d’anthropocène : la crise environnementale n’est pas le fait de l’humanité en tant que telle, mais bien d’un système économique et social fondé sur l’exploitation des travailleur&rsquo;ses, l’accumulation du capital et la destruction du vivant. Cette crise est donc une histoire de classe, et l’analyser sous cet angle permet de cibler celleux qui en portent la responsabilité : les capitalistes. </p>



<p>Deux éléments principaux permettent d’illustrer les conséquences destructrices du capitalisme sur le vivant. Le premier élément est le productivisme inhérent au mode de production capitaliste : c’est-à-dire la recherche constante à augmenter toujours plus le volume de la production. Il repose sur l’exploitation des travailleur&rsquo;ses, mais aussi sur l’extraction de ressources naturelles à constamment injecter dans le processus de production. Or ce productivisme est destructeur pour le vivant, car il se fonde sur le postulat que la production peut croître indéfiniment, alors même que nous vivons sur une planète aux ressources finies. Il y a donc une incompatibilité fondamentale entre la logique du capitalisme et la préservation du vivant. La déforestation, l’épuisement des sols, l’extraction minière à outrance, sont des conséquences directes de cette contradiction. Mais le capitalisme ne la résoudra pas de lui-même, car pour lui, s’arrêter de produire, c’est mourir. </p>



<p>Le second élément est la rupture métabolique, concept développé par John Bellamy Foster, à partir des analyses de Marx et d’Engels. Pendant des millénaires, les humains vivaient près des terres qu’ils cultivaient et ils mangeaient ce qu’ils produisaient sur place. Les déchets organiques retournaient au sol et les nutriments faisaient un cycle, et un équilibre existait. Avec le capitalisme et l’industrialisation, deux choses changent : les paysan&rsquo;nes quittent les campagnes pour aller travailler en ville dans les usines (c’est la séparation ville/campagne), et l’agriculture s’industrialise. On produit donc massivement pour le marché et les aliments partent loin de là où ils ont poussé. Donc les nutriments extraits du sol ne lui reviennent jamais. Le sol s’appauvrît, et pour compenser, on utilise des engrais chimiques, des pesticides. Le cycle naturel est rompu, c’est la rupture métabolique. </p>



<p>Ainsi le capitalisme, par sa nature même et ses contradictions, ne peut pas apporter de réponses à la crise environnementale. Une écologie politique cohérente ne peut donc être qu’une écologie anticapitaliste. Mais ce constat ne suffit pas, et, comme on peut l’observer actuellement, le mouvement écologiste est en perte de vitesse. Il ne parvient plus à mobiliser massivement, comme il a pu le faire avec le mouvement climat de la fin des années 2010, et il a du mal à s’adapter face à la répression et à la criminalisation de ses militant&rsquo;es. Afin de répondre à ces enjeux, il faut aller plus loin que la seule critique du capitalisme : il nous faut une écologie porteuse d’un nouveau projet de société politique et social : il nous faut développer une écologie révolutionnaire. </p>



<p><strong>Construire une écologie révolutionnaire : Développer une conscience écologique de classe&nbsp;</strong></p>



<p>Cette écologie révolutionnaire doit se construire en intégrant une lecture de classe. En effet, la crise environnementale nous concerne tous·tes, même les bourgeois. En revanche, nous ne sommes pas tous·tes égaux·les face à cette crise. Nous avons des intérêts contradictoires avec les bourgeois qui profitent de la crise pour poursuivre leurs affaires. Notre classe, elle, cherche juste à sauver sa peau face à une catastrophe sans précédent. D’ici 2050, c’est 200 millions de personnes déplacé&rsquo;es, une personne sur deux atteinte de cancer, des conditions de travail de plus en plus difficiles avec l’intensification et la multiplication des épisodes caniculaires&#8230; La lutte écologique, c’est donc une lutte sociale pour sauver nos conditions d’existence sur cette planète : celles des travailleur&rsquo;ses, des jeunes, des vieux, des vieilles, des paysan&rsquo;nes, des peuples autochtones – en bref, les exploité&rsquo;es et les opprimé·es que le capitalisme menace de sacrifier en masse. </p>



<p>Comment faire pour permettre à notre classe de se saisir de la lutte écologique ? L’idée de développer une conscience écologique de classe est au centre de cet article. Cette expression désigne la capacité de notre classe à comprendre que sa position dans la production la place au cœur des contradictions écologiques, qu’il y a une nécessité à refuser le chantage entre emploi et environnement et qu’il faut revendiquer un contrôle collectif sur les finalités et les modalités de la production afin de rendre compatibles les besoins sociaux et les équilibres écologiques. Notre classe doit prendre conscience que c’est la classe bourgeoise la responsable de la crise. Cette conscience écologique de classe, nous devons la construire par en bas, dans les quartiers, les villes, les villages, les organisations de lutte et les syndicats.&nbsp;</p>



<p>Développer une conscience écologique de classe, c’est aussi réaliser que l’écologie est un enjeu pleinement relié au monde du travail. La production est en effet un espace clé des contradictions écologiques du système capitaliste : choix des matières premières, chaînes logistiques, logiques productivistes, exposition aux polluants etc. Les travailleur&rsquo;ses sont donc placé&rsquo;es au centre de ces logiques contradictoires, et ont donc le pouvoir de créer un rapport de force. Construire cette conscience, c’est donc pointer du doigt que les logiques qui épuisent les corps, sont les mêmes qui épuisent les sols, et le vivant dans la globalité. Les injonctions à la croissance, et au productivisme, nous mènent donc à la destruction des conditions d’habitabilité sur la Terre. </p>



<p>Une écologie révolutionnaire commence donc par la prise de conscience que notre classe, dans sa diversité, est à la fois victime de la crise environnementale, et capable de renverser l’ordre responsable de cette crise.&nbsp;</p>



<p><strong>Construire une écologie révolutionnaire : comment faire concrètement ?&nbsp;</strong></p>



<p>Cette conscience écologique de classe reste à construire, nous ne prétendons pas donner une recette infaillible pour la faire émerger. Néanmoins, nous proposons quelques bases qu’il semble important de développer dans le mouvement. Afin de construire cette conscience écologique de classe, il faut mettre en place des modes d’actions et des revendications cohérentes dans l’objectif de massifier et de rendre accessible l’écologie à l’ensemble de notre classe.&nbsp;</p>



<p>Actuellement, un certain nombre de stratégies issues de collectifs écologiques militants reposent sur des actions de désobéissance civile, qui sont extrêmement exigeantes (blocages longs, occupations, mobilisations quasi permanentes, disponibilité totale, intensité forte).&nbsp;</p>



<p>Cette stratégie a des limites, notamment compte tenu du fait de la posture minoritaire qu’elle donne au mouvement écologiste. Ces actions de désobéissance civile ne sont pas accessibles à tou&rsquo;tes car elles impliquent des risques judiciaires. De fait, les personnes ne rentrant pas dans les normes attendues par ce système sont bien plus exposées à la répression de la police et de la justice. </p>



<p>Il est donc nécessaire d’adapter les modes d’actions pour massifier le mouvement et le rendre accessible à l’ensemble de notre classe. Cela implique de la construire dans chaque quartier, en partant des situations concrètes : logements insalubres, mauvaise isolation, factures énergétiques trop élevées, restrictions d’eau l’été, accès inégal aux services essentiels. C’est là que l’écologie cesse d’être abstraite et devient immédiatement politique. En s’ancrant dans ces réalités, il devient possible de construire des formes d’organisation accessibles, compatibles avec la vie quotidienne, et capables d’élargir la base sociale du mouvement. À l’inverse, un militantisme centré sur des actions très engageantes mais déconnectées de ces conditions reste minoritaire et finit par tourner en circuit fermé. Une écologie révolutionnaire conséquente doit donc construire des formes d’action plus larges et reproductibles, mais aussi protéger concrètement ses membres face aux risques qu’elle produit elle-même.&nbsp;</p>



<p>Afin d’ancrer l’écologie dans des réalités sociales, il y a nécessité à construire des alliances entre les mouvements écologistes et les travailleur&rsquo;ses. Quelques exemples récents montrent que ces convergences sont possibles. On peut citer la campagne « Soulèvement des salaires », mené par les Soulèvements de la Terre en soutien aux grévistes de Gennevilliers de la CGT Géodis, mobilisé·es pour une augmentation de leurs salaires. Cette mobilisation a permis de montrer que le secteur de la logistique est non seulement un milieu écocidaire, mais aussi un milieu destructeur pour les travailleur&rsquo;ses. L’alliance entre certains collectifs écolo, les cheminot&rsquo;es et les syndicats, contre le démantèlement du fret ferroviaire est un autre exemple de la façon dont on peut rassembler ces acteurs. En construisant des revendications écologiques en lien avec des revendications sociales, on peut mobiliser à la fois contre le productivisme destructeur, et contre l’exploitation de notre classe. Mais, aujourd’hui, ces alliances restent fragiles et peu nombreuses : la place des travailleur&rsquo;ses reste un impensé dans les mouvements écologiques, et l’écologie reste un thème marginal dans les revendications des travailleur&rsquo;ses. </p>



<p>En prenant conscience des contradictions du capitalisme, on prend aussi conscience de l’aspect destructeur du productivisme. Cette écologie révolutionnaire, elle se veut aussi révolutionnaire dans son rapport au vivant. La conscience écologique de classe implique de repenser notre rapport au vivant. Aujourd’hui, pour répondre aux logiques productivistes, le vivant est perçu comme un simple outil, ce qui se traduit donc par l’exploitation des sols, des animaux et des ressources. Pour rompre avec cette vision destructrice, il nous faut prendre conscience que nous faisons partie d’un écosystème dont l’ensemble des composantes sont interdépendantes. De fait, si nous déséquilibrons un élément de cet écosystème, c’est l’ensemble qui est déstabilisé. Nous ne pouvons pas poursuivre cette exploitation du vivant, tout en pensant que cela n’aura aucune conséquence. Il faut donc penser de nouveaux modes de production, un nouveau rapport au travail, aux technologies et à notre quotidien. Il faudra faire des choix sur ce que nous garderons, tant dans la production que la consommation.&nbsp;</p>



<p>Parce que nous savons que les capitalistes n’ont d’autres intérêts que de s’enrichir sur la crise environnementale, parce que notre classe est directement exposée à ces conséquences meurtrières, parce que nous croyons que seule notre classe, dans sa pluralité, est à même de lutter pour sa survie et pour celle des générations futures, il est dans notre intérêt vital de construire une écologie révolutionnaire. Il nous faut lutter pour la protection du vivant, en s’organisant par en bas, dans notre classe, pour construire une conscience écologique de classe, ancrée dans des revendications matérielles. Les barrières sont nombreuses, mais pas insurmontables. Il nous faut créer des alliances, construire des revendications à la fois sociales et écologiques. Il nous faut rendre nos stratégies d’actions accessibles pour massifier et construire un front commun pour renverser le rapport de force et déborder ce système capitaliste destructeur du vivant.&nbsp;</p>



<p>Anouk (Paris XXe)</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Front populaire, antifascisme et révolution : </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 02:21:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[processus révolutionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">3 leçons Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Ce que l’on appellera ici la période du Front populaire a commencé en 1934 par un mouvement antifasciste populaire et de masse. Elle a apporté des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/" title="Front populaire, antifascisme et révolution : ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>3 leçons</strong></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué front populaire."></object><a id="wp-block-file--media-f2213636-5010-47e0-91d1-8f123fab3007" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf">front populaire</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-f2213636-5010-47e0-91d1-8f123fab3007">Télécharger</a></div>



<p>Ce que l’on appellera ici la période du Front populaire a commencé en 1934 par un mouvement antifasciste populaire et de masse. Elle a apporté des leçons cruciales pour toutes celles et ceux qui se posent la question de l’articulation entre lutte contre le fascisme et contre le capitalisme.</p>



<p>Début 1934, en France, l’ambiance n’est pas à gauche ! Il y a un million de chômeur&rsquo;euses et plus de 50% des travailleur·euses ont des horaires réduits. Aucun gouvernement n’arrive à obtenir une majorité stable. Le mouvement social est déprimé. Les grèves sont à un niveau historiquement bas et généralement battues. Les syndicats sont divisés et faibles. Deux CGT, l’une liée au parti socialiste et l’autre au parti communiste, se font la guerre et rassemblent à elles deux seulement 750 000 membres<sup data-fn="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2" class="fn"><a href="#66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2" id="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2-link">1</a></sup>. L’extrême droite est à l’offensive. Plusieurs « ligues », violemment nationalistes et racistes, parfois ouvertement fascistes, ont des dizaines de milliers de membres avec des formations paramilitaires de milliers de membres.</p>



<p>En Allemagne Hitler est chancelier depuis un an. En quelques mois il a détruit le mouvement ouvrier le plus puissant du monde, syndicats comme partis, communiste et social-démocrate. Ces organisations ont été détruites sans combat, victimes de leur sectarisme mutuel. Paradoxalement cela va servir d’alerte en France.</p>



<p><strong>Le printemps des comités antifascistes</strong></p>



<p>Apparaissant comme une tentative de coup de force fasciste, une manifestation des ligues le 6 février 1934 à Paris déclenche une riposte de masse.</p>



<p>Des manifestations éclatent dès les jours suivants. Dès le 7 février, à Lyon des contre-manifestant&rsquo;es dirigé·es par le secrétaire départemental de la CGT dégagent les fascistes qui se rassemblent chaque jour sur la Place Bellecour. Le 8 février les dockers de Concarneau refusent de décharger un bateau allemand qui porte un pavillon nazi tandis qu’à Brest un meeting d’urgence réunit 2500 participant&rsquo;es ! Le 9 février une manifestation communiste fait 6 morts à Paris dans des affrontements avec la police. Et le lundi 12 février, la France est paralysée par 5 millions de grévistes et des manifestations dans 346 villes.&nbsp;</p>



<p>C’est une lame de fond. Des comités locaux sont créés dans tout le pays. Daniel Guérin évoque 3000 comités<sup data-fn="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2" class="fn"><a href="#6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2" id="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2-link">2</a></sup>. Les historien·nes parlent aujourd’hui d’un « printemps des comités<sup data-fn="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea" class="fn"><a href="#83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea" id="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea-link">3</a></sup> ».</p>



<p>Ces comités sont des initiatives locales, généralement unitaires, d’où la diversité des noms : comités de vigilance, comités de lutte contre le fascisme, comités de défense républicaine&#8230; Au Havre il y a des comités dans les quartiers ouvriers et marins et dans les villes de la banlieue ainsi que des comités d’usine et de chantier. A l’été 1934 ces comités organisent plus de 3000 personnes. Dans le Finistère des comités apparaissent à Carhaix, Brest, Morlaix, Elliant, Pont-l’Abbé, Concarneau, Lesconil et Quimper. Dans d’autres communes, ce sont les comités de défense laïque qui en font état comme à Moëlan-sur-Mer, Riec-sur-Belon, Quimperlé ou Rosporden.</p>



<p>Partout, les comités barrent, par tous les moyens, la route aux fascistes. Ils remplissent, avant eux, leurs salles de meeting comme à Givors. Ou bien ils bloquent la salle comme à Grenoble où 3000 manifestant·es montent même des barricades. Dans les départements ruraux les contre-manifestations mobilisent toute la région. Les affrontements sont parfois violents. En septembre 1934 dans le 20e arrondissement de Paris un jeune militant socialiste est tué dans un rassemblement pour interdire une réunion des Jeunesses patriotes.</p>



<p>Mais d’autres moyens sont aussi utilisés. La Fédération socialiste du Rhône publie les noms et adresses des commerçants Croix-de-feu. Des meetings massifs, conférences, fêtes populaires se tiennent. Fin août 1934, dans le Finistère, 2000 personnes assistent à un meeting à Pont-l’Abbé !</p>



<p><strong>Défaite des fascistes</strong></p>



<p>Le mouvement ne met pas fin aux ligues. Mais il limite leur audience et la circonscrit à une partie de ces couches sociales qui constituent le noyau du fascisme : petite bourgeoisie traditionnelle, classes moyennes, fonctionnaires de police et de l’armée&#8230;</p>



<p>Pour prétendre accéder au pouvoir le fascisme doit élargir cette base sociale. Du côté de la classe ouvrière et du côté de la classe dirigeante. Le mouvement des comités fait obstacle à cet élargissement des deux côtés.</p>



<p>Il réveille le mouvement ouvrier et suscite une effervescence qui fait renaître la gauche sur tout le territoire ! Pour la classe dirigeante, les ligues ne sont – au moins temporairement &#8211; pas un recours mais un problème, pas un facteur d’ordre mais un facteur de désordre.</p>



<p>Et les craintes de la classe dirigeante sont fondées. Le réveil du mouvement ouvrier ne se cantonne pas à la lutte antifasciste.</p>



<p>Gérard Noiriel<sup data-fn="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695" class="fn"><a href="#1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695" id="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695-link">4</a></sup> indique qu’« à partir de 1934, dans la plupart des bassins miniers, la mobilisation retrouve une ampleur inconnue depuis 1920 ». À Saint-Nazaire en 1935 la ville est bloquée par les militant&rsquo;es de la CGT pour s’opposer à l’arrêt de la construction d’un navire. Au début de 1936, 4500 ouvrier&rsquo;es grévistes organisent un comité de résistance qui mobilise l’ensemble de la population locale.</p>



<p>À Rennes en juillet 1935 près de 2000 personnes se réunissent à la Maison du peuple puis partent en cortège, brisent les cordons de police aux cris de « Tant pis s’il y a du sang ! ». Début août des grèves insurrectionnelles éclatent à partir des arsenaux à Brest et Toulon. Trois ouvriers sont tués dans les affrontements.</p>



<p>À La Mure, dans le Dauphiné, début 1936, une grève des mineurs est soutenue par la population, commerçants, paysans, anciens combattants. Les couches sociales attirées par le fascisme se tournent vers la classe ouvrière&#8230;</p>



<p>Voilà la première leçon de cette période du Front populaire : ce ne sont pas les luttes sociales qui font mécaniquement reculer le fascisme, c’est la lutte contre le fascisme qui dynamise les luttes sociales.</p>



<p><strong>L’explosion de mai-juin</strong></p>



<p>La victoire de la gauche aux législatives le 3 mai 1936 est le signal qui fait exploser ce qui grandissait depuis février 1934 : les patrons vont payer. Alors, sans même attendre la nomination du gouvernement un mouvement de grèves et d’occupations d’usines démarre comme une vague qui n’arrête pas de monter.&nbsp;</p>



<p>En quelques semaines, 2 à 3 millions de travailleur&rsquo;euses vont se mettre en grève dans 12 000 entreprises dont 9000 seront occupées ! Quand une occupation s’arrête parce que les revendications ont été gagnées, c’est pour s’étendre à la voisine. Et la première s’y remet alors pour de nouvelles revendications.</p>



<p>Ce sont les patrons qui demandent au gouvernement une rencontre avec les syndicats pour endiguer le mouvement. C’est ainsi que sont signés les accords de Matignon le 8 juin tandis que le gouvernement s’engage à accorder par la loi ce qui ne relève pas des accords. Ce qui est présenté comme « les acquis du Front populaire » sont le fruit du mouvement et non du gouvernement : congés payés, augmentations de salaires, semaine de 40H, conventions collectives, droits syndicaux&#8230;.</p>



<p>Mais le mouvement s’étend encore à la suite de ces accords ! Le bâtiment s’en mêle, les dockers entrent en lutte. Le 10 juin « les employé·es de pharmacie, les coiffeur·ses, les boulanger·es, les ouvriers et ouvrières du bois, de la confection, de la maroquinerie, les garçons bouchers, les laveur·ses de voitures, les concierges, les lads d’écurie, les représentant·es d’aspirateur cessent le travail. A Paris même le Lido est en grève : le personnel occupe le cabaret<sup data-fn="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842" class="fn"><a href="#dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842" id="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842-link">5</a></sup>. »</p>



<p>C’est la deuxième leçon de la période du Front populaire : l’anticapitalisme n’est pas un préalable à l’action antifasciste de masse, c’est l’action antifasciste de masse qui ouvre à une radicalisation anticapitaliste.</p>



<p><strong>Un processus révolutionnaire</strong></p>



<p>Nous avons choisi ici de décrire le Front populaire comme période plutôt que comme politique (celle des partis de gauche, celle du gouvernement). C’est sous cet angle que l’on peut comprendre la radicalisation de masse à partir de la riposte antifasciste.</p>



<p>C’est aussi sous cet angle que l’on peut comprendre le développement du mouvement de grèves et d’occupations en mai et juin, la combinaison entre revendications très spécifiques à un lieu de travail et revendications globales. La révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg avait décrit ce phénomène à partir de la révolution russe de 1905. Dans ce processus qu’elle dénommait « grève de masse » elle mettait en lumière comment la classe ouvrière pouvait faire « classe » et devenir révolutionnaire.</p>



<p>Cette période en est une illustration. Au cœur de la phase des comités se trouvaient les secteurs de la classe ouvrière les plus organisés. Une étude a montré la corrélation entre l’ampleur de la riposte du 12 février 1934 et l’implantation syndicale<sup data-fn="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4" class="fn"><a href="#0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4" id="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4-link">6</a></sup>. Dans les villages ruraux, le développement des comités a été l’œuvre du syndicat des instituteurs. Ce sont les militant·es, les syndicalistes révolutionnaires, les communistes, les membres de la gauche du parti socialiste qui ont été moteurs.</p>



<p>Puis la lutte antifasciste a fécondé le terrain pour la multiplication des conflits sur des bases économiques.&nbsp;</p>



<p>Et cette combativité retrouvée a éveillé à la lutte les secteurs les moins organisés. En mai-juin 1936 nous avons l’image inversée de 1934. Ce sont les secteurs les moins syndiqués (métallurgie, chimie, textile, le commerce&#8230;) qui sont à la pointe du combat. Ce sont aussi ceux où le syndicat se développe le plus. La CGT passe de 1 million de membres juste avant mai 1936 à plus de 4 millions !</p>



<p>Les secteurs mobilisés en 1934 ne font pas grève en juin : liés aux partis qui gagnent les élections ils et elles se reposent alors sur le gouvernement. Sur la durée, le processus brasse toute la classe ouvrière, dans toute sa diversité et ses différents secteurs, la politise et l’organise. La possibilité de la révolution comme émancipation des travailleur·euses par elles-mêmes et eux-mêmes apparaît alors. Car il ne s’agit pas seulement de mise en action. Il s’agit aussi de conscience et d’organisation. De la conscience antifasciste à la conscience de classe : en quelques mois c’est le parti communiste, perçu largement comme révolutionnaire, qui explose : de 50 000 membres à plus de 200 000 !&nbsp;</p>



<p>Après l’été 1936, puis en 1937 et 1938, les grèves reprennent, se multiplient, même si ce n’est pas la vague de juin. Cette fois, les secteurs non mobilisés en juin sont concernés, pour imposer l’application des acquis, puis empêcher qu’ils soient repris, puis se battre contre les mesures des gouvernements de plus en plus à droite qui se succèdent. C’est cette fois l’expérience des illusions réformistes et de la trahison des directions qui ouvre la possibilité d’une conscience révolutionnaire à une échelle de masse.</p>



<p><strong>La 3ème leçon</strong></p>



<p>En tant que politique, le Front populaire va détruire le mouvement antifasciste. Dès l’automne 1934, sous l’influence des partis les comités antifascistes deviennent des comités du Front populaire. Il reviendra à l’État d’interdire les organisations fascistes. En juin 1936, le gouvernement dissout effectivement ce qui reste des ligues. Les Croix-de-feu se transforment en Parti social français qui avec la démoralisation engendrée par le Front populaire va devenir à partir de 1938 le plus grand parti de masse français (1 million de membres !).</p>



<p>Le 17 mars 1937 c’est la police du Front populaire qui fait tirer sur les antifascistes tentant d’empêcher une réunion du PSF à Clichy !</p>



<p>Le parti communiste avait, avant 1934, défendu l’idée qu’il fallait être anticapitaliste pour lutter contre le fascisme. En Allemagne les nazis avaient détruit le parti communiste. Adoptant la politique du Front populaire, le parti communiste avait ensuite dit qu’il fallait d’abord stabiliser la démocratie bourgeoise pour faire obstacle au fascisme. En France, le parlement du Front populaire finira par interdire le parti communiste puis voter les pleins pouvoirs à Pétain sans riposte d’une classe ouvrière démoralisée.</p>



<p>La troisième leçon de la période du Front populaire est que pour obtenir une victoire définitive sur le fascisme un combat doit être mené au sein même du mouvement, dès ses premières étapes, pour construire une alternative révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p><strong>Denis Godard (Paris 20e)</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2">A titre de comparaison, aujourd’hui il y a plus de 2 millions de syndiqué.es en France. <a href="#66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2">Daniel Guérin, Front populaire Révolution manquée <a href="#6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea">Gilles Vergnon, L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen <a href="#83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695">Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française <a href="#1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842">Ludivine Bantigny, La Bourse ou la vie <a href="#dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4">Antoine Prost, Autour du Front populaire <a href="#0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/">Front populaire, antifascisme et révolution : </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Technofascisme, maxiconfusion</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/technofascisme-maxiconfusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 00:43:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[danger fasciste]]></category>
		<category><![CDATA[technofascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Trajectoire du capital]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 L’historien Robert O. Paxton, spécialiste du fascisme, regrette que ce terme soit utilisé à tort et à travers, au point de désigner « toutes les personnes que vous <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/technofascisme-maxiconfusion/" title="Technofascisme, maxiconfusion">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/technofascisme.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué technofascisme."></object><a id="wp-block-file--media-21b6957f-d4c8-43fc-ba91-e4b1bc0efe60" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/technofascisme.pdf">technofascisme</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/technofascisme.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-21b6957f-d4c8-43fc-ba91-e4b1bc0efe60">Télécharger</a></div>



<p><em>L’historien Robert O. Paxton, spécialiste du fascisme, regrette que ce terme soit utilisé à tort et à travers, au point de désigner « toutes les personnes que vous n’aimez pas<sup data-fn="9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5" class="fn"><a href="#9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5" id="9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5-link">1</a></sup> ». Pour lutter efficacement contre les phénomènes distincts que sont la radicalisation de la classe dirigeante et le danger fasciste, nous avons besoin de bons outils. Le « technofascisme » n’en est pas un.</em></p>



<p>L’analyse du fascisme que l’on retrouve dans le livre Technofascisme, Le nouveau rêve de la suprématie blanche de Norman Ajari s’inscrit dans la lignée de celle du « fascisme tardif » développée par Alberto Toscano. L’idée est que le fascisme est l’aboutissement d’un processus de généralisation à l’ensemble de la société de politiques répressives déjà existantes mais réservées au traitement des minorités notamment racisées.</p>



<p><strong>Le « technofascisme », le projet des milliardaires.&nbsp;</strong></p>



<p>Pour Ajari, un des germes à partir duquel risque de se généraliser une nouvelle forme de fascisme est les grandes entreprises américaines de la tech, détenues par des milliardaires d’extrême droite. Ces derniers perçoivent leurs entreprises comme des véhicules politiques capables de transformer la société, combinant « un travail de sape dirigé contre l’État social et la génération de considérable profit ».&nbsp;</p>



<p>L’exemple central est celui de Peter Thiel, milliardaire américain qui assume avoir investi dans Lyft (entreprise similaire à Uber) dans le but de « remodeler le marché du travail en éliminant les protections dont les travailleurs avaient bénéficié depuis le New Deal ». Son entreprise Palantir fournit aux États des outils militaires et de contrôle social : surveillance de la fraude sociale au Royaume-Uni, localisation d’immigré·es sans-papiers aux États-Unis, aide au ciblage militaire pour Israël.</p>



<p>Ces milliardaires réactionnaires, à la vision politique autoritaire, impérialiste et raciste, se passeraient d’avoir recours au peuple mais viseraient uniquement à influencer l’État et le reste de la classe dirigeante. Un « fascisme », sans parti, sans adhérents, sans mouvement.</p>



<p><strong>La trajectoire du capital et le danger fasciste.&nbsp;</strong></p>



<p>Il est nécessaire de mettre en avant, comme le fait Ajari, l’action d’une fraction de la bourgeoisie qui vise à orienter l’action des États dans un sens favorable à l’accroissement de ses profits. Si nous rejoignons son constat, nous rejetons son analyse.</p>



<p>Historiquement, en Europe, le régime politique qui s’est montré le plus à même de garantir au capitalisme une stabilité a été la démocratie libérale. Mais, en période de crise, lorsque les taux de profits baissent, les attaques contre les travailleur&rsquo;euses doivent s’intensifier ; l’usage des moyens de coercition augmente ; les tensions impérialistes s’exacerbent, l’économie se militarise et les capitaux se rapprochent des États. C’est ce durcissement capitaliste qu’Ajari analyse comme étant le fascisme.</p>



<p>Cette qualification est inexacte. Les mouvements fascistes se développent et agissent au moyen de la mobilisation de masse. S’ils s’enracinent dans les contextes de crises économiques et politiques, s’ils sont renforcés par les politiques autoritaires et racistes des États, s’ils sont in fine appelés au pouvoir par elle, ils se développent de manière autonome de la bourgeoisie et ne se confondent pas avec cette dernière<sup data-fn="3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42" class="fn"><a href="#3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42" id="3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42-link">2</a></sup>.</p>



<p>Aux États-Unis, le danger fasciste repose avant tout sur l’existence d’un mouvement de masse structuré autour de Donald Trump et du mouvement MAGA, comme l’a montré l’assaut du Capitol le 6 janvier 2021. Certains milliardaires jouent un rôle de soutien important, mais ce qui porte Trump, c’est une base militante mobilisable. On retrouve une logique similaire en France. Vincent Bolloré joue un rôle important, mais le danger central réside dans le Rassemblement National, qui cherche à structurer une base de masse. Comme le souligne Robert O. Paxton, « quelle que soit la nature exacte du trumpisme, c’est un phénomène de masse qui vient d’en bas. C’est comme ça, que le fascisme italien et le nazisme ont vu le jour. (…) ; se focaliser uniquement sur ses chefs empêche de comprendre le terreau dans lequel il se développe<sup data-fn="b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754" class="fn"><a href="#b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754" id="b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754-link">3</a></sup> ». On comprend alors pourquoi il est erroné d’analyser le danger fasciste à partir de quelques milliardaires de la Silicon Valley. Considérer l’offensive capitaliste actuelle comme du fascisme, c’est risquer de passer à côté de la menace fasciste réelle &#8211; qui, hier comme aujourd’hui, prend la forme d’un mouvement de masse et doit être combattu comme tel.</p>



<p><strong>Combattre efficacement le fascisme.&nbsp;</strong></p>



<p>Dans sa conclusion, Ajari cite Gramsci pour qui « le fascisme, en tant que phénomène général, ne peut être éradiqué que par un nouveau pouvoir d’État entre les mains du prolétariat, seule classe capable de réorganiser la production et donc tous les rapports sociaux ». Gramsci a raison : le seul moyen de se débarrasser du fascisme en tant que « phénomène général », c’est de se débarrasser une bonne fois pour toute du capitalisme. Mais cela ne répond pas à la menace actuelle : les organisations fascistes se renforcent jusqu’à ce que la classe dirigeante, empêtrée dans la crise, décide de miser sur elles.&nbsp;</p>



<p>Contre cette possibilité, à A2C nous appelons à renforcer les luttes contre le racisme, qui fertilise le sol pour les fascistes, et à construire un front large et massif contre le RN et ses satellites de rue. Comme le 9 mai dernier, empêchons-les de se renforcer et de prendre la rue, en construisant la riposte dans chaque quartier, lieu de travail et d’étude.</p>



<p>Oshka (Paris 20e) et Milig Sinou (Paris 19e)</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5">Courrier International, « Donald Trump est-il fasciste ? Comment l’historien américain Robert Paxton a changé d’avis », 14 septembre 2025 <a href="#9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42">Brochure Comprendre le fascisme pour mieux le combattre, « Qu’est-ce que le fascisme ? », Vanina Giudicelli <a href="#3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754">Courrier International, ibid <a href="#b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Arguments pour un antiracisme de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 17:37:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/" title="Arguments pour un antiracisme de classe">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire l&rsquo;article ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas possible de gagner en menant des luttes sans prendre en compte la place du racisme et en particulier celle de l’islamophobie. Inversement, mener des luttes antiracistes sans prendre en compte la question de classe mène à une impasse.</p>



<p>Cela implique une double exigence : combattre le racisme suppose d’attaquer le capitalisme qui le produit, et renverser le capitalisme exige d’affronter le racisme qui divise notre classe. D’où un enjeu stratégique : quel antiracisme permet de construire un bloc populaire large, et quelles stratégies renforcent au contraire les divisions exploitées par la classe dirigeante ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le racisme au coeur du système capitaliste</h3>



<p>Le racisme n’est pas un phénomène intemporel, il est un produit de l’histoire qui apparaît avec l’émergence du capitalisme. Pour Fanon, le racisme n’est pas universel mais culturel, une particularité des sociétés européennes.</p>



<p>Le racisme apparaît avec l’expansion capitaliste à partir de la fin du XVe siècle, notamment avec la colonisation des Amériques et la traite transatlantique. Le développement du capitalisme repose alors sur l’exploitation massive de populations réduites en esclavage, l’expropriation violente de terres et la destruction de sociétés entières.</p>



<p>Dans le même temps, en Europe, s’affirme une idéologie où, sur le marché, des individus libres échangent des marchandises. Pour résoudre cette contradiction : égalité formelle d’un côté, esclavage et colonisation de masse de l’autre, il faut une idéologie qui retire à certain&rsquo;es leur pleine humanité.</p>



<p>W.E.B Du Bois explique donc que ce n’est pas un vieux racisme « précapitaliste » qui aurait rendu l’esclavage possible, mais l’esclavage et l’économie de plantation qui ont nécessité la production d’un discours raciste pour légitimer une violence en contradiction avec les valeurs chrétiennes puis libérales.</p>



<p>Le racisme reste aujourd’hui indispensable au fonctionnement du capitalisme et à la domination bourgeoise.</p>



<p>Il remplit une fonction économique. Dans les années 70, alors que les besoins du capital s’opposent aux revendications des travailleur&rsquo;euses, le recours à une main-d’œuvre immigrée et précarisée, souvent dans l’incapacité de refuser de mauvaises conditions de travail, permet d’assurer la flexibilité de l’offre de travail dont le capital a besoin, tout en préservant en apparence les travailleur&rsquo;euses nationaux.</p>



<p>Pour fonctionner, le capitalisme a besoin que ce traitement discriminant soit accepté par les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes. La fonction du racisme est de faire accepter à la classe ouvrière ce traitement inégal envers l’une de ses composantes.</p>



<p>En plus de justifier une surexploitation économique, le racisme remplit également une fonction politique. Il permet de diviser la classe ouvrière et d’affaiblir celle-ci dans le rapport de force qui l’oppose au capital. Comme le souligne le militant Saïd Bouamama, il consiste à « diviser ceux qui devraient être unis » travailleur&rsquo;euses nationaux et immigré&rsquo;es et à « unir ceux qui devraient être divisés » travailleur&rsquo;euses nationaux et capitalistes.</p>



<p>C’est ce que W.E.B. Du Bois a théorisé comme une « color line » à l’échelle mondiale. La division raciale au sein du prolétariat constitue l’une des bases de la stabilité du capitalisme. Le racisme ne peut donc pas être réduit à un simple préjugé ou à une question morale secondaire. Il constitue un mécanisme central de la domination capitaliste : un outil efficace pour diviser, hiérarchiser et affaiblir la classe ouvrière. En opposant les plus exploité&rsquo;es aux « un peu moins exploité&rsquo;es », il empêche la formation d’un front commun. Tant que cette division opère, la classe reste fragmentée et notre camp structurellement affaibli.</p>



<h3 class="wp-block-heading">À gauche : un « racisme respectable »</h3>



<p>Si le racisme est historiquement un produit de la bourgeoisie, il ne se limite pas à celle-ci. Il traverse l’ensemble de la société, y compris notre classe et ses organisations.</p>



<p>Le racisme est aussi présent au sein de la gauche, qui contribue ainsi à produire un racisme « respectable » articulé aujourd’hui autour de l’islamophobie.</p>



<p>Les années 80 sont un moment décisif dans cette production d’une islamophobie d’État par un pouvoir de gauche. Avec le tournant de la rigueur, le gouvernement socialiste engage des plans de licenciements massifs. Les premiers touchés sont les ouvriers spécialisés (OS) maghrébins, très présents dans les grandes usines automobiles.</p>



<p>Ces travailleurs se mobilisent. Un important mouvement de grève apparaît alors qu’au même moment les revendications antiracistes prennent de l’ampleur avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.</p>



<p>Le gouvernement et le patronat craignent que les OS maghrébins soient rejoints dans la lutte par les ouvriers qualifiés, en très grande majorité blanc&rsquo;hes et français&rsquo;es. La revendication d’une salle de prière ou encore l’usage de l’arabe par des militants syndicaux maghrébins vont alors être instrumentalisés. Dans un contexte international marqué par la révolution iranienne de 1979, les grèves sont présentées comme manipulées par des « intégristes ». On assiste à la construction d’« un problème musulman » visant à diviser et fragmenter la classe ouvrière.</p>



<p>Cette stratégie porte ses fruits. En 1984, lors de l’évacuation de l’usine Talbot par la police, les ouvriers qualifiés chantent « les Arabes au four, les Noirs à la Seine ».</p>



<p>En parallèle, la création de SOS Racisme servira à marginaliser les militant&rsquo;es de la Marche pour l’égalité, au profit d’un antiracisme libéral où le racisme est présenté comme une pulsion intemporelle, produit de l’ignorance de classes populaires à éduquer.</p>



<p>Les offensives islamophobes du pouvoir socialiste continuent avec l’affaire du foulard de Creil en 1989, qui ouvre une longue séquence aboutissant notamment à la loi de 2004 contre le foulard. Cette loi est soutenue non seulement par le PS et le PCF, mais aussi par une partie de l’extrême gauche.</p>



<p>L’islamophobie est devenue la forme centrale du racisme actuel. Moins disqualifiée historiquement que d’autres formes de racisme, elle trouve de nombreux relais à gauche. C’est une forme de racisme qui devient acceptable pour toute une partie de la population au nom de la défense des droits des femmes, de l’anticléricalisme, de la sécurité&#8230;</p>



<p>Une partie du mouvement antiraciste en tire les leçons en défendant la nécessité de son autonomie politique. C’est notamment le cas avec l’appel des Indigènes de la République en 2005. L’autonomie politique et organisationnelle des premier&rsquo;es concerné&rsquo;es a déjà fait la preuve de son efficacité : collectifs de sans-papiers, de mineurs isolés, organisations issues de l’immigration. Cependant, le mouvement antiraciste ne parvient toujours pas aujourd’hui à faire obstacle à l’adoption de nouvelles lois racistes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les limites de l’intersectionnalité et du privilège blanc et la nécessité d’un antiracisme de classe</h3>



<p>L’incapacité du mouvement ouvrier traditionnel à prendre en charge la question du racisme a permis le développement de théories qui ne lient pas la question des oppressions et du racisme à la question de classe.</p>



<p>C’est notamment le cas de l’intersectionnalité, théorie universitaire, qui s’est imposée au sein de nos luttes comme grille d’analyse utile pour penser l’imbrication des mécanismes d’oppression. Mais, si le triptyque « genre, race, classe » est constamment invoqué, la classe est le plus souvent reléguée au second rang. Lorsqu’elle est abordée, c’est rarement sous l’angle de l’exploitation, mais plutôt à travers la notion de « mépris social » : la classe n’est alors traitée que comme oppression déconnectée des rapports de production. Les réponses proposées se réduisent fréquemment à des appels à la « déconstruction », relevant davantage d’un volontarisme individuel que d’une transformation des rapports sociaux.</p>



<p>Une autre notion largement partagée est celle du privilège blanc. Cette idée dresse le constat que les blanc&rsquo;hes bénéficient d’avantages grâce au racisme. Il est évidemment indispensable de reconnaître les inégalités que crée le racisme au sein même de notre classe et il existe effectivement des situations fréquentes où une personne blanche peut bénéficier du racisme, parfois même sans s’en apercevoir : quand elle obtient un logement ou un travail sans savoir qu’un&rsquo;e candidat&rsquo;e plus qualifié a été recalé&rsquo;e car racisé&rsquo;e.</p>



<p>Cette approche du racisme va cependant plus loin. Elle fait le postulat que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont un intérêt matériel au racisme. Leur implication dans la lutte antiraciste devient alors au mieux marginale, au pire contradictoire avec leurs intérêts. Le combat contre le racisme devient conséquemment l’affaire quasi-exclusive des personnes racisées.</p>



<p>Or le rapport de force nécessaire pour gagner contre le racisme ne peut être construit par les seules personnes racisées. C’est ce que démontrent les mobilisations contre les lois Séparatisme ou Darmanin.</p>



<p>Alors, si la nécessité d’alliances larges apparaît évidente, celles-ci sont rendues impossibles si on postule que les blancs ont un intérêt matériel au racisme. C’est une impasse stratégique qui découle d’une mauvaise analyse.</p>



<p>Le problème ne réside pas dans la reconnaissance des inégalités raciales, mais dans l’interprétation de leur signification.</p>



<p>Un antiracisme de classe part d’un autre postulat : les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont davantage à gagner à s’allier avec les travailleur&rsquo;euses racisé&rsquo;es qu’avec leurs employeurs, dont l’objectif est précisément de les exploiter.</p>



<p>Il faut clarifier ce que l’on entend par « privilège ». Un privilège est un avantage indu, illégitime, auquel il faudrait renoncer. Mais dans l’usage, une confusion s’installe souvent entre privilèges et droits. Ne pas subir de violences policières n’est pas un privilège : c’est un droit fondamental qui devrait être garanti à tous&rsquo;tes. Présenter ce droit comme un privilège revient implicitement à accepter sa remise en cause.</p>



<p>Cette logique nourrit la confusion en assimilant des acquis sociaux à des privilèges, effaçant ainsi les luttes qui ont permis de les conquérir. On la retrouve chez H. Bouteldja : « Le capitalisme sous sa forme néolibérale poursuit son œuvre impitoyable. Il grignote vos acquis sociaux ou, pour le dire d’une manière plus juste, vos privilèges ».</p>



<p>Les acquis du CNR obtenus grâce à la lutte armée des FTP-MOI sous le nazisme sont ainsi réduits à des privilèges indus !</p>



<p>D’autres militants, comme Szymanski ou Callinicos, ont montré que le racisme affaiblit matériellement l’ensemble de la classe travailleuse. En divisant les travailleur&rsquo;se&rsquo;s, il empêche la construction de solidarités, tire les salaires vers le bas et renforce le pouvoir patronal. Les travailleur&rsquo;se&rsquo;s blanc&rsquo;hes qui adhèrent à des logiques racistes renforcent aussi leur propre exploitation.</p>



<p>Cette dynamique est flagrante concernant les politiques de sécurité. Les dispositifs sécuritaires, légitimés par des discours racistes et dirigés contre les racisé&rsquo;e&rsquo;s, finissent par se retourner contre l’ensemble de notre classe.</p>



<p>Le racisme fonctionne ainsi comme un mécanisme d’« avantage relatif ». Il ne confère pas un bénéfice absolu, mais un différentiel qui permet d’obtenir le consentement d’une partie des dominé&rsquo;es. Ce consentement a un prix : la fragmentation des luttes et la perpétuation de l’exploitation.</p>



<p>C’est la raison pour laquelle il faut non seulement affirmer que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes n’ont pas intérêt au racisme, mais qu’en luttant contre le racisme aux côtés des racisé&rsquo;es, iels luttent pour leurs intérêts de classe !</p>



<p>Un antiracisme de classe ne consiste donc pas à nier les oppressions spécifiques ni à dissoudre les luttes antiracistes dans une abstraction de la lutte de classe. Il s’agit au contraire de comprendre comment le racisme est produit et utilisé par le capitalisme afin de construire une stratégie capable de le combattre efficacement.</p>



<p>Cela implique de soutenir l’auto-organisation des personnes directement touchées par le racisme, de combattre sans concession l’islamophobie et toutes les formes de racisme, mais aussi de convaincre le plus largement possible au sein de notre classe que ces combats sont les siens.</p>



<p>Car chaque victoire raciste renforce notre adversaire commun. Chaque division imposée entre travailleur&rsquo;euses renforce le patronat, l’État et les forces réactionnaires. À l’inverse, chaque lutte commune contre le racisme renforce notre capacité collective à nous organiser et à nous défendre.</p>



<p>L’antiracisme de classe ne repose donc pas sur la culpabilisation ou la concurrence des oppressions, mais sur une stratégie d’unité des exploité&rsquo;es et des opprimé&rsquo;es contre celles et ceux qui profitent de leur division.</p>



<p>Dans un contexte de montée de l’extrême droite, de guerres impérialistes et d’offensives racistes, cette perspective n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire.</p>



<p>Hugo (Toulouse), Shems (Marseille)</p>
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		<title>A2C lance une campagne d&#8217;abonnements !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/non-classe/a2c-lance-une-campagne-dabonnements/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vanina]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 14:06:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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<p>Cette revue est un outil pour mieux lutter : les militant·es d’A2C sont engagé·es dans de nombreuses villes et sur différents fronts de lutte. Elle part des questionnements concrets qu’on rencontre dans nos luttes. On y analyse ce à quoi on fait face, on élabore, on en tire des stratégies et des tactiques à mettre en œuvre dans les endroits où on milite et on fait le bilan de ce qu’on a tenté pour travailler la théorie à la lumière des pratiques réelles. S’abonner, c’est s’assurer d’avoir accès sur la durée aux analyses que nous développons et de comprendre comment elles s’incarnent concrètement sur plusieurs fronts de lutte sur une période donnée.</p>



<p>L’abonnement a aussi pour vocation de favoriser les discussions avec les camarades qui nous lisent et nous soutiennent. Pour cette raison, nous ouvrirons un espace dédié sous la forme de courriers des lecteurices.&nbsp;</p>



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<p>S’abonner c’est soutenir une organisation qui développe une approche révolutionnaire par en bas, guidée par une grille d’analyse marxiste et des allers retours constants entre l’organisation et le mouvement. En vous abonnant, vous offrez de la stabilité financière à A2C et vous nous permettez de poursuivre et développer nos activités&nbsp; :</p>



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<p>&#8211; Financer la rémunération de personnes pour organiser ces activités : production de la revue, organisation de la diffusion, de réunions, aide à la constitution d’antennes.&nbsp;</p>



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		<title>Manifestations du 28 mars à Rome et à Londres : comment construire des mobilisations qui gagnent ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/manifestations-du-28-mars-a-rome-et-a-londres-comment-construire-des-mobilisations-qui-gagnent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:43:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Front Uni]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre à la guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Londres]]></category>
		<category><![CDATA[Rome]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Le mouvement « No Kings », né aux États-Unis pour s’opposer aux dérives autoritaires de l’administration Trump, s’est internationalisé le 28 mars 2026 au Royaume-Uni, en Italie, en <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/manifestations-du-28-mars-a-rome-et-a-londres-comment-construire-des-mobilisations-qui-gagnent/" title="Manifestations du 28 mars à Rome et à Londres : comment construire des mobilisations qui gagnent ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-d391d116-a0fb-4df8-af7e-a31a2fa21c0e" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/28-mars-1.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire l&rsquo;article maquetté  : 28 mars</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/28-mars-1.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-d391d116-a0fb-4df8-af7e-a31a2fa21c0e">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Le mouvement « No Kings », né aux États-Unis pour s’opposer aux dérives autoritaires de l’administration Trump, s’est internationalisé le 28 mars 2026 au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas. Les manifestant&rsquo;es se sont également mobilisé&rsquo;es contre la guerre en Iran déclenchée par les États-Unis, scandant des slogans tels que « fund people, not bombs », faisant de ce 28 mars une journée de résistance transnationale contre l’autoritarisme et le bellicisme. En France, en revanche, seules quelques centaines de personnes se sont rassemblées à Paris. A2C a interviewé un camarade italien et un camarade britannique pour comprendre les ressorts de la mobilisation massive dans leurs pays respectifs.</p>



<p>En Italie, la manifestation à Rome a permis d’exprimer dans la rue l’opposition au gouvernement de Meloni et à ses réformes anticonstitutionnelles, au lendemain du rejet par référendum de sa réforme constitutionnelle — une convergence politique rare.</p>



<p><strong>Interview de Fabio basé à Turin, membre de TIR (Tendance Révolutionnaire Internationaliste) et du syndicat S.I. Cobas</strong></p>



<p><strong>A2C : Peux-tu présenter ton organisation ?</strong></p>



<p><strong>Fabio :</strong> Concernant TIR, la Tendance Révolutionnaire Internationaliste, elle a été formellement créée l’année dernière, mais des groupes de camarades actif&rsquo;ves sous ce nom existent depuis bien plus longtemps. Nous avons notamment capitalisé sur les expériences accumulées dans le syndicat S.I. Cobas et au mouvement des chômeur&rsquo;ses de Naples, ainsi que dans un comité contre la guerre et le racisme près de Venise. Parmi nos membres, on trouve des travailleur&rsquo;es de la logistique, des cheminot&rsquo;es, des agents du secteur public. Nous avons aussi construit des liens internationaux avec le Partido Obrero en Argentine, SEP en Turquie, la Libération Communiste en Grèce, ou encore WP en Grande-Bretagne.</p>



<p><strong>Quelles leçons tirez-vous des grèves et mobilisations de l’automne dernier en Italie autour de la Palestine ?</strong></p>



<p>Les actions de fin septembre et surtout du 3 octobre ont représenté quelque chose d’inédit par leur ampleur — les plus importantes depuis dix ans. La manifestation de Rome du 4 octobre a probablement été la plus grande depuis la guerre en Irak. Il y avait bien sûr un contexte favorable : la flottille pour Gaza avait donné une grande résonance à la cause palestinienne et encouragé de nombreux&rsquo;ses travailleur&rsquo;es à rejoindre le mouvement.</p>



<p>Mais ce qui s’est passé n’est pas sorti de nulle part. Il y avait eu un travail de préparation sur deux ans, avec quatre grèves générales, des blocages de dépôts logistiques, des manifestations bravant les interdictions de l’État — comme à Rome le 5 octobre 2024, où des milliers de personnes ont défilé malgré l’interdiction préfectorale. Ce mouvement a démontré qu’une grève politique est le seul moyen efficace de bloquer une économie qui soutient un génocide.</p>



<p>Ce qui est important de souligner, c’est qu’il n’existe pas de progression linéaire du terrain économique au terrain politique. Parfois, un sujet général — perçu comme une injustice profonde, révélant l’hypocrisie des gouvernements occidentaux — peut mobiliser des secteurs qui ne parviennent même pas à se défendre sur leurs conditions de travail. C’est ce que nous avons vécu : des travailleur&rsquo;es des transports, de l’éducation, du public ont participé, certain&rsquo;es n’ayant pas connu de lutte sectorielle depuis des années.</p>



<p><strong>Et depuis, quelle est la situation ?</strong></p>



<p>La mobilisation a nettement baissé, comme partout dans le monde. Cette accalmie a offert au gouvernement Meloni une opportunité pour multiplier les mesures répressives. Le septième décret sécuritaire en cours de discussion au Parlement prévoit des amendes allant jusqu’à 10 000 euros pour les organisations qui organisent des manifestations sans déclaration préalable. Les organisateur&rsquo;ices individuel&rsquo;les sont également ciblés. Ce texte a déjà été appliqué contre S.I. Cobas à Alessandria, dont des camarades qui se sont vu&rsquo;es interdire de séjour dans toute la province pour trois ans.</p>



<p>Une autre loi très problématique assimile l’antisionisme à l’antisémitisme : remettre en question l’existence d’Israël en tant qu’État colonial peut désormais valoir une accusation. À Naples, des camarades ont été arrêté&rsquo;es. Plus grave encore, un imam de Turin, qui avait simplement qualifié le 7 octobre d’acte de résistance lors d’une manifestation pro-palestinienne, a été menacé d’expulsion vers l’Égypte — où il risquait la mort en tant qu’opposant à Al-Sissi. C’est la répression des immigré&rsquo;es participant aux manifestations. Heureusement, un juge a annulé la mesure d’expulsion. Mais le signal est clair : un nouveau climat répressif s’installe durablement.</p>



<p><strong>La manifestation du 28 mars et le référendum contre la réforme de la justice marquent-ils un retour de la mobilisation ?</strong></p>



<p>C’est un signe positif que les gens recommencent à descendre dans la rue. Après plusieurs mois presque immobiles — décembre, janvier, février — on voit à nouveau de la participation. Le vote contre la réforme judiciaire de Meloni a été une gifle pour le gouvernement, et la manifestation du 28 mars a exprimé une hostilité réelle d’une partie de la population, notamment des jeunes, contre un exécutif perçu comme un gouvernement de guerre.</p>



<p>Mais il faut être lucide sur la nature de cette mobilisation. Elle a été largement canalisée par le centre-gauche — le PD, le Mouvement 5 Étoiles — qui y ont vu une occasion de se repositionner en alternative crédible. Ce n’était pas le cas en septembre-octobre, où ces partis avaient certes salué la flottille mais brillaient par leur absence dans les grèves et les blocages. Cette fois, leur présence a donné à la mobilisation un caractère plus institutionnel, plus « gauche contre droite », ce qui représente d’une certaine manière une régression par rapport à l’automne. À l’automne, le mouvement remettait en cause non seulement le gouvernement, mais le système entier d’alliances — y compris la complicité de l’Italie dans la politique d’Israël.</p>



<p><strong>Quelles perspectives pour le mouvement ouvrier dans les prochains mois ?</strong></p>



<p>Une grève générale a été appelée pour le 29 mai. Les conditions objectives qui ont nourri les luttes de l’automne n’ont pas disparu : les prix ont augmenté, les conditions de travail se sont dégradées. Mais il serait illusoire d’espérer une mobilisation du niveau d’octobre dans l’immédiat.</p>



<p>Ce qui est notable, c’est que la question de la guerre — notamment en Iran — est largement contestée par la population, même si les gens peinent à l’exprimer. La plupart des Italiens sont contre cette guerre.</p>



<p>La gauche révolutionnaire aurait dû se montrer plus claire et plus déterminée sur ce sujet, comme elle l’a été sur la Palestine. C’est un chantier ouvert.</p>



<p>Nous sommes dans une phase de reflux relatif, mais avec des signaux de reprise. Les conditions objectives sont là. La question est de savoir comment la mobilisation va se reformer, et si elle sera capable de retrouver la profondeur et le caractère radical de ce que nous avons vécu à l’automne.</p>



<p>Au Royaume-Uni, le mouvement a pris la forme de la « Together Alliance March », une coalition de syndicats, d’ONG et d’organisations progressistes, qui ont défilé contre l’extrême droite, notamment contre Reform UK de Nigel Farage.</p>



<p><strong>Interview de Weyman Bennett, membre du SWP et de Stand Up to Racism.</strong></p>



<p><strong>A2C : La manifestation du 28 mars à Londres a été présentée comme la plus grande mobilisation antiraciste jamais organisée en Grande-Bretagne. Qu’est-ce qui explique ce succès ?</strong></p>



<p><strong>Weyman :</strong> La clé, c’est d’abord une prise de conscience collective face à la plus grande manifestation d’extrême droite jamais vue dans ce pays en septembre dernier — 150 000 personnes sous la bannière de Tommy Robinson. Ils nous ont attaqué&rsquo;es, et ils ont aussi attaqué des organisations humanitaires. Paradoxalement, ces attaques nous ont aidé&rsquo;es : elles ont mis dans notre camp des gens qui n’auraient normalement pas marché avec nous — Amnesty International, Oxfam, des ONG. Ce choc a été notre point de départ.</p>



<p>Nous avons dû surmonter nos propres débats internes. Sur la gauche, deux positions s’affrontent : ignorer les fascistes, ou les confronter physiquement. Même si nous pensons qu’il faut aller sur le terrain contre les fascistes, nous sommes allé&rsquo;es vers les gens, les écouter, ouvrir le dialogue — avec les syndicats, les associations caritatives, les organisations religieuses, les influenceur&rsquo;euses culturel&rsquo;les. Y compris des évêques de Westminster et des musiciens avec vingt-six millions d’abonné&rsquo;es, dont les jeunes fans constituent une partie du public que nous devons toucher.</p>



<p><strong>Comment avez-vous convaincu des organisations aussi diverses de se joindre à vous, notamment les syndicats ?</strong></p>



<p>Les directions syndicales ont déployé les deux arguments classiques : quand les forces fascistes sont petites, on dit qu’il faut les ignorer. Quand elles sont grandes, elles sont trop dangereuses à affronter — ça risque de mettre nos membres en danger, nos manifestations seront moins respectables que les leurs, etc. La pression interne dans leurs organisations a finalement eu raison de ces réticences.</p>



<p>Nous avons travaillé avec TUC — la confédération nationale des syndicats — pour obtenir une mobilisation sans précédent contre l’extrême droite. C’est historique, car vingt à trente pour cent des syndiqué&rsquo;es votent pour Reform UK. Certain&rsquo;es responsables préfèrent s’en tenir à la critique économique — « Reform, c’est le parti des milliardaires » — sans affronter directement le racisme. Nous avons refusé ce contournement.</p>



<p>Nous avons aussi consenti des concessions. Des associations caritatives ne peuvent légalement pas prendre position contre un parti politique. Nous leur avons dit : venez avec vos membres, apportez ce que vous pouvez. Nous porterons nous-mêmes les arguments les plus difficiles. Des réfugié&rsquo;es, y compris des personnes sans statut légal, ont pris la parole sur l’estrade. Leur présence permettait aux participant&rsquo;es de vivre une expérience concrète, de challenger certaines idées reçues. Ça valait mieux que tous les discours.</p>



<p><strong>La question palestinienne est apparue dans la manifestation. Est-ce un changement ?</strong></p>



<p>Oui, c’est un changement réel et assumé. Pendant longtemps, Stand Up To Racism ne prenait pas position publiquement sur le Moyen-Orient, de peur que le conflit entre les communautés juive et musulmane ne déchire notre coalition. Mais l’ampleur des manifestations de solidarité palestinienne a changé la donne. Ces mobilisations étaient parfois plus grandes que les manifestations de l’extrême droite. Nous avons donc pu dire clairement que ce qui se passe à Gaza est un génocide, et que cela devait cesser. Avant, ça aurait fait fuir les libéraux. Ils nous auraient dit que ça allait mettre le feu à nos organisations. Aujourd’hui, soixante-quinze pour cent de la population britannique soutient les droits des Palestinien&rsquo;nes. C’est un basculement profond, et les mobilisations massives ont contribué à normaliser cette position dans le mouvement antiraciste.</p>



<p><strong>Vous avez aussi investi la culture et les réseaux sociaux. Pourquoi ?</strong></p>



<p>Parce que sur les réseaux sociaux, nous perdons. Elon Musk et les autres s’assurent que les algorithmes de X et de Facebook nous pénalisent. Nous ne dominons pas ce terrain. Alors nous avons contourné le problème en mobilisant des artistes, des musicien&rsquo;nes et des comédien&rsquo;nes avec des audiences massives, et organisé un concert au milieu de la manifestation — ce qui était jugé impossible par une partie de notre propre camp. « On ne peut pas faire les trois à la fois : un concert, un meeting, une manifestation ! ». Si, on peut, il faut juste de l’imagination. Résultat : deux cent cinquante-huit millions de réactions sur les réseaux sociaux le jour de la manifestation. La rue et le numérique se sont amplifiés mutuellement.</p>



<p><strong>Quelle est la stratégie pour la suite ?</strong></p>



<p>Nous nous inspirons de Trotsky et du Front uni : marcher ensemble avec des gens dont on ne partage pas toutes les convictions, tout en maintenant notre propre ligne. En Grande-Bretagne, le moment de vérité viendra aux élections dans trois ans. Reform peut gagner. Notre travail, c’est de construire dès maintenant la majorité antifasciste qui s’y opposera.</p>



<p>Notre stratégie repose sur trois niveaux de luttes imbriqués : un mouvement de masse large et visiblement majoritaire ; à l’intérieur, un corps antifasciste structuré ; et en son sein, un noyau révolutionnaire capable de former les autres. Sans les trois, on se dilue ou on se bloque. Il y a un quatrième pilier souvent négligé : le travail théorique. Le fascisme d’aujourd’hui n’est pas identique à celui des années trente. Et ce travail, ce sont nos membres — dont les femmes, les personnes trans, les militant&rsquo;es de moins de trente ans — qui sont capables de le mener.</p>



<p><strong>Un dernier mot sur le contexte international ?</strong></p>



<p>Minneapolis a été un signal lumineux. Voir des gens ordinaires descendre massivement dans la rue contre Trump a eu un impact direct sur notre mobilisation à Londres. La polarisation n’est pas seulement à droite — en Grande-Bretagne, le Parti Vert progresse fortement, et huit cent mille personnes mobilisées autour de Jeremy Corbyn sont inquiètes de la situation politique mais iels n’ont pas forcément les outils pour se mobiliser. C’est notre travail de construire des véhicules pour transformer ces inquiétudes en action et les rassembler.</p>



<p><strong>Propos recueillis par Anne-Julia (Rennes)</strong></p>
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		<title>Mobilisation de 2003 contre la guerre en Irak</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/mobilisation-de-2003-contre-la-guerre-en-irak/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:23:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
		<category><![CDATA[Mobilisation]]></category>
		<category><![CDATA[mouvement]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Quels bilans stratégiques pour les guerres impérialistes qui reviennent ? Depuis le début de l’année, entre l’attaque des États-Unis sur le Venezuela, les menaces sur le Groenland et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/mobilisation-de-2003-contre-la-guerre-en-irak/" title="Mobilisation de 2003 contre la guerre en Irak">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<p><strong>Quels bilans stratégiques pour les guerres impérialistes qui reviennent ?</strong></p>



<p><em>Depuis le début de l’année, entre l’attaque des États-Unis sur le Venezuela, les menaces sur le Groenland et Cuba, et la guerre contre l’Iran menée avec Israël, nous assistons à une accélération des tensions inter-impérialistes réactivées depuis la guerre en Ukraine. Face aux crises dans lesquelles nous plonge la trajectoire du capital, la bourgeoisie n’a qu’un mot à la bouche : la guerre. Pourtant, face à l’agenda militariste de nos gouvernements impérialistes, en France, les réponses de notre classe sont trop minoritaires. Comment pouvons-nous nous opposer aux guerres impérialistes ? Comment reconstruire un large mouvement anti-impérialiste et anti-guerre ?</em></p>



<p>Pour répondre à ces questions, le passé a beaucoup à nous apprendre : depuis l’analyse du mouvement de 2003 contre l’invasion de l’Irak, dessinons des stratégies pour nous organiser.</p>



<p>Pour comprendre la guerre en Irak et le mouvement anti-guerre de 2003, il faut revenir à l’après-guerre froide. Suite à la chute du bloc soviétique, les États-Unis deviennent la principale puissance mondiale et tâchent de consolider leur domination économique, politique et militaire dans le monde. La guerre du Golfe puis les interventions dans les Balkans assoient ce rôle de « gendarme du monde », souvent à travers l’OTAN.</p>



<p>Cette domination s’appuie aussi sur les institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale ou l’OMC, qui imposent les politiques néolibérales de dérégulation et de privatisation. La mondialisation capitaliste accentue alors les inégalités et la précarité, tandis que les États-Unis cherchent à contenir l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine.</p>



<p>Dans cette période d’hégémonie, les États-Unis cherchent à sécuriser leur influence au Moyen-Orient afin de garantir l’accès aux ressources stratégiques, notamment le pétrole. Ils s’appuient pour cela sur des alliances avec des régimes autoritaires de la région et deviennent progressivement le principal soutien d’Israël.</p>



<p>Après le 11 septembre 2001, l’administration Bush lance la « guerre contre le terrorisme » avec l’invasion de l’Afghanistan, puis prépare celle de l’Irak. En s’appuyant sur les mensonges autour des armes de destruction massive et l’amalgame entre Saddam Hussein et Al-Qaïda, les États-Unis construisent la menace d’un « axe du mal ». Le terrorisme devient ainsi un levier idéologique pour justifier les guerres impérialistes et renforcer l’islamophobie.</p>



<p>La France, l’Allemagne, la Russie ou la Chine s’opposent alors à l’invasion, moins par refus de la guerre que pour défendre leurs propres intérêts face à l’hégémonie étasunienne.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un mouvement issu des luttes globales contre le néolibéralisme</h3>



<p>Le contexte post-guerre froide nourrit d’abord un fort défaitisme à gauche. Mais à partir du milieu des années 1990, une nouvelle séquence de luttes avec les soulèvements zapatistes au Chiapas, les grèves de 1995 en France ou les mobilisations contre l’OMC à Seattle en 1999, participent à faire renaître une critique globale du capitalisme. C’est dans cette dynamique que se développe le courant altermondialiste dont ATTAC est l’organisation de référence. Sur la base d’une stratégie économiste, qui cherche davantage à réguler la mondialisation qu’à rompre avec le capitalisme, elle devient centrale à gauche.</p>



<p>Une des références de cette période est <em>Empire</em> (2000) de Toni Negri et Michael Hardt. Les auteurs y théorisent un capitalisme mondialisé opérant à travers une souveraineté diffuse, où les États-nations ne seraient plus que les relais locaux d’un « Empire » global. À la notion de classe ouvrière est substituée celle de la « multitude », ensemble hétérogène de sujets dominés appelés à résister via des formes d’organisation horizontales et décentralisées.</p>



<p>Mais la menace d’invasion de l’Irak vient contredire cette grille de lecture en montrant le rôle central des États impérialistes et notamment les États-Unis qui usent de la violence pour défendre leurs intérêts économiques et stratégiques. Dans les Forums sociaux et les contre-sommets du début des années 2000, une partie de la gauche radicale pousse alors le mouvement altermondialiste à prendre un tournant anti-guerre clair, ce qui aboutit à l’appel du Forum social de Florence en novembre 2002 à faire du 15 février 2003 une journée mondiale de mobilisation.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La construction d’un mouvement large sur des bases minimales</h3>



<p>Le 15 février 2003 marque le point culminant du mouvement contre la guerre en Irak. Entre 10 et 30 millions de personnes manifestent dans plus de 60 pays. C’est encore aujourd’hui la plus grande mobilisation de l’Histoire. Les rassemblements sont particulièrement massifs dans les États alliés des États-Unis : 1 million de personnes à Londres, 3 millions à Rome, 2 millions à Madrid.</p>



<p>Aux États-Unis, l’héritage du mouvement contre la guerre du Vietnam et les dynamiques altermondialistes de la fin des années 1990 permettent l’émergence dès septembre 2001 d’une opposition à la guerre en Afghanistan, malgré une opinion publique initialement favorable à l’intervention. Des coalitions comme ANSWER, United for Peace and Justice ou, en Angleterre, Stop The War, structurent la mobilisation qui se développe par en bas à différentes échelles du territoire et entraînent des secteurs très larges de la société, des organisations militantes jusqu’aux cadres confessionnels. En Angleterre, les organisations musulmanes comme la Muslim Association of Britain jouent notamment un rôle central pour construire un rapport de force face à l’islamophobie d’État.</p>



<p>La massivité des mobilisations dans ces deux pays tient à leur capacité à rassembler, sur des mots d’ordre minimaux contre la guerre, un maximum d’organisations ayant, par ailleurs, des débats en interne sur la caractérisation de l’impérialisme.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Et en France ? La difficulté du mouvement face à l’islamophobie.</h3>



<p>En France, le mouvement reste plus faible : le 15 février, 250 000 personnes manifestent à Paris. Une partie de la gauche est paralysée par le narratif sécuritaire porté par Bush et ses alliés. Cela conduit en 2001 à des mobilisations tardives et défensives autour de slogans comme « Ni OTAN ni Talibans ». C’est ce que racontent des camarades d’A2C, Denis Godard et Vincent Touchaleaume, alors militants de Socialisme par en bas, d’ATTAC et à Paris 8, qui impulsent un cadre anti-guerre à contre-courant des positions dominantes à gauche.</p>



<p>L’organisation d’un premier meeting permet la naissance d’Agir Contre la Guerre (ACG). Le collectif cherche à former un mouvement large autour de mots d’ordre simples : « Retrait des troupes d’Afghanistan. Pas d’invasion de l’Irak. Justice en Palestine. » Sans compromis sur l’islamophobie, il entend donner confiance à tous&rsquo;tes celles et ceux qui veulent s’organiser contre la guerre.</p>



<p>Les initiatives portées par ACG rencontrent un écho. En 2002, le cadre lance un appel très relayé à former des cortèges anti-guerre le 1er mai avant que le choc du score du FN aux présidentielles ne remette l’antifascisme au centre. Toutefois, le 11 septembre, il mobilise 400 personnes devant le Sénat lors d’une rencontre entre des représentants français et étasuniens, le FBI et des industriels de l’armement… Le 20 mars 2003, quand les États-Unis envahissent l’Irak, il impose un rassemblement immédiat place de la Concorde qui réunit 80 000 personnes. Mais la dynamique bute sur l’islamophobie présente à gauche.</p>



<p>Suite au tournant du Forum social de Florence, le cadre unitaire « contre la guerre et contre le terrorisme » qui se crée (CGT, ATTAC, LDH etc.) va attaquer les alliances formées par ACG avec des courants comme les Étudiants musulmans de France. Plus tard, ce sont les collectifs Féministes pour l’égalité contre la loi sur le voile qui se retrouvent isolés. Ces fractures révèlent chez tout un pan de la gauche, des ONG et des milieux libertaires, une incapacité à penser ensemble racisme, féminisme et impérialisme qui freine l’élargissement du mouvement et accélère son reflux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Héritages et bilan critique du mouvement de 2003</h3>



<p>Dans les pays où il s’est construit, le mouvement anti-guerre a produit des effets politiques réels : affaiblissement de Blair au Royaume-Uni, chute d’Aznar en Espagne, impact sur les élections étasuniennes de 2006 et 2008. Plus durablement, il a installé des réflexes anti-guerre qui ont rendu plus coûteux politiquement toute nouvelle intervention militaire.</p>



<p>Dans plusieurs pays arabes, sans être la cause unique des soulèvements de 2011, le mouvement de 2003 a participé à une politisation anti-impérialiste. En Égypte notamment, une partie de la génération révolutionnaire s’est formée dans les mobilisations de solidarité avec l’Intifada puis contre la guerre en Irak, en réintroduisant une critique publique du régime de Moubarak comme relais local de l’ordre impérialiste.</p>



<p>En France, l’héritage est plus diffus mais réel. Le mouvement semble avoir renforcé la confiance politique de militant&rsquo;es musulman&rsquo;es et racisé&rsquo;es, à la tête des mobilisations contre les bombardements israéliens en Palestine et au Liban en 2005-2006. Il a aussi contribué à articuler lutte contre l’islamophobie et critique de l’impérialisme, en reliant les guerres menées à l’extérieur aux politiques racistes vécues ici.</p>



<p>Mais ce bilan doit aussi être critique.</p>



<p>Malgré sa massivité, le mouvement de 2003 n’a pas su établir un rapport de force sur les lieux de travail. L’Italie est une exception : le 15 février, les manifestations sont accompagnées de débrayages, avec une implication syndicale forte et des mots d’ordre clairs contre la guerre et le gouvernement Berlusconi. C’est ce qui a manqué ailleurs : une capacité à faire exister dans les mobilisations massives dans la rue la perspective de la grève comme outil central de notre classe pour mettre en échec les gouvernements impérialistes.</p>



<p>Enfin, le mouvement a manqué de renforcer en son sein des organisations capables de structurer durablement la politisation produite par la séquence sur des bases d’autonomie de classe c’est-à-dire de défendre que ce qui mettra fin aux guerres c’est l’organisation déterminée de notre classe, par en bas. Les coalitions et les collectifs minoritaires comme ACG ont joué un rôle majeur mais ne pouvaient pas, seuls, transformer cette force en stratégie de long terme.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Quelles stratégies pour un mouvement anti-guerre aujourd’hui ?</h3>



<p>En 2026, les États occidentaux ne s’opposent plus aux guerres comme il y a vingt ans. La France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni soutiennent l’offensive contre l’Iran, pendant que la Russie et la Chine s’y opposent surtout pour affaiblir l’ordre occidental. Le « syndrome irakien » né après 2003 — occupation ratée face aux résistances, révélation des mensonges d’État — explique encore l’impopularité actuelle des interventions militaires occidentales.</p>



<p>Et pourtant, à ce jour, aucun mouvement anti-guerre d’ampleur n’a émergé.</p>



<p>L’obsession pour la nature des régimes attaqués, les postures « Ni… ni&#8230; », l’incapacité à construire un front large contre la guerre continuent d’empêcher la mise en mouvement de grands pans de la société. L’expulsion violente d’un cortège iranien lors de la manifestation anti-impérialiste du 28 mars, à l’occasion de la Journée de la Terre, en est la dernière démonstration.</p>



<p>La difficulté de construction d’un mouvement antiraciste massif en France quand le racisme sert directement à légitimer les interventions militaires, limite également le mouvement anti-guerre. Les cadres anti-guerre existants peinent par ailleurs à construire la mobilisation à la base, par quartier, sur les lieux de travail.</p>



<p>Pour répondre à ces enjeux, nous devons à la fois défendre la construction d’une coalition large contre la guerre, renforcer le front antiraciste et antifasciste et développer une organisation politique capable de pousser dans les mobilisations pour une stratégie qui redonne à la base la conscience que c’est notre classe organisée, avec les outils de la lutte des classes, qui mettra fin à la guerre !</p>



<p><strong>Mathilde et Gabin (Marseille)</strong></p>
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		<title>Contre le budget de guerre et l’austérité, tous&#8217;tes en grève !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/contre-le-budget-de-guerre-et-lausterite-toustes-en-greve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:09:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Éducation]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre à la guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[lycée]]></category>
		<category><![CDATA[Marseille]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 En mars 2026, un mouvement a secoué le secteur de l’éducation et la jeunesse lycéenne à Marseille contre les suppressions de postes et les baisses de moyens prévues <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/contre-le-budget-de-guerre-et-lausterite-toustes-en-greve/" title="Contre le budget de guerre et l’austérité, tous&#8217;tes en grève !">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-9243803b-9046-4f69-aa9c-1aa44df22109" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/educ.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/educ.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-9243803b-9046-4f69-aa9c-1aa44df22109">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p><em>En mars 2026, un mouvement a secoué le secteur de l’éducation et la jeunesse lycéenne à Marseille contre les suppressions de postes et les baisses de moyens prévues par le nouveau budget 2026. Ce fut la première riposte, sur les lieux de travail, au nouveau budget austéritaire de Lecornu et à l’économie de guerre.</em></p>



<p>Les journées de mobilisation du 10, 17, 19 et 26 mars ont mis plus de 2000 personnes dans les cortèges, plusieurs vies scolaires en grève et ont bloqué des dizaines de lycées contre les coupes budgétaires, la militarisation et la guerre.<br>Il existe donc des possibilités de riposte face aux conséquences de l’économie de guerre sur les travailleur&rsquo;euses. Il nous faut rendre compte de ce qui a rendu possible un tel mouvement mais aussi ses limites pour envisager sa généralisation à l’ensemble des secteurs de travail.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des tensions impérialistes aux coupes dans le secteur de l’éducation et de la jeunesse</h3>



<p>Depuis le renforcement des tensions inter-impérialistes mondiales, avec notamment un point de bascule avec le début de la guerre en Ukraine, les États européens augmentent fortement leur budget de guerre. En France, la loi de programmation militaire 2024-2027 adoptée en 2023 prévoit 413 milliards d’euros de dépenses militaires sur sept ans, soit une hausse d’environ 40 % par rapport à la programmation précédente.</p>



<p>Cette économie de guerre ne relève pas d’un contexte sécuritaire dégradé mais bien de la dynamique structurelle du capitalisme mondial. L’augmentation des tensions entre puissances impérialistes pour le contrôle des marchés, des ressources et des zones d’influence menace de déclencher des conflits militaires. Le réarmement des pays européens montre leur volonté de se trouver une place dans un moment de reconfiguration impérialiste marqué par le recul de l’hégémonie américaine et la montée en puissance de la Chine.</p>



<p>Cette économie de guerre entraîne une restructuration du budget de l’État avec des coupes massives dans certains secteurs comme celui de l’éducation. Début février, un budget a annoncé la suppression de 4000 postes dans l’Éducation nationale. L’État fait payer la guerre aux travailleur&rsquo;euses et coupe dans les secteurs publics. Mais il a également besoin d’une jeunesse prête à combattre et multiplie les partenariats entre l’Éducation nationale et les armées, notamment avec les dispositifs « classes défense » qui multiplient les liens et les rencontres entre l’armée et les élèves.</p>



<p>Depuis 2026, un service militaire « volontaire » est mis en place pour les jeunes âgé&rsquo;es entre 18 et 25 ans pour une durée de 8 à 12 mois, rémunéré et offrant des avantages d’accès à l’emploi. Ce dispositif vise évidemment les jeunesses populaires et ouvrières qui vont voir en celui-ci une possibilité de revenu et d’accès au marché du travail. Pour justifier les saignées dans l’éducation et de tels dispositifs, Macron développe un argumentaire nationaliste et raciste pro-guerre.</p>



<p>La mobilisation des travailleur&rsquo;euses de l’Éducation nationale est un début de réponse aux contradictions des guerres impérialistes qui ne peuvent se faire sans le soutien des travailleur&rsquo;euses qui n’y ont pas intérêt et qui en paient le prix.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La mobilisation lycéenne déclenche l’opposition au budget de guerre</h3>



<p>Le mouvement a débuté le 5 mars par un blocus lycéen contre la militarisation de la jeunesse. Cette action a lieu en solidarité avec un appel des organisations lycéennes en Allemagne contre la militarisation. Ce jour a vu des grèves et manifestations dans plus de 140 villes outre-Rhin avec plus de 50 000 lycéen&rsquo;nes en manifestation.</p>



<p>En France, l’écho a été partiel mais à Marseille le blocus le 5 mars a participé du déclenchement de blocus contre la militarisation et le budget de guerre. Les jours suivants, plusieurs établissements scolaires sont bloqués. La participation des lycéen&rsquo;nes permet d’accélérer les grèves des travailleur&rsquo;euses de l’éducation qui débutent le 10 mars dans plusieurs établissements particulièrement touchés par les coupures budgétaires.</p>



<p>La détermination des lycéen&rsquo;nes permet de convaincre les enseignant&rsquo;es de la grève en affirmant la nécessité de la solidarité avec les élèves qui bloquent et subissent une répression inouïe. L’Éducation nationale et la préfecture répriment les blocus avec l’envoi systématique de CRS, des G.A.V de lycéen&rsquo;nes mobilisé&rsquo;es, des interpellations à domicile d’élèves mineur&rsquo;es et même des fichages de certain&rsquo;es élèves par le rectorat.</p>



<p>Dans les manifestations intersyndicales, les lycéen&rsquo;nes animent des cortèges dynamiques, avec des slogans contre la guerre, contre la militarisation de la jeunesse, contre le génocide en Palestine, contre l’extrême droite et pour les services publics.</p>



<p>Des assemblées générales lors des journées de mobilisation ont regroupé lycéen&rsquo;nes, parents d’élèves et enseignant&rsquo;es. Ça a favorisé la politisation du mouvement en le faisant dépasser les revendications purement économiques propres au secteur, pour lui donner un caractère plus politique, qui lie les coupes budgétaires au contexte d’économie de guerre.</p>



<p>La répression inédite des lycéen&rsquo;nes a révélé ce que l’État était prêt à faire pour éviter que le mouvement ne se diffuse dans d’autres secteurs touchés par les coupes budgétaires dans un contexte de forte augmentation du carburant qui renforce l’impopularité de la guerre.</p>



<p>Toutefois, le mouvement ne s’est pas étendu au-delà du secteur de l’éducation à Marseille. Les militant&rsquo;es syndicalistes n’ont pas perçu le potentiel de ce type de mouvement et ne s’en sont donc pas saisi. Il a pourtant le potentiel pour faire reculer le gouvernement, non seulement sur l’éducation mais dans l’ensemble des secteurs visés par l’économie de guerre.</p>



<p>En ce sens, le communiqué écrit le 17 mars, en réponse à l’appel de l’AG éducation de Marseille à généraliser la grève le 26 mars, par les enseignant&rsquo;es du lycée Voltaire à Paris est exemplaire. En appelant à la grève nationale reconductible sur des mots d’ordre « des moyens pour l’éducation, pas pour la guerre ! Nos mobilisations sont la solution », il permet d’imaginer ce que pourrait changer la présence de camarades implanté&rsquo;es dans de nombreux établissements au niveau national voulant généraliser et politiser la grève.</p>



<p>Le potentiel du mouvement des travailleur&rsquo;euses de l’éducation contre la guerre dépasse la France.</p>



<p>Un mouvement d’ampleur dans l’éducation, qui dépasserait les frontières nationales, contre la destruction de l’école publique pour financer l’armée et les génocides, est possible.</p>



<p>En Italie, après avoir été impliqué dans les grèves pour la Palestine de septembre dont les taux de grève ont dépassé ceux des dernières années, le secteur de l’éducation appelle à une grève le 7 mai 2026 contre le budget de guerre, la militarisation de la jeunesse et la réforme des lycées professionnels qui s’annonce très suivie. D’après Francesco Tirro (militant syndicaliste éducation USB Scuola, rencontré lors de la flottille pour Gaza), « ces grèves sont le résultat d’un travail conscient syndical de liaison des conditions de travail à une situation politique plus générale d’économie de guerre, de militarisation de la jeunesse et de complicité du gouvernement Méloni avec le génocide en Palestine ».</p>



<p>Cette date de grève, appelée par plusieurs syndicats avec des mots d’ordre politiques, doit être suivie de près et montre les capacités des travailleur&rsquo;euses à riposter face à la guerre et la militarisation de la jeunesse.</p>



<p><strong>Anouk Brunet (Marseille)</strong></p>
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		<title>Iran, (anti)impérialisme et révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:01:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/" title="Iran, (anti)impérialisme et révolution">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine malgré les médias ou la répression. Les obstacles tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations.</p>



<p>La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du régime iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.</p>



<p>Le peuple iranien a régulièrement montré sa détermination à remettre en question le régime malgré une répression systématique. Ses luttes apportent énormément d’espoir face à l’approfondissement de la crise du capitalisme et sa manifestation impérialiste. Partir de là est donc très important pour pouvoir discuter des possibilités de faire face à la situation.</p>



<p>Depuis la révolution de 1979 la place que le régime veut donner à l’Iran dans la compétition régionale façonne la société. Des révoltes très fréquentes et très massives éclatent. La dernière en date a été complètement stoppée par les bombardements d’Israël et des États-Unis.</p>



<p><strong>Sous l’emprise de l’impérialisme</strong></p>



<p>Tout au long du XXè siècle l’Iran a été convoité par les grandes puissances pour ses ressources pétrolières et pour sa situation géostratégique au Moyen-Orient.<br>Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées. Il y a aussi des zones avec de fortes concentrations ouvrières, liées à l’économie du pétrole. Une bourgeoisie nationale se développe mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle de firmes anglaises puis US.<br>Dès les années 1970, les salarié&rsquo;es, les ouvrier&rsquo;es représentent à peu près un tiers de la population.<br>Les bazars contrôlent l’essentiel du commerce, de gros et plus encore de détail. Mais se développe également dans les grandes villes une élite iranienne qui arrive à vivre des revenus du pétrole, qui s’occidentalise dans ses modes de vie, en même temps que des bidonvilles énormes se mettent en place autour des grandes villes et notamment de Téhéran.</p>



<p><strong>La révolution par étapes</strong></p>



<p>C’est dans ce contexte qu’émergent de grandes révoltes. Elles produisent des débats dans la gauche iranienne. Ce qui domine sont les théories staliniennes, qui estiment que dans un pays relativement peu développé économiquement il est impossible pour la classe ouvrière de changer la société et de parvenir au socialisme. Il faut préalablement passer par un développement capitaliste de la société, qui ne peut être réalisé qu’en soutenant la bourgeoisie dans ses velléités d’acquérir une indépendance nationale qui permettra de développer économiquement le pays<sup data-fn="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" class="fn"><a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link">1</a></sup>.<br>Cette théorie de la révolution par étapes s’était concrétisée une première fois par le soutien de la gauche au gouvernement de front national dirigé par Mossadegh qui prend le pouvoir en 1952. Mossadegh prend la décision de nationaliser le pétrole iranien. Très rapidement la Grande-Bretagne riposte, soutenue par les Etats-Unis – et organise un coup d’état en août 1953, qui réinstalle le régime autocratique du Shah.<br>Effrayée par le soulèvement populaire créé par la victoire de Mossadegh, la bourgeoisie nationale s’est finalement rangée du côté de l’impérialisme américain et britannique. La répression décapite la gauche. Des mouvements liés aux mosquées et dirigés par le clergé se mettent alors à jouer un rôle central dans la contestation populaire des décennies qui vont suivre.</p>



<p><strong>La révolution de 1979</strong></p>



<p>Des manifestations démarrent en 1977 pour une démocratisation, puis des soulèvements dans les bidonvilles. A la fin de l’année les grèves se développent. En un an se développent des comités de quartier &#8211; les Komitehs &#8211; et des comités d’usines &#8211; les Shoras. Dans de nombreux endroits les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise. Mais la gauche ne pousse pas pour que ces comités se coordonnent et s’organisent en pouvoir alternatif. Elle continue de penser que le pouvoir doit être occupé par la bourgeoisie nationale qui cherche l’indépendance.<br>Par contre, le mouvement des mosquées se développe, avec une personnalité – Khomeini – qui a un réseau très important au niveau national et qui propose une direction politique, celle de prendre le pouvoir. Il a une base relativement importante dans la nouvelle classe moyenne qui s’est construite dans les entreprises.<br>Quand le Shah prend la fuite ce n’est donc pas la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, ni la bourgeoisie qui souhaitait un retour à l’ordre, mais la classe moyenne sous la direction de l’ayatollah Khomeini.</p>



<p><strong>De l’anti-impérialisme des classes moyennes…</strong></p>



<p>Le gouvernement mis en place par Khomeini n’est pas un gouvernement complètement lié à la bourgeoisie. Et il va mettre en place des mesures radicalement différentes de ce qui a existé jusqu’alors. En nationalisant toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux auparavant, il réintègre dans la sphère publique des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures sont apparues comme anticapitalistes. En France, Sartre, Foucault, Simone de Beauvoir célèbrent Khomeini comme un militant anti impérialiste. Les théories sur « l’islam révolutionnaire » fleurissent, de même que les tentatives de synthétiser islam et marxisme.<br>Pour stabiliser son pouvoir et assurer sa base sociale, Khomeini va alterner des attaques sur sa gauche et sur sa droite. Il va s’allier avec la bourgeoisie nationale pour détruire les Komiteh et les Shoras. Puis, en novembre 1979, il organise l’occupation de l’ambassade des États-Unis durant plusieurs mois, contre l’avis de la bourgeoisie iranienne. Cet acte est resté dans l’histoire comme un défi à l’impérialisme.</p>



<p><strong>… à la crise du capitalisme d’État</strong></p>



<p>Pour stabiliser un système au point de départ instable, Khomeini va s’appuyer sur deux choix politiques.<br>Il développe progressivement, via les nationalisations et grâce aux revenus pétroliers une forme de capitalisme d’État. Il crée ainsi une énorme bureaucratie qui sera la base sociale du régime.<br>Et il va utiliser la guerre et le nationalisme pour délégitimer et détruire physiquement toute opposition comme complice de l’impérialisme. Il va ainsi grandement bénéficier de la guerre meurtrière avec l’Irak à partir de 1980. Surtout quand l’Irak obtiendra le soutien US.<br>Comme les autres capitalismes d’État (des pays de l’est à l’Egypte) le régime islamique rentre en crise à la fin des années 1980 du fait de la de crise économique au niveau international. C’est aussi la fin de la guerre avec l’Irak et la mort de Khomeini.<br>Les rivalités éclatent alors au sein de la classe dirigeante iranienne entre la bureaucratie d’État qui veut prolonger son régime sous couvert d’anti-impérialisme et une partie de la bourgeoisie plutôt tournée vers la mondialisation qui veut faire des compromis avec les puissances impérialistes et tente d’emporter l’adhésion de la population par des promesses de réformes démocratiques.<br>Ces deux factions vont s’affronter régulièrement depuis lors. Quand des soulèvements populaires ont lieu, cela rouvre les rivalités.<br>Chaque fois que la frange libérale arrive au pouvoir et qu’elle essaye de négocier avec l’impérialisme son intégration au marché mondial, la frange conservatrice utilise son discours anti-impérialiste pour renforcer sa légitimité.<br>C’est le cas avec Khatami qui collabore avec les USA dans l’invasion de l’Afghanistan. C’est la cas avec Rohani en 2013 qui parvient à un accord sur le nucléaire avec les USA en 2015.</p>



<p><strong>Impérialisme régional</strong></p>



<p>Cette situation fait que le débat sur la nature anti-impérialiste du régime continue encore à l’heure actuelle. L’Iran se présente comme le chef de file de « l’axe de la résistance » contre le sionisme et l’impérialisme occidental. Il a apporté son soutien au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, aux Forces de mobilisation populaire en Irak et à d’autres groupes de moindre envergure.<br>Cela découle de l’émergence de l’Iran en tant que puissance régionale, en lice pour la domination de la région. L’Axe s’inscrivait dans la stratégie iranienne « d’anneau d’étranglement » contre Israël, qui consistait à soutenir ses alliés sans s’exposer à un affrontement ouvert.<br>Pour pouvoir se maintenir, l’Iran s’est inséré dans un système international capitaliste. Il a donc dû accepter les lois de la compétition et de l’accumulation et y trouver sa place.</p>



<p>Le déclin des USA et leur difficulté à maintenir leur hégémonie dans la région après l’invasion de l’Irak en 2003 ont conduit d’autres grandes puissances à investir cette zone, notamment la Russie et la Chine. L’Iran a noué des alliances avec ces autres puissances. La Chine achète 90% du pétrole iranien et est devenue le premier partenaire commercial de l’Iran. Lors de la révolution en Syrie en 2015 l’Iran a fait le choix de soutenir le régime de Bachar al-Assad aux côtés des forces russes.<br>Quand Israël décide d’aller bombarder l’Iran, c’est clairement avec l’idée de déstabiliser ce qui apparaît comme une puissance concurrente à l’échelle régionale. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la région. Cela a été le cas en 1967 quand Israël a attaqué l’Égypte et la Syrie. Cela a été le cas en 1980 lorsqu’Israël envahit le Liban.</p>



<p><strong>Une seule solution, l’anti-impérialisme de notre classe</strong></p>



<p>En Iran, en 2021 une grève de salariés du pétrole a eu un impact très fort, symboliquement – du fait de son rôle moteur dans la révolution de 1979 – et politiquement &#8211; les revenus du pétrole permettent à l’État iranien de fonctionner. De 10 à 15 000 salariés du pétrole ont fait grève. Ils ont produit une plateforme dans laquelle ils disaient clairement qu’ils refusaient toute intervention étrangère qui se présenterait en soi-disant soutien à leur lutte, et qu’ils souhaitaient apporter leur solidarité internationale avec les luttes de libération de la Palestine, du Yémen et du Liban2<sup data-fn="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" class="fn"><a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link">2</a></sup>. Cela s’était déjà produit en 1979, où la révolution en Iran s’était combinée à des révoltes en Égypte.<br>Le meilleur soutien qu’on puisse apporter, c’est donc de reprendre le fil des analyses en termes de développement inégal et combiné, et donner de la force aux théories internationalistes qui considèrent que la seule solution face à l’impérialisme et aux régimes réactionnaires, c’est la lutte des peuples eux-mêmes pour leur émancipation.</p>



<p><strong>Vanina Giudicelli (Paris 20)</strong></p>



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<p><strong>Quand les lignes rouges deviennent chauvines</strong><br><br>À de nombreuses reprises, la présence de cortèges avec des drapeaux iraniens ont fait polémique dans les manifestations en France.<br>Exclure ces cortèges accusés d’être en soutien du pouvoir iranien serait un acte politique de solidarité avec un peuple qui subit la répression sanglante du régime. Cette position, au cœur d’une puissance impérialiste, nous oblige donc à rappeler que :<br>&#8211; Le premier acte politique en solidarité avec le peuple qui se soulève régulièrement en Iran contre le régime devrait être de lutter pour faire arrêter les bombes qui tuent ce peuple et l’empêchent de lutter contre le régime.<br>&#8211; La base d’un mouvement antiguerre ne peut être de tirer un trait d’égalité entre impérialisme et pays agressé (comme le font des textes syndicaux qui parlent de « belligérants »). La responsabilité historique de l’impérialisme dans les catastrophes internationales sont sans commune mesure avec celles des pays dominés par l’impérialisme. L’impérialisme a façonné l’histoire de l’Iran depuis plus d’un siècle. Les bombardements ont mis un coup d’arrêt aux luttes du peuple iranien pour sa liberté. Aucun peuple ne se libère sous les bombes. Les catastrophes des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, le génocide en Palestine, etc. devraient pourtant servir de leçon.<br>&#8211; Nous n’attendons pas d’une manifestation que tous les cortèges soient en accord sur toutes les questions, mais se retrouvent dans ce qui devrait constituer les bases d’un mouvement antiguerre : l’arrêt de l’agression impérialiste et sioniste en Iran. Nous devrions alors aussi exclure de nos manifestations les organisations françaises qui ont soutenu des interventions impérialistes, se réfèrent au droit international, sont dans des internationales avec des partis qui constituent des dictatures, ou reconnaissent l’entité sioniste. Ne pas le faire revient à adopter une position chauvine puisque cela revient de fait à considérer ces positions comme moins problématiques.<br>&#8211; Un réel combat internationaliste devrait plutôt chercher à promouvoir les idées et les actes qui considèrent l’ennemi principal dans notre propre pays comme condition de l’émancipation générale. Notre responsabilité est donc de construire un mouvement de masse qui cherche à briser l’impérialisme français et occidental.</p>



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<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f"> Les débats qui ont dominé la gauche iranienne ne sont pas limités à ce pays. La révolution russe qui avait eu lieu au début du 20e siècle concernait un pays dont les caractéristiques économiques étaient relativement similaires. Trotsky analyse la situation économique de façon opposée à celle que les staliniens vont adopter plus tard. Pour un exposé de sa théorie, on pourra lire par exemple l’article de Cédric Piktoroff, <a href="https://quefaire.lautre.net/Jusqu-au-bout">« Jusqu’au bout ! La théorie de la révolution permanente »</a>  <a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3">Peyman Jafari est un chercheur iranien spécialiste des mouvements en Iran. De nombreux articles sont disponibles, dont certains traduits en français. <a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/">Iran, (anti)impérialisme et révolution</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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