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	<title>A2C &#8211; Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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		<title>Qu&#8217;est-ce-que le marxisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-que-le-marxisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Aug 2026 11:38:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[lutte des classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[matérialisme historique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous avons ressenti le besoin, ces derniers mois, de (re)construire une compréhension commune de ce que sont les « bases » de la théorie marxiste : comment les sociétés évoluent-elles et quelle est l&#8217;origine du capitalisme ? <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-que-le-marxisme/" title="Qu&#8217;est-ce-que le marxisme ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Nous avons ressenti le besoin, ces derniers mois, de (re)construire une compréhension commune de ce que sont les « bases » de la théorie marxiste : comment les sociétés évoluent-elles et quelle est l&rsquo;origine du capitalisme ? Qu&rsquo;est-ce que la théorie de la valeur, comment comprendre les crises ? Nous avons décidé dans plusieurs villes de repartir de la brochure « <em>Qu&rsquo;est-ce-que le marxisme?</em> » de Chris Harman. Nous vous proposons de la découvrir également. Les premiers chapitres sont déjà disponibles en podcast, les autres suivront !</p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-6a78106e-4825-4947-86cb-0de23ab0adc2" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/07/Quest-ce-que-le-marxisme_A4_page-par-page.pdf">Qu&rsquo;est-ce que le marxisme_A4_page par page</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/07/Quest-ce-que-le-marxisme_A4_page-par-page.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-6a78106e-4825-4947-86cb-0de23ab0adc2">Télécharger</a></div>



<h2 class="wp-block-heading">Introduction</h2>



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</div></figure>



<p>Aujourd’hui, la plupart des gens pensent que le marxisme est compliqué&nbsp;; cette impression est d’ailleurs renforcée par les adversaires du socialisme. De plus beaucoup d’intellectuels qui se disent «&nbsp;marxistes&nbsp;» encouragent ce mythe&nbsp;: ils cultivent délibérément des phrases obscures et de mystiques expressions qui donnent l’impression qu’ils possèdent une connaissance qui serait refusée aux autres.</p>



<p>Il est ainsi à peine surprenant que beaucoup de socialistes, qui travaillent 40 heures par semaine à l’usine, dans les mines ou au bureau pensent qu’ils n’auront ni le temps ni l’opportunité de le comprendre.</p>



<p>En fait, les idées de base du marxisme sont extrêmement simples. Elles permettent de comprendre, comme aucune autre théorie, la société dans laquelle nous vivons. Elles expliquent les crises économiques, pourquoi il y a tant de pauvreté au milieu de l’abondance, les coups d’États et les dictatures militaires, pourquoi les merveilleuses innovations technologiques envoient des millions de personnes au chômage, pourquoi les&nbsp;«&nbsp;démocraties&nbsp;» soutiennent les tortionnaires.</p>



<p>Pendant ce temps, les idéologues bourgeois, qui dénaturent tant les idées marxistes, tournent en rond dans un monde qu’ils ne comprennent pas et expliquent encore moins. Cependant, si le marxisme n’est pas difficile, il y a un problème pour quiconque essaie de lire Marx pour la première fois. Il écrivait il y a plus d’un siècle. Il utilisait le langage de l’époque, avec des références aux événements et personnes de cette période, qui étaient alors familiers à pratiquement tout le monde mais qui ne sont connus que par des historiens spécialisés. Je me rappelle mon désarroi lorsque, encore à l’école, j’ai essayé de lire sa brochure&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm">Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte</a>.</p>



<p>Je ne savais ni ce qu’était Brumaire ni qui était Louis Bonaparte. Combien de socialistes ont abandonné l’espoir de comprendre le marxisme après de telles expériences&nbsp;? C’est la raison d’être de ce livre&nbsp;: fournir une introduction aux idées marxistes. Cela rendra la tâche plus facile aux socialistes pour comprendre ce que disait Marx, ainsi que le développement du marxisme à travers des personnes comme Engels, Luxemburg, Lénine, Trotsky et d’autres moins connus.</p>



<p>À la fin de cette brochure, il y a une liste de classiques de la tradition marxiste qui permettent d’aller plus loin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1 &#8211; Pourquoi avons-nous besoin de la théorie marxiste ?</h2>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>



<p>Pourquoi aurions-nous besoin d’une théorie&nbsp;? On sait qu’il y a la crise, qu’on se fait voler par nos patrons. On sait qu’on est tous en colère. On sait qu’on a besoin du socialisme. Tout le reste, c’est pour les intellectuels.</p>



<p>On entend souvent ce genre de discours chez les militants socialistes et syndicaux. Ce point de vue est fortement encouragé par les antisocialistes, qui essaient de donner l’impression que le marxisme est une doctrine obscure, compliquée et ennuyeuse. Les idées socialistes, disent-ils, sont ’abstraites’. Elles semblent géniales en théorie, mais la réalité est complètement différente.</p>



<p>Le problème avec ce genre d’argument est que ceux qui le mettent en avant ont en général leur propre ’théorie’, même s’ils refusent de le reconnaître. Posez-leur n’importe quelle question sur la société, ils essaieront d’y répondre avec une généralisation ou une autre.</p>



<p>Quelques exemples&nbsp;:</p>



<p>&#8211; «&nbsp;Les gens sont naturellement égoïstes&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;En bossant assez dur, tout le monde peut arriver au plus haut niveau&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;S’il n’y avait pas les riches, il n’y aurait pas assez d’argent pour fournir du travail aux autres&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;Si seulement on pouvait éduquer les travailleurs, la société changerait&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;Si le pays est dans un tel état c’est parce qu’on a perdu toute valeur morale&nbsp;»</p>



<p>Au cours de n’importe quelle discussion, dans le bus ou à la cantine, vous pourrez entendre des dizaines de phrases de ce genre. Tout le monde a dans la tête des idées sur pourquoi la société est ce qu’elle est, et comment améliorer sa propre situation. Ces idées sont toutes des&nbsp;«&nbsp;théories&nbsp;» de la société.</p>



<p>Quand quelqu’un dit qu’il n’a pas de théorie, ce qu’il veut dire en réalité, c’est qu’il n’a pas clarifié ses idées.</p>



<p>C’est particulièrement dangereux pour quiconque veut changer la société, car les journaux et la télévision remplissent sans cesse nos esprits de tentatives d’explication de cette société. Ils espèrent que l’on va accepter ce qu’ils disent sans se poser de questions. Mais on ne peut se battre de manière efficace, pour changer la société, sans savoir ce qui est faux dans tous ces arguments.</p>



<p>Cela a été montré pour la première fois, il y a 150 ans. Dans les années 1830 et 1840, le développement de l’industrie, dans des zones comme le nord-ouest de l’Angleterre, entraîna des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vers des boulots misérablement payés. Ils étaient contraints d’endurer des conditions de vie d’une incroyable difficulté.</p>



<p>Ils commencèrent à se défendre à travers les premières organisations de masse de travailleurs &#8211; les premiers syndicats, et en Angleterre le premier mouvement pour les droits politiques des travailleurs, le Chartisme. Aux côtés de ces mouvements, apparurent les premiers petits groupes de personnes décidées à se battre pour le socialisme. Immédiatement, se posa le problème de savoir comment le mouvement des travailleurs pouvait atteindre ses objectifs.</p>



<p>Certaines personnes pensaient qu’il était possible, avec des moyens pacifiques, de persuader les dirigeants de la société de changer les choses. La force ’morale’ de la masse, des mouvements non-violents permettraient des améliorations pour les travailleurs. Des centaines de milliers de personnes s’organisèrent, manifestèrent, travaillèrent à la construction d’un mouvement se basant sur de telles conceptions &#8211; pour terminer vaincues et démoralisées.</p>



<p>D’autres reconnurent le besoin d’utiliser la ’force physique’, mais pensèrent qu’elle devait être utilisée par de petits groupes de conspirateurs détachés du reste de la société. Ces conceptions, elles aussi, amenèrent à la défaite et à la démoralisation, des dizaines de milliers travailleurs.</p>



<p>D’autres encore croyaient que les travailleurs pouvaient gagner grâce à des actions économiques sans se confronter à l’armée et à la police. Encore une fois ces arguments conduisirent à des actions de masse. En Angleterre, en 1842, eut lieu la première grève générale de l’histoire du monde, dans les zones industrielles du nord. Des dizaines de milliers de travailleurs ont résisté pendant quatre semaines jusqu’à ce que la faim et les privations les forcent à retourner au travail.</p>



<p>Ce fut à la fin de la première période des luttes des travailleurs, en 1848, que le socialiste allemand Karl Marx exposa ses idées en totalité, dans le Manifeste du parti communiste. Ses idées ne tombaient pas du ciel. Elles essayaient de fournir une base de réponse aux questions soulevées par les mouvements de travailleurs de l’époque.</p>



<p>Les idées que Marx a développées sont toujours d’actualité. Il est stupide de dire, comme beaucoup de personnes le font, qu’elles doivent être dépassées parce que Marx les écrivit, il y a plus de 150 ans. En fait, toutes les notions sur la société contre lesquelles Marx polémiquait sont actuellement toujours très répandues. Comme les Chartistes qui défendaient la ’force morale’ contre la ’force physique’, les socialistes débattent aujourd’hui de la ’voie parlementaire’ ou de la ’voie révolutionnaire’. Parmi les révolutionnaires, les débats pour ou contre le ‘terrorisme’ sont aussi vivants qu’ils l’étaient en 1848.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les Idéalistes</h3>



<p>Marx ne fut pas la seule personne à essayer de décrire ce qui n’allait pas dans la société. À l’époque où il écrivait, de nouvelles inventions dans les usines permettaient de créer des richesses à une échelle inimaginable pour les générations précédentes. Pour la première fois, il semblait que l’humanité avait les moyens de se défendre contre les calamités naturelles qui furent la plaie des générations passées.</p>



<p>Pourtant, cela ne signifia pas une quelconque amélioration dans la vie de la majorité de la population. Au contraire. Les hommes, les femmes et les enfants qui peuplaient les nouvelles usines, vivaient dans de bien pires conditions que leurs grands-parents qui avaient trimé au champ. Leurs salaires leur permettaient à peine de survivre&nbsp;; et des périodes de chômage de masse aggravaient encore plus leur situation. Ils étaient entassés dans de misérables bidonvilles dépourvus de service sanitaire et exposés à des épidémies monstrueuses.</p>



<p>Le développement de la civilisation, au lieu d’apporter un bonheur et un bien-être général, donna naissance à une plus grande misère.</p>



<p>Tout cela fut observé non seulement par Marx, mais aussi par d’autres grands penseurs de l’époque &#8211; les poètes anglais Blake et Shelley, les Français Proudhon et Fourier, les philosophes allemands Hegel et Feuerbach.</p>



<p>Hegel et Feuerbach appelèrent l’État de malheur dans laquelle l’humanité se trouvait, ’l’aliénation’ &#8211; un terme encore souvent employé. Par aliénation, Hegel et Feuerbach entendaient que les hommes et les femmes se trouvaient continuellement opprimés et dominés par ce qu’eux-mêmes avaient fait dans le passé. Ainsi, concluait Feuerbach, les gens développèrent l’idée de Dieu &#8211; et ainsi, s’y sont soumis, se sentant misérables parce qu’ils ne pouvaient vivre conformément à ce qu’ils avaient fait. Plus la société avançait, plus les gens se sentaient misérables, ’aliénés’.</p>



<p>Dans son premier écrit, Marx reprit cette notion«&nbsp;d’aliénation&nbsp;», et l’appliqua à la vie de ceux qui créaient les richesses de la société&nbsp;:<br></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L&rsquo;ouvrier devient d&rsquo;autant plus pauvre qu&rsquo;il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. (&#8230;) La <em>dépréciation</em>&nbsp; du monde des hommes augmente en raison directe de la <em>mise en valeur</em>&nbsp; du monde des choses. (&#8230;) l&rsquo;objet que le travail produit, son produit, l&rsquo;affron­te comme un <em>être étranger,</em> comme une <em>puissance indépendante</em> du producteur.</p>
</blockquote>



<p>Au temps de Marx, les explications les plus populaires de ce qui n’allait pas dans la société, étaient du type religieux. La misère de la société, entendait-on, venait de l’échec des gens à faire ce que Dieu voulait qu’ils fassent. Si seulement ils ’renonçaient tous au péché’, tout irait bien.</p>



<p>Une vue similaire est très répandue de nos jours, bien qu’elle ne se veuille plus religieuse. Elle affirme que ’pour changer la société, on doit se changer soi-même d’abord’. Si seulement, les hommes et les femmes pouvaient, individuellement, se guérir eux-mêmes de ’l’égoïsme’ ou du ’matérialisme’, alors la société irait immédiatement beaucoup mieux.</p>



<p>Une autre position, du même type, disait qu’il faudrait non plus changer tous les gens, mais seulement quelques-uns, ceux qui exercent le pouvoir. L’idée était de rendre les riches et les puissants ’raisonnables’.</p>



<p>L’un des premiers socialistes anglais, Robert Owen, commença par essayer de convaincre des chefs d’entreprises d’être plus raisonnables avec leurs travailleurs. La même idée est toujours dominante, au sein des partis socialiste et communiste, y compris leur aile gauche. Notez comment ils appellent toujours les crimes des patrons, des ’erreurs’, comme si un peu de discours pouvait persuader la haute finance de relâcher son étau sur la société.</p>



<p>Marx appela ces positions des positions ’idéalistes’. Non parce qu’il était contre les gens qui ont des ’idées’, mais parce que ces positions affirment que les idées existent indépendamment des conditions dans lesquelles les gens vivent.</p>



<p>Les idées des gens sont intimement liées aux conditions dans laquelle ils vivent. Prenons, par exemple, ’l’égoïsme’. La société capitaliste actuelle nourrit l’égoïsme &#8211; même si des gens essaient, sans arrêt, de faire preuve de solidarité. Un travailleur qui veut le meilleur pour ses enfants, qui veut pour ses parents les meilleures conditions de retraite, se trouve dans l’obligation de se battre continuellement avec les autres &#8211; pour avoir un meilleur travail, plus d’heures-sups, pour être le premier à l’embauche. Dans ce genre de société, on ne peut se débarrasser de ’l’égoïsme’ ou de ’l’avarice’, en essayant de changer les esprits des gens. C’est même encore plus ridicule, de parler de changer la société en changeant les idées des ’personnes haut placées’. Imaginez que vous réussissez à gagner un grand patron aux idées du socialisme et qu’il arrête d’exploiter ses travailleurs. Il perdra tout simplement contre des employeurs rivaux, et sera éjecté des affaires.</p>



<p>Même pour ceux qui dirigent la société, ce ne sont pas les idées qui importent, mais la structure de la société dans laquelle ils défendent ces idées.</p>



<p>Pour le dire autrement, si ce sont les idées qui changent la société, d’où viennent alors les idées&nbsp;? Nous vivons dans un certain type de société. Les idées mises en avant par la presse, la télévision, le système scolaire etc. défendent cette société. Comment quelqu’un aurait-il pu développer des idées complètement différentes&nbsp;? Parce que leurs expériences quotidiennes entrent en contradiction avec les idées officielles de notre société. Par exemple, on ne peut expliquer pourquoi il y a beaucoup moins de personnes croyantes aujourd’hui qu’il y a 100 ans, simplement en termes de succès de la propagande athée. On doit expliquer pourquoi les gens, aujourd’hui, sont réceptifs aux idées athées, alors qu’ils ne l’étaient pas il y a 100 ans.</p>



<p>De la même manière, si on veut expliquer l’impact des ’grands hommes’, on doit pouvoir expliquer pourquoi d’autres personnes ont accepté de les suivre. On ne peut pas dire, par exemple, que Napoléon ou Lénine changèrent l’histoire, sans expliquer pourquoi des millions de personnes acceptèrent de faire ce qu’ils suggéraient. Après tout, ils n’étaient pas hypnotiseurs de masse. Quelque chose dans la vie de la société, à un certain moment, conduisait les gens à penser que ce qu’ils disaient semblait correct.</p>



<p>On ne peut comprendre comment les idées changent l’histoire que si l’on comprend d’où viennent ces idées et pourquoi les gens les ont acceptées. Cela impose de regarder au-delà des idées et s’intéresser aux conditions matérielles de la société où elles apparaissent. C’est pour cela que Marx insistait&nbsp;:« <em>Ce n&rsquo;est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c&rsquo;est inversement leur être social qui détermine leur conscience.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading">2 &#8211; Comprendre l’histoire</h2>



<p>Les idées, par elles-mêmes, ne peuvent pas changer la société. C’était l’une des premières conclusions de Marx. Comme un certain nombre de penseurs avant lui, il insista sur le fait que pour comprendre la société, on doit voir les êtres humains comme faisant partie du monde matériel.</p>



<p>Les comportements humains sont déterminés par les forces matérielles, comme les comportements de n’importe quel autre objet naturel. L’étude de l’humanité faisait partie de l’étude scientifique du monde naturel. Les penseurs de ce type étaient appelés les matérialistes.</p>



<p>Marx vit dans le matérialisme une énorme avancée par rapport aux différentes notions idéalistes et religieuses de l’histoire. Cela signifiait que l’on pouvait discuter, scientifiquement, du changement des conditions sociales. On ne dépendait plus des prières à Dieu ou d’un ’changement spirituel’ de la population.</p>



<p>Le remplacement de l’idéalisme par le matérialisme fut le remplacement du mysticisme par la science. Mais les explications matérialistes du comportement humain ne sont pas toutes correctes. Tout comme il y eut des théories scientifiques erronées en biologie, en chimie ou en physique, il y eut des tentatives erronées pour développer des théories scientifiques de la société. En voici quelques exemples&nbsp;:</p>



<p>Une vision très répandue, matérialiste et non-marxiste, soutient que tous les hommes sont des animaux, qui se comportent ’naturellement’. Comme il est naturel aux loups de tuer ou aux agneaux de rester placides, il est naturel à l’homme d’être agressif, dominateur, compétitif et cupide (et cela implique, pour les femmes d’être douces, soumises, déférentes et passives).</p>



<p>Une formulation de cette opinion se trouve dans le best-seller, <em>Le Singe Nu</em>. Les conclusions tirées de ce genre d’analyse, sont presque invariablement réactionnaires. Si les hommes sont naturellement agressifs, dit-on, alors il n’y a pas d’espoir de changer la société. Les choses reviendraient toujours au même. Les révolutions seraient toujours condamnées à l’échec.</p>



<p>Mais la «&nbsp;nature humaine&nbsp;»&nbsp;varie en fait, d’une société à l’autre.</p>



<p>Par exemple, la compétition, prise pour acquis dans notre société, existait à peine dans beaucoup de sociétés antérieures. Quand des scientifiques cherchèrent à faire passer des tests de QI à des amérindiens Sioux, ils se sont aperçus que les Indiens ne comprenaient pas pourquoi ils ne devaient pas s’entraider pour répondre aux questions. Ils vivaient dans une société de coopération intime, non de compétition.</p>



<p>De même pour l’agressivité. Quand les esquimaux rencontrèrent pour la première fois des européens, ils ne comprenaient pas la signification du mot ’guerre’. L’idée qu’un groupe de personnes essaie d’en tuer un autre leur semblait complètement folle.</p>



<p>Dans notre société, il semble « naturel » que les parents doivent aimer et protéger leurs enfants. Pourtant, en Grèce Antique, dans la ville de Sparte, il était tout aussi ’naturel’ de laisser leurs enfants dans la montagne, pour voir s’ils survivaient au froid.</p>



<p>Les théories de « l’immuable nature humaine&nbsp;» ne fournissent aucune explication des grands événements de l’histoire. Les pyramides d’Egypte, les splendeurs de la Grèce Antique, les empires romains et incas, les cités industrielles modernes, sont mis au même niveau que les paysans illettrés du début du Moyen Age. Tout ce qui importe c’est le « Singe Nu&nbsp;»&nbsp;&#8211; pas les civilisations magnifiques que le singe a construites. Il devient alors impossible de comprendre pourquoi certaines sociétés réussirent à nourrir les ’singes’, alors que d’autres les laissèrent mourir de faim par millions.</p>



<p>Beaucoup de gens acceptent une théorie matérialiste différente, qui met en avant le fait qu’il est possible de changer les comportements humains. Tout comme les animaux peuvent être dressés pour se comporter différemment dans un cirque que dans la jungle, les comportements humains, de la même manière, peuvent être changés. Si seulement les bonnes personnes prenaient le contrôle de la société, la ’nature humaine’ pourrait alors être changée.</p>



<p>Cette théorie est certainement plus avancée que le « singe nu ». Mais comme explication de la société dans son ensemble, elle est incorrecte. Si tout le monde est complètement conditionné dans notre société, comment est-il possible pour une personne de s’élever au-dessus de la société et découvrir comment changer les mécanismes de conditionnement&nbsp;? Y a-t-il une minorité choisie par Dieu, qui serait immunisée aux pressions qui dominent toutes les autres personnes&nbsp;? Si nous sommes tous des animaux dans un cirque, qui est le dresseur de lions&nbsp;?</p>



<p>Ceux qui défendent cette théorie en arrivent à la conclusion que, soit on ne peut rien faire (comme ceux du&nbsp; « singe nu »), soit il faut attendre un changement produit par quelque chose d’extérieur à la société &#8211; Dieu, un&nbsp;« grand homme », ou le pouvoir des idées individuelles. Leur « matérialisme » se transforme en une nouvelle version de l’idéalisme.</p>



<p>Comme Marx le signalait, cette doctrine amène nécessairement à diviser la société en deux parties, dont une serait supérieure à la société. Cette théorie&nbsp;« matérialiste » est souvent réactionnaire. L’un des adhérents actuels les plus connus, de cette théorie est le psychologue américain de droite, Skinner. Il veut conditionner les gens pour qu’ils se comportent d’une certaine manière. Mais, puisque lui-même est un produit de la société américaine, son&nbsp;« conditionnement » revient, surtout, à ce que les gens se conforment à cette société.</p>



<p>Une autre théorie matérialiste explique toutes les souffrances dans le monde par la ’pression de la population’. Cette théorie s’appelle communément, le malthusianisme, développé pour la première foi par Malthus, un économiste anglais de la fin du XVIII<sup>ème</sup>. Mais elle ne peut expliquer pourquoi les États-Unis brûlent du maïs pendant que les gens meurent de faim en Inde. Pas plus qu’elle n’explique pourquoi il n’y avait pas assez de nourriture pour nourrir 10 millions de personne, il y a 150 ans, aux États-Unis, alors qu’aujourd’hui, il y en a assez pour en nourrir 200 millions.</p>



<p>Cette théorie oublie que pour chaque bouche supplémentaire à nourrir, il y a aussi une personne supplémentaire capable de travailler et de produire des richesses. Marx appela toutes formes erronées d’explications, des formes de matérialisme&nbsp;« mécanique » ou&nbsp;« vulgaire ». Elles oublient toutes que, en plus de faire partie du monde matériel, les êtres humains sont aussi des créatures vivantes et agissantes, dont les actions changent le monde.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’interprétation matérialiste de l’histoire</h3>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l&rsquo;on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu&rsquo;ils commencent à produire leurs moyens d&rsquo;existence.</p>
</blockquote>



<p>Avec ces mots, Karl Marx fit remarquer, d’abord, en quoi se distinguait son explication du développement de la société. Les êtres humains sont des animaux descendants d’une créature ressemblant à un singe. Comme les autres animaux, leur premier souci est de se nourrir eux-mêmes et de se protéger du climat.</p>



<p>La façon dont les animaux le font dépend de leur héritage biologique. Un loup reste en vie, en chassant et tuant sa proie, d’une manière déterminée par des instincts biologiques hérités. Il se tient au chaud lors de nuits froides grâce à sa fourrure. Il élève sa progéniture selon une procédure héritée.</p>



<p>Mais la vie humaine n’est pas figée de cette manière. Les humains qui parcouraient la terre, il y a 10 000 ou 30 000 ans vivaient une vie bien différente de la nôtre. Ils vivaient dans des grottes ou des trous dans le sol. Ils n’avaient aucun moyen de stocker la nourriture ou l’eau, ils dépendaient de la collecte de baies ou de la viande d’animaux sauvages tués à coups de pierres. Ils ne savaient ni écrire, ni compter au-delà de leurs dix doigts. Ils n’avaient aucune connaissance autre que leur voisinage immédiat ou de ce qu’avaient fait leurs ancêtres. Pourtant leur apparence physique était similaire il y a 10 000 ans à celle de l’homme moderne. Lavé, rasé, habillé, l’homme des cavernes pourrait marcher dans la rue sans que personne ne le remarque.</p>



<p>Comme l’archéologue Gordon Childe nota&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les squelettes les plus anciens de notre espèce remontent à la fin de la dernière glaciation&#8230; Depuis la première apparition des squelettes d’homo sapiens dans les archives géologiques&#8230; l’évolution physique de l’homme s’est presque arrêtée, alors que son évolution culturelle ne faisait que commencer.</p>
</blockquote>



<p>La même observation est faite par un autre archéologue, Leakey&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les différences physiques entre les hommes des cultures Aurignacienne et Magdalénienne (il y a 25000 ans) d’une part, et l’homme moderne d’autre part sont négligeables, alors que les différences culturelles sont incalculables.</p>
</blockquote>



<p>Par ’culture’ les archéologues entendent les choses que les hommes et les femmes apprennent et enseignent (comment faire des vêtements à partir de fourrure et de laine, comment construire une maison, comment fabriquer des pots avec de l’argile, comment faire du feu), à l’opposé des choses que les animaux font instinctivement.</p>



<p>La vie des tous premiers hommes était déjà grandement différente de celle des autres animaux. Ils avaient en effet la possibilité d’utiliser les capacités particulières aux hommes &#8211; cerveau important, membres supérieurs capables de manipuler des objets &#8211; pour commencer à transformer leur environnement selon leurs besoins. Cela signifiait que les hommes pouvaient s’adapter à de multiples environnements différents, sans changer de forme biologique. Les humains ne réagissaient plus simplement aux conditions extérieures. Ils pouvaient agir sur ces conditions, commençant à les changer à leur propre avantage. Au départ, ils utilisaient des bâtons et des pierres pour attaquer des bêtes sauvages, ils allumaient des torches grâce à des sources de feu naturelles pour avoir de la chaleur et de la lumière, ils s’habillaient avec de la végétation et des peaux d’animaux. Sur plusieurs dizaines de milliers d’années, ils apprirent à faire du feu eux-mêmes, à tailler des pierres avec d’autres pierres, obtenir de la nourriture des grains qu’ils semaient, à la stocker dans des pots d’argile, à domestiquer certains animaux.</p>



<p>Relativement récemment &#8211; il y a 5000 ans, sur un demi-million d’années de l’histoire humaine &#8211; ils apprirent le secret de la transformation des minerais en métaux qui pouvaient être utilisés pour fabriquer des outils fiables et des armes efficaces.</p>



<p>Chacune de ces avancées a eu un impact énorme, non seulement en rendant plus facile aux humains le fait de se nourrir et de se vêtir, mais aussi en transformant l’organisation même de la vie humaine. Dès le départ, la vie humaine était sociale. Seul l’effort collectif de plusieurs personnes pouvaient leur permettre de tuer des bêtes, de réunir de la nourriture et d’entretenir le feu. Ils devaient coopérer.</p>



<p>Cette coopération continuelle permit aussi de développer la communication, en émettant des sons et en développant le langage. Au départ, les groupes sociaux étaient simples. Il n’y avait pas assez de produits naturels pour permettre des groupes d’une taille plus importante que peut-être une vingtaine de personnes. Tous les efforts servaient aux tâches primaires d’obtenir de la nourriture, ainsi tout le monde faisait le même travail et vivait la même vie. Sans aucun moyen de stocker de la nourriture, il ne pouvait y avoir de propriété privée, ni de classe sociale, il n’existait pas non plus de butin pour motiver la guerre.</p>



<p>Il y avait, jusqu’à récemment encore, des centaines de sociétés, dans différentes parties du globe, qui fonctionnaient comme cela &#8211; parmi certaines tribus indiennes d’Amérique du Nord et du Sud, en Afrique équatoriale et dans l’océan pacifique, les Aborigènes d’Australie. Ces personnes n’étaient pas moins intelligentes que nous et ne possédaient de ’mentalité primitive’. Pour survivre, les Aborigènes australiens par exemple, devaient apprendre à reconnaître des milliers de plantes et les habitudes de nombreux animaux différents.</p>



<p>L’anthropologue Pr. Firth décrit comment&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>les tribus australiennes&#8230; connaissent les habitudes, les marques, lieux de reproductions et les fluctuations saisonnières de tous les animaux, poissons et oiseaux de leur territoire de chasse. Ils connaissent les propriétés externes et certaines moins visibles des roches, pierres, cires, gommes, plantes, fibres et écorces&nbsp;; ils savent faire du feu&nbsp;; ils savent appliquer la chaleur pour supporter la douleur, arrêter une hémorragie et limiter la putréfaction de la nourriture&nbsp;; ils savent aussi utiliser le feu et la chaleur pour durcir certains bois et en adoucir d’autres&#8230; Ils connaissent les phases de la lune, le mouvement des marées, le cycle planétaire, et les successions et durée des saisons&nbsp;; ils ont mis en corrélation des fluctuations climatiques, comme les vents, les variations annuelles de température et d’humidité, et les flux de la croissance et la présence des espèces naturelles&#8230; En plus, ils font une consommation intelligente des animaux tués pour la nourriture&nbsp;; la chair du kangourou est mangée, les os des jambes servent à la fabrication d’outils en pierre ou comme épingles, les tendons deviennent des attaches de javelots, les griffes sont montées en collier avec de la cire et des fibres, le gras mélangé à de l’ocre rouge pour faire de la peinture&#8230; Ils connaissent certains principes mécaniques simples et tailleront un boomerang jusqu’à ce qu’il ait la bonne courbe&#8230;</p>
</blockquote>



<p>Ils étaient plus ’intelligents’ que nous pour survivre dans le désert australien. Ce qu’ils n’avaient pas appris était à planter des graines et à cultiver leur propre nourriture &#8211; ce que nos ancêtres apprirent, il y a 5000 années de cela, après avoir été sur terre pendant une période cent fois plus longue.</p>



<p>Le développement de nouvelles techniques pour créer des richesses &#8211; les moyens de la vie humaine &#8211; a toujours donné naissance à de nouvelles formes de coopération entre les hommes, à de nouvelles relations sociales.</p>



<p>Par exemple, lorsque les gens apprirent pour la première fois à produire leur nourriture (en plantant des graines ou en domestiquant des animaux) et à la stocker (dans des pots en terre), il y eut une vraie révolution dans la vie sociale &#8211; appelée par les archéologues ’la révolution néolithique’. Les hommes devaient coopérer pour défricher la terre et faire la récolte, comme pour chasser les animaux. Ils pouvaient vivre en un nombre beaucoup plus grand qu’avant, ils pouvaient stocker de la nourriture et commencer à échanger des produits avec d’autres tribus.</p>



<p>Les premières villes pouvaient se développer. Pour la première fois, il y avait la possibilité pour quelques personnes de vivre sans que cela implique pour eux de chercher de la nourriture en permanence&nbsp;: certains allaient se spécialiser dans la fabrication des pots, d’autres dans la recherche du silex et plus tard du métal pour faire des outils, d’autres effectuant des tâches administratives élémentaires pour la tribu. Plus insidieusement, les stocks de nourriture fournissaient un mobile pour faire la guerre. L’humanité avait trouvé une nouvelle façon de s’adapter au monde qui l’entourait, une nouvelle façon d’adapter le monde à leurs besoins. Mais en même temps, sans s’y attendre, les gens ont transformé la société dans laquelle ils vivaient et avec elle leurs propres vies. Marx résuma ce procédé&nbsp;: un développement des «&nbsp;forces de production&nbsp;» change les «&nbsp;relations de production&nbsp;», et ainsi la société.</p>



<p>Il existe beaucoup d’autres exemples.</p>



<p>Il y a 300 ans, l’immense majorité des gens de ce pays vivaient toujours de la terre, produisant des richesses selon des méthodes qui n’avaient pas changé depuis des siècles. Leur horizon mental se bornait à leur village et leurs idées étaient fortement sous l’influence du clergé local. La plupart d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire et n’apprendraient jamais à le faire.</p>



<p>Plus tard, il y a 200 ans, l’industrie commença à se développer. Des dizaines de milliers de personnes furent envoyées à l’usine. Leurs vies furent complètement transformées. Maintenant, ils vivaient dans de grandes villes, non dans de petits villages. Ils avaient besoin de qualifications inimaginables pour leurs ancêtres, comprenant entre autres la lecture et l’écriture. Les chemins de fer et les bateaux à vapeur rendirent possible les voyages sur la moitié de la terre. Les vieilles idées martelées par le clergé ne correspondaient plus à la situation. La révolution matérielle dans la production fut aussi une révolution de leur façon de vivre et de leurs idées.</p>



<p>Des changements similaires affectent toujours de nombreuses personnes. Prenons les personnes du d’Afrique, du Maghreb, du Bangladesh ou de la Turquie qui sont venues en France, en Angleterre et en Allemagne, pour chercher du travail. Beaucoup trouvèrent que leurs anciennes traditions et idées religieuses ne correspondaient plus à leur nouvelle vie. Ou encore, comment il y a 50 ans, la majorité des femmes commencèrent à travailler hors de la maison, et comment cela les conduisit à s’affronter aux vieilles attitudes qui faisaient d’elles, quasiment, la propriété de leurs maris.</p>



<p>Les changements dans la façon dont les hommes produisaient leur nourriture, leurs vêtements et leurs abris, amenèrent des changements dans l’organisation de la société et dans l’attitude des gens. C’est le secret des changements sociaux &#8211; historiques, que les penseurs avant Marx (et beaucoup d’autres depuis), les idéalistes et les matérialistes mécaniques, ne pouvaient pas comprendre.</p>



<p>Les idéalistes voyaient le changement &#8211; mais, ils disaient que ça tombait du ciel. Les matérialistes mécaniques voyaient que l’homme était conditionné par le monde matériel, mais ne pouvaient comprendre comment les choses pouvaient changer. Ce que Marx remarqua c’est que si les êtres humains sont conditionnés par le monde qui les entoure, ils agissent et réagissent sur leur environnement, travaillant à le rendre plus habitable. Ce faisant, ils changent aussi les conditions dans lesquelles ils vivent, et ainsi se changent eux-mêmes.</p>



<p>La clé de la compréhension des changements historiques réside dans la compréhension des moyens qu’utilisent les êtres humains pour se nourrir, se vêtir, et trouver un abri. C’était le point de départ de Marx. Mais cela ne signifie pas que des améliorations technologiques produisent automatiquement une meilleure société ou même que de nouvelles inventions technologiques changent automatiquement cette société. Marx rejeta cela (parfois appelé le déterminisme technologique). Toujours et encore, dans l’histoire, les gens ont rejeté de nouvelles méthodes pour améliorer la production parce qu’elles entraient en conflit avec les attitudes ou les formes de la société qui existaient déjà.</p>



<p>Par exemple, sous l’empire romain, il y eut beaucoup d’innovations pour produire plus de blé sur une surface de terrain donné, mais les gens ne les utilisèrent pas car elles demandaient aux esclaves plus de dévotion au travail que ne pouvait leur donner le fouet. Quand l’Angleterre dirigeait l’Irlande, au XVIIIème siècle, elle essaya d’y stopper le développement de l’industrie, car il entrait en conflit avec les intérêts des hommes d’affaires de Londres. Si quelqu’un propose de tuer toutes les vaches sacrées pour éradiquer la famine en Inde, ou de nourrir tout le monde en Angleterre avec de succulents steaks à base de viande de rat, il sera ignoré à cause de préjugés établis.</p>



<p>Les développements dans la production se heurtent aux anciens préjugés et aux anciennes méthodes d’organisation de la société, mais ils ne les renversent pas automatiquement. Beaucoup d’êtres humains se battent contre le changement &#8211; et ceux qui veulent utiliser de nouvelles méthodes de production doivent se battre pour ce changement. Si ceux qui s’y opposent gagnent, alors les nouvelles formes de production ne peuvent être appliquées et la production stagne ou même recule.</p>



<p>Dans la terminologie marxiste&nbsp;: quand les forces de production se développent, elles entrent en conflit avec les relations sociales préexistantes et les idées qui s’appuient sur les anciennes forces de production. Soit les personnes qui s’identifient avec les nouvelles forces de production gagnent ce conflit, soit ce sont celles qui s’identifient avec le vieux système. Dans le premier cas, la société progresse, dans l’autre elle stagne ou même régresse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">3 &#8211; La lutte des classes</h2>



<p>Nous vivons dans une société divisée en classes, dans laquelle une minorité de personnes possède une énorme partie de la propriété privée, et la plupart d’entre nous, quasiment rien. Naturellement, nous pensons tous qu’il en fut toujours de même. Mais en réalité, pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, il n’y avait pas de classes, pas de propriété privée, pas d’armée, ni de police. Telle était la situation pendant les 50 000 ans du développement humain jusqu’à il y a 5000 à 10 000 ans.</p>



<p>Tant que le travail d’un homme ne permettait pas de produire plus de nourriture que ce dont il avait besoin pour vivre, il ne pouvait y avoir de division en classes. En effet, quel était l’intérêt d’avoir des esclaves si tout ce qu’ils produisaient ne servaient qu’à les nourrir&nbsp;? Mais à partir d’un certain moment, les avancées dans la production rendaient les divisions de classes non seulement possibles mais nécessaires. Suffisamment de nourriture pouvait être produite pour laisser un surplus après que les producteurs immédiats en avaient pris assez pour rester en vie. Et les moyens existaient pour la stocker et la transporter d’un endroit à un autre.</p>



<p>Les gens, dont le travail produisait toute cette nourriture, auraient pu simplement manger ce supplément de nourriture. Puisqu’ils vivaient une vie assez misérable, ils pouvaient être fortement tentés. Mais cela les aurait laissés à la merci des ravages de la nature, qui pouvaient être la famine ou une inondation l’année suivante, et aux attaques de tribus affamées avoisinantes.</p>



<p>C’était, au début, un net avantage pour tout le monde, si un groupe spécial de personnes prenait en charge cette richesse supplémentaire, la stockait contre de futurs désastres, l’utilisait pour soutenir les artisans, construire des moyens de défense et en échangeait une partie avec d’autres tribus contre des objets utiles. Ces activités commencèrent à se développer dans les premières villes, où des administrateurs, des marchands et artisans apparurent. Du besoin de noter, sur des tablettes, les traces des différentes sortes de richesses, apparut le développement de l’écriture.</p>



<p>Ainsi furent les premiers balbutiements de ce qu’on appelle «&nbsp;la civilisation&nbsp;» Mais &#8211; et c’est un mais de taille, tout cela était basé sur le contrôle des richesses par une petite minorité de la population. Et cette minorité utilisait cette richesse pour son propre bien autant que pour le bien de la société dans son ensemble.</p>



<p>Plus la production se développait, plus les richesses s’entassaient dans les mains de cette minorité &#8211; et plus elle se détacha du reste de la population. Les règles, qui existaient en tant que moyen pour permettre à la société de vivre, devinrent les «&nbsp;lois », insistant sur le fait que la richesse et la terre qui la produisait étaient la « propriété privée » de la minorité. Une classe dominante avait vu le jour et les lois défendaient son pouvoir.</p>



<p>On pourrait se demander s’il aurait été possible pour la société de se développer autrement, s’il aurait été possible pour ceux qui travaillaient la terre de contrôler ce qu’ils produisaient&nbsp;? La réponse doit être négative, pas à cause de la « nature humaine »&nbsp;mais parce que la société était toujours très pauvre. La majorité de la population terrestre était trop occupée à gratter le sol pour une vie de misère, pour avoir le temps de développer l’écriture et la lecture, de créer des œuvres d’arts, de construire des bateaux pour le commerce, de repérer le mouvement des étoiles, de découvrir les rudiments des mathématiques pour prévenir les crues des rivières ou comprendre comment des canaux d’irrigation devaient être construits. Toutes ces choses ne pouvaient être découvertes que si toutes les nécessités de la vie étaient prises en charge par la masse de la population, ce qui permettait à une minorité privilégiée de ne pas avoir à trimer du lever au coucher du soleil.</p>



<p>Cependant, cela ne signifie pas que la division de la société en classes reste nécessaire aujourd’hui. Le dernier siècle a été le témoin d’un développement de la production inimaginable pour les générations passées. La pauvreté naturelle a été dépassée &#8211; ce qui existe, maintenant, est une pauvreté artificielle, créée par des gouvernements qui détruisent des stocks de nourriture.</p>



<p>La société de classes, aujourd’hui, ne pousse plus en avant l’humanité, au contraire, elle la retient.</p>



<p>Ce ne fut pas seulement le premier changement d’une société purement agricole en des sociétés urbaines qui donna naissance à de nouvelles divisions de classes. Le même processus apparut chaque fois que de nouvelles façons de produire des richesses commencèrent à se développer.</p>



<p>Ainsi, en France, il y a 1000 ans, la classe dirigeante était composée de barons féodaux qui possédaient la terre et vivaient sur le dos des serfs. Mais quand le commerce se développa à une large échelle, apparut à leur côté, dans les villes, une nouvelle classe privilégiée de riches marchands. Et quand l’industrie commença à se développer à une échelle substantielle, leur pouvoir fut disputé par les propriétaires d’entreprises industrielles.</p>



<p>À chaque stade de développement de la société, il y eut une classe opprimée dont le travail physique créait la richesse, et une classe dominante qui contrôlait cette richesse. Mais au cours du développement de la société, les deux classes subirent des changements. Dans les sociétés esclavagistes de la Rome Antique, les esclaves étaient la propriété personnelle de la classe dirigeante. L’esclavagiste possédait les biens produits par l’esclave parce qu’il possédait l’esclave, de la même manière qu’il possédait le lait produit par sa vache parce qu’il possédait la vache.</p>



<p>Dans la société féodale du Moyen Age, les serfs possédaient leurs propres terres, et possédaient ce qu’ils en tiraient&nbsp;; mais, en retour de la possession de leur terre, ils devaient travailler un certain nombre de jours chaque année sur les terres du seigneur. Leur vie était divisée &#8211; peut-être la moitié du temps travaillaient-ils pour le seigneur et l’autre moitié pour eux-mêmes. S’ils refusaient de travailler pour le seigneur, ce dernier pouvait les punir (fouet, prison ou pire).</p>



<p>Dans la société capitaliste moderne, le patron ne possède pas physiquement le travailleur et ne peut pas le punir physiquement si celui-ci ne veut pas travailler gratuitement pour lui. Mais le patron possède les usines où le travailleur doit avoir un boulot s’il veut rester en vie. Ainsi, il lui est très facile de forcer les travailleurs à accepter un salaire qui est bien inférieur à la valeur des biens qu’ils produisent.</p>



<p>Dans chaque cas, la classe dirigeante contrôle toutes les richesses qui restent, une fois que les besoins les plus élémentaires des travailleurs sont satisfaits. L’esclavagiste veut garder sa propriété en bon État, il nourrit donc son esclave de la même manière que vous faites le plein de votre voiture. Mais tout ce qui reste comme richesses, après avoir nourri cet esclave, l’esclavagiste s’en sert pour son propre bien-être. Le serf doit se nourrir et s’habiller grâce au travail qu’il fournit sur sa terre. Tout le travail supplémentaire fourni sur la terre du seigneur va au seigneur.</p>



<p>Le travailleur moderne reçoit un salaire. Toutes les autres richesses qu’il crée vont à ses employeurs sous forme de profits, intérêts ou rentes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La lutte des classes et l’État</h3>



<p>Les travailleurs ont rarement accepté leur sort sans résister. Il y eut des révoltes d’esclaves en Egypte ancienne et en Rome antique, révoltes de paysans en Chine Impériale, guerres civiles entre les riches et les pauvres dans les villes de la Grèce ancienne, à Rome et pendant la Renaissance en Europe.</p>



<p>C’est pourquoi Karl Marx commença <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm#sect1"><em>Le Manifeste du parti communiste</em></a> en insistant&nbsp;: «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours a été l’histoire de luttes de classes.</em>&nbsp;» Le développement de la civilisation a eu lieu par l’exploitation d’une classe par une autre, et ainsi par leurs luttes.</p>



<p>Aussi puissants un pharaon d’Égypte, un empereur romain ou un prince médiéval soient-ils, aussi luxueuses leurs vies puissent être et quelque soit la beauté de leurs palaces, ils ne pouvaient rien faire s’ils ne s’assuraient pas que les biens produits par les paysans ou les esclaves les plus misérables passent entre leurs mains. Ils ne pouvaient le faire que si, à côté de la division en classes, ils ne développaient pas quelque chose d’autre &#8211; un contrôle sur les moyens de la violence, par eux-mêmes ou par ceux qui les soutenaient.</p>



<p>Dans les sociétés antérieures, il n’y avait pas d’appareil armé, pas de police et pas de gouvernement séparés de la majorité de la population. Même il y a 50 ou 60 ans, dans certaines parties de l’Afrique, par exemple, il était possible de trouver des sociétés qui fonctionnaient encore comme ça. Une grande partie des tâches accomplies par l’État, dans notre société, était accomplie, simplement, sans formalités, par toute la population ou une réunion de représentants.</p>



<p>De telles réunions jugeaient le comportement de telle ou telle personne qui était accusée d’avoir brisé une importante règle sociale. La punition était appliquée par toute la communauté &#8211; par exemple en obligeant la personne à partir. Puisque tout le monde était d’accord avec la punition, une police séparée n’était pas nécessaire pour rendre le jugement effectif. Si la guerre arrivait, tous les jeunes hommes allaient au combat avec des chefs élus pour l’occasion, une fois encore sans structure militaire séparée.</p>



<p>Mais, dans une société où une minorité a le contrôle sur presque toute la richesse, ces méthodes simples pour faire régner ’la loi et l’ordre’ et pour faire la guerre ne peuvent plus être utilisées. Chaque réunion de représentants ou chaque groupe de jeunes hommes en armes prendrait, à coup sûr, une position de classe.</p>



<p>Le groupe privilégié ne pouvait survivre que s’il détenait le monopole de la création et de l’amélioration des punitions, des lois, de l’organisation des armées, de la production d’armes. Ainsi la séparation en classes s’accompagna de l’apparition et du développement de groupes de juges, de policiers et d’agents des services secrets, de généraux, de bureaucrates &#8211; à qui la classe privilégiée donna une partie de ses richesses pour qu’ils protègent son règne.</p>



<p>Ceux qui servaient dans les rangs de cet « Etat »&nbsp;étaient entraînés à obéir sans hésitation aux ordres de leurs « supérieurs »&nbsp;et étaient coupés de tous liens sociaux avec la masse exploitée de la population. L’État s’est développé en une machine à tuer dans les mains de la classe privilégiée. Et il pouvait être une machine hautement efficace.</p>



<p>Bien sûr, les généraux qui dirigeaient cette machine se détachaient souvent d’un empereur ou d’un roi, et essayaient de prendre leur place. La classe dirigeante, après avoir armé un monstre, ne pouvait pas toujours le contrôler. Mais puisque la richesse nécessaire pour le fonctionnement de la machine à tuer venait de l’exploitation des masses laborieuses, chaque révolte de ce type conduisait à une société qui continuait à fonctionner selon les vieilles méthodes.</p>



<p>À travers l’histoire, ceux qui voulaient sincèrement changer la société se sont retrouvés confrontés, non seulement à la classe dominante, mais aussi à une machine armée, un État, qui servait ses intérêts.</p>



<p>Les classes dominantes, et avec elles le clergé, les généraux, les policiers et les lois, émergèrent, au départ parce que, sans elles, la civilisation ne pouvait se développer. Mais ensuite, une fois au pouvoir, elles trouvèrent intérêt à freiner ce développement. Leur pouvoir dépend de leur capacité à forcer ceux qui produisent les richesses à les leur céder. Elles sont alors opposées à de nouveaux modes de production, mêmes s’ils sont plus efficaces que les anciens, tant qu’ils n’en ont pas le contrôle.</p>



<p>Elles craignent tout ce qui peut conduire les masses exploitées à développer leur initiative et leur indépendance. Elles craignent aussi de nouveaux groupes de privilégiés, suffisamment riches pour avoir des armes et des armées sous leurs propres ordres. A partir d’un certain moment, elles n’aident plus au développement de la production, mais au contraire cherchent à l’étouffer.</p>



<p>Par exemple, en Chine Impériale, le pouvoir de la classe dirigeante reposait sur la possession des terres, son contrôle sur les canaux et les barrages qui servaient à l’irrigation et empêchaient les inondations. Ce type de contrôle formait les bases du développement d’une civilisation qui dura 2000 ans. Mais à la fin de cette période, la production n’était pas plus avancée qu’au début &#8211; malgré la prospérité de l’art chinois, la découverte de l’imprimerie et de la poudre, alors qu’au même moment l’Europe médiévale stagnait.</p>



<p>La raison était que, lorsque de nouvelles formes de production apparaissaient, cela se passait dans les villes, sur l’initiative des marchands et artisans. La classe dominante craignait cette montée en puissance de groupes sociaux qu’ils n’avaient pas entièrement sous leur contrôle. Ainsi, périodiquement, les autorités impériales prirent des mesures très dures pour écraser les économies naissantes des villes, pour réduire la production à zéro et détruire le pouvoir de ces nouvelles classes sociales.</p>



<p>Le développement de nouvelles forces de production &#8211; de nouvelles façons de produire des richesses &#8211; entrait en conflit avec les intérêts de la vieille classe dirigeante. Une lutte se développait dont l’issue déterminait l’avenir de la société tout entière.</p>



<p>Parfois, comme en Chine, ces nouvelles formes furent dans l’impossibilité de se développer, et la société resta plus ou moins au même niveau pendant une longue période. Certaines fois, comme ce fut le cas pour l’Empire romain, l’incapacité pour les nouvelles formes de se développer signifia qu’il n’y avait pas assez de richesses produites pour maintenir la société sur ses vieilles bases. La civilisation s’effondra, les villes furent détruites et les gens retournèrent à une forme de société, agricole et arriérée.</p>



<p>Et d’autres fois, une nouvelle classe, celle qui développait les nouvelles formes de production, fut capable de s’organiser et d’affaiblir et enfin se débarrasser de l’ancienne classe dirigeante, et avec elle ses lois, ses armées, son idéologie, sa religion. Alors, la société pouvait progresser.</p>



<p>Dans chaque cas, que la société avance ou recule, cela dépend de qui gagne la guerre entre les classes. Et comme dans chaque guerre, la victoire n’est acquise d’avance pour aucun des camps, tout dépend de l’organisation, de la cohésion et de la direction de chaque classe en présence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">4 &#8211; Les origines du capitalisme</h2>



<p>L’un des arguments les plus ridicules que l’on entend est que les choses ne pourraient être différentes de ce qu’elles sont actuellement. Pourtant les choses ont été différentes. Et pas dans un coin retiré du globe, mais dans ce pays, il n’y a pas si longtemps. Il y a 250 ans, les gens vous auraient pris pour un fou, si vous aviez décrit le monde dans lequel nous vivons maintenant, ses immenses villes, ses grandes usines, ses avions, ses expéditions dans l’espace &#8211; même les chemins de fer dépassaient les limites de leur imagination. Car ils vivaient dans une société qui était presque exclusivement rurale, dans laquelle la plupart des gens n’avaient jamais quitté leur village au delà d’un rayon de plus de dix kilomètres, dans laquelle le mode de vie était basé, et ce, depuis des milliers d’années, sur le rythme des saisons.</p>



<p>Mais déjà, il y a 700 ou 800 ans, un développement s’était amorcé qui devait remettre en question tout le système. Des groupes d’artisans et de marchands commencèrent à s’établir dans les villes, pas en étant au service d’un seigneur quelconque comme c’était le cas pour le reste de la population, mais en échangeant des biens avec différents seigneurs et serfs contre de la nourriture. De plus en plus, ils utilisèrent des métaux précieux comme moyens de mesurer ces échanges. En peu de temps, chaque échange devint l’occasion de récupérer un peu plus de métal précieux, de faire un profit.</p>



<p>Au début les villes devaient jouer sur les rivalités entre les seigneurs pour survivre. Mais, avec les progrès faits par leurs artisans, elles gagnèrent en influence. Les «&nbsp;burgers&nbsp;», les «&nbsp;bourgeois&nbsp;» ou les «&nbsp;classes moyennes&nbsp;» devinrent une classe au milieu de la société féodale du Moyen âge. Cependant, ils obtenaient leurs richesses par un moyen radicalement différent de celui des seigneurs qui dominaient la société.</p>



<p>Un seigneur féodal vivait directement des produits agricoles qu’il était capable d’obtenir en forçant les serfs à travailler sur sa terre. Il utilisait son pouvoir personnel pour les y obliger, sans avoir à les payer. Alors que les classes les plus riches des villes vivaient de la vente de produits non-agricoles. Ils payaient un salaire, tous les jours ou toutes les semaines, aux travailleurs pour qu’ils produisent pour eux.</p>



<p>Ces travailleurs, souvent des serfs en fuite, étaient « libres » d’aller et venir à leur guise &#8211; une fois qu’ils avaient fini le travail pour lequel ils étaient payés. La « seule » obligation qu’ils avaient à travailler étaient qu’ils mouraient de faim s’ils ne trouvaient pas un travail. Les riches pouvaient s’enrichir car plutôt que de mourir de faim, les travailleurs « libres »&nbsp;acceptaient moins d’argent pour leur travail que la valeur des biens qu’ils produisaient. Nous reviendrons sur cela plus tard. Pour l’instant, ce qui importe c’est que les bourgeois et les seigneurs féodaux obtenaient leurs richesses de façons différentes. Cela les amenait à concevoir la société de manière différente.</p>



<p>L’idéal du seigneur féodal était une société dans laquelle il avait le pouvoir absolu sur ses propres terres, libéré de toute loi écrite, sans intrusion d’entité extérieure, avec l’impossibilité pour ses serfs de s’enfuir. Il voulait que les choses restent comme elles l’étaient sous le règne de son père et de son grand-père, et que tout le monde accepte cette hiérarchie sociale dans laquelle il était né.</p>



<p>Les membres de la nouvelle bourgeoisie riche voyaient, nécessairement, les choses d’une autre manière. Ils voulaient réduire le pouvoir des seigneurs ou rois d’interférer avec leur commerce ou voler leurs richesses.</p>



<p>Ils rêvaient d’y parvenir au moyen d’un ensemble fixe de lois, écrites et appliquées par leurs propres représentants. Ils voulaient libérer les classes les plus pauvres du servage, pour les permettre de travailler (et d’augmenter leur profit) dans les villes.</p>



<p>Comme eux-mêmes, leurs pères et grands-pères avaient souvent dû vivre sous le joug des seigneurs féodaux et ils ne voulaient certainement pas que cela continue.</p>



<p>En d’autres termes, ils voulaient révolutionner la société. Leurs conflits avec l’ordre ancien n’étaient plus seulement économiques, mais aussi idéologiques et politiques. Idéologique signifiait religieux, dans une société d’illettrés où la source dominante des idées générales sur le monde était l’Église.</p>



<p>Puisque l’église médiévale était dirigée par des évêques et des abbés qui eux aussi étaient des seigneurs féodaux, elle propageait des positions pro-féodales, accusant de « pécheresses » la plupart des activités des bourgeois urbains.</p>



<p>Ainsi, en Allemagne, Hollande, Angleterre et en France, au XVI<sup>ème</sup> et XVII<sup>ème</sup> siècles, la classe moyenne se rallia à sa propre religion&nbsp;: le protestantisme &#8211; une idéologie religieuse qui prêchait l’épargne, la sobriété, l’effort (spécialement pour les travailleurs) et l’indépendance des congrégations de la classe moyenne par apport à la puissance des évêques et des abbés.</p>



<p>La classe moyenne créa un Dieu à son image, en opposition au Dieu du Moyen âge. Maintenant, on nous apprend à l’école ou à la télévision que les grandes guerres religieuses et les guerres civiles de cette époque n’étaient que des guerres à propos de divergences religieuses, comme si les gens étaient suffisamment stupides pour se battre et mourir parce qu’ils n’étaient pas d’accord au sujet du rôle du sang et du corps du Christ dans la Sainte Communion. Beaucoup plus était en jeu &#8211; le conflit entre deux formes de sociétés complètement différentes, basées sur deux façons différentes d’organiser la production des richesses.</p>



<p>En Angleterre, la bourgeoisie gagna. Aussi gênant que cela puisse-t-être pour la classe dirigeante actuelle, leurs ancêtres consacrèrent leur pouvoir en coupant la tête d’un roi, en justifiant leurs actes par les extravagances des prophètes de l’Ancien Testament. Mais, ailleurs, la première manche fut pour l’ancien régime. En France et en Allemagne, les révolutionnaires bourgeois protestants furent balayés par les guerres civiles (bien qu’une version féodale du protestantisme survécut en tant que religion dans le nord de l’Allemagne). La bourgeoisie dut attendre deux siècles et plus pour savourer la victoire, durant la seconde manche qui eut lieu sans le prétexte religieux, en 1789, à Paris.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Exploitation et plus-value</h3>



<p>Dans les sociétés esclavagistes et féodales, les classes supérieures devaient avoir des contrôles légaux sur la masse de la population laborieuse. Autrement, ceux qui servaient le seigneur féodal ou l’esclavagiste se seraient enfuis, laissant la classe privilégiée sans personne pour travailler pour elle.</p>



<p>Mais le capitaliste n’a pas besoin, en général, de tels contrôles légaux sur les travailleurs. Il n’a pas besoin de les posséder, pourvu qu’il s’assure que le travailleur qui refuse de travailler pour lui mourra de faim. Au lieu de posséder le travailleur, le capitaliste peut prospérer tant qu’il possède et contrôle la source de vie des travailleurs &#8211; les machines et les usines.</p>



<p>Les nécessités matérielles de la vie sont produites par le travail humain. Mais ce travail est à peu près inutile sans outils pour cultiver la terre et raffiner les matières premières. Les outils peuvent varier énormément &#8211; du simple instrument agricole tels que les faux et les charrues aux machines compliquées qu’on rencontre dans les usines automatisées modernes. Mais sans outils le plus compétent de tous les travailleurs est incapable de produire les choses utiles à la survie.</p>



<p>C’est le développement de ces outils &#8211; généralement appelés « les moyens de production » &#8211; qui sépare l’homme moderne de son lointain ancêtre de l’âge de pierre. Le capitalisme se base sur la propriété de ces moyens de production par une minorité. En Angleterre aujourd’hui, par exemple, 1 % de la population possède 84&nbsp;% des stocks et des parts dans l’industrie. Entre leurs mains se trouve concentré le contrôle effectif sur une large majorité des moyens de production &#8211; les machines, les usines, les champs pétroliers, les meilleures terres agricoles. La masse de la population ne peut survivre que si les capitalistes lui permettent de travailler avec ses moyens de production. Cela donne aux capitalistes un immense pouvoir pour exploiter le travail des autres personnes &#8211; même si au regard de la loi « tous les hommes sont égaux »..</p>



<p>Il fallut des siècles aux capitalistes pour construire leur total monopole sur les moyens de production. En Angleterre, par exemple, les parlements du XVII<sup>ème</sup> et XVIII<sup>ème</sup> siècles, durent voter une succession de lois baptisées « Enclosure Acts »&nbsp;qui expulsèrent les paysans de leurs propres moyens de production, la terre qu’ils cultivaient depuis des siècles. La terre devint la propriété d’une section de la classe des capitalistes et la masse rurale fut obligée de vendre son travail aux capitalistes sous peine de mourir de faim.</p>



<p>Une fois que le capitalisme réussit à monopoliser les moyens de production, il pouvait se permettre de laisser à la masse de la population une apparence de liberté et d’égalité dans les droits politiques avec les capitalistes. Car quelque soit la « liberté »&nbsp;qu’avaient les travailleurs, ils devaient toujours travailler pour vivre.</p>



<p>Les économistes pro-capitalistes ont une explication simple de ce qui se passe. Ils disent qu’en payant des salaires, le capitaliste achète le travail des travailleurs. Il doit payer un juste prix pour cela. Sinon, ce travailleur s’en ira travailler ailleurs. Le capitaliste donne « une journée de salaire équitable ». En retour, les travailleurs doivent donner « une journée de travail équitable ».</p>



<p>Comment alors expliquent-ils les profits&nbsp;? Ce sont, prétendent-ils, une « récompense »&nbsp;pour le capitaliste pour son « sacrifice »&nbsp;c’est-à-dire en permettant l’utilisation de ses moyens de production (son capital). C’est un argument qui ne convaincra guère un travailleur qui y réfléchit un moment.</p>



<p>Prenons une compagnie qui annonce un « taux net de profit » de 10 pour cent. Cela veut dire que si le prix de toutes les machines, usines etc. qu’elle possède est de 100 millions de francs, alors il reste 10 millions de francs de bénéfice après avoir payé les salaires, les matières premières et le remplacement des machines usées pendant l’année.</p>



<p>Pas besoin d’être un génie pour s’apercevoir qu’au bout de 10 ans, la compagnie aura un bénéfice total de 100 millions de francs &#8211; exactement l’investissement initial.</p>



<p>Si c’est ce « sacrifice »&nbsp;qui est récompensé, alors, sûrement, après les dix premières années, tous les profits devraient cesser. Car après cette période, les capitalistes auront récupéré la totalité de leur investissement initial. En fait, le capitaliste est deux fois plus riche qu’avant. Il possède toujours son investissement original et les profits accumulés.</p>



<p>Les travailleurs, durant la même période, ont sacrifié la plus grosse partie de leur énergie en travaillant huit heures par jour, 47 semaines par an, à l’usine. Sont-ils devenus deux fois plus riches qu’ils étaient au début&nbsp;? Ce n’est certainement pas le cas. Même si un travailleur économise scrupuleusement, il ne sera pas capable d’acheter beaucoup plus qu’une télévision couleur, un chauffage bon marché ou une voiture d’occasion. Le travailleur ne pourra jamais réunir la somme nécessaire pour acheter l’usine dans laquelle il travaille. La « journée de travail équitable »&nbsp;pour une journée de salaire équitable a multiplié le capital du capitaliste, tout en laissant le travailleur sans capital et sans autre choix que de continuer à travailler pour à peu près le même salaire. Les « droits égaux » des capitalistes et des travailleurs ont augmenté l’inégalité.</p>



<p>Une des grandes découvertes de Karl Marx fut l’explication de cette anomalie apparente. Il n’y a pas de mécanismes qui forcent le capitaliste à payer ses travailleurs la valeur totale du travail qu’ils effectuent. Un travailleur employé, par exemple, dans l’industrie à l’heure actuelle, peut créer 4000 francs de richesse par semaine. Mais cela ne signifie pas qu’il ou elle sera payé(e) cette somme. Dans 99&nbsp;% des cas, ils seront payés beaucoup moins. L’alternative qu’ils ont au travail est la faim (ou les sommes misérables donnés par les allocations). Ainsi, ils ne demandent pas la totalité de la valeur de ce qu’ils produisent, mais juste assez pour avoir un niveau de vie plus ou moins acceptable. Le travailleur est payé juste assez pour pouvoir mettre toutes ses forces, toute sa capacité à travailler (ce que Marx appelait sa force de travail ) à la disposition des capitalistes chaque jour.</p>



<p>Du point de vue du capitaliste, du moment que les travailleurs sont suffisamment payés pour rester en bonne santé pour travailler et pour élever ses enfants qui seront une nouvelle génération de travailleurs, alors ils sont payés de manière équitable pour leur force de travail. Mais le montant des richesses nécessaires pour garder les travailleurs en bonne santé est considérablement inférieur au montant des richesses produites par leur travail &#8211; la valeur de leur force de travail est considérablement inférieure à la valeur de leur travail. La différence va dans la poche du capitaliste. Marx appela cette différence la « plus-value »..</p>



<h3 class="wp-block-heading">La valorisation du capital</h3>



<p>Dans les écrits des économistes pro-capitalistes, on remarque rapidement qu’ils partagent tous la même croyance étrange. L’argent, si on les écoute, a des propriétés magiques. Il peut croître comme une plante ou un animal.</p>



<p>Quand un capitaliste pose son argent à la banque, il s’attend à ce qu’il fructifie. Quand il investit dans des actions de Promodès ou de Total, il s’attend à des rentrées d’argent frais, chaque année, sous la forme de dividendes. Karl Marx se rendit compte du phénomène, qu’il appela «&nbsp;<em>la valorisation du capital</em>&nbsp;», et chercha à l’expliquer. Comme nous l’avons déjà vu, son explication ne commença pas par l’argent, mais par le travail et les moyens de production. Dans la société actuelle, ceux qui sont assez riches peuvent acheter des moyens de production. Ils peuvent obliger tout le monde à leur vendre le travail nécessaire au fonctionnement de ces moyens de production. Le secret de la «&nbsp;<em>la valorisation du capital</em>&nbsp;», de la propriété miraculeuse qu’a l’argent de grossir pour ceux qui en ont beaucoup, réside dans le fait de vendre et d’acheter cette force de travail.</p>



<p>Prenons l’exemple d’un travailleur, que nous appellerons Jean, qui a un patron M. Dupont. Le travail que peut accomplir Jean en huit heures créera un montant supplémentaire de richesses &#8211; valant peut-être 500 francs. Mais Jean acceptera d’être payé beaucoup moins que cela, puisque l’alternative sera les prestations sociales. Les efforts des élus capitalistes, souvent de droite, permettent de s’assurer qu’il n’aura que 120 francs par jours de prestations pour se nourrir, lui et sa famille. Ils expliquent que donner trop détruira « la motivation pour aller travailler ».</p>



<p>Si Jean veut obtenir plus que 120 francs par jour, il doit vendre sa capacité à travailler, sa force de travail, même si on lui offre beaucoup moins que les 500 francs qu’il peut produire chaque jour. Il acceptera de travailler pour, peut-être, 300 francs par jour. La différence, les 200 francs, ira dans la poche de M.Dupont. C’est la plus-value de M.Dupont.</p>



<p>Parce qu’il a eu assez d’argent pour s’acheter le contrôle des moyens de production au départ, M.Dupont peut s’assurer de devenir plus riche de 200 francs par jour et par travailleur qu’il emploie. Son argent continue de grossir, son capital augmente, pas à cause de curieuses lois de la nature, mais parce que ce contrôle sur les moyens de production lui permet d’obtenir la force de travail de quelqu’un d’autre à bon marché.</p>



<p>Bien entendu, M.Dupont ne récupèrera pas forcément les 200 francs en totalité &#8211; il est possible qu’il loue l’usine ou le terrain, il a peut-être emprunté une partie de sa richesse initiale à d’autres membres de la classe dirigeante. Ils demandent en retour une part de la plus-value. Il perd peut-être 100 francs sous formes de rentes, d’intérêts ou de dividendes, le laissant avec « seulement »&nbsp;100 francs.</p>



<p>Ceux qui vivent de dividendes n’ont probablement jamais vu Jean de leur vie. Néanmoins, ce n’est pas le pouvoir mystique de la pièce de 1 franc qui leur donne leurs richesses, mais la sueur bien physique de Jean. Les dividendes, les intérêts et les profits viennent tous de la plus-value.</p>



<p>Comment décide-t-on combien Jean sera payé pour son travail&nbsp;? Le patron essaiera de le payer le moins possible. Mais en pratique, il y a des limites qu’il ne peut dépasser. Certaines de ces limites sont physiques &#8211; il n’est pas raisonnable de payer un salaire si misérable aux travailleurs qu’ils souffrent de malnutrition et qu’il soient incapables de travailler. Ils doivent être capables d’aller et de revenir du travail, d’avoir un endroit pour se reposer la nuit, de telle sorte qu’ils ne s’endorment pas sur les machines.</p>



<p>De ce point de vue là, il vaut même mieux lui permettre de s’offrir quelques « petits luxes »&nbsp;&#8211; comme quelques demis ou une bouteille de vin chaque jour, la télévision, et même des vacances. Cela permet de reconstituer le travailleur et de le faire travailler plus. Il faut qu’il récupère sa force de travail. Il est important de remarquer que là où les salaires sont ’maintenus trop bas’ la productivité diminue.</p>



<p>Le capitaliste doit s’inquiéter d’autre chose aussi. Sa firme existera pendant plusieurs années, bien après que la première génération de travailleurs soit morte. La firme aura besoin de la force de travail de leurs enfants. Ils doivent payer aussi suffisamment les travailleurs pour qu’ils puissent élever des gamins. Ils doivent, aussi, s’assurer que l’État prenne en charge leur éducation et leur qualification (la lecture et l’écriture par exemple), grâce au système scolaire.</p>



<p>En pratique, un autre facteur intervient de même &#8211; ce que le travailleur pense être un salaire décent. Un travailleur qui est payé moins que ce salaire décent, négligera son travail, n’ayant pas peur de perdre son emploi puisqu’il pense que celui-ci est « inutile ».</p>



<p>Tous ces éléments, qui déterminent son salaire, ont un point en commun. Ils permettent de s’assurer qu’il a l’énergie vitale, la force de travail, que le capitaliste achètera à l’heure. Les travailleurs sont payés ce qu’il faut pour se maintenir en vie, eux-mêmes et leur famille, et pour être en forme pour travailler.</p>



<p>Dans la société capitaliste moderne, un autre point doit être abordé. D’énormes quantités de richesses sont dépensées pour la police et les armements. Elles sont utilisées par l’État pour les intérêts de la classe capitaliste. En réalité, elles appartiennent aux capitalistes, même si elles sont dirigées par l’État. La valeur dépensée pour ces choses appartient aux capitalistes, pas aux travailleurs. Cela fait partie aussi de la plus-value.</p>



<p>Plus-value = profit + rente + intérêts + dépenses militaires, policières etc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">5 &#8211; La théorie de la valeur</h2>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Mais les machines, le capital produisent des marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le capital, tout comme, le travail, obtienne une part des richesses produites. Chaque « facteur de production » doit avoir sa récompense.</p>
</blockquote>



<p>C’est comme cela que répond quelqu’un à qui on a appris un petit peu d’économie pro-capitaliste, à l’analyse marxiste de l’exploitation et de la plus-value. Et à première vue, l’objection semble se tenir. Car, assurément, on ne peut produire de richesse sans capital. Les marxistes n’ont jamais dit le contraire. Mais notre point de départ est bien différent. Nous commençons par demander&nbsp;: d’où vient le capital&nbsp;? Comment les moyens de production sont apparus pour la première fois&nbsp;?</p>



<p>La réponse n’est pas difficile à trouver. Tout ce que les humains ont utilisé, au cours de l’histoire, pour créer des richesses &#8211; que ce soit une hache de pierre néolithique ou un micro-ordinateur &#8211; a, à un moment, été créé par du travail humain. Même si on a eu besoin d’outils pour faire la hache, ces outils viennent d’un travail précédent.</p>



<p>C’est pourquoi, Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, «&nbsp;<em>de travail mort</em>&nbsp;». Alors que les hommes d’affaires se vantent du capital qu’ils possèdent, en réalité, ils se vantent d’avoir acquis le contrôle d’une vaste chaîne de travail de générations précédentes &#8211; ce qui ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne travaillaient pas plus qu’eux maintenant.</p>



<p>L’idée que le travail est la source des richesses &#8211; souvent appelée la «&nbsp;<em>théorie de la valeur</em>&nbsp;» &#8211; n’est pas une découverte originale de Marx. Tous les grands économistes pro-capitalistes avant lui l’avaient acceptée.</p>



<p>Des personnes, comme l’économiste écossais Adam Smith ou l’économiste anglais David Ricardo, l’avaient écrit quand le système du capitalisme industriel était encore jeune &#8211; peu avant et peu après la révolution française. Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient connaître la source réelle de leur richesse s’ils devaient un jour dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts en leur montrant que le travail créait la richesse, et pour construire leurs richesses, ils avaient besoin de « libérer »&nbsp;le travail du joug des anciens dirigeants pré-capitalistes.</p>



<p>Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches de la classe ouvrière commencent à retourner l’argument contre les amis de Smith et Ricardo&nbsp;: si le travail crée la richesse, alors le travail crée le capital. Et les « droits du capital »&nbsp;ne sont rien de plus que les droits du travail usurpé.</p>



<p>Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital décidèrent que la théorie de la valeur était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre.</p>



<p>Allumez la radio. Ecoutez-la assez longtemps, et vous entendrez quelqu’un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans l’économie française, c’est que «&nbsp;les gens ne travaillent pas assez dur » ou, et c’est une autre manière de le dire, que «&nbsp;la productivité est trop faible&nbsp;». Ne cherchons pas, un instant, à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez plutôt la façon dont ils sont présentés. Ils ne disent jamais «&nbsp;les machines ne travaillent pas assez dur ». Non, c’est toujours les gens, les travailleurs.</p>



<p>Ils prétendent que, si seulement les travailleurs travaillaient plus dur, plus de richesses pourraient être créées, et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d’arguments l’ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail créera plus de capital. Le travail est la source des richesses.</p>



<p>Supposons que j’ai un billet de 50 francs, dans ma poche. Quelle utilité cela a pour moi&nbsp;? Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je pourrai obtenir, en échange, quelque chose d’utile qui a été fabriqué par le travail de quelqu’un d’autre. Le billet de 50 francs n’est, en fait, que le droit de disposer des produits d’une certaine quantité de travail. Deux billets de 50 francs seront le droit de disposer des produits de deux fois cette quantité et ainsi de suite.</p>



<p>Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la quantité de travail qui a été nécessaire pour la créer.</p>



<p>Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même quantité, dans un temps donné. Si j’essayais, par exemple, de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq à six fois plus de temps qu’un charpentier. Mais personne, sain d’esprit, ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par le charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi.</p>



<p>Supposons qu’il faut une heure à ce charpentier pour faire une table, on dira alors que la valeur de la table est équivalente à une heure de travail. Ce sera le temps de travail nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de technologie et des compétences de la société.</p>



<p>C’est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de quelque chose n’était pas, simplement, le temps que cela prenait à un individu pour le faire, mais le temps que cela prendrait à un individu travaillant avec le niveau de technologie moyen et les compétences moyennes &#8211; il appela ce temps moyen de travail, «&nbsp;le temps de travail socialement nécessaire&nbsp;». Ce point est essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu’il faut de moins en moins de temps pour produire.</p>



<p>Par exemple, quand les radios étaient faites avec des lampes, elles étaient très chères, parce qu’il fallait vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait être fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps. Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire des lampes pour radios, virent le prix de ce qu’ils produisaient dégringoler, car la valeur des radios n’était plus déterminée par le temps de travail nécessaire pour les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des transistors.</p>



<p>Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement &#8211; jour après jour ou semaine après semaine. Ces changements peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps nécessaire pour les produire.</p>



<p>Quand le gel tua tous les plants de café au Brésil, le prix du café explosa, parce qu’il y avait pénurie dans monde et que les gens étaient prêts à payer plus. Si, demain, une catastrophe quelconque venait à détruire tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun doute que le prix des télévisions exploserait de la même façon. Ce que les économistes appellent ’l’offre et la demande’ explique de telles variations dans le prix.</p>



<p>Pour cette raison, beaucoup d’économistes pro-capitalistes prétendent que la théorie de la valeur est sans fondement. Ils disent que seules l’offre et la demande importent. C’est cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient, ils varient autour d’une valeur moyenne. La mer monte ou descend à cause des marées, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas parler d’un point fixe autour duquel elle bouge, que nous appelons, d’ailleurs, le niveau de la mer.</p>



<p>De la même manière, le fait que les prix montent ou baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu’il n’y a pas de valeurs fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les téléviseurs étaient détruits, les premiers fabriqués seraient très demandés et très chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il y en ait de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les autres, ce qui inévitablement baisserait les prix, jusqu’à atteindre leur valeur en termes de travail nécessaire pour les fabriquer.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Compétition et accumulation</h3>



<p>Il fut un temps où le capitalisme semblait être un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des femmes ont été dominées par l’esclavage et l’exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu’il fit son apparition au XVIIIème et XIXème siècles, ne changea rien de tout cela. Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation à profit pour un but utile. Plutôt que de gaspiller des montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates, plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des monarques décédés, plutôt que d’enclencher de futiles guerres pour que le fils d’un empereur puisse gouverner un trou perdu, il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. L’essor du capitalisme fut une période de croissance de l’industrie, des villes et des moyens de transport, à une échelle inimaginable pour les générations passées.</p>



<p>Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des villes comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient des endroits miraculeux. L’humanité n’avait jamais vu autant de coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas de qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci étaient plutôt des gens nocifs, obsédés uniquement par les richesses qu’ils pouvaient récupérer en payant le moins possible pour le travail effectué.</p>



<p>Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à construire des industries. Mais les capitalistes étaient différents sur deux points importants. Le premier dont nous avons parlé &#8211; ils ne possédaient pas les travailleurs, ils les payaient à l’heure pour leur capacité à travailler, leur force de travail. Ils utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves. Ensuite, ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les travailleurs produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les capitalistes vivaient de la vente à d’autres personnes des biens produits par les travailleurs.</p>



<p>Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour faire ce qu’il voulait que le possesseur d’esclaves ou le seigneur féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire au plus bas coût possible. Le capitaliste possédait l’usine et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce pouvoir comme il le souhaitait. Il devait s’agenouiller devant les impératifs de la compétition avec les autres usines.</p>



<p>Revenons à notre capitaliste préféré, M.Dupont. Supposons qu’une certaine quantité de coton produit dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir, mais que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en cinq heures de travail. M.Dupont serait incapable d’obtenir, pour son produit, l’équivalent de dix heures de travail. Aucune personne sensée ne paierait ce prix, alors qu’il y a moins cher de l’autre côté de la rue.</p>



<p>Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait s’assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais ce n’est pas tout. Il devait aussi s’assurer que ses travailleurs travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des autres travailleurs dans d’autres usines. Le capitaliste qui voulait survivre devait posséder de plus en plus grandes quantités de moyens de production &#8211; ou, comme disait Marx, accumuler du capital&nbsp;!</p>



<p>La compétition entre les capitalistes créa un pouvoir, le système du marché, qui les tenait tous sous son emprise. Il les poussa à accélérer les cadences tout le temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles machines ( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe à côté ), et ils ne pouvaient se le permettre qu’à condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible.</p>



<p>Marx écrivit, dans son œuvre principale, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm"><em>Le Capital</em></a>, que le capitaliste est un avare obsédé par l’acquisition incessante de plus en plus de richesses. Mais&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>ce qui chez l&rsquo;un parait être une manie individuelle est chez l&rsquo;autre l&rsquo;effet du mécanisme social dont il n&rsquo;est qu&rsquo;un rouage. Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l&rsquo;accroître, et il ne peut continuer de l&rsquo;accroître à moins d&rsquo;une accumulation progressive.</p>



<p>(&#8230;)</p>



<p>Accumulez, accumulez ! C&rsquo;est la loi et les prophètes !&nbsp;</p>
</blockquote>



<p>La production ne sert pas à satisfaire des besoins humains &#8211; mêmes ceux des capitalistes &#8211; mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre. Les travailleurs, employés par chacun d’eux, voient leurs vies dominées par la tendance qu’ont leurs employeurs à accumuler plus rapidement que leurs rivaux.</p>



<p>Comme le <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm">Manifeste du parti communiste</a> l’explique&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé&#8230; le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité.</p>
</blockquote>



<p>L’obligation pour les capitalistes d’accumuler, en concurrence les uns avec les autres, explique les grandes avancées industrielles des premières années du système. Mais quelque chose d’autre en résulta &#8211; les crises économiques à répétition. Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">6 &#8211; Les crises économiques</h2>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Accumulation de richesse à un pôle, c&rsquo;est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d&rsquo;ignorance, d&rsquo;abrutissement, de dégradation morale, d&rsquo;esclavage, au pôle opposé.</p>
</blockquote>



<p>Voilà comment Marx résuma la tendance du capitalisme. Chaque capitaliste craint la compétition avec les autres, il fait donc travailler ses employés le plus durement possible, payant les salaires les bas possibles. Le résultat est une disproportion entre la croissance massive des moyens de productions d’une part, et la croissance limitée des salaires et du nombre de travailleurs employés d’autre part. Marx insista sur ce fait qui est la cause première des crises économiques.</p>



<p>Le meilleur moyen pour s’en apercevoir est de poser la question&nbsp;: qui achète la quantité de biens en expansion&nbsp;? Les bas salaires des travailleurs signifient qu’ils ne peuvent se payer les biens produits par leur propre travail. Et les capitalistes ne peuvent augmenter les salaires, parce que cela détruirait les profits &#8211; la force motrice du système. Mais si les firmes ne peuvent vendre les biens qu’elles produisent, elles doivent fermer des usines et licencier des travailleurs. Le montant total des salaires chute d’autant, et plus de firmes n’arrivent plus à écouler leurs stocks. Une «&nbsp;crise de surproduction&nbsp;»&nbsp;apparaît avec des marchandises qui s’empilent et des gens qui ne peuvent se les payer.</p>



<p>C’est une caractéristique récurrente du capitalisme depuis les 160 dernières années. Mais n’importe quel esprit agile, en faveur du système, fera remarquer qu’il y aurait une solution simple à la crise. Il suffirait que les capitalistes investissent leurs profits dans de nouvelles machines et de nouvelles usines. Cela donnera du travail aux travailleurs qui en retour pourront acheter les marchandises invendues. Cela signifie que tant qu’il y a de nouveaux investissements, tous les biens produits pourront être vendus et le système permet le plein-emploi. Marx n’était pas stupide et remarqua ce fait. En effet, comme nous l’avons déjà signalé, il réalisa que la pression due à la compétition qui poussait les capitalistes à investir, était central pour le système. Mais, se demanda-t-il cela signifie-t-il que les capitalistes investiront tous leurs profits tout le temps&nbsp;?</p>



<p>Le capitaliste n’investira que s’il pense que cela lui garantira un profit « raisonnable ». Et s’il ne le pense pas, il ne risquera pas son argent dans un investissement. Il le mettra à la banque, et le laissera là.</p>



<p>Avant d’investir le capitaliste évalue la situation économique. Quand celle-ci semble bonne, tous les capitalistes vont se ruer pour tous investir au même moment, se marchant dessus pour trouver des sites de constructions, acheter des machines, parcourir la terre pour trouver des matières premières, payant au-dessus de la moyenne des travailleurs qualifiés. C’est ce qu’on appelle une « phase d&rsquo;expansion ».</p>



<p>Mais la compétition frénétique pour la terre, les matières premières et la force de travail qualifiée, pousse à la hausse leur prix. Et soudainement, les entreprises s’aperçoivent que le coût est monté si haut que tous leurs profits ont disparus. La hausse des investissements laisse place à une « baisse »&nbsp;des investissements. Plus personne ne veut des nouvelles usines, les travailleurs du bâtiment sont licenciés. Plus personne ne veut des nouvelles machines &#8211; l’industrie des machines-outils entre en crise. Plus personne ne veut de l’acier et du fer qui a été produit &#8211; l’industrie de l’acier fonctionne en « sous-capacité »&nbsp;et devient « non rentable ». Les fermetures d’usines se répandent d’une industrie à une autre industrie, créant du chômage &#8211; et avec lui, l’impossibilité pour les travailleurs d’acheter les produits d’autres industries. L’histoire du capitalisme est l’histoire de ce genre de crises périodiques, des travailleurs au chômage mourrant de faim devant des usines fermées, pendant que les stocks non-vendus pourrissent.</p>



<p>Le capitalisme crée ce genre de crise de surproduction périodiquement, parce qu’il n’y a pas de planification, il n’y a aucun moyen d’arrêter ces mouvements de ruée et de fuite des capitaux qui se déroulent en même temps.</p>



<p>Les gens pensent que l’État pourrait empêcher cela. En intervenant dans l’économie, en augmentant l’investissement public lorsque l’investissement privé est bas, puis le diminuant quand l’autre reprend, l’État permettrait de garder la production à un niveau égal. Mais de nos jours, l’investissement public suit les mêmes folles tendances.</p>



<p>Regardez British Steel. Il y a quelques années, quand elle était encore nationalisée, on a déclaré aux métallurgistes que leurs boulots étaient menacés pour permettre l’installation de vastes fourneaux automatiques conçus pour produire plus d’acier à meilleur marché. Maintenant, on leur dit que plus de travailleurs vont être licenciés, parce que l’Angleterre n’était pas le seul pays à se lancer dans ce genre d’investissement. La France, l’Allemagne, les États-Unis, le Brésil, les Pays de l’Est et même la Corée du Sud, firent tous la même chose. Maintenant, il y a un surplus mondial d’acier &#8211; une crise de surproduction. Les investissements publics se sont arrêtés.</p>



<p>Les métallurgistes en ont payé le prix par deux fois.</p>



<p>Voilà le prix que continue de payer l’humanité pour un système où la production de richesse massive est contrôlée par des petits groupes de privilégiés intéressés uniquement par le profit. Cela ne fait pas de différence que ces groupes possèdent les industries directement ou les contrôlent indirectement à travers l’État (comme pour British Steel). Pendant qu’ils utilisent ce contrôle pour se concurrencer les uns les autres pour la plus grande part du gâteau, nationalement ou internationalement, ce sont les travailleurs qui souffrent. La dernière absurdité du système est que « la crise de surproduction&nbsp;»&nbsp;n’est pas la surproduction du tout. Tout ce « surplus »&nbsp;d’acier par exemple, pourrait aider à résoudre le problème de la faim dans le monde. Les paysans dans beaucoup d’endroits du monde doivent récolter avec des outils en bois &#8211; des outils en acier augmenterait la production de nourriture. Mais les paysans n’ont pas d’argent de toutes façons, donc le système capitaliste n’est pas intéressé &#8211; il n’y a pas de profits à faire.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi les crises tendent à s’aggraver</h3>



<p>Les crises ne font pas qu’apparaître avec une régularité monotone. Marx a aussi expliqué qu’elles s’aggravaient avec le temps.</p>



<p>Même si l’investissement se faisait à un niveau égal, sans soubresauts, cela n’arrêterait pas la tendance générale vers la crise. Cela parce que la compétition entre les capitalistes (et entre les nations capitalistes) les oblige à investir dans des équipements qui demandent moins de main d’oeuvre.</p>



<p>En France, de nos jours, presque tous les nouveaux investissements servent à diminuer le nombre de travailleurs employés. Cela explique pourquoi il y a moins de travailleurs dans l’industrie en France qu’il y a dix ans même si le rendement a augmenté durant cette période.</p>



<p>Ce n’est qu’en ’rationalisant la production’, en ’augmentant la productivité’ et en diminuant la force de travail, qu’un capitaliste peut avoir une plus grosse part du gâteau que les autres. Mais la conséquence pour le système dans son ensemble est dévastatrice. Car cela signifie que le nombre de travailleurs n’augmente pas du tout à la même vitesse que les investissements.</p>



<p>Pourtant c’est le travail qui est la source des profits, le combustible qui entretient le système. Si vous faites des investissements de plus en plus gros, sans obtenir une augmentation correspondante de la source de profit, vous aller droit à la catastrophe &#8211; aussi sûrement que si vous essayiez de conduire une Jaguar avec l’essence nécessaire pour conduire une 2CV.</p>



<p>C’est pourquoi Marx déclara il y a 130 ans que les succès du capitalisme à investir lourdement dans de nouveaux équipements conduisaient à une « baisse tendancielle du taux de profit »&nbsp;ce qui signifie une continuelle aggravation des crises. Son argumentation s’applique très simplement au capitalisme aujourd’hui. A la place des « mauvaise périodes »&nbsp;faisant place aux « bonnes périodes&nbsp;»&nbsp;&#8211; des crises aux phases d&rsquo;expansion &#8211; on a l’impression de vivre une crise continuelle. Chaque reprise, chaque baisse du taux de chômage est limitée et courte.</p>



<p>Ceux qui défendent le système déclarant que c’est parce que l’investissement n’est pas assez élevé. Sans nouvel investissement, il n’y a pas d’emploi créé, et sans nouveaux emplois pas d’argent pour acheter les marchandises. Jusque-là nous sommes d’accord &#8211; mais nous ne sommes pas d’accord sur pourquoi cela arrive. Ils condamnent les salaires. Les salaires sont trop élevés disent-ils ce qui racle les profits jusqu’à l’os. Les capitalistes ont peur d’investir car cela ne rapportera pas assez.</p>



<p>Mais la crise a continué pendant de longues années où les gouvernements ont diminué les salaires et poussé les profits à la hausse. Par exemple, en Angleterre, les années 1975-78 furent celles de la plus grosse perte de pouvoir d’achat des travailleurs de ce siècle, alors que les riches devinrent plus riches &#8211; les 10&nbsp;% les plus riches passèrent de 57,8&nbsp;% du gâteau en 1974 à 60&nbsp;% en 1976.</p>



<p>Il n’y a toujours pas assez d’investissement pour stopper la crise &#8211; cela ne vaut pas seulement pour la Grande-Bretagne mais pour d’autres pays où les salaires ont été diminués, la France, le Japon, l’Allemagne.</p>



<p>Nous ferions mieux d’écouter ce que Marx disait il y a 130 ans que d’écouter les économistes d’aujourd’hui.</p>



<p>Marx prédit qu’avec le vieillissement du capitalisme, ses crises s’aggraveront parce que la source du profit, le travail n’augmente pas à la même vitesse que les investissements. Marx écrivait cela quand la valeur d’une usine ou d’une machine était peu élevée. Elle a explosé depuis. La compétition entre les capitalistes les oblige à utiliser des machines plus grosses et plus chères. On a atteint un point où dans la plupart des industries, on accepte le fait que de nouvelles machines signifient moins d’ouvriers.</p>



<p>L’agence économique internationale, l’OCDE, a prédit que le nombre d’emplois allait diminuer dans les plus fortes économies mondiales, même si, par miracle, des investissements surgissent.</p>



<p>Ce qui n’arrivera pas. Parce que les capitalistes s’inquiètent pour leurs profits, si leur investissement quadruple mais leur profit double seulement, ils s’angoisseront terriblement. Pourtant c’est ce qui va se passer si l’industrie augmente plus vite que la source de profit, le travail.</p>



<p>Comme Marx le soulignait, le taux de profit va tendre à diminuer. Il prédit qu’on atteindrait un point où chaque nouvel investissement deviendrait une périlleuse aventure. La taille des dépenses pour construire une usine ou installer de nouvelles machines deviendrait colossale, mais le taux de profit serait bas comme jamais. Une fois ce point atteint, chaque capitaliste (ou chaque État capitaliste) fantasmera sur d’importants nouveaux investissements &#8211; mais sera effrayé de les faire de peur de disparaître.</p>



<p>L’économie mondiale actuelle ressemble beaucoup à cela. Renault prévoit de nouvelles chaînes de production mais a peur de perdre de l’argent. British Steel rêve des grosses usines qu’elle avait prévues &#8211; mais doit les geler car elle n’arrive pas à écouler ses stocks. Les chantiers navals japonais ont abandonné l’idée de construire de nouveaux sites &#8211; et une partie des vieux sont en train de fermer. Les grandes capacités du capitalisme à construire des machines toujours plus vastes et toujours plus productives l’ont conduit à une apparente crise permanente.</p>



<p>Un point fut atteint dans les sociétés esclavagistes antiques et les sociétés féodales du Moyen âge où, soit une révolution transformait la société soit, elle entrait dans une crise permanente qui la ramènerait en arrière. Dans le cas de Rome, le manque de révolution conduisit exactement à l’anéantissement de la civilisation romaine. Dans le cas de certaines sociétés féodales &#8211; l’Angleterre et plus tard la France- la révolution détruisit l’ancien régime ce qui permit de nouvelles avancées sociales, sous le capitalisme.</p>



<p>Maintenant, le capitalisme lui-même, doit choisir entre les crises permanentes, qui plongeront sans aucun doute l’humanité dans la barbarie, ou alors une révolution socialiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">7 &#8211; La classe ouvrière</h2>



<p>Marx commença le Manifeste du Parti Communiste par l’affirmation&nbsp;: «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours a été l’histoire de luttes des classes.</em>&nbsp;» Pour la classe dirigeante, la question cruciale était d’obliger la classe opprimée à lui produire des richesses. À cause de cela, dans toutes les sociétés passées, il y eut d’énormes luttes entre les classes qui souvent culminaient en guerres civiles-la révolte des esclaves de la Rome Antique, les Jacqueries de paysans en Europe Médiévale, les grandes guerres civiles et révolutions des XVIIème et XVIIIème siècles.</p>



<p>Dans toutes ces grandes luttes, la masse des forces insurgées était composée de la section la plus opprimée de la société. Mais, comme Marx s’empressait d’ajouter, à la fin de la journée, tous leurs efforts servaient uniquement à remplacer une minorité dirigeante par une autre. Ainsi, par exemple, en Chine Ancienne, il y eut plusieurs révoltes victorieuses de paysans, mais elles remplaçaient un empereur par un autre. De même, ceux qui firent les efforts les plus importants durant la révolution française furent les «&nbsp;bras nus&nbsp;», -les couches les plus pauvres de Paris, mais, au final, la société n’était pas dirigée par eux mais par des banquiers et industriels à la place du roi et de ses courtisans.</p>



<p>Il y avait deux raisons à l’impossibilité de la classe opprimée à garder le contrôle de la révolution pour laquelle elle avait combattu. La première était que le niveau général de richesses dans la société était assez bas. C’était uniquement parce qu’une immense majorité de personnes était contrainte à la pauvreté absolue qu’une petite minorité avait le temps et le loisir de développer les arts et la science pour maintenir la civilisation. En d’autres termes, la division de la société en classes était nécessaire pour son progrès.</p>



<p>Deuxièmement, le mode de vie de la classe opprimée ne la préparait pas à prendre le contrôle de la société. En majorité illettrée, elle n’avait que peu d’idées sur ce qui se passait au-delà de son environnement immédiat et par-dessus tout, la façon dont elle était organisée la divisait, dressant les uns contre les autres. Chaque paysan s’occupait de son propre lopin de terre. Chaque artisan dans les villes s’occupait de son propre atelier et était, d’une certaine manière, en concurrence avec les autres, et non pas pas unis à eux. Les révoltes de paysans démarraient par un vaste mouvement qui se soulevait pour diviser la terre du seigneur, mais, aussitôt celui-ci vaincu, il y avait un combat pour savoir comment cette terre allait être partagée. Comme Marx le soulignait, les paysans ressemblaient à «&nbsp;un sac de pommes de terre&nbsp;»&nbsp;: ils pouvaient se rassembler sous la pression d’une force extérieure, mais étaient incapables de s’unir de façon permanente pour servir leurs propres intérêts. Les travailleurs qui créent les richesses sous le capitalisme moderne forment une classe différente de toutes les précédentes.</p>



<p>Premièrement, la division de la société en classes n’est plus nécessaire pour le développement de l’humanité. Il y a tellement de richesses créées que le capitalisme en détruit périodiquement une énorme quantité par les guerres et les crises. Ces richesses pourraient être partagées équitablement et la société continuerait à progresser dans les sciences, les arts etc.</p>



<p>Deuxièmement, la vie sous le capitalisme prépare les travailleurs à prendre le contrôle de la société, et ce de plusieurs façons. Par exemple, le capitalisme a besoin de travailleurs formés et éduqués. De plus, il force des milliers de personnes à travailler dans des usines énormes, et à habiter dans des villes toujours plus grandes, où ils sont en contact rapproché, et où ils peuvent devenir une puissante force de changement de société. Le capitalisme force les travailleurs à coopérer au cours de la production, au sein d’une usine. Cette coopération peut se retourner contre le système, comme lorsque les travailleurs s’organisent dans un syndicat. Parce qu’ils sont massés en d’importantes concentrations, il est beaucoup plus facile pour les travailleurs d’exercer un contrôle démocratique sur de telles structures que ça ne l’était pour les précédentes classes opprimées.</p>



<p>De plus le capitalisme tend à transformer des groupes de personnes qui s’estimaient ’au-dessus du lot’ ( les cadres et les techniciens) en travailleurs salariés qui sont forcés de s’organiser comme les autres travailleurs.</p>



<p>Enfin, le développement des communications &#8211; chemins de fer, routes, transport aérien, systèmes postaux, les téléphones, la radio et la télévision &#8211; permettent aux travailleurs de communiquer en dehors de leur propre ville ou industrie. Ils peuvent s’organiser en tant que classe à une échelle nationale et internationale &#8211; ce qui était inimaginable pour les classes opprimées précédentes.</p>



<p>Tous ces facteurs font que la classe ouvrière n’est pas seulement une force qui se rebelle contre le système, mais qu’elle peut s’organiser, élire ses propres représentants, dans le but de changer la société dans ses propres intérêts et non plus pour remettre au pouvoir un empereur ou un groupe de banquiers.</p>



<p>Comme Karl Marx le disait&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Tous les mouvements historiques ont été, jusqu&rsquo;ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l&rsquo;immense majorité au profit de l&rsquo;immense majorité.&nbsp;</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">8 &#8211; Comment peut-on changer la société ?</h2>



<p>En Grande-Bretagne, la majorité écrasante des socialistes et des syndicalistes défendent généralement l’idée que la société pourrait être transformée sans une révolution violente. Il suffirait, disent-ils, que les socialistes gagnent suffisamment de soutien populaire pour gagner le contrôle des institutions politiques «&nbsp;traditionnelles&nbsp;»&nbsp;&#8211; parlement et conseils municipaux. Alors les socialistes seraient en position de changer la société en utilisant l’État existant &#8211; le service public, la justice, la police et les forces armées &#8211; pour appliquer des lois qui limiteraient le pouvoir de la classe employeuse.</p>



<p>De cette manière, prétendent-ils, le socialisme peut être introduit graduellement et sans violence, en réformant le système actuel.</p>



<p>Cette théorie est, généralement, appelée le&nbsp;« réformisme », bien qu’occasionnellement, on entende des termes comme « révisionnisme » (parce que cela implique la révision complète des idées de Marx), « sociale-démocratie » (bien que, jusqu’en 1914, cela signifiait socialisme révolutionnaire) ou fabianisme (d’après la Société des Fabiens qui a longtemps propagé des idées réformistes en Angleterre). C’est une vision acceptée par la gauche comme par la droite du Parti socialiste comme du Parti communiste.</p>



<p>Le réformisme semble, à première vue, très crédible. Cela correspond avec ce que l’on apprend à l’école, dans les journaux ou à la télévision &#8211; que le « parlement » dirige le pays et que « le parlement est élu, démocratiquement, selon la volonté de la population ». Pourtant, malgré cela, chaque tentative pour introduire le socialisme par le parlement a été un échec. Ainsi, il y eut plusieurs gouvernements de majorité de gauche en Grande-Bretagne depuis 1945 &#8211; avec des majorités écrasantes en 1945 et 1979 &#8211; pourtant nous ne sommes pas plus près du socialisme qu’en 1945.</p>



<p>Les expériences ailleurs sont les mêmes. Au Chili en 1970, le socialiste Salvador Allende fut élu président. Les gens prétendirent que c’était une « nouvelle manière » d’avancer vers le socialisme. Trois ans plus tard, les généraux à qui on avait demandé de rejoindre le gouvernement renversèrent Allende et le mouvement ouvrier chilien fut détruit. Il y a trois raisons, toutes intimement liées, qui expliquent pourquoi le réformisme ne peut jamais réussir.</p>



<p>Premièrement, pendant que les majorités socialistes, aux parlements, introduisent « graduellement » des mesures socialistes, le pouvoir économique réel reste entre les mains de la vieille classe dirigeante. Ils peuvent utiliser ce pouvoir économique pour fermer des pans entiers de l’industrie, pour créer du chômage, pour faire monter les prix par la spéculation, déplacer de l’argent à l’étranger pour créer une crise des « balances des paiements », et pour lancer des campagnes de presse rejetant la faute sur le gouvernement socialiste.</p>



<p>Ainsi le gouvernement travailliste de Harold wilson a été obligé en 1964 et à nouveau en 1966 d&rsquo;abandonner des mesures qui auraient bénéficié aux travailleurs &#8211; par le mouvement en masse de capitaux à l&rsquo;étranger par des individus riches et des entreprises. Wilson lui-même a décrit dans ses mémoires comment</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Nous étions à présent arrivés à la situation où des spéculateurs internationaux disait à un gouvernement nouvellement élu que le programme sur lequel nous avions fait campagne ne pouvait pas être mis en œuvre. (&#8230;) On demandait au premier ministre de la reine de baisser le rideau sur la démocratie parlementaire en acceptant la doctrine suivant laquelle une élection en Grande-Bretagne était une farce, suivant laquelle le peuple britannique ne pouvait pas choisir entre plusieurs programmes.</p>
</blockquote>



<p>Le gouvernement d’Allende au Chili dut faire face à d’encore plus grandes attaques de la part de la haute finance. Deux fois, des pans entiers de l’industrie furent fermés par des «&nbsp;grèves de patrons&nbsp;», pendant que la spéculation augmentait énormément les prix et le contrôle des stocks par les hommes d’affaires obligea les gens à faire la queue pour se nourrir.</p>



<p>La deuxième raison pour laquelle le capitalisme ne peut être réformé est que l’État existant n’est pas « neutre », mais conçu, de haut en bas, pour préserver la société capitaliste. L’État contrôle presque la totalité des moyens de la force physique, les moyens de la violence. Si les organisations de l’État étaient neutres, et faisaient exactement ce qu’un gouvernement quelconque lui ordonnait, qu’il soit capitaliste ou socialiste, alors l’État pourrait être utilisé pour stopper le sabotage de l’économie par la haute finance. Mais si on regarde comment la machine étatique opère et qui donne réellement les ordres, on s’aperçoit qu’elle n’est pas neutre.</p>



<p>La machine étatique ne se résume pas simplement au gouvernement. C’est une vaste organisation comprenant plusieurs branches &#8211; la police, l’armée, la justice, le service public, ceux qui dirigent les entreprises nationalisées etc. Beaucoup de ceux qui travaillent dans ces différentes branches de l’État viennent de la classe ouvrière &#8211; ils vivent et sont payés comme des travailleurs.</p>



<p>Mais ce ne sont pas ces personnes qui prennent les décisions. Les soldats de base ne décident pas dans quelle guerre ils devront combattre ou quelle grève ils devront briser&nbsp;; l&#8217;employé de Pôle Emploi ne décide pas de la somme des allocations chômages. La machine étatique entière est basée sur le fait que quelqu’un à un niveau donné de l’échelle doit obéir à celui du niveau supérieur.</p>



<p>C’est, essentiellement, le cas dans les sections de la machine étatique qui exercent la force physique &#8211; l’armée, la marine, l’armée de l’air, la police. La première chose que l’on apprend au soldat qui s’engage &#8211; bien avant de lui laisser toucher une arme &#8211; est d’obéir aux ordres, sans se soucier de son avis concernant ces ordres. C’est pour cela qu’on lui apprend à faire des manœuvresabsurdes. S’il est capable de suivre des commandements grotesques au défilé, il est clair qu’il tirera sans se poser plus de questions.</p>



<p>Le crime le plus terrible dans l’armée est de refuser d’obéir aux ordres &#8211; la mutinerie. Cette offense est si terrible que la mutinerie, en temps de guerre, est passible de mort. Qui donne les ordres&nbsp;?</p>



<p>Si on jette un oeil à la hiérarchie de l’armée britannique ( et les autres armées ne sont pas différentes ), on trouve&nbsp;: général &#8211; commandant de brigade &#8211; colonel &#8211; lieutenant &#8211; sous-officier &#8211; soldat. A aucun moment n’interviennent les représentants élus &#8211; que ce soit un député ou un élu local. C’est aussi un acte de mutinerie pour un groupe de soldats d’obéir à leur député plutôt qu’à l’officier.</p>



<p>L’armée est une énorme machine à tuer. Ceux qui la dirigent &#8211; et qui ont le pouvoir de promouvoir d’autres soldats à des positions dirigeantes &#8211; sont les généraux. Bien sûr, en théorie, les généraux sont responsables devant le gouvernement élu. Mais les soldats sont entraînés à obéir à un général, pas à des élus. Si les généraux décident de donner des ordres aux soldats, qui ne sont pas ceux du gouvernement, celui-ci n’a aucun moyen pour contrer ces ordres. Il ne peut qu’essayer de convaincre les généraux de changer d’avis, si jamais il est au courant des ordres qui ont été donnés &#8211; parce que les affaires militaires sont toujours tenues secrètes, il est très facile pour les généraux de cacher leurs activités aux gouvernements qu’ils n’apprécient pas.</p>



<p>Cela ne signifie pas que les généraux ignorent, toujours ou très souvent, ce que leurs disent les gouvernements. En général, en Grande-Bretagne, ils ont trouvé plus utile de suivre presque tout ce que suggérait les gouvernements. Mais, dans une situation de vie ou de mort, les généraux sont capables d’enclencher leur puissante machine à tuer sans écouter le gouvernement, et il ne reste pas grand chose que le gouvernement puisse faire dans ces cas-là. C’est ce que firent, par exemple, les généraux, au Chili, quand Allende fut renversé.</p>



<p>Ainsi la question, «&nbsp;qui dirige l’armée&nbsp;?&nbsp;», revient à «&nbsp;qui sont les généraux&nbsp;?&nbsp;»&nbsp;En Grande-Bretagne, 80 % des officiers supérieurs viennent d’écoles privées&nbsp; payantes,&nbsp;&#8211; la même proportion qu’il y a 50 ans (17 années de gouvernements travaillistes n&rsquo;ont pas changé <em>cela</em>). Ils ont des liens de parenté avec les propriétaires de grandes entreprises, appartiennent aux mêmes clubs chics, se rencontrent dans les mêmes soirées mondaines, partagent les mêmes idées (si vous en doutez, lisez la page courrier de quasiment n’importe quel exemplaire du <em>Daily Telegraph</em>). Il en va de même pour les hauts fonctionnaires, pour les juges, pour les commissaires.</p>



<p>Pensez-vous que ces personnes vont obéir aux ordres d’un gouvernement pour enlever le pouvoir économique des mains de leurs amis ou relations dans la haute finance, seulement parce que 330 personnes discutent dans les salons de la chambres des députés&nbsp;? Ne feront-ils pas, à la place, comme les généraux chiliens, qui sabotèrent les ordres du gouvernement pendant trois ans et, au moment venu, le renversèrent&nbsp;?</p>



<p>En pratique, la «&nbsp;constitution&nbsp;» particulière que nous avons en Grande-Bretagne permet à ceux qui contrôlent la machine Étatique d&rsquo;étouffer la volonté d’un gouvernement de gauche élu sans avoir à le liquider physiquement. Si un tel gouvernement était élu, il ferait face à un sabotage massif de l’économie (fermetures d’usines, fuites de capitaux, contrôle des stocks, inflation galopante). Si le gouvernement essayait de répondre à ses sabotages en utilisant les «&nbsp;moyens constitutionnels&nbsp;»&nbsp;&#8211; en votant des lois &#8211; il se retrouverait les mains liées dans le dos.</p>



<p>La Chambre des Lords refuserait certainement de ratifier ces lois &#8211; reportant leur vote au maximum. Les juges les «&nbsp;interprèteraient&nbsp;» de telle manière qu’elles seraient sans pouvoir. Les chefs du service public, les généraux, et les chefs de police se serviraient des décisions des juges et du Sénat pour justifier leur propre inaction à leur ministère. Ils seraient soutenus par quasiment toute la presse, qui déclarerait que le gouvernement se comporte «&nbsp;illégalement&nbsp;». Les généraux se serviraient de ce langage pour justifier les préparatifs en vue de renverser un gouvernement «&nbsp;illégal&nbsp;».</p>



<p>Le gouvernement serait impuissant devant le chaos économique &#8211; sauf s’il a déjà agi inconstitutionnellement et a appelé les soldats, la police à se retourner contre leurs supérieurs.</p>



<p>Pour celui qui pense que tout cela n’est que de la science-fiction, j’ajouterai qu’il y a eu au moins deux occasions dans l’histoire récente de la Grande-Bretagne où des généraux ont saboté les décisions gouvernementales qu’ils n’appréciaient pas.</p>



<p>En 1912, la chambre des Communes vota une loi qui permettait la création d’un parlement ’indépendant’ pour diriger une Irlande unie. Le dirigeant de droite, Bonar Law, dénonça immédiatement le gouvernement (Libéral&nbsp;!) et l’accusa d’être une «&nbsp;junte&nbsp;»&nbsp;illégale qui avait «&nbsp;vendu la Constitution&nbsp;». La chambre des Lords retarda, évidemment, l’application de cette loi aussi longtemps qu’elle put (deux ans, dans ce cas), alors que l’ancien ministre de droite Edward Carson organisa une force paramilitaire dans le nord de l’Irlande pour résister à cette loi.</p>



<p>Lorsqu’on ordonna aux généraux qui commandaient l’armée britannique en Irlande, de se diriger vers le nord pour affronter ces troupes, ils refusèrent et menacèrent de démissionner. C’est à cause de cette action, couramment appelé la «&nbsp;Mutinerie Curragh&nbsp;», que l’Irlande du nord comme du sud, ne put avoir un seul parlement en 1914, et reste, encore aujourd’hui, une nation divisée.</p>



<p>In 1974 il y eut une répétition en minature des événements de 1912. Les Loyalistes sectaires et réactionnaires d&rsquo;Irlande du Nord ont organisé un arrêt général de l&rsquo;industrie, ont utilisé des barricades pour empêcher les gens d&rsquo;aller au travail, pour ne pas être obligés d&rsquo;accepter un gouvernement d&rsquo;union protestant-catholique en Irlande du Nord. Les ministres britanniques ont demandé à l&rsquo;armée britannique et à la police d&rsquo;Irlande du Nord, le&nbsp;<em>Royal Ulster Constabulary</em>, de démonter les barricades et de mettre fin à la grève. Les hauts officiers de l&rsquo;armée et les commandants de la police dirent au gouvernement que ce n&rsquo;était pas recommandé, et que ni les soldats ni la police ne s&rsquo;attaqueraient aux Loyalistes. Le gouvernement d&rsquo;union protestant-catholique dût démissionner, les opinions des officiers de l&rsquo;armée se sont montrées plus puissantes que celles du gouvernement britannique.<br></p>



<p>Si cela s’est passé, en 1912 comme en 1974, avec des gouvernements modérés prenant de timides mesures, imaginez ce qui se passerait si un gouvernement de socialistes militants était élu. Toute majorité réformiste <em>conséquente</em> seraient rapidement dans l’obligation de faire un choix&nbsp;: ou bien abandonner les réformes et suivre les directives de ceux qui contrôlent l’industrie et les positions étatiques clés ou se préparer à un conflit généralisé, qui, inévitablement, impliquera l’utilisation de la force, contre ceux qui contrôlent ces positions.</p>



<p>La troisième raison pour laquelle le réformisme est une impasse, est que la «&nbsp;démocratie&nbsp;»&nbsp;parlementaire contient des mécanismes internes permettant d’empêcher tous les mouvements révolutionnaires d’y trouver leur expression.</p>



<p>Certains réformistes affirment que le meilleur moyen pour prendre le pouvoir des mains de ceux qui contrôlent les positions clés de la machine étatique est pour la gauche d’obtenir la majorité au parlement d’abord. Cet argument s’effondre car les parlements sous-évaluent toujours le niveau de conscience révolutionnaire de la masse de la population.</p>



<p>La masse des gens ne croira en sa capacité de prendre le contrôle de la société que lorsqu’elle le fera en pratique, par la lutte. Ce n’est que lorsque des millions de gens occupent leurs usines ou prennent part à une grève générale que les idées du socialisme révolutionnaire deviennent, soudainement, réalistes.</p>



<p>Mais un tel niveau de lutte ne peut se maintenir indéfiniment sauf si la vieille classe dominante est éjectée du pouvoir. Si elle y reste, elle attendra que les occupations et les grèves diminuent, et, alors, utilisera son contrôle sur l’armée pour briser la lutte. Une fois que les grèves et les occupations commencent à vaciller, le sentiment de confiance et d’unité au sein des travailleurs commence à s’évanouir. La démoralisation et l’amertume s’installent. Même les plus combatifs commencent à penser que le changement de société n’est qu’un rêve fou.</p>



<p>Voilà pourquoi les employeurs préfèrent toujours que les votes de grèves se fassent lorsque les travailleurs sont à la maison, prenant leurs idées à la télévision ou dans les journaux, et pas lorsqu’ils sont unis dans des meetings de masse, pouvant entendre les arguments des autres travailleurs.</p>



<p>Voilà aussi pourquoi les lois antisyndicales contiennent presque toutes une clause obligeant les travailleurs à arrêter la grève, lors d’un vote à bulletin secret. Ce genre de clause s’appelle, à juste titre, celle des périodes de «&nbsp;refroidissement&nbsp;»&nbsp;&#8211; elles servent à verser de l’eau froide sur la confiance et l’unité des travailleurs.</p>



<p>Le système parlementaire prévoit, dans sa structure, des périodes de refroidissement et des votes à bulletins secrets. Par exemple, si un gouvernement est mis à genoux par une grève massive, il dira sûrement,«&nbsp;OK, attendons trois semaines avant la tenue d’élections législatives qui résoudront la question démocratiquement&nbsp;». Il espère que d’ici là la grève sera arrêtée. La confiance et l’unité des travailleurs vont alors se faner. Les employeurs pourront mettre les militants sur une liste noire. La presse capitaliste et sa télévision pourront se remettre à fonctionner normalement, martelant les travailleurs d’idées pro-gouvernementales. La police peut arrêter les «&nbsp;fauteurs de troubles&nbsp;».</p>



<p>Alors, lorsque l’élection a finalement lieu, le vote ne reflètera pas le point culminant de la lutte des travailleurs, mais le plus bas niveau, après la grève.</p>



<p>En France, en 1968, le gouvernement du Général De Gaulle utilisa les élections exactement dans ce but. Les partis réformistes ouvriers et les syndicats appelèrent à la fin de la grève, et De Gaulle gagna les élections.</p>



<p>Le premier ministre Britannique, Edward Heath, essaya la même ruse lors d’une grève de mineurs massivement soutenue, en 1974. Mais cette fois, les mineurs n’ont pas été dupes. Ils restèrent en grève &#8211; et Heath perdit les élections.</p>



<p>Si les travailleurs attendent les élections pour décider de positions clés durant la lutte de classe, ils n’atteindront jamais le point culminant.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’État ouvrier</h3>



<p>Face à cela, Marx, dans sa brochure <a href="https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm">La guerre civile en France</a>, et Lénine dans <a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm">L’État et la révolution</a> décrivirent une vision complètement différente sur le moyen pour le socialisme de gagner. Aucun d’eux ne tirèrent leurs idées de l’espace, ils développèrent, tous deux, leurs analyses en regardant la classe ouvrière en action &#8211; Marx vit la Commune de Paris, Lénine les soviets (conseils d’ouvriers) russes de 1905 et 1917.</p>



<p>Mais Marx et Lénine insistèrent sur le fait que la classe ouvrière ne pouvait commencer à construire le socialisme avant d’avoir, au préalable, détruit le vieil État basé sur des chaînes de commandes bureaucratiques, et ensuite créé un nouvel État basé sur des principes entièrement nouveaux. Lénine souligna que cet État devait être complètement différent de l’ancien, en l’appelant «&nbsp;Etat-Commune&nbsp;», un État qui « cesse d&rsquo;être un Etat ».</p>



<p>Un nouvel État, disaient Marx et Lénine, sera absolument nécessaire si la classe ouvrière veut imposer sa loi sur les restes des anciennes classes dirigeantes et moyennes. C’est pour cela qu’il l’appelèrent la « dictature du prolétariat »&nbsp;&#8211; la classe ouvrière devait décider de la façon dont la société devait fonctionner. Elle devait aussi défendre sa révolution contre les attaques des classes dominantes d’autres pays. Pour accomplir ces deux tâches, elle doit avoir sa propre force armée, une certaine forme de police, de cours, de prisons.</p>



<p>Mais si cette nouvelle armée, police et système légal doivent être contrôlés par la classe ouvrière, et ne jamais se retourner contre ses intérêts, ils doivent être d’une nature complètement différente de ceux de l’État capitaliste. Ils doivent être le moyen par lequel la classe ouvrière en tant que majorité impose sa dictature au reste de la société, pas une dictature dirigée contre la majorité de la classe ouvrière.</p>



<p>Voici les principales différences.</p>



<p>&#8211; L’État capitaliste sert les intérêts d’une petite minorité de la société. L’État ouvrier doit servir les intérêts de l’immense majorité. La force dans l’État capitaliste, est exercée par une minorité de mercenaires, coupés du reste de la société et entraînés à obéir aux ordres de leurs supérieurs. Dans un État ouvrier, la force serait nécessaire uniquement pour que la majorité se protége des actes antisociaux des restes de l’ancienne classe privilégiée. La police et l’armée d’un État ouvrier doivent être composées de travailleurs, qui côtoient librement avec leurs camarades ouvriers, qui partagent les mêmes idées et la même vie. En effet, pour s’assurer que les groupes de soldats et de policiers ne se développent jamais de manière à être séparés de la masse des travailleurs, la «&nbsp;police&nbsp;»&nbsp;et les «&nbsp;soldats&nbsp;»&nbsp;doivent être des travailleurs qui sont chargés tour à tour, par un système de roulement, d’assumer ses fonctions.</p>



<p>&#8211; Plutôt que les forces armées et la police soient dirigées par un petit groupe d’officiers, elles seront dirigées par des représentants, directement élus, de la masse des travailleurs. Les représentants parlementaires, dans un État capitaliste, votent des lois mais laissent, à plein temps, des bureaucrates, juges et commissaires de police la capacité de les appliquer. Cela permet aux députés et élus locaux d’avoir un million d’excuses quand leurs promesses ne sont pas tenues. Les représentants des travailleurs dans un État ouvrier devront voir leurs lois mises immédiatement en application. Ce sont eux, et pas une élite de hauts bureaucrates, qui devront expliquer aux travailleurs du service public, de l’armée etc. comment les choses doivent se faire. Et de même, des représentants ouvriers élus devront interpréter ces lois dans les tribunaux.</p>



<p>&#8211; Les représentant parlementaires dans un État capitaliste sont détachés de ceux qui les élisent, par de gros salaires. Dans un État ouvrier, les représentants ne devront pas recevoir plus que le salaire moyen d’un ouvrier. Il en va de même pour ceux qui travaillent à faire appliquer les décisions des représentants (l’équivalent des fonctionnaires actuels). Les représentants ouvriers, et tous ceux concernés à appliquer les décisions des travailleurs, ne devront pas être, comme les députés, élus pour cinq ans (ou à vie dans le cas de hauts fonctionnaires) sans la possibilité d’être renvoyés. Ils devront être soumis à au moins une élection par an, et être révocables à tout moment s’ils ne suivent pas les souhaits des travailleurs.</p>



<p>&#8211; Les représentants parlementaires sont élus par tous les gens d’une certaine localité &#8211; bourgeois, classe moyennes, et classe ouvrière, propriétaires de même que locataires. Dans un État ouvrier, les élections concerneraient uniquement ceux qui travaillent, votant, seulement, après des discussions ouvertes. Ainsi le noyau de l’État ouvrier consisterait en des conseils ouvriers dans les usines, les mines, les docks, dans les bureaux, avec des groupes tels que les femmes au foyer, les retraités, les étudiants ayant leurs propres représentants.</p>



<p>De cette manière, chaque section de la classe ouvrière aurait ses propres représentants et serait capable de juger s’il ou elle suit ses intérêts. Ainsi, le nouvel État ne peut devenir une force séparée de et opposée à la majorité de la classe ouvrière &#8211; au contraire de ce qui s’est passé dans les pays du bloc de l’Est qui s’appelaient «&nbsp;Communistes&nbsp;».</p>



<p>Dans le même temps, le système des conseils ouvriers fournit un outil avec lequel les travailleurs peuvent coordonner leurs efforts pour faire tourner l’industrie selon un plan décidé nationalement et démocratiquement, et pas finir par se concurrencer. Il est facile de voir comment la technologie informatique moderne permettrait à tous les travailleurs d’obtenir des informations concernant diverses options économiques accessibles à la société, et conduire leurs représentants à choisir ce que la majorité des travailleurs pense être les meilleures options &#8211; savoir si on construit des Concordes, ou un système de transport public fiable et bon marché, savoir si on construit des bombes nucléaires ou une banque de reins artificiels, etc.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’extinction de l’État</h3>



<p>Parce que le pouvoir étatique ne doit pas être séparé de la masse des travailleurs, il sera beaucoup moins coercitif que sous le capitalisme. Lorsque les restes de l’ancienne société contre qui il était dirigé, sera résignée à la victoire de la révolution, et lorsque d’autres révolutions auront renversé les autres classes dirigeantes, il y aura besoin de moins en moins de coercition, jusqu’à ce que les travailleurs n’aient plus besoin de quitter leur travail, pour accomplir les tâches «&nbsp;policières&nbsp;» et «&nbsp;militaires&nbsp;».</p>



<p>C’est ce que Marx et Lénine voulaient dire lorsqu’ils disaient que l’État devrait disparaître. A la place de la coercition contre les gens, l’État deviendrait plutôt un mécanisme de conseils ouvriers pour décider comment produire et distribuer les richesses.</p>



<p>Les conseils ouvriers doivent apparaître, sous une forme ou sous une autre, lorsque les conflits entre les classes ont atteint un très haut niveau. «&nbsp;Soviet&nbsp;»&nbsp;fut le mot russe pour désigner les conseils ouvriers de 1905 et 1917.</p>



<p>En 1918, en Allemagne, les conseils de travailleurs furent, brièvement, le seul pouvoir dans le pays. En Espagne, en 1936, les différents partis et syndicats ouvriers s’unirent dans des «&nbsp;comités de milices&nbsp;», qui dirigeaient localement et ressemblaient à des conseils ouvriers. En Hongrie, en 1956, les travailleurs élirent des conseils pour faire tourner les usines et les villes, lorsqu’ils combattaient les troupes russes. Au Chili, en 1972-73, les travailleurs commencèrent à construire des «&nbsp;cordones&nbsp;»&nbsp;&#8211; des comités de travailleurs qui reliaient les grosses usines.</p>



<p>Les conseils de travailleurs apparurent en tant que structures qu’utilisent les travailleurs dans leurs luttes contre le capitalisme. Ils peuvent démarrer avec de modestes fonctions, récoltant des fonds de soutien pour la grève par exemple, mais parce qu’ils sont basés sur l’élection directe des travailleurs, sur des représentants ouvriers soumis à la révocation, ils peuvent, aux plus hauts points de la lutte, coordonner les efforts de la classe ouvrière toute entière. Ils peuvent former la base du pouvoir des travailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">9 &#8211; Comment les travailleurs deviennent-ils révolutionnaires ?</h2>



<p>En Grande-Bretagne, durant ce siècle, la plupart des travailleurs se sont tournés vers le Parti Travailliste et le parlement pour changer la société. Une large minorité a soutenu les idées réactionnaires de la droite. Les révolutionnaires n’ont été en général qu’un petit nombre. Cette indifférence ou même opposition des travailleurs au socialisme révolutionnaire n&rsquo;est pas vraiment surprenante. Nous avons tous grandi dans une société capitaliste où il est considéré comme acquis que tout le monde est égoïste, où on nous répète sans arrêt dans les journaux ou à la télévision que seule une minorité privilégiée a les capacités pour prendre en main les postes clés de l’économie et de l’État, où la masse des travailleurs apprend dès le premier jour d’école à obéir aux ordres donnés par « ceux qui savent », les « autorités ».</p>



<p>Comme Marx le signalait, les idées dominantes sont celles de la classe dominante, et un grand nombre de travailleurs les accepte.</p>



<p>Pourtant, malgré cela, continuellement dans l’histoire du capitalisme, des mouvements révolutionnaires ont secoué les pays les uns après les autres&nbsp;: en France en 1871, en Russie en 1917, en Allemagne et en Hongrie en 1919, en Italie en 1920, en Espagne et en France en 1936, en Hongrie en 1956, en France en 1968, au Chili en 1972-73, au Portugal en 1975, en Iran en 1979, en Pologne en 1980.</p>



<p>L’explication de ses mouvements réside dans la nature même du capitalisme. Le capitalisme est un système qui entre constamment en crise. À partir d’un moment, il ne peut plus assurer le plein emploi, il ne peut promettre la prospérité pour tous, ni même nous assurer un niveau de vie convenable. Mais durant les phases d&rsquo;expansion les travailleurs attendent toutes ces choses. Donc, par exemple, dans les années 1950 début 1960, les travailleurs espéraient un plein emploi permanent, une «&nbsp;couverture sociale&nbsp;»&nbsp;et un graduel mais réel rehaussement du niveau de vie. Par contraste, sur les 25 dernières années, les gouvernements successifs laissé le chômage toucher jusqu’à 4 millions de personnes, réduit la sécurité sociale en lambeaux, et ont essayé de diminuer le niveau de vie.</p>



<p>Parce que nous sommes habitués à accepter beaucoup d’idées capitalistes, nous acceptons certaines de ces attaques. Mais inévitablement, le point où les travailleurs n’en peuvent plus est atteint. Soudainement, souvent quand personne ne s’y attend, leur colère explose et ils agissent contre leur patron ou le gouvernement. Peut-être se mettent-ils en grève ou alors organisent une manifestation.</p>



<p>Quand cela arrive, qu’ils le veuillent ou non, les travailleurs commencent à faire des choses qui contredisent toutes les idées capitalistes qu’ils avaient acceptées jusqu’à présent. Ils agissent en solidarité avec d’autres, en tant que classe par leur opposition aux représentants de la classe capitaliste.</p>



<p>Les idées du socialisme révolutionnaire qu’ils avaient l’habitude de rejeter commencent alors à correspondre à ce qu’ils sont en train de faire. Une partie au moins de ces travailleurs prennent ces idées au sérieux pourvu qu’elles soient accessibles. L’échelle que cela prend dépend de l’échelle du conflit, pas des idées qui sont dans la tête des travailleurs. Le capitalisme les pousse au conflit même s’ils ont des idées pro-capitalistes. La lutte leur fait remettre en question ces idées. Le pouvoir capitaliste réside sur deux bases &#8211; le contrôle des moyens de productions et le contrôle de l’État. Un authentique mouvement révolutionnaire commence au milieu de la masse des travailleurs lorsque les luttes pour leurs intérêts économiques immédiats les conduisent à l’affrontement avec les deux bases du règne capitaliste. Prenons par exemple un groupe de travailleurs qui ont été employés dans la même usine pendant des années. Le train-train quotidien de leur vie est réglé par leur travail. Un jour l’employeur annonce qu’il va fermer l’usine. Même ceux qui votaient à droite dans l’usine sont horrifiés et veulent faire quelque chose. En désespoir, ils décident que la seule façon de continuer à vivre la même vie que le capitalisme leur a appris à espérer est d’occuper l’usine &#8211; s’attaquer au contrôle qu’à l’employeur sur les moyens de productions. Ils peuvent même rapidement en arriver à combattre l’État lorsque le patron appellera la police pour récupérer «&nbsp;sa&nbsp;»&nbsp;propriété. S’ils veulent avoir la moindre de chance de garder leur emploi, les travailleurs devront se confronter à la police, à l’État, aussi bien qu’au patron.</p>



<p>Ainsi le capitalisme crée lui-même les conditions de conflits de classes qui ouvrent l’esprit des travailleurs à des idées à l’opposé de celles que le système leur a appris. Cela explique pourquoi l’histoire du capitalisme est marquée par de périodiques poussées de sentiments révolutionnaires parmi des millions de travailleurs, même si la plupart du temps, la majorité des travailleurs accepte les idées que le système développe.</p>



<p>Un dernier point. L’un des plus gros obstacles au développement des idées révolutionnaires parmi les travailleurs est le sentiment que ce n’est pas la peine de faire quoique ce soit parce que les autres travailleurs ne les soutiendront jamais. Quand ils découvrent que d’autres se mettent en lutte, ils sortent de leur propre apathie. Dans la même veine, les gens qui pensent qu’en tant que travailleurs ils sont incapables de gérer la société, soudainement apprennent qu’il en est autrement lorsqu’ils découvrent qu’au cours des luttes de masses contre le système, ils prennent part à la gestion de cette société. A cause de cela, une fois qu’un mouvement révolutionnaire démarre, il peut faire boule de neige à une vitesse surprenante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">10 &#8211; Le parti socialiste révolutionnaire</h2>



<p>Le principe de base du marxisme est que le développement du capitalisme conduit les travailleurs à se révolter contre le système.</p>



<p>Quand de telles révoltes explosent &#8211; que ce soit une manifestation de masse, une insurrection armée ou même une grosse grève &#8211; la transformation de la conscience de la classe ouvrière est étonnante. Toute l’énergie mentale des travailleurs qui était auparavant détournée sur mille et une choses &#8211; comme jouer aux courses ou regarder la télévision &#8211; se concentre soudainement sur le moyen de changer la société. Des millions de gens se penchant sur ce problème trouvent des solutions d’une incroyable ingéniosité, qui, souvent, laissent des révolutionnaires accomplis aussi désemparés que l’est la classe dirigeante par la tournure des événements.</p>



<p>Ainsi, par exemple, au cours de la première révolution russe de 1905, une nouvelle forme d’organisation des travailleurs, le soviet &#8211; conseil ouvrier &#8211; émergea d’un comité de grève pendant une grève d’imprimeurs. Au départ, le parti bolchevique &#8211; les plus militants des révolutionnaires socialistes &#8211; se méfia des soviets&nbsp;: ils ne croyaient pas qu&rsquo;il&nbsp;était possible pour une masse de travailleurs politisés depuis peu de créer un instrument révolutionnaire efficace.</p>



<p>De telles expériences se retrouvent dans plusieurs grèves&nbsp;: les militants accomplis sont pris complètement par surprise quand les travailleurs qui avaient depuis si longtemps ignoré leurs conseils, commencent soudainement à organiser des actions militantes eux-mêmes. Cette spontanéité est fondamentale. Mais, il est incorrect d’en tirer la conclusion &#8211; comme le font les anarchistes ou ceux qui leur sont proches &#8211; qu’il n’y aurait pas besoin de parti révolutionnaire.</p>



<p>Dans une situation révolutionnaire, des millions de travailleurs changent d’idées très rapidement. Mais ils n’en changent pas en totalité et d’un seul coup. Dans chaque grève, chaque manifestation, chaque insurrection armée, il y a des débats permanents. Une partie des travailleurs verra dans ces actions un prélude à la prise du pouvoir par les travailleurs. Une autre sera à moitié contre le fait de passer à quelque action que ce soit, parce que cela troublera «&nbsp;l’ordre naturel des choses&nbsp;». Et au milieu se trouvera la masse des travailleurs, attirée par l’une puis l’autre des parties.</p>



<p>De l’autre côté de la balance, la classe dirigeante pèsera de tout poids par sa presse et sa propagande, dénonçant les actions des travailleurs. Elle lancera aussi ses briseurs de grève, que ce soit la police, l’armée ou des organisations de droite.</p>



<p>Du côté des travailleurs, il doit y avoir une organisation de socialistes qui peuvent tirer les leçons des luttes passées, qui peuvent jeter dans la balance les arguments socialistes. Il doit y avoir une organisation qui peut rassembler la compréhension grandissante des travailleurs en lutte, afin qu’ils agissent ensemble pour changer la société.</p>



<p>Et ce parti révolutionnaire doit exister avant que la lutte ne démarre, car l’organisation ne peut naître spontanément. Le parti se construit à travers l’échange continuel entre les idées socialistes et l’expérience de la lutte de classes &#8211; car comprendre la société n’est pas suffisant&nbsp;: c’est seulement en appliquant ces idées à une lutte de classes quotidiennes, dans les grèves, manifestations, campagnes, que les travailleurs prendront conscience de leur pouvoir de changer les choses, et gagneront la confiance pour le faire.</p>



<p>A plusieurs moments, l’intervention d’un parti socialiste peut être décisive, peut faire pencher la balance du côté du changement, vers un transfert révolutionnaire du pouvoir aux travailleurs, vers une société socialiste.</p>



<p><strong>Quel genre de parti&nbsp;?</strong></p>



<p>Le parti révolutionnaire socialiste doit être démocratique. Pour remplir son rôle, le parti doit être continuellement en contact avec la lutte de classes, c’est-à-dire avec ses propres membres et sympathisants sur les lieux de travail où la lutte se déroule. Il doit être démocratique parce que sa direction doit toujours refléter l’expérience collective de la lutte. Cela dit, la démocratie n’est pas un système d’élection mais un débat continuel au sein du parti &#8211; une interaction continuelle entre les idées socialistes sur lesquelles le parti se base et l’expérience de la classe ouvrière.</p>



<p>Mais le parti socialiste révolutionnaire doit aussi être centralisé &#8211; car c’est un parti actif et pas un cercle de discussions. Il doit être capable d’intervenir collectivement dans la lutte de classes, et doit répondre rapidement, il doit donc avoir une direction capable de prendre des décisions quotidiennes au nom du parti.</p>



<p>Si le gouvernement décide de s’attaquer à des piquets de grèves, par exemple, le parti doit réagir immédiatement, sans avoir à organiser des conférences pour prendre des décisions démocratiques d’abord. Ainsi la décision est prise centralement. La démocratie entre en jeu ensuite, quand le parti se penche sur la question de savoir si la décision était correcte ou pas &#8211; et peut-être pour changer la direction si elle était en décalage avec les besoins de la lutte.</p>



<p>Le parti révolutionnaire socialiste doit maintenir un équilibre délicat entre la démocratie et le centralisme. La clé est que le parti n’existe pas pour lui-même, mais comme un outil pour apporter un changement révolutionnaire vers le socialisme &#8211; et cela ne peut se faire qu’au travers de la lutte des classes.</p>



<p>Ainsi le parti doit continuellement s’adapter à la lutte. Quand le niveau de lutte est faible, peu de travailleurs croient possible un changement révolutionnaire, alors le parti sera petit &#8211; et doit s’en contenter car il lui sera impossible d’augmenter significativement ses rangs. Mais quand le niveau de lutte augmente, un large nombre de travailleurs peuvent changer d’idées très rapidement, réalisant au travers de la lutte leur pouvoir de changer les choses &#8211; et alors le parti doit être capable d’ouvrir ses propres portes, sinon il sera laissé au bord de la route. Le parti ne doit pas se substituer à la classe ouvrière. Il doit faire partie de la lutte, essayant continuellement d’unir les travailleurs les plus conscients pour fournir une direction à la lutte. Cependant, le parti ne doit pas imposer sa vision à la classe. Il ne peut pas simplement décider d’être la direction, mais il doit la gagner cette position, en prouvant la justesse des idées socialistes en pratique-ce qui veut dire tout le temps, de la plus petite grève à la révolution elle-même.</p>



<p>Certaines personnes voient dans le parti révolutionnaire un début de socialisme. Cela est complètement faux. Le socialisme ne peut apparaître que lorsque la classe ouvrière elle-même prend le contrôle des moyens de production et l’utilise pour changer la société. On ne peut construire une île de socialisme dans une mer de capitalisme. Les tentatives par de petits groupes de socialistes de se couper de la société et de mener leur vie sur la base des idées socialistes, échouèrent lamentablement à long terme &#8211; d’abord, les pressions économiques et sociales sont toujours présentes. De plus en se coupant eux-mêmes du capitalisme, ils se coupent de la seule force qui peut apporter le socialisme&nbsp;: la classe ouvrière.</p>



<p>Bien entendu, les socialistes se battent contre tous les effets néfastes du capitalisme tous les jours &#8211; contre le racisme, le sexisme, l’exploitation, la brutalité. Mais nous devons le faire en nous appuyant sur la force de la classe ouvrière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">11 &#8211; L’impérialisme et la libération nationale</h2>



<p>Tout au long de l’histoire du capitalisme, la classe dirigeante a toujours cherché une source supplémentaire de richesses &#8211; la prise des richesses produites par les autres pays. La croissance des premières formes de capitalisme, à la fin du Moyen Age, fut accompagnée par la création par les États occidentaux, d’un vaste empire colonial &#8211; les empires de l’Espagne et du Portugal, de la Hollande et de la France, et, bien sûr, de l’Angleterre. La richesse se retrouva dans les mains des classes dirigeantes de l’Europe occidentale, pendant que des sociétés entières de ce qui est devenu connu sous le nom de Tiers-Monde (Afrique, Asie et Amérique du sud) furent détruites.</p>



<p>Ainsi, la «&nbsp;découverte&nbsp;»&nbsp;de l’Amérique par les Européens au XVI<sup>ème</sup> siècle, produisit une injection massive d’or en Europe. L’autre revers de la médaille fut la destruction complète de sociétés et la mise en esclavage d’autres. Par exemple, en Haïti, où Christophe Colomb établit pour la première fois un campement, les Indiens Arawak présents (à peu près un demi-million en tout) furent exterminés, en l’espace de deux générations. Au Mexique, la population indienne passa de 20 millions en 1520 à 2 millions en 1607.</p>



<p>La population indienne des Antilles et d’une partie du continent, fut remplacée par des esclaves capturés en Afrique et transportés à travers l’Atlantique, dans des conditions abominables. On estime à 15 millions le nombre d’individus ayant survécu à la traversée et à 9 millions celui des individus morts en transit. La moitié, à peu près, des esclaves furent transportés sur des bateaux anglais &#8211; ce qui est l’une des raisons pour lesquelles le capitalisme anglais fut le premier à se développer.</p>



<p>La richesse du trafic d’esclave finança l’industrie. Il y a un vieux proverbe qui dit «&nbsp;les murs de Bristol sont cimentés avec le sang des nègres&nbsp;»&nbsp;&#8211; et cela s’applique aussi aux autres ports. Comme le disait Karl Marx, «&nbsp;<em>il fallait pour piédestal à l&rsquo;esclavage dissimulé des salariés en Europe, l&rsquo;esclavage sans phrase dans le nouveau monde</em>&nbsp;».</p>



<p>À l’esclavage, s’ajoutait le pillage pur et simple &#8211; comme lorsque l’Angleterre conquit l’Inde. Le Bengale était si avancé que les premiers visiteurs britanniques furent étonnés par la magnificence de cette civilisation. Mais cette richesse ne resta pas longtemps au Bengale. Comme l’écrivit Lord Macaulay dans sa biographie du conquérant, Clive&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L’immense population devint une proie. D’énormes fortunes furent, ainsi, rapidement accumulées à Calcutta, pendant que 30 millions d’êtres humains furent réduits à une extrême pauvreté. Ils avaient l’habitude de vivre sous la tyrannie, mais jamais une tyrannie comme celle-ci.</p>
</blockquote>



<p>À partir de là, le Bengale devint connu, non plus pour ses richesses, mais pour son extrême pauvreté où, périodiquement, des famines tuent des millions de gens, et cela, encore aujourd’hui. Pendant ce temps, dans les années 1760, à une époque où le total des investissements en Angleterre ne dépassait pas 70 millions de francs, le tribut annuel payé par l’Inde était de 20 millions.</p>



<p>Le même procédé était en vigueur dans la plus vieille colonie anglaise, l’Irlande. Durant la grande famine de la fin des années 1840, lorsque la population irlandaise diminua de moitié à cause de la famine et de l’émigration, une quantité de blé plus que suffisante pour nourrir la population affamée était exportée au bénéfice des propriétaires anglais. De nos jours, il est courant de diviser le monde en pays «&nbsp;développés&nbsp;» et «&nbsp;sous-développés&nbsp;». Cela donne l’impression que les pays&nbsp;«&nbsp;sous-développés&nbsp;»&nbsp;ont suivi la même direction que les pays&nbsp;«&nbsp;développés&nbsp;» mais à une vitesse plus lente.</p>



<p>Mais, en fait, une des raisons du&nbsp;«&nbsp;développement » des pays occidentaux fut le pillage des autres pays. Beaucoup sont plus pauvres maintenant qu’il y a 300 ans. Comme le fait remarquer Michael Barratt Brown&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La richesse par personne des actuels pays sous-développés, pas seulement en Inde, mais en Chine, Amérique Latine et Afrique, était plus importante que celle de l’Europe au 17<sup>ème</sup> siècle, et chuta lorsque la richesse augmenta en Europe.</p>
</blockquote>



<p>La possession d’un empire permit à l’Angleterre de se développer comme première puissance industrielle du monde. Elle était en position d’empêcher les autres États capitalistes d’obtenir des matières premières, des marchés et de lucratives zones d’investissement dans son tiers monde.</p>



<p>Lorsque de nouvelles puissances industrielles, telles que l’Allemagne, le Japon et les États-Unis, se développèrent, elles voulurent aussi ces avantages. Elles construisirent des empires rivaux ou des «&nbsp;sphères d’influences&nbsp;». Face à des crises économiques, chaque puissance capitaliste importante essaya de résoudre ses problèmes en s’accrochant aux sphères d’influence de ses rivales. L’impérialisme conduisit à la guerre mondiale.</p>



<p>En retour, cela produisit d’énormes changements dans l’organisation interne du capitalisme. L’outil pour faire la guerre, l’État, prit de plus en plus d’importance. Il travailla en étroite coopération avec les firmes géantes pour réorganiser l’industrie pour la compétition internationale et pour la guerre. Le capitalisme devint le capitalisme monopoliste d’État. Le développement de l’impérialisme signifia que les capitalistes n’exploitaient pas seulement la classe ouvrière de leur propre pays&nbsp;; ils prirent physiquement le contrôle d’autres pays et exploitèrent leurs populations. Pour les classes les plus exploitées, cela signifia qu’elles étaient exploitées par les capitalistes étrangers aussi bien que par leur propre classe dirigeante. Elles étaient doublement exploitées.</p>



<p>Mais des sections de la classe dirigeante des pays colonisés, en souffrirent aussi. Ils virent beaucoup de leurs opportunités pour exploiter la population locale volées par l’impérialisme. De la même manière, les classes moyennes, qui voulaient une rapide expansion de l’industrie locale pour de bonnes opportunités de carrière, souffrirent aussi. Les 60 dernières années ont vu les différentes classes des pays coloniaux ou ex-coloniaux, se soulever contre les effets de l’impérialisme. Des mouvements ont tenté d’unir la population entière contre le règne impérialiste étranger. Leurs revendications incluaient&nbsp;:</p>



<p>&#8211;&nbsp;L’expulsion de troupes impérialistes étrangères.</p>



<p>&#8211;&nbsp;L’unification de tout le territoire national par un gouvernement unique, contre les divisions causées par différents États impérialistes.</p>



<p>&#8211;&nbsp;Le rétablissement de la langue originale dans la vie de tous les jours, en opposition à la langue imposée par les dirigeants étrangers.</p>



<p>&#8211;&nbsp;L’utilisation de la richesse produite par le pays pour développer une industrie locale pour apporter le ’développement’ et la ’modernisation’ dans ce pays.</p>



<p>Telles furent les revendications des mouvements révolutionnaires successifs en Chine (en 1912, en 1923-27 et en 1945-48), en Iran (en 1905-12, en 1917-21 et en 1941-53), en Turquie (après la première guerre mondiale), aux Antilles (à partir de 1920), en Inde (en 1920-48), en Afrique (après 1945) et au Vietnam (jusqu’à la défaite des États-Unis en 1975). Ces mouvements étaient souvent dirigés par des sections de la classe supérieure ou moyenne locale, mais cela signifiait que les classes dirigeantes des pays développés faisaient face à une nouvelle opposition, en plus de leur propre classe ouvrière. Les mouvements de libération nationale du Tiers-Monde affrontèrent les États capitalistes impérialistes en même temps que leurs propres classes ouvrières le faisaient.</p>



<p>Cela eut une grande importance pour le mouvement ouvrier des pays développés. Dans sa lutte contre le capitalisme, il avait un nouvel allié dans les mouvements de libération nationale du Tiers-Monde. Ainsi, par exemple, un travailleur de chez Shell en Grande-Bretagne avait un allié dans les forces de libération en Afrique du Sud qui voulaient s’y emparer des possessions de Shell. Si Shell peut se débarrasser des menaces des mouvements de libération dans le Tiers-Monde, alors il sera plus puissant pour résister aux revendications des travailleurs en Grande-Bretagne. Cela est vrai même si le mouvement de libération du Tiers-Monde n’a pas de direction socialiste, même si sa direction veut remplacer le règne étranger par la domination d’une classe ou d’un État capitaliste local.</p>



<p>L’État impérialiste qui essaie d’écraser un mouvement de libération nationale est le même État impérialiste qui est le plus grand ennemi des travailleurs occidentaux. C’est pour cela que Marx insista sur le fait que « <em>le peuple qui en opprime un autre forge ses propres chaînes</em>&nbsp;» et que Lénine polémiqua pour une alliance des travailleurs des pays développés avec les peuples opprimés du Tiers-Monde, même s’ils n’avaient pas de direction socialiste.</p>



<p>Cela ne signifie pas que les socialistes seront d’accord avec la façon dont les non-socialistes d’un pays opprimé dirigent une lutte de libération (de la même façon que nous ne sommes pas nécessairement d’accord avec les dirigeants syndicaux lorsque ceux-ci dirigent une grève). Mais nous devons être clairs, avant toute chose, sur le fait que nous soutenons cette lutte. Autrement nous nous retrouvons rapidement du côté de notre propre classe dirigeante contre les peuples qu’elle opprime.</p>



<p>Nous devons soutenir une lutte de libération <em>sans conditions</em>, bien avant de critiquer la manière dont elle est conduite.</p>



<p>Cependant, les socialistes révolutionnaires d’un pays opprimé par l’impérialisme ne peuvent laisser les choses ainsi. Ils doivent polémiquer, jour après jour, avec les autres personnes sur la manière dont la lutte doit se passer.</p>



<p>Les points les plus importants traités ici font partie de la théorie de la révolution permanente développée par Trotsky. Trotsky commença par reconnaître que ces mouvements contre l’oppression étaient, souvent, à l’initiative de personnes venant des classes moyennes ou même supérieures.</p>



<p>Les socialistes soutiennent ces mouvements parce que leurs buts visent à retirer l’un des fardeaux qui pèsent sur les classes les plus opprimées de la société. Mais nous devons reconnaître que ceux qui viennent des classes moyennes et supérieures ne peuvent diriger ces luttes de manière consistante. Ils n’oseront jamais déclencher une lutte de masse acharnée, dans le cas où elle ne s’affronterait plus seulement à l’oppression extérieure mais aussi à leur capacité à vivre par l’exploitation des classes les plus opprimées.</p>



<p>À un certain moment, elles abandonneront la lutte qu’elles ont elles-mêmes initiée et, si nécessaire, s’allieront avec l’oppresseur étranger pour l’écraser. A ce moment là, si les forces de la classe ouvrière ne prennent pas la direction de la lutte, elle sera vaincue. Trotsky ajouta un dernier argument. Il est vrai que dans la plupart des pays du Tiers-Monde, la classe ouvrière est une minorité, souvent une petite minorité, de la population. Elle est néanmoins très nombreuse en valeur absolue (par exemple en Inde et en Chine, elle est forte de plusieurs millions), elle crée une énorme part de la richesse nationale, en comparaison de sa taille, elle est concentrée en masse dans les villes qui sont les endroits clés quand il faut diriger le pays. Ainsi dans une période de tornade révolutionnaire, la classe ouvrière peut prendre la direction de toutes les classes opprimées et prendre le contrôle de pays entiers. La révolution devient permanente, commençant par des revendications de libération nationale puis terminant par des revendications socialistes. Mais ce n’est le cas que si les socialistes des pays opprimés ont dès le départ organisé les travailleurs sur une base de classe, de manière indépendante &#8211; soutenant le mouvement général de libération nationale, mais toujours en prévenant qu’on ne peut avoir confiance dans les dirigeants bourgeois ou petits-bourgeois.</p>



<h2 class="wp-block-heading">12 &#8211; Marxisme et féminisme</h2>



<p>Il y a deux approches différentes pour aborder la question de la libération des femmes&nbsp;: le féminisme et le socialisme révolutionnaire. Le féminisme était l’influence dominante des mouvements de femmes qui apparurent dans les pays capitalistes avancés durant les années 1960 et 1970. Il se basait sur l’idée que les hommes oppriment toujours les femmes, qu’il y a quelque chose de biologique ou psychologique qui fait que les hommes traitent les femmes comme inférieures. Cela conduisit à l’idée que la libération des femmes n’était possible que par leur séparation des hommes&nbsp;; soit la séparation totale des féministes qui parlaient de «&nbsp;<em> style de vie libéré</em>&nbsp;», soit la séparation partielle des comités de femmes ou des réunions non-mixtes.</p>



<p>Beaucoup de celles qui soutenaient cette séparation partielle se donnèrent le nom de féministes socialistes. Mais plus tard, les idées féministes radicales de la séparation&nbsp;totale firent leur apparition au sein des mouvements de femmes. Ces idées, avec le temps, eurent de moins en moins d’écho, pour n’être finalement défendus que par une petite minorité. Ces échecs conduisirent beaucoup de féministes dans une autre direction&nbsp;: le Parti Travailliste. Elles croyaient que mettre des femmes à des postes tels que députés, permanentes syndicales ou conseillère municipale ou régionale, permettrait d’aider toutes les femmes à obtenir l’égalité.</p>



<p>La tradition du socialisme révolutionnaire part d’un point de vue différent. Marx et Engels, dans des écrits remontant à 1848, montrèrent que l’oppression des femmes ne provient pas d’idées dans la tête des hommes mais du développement de la propriété privée et avec elle l’émergence de la société de classes. Selon eux, le combat pour l’émancipation des femmes est inséparable du combat pour la fin de la société de classes c’est à dire le combat pour le socialisme.</p>



<p>Marx et Engels firent en outre remarquer que le développement du capitalisme, basé sur les usines, amena de profonds changements dans la vie des gens et tout particulièrement dans celle des femmes. Elles furent réintroduites dans la production d’où elles avaient été progressivement exclues avec le développement de la société de classes.</p>



<p>Cela leur donnait un potentiel de lutte qu’elles n’avaient jamais eu auparavant. Organisées collectivement, les femmes en tant que travailleuses eurent une plus grande capacité et indépendance pour se battre pour leurs droits. Il y avait un énorme contraste avec leurs positions précédentes où leur rôle principal dans la production les rendait, par la famille, complètement dépendantes de leurs maris ou pères.</p>



<p>De cela Marx et Engels conclurent que les bases matérielles de la famille &#8211; et par la même de l’oppression des femmes &#8211; n’existaient plus. Ce qui empêchait les femmes d’en bénéficier, était que la propriété restait dans les mains d’un petit nombre de personnes. Ce qui fait que les femmes sont toujours opprimées de nos jours, c’est la façon dont est organisé le capitalisme &#8211; en particulier la façon dont le capitalisme utilise la famille pour s’assurer que les travailleurs élèvent une nouvelle génération de travailleurs. Du point de vue de la classe dirigeante il est très avantageux de payer les hommes (et de plus en plus de femmes) pour leur travail, tandis que les femmes continuent, gratuitement, à travailler pour que les hommes soient capables d’aller au travail et que leurs enfants grandissent pour en faire autant.</p>



<p>La société socialiste, par contraste, prendra en charge beaucoup de tâches familiales qui pèsent si lourdement sur les femmes.</p>



<p>Cela ne signifie pas que Marx, Engels et leurs successeurs en arrivèrent à souhaiter «&nbsp;l’abolition de la famille&nbsp;». Les partisans de la famille ont toujours été capables de mobiliser une importante partie des femmes les plus opprimées qui peuvent voir dans «&nbsp;l’abolition de la famille&nbsp;»&nbsp;une possibilité pour leurs maris de leur abandonner la responsabilité des enfants. Les socialistes révolutionnaires ont plutôt toujours essayé de montrer comment, dans une société socialiste, les femmes ne seraient pas contraintes à la vie misérable que leur procure la famille actuelle.</p>



<p>Les féministes ont toujours rejeté ce genre d’analyse. Loin de s’adresser aux femmes là où elles ont le pouvoir de changer la société et d’en finir avec leur oppression &#8211; là où elles sont collectivement fortes, au travail &#8211; elles s’adressent à elles en tant que victimes. Les campagnes des années 1980, par exemple, avaient pour thèmes la prostitution, le viol ou les menaces de l’arme nucléaire sur les femmes et les familles. Ce sont toutes des positions où les femmes sont faibles.</p>



<p>Le féminisme suppose que l’oppression dépasse la division de la société en classes. Cela conduit à des conclusions qui laissent le système intact tout en améliorant la situation de certaines femmes &#8211; une minorité. Les mouvements de libération des femmes furent souvent dominés par des femmes venant de«&nbsp;la nouvelle classe moyenne&nbsp;»&nbsp;&#8211; journalistes, écrivains, professeurs et cadres. Les secrétaires et les ouvrières furent laissées de côté.</p>



<p>C’est seulement lors de périodes de changement radical et de poussées révolutionnaires que la question de la libération des femmes est une réalité, pas juste pour une minorité, mais aussi pour toutes les travailleuses. La révolution bolchevique de 1917 permit une plus grande égalité pour les femmes comme jamais auparavant. Le divorce, l’avortement et la contraception étaient possibles en toute liberté. Les crèches et le ménage devenaient la responsabilité de la société. Il y eut des débuts de restaurants communautaires, laveries et garderies qui donnaient aux femmes beaucoup plus de choix et de contrôle sur leur vie. Bien entendu, le destin de ces avancées ne pouvait pas être séparé de celui de la révolution elle-même. La famine, la guerre civile, la décimation de la classe ouvrière et la défaite de la révolution à l’échelle internationale signifièrent la fin du socialisme en Russie. Les avancées furent renversées.</p>



<p>Mais les premières années de la république des soviets montrèrent ce que la révolution pouvait accomplir même dans les pires conditions. De nos jours, les possibilités d’une émancipation des femmes sont encore meilleures. En Grande-Bretagne, et c’est à peu près la même chose dans les autres pays développés &#8211; plus de deux travailleurs sur cinq sont des femmes. L’émancipation des femmes ne pourra survenir qu’à travers le pouvoir collectif de la classe ouvrière. Cela signifie qu’il faut rejeter l’idée féministe d’organisation séparée des femmes. Seuls les travailleurs, hommes et femmes, agissant ensemble dans un mouvement révolutionnaire pourront détruire la société de classes et avec elle l’oppression des femmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">13 &#8211; Le socialisme et la guerre</h2>



<p>Le vingtième siècle a été le siècle des guerres. Dix millions de personnes ont été tuées durant la première guerre mondiale, 55 millions durant la seconde, 2 millions durant les guerres en Indochine. Et les deux superpuissances, les États-Unis et la Russie, conservent le potentiel nucléaire pour détruire la race humaine un certain nombre de fois.</p>



<p>Expliquer cette horreur devient compliqué pour celui qui prend la société actuelle pour acquise. Il est conduit à penser qu’il y aurait une tendance instinctive et inhérente au genre humain qui le conduirait à prendre plaisir aux massacres de masse. Mais la société humaine n’a pas toujours connu la guerre. Gordon Chile remarqua au sujet de l’âge de pierre en Europe&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les premiers Danubiens semblent avoir été une société pacifique&nbsp;; les armes de guerre au contraire des outils de chasse sont absentes de leurs sépultures. Leurs villages ne possédaient de défenses militaires. [Mais] dans les dernières phases de la période néolithique, les armements devinrent les objets les plus importants&#8230;.</p>
</blockquote>



<p>La guerre ne vient pas d’une quelconque agressivité naturelle chez l’homme. C’est le produit de la division de la société en classes. Quand, entre 5 000 et 10 000 ans avant notre ère, une classe de propriétaires fit pour la première fois son apparition, elle dut trouver les moyens pour protéger ses richesses. Elle commença à construire des forces armées, un État, coupés du reste de la société, qui se révélèrent ensuite un moyen rentable pour augmenter ses richesses en pillant d’autres sociétés.</p>



<p>La division de la société en classes fit que la guerre devint une caractéristique indispensable de la vie humaine.</p>



<p>Les classes dirigeantes esclavagistes de la Grèce et Rome antique ne pouvaient survivre sans de continuelles guerres qui leur procureraient plus d’esclaves. Les seigneurs féodaux du Moyen Age devaient être lourdement armés pour soumettre les serfs et pour protéger leur fortune. Quand les premières classes dirigeantes capitalistes apparurent, il y a 300 ou 400 ans, elles aussi durent avoir recours à la guerre. Elles ont dû se battre férocement, aux XVI<sup>ème</sup>,XVII<sup>ème</sup>,XVIII<sup>ème</sup>,XIV<sup>ème</sup> siècles pour établir leur suprématie sur les restes des vieux dirigeants féodaux. Les pays capitalistes les plus avancés comme l’Angleterre, utilisèrent l’armée pour augmenter leur richesse &#8211; traversant les océans, pillant l’Inde et l’Irlande, transportant des millions de personnes de l’Afrique à l’Amérique pour qu’elles servent comme esclaves, transformant le monde entier en source de pillage pour eux-mêmes.</p>



<p>La société capitaliste se construit elle-même par la guerre. Il n’est pas étonnant que ceux qui y habitent en arrivent à penser que la guerre est à la fois «&nbsp;inévitable&nbsp;» et «&nbsp;juste&nbsp;». Pourtant le capitalisme ne pourrait survivre uniquement par la guerre. La plupart de ses richesses proviennent de l’exploitation des travailleurs à l’usine ou dans les mines. Il ne peut donc se permettre des situations «&nbsp;explosives&nbsp;»&nbsp;là où il exploite.</p>



<p>Chaque classe capitaliste nationale veut la guerre à l’extérieur de ses frontières et l’ordre à l’intérieur. Alors, d’une part, elle encourage les «&nbsp;valeurs militaires&nbsp;»&nbsp;et d’autre part elle s’attaque à la «&nbsp;violence&nbsp;». L’idéologie du capitalisme combine, de façon totalement contradictoire, l’exaltation du militarisme et les phrases pacifistes.</p>



<p>Au XX<sup>ème</sup> siècle, les préparations aux guerres ont pris une place centrale dans le système comme jamais avant. Au XIV<sup>ème</sup> siècle, la production capitaliste se faisait autour de petites industries en compétition les unes avec les autres. L’État était une entité relativement petite qui réglait les conflits entre elles et avec leurs travailleurs. Maintenant, les grosses firmes ont englouti la plupart des petites, éliminant, par là même une importante partie de la compétition à l’intérieur d’un même pays. Cette compétition se retrouve de plus en plus au niveau international, entre firmes géantes de différentes nations.</p>



<p>Il n’y a pas d’État capitaliste international pour régler cette compétition. À la place, chaque État national exerce toute la pression nécessaire pour aider ses capitalistes à avoir un avantage sur leurs rivaux étrangers. Le combat sans merci que se livraient différents capitalistes est devenu un combat sans merci entre différents États, chacun avec leur impressionnant arsenal de destruction.</p>



<p>Par deux fois, ce combat a conduit à une guerre mondiale. La première et la seconde guerre mondiale furent des guerres impérialistes, des conflits entre États capitalistes pour la domination du monde. La guerre froide était la continuation de ces conflits, avec les États capitalistes les plus puissants s’alignant les uns contre les autres derrière l’OTAN et le Pacte de Varsovie.</p>



<p>En plus de ces conflits mondiaux, il y eut beaucoup de guerres ouvertes dans différentes parties du monde. En général, elles furent le théâtre de l’affrontement entre différents États capitalistes pour le contrôle d’une région particulière, telles que la guerre Iran-Irak dans les années 80, et la Guerre du Golfe en 1991. Chaque puissance alimentait le feu de la guerre en vendant son armement le plus sophistiqué aux États du Tiers-Monde.</p>



<p>Beaucoup de ceux qui acceptent le reste du système capitaliste n’aiment pas cette dure réalité. Ils veulent le capitalisme sans la guerre. Ils cherchent alors une alternative au sein du système. Par exemple, il y a ceux qui croient que les Nations Unies peut empêcher les guerres.</p>



<p>Mais l’ONU n’est rien de plus qu’une arène où les différents États qui incarnent la tendance à la guerre se retrouvent. Là, ils comparent leurs forces entre eux, comme des boxeurs avant un combat. Si un État ou une alliance en surclasse de loin une autre, alors les deux parties verront l’inutilité d’une guerre dont le résultat est connu à l’avance. Mais s’il y a le moindre doute sur l’issue du combat, le seul moyen de vérifier est d’aller jusqu’au bout.</p>



<p>C’était vrai pour les deux principales alliances, l’OTAN et le Pacte de Varsovie. Même si l’Ouest avait un avantage militaire sur le bloc de l’Est, l’écart n’était si grand pour les Russes pour croire à une défaite assurée. Malgré le fait qu’une Troisième guerre mondiale aurait détruit l’humanité, Moscou et Washington dressèrent des plans pour faire et gagner une guerre nucléaire.</p>



<p>La guerre froide prit fin avec l’URSS en 1991. On a alors beaucoup parlé d’un«&nbsp;nouvel ordre mondial&nbsp;» et d’une «&nbsp;ère de paix&nbsp;».</p>



<p>Cependant, nous avons assisté à une succession de guerres terribles &#8211; la guerre de l’Ouest contre son ancien allié l’Irak, la guerre entre Azerbaïdjan et l’Arménie, les horribles guerres civiles en Somalie et en ex-Yougoslavie.</p>



<p>Dès qu’une rivalité entre puissances capitalistes est résolue, une autre prend sa place. Partout les classes dominantes savent que la guerre est un moyen pour accroître leur influence, en aveuglant les travailleurs et les paysans avec le nationalisme.</p>



<p>On peut critiquer et craindre les guerres sans s’opposer au capitalisme. Mais on ne peut y mettre fin. La guerre est un produit inévitable de la division de la société en classes. La menace d’une guerre ne s’évanouira pas en suppliant les dirigeants existants de faire la paix. Les armes ne pourront leur être arrachées des mains que par un mouvement qui lutte pour renverser la société de classes une fois pour toutes.</p>



<p>Les mouvements pour la paix qui apparurent en Europe et en Amérique du Nord à la fin des années 70 ne comprenaient pas ça. Ils militaient contre l’introduction de missiles de croisières et de Pershing, pour un désarmement unilatéral, pour un désarmement nucléaire. Mais ils croyaient que le combat pour la paix pouvait réussir isolé du combat entre le capital et le travail.</p>



<p>Ils ne réussirent pas à mobiliser la seule force qui pouvait enrayer la course à la guerre, la classe ouvrière. Seule une révolution socialiste peut arrêter l’horreur de la guerre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">14 &#8211; Pour aller plus loin</h2>



<p>Cette brochure est une introduction aux bases du marxisme. Espérons-le, la plupart des lecteurs voudront en apprendre un peu plus. L’une des caractéristiques clé du marxisme est que les gens apprennent au travers de la lutte. Quand les travailleurs se battent ils apprennent à une étonnante rapidité. Cependant de telles luttes spontanées ne les conduisent pas nécessairement à expliquer le monde. La lecture, les discussions et débats font partie intégrante des batailles que l’on engage.</p>



<p>La liste de titres qui suit est fournie à titre de suggestions. Vous préfèrerez peut-être approfondir un domaine particulier abordé dans cette brochure ou faire un peu le tour de la question. De toute manière, si vous avez commencé à savoir comment fonctionne le marxisme, vous ne voudrez plus arrêter.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm"><em>Le Manifeste du parti communiste</em></a>, Karl Marx et Frédéric Engels. Ecrit en 1848 c’est l’introduction classique à Marx et Engels et à leurs analyses sur le fonctionnement du capitalisme, pourquoi est-il plus dynamique que les autres sociétés de classes, pourquoi est-il sujet à des crises de plus en plus profondes et comment il crée son propre fossoyeur, la classe ouvrière.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/80-utopi/index.htm"><em>Socialisme utopique et socialisme scientifique</em></a>, Frédéric Engels. Le guide de base d’Engels au socialisme fut même plus populaire que Le Manifeste quand il fut publié. Il fournit une analyse historique de l’émergence du capitalisme de l’Europe médiévale et un guide politique, économique et philosophique pour les travailleurs qui se battent pour un monde nouveau.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1898/index.html"><em>Réforme sociale ou révolution&nbsp;?</em></a>, Rosa Luxembourg. Ce fut le premier écrit d’importance mettant en lumière le réformisme comme un mouvement politique distinct et analysant la possibilité de la victoire du socialisme &#8211; par le parlement ou la révolution.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230.htm"><em>Travail salarié et capital</em></a> et <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm"><em>Salaire, prix et profit</em></a>, Karl Marx. Ce sont deux courtes introductions à la théorie économique de Marx. Le premier, en particulier, est accessible au débutant dans ce domaine. Il est conseillé de commencer par ces deux brochures avant de s’attaquer au <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm"><em>Capital</em></a>, plus développé.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<em>Dix jours qui ébranlèrent le monde</em>, John Reed. Témoignage vivant de la révolution d’Octobre, en Russie.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm"><em>Les leçons d’Octobre</em></a>, Léon Trotsky. Ecrite en réponse à l’échec de la révolution allemande en 1923, c’est la première analyse sérieuse des évènements qui conduisirent à la révolution d’Octobre en 1917. Cette brochure procure une vision unique de ces évènements par une personne qui organisa l’insurrection.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrrsomm.htm">L’histoire de la révolution russe</a></em> Léon Trotsky. Un des plus grands apports historiques du siècle sur la révolution russe. Ecrite par un de ceux qui organisèrent l’insurrection et qui dirigea l’armée rouge durant la guerre civile.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<em>Hommage à la Catalogne</em>, George Orwell. Le meilleur livre d’Orwell et bien meilleur que les plus connus et profondément pessimistes <em>La ferme des animaux</em> et <em>1984</em>, il y décrit un portrait vivant de ce que cela veut dire pour les travailleurs de ’tenir les rênes’ de la Révolution espagnole en 1936.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm"><em>L’impérialisme, stade suprême du capitalisme</em></a>, V.I. Lénine. Écrite en réponse à la première guerre mondiale et à la capitulation des sociaux-démocrates allemands, Lénine place l’impérialisme dans le contexte du développement du capitalisme et de ses besoins. Même si certains détails de l’analyse sont dépassés et incorrects, cette brochure reste un indispensable point de départ pour comprendre l’impérialisme au 20ième siècle et la guerre.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm"><em>La révolution socialiste et le droit aux nations à disposer d’elles-mêmes</em></a>, V.I. Lénine. Ici Lénine pose les bases des principes marxistes sur la libération nationale.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp.html"><em>La révolution permanente</em></a>, Léon Trotsky. L’une des contributions majeure de Trotsky à la théorie marxiste. Il remarqua que la bourgeoisie naissante était trop faible et avait trop peur de la classe ouvrière pour se débarrasser de la classe dirigeante féodale dans les pays arriérés. La révolution aurait lieu par l’insurrection de la classe ouvrière. Mais si celle-ci faisait la révolution, elle ne donnerait pas le pouvoir à la faible bourgeoisie&nbsp;; elle établirait un État ouvrier.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000.htm"><em>L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État</em></a>, Frédéric Engels. Le classique d’Engels sur l’oppression de la famille pour les besoins du capitalisme. Ce fut un livre qui tranchait nettement avec son époque. Même si certaines prédictions d’Engels se sont avérées incorrectes, son livre reste indispensable.</p>
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		<title>Comment Minneapolis, solidaire et antiraciste, a résisté à ICE ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/comment-minneapolis-solidaire-et-antiraciste-a-resiste-a-ice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 19:51:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
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		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À Minneapolis, la résistance des habitant&#8216;es face aux exactions du service d’immigration et des douanes (ICE &#38; CBP) contre sa population depuis décembre 2025 a été exemplaire. Les Minneapolitain&#8216;es ont mis en place une organisation <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/comment-minneapolis-solidaire-et-antiraciste-a-resiste-a-ice/" title="Comment Minneapolis, solidaire et antiraciste, a résisté à ICE ? ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>À Minneapolis, la résistance des habitant</em>&lsquo;<em>es face aux exactions du service d’immigration et des douanes (ICE &amp; CBP) contre sa population depuis décembre 2025 a été exemplaire. Les Minneapolitain</em>&lsquo;<em>es ont mis en place une organisation entre habitant&rsquo;es qui a contraint Donald Trump à mettre un terme à l’opération anti-immigration « Metro Surge » le 12 février. Nous vous retranscrivons ici l’échange que nous avons eu avec Leo, un étudiant militant et révolutionnaire de Minneapolis qui nous raconte la résistance de ces derniers mois.</em></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><strong>Question : Trump a annoncé le retrait d’ICE de Minneapolis. Est-ce vrai ? Ils partent en ayant fait 2 mort&rsquo;es et des milliers d’enlèvements, mais ils ont fait face à une résistance sans précédent. Est-ce une victoire pour notre camp ?&nbsp;</strong><br><strong>Réponse :</strong> ICE n’est pas encore totalement parti. Ils sont passés de 4000 agent&rsquo;es lors de l’opération « Metro Surge » à quelques centaines aujourd’hui. Ils ont changé leurs tactiques et sont désormais plus discrets. Il y a encore des enlèvements, mais moins qu’avant. La ville est survolée par des hélicoptères et des drones, on se sent toujours sous occupation.&nbsp;<br>Mais, oui, c’est une première victoire. Greg Bovino, le commandant qui s’habillait comme un Nazi, a été retiré de la ville, et l’opération « Metro surge » a officiellement été arrêtée. Nous voulons plus, nous voulons l’abolition de ICE et de DHS (NdT : Department of Homeland Security, équivalent du ministère de l’intérieur dont dépend ICE), mais il faut célébrer cette victoire partielle qui a été obtenue par la résistance.</p>



<p><strong>Q : Tu nous dis que ICE n’est pas totalement parti, mais qu’en est-il de la résistance ? Est-elle toujours aussi bien organisée ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> C’est moins intense qu’avant, il y a moins de confrontations directes avec les agents d’ICE. Mais la résistance est toujours organisée. Les aspects de défense collective existent toujours, la solidarité financière aussi, et un mouvement pour un moratoire sur les loyers est en train de naître. Les gens continuent de vouloir s’organiser de nouvelles manières. Un militant socialiste et syndicaliste qui a vécu le mouvement antiraciste de 2020 (NdT : George Floyd, dont la mort a déclenché Black Lives Matter, a été tué par la police de Minneapolis) m’a dit qu’en comparaison, plus de personnes et de collectifs s’organisent dans la durée cette fois-ci, alors que la vague était retombée assez vite en 2020. Nous avons les dates du 28 mars (NdT : No Kings Day, journée de manifestations nationales contre Trump) et le 1er mai en ligne de mire, donc des choses concrètes à faire pour les prochaines semaines.</p>



<p><strong>Q : Quelle était selon toi la différence entre Minneapolis et des villes comme Los Angeles, New York et Chicago où la résistance à ICE était là mais pas assez forte pour créer une crise politique face à Trump ? </strong><br><strong>R :</strong> Je n’ai pas de réponse complète. Je n’étais pas à LA, NY et Chicago. Mais les raids de ICE là-bas étaient peut-être des tests grandeur nature, moins longs et moins intenses. Ici, le niveau de violence et l’intensité ont fait qu’on n’avait pas le choix. On a senti qu’organiser une résistance était une question de vie ou de mort. Et bien sûr, on ne partait pas de zéro. Il y a des traditions à Minneapolis, Black Lives Matter qui est parti de là en 2020, il y a un mouvement syndical réel sur le terrain. </p>



<p><strong>Q : Concrètement, qui s’est battu contre ICE à Minneapolis ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Beaucoup d’organisations antiracistes, antifascistes, syndicales, etc, ont joué un rôle dans la résistance, qui était très décentralisée au tout début. Parmi les syndicats je me souviens de SEIU (NdT : syndicat des travailleur.e.s de l’entretien des bâtiments), du syndicat des transports et de l’éducation. Beaucoup ont commencé à se préparer dès l’élection de Trump. Par exemple, une association (parmi d’autres) a annoncé en janvier qu’elle avait formé près de 40 000 personnes au rôle « d’observateur&rsquo;ice légal&rsquo;e » des actions de ICE. Ce sont les gens qui filment, qui utilisent leur sifflet, qui alertent le quartier qu’un raid est en cours. Ça donne une idée du nombre de personnes qui ont cherché à s’organiser pour résister.</p>



<p><strong>Q : Quel rôle ont joué les espaces partagés comme les écoles, les lieux de culte, les quartiers, etc, dans l’organisation de la résistance ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Les lieux de culte et les écoles ont joué des rôles fondateurs de la résistance. Auparavant, c’étaient des lieux « sanctuaires », mais Trump a changé ça. Je ne dis pas que kidnapper des gens dans la rue est acceptable, mais quand ICE entre dans les églises pour arrêter votre voisin&rsquo;e, quand des élèves sont cueilli&rsquo;es à la sortie des écoles, c’est particulièrement choquant, ça ne passe pas. Quand tu vois le pupitre vide d’un&rsquo;e élève qui s’est fait kidnapper, que la personne que tu voyais à l’église tous les dimanches n’est plus là&#8230; Tout le monde dans ces lieux se sent concerné. C’est plus puissant que de voir une vidéo sur TikTok, Instagram ou à la télé. Alors beaucoup de choses sont parties des écoles et des églises, comme les réseaux d’entraide ou les groupes de voisin&rsquo;es.&nbsp;<br>Des groupes de voisin&rsquo;es se sont aussi formés au niveau des rues ou des quartiers, pour organiser des patrouilles et donner l’alerte quand ICE débarquait au petit matin. C’est comme ça que des rassemblements de quelques dizaines ou quelques centaines de personnes se formaient très rapidement pour résister aux raids. Même les scouts ont participé à la résistance, simplement parce que des enfants qui faisaient partie des scouts ont été enlevés par ICE.&nbsp;</p>



<p><strong>Q : Tu as beaucoup parlé des voisin&rsquo;es qui aident à organiser la résistance. Et les voisin&rsquo;es racistes dans tout ça ? Qui a aidé ICE à Minneapolis ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> C’est principalement la police de Minneapolis qui a aidé ICE. Malgré les déclarations du maire démocrate de la ville (NdT : dont la police dépend) qui demandait publiquement à ICE de partir, la police a aidé ICE, a repoussé les manifestant&rsquo;es, etc. Ça a été un choc, peut-être pas pour les militant&rsquo;es, mais pour une bonne partie de la population. Concernant les voisin&rsquo;es : sans doute, comme souvent, des racistes ont dû appeler ICE pour dénoncer des voisin&rsquo;es. Mais je ne sais pas si c’était un phénomène massif. Minneapolis est une ville marquée à gauche. Mon expérience personnelle, j’ai fait beaucoup de porte à porte et pas une fois je ne suis tombé sur quelqu’un qui soutenait ICE ouvertement. Donc en tout cas, les racistes ne se sont pas exprimé&rsquo;es publiquement. Après, dans les comtés plus ruraux du Minnesota, c’est peut-être plus nuancé, je ne sais pas.&nbsp;</p>



<p><strong>Q : Des organisations fascistes comme les Proud Boys ont essayé de venir à Minneapolis pour soutenir ICE, non ? Comment ça s’est passé ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Je vois de quoi vous parlez, ça n’était pas officiellement les Proud Boys, mais un des organisateurs du 6 janvier (NdT : l’émeute du Capitole suite à la défaite électorale de Trump face à Biden en 2021), Jake Lang. Il est venu à Minneapolis avec quelques soutiens pour organiser un rassemblement pro-ICE et anti-Islam visant spécialement la communauté somalienne de Minneapolis. Finalement lui et ses soutiens n’étaient qu’une grosse dizaine, ils ont été complètement cernés par des centaines de manifestant&rsquo;es antifascistes, il s’est fait frapper, on lui a jeté des ballons à eau. Se retrouver trempé d’eau par -20°C, c’est difficile. Bref, il a passé un mauvais moment.&nbsp;<br>C’était très positif car ça en a dissuadé d’autres. Il y avait beaucoup de débats au sein du mouvement de résistance, des gens voulaient plutôt faire profil bas, au prétexte de ne pas leur faire de pub, ou de ne pas mettre les personnes racisé&rsquo;es en danger. Mais la majorité dans les AG a décidé de les affronter et de montrer qu’on n’allait pas accepter de manifestation fasciste à Minneapolis, et ça s’est finalement très bien passé pour nous. Son visage était moitié ensanglanté moitié gelé (les ballons à eau !), il est monté dans la voiture d’une femme trans et d’une femme mexicaine pour essayer de s’enfuir, elles l’ont jeté dehors quand elles ont compris qui il était&#8230; Beaucoup de gens sont arrivés sur place une fois qu’il était déjà parti, iels ont ensuite formé des groupes pour patrouiller dans la ville et essayer de le retrouver ainsi que ses copains. Bref, c’était vraiment important de montrer qu’on n’avait aucune tolérance pour les fascistes à Minneapolis et super de voir autant de personnes s’organiser pour les rejeter.</p>



<p><strong>Q : Que peux-tu nous dire de la journée du 23 janvier ? Appeler ça une grève générale peut sembler exagéré, mais les manifestations étaient immenses et il y a eu quelques grèves.&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Oui, le 23 janvier était immense. Plus de 50000 personnes ont manifesté par une température de -34°C. Je ne sais pas si vous êtes déjà sortis dans un froid pareil, mais même mes cils étaient gelés.&nbsp;<br>Près de 700 petits commerces étaient fermés, soit en solidarité soit parce que les salarié&rsquo;es étaient en grève. Les syndicats que j’avais mentionnés ci-dessus ont appelé à la grève, ainsi que des partis politiques comme la section locale des Democratic Socialists of America.&nbsp;<br>Je suis étudiant donc pas membre d’un syndicat, mais j’ai participé à beaucoup de réunions et d’assemblées d’organisation pour le 23 janvier. De nombreux&rsquo;ses militant&rsquo;es syndicaux&rsquo;les de terrain ont fait énormément de travail pour convaincre leurs collègues de faire grève. De ce que j’ai entendu, les directions n’ont pas vraiment aidé, elles semblent très bureaucratiques et un peu loin du terrain. Donc il y a eu un gros travail, beaucoup d’arguments, et ça a pris même dans des entreprises sans syndicats comme Starbucks ou Target (NdT : une chaîne de magasins), des gens ont fini par faire grève le 23 janvier. La pression du mouvement était telle que des patrons ont fini par garantir à leurs salarié&rsquo;es qu’iels ne se feraient pas réprimer pour la grève, alors qu’au début le discours était plutôt : si tu ne veux pas venir le 23 janvier alors pose un jour de congé.<br>C’est donc la solidarité qui a permis à beaucoup de gens de faire grève sans crainte de représailles, car le nombre était de notre côté.</p>



<p><strong>Q : Comment vois-tu la suite ? On sait que « No Kings Day » est prévu pour le 28 mars, tu as aussi parlé du 1er mai un peu plus haut.&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> On pense que le 28 mars va être énorme. Déjà le précédent No Kings Day en octobre 2025 était très gros à Minneapolis. Mais ce qui est intéressant, c’est que tout le monde, les ami&rsquo;es, les gens dans le mouvement, tout le monde parle de grève maintenant. Que nous devons utiliser ce pouvoir que nous avons, de faire une grève reconductible qui puisse rassembler autour de revendications claires. Que ce soit le 28 mars, le 1er mai, je ne sais pas précisément, mais j’ai l’impression que tout le monde en parle, que ça doit être la prochaine étape. Car le gouvernement et les grandes entreprises ne comprennent que la langue de la force et de l’argent.<br>Encore une fois, je ne suis pas dans un syndicat et je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour en parler, mais on est nombreux à penser qu’on ne peut pas se contenter de venir manifester avec quelques pancartes le 28 mars ou le 1er mai puis rentrer chez nous. Il faut une lutte qui dure.&nbsp;<br>Ce n’est pas pour diminuer la portée ou l’importance de la résistance actuelle et de la solidarité. Sans ça, plus de personnes seraient en détention ou déportées, plus de personnes seraient à la rue, plus de personnes seraient mortes. Mais maintenant qu’on a fait cette expérience, on sent que ça n’était qu’un début, un pansement sur une grosse plaie, et qu’il faut aller plus loin. C’est comme ça que toute la conversation et les arguments sur la grève sont venus dans le mouvement.&nbsp;</p>



<p><strong>Q : On dirait donc que ce qui s’est passé à Minneapolis peut être un marchepied pour quelque chose de plus grand ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Oui, oui, sûrement, même si on ne peut pas encore prédire quelle forme exacte ça peut prendre. Je fais partie d’un groupe socialiste de débats et discussions, et une nouvelle personne nous a rejoint récemment. Il est syndicaliste et tourneur-fraiseur, a toujours voté démocrate, et nous a raconté qu’il a toujours cru que s’il travaillait assez dur, il aurait une vie plus facile. Mais son loyer augmente, son assurance médicale augmente, il a mal partout et ne peut pas prendre de pause. Il nous a dit que tout ça montait en lui, mais voir sa ville occupée par ICE, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, que c’était comme une claque qui lui a fait prendre conscience que le capitalisme allait nous mener à la catastrophe. C’est une anecdote, bien sûr, mais il y a des milliers et des milliers de personnes qui se radicalisent, qui ont senti leur pouvoir à Minneapolis et ailleurs.</p>



<p>Propos recueillis par&nbsp;Emil (Paris 20e), Anne-Julia (Rennes) et Jad (Paris 18e)</p>
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		<title>Lutte des sans-papiers à Saint-Brieuc : déjouer la peur, choisir la résistance collective</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/lutte-des-sans-papiers-a-saint-brieuc-dejouer-la-peur-choisir-la-resistance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Jul 2026 10:30:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Permis de tuer, règlement retour, loi darmanin… En pleine crise du néolibéralisme nos classes dirigeantes surenchérissent de racisme pour toujours plus exploiter, diviser et écraser notre classe. Alors que celles et ceux qui subissent frontalement <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/lutte-des-sans-papiers-a-saint-brieuc-dejouer-la-peur-choisir-la-resistance/" title="Lutte des sans-papiers à Saint-Brieuc : déjouer la peur, choisir la résistance collective">[...]</a></div>
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<p><em>Permis de tuer, règlement retour, loi darmanin… En pleine crise du néolibéralisme nos classes dirigeantes surenchérissent de racisme pour toujours plus exploiter, diviser et écraser notre classe. Alors que celles et ceux qui subissent frontalement ces politiques &#8211; les immigré·es, les musulman·es, plus largement les racisé·es &#8211; sont traqué·es, enfermé·es, tué·es, c&rsquo;est parfois depuis la gauche qu&rsquo;on donne le coup de grâce : en leur déniant leur pouvoir de résister. Mais quand en réponse aux attaques racistes, ces bien-pensants disent aux migrants : « Restez chez vous ! », il en est qui décident de ne pas les écouter. À Saint-Brieuc le collectif en lutte avec les sans-papiers déjoue collectivement la peur et s&rsquo;organise pour le droit au logement pour toustes. Entretien.</em></p>



<p><strong>Est-ce que tu peux te présenter et nous raconter rapidement dans quel cadre militant tu interviens ?</strong><br>Je m&rsquo;appelle Lucie et je suis membre du collectif en lutte avec les personnes sans-papiers de Saint-Brieuc. Ce collectif&nbsp; existe depuis novembre 2025, et s&rsquo;est constitué suite à une première mobilisation durant l’été 2025.&nbsp;<br>Jusqu’alors, il y avait des espaces où des associations fournissaient un travail de plaidoyer auprès des institutions. Mais il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;espace de lutte qui permette aux camarades sans-papiers de pouvoir se mobiliser pour défendre leurs droits.</p>



<p><strong>Est-ce que tu peux parler de la campagne que vous avez menée ces dernières semaines ?&nbsp;</strong><br>La campagne logement arrive au printemps 2026. Au départ, on a dénoncé les conséquences de l&rsquo;assignation des personnes sans-papiers dans les hôtels sur les enfants. On voulait interpeller le conseil départemental chargé de la protection de l&rsquo;enfance car la loi de protection de l&rsquo;enfance de 2022 interdit le placement des mineurs isolés à l&rsquo;hôtel, alors que les lois anti-immigration assignent les enfants de sans-papier à l&rsquo;hôtel pour des durées longues. L&rsquo;idée, c&rsquo;était de dire que les risques auxquels sont exposés les mineurs non-accompagnés et les enfants de sans-papier sont les mêmes et donc de dénoncer la différence de traitement.</p>



<p>Ça s&rsquo;est accéléré lorsqu’un camarade s&rsquo;est retrouvé mis à la rue avec ses cinq enfants et sa femme. Ça a enclenché la première vague d’occupation : celle de la mairie de la commune proche de Saint-Brieuc où ils vivaient depuis 3 ans et où les enfants étaient scolarisés. On a obtenu 2 nuits d’hôtel, on a donc réoccupé le lendemain et obtenu 3 semaines, puis 10 jours de plus… Et puis plus rien !&nbsp; On a alors décidé de rester dormir dans la mairie, le 10 juin. On avait des AG chaque jour, ça permettait de s&rsquo;organiser politiquement, d’organiser des réunions publiques, avec appel à la presse…</p>



<p>En parallèle, le 11 juin, on a appris que 7 familles de Saint-Brieuc allaient être mises à la rue. On a alors occupé le musée d&rsquo;art et d&rsquo;histoire de Saint-Brieuc, et non pas directement la mairie , parce qu&rsquo;on voulait installer l’occupation, pouvoir y dormir.&nbsp;</p>



<p>La mairie nous a transféré&rsquo;es&nbsp; dans une salle associative&nbsp; en mettant en place une pseudo solution de logement d’urgence (un CHRS).&nbsp; Cela ne correspondait en rien à nos revendications car les familles n’avaient pas encore été mises à la rue !&nbsp; Il s’agissait d’un simple affichage de la part de la mairie. On a donc&nbsp; déjoué le piège en disant :&nbsp; nous nous battons pour des logements dignes et pérennes pour tous et toutes, et nous nous battons contre la menace de la rue qui vise des familles. On voulait aussi revendiquer cette occupation comme un espace d’organisation politique, pour construire un rapport de force. On a occupé une semaine.&nbsp;</p>



<p>Le maire de Saint-Brieuc a alors tenté de casser notre l&rsquo;unité, puisqu&rsquo;on est un collectif mixte où il y a des solidaires et des sans-papiers, en proposant une rencontre&nbsp; avec les seules familles, pas au nom du collectif. Ce qui a déclenché une colère notamment des camarades sans papiers du collectif.&nbsp;</p>



<p><strong>Tu as fait face à des arguments qui amenaient à dépolitiser la lutte que mènent les sans-papiers. Ces arguments venaient à la fois de la droite &#8211; sans surprise &#8211; mais aussi de camarades de luttes. Peux-tu nous raconter ça ?</strong><br>Quand on a constitué le collectif, il y avait une majorité de personnes sans papiers, mais il y a des militants solidaires qui ont des trajectoires différentes, et parmi elleux,&nbsp; ce que j&rsquo;appelle des projections de vulnérabilité. En gros, ça consiste à dire qu’on est pas égaux, parce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas les mêmes positions face à la police, et donc, à&nbsp; disqualifier des modalités d&rsquo;action jugées trop dangereuses :&nbsp; l&rsquo;occupation, les manifestations, etc. Ça conduit la perspective d&rsquo;action à l’échec,&nbsp; plutôt que d&rsquo;essayer de se concentrer sur les conditions de solidarité qui permettent de&nbsp; garantir la participation de tous et de toutes. On a bataillé sur la&nbsp; ligne&nbsp; « Non mais en fait, il faut y aller, et ce n&rsquo;est pas dans les manifestations ou les sans-papiers sont unis, qu’ils sont le plus exposés à la police, bien au contraire ». Mais&nbsp; elle est dure à tenir.&nbsp;</p>



<p>Cette situation va se produire à deux reprises. La première fois, quand on occupe le musée d’art et d&rsquo;histoire de Saint-Brieuc. La ville est de droite et on sent que ça se tend pendant l&rsquo;après-midi. A ce moment, des militants vont commencer à souffler aux personnes sans-papiers que ça serait bien qu&rsquo;elles s&rsquo;en aillent. On va être très peu à dire non. Ça fait des mois qu&rsquo;on déjoue la peur et qu&rsquo;on se rend compte qu’on a le droit de manifester, de prendre la parole, et qu&rsquo;on ne finit pas en prison pour cela. Il faut qu&rsquo;on continue à construire ensemble les conditions de participation à toutes les étapes de la lutte de tout le monde.&nbsp;</p>



<p>Ça a fonctionné la première fois. Mais la deuxième fois, ça a été un échec. Plutôt que d&rsquo;attendre d&rsquo;être expulsé de l&rsquo;occupation de la salle associative, c&rsquo;est la voix des camarades avec les projections de vulnérabilité qui a gagné.&nbsp; Ils ont réussi à convaincre le collectif qu&rsquo;il fallait évacuer par nous-mêmes. Ce qui nous a un peu mis dans la merde pour la suite:&nbsp; on n&rsquo;a pas obligé le maire de Saint-Brieuc à assumer l’expulsion d’un collectif mobilisé autour des familles.&nbsp;</p>



<p>Cette dépolitisation qui intervient dans nos rangs entre en écho celle de la mairie de droite. Elle a produit une communication affreuse, pour dire que le collectif était partisan et politique et que des militants y instrumentalisaient la misère des personnes sans-papiers,&nbsp; en invitant comme je l’ai dut&nbsp; les familles à une rencontre sans le collectif.&nbsp;</p>



<p>Les camarades sans-papiers ont alors décidé d&rsquo;écrire au maire leur refus d&rsquo;être reçus sans le collectif en disant:&nbsp; « nous sommes des militants politiques, nous sommes là ensemble parce que nous sommes le collectif, donc nous voulons être reçus au nom du collectif ».&nbsp;</p>



<p>Bref, la dépolitisation des camarades sans papiers revient en permanence&nbsp; de tous les côtés, et&nbsp; on doit batailler en permanence.</p>



<p>Ce qu’on a gagné c&rsquo;est qu&rsquo;on essaye de s&rsquo;adresser les uns aux autres en tant que militants, ce qui implique de ne pas avoir peur de la conflictualité entre nous, aussi avec les camarades sans-papiers. Or, ce qu’on sent c’est que la projection de vulnérabilité prendre racine dans la théorie des privilèges, et a&nbsp; pour conséquence de sacraliser la parole des personnes sans-papiers. Mais le fait de sacraliser leur parole annule la possibilité du conflit, donc la possibilité d&rsquo;avoir un débat politique avec eux.</p>



<p><strong>En réalité vous avez fait face à un choix extrêmement politique : mener une lutte sur le plan strictement humanitaire ou mener une lutte politique, ce qui implique forcement des débats dans le collectif et donc aussi avec les camarades sans-papiers. Qu’est ce que ca signifie en pratique ?</strong><br>Ce sont des arguments très minoritaires et difficiles à tenir dans le collectif. Mais ça va finir, petit à petit, par être approprié par les camarades sans-papiers.&nbsp;</p>



<p>On a déjoué la peur, face à toutes les pressions de découragement que les sans-papiers reçoivent de la part de la droite, des humanitaires, et même dans nos rangs. Un élément central a été d&rsquo;avoir des AG régulières et de pouvoir en parler, en s’appuyant sur des exemples de luttes comme celle des mineurs de Belleville à Paris.&nbsp;</p>



<p>L’autre chose qui a permis de donner la confiance, c’est de se donner les moyens de s’exprimer, notamment au travers d’ateliers de prise de parole, à chaque manifestation. Ça a vraiment participé à la politisation de chacun, chacune. D’apprendre à se dire qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on veut, pourquoi on est ensemble. Pourquoi on est en colère contre le racisme ? C&rsquo;est quoi l&rsquo;implication dans nos vies ? Et derrière, c&rsquo;est quoi nos revendications ? Ce travail de construction, puis d&rsquo;incarnation d&rsquo;un discours a aussi bougé les lignes très fortement, parce que ces prises de parole se passaient en public, face à l&rsquo;intersyndicale et à la Coordination Solidarité Migrant. Elles ont vu tout à coup des personnes qu&rsquo;elles ne reconnaissaient pas tout à fait comme des sujets politiques, se dresser publiquement comme tels. Ça a été vraiment déterminant. Un camarade a pu le résumer en AG : “En fait, il faut que tout le monde apprenne à parler ici. »</p>



<p><strong>Ton collectif s’est relié au réseau de la Marche des Solidarités. Est-ce que ça a aidé à construire la confiance et à faire de la politique dans le collectif ?&nbsp;Comment avez-vous articulé ce rattachement à une campagne nationale avec une construction des luttes locales ? </strong><br>Le Front commun antifasciste était en lien avec la Marche des Solidarités. Depuis, avec le collectif on a construit le 18 décembre, puis le 21 mars, et pendant la campagne action logement, on s’est saisi&rsquo;es du 21 juin.</p>



<p>Ça nous a donné des occasions de pouvoir sortir, nous montrer, nous imposer dans le paysage local, en articulant&nbsp; avec la construction d’un rapport de force à l’échelle nationale. Ca nous a permis de faire exister la lutte des sans-papiers dans une perspective antiraciste, ce qu’on n’avait pas encore réussi à atteindre au niveau simplement local. Ça a été des occasions de prendre la rue et la parole, en permettant la construction politique du collectif.&nbsp;</p>



<p>Et le fait de se dire qu&rsquo;on est tout un pays, donne la confiance de lutter face à notre mairie de droite. Ça permet d’imposer un rapport de force : sachez que si jamais vous nous touchez, ça soulèvera de la colère et de la solidarité partout dans le réseau. Et ça, alors que les camarades étaient au début très flippés à l&rsquo;idée de manifester parce qu&rsquo;ils avaient des OQTF, etc&#8230; ça a aidé.&nbsp;</p>



<p>Ca permet aussi de voir qu&rsquo;ailleurs, il y avait des victoires des militants sans-papiers qui étaient engagés dans la lutte depuis très longtemps. Et inversement, de se rendre compte, quand on est allé&rsquo;es aux rencontres nationales de la Marche des Solidarités en juin à Paris, que notre collectif était connu. Pouvoir participer à introduire des ateliers en tant que collectif, ça a vraiment renforcé vraiment la confiance.&nbsp;</p>



<p>Tous ces liens sont précieux à condition qu’ils soient articulés avec une recherche d&rsquo;intervention localisée. S’il s’agit juste de&nbsp; répondre aux appels nationaux où on fait la manif et puis on s&rsquo;en va, il manque un truc.</p>



<p>Et en fait, ce qu’on a fait dans le même temps, c&rsquo;était de se dire, OK, on est en train de chercher pourquoi on est ensemble et ce qu&rsquo;on peut faire ensemble dans une perspective d&rsquo;action directe. Et petit à petit, en faisant les tournées dans les hôtels, on a commencé à comprendre qu&rsquo;on allait pouvoir imposer nos revendications.. L’enjeu a été de comprendre quels étaient les nœuds particuliers à Saint-Brieuc dans les parcours que vivent les personnes sans papiers, chercher les brèches pour se dire qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on peut faire comme action. Vraiment un travail de recherche qui amène à de la créativité.&nbsp;</p>



<p>Par exemple, on s&rsquo;est rendu compte, autour de la campagne d&rsquo;action logement, qu&rsquo;il y avait 16 enfants menacés de rue. On a alerté les écoles, les associations de parents d&rsquo;élèves, et on a pu voir que le Réseau Éducation Sans Frontières s&rsquo;était complètement cassé la gueule et avait disparu. Et qu&rsquo;il y avait un enjeu à recréer un réseau de vigilance autour des enfants de sans-papiers pour avoir des réflexes militants autour des groupes scolaires quand il y avait des enfants menacés. C&rsquo;est en cours, on va démarrer l&rsquo;année avec une AG Enfance et Éducation à l&rsquo;initiative des sans-papiers. En parallèle, le collectif tisse aussi des liens avec les syndicats locaux, et se projette dans la construction de la grève antiraciste du 18 décembre.&nbsp;</p>
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		<title>Canicule : penser la riposte de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/canicule-penser-la-riposte-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jun 2026 07:34:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[canicule]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">On ne peut pas y échapper, nous traversons actuellement la deuxième canicule de l&#8217;année, avec des températures de plus de 40 degrés parfois, qui impactent tous les aspects de la vie, du travail à la <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/canicule-penser-la-riposte-de-classe/" title="Canicule : penser la riposte de classe">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>On ne peut pas y échapper, nous traversons actuellement la deuxième canicule de l&rsquo;année, avec des températures de plus de 40 degrés parfois, qui impactent tous les aspects de la vie, du travail à la santé ou à l&rsquo;éducation. Pourtant, on comprend que la trajectoire du capitalisme est telle que, sans transformation majeure de la société, cet été sera le moins chaud du reste de nos vies. Cette canicule, elle n&rsquo;est pas due à un changement de météo, alors comment politiser cette canicule et ses conséquences ?</p>



<p>Interview de Anouk, militante à A2C Paris, investie dans les luttes écologistes et révolutionnaires et de Mathilda, Aude et Armel&nbsp; miltiant&rsquo;es à A2C Rennes qui nous racontent les tentatives de mobilisations dans leurs secteurs et lieux de travail.&nbsp;</p>



<p><strong>&nbsp;De quoi la canicule est-elle le symptôme ?</strong></p>



<p><strong>Anouk&nbsp; :</strong>&nbsp; ce qu&rsquo;il se passe avec la canicule actuelle et le traitement médiatique qui en est fait c&rsquo;est que tous les journaux, tous les médias parlent de la climatisation, ses bénéfices, ses effets négatifs. Ce n&rsquo;est pas du tout l&rsquo;angle sous lequel il faut traiter cet épisode climatique et il faut vraiment réussir à se détacher de cette approche qui dépolitise complètement la canicule.</p>



<p>On entend dans l&rsquo;émission le Quotidien&nbsp;  » Voilà, on a tous chaud  » mais ce n&rsquo;est pas vrai. &nbsp; Bernard Arnault sur son yacht il n&rsquo;a pas aussi chaud que quelqu&rsquo;un qui vit sous les toits dans une bouilloire thermique, ce n&rsquo;est pas du tout la même réalité,&nbsp; pas du tout la même manière de vivre la canicule .&nbsp;</p>



<p>Quand on parle de la canicule c&rsquo;est hyper important de comprendre d&rsquo;où elle vient et qui sont les personnes qui sont responsables parce que ça permet justement par la suite de pouvoir réfléchir aux causes de ce type d&rsquo;épisodes climatiques qui vont se répéter . Ça fait des années que c&rsquo;est expliqué par des chercheurs et des chercheuses .&nbsp;</p>



<p>Je vais m&rsquo;appuyer sur les analyses d&rsquo;Andreas Malm dans son livre <em>L&rsquo;anthropocène contre l&rsquo;histoire</em>. Le fond du problème vient d&rsquo;une transition vers un mode de production qui est le capitalisme industriel en Angleterre au 19ème siècle où l&rsquo;on est passé d&rsquo;une économie utilisant l&rsquo;eau comme source d&rsquo;énergie à une économie utilisant de la vapeur notamment grâce au charbon. En fait ce n&rsquo;était pas vraiment une technique plus efficace, elle était&nbsp; même plus chère. Mais elle avait d&rsquo;autres avantages : permettre de discipliner la main d&rsquo;œuvre,&nbsp; de ne pas dépendre des conditions difficiles d&rsquo;approvisionnement en eau donc des saisons. Cela permettait d&rsquo;avoir une énergie beaucoup plus stable et donc beaucoup plus productive. Ce capitalisme industriel qui repose sur l&rsquo;exploitation de toutes les énergies fossiles n&rsquo;est pas arrivé par hasard comme simple une découverte technique. C&rsquo;est vraiment un choix qui a été politique et social dès le début.&nbsp;</p>



<p>Et aujourd&rsquo;hui le capitalisme dépend complètement des énergies fossiles. On a donc de grosses entreprises qui investissent dans des mégaprojets qui détruisent l&rsquo;environnement et des personnes qui y travaillent. On peut citer le méga projet pétrolier de Total en Ouganda qui est un véritable désastre. En 2023 plus de 700 milliards de dollars étaient investis dans l&rsquo;extraction de combustibles fossiles.</p>



<p>Le problème c&rsquo;est que l&rsquo;utilisation des énergies fossiles émet des gaz à effet de serre.&nbsp; Ce n&rsquo;est pas juste un réchauffement de la planète mais c&rsquo;est un dérèglement total où on peut avoir des épisodes de canicule comme aujourd&rsquo;hui mais aussi des épisodes de froid très intense. Avec des conséquences multiples qui ne touchent pas tout le monde de la même manière.&nbsp; Les personnes qui polluent le plus,&nbsp; les capitalistes qui&nbsp; détiennent les moyens de production, qui exploitent à la fois la terre et les travailleureuses sont à l&rsquo;abri des conséquences de ces dérèglements environnementaux et climatiques. Ils travaillent et vivent dans des espaces climatisés ou peuvent s’échapper vers&nbsp; les endroits où il fait moins chaud. Nous on ne peut pas faire ça, on ne peut pas partir, on est obligé de subir la canicule.&nbsp; Ça se traduit par des morts dues à des conditions de travail extrêmes.</p>



<p>Il faut bien avoir en tête que cette canicule est le produit de deux siècles d&rsquo;utilisation des énergies fossiles.</p>



<p><strong>Sur les lieux de travail, la situation est souvent très difficile pour les travailleureuses. Quelles résistances ont existé cette semaine pour exiger de meilleures protections face à la chaleur ?</strong></p>



<p><strong>Mathilda :</strong> Je suis syndiquée à la CGT commerce, j&rsquo;ai monté une section syndicale de coiffeuse. Je me suis beaucoup mobilisée&nbsp; sur cette question en apprenant qu&rsquo; il y a eu des&nbsp; décès au travail, notamment un jeune de 19 ans dans le BTP&nbsp; sans que rien ne se passe&nbsp; au niveau de mon syndicat. Je me suis demandé ce qu&rsquo;on peut faire, j&rsquo;ai eu besoin de poser des questions, de parler avec d&rsquo;autres&nbsp; pour savoir comment se mobiliser.&nbsp; On s&rsquo;est fait une visio le lundi matin, on était 5, dont deux délégués de la CGT. On a&nbsp; décidé d&rsquo;un tract pour rencontrer, informer, alerter les travailleureuses notamment sur le danger auquel on allait être exposé&rsquo;es, nos droits, le droit de retrait, les devoirs des employeurs&#8230; Avec l’idée de rattacher nos conditions propres de travail aux conditions globales de tous les&nbsp;</p>



<p>travailleureuses.</p>



<p>On s&rsquo;est retrouvés le mercredi matin pour tracter dans trois centres commerciaux où on a des collègues qui travaillent sous plus de 40 degrés. Pendant cette tournée-là, on était trois camarades de la CGT à faire le tour des commerces notamment la restauration et la coiffure et on a eu des discussions super intéressantes, sur le fait que c&rsquo;est grave que rien ne soit mis en place et qu&rsquo;on s&rsquo;expose à un réel danger en travaillant dans ces conditions-là. On a fait un deuxième tractage le lendemain avec l&rsquo;idée de relever un peu tous les endroits où il y avait eu des choses qui nous avaient alertés, rythme de travail maintenu, température&nbsp; au-delà de 40 &#8230;</p>



<p>On a évoqué aussi le fait de faire des collages dans la rue pour rendre visible le soutien de toutes les personnes qui doivent subir ça et se faire exploiter et le besoin de s&rsquo;arrêter de travailler.</p>



<p>Ca fait un peu mal au cœur de se dire qu&rsquo;on est si peu à se mobiliser. En fait c&rsquo;est difficile, ça demande un temps énorme d&rsquo;aller voir chaque travailleureuse, chaque lieu de travail&#8230; Il faudrait que les secteurs se mobilisent par eux-mêmes mais ce n&rsquo;est pas forcément un réflexe, d&rsquo;autant plus que les gens sont dépassés et peu au fait de leurs droits comme le droit de retrait. Pour l&rsquo;exercer, il faut avoir la confiance. Il y a le fait aussi que beaucoup sont des non-syndiqués et ne savent pas par où commencer. Syndiqué ou pas, il faut se mobiliser et être en solidarité avec ses voisins, les secteurs d&rsquo;à côté de son travail.</p>



<p>Mais c&rsquo;est un début. On sait que la vague de chaleur va passer mais qu&rsquo;il y en aura d&rsquo;autres. A ce moment-là on sera un peu plus et c&rsquo;est comme ça aussi que ça va marcher !&nbsp;</p>



<p><strong>Aude :</strong> je travaille dans le social et j&rsquo;accompagne dans ce qu&rsquo;on appelle un habitat regroupé&nbsp; des personnes en situation de handicap et là cette semaine, on a beaucoup parlé de se mettre en grève en fait parce que on se retrouve dans une situation où on a l&rsquo;impression d&rsquo;être aussi maltraitante envers les personnes qu&rsquo;on accompagne. Dans leurs logements la température monte entre 30° et 35° et ils font plusieurs malaises.&nbsp;</p>



<p>On réfléchit donc à se mettre en grève sur des revendications pour des conditions dignes pour les personnes qu&rsquo;on accompagne et des conditions de travail plus tenables. Pour l&rsquo;instant on a un peu du mal à convaincre que la grève pourrait se faire. Certains pensent qu&rsquo;elle ne marcherait pas, que les parents sont trop condescendants mais j&rsquo;ai pas mal de collègues sur des contrats courts qui pourraient être convaincus.</p>



<p><strong>La canicule entraîne-t-elle une prise de conscience des travailleureuses sur les liens entre changement climatique et capitalisme ? Les syndicats réussissent-ils à politiser la canicule ?&nbsp;</strong></p>



<p><strong>Mathilda </strong>: Ce qui ressortait c&rsquo;était l&rsquo;urgence d&rsquo;anticiper cette semaine-là qui allait mettre en danger une vague énorme de travailleureuses.&nbsp; Mais il y a vraiment un truc très clair sur le rapport d&rsquo;exploitation surtout dans les toutes petites entreprises du secteur où il y a plus de proximité avec le patron. Quand on discute avec les gens ça met vraiment en lumière le fait qu&rsquo;on n&rsquo;est pas dans le même panier.&nbsp; Par exemple la climatisation, elle est dans la salle où les&nbsp; clients consomment mais à l&rsquo;arrière dans les salles de pause ou dans la cuisine il n&rsquo;y en a pas, on subit parce que apparemment c&rsquo;est pas hygiénique d&rsquo;après la patronne. Ce ne sont pas ceux qui te disent de continuer de travailler qui vont subir la canicule. Et quand bien même le patron qui contrôle subit aussi la canicule, qu&rsquo;il veut continuer à travailler, c&rsquo;est son choix. Par contre au final, on ne va pas gagner les mêmes choses et un travail salarié ça reste un travail salarié, ce n&rsquo;est pas notre entreprise. Ce qu’on vit montre qu&rsquo;il y a un intérêt des travailleureuses à se protéger et à s&rsquo;organiser par elleux-même.&nbsp;</p>



<p><strong>Pour l&rsquo;instant, on a parlé de luttes des travailleureuses importantes, de survie, pour se protéger des conséquences immédiates du capitalisme. Mais comment peut-on imaginer aller plus loin, et s&rsquo;attaquer à ses racines elles-mêmes ? Quelles alliances peuvent être imaginées ?</strong></p>



<p><strong>Anouk :</strong>&nbsp; L&rsquo;écologie, il faut aussi l&rsquo;ancrer dans une dimension politique et sociale.&nbsp; Ca a trop longtemps été un sujet à part qui ne s&rsquo;inscrit pas dans les réalités matérielles de toute notre classe et&nbsp; ça porte préjudice à la lutte. Ça découle des milieux écolos qui sont en réalité un peu perdus parce qu&rsquo;ils héritent d&rsquo;une histoire militante compliquée et qui n&rsquo;est pas du tout politisée. A l&rsquo;origine, c&rsquo;est Greenpeace, c&rsquo;est une écologie consensuelle qui doit parler à tout le monde et notamment aux médias&#8230; Il y a beaucoup d&rsquo;écologie du spectacle et beaucoup moins de&nbsp; soutien aux piquets de grève.</p>



<p>Mais il y a quand même déjà des alliances qui se créent entre les milieux écolos et les syndicats, par exemple avec les soulèvements de la terre. Il y a eu cette campagne commune&nbsp; avec la CGT pendant une grève dans le secteur de la logistique à Gennevilliers, avec des prises de contacts qui avaient été faites petit à petit.&nbsp; Ça a débouché sur une campagne qui s&rsquo;appelle soulèvement des salaires où du coup ça traite justement de la question des salaires des travailleureuses de la logistique. Ça a&nbsp; conduit à l&rsquo;annulation du projet Green Dock. Donc il y a quand même des victoires qui sont créées par ces alliances mais il faut que ça aille plus loin.&nbsp;</p>



<p><strong>Armel :</strong> Ces soutiens aux grèves depuis l&rsquo;extérieur, c&rsquo;est des choses qui peuvent être intéressantes mais ce sont des postures qui sont un peu décalées. Je pense qu&rsquo;en fait&nbsp; la meilleure manière de faire ce lien, c&rsquo;est un peu le chemin qu&rsquo;on est en train de prendre, c&rsquo;est de se dire que les écologistes aussi sont des travailleureuses, ils et elles aussi sont pour une grande majorité exploités dans leur travail et peuvent s&rsquo;engager dans le syndicalisme. Je pense qu&rsquo;il faut repartir de l&rsquo;analyse marxiste et du fait que c&rsquo;est dans les contradictions du capitalisme et donc en grande partie dans la question du travail et des conflits qu&rsquo;il y a autour du travail qu&rsquo;on va réussir à attaquer la question de l&rsquo;écologie. C&rsquo;est une histoire de classe qui nous concerne tous et toutes?&nbsp; C&rsquo;est de la lutte des classes le meilleur outil.&nbsp;</p>



<p><strong>Anouk :</strong> oui, c&rsquo;est difficile de parler de syndicat aux militants et militantes écolos qui ont pas du tout forcément pas la même tradition. Mais effectivement c&rsquo;est un sujet qu&rsquo;il faut pousser en essayant justement de développer cette conscience de classe et de pousser à des appels à la grève, à une grève climatique.</p>



<p><strong>Mathilda :</strong> je suis grave d&rsquo;accord avec ce que disait Armel et je pense à ta conclusion, Anouk, sur la grève climatique. L&rsquo;outil de la grève, il est vraiment à toujours remettre sur la table parce que c&rsquo;est par l&rsquo;arrêt qu&rsquo;on imposera des choses.</p>



<p>Le syndicat c&rsquo;est un peu la base dans le sens où on est tous et toutes exploité.e.s. On a donc besoin de se défendre et de s&rsquo;organiser dans les syndicats. Mais pour la CGT à Rennes, sur la question écolo, il n&rsquo;y a pas encore ces liens. Il faut travailler en ce sens.&nbsp;</p>



<p>Par exemple, pour le&nbsp; syndicat du commerce, aller voir ce qui se passe ailleurs pour se mobiliser ensemble, faire des tractages communs, avoir des moments de discussion avec des collectifs écolos.&nbsp;</p>
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		<title>Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/pour-lyhanna-et-toustes-les-autres-riposte-feministe-et-anti-carcerale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Jun 2026 08:10:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[adultisme]]></category>
		<category><![CDATA[enfantisme]]></category>
		<category><![CDATA[féminicide]]></category>
		<category><![CDATA[inceste]]></category>
		<category><![CDATA[infanticide]]></category>
		<category><![CDATA[lyhanna]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le scandale qui a révélé des agressions de masse dans le périscolaire à Paris puis la mort de Lyhanna ont mis en lumière l&#8217;ampleur et la violence de la domination adulte et patriarcale. Face à <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/pour-lyhanna-et-toustes-les-autres-riposte-feministe-et-anti-carcerale/" title="Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le scandale qui a révélé des agressions de masse dans le périscolaire à Paris puis la mort de Lyhanna ont mis en lumière l&rsquo;ampleur et la violence de la domination adulte et patriarcale. Face à ces violences, le féminisme punitif est à l’offensive. Les appels à plus de police, de répression et de prison se multiplient.</p>



<p>Pourtant, ces stratégies qui attendent que l&rsquo;État agissent nous désarment, car elles ne font que donner plus de pouvoir à un État bourgeois, raciste et répressif, sans réellement permettre une transformation radicale de la société. Au contraire, nous devons développer des stratégies d&rsquo;autonomie de classe pour lutter contre la domination adulte et patriarcale.</p>



<p>Quelles politiques féministes pour les révolutionnaires ?</p>



<p>Interview de Juliette, Kim et Alice, militantes à A2C à Marseille, Rennes et Paris, et qui ont participé à construire les manifestations féministes et enfantistes cette semaine. L&rsquo;interview est disponible sur toutes les <a href="https://open.spotify.com/episode/2CGCAmmMeYCskml7nIoT9t">plateformes de podcast</a> !<br><br></p>



<p><strong>Pouvez-vous nous résumer l’affaire Lyhanna ?&nbsp;</strong></p>



<p><strong>Kim : </strong>Il y a une semaine maintenant, Lyhanna, une jeune fille de 11 ans, qui vit dans le Gers, disparaît à la sortie du collège. Il y a des grandes battues qui sont organisées. Comme souvent dans ce type de situation, il y a à la fois la mobilisation des forces de l&rsquo;ordre, mais aussi de toute la population, parce qu&rsquo;elle vit dans un village, une petite ville, en tout cas, où les gens se connaissent.&nbsp;</p>



<p>Il y a donc plusieurs jours de recherche de la jeune fille. Évidemment, plus le temps passe, plus l&rsquo;hypothèse qu&rsquo;elle soit morte grandit. Et donc, finalement, elle est retrouvée le jeudi dans des conditions vraiment sordides. L’affaire prend de l’ampleur à partir des gens de son village, avec des relais sur Facebook, et des rassemblements de soutien sont appelés.&nbsp;</p>



<p>Et on découvre que l’auteur présumé du meurtre était accusé de faits de violence sur des enfants, qu&rsquo;il a été licencié pour des rapports non autorisés avec une lycéenne… Sans jamais avoir été réellement inquiété. Ça va être perçu par beaucoup de monde comme un laxisme judiciaire.&nbsp;</p>



<p>Finalement, des rassemblements devant tous les tribunaux de France ont été appelés pour le lundi 8 juin en combinant ces trois choses : la solidarité envers la famille de Lyhanna, la lutte contre les violences faites aux enfants et la protestation contre le système judiciaire.&nbsp;</p>



<p><strong>Lyhanna était une petite fille de 11 ans. Pouvez-vous nous dire pourquoi ça vous paraît important de ne pas se limiter à parler de “féminicide”, mais de penser aussi le terme “d’infanticide”, de parler d’adultisme, de la domination des adultes sur les enfants ? </strong></p>



<p><strong>Alice : </strong>En fait, Lyhanna a été ciblée comme fille mais aussi comme enfant. C&rsquo;est important de voir l&rsquo;intersection des rapports de domination, la domination masculine et la domination adulte. Si on parle juste de féminicide, ça efface cette domination adulte, qui pourtant rend possible une grosse partie des violences contre les enfants.</p>



<p>Les luttes enfantistes politisent ce qui est souvent présenté comme la “vulnérabilité naturelle” des enfants. Or, cette vulnérabilité découle d’un rapport de pouvoir qui est socialement organisé. C&rsquo;est important de se saisir de ça aussi. Donc pour moi, l&rsquo;enjeu, c&rsquo;est pas tellement de choisir entre féminisme et enfantisme, mais plutôt de comprendre comment patriarcat et domination adulte se nourrissent l’un l’autre.</p>



<p><strong>Juliette : </strong>Oui, je pense que c&rsquo;est important pour ça. Par ailleurs il peut y avoir des débats et des blocages dans le mouvement féministe à prendre en compte ces questions, notamment parce que la question des dominations adultes peut révéler la violence et la domination venant de femmes.&nbsp;</p>



<p>Parler d’enfantisme permet aussi de mettre en valeur la dimension structurante de l&rsquo;inceste.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Par exemple, il a été révélé que le frère et le grand-père de l’agresseur de Lyhanna avaient aussi été accusés d’agression sur des enfants. Et 80% des gens qui commettent de l&rsquo;inceste ont eux-mêmes subi des violences. Une situation d’inceste dans une famille &#8211; qui est un endroit de domination &#8211; est structurante pour toute cette famille. Ca brise des enfants, pour les mater, et ça les rend d’autant plus fragiles face à toutes sortes d’autres dominations.</p>



<p>Et c&rsquo;est un truc de masse : le nombre d’enfants qui vivent des violences intra-familiales, c&rsquo;est 3 pour une classe.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Et cette dimension de l’inceste est donc aussi présente dans l’affaire Lyhanna.&nbsp;</p>



<p><strong>Kim : </strong>Oui, et puis dans la suite de ce que disait Juliette, je pense que la question de la place de la parole politique des enfants, c&rsquo;est un vrai enjeu.&nbsp;</p>



<p>Ce que montre cette affaire &#8211; et on peut faire des parallèles avec ce qui se passe pour les femmes &#8211; c&rsquo;est que les enfants sont rarement cru·e·s. Et puis, même s&rsquo;iels sont cru·e·s, le coût que leur parole peut avoir sur l&rsquo;organisation d&rsquo;une famille, peut pousser à ne rien faire de cette parole. Et oui c’est un phénomène de masse : en France 10% de la population aurait vécu de l&rsquo;inceste, donc c&rsquo;est 7 millions de personnes. Ça structure à un niveau quand même très avancé les relations sociales.</p>



<p>Il y a aussi beaucoup d&rsquo;enfants victimes qui sont des garçons, et qui vont reproduire les violences, pas forcément en ayant toujours conscience qu&rsquo;ils en ont vécu, et je trouve que ça, ça vient expliquer la matrice. Ca vient expliquer à quel point la question des violences sexuelles vécues dans l&rsquo;enfance, elle surdétermine plein de rapports sociaux par la suite.</p>



<p><strong>Au sein des rassemblements en soutien à la famille de Lyhanna, on a pu entendre beaucoup d’appels à plus de moyens pour la police et la justice. Que pensez-vous de ce genre de revendications ?</strong></p>



<p><strong>Alice : </strong>Moi, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il y a un réel besoin de moyens supplémentaires. Il y a des magistrats qui témoignent de travailler jusqu’à quatre heures du matin, il y a la situation de l&rsquo;ASE [aide sociale à l’enfance], c&rsquo;est même plus un manque de moyens, c&rsquo;est un abandon. Il y a les soins sur le psychotrauma, très concrètement, soit t&rsquo;as de la thune et ça va, soit t&rsquo;as pas de thune et t&rsquo;es vraiment bien dans la merde, parce que pour prendre rendez-vous dans un CMP [centre médico-psychologique financé par l’État], c&rsquo;est quatre mois. Donc oui, il y a vraiment un besoin de moyens.&nbsp;</p>



<p>Et en même temps, juste réduire ce problème à un manque de moyens, c’est limité. Ça conduit à passer à côté du caractère systémique des violences.&nbsp;</p>



<p>Déjà, une institution comme la justice peut être mieux financée, mais pourtant, elle peut continuer à reproduire les mêmes biais de ces rapports de domination.&nbsp;</p>



<p>Et puis, la justice et la police, ça arrive après les violences. Donc on se centre sur comment on fait pour répondre aux violences sans poser la question de comment prévenir ou comment protéger. En France, on a du mal à penser ça. En fait, on arrive pas à penser à la protection des femmes et des enfants, et séparer cette question de la punition.</p>



<p><strong>Juliette : </strong>Oui, pour aller un peu dans ce sens-là, en effet, je ne sais pas, il me semble que c&rsquo;est 93% des plaintes qui sont classées sans suite. Donc il y a plein de chiffres qui montrent à quel point la justice est défaillante et la police aussi.&nbsp;</p>



<p>Mais une fois qu&rsquo;on a dit ça, il faut dire aussi qu’on ne peut pas remettre à l&rsquo;État la question de l&rsquo;émancipation, de la justice, de la protection des enfants… Alors même que cet État propose de militariser la jeunesse par exemple.</p>



<p>Et les enfants qui sont spécifiquement touché·e·s et qui sont spécifiquement ciblé·e·s pour les nouveaux programmes de militarisation, c&rsquo;est les enfants qui sont à l&rsquo;ASE, les enfants qui ont vécu ou vivent des violences intrafamiliales…</p>



<p>On a parlé des programmes de militarisation dans l&rsquo;école, mais il y en a plein d&rsquo;autres dans le social, et qui touchent spécifiquement les enfants de l&rsquo;ASE sur des trucs de réinsertion, qui visent spécifiquement les enfants de quartiers populaires… On ne peut pas remettre la question de l&rsquo;émancipation à un État qui a tué Nahel, qui se prépare pour la guerre et qui a besoin de ces enfants-là, brisé·e·s, qui auront comme seul choix de défendre la nation ou alors d&rsquo;être exploité·e·s.</p>



<p>C&rsquo;est ça toute la difficulté, en fait, du mouvement féministe, là, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est de réussir à trouver des moyens de protection indépendants de l&rsquo;État, et qui nous permettent quand même de continuer de lutter contre ces dynamiques de l&rsquo;État.</p>



<p><strong>Kim : </strong>Oui, et puis les violences elles sont massives, elles structurent l&rsquo;ensemble de la société, et qui dit un nombre de victimes extrêmement important, dit aussi un nombre d&rsquo;auteur·ice·s extrêmement important. Combien de prisons faudra-t-il construire pour enfermer tou·te·s les auteur·ice·s de violences ? Est-ce que le seul projet qu&rsquo;on a à offrir c’est vraiment d’enfermer une partie très importante de la société ? Pour moi, c&rsquo;est cet argument-là qui permet d’étayer l&rsquo;aspect incontournable de la transformation totale du système. </p>



<p>Je pense que cette cette troisième voie, face aux féministes réformistes, et aux groupes féminins d’extrême-droite qui surfent sur les élaborations sécuritaires des féministes réformistes, cette proposition d’une transformation totale du système, je pense qu&rsquo;elle est à la fois de plus en plus audible grâce aux collectifs de terrain, notamment la coordination féministe, aussi un certain nombre d&rsquo;intellectuel·le·s féministes qui jouent leur rôle. </p>



<p>Mais, pour des rassemblements comme ceux de lundi, c&rsquo;était un sacré enjeu d&rsquo;aller y porter ces arguments, mais c’est aussi assez dur de les tenir. C’est assez dur d&rsquo;aller dire à des gens qui sont sous le coup de l&rsquo;émotion de la mort d&rsquo;une petite fille qu&rsquo;en fait, il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;autre solution que de tout transformer. On a l&rsquo;impression que c&rsquo;est une montagne. C&rsquo;est pour ça que les réflexes punitivistes, ils sont si forts. C&rsquo;est qu&rsquo;en fait, ils viennent d&rsquo;un désir qui est juste, le besoin de sécurité et de justice. Mais du coup, comment on répond à ça ?&nbsp;</p>



<p><strong>Donc, ce genre de mesures pour plus de sécurité, plus de lois, plus de prisons, ne permettent pas du tout d&rsquo;aller au fond du problème. Encore moins de le résoudre. Et en plus de ça, c&rsquo;est un marchepied pour des collectifs d&rsquo;extrême droite ou fascistes qui sont carrément en adéquation avec ces revendications. Donc, est-ce que vous pensez pour autant qu&rsquo;il faut boycotter les rassemblements, les mobilisations qui sont organisées, autour de ce genre de revendications, comme ça a été le cas pour, je crois, la plupart des rassemblements organisés en solidarité à la famille de Lyhanna ?</strong></p>



<p><strong>Alice :</strong> C&rsquo;est une question qui s&rsquo;est posée à Paris. On ne partageait pas du tout les bases du rassemblement initial. Est ce qu’on y va ou est ce qu’on appelle à un rassemblement plus tard, sur des bases anti-carcérales ? Mais en échangeant avec les camarades, on était assez d&rsquo;accord qu&rsquo;en fait, on ne pouvait pas juste refuser d&rsquo;y participer pour laisser des féministes institutionnelles occuper totalement le terrain par leurs discours sécuritaires.&nbsp;</p>



<p>On s’est quand même posé la question de la temporalité, au vu de la dimension de l’émotion dans ces rassemblements. En même temps, si on ne le fait pas là, je ne sais pas trop quand est-ce qu&rsquo;on va le faire. On connaît la musique : d’un coup une émotion très forte, puis une loi, puis ça tombe dans l’oubli… Et on n&rsquo;avance pas car on ne prend jamais le problème à la racine. Du coup, l&rsquo;enjeu, ce n&rsquo;est pas tant est-ce qu&rsquo;on y participe, c&rsquo;est qu&rsquo;on va y participer et quelle idée on y tient.&nbsp;</p>



<p><strong>Juliette : </strong>En effet, pour nous les questions se sont aussi posées de la manière dont tu parles, Alice. On a essayé de mobiliser des collectifs féministes et antifascistes [face à l’appel de Némésis à Marseille]. Nationalement, pour le mouvement féministe de terrain et les collectifs antifascistes, il y avait des peurs : soit on assume pas de polariser dans un moment si chargé d’émotion, soit non, on ne veut pas y aller, on ne veut pas s&rsquo;associer à ces gens-là et il faut se démarquer. Le fait qu’on en vienne à se poser ces questions montre qu’on a déjà un train de retard.</p>



<p>Pendant le procès Mazan, on a pas été offensif·ve·s et ça a donné l’introduction de la notion de consentement dans la loi. Et on a dit pourquoi on ne pensait pas que juste s&rsquo;armer de loi et armer l&rsquo;État, ça allait faire notre émancipation. Les 25 novembre, donc sur la date spécifique des VSS, il y a de moins en moins de personnes dans la rue et on voit bien que Nous Vivrons et Nemesis arrivent beaucoup plus à prendre de la place que pendant les 8 mars qui continuent d&rsquo;être plus massifs. Par ailleurs, sur la question spécifique de l&rsquo;enfantisme, on a un train de retard par rapport à l&rsquo;extrême droite, qui s&rsquo;organise à travers le collectif Parents vigilants avec des ressorts transphobes, à travers des mobilisations dans la rue. </p>



<p>Donc on est déjà en retard, et si on n&rsquo;y va pas maintenant ça ne fera que l’alourdir. Il faut assumer que la question des VSS est un champ de bataille. Dans les années 70, des meufs anti-carcérales allaient zbeuler des procès d’agresseurs, en se confrontant à d’autres féministes. Cette bataille a toujours existé dans toutes les vagues du mouvement féministe, qui a toujours été polarisé. Et dans le contexte de polarisation politique général, c’est important d’être là pour empêcher le mouvement féministe de basculer du côté de l’État ou des fachos. C’est même assez urgent.&nbsp;</p>



<p><strong>Alice : </strong>Il y avait Némésis dans le rassemblement sur l&rsquo;île de la Cité à Paris. Elles étaient trois, elles n&rsquo;avaient pas de pancartes et elles étaient au milieu du rassemblement. On était assez mal organisé·es pour pouvoir les virer : elles n’ont pas eu de présence forte, visible, donc il aurait fallu savoir les identifier et à part Alice Cordier c’était pas évident. Donc je reste un peu partagée : elles n’avaient pas de présence forte, mais étaient de fait au rassemblement.</p>



<p><strong>Juliette : </strong>Nous, c’était pareil. Mais notre premier réflexe ça a été de sortir une banderole antifasciste. On s’était mis d’accord avant avec le collectif enfantiste sur le fait que les fascistes ne monteraient pas sur une seule marche de la tribune et qu’il fallait s’organiser pour ça. La banderole a matérialisé ça. On a lancé un <em>siamo tutti antifascisti</em>. Au début on était minoritaires, face à des gens qui pensaient que ça n’était ni l’endroit ni le moment pour ça, ou qui ne se disait ni fascistes ni antifasciste ! Mais on a continué à lancer des slogans, on a argumenté et finalement on est devenu·es majoritaires. Les prises de parole elles se sont faites après cette clarification. Ca a été rendu possible par le fait qu’à Marseille on s’est plusieurs fois organisé·es pour tej Némésis et Nous Vivrons. Et ça va changer la gueule de nos liens avec le collectif enfantiste et l’inter-orga féministe pour l&rsquo;année, donc c’était très important de le faire.</p>



<p><strong>Quels sont justement les arguments et stratégies que peuvent avoir les révolutionnaires pour régler le problème des violences sexistes et sexuelles y compris sur les enfants ?</strong></p>



<p><strong>Juliette :</strong> On a pas de recette magique. On réfléchit à des revendications transitoires, qui pourraient mettre les gens en mouvement, par exemple pour renforcer la voix politique des enfants, qui parlent déjà mais sans être écouté·e·s. Il y a des propositions d’organiser des moments d&rsquo;écoute dans les écoles par exemple. Mais en termes de moyens, il faut penser plus de moyens pour la protection : une refonte de l&rsquo;ASE, des hébergements pour les femmes et les enfants victimes de violences… Tout en continuant de combattre toutes les idées de domination adulte et du patriarcat dans notre classe. </p>



<p>Il va y avoir des enjeux là-dessus pendant les présidentielles, comme ça a pu l’être à Paris pendant les municipales après le scandale sur les agressions en milieu périscolaire. Comme je disais tout à l&rsquo;heure, pour l’instant c’est la droite qui a de l&rsquo;avance, l&rsquo;extrême droite aussi.&nbsp;</p>



<p>D’autre part, on n&rsquo;arrivera pas à arracher des victoires, des protections puis l&rsquo;émancipation, sans un&nbsp; mouvement de masse féministe, enfantiste et qui s&rsquo;organise en solidarité avec toutes les personnes qui subissent de l&rsquo;oppression. Ces oppressions s’aggravent : En Belgique, récemment des jeunes de 11-12 ans ont bloqué leurs écoles en lien avec leurs profs. La répression c&rsquo;est des comparutions immédiates à la grappe. Alors lorsqu’il y a une urgence de la question de la protection, de la sécurité, de la justice, c’est compliqué d’adresser ça, mais il faut qu’on continue de défendre la stratégie du mouvement de masse pour renforcer la voix politique des enfants.</p>



<p><strong>Kim : </strong>moi je dirais qu&rsquo;il y a aussi la question de la délégation. Il y a eu une libération de la parole autour de MeToo, mais ça a provoqué une sacralisation de la parole, et donc que ça demanderait certaines compétences pour recevoir la parole, que tout le monde ne pourrait pas le faire, etc. Il y a un enjeu de prendre le contrepied de ça, d’affirmer que ce qu&rsquo;on veut c&rsquo;est une société où la parole est libérée et pas non plus un truc d’expert. Évidemment il y a des professionnel·le·s qui sont formé·es à accompagner, mais je pense que la question de la non-délégation ça doit être un des axes qu&rsquo;on développe. Encourager à ce que tout le monde soit attentif·ve·s, que la question des violences soit un sujet qui circule partout, et donc qu’il y ait une attention qui soit apportée dans les écoles, dans notre taf, dans nos immeubles…  Ce qui implique d’encourager à oser ouvrir la porte, oser d’aller toquer chez la voisine, si quelque chose paraît bizarre. Parce que pour moi c&rsquo;est pas suffisant de juste dire “la police elle arrivera pas à temps ou elle causera plus de mal qu&rsquo;elle ne fera de bien”. Oui mais je pense que ça doit être corrélé à une reprise de confiance de la part des gens qui puissent agir. Il y a quelque chose à développer autour de ça.</p>



<p>Ensuite, il faut continuer à faire comprendre à quoi servent ces violences dans la société, quelle est leur fonction. Sortir d’une vision des violences comme agissements immoraux. Voir qu’elles servent un système capitaliste, qu&rsquo;elles ont une fonction sous le capitalisme, et donc qu’on arrivera pas à en sortir si on ne transforme pas le mode de production et le pouvoir politique de cette société.</p>



<p><strong>Juliette :</strong> Il y a des exemples : en Amérique latine il y a des organisations par quartier, un peu comme ce que disait Kim, mais pas décorrélées de mouvements plus larges parce que c’est ce type de mouvement qui permet de reprendre du pouvoir. Une des boussoles qui permet de construire ce genre de dynamique c&rsquo;est aussi ce que dit Deck-Marsault : voir les victimes comme des sujets politiques, en leur donnant les moyens de s’organiser, de se protéger collectivement, de renverser la table. Je pense qu’il faut discuter dans les collectifs féministes, dans nos taffs, de cette boussole-là, de discuter de comment récupérer du pouvoir, devenir des sujets politiques. Il faut qu&rsquo;on soit attentif·ve·s et créatif·ve·s pour sortir de la tristesse et du fatalisme de l’horizon sécuritaire.</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/pour-lyhanna-et-toustes-les-autres-riposte-feministe-et-anti-carcerale/">Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>La nature humaine est-elle un frein à l’émancipation ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-nature-humaine-est-elle-un-frein-a-lemancipation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 15:33:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Nature humaine]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Il y a des croyances qui sont devenues comme des lieux communs dans notre société et celles concernant la nature humaine sont particulièrement ancrées. Il est ainsi très <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-nature-humaine-est-elle-un-frein-a-lemancipation/" title="La nature humaine est-elle un frein à l’émancipation ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué nature humaine."></object><a id="wp-block-file--media-0aac555d-c326-4b37-babb-855e4c12f959" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf">nature humaine</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-0aac555d-c326-4b37-babb-855e4c12f959">Télécharger</a></div>



<p>Il y a des croyances qui sont devenues comme des lieux communs dans notre société et celles concernant la nature humaine sont particulièrement ancrées. Il est ainsi très courant d’entendre des observations de comportements d’individus (souvent condamnables ou au minimum désagréables) se conclure par « on peut rien y faire, c’est la nature humaine ! ».&nbsp;</p>



<p>Que ça soit pour qualifier quelque chose d’aussi banal que couper une file d’attente jusqu’à justifier l’existence des guerres, la nature humaine – en tout cas une certaine conception de celle-ci – est régulièrement mobilisée. Alors que les sciences regorgent désormais d’études qui démontrent qu’il n’existe pas de nature humaine qui soit violente, individualiste, sexiste, raciste, avide, la moindre contradiction apportée à la mobilisation d’une telle vision des choses est souvent perçue comme l’équivalent de venir contredire que la terre tourne autour du soleil.</p>



<p><strong>Une conception qui justifie l’ordre établi</strong></p>



<p>Le système capitaliste ne se contente pas d’organiser la production des marchandises y compris les plus essentielles, il doit également produire les conditions qui permettent à la classe qui le dirige de se maintenir au pouvoir. Ainsi, tout un ensemble de structures et d’idéologies qui légitiment l’organisation générale de la société a été développé. La question de la conception de la nature humaine vient occuper un rôle important pour faire apparaître comme naturels certains traits les plus terribles de la société, pour justifier d’un certain ordre établi ou encore de l’impossibilité de le changer.</p>



<p>Un philosophe britannique du 17eme siècle, Thomas Hobbes, a ainsi écrit un livre fondateur d’une telle conception de la nature humaine, Le Léviathan, dans lequel il décrit un état naturel qui serait soumis à la loi du plus fort et affirme que pour empêcher cela il faudrait un État en capacité de contraindre cette nature et d’incarner l’intérêt général. C’est dans ce livre qu’il reprend le fameux « l’homme est un loup pour l’homme ». La conséquence de tout cela ? Il faut des dirigeants pour prendre les grandes décisions dans l’intérêt général, l’agression est présentée comme un héritage génétique indépassable pour excuser la brutalité des rapports sociaux et donc il faut une police pour protéger les humains les uns des autres et les surveiller, il faut également des prisons pour punir et restreindre les accès de violence, etc.</p>



<p>Hobbes n’est qu’un exemple parmi les plus marquants d’une production idéologique qui s’étale sur des siècles. Mais bien que les idées dominantes soient celles de la classe dominante, cela ne signifie pas que ce sont les seules qui existent. Dans son livre Karl Marx, Anthropologist<sup data-fn="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef" class="fn"><a href="#0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef" id="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef-link">1</a></sup>, l’anthropologue anglais Thomas C. Patterson revient longuement sur l’histoire des idées autour de la question de la nature humaine. Il souligne bien que dès les Lumières, des penseurs majeurs comme Rousseau défendaient une conception de la nature humaine déterminée culturellement et historiquement<sup data-fn="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de" class="fn"><a href="#b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de" id="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de-link">2</a></sup> donc très différemment de Hobbes. Plus tard encore, Marx a poussé cette réflexion plus loin en montrant que l’individualisme et le manque de communauté ne sont pas des traits humains éternels, mais des symptômes spécifiques de la société capitaliste alors émergente.</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-50a814f1db3675de7ce56333db8472c5"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-016810e7f421003e8b13aa985417d17a"><em>L&rsquo;individualisme : une caractéristique des sociétés capitalistes</em></p>



<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-f28a3423eeabf1209e2c2bd4fc0a5aaa"><em>« Quand on parle de nature humaine pour justifier qu’on ne peut pas changer le système, on évoque souvent l’individualisme. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, si nos modes de vies sont si individuels, c’est qu’ils ont été façonnés par le capitalisme. Ce mode de production s’est imposé par la violence. Dans les pays européens, l’exemple le plus fort est peut-être celui de la Grande-Bretagne avec les enclosures et clearances, qui, en leur retirant leurs moyens de subsistances voire en les faisant émigrer de force, ont désintégré les communautés paysannes traditionnelles, fondées sur le travail en commun en l’entraide. Ces modes de vies bien moins individualistes qu’aujourd’hui ont été détruits par la violence. »</em></p>
</div></div>



<p><strong>C’est quoi l’espèce humaine ?</strong></p>



<p>Un des enjeux derrière les débats autour de la nature humaine est de savoir ce qui pourrait nous définir en tant qu’espèce. Une des premières questions qui s’est posée de ce point de vue-là c’est celles de nos origines. Le consensus scientifique affirme que l’humanité partage un ancêtre commun avec les grands singes qui est apparu il y a environ 6 à 7 millions d’années en Afrique. Un des débats les plus importants quant à l’origine de notre espèce est de savoir ce qui nous distingue des autres grands primates ou plutôt de ce qui a commencé à nous distinguer. Darwin par exemple a défendu que c’était la taille du cerveau qui avait commencé à nous distinguer dans son ouvrage La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe publié en 1871. Elle aurait permis de développer des facultés intellectuelles qui ont d’abord entraîné la bipédie, la libération des mains et la fabrication d’outils qui ont en retour exercé une pression sélective sur les individus dotés de plus grandes capacités cérébrales. Friedrich Engels, dans son texte de 1876 « La part du travail dans la transition du singe à l’homme », va quant à lui affirmer que nos ancêtres ont d’abord été contraints à se tenir debout, que cela a libéré la main qui est devenue l’organe du travail (fabrication d’outils) et que seulement après une très longue période d’activité manuelle complexe (des millénaires et millénaires) et de vie sociale nécessitant le langage pour assurer un tel niveau de coopération que le cerveau a été stimulé et a commencé à grossir.&nbsp;</p>



<p>Les preuves fossiles découvertes depuis un siècle donnent raison à Engels. Le squelette Toumaï<sup data-fn="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b" class="fn"><a href="#b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b" id="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b-link">3</a></sup> découvert en 2001 au Tchad est daté d’environ 7 millions d’années. C’est l’un des plus vieux ancêtres connus présentant des signes de bipédie et son cerveau est d’environ 350 cm³, soit la taille de celui d’un chimpanzé actuel. C’est aussi le cas de Lucy<sup data-fn="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f" class="fn"><a href="#1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f" id="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f-link">4</a></sup> trouvé dans les années 1970 dont le squelette est daté de 3,2 millions d’années, qui est considérée comme parfaitement bipède et dont le cerveau (environ 400-500 cm³) n’est pas beaucoup plus gros que celui d’un grand singe. Les dernières recherches scientifiques à ce sujet confirment que le volume du cerveau n’a commencé à augmenter de façon spectaculaire qu’avec le genre Homo (environ 2,5 millions d’années), c’est-à-dire des millions d’années après que la bipédie a été acquise et que l’usage d’outils rudimentaires a commencé.</p>



<p><strong>Un être social et solidaire</strong></p>



<p>En confirmant la séquence telle que formulée par Engels, cela pose au cœur de notre évolution la question de la collaboration pour survivre et cela a des conséquences sur ce qu’on appelle la nature humaine. Du premier ancêtre bipède jusqu’à l’apparition d’Homo sapiens il y a environ 200 000 ans, l’interaction entre l’usage d’outils, le travail collectif et le développement cérébral a forgé notre corps. Ce n’est pas la force physique qui a permis à Homo sapiens de se développer, mais sa capacité de communication (langage complexe) et sa flexibilité sociale.</p>



<p>Ces premiers humains ont vécu sous forme de petites bandes de chasseurs-cueilleurs nomades. Des sociétés organisées de la sorte ont continué à exister malgré le développement d’autres systèmes et malgré l’expansion sans limite du système capitaliste.</p>



<p>Dans les années 1930 et 1940, l’anthropologue E.E. Evans-Pritchard va rendre compte de l’étude de la société des Nuer au Soudan du Sud qui organisait la vie de milliers d’individus sans structure de pouvoir centralisé<sup data-fn="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249" class="fn"><a href="#d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249" id="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249-link">5</a></sup>, où chaque individu se considère comme l’égal des autres et où personne ne détient le monopole de la force. L’étude des San en Afrique australe (un ensemble de peuples présents sur ce territoire depuis plus de 40 000 ans) par Richard Lee décrit une société qui a développé des instruments de contrôle social et politique qui visaient à prévenir l’accumulation de pouvoir et de privilèges au lieu de la renforcer et de la protéger et qui a participé à démontrer en quoi l’organisation des sociétés chasseurs-cueilleurs ne reposent pas sur une division genrée du travail, la place de la chasse et la prédominance des hommes. Ou encore l’étude des Iñupiat d’Alaska par Barbara Bodenhorn qui rend compte d’un système de parenté basé sur la réciprocité plutôt que sur les liens du sang et où les enfants peuvent choisir leur famille. Ou enfin des preuves archéologiques, notamment au Pérou (sociétés vers 1000 av. J.-C.), montrent des civilisations hautement organisées avec des systèmes d’irrigation et de grands monuments, mais sans différence de statut marquée parmi ses membres.</p>



<p>Le développement du système capitaliste à l’échelle de la planète s’accompagne évidemment d’une homogénéisation des structures de sociétés, mais comme l’individualisme forcené n’a pas étouffé les élans de solidarité et d’altruisme qui caractérisent notre espèce, il persiste encore des modalités d’organisations sociales qui ne sont pas celles de la famille nucléaire hétéronormée qui ne s’est imposée qu’à la suite d’une crise de la reproduction de la classe ouvrière au 19e siècle. D’ailleurs, la fixité des rôles de genre et du sexe biologique n’est ni une constante dans l’histoire ni entièrement uniformisée aujourd’hui<sup data-fn="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117" class="fn"><a href="#6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117" id="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117-link">6</a></sup>.</p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Quand on change le monde, on se change soi-même.</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>« Il y a autre chose qui est important quand on se met d’accord que la « nature humaine » n’est pas un frein à l’émancipation : les idées changent dans la lutte.&nbsp;</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Les périodes révolutionnaires bouleversent à la fois les idées préconçues des gens mais aussi les relations entre eux. Je me rappelle de périodes de grève reconductible, où les rapports entre collègues, les rapports entre collègues et élèves, le rapport entre le bahut et le quartier : tout change, parce qu’on se met à se préoccuper de tout et à voir les choses d’un point de vue très différent. C’est un moment où on peut se libérer des identités auxquelles nous </em> <em>assigne la société. </em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>C’est ce qu’il se passe lors des bouleversements où des millions de gens se mettent en mouvement, et c’est à mettre en avant, car ça peut être très puissant. »</em></p>



<p><strong>Tout sauf un frein</strong></p>



<p>L’anthropologue Patterson identifie le partage systématique comme point clé de l’évolution humaine et rappelle que pendant la majeure partie de notre histoire, les humains ont vécu dans des sociétés sans différence structurelle entre producteurs et non-producteurs7. L’égalité est en réalité une stratégie de survie et de développement qui a accompagné le développement de notre espèce pendant des dizaines de milliers d’années.</p>



<p>La nature humaine n’est pas un frein à l’émancipation. La grande majorité du temps que notre espèce a vécu, elle l’a passée dans des sociétés égalitaires où l’entraide et la solidarité dominaient pour survivre et vivre. Tout son développement démontre qu’une société où la production et la répartition des moyens de subsistance s’organiseraient “de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins”, où les décisions seraient prises collectivement, une société débarrassée de l’exploitation d’une part de l’humanité par l’autre, débarrassée de la domination d’humains sur d’autres humains serait une société qui permettrait à ce qui est véritablement la nature humaine de pleinement s’exprimer.</p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>D’autres sociétés sont possibles, mais avec de nouveaux défis</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>« On peut s’inspirer des anciennes sociétés sans État, puiser des arguments dans ce genre de recherches anthropologiques. En revanche, des nouvelles questions se posent : comment s’organiser pour sortir des énergies fossiles ? Pour gérer ce qu’on peut appeler des « communs négatifs », et dont on va hériter, comme les déchets nucléaires ? Comment construire une société égalitaire à 8 milliards sur terre ?&nbsp;</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Alors, on peut tirer des arguments des recherches de David Graeber, Pierre Clastres et autres anthropologues… mais sans décalquer, pour ne pas négliger les nouveaux défis qui se posent à nous. Mais on va y arriver ! »</em></p>



<p><strong>Mathieu Pastor (Paris 20e)</strong></p>



<p>7 &#8211; Thomas C Patterson, Karl Marx, Anthropologist, 2009 &#8211; Pages 104-105-106</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef">Penny McCall Howard, « Sharing history », International Socialism, 2010 <a href="#0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de">Thomas C Patterson, Karl Marx, Anthropologist, 2009 &#8211; Pages 24-25-26  <a href="#b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b">Reconstitution du crâne de Toumaï, Hominides https ://www.hominides.com, 2005 <a href="#b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f">Jean-Renaud Boisserie, « Sa découverte a tout changé : ce que Lucy nous cache encore sur l’évolution des premiers humains », www.futura-sciences.com, 2024 <a href="#1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249"> E. E. Evans-Pritchard, Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d’un peuple nilote, 1940 <a href="#d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117">Sheila McGregor, « Biology is not our destiny », International Socialism, 2025 <a href="#6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<item>
		<title>Pour une écologie révolutionnaire</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-revolutionnaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 14:45:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalocène]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie révolutionnaires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=11379</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Nous sommes aujourd’hui face à un constat qui ne peut être réfuté : la crise environnementale est en cours, et ses conséquences meurtrières n’auront de cesse de se <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-revolutionnaire/" title="Pour une écologie révolutionnaire">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/ecologie.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué écologie."></object><a id="wp-block-file--media-789a0264-d792-43c7-919b-65f7a720daa7" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/ecologie.pdf">écologie</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/ecologie.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-789a0264-d792-43c7-919b-65f7a720daa7">Télécharger</a></div>



<p><em>Nous sommes aujourd’hui face à un constat qui ne peut être réfuté : la crise environnementale est en cours, et ses conséquences meurtrières n’auront de cesse de se renforcer dans les années à venir. Face à cette catastrophe, il est de notre responsabilité de construire une réponse politique ancrée dans des réalités matérielles. Sur quelles bases souhaitons-nous construire cette riposte ? Quelle stratégie voulons-nous construire pour faire face à un système qui détruit les conditions mêmes de la vie ? « Les perspectives sont sombres : d’où la nécessité de se lancer dans l’action » écrit Andreas Malm. À l’heure du désastre climatique, seule l’humanité peut se sauver elle-même.&nbsp;</em></p>



<p><strong>La seule écologie cohérente est une écologie anticapitaliste&nbsp;</strong></p>



<p>Afin de développer une stratégie cohérente et efficace pour lutter contre la crise environnementale, il faut d’abord en comprendre la cause. Comme le souligne John Bellamy Foster, professeur de sociologie, ce n’est pas la nature qui est en crise, c’est le capitalisme. La crise environnementale est donc l’une des nombreuses conséquences de la crise d’un système tourné vers une croissance infinie. C’est pour cette raison que nous choisissons de parler de capitalocène, et non d’anthropocène : la crise environnementale n’est pas le fait de l’humanité en tant que telle, mais bien d’un système économique et social fondé sur l’exploitation des travailleur&rsquo;ses, l’accumulation du capital et la destruction du vivant. Cette crise est donc une histoire de classe, et l’analyser sous cet angle permet de cibler celleux qui en portent la responsabilité : les capitalistes.&nbsp;</p>



<p>Deux éléments principaux permettent d’illustrer les conséquences destructrices du capitalisme sur le vivant. Le premier élément est le productivisme inhérent au mode de production capitaliste : c’est-à-dire la recherche constante à augmenter toujours plus le volume de la production. Il repose sur l’exploitation des travailleur&rsquo;ses, mais aussi sur l’extraction de ressources naturelles à constamment injecter dans le processus de production. Or ce productivisme est destructeur pour le vivant, car il se fonde sur le postulat que la production peut croître indéfiniment, alors même que nous vivons sur une planète aux ressources finies. Il y a donc une incompatibilité fondamentale entre la logique du capitalisme et la préservation du vivant. La déforestation, l’épuisement des sols, l’extraction minière à outrance, sont des conséquences directes de cette contradiction. Mais le capitalisme ne la résoudra pas de lui-même, car pour lui, s’arrêter de produire, c’est mourir.&nbsp;</p>



<p>Le second élément est la rupture métabolique, concept développé par John Bellamy Foster, à partir des analyses de Marx et d’Engels. Pendant des millénaires, les humains vivaient près des terres qu’ils cultivaient et ils mangeaient ce qu’ils produisaient sur place. Les déchets organiques retournaient au sol et les nutriments faisaient un cycle, et un équilibre existait. Avec le capitalisme et l’industrialisation, deux choses changent : les paysan&rsquo;nes quittent les campagnes pour aller travailler en ville dans les usines (c’est la séparation ville/campagne), et l’agriculture s’industrialise. On produit donc massivement pour le marché et les aliments partent loin de là où ils ont poussé. Donc les nutriments extraits du sol ne lui reviennent jamais. Le sol s’appauvrît, et pour compenser, on utilise des engrais chimiques, des pesticides. Le cycle naturel est rompu, c’est la rupture métabolique.&nbsp;</p>



<p>Ainsi le capitalisme, par sa nature même et ses contradictions, ne peut pas apporter de réponses à la crise environnementale. Une écologie politique cohérente ne peut donc être qu’une écologie anticapitaliste. Mais ce constat ne suffit pas, et, comme on peut l’observer actuellement, le mouvement écologiste est en perte de vitesse. Il ne parvient plus à mobiliser massivement, comme il a pu le faire avec le mouvement climat de la fin des années 2010, et il a du mal à s’adapter face à la répression et à la criminalisation de ses militant&rsquo;es. Afin de répondre à ces enjeux, il faut aller plus loin que la seule critique du capitalisme : il nous faut une écologie porteuse d’un nouveau projet de société politique et social : il nous faut développer une écologie révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p><strong>Construire une écologie révolutionnaire : Développer une conscience écologique de classe&nbsp;</strong></p>



<p>Cette écologie révolutionnaire doit se construire en intégrant une lecture de classe. En effet, la crise environnementale nous concerne tous·tes, même les bourgeois. En revanche, nous ne sommes pas tous·tes égaux·les face à cette crise. Nous avons des intérêts contradictoires avec les bourgeois qui profitent de la crise pour poursuivre leurs affaires. Notre classe, elle, cherche juste à sauver sa peau face à une catastrophe sans précédent. D’ici 2050, c’est 200 millions de personnes déplacé&rsquo;es, une personne sur deux atteinte de cancer, des conditions de travail de plus en plus difficiles avec l’intensification et la multiplication des épisodes caniculaires&#8230; La lutte écologique, c’est donc une lutte sociale pour sauver nos conditions d’existence sur cette planète : celles des travailleur&rsquo;ses, des jeunes, des vieux, des vieilles, des paysan&rsquo;nes, des peuples autochtones – en bref, les exploité&rsquo;es et les opprimé·es que le capitalisme menace de sacrifier en masse.&nbsp;</p>



<p>Comment faire pour permettre à notre classe de se saisir de la lutte écologique ? L’idée de développer une conscience écologique de classe est au centre de cet article. Cette expression désigne la capacité de notre classe à comprendre que sa position dans la production la place au cœur des contradictions écologiques, qu’il y a une nécessité à refuser le chantage entre emploi et environnement et qu’il faut revendiquer un contrôle collectif sur les finalités et les modalités de la production afin de rendre compatibles les besoins sociaux et les équilibres écologiques. Notre classe doit prendre conscience que c’est la classe bourgeoise la responsable de la crise. Cette conscience écologique de classe, nous devons la construire par en bas, dans les quartiers, les villes, les villages, les organisations de lutte et les syndicats.&nbsp;</p>



<p>Développer une conscience écologique de classe, c’est aussi réaliser que l’écologie est un enjeu pleinement relié au monde du travail. La production est en effet un espace clé des contradictions écologiques du système capitaliste : choix des matières premières, chaînes logistiques, logiques productivistes, exposition aux polluants etc. Les travailleur&rsquo;ses sont donc placé&rsquo;es au centre de ces logiques contradictoires, et ont donc le pouvoir de créer un rapport de force. Construire cette conscience, c’est donc pointer du doigt que les logiques qui épuisent les corps, sont les mêmes qui épuisent les sols, et le vivant dans la globalité. Les injonctions à la croissance, et au productivisme, nous mènent donc à la destruction des conditions d’habitabilité sur la Terre.&nbsp;</p>



<p>Une écologie révolutionnaire commence donc par la prise de conscience que notre classe, dans sa diversité, est à la fois victime de la crise environnementale, et capable de renverser l’ordre responsable de cette crise.&nbsp;</p>



<p><strong>Construire une écologie révolutionnaire : comment faire concrètement ?&nbsp;</strong></p>



<p>Cette conscience écologique de classe reste à construire, nous ne prétendons pas donner une recette infaillible pour la faire émerger. Néanmoins, nous proposons quelques bases qu’il semble important de développer dans le mouvement. Afin de construire cette conscience écologique de classe, il faut mettre en place des modes d’actions et des revendications cohérentes dans l’objectif de massifier et de rendre accessible l’écologie à l’ensemble de notre classe.&nbsp;</p>



<p>Actuellement, un certain nombre de stratégies issues de collectifs écologiques militants reposent sur des actions de désobéissance civile, qui sont extrêmement exigeantes (blocages longs, occupations, mobilisations quasi permanentes, disponibilité totale, intensité forte).&nbsp;</p>



<p>Cette stratégie a des limites, notamment compte tenu du fait de la posture minoritaire qu’elle donne au mouvement écologiste. Ces actions de désobéissance civile ne sont pas accessibles à tou&rsquo;tes car elles impliquent des risques judiciaires. De fait, les personnes ne rentrant pas dans les normes attendues par ce système sont bien plus exposées à la répression de la police et de la justice.&nbsp;</p>



<p>Il est donc nécessaire d’adapter les modes d’actions pour massifier le mouvement et le rendre accessible à l’ensemble de notre classe. Cela implique de la construire dans chaque quartier, en partant des situations concrètes : logements insalubres, mauvaise isolation, factures énergétiques trop élevées, restrictions d’eau l’été, accès inégal aux services essentiels. C’est là que l’écologie cesse d’être abstraite et devient immédiatement politique. En s’ancrant dans ces réalités, il devient possible de construire des formes d’organisation accessibles, compatibles avec la vie quotidienne, et capables d’élargir la base sociale du mouvement. À l’inverse, un militantisme centré sur des actions très engageantes mais déconnectées de ces conditions reste minoritaire et finit par tourner en circuit fermé. Une écologie révolutionnaire conséquente doit donc construire des formes d’action plus larges et reproductibles, mais aussi protéger concrètement ses membres face aux risques qu’elle produit elle-même.&nbsp;</p>



<p>Afin d’ancrer l’écologie dans des réalités sociales, il y a nécessité à construire des alliances entre les mouvements écologistes et les travailleur&rsquo;ses. Quelques exemples récents montrent que ces convergences sont possibles. On peut citer la campagne « Soulèvement des salaires », mené par les Soulèvements de la Terre en soutien aux grévistes de Gennevilliers de la CGT Géodis, mobilisé·es pour une augmentation de leurs salaires. Cette mobilisation a permis de montrer que le secteur de la logistique est non seulement un milieu écocidaire, mais aussi un milieu destructeur pour les travailleur&rsquo;ses. L’alliance entre certains collectifs écolo, les cheminot&rsquo;es et les syndicats, contre le démantèlement du fret ferroviaire est un autre exemple de la façon dont on peut rassembler ces acteurs. En construisant des revendications écologiques en lien avec des revendications sociales, on peut mobiliser à la fois contre le productivisme destructeur, et contre l’exploitation de notre classe. Mais, aujourd’hui, ces alliances restent fragiles et peu nombreuses : la place des travailleur&rsquo;ses reste un impensé dans les mouvements écologiques, et l’écologie reste un thème marginal dans les revendications des travailleur&rsquo;ses.&nbsp;</p>



<p>En prenant conscience des contradictions du capitalisme, on prend aussi conscience de l’aspect destructeur du productivisme. Cette écologie révolutionnaire, elle se veut aussi révolutionnaire dans son rapport au vivant. La conscience écologique de classe implique de repenser notre rapport au vivant. Aujourd’hui, pour répondre aux logiques productivistes, le vivant est perçu comme un simple outil, ce qui se traduit donc par l’exploitation des sols, des animaux et des ressources. Pour rompre avec cette vision destructrice, il nous faut prendre conscience que nous faisons partie d’un écosystème dont l’ensemble des composantes sont interdépendantes. De fait, si nous déséquilibrons un élément de cet écosystème, c’est l’ensemble qui est déstabilisé. Nous ne pouvons pas poursuivre cette exploitation du vivant, tout en pensant que cela n’aura aucune conséquence. Il faut donc penser de nouveaux modes de production, un nouveau rapport au travail, aux technologies et à notre quotidien. Il faudra faire des choix sur ce que nous garderons, tant dans la production que la consommation.&nbsp;</p>



<p>Parce que nous savons que les capitalistes n’ont d’autres intérêts que de s’enrichir sur la crise environnementale, parce que notre classe est directement exposée à ces conséquences meurtrières, parce que nous croyons que seule notre classe, dans sa pluralité, est à même de lutter pour sa survie et pour celle des générations futures, il est dans notre intérêt vital de construire une écologie révolutionnaire. Il nous faut lutter pour la protection du vivant, en s’organisant par en bas, dans notre classe, pour construire une conscience écologique de classe, ancrée dans des revendications matérielles. Les barrières sont nombreuses, mais pas insurmontables. Il nous faut créer des alliances, construire des revendications à la fois sociales et écologiques. Il nous faut rendre nos stratégies d’actions accessibles pour massifier et construire un front commun pour renverser le rapport de force et déborder ce système capitaliste destructeur du vivant.&nbsp;</p>



<p>Anouk (Paris XXe)</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Front populaire, antifascisme et révolution : </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 02:21:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[processus révolutionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>3 leçons</strong></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué front populaire."></object><a id="wp-block-file--media-f2213636-5010-47e0-91d1-8f123fab3007" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf">front populaire</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-f2213636-5010-47e0-91d1-8f123fab3007">Télécharger</a></div>



<p>Ce que l’on appellera ici la période du Front populaire a commencé en 1934 par un mouvement antifasciste populaire et de masse. Elle a apporté des leçons cruciales pour toutes celles et ceux qui se posent la question de l’articulation entre lutte contre le fascisme et contre le capitalisme.</p>



<p>Début 1934, en France, l’ambiance n’est pas à gauche ! Il y a un million de chômeur&rsquo;euses et plus de 50% des travailleur·euses ont des horaires réduits. Aucun gouvernement n’arrive à obtenir une majorité stable. Le mouvement social est déprimé. Les grèves sont à un niveau historiquement bas et généralement battues. Les syndicats sont divisés et faibles. Deux CGT, l’une liée au parti socialiste et l’autre au parti communiste, se font la guerre et rassemblent à elles deux seulement 750 000 membres<sup data-fn="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2" class="fn"><a href="#66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2" id="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2-link">1</a></sup>. L’extrême droite est à l’offensive. Plusieurs « ligues », violemment nationalistes et racistes, parfois ouvertement fascistes, ont des dizaines de milliers de membres avec des formations paramilitaires de milliers de membres.</p>



<p>En Allemagne Hitler est chancelier depuis un an. En quelques mois il a détruit le mouvement ouvrier le plus puissant du monde, syndicats comme partis, communiste et social-démocrate. Ces organisations ont été détruites sans combat, victimes de leur sectarisme mutuel. Paradoxalement cela va servir d’alerte en France.</p>



<p><strong>Le printemps des comités antifascistes</strong></p>



<p>Apparaissant comme une tentative de coup de force fasciste, une manifestation des ligues le 6 février 1934 à Paris déclenche une riposte de masse.</p>



<p>Des manifestations éclatent dès les jours suivants. Dès le 7 février, à Lyon des contre-manifestant&rsquo;es dirigé·es par le secrétaire départemental de la CGT dégagent les fascistes qui se rassemblent chaque jour sur la Place Bellecour. Le 8 février les dockers de Concarneau refusent de décharger un bateau allemand qui porte un pavillon nazi tandis qu’à Brest un meeting d’urgence réunit 2500 participant&rsquo;es ! Le 9 février une manifestation communiste fait 6 morts à Paris dans des affrontements avec la police. Et le lundi 12 février, la France est paralysée par 5 millions de grévistes et des manifestations dans 346 villes.&nbsp;</p>



<p>C’est une lame de fond. Des comités locaux sont créés dans tout le pays. Daniel Guérin évoque 3000 comités<sup data-fn="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2" class="fn"><a href="#6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2" id="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2-link">2</a></sup>. Les historien·nes parlent aujourd’hui d’un « printemps des comités<sup data-fn="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea" class="fn"><a href="#83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea" id="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea-link">3</a></sup> ».</p>



<p>Ces comités sont des initiatives locales, généralement unitaires, d’où la diversité des noms : comités de vigilance, comités de lutte contre le fascisme, comités de défense républicaine&#8230; Au Havre il y a des comités dans les quartiers ouvriers et marins et dans les villes de la banlieue ainsi que des comités d’usine et de chantier. A l’été 1934 ces comités organisent plus de 3000 personnes. Dans le Finistère des comités apparaissent à Carhaix, Brest, Morlaix, Elliant, Pont-l’Abbé, Concarneau, Lesconil et Quimper. Dans d’autres communes, ce sont les comités de défense laïque qui en font état comme à Moëlan-sur-Mer, Riec-sur-Belon, Quimperlé ou Rosporden.</p>



<p>Partout, les comités barrent, par tous les moyens, la route aux fascistes. Ils remplissent, avant eux, leurs salles de meeting comme à Givors. Ou bien ils bloquent la salle comme à Grenoble où 3000 manifestant·es montent même des barricades. Dans les départements ruraux les contre-manifestations mobilisent toute la région. Les affrontements sont parfois violents. En septembre 1934 dans le 20e arrondissement de Paris un jeune militant socialiste est tué dans un rassemblement pour interdire une réunion des Jeunesses patriotes.</p>



<p>Mais d’autres moyens sont aussi utilisés. La Fédération socialiste du Rhône publie les noms et adresses des commerçants Croix-de-feu. Des meetings massifs, conférences, fêtes populaires se tiennent. Fin août 1934, dans le Finistère, 2000 personnes assistent à un meeting à Pont-l’Abbé !</p>



<p><strong>Défaite des fascistes</strong></p>



<p>Le mouvement ne met pas fin aux ligues. Mais il limite leur audience et la circonscrit à une partie de ces couches sociales qui constituent le noyau du fascisme : petite bourgeoisie traditionnelle, classes moyennes, fonctionnaires de police et de l’armée&#8230;</p>



<p>Pour prétendre accéder au pouvoir le fascisme doit élargir cette base sociale. Du côté de la classe ouvrière et du côté de la classe dirigeante. Le mouvement des comités fait obstacle à cet élargissement des deux côtés.</p>



<p>Il réveille le mouvement ouvrier et suscite une effervescence qui fait renaître la gauche sur tout le territoire ! Pour la classe dirigeante, les ligues ne sont – au moins temporairement &#8211; pas un recours mais un problème, pas un facteur d’ordre mais un facteur de désordre.</p>



<p>Et les craintes de la classe dirigeante sont fondées. Le réveil du mouvement ouvrier ne se cantonne pas à la lutte antifasciste.</p>



<p>Gérard Noiriel<sup data-fn="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695" class="fn"><a href="#1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695" id="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695-link">4</a></sup> indique qu’« à partir de 1934, dans la plupart des bassins miniers, la mobilisation retrouve une ampleur inconnue depuis 1920 ». À Saint-Nazaire en 1935 la ville est bloquée par les militant&rsquo;es de la CGT pour s’opposer à l’arrêt de la construction d’un navire. Au début de 1936, 4500 ouvrier&rsquo;es grévistes organisent un comité de résistance qui mobilise l’ensemble de la population locale.</p>



<p>À Rennes en juillet 1935 près de 2000 personnes se réunissent à la Maison du peuple puis partent en cortège, brisent les cordons de police aux cris de « Tant pis s’il y a du sang ! ». Début août des grèves insurrectionnelles éclatent à partir des arsenaux à Brest et Toulon. Trois ouvriers sont tués dans les affrontements.</p>



<p>À La Mure, dans le Dauphiné, début 1936, une grève des mineurs est soutenue par la population, commerçants, paysans, anciens combattants. Les couches sociales attirées par le fascisme se tournent vers la classe ouvrière&#8230;</p>



<p>Voilà la première leçon de cette période du Front populaire : ce ne sont pas les luttes sociales qui font mécaniquement reculer le fascisme, c’est la lutte contre le fascisme qui dynamise les luttes sociales.</p>



<p><strong>L’explosion de mai-juin</strong></p>



<p>La victoire de la gauche aux législatives le 3 mai 1936 est le signal qui fait exploser ce qui grandissait depuis février 1934 : les patrons vont payer. Alors, sans même attendre la nomination du gouvernement un mouvement de grèves et d’occupations d’usines démarre comme une vague qui n’arrête pas de monter.&nbsp;</p>



<p>En quelques semaines, 2 à 3 millions de travailleur&rsquo;euses vont se mettre en grève dans 12 000 entreprises dont 9000 seront occupées ! Quand une occupation s’arrête parce que les revendications ont été gagnées, c’est pour s’étendre à la voisine. Et la première s’y remet alors pour de nouvelles revendications.</p>



<p>Ce sont les patrons qui demandent au gouvernement une rencontre avec les syndicats pour endiguer le mouvement. C’est ainsi que sont signés les accords de Matignon le 8 juin tandis que le gouvernement s’engage à accorder par la loi ce qui ne relève pas des accords. Ce qui est présenté comme « les acquis du Front populaire » sont le fruit du mouvement et non du gouvernement : congés payés, augmentations de salaires, semaine de 40H, conventions collectives, droits syndicaux&#8230;.</p>



<p>Mais le mouvement s’étend encore à la suite de ces accords ! Le bâtiment s’en mêle, les dockers entrent en lutte. Le 10 juin « les employé·es de pharmacie, les coiffeur·ses, les boulanger·es, les ouvriers et ouvrières du bois, de la confection, de la maroquinerie, les garçons bouchers, les laveur·ses de voitures, les concierges, les lads d’écurie, les représentant·es d’aspirateur cessent le travail. A Paris même le Lido est en grève : le personnel occupe le cabaret<sup data-fn="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842" class="fn"><a href="#dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842" id="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842-link">5</a></sup>. »</p>



<p>C’est la deuxième leçon de la période du Front populaire : l’anticapitalisme n’est pas un préalable à l’action antifasciste de masse, c’est l’action antifasciste de masse qui ouvre à une radicalisation anticapitaliste.</p>



<p><strong>Un processus révolutionnaire</strong></p>



<p>Nous avons choisi ici de décrire le Front populaire comme période plutôt que comme politique (celle des partis de gauche, celle du gouvernement). C’est sous cet angle que l’on peut comprendre la radicalisation de masse à partir de la riposte antifasciste.</p>



<p>C’est aussi sous cet angle que l’on peut comprendre le développement du mouvement de grèves et d’occupations en mai et juin, la combinaison entre revendications très spécifiques à un lieu de travail et revendications globales. La révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg avait décrit ce phénomène à partir de la révolution russe de 1905. Dans ce processus qu’elle dénommait « grève de masse » elle mettait en lumière comment la classe ouvrière pouvait faire « classe » et devenir révolutionnaire.</p>



<p>Cette période en est une illustration. Au cœur de la phase des comités se trouvaient les secteurs de la classe ouvrière les plus organisés. Une étude a montré la corrélation entre l’ampleur de la riposte du 12 février 1934 et l’implantation syndicale<sup data-fn="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4" class="fn"><a href="#0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4" id="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4-link">6</a></sup>. Dans les villages ruraux, le développement des comités a été l’œuvre du syndicat des instituteurs. Ce sont les militant·es, les syndicalistes révolutionnaires, les communistes, les membres de la gauche du parti socialiste qui ont été moteurs.</p>



<p>Puis la lutte antifasciste a fécondé le terrain pour la multiplication des conflits sur des bases économiques.&nbsp;</p>



<p>Et cette combativité retrouvée a éveillé à la lutte les secteurs les moins organisés. En mai-juin 1936 nous avons l’image inversée de 1934. Ce sont les secteurs les moins syndiqués (métallurgie, chimie, textile, le commerce&#8230;) qui sont à la pointe du combat. Ce sont aussi ceux où le syndicat se développe le plus. La CGT passe de 1 million de membres juste avant mai 1936 à plus de 4 millions !</p>



<p>Les secteurs mobilisés en 1934 ne font pas grève en juin : liés aux partis qui gagnent les élections ils et elles se reposent alors sur le gouvernement. Sur la durée, le processus brasse toute la classe ouvrière, dans toute sa diversité et ses différents secteurs, la politise et l’organise. La possibilité de la révolution comme émancipation des travailleur·euses par elles-mêmes et eux-mêmes apparaît alors. Car il ne s’agit pas seulement de mise en action. Il s’agit aussi de conscience et d’organisation. De la conscience antifasciste à la conscience de classe : en quelques mois c’est le parti communiste, perçu largement comme révolutionnaire, qui explose : de 50 000 membres à plus de 200 000 !&nbsp;</p>



<p>Après l’été 1936, puis en 1937 et 1938, les grèves reprennent, se multiplient, même si ce n’est pas la vague de juin. Cette fois, les secteurs non mobilisés en juin sont concernés, pour imposer l’application des acquis, puis empêcher qu’ils soient repris, puis se battre contre les mesures des gouvernements de plus en plus à droite qui se succèdent. C’est cette fois l’expérience des illusions réformistes et de la trahison des directions qui ouvre la possibilité d’une conscience révolutionnaire à une échelle de masse.</p>



<p><strong>La 3ème leçon</strong></p>



<p>En tant que politique, le Front populaire va détruire le mouvement antifasciste. Dès l’automne 1934, sous l’influence des partis les comités antifascistes deviennent des comités du Front populaire. Il reviendra à l’État d’interdire les organisations fascistes. En juin 1936, le gouvernement dissout effectivement ce qui reste des ligues. Les Croix-de-feu se transforment en Parti social français qui avec la démoralisation engendrée par le Front populaire va devenir à partir de 1938 le plus grand parti de masse français (1 million de membres !).</p>



<p>Le 17 mars 1937 c’est la police du Front populaire qui fait tirer sur les antifascistes tentant d’empêcher une réunion du PSF à Clichy !</p>



<p>Le parti communiste avait, avant 1934, défendu l’idée qu’il fallait être anticapitaliste pour lutter contre le fascisme. En Allemagne les nazis avaient détruit le parti communiste. Adoptant la politique du Front populaire, le parti communiste avait ensuite dit qu’il fallait d’abord stabiliser la démocratie bourgeoise pour faire obstacle au fascisme. En France, le parlement du Front populaire finira par interdire le parti communiste puis voter les pleins pouvoirs à Pétain sans riposte d’une classe ouvrière démoralisée.</p>



<p>La troisième leçon de la période du Front populaire est que pour obtenir une victoire définitive sur le fascisme un combat doit être mené au sein même du mouvement, dès ses premières étapes, pour construire une alternative révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p><strong>Denis Godard (Paris 20e)</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2">A titre de comparaison, aujourd’hui il y a plus de 2 millions de syndiqué.es en France. <a href="#66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2">Daniel Guérin, Front populaire Révolution manquée <a href="#6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea">Gilles Vergnon, L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen <a href="#83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695">Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française <a href="#1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842">Ludivine Bantigny, La Bourse ou la vie <a href="#dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4">Antoine Prost, Autour du Front populaire <a href="#0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/">Front populaire, antifascisme et révolution : </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Technofascisme, maxiconfusion</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/technofascisme-maxiconfusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 00:43:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[danger fasciste]]></category>
		<category><![CDATA[technofascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Trajectoire du capital]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 L’historien Robert O. Paxton, spécialiste du fascisme, regrette que ce terme soit utilisé à tort et à travers, au point de désigner « toutes les personnes que vous <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/technofascisme-maxiconfusion/" title="Technofascisme, maxiconfusion">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/technofascisme.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué technofascisme."></object><a id="wp-block-file--media-21b6957f-d4c8-43fc-ba91-e4b1bc0efe60" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/technofascisme.pdf">technofascisme</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/technofascisme.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-21b6957f-d4c8-43fc-ba91-e4b1bc0efe60">Télécharger</a></div>



<p><em>L’historien Robert O. Paxton, spécialiste du fascisme, regrette que ce terme soit utilisé à tort et à travers, au point de désigner « toutes les personnes que vous n’aimez pas<sup data-fn="9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5" class="fn"><a href="#9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5" id="9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5-link">1</a></sup> ». Pour lutter efficacement contre les phénomènes distincts que sont la radicalisation de la classe dirigeante et le danger fasciste, nous avons besoin de bons outils. Le « technofascisme » n’en est pas un.</em></p>



<p>L’analyse du fascisme que l’on retrouve dans le livre Technofascisme, Le nouveau rêve de la suprématie blanche de Norman Ajari s’inscrit dans la lignée de celle du « fascisme tardif » développée par Alberto Toscano. L’idée est que le fascisme est l’aboutissement d’un processus de généralisation à l’ensemble de la société de politiques répressives déjà existantes mais réservées au traitement des minorités notamment racisées.</p>



<p><strong>Le « technofascisme », le projet des milliardaires.&nbsp;</strong></p>



<p>Pour Ajari, un des germes à partir duquel risque de se généraliser une nouvelle forme de fascisme est les grandes entreprises américaines de la tech, détenues par des milliardaires d’extrême droite. Ces derniers perçoivent leurs entreprises comme des véhicules politiques capables de transformer la société, combinant « un travail de sape dirigé contre l’État social et la génération de considérable profit ».&nbsp;</p>



<p>L’exemple central est celui de Peter Thiel, milliardaire américain qui assume avoir investi dans Lyft (entreprise similaire à Uber) dans le but de « remodeler le marché du travail en éliminant les protections dont les travailleurs avaient bénéficié depuis le New Deal ». Son entreprise Palantir fournit aux États des outils militaires et de contrôle social : surveillance de la fraude sociale au Royaume-Uni, localisation d’immigré·es sans-papiers aux États-Unis, aide au ciblage militaire pour Israël.</p>



<p>Ces milliardaires réactionnaires, à la vision politique autoritaire, impérialiste et raciste, se passeraient d’avoir recours au peuple mais viseraient uniquement à influencer l’État et le reste de la classe dirigeante. Un « fascisme », sans parti, sans adhérents, sans mouvement.</p>



<p><strong>La trajectoire du capital et le danger fasciste.&nbsp;</strong></p>



<p>Il est nécessaire de mettre en avant, comme le fait Ajari, l’action d’une fraction de la bourgeoisie qui vise à orienter l’action des États dans un sens favorable à l’accroissement de ses profits. Si nous rejoignons son constat, nous rejetons son analyse.</p>



<p>Historiquement, en Europe, le régime politique qui s’est montré le plus à même de garantir au capitalisme une stabilité a été la démocratie libérale. Mais, en période de crise, lorsque les taux de profits baissent, les attaques contre les travailleur&rsquo;euses doivent s’intensifier ; l’usage des moyens de coercition augmente ; les tensions impérialistes s’exacerbent, l’économie se militarise et les capitaux se rapprochent des États. C’est ce durcissement capitaliste qu’Ajari analyse comme étant le fascisme.</p>



<p>Cette qualification est inexacte. Les mouvements fascistes se développent et agissent au moyen de la mobilisation de masse. S’ils s’enracinent dans les contextes de crises économiques et politiques, s’ils sont renforcés par les politiques autoritaires et racistes des États, s’ils sont in fine appelés au pouvoir par elle, ils se développent de manière autonome de la bourgeoisie et ne se confondent pas avec cette dernière<sup data-fn="3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42" class="fn"><a href="#3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42" id="3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42-link">2</a></sup>.</p>



<p>Aux États-Unis, le danger fasciste repose avant tout sur l’existence d’un mouvement de masse structuré autour de Donald Trump et du mouvement MAGA, comme l’a montré l’assaut du Capitol le 6 janvier 2021. Certains milliardaires jouent un rôle de soutien important, mais ce qui porte Trump, c’est une base militante mobilisable. On retrouve une logique similaire en France. Vincent Bolloré joue un rôle important, mais le danger central réside dans le Rassemblement National, qui cherche à structurer une base de masse. Comme le souligne Robert O. Paxton, « quelle que soit la nature exacte du trumpisme, c’est un phénomène de masse qui vient d’en bas. C’est comme ça, que le fascisme italien et le nazisme ont vu le jour. (…) ; se focaliser uniquement sur ses chefs empêche de comprendre le terreau dans lequel il se développe<sup data-fn="b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754" class="fn"><a href="#b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754" id="b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754-link">3</a></sup> ». On comprend alors pourquoi il est erroné d’analyser le danger fasciste à partir de quelques milliardaires de la Silicon Valley. Considérer l’offensive capitaliste actuelle comme du fascisme, c’est risquer de passer à côté de la menace fasciste réelle &#8211; qui, hier comme aujourd’hui, prend la forme d’un mouvement de masse et doit être combattu comme tel.</p>



<p><strong>Combattre efficacement le fascisme.&nbsp;</strong></p>



<p>Dans sa conclusion, Ajari cite Gramsci pour qui « le fascisme, en tant que phénomène général, ne peut être éradiqué que par un nouveau pouvoir d’État entre les mains du prolétariat, seule classe capable de réorganiser la production et donc tous les rapports sociaux ». Gramsci a raison : le seul moyen de se débarrasser du fascisme en tant que « phénomène général », c’est de se débarrasser une bonne fois pour toute du capitalisme. Mais cela ne répond pas à la menace actuelle : les organisations fascistes se renforcent jusqu’à ce que la classe dirigeante, empêtrée dans la crise, décide de miser sur elles.&nbsp;</p>



<p>Contre cette possibilité, à A2C nous appelons à renforcer les luttes contre le racisme, qui fertilise le sol pour les fascistes, et à construire un front large et massif contre le RN et ses satellites de rue. Comme le 9 mai dernier, empêchons-les de se renforcer et de prendre la rue, en construisant la riposte dans chaque quartier, lieu de travail et d’étude.</p>



<p>Oshka (Paris 20e) et Milig Sinou (Paris 19e)</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5">Courrier International, « Donald Trump est-il fasciste ? Comment l’historien américain Robert Paxton a changé d’avis », 14 septembre 2025 <a href="#9ecfa55a-e9b3-48b0-80d3-633bcbd702a5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42">Brochure Comprendre le fascisme pour mieux le combattre, « Qu’est-ce que le fascisme ? », Vanina Giudicelli <a href="#3d2be451-fa60-4294-8a98-6a3cf6178e42-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754">Courrier International, ibid <a href="#b33f4135-486f-49fa-99b5-163fb1474754-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Arguments pour un antiracisme de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 17:37:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/" title="Arguments pour un antiracisme de classe">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire l&rsquo;article ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas possible de gagner en menant des luttes sans prendre en compte la place du racisme et en particulier celle de l’islamophobie. Inversement, mener des luttes antiracistes sans prendre en compte la question de classe mène à une impasse.</p>



<p>Cela implique une double exigence : combattre le racisme suppose d’attaquer le capitalisme qui le produit, et renverser le capitalisme exige d’affronter le racisme qui divise notre classe. D’où un enjeu stratégique : quel antiracisme permet de construire un bloc populaire large, et quelles stratégies renforcent au contraire les divisions exploitées par la classe dirigeante ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le racisme au coeur du système capitaliste</h3>



<p>Le racisme n’est pas un phénomène intemporel, il est un produit de l’histoire qui apparaît avec l’émergence du capitalisme. Pour Fanon, le racisme n’est pas universel mais culturel, une particularité des sociétés européennes.</p>



<p>Le racisme apparaît avec l’expansion capitaliste à partir de la fin du XVe siècle, notamment avec la colonisation des Amériques et la traite transatlantique. Le développement du capitalisme repose alors sur l’exploitation massive de populations réduites en esclavage, l’expropriation violente de terres et la destruction de sociétés entières.</p>



<p>Dans le même temps, en Europe, s’affirme une idéologie où, sur le marché, des individus libres échangent des marchandises. Pour résoudre cette contradiction : égalité formelle d’un côté, esclavage et colonisation de masse de l’autre, il faut une idéologie qui retire à certain&rsquo;es leur pleine humanité.</p>



<p>W.E.B Du Bois explique donc que ce n’est pas un vieux racisme « précapitaliste » qui aurait rendu l’esclavage possible, mais l’esclavage et l’économie de plantation qui ont nécessité la production d’un discours raciste pour légitimer une violence en contradiction avec les valeurs chrétiennes puis libérales.</p>



<p>Le racisme reste aujourd’hui indispensable au fonctionnement du capitalisme et à la domination bourgeoise.</p>



<p>Il remplit une fonction économique. Dans les années 70, alors que les besoins du capital s’opposent aux revendications des travailleur&rsquo;euses, le recours à une main-d’œuvre immigrée et précarisée, souvent dans l’incapacité de refuser de mauvaises conditions de travail, permet d’assurer la flexibilité de l’offre de travail dont le capital a besoin, tout en préservant en apparence les travailleur&rsquo;euses nationaux.</p>



<p>Pour fonctionner, le capitalisme a besoin que ce traitement discriminant soit accepté par les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes. La fonction du racisme est de faire accepter à la classe ouvrière ce traitement inégal envers l’une de ses composantes.</p>



<p>En plus de justifier une surexploitation économique, le racisme remplit également une fonction politique. Il permet de diviser la classe ouvrière et d’affaiblir celle-ci dans le rapport de force qui l’oppose au capital. Comme le souligne le militant Saïd Bouamama, il consiste à « diviser ceux qui devraient être unis » travailleur&rsquo;euses nationaux et immigré&rsquo;es et à « unir ceux qui devraient être divisés » travailleur&rsquo;euses nationaux et capitalistes.</p>



<p>C’est ce que W.E.B. Du Bois a théorisé comme une « color line » à l’échelle mondiale. La division raciale au sein du prolétariat constitue l’une des bases de la stabilité du capitalisme. Le racisme ne peut donc pas être réduit à un simple préjugé ou à une question morale secondaire. Il constitue un mécanisme central de la domination capitaliste : un outil efficace pour diviser, hiérarchiser et affaiblir la classe ouvrière. En opposant les plus exploité&rsquo;es aux « un peu moins exploité&rsquo;es », il empêche la formation d’un front commun. Tant que cette division opère, la classe reste fragmentée et notre camp structurellement affaibli.</p>



<h3 class="wp-block-heading">À gauche : un « racisme respectable »</h3>



<p>Si le racisme est historiquement un produit de la bourgeoisie, il ne se limite pas à celle-ci. Il traverse l’ensemble de la société, y compris notre classe et ses organisations.</p>



<p>Le racisme est aussi présent au sein de la gauche, qui contribue ainsi à produire un racisme « respectable » articulé aujourd’hui autour de l’islamophobie.</p>



<p>Les années 80 sont un moment décisif dans cette production d’une islamophobie d’État par un pouvoir de gauche. Avec le tournant de la rigueur, le gouvernement socialiste engage des plans de licenciements massifs. Les premiers touchés sont les ouvriers spécialisés (OS) maghrébins, très présents dans les grandes usines automobiles.</p>



<p>Ces travailleurs se mobilisent. Un important mouvement de grève apparaît alors qu’au même moment les revendications antiracistes prennent de l’ampleur avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.</p>



<p>Le gouvernement et le patronat craignent que les OS maghrébins soient rejoints dans la lutte par les ouvriers qualifiés, en très grande majorité blanc&rsquo;hes et français&rsquo;es. La revendication d’une salle de prière ou encore l’usage de l’arabe par des militants syndicaux maghrébins vont alors être instrumentalisés. Dans un contexte international marqué par la révolution iranienne de 1979, les grèves sont présentées comme manipulées par des « intégristes ». On assiste à la construction d’« un problème musulman » visant à diviser et fragmenter la classe ouvrière.</p>



<p>Cette stratégie porte ses fruits. En 1984, lors de l’évacuation de l’usine Talbot par la police, les ouvriers qualifiés chantent « les Arabes au four, les Noirs à la Seine ».</p>



<p>En parallèle, la création de SOS Racisme servira à marginaliser les militant&rsquo;es de la Marche pour l’égalité, au profit d’un antiracisme libéral où le racisme est présenté comme une pulsion intemporelle, produit de l’ignorance de classes populaires à éduquer.</p>



<p>Les offensives islamophobes du pouvoir socialiste continuent avec l’affaire du foulard de Creil en 1989, qui ouvre une longue séquence aboutissant notamment à la loi de 2004 contre le foulard. Cette loi est soutenue non seulement par le PS et le PCF, mais aussi par une partie de l’extrême gauche.</p>



<p>L’islamophobie est devenue la forme centrale du racisme actuel. Moins disqualifiée historiquement que d’autres formes de racisme, elle trouve de nombreux relais à gauche. C’est une forme de racisme qui devient acceptable pour toute une partie de la population au nom de la défense des droits des femmes, de l’anticléricalisme, de la sécurité&#8230;</p>



<p>Une partie du mouvement antiraciste en tire les leçons en défendant la nécessité de son autonomie politique. C’est notamment le cas avec l’appel des Indigènes de la République en 2005. L’autonomie politique et organisationnelle des premier&rsquo;es concerné&rsquo;es a déjà fait la preuve de son efficacité : collectifs de sans-papiers, de mineurs isolés, organisations issues de l’immigration. Cependant, le mouvement antiraciste ne parvient toujours pas aujourd’hui à faire obstacle à l’adoption de nouvelles lois racistes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les limites de l’intersectionnalité et du privilège blanc et la nécessité d’un antiracisme de classe</h3>



<p>L’incapacité du mouvement ouvrier traditionnel à prendre en charge la question du racisme a permis le développement de théories qui ne lient pas la question des oppressions et du racisme à la question de classe.</p>



<p>C’est notamment le cas de l’intersectionnalité, théorie universitaire, qui s’est imposée au sein de nos luttes comme grille d’analyse utile pour penser l’imbrication des mécanismes d’oppression. Mais, si le triptyque « genre, race, classe » est constamment invoqué, la classe est le plus souvent reléguée au second rang. Lorsqu’elle est abordée, c’est rarement sous l’angle de l’exploitation, mais plutôt à travers la notion de « mépris social » : la classe n’est alors traitée que comme oppression déconnectée des rapports de production. Les réponses proposées se réduisent fréquemment à des appels à la « déconstruction », relevant davantage d’un volontarisme individuel que d’une transformation des rapports sociaux.</p>



<p>Une autre notion largement partagée est celle du privilège blanc. Cette idée dresse le constat que les blanc&rsquo;hes bénéficient d’avantages grâce au racisme. Il est évidemment indispensable de reconnaître les inégalités que crée le racisme au sein même de notre classe et il existe effectivement des situations fréquentes où une personne blanche peut bénéficier du racisme, parfois même sans s’en apercevoir : quand elle obtient un logement ou un travail sans savoir qu’un&rsquo;e candidat&rsquo;e plus qualifié a été recalé&rsquo;e car racisé&rsquo;e.</p>



<p>Cette approche du racisme va cependant plus loin. Elle fait le postulat que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont un intérêt matériel au racisme. Leur implication dans la lutte antiraciste devient alors au mieux marginale, au pire contradictoire avec leurs intérêts. Le combat contre le racisme devient conséquemment l’affaire quasi-exclusive des personnes racisées.</p>



<p>Or le rapport de force nécessaire pour gagner contre le racisme ne peut être construit par les seules personnes racisées. C’est ce que démontrent les mobilisations contre les lois Séparatisme ou Darmanin.</p>



<p>Alors, si la nécessité d’alliances larges apparaît évidente, celles-ci sont rendues impossibles si on postule que les blancs ont un intérêt matériel au racisme. C’est une impasse stratégique qui découle d’une mauvaise analyse.</p>



<p>Le problème ne réside pas dans la reconnaissance des inégalités raciales, mais dans l’interprétation de leur signification.</p>



<p>Un antiracisme de classe part d’un autre postulat : les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont davantage à gagner à s’allier avec les travailleur&rsquo;euses racisé&rsquo;es qu’avec leurs employeurs, dont l’objectif est précisément de les exploiter.</p>



<p>Il faut clarifier ce que l’on entend par « privilège ». Un privilège est un avantage indu, illégitime, auquel il faudrait renoncer. Mais dans l’usage, une confusion s’installe souvent entre privilèges et droits. Ne pas subir de violences policières n’est pas un privilège : c’est un droit fondamental qui devrait être garanti à tous&rsquo;tes. Présenter ce droit comme un privilège revient implicitement à accepter sa remise en cause.</p>



<p>Cette logique nourrit la confusion en assimilant des acquis sociaux à des privilèges, effaçant ainsi les luttes qui ont permis de les conquérir. On la retrouve chez H. Bouteldja : « Le capitalisme sous sa forme néolibérale poursuit son œuvre impitoyable. Il grignote vos acquis sociaux ou, pour le dire d’une manière plus juste, vos privilèges ».</p>



<p>Les acquis du CNR obtenus grâce à la lutte armée des FTP-MOI sous le nazisme sont ainsi réduits à des privilèges indus !</p>



<p>D’autres militants, comme Szymanski ou Callinicos, ont montré que le racisme affaiblit matériellement l’ensemble de la classe travailleuse. En divisant les travailleur&rsquo;se&rsquo;s, il empêche la construction de solidarités, tire les salaires vers le bas et renforce le pouvoir patronal. Les travailleur&rsquo;se&rsquo;s blanc&rsquo;hes qui adhèrent à des logiques racistes renforcent aussi leur propre exploitation.</p>



<p>Cette dynamique est flagrante concernant les politiques de sécurité. Les dispositifs sécuritaires, légitimés par des discours racistes et dirigés contre les racisé&rsquo;e&rsquo;s, finissent par se retourner contre l’ensemble de notre classe.</p>



<p>Le racisme fonctionne ainsi comme un mécanisme d’« avantage relatif ». Il ne confère pas un bénéfice absolu, mais un différentiel qui permet d’obtenir le consentement d’une partie des dominé&rsquo;es. Ce consentement a un prix : la fragmentation des luttes et la perpétuation de l’exploitation.</p>



<p>C’est la raison pour laquelle il faut non seulement affirmer que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes n’ont pas intérêt au racisme, mais qu’en luttant contre le racisme aux côtés des racisé&rsquo;es, iels luttent pour leurs intérêts de classe !</p>



<p>Un antiracisme de classe ne consiste donc pas à nier les oppressions spécifiques ni à dissoudre les luttes antiracistes dans une abstraction de la lutte de classe. Il s’agit au contraire de comprendre comment le racisme est produit et utilisé par le capitalisme afin de construire une stratégie capable de le combattre efficacement.</p>



<p>Cela implique de soutenir l’auto-organisation des personnes directement touchées par le racisme, de combattre sans concession l’islamophobie et toutes les formes de racisme, mais aussi de convaincre le plus largement possible au sein de notre classe que ces combats sont les siens.</p>



<p>Car chaque victoire raciste renforce notre adversaire commun. Chaque division imposée entre travailleur&rsquo;euses renforce le patronat, l’État et les forces réactionnaires. À l’inverse, chaque lutte commune contre le racisme renforce notre capacité collective à nous organiser et à nous défendre.</p>



<p>L’antiracisme de classe ne repose donc pas sur la culpabilisation ou la concurrence des oppressions, mais sur une stratégie d’unité des exploité&rsquo;es et des opprimé&rsquo;es contre celles et ceux qui profitent de leur division.</p>



<p>Dans un contexte de montée de l’extrême droite, de guerres impérialistes et d’offensives racistes, cette perspective n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire.</p>



<p>Hugo (Toulouse), Shems (Marseille)</p>



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