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	<title>Écologie Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Écologie Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Canicule : penser la riposte de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/canicule-penser-la-riposte-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jun 2026 07:34:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[canicule]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">On ne peut pas y échapper, nous traversons actuellement la deuxième canicule de l&#8217;année, avec des températures de plus de 40 degrés parfois, qui impactent tous les aspects de la vie, du travail à la <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/canicule-penser-la-riposte-de-classe/" title="Canicule : penser la riposte de classe">[...]</a></div>
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<p>On ne peut pas y échapper, nous traversons actuellement la deuxième canicule de l&rsquo;année, avec des températures de plus de 40 degrés parfois, qui impactent tous les aspects de la vie, du travail à la santé ou à l&rsquo;éducation. Pourtant, on comprend que la trajectoire du capitalisme est telle que, sans transformation majeure de la société, cet été sera le moins chaud du reste de nos vies. Cette canicule, elle n&rsquo;est pas due à un changement de météo, alors comment politiser cette canicule et ses conséquences ?</p>



<p>Interview de Anouk, militante à A2C Paris, investie dans les luttes écologistes et révolutionnaires et de Mathilda, Aude et Armel&nbsp; miltiant&rsquo;es à A2C Rennes qui nous racontent les tentatives de mobilisations dans leurs secteurs et lieux de travail.&nbsp;</p>



<p><strong>&nbsp;De quoi la canicule est-elle le symptôme ?</strong></p>



<p><strong>Anouk&nbsp; :</strong>&nbsp; ce qu&rsquo;il se passe avec la canicule actuelle et le traitement médiatique qui en est fait c&rsquo;est que tous les journaux, tous les médias parlent de la climatisation, ses bénéfices, ses effets négatifs. Ce n&rsquo;est pas du tout l&rsquo;angle sous lequel il faut traiter cet épisode climatique et il faut vraiment réussir à se détacher de cette approche qui dépolitise complètement la canicule.</p>



<p>On entend dans l&rsquo;émission le Quotidien&nbsp;  » Voilà, on a tous chaud  » mais ce n&rsquo;est pas vrai. &nbsp; Bernard Arnault sur son yacht il n&rsquo;a pas aussi chaud que quelqu&rsquo;un qui vit sous les toits dans une bouilloire thermique, ce n&rsquo;est pas du tout la même réalité,&nbsp; pas du tout la même manière de vivre la canicule .&nbsp;</p>



<p>Quand on parle de la canicule c&rsquo;est hyper important de comprendre d&rsquo;où elle vient et qui sont les personnes qui sont responsables parce que ça permet justement par la suite de pouvoir réfléchir aux causes de ce type d&rsquo;épisodes climatiques qui vont se répéter . Ça fait des années que c&rsquo;est expliqué par des chercheurs et des chercheuses .&nbsp;</p>



<p>Je vais m&rsquo;appuyer sur les analyses d&rsquo;Andreas Malm dans son livre <em>L&rsquo;anthropocène contre l&rsquo;histoire</em>. Le fond du problème vient d&rsquo;une transition vers un mode de production qui est le capitalisme industriel en Angleterre au 19ème siècle où l&rsquo;on est passé d&rsquo;une économie utilisant l&rsquo;eau comme source d&rsquo;énergie à une économie utilisant de la vapeur notamment grâce au charbon. En fait ce n&rsquo;était pas vraiment une technique plus efficace, elle était&nbsp; même plus chère. Mais elle avait d&rsquo;autres avantages : permettre de discipliner la main d&rsquo;œuvre,&nbsp; de ne pas dépendre des conditions difficiles d&rsquo;approvisionnement en eau donc des saisons. Cela permettait d&rsquo;avoir une énergie beaucoup plus stable et donc beaucoup plus productive. Ce capitalisme industriel qui repose sur l&rsquo;exploitation de toutes les énergies fossiles n&rsquo;est pas arrivé par hasard comme simple une découverte technique. C&rsquo;est vraiment un choix qui a été politique et social dès le début.&nbsp;</p>



<p>Et aujourd&rsquo;hui le capitalisme dépend complètement des énergies fossiles. On a donc de grosses entreprises qui investissent dans des mégaprojets qui détruisent l&rsquo;environnement et des personnes qui y travaillent. On peut citer le méga projet pétrolier de Total en Ouganda qui est un véritable désastre. En 2023 plus de 700 milliards de dollars étaient investis dans l&rsquo;extraction de combustibles fossiles.</p>



<p>Le problème c&rsquo;est que l&rsquo;utilisation des énergies fossiles émet des gaz à effet de serre.&nbsp; Ce n&rsquo;est pas juste un réchauffement de la planète mais c&rsquo;est un dérèglement total où on peut avoir des épisodes de canicule comme aujourd&rsquo;hui mais aussi des épisodes de froid très intense. Avec des conséquences multiples qui ne touchent pas tout le monde de la même manière.&nbsp; Les personnes qui polluent le plus,&nbsp; les capitalistes qui&nbsp; détiennent les moyens de production, qui exploitent à la fois la terre et les travailleureuses sont à l&rsquo;abri des conséquences de ces dérèglements environnementaux et climatiques. Ils travaillent et vivent dans des espaces climatisés ou peuvent s’échapper vers&nbsp; les endroits où il fait moins chaud. Nous on ne peut pas faire ça, on ne peut pas partir, on est obligé de subir la canicule.&nbsp; Ça se traduit par des morts dues à des conditions de travail extrêmes.</p>



<p>Il faut bien avoir en tête que cette canicule est le produit de deux siècles d&rsquo;utilisation des énergies fossiles.</p>



<p><strong>Sur les lieux de travail, la situation est souvent très difficile pour les travailleureuses. Quelles résistances ont existé cette semaine pour exiger de meilleures protections face à la chaleur ?</strong></p>



<p><strong>Mathilda :</strong> Je suis syndiquée à la CGT commerce, j&rsquo;ai monté une section syndicale de coiffeuse. Je me suis beaucoup mobilisée&nbsp; sur cette question en apprenant qu&rsquo; il y a eu des&nbsp; décès au travail, notamment un jeune de 19 ans dans le BTP&nbsp; sans que rien ne se passe&nbsp; au niveau de mon syndicat. Je me suis demandé ce qu&rsquo;on peut faire, j&rsquo;ai eu besoin de poser des questions, de parler avec d&rsquo;autres&nbsp; pour savoir comment se mobiliser.&nbsp; On s&rsquo;est fait une visio le lundi matin, on était 5, dont deux délégués de la CGT. On a&nbsp; décidé d&rsquo;un tract pour rencontrer, informer, alerter les travailleureuses notamment sur le danger auquel on allait être exposé&rsquo;es, nos droits, le droit de retrait, les devoirs des employeurs&#8230; Avec l’idée de rattacher nos conditions propres de travail aux conditions globales de tous les&nbsp;</p>



<p>travailleureuses.</p>



<p>On s&rsquo;est retrouvés le mercredi matin pour tracter dans trois centres commerciaux où on a des collègues qui travaillent sous plus de 40 degrés. Pendant cette tournée-là, on était trois camarades de la CGT à faire le tour des commerces notamment la restauration et la coiffure et on a eu des discussions super intéressantes, sur le fait que c&rsquo;est grave que rien ne soit mis en place et qu&rsquo;on s&rsquo;expose à un réel danger en travaillant dans ces conditions-là. On a fait un deuxième tractage le lendemain avec l&rsquo;idée de relever un peu tous les endroits où il y avait eu des choses qui nous avaient alertés, rythme de travail maintenu, température&nbsp; au-delà de 40 &#8230;</p>



<p>On a évoqué aussi le fait de faire des collages dans la rue pour rendre visible le soutien de toutes les personnes qui doivent subir ça et se faire exploiter et le besoin de s&rsquo;arrêter de travailler.</p>



<p>Ca fait un peu mal au cœur de se dire qu&rsquo;on est si peu à se mobiliser. En fait c&rsquo;est difficile, ça demande un temps énorme d&rsquo;aller voir chaque travailleureuse, chaque lieu de travail&#8230; Il faudrait que les secteurs se mobilisent par eux-mêmes mais ce n&rsquo;est pas forcément un réflexe, d&rsquo;autant plus que les gens sont dépassés et peu au fait de leurs droits comme le droit de retrait. Pour l&rsquo;exercer, il faut avoir la confiance. Il y a le fait aussi que beaucoup sont des non-syndiqués et ne savent pas par où commencer. Syndiqué ou pas, il faut se mobiliser et être en solidarité avec ses voisins, les secteurs d&rsquo;à côté de son travail.</p>



<p>Mais c&rsquo;est un début. On sait que la vague de chaleur va passer mais qu&rsquo;il y en aura d&rsquo;autres. A ce moment-là on sera un peu plus et c&rsquo;est comme ça aussi que ça va marcher !&nbsp;</p>



<p><strong>Aude :</strong> je travaille dans le social et j&rsquo;accompagne dans ce qu&rsquo;on appelle un habitat regroupé&nbsp; des personnes en situation de handicap et là cette semaine, on a beaucoup parlé de se mettre en grève en fait parce que on se retrouve dans une situation où on a l&rsquo;impression d&rsquo;être aussi maltraitante envers les personnes qu&rsquo;on accompagne. Dans leurs logements la température monte entre 30° et 35° et ils font plusieurs malaises.&nbsp;</p>



<p>On réfléchit donc à se mettre en grève sur des revendications pour des conditions dignes pour les personnes qu&rsquo;on accompagne et des conditions de travail plus tenables. Pour l&rsquo;instant on a un peu du mal à convaincre que la grève pourrait se faire. Certains pensent qu&rsquo;elle ne marcherait pas, que les parents sont trop condescendants mais j&rsquo;ai pas mal de collègues sur des contrats courts qui pourraient être convaincus.</p>



<p><strong>La canicule entraîne-t-elle une prise de conscience des travailleureuses sur les liens entre changement climatique et capitalisme ? Les syndicats réussissent-ils à politiser la canicule ?&nbsp;</strong></p>



<p><strong>Mathilda </strong>: Ce qui ressortait c&rsquo;était l&rsquo;urgence d&rsquo;anticiper cette semaine-là qui allait mettre en danger une vague énorme de travailleureuses.&nbsp; Mais il y a vraiment un truc très clair sur le rapport d&rsquo;exploitation surtout dans les toutes petites entreprises du secteur où il y a plus de proximité avec le patron. Quand on discute avec les gens ça met vraiment en lumière le fait qu&rsquo;on n&rsquo;est pas dans le même panier.&nbsp; Par exemple la climatisation, elle est dans la salle où les&nbsp; clients consomment mais à l&rsquo;arrière dans les salles de pause ou dans la cuisine il n&rsquo;y en a pas, on subit parce que apparemment c&rsquo;est pas hygiénique d&rsquo;après la patronne. Ce ne sont pas ceux qui te disent de continuer de travailler qui vont subir la canicule. Et quand bien même le patron qui contrôle subit aussi la canicule, qu&rsquo;il veut continuer à travailler, c&rsquo;est son choix. Par contre au final, on ne va pas gagner les mêmes choses et un travail salarié ça reste un travail salarié, ce n&rsquo;est pas notre entreprise. Ce qu’on vit montre qu&rsquo;il y a un intérêt des travailleureuses à se protéger et à s&rsquo;organiser par elleux-même.&nbsp;</p>



<p><strong>Pour l&rsquo;instant, on a parlé de luttes des travailleureuses importantes, de survie, pour se protéger des conséquences immédiates du capitalisme. Mais comment peut-on imaginer aller plus loin, et s&rsquo;attaquer à ses racines elles-mêmes ? Quelles alliances peuvent être imaginées ?</strong></p>



<p><strong>Anouk :</strong>&nbsp; L&rsquo;écologie, il faut aussi l&rsquo;ancrer dans une dimension politique et sociale.&nbsp; Ca a trop longtemps été un sujet à part qui ne s&rsquo;inscrit pas dans les réalités matérielles de toute notre classe et&nbsp; ça porte préjudice à la lutte. Ça découle des milieux écolos qui sont en réalité un peu perdus parce qu&rsquo;ils héritent d&rsquo;une histoire militante compliquée et qui n&rsquo;est pas du tout politisée. A l&rsquo;origine, c&rsquo;est Greenpeace, c&rsquo;est une écologie consensuelle qui doit parler à tout le monde et notamment aux médias&#8230; Il y a beaucoup d&rsquo;écologie du spectacle et beaucoup moins de&nbsp; soutien aux piquets de grève.</p>



<p>Mais il y a quand même déjà des alliances qui se créent entre les milieux écolos et les syndicats, par exemple avec les soulèvements de la terre. Il y a eu cette campagne commune&nbsp; avec la CGT pendant une grève dans le secteur de la logistique à Gennevilliers, avec des prises de contacts qui avaient été faites petit à petit.&nbsp; Ça a débouché sur une campagne qui s&rsquo;appelle soulèvement des salaires où du coup ça traite justement de la question des salaires des travailleureuses de la logistique. Ça a&nbsp; conduit à l&rsquo;annulation du projet Green Dock. Donc il y a quand même des victoires qui sont créées par ces alliances mais il faut que ça aille plus loin.&nbsp;</p>



<p><strong>Armel :</strong> Ces soutiens aux grèves depuis l&rsquo;extérieur, c&rsquo;est des choses qui peuvent être intéressantes mais ce sont des postures qui sont un peu décalées. Je pense qu&rsquo;en fait&nbsp; la meilleure manière de faire ce lien, c&rsquo;est un peu le chemin qu&rsquo;on est en train de prendre, c&rsquo;est de se dire que les écologistes aussi sont des travailleureuses, ils et elles aussi sont pour une grande majorité exploités dans leur travail et peuvent s&rsquo;engager dans le syndicalisme. Je pense qu&rsquo;il faut repartir de l&rsquo;analyse marxiste et du fait que c&rsquo;est dans les contradictions du capitalisme et donc en grande partie dans la question du travail et des conflits qu&rsquo;il y a autour du travail qu&rsquo;on va réussir à attaquer la question de l&rsquo;écologie. C&rsquo;est une histoire de classe qui nous concerne tous et toutes?&nbsp; C&rsquo;est de la lutte des classes le meilleur outil.&nbsp;</p>



<p><strong>Anouk :</strong> oui, c&rsquo;est difficile de parler de syndicat aux militants et militantes écolos qui ont pas du tout forcément pas la même tradition. Mais effectivement c&rsquo;est un sujet qu&rsquo;il faut pousser en essayant justement de développer cette conscience de classe et de pousser à des appels à la grève, à une grève climatique.</p>



<p><strong>Mathilda :</strong> je suis grave d&rsquo;accord avec ce que disait Armel et je pense à ta conclusion, Anouk, sur la grève climatique. L&rsquo;outil de la grève, il est vraiment à toujours remettre sur la table parce que c&rsquo;est par l&rsquo;arrêt qu&rsquo;on imposera des choses.</p>



<p>Le syndicat c&rsquo;est un peu la base dans le sens où on est tous et toutes exploité.e.s. On a donc besoin de se défendre et de s&rsquo;organiser dans les syndicats. Mais pour la CGT à Rennes, sur la question écolo, il n&rsquo;y a pas encore ces liens. Il faut travailler en ce sens.&nbsp;</p>



<p>Par exemple, pour le&nbsp; syndicat du commerce, aller voir ce qui se passe ailleurs pour se mobiliser ensemble, faire des tractages communs, avoir des moments de discussion avec des collectifs écolos.&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Pour une écologie révolutionnaire</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-revolutionnaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 14:45:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalocène]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie révolutionnaires]]></category>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



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<p><em>Nous sommes aujourd’hui face à un constat qui ne peut être réfuté : la crise environnementale est en cours, et ses conséquences meurtrières n’auront de cesse de se renforcer dans les années à venir. Face à cette catastrophe, il est de notre responsabilité de construire une réponse politique ancrée dans des réalités matérielles. Sur quelles bases souhaitons-nous construire cette riposte ? Quelle stratégie voulons-nous construire pour faire face à un système qui détruit les conditions mêmes de la vie ? « Les perspectives sont sombres : d’où la nécessité de se lancer dans l’action » écrit Andreas Malm. À l’heure du désastre climatique, seule l’humanité peut se sauver elle-même.&nbsp;</em></p>



<p><strong>La seule écologie cohérente est une écologie anticapitaliste&nbsp;</strong></p>



<p>Afin de développer une stratégie cohérente et efficace pour lutter contre la crise environnementale, il faut d’abord en comprendre la cause. Comme le souligne John Bellamy Foster, professeur de sociologie, ce n’est pas la nature qui est en crise, c’est le capitalisme. La crise environnementale est donc l’une des nombreuses conséquences de la crise d’un système tourné vers une croissance infinie. C’est pour cette raison que nous choisissons de parler de capitalocène, et non d’anthropocène : la crise environnementale n’est pas le fait de l’humanité en tant que telle, mais bien d’un système économique et social fondé sur l’exploitation des travailleur&rsquo;ses, l’accumulation du capital et la destruction du vivant. Cette crise est donc une histoire de classe, et l’analyser sous cet angle permet de cibler celleux qui en portent la responsabilité : les capitalistes.&nbsp;</p>



<p>Deux éléments principaux permettent d’illustrer les conséquences destructrices du capitalisme sur le vivant. Le premier élément est le productivisme inhérent au mode de production capitaliste : c’est-à-dire la recherche constante à augmenter toujours plus le volume de la production. Il repose sur l’exploitation des travailleur&rsquo;ses, mais aussi sur l’extraction de ressources naturelles à constamment injecter dans le processus de production. Or ce productivisme est destructeur pour le vivant, car il se fonde sur le postulat que la production peut croître indéfiniment, alors même que nous vivons sur une planète aux ressources finies. Il y a donc une incompatibilité fondamentale entre la logique du capitalisme et la préservation du vivant. La déforestation, l’épuisement des sols, l’extraction minière à outrance, sont des conséquences directes de cette contradiction. Mais le capitalisme ne la résoudra pas de lui-même, car pour lui, s’arrêter de produire, c’est mourir.&nbsp;</p>



<p>Le second élément est la rupture métabolique, concept développé par John Bellamy Foster, à partir des analyses de Marx et d’Engels. Pendant des millénaires, les humains vivaient près des terres qu’ils cultivaient et ils mangeaient ce qu’ils produisaient sur place. Les déchets organiques retournaient au sol et les nutriments faisaient un cycle, et un équilibre existait. Avec le capitalisme et l’industrialisation, deux choses changent : les paysan&rsquo;nes quittent les campagnes pour aller travailler en ville dans les usines (c’est la séparation ville/campagne), et l’agriculture s’industrialise. On produit donc massivement pour le marché et les aliments partent loin de là où ils ont poussé. Donc les nutriments extraits du sol ne lui reviennent jamais. Le sol s’appauvrît, et pour compenser, on utilise des engrais chimiques, des pesticides. Le cycle naturel est rompu, c’est la rupture métabolique.&nbsp;</p>



<p>Ainsi le capitalisme, par sa nature même et ses contradictions, ne peut pas apporter de réponses à la crise environnementale. Une écologie politique cohérente ne peut donc être qu’une écologie anticapitaliste. Mais ce constat ne suffit pas, et, comme on peut l’observer actuellement, le mouvement écologiste est en perte de vitesse. Il ne parvient plus à mobiliser massivement, comme il a pu le faire avec le mouvement climat de la fin des années 2010, et il a du mal à s’adapter face à la répression et à la criminalisation de ses militant&rsquo;es. Afin de répondre à ces enjeux, il faut aller plus loin que la seule critique du capitalisme : il nous faut une écologie porteuse d’un nouveau projet de société politique et social : il nous faut développer une écologie révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p><strong>Construire une écologie révolutionnaire : Développer une conscience écologique de classe&nbsp;</strong></p>



<p>Cette écologie révolutionnaire doit se construire en intégrant une lecture de classe. En effet, la crise environnementale nous concerne tous·tes, même les bourgeois. En revanche, nous ne sommes pas tous·tes égaux·les face à cette crise. Nous avons des intérêts contradictoires avec les bourgeois qui profitent de la crise pour poursuivre leurs affaires. Notre classe, elle, cherche juste à sauver sa peau face à une catastrophe sans précédent. D’ici 2050, c’est 200 millions de personnes déplacé&rsquo;es, une personne sur deux atteinte de cancer, des conditions de travail de plus en plus difficiles avec l’intensification et la multiplication des épisodes caniculaires&#8230; La lutte écologique, c’est donc une lutte sociale pour sauver nos conditions d’existence sur cette planète : celles des travailleur&rsquo;ses, des jeunes, des vieux, des vieilles, des paysan&rsquo;nes, des peuples autochtones – en bref, les exploité&rsquo;es et les opprimé·es que le capitalisme menace de sacrifier en masse.&nbsp;</p>



<p>Comment faire pour permettre à notre classe de se saisir de la lutte écologique ? L’idée de développer une conscience écologique de classe est au centre de cet article. Cette expression désigne la capacité de notre classe à comprendre que sa position dans la production la place au cœur des contradictions écologiques, qu’il y a une nécessité à refuser le chantage entre emploi et environnement et qu’il faut revendiquer un contrôle collectif sur les finalités et les modalités de la production afin de rendre compatibles les besoins sociaux et les équilibres écologiques. Notre classe doit prendre conscience que c’est la classe bourgeoise la responsable de la crise. Cette conscience écologique de classe, nous devons la construire par en bas, dans les quartiers, les villes, les villages, les organisations de lutte et les syndicats.&nbsp;</p>



<p>Développer une conscience écologique de classe, c’est aussi réaliser que l’écologie est un enjeu pleinement relié au monde du travail. La production est en effet un espace clé des contradictions écologiques du système capitaliste : choix des matières premières, chaînes logistiques, logiques productivistes, exposition aux polluants etc. Les travailleur&rsquo;ses sont donc placé&rsquo;es au centre de ces logiques contradictoires, et ont donc le pouvoir de créer un rapport de force. Construire cette conscience, c’est donc pointer du doigt que les logiques qui épuisent les corps, sont les mêmes qui épuisent les sols, et le vivant dans la globalité. Les injonctions à la croissance, et au productivisme, nous mènent donc à la destruction des conditions d’habitabilité sur la Terre.&nbsp;</p>



<p>Une écologie révolutionnaire commence donc par la prise de conscience que notre classe, dans sa diversité, est à la fois victime de la crise environnementale, et capable de renverser l’ordre responsable de cette crise.&nbsp;</p>



<p><strong>Construire une écologie révolutionnaire : comment faire concrètement ?&nbsp;</strong></p>



<p>Cette conscience écologique de classe reste à construire, nous ne prétendons pas donner une recette infaillible pour la faire émerger. Néanmoins, nous proposons quelques bases qu’il semble important de développer dans le mouvement. Afin de construire cette conscience écologique de classe, il faut mettre en place des modes d’actions et des revendications cohérentes dans l’objectif de massifier et de rendre accessible l’écologie à l’ensemble de notre classe.&nbsp;</p>



<p>Actuellement, un certain nombre de stratégies issues de collectifs écologiques militants reposent sur des actions de désobéissance civile, qui sont extrêmement exigeantes (blocages longs, occupations, mobilisations quasi permanentes, disponibilité totale, intensité forte).&nbsp;</p>



<p>Cette stratégie a des limites, notamment compte tenu du fait de la posture minoritaire qu’elle donne au mouvement écologiste. Ces actions de désobéissance civile ne sont pas accessibles à tou&rsquo;tes car elles impliquent des risques judiciaires. De fait, les personnes ne rentrant pas dans les normes attendues par ce système sont bien plus exposées à la répression de la police et de la justice.&nbsp;</p>



<p>Il est donc nécessaire d’adapter les modes d’actions pour massifier le mouvement et le rendre accessible à l’ensemble de notre classe. Cela implique de la construire dans chaque quartier, en partant des situations concrètes : logements insalubres, mauvaise isolation, factures énergétiques trop élevées, restrictions d’eau l’été, accès inégal aux services essentiels. C’est là que l’écologie cesse d’être abstraite et devient immédiatement politique. En s’ancrant dans ces réalités, il devient possible de construire des formes d’organisation accessibles, compatibles avec la vie quotidienne, et capables d’élargir la base sociale du mouvement. À l’inverse, un militantisme centré sur des actions très engageantes mais déconnectées de ces conditions reste minoritaire et finit par tourner en circuit fermé. Une écologie révolutionnaire conséquente doit donc construire des formes d’action plus larges et reproductibles, mais aussi protéger concrètement ses membres face aux risques qu’elle produit elle-même.&nbsp;</p>



<p>Afin d’ancrer l’écologie dans des réalités sociales, il y a nécessité à construire des alliances entre les mouvements écologistes et les travailleur&rsquo;ses. Quelques exemples récents montrent que ces convergences sont possibles. On peut citer la campagne « Soulèvement des salaires », mené par les Soulèvements de la Terre en soutien aux grévistes de Gennevilliers de la CGT Géodis, mobilisé·es pour une augmentation de leurs salaires. Cette mobilisation a permis de montrer que le secteur de la logistique est non seulement un milieu écocidaire, mais aussi un milieu destructeur pour les travailleur&rsquo;ses. L’alliance entre certains collectifs écolo, les cheminot&rsquo;es et les syndicats, contre le démantèlement du fret ferroviaire est un autre exemple de la façon dont on peut rassembler ces acteurs. En construisant des revendications écologiques en lien avec des revendications sociales, on peut mobiliser à la fois contre le productivisme destructeur, et contre l’exploitation de notre classe. Mais, aujourd’hui, ces alliances restent fragiles et peu nombreuses : la place des travailleur&rsquo;ses reste un impensé dans les mouvements écologiques, et l’écologie reste un thème marginal dans les revendications des travailleur&rsquo;ses.&nbsp;</p>



<p>En prenant conscience des contradictions du capitalisme, on prend aussi conscience de l’aspect destructeur du productivisme. Cette écologie révolutionnaire, elle se veut aussi révolutionnaire dans son rapport au vivant. La conscience écologique de classe implique de repenser notre rapport au vivant. Aujourd’hui, pour répondre aux logiques productivistes, le vivant est perçu comme un simple outil, ce qui se traduit donc par l’exploitation des sols, des animaux et des ressources. Pour rompre avec cette vision destructrice, il nous faut prendre conscience que nous faisons partie d’un écosystème dont l’ensemble des composantes sont interdépendantes. De fait, si nous déséquilibrons un élément de cet écosystème, c’est l’ensemble qui est déstabilisé. Nous ne pouvons pas poursuivre cette exploitation du vivant, tout en pensant que cela n’aura aucune conséquence. Il faut donc penser de nouveaux modes de production, un nouveau rapport au travail, aux technologies et à notre quotidien. Il faudra faire des choix sur ce que nous garderons, tant dans la production que la consommation.&nbsp;</p>



<p>Parce que nous savons que les capitalistes n’ont d’autres intérêts que de s’enrichir sur la crise environnementale, parce que notre classe est directement exposée à ces conséquences meurtrières, parce que nous croyons que seule notre classe, dans sa pluralité, est à même de lutter pour sa survie et pour celle des générations futures, il est dans notre intérêt vital de construire une écologie révolutionnaire. Il nous faut lutter pour la protection du vivant, en s’organisant par en bas, dans notre classe, pour construire une conscience écologique de classe, ancrée dans des revendications matérielles. Les barrières sont nombreuses, mais pas insurmontables. Il nous faut créer des alliances, construire des revendications à la fois sociales et écologiques. Il nous faut rendre nos stratégies d’actions accessibles pour massifier et construire un front commun pour renverser le rapport de force et déborder ce système capitaliste destructeur du vivant.&nbsp;</p>



<p>Anouk (Paris XXe)</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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		<title>Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 00:02:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Effondrement]]></category>
		<category><![CDATA[Énergies fossiles]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Réchauffement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques mois la notion d’effondrement réémerge dans la bouche de certaines personnalités réformistes, du secrétaire de l’ONU Antonio Guterres à Mélenchon en passant par Jean-Marc Jancovici, tout en restant assez flou sur ce qu’elle <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/" title="Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Depuis quelques mois la notion d’effondrement réémerge dans la bouche de certaines personnalités réformistes, du secrétaire de l’ONU Antonio Guterres à Mélenchon en passant par Jean-Marc Jancovici, tout en restant assez flou sur ce qu’elle définit.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a situation environnementale catastrophique détaillée dans <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/">notre premier article</a> commence à être prise au sérieux dans le débat public, sans toutefois pour l’instant aboutir à un discours mettant en avant les fragilités à courts termes des économies capitalistes dans lesquelles nous vivons, notamment vis-à-vis des ressources. Loin de l’impensé consistant à croire que devant la gravité de la situation nous pourrions trouver une voie de sortie par nos capacités sociétales et un sursaut de conscience de nos dirigeant·es, l’emballement du système et les intérêts de classe semblent saboter tout espoir purement réformiste au vu de la puissante inertie de la trajectoire du capital.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’emballement de l’exploitation des&nbsp;richesses</h2>



<p>Rattacher la notion de <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/publications-da2c/brochure-imperialisme-la-trajectoire-du-capitale/">trajectoire du capital</a> aux enjeux écologiques permet d’appréhender le développement des puissances capitalistes et impérialistes dans leur histoire et dans l’avenir qu’elles nous réservent. L’idée de développer une écologie matérialiste est de rattacher la crise capitaliste à sa matérialité écologique, pour voir que crises écologique et capitaliste ne sont pas deux crises mais bien une. Ainsi la crise écologique apparaît matériellement à la fois comme la crise de toutes les crises, mais aussi comme une crise du capitalisme comme une autre, laissant ainsi le flou nébuleux qui l’entoure pour relever des mêmes dynamiques et des mêmes grilles d’analyse, comme celle de la polarisation de la société. </p>



<p>Une approche par les ressources écologiques de la concentration des richesses nous ramène d’après James C. Scott à l’apparition des États aux alentours de –&nbsp;4000 avant JC, permise par le développement de céréales standardisées dont les grains sont la base des premiers prélèvements fiscaux, et par la concentration de populations captives dans des niches écologiques au milieu d’espaces hostiles favorable à l’esclavage et au servage. Cette dernière caractéristique a permis d’empêcher un phénomène séculaire de dispersion spontanée des populations comme résistance aux pouvoirs forts, et ainsi d’enclencher la possibilité de la concentration toujours croissante des richesses.&nbsp;</p>



<p>Les deux grands multiplicateurs de l’exploitation matérielle des ressources et des humain·es par le capital seront la colonisation à partir du 14<sup>e</sup> siècle, et les révolutions industrielles du 18<sup>e</sup> siècle jusqu’à ce que les historien·nes appellent la Grande Accélération<sup data-fn="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2" class="fn"><a href="#07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2" id="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2-link">1</a></sup>, période actuelle marquant un développement matériel devenu depuis le 20<sup>e</sup> siècle dramatiquement exponentiel dans tous ses aspects : de la démographie au PIB en passant par les télécommunications, le tourisme, le béton… et la hausse des inégalités et de la dégradation de l’environnement. Au point que le renversement de tendance permettant de rendre nos sociétés supportables pour les écosystèmes semble impossible devant un tel emballement. D’après le GIEC, pour contenir le réchauffement planétaire en-dessous de 1,5 °C, il faudrait atteindre une société n’émettant plus de CO<sub>2</sub> avant 2050, ce qui revient à diminuer l’utilisation du charbon de 95 % (suppression totale donc), du pétrole de 60 % et du gaz de 45 % par rapport aux niveaux de 2019. On parle ici ni plus ni moins que de l’arrêt pur et simple de l’appareil productif capitaliste et des flux mondialisés dont nous dépendons maintenant pour nos besoins les plus fondamentaux, de l’énergie à l’agriculture. Pas d’acier sans charbon, pas de pétrole ni d’infrastructure sans acier, notamment. Planifier cela reviendrait à recréer de toute pièce des économies régionales très sobres en énergie et non massivement dépendantes de matériaux venant de l’autre bout du monde en seulement 27 ans (quand ce n’est plus le cas en Europe depuis les années 1500). Le GIEC serait à deux doigts de suggérer une révolution anticapitaliste.</p>


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<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="e6e0da" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e6e0da;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr1-1100x741.webp" alt="" class="wp-image-8070 not-transparent"/></figure>
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<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="f3f3f3" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f3f3f3;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr2-1100x599.webp" alt="" class="wp-image-8071 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>Car le système, basé sur la compétition entre capitalistes, ne changera pas de lui-même. Depuis 2000, la consommation de charbon dans le monde n’a pas diminué, mais a quasiment doublé, grâce aux immenses innovations de groupes européens comme Charbonnage de France ou l’allemand TAKRAF, inventeur de l’excavatrice à godet, le plus gros engin au monde. Depuis 1870, plus d’un quart des émissions totales de CO<sub>2</sub>ont été produites sur les quinze dernières années. Au-delà de son inaction, le gouvernement a d’après la Cour des Comptes doublé les dépenses défavorables à l’environnement entre 2022 et 2023, et les banques financent presque toujours autant les énergies fossiles, à hauteur de 668&nbsp;milliards de dollars en 2022 contre 738 en 2016.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’enrayement énergétique de l’économie</h2>



<p>La non-viabilité matérielle imminente de la situation est pourtant exposée sans sourciller par l’OCDE<sup data-fn="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa" class="fn"><a href="#56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa" id="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa-link">2</a></sup>, qui prévoit que la demande mondiale d’utilisation de matériaux par an devrait doubler à quadrupler d’ici 2060, passant de 79 gigatonnes en 2011 à entre 167 et 350 Gt. On s’étonne que l’OCDE ne s’intéresse dans ce rapport à aucun moment à la faisabilité d’une telle extraction de matière, quand celle-ci entraîne déjà aujourd’hui une destruction des ressources vivantes et laisse craindre très bientôt des pénuries de minéraux, notamment les métaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt…)<sup data-fn="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1" class="fn"><a href="#4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1" id="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1-link">3</a></sup>, ou des sources d’énergie. À commencer par la plus emblématique, le pétrole.</p>



<p>Pour Matthieu Auzanneau, directeur du cabinet d’étude The Shift Project, notre incapacité à comprendre ce danger imminent réside dans l’angle mort qu’est l’importance de l’énergie dans l’économie et ses crises. Il démontre que les crises de 1973 et 2008 ont toutes deux pour cause le dépassement d’un pic pétrolier<sup data-fn="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b" class="fn"><a href="#15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b" id="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b-link">4</a></sup>, c’est-à-dire le moment où la production diminue du fait d’un amenuisement des réserves exploitables de manière rentable (du fait de son taux de retour énergétique, et donc de son taux de profit, dont la baisse tendancielle est la limite fondamentale du capitalisme)<sup data-fn="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68" class="fn"><a href="#f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68" id="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68-link">5</a></sup>. Dans ces deux crises, cette contraction de l’offre de pétrole amène à une énorme augmentation de la facture énergétique, entraînant une inflation à même de faire basculer l’ordre financier mondial. Si en 1973 le pic en question était celui de la production nationale américaine et s’est résolu par la fin de l’annexion du dollar sur l’or (et toute matérialité quelconque) et une politique impérialiste au Moyen-Orient permettant de sécuriser leur approvisionnement, en 2006 c’est le pic pétrolier conventionnel mondial qui a été dépassé, obligeant les banques centrales occidentales à remonter brutalement leurs taux d’intérêt, ce qui a conduit à l’éclatement de la bulle des subprimes. Depuis cette date, les économies occidentales ont dû faire tenir leur économie uniquement par des politiques monétaires ultra avantageuses. En faisant fonctionner la planche à billet (la création artificielle de monnaie par les banques centrales, ici via le quantitative easing et les taux d’intérêt négatifs), les États-Unis ont financé l’extraction pourtant très peu rentable du pétrole de schiste (dit non-conventionnel).</p>



<p>L’Europe, peu productrice de pétrole, a vu en 2006 ses importations pétrolières diminuer, en même temps qu’elle a connu son pic gazier, ce qui l’a rendue depuis en <em>« décrue énergétique subie » </em>comme le formule Jean-Marc Jancovici<sup data-fn="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c" class="fn"><a href="#c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c" id="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c-link">6</a></sup>, entraînant une récession économique sur ses flux physiques, compensé uniquement par une politique monétaire qui a surtout permis d’investir dans des secteurs tertiaires peu créateurs de valeurs comme la logistique, la livraison et l’immobilier, sans réorienter l’économie réelle vers un équilibre plus viable et créateur de valeur.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="d4d4d4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #d4d4d4;" fetchpriority="high" decoding="async" width="706" height="811" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8072 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg.webp 706w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg-261x300.webp 261w" sizes="(max-width: 706px) 100vw, 706px" /></figure>
</div>


<p>Mais après 15 ans de perfusion au schiste, le pic pétrolier global et définitif est avéré par l’Agence internationale de l’Énergie. Après un déclin faible jusqu’en 2030, la production pétrolière mondiale devrait commencer à réellement chuter, pour être divisée par deux d’ici 2050. Pour l’Europe, cela implique une division de ses importations de pétrole par 2 à 20 en fonction du contexte géopolitique<sup data-fn="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b" class="fn"><a href="#5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b" id="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b-link">7</a></sup>. Ces implications sur l’économie déclenchent déjà les mêmes mécanismes qu’en 1973 et 2008, mais dans des proportions incomparables. Face à une crise énergétique historique, dont le Covid et la guerre en Ukraine ont été des révélateurs plutôt que des déclencheurs, les banques centrales après des années dispendieuses ont réaugmenté leurs taux directeurs brutalement pour stopper l’inflation, amenant certaines bulles financières à déjà se dégonfler, comme l’immobilier, ou plus inquiétant, la dette américaine via ses bons du Trésor. Ces bons, titres financiers de la dette américaine, servaient jusque-là et depuis la fin des Accords de Bretton Woods suite à la crise de 1973, de support à la stabilité financière mondiale. Or, les pays émergents comme la Chine ont arrêté depuis 2021 d’utiliser ces bons dans leurs échanges économiques. Signe du basculement du monde sous l’égide de l’énergie, et plus profondément du déclin économique de l’Occident qui n’assume plus son mode de vie bien au-dessus de ses moyens, les BRICS<sup data-fn="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57" class="fn"><a href="#e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57" id="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57-link">8</a></sup> ont cet été, à l’occasion d’un sommet historique, annoncé leur volonté d’en finir avec la « dictature du dollar » et son lien systématique au pétrole, en procédant à leurs échanges avec leurs monnaies nationales et en intégrant les trois plus grands producteurs de pétrole mondiaux à leur alliance. Les redéploiements impérialistes notamment en Afrique et au Moyen-Orient sont révélateurs de ce recul occidental, à commencer par la France en Afrique de l’Ouest, confrontée notamment à un risque concernant son approvisionnement en uranium. Mais l’Occident n’est cependant pas le seul à craindre les limites environnementales. Des études estiment que la Chine pourrait être en train d’atteindre son pic charbonnier, et les pays producteurs de pétrole risquent de perdre la majeure partie de leur ressource une fois leur pic national passé, comme ce fut le cas de la Syrie juste avant les printemps arabes entre autres « fallen states », ou comme le risque par exemple l’Algérie prochainement. S’ajoutent évidemment aux pénuries multiples les conditions climatiques létales dont nous avons déjà parlé, qui commencent déjà à miner l’efficacité technique des économies, comme on l’entraperçoit à travers les difficultés du milieu des assurances face aux catastrophes climatiques<sup data-fn="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14" class="fn"><a href="#26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14" id="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14-link">9</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Écologie ou impérialisme</h2>



<p>De quoi tou·te·s s’unir dans une concorde internationale pour sauver la planète ? C’est en tout cas ce que préconise le GIEC, qui a bien compris et alerte sur l’importance du contexte politique pour espérer limiter le réchauffement planétaire. À ses scénarios climatiques il lie des scénarios politiques, le plus optimiste à + 1,5 °C étant associé à une réduction des inégalités mondiales, le pire étant associé à une compétition nationaliste et une augmentation des inégalités. Et force est de constater que la menace environnementale provoque une prise de conscience somme toute contraire à celle attendue par le GIEC et l’ONU. Le contexte de tension sur l’approvisionnement en ressources dans un monde très concurrentiel, inéquitable et dont la principale puissance assure plus d’instabilité que de stabilité fait toucher à la diplomatie environnementale les bas-fonds. Le G20 sur le climat d’août dernier visant un plafonnement des émissions de CO<sub>2</sub> d’ici 2025 l’a bien montré, amenant la Chine à juger les attentes des US comme une <em>« mission impossible »</em> exigée par une puissance qui <em>« ne prononce que des paroles en l’air »</em>. Face à la non-tenue des engagements de l’Accord de Paris, Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU, n’hésite même plus en 2020 à asséner que les dirigeants publics et privés <em>« mentent »</em>. <em>« Les pays et les entreprises les plus polluants ne se contentent pas de fermer les yeux : ils ajoutent de l’huile sur le feu »</em><sup data-fn="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6" class="fn"><a href="#49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6" id="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6-link">10</a></sup>. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="524d4e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #524d4e;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr4-1100x619.webp" alt="" class="wp-image-8074 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Polarisation de la trajectoire du capitalisme</h2>



<p>Rarement un dirigeant onusien n’aura accusé aussi frontalement les élites internationales. Il faut dire que celles-ci opèrent ce que Bruno Latour qualifie de sécession face au péril climatique, à l’opposé des théories dépolitisantes sur leur manque de connaissance du problème. Si Macron et Philippe ont reçu les auteurs de <em>Comment tout peut s’effondrer</em> à l’Élysée, et si Von Der Leyen cite <em>Les limites à la croissance</em> du club de Rome lors d’un colloque #BeyondGrowth, l’exemple le plus édifiant à ce sujet sont les rapports cachés réalisés régulièrement depuis 1971 par les groupes Total et Exxon sur les conséquences du réchauffement climatique. Loin d’alerter, ce groupe a pu utiliser ces données dans ses plans de développement économique tout en niant ce changement. Un subtil mélange de stratégie du doute<sup data-fn="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8" class="fn"><a href="#76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8" id="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8-link">11</a></sup>, visant à empêcher certaines réalités d’émerger, et de stratégie du choc théorisée par Naomi Klein pour décrire l’utilisation par le capitalisme du chaos comme opportunité de développement et de réinvention.</p>



<p>Les signes les plus décomplexés tels que les projets transhumanistes d’Elon Musk voulant coloniser Mars avec une petite élite pour préserver la race humaine en abandonnant à son sort le reste de l’humanité, ou les bunkers que se construisent les ultra-riches dans les endroits les plus préservés de la planète<sup data-fn="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7" class="fn"><a href="#a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7" id="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7-link">12</a></sup>, ne sont que la partie symbolique d’un ensemble d’orientations politiques et économiques qui méritent cruellement d’être analysées à l’aune du « monde de demain » que préparent nos dirigeant·es… contre nous. Loin de mettre en place des politiques ambitieuses de changement, les politiques néolibérales accélèrent depuis une décennie un accaparement massif et brutal des richesses. Mis bout à bout, l’ensemble des cadeaux aux entreprises représentaient en 2019 (avant le <em>« quoi qu’il en coûte »</em>) 160 milliards d’euros par an, soit le triple d’il y a 20 ans<sup data-fn="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be" class="fn"><a href="#a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be" id="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be-link">13</a></sup>. Plus les 100 milliards d’euros de fraude fiscale selon Solidaires finances publiques, cela équivaut au budget de l’État, qui s’élève cette année à 293 milliards d’euros. 80 milliards d’euros de dividendes ont été distribués en France cette année, et la fortune des milliardaires français a quintuplé en dix ans pour dépasser 400 milliards d’euros. Ajoutons que les politiques monétaires évoquées plus haut ont permis aux 10 % les plus riches de capter la richesse d’une économie réelle en autodigestion, chose que l’inflation qui en découle aujourd’hui continue de faire en alimentant principalement les profits des grandes entreprises<sup data-fn="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929" class="fn"><a href="#8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929" id="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929-link">14</a></sup>. La paupérisation qui en découle, appuyée par des politiques de précarisation volontaire de notre classe comme les réformes des retraites, du travail ou la militarisation de la société, et l’instillation d’un climat fasciste de division, rentrent dans cette stratégie d’affaiblissement de nos capacités à s’organiser et à résister face aux troubles écologiques à venir, comme le montre Houria Bouteldja<sup data-fn="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b" class="fn"><a href="#0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b" id="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b-link">15</a></sup>. Dernier signe que rien ne les fera changer de cap, les déclarations militaristes envisageant un conflit direct au sein de la vieille Europe se multiplient, à l’instar du développement du SNU ou de l’annonce de réarmement de l’Allemagne voulant se<em> « préparer à la guerre et préparer l’armée allemande et la société à cela »</em> selon son ministre de la Défense fin octobre.</p>



<p>Le résultat du cri d’alarme désespéré d’Antonio Guterres a de quoi paraître décevant. En guise de réponse, la COP27 en Égypte s’est faite sponsorisée par Coca-Cola, le plus gros pollueur de plastique au monde, et la COP28 se déroulera cette année à Dubaï, présidé par Sultan Al Jaber, PDG de la Abu Dhabi National Oil Company. Au-delà du mauvais goût, cette dérive des COP est signe de la marginalisation plus large de l’ONU au profit d’un nouvel ordre mondial dérégulé, qui laisse présager le pire dans le traitement des populations impactées par le dérèglement environnemental. Les centaines de millions de personnes amenées à se déplacer du fait des conditions de vie impossibles vont créer des flux migratoires massifs auxquels les États répondent par la répression, qui à cette échelle contient un fort risque génocidaire. Ces exactions ont déjà commencé en Arabie saoudite où les gardes-frontières ont ouvert le feu sur au moins des centaines de migrant·es éthiopien·nes entre 2022 et 2023, ou en Tunisie, partenaire du programme européen Frontex, qui a abandonné au moins 700&nbsp;migrant·es dans le désert à une mort certaine cet été. Les crimes génocidaires perpétrés tant par la Chine sur les Ouïghours et par les alliés occidentaux sur les Palestinien·nes, et la gestion frontalière de toutes les grandes puissances, à commencer par Frontex, annoncent déjà les pires réactions racistes et fascistes au chaos environnemental à venir.</p>



<p>L’impasse de la solution réformiste ravive l’importance du rapport de forces entre les classes, et de notre autonomie collective d’organisation et de résistance. D’autant plus que la crise en question est d’abord la crise du système capitaliste. Si nous nous sentons en danger, les structures de pouvoir le sont tout autant. Il s’agira alors dans la suite de notre série de voir quelles ouvertures stratégiques occasionne le bouleversement environnemental.</p>



<h5 class="wp-block-heading">David Lorant (Rennes)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2">John R. McNeill, <em>The Great Acceleration : An Environmental History of the Anthropocene since 1945</em>, 2014  <a href="#07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa">OCDE 2018, <a href="https://www.oecd.org/environment/waste/highlights-global-material-resources-outlook-to-2060.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Global Material Resources</em>, Outlook to 2060</a>  <a href="#56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1">Voir le travail d’Aurore Stéphant, Guillaume Pitron ou Olivier Vidal sur les impasses de la transition énergétique <a href="#4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b">Jean-Marc Jancovici, <em><a href="https://jancovici.com/publications-et-co/articles-de-presse/incomprehension-energetique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Incompréhensions énergétiques</a></em>, sur jancovici.com, septembre 2014  <a href="#15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68">Matthieu Auzanneau, <em><a href="https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2021/10/12/metaux-critiques-charbon-gaz-petrole-nous-entrons-dans-les-recifs/#more-13013" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Métaux critiques, charbon, gaz, pétrole : nous entrons dans les récifs</a></em>, octobre 2021 et <em><a href="https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2023/01/18/1973-et-2008-premieres-crises-ecologiques-des-limites-a-la-croissance/#more-13237" target="_blank" rel="noreferrer noopener">1973 et 2008, premières crises écologiques des « limites à la croissance » ?</a></em>, janvier 2023, sur son blog sur Le Monde  <a href="#f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c">En lien avec la notion de baisse tendancielle du taux de profit :<em> <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, le nouveau temps des crises</a></em>, de Mathieu Pastor sur le site d’A2C, février 2023  <a href="#c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b">Données Rystad analysées par The Shift Project <a href="#5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57">Sommet du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, rejoint cet été par l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran. Voir Martine Orange dans Médiapart, <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/291023/les-ventes-massives-de-bons-du-tresor-americain-ebranlent-le-systeme-financier-international" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les ventes massives de bons du Trésor américain ébranlent le système financier international</a></em>, 29 octobre 2023, et <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/international/250823/les-brics-s-attaquent-la-dictature-du-dollar" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les Brics s’attaquent à la dictature du dollar</a></em>, 25 août 2023  <a href="#e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14">Mediapart, 5 novembre 2023, <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/051123/le-dereglement-climatique-met-au-defi-le-monde-de-l-assurance" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le dérèglement climatique met au défi le monde de l’assurance</a></em>, Martine Orange <a href="#26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6">Nations Unies Maroc, <a href="https://morocco.un.org/fr/176856-le-secrétaire-général-antonio-guterres-au-lancement-du-rapport-giec-nous-approchons-à-toute" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Secrétaire général Antonio Guterres au lancement du Rapport GIEC : « <em>Nous approchons à toute allure de la catastrophe climatique</em></a> » <a href="#49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8"><em>La science asservie</em> d’Annie Thébaud-Mony, 2014 ; France 24, <em><a href="https://www.france24.com/fr/planète/20211020-climat-total-était-conscient-dès-1971-des-conséquences-néfastes-de-ses-activités" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Total, champion de la stratégie du doute selon une étude</a></em>, 20 octobre 2021  <a href="#76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7">The Guardian, <em><a href="https://www.theguardian.com/news/2022/sep/04/super-rich-prepper-bunkers-apocalypse-survival-richest-rushkoff" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The super-rich ‘preppers’ planning to save themselves from the apocalypse</a></em>, 4 septembre 2022 <a href="#a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be">IRES et CGT, <em><a href="https://ires.fr/publications/cgt/un-capitalisme-sous-perfusion-mesure-theories-et-effets-macroeconomiques-des-aides-publiques-aux-entreprises-francaises/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Un capitalisme sous perfusion : Mesure, théories et effets macroéconomiques des aides publiques aux entreprises françaises</a></em>, octobre 2022  <a href="#a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929">Anouk Brunet et Paul Vadori, <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a></em>,  sur le site d’A2C, septembre 2022  <a href="#8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b"><em>Beaufs et barbares : le pari du nous</em>, d’Houria Bouteldja, 2023, Introduction <a href="#0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/">Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Oct 2023 17:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Effondrement]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Face à l’urgence climatique, cet article s’inscrit dans une série Pour une écologie matérialiste : les effondrements et la classe afin d’y développer une analyse de la crise environnementale dans laquelle s’embourbe le capitalisme et des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/" title="Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Face à l’urgence climatique, cet article s’inscrit dans une série <strong><em>Pour une écologie matérialiste : les effondrements et la classe</em> </strong>afin d’y développer une analyse de la crise environnementale dans laquelle s’embourbe le capitalisme et des enjeux militants qui en découlent. Ce premier article est un état des lieux de la catastrophe climatique et environnementale à l’aune des recherches scientifiques actuelles sur le sujet.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Dans une perspective stratégique, nos milieux militants ont tout intérêt à intégrer dans leurs réflexions un constat un tant soit peu précis et explicite des catastrophes environnementales à venir. Premier des trois volets de la série d’articles sur l’écologie matérialiste, ou comment s’organiser collectivement et politiquement autour des enjeux environnementaux actuels.</p>



<p>Nous aurons été prévenus. Pour Antonio Guterres, « l’ère de l’ébullition mondiale est arrivée ». Depuis sa fonction censément consensuelle, le secrétaire de l’ONU ne sait plus quels mots employer depuis plusieurs années pour le dire : le monde s’orienterait vers un réchauffement d’au moins 3 °C, très loin de la barre des 1,5 °C censée éviter un cataclysme environnemental. En fait, les pires scénarios, vers lesquels nous nous dirigeons, alertent sur notre possible disparition et l’encore plus probable effondrement des structures sociétales actuelles dans les deux décennies à venir. Le déni reste pourtant énorme et touche, au-delà d’élites cyniques, une large partie de la population et des milieux militants. Présente dans la tête de chacun·e, la menace environnementale reste pourtant traitée de manière complètement édulcorée et floue dans le débat public. Disqualifié depuis son utilisation par les collapsologues en 2015, la notion d’effondrement traduit pourtant bien la brutalité concrète des ruptures à venir. Souvent considérée comme dépolitisante, sa mobilisation par le champ scientifique permet de décrire des processus pouvant faire l’objet d’une lecture marxiste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’heure de l’emballement climatique</h2>



<p>Depuis deux ans, les catastrophes et les dysfonctionnements s’enchaînent quotidiennement dans l’actualité. Si d’un coup d’œil les mégafeux et les tempêtes extrêmes nous suggèrent que les choses dérapent, les chiffres le confirment. À seulement +&nbsp;1,26 °C de réchauffement global depuis la période préindustrielle, la moitié de la population fait déjà face à des pénuries d’eau pendant une partie de l’année, et le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence a doublé depuis 2016, passant de 193 à 205&nbsp;millions juste entre 2021 et 2022.</p>



<p>Les nouveaux records se succèdent, comme la sécheresse de 32&nbsp;jours en France cette année (et ce en plein hiver) ou les hautes températures globales de juin 2023 jamais atteintes depuis 10 000&nbsp;ans d’après l’ONU.</p>



<p>Le caractère exponentiel de ces phénomènes (c’est-à-dire le fait que leur vitesse de progression n’est pas linéaire mais se multiplie elle-même régulièrement) alors même que nous sommes encore sous la fameuse barre des 1,5 °C doit nous alerter. Il faut comprendre que si le réchauffement s’arrêtait immédiatement, les dynamiques à l’œuvre perdureraient : les perturbations climatiques comme les chaleurs extrêmes continueraient de déséquilibrer les milieux au-delà de ce qu’ils ne sont déjà. Mais le réchauffement climatique lui-même s’accélère très rapidement : la température a augmenté de 0,9 °C entre 1880 et 2018, soit en 140&nbsp;ans, puis d’un demi-degré supplémentaire au cours des 5&nbsp;dernières années.</p>



<p>D’après le GIEC, si les engagements actuels étaient tenus, le réchauffement s’élèverait à +&nbsp;3,2 °C de moyenne mondiale en 2100, bien au-delà des 1,5 °C visés par les accords de Paris<sup data-fn="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f" class="fn"><a href="#84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f" id="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f-link">1</a></sup>. L’habitabilité de la Terre serait déjà fortement remise en cause, du fait des pénuries d’eau, des atteintes aux rendements agricoles et des événements climatiques extrêmes. Si rien qu’en France nous connaîtrions des étés caniculaires à plus de 50 °C, en fonction des scénarios c’est 50 à 75 % de la population mondiale d’ici la fin du siècle qui serait exposée entre 20 et 365 jours par an à des températures létales, pouvant causer la mort en quelques heures. Certaines régions densément peuplées seront déjà presque inhabitables dans la décennie, dont certaines nations armées nucléairement.</p>



<p>Malheureusement, de l’aveu même du GIEC, certains paramètres restent difficiles à quantifier et ne rentrent pas dans les modélisations de réchauffement, à commencer par les boucles de rétroactions. Ce terme qualifie certaines réactions naturelles au réchauffement climatique, qui viennent elles-mêmes alimenter ce réchauffement, l’autonomisant des émissions de gaz à effet de serre (GES) humaines. Parmi ces boucles on retrouve la fonte du permafrost sibérien et de l’Antarctique, l’acidification des océans ou les mégafeux, pouvant tous relâcher des quantités astronomiques de GES dans l’atmosphère jusqu’à réchauffer la planète de plus de 10&nbsp;degrés. De même, la fonte des glaces en Arctique diminue sa capacité de réfléchissement des rayons solaires, augmentant le réchauffement des océans. Enfin, le rythme d’émissions de CO2 actuel pourrait nous conduire à la fin du siècle à une situation où des nuages, les strato­cumulus, ne pourraient plus se former, amenant à un ­réchauffement de 8 °C à lui-seul.</p>



<p>Pour les scientifiques qui étudient ces boucles de rétroaction, les scénarios progressifs du GIEC sont biaisés car ils ne représentent pas les effets de seuil de ces emballements. Ces points de non-retour pourraient se déclencher entre +&nbsp;1 et 2 °C (d’où l’objectif des +&nbsp;1,5 °C des Accords de Paris) et leurs premiers signes sont déjà à l’œuvre. Schématiquement, on pourrait dire que nous n’avons pas un panel de scénarios possibles compris entre +&nbsp;1 et +&nbsp;6 °C, mais le choix entre un réchauffement de 1 à 2 °C, ou l’emballement incontrôlable du climat.</p>



<p>Ainsi les débats sur l’Anthropocène<sup data-fn="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12" class="fn"><a href="#930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12" id="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12-link">2</a></sup>, ses causes et sa dénomination (Capitalocène…) ne doivent pas invisibiliser ce fait majeur : l’Holocène, cette période géologique de stabilité climatique ayant permis l’apparition des sociétés humaines, prend fin, et ce non pas en plusieurs millions d’années mais en quelques décennies. La vitesse d’émissions de GES est plus rapide que jamais, y compris par rapport à celles ayant provoqué la 3e (et pire) extinction de masse il y a 250&nbsp;millions d’années, quand 95 % des espèces disparurent sous un réchauffement de 34 °C en quelques milliers d’années. D’ici 50&nbsp;ans on estime qu’au moins 3&nbsp;milliards de personnes vivront hors des conditions climatiques qui ont permis à l’humanité de se développer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du climat à l’environnement : dégradations et pénuries</h2>



<p>La situation climatique est donc plus grave que ce que nous indique le GIEC, qui admet à chaque rapport que la réalité est pire que ses projections. Certains événements se produisent 80&nbsp;ans plus tôt que prévu et ce que nous en voyons en 2023 est sans commune mesure avec la situation des prochaines décennies. Mais surtout, l’approche climatique sur laquelle se focalise en grande partie le GIEC ne fait pas état d’autres limites environnementales qui menacent les conditions de vie planétaires, pour certaines à encore plus court terme et qui touchent au délabrement extrême de notre environnement.Depuis 2009, des scientifiques ont mis au point un modèle faisant état de neuf « limites planétaires » à ne pas dépasser pour éviter des « modifications brutales, non-linéaires, potentiellement catastrophiques et difficilement prévisibles de l’environnement ». Son actualisation régulière montre que six de ces limites ont déjà été franchies, à savoir :</p>



<p>&#8211;&nbsp;la concentration atmosphérique de CO2,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la sixième extinction de masse des espèces,</p>



<p>&#8211;&nbsp;l’eutrophisation<sup data-fn="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8" class="fn"><a href="#76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8" id="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8-link">3</a></sup> à l’azote et au phosphore des eaux,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la dégradation des sols et la déforestation,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la pollution par des matières synthétiques (­plastique, chimie…),</p>



<p>&#8211;&nbsp;la dégradation des cycles d’eau douce.</p>



<p>Chacune de ses menaces représente un danger en soi pour l’équilibre écologique global. Notamment, les nanoplastiques sont devenus omniprésents dans l’eau, les sols et les organismes, rendant en outre l’eau de pluie impropre à la consommation. La 6e extinction de masse correspond à une disparition des écosystèmes dont nous dépendons, notamment d’un point de vue agricole (pollinisation, fertilisation…). Concernant la déforestation, une étude de 2020 estime qu’au rythme actuel de déboisement de nos fameux « puits de carbone » (d’après Greenpeace, l’Amazonie aura perdu 55 % de sa surface en 2050, pour 17 % aujourd’hui), les forêts ne pourront plus assurer les cycles hydriques qui leurs sont vitaux, ni par conséquent les services écosystémiques qu’elles rendent actuellement, « laissant à l’humanité 10 % de chance de survie d’ici 20 à 40 ans ».</p>



<p>Ces données catastrophiques sont les témoins d’une <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/">exploitation extrêmement avancée de la planète par le capitalisme</a>, qui par cannibalisme entretient la destruction des conditions de notre survie. Si nous avons tous·tes relativement en tête que les ressources ne sont pas infinies, l’imminence de certaines pénuries nous apparaît moins clairement.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="e3dfc4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e3dfc4;" decoding="async" width="644" height="883" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7888 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-jpg.webp 644w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-219x300.webp 219w" sizes="(max-width: 644px) 100vw, 644px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Le capitalisme à bout de souffle ?</h2>



<p>C’est pourtant des éléments essentiels au capitalisme qui vont atteindre des points de rupture dans un futur relativement proche. C’est le cas de certains métaux, comme l’argent, l’indium ou le lithium, qui remettent en question la faisabilité de la transition énergétique appelée de leurs vœux par les dirigeant·es progressistes. Cette transition nécessiterait d’extraire en 35&nbsp;ans autant de métaux que depuis l’Antiquité, la rendant inenvisageable. Plus fondamental, le cuivre, indispensable à l’économie mondiale et aux infrastructures les plus basiques (électricité, transports…) risque la pénurie dans la prochaine décennie. De même, la production agricole mondiale pourrait être gravement menacée par un pic de production de phosphate, indispensable à la fabrication d’engrais, à partir de 2050. Plus généralement, les conditions environnementales vont mettre à rude épreuve l’ensemble des infrastructures de production et d’approvisionnement, à l’instar des centrales nucléaires qui pâtiront de la température et du débit des fleuves censés les refroidir.</p>



<p>Dès 1969 le rapport Meadows<sup data-fn="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d" class="fn"><a href="#61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d" id="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d-link">4</a></sup> intitulé « Les limites de la croissance », basé sur le premier modèle statistique à faire interagir des enjeux économiques, environnementaux et démographiques, prévoyait un effondrement de l’économie et de la démographie mondiale de moitié en quelques décennies à partir de 2030 si une bifurcation vers une « économie stabilisée », c’est-à-dire sans croissance significative, ne voyait le jour avant l’an 2000. Les actualisations du modèle confirment ces projections et annoncent que l’effondrement annoncé est déjà en train de s’enclencher, du fait notamment de la baisse du taux de retour énergétique<sup data-fn="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc" class="fn"><a href="#bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc" id="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc-link">5</a></sup>, ou plus vulgairement la rentabilité énergétique de notre société.</p>



<p>La mobilisation du terme d’effondrement renvoie ici à un processus décrit dans le cadre de modèles scientifiques. S’il renvoie à des processus bien particuliers, son utilisation dans la sphère publique s’est chargée d’un très fort aspect émotionnel et politique, allant jusqu’à le galvauder et à plutôt le disqualifier des débats, notamment suite à la publication du livre Comment tout peut s’effondrer de Servigne et Stevens en 2015. Proposant un constat assez rigoureux techniquement, les auteurs en déduisent ensuite des réponses assez dépolitisées, basées sur la croyance en l’entraide, la joie, le deuil et la résilience personnelle et communautaire. Autant de valeurs importantes, mais ici décontextualisée du système d’exploitation capitaliste et colonial, dans la droite ligne du livre Effondrement de Jared Diamond (2005) expliquant la chute de la civilisation Rapa Nui sur l’île de Pâques par une mauvaise gestion des ressources environnementales, quand celle-ci a en fait été anéantie par une expédition coloniale en 1862. L’effondrement chez les collapsologues apparaît totale et essentialisée, comme une catastrophe sur laquelle nous n’avons aucune prise, amenant à une « naturalisation » du capitalisme et de ses conséquences au sens de Marx comme le souligne<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/"> l’article de 2020 de Timothée Haug sur le site d’A2C</a>.</p>



<p>Malheureusement, cet article traduit bien la tendance qu’ont eu certains milieux militants à jeter le bébé avec l’eau du bain. Sous prétexte de désaccord politique, l’ambition de poser un constat précis sur la situation environnementale a été mise de côté, empêchant d’intégrer à nos réflexions stratégiques des changements sociétaux majeurs auxquels nous ne nous préparons pas du tout. D’autant plus que les méthodologies scientifiques dites systémiques qui décrivent les processus d’effondrement, sont basées sur l’interdisciplinarité et s’appuient de plus en plus sur les sciences sociales, amenant une description critique des structures sociétales actuelles<sup data-fn="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2" class="fn"><a href="#4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2" id="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2-link">6</a></sup>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f0edec" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f0edec;" decoding="async" width="1024" height="670" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7889 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-jpg.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-300x196.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-768x503.webp 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">L’écologie matérialiste : les liens entre systémique et marxisme</h2>



<p>Pour résoudre les problèmes qui se posent à elle, une société peut adopter des techniques rendant son fonctionnement plus complexe, renforçant à la fois sa dépendance à une certaine stabilité environnementale, et sa stratification sociale, à fort potentiel inégalitaire. Cette complexification des processus diminue la rentabilité des systèmes, obligeant ces sociétés à se complexifier davantage à travers de nouvelles techniques d’exploitation de la force de travail et des ressources naturelles. On retrouvera ici le concept du taux de retour énergétique, qui lui-même est analogue à la baisse tendancielle du taux de profit théorisée par Marx&nbsp;10<sup data-fn="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc" class="fn"><a href="#02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc" id="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc-link">7</a></sup>.</p>



<p>En 2014, le modèle HANDY montre ainsi que l’augmentation des inégalités et de l’exploitation de la nature sont deux facteurs qui amènent inévitablement à l’effondrement d’une société. Pour dépasser ses contradictions, un système complexe peut élargir son champ d’exploitation, à travers des phénomènes de colonisation, ce qui retardera son effondrement mais augmentera son ampleur. En l’occurrence, comme nous le détaillerons dans notre prochain article, le capitalisme est rentré dans une crise profonde du fait d’un manque de nouvelles ressources à exploiter sur Terre, cherchant dès lors son salut illusoire dans l’espace, une exploitation humaine croissante, et des guerres d’accès aux ressources<sup data-fn="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817" class="fn"><a href="#d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817" id="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817-link">8</a></sup>.</p>



<p>Ces modèles insistent cependant sur la possibilité pour les systèmes de suivre une autre voix, celle du respect des « capacités » des milieux naturels, basé sur une moindre exploitation et une meilleure régulation des systèmes de domination au sein des sociétés, ce que traduit la pluralité des scénarios proposés par les travaux de modélisation, laissant une large place aux possibles changements sociétaux et donc aux rapports de forces. Et quand bien-même nous avons vu qu’il est certainement trop tard pour ne pas atteindre certains effets de seuils, des travaux récents ont insisté sur le caractère non-total des effondrements. Concernant les sociétés, ces derniers caractérisent la chute brutale d’une structure politique, économique, sociale et technique, à laquelle survit une partie plus ou moins grande des populations, qui se retrouve à s’organiser dans des contextes de pouvoir plus distendus et plus locaux<sup data-fn="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38" class="fn"><a href="#ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38" id="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38-link">9</a></sup>.</p>



<p>Il s’agira alors d’analyser avec discernement l’effondrement des structures dont dépendent nos besoins primaires, et l’effondrement des structures de pouvoir ouvrant des possibilités révolutionnaires ou réactionnaires. D’autant que cette persistance des populations ne se fait pas sans continuités culturelles et sociales, certains auteurs insistant sur l’importance des valeurs et des savoirs à l’œuvre dans les sociétés pour déterminer la manière dont elles s’organisent après une crise si profonde. C’est ce que nous verrons dans notre deuxième volet. À l’opposé d’un fatalisme dépolitisant, la construction du rapport de forces reste donc primordiale pour en finir dès maintenant avec le capitalisme destructeur, et instiller la nécessité d’une solidarité de classe permettant dans un contexte de catastrophe généralisée d’opposer à la guerre civile et à l’asservissement une autonomie organisée autour de nouveaux savoirs et de manières de vivre et de lutter sur nos territoires. Cela déterminera nos réflexions du troisième volet sur les éléments de politisation à mettre en avant dans nos luttes actuelles.</p>



<h5 class="wp-block-heading">David Lorant, Rennes</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f">Issus de la COP21 de 2015. <a href="#84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12">Terme désignant la nouvelle période géologique dans laquelle nous entrons, caractérisée par l’impact majeur des activités humaines sur la géologie, le climat et les écosystèmes planétaires. <a href="#930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8">Saturation d’un milieu en nutriments amenant un développement excessif d’organismes pouvant conduire à son asphyxie. <a href="#76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d">Rapport commandé à des scientifiques du MIT par le Club de Rome, un think-tank émanant à l’époque de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), organisation internationale visant à « soutenir une croissance économique durable » pour ses pays membres. <a href="#61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc">Le Taux de Retour Énergétique (TRE) désigne l’énergie nécessaire pour produire une nouvelle quantité d’énergie. Plus l’énergie est difficile d’accès, plus son TRE est bas. <a href="#bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2">Cette science des systèmes est une approche de synthèse quantitative (statistique, économique, écologique) et qualitative (socio-histoire, anthropologie) qui modélise l’évolution de systèmes complexes comme un écosystème ou une société. <a href="#4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc">Sur l’actualité de la baisse tendancielle du taux de profit aujourd’hui, voir les articles « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a> » et « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/">L’économie politique d’une longue dépression</a> »  <a href="#02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817">À l’instar déjà du pétrole, de l’eau ou de l’uranium par exemple. <a href="#d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38">Voir à ce sujet le brillant ouvrage <em>Against the grain (Homo domesticus)</em> de l’anthropologue anarchiste James C. Scott. <a href="#ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/">Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>C’est le capitalisme qui détruit l’environnement. Détruisons le capitalisme !&#160;</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Feb 2023 06:29:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalocène]]></category>
		<category><![CDATA[Cop27]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=6947</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Alors que l’idéologie dominante s’attache à nous faire accepter l’idée que c’est l’humanité toute entière, sans distinction de classe, de genre, de race sociale, qui serait responsable du réchauffement climatique, masquant ainsi les responsables et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/" title="C’est le capitalisme qui détruit l’environnement. Détruisons le capitalisme !&#160;">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/">C’est le capitalisme qui détruit l’environnement. Détruisons le capitalisme !&nbsp;</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Alors que l’idéologie dominante s’attache à nous faire accepter l’idée que c’est l’humanité toute entière, sans distinction de classe, de genre, de race sociale, qui serait responsable du réchauffement climatique, masquant ainsi les responsables et les victimes premières, il est important de s’emparer des débats théoriques et pratiques que mettent en jeux les questions du réchauffement climatique, et plus largement de l’écologie.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Le dérèglement climatique est devenu un vrai problème vital de la Terre. Selon le dernier rapport scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il nous reste environ 10&nbsp;ans pour limiter le réchauffement climatique à&nbsp;2 °C, le seuil nécessaire pour empêcher la dégradation totale de la biodiversité. Il faudrait préciser que le climat ne se réchauffe pas graduellement mais il y a certains points de basculement qui peuvent avoir un effet irréversible sur le réchauffement climatique, comme la savanisation de la Forêt amazonienne et la fonte du pergélisol au nord<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_1" class="footnote_tooltip">Fiona Harvey, « <a href="https://www.theguardian.com/environment/2022/nov/20/cop27-climate-summit-egypt-key-outcomes" target="_blank" rel="noreferrer noopener">What are the key outcomes of Cop27 climate summit?</a>« , <em>The Guardian</em>, 20/11/2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Pourtant, on voit bien que les gouvernements ne font rien pour mettre en place des actions nécessaires, comme privilégier la production selon les besoins au lieu des profits financiers ou le développement des énergies renouvelables à grande échelle (qui sont considérées comme trop chères selon les standards capitalistes…). En plus, ce sont les personnes les plus pauvres qui vivent les effets du dérèglement climatique à haut niveau : elles perdent leur maison suite aux catastrophes dites naturelles ; elles habitent dans des pays qui contribuent le moins (voire ne contribuent pas) à ce dérèglement mais qui pourtant font face à des problèmes comme la sécheresse, la famine et les feux de forêt sauvages dont l’intensité a augmenté ces dernières années<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_2" class="footnote_tooltip">Ian Rappel, « <a href="http://isj.org.uk/feeling-the-heat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Feeling the heat: wildfires and capitalism</a>« , <em>International Socialism Journal</em>, Autumn 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Cela met en lumière l’injustice climatique : ce sont les populations riches qui polluent le plus, alors que les populations pauvres qui ne polluent pas autant en supportent les conséquences (comme les peuples d’Haïti ou du Sénégal, ou la classe ouvrière aux États-Unis dont les maisons et les vies ont été détruites par l’ouragan Katrina qui a ravagé le côté est du pays, notamment les quartiers populaires noirs de la Nouvelle-Orléans en 2005).&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Anthropocène, inefficacité des COPs, et&nbsp;sobriété&nbsp;</h2>



<p>Cependant, dans toutes les sphères politiques, il y a un concept assez répandu, même dans la bouche des militant·es écologistes : Anthropocène. Défini par le météorologue et chimiste Paul Crutzen, ce concept a connu une grande popularité. Il met en avant une humanité qui dégrade l’environnement depuis l’industrialisation. Selon celui-ci, tous les humains ont contribué au même niveau à ce dérèglement, et on vit dans une ère anthropocène où l’effet des humains sur l’environnement se fait le plus sentir avec tout le mal fait aux écosystèmes. Ou autrement dit, selon les mots d’Andreas Malm,&nbsp;<em>« Il désigne l’ère où les puissances humaines ont débordé les forces naturelles et fait sortir le système terrestre de ses ornières, le plaçant sur un terrain glissant où il s’ébranle de façon imprévisible et toujours plus violente. Le changement climatique est loin d’être le seul symptôme de cette nouvelle ère, mais il a une capacité toute particulière de destruction généralisée »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_3" class="footnote_tooltip">Andreas Malm, <em>L&rsquo;Anthropocène contre l&rsquo;histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital</em>, La Fabrique, 2017.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>La Conférence des parties (COP) organisée par les États membres chaque année depuis 1995 est un bon exemple de ce que donne l’utilisation de la notion d’anthropocène. Il s’agit des pays qui se sont engagés à respecter la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, pour respecter les règles définies en matière de production bas-carbone et de consommation durable<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_4" class="footnote_tooltip">« <a href="https://www.ecologie.gouv.fr/decryptage-des-cop-conferences-internationales-lutte-contre-dereglement-climatique" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Décryptage des COP : les conférences internationales de lutte contre le dérèglement climatique</a>« , Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Cependant, on voit très clairement que dans chaque conférence, la limitation du réchauffement climatique est reportée aux calendes grecques et mettent toutes les populations pauvres en danger dans le monde. La dernière COP27 en est l’illustration. Les pays membres n’ont pas pu se concilier sur l’arrêt total de l’usage des énergies fossiles, donc piétinent l’espoir de garder la limite de réchauffement à 1,5 °C, dont il a été prouvé que c’est indispensable pour la (sur)vie des écosystèmes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_5" class="footnote_tooltip"><em>idem</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Donc, l’Anthropocène, comme notion, continue à servir au&nbsp;<em>business-as-usual&nbsp;</em>à cause de sa déresponsabilisation des grandes industries fossiles (comme Total, Arcelor-Mittal, Lafarge Holcim, Airbus Group et Engie SA en France, selon L’Oxfam<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_6" class="footnote_tooltip">Oxfam, « <a href="https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/les-grandes-entreprises-francaises-un-modele-dangereux-pour-la-planete/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les grandes entreprises françaises, un modèle dangereux pour la planète</a>« , 23/03/2021.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).&nbsp;</p>



<p>Ce ne sont pas seulement les conférences internationales où cette notion est mobilisée. On le voit aussi régulièrement dans les bouches des politiciens internationaux, qui priorisent les actions individuelles. Comme si l’accès à une énergie pour se réchauffer et s’éclairer était égalitaire en France et dans le monde. Suite à l’invasion de l’Ukraine par les forces de l’État de Russie, une nouvelle notion a été développée et est très prisée par nos politiciens : sobriété. Ce concept, qui a notamment été popularisé avec le livre&nbsp;<em>Sobriété heureuse</em>&nbsp;de Pierre Rabhi (qui d’ailleurs a beaucoup d’histoires controversées et des liens politiques avec la droite, voire l’extrême droite<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_7" class="footnote_tooltip">Jean-Baptiste Malet,&nbsp;« <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Système de Pierre Rabhi</a>« , <em>Le Monde diplomatique</em>, Août 2018</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), est surtout mobilisé pour justifier les démarches politiques qui se définissent par la responsabilisation des individus face au réchauffement climatique. Comme si les personnes qui, partout dans le monde, essaient de survivre dans des conditions pénibles, n’étaient pas « sobres » depuis des décennies.&nbsp;</p>



<p>Que faire face à ce danger mortel qu’est le réchauffement climatique qui impacte et va encore impacter d’abord notre classe, la classe ouvrière<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_8" class="footnote_tooltip">Notre utilisation du concept de classe ouvrière correspond à toutes les personnes qui sont dépourvues des moyens de production et vendent leur travail pour gagner de l’argent. Donc il s’agit de tou·tes les travailleur·euses, y compris les ouvrier·es d’usine, les enseignant·es, etc. Pour sa définition marxiste, voir Marx,&nbsp;<em>le Capital</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ? Comment s’organiser collectivement face à l’acceptation majoritaire des notions qui déresponsabilisent les grandes industries, vraies responsables de cette destruction environnementale à cause de leur soif de profit ? Y-a-t-il une notion anticapitaliste qu’on peut mobiliser, en tant que militant·es, contre la notion d’Anthropocène, hégémonique parmi les figures de la classe bourgeoise ?&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Capitalocène : une notion alternative contre l’Anthropocène&nbsp;</h2>



<p>Selon Andreas Malm, il y a plusieurs problèmes avec l’idée d’Anthropocène. Le plus important est qu’elle met en avant toute un anthropos, une espèce biologique, qui aurait pollué jusqu’à maintenant et polluerait encore la planète alors qu’il y a une inégalité hallucinante entre les pays dit développés et d’autres pays. D’après Andreas Malm<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_9" class="footnote_tooltip">Andreas Malm, <em>L’Anthropocène contre l’histoire</em>, <em>op. cit</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, les pays capitalistes avancés sont responsables de 77,1 % des émissions de carbone. Pourtant, ces données comparatives ne prennent pas en compte la dimension de classe et des rapports sociaux qui en découlent.&nbsp;<em>« Ce sont les propriétaires des moyens de production et de transport d’un petit royaume insulaire qui ont mis le monde sur cette voie qu’il n’a pas quitté depuis : ils ne sont pas arrivés comme les émissaires d’un legs de l’évolution que le monde attendait depuis toujours »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_10" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 45.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Ce royaume se révèle être la Grande-Bretagne, où les grandes industries et la classe bourgeoise ont pris naissance et ont répandu leur pouvoir, notamment par la voie du colonialisme et la déportation de la main-d’œuvre des pays colonisés, notamment des pays africains. Depuis ce royaume s’est répandue l’utilisation des combustibles fossiles à grande échelle, qui amène ensuite au capital fossile,&nbsp;<em>« défini au plus simple comme la production de valeur d’échange et la maximisation des profits au moyen de l’énergie fossile, en tant que substrat matériel nécessaire »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_11" class="footnote_tooltip"><em>Ibid.</em>, p. 50.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Il propose ensuite une notion nommée la Capitalocène. Selon celle-ci, ce n’est pas le genre humain qui dégrade l’environnement mais c’est bel et bien une classe, la classe bourgeoise, pourvue d’un capital fossile comme valeur d’échange et donc de moyens de production qui maximisent ses profits économiques.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment lutter contre le capital fossile ?&nbsp;</h2>



<p>Bien que la réponse ne soit pas évidente à cette question, on peut en discuter dans nos milieux, nos réseaux et nos espaces militants. Est-ce qu’on mobilise les bonnes méthodes pour lutter contre ce capital fossile ? Qui met en priorité les intérêts financiers lors des conférences internationales ? Est-ce que nos actions pacifistes sont suffisantes ? Ou est-ce qu’on doit développer d’autres interventions plus directes pour arrêter la production de l’énergie fossile<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_6947_10('footnote_plugin_reference_6947_10_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6947_10_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_12" class="footnote_tooltip">Andreas Malm, <em>Comment saboter un pipeline</em>, La Fabrique, 2020.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6947_10_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6947_10_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ? C’est à réfléchir, peut-être dans le cadre d’autres articles, plus théoriques, mais aussi à partir de retours d’expériences de camarades qui luttent sur ces questions.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading">Ata, Nîmes</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6947_10();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6947_10();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6947_10">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6947_10" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Fiona Harvey, « <a href="https://www.theguardian.com/environment/2022/nov/20/cop27-climate-summit-egypt-key-outcomes" target="_blank" rel="noreferrer noopener">What are the key outcomes of Cop27 climate summit?</a>« , <em>The Guardian</em>, 20/11/2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ian Rappel, « <a href="http://isj.org.uk/feeling-the-heat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Feeling the heat: wildfires and capitalism</a>« , <em>International Socialism Journal</em>, Autumn 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Andreas Malm, <em>L&rsquo;Anthropocène contre l&rsquo;histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital</em>, La Fabrique, 2017.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">« <a href="https://www.ecologie.gouv.fr/decryptage-des-cop-conferences-internationales-lutte-contre-dereglement-climatique" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Décryptage des COP : les conférences internationales de lutte contre le dérèglement climatique</a>« , Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>idem</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Oxfam, « <a href="https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/les-grandes-entreprises-francaises-un-modele-dangereux-pour-la-planete/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les grandes entreprises françaises, un modèle dangereux pour la planète</a>« , 23/03/2021.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jean-Baptiste Malet,&nbsp;« <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Système de Pierre Rabhi</a>« , <em>Le Monde diplomatique</em>, Août 2018</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Notre utilisation du concept de classe ouvrière correspond à toutes les personnes qui sont dépourvues des moyens de production et vendent leur travail pour gagner de l’argent. Donc il s’agit de tou·tes les travailleur·euses, y compris les ouvrier·es d’usine, les enseignant·es, etc. Pour sa définition marxiste, voir Marx,&nbsp;<em>le Capital</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Andreas Malm, <em>L’Anthropocène contre l’histoire</em>, <em>op. cit</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 45.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Ibid.</em>, p. 50.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6947_10_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6947_10('footnote_plugin_tooltip_6947_10_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Andreas Malm, <em>Comment saboter un pipeline</em>, La Fabrique, 2020.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6947_10() { jQuery('#footnote_references_container_6947_10').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6947_10').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6947_10() { jQuery('#footnote_references_container_6947_10').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6947_10').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6947_10() { if (jQuery('#footnote_references_container_6947_10').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6947_10(); } else { footnote_collapse_reference_container_6947_10(); } } function footnote_moveToReference_6947_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6947_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6947_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6947_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/">C’est le capitalisme qui détruit l’environnement. Détruisons le capitalisme !&nbsp;</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La collapsologie, une pseudo-théorie de la crise pour une non-action politique</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2020 17:36:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Revue de presse]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=4421</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Face aux crises écologiques sans précédents qu&#8217;engendre le capitalisme, et face à leurs conséquences désastreuses pour les sociétés humaines, il est urgent de se battre pour une alternative écosocialiste. C&#8217;est la voie de la lutte <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/" title="La collapsologie, une pseudo-théorie de la crise pour une non-action politique">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/">La collapsologie, une pseudo-théorie de la crise pour une non-action politique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap" style="font-style:normal;font-weight:600">Face <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/parier-sur-une-catastrophe-infinie/">aux crises écologiques sans précédents</a> qu&rsquo;engendre le capitalisme, et face à leurs conséquences désastreuses pour les sociétés humaines, il est urgent de se battre pour une alternative écosocialiste. C&rsquo;est la voie de la lutte qui a été ouverte par une jeunesse manifestant dans le monde entier et par l&rsquo;émergence d&rsquo;un activisme de masse pour changer le système et pas le climat. Mais loin de croire à la possibilité d&rsquo;un changement radical de la société, la collapsologie &#8211; ou théorie de l&rsquo;effondrement &#8211; nous invite à accepter l&rsquo;inéluctabilité de son effondrement en nous condamnant ainsi à la résignation.</p>



<p>La collapsologie&nbsp;: ce néologisme aux allures mi-scientifique mi-ésotérique s’est imposé par la conquête d’une nouvelle hégémonie, non seulement sur le terrain de l’écologie politique et de ses activistes, mais également de la scène politique bourgeoise grâce aux puissants moyens déployés par l’institut <em>Momentum</em> sous la direction d’Yves Cochet, ancien ministre du gouvernement Jospin<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_1" class="footnote_tooltip">Même le premier ministre Edouard Philippe, dans une discussion publique avec Nicolas Hulot de juillet 2018, a pu se dire «&nbsp;obsédé&nbsp;» par la théorie de l’effondrement, pour ensuite publier lui consacrer une tribune dans son blog de l’Huffington Post en décembre 2019 (<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/effondrement-edouard-philippe-humanite-est-loin-davoir-dit-son-dernier-mot_fr_5de15f2ae4b00149f72ea3ed" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.huffingtonpost.fr/entry/effondrement-edouard-philippe-humanite-est-loin-davoir-dit-son-dernier-mot_fr_5de15f2ae4b00149f72ea3ed</span></a>). Mais la menace bien réelle de cet effondrement ne doit bien évidemment pas, selon lui, remettre en question l’impératif de croissance économique, mais simplement permettre de repenser cette croissance dans le cadre d’une «&nbsp;écologie souriante&nbsp;»&nbsp;&#8211; cherchez l’erreur.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. A tel point, d’ailleurs, que plus de la moitié des français (65%) croit depuis peu que nous vivons au bord de cet abîme civilisationnel&nbsp;: l’effondrement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_2" class="footnote_tooltip">Le sondage proposait la question suivante&nbsp;: pensez-vous que «&nbsp;la civilisation telle que nous la connaissons actuellement va s’effondrer dans les années à venir&nbsp;» (<a rel="noreferrer noopener" href="https://jean-jaures.org/nos-productions/la-france-patrie-de-la-collapsologie" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://jean-jaures.org/nos-productions/la-france-patrie-de-la-collapsologie</span></a>). Savoir que la majorité de la population croit en l’effondrement imminent de notre civilisation ne nous dit rien sur ce qu’elle entend par «&nbsp;effondrement&nbsp;» ou par «&nbsp;civilisation&nbsp;». Il est évident que cette croyance en l’effondrement traduit une conscience diffuse de l’aggravation de la crise systémique que nous traversons depuis 2008, sans pour autant nous dire grand-chose sur le sens accordé à ces concepts d’effondrement et de civilisation. Dans ce flou total, la réponse positive au sondage peut tout aussi bien traduire l’espoir d’une crise finale du capitalisme dans l’esprit d’un marxisme de vieille roche que la paranoïa d’une islamisation barbare des terres de l’empire chrétien d’occident dans l’esprit conspirationniste de Soral, Zemmour and co.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Au moment de la réalisation de ce sondage, en novembre 2019, c’était les mégafeux australiens qui captaient toute l’attention tandis que la petite souche virale du coronavirus n’avait même pas encore commencé son travail de sape. Son expansion à l’échelle planétaire donne-t-elle aujourd’hui raison aux prophètes d’hier&nbsp;? C’est en tout cas ce que l’appareil médiatique veut nous faire croire, en multipliant les plateaux et les tribunes donnant la plus grande audience à Pablo Servigne<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_3" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html</span></a><br><br><a href="https://www.lesinrocks.com/2020/04/08/idees/idees/pablo-servigne-les-effets-directs-de-la-pandemie-sont-moins-graves-que-ses-effets-indirects/"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lesinrocks.com/2020/04/08/idees/idees/pablo-servigne-les-effets-directs-de-la-pandemie-sont-moins-graves-que-ses-effets-indirects/</span></a><br><br><a href="https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387"><span class="footnote_url_wrap">https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et sa théorie proprement sidérante.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>C’est qu’il est consensuel, presque confortable, de parler d’effondrement&nbsp;: si <em>tout</em> se casse la gueule, alors nous sommes <em>toutes et tous</em> embarqués dans le même bateau, ou plutôt dans le même naufrage. Le temps d’une communion devant la catastrophe, presque tout l’équipage et toutes les passagères sont rassemblées sur le pont, les yeux rivés sur l’iceberg, en oubliant les mécanos qui écopent déjà la salle des machines qui prend l’eau, en oubliant que les bateaux de sauvetage seront réservés à la première classe et que pour la seconde, il n’y aura plus qu’à s’arracher les rares planches de salut. Sous couvert d’objectivité scientifique, de chiffres et de courbes exponentielles, la théorie de l’effondrement est une pseudo-théorie de la crise qui efface les luttes sociales dont elles sont indissociables, en nous spoliant ainsi de toute autonomie politique.</p>


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<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="798b93" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #798b93;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/04/B9710702700Z.1_20170104091128_000GI688VN5D.1-0-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-4433 not-transparent"/></figure>
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<h3 class="wp-block-heading">De quoi l’effondrement est-il le nom&nbsp;?</h3>



<p>Il y a pourtant de quoi être impressionné à la lecture du best-seller de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, <em>Comment tout peut s’effondrer</em> (2015), qui mobilise une quantité faramineuse d’études scientifiques et de matériaux statistiques pour nous prouver qu’une crise systémique de la société industrielle mondialisée est aussi imminente qu’inéluctable. Celle-ci nous conduirait tout droit à l’effondrement civilisationnel compris en son sens le plus strict comme une rupture des chaînes d’approvisionnement en biens de consommation fondamentaux<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_4" class="footnote_tooltip">Dans la définition d’Yves Cochet, reprise par Servigne et Stevens en entête de leur livre, l’effondrement désigne « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». En d’autres mots&nbsp;: une multiplication de famines doublée de guerre civile.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. On est aujourd’hui d’autant plus fasciné que le court paragraphe, consacré à l’étincelle d’un tel embrasement catastrophique, mentionne l’émergence d’une pandémie peu mortelle mais suffisamment contagieuse comme déclencheur possible d’un emballement général des marchés financiers<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_5" class="footnote_tooltip">En réalité, il n’y a rien de prophétique dans cette hypothèse, défendue avec le plus grand sérieux par un groupe d’expert de l’OMS en 2018, ayant même forgé le concept de «&nbsp;maladie X&nbsp;» pour désigner cet élément déclencheur. Il s’agit là simplement de la rencontre de deux tendances critiques propres au capitalisme néolibéral&nbsp;: d’une part la fragilisation de l’économie financiarisée par l’inflation des dettes publiques et privées et d’autre part l’engendrement de plus en plus fréquent de nouvelles souches virales agressives par le développement de l’agro-industrie, la déforestation et le recul des niches des espèces sauvages favorisant la zoonose (le transfert d’une souche virale d’une espèce sauvage à l’espèce humaine). <em>Cf</em>. <a href="https://npa2009.org/idees/economie/recession-cetait-cause-du-virus-diront-ils" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://npa2009.org/idees/economie/recession-cetait-cause-du-virus-diront-ils</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Sur le constat qui est dressé dans la première partie de l’ouvrage, il faut bien reconnaître une certaine qualité à l’analyse, qui ne se contente pas de brandir la menace d’un Armageddon écologique, mais croise des facteurs de crise écologique et économique pour expliquer le processus de crise devant mener à l’effondrement. Certes, il y a une tendance à l’accélération des catastrophes environnementales par le dépassement vertigineux des seuils écologiques, causant non seulement le réchauffement climatique mais également l’extinction des espèces nécessaires au maintien des écosystèmes et de la production agraire, l’acidification des océans, la désertification des terres, la saturation des sols en nitrate, etc. Mais la collapsologie est loin de réduire l’effondrement à une conséquence directe et immédiate de ces catastrophes&nbsp;: mégafeux, méga-inondations, méga-tempêtes, méga-sécheresse, et mort au tournant. D’après les auteurs, il résulterait bien plutôt de l’interaction entre des phénomènes écologiques – comme la rareté croissante de certaines matières premières, notamment énergétiques, le rendement décroissant de la production agricole, l’émergence d’une souche virale, etc. – et leur traduction économique dans des crises financière<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_6" class="footnote_tooltip">En cela, <em>mais en cela seulement</em>, Servigne et Stevens rejoignent les analyses du marxisme écologique de Jason W. Moore<sup> </sup>: dans le repoussement incessant de certaines frontières naturelles nécessaire au capitalisme pour accéder à de nouvelles matières premières et à de nouvelles énergies, c’est le recours massif au crédit qui permet aux entreprises de réaliser les investissements massifs nécessaires pour les exploiter. <em>Cf.</em> Jason W. Moore, <em>Capitalism in the Web of Life</em>, Verso, 2015.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> de grande ampleur – le fameux «&nbsp;cygne noir&nbsp;» des économistes. Et contrairement aux dernières grandes crises financières (choc pétrolier de 1973, crise des subprimes de 2008), la crise d’effondrement ne pourrait pas se résoudre à court ou moyen terme par une reprise économique. Celle-ci supposerait en effet un accès aisé à des ressources naturelles en matières premières, énergies et biens alimentaires, que la pression croissante sur les écosystèmes rend toujours plus onéreuses. La relance espérée se traduirait alors au contraire par un blocage généralisé de la production. Les auteurs mettent notamment l’accent sur l’approvisionnement en énergies qui requiert aujourd’hui une immense capacité d’investissement pour être assuré, soit pour la production de minerais rares pour les énergies renouvelables, soit par les techniques de fracking ou de forage en eaux profondes pour le pétrole. L’énergie fossile étant aujourd’hui le levier de toute production, sa privation conduirait nécessairement à une rupture d’approvisionnement&nbsp;: pas de bras, pas de chocolat<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_7" class="footnote_tooltip">A qui voudrait se réjouir des conséquences écologiquement positives de cet arrêt soudain de la production fossile, les auteurs répondent avec une certaine lucidité critique. Avec cette rupture des flux fossiles, l’énergie ne cessera pas d’être un besoin fondamental pour les 8 milliards d’humains habitant la planète. Cela pourrait conduire à des déforestations massives, conduisant elles-mêmes à des désertifications, et aggravant finalement le problème climatique à des échelles insoupçonnées.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le catastrophisme subtil de la collapsologie</h3>



<p>La théorie de l’effondrement ne décrit donc pas seulement une catastrophe naturelle mais intègre un facteur économique décisif dans l’explication. On pourrait même dire qu’elle décrit et analyse l’aggravation irrémédiable des crises économiques en raison d’un facteur écologique, auquel le système actuel ne pourrait pas survivre. Ne peut-on pas y voir la base sur laquelle construire une politique radicale, qui couperait court à tout réformisme de détail&nbsp;? Un discours à opposer à tous ces apprentis jardiniers qui veulent bouturer l’écologie sur l’économie de marché en créant des «&nbsp;obligations-carbones&nbsp;» et faisant l’apologie d’une croissance propre&nbsp;? Pour cela, encore faudrait-il que cette théorie nous rappelle notre pouvoir d’agir collectif, dont dépend la tournure des événements socio-politiques qui façonnent le monde humain. Or c’est tout le contraire qu’elle fait en réduisant l’histoire, ou plutôt la fin de l’histoire, à un destin implacable et nécessaire. Si elle n’identifie pas la crise systémique à une catastrophe naturelle, elle la décrit pourtant <em>comme</em> une catastrophe naturelle. Voilà tout le problème.</p>



<p>En se référant à des courants néo-malthusiens de la première écologie politique, la collapsologie ne cesse de comparer la société humaine à une population animale dont la croissance exponentielle exercerait une pression critique sur l’écosystème<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_8" class="footnote_tooltip">La collapsologie n’est en réalité pas un courant tout à fait nouveau, mais elle s’inscrit dans toute une tradition des théories du collapse dans l’écologie politique américaine conservatrice des années 1970-80, faisant du facteur de surpopulation l’une des causes principales du problème écologique. Ainsi Servigne et Stevens s’inscrivent dans cette tradition en citant en exergue de leur ouvrage le père de ce courant&nbsp;: Paul Ehrlich, l’auteur de <em>La bombe population</em> (PAUL Ehrlich, <em>The Population Bomb</em>, New York, Ballantines Books, 1978). Ils reprennent également la théorie de l’<em>overshooting</em>, le dépassement de la capacité de charge des écosystèmes, que William Catton étudie à l’exemple des populations de lapin pour l’appliquer aux sociétés humains (CATTON William, <em>Overshoot: The Ecological Basis of Revolutionary Change</em>, Chicago, Illini Books edition&nbsp;; 1980). Et plus récemment, c’est Jared Diamond qui a remis ces théories au goût du jour avec son bestseller abondamment cité par les collaspologues&nbsp;:<em> Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie?</em>, Paris, Gallimard, 2009 (2005). </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, ou bien à un organisme intégrant comme ses organes les différentes branches de l’économie dans une complexité croissante<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_9" class="footnote_tooltip">Servigne et Stevens citent notamment «&nbsp;Yaneer Bar-Yam, spécialiste en science des systèmes et directeur du New England Complex Systems Institute de Cambridge (États-Unis)&nbsp;» qui affirme qu’« une société en réseau se comporte comme un organisme multicellulaire »&nbsp;: «&nbsp;la plupart des organes sont vitaux, on ne peut amputer une partie sans risquer la mort de l’organisme. Ce qu’a découvert ce chercheur, c’est que plus ces systèmes sont complexes, plus chaque organe devient vital pour l’ensemble de l’organisme.&nbsp;», <em>Comment tout peut s’effondrer</em>, ch. 5, «&nbsp;Coincés dans un véhicule de plus en plus fragile&nbsp;».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Décrite par les outils importés des sciences de la nature – mathématique statistique, physique thermodynamique, science des systèmes complexes – la croissance de la «&nbsp;civilisation thermo-industrielle&nbsp;» s’impose alors comme un processus inéluctable, semblable à une évolution naturelle. Le devenir économique de nos sociétés, celui du capitalisme mondialisé, n’est jamais analysé comme un phénomène politique, c’est-à-dire comme le résultat d’une domination de classe qui a, pour le moment, trop souvent réussi à avoir raison des luttes les plus radicales au moyen d’une répression violente&nbsp;: on ne peut pas comprendre l’essor du capitalisme néo-libéral mondialisé, responsable d’une accélération d’une croissance écologiquement destructrice, sans l’écrasement du cycle de lutte de la fin des années 1960. Mais les courbes exponentielles de la croissance économique, énergétique et matérielle des sociétés ne font que révéler ce que nous savons déjà trop bien en invisibilisant toujours plus les raisons politiques de leurs trajectoires. La métaphore d’une voiture dans laquelle nous serions toutes et tous embarqués, qui ne cesserait d’accélérer alors que sa direction est verrouillée, illustre à merveille ce fatalisme<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_10" class="footnote_tooltip">&nbsp;Voir notamment le ch. 4, «&nbsp;La direction est-elle bloquée&nbsp;?&nbsp;».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Il est la conséquence directe de l’éviction de la politique, c’est-à-dire de l’antagonisme de classe et de la vie des luttes qui anime nos sociétés, par l’application des méthodes des sciences naturelles à l’étude des sociétés humaines.</p>


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<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="b9b7a9" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #b9b7a9;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/04/image-e1588092623516.jpg" alt="" class="wp-image-4439 not-transparent" width="577" height="242"/></figure>
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<p>Ce faisant, les collapsologues réduisent l’histoire humaine à une forme d’histoire naturelle, en reproduisant à leur insu un puissant ressort de l’idéologie dominante. C’est ce que Marx avait désigné comme une «&nbsp;naturalisation<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_11" class="footnote_tooltip">Ce concept est notamment développé dans le <em>Capital</em>, tome 1, au célèbre chapitre sur «&nbsp;Le caractère fétiche de la marchandise et son secret&nbsp;».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » de l’économie capitaliste et qu’un de ses plus grands lecteurs, le marxiste hongrois Gyorgy Lukács, avait nommé à sa suite «&nbsp;réification<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_12" class="footnote_tooltip">Gyorgy Lukács, <em>Histoire et conscience de classe</em>. Ce concept de réification est basé sur le mot latin <em>res</em>, signifiant chose. On pourrait le traduire comme «&nbsp;chosification&nbsp;», le fait que des processus mouvants, transformables, produits de l’action humaine, se présentent comme des choses figées, impossible à transformer. Pour le dire autrement, le «&nbsp;système&nbsp;» s’impose aux individus comme un roc qui les écrase, et non comme ce qu’ils et elles ont produit par leur action, et peuvent transformer de même.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». L’économie, avec ses lois de croissance exponentielle, ne nous apparaît plus comme le résultat de l’action humaine mais comme une chose qui nous domine, une immense machinerie dont nous serions les rouages, ou pour reprendre l’image de Servigne et Stevens, comme cette automobile filant à toute allure dans laquelle nous serions embarqués sans pouvoir la contrôler. Le concept d’«&nbsp;effondrement&nbsp;» n’est autre qu’une représentation naturalisée et réifiée de la crise systémique du capitalisme contemporain. Il ne faut donc pas se méprendre sur la scientificité du discours des collapsologues. C’est précisément l’usage abusif des sciences «&nbsp;dures&nbsp;» transposées dans l’analyse du monde social qui en fait une pseudo-science.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La grande communion devant le désastre ou l’oubli de toute domination</strong></h3>



<p>Ne parlant jamais, ou très rarement de capitalisme, pour préférer les termes de «&nbsp;civilisation thermo-industrielle&nbsp;», la collapsologie efface aussi les divisions structurelles qui traversent nos sociétés et les luttes qui décident du cours des choses. La rhétorique est celle de l’union de l’humanité derrière un «&nbsp;nous&nbsp;» aux apparences magistrales mais au contenu insignifiant, ce «&nbsp;nous&nbsp;» qui assigne à toutes et tous la même responsabilité dans la catastrophe présente. « Pour résumer, nous précisent Servigne et Stevens, <em>nous</em> avons escaladé très rapidement l’échelle du progrès technique et de la complexité, dans ce que l’on pourrait considérer comme une fuite en avant qui s’autoentretient<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_13" class="footnote_tooltip">Comment tout peut s’effondrer, ch. 4, «&nbsp;La direction est-elle bloquée&nbsp;?&nbsp;», § «&nbsp;Un problème de taille&nbsp;».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». Certes, les auteurs admettent certaines différences : les populations «&nbsp;les plus pauvres&nbsp;» seront bien évidemment les plus rapidement et les plus violemment touchées par les conséquences désastreuses d’une rupture d’approvisionnement, tandis que les rentes et les réserves des plus riches pourront avoir un effet-tampon pour absorber le choc – il suffit de jeter un œil sur la crise actuelle du coronavirus pour en avoir la confirmation. Mais si les effets sont donc différenciés par les collapsologues, la cause elle, est toujours conjuguée au singulier : LA civilisation industrielle. Cette rhétorique nous fait oublier que c’est la classe dirigeante qui a décidé de convertir l’économie aux énergies fossiles pour asseoir sa domination sur la classe ouvrière<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_14" class="footnote_tooltip">Les travaux récents d’historiens ont pu montrer que le recours aux énergies fossiles a été décidé, à l’origine pour des raisons autant politiques qu’économiques. Andreas Malm a ainsi souligné, dans son ouvrage <em>Fossil Capital</em>, que le remplacement de l’énergie hydraulique par le charbon a permis, durant la première révolution industrielle anglaise, de concentrer l’industrie dans les centres urbains, en assurant un plus grand contrôle politique sur les ouvriers. Timothy Mitchell, dans <em>Carbon Democracy</em>, a quant à&nbsp; lui montré que le passage du charbon au pétrole a permis de rendre le système productif moins vulnérable aux grèves récurrentes dans l’industrie minière.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Elle dissimule surtout l’opposition historique entre les pays impérialistes, qui ont imposé leur civilisation industrielle en mettant le monde à sac, et les populations colonisées, dont la sueur et le sang ont nourri la croissance exponentielle de l’économie fossile. Si les collapsologues reconnaissent donc des différences quantitatives, des inégalités de richesse au sein de ce grand «&nbsp;Nous&nbsp;» de la civilisation, il n’est jamais question de différences qualitatives réelles dans les rôles de chacun et chacune dans ce système, selon leur position de dominantEs ou de dominéEs. Se contenter de dire que «&nbsp;notre&nbsp;» civilisation industrielle est responsable, c’est ne faire aucune place aux logiques d’oppression qui caractérisent nos sociétés.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Résignation libératrice ou impuissance politique&nbsp;?</strong></h3>



<p>Au premier abord, la situation d’emballement catastrophique de l’économie financiarisée par l’émergence de la pandémie de coronavirus semble confirmer la théorie de l’effondrement. Mais à ce même fait d’une crise systémique du capitalisme mondial peuvent correspondre plusieurs modèles d’analyses. Ce qui caractérise la collapsologie, c’est le fait de rendre compte de cette crise comme la conséquence nécessaire d’une croissance tout aussi nécessaire de la civilisation industrielle, et non pas comme le résultat d’un certain système social de domination, imposé de force contre les résistances qui lui ont été opposées. Or la réponse politique que l’on adresse à la situation d’une crise systémique dépend intimement de notre compréhension de ses causes. Autrement dit, à chaque analyse théorique du développement d’une crise correspond une certaine pratique politique pour sa résolution, soit dans le sens d’une émancipation, soit dans le sens d’un renforcement de la domination. Après avoir proposé une analyse «&nbsp;scientifique&nbsp;» de l’imminence de l’effondrement, dans <em>Comment tout peut s’effondrer</em> (2015), il fallait donc bien que les collapsologues abordent les conséquences de cette théorie pour la pratique. <em>Une autre fin du monde est possible</em> (2018), coécrit avec un troisième comparse, Gauthier Chappelle, se présente comme un petit manuel pour «&nbsp;Vivre l’effondrement, et pas simplement y survivre&nbsp;». Il n’y est pas tant question de politique, comme activité collective de lutte et d’organisation, que d’éthique et de spiritualité, comme construction d’alternatives à l’échelle locale et de nouvelles visions du monde. Il ne s’agit pas ici de balayer d’un revers de la main le besoin légitime d’utopie qui se fait jour dans ce texte, mais plutôt de faire preuve de lucidité. Certes, les auteurs sont conscients que l’effondrement n’est pas une solution en soi, mais qu’il faudra lui donner la forme d’un <em>happy collapse.</em> Mais sans moyen de luttes, sans action collective visant concrètement l’abolition de la domination, il n’y a pas de doute que ce doux rêve virera au cauchemar – un risque que la situation actuelle laisse déjà entrevoir.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="ab6b44" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #ab6b44;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/04/Capture-du2019écran-2020-04-28-à-16.15.25-1024x617.jpg" alt="" class="wp-image-4438 not-transparent" width="536" height="322"/></figure>
</div>


<p>La première conséquence pratique de la théorie de l’effondrement, comme résultat inévitable de la croissance de la civilisation industrielle, c’est d’abord la résignation. Par la métaphore de la maladie chronique qui ne peut qu’aboutir à la mort de l’organisme malade, les auteurs nous invitent à faire le deuil de notre ancien monde et à nous résigner à sa disparition future. Mais c’est là supposer un peu vite que la crise économique systémique que nous traversons, en s’aggravant, produise d’elle-même la table rase sur laquelle «&nbsp;bâtir les moyens de sa propre subsistance, son autonomie, hors du cadre de l’État et de la société industrielle<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_15" class="footnote_tooltip"><em>Une autre fin du monde…</em>, conclusion, § «&nbsp;La survie comme une première étape&nbsp;».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». L’aggravation de la crise se traduit d’abord par une domination étatique exacerbée, qui tâche dans un premier temps de maintenir le système économique à flot en renforçant l’exploitation. Loin de permettre la floraison de nouveaux modes de vie, cette tendance actuelle a déjà commencé à mettre à mal les possibilités d’alternatives – comme la «&nbsp;ZAD de la Dune&nbsp;» récemment incendiée par une milice aux ordres de la municipalité locale de Brétignolles sur Mer<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_16" class="footnote_tooltip"><a rel="noreferrer noopener" href="https://blogs.mediapart.fr/lutte-labo/blog/150420/la-zad-de-la-dune-nettoyee-par-des-riverains-au-nom-de-l-interet-general" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://blogs.mediapart.fr/lutte-labo/blog/150420/la-zad-de-la-dune-nettoyee-par-des-riverains-au-nom-de-l-interet-general</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. L’autonomie ne pourra se gagner «&nbsp;hors du cadre de l’Etat&nbsp;» sans s’être construite au préalable dans une confrontation autonome contre ce cadre, c’est-à-dire cet appareil de domination.</p>



<p>Outre ce discours des utopies post-étatiques caractérisant les projets de longue durée, les collapsologues se montrent dans l’immédiat plutôt conciliant avec l’Etat existant. Loin de toute dynamique de confrontation réelle, Servigne se fait le partisan – comme beaucoup d’autre – du retour de l’Etat providence comme solution à la crise sanitaire et économique que nous sommes aujourd’hui en train de traverser. Dans une récente interview avec l’AFP, diffusée sur plusieurs médias<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_17');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">17</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_17" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Servigne place tout son espoir de sortie de crise, comme tant d’autres, dans le « le grand retour des États souverains&nbsp;» après leur mise à mal par 50 ans de politique néo-libérale. C’est là oublier complètement que le modèle redistributif de l’Etat providence sur lequel il s’appuie s’est construit précisément sur un taux de croissance très élevé des profits, conditionné par l’accès à des énergies fossiles bon marché et conduisant aux destructions écologiques que nous connaissons. Dans un contexte de gestion de crise économique aggravée, le retour de l’Etat ne peut signifier que deux choses&nbsp;: d’une part le sauvetage de l’économie et de ses profits par l’endettement public payé par les prolétaires, donc un accroissement sans-merci de leur exploitation et d’autre part, l’accentuation d’un contrôle autoritaire des populations pour tuer dans l’œuf toute velléité de soulèvement qu’une telle politique provoque très certainement.</p>



<p>L’ «&nbsp;autonomie&nbsp;» politique souhaitée dans un avenir lointain, sous la forme de petites communautés résilientes qui bâtiront le nouveau monde sur les ruines de l’ancien, risquerait donc de se payer aujourd’hui au prix d’une soumission à l’Etat providence, qui ne prétend prendre soin de nous que pour nous priver de toute autonomie réelle. Il n’est pas anodin que, dans sa récente interview accordée au journal <em>Le Monde</em>, Pablo Servigne assimile le cycle récent de luttes en France – cette «&nbsp;poudrière sociale – au rang de l’ensemble des «&nbsp;problèmes&nbsp;» qui conditionnent l’effondrement des sociétés actuelles, au même titre que «&nbsp;l’état des finances&nbsp;» ou la «&nbsp;dépendance croissante aux énergies<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_4421_12('footnote_plugin_reference_4421_12_18');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4421_12_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">18</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_18" class="footnote_tooltip">«&nbsp;Quand on voit les millions de nouveaux chômeurs, l’état des finances, la dépendance aux importations d’énergie, les tensions accumulées en France qui font qu’on a une poudrière sociale, la perte de confiance envers les gouvernements, la compétition entre pays qui s’accroît, on voit que la pandémie a considérablement augmenté les risques d’effondrement systémique.&nbsp;», <a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html." target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html.</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4421_12_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4421_12_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». L’antagonisme social apparaît ici comme un simple facteur aggravant le «&nbsp;risque&nbsp;» d’effondrement, c’est-à-dire à la fois son imminence et sa gravité. Au lieu d’être encouragées, les luttes sociales de terrain, celles qui se jouent dans la rue, les usines et les ronds-points, devraient donc céder le terrain au retour de l’Etat. Cette contradiction flagrante entre l’autonomie de demain et la soumission d’aujourd’hui n’est que la conséquence d’une conception extrêmement étriquée de la pratique comme transformation spirituelle et construction d’alternatives, qui se déroule au niveau individuel ou local.</p>



<p>Ce qu’il manque à la collaspologie, c’est tout bonnement une conception de l’action politique comme lieu d’une construction de l’autonomie réelle. Celle-ci ne peut passer que par la confrontation collective avec l’ordre existant, confrontation qui, aujourd’hui plus que jamais, apparaît comme une lutte de classe. Derrière le concept d’effondrement, se cache donc un concept de «&nbsp;crise&nbsp;» dépolitisé, c’est-à-dire complètement déconnecté du tissu de luttes par laquelle la crise actuelle se traduit déjà, et dont le dénouement seul pourra décider de l’issue émancipatrice ou catastrophique.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Timothée Haug</h5>



<p></p>



<p>Pour aller plus loin :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.monde-diplomatique.fr/2019/08/MALET/60145" target="_blank">https://www.monde-diplomatique.fr/2019/08/MALET/60145</a></li>



<li><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.contretemps.eu/critique-collapsologie-regression-archaique/" target="_blank">https://www.contretemps.eu/critique-collapsologie-regression-archaique/</a></li>



<li><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.revue-ballast.fr/daniel-tanuro-collapsologie-toutes-les-derives-ideologiques-sont-possibles/" target="_blank">https://www.revue-ballast.fr/daniel-tanuro-collapsologie-toutes-les-derives-ideologiques-sont-possibles/</a></li>



<li><a href="https://www.contretemps.eu/effondrement-societes-humaines-tanuro/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.contretemps.eu/effondrement-societes-humaines-tanuro/</a></li>
</ul>



<p></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_4421_12();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_4421_12();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_4421_12">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_4421_12" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Même le premier ministre Edouard Philippe, dans une discussion publique avec Nicolas Hulot de juillet 2018, a pu se dire «&nbsp;obsédé&nbsp;» par la théorie de l’effondrement, pour ensuite publier lui consacrer une tribune dans son blog de l’Huffington Post en décembre 2019 (<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/effondrement-edouard-philippe-humanite-est-loin-davoir-dit-son-dernier-mot_fr_5de15f2ae4b00149f72ea3ed" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.huffingtonpost.fr/entry/effondrement-edouard-philippe-humanite-est-loin-davoir-dit-son-dernier-mot_fr_5de15f2ae4b00149f72ea3ed</span></a>). Mais la menace bien réelle de cet effondrement ne doit bien évidemment pas, selon lui, remettre en question l’impératif de croissance économique, mais simplement permettre de repenser cette croissance dans le cadre d’une «&nbsp;écologie souriante&nbsp;»&nbsp;&#8211; cherchez l’erreur.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le sondage proposait la question suivante&nbsp;: pensez-vous que «&nbsp;la civilisation telle que nous la connaissons actuellement va s’effondrer dans les années à venir&nbsp;» (<a rel="noreferrer noopener" href="https://jean-jaures.org/nos-productions/la-france-patrie-de-la-collapsologie" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://jean-jaures.org/nos-productions/la-france-patrie-de-la-collapsologie</span></a>). Savoir que la majorité de la population croit en l’effondrement imminent de notre civilisation ne nous dit rien sur ce qu’elle entend par «&nbsp;effondrement&nbsp;» ou par «&nbsp;civilisation&nbsp;». Il est évident que cette croyance en l’effondrement traduit une conscience diffuse de l’aggravation de la crise systémique que nous traversons depuis 2008, sans pour autant nous dire grand-chose sur le sens accordé à ces concepts d’effondrement et de civilisation. Dans ce flou total, la réponse positive au sondage peut tout aussi bien traduire l’espoir d’une crise finale du capitalisme dans l’esprit d’un marxisme de vieille roche que la paranoïa d’une islamisation barbare des terres de l’empire chrétien d’occident dans l’esprit conspirationniste de Soral, Zemmour and co.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html</span></a><br><br><a href="https://www.lesinrocks.com/2020/04/08/idees/idees/pablo-servigne-les-effets-directs-de-la-pandemie-sont-moins-graves-que-ses-effets-indirects/"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lesinrocks.com/2020/04/08/idees/idees/pablo-servigne-les-effets-directs-de-la-pandemie-sont-moins-graves-que-ses-effets-indirects/</span></a><br><br><a href="https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387"><span class="footnote_url_wrap">https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Dans la définition d’Yves Cochet, reprise par Servigne et Stevens en entête de leur livre, l’effondrement désigne « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». En d’autres mots&nbsp;: une multiplication de famines doublée de guerre civile.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">En réalité, il n’y a rien de prophétique dans cette hypothèse, défendue avec le plus grand sérieux par un groupe d’expert de l’OMS en 2018, ayant même forgé le concept de «&nbsp;maladie X&nbsp;» pour désigner cet élément déclencheur. Il s’agit là simplement de la rencontre de deux tendances critiques propres au capitalisme néolibéral&nbsp;: d’une part la fragilisation de l’économie financiarisée par l’inflation des dettes publiques et privées et d’autre part l’engendrement de plus en plus fréquent de nouvelles souches virales agressives par le développement de l’agro-industrie, la déforestation et le recul des niches des espèces sauvages favorisant la zoonose (le transfert d’une souche virale d’une espèce sauvage à l’espèce humaine). <em>Cf</em>. <a href="https://npa2009.org/idees/economie/recession-cetait-cause-du-virus-diront-ils" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://npa2009.org/idees/economie/recession-cetait-cause-du-virus-diront-ils</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">En cela, <em>mais en cela seulement</em>, Servigne et Stevens rejoignent les analyses du marxisme écologique de Jason W. Moore<sup> </sup>: dans le repoussement incessant de certaines frontières naturelles nécessaire au capitalisme pour accéder à de nouvelles matières premières et à de nouvelles énergies, c’est le recours massif au crédit qui permet aux entreprises de réaliser les investissements massifs nécessaires pour les exploiter. <em>Cf.</em> Jason W. Moore, <em>Capitalism in the Web of Life</em>, Verso, 2015.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">A qui voudrait se réjouir des conséquences écologiquement positives de cet arrêt soudain de la production fossile, les auteurs répondent avec une certaine lucidité critique. Avec cette rupture des flux fossiles, l’énergie ne cessera pas d’être un besoin fondamental pour les 8 milliards d’humains habitant la planète. Cela pourrait conduire à des déforestations massives, conduisant elles-mêmes à des désertifications, et aggravant finalement le problème climatique à des échelles insoupçonnées.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La collapsologie n’est en réalité pas un courant tout à fait nouveau, mais elle s’inscrit dans toute une tradition des théories du collapse dans l’écologie politique américaine conservatrice des années 1970-80, faisant du facteur de surpopulation l’une des causes principales du problème écologique. Ainsi Servigne et Stevens s’inscrivent dans cette tradition en citant en exergue de leur ouvrage le père de ce courant&nbsp;: Paul Ehrlich, l’auteur de <em>La bombe population</em> (PAUL Ehrlich, <em>The Population Bomb</em>, New York, Ballantines Books, 1978). Ils reprennent également la théorie de l’<em>overshooting</em>, le dépassement de la capacité de charge des écosystèmes, que William Catton étudie à l’exemple des populations de lapin pour l’appliquer aux sociétés humains (CATTON William, <em>Overshoot: The Ecological Basis of Revolutionary Change</em>, Chicago, Illini Books edition&nbsp;; 1980). Et plus récemment, c’est Jared Diamond qui a remis ces théories au goût du jour avec son bestseller abondamment cité par les collaspologues&nbsp;:<em> Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie?</em>, Paris, Gallimard, 2009 (2005). </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Servigne et Stevens citent notamment «&nbsp;Yaneer Bar-Yam, spécialiste en science des systèmes et directeur du New England Complex Systems Institute de Cambridge (États-Unis)&nbsp;» qui affirme qu’« une société en réseau se comporte comme un organisme multicellulaire »&nbsp;: «&nbsp;la plupart des organes sont vitaux, on ne peut amputer une partie sans risquer la mort de l’organisme. Ce qu’a découvert ce chercheur, c’est que plus ces systèmes sont complexes, plus chaque organe devient vital pour l’ensemble de l’organisme.&nbsp;», <em>Comment tout peut s’effondrer</em>, ch. 5, «&nbsp;Coincés dans un véhicule de plus en plus fragile&nbsp;».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">&nbsp;Voir notamment le ch. 4, «&nbsp;La direction est-elle bloquée&nbsp;?&nbsp;».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ce concept est notamment développé dans le <em>Capital</em>, tome 1, au célèbre chapitre sur «&nbsp;Le caractère fétiche de la marchandise et son secret&nbsp;».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gyorgy Lukács, <em>Histoire et conscience de classe</em>. Ce concept de réification est basé sur le mot latin <em>res</em>, signifiant chose. On pourrait le traduire comme «&nbsp;chosification&nbsp;», le fait que des processus mouvants, transformables, produits de l’action humaine, se présentent comme des choses figées, impossible à transformer. Pour le dire autrement, le «&nbsp;système&nbsp;» s’impose aux individus comme un roc qui les écrase, et non comme ce qu’ils et elles ont produit par leur action, et peuvent transformer de même.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comment tout peut s’effondrer, ch. 4, «&nbsp;La direction est-elle bloquée&nbsp;?&nbsp;», § «&nbsp;Un problème de taille&nbsp;».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Les travaux récents d’historiens ont pu montrer que le recours aux énergies fossiles a été décidé, à l’origine pour des raisons autant politiques qu’économiques. Andreas Malm a ainsi souligné, dans son ouvrage <em>Fossil Capital</em>, que le remplacement de l’énergie hydraulique par le charbon a permis, durant la première révolution industrielle anglaise, de concentrer l’industrie dans les centres urbains, en assurant un plus grand contrôle politique sur les ouvriers. Timothy Mitchell, dans <em>Carbon Democracy</em>, a quant à&nbsp; lui montré que le passage du charbon au pétrole a permis de rendre le système productif moins vulnérable aux grèves récurrentes dans l’industrie minière.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Une autre fin du monde…</em>, conclusion, § «&nbsp;La survie comme une première étape&nbsp;».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a rel="noreferrer noopener" href="https://blogs.mediapart.fr/lutte-labo/blog/150420/la-zad-de-la-dune-nettoyee-par-des-riverains-au-nom-de-l-interet-general" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://blogs.mediapart.fr/lutte-labo/blog/150420/la-zad-de-la-dune-nettoyee-par-des-riverains-au-nom-de-l-interet-general</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_17" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_17');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4421_12_18" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4421_12('footnote_plugin_tooltip_4421_12_18');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text">«&nbsp;Quand on voit les millions de nouveaux chômeurs, l’état des finances, la dépendance aux importations d’énergie, les tensions accumulées en France qui font qu’on a une poudrière sociale, la perte de confiance envers les gouvernements, la compétition entre pays qui s’accroît, on voit que la pandémie a considérablement augmenté les risques d’effondrement systémique.&nbsp;», <a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html." target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/pablo-servigne-cette-crise-je-ne-l-ai-pas-vue-venir-alors-que-je-la-connaissais-en-theorie_6036175_3244.html.</span></a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_4421_12() { jQuery('#footnote_references_container_4421_12').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_4421_12').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_4421_12() { jQuery('#footnote_references_container_4421_12').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_4421_12').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_4421_12() { if (jQuery('#footnote_references_container_4421_12').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_4421_12(); } else { footnote_collapse_reference_container_4421_12(); } } function footnote_moveToReference_4421_12(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_4421_12(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_4421_12(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_4421_12(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/">La collapsologie, une pseudo-théorie de la crise pour une non-action politique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Extinction Rebellion n&#8217;est pas un mouvement homogène</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/extinction-rebellion-nest-pas-un-mouvement-homogene/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2019 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[XR]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=3512</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article est une réponse d&#8217;un militant d&#8217;XR à notre article sur la stratégie de la non-violence au sein de ce mouvement. Si le consensus non violent est partagé par l’ensemble des membres d’Extinction Rebellion <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/extinction-rebellion-nest-pas-un-mouvement-homogene/" title="Extinction Rebellion n&#8217;est pas un mouvement homogène">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/extinction-rebellion-nest-pas-un-mouvement-homogene/">Extinction Rebellion n&rsquo;est pas un mouvement homogène</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600"><em>Cet article est une réponse d&rsquo;un militant d&rsquo;XR à <a aria-label="notre article sur la stratégie de la non-violence au sein de ce mouvement. (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/mouvement-pour-le-climat-discuter-nos-strategies/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">notre article sur la stratégie de la non-violence au sein de ce mouvement.</a></em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<p>Si le consensus non violent est partagé par l’ensemble des membres d’Extinction Rebellion (XR), il existe néanmoins des discussions voire des divisions sur, d’une part, la définition de la violence, (un tag «&nbsp;céramique la police&nbsp;», un bris de vitrines sont-elles des actions violentes&nbsp;?) et d’autre part, la position d’Extinction Rebellion vis-à-vis d’autres collectifs ayant, eux, recours à l’action directe. Voici à grands traits une description des deux courants présents au sein d’Extinction Rebellion. Cette description ne recoupe pas parfaitement la réalité qui est évidemment plus complexe, car beaucoup de membres d’Extinction Rebellion ne se reconnaîtront dans aucune de ces tendances leurs positions pouvant osciller de l’une à l’autre. Néanmoins, ces deux tendances ont une réalité concrète à l’intérieur d’Extinction Rebellion et ont une influence directe sur la stratégie du groupe et la nature des actions menées. </p>



<h3 class="wp-block-heading">A qui s’adresse la non violence ?</h3>



<p>Comme mentionné plus haut, le consensus de base d’XR est d’être non violent. Une fois cela acté, la division autour de la question de la violence dans Extinction Rebellion porte sur le rapport d’XR aux groupes assumant les actions directes et les affrontements avec la police.</p>



<p>Une première tendance considère qu’Extinction Rebellion doit respecter les divers modes d’action d’autres groupes contestataires et que l’exigence de non violence ne s’adresse qu’aux membres d’Extinction Rebellion. Cela veut par exemple dire que les membres d’XR n’ont pas à effacer des tags écrits par d’autres sur des actions, même si celles-ci sont menées par XR. Par ailleurs, cela peut même aller jusqu’à accepter de faire des actions communes avec des groupes d’action directe violente à la condition de clairement identifier des zones d’affrontement et des zones pacifiques. En d’autres termes, XR pourrait participer à des manifestations organisées comme le sommet des Amériques à Québec en 2001.</p>



<p>Mais, au sein du mouvement, il y a une tendance qui a une vision plus agressive de la non-violence, qui voudrait qu’à partir du moment où XR est présent dans une action, le consensus non violent le plus restrictif possible (incluant les tags anti-flics etc…) s’applique à la totalité des gens présents sur le lieu de l’action, membres d’XR ou pas et, pour faire respecter ce consensus, XR doit se munir d’une sorte de service d’ordre maison capable de sortir les gens de la zone d’occupation et d’un service de nettoyage informel (mais tout de même souvent occupé par des femmes) en charge de nettoyer les tags.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Quelle vision de la place d’XR dans le mouvement global?</h3>



<p>La division sur la place de la non violence dans les actions d’XR au sein d’XR recoupe en fait une division plus profonde qui est celle de la place d’XR dans le mouvement global. Division entre une partie d’Extinction Rebellion qui considère qu’Extinction Rebellion a pour vocation d’être hégémonique dans la contestation, dans le sens où Extinction Rebellion deviendrait suffisamment gros et efficace à court terme pour forcer l’Etat à satisfaire les 4 revendications du mouvement, et une autre partie qui considère qu’Extinction Rebellion a sa place dans le mouvement social, au côté des Gilets Jaunes, des syndicats, des militants autonomes, des militants de partis etc… Bref, qu’XR est une composante de plus dans le mouvement global de contestation.</p>



<p>La tendance «&nbsp;hégémonique&nbsp;» justifie sa conception d’XR en articulant deux croyances. La première est le fait que, selon eux, le problème écologique est le problème le plus important, celui qu’il faut régler en premier, qu’il est totalement indépendant des problèmes de racisme, de répartition des richesses ou d’inégalités entre les femmes et les hommes. L’autre croyance est que la tactique non-violente est la seule qui peut permettre de changer les choses et de mobiliser 3.5% de la population, seuil nécessaire selon les «&nbsp;travaux&nbsp;» de Chenoweth. En fait, cette tendance a une vision dépolitisée de la lutte contre le changement climatique et de la place d’Extinction Rebellion dans celle-ci et ne perçoit pas les contradictions et les antagonismes de la société qui doivent être surmontés pour changer les choses. Cette tendance à la dépolitisation s’explique notamment par le fait qu’une large partie des militants partageant cette vision d’XR sont des gens qui se sont mis en mouvement via les théories de l’effondrement&nbsp;de Servigne and co ou qui pensent que le problème environnemental est avant tout un problème technique. Alors, il suffirait de trouver des solutions techniques, de faire de l’éducation populaire et du lobbyisme institutionnel pour que ces solutions soient reprises par les différents gouvernements quelles que soient les politiques qu’ils mènent. En ignorant complètement la violence institutionnelle de haut en bas, ils considèrent la violence de bas en haut comme une provocation plutôt qu’une réponse. Mais cette tendance a pour elle d’apporter beaucoup à l’efficacité opérationnelle et organisationnelle d’XR. Car là encore, la lutte écologique étant vu comme un problème technique à traiter, le militantisme devient lui aussi une affaire technique d’organisation et de gestion. C’est pourquoi cela débouche sur des actions comme celle de la place du Châtelet, impressionnantes d’un point de vue de l’organisation et de la gestion, mais assez vides politiquement et assez inoffensives.  </p>



<p>L’autre tendance dans XR est plutôt constituée de militants politiques, au sens où la question climatique est intégrée dans la situation politique globale. Cette tendance est plutôt constituée de militants anticapitalistes qui ont déjà milité dans d’autres cadres qu’XR et qui ont des contacts avec le reste du mouvement social. C’est cette tendance qui a organisé le blocage d’Italie 2 avec le comité Adama, des Gilets Jaunes, des Gilets Noirs. En ce moment, des rebelles se sont engagés dans le mouvement contre la réforme des retraites. Les actions menées ont été notamment des blocages d’entrepôts amazon, des sabotages de trottinettes électriques. Les communiqués autour de ces actions ont mis en avant la nécessité écologique de lutter contre les trottinettes électriques ou amazon mais aussi la nécessité tactique de participer au mouvement contre les retraites en amplifiant le blocage des transports et en neutralisant les casseurs de grève. L’action de sabotage des trottinettes a provoqué de vifs débats en interne, mais le succès de l’opération et le travail de fond d’argumentation politique à l’intérieur d’XR ont permis de convaincre beaucoup de rebelles que politiser la lutte d’Extinction Rébellion et l’intégrer dans le mouvement global est inévitable pour avoir une chance de changer les choses.</p>



<p>A l’heure actuelle, il est difficile de savoir combien de militants sont plutôt proches d’une tendance ou de l’autre, mais, ce qui est sûr c’est que la tendance politique n’est pas groupusculaire ou inaudible et le nombre de militants présents à Italie 2 et l’écho de l’opération de sabotage de trotinettes le prouve largement. Il est donc particulièrement abusif et caricatural de dire que «&nbsp;Les rebelles de XR condamnent d’emblée toute forme de violence&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3512_14('footnote_plugin_reference_3512_14_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_3512_14('footnote_plugin_reference_3512_14_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3512_14_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3512_14_1" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/mouvement-pour-le-climat-discuter-nos-strategies/">Mouvement pour le climat &#8211; Doit-on faire de la non-violence une stratégie pour gagner?</a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3512_14_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3512_14_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La non-violence un faux débat</strong></h3>



<p>Le débat de la violence versus la non-violence d’Extinction Rebellion occupe une place disproportionnée dans l’analyse du mouvement par d’autres groupes politiques notamment au vu du peu d’intérêt de la question dans la période.</p>



<p>La pertinence du recours à la violence ne se juge qu’à l’aune de l’objectif politique poursuivi et de la situation. Mais, aujourd’hui, trop de contributions militantes parlent de façon abstraite du recours à la violence ou de son efficacité historique et ont tendance à vouloir faire du rapport à la violence une ligne de démarcation entre un militantisme utile et un militantisme inefficace à tendance idiot utile.</p>



<p>Mais la question de la violence ne se pose pas qu’en termes d’efficacité historique ex-post, mais aussi en terme de capacité de mobilisation. Le fait d’avoir un groupe militant revendiquant l’action non violente permet à des personnes voulant faire de l’action directe sans s’affronter directement avec la police de trouver leur place dans la contestation. Permettre à tous de rejoindre la lutte est une condition nécessaire pour le changement. Par ailleurs, l’expérience montre chez Extinction Rebellion qu’un nombre important de rebelles rentrant dans XR en n&rsquo;aimant pas du tout les slogans anti-flics ont tendance à reconsidérer leur position en subissant le harcèlement des policiers dans la rue et en voyant leurs droits élémentaires systématiquement bafoués.  </p>



<p>Finalement la question qui se pose à nous tous n’est pas de connaître la position respective de chaque groupe politique vis-à-vis du recours à la violence ou de tracer des lignes entre bons et mauvais militants, entre formes nécessaires ou inutiles de mouvements. La question est de savoir quelles sont les formes de mouvement dans lesquelles les militants révolutionnaires doivent s’impliquer pour avoir un impact. De ce point de vue, Extinction Rebellion est un mouvement qui attire du monde et notamment des gens très motivés pour changer les choses. Alors en s’impliquant, en menant les actions avec détermination, en menant des discussions politiques de fond sur la situation et la stratégie et les liens d’XR avec le reste de la contestation, il est tout à fait possible de faire d’XR une organisation sur laquelle compter pour frapper ensemble sur le même clou.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Paul Vadori</h5>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_3512_14();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_3512_14();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_3512_14">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_3512_14" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3512_14_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3512_14('footnote_plugin_tooltip_3512_14_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/mouvement-pour-le-climat-discuter-nos-strategies/">Mouvement pour le climat &#8211; Doit-on faire de la non-violence une stratégie pour gagner?</a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_3512_14() { jQuery('#footnote_references_container_3512_14').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3512_14').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_3512_14() { jQuery('#footnote_references_container_3512_14').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3512_14').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_3512_14() { if (jQuery('#footnote_references_container_3512_14').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_3512_14(); } else { footnote_collapse_reference_container_3512_14(); } } function footnote_moveToReference_3512_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3512_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_3512_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3512_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/extinction-rebellion-nest-pas-un-mouvement-homogene/">Extinction Rebellion n&rsquo;est pas un mouvement homogène</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Mouvement pour le climat &#8211; Doit-on faire de la non-violence une stratégie pour gagner?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/mouvement-pour-le-climat-discuter-nos-strategies/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Dec 2019 15:14:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique du Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Inde]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[XR]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=3366</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’urgence climatique mobilise les gens par millions à travers la planète. En septembre dernier, à l’occasion des journées mondiales contre le changement climatique, nous étions plus de 10 millions à manifester dans plus d’une centaine <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/mouvement-pour-le-climat-discuter-nos-strategies/" title="Mouvement pour le climat &#8211; Doit-on faire de la non-violence une stratégie pour gagner?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>L’urgence climatique mobilise les gens par millions à travers la planète. En septembre dernier, à l’occasion des journées mondiales contre le changement climatique, nous étions plus de 10 millions à manifester dans plus d’une centaine de villes à travers le monde. En octobre, plusieurs centres-villes ont été bloqués à l’appel du mouvement Extinction Rébellion (XR).</p>



<p>Ces mobilisations viennent répondre à un besoin réel&nbsp;: mettre fin à la trajectoire dévastatrice de cette société et, en même temps, proposer et exiger un monde radicalement différent où nos sociétés respecteront les limites de la nature à laquelle elles appartiennent et dont elles dépendent absolument.</p>



<p>Pendant des décennies, la question climatique était portée soit par des ONGs et leurs lobbyistes, soit par des mouvements locaux ou indigènes qui luttaient contre des dégradations spécifiques de leur environnement, soit des mouvements monothématiques (contre les OGM, pour la sauvegarde des océans, etc.).&nbsp;</p>



<p>Bien que le mouvement actuel doive beaucoup à ces mouvements précurseurs, il a effectué un bond qualitatif grâce à l’impulsion de la jeunesse &nbsp;: poser la question du rapport société humaine-nature d’une manière globale qui lie les questions locales avec les grand dangers globaux. Si le réchauffement climatique et les récents rapports du GIEC «&nbsp;obligent&nbsp;» une prise de conscience plus globale, rien ne garantissait que celle-ci aurait pris la forme d’un mouvement qui grandirait rapidement, qui se poserait des questions sur ses tactiques et sur ses objectifs et prendrait des formes aussi radicales. Car, non seulement le slogan «&nbsp;changer le système, pas le climat&nbsp;» a été repris massivement, mais l’idée de la grève a elle aussi été adoptée partout très rapidement par des élèves et des étudiant·e·s qui cherchent maintenant à l’étendre dans le mouvement ouvrier traditionnel.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-style-default"><img data-dominant-color="a6938c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a6938c;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/12/WhatsApp-Image-2019-03-12-at-17.13.45-e1575212008835.jpeg" alt="" class="wp-image-3375 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Grève scolaire pour le climat en Australie en mars 2019</figcaption></figure>



<p>Cet article est le premier d&rsquo;une série d’articles pour ouvrir/continuer le débat sur un certain nombre de questions que (se) pose ce nouveau mouvement.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Changer le système (pas le climat) sans violence</strong></h3>



<p>Crucialement, le besoin d’obliger les «&nbsp;centres de pouvoir&nbsp;» à prendre en compte ce mouvement s’est traduit – à l’initiative de XR – par des blocages massifs dans plusieurs grandes villes. En face, la classe dirigeante, qu’il s’agisse des porte-paroles du climato-scepticisme (fortement financés par des grandes multinationales<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3366_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_1" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.smithsonianmag.com/smart-news/meet-the-money-behind-the-climate-denial-movement-180948204/?fbclid=IwAR1MeZa_1r102woUcAzWT5XXuY5-DxiXQMPltNpvhX_4QjaNoV8f0ye05oA#yhiBukAYcJPDfIUC.01" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.smithsonianmag.com/smart-news/meet-the-money-behind-the-climate-denial-movement-180948204/?fbclid=IwAR1MeZa_1r102woUcAzWT5XXuY5-DxiXQMPltNpvhX_4QjaNoV8f0ye05oA#yhiBukAYcJPDfIUC.01 (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.smithsonianmag.com/smart-news/meet-the-money-behind-the-climate-denial-movement-180948204/?fbclid=IwAR1MeZa_1r102woUcAzWT5XXuY5-DxiXQMPltNpvhX_4QjaNoV8f0ye05oA#yhiBukAYcJPDfIUC.01</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3366_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>) ou des gouvernements prétendument ouverts aux revendications du mouvement&nbsp;et inquiets par le danger ne sont pas restés les bras croisés. Dans un premier temps, ces derniers ont tenté de se présenter comme les seuls garants de la nécessaire transition énergétique. Mais quand le mouvement a montré qu’il n’était pas prêt à déléguer passivement les prises de décision aux principaux responsables de la crise climatique, les gouvernements ont ressorti rapidement leurs poncifs de défense de “la vie des citoyens pris en otage” et exigé que les élèves retrouvent le «&nbsp;bon chemin de leurs études qui ne devraient pas être interrompues par des grèves&nbsp;». Les moyens diffèrent mais partout la répression policière et les sanctions administratives contre les élèves sont utilisées pour mettre fin au mouvement de la jeunesse pour le climat.</p>



<p>Face à cette réaction, le mouvement est en quête de méthodes pour résister, se défendre et continuer la lutte. La non-violence, méthode choisie dès le départ par les activistes de XR gagne du terrain. Que des jeunes (ou moins jeunes) veulent transformer la société pacifiquement est plus que louable. Personne ne devrait critiquer des jeunes qui veulent sauver le monde d’une manière pacifique. Mais la non-violence, en tant que doctrine d’action qui s’oppose à la diversité des formes de lutte, est-elle vraiment accessible à toutes et tous&nbsp;? Quels en sont les désavantages&nbsp;? les limites&nbsp;? par qui sont-elles imposées&nbsp;? C’est à ces questions que nous allons essayer de répondre, sans oublier qu’au moment où le pouvoir essaye de nous diviser, l’unité de notre classe en mouvement est nécessaire, car nous avons non seulement un monde à sauver, mais surtout un autre monde à gagner.&nbsp;</p>



<p>Considérons ce que nous dit Jay Griffiths, auteure à succès et activiste d’XR :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>“Pendant que j’étais en garde à vue, un gouvernement alternatif était en train d’être crée, une assemblée populaire au «&nbsp;Marble Arch&nbsp;», où une sorte de Commune de Paris était mise sur pied. Maintenant les enjeux sont infiniment plus importants qu’à Paris en 1871 – bien qu’ils étaient très importants. </em><strong><em>Ici, maintenant, non-violents et sans peur, nous sommes irrépressibles</em></strong><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3366_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_2" class="footnote_tooltip">Jay Griffiths, <em>Courting arrest</em>, dans <em>This is not a drill</em>, an extinction rebellion handbook, Penguin 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3366_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><strong><em>.</em></strong><em>”</em></p>
<cite>Jay Griffiths</cite></blockquote>



<p>Mais est-ce vraiment le cas&nbsp;? L’expérience des mouvements précédents nous informe-t-elle ainsi&nbsp;? Sommes-nous irrépressibles <em>car</em> non-violents&nbsp;? Pour le prouver, il faudrait pouvoir démontrer que les mouvements non-violents ont <strong>tous</strong> obtenu des victoires.</p>



<p>Dans son récent ouvrage «&nbsp;Pourquoi la résistance civile fonctionne&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3366_16_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_3" class="footnote_tooltip">Erica Chenoweth, Maria J.Stephan, <em>Why civil resistance works, </em>Columbia University Press 2012<em>.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3366_16_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Erica Chenoweth, dont le travail de recherche a joué un rôle important dans le développement de l’orientation stratégique d’XR, donne une réponse catégorique. Il n’est pas question de dire que toutes les luttes non-violentes obtiennent des victoires ou des concessions, ni que les luttes violentes n’en obtiennent jamais&nbsp;: “<em>entre 1900 et 2006 les campagnes de résistance non-violentes avaient jusqu’à deux fois plus de chances de réussir complètement ou partiellement que leurs équivalents violents.”</em>&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Efficacité durable</strong></h3>



<p>Toujours est-il, selon Chenoweth que la non-violence reste (plus) efficace. L’expérience le montrerait. Du mouvement des droits civiques aux États-Unis à la première Intifada en Palestine, des victoires ont été arrachées.&nbsp;</p>



<p>Ces exemples qui sont utilisés très souvent comme des réussites méritent toutefois d’être discutés. Si on admet que le mouvement des droits civiques était un mouvement non-violent, peut-on parler d’une réelle victoire contre le racisme de la société étant données les violences policières, les inégalités et le racisme institutionnel aujourd’hui aux États-Unis&nbsp;? Peut-on considérer la première intifada, que Chenoweth classe dans les mouvements non-violents, comme une réussite, étant donné la réalité actuelle en Palestine et l’expansionnisme des colonies israéliennes&nbsp;? La liste des «réussites&nbsp;» qui ont été renversées quelques années après ou petit à petit est malheureusement très longue. Parfois, il ne reste plus rien, parfois il reste quelques améliorations partielles. Mais en ce qui concerne le changement climatique, peut-on vraiment se contenter d’améliorations partielles? Peut-on accepter de voir les potentiels acquis d’aujourd’hui être supprimés quelques années après&nbsp;? Non seulement nous n’avons plus de telles marges de manoeuvres mais c’est déjà trop tard pour éviter certaines évolutions négatives. L’urgence climatique nous oblige à penser des transformations de société pérennes. Rien ne garantit bien sûr que les luttes qui ne sont pas non-violentes amèneront inévitablement à des réussites pérennes mais, en tout cas, l’avantage qualitatif de la non-violence n’est pas, de ce point de vue, défendable.&nbsp;</p>



<p>Il faudrait donc discuter des cas où l’on peut parler de réussites pérennes. Les deux exemples qui viennent immédiatement à l’esprit, mais pas les seuls, sont ceux de la lutte pour l’indépendance nationale en Inde personnifiée par Mohandas Gandhi et celle de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud personnifiée par Nelson Mandela. L’Inde est devenue indépendante et l’apartheid a été aboli.&nbsp;</p>



<p>Bien que ce soient des victoires très importantes, les aspirations sociales, contre la pauvreté, les inégalités et l’exploitation, qui imprégnaient profondément les masses impliquées dans les deux mouvements n’ont jamais été réalisées. Dans toutes les luttes de libération nationale et anticoloniales l’objectif principal énoncé est <em>une nécessité</em> afin d’obtenir des améliorations sociales et non pas un but abstrait. La haine pour le colon anglais n’existe pas en soi, mais parce que ce dernier est responsable pour et incarne tous les maux subis par le peuple colonisé. Qu’on parle alors de l’Inde ou de l’Afrique du Sud, du point de vue de l’ensemble des revendications de ces mouvements, il s’agit des victoires partielles qui font qu’aujourd’hui le racisme, les inégalités, l’extrême pauvreté perdurent dans ces pays.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Mais même si on accepte qu’il s’agit de réussite, la question est de savoir si cette dernière est due à leur caractère non-violent. Concernant l’Afrique du Sud, parler de non-violence est une aberration. Car le mouvement contre l’apartheid a traversé des périodes non-violentes, des périodes avec des confrontations de masse et des périodes ou des petits groupes qui avaient adopté des méthodes de guérilla réalisaient des actes «&nbsp;terroristes&nbsp;». C’est l’échec de ce type de violence ultra-minoritaire, sur laquelle nous reviendrons plus bas, qui a repoussé la grande majorité du mouvement en Afrique du Sud et qui a fait émergé Mandela et son discours conciliateur comme la seule option viable.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="606060" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #606060;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/12/hqdefault.jpg" alt="" class="wp-image-3370 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Manifestation d&rsquo;étudiant·e·s  noir·e·s  à Soweto le 16 juin 1976. La répression fit des centaines de mort·e·s.</figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Le cas de l&rsquo;Inde</h3>



<p>L’exemple canonique est celui de Gandhi qui aurait réussi à vaincre l’Empire britannique sans jamais employer la violence.&nbsp;</p>



<p>Trop souvent on sanctifie Gandhi en ignorant, parfois volontairement, son racisme envers les noirEs en Afrique du sud et son soutien pour le système des castes en Inde. Mais ce qui est plus important est que trop souvent aussi on attribue facilement la défaite coloniale de l’Empire britannique à lui et sa tactique de non-violence.</p>



<p>Cette lecture de l’histoire néglige deux éléments&nbsp;: le déclin de l’Empire britannique partout dans le monde pendant cette même période face à des luttes anticoloniales qui étaient plutôt violentes et le rôle que les autres tendances du mouvement pour l’indépendance y ont joué.&nbsp;</p>



<p>Concernant le premier, les années qui ont suivi la fin de la deuxième guerre mondiale plusieurs pays ont obtenu leur indépendance&nbsp;; la Malaisie, l’Egypte, et la Côte-de-l’Or (Ghana) étaient parmi les premiers. Mais d’autres pays comme l’Irak avaient obtenu leur indépendance déjà avant la guerre. Les coups portés par la résistance dans tous ces pays depuis le début du vingtième siècle ont contribué mutuellement à la chute de l’Empire britannique. Isoler le cas de l’Inde est un non-sens.&nbsp;</p>



<p>Concernant le deuxième, donnons la parole aux acteurs de la période. Quand Clement Attlee, premier ministre de la Grande Bretagne au moment de l’indépendance, avait été interrogé par le juge en chef de la Haute Cour de Calcutta P.B. Chakrabarty concernant le rôle que Gandhi avait joué sur leur décision de partir, il avait répondu «&nbsp;mi-ni-male&nbsp;!&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3366_16_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_4" class="footnote_tooltip">Ranjan Borra, <em>Subhas Chandra Bose, The Indian National Army and the War of India’s liberation </em>dans Journal of Historical Review, vol 3, no 4, 1982.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3366_16_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dans la même discussion Attlee citait «&nbsp;l’érosion de loyauté à la couronne dans les rangs de l’armée et de la marine de l’Inde à cause des activités militaires de Netaji (surnom de Subhas Chandra Bose)&nbsp;». Bose était le dirigeant et fondateur de l’Armée Nationale Indienne. L’arrestation de trois de ses officiers, un musulman, un hindou et un sikh – symbole de l’unité intercommunautaire – en novembre 1945 avait conduit à des manifestations massives à Calcutta avec 33 mortEs. Trois mois plus tard, quand l’un de trois officiers avait été condamné à sept ans d’emprisonnement, une mutinerie avait éclaté dans la Royal Indian Navy à Bombay. Très rapidement elle s’est propagée jusqu’au Madras, au Karachi et à Calcutta. Gandhi n’avait joué aucun rôle dans cette révolte, au contraire il l’avait condamnée.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="7c7c7c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7c7c7c;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/12/Mutiny-1-1024x800.jpg" alt="" class="wp-image-3377 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Mutinerie de la Royal Indian Navy à Bombay en 1946</figcaption></figure>



<p>Comme le souligne l’historienne Talat Ahmed « la mutinerie et les manifestations massives avaient le potentiel de devenir l’antidote à la frénésie communautariste&nbsp;» mais Gandhi considérait qu’une «&nbsp;combinaison entre hindous et musulmans ayant comme but l’action violente était profane&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_3366_16('footnote_plugin_reference_3366_16_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3366_16_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_5" class="footnote_tooltip">Talat Ahmed, <em>Mohandas Gandhi, Experiments in Civil Disobedience</em>, p.147-148, Pluto Press, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3366_16_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3366_16_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La violence et son éthique</h3>



<p>Les rebelles de XR condamnent d’emblée toute forme de violence. De notre côté nous ne voulons pas défendre toute forme de violence et à tout prix. Nous les rejoignons sur le fait que la violence peut être dissuasive pour la grande majorité des gens et que le nombre des gens qui participent à des actions est décisif. Les actes de petites minorités illuminées comme mettre des explosifs, assassiner etc., ne peuvent qu’aliéner les gens et faire dégénérer un mouvement et donner plus d’arguments au pouvoir pour réprimer d’avantage. Participer activement dans un mouvement est une condition nécessaire pour que quelqu’un puisse se rendre compte de sa force collective et de l’importance de continuer à lutter jusqu’à la victoire. L’empêcher d’y participer d’avance en imposant de telles tactiques est une erreur.&nbsp;</p>



<p>Mais de là à condamner la violence employée massivement par les mouvements il y a une différence.</p>



<p>D’abord parce que parfois il n’y a pas d’autre choix. Pour les gens des quartiers populaires, qui meurent sous des coups policiers sans aucune raison, la violence ne serait-ce que pour se défendre, demeure souvent la seule option. Pour les Gilets Jaunes qui se faisaient amputer et éborgner pendant des manifestations non-violentes, la riposte violente était une nécessité pour se défendre et défendre ses proches.</p>



<p>Pour le mouvement de la Grève du climat et XR les choses sont pour l’instant – mais cela a déjà commencé à changer – un peu différentes. Le caractère massif qu’ont prises leurs mobilisations dès le départ ainsi que le besoin des gouvernements de se présenter comme favorables à leurs revendications on fait que la répression était relativement limitée. Mais cela n’aurait pas pu durer. Pendant les actions de blocage fin septembre jusqu’à la mi-octobre 2019 les activistes ont été réprimés violemment dans plusieurs pays, notamment en Angleterre. Ce sont les mêmes forces de l’ordre qui quelques mois auparavant frappaient les Gilets Jaunes, qui avaient tué Edson Da Costa à Londres en 2017 et Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise en 2016.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="686f44" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #686f44;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/12/WhatsApp-Image-2019-12-01-at-15.18.02-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-3372 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Répression violente des activistes de XR à Londres en septembre 2019</figcaption></figure>



<p>Le slogan «&nbsp;la police / avec nous / on fait ça pour vos enfants&nbsp;» est un slogan bienveillant. Qui d’entre nous qui luttons pour un monde meilleur ne le fait pas pour <em>toutes</em> les générations futures&nbsp;? Qui doute que dans un monde où le climat serait complètement déréglé, les enfants des flics ne subiraient aussi les conséquences&nbsp;?&nbsp;</p>



<p>C’est aussi un slogan qui est très violent pour touTEs celles et ceux qui subissent quotidiennement la violence de l’État à cause de leur couleur de peau, leur religion, leur origine ou leurs idées. Des gens qui ont perdu unE proche, qui sont emprisonnés ou qui vivent avec la peur de croiser une voiture de police sans n’avoir rien fait.&nbsp;</p>



<p>La question n’est pas si chaque flic est une mauvaise personne, mais que la police n’est pas une institution neutre. La mission collective de ses «&nbsp;employéEs&nbsp;» est celle du maintien de l’ordre nécessaire pour la protection des intérêts des puissants. Servir ces intérêts devient du coup vital pour la perpétuation de l’existence de la police elle-même. Même si individuellement les revendications d’une rébellion pourraient leur sembler justes, celle-ci est par sa nature contraire à leurs intérêts matériels immédiats&nbsp;: la seule option pour unE policierE qui ne veut plus servir ces fins est de ne plus être policierE. Il est d’ailleurs impossible de jouer ce rôle répressif sans adopter une idéologie qui le justifie. La police est là pour garantir que rien ne change.&nbsp;&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les buts et les moyens</h3>



<p>Gandhi est <em>le</em> symbole de la non-violence. Non seulement parce qu’il l’a mise en œuvre rigoureusement. Pour lui la non-violence était une fin en soi&nbsp;: pour des raisons religieuses mais surtout parce qu’il représentait un mouvement qui portait en son sein des antagonismes de classes&nbsp;: les intouchables et les ouvriers d’un côté et les grands commerçants de l’autre, envisageaient tous la libération nationale mais sans pour autant avoir les mêmes intérêts. La non-violence n’était pas seulement une méthode de résistance mais aussi la garantie que les exploitéEs indienNEs continueraient à respecter l’ordre social après la libération.&nbsp;</p>



<p>Avant d’arriver en Inde et quand l’Empire Britannique s’engageait dans la première guerre mondiale, qui causa la mort de 18,5 millions de personnes et de plus de 74.000 indiens, Gandhi n’était pas pour la non-violence. Il appela tous les indiens à protéger leur mère patrie, la Grande Bretagne.&nbsp;</p>



<p>A l’opposé les révolutionnaires allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg avaient refusé de soutenir la guerre et Liebknecht, alors député, ne vota pas pour les crédits de guerre. Quelques années plus tard, après la victoire de la révolution russe, les bolcheviks, accusés souvent pour leur violence, mirent fin à la guerre avec l’Allemagne (armistice du 15 décembre 1917 et traité Brest-Litovsk en mars 1918). Sans faire de la non-violence une fin et en acceptant sa nécessité face au monopole de la violence de l’État, ils sauvèrent des milliers voire des millions des vies.&nbsp;</p>



<p>Si l’on accepte que l’urgence climatique nécessite un changement de société profond et que de celui-ci dépend l’avenir de l’humanité toute entière nous ne pouvons pas faire de la non-violence une condition indispensable. Nous ne pouvons pas mettre le moralisme des moyens par-dessus la nécessité de notre but. L’État, français, anglais ou brésilien, peu importe, est là pour garantir les intérêts du 1%, des Lafarge, Vale, Novartis, ExxonMobil et compagnie qui sont en train de détruire notre planète. On ne doit pas les laisser faire.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dimitris Daskalakis</h5>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_3366_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_3366_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_3366_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_3366_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3366_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3366_16('footnote_plugin_tooltip_3366_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.smithsonianmag.com/smart-news/meet-the-money-behind-the-climate-denial-movement-180948204/?fbclid=IwAR1MeZa_1r102woUcAzWT5XXuY5-DxiXQMPltNpvhX_4QjaNoV8f0ye05oA#yhiBukAYcJPDfIUC.01" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.smithsonianmag.com/smart-news/meet-the-money-behind-the-climate-denial-movement-180948204/?fbclid=IwAR1MeZa_1r102woUcAzWT5XXuY5-DxiXQMPltNpvhX_4QjaNoV8f0ye05oA#yhiBukAYcJPDfIUC.01 (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.smithsonianmag.com/smart-news/meet-the-money-behind-the-climate-denial-movement-180948204/?fbclid=IwAR1MeZa_1r102woUcAzWT5XXuY5-DxiXQMPltNpvhX_4QjaNoV8f0ye05oA#yhiBukAYcJPDfIUC.01</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3366_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3366_16('footnote_plugin_tooltip_3366_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Jay Griffiths, <em>Courting arrest</em>, dans <em>This is not a drill</em>, an extinction rebellion handbook, Penguin 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3366_16_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3366_16('footnote_plugin_tooltip_3366_16_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Erica Chenoweth, Maria J.Stephan, <em>Why civil resistance works, </em>Columbia University Press 2012<em>.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3366_16_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3366_16('footnote_plugin_tooltip_3366_16_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ranjan Borra, <em>Subhas Chandra Bose, The Indian National Army and the War of India’s liberation </em>dans Journal of Historical Review, vol 3, no 4, 1982.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3366_16_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3366_16('footnote_plugin_tooltip_3366_16_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Talat Ahmed, <em>Mohandas Gandhi, Experiments in Civil Disobedience</em>, p.147-148, Pluto Press, 2019.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_3366_16() { jQuery('#footnote_references_container_3366_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3366_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_3366_16() { jQuery('#footnote_references_container_3366_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3366_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_3366_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_3366_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_3366_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_3366_16(); } } function footnote_moveToReference_3366_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3366_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_3366_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3366_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/mouvement-pour-le-climat-discuter-nos-strategies/">Mouvement pour le climat &#8211; Doit-on faire de la non-violence une stratégie pour gagner?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Nous n&#8217;habitons pas tous sur la même planète !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/nous-nhabitons-pas-tous-sur-la-meme-planete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2019 08:53:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">En 2002, Jacques Chirac affirmait que « notre maison brûle». Quinze ans plus tard, quand Trump annonçait qu’il voulait&#160; retirer les États-Unis de l’accord de Paris, Macron répondait avec son fameux “Make our planet green <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/nous-nhabitons-pas-tous-sur-la-meme-planete/" title="Nous n&#8217;habitons pas tous sur la même planète !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>En 2002, Jacques Chirac affirmait que « notre maison brûle». Quinze ans plus tard, quand Trump annonçait qu’il voulait&nbsp; retirer les États-Unis de  l’accord de Paris, Macron répondait avec son fameux “Make our planet green again”. Sur le site internet créé ensuite, le logo choisi était « 1 planète, 1 plan ». Pourtant, s’il est vrai que tous les humains habitent jusqu’à maintenant sur le même globe, ils n’y vivent pas seulement en tant qu’individus, mais surtout en tant que membre des sociétés. Nos possibilités et nos manières d’interagir avec notre environnement sont déterminées par notre place dans cette société de classes. Également donc la façon dont chacunE d’entre nous va subir les conséquences du désastre climatique et de la perte de la biodiversité qui s’annoncent ne sera pas la même. La lutte contre le changement climatique est éminemment une lutte de classes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Qui s’en sortira?</h3>



<p>Le fossé qui nous sépare avec les puissants, le 1% qui possède plus que le 99% restant n’est pas seulement une séparation entre le confort et la misère, mais aussi entre la survie et la mort. Il n’y a pas besoin de chercher dans un avenir cataclysmique pour s’en rendre compte. Aux États-Unis quand en 2005 les habitantEs de la Nouvelle-Orléans essayaient de fuir la ville vers la ville voisine plus riche, Gretna, à cause de l’ouragan Katrina, la police bloquait le pont sur le Mississippi parce que « il n’était pas question que la rive Ouest devienne La Nouvelle-Orléans » ; les riches n’allaient pas accueillir la misère des pauvres noirEs. Lors de l’exode syrien en 2014-2015, provoqué en partie par la gestion néolibérale des sécheresses de 2007-2009, ce sont les plus démuniEs qui n’avaient pas les moyens de fuir la misère autrement qui se sont noyéEs en mer Méditerranée à cause de la politique de fermeture des frontières de l’UE. Et quand la canicule frappait la France&nbsp; à l’été 2003, les personnes âgées qui se trouvaient seules à domicile étaient les premières à mourir tandis que la surmortalité était significativement plus basse pour celles et ceux qui pouvaient se payer une clinique privée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Qui paiera ?</h3>



<p>Les capitalistes ont les moyens nécessaires pour éviter les effets du changement climatique et feront tout pour s’agripper jusqu’au bout à leurs privilèges. Et quand ils n’auront pas d’autre choix que de mettre en place les changements systémiques nécessaires à leur survie, ils feront tout pour nous faire payer le coût de leur propre sauvetage. Comme le Jonathan Neale, activiste britannique « le jour où le changement climatique galopant vous touchera,(…) il prendra la forme de militaires ou de fascistes prenant le pouvoir. Ils adopteront un discours profondément vert. Ils parleront de décroissance, et des limites de l’écologie planétaire. Ils nous diront que nous avons trop consommé (&#8230;). Ils attiseront de nouveaux racismes. Ils nous expliqueront pourquoi nous devons garder les hordes de sans-abris affamés de l’autre côté de notre mur.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Leur transition ou la nôtre?</h3>



<p>Le besoin des capitalistes &#8211; que ça soit de l’industrie fossile ou non – d’accumuler ne leur permet pas de faire de la transition vers des énergies renouvelables une priorité. Ils ne s’y engagent que dans la mesure où celle-ci peut augmenter leur capacité d’accumuler du capital et donc d’amplifier les inégalités sociales. Avec les rythmes imposés par leurs besoins et avec cette orientation, leur transition ne peut signifier qu’encore plus de cette ségrégation raciale-spatiale qui sera surdéterminée par la classe d’appartenance. La vignette Crit’Air est une première illustration parfaite : elle ne fait rien pour améliorer les transports publics ni pour les rendre accessibles, elle expulse celles et ceux qui ne peuvent pas s’acheter une voiture conforme des quartiers déjà gentrifiés et elle refoule les voitures les plus polluantes vers les banlieues parisiennes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une lutte révolutionnaire !</h3>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright"><img data-dominant-color="b0a7a7" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #b0a7a7;" loading="lazy" decoding="async" width="170" height="262" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/09/image.png" alt="" class="wp-image-2695 not-transparent"/></figure></div>



<p>Dès lors, la lutte contre le changement climatique n’est pas une lutte parallèle à nos luttes contre le patronat, le fascisme et le racisme. On ne saura pas lutter pour une Terre viable à côté des patrons et séparéEs de nos sœurs et nos frères de classe, avec ou sans papiers. Pour arrêter cette machine qui détruit notre environnement, il va falloir tirer le frein d’urgence de ce système qui exploite, opprime et divise. C’est socialisme ou barbarie (si on a de la chance).</p>



<p>C’est pourquoi on doit être partie prenante de ce nouveau mouvement qui s’amplifie et faire de la grève mondiale pour le climat une réalité. Maintenant que cette lutte n’est plus le monopole du lobbying d’ONGs et que le désespoir se transforme en action de masse nous devons en faire partie sans avoir peur des défis stratégiques et tactiques qui en émergeront.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dimitris Daskalakis</h5>
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		<title>Parier sur une catastrophe infinie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/parier-sur-une-catastrophe-infinie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Aug 2019 19:41:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article a été initialement publié dans la revue International Socialism n°163 Le philosophe catholique du 17ème siècle, Blaise Pascal, suggérait que nous imaginions la foi en Dieu comme un pari&#160;: Pesons le gain et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/parier-sur-une-catastrophe-infinie/" title="Parier sur une catastrophe infinie">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading"><em>Cet article a été initialement publié dans la revue <a rel="noreferrer noopener" aria-label="International Socialism n°163 (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://isj.org.uk/betting-on-infinite-loss/" target="_blank">International Socialism n°163</a> </em></h6>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Le philosophe catholique du 17ème siècle, Blaise Pascal, suggérait que nous imaginions la foi en Dieu comme un pari&nbsp;: </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas&nbsp;: si vous gagnez, vous gagnez tout, si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est sans hésiter&#8230;il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti. Partout où est l’infini et où il n’y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n’y a point à balancer, il faut tout donner.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_1" class="footnote_tooltip"><a href="http://www.penseesdepascal.fr/II/II1-moderne.php"><span class="footnote_url_wrap">http://www.penseesdepascal.fr/II/</span></a><a rel="noreferrer noopener" aria-label="II1 (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.penseesdepascal.fr/II/II1-moderne.php" target="_blank">II1</a><a href="http://www.penseesdepascal.fr/II/II1-moderne.php">-moderne.php</a>. Merci à Joseph Choonara, Martin Empson et Camilla Royle pour leurs commentaires à cet article.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Blaise Pascal</cite></blockquote>



<p>L&rsquo;argument de Pascal a été important pour les marxistes réticents à considérer l’avènement du socialisme comme un dénouement évident. Dans le film d&rsquo;Eric Rohmer <em>Ma nuit chez Maud</em>, un des personnages dit, qu&rsquo;en tant que marxiste, il pense à la révolution socialiste de la même manière que Pascal pense à Dieu – quelque chose d&rsquo;incertain que chacun devrait néanmoins considérer comme réel, parce que si c&rsquo;est réel, alors l&rsquo;histoire aurait un sens. Mais ce pari, plutôt que d&rsquo;amener à une « infinité de vie infiniment heureuse » , ne serait-il pas plutôt à propos d&rsquo;une perte infinie&nbsp;? De façon polémique, le nouvel activisme environnemental symbolisé par les grèves scolaires déclenchées par Greta Thunberg et par Extinction Rebellion (XR) part de ce principe&nbsp;: <strong>agir politiquement comme si la catastrophe climatique était imminente représente notre meilleur espoir de l’empêcher.</strong></p>



<p>L&rsquo;imminence de la catastrophe climatique a été exprimée vivement dans un article de l&rsquo;universitaire Jem Bendell largement téléchargé. Il propose le postulat suivant : «&nbsp;une catastrophe environnementale globale va avoir lieu de notre vivant, et nous devons désormais en étudier les implications&nbsp;». Il développe&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Malheureusement, les données récoltées depuis lors (2014) vont dans le sens de changements non linéaires dans notre environnement. Les changements non linéaires sont fondamentaux pour comprendre le changement climatique, car ils suggèrent non seulement que les impacts seront plus rapides et plus sévères que les prédictions basées sur des projections linéaires, mais aussi que les changements ne seront plus liés aux taux d’émission de carbone liés à l’activité humaine. En d’autres mots, ils suggèrent que nous sommes face à un changement climatique « incontrôlable ».<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_2" class="footnote_tooltip"><a href="http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf</span></a> p.7</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Jem Bendell</cite></blockquote>



<p>Les processus non-linéaires sont caractéristiques des systèmes complexes où le changement ne prend pas toujours la forme d&rsquo;augmentations graduelles, mais peut se renforcer lui-même et donc accélérer.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_3" class="footnote_tooltip">Prigogine et Stengers, 1984.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Le réchauffement de l&rsquo;Arctique en est un exemple. Étant lui-même une conséquence de l&rsquo;augmentation des températures, il réduit la quantité de calotte glaciaire qui reflète les rayons du soleil, ce qui provoque une accélération du réchauffement global, engendrant un nouveau cycle de réduction de calotte glaciaire. De plus, le réchauffement de la région polaire pourrait aussi libérer le méthane – un gaz à effet de serre plus puissant que le CO<sub>2</sub> – actuellement coincé à la surface ou dans le permafrost sous-marin. L&rsquo;exemple le plus effrayant que Bendell donne est une étude de 2010 qui avertit «&nbsp;qu&rsquo;un réchauffement de l’Arctique pourrait mener à des rejets rapides et massifs de méthane qui conduiraient à un réchauffement atmosphérique de 5 degrés en quelques années, ce qui serait une catastrophe pour la vie sur terre&nbsp;».<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_4" class="footnote_tooltip"><a href="http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf"><span class="footnote_url_wrap">http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf</span></a> p.11</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Il ne s&rsquo;agit pas ici d’une étude individuelle, mais de l&rsquo;accumulation de preuves de différentes sources et couvrant de multiples domaines – par exemple, la destruction de la biodiversité et les effets de la hausse des températures et du niveau de la mer sur l&rsquo;agriculture – qui amène Bendell à conclure&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les faits auxquels nous sommes confrontés nous suggèrent que nous allons au-devant de changements climatiques brutaux et incontrôlables, qui engendreront famines, destructions, migrations, épidémies et guerres&#8230; Il peut nous sembler, du moins inconsciemment, que les termes que j’ai utilisés à la fin du précédent paragraphe décrivent des situations qui nous attristent, lorsque nous les regardons à la télévision ou en ligne. Mais quand je parle de famine, de destructions, de migrations, d’épidémies et de guerres, je veux dire que cela vous affectera, vous, en personne. Si la production électrique s’arrête, très vite vous n’aurez plus d’eau au robinet. Vous dépendrez de votre entourage pour vous nourrir et vous chauffer. Vous souffrirez de malnutrition. Vous ne saurez plus s’il faut partir ou rester. Et vous aurez peur d’être tué avant que de mourir de faim.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_5" class="footnote_tooltip"><a href="http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf</span></a> p.13</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Jem Bendell</cite></blockquote>



<p>Dans
une excellente réponse à l&rsquo;article de Bendell, Jonathan Neale est
d&rsquo;accord que le «&nbsp;l&rsquo;effondrement social est inévitable, la
catastrophe probable et l&rsquo;extinction possible&nbsp;». Mais il donne
un contenu socio-politique beaucoup plus concret à l&rsquo;effondrement et
à la catastrophe, qui est significativement différent des
traditionnelles images dystopiques des films Mad Max ou, plus
récemment, du roman <em>La
Route </em>
de Cormac McCarthy et du film éponyme&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Nous avons assez d&rsquo;expérience des horreurs de l&rsquo;histoire moderne pour savoir à quoi «&nbsp;l&rsquo;effondrement social&nbsp;» dû au changement climatique ressemblerait. Considérons le milieu du vingtième siècle, où 6 millions d’êtres humains ont été tués. Probablement un petit nombre comparé à ce que nous affronterons, mais toujours utile à la réflexion&#8230;</p><p>Presque aucune de ces horreurs n&rsquo;ont été commises par de petits groupes de sauvages errant dans des ruines. Ces horreurs ont été commises par des États, et par des mouvements politiques de masse.</p><p>La société ne s&rsquo;est pas désintégrée. Elle ne s&rsquo;est pas écroulée. La société s&rsquo;est renforcée. Le pouvoir s&rsquo;est concentré, puis s&rsquo;est fractionné, et ces forces nous ont amenés à nous entre-tuer. Il semble raisonnable de partir du principe que l&rsquo;effondrement social dû au climat suivra cette voie. Si nous sommes chanceux il y aura seulement cinq fois plus de morts, et vingt-cinq fois plus si nous sommes malchanceux.</p><p>Souvenez-vous de ça, parce que le jour où le changement climatique galopant vous touchera, là où vous habitez, il ne prendra pas la forme de quelques motards hirsutes errants. Il prendra la forme de chars dans les rues et de militaires ou de fascistes prenant le pouvoir.</p><p>Ces généraux adopteront un discours profondément vert. Ils parleront de décroissance, et des limites de l&rsquo;écologie planétaire. Ils nous diront que nous avons trop consommé, que nous avons été trop cupides, et que maintenant, dans l&rsquo;intérêt de Mère Nature, nous devons nous serrer la ceinture&#8230;</p><p>Ces nouveaux dirigeants attiseront de nouveaux racismes. Ils nous expliqueront pourquoi nous devons garder les hordes de sans-abris affamés de l&rsquo;autre côté de notre mur de protection. Pourquoi, malheureusement, nous devons leur tirer dessus ou les laisser se noyer.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_6" class="footnote_tooltip">Neale, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Jonathan Neale</cite></blockquote>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="778a8f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #778a8f;" loading="lazy" decoding="async" width="921" height="433" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/menxxq266_ma_migrants-18772196-e1470431789346.jpg" alt="" class="wp-image-2475 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/menxxq266_ma_migrants-18772196-e1470431789346.jpg 921w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/menxxq266_ma_migrants-18772196-e1470431789346-300x141.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/menxxq266_ma_migrants-18772196-e1470431789346-768x361.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 921px) 100vw, 921px" /><figcaption>Migrants gazés à Menton, à la frontière franco-italienne</figcaption></figure>



<p>En d&rsquo;autres mots, les structures de pouvoir du capitalisme ne vont pas juste disparaître face à la catastrophe climatique, mais vont chercher à se maintenir en s&rsquo;adaptant, à un coût élevé pour les gens ordinaires. A côté des exemples de tueries de masse pendant la seconde guerre mondiale sur lesquels Neale se focalise, nous pouvons aussi apprendre des terribles famines qui ont marqué l&rsquo;histoire de l&rsquo;impérialisme anglais – surtout, en Irlande entre 1845 et 1849 et au Bengale en 1943-1944. Un point commun à ces épisodes effroyables a été que la souffrance était surdéterminée par la classe d&rsquo;appartenance&nbsp;: les pauvres périrent à une échelle de masse, pendant que pour les riches – propriétaires terriens, capitalistes, administrateurs coloniaux et officiers militaires – les affaires continuaient comme avant. Les famines ne sont, notoirement, pas des catastrophes naturelles, mais le produit de rapports sociaux, et en particulier de l&rsquo;impossibilité pour les pauvres d&rsquo;avoir accès aux ressources dont ils ont besoin pour survivre. Ces épisodes offrent des pistes pour comprendre ce que sera notre futur – ou celui de nos enfants et petit-enfants.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_7" class="footnote_tooltip">Voir les apports percutants chez Woodhamm-Smith, 1991, et Mukerjee, 2010, ainsi que l&rsquo;étude classique des famines chez Sen, 1981.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h3 class="wp-block-heading">Industrie fossile contre profitabilité du changement climatique</h3>



<p>Le processus d&rsquo;adaptation capitaliste au changement climatique est déjà en cours. Le capitalisme n&rsquo;est pas uniquement composé d&rsquo;entreprises basées sur l’extraction d’énergie fossile prêtes à détruire la planète si ça leur permet d&rsquo;en retirer un profit. Un processus bien plus contradictoire est en cours. D&rsquo;un côté, les grands pollueurs sont toujours à l’œuvre – de façon évidente dans l&rsquo;industrie de fracturation hydraulique de gaz et d&rsquo;huile de schiste, qui est censée permettre aux États-Unis de devenir un exportateur net d&rsquo;énergie l&rsquo;année prochaine pour la première fois depuis 1953.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_8" class="footnote_tooltip">DiCristopher, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Les plus grandes banques états-uniennes – probablement le plus grand groupe d&rsquo;intérêt capitaliste du monde moderne – sont profondément impliquées dans le financement des investissements dans les énergies fossiles.</p>



<p>Une coalition d&rsquo;ONG dirigé par le Rainforest Action Network a produit un rapport montrant que depuis l&rsquo;accord de Paris en décembre 2015 – qui est supposé réduire les émissions de CO<sub>2</sub> suffisamment pour maintenir la température globale en-deçà de 2°C de plus par rapport à l&rsquo;ère pré-industrielle – le financement des banques en direction des énergies fossiles a augmenté régulièrement, de 612 milliards de dollars en 2016, $646 milliards en 2017 à $654 milliards en 2018. Les «&nbsp;pires banques&nbsp;», selon ce rapport, sont quatre banques géantes américaines – JPMorgan Chase, Wells Fargo, Citi et Bank of America (en sixième position, Barclays est la première banque européenne de cette liste). JPMorgan prend la tête dans le financement de projets visant à développer l&rsquo;extraction d&rsquo;énergie fossile – c&rsquo;est le premier banquier du pétrole de sable bitumineux, de l&rsquo;extraction de gaz et de pétrole en Arctique et en eau très profonde et de gaz naturel liquéfié, ainsi que le numéro deux de la fracturation hydraulique, derrière Wells Fargo.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_9" class="footnote_tooltip">Rainforest Action Network, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Les activités des plus grandes banques d’investissement ne sont que la partie visible de l’iceberg. Carol Olson et Frank Lenzmann affirment que la chaîne d&rsquo;approvisionnement en énergie fossile est devenue totalement financiarisée, où la finance de l&rsquo;ombre (shadow banking) – fonds spéculatifs, placements privés et divers fonds d&rsquo;investissement, bien moins régulées que les banques classiques – joue un rôle actif dans les opérations boursières aux différentes étapes du processus d&rsquo;extraction et de distribution de pétrole, gaz, charbon et uranium&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Alors que plus de régulations des opérations boursières des banques étaient introduites après 2008, le commerce de marchandises par les banques a diminué et a été repris par la «système bancaire parallèle&nbsp;» Utilisées aussi comme intermédiaires par les méga-banques, les banques du système parallèle continuent d&rsquo;accumuler des actifs dans des transactions bancaires parallèles tout au long de la chaîne de valorisation de l&rsquo;énergie fossile. En 2014, 52 fonds d&rsquo;investissement privés ont levé $39 milliards pour des investissements dans le secteur du pétrole et de l&rsquo;énergie, 20% de plus que l&rsquo;année précédente et un record depuis 2008&#8230; Réticents à perdre un avantage compétitif, les compagnies et les fournisseurs de gaz et de pétrole, ont créé des filiales bancaires, d’investissement ou de commerce de marchandises. Grâce à leurs énormes actifs immobilisés/ actifs non courants et grâce aux facilités accordées aux banques pour accéder à l&rsquo;argent, les fournisseurs d&rsquo;énergie fossile ont pu bénéficier de circonstances bien plus favorables que d&rsquo;autres sociétés. Une filiale du service public d&rsquo;électricité, EDF, a acheté la filiale de vente physique d&rsquo;électricité et de gaz naturel de Lehman Brother&rsquo;s [sic] pendant la crise financière, et a vu une augmentation de 60% de ses profits depuis 2008&#8230; Un avantage clé de ces filiales est qu&rsquo;elles ne sont pas interdites de commercer avec leurs fonds propres. Quand des filiales de BP et de la Royal Dutch Shell se sont enregistrées comme «&nbsp;des opérateurs de swap&nbsp;» en 2013, elles étaient perçues comme jouant dans la même ligue que les méga-banques en ce qui concerne leur opérations des produits dérivés. En 2013 les banques d’affaires représentaient presque 40% des opérations de couverture de pétrole et de gaz aux États Unis. Quelques années auparavant, elles ne jouaient quasiment aucun rôle. Le conglomérat «Koch Supply and Trading» de  Charles et David Koch, d’une valeur estimée à des milliards de dollars, possède une filiale qui affirme avoir négocié le premier swap pétrolier il y a plus de 25 ans. Il emploie maintenant près de 500 personnes dans le monde et se présente comme une alternative à Wall Street. En 2013, Markus Krebber, dirigeant principal des finances, a décrit la filiale commerciale de l&rsquo;entreprise allemande, «&nbsp;RWE Supply &amp; Trading&nbsp;», comme le cœur commercial de RWE<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_10" class="footnote_tooltip">RWE est un&nbsp;conglomérat&nbsp;allemand&nbsp;œuvrant dans le secteur de l&rsquo;énergie.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;, plus ou moins comme une fonction de trésorerie de la banque, par laquelle passent tous les flux de marchandises.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_11" class="footnote_tooltip">Olson et Lenzmann, 2016, pp9-10.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Olson et Lenzmann</cite></blockquote>



<p>Par conséquent, le capitalisme continue à être largement engagé dans les industries fossiles, avec Donald Trump jouant le rôle de représentants de ces intérêts. Ces éléments renforcent l&rsquo;argument d&rsquo;Andreas Malm selon lequel&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Plus le capitalisme mondialisé devient fort, plus la croissance des émissions de CO<sub>2</sub> devient endémique – en effet, on pourrait même prétendre que la victoire décisive du capital contre le travail pendant le long vingtième siècle a été couronnée par le rush vers le réchauffement climatique. Pour la période de 1870 à 2014, un quart des émissions totales de CO<sub>2</sub> ont été produites dans les quinze dernières années de cette période.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_12" class="footnote_tooltip">Malm, 2016, p353. Malm défend que, depuis la vapeur, le capital a dépendu de machines alimentées par l&rsquo;énergie fossile pour établir sa domination sur le travail et pour gérer les rapports sociaux de façon flexible. D&rsquo;où, aujourd&rsquo;hui, <em>«</em> <em>Le capital mobile va relocaliser les usines dans des zones où le travail s&rsquo;achète à bas prix et est discipliné – où le taux de valeur ajoutée promet d&rsquo;être le plus grand – au moyen de nouveaux cycles de consommation massive d&rsquo;énergie fossile&nbsp;» </em><br>et, en effet, <em>«&nbsp;il semble y avoir une tendance à l&rsquo;augmentation de la composition fossile du capital&nbsp;» </em>– Malm, 2016, p333,354<em>.</em><br>Bien que l&rsquo;argument de Malm est une généralisation d&rsquo;une étude de cas très sérieuse – le triomphe de la vapeur pendant la première révolution industrielle – il élude trop facilement les contre-tendances discutées dans le texte.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Andreas Malm</cite></blockquote>



<p>De l&rsquo;autre côté, certaines entreprises répondent aux timides efforts officiels pour se diriger vers une économie au bilan carbone net neutre en cherchant de nouveaux moyens de tirer du profit. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus facile pour les entreprises relativement jeunes qui sont moins intensément engagées dans le complexe énergétique existant. Cela aide à expliquer l&rsquo;alignement entre les géants du numérique américains – les GAFAs (Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix) – et les mesures politiques de reconnaissance et de gestion du changement climatique sous Barack Obama (bien que les géants du numérique soient d&rsquo;énormes émetteurs de CO<sub>2</sub> par leurs data centers, et, dans le cas d&rsquo;Amazon, par leurs camions de livraison). Au niveau national, les patrons de plus de 120 entreprises anglaises, ainsi que la Confederation of British Industry (équivalent anglais du MEDEF), ont écrit à Theresa May pour soutenir les recommandations du «&nbsp;Committee on Climate Change&nbsp;» selon lesquelles le gouvernement doit mettre en place un plan contraignant avec pour objectif  les émissions nettes de CO<sub>2</sub> réduites à 0 d&rsquo;ici à 2050.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_13" class="footnote_tooltip">Hook et Pickard, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>La course à l&rsquo;adaptation affecte aussi certaines entreprises fossiles. L&rsquo;industrie de l&rsquo;automobile continue d&rsquo;être une source majeure d&rsquo;émissions de CO<sub>2</sub>. La chaîne BBC rapportait fin 2018 que&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Un facteur commun entre pays riches et pays pauvres a été l&rsquo;augmentation constante de la consommation d&rsquo;essence dans le secteur du transport. Dans l&rsquo;UE, la quantité de carburant utilisée pour le transport routier et aérien a bondi de 4%. Aux États-Unis l&rsquo;utilisation de charbon a diminué pendant que les énergie fossiles utilisées pour les voyages en voiture ont augmenté de 1,4%.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_14" class="footnote_tooltip">McGrath, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>BBC</cite></blockquote>



<p>Mais l&rsquo;industrie automobile est soumise également à une énorme pression à la restructuration, en partie à cause de la croissance rapide du marché chinois, mais plus fondamentalement à cause des efforts faits pour développer les voitures électriques et les voitures sans chauffeurs suite aux scandales du «&nbsp;dieselgate&nbsp;». Cette énorme transformation technologique offre une ouverture aux nouveaux arrivés – par exemple, Tesla, Google et visiblement Apple aussi – dans une industrie longtemps dominée par une poignée de géants transnationaux. Ce processus de bouleversements sous-tend les annonces de fermeture d&rsquo;usine automobile en Grande-Bretagne et les drames tels que l&rsquo;arrestation au Japon de Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan ou l&rsquo;offre avortée de Fiat Chrysler de fusionner avec Renault.  </p>



<p>L&rsquo;adaptation du capitalisme au changement climatique a également de profondes implications géopolitiques. Le réchauffement de l&rsquo;Arctique ne menace pas juste le futur de l&rsquo;humanité, et de beaucoup d&rsquo;autre espèces – il ouvre son océan au trafic commercial, à l&rsquo;extraction de ressources et à l&rsquo;intensification de la compétition entre les États capitalistes limitrophes.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_15" class="footnote_tooltip">Astrasheukaya et Foy, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> À une rencontre du Conseil de l&rsquo;Arctique en mai, le secrétaire d’État de Trump, Mike Pompeo, a enragé les autres gouvernements représentés en bloquant toute référence au changement climatique dans la déclaration de clôture et en s&rsquo;attaquant aux politiques chinoises et russes dans la région.</p>



<p>Dans l&rsquo;ensemble, Stratfor, le site internet de renseignement américain défendait en 2018 que&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le taux de consommation en énergie renouvelable croît actuellement trois fois plus rapidement que la demande générale en énergie. Un monde dans lequel les énergies renouvelables compte pour, disons, un tiers de l&rsquo;énergie totale consommée est maintenant complètement plausible, même probable, dans les deux ou trois prochaines décennies. La transition est déjà en cours, et elle ne sera pas plus brutale que la transition du bois au charbon ou du charbon à l&rsquo;essence.  </p><cite>Stratfor</cite></blockquote>



<p>Stratfor soutient que la transition vers l&rsquo;énergie renouvelable produira des perdants – les principaux producteurs de carburant comme l&rsquo;Arabie Saoudite et la Russie. Mais qu&rsquo;il y aura aussi des gagnants&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>L’Allemagne et les États-Unis, par exemple, sont en bonne position pour tirer profit de la croissance du renouvelable, grâce à leur place de premier plan dans le secteur – et la taille brute du marché américain. Mais la Chine est encore en meilleure position.</p><p>Dans les dernières décennies, la Chine a pris la tête de la course pour devenir le leader mondial incontesté dans la fabrication de produits à énergie propre, dont les panneaux et les batteries solaires – elle en produit plus de la moitié de la production mondiale. La Chine est aussi le plus gros mineur et distributeur mondial en métaux rares, le pays avec la plus grande capacité d&rsquo;affectation en énergie renouvelable ainsi que le plus gros marché pour les véhicules électriques. La Chine a acquis une quantité substantielle de mines de cobalt et de lithium à l&rsquo;étranger pour alimenter son tournant vers l&rsquo;énergie renouvelable, tout en investissant dans les fournisseurs d&rsquo;électricité à travers la planète, dont l&rsquo;Europe, l&rsquo;Afrique et l&rsquo;Amérique du Sud.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_16" class="footnote_tooltip">Stratfor, 2018. L&rsquo;expansion de l&rsquo;industrie minière de lithium a elle-même d&rsquo;énormes coûts humains et environnementaux.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Stratfor</cite></blockquote>



<p>
Plus
récemment, le <em>Financial Times</em> rapporte&nbsp;: 
</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>En l&rsquo;espace de quelques années, les entreprises chinoises sont devenues parmi les plus grands producteurs mondiaux de lithium, un métal léger qui est une matière première clé pour les batteries. Elles ont acheté des mines de l&rsquo;Australie jusqu&rsquo;à l&rsquo;Amérique du Sud et construisent des usines en Chine pour fabriquer des batteries ou des produits chimiques à base de lithium.</p><p>Dernier exemple en date de la capacité de la Chine à canaliser des montants faramineux de capital vers des entreprises à croissance rapide&nbsp;: elle a produit plus de 60% du lithium mondial en avril, quand les États-Unis en ont produit moins d&rsquo;un pour-cent, selon Benchmark Mineral Intelligence.</p><p>La domination de la Chine dans la chaîne d&rsquo;approvisionnement de la voiture électrique provoque des craintes croissantes aux États-Unis et à Bruxelles, deux économies obsédées par la guerre économique, qui craignent d&rsquo;être mises hors-jeu de la prochaine génération industrielle. Début mai, deux sénateurs US, Lisa Murkowski et Joe Manchin, ont déposé une proposition de loi bi-partisane sensée stimuler la production US de minéraux stratégiques comme le lithium. Et la Banque européenne d&rsquo;investissement a promis €350 millions pour soutenir la start-up suédoise de batterie Northvolt, qui cherche à construire une usine de batteries en Suède et à se procurer les matières premières comme le lithium en Europe.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_17');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">17</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_17" class="footnote_tooltip">Sanderson, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Financial Times</cite></blockquote>



<p>Une dimension centrale de ce qui est considéré à raison comme le conflit géo-économique entre les USA et la Chine que Trump a embrassé et alimente repose dans les efforts de Washington pour bloquer le projet de Pékin de transformer ses entreprises d&rsquo;usines d&rsquo;assemblage final basée sur des bas salaires à des usines hi-tech, capables de créer les nouveaux produits cruciaux pour l&rsquo;adaptation capitaliste au changement climatique.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_18');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">18</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_18" class="footnote_tooltip">Pour une discussion exhaustive sur la géo-économie et les concepts afférents, voir Glassman, 2018, premier chapitre.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Dans l&rsquo;exemple des batteries, Trump agit bien trop tard. Mais le point crucial est que la restructuration du capital en réponse au changement climatique est profondément entrelacée à ce conflit – malgré le fait que Trump soit lui-même climato-sceptique.  </p>



<p>Nous voyons le même schéma dans le cas de la politique de défense américaine. En 2014, le Département de la Défense a produit une brochure appelée Climate Change Adaption Road Map ou Plan d&rsquo;action d&rsquo;adaptation au changement climatique en français. Cette brochure traite du changement climatique comme un «&nbsp;multiplicateur de menaces&nbsp;»&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le changement de climat va affecter les écosystèmes actuels et peut aggraver ou déclencher de nouveaux risques pour les intérêts US. Par exemple, la montée des eaux pourrait impacter l&rsquo;exécution des opérations amphibies&nbsp;; les changements de température et l&rsquo;allongement des saisons pourraient impacter les périodes d&rsquo;opérations&nbsp;; et la fréquence accrue des phénomènes climatiques extrêmes pourrait impacter les possibilités de survol aérien ainsi que les capacités de surveillance, de renseignement et de reconnaissance. L&rsquo;ouverture de routes maritimes dans l’arctique auparavant fermées va augmenter le besoin pour le Département de la Défense d&rsquo;y surveiller les événements, de préserver la liberté de navigation, et d&rsquo;assurer la stabilité dans cette région riche en ressources. Y maintenir la stabilité avec d&rsquo;autres nations sera une mission importante pour éviter les conflits militaires totaux. Les impacts du changement climatique pourraient déstabiliser d&rsquo;autres pays en y détériorant l&rsquo;accès à l&rsquo;eau et à la nourriture, en détruisant des infrastructures, en répandant des maladies, en déracinant et déplaçant un grand nombre d&rsquo;individus, contraignant des migrations de masse, interrompant l&rsquo;activité commerciale ou diminuant la disponibilité du réseau électrique. Ces développements pourraient ébranler des gouvernements déjà fragilisés qui seraient dans l&rsquo;incapacité d&rsquo;y répondre efficacement et pourraient mettre au défi des gouvernements actuellement stables, ainsi qu&rsquo;augmenter la compétition et les tensions entre pays rivaux pour l&rsquo;accaparement d&rsquo;une quantité limitée de ressources naturelles. Ce vide dans la gouvernance des États pourrait créer un boulevard pour des idéologies extrémistes et les conditions de développement du terrorisme.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_19');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_19');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_19" class="footnote_plugin_tooltip_text">19</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_19" class="footnote_tooltip">Département de la Défense, 2014, p4.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> </p><cite>Département de la Défense US</cite></blockquote>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="7d796d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7d796d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/degats-cyclone-Idai-Mozambique-1024x483.jpg" alt="" class="wp-image-2493 not-transparent"/><figcaption>Passage du cyclone Idai au Mozambique en avril 2019 qui a touché près d&rsquo;un millions de personnes et détruit à 90% la ville de Beira<br><br></figcaption></figure>



<p>Ceci se passait évidemment sous Obama. Après sa prise de fonction, Trump prit un décret présidentiel abrogeant les politiques climatiques de son prédécesseur. Mais le Pentagone a continué, pragmatique, à se préparer pour les catastrophes naturelles que le changement climatique provoque plus fréquemment.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_20');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_20');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_20" class="footnote_plugin_tooltip_text">20</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_20" class="footnote_tooltip">Copp, 2017.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_20').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_20', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Il serait évidemment délirant pour le Pentagone de ne pas prendre en compte le changement climatique dans ses prévisions à plus large échelle.  </p>



<p>Une autre façon de le présenter serait de dire que le changement climatique devient normalisé, intégré dans le fonctionnement quotidien du processus d&rsquo;accumulation compétitive qui guide le capitalisme. Est-ce que cela veut dire que la catastrophe prévue par Bendell sera évitée&nbsp;? Bien sûr que non. Premièrement, il est très peu probable qu&rsquo;un système économique basé sur ce que Karl Marx appelait «&nbsp;plusieurs capitaux&nbsp;»puisse opérer les changements drastiques dans les priorités économiques suffisamment rapidement et profondément pour mettre un terme au chaos du changement climatique. Les coûts impliqués semblent bien trop élevés pour un système voué de manière inhérente au court terme et toujours en difficulté pour surmonter les effets d&rsquo;une énorme crise&nbsp;; sans compter la peur qu&rsquo;ont les capitalistes qu&rsquo;un État qui prendrait en charge de tels coûts se voit désavantagé dans la course à l&rsquo;accumulation par rapport aux rivaux étrangers. Et les intérêts de l&rsquo;industrie fossile demeurent, comme nous l&rsquo;avons vu, très fortement ancrés au cœur du système capitaliste.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_21');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_21');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_21" class="footnote_plugin_tooltip_text">21</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_21" class="footnote_tooltip">A ce sujet, il y a une précieuse discussion chez Neale, 2000.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_21').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_21', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Un bon exemple nous est donné par le chancelier de l&rsquo;échiquier (équivalent anglais du ministre des Finances) Philip Hammond, qui faisait du lobbying sans succès contre l&rsquo;adoption de l&rsquo;objectif de zéro émission nette de carbone d&rsquo;ici à 2050 (ce qui est 25 ans trop tard selon XR). Le <em>Financial Times</em> rapporte qu&rsquo;il a écrit une lettre à May mettant en garde que&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le coût total de la transition vers une économie sans émission de carbone est probablement bien supérieur à 1000 milliards de livres sterling&#8230;&nbsp;»&#8230;Bien que l&rsquo;objectif 2050 est soutenu par quelques dirigeants d&rsquo;entreprises, Mr. Hammond défend que l&rsquo;industrie subirait des «&nbsp;coûts significatifs&nbsp;» pendant la transition vers des processus de réduction des émissions de CO<sub>2</sub>. Il a souligné qu&rsquo;à moins que d&rsquo;autres pays adoptent les mêmes politiques, la transition pourrait rendre des «&nbsp;industries clés&nbsp;» – comme l&rsquo;industrie de l&rsquo;acier – économiquement non compétitives ou dépendantes du soutien gouvernemental.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_22');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_22');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_22" class="footnote_plugin_tooltip_text">22</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_22" class="footnote_tooltip">Pickard, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_22').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_22', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>Philip Hammond</cite></blockquote>



<p>Deuxièmement, les processus naturels déclenchés par les émissions de CO<sub>2</sub> dues au capitalisme industriel sont potentiellement déjà allés trop loin pour qu&rsquo;une intervention humaine puisse les stopper. C&rsquo;est là où les boucles de rétroaction discutées plus haut prennent toute leur importance, puisqu&rsquo;elles peuvent amener le changement climatique à un niveau où la vie humaine dans les formes dans lesquelles elle a existé lors des derniers siècles ne serait plus possible. Le monde naturel – duquel les sociétés humaines font partie mais qui les dépasse largement – trouvera sa propre solution au problème.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_23');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_23');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_23" class="footnote_plugin_tooltip_text">23</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_23" class="footnote_tooltip">Foster et Burkett, 2018 insistent justement sur la spécificité et les inter-relation entre la valeur et les formes naturelles sous le capitalisme.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_23').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_23', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> </p>



<p>Ces processus non-linéaires qui pourront transformer le changement climatique en catastrophe planétaire et en effondrement social sont d&rsquo;une nature telle que nous ne pouvons pas savoir s&rsquo;ils vont avoir lieu avant  qu&rsquo;il ne soit trop tard pour y remédier. C&rsquo;est là où le pari de Pascal entre en jeu. La perspective d&rsquo;une catastrophe infinie pourrait nous laisser dans un état d&rsquo;apathie désespérée. Bendell, un professeur de «&nbsp;leadership en matière de durabilité&nbsp;» qui fait des présentations pour des institutions comme la commission européenne, se concentre principalement sur des processus psychologiques promouvant une réponse positive pour accepter «&nbsp;l&rsquo;effondrement comme inévitable, la catastrophe comme probable et l&rsquo;extinction comme possible&nbsp;», ce qu&rsquo;il appelle «&nbsp;l&rsquo;adaptation profonde&nbsp;».<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_24');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_24');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_24" class="footnote_plugin_tooltip_text">24</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_24" class="footnote_tooltip">Bendell, 2018, p20.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_24').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_24', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h3 class="wp-block-heading"> Un pari révolutionnaire</h3>



<p>Le nouveau militantisme climatique fait un pari différent, dans lequel l&rsquo;imminence de la catastrophe devient une motivation pour l&rsquo;action collective, souvent assimilée à la perspective révolutionnaire. Le militant vétéran George Monbiot l&rsquo;a très bien exprimé&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Alors que je prenais de l&rsquo;âge, j&rsquo;en suis venu à reconnaître deux choses. Premièrement, c&rsquo;est le système, plutôt que ses aspects particuliers, qui nous conduit inexorablement vers le désastre. Deuxièmement, vous n&rsquo;avez pas à produire une alternative définitive à ce système pour mettre en avant la faillite du capitalisme&#8230; Notre choix se résume à ça. Allons-nous arrêter la vie pour permettre au capitalisme de perdurer, ou allons-nous stopper le capitalisme pour permettre à la vie de continuer&nbsp;?<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_25');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_25');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_25" class="footnote_plugin_tooltip_text">25</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_25" class="footnote_tooltip">Monbiot, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_25').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_25', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p><cite>George Monbiot</cite></blockquote>



<p>XR exprime cette rupture dans des termes politiques plus concrets. Le mouvement présente les faits et les tendances de ce qu&rsquo;il décrit très justement comme une «&nbsp;urgence climatique&nbsp;» et, sur cette base, appelle à une désobéissance civile de masse pour forcer les gouvernements à adopter un objectif de zéro émissions de CO<sub>2</sub> d&rsquo;ici à 2025. Pour les fondateurs de XR, cette approche est justifiée par une théorie sociologique selon laquelle des protestations pacifiques de masse, si elles se développent sur une échelle suffisamment vaste, créeront une pression économique suffisante sur l’État pour qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas d&rsquo;alternative entre les négociations et la répression. Et en fait, la répression est vue en elle-même comme un signe de défaite&nbsp;: XR cherche activement les arrestations de masse comme une tactique centrale pour mettre les gouvernements sous pression. En mars dernier, Roger Hallam, le principal partisan de cette théorie défendait que «&nbsp;ce sera game over pour le système dans les deux prochaines années&nbsp;» et que «&nbsp;l&rsquo;alternative cruciale sera dans le choix entre le fascisme ou un régime vaguement progressiste&nbsp;» pour remplacer le néolibéralisme.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_26');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_26');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_26" class="footnote_plugin_tooltip_text">26</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_26" class="footnote_tooltip">Hallam, 2019. Dans un texte antérieur, Hallam défend que&nbsp;: «&nbsp;le débat abstrait et usé entre réforme et révolution, entre avoir le pouvoir et subir le pouvoir est transcendé par une analyse pragmatique des gains politiques réalistes maximum qui peuvent être obtenus dans toute lutte itérative, dans les conditions données de ressources et de mécanisme politique. Ce calcul est en cours dans toute une série d&rsquo;itération infinie.&nbsp;» – Hallam, 2015, p45 (en anglais dans le texte). Maintenant il semble prévoir un processus de changement bien plus rapide, dans lequel les protestations de masse forceraient rapidement les gouvernements dans des négociations.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_26').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_26', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Il est assez facile de voir les failles d&rsquo;une telle perspective. Elle sous-estime les structures de pouvoir de classe enracinées dans la société capitaliste ainsi que le monopole de la violence légitime de l’État qui sert à les maintenir. Hallam prétend se reposer sur les expériences des mouvements dans le Sud global. Mais ce qui était en jeu dans ces derniers était principalement la survie d&rsquo;un gouvernement particulier, et pas du système social et politique dans son ensemble. Regardons ce qui s&rsquo;est passé en Égypte depuis juin 2013 et ce qui se passe actuellement au Soudan pour apprendre comment le système réagit quand il est menacé dans ses fondations. Et ce qui est en jeu actuellement au regard du changement climatique est un changement de système des plus profonds.</p>



<figure class="wp-block-image is-resized"><img data-dominant-color="87847d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #87847d;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/Sans-titred-e1566509315235.png" alt="" class="wp-image-2487 not-transparent" width="548" height="718" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/Sans-titred-e1566509315235.png 599w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/Sans-titred-e1566509315235-229x300.png 229w" sizes="auto, (max-width: 548px) 100vw, 548px" /><figcaption> Face à la catastrophe climatique : scénario à la Mad Max ou retour du fascisme?</figcaption></figure>



<p>Par ailleurs, l&rsquo;expérience historique des mouvements de désobéissance civile passés ne confirme par la loi mécanique affirmée par Erica Chenoweth et répétée par XR selon laquelle «&nbsp;Il suffit que 3,5% de la population s&rsquo;engage dans une résistance non-violente soutenue pour faire tomber des dictatures brutales&nbsp;».<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_27');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_27');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_27" class="footnote_plugin_tooltip_text">27</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_27" class="footnote_tooltip">Chenoweth, 2017. La monographie détaillée soutenant cette thèse n&rsquo;inclut aucun des exemples cités ici et, de façon absurde, traite la Révolution Iranienne de 1978-1979 comme un cas de «&nbsp;résistance non-violente&nbsp;», ignorant ainsi les insurrections organisées par la gauche et les Islamistes en février 1979 qui brisèrent le régime Pahlavi – Chenoweth et Stephan, 2011. Ce livre est un cas classique des «&nbsp;politiques comparatives&nbsp;» américaines dans lesquelles les analyses de données statistiques servent systématiquement à gommer les contextes historiques spécifiques aux différentes luttes politiques. Le travail de démolition de cette méthode par Alasdair MacIntyre tient toujours – MacIntyre, 1971.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_27').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_27', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Là où la résistance pacifique a gagné, c&rsquo;est essentiellement grâce à d&rsquo;autres facteurs. Le mouvement de Ghandi «&nbsp;Quit India&nbsp;» en 1942-44 a rapidement provoqué des violences populaires, et a été contenu par une répression intense. C&rsquo;est la mutinerie de la Navy indienne en février 1946 qui a démontré que le pouvoir colonial ne pouvait plus compter sur la loyauté du vaste appareil militaire qu&rsquo;il s&rsquo;était construit sur le sous-continent, à une époque où la Grande-Bretagne ne pouvait plus non plus drainer l&rsquo;Inde financièrement à cause des immenses dettes qu&rsquo;elle y avait accumulée pendant la Seconde Guerre Mondiale.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_28');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_28');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_28" class="footnote_plugin_tooltip_text">28</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_28" class="footnote_tooltip">Ahmed, 2019 , chapitre 6&nbsp;; Mukerjee, 2010, chapitre 11.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_28').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_28', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Le mouvement pour les Droits Civiques aux États-Unis dans les années 1950 et 1960 a réussi à démanteler le régime ségrégationniste dans le Sud en mettant la pression sur le gouvernement fédéral qui représentait une classe dirigeante ayant peu d&rsquo;intérêts à maintenir les lois Jim Crow. À peu près au même moment, le gouvernement du Parti National d&rsquo;Afrique du Sud écrasait sans pitié la Campagne de défiance du Congrès national africain (ANC) et de ses alliées qui reposait sur la désobéissance civile. Cette défaite précipita des campagnes de guérilla qui furent également réprimées brutalement&nbsp;; il aura fallu un nouveau cycle de lutte qui débutèrent avec les émeutes de Soweto. Ces émeutes impliquaient de violentes insurrections urbaines, des grèves massives, et la montée d&rsquo;un mouvement militant de travailleurs noirs pour forcer le régime d&rsquo;apartheid à la négociation.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_29');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_29');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_29" class="footnote_plugin_tooltip_text">29</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_29" class="footnote_tooltip">Pour une analyse marxiste du conflit sud-africain, voir Wolpe, 1988, et Callinicos, 1988.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_29').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_29', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Il n&rsquo;en demeure pas moins que XR s&rsquo;est engagé dans l&rsquo;organisation de mobilisations de masse en capacité de créer suffisamment de perturbations pour imposer un début de changement. Plus que ça – XR a déjà tenu ses promesses. Les semaines de protestations de masse à Londres en avril étaient probablement les plus grosses actions directes de l&rsquo;histoire anglaise, dépassant la campagne contre les armes nucléaires organisée par le Comité des 100 en 1961. Cela devrait encourager la gauche traditionnelle à faire preuve d&rsquo;un peu plus d&rsquo;humilité. Quand avons-nous paralysé Londres pour la dernière fois&nbsp;?</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="6d6057" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6d6057;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/ExtinctionRebellion21-4-19SW-2-e1566502774647.jpg" alt="" class="wp-image-2478 not-transparent"/><figcaption>Manifestation et blocages organisés par XR en avril 2019 à Londres</figcaption></figure>



<p>Hallam répète les poncifs habituels contre les «&nbsp;marches d&rsquo;un point A à un point B&nbsp;» et qui visent expressément la campagne Stop The War après l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak en 2003. Mais généralement l&rsquo;action directe proposée en alternative par les partisans de ces critiques nécessitait une confiance élitiste en de petits groupes de gens spécialement entraînés. Bien que XR offre des formations d&rsquo;action directe, en avril, l&rsquo;accent était mis sur l&rsquo;action de masse <em>inclusive</em>, avec des événements attractifs ouverts et des appels pour que plus de gens s&rsquo;impliquent pendant la semaine de protestation à Londres. En outre, alors que ces protestations climatiques contemporaines puisent leur origine dans un contexte très différent que le mouvement ouvrier, elles impliquent des formes d&rsquo;action ressemblant à celles traditionnellement utilisées par les ouvriers organisés. C&rsquo;est pourquoi Hallam compare l&rsquo;impact de la désobéissance civile de masse à celui d&rsquo;une grève du métro, pendant que Thunberg soutient l&rsquo;appel à une grève générale pour le climat le 27 septembre.</p>



<p>La réponse de la gauche révolutionnaire au nouvel activisme climatique devrait être assez simple. Nous devons nous jeter corps et âme dans ce mouvement – en aidant à construire des groupes locaux XR, en soutenant les grèves scolaires, en prenant part aux actions futures et en travaillant à faire de la grève mondiale pour le climat une réalité. Les socialistes organisés dans XR doivent construire des liens entre les nouveaux mouvements climatiques et les syndicats. En Grande-Bretagne, l&rsquo;UCU (University and College Union) et le syndicat des boulangers (BFAWU) ont déjà soutenu les appels pour cette grève, et d&rsquo;autres syndicats, notamment le nouveau Syndicat de l’Éducation Nationale, ont soutenu les élèves grévistes. Bien sûr, toute sorte de défis stratégiques et tactiques émergeront au fur et à mesure du développement du mouvement. Mais, et c&rsquo;est crucial, la lutte contre le changement climatique n&rsquo;est plus le monopole de négociations intergouvernementales ou du lobbying d&rsquo;ONGs. Le désespoir se transforme en action. Nous devons en faire partie.</p>



<p>D&rsquo;autant plus que la politique dominante en Grande-Bretagne continue d&rsquo;être dominée par le cercle vicieux du Brexit. May espérait gagner du temps pour son accord de retrait en convaincant le Conseil européen de différer le départ anglais de l&rsquo;UE au 31 octobre. Au lieu de ça, elle a rendu la possibilité d&rsquo;un Brexit sans accord presque inévitable. Rester dans l&rsquo;UE pour six mois supplémentaire signifiait que la Grande-Bretagne participe aux élections parlementaires européennes. Le report du Brexit a enragé les partisans du Leave et a redonné de l&rsquo;espoir aux partisans du Remain&nbsp;; ce qui explique que les élections ont favorisé les partisans d&rsquo;une ligne dure des deux camps – d&rsquo;un côté, le nouveau Brexit Party dirigé par Nigel Farage, de l&rsquo;autre côté, les Libéraux-démocrates. Cela a rendu la recherche désespérée d&rsquo;un compromis par les grandes entreprises d&rsquo;autant plus difficile, et a donné à Farage une nouvelle chance de placer l&rsquo;extrême-droite au premier plan de la politique anglaise, comme elle l&rsquo;est déjà dans de nombreux autres pays européens.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_30');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_30');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_30" class="footnote_plugin_tooltip_text">30</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_30" class="footnote_tooltip">Pour plus d&rsquo;éléments sur la confusion du Brexit, voir Callinicos, 2019a et 2019b. Voir Pucciarelli, 2019, sur la transformation réussie de la Ligue vers une position dominante par Matteo Salvini.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_30').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_30', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>May s&rsquo;était déjà tirée une balle dans le pied avant la désastreuse performance des Tories aux élections européennes. La course à sa succession sera inévitablement dominée par la possibilité d&rsquo;un Brexit sans accord – à la fois à cause de la nature de classe des adhérents du parti conservateur qui auront le dernier mot et à cause de la pression pour récupérer l&rsquo;électorat passé au Brexit Party de Farage. L&rsquo;idée de proroger le Parlement pour empêcher la Chambre des Communes de bloquer un Brexit sans accord a déjà été sondée par les partisans de l&rsquo;ancien candidat à l&rsquo;élection à la direction du Parti conservateur Dominic Raab.</p>



<p>Le vainqueur probable, Boris Johnson<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_31');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_31');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_31" class="footnote_plugin_tooltip_text">31</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_31" class="footnote_tooltip">Au moment de la traduction, Boris Johnson a bien été élu 1er ministre par les Tories sur un programme de Brexit sans accord.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_31').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_31', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, est parfaitement capable d&rsquo;organiser une sortie de l&rsquo;UE sans ces méthodes antidémocratiques. Une Grande-Bretagne mal préparée pourrait en effet se voir mise au défi par l&rsquo;UE de sortir précipitamment pour Halloween. L&rsquo;échelle des dégâts économiques, à long terme comme à court terme, des deux côtés de la Manche, est difficile à estimer, mais ces dégâts sont inévitables, de même qu&rsquo;une aggravation des relations entre la Grande-Bretagne et ses anciens partenaires. L&rsquo;alternative de Johnson, qui consiste à placer la Grande-Bretagne dans le sillage de la course endiablée de Trump, semble un pari dangereux. Les preuves que l&rsquo;incertitude persistante du Brexit affecte l&rsquo;investissement sont impossibles à ignorer. Dans les trois années jusqu&rsquo;au premier quart de 2019, l&rsquo;investissement étranger direct a augmenté de 43% dans l&rsquo;Europe des 27, et a chuté de 30% au Royaume-Uni.</p>



<p>Plus grave encore, Johnson a d&rsquo;horribles antécédents de racisme – parfois accidentels, souvent délibérés. Alors que Farage faisait attention à ne pas attiser le racisme durant les élections européennes, Johnson n&rsquo;hésitait pas à blâmer les électeurs pakistanais pour la victoire des travaillistes aux élections partielles de Peterborough, et dispose d&rsquo;un vaste répertoire quand il s&rsquo;agit de rhétorique anti-migrants. Si l&rsquo;humiliation électorale de Tommy Robinson et de ses alliés du UKIP est une véritable victoire pour le mouvement antiraciste, l&rsquo;impact global des élections européennes sera une aggravation du climat raciste déjà étouffant en Grande-Bretagne, à mesure que le nouveau dirigeant Tory voudra récupérer le terrain perdu au bénéfice de Farage. Et ces élections européennes nuisent en plus aux travaillistes, en mettant davantage Jeremy Corbyn sur la défensive face aux attaques de son aile droite – même si les élections de Peterborough suggèrent que le Labour a subi moins de dégâts que le parti conservateur (en tout cas en Angleterre).</p>



<p>Le Brexit continue donc de déstabiliser la politique anglaise dans un contexte où c&rsquo;est l&rsquo;extrême-droite qui prend de l&rsquo;avance. Cela signifie qu&rsquo;il est vital d’œuvrer à la construction d&rsquo;un mouvement contre le racisme aussi large et fort que possible. Stand Up to Racism s&rsquo;est établi comme le cadre essentiel pour un tel mouvement, mais un cadre qui aura de nombreux nouveaux défis à affronter.</p>



<p>Dans ce contexte, les protestations pour le climat, dans leurs différentes formes, représentent un rayon de soleil au milieu de la brume. Ce nouveau mouvement peut redynamiser sur une base anticapitaliste plus solide une gauche paralysée par les divisions des dernières années. Mais surtout, il peut commencer à unifier les forces nécessaires pour mener la bataille du siècle. Dans ce sens, l&rsquo;action collective, révolutionnaire en fin de compte, peut transformer le désespoir en espoir.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_32');" onkeypress="footnote_moveToReference_2468_20('footnote_plugin_reference_2468_20_32');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2468_20_32" class="footnote_plugin_tooltip_text">32</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_32" class="footnote_tooltip">Voir l&rsquo;argument pour une révolution anti-capitaliste chez Empson (ed), 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2468_20_32').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2468_20_32', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h6 class="wp-block-heading"><em>Alex Callinicos est éditeur de la revue </em><a rel="noreferrer noopener" aria-label="International Socialism (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://isj.org.uk/" target="_blank"><em>International Socialism</em></a><em> et membre du Socialist Workers Party.</em></h6>



<h6 class="wp-block-heading"><em>Traduit de l&rsquo;anglais par Gabriel Cardoen</em>.</h6>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h5 class="wp-block-heading">Références</h5>



<ul class="wp-block-list"><li>Ahmed, Talat, 2019,&nbsp;<em>Mohandas Gandhi: Experiments in Civil Disobedience</em>&nbsp;(Pluto).</li><li>Astrasheuskaya, Nastassia et Henry Foy, 2019, “Polar Powers: Russia’s Bid for Supremacy in the Arctic Ocean”,&nbsp;<em>Financial Times&nbsp;</em>(28 April),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.ft.com/content/2fa82760-5c4a-11e9-939a-341f5ada9d40" target="_blank">www.ft.com/content/2fa82760-5c4a-11e9-939a-341f5ada9d40</a></li><li>Bendell, Jem, 2018, “Deep Adaptation: A Map for Navigating Climate Tragedy”, IFLAS Occasional Paper 2 (27 July), <a rel="noreferrer noopener" href="http://www.lifeworth.com/deepadaptation.pdf" target="_blank">www.lifeworth.com/deepadaptation.pdf</a></li><li>Callinicos, Alex, 1988,&nbsp;<em>South Africa: Between Reform and Revolution</em>&nbsp;(Bookmarks).</li><li>Callinicos, Alex, 2019a, “Brexit Blues”,&nbsp;<em>International Socialism 161</em>&nbsp;(winter),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://isj.org.uk/brexit-blues/" target="_blank">http://isj.org.uk/brexit-blues/</a></li><li>Callinicos, Alex, 2019b, “Shambling Towards the Precipice”,&nbsp;<em>International Socialism 162</em>&nbsp;(spring), <a rel="noreferrer noopener" href="http://isj.org.uk/shambling-towards-the-precipice/" target="_blank">http://isj.org.uk/shambling-towards-the-precipice/</a></li><li>Chenoweth, Erica, 2017, “It May Only Take 3.5 Percent of the Population to Topple a Dictator—with Civil Resistance”,&nbsp;<em>Guardian</em>&nbsp;(1 February),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.theguardian.com/commentisfree/2017/feb/01/worried-american-democracy-study-activist-techniques" target="_blank">www.theguardian.com/commentisfree/2017/feb/01/worried-american-democracy-study-activist-techniques</a></li><li>Chenoweth, Erica, et Maria J Stephan, 2011,&nbsp;<em>Why Civil Resistance Works: The Strategic Logic of Nonviolent Conflict</em>&nbsp;(Columbia University Press).</li><li>Copp, Tara, 2017, “Pentagon is Still Preparing for Global Warming Even Though Trump Said to Stop”,&nbsp;<em>Military Times&nbsp;</em>(12 September),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://tinyurl.com/y3wksoux" target="_blank">https://tinyurl.com/y3wksoux</a></li><li>Department of Defense, 2014, “FY 2014 Climate Change Adaptation Roadmap” (June), <a rel="noreferrer noopener" href="http://www.acq.osd.mil/eie/downloads/CCARprint_wForward_e.pdf" target="_blank">www.acq.osd.mil/eie/downloads/CCARprint_wForward_e.pdf</a></li><li>DiChristopher, Tom, 2019, “US to Become a Net Energy Exporter in 2020 for First Time in Nearly 70 years, Energy Dept Says”, CNBC (24 January),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.cnbc.com/2019/01/24/us-becomes-a-net-energy-exporter-in-2020-energy-dept-says.html" target="_blank">www.cnbc.com/2019/01/24/us-becomes-a-net-energy-exporter-in-2020-energy-dept-says.html</a></li><li>Empson, Martin (ed), 2019,&nbsp;<em>System Change, not Climate Change: A Revolutionary Response to Environmental Crisis</em>&nbsp;(Bookmarks).</li><li>Foster, John Bellamy, and Paul Burkett, 2018, “Value Isn’t Everything”,&nbsp;<em>International Socialism 160</em>&nbsp;(automne),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://isj.org.uk/value-isnt-everything/" target="_blank">http://isj.org.uk/value-isnt-everything/</a></li><li>Glassman, Jim, 2018,&nbsp;<em>Drums of War, Drums of Development: The Formation of a Pacific Ruling Class and Industrial Transformation in East and Southeast Asia, 1945-1980</em>&nbsp;(Brill).</li><li>Hallam, Roger, 2015, “How to Win! Successful Procedures and Mechanisms for Radical Campaign Groups”,&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://radicalthinktank.files.wordpress.com/2015/12/how-to-win-10-15.pdf" target="_blank">https://radicalthinktank.files.wordpress.com/2015/12/how-to-win-10-15.pdf</a></li><li>Hallam, Roger, 2019, “Non Violent Direct Action”, XR Talks (February),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.youtube.com/watch?v=jSOlRNCO9L8" target="_blank">www.youtube.com/watch?v=jSOlRNCO9L8</a></li><li>Hook, Leslie, and Jim Pickard, 2019, “Businesses Urge UK to Set Net Zero Emissions Target for 2050”,&nbsp;<em>Financial Times</em>&nbsp;(31 May),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.ft.com/content/19a0ba7a-82d0-11e9-b592-5fe435b57a3b" target="_blank">www.ft.com/content/19a0ba7a-82d0-11e9-b592-5fe435b57a3b</a></li><li>MacIntyre, Alasdair, 1971, “Is a Science of Comparative Politics Possible?”, dans&nbsp;<em>Against the Self-Images of the Age: Essays on Ideology and Philosophy</em>&nbsp;(Duckworth).</li><li>Malm, Andreas, 2016,&nbsp;<em>Fossil Capital: The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming</em>&nbsp;(Verso).</li><li>McGrath, Matt, 2018, “Coal and Cars Help Drive ‘Strong’ CO2 Rise in 2018”, BBC News (5 décembre),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.bbc.com/news/science-environment-46447459" target="_blank">www.bbc.com/news/science-environment-46447459</a></li><li>Monbiot, George, 2019, “Dare to Declare Capitalism Dead—Before It Takes Us Down With It”,&nbsp;<em>Guardian</em>&nbsp;(25 avril), <a rel="noreferrer noopener" href="http://www.theguardian.com/commentisfree/2019/apr/25/capitalism-economic-system-survival-earth" target="_blank">www.theguardian.com/commentisfree/2019/apr/25/capitalism-economic-system-survival-earth</a></li><li>Mukerjee, Madhusree, 2010,&nbsp;<em>Churchill’s Secret War: the British Empire and the Ravaging of India during World War II</em>&nbsp;(Basic Books).</li><li>Neale, Jonathan, 2010, “Climate Politics after Copenhagen”,&nbsp;<em>International Socialism 126</em>&nbsp;(printemps), <a rel="noreferrer noopener" href="http://isj.org.uk/climate-politics-after-copenhagen/" target="_blank">http://isj.org.uk/climate-politics-after-copenhagen/</a></li><li>Neale, Jonathan, 2019, “Social Collapse and Climate Breakdown”,&nbsp;<em>The Ecologist</em>&nbsp;(8 mai),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://theecologist.org/2019/may/08/social-collapse-and-climate-breakdown" target="_blank">https://theecologist.org/2019/may/08/social-collapse-and-climate-breakdown</a></li><li>Olson, Carol, et Frank Lenzmann, 2016, “The Social and Economic Consequences of the Fossil Fuel Supply Chain”,&nbsp;<em>MRS Energy &amp; Sustainability</em>, volume 3.</li><li>Pascal, Blaise, 1995 [1670],&nbsp;<em>Pensées</em>.</li><li>Pickard, Jim, 2019, “UK Net Zero Emissions Target Will Cost ‘More Than £1tn’”,&nbsp;<em>Financial Times</em>&nbsp;(5 juin),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.ft.com/content/036a5596-87a7-11e9-a028-86cea8523dc2" target="_blank">www.ft.com/content/036a5596-87a7-11e9-a028-86cea8523dc2</a></li><li>Prigogine, Ilya et Isabelle Stengers, 1984,&nbsp;<em>Order Out of Chaos: Man’s New Dialogue with Nature</em>&nbsp;(Heinemann).</li><li>Pucciarelli, Matteo, 2019, “Salvini Ascendant”,&nbsp;<em>New Left Review</em>, II/116/117 (mai-juin).</li><li>Rainforest Action Network et autres, 2019, “Banking on Climate Change: Fossil Fuel Finance Report Card 2019” (20 March),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.ran.org/wp-content/uploads/2019/03/Banking_on_Climate_Change_2019_vFINAL1.pdf" target="_blank">www.ran.org/wp-content/uploads/2019/03/Banking_on_Climate_Change_2019_vFINAL1.pdf</a></li><li>Romei, Valentina et Gavin Jackson, 2019, “Brexit Uncertainty Drives Investment Boost for Other EU Countries”,&nbsp;<em>Financial Times</em>&nbsp;(10 juin),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="http://www.ft.com/content/93c681ca-7c9c-11e9-81d2-f785092ab560" target="_blank">www.ft.com/content/93c681ca-7c9c-11e9-81d2-f785092ab560</a></li><li>Sanderson, Henry, 2019, “Electric Cars: China Powers the Battery Supply Chain”,&nbsp;<em>Financial Times</em>&nbsp;(22 mai), <a rel="noreferrer noopener" href="http://www.ft.com/content/455fe41c-7185-11e9-bf5c-6eeb837566c5" target="_blank">www.ft.com/content/455fe41c-7185-11e9-bf5c-6eeb837566c5</a></li><li>Sen, Amartya, 1981,&nbsp;<em>Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation</em> (Clarendon Press).</li><li>Stratfor, 2018, “How Renewable Energy Will Change Geopolitics” (27 June),&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://worldview.stratfor.com/article/how-renewable-energy-will-change-geopolitics" target="_blank">https://worldview.stratfor.com/article/how-renewable-energy-will-change-geopolitics</a></li><li>Wolpe, Harold, 1988,&nbsp;<em>Race, Class and the Apartheid State</em>&nbsp;(James Currey).</li><li>Woodham-Smith, Cecil, 1991 [1962],&nbsp;<em>The Great Hunger: Ireland 1845-1849</em>&nbsp;(Penguin).</li></ul>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2468_20();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2468_20();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_2468_20">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_2468_20" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="http://www.penseesdepascal.fr/II/II1-moderne.php"><span class="footnote_url_wrap">http://www.penseesdepascal.fr/II/</span></a><a rel="noreferrer noopener" aria-label="II1 (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.penseesdepascal.fr/II/II1-moderne.php" target="_blank">II1</a><a href="http://www.penseesdepascal.fr/II/II1-moderne.php">-moderne.php</a>. Merci à Joseph Choonara, Martin Empson et Camilla Royle pour leurs commentaires à cet article.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf</span></a> p.7</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Prigogine et Stengers, 1984.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf"><span class="footnote_url_wrap">http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf</span></a> p.11</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">http://lifeworth.com/DeepAdaptation-fr.pdf</span></a> p.13</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Neale, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir les apports percutants chez Woodhamm-Smith, 1991, et Mukerjee, 2010, ainsi que l&rsquo;étude classique des famines chez Sen, 1981.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">DiCristopher, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rainforest Action Network, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">RWE est un&nbsp;conglomérat&nbsp;allemand&nbsp;œuvrant dans le secteur de l&rsquo;énergie.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Olson et Lenzmann, 2016, pp9-10.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Malm, 2016, p353. Malm défend que, depuis la vapeur, le capital a dépendu de machines alimentées par l&rsquo;énergie fossile pour établir sa domination sur le travail et pour gérer les rapports sociaux de façon flexible. D&rsquo;où, aujourd&rsquo;hui, <em>«</em> <em>Le capital mobile va relocaliser les usines dans des zones où le travail s&rsquo;achète à bas prix et est discipliné – où le taux de valeur ajoutée promet d&rsquo;être le plus grand – au moyen de nouveaux cycles de consommation massive d&rsquo;énergie fossile&nbsp;» </em><br>et, en effet, <em>«&nbsp;il semble y avoir une tendance à l&rsquo;augmentation de la composition fossile du capital&nbsp;» </em>– Malm, 2016, p333,354<em>.</em><br>Bien que l&rsquo;argument de Malm est une généralisation d&rsquo;une étude de cas très sérieuse – le triomphe de la vapeur pendant la première révolution industrielle – il élude trop facilement les contre-tendances discutées dans le texte.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Hook et Pickard, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">McGrath, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Astrasheukaya et Foy, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Stratfor, 2018. L&rsquo;expansion de l&rsquo;industrie minière de lithium a elle-même d&rsquo;énormes coûts humains et environnementaux.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_17" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_17');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Sanderson, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_18" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_18');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour une discussion exhaustive sur la géo-économie et les concepts afférents, voir Glassman, 2018, premier chapitre.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_19" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_19');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>19</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Département de la Défense, 2014, p4.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_20" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_20');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>20</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Copp, 2017.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_21" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_21');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>21</a></th> <td class="footnote_plugin_text">A ce sujet, il y a une précieuse discussion chez Neale, 2000.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_22" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_22');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>22</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pickard, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_23" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_23');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>23</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Foster et Burkett, 2018 insistent justement sur la spécificité et les inter-relation entre la valeur et les formes naturelles sous le capitalisme.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_24" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_24');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>24</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Bendell, 2018, p20.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_25" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_25');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>25</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Monbiot, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_26" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_26');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>26</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Hallam, 2019. Dans un texte antérieur, Hallam défend que&nbsp;: «&nbsp;le débat abstrait et usé entre réforme et révolution, entre avoir le pouvoir et subir le pouvoir est transcendé par une analyse pragmatique des gains politiques réalistes maximum qui peuvent être obtenus dans toute lutte itérative, dans les conditions données de ressources et de mécanisme politique. Ce calcul est en cours dans toute une série d&rsquo;itération infinie.&nbsp;» – Hallam, 2015, p45 (en anglais dans le texte). Maintenant il semble prévoir un processus de changement bien plus rapide, dans lequel les protestations de masse forceraient rapidement les gouvernements dans des négociations.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_27" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_27');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>27</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chenoweth, 2017. La monographie détaillée soutenant cette thèse n&rsquo;inclut aucun des exemples cités ici et, de façon absurde, traite la Révolution Iranienne de 1978-1979 comme un cas de «&nbsp;résistance non-violente&nbsp;», ignorant ainsi les insurrections organisées par la gauche et les Islamistes en février 1979 qui brisèrent le régime Pahlavi – Chenoweth et Stephan, 2011. Ce livre est un cas classique des «&nbsp;politiques comparatives&nbsp;» américaines dans lesquelles les analyses de données statistiques servent systématiquement à gommer les contextes historiques spécifiques aux différentes luttes politiques. Le travail de démolition de cette méthode par Alasdair MacIntyre tient toujours – MacIntyre, 1971.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_28" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_28');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>28</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ahmed, 2019 , chapitre 6&nbsp;; Mukerjee, 2010, chapitre 11.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_29" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_29');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>29</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour une analyse marxiste du conflit sud-africain, voir Wolpe, 1988, et Callinicos, 1988.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_30" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_30');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>30</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour plus d&rsquo;éléments sur la confusion du Brexit, voir Callinicos, 2019a et 2019b. Voir Pucciarelli, 2019, sur la transformation réussie de la Ligue vers une position dominante par Matteo Salvini.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_31" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_31');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>31</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Au moment de la traduction, Boris Johnson a bien été élu 1er ministre par les Tories sur un programme de Brexit sans accord.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2468_20_32" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2468_20('footnote_plugin_tooltip_2468_20_32');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>32</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir l&rsquo;argument pour une révolution anti-capitaliste chez Empson (ed), 2019.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_2468_20() { jQuery('#footnote_references_container_2468_20').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2468_20').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_2468_20() { jQuery('#footnote_references_container_2468_20').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2468_20').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2468_20() { if (jQuery('#footnote_references_container_2468_20').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2468_20(); } else { footnote_collapse_reference_container_2468_20(); } } function footnote_moveToReference_2468_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2468_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2468_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2468_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/parier-sur-une-catastrophe-infinie/">Parier sur une catastrophe infinie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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