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Nous n’habitons pas tous sur la même planète !

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En 2002, Jacques Chirac affirmait que « notre maison brûle». Quinze ans plus tard, quand Trump annonçait qu’il voulait  retirer les États-Unis de l’accord de Paris, Macron répondait avec son fameux “Make our planet green again”. Sur le site internet créé ensuite, le logo choisi était « 1 planète, 1 plan ». Pourtant, s’il est vrai que tous les humains habitent jusqu’à maintenant sur le même globe, ils n’y vivent pas seulement en tant qu’individus, mais surtout en tant que membre des sociétés. Nos possibilités et nos manières d’interagir avec notre environnement sont déterminées par notre place dans cette société de classes. Également donc la façon dont chacunE d’entre nous va subir les conséquences du désastre climatique et de la perte de la biodiversité qui s’annoncent ne sera pas la même. La lutte contre le changement climatique est éminemment une lutte de classes.

Qui s’en sortira?

Le fossé qui nous sépare avec les puissants, le 1% qui possède plus que le 99% restant n’est pas seulement une séparation entre le confort et la misère, mais aussi entre la survie et la mort. Il n’y a pas besoin de chercher dans un avenir cataclysmique pour s’en rendre compte. Aux États-Unis quand en 2005 les habitantEs de la Nouvelle-Orléans essayaient de fuir la ville vers la ville voisine plus riche, Gretna, à cause de l’ouragan Katrina, la police bloquait le pont sur le Mississippi parce que « il n’était pas question que la rive Ouest devienne La Nouvelle-Orléans » ; les riches n’allaient pas accueillir la misère des pauvres noirEs. Lors de l’exode syrien en 2014-2015, provoqué en partie par la gestion néolibérale des sécheresses de 2007-2009, ce sont les plus démuniEs qui n’avaient pas les moyens de fuir la misère autrement qui se sont noyéEs en mer Méditerranée à cause de la politique de fermeture des frontières de l’UE. Et quand la canicule frappait la France  à l’été 2003, les personnes âgées qui se trouvaient seules à domicile étaient les premières à mourir tandis que la surmortalité était significativement plus basse pour celles et ceux qui pouvaient se payer une clinique privée.

Qui paiera ?

Les capitalistes ont les moyens nécessaires pour éviter les effets du changement climatique et feront tout pour s’agripper jusqu’au bout à leurs privilèges. Et quand ils n’auront pas d’autre choix que de mettre en place les changements systémiques nécessaires à leur survie, ils feront tout pour nous faire payer le coût de leur propre sauvetage. Comme le Jonathan Neale, activiste britannique « le jour où le changement climatique galopant vous touchera,(…) il prendra la forme de militaires ou de fascistes prenant le pouvoir. Ils adopteront un discours profondément vert. Ils parleront de décroissance, et des limites de l’écologie planétaire. Ils nous diront que nous avons trop consommé (…). Ils attiseront de nouveaux racismes. Ils nous expliqueront pourquoi nous devons garder les hordes de sans-abris affamés de l’autre côté de notre mur.

Leur transition ou la nôtre?

Le besoin des capitalistes – que ça soit de l’industrie fossile ou non – d’accumuler ne leur permet pas de faire de la transition vers des énergies renouvelables une priorité. Ils ne s’y engagent que dans la mesure où celle-ci peut augmenter leur capacité d’accumuler du capital et donc d’amplifier les inégalités sociales. Avec les rythmes imposés par leurs besoins et avec cette orientation, leur transition ne peut signifier qu’encore plus de cette ségrégation raciale-spatiale qui sera surdéterminée par la classe d’appartenance. La vignette Crit’Air est une première illustration parfaite : elle ne fait rien pour améliorer les transports publics ni pour les rendre accessibles, elle expulse celles et ceux qui ne peuvent pas s’acheter une voiture conforme des quartiers déjà gentrifiés et elle refoule les voitures les plus polluantes vers les banlieues parisiennes.

Une lutte révolutionnaire !

Dès lors, la lutte contre le changement climatique n’est pas une lutte parallèle à nos luttes contre le patronat, le fascisme et le racisme. On ne saura pas lutter pour une Terre viable à côté des patrons et séparéEs de nos sœurs et nos frères de classe, avec ou sans papiers. Pour arrêter cette machine qui détruit notre environnement, il va falloir tirer le frein d’urgence de ce système qui exploite, opprime et divise. C’est socialisme ou barbarie (si on a de la chance).

C’est pourquoi on doit être partie prenante de ce nouveau mouvement qui s’amplifie et faire de la grève mondiale pour le climat une réalité. Maintenant que cette lutte n’est plus le monopole du lobbying d’ONGs et que le désespoir se transforme en action de masse nous devons en faire partie sans avoir peur des défis stratégiques et tactiques qui en émergeront.

Dimitris Daskalakis