Le 24 octobre, des milliers de manifestant·es venu·es de toute la France se sont retrouvé·e·s à Orléans pour s’opposer au Rassemblement national. Des membres d’A2C racontent comment cette mobilisation s’est construite localement, portée notamment par la dynamique des mouvements lycéens et étudiants.
Les Cahiers d’A2C #25 – novembre 2026
Kaïna (Paris 19e)
Je milite à la CGT, sur mon lieu de travail au Muséum National d’Histoire Naturelle et dans le collectif antifasciste antiraciste de Gentilly dans le 94. Je suis venue avec le collectif antifasciste antiraciste de Gentilly dans un bus mis à dispo par notre mairie.
On en discute dans le syndicat depuis le mois de juin et l’annonce de la mobilisation nationale. On a tracté à l’occasion de nos AGs quand on a fait des grèves ces derniers mois, mais aussi aux AGs des étudiant·es du Muséum qui se sont mobilisé·es ces dernières semaines. Au final, on a été une dizaine de camarades qui sont venu·es à Orléans et ont formé un petit cortège au sein de la CGT.
Le fait que la CGT 75 ait annulé ses bus 2 jours avant, sous prétexte de rejoindre la mobilisation parisienne, a suscité des discussions au sein de notre syndicat. Quelques camarades qui comptaient venir à Orléans sont finalement resté·es à Paris, acceptant l’argument de l’UD que c’est par la mobilisation sociale qu’on ferait reculer le RN. Mais la plupart ont maintenu leur position et sont venu·e·s à Orléans. Vu que l’UD avait annulé des cars, on a voté une contribution de quelques centaines d’euros de la part du syndicat pour participer au financement des bus de la Marche des Solidarités qui étaient ouverts à tous·te·s.
Du côté du collectif antifasciste de Gentilly, nous avons réussi à obtenir de la mairie qu’elle finance un bus que nous avons pu gérer. Ça s’est fait car nous mobilisons fortement depuis le mois d’août, avec diffusions de tracts, collages et réunions publiques. Finalement, nous sommes une trentaine dans ce bus, dont quelques étudiant·es du Muséum que j’ai rencontré·e·s à l’occasion de leur mobilisation ces dernières semaines.
Après le 24 octobre, l’objectif est simple : empêcher le RN de faire campagne localement. Nous avons créé un cadre unitaire large, « Gentilly unie contre le RN », qui partage cet objectif. En ce qui concerne mon lieu de travail dans le 5e arrondissement de Paris, je pense que l’interaction entre syndicats et étudiant·e·s sera très importante. Le 5e est un quartier étudiant, mais aussi un quartier important pour les groupes fascistes qui gravitent autour du RN. Nous devons profiter du mouvement en cours actuellement et notamment de la date du 5 novembre pour tisser ces liens entre organisations syndicales et étudiantes et créer une présence antifasciste permanente sur le quartier.
Kim Attimon (Rennes)
Je suis membre de NousToutes 35 (NT 35), et nous étions une dizaine de ce collectif à venir de Rennes. Il y a eu 2 cars de Rennes avec au total 75 personnes de la CGT, Solidaires, NPA, des autonomes, des collectifs de Rennes et des alentours.
La mobilisation contre l’extrême-droite est un sujet central pour NT depuis plusieurs années. L’extrême-droite tente de profiter des féminicides et des cas de VSS pour viser spécifiquement les hommes noirs, arabes, musulmans ou supposés musulmans. Elle cherche aussi à s’imposer à nous dans la rue, notamment lors des mobilisations féministes du 8 mars et du 25 novembre.
On a donc organisé beaucoup d’actions, de campagnes et de prises de position dirigées contre l’extrême-droite au fil des ans. La participation au 24 octobre à Orléans n’a donc pas suscité de grand questionnement.
En chemin, nous avons collectivement tenu tête à la police en refusant collectivement le contrôle d’identité. Sur place, nous avons fait cortège commun avec d’autres collectifs féministes mobilisés. L’expérience de la journée était au global très positive, avec des liens renforcés entre nous. Notre nombre montre aussi qu’on est la majorité à rejeter le fascisme. Seul bémol qui est revenu lors du débrief sur le chemin du retour, c’est le fait que les organisateur·ices de la manifestation aient accepté de défiler sans les camarades dont les cars étaient bloqués.
Cette absence de solidarité montre qu’il reste des débats à avoir dans notre camp, mais on veut surtout retenir le positif : Orléans, c’était quand même la plus grosse mobilisation contre le RN depuis les années 90. La suite, pour nous, c’est de continuer à nous mobiliser contre l’extrême droite et le RN en tant que féministes, en commençant par le 25 novembre qui est une journée de manifestations contre les VSS.
Sam (Paris 19e)
Je suis militante à Solidaires Informatique à Paris. Pour la faire court, nous avons un peu un antifascisme abstrait dans mon syndicat. C’est-à-dire que tout le monde est convaincu, sur le papier, de la centralité de l’antifascisme, mais l’enjeu est de le traduire en actions concrètes. Ça fait plusieurs mois que je parle de la mobilisation du 24 octobre à Orléans. Personne ne s’y oppose mais pas d’adhésion extraordinaire non plus. Puis le mouvement lycéen et étudiant est arrivé, et ça a vraiment changé les choses. Soudain, la perspective de se mobiliser est devenue bien plus concrète, comme si la distance entre Paris et Orléans avait fondu. Déjà, on était plus nombreux·ses en réunion, et ça devenait plus facile de convaincre des gens de venir à Orléans. Au final, nous étions 8 de mon syndicat à Orléans.
Le fait que l’UD de Solidaires Paris affrète un bus a évidemment beaucoup aidé à cette mobilisation. J’en sors encouragée mais beaucoup de travail reste à faire. Mon lieu de travail rassemble beaucoup d’associations et nous organisons des AGs de travailleur·euses depuis le début du mouvement étudiant. Ça a déjà permis de tisser des liens forts entre mon syndicat et des travailleur·euses, et de partir ensemble en manif. Tout ça ouvre des moments de discussion qui sont précieux, on voit qu’il y a beaucoup de disponibilité, et sur une base politique. Mon objectif est de réussir à orienter tout ça vers une mobilisation concrète contre le RN.
Marie Périn (Les Lilas Romainville)
Je milite au collectif Antiraciste Antifasciste (CARAF) des Lilas, Romainville et Pré Saint-Gervais. Ce collectif existe depuis plusieurs années. À la rentrée, nous avons décidé d’unir nos forces avec l’Assemblée en lutte (collectif issu de Bloquons Tout) en organisant des événements publics comme des pique-niques, des distributions de tracts, etc. C’était en même temps que le mouvement lycéen et ça s’est vu, ça a permis de booster nos collectifs, notamment auprès des lycéen·nes.
On a organisé des départs communs en manif qui étaient assez gros, ce qui a encore augmenté notre visibilité et nos liens avec le quartier. Tout ça a permis de mieux mobiliser pour Orléans et de toucher plus de monde.
Côté syndical, nous avons essayé d’approcher la CGT des Lilas et de Romainville mais ça n’a rien donné pour l’instant. Finalement, le car dans lequel nous sommes venu·es a été prêté par la mairie de Romainville, nous étions une quarantaine dessus. Le CARAF a de bons liens avec les militant·es LFI ce qui nous a tous·tes aidé·es à obtenir ce car.
Pour la suite, nous voulons construire le mouvement et la mobilisation contre le RN en même temps. Plus nous serons nombreux·ses à être en mouvement, mieux nous nous battrons contre le RN. Il faut utiliser notre nombre et notre organisation pour les empêcher de faire campagne.