Nous avons 7 mois pour imposer un autre scénario que celui des commentateurs. Et notre capacité à intervenir après ces 7 mois dépend de tout ce qu’on aura construit d’ici-là, dès maintenant.
Les Cahiers d’A2C #24 – octobre 2026
Le deuxième mandat de Macron a montré l’incapacité de la classe dirigeante à diriger avec les outils classiques de la démocratie représentative : pas de majorité, dissolution de l’Assemblée nationale, premiers ministres à la durée de vie de plus en plus courte, etc. Et on voit bien que le bloc bourgeois n’arrive pas à désigner un candidat, en témoignent la multiplicité des candidatures du PS à LR, et les campagnes pathétiques des candidats du centre.
Les fascistes sont aux portes du pouvoir
Cette incapacité fait se tourner des parties de la grande bourgeoisie vers ceux qui pourraient donner une issue à cette crise : le RN. Ce n’est pas ce que les capitalistes préféreraient, mais ils veulent encore moins de Mélenchon1. Et le parti fasciste est en dynamique électoralebses chances d’accéder à la présidence n’ont fait qu’augmenter depuis la dissolution de 2024.
Maintenant, c’est dans la tête de toustes que le RN peut gagner. Si on se concentre uniquement sur le programme, leur victoire semble représenter le même danger que si c’était un Retailleau : lois racistes, politiques d’austérité, répression des mouvements sociaux, etc. Mais le RN, ce n’est pas que ça. Parti à la conquête du pouvoir, il a besoin de la respectabilité que le cadre de la démocratie bourgeoise exige – tout en s’employant à le faire entrer en crise. Mais ce qu’il fera du pouvoir est une autre affaire. En témoignent le pedigree de ses candidat·es après la dissolution de l’Assemblée nationale, ou ceux aux Sénatoriales. En témoignent ses liens avec des mouvements qui veulent en découdre, tels que ceux entretenus par des cadres du RN avec les assassins de Aramburú. La séquence de février dernier après la mort du militant fasciste à Lyon nous donne une bonne idée des conséquences : des attaques sur des migrant·es, des musulman·es, des centres LGBT, des locaux de syndicats ou de la FI ont essaimé sur l’ensemble de l’hexagone. Leur accorder une victoire électorale, c’est exposer notre classe au plus grand des dangers.
Une autre issue est possible ?
Dans l’édito de notre dernière revue, on le disait déjà : la période n’est pas seulement celle du danger fasciste. Dans la jeunesse particulièrement, l’espoir dans une alternative politique et les mobilisations qui rompent avec l’ordre établi grandissent.
Cette polarisation de plus en plus prononcée pose de façon concrète à une échelle de masse les deux questions essentielles de la période politique générale :
1/ Comment vaincre les fascistes ? 2/ Comment construire une alternative au capitalisme ?
Pour beaucoup, la victoire de la France Insoumise est la réponse à ces deux questions, laissant donc croire que les élections seraient en mesure de les résoudre. Mais si une défaite électorale est essentielle pour mettre le RN en déroute, elle ne sera pas suffisante : la lutte antifasciste ne s’arrêtera pas le 3 mai 2027, et sa puissance dépend de tout ce qui aura été construit avant.
Ce mouvement, c’est dès maintenant qu’on doit le construire. C’est pourquoi la mobilisation nationale contre le congrès du RN à Orléans, le 24 octobre, est selon nous la proposition politique alternative à toutes les stratégies qui réduisent la période aux dynamiques électorales.
Alors, toustes à Orléans le 24 Octobre !
D’abord, elle cristallise des questions politiques essentielles de la période : faut-il se battre contre le RN ? Comment ? Qui peut le faire ? Dans chaque discussion avec des collègues ou des camarades, où sera abordée l’organisation concrète pour se déplacer à Orléans, voilà les arguments qu’on devra mener :
1/ Nous avons besoin de (re)construire une lutte de masse, de harcèlement et de délégitimation des fascistes. À partir de là, toute politique sectaire, vis à vis des syndicats ou de la FI, nous ôte la possibilité de dialoguer avec la grande majorité de celleux qui veulent en découdre avec les fascistes.
2/ Ce qui sera déterminant, c’est la nature de classe de nos mobilisations. Les fascistes s’attaquent à la classe travailleuse, à ses possibilités de s’organiser et à son potentiel révolutionnaire. D’où la nécessité que cette riposte s’organise dans et depuis les syndicats, comme lieu où notre classe s’organise depuis sa place dans la production. Une telle riposte délégitimera aussi les fascistes du côté de la classe dirigeante qui souhaite moins que tout un regain de combativité syndicale susceptible de se généraliser.
3/ C’est la force du mouvement, et en particulier la combativité des luttes antiracistes qui peut éteindre le RN. Toute stratégie délégataire nous désarme. L’articulation entre barrer la route aux fascistes et construire une alternative se situe dans la dynamique de généralisation politique engendrée par les expériences collectives de luttes et de solidarités.
Ensuite, Orléans est une mobilisation qui a les capacités réelles de court-circuiter le lancement de la campagne du RN. Il y a un mois, on apprenait que la CGT faisait de cette date une date nationale. Cette décision aurait pu rester symbolique, mais partout, des syndiqué·es s’en saisissent et construisent une vraie dynamique de mobilisation : chaque jour, c’est une nouvelle UD ou UL qui annonce affréter des bus, la CGT et Solidaires lancent des sondages auprès de leurs membres pour savoir combien veulent se déplacer à Orléans, la Fédération CGT Commerce appelle à la grève… Mais toutes ces avancées ne donnent pas automatiquement un caractère de masse à cette mobilisation. Ce n’est que parce qu’on continuera à faire pousser la dynamique de mobilisation, jusqu’aux derniers jours qui nous séparent de la manifestation à Orléans, que les bureaucraties, nationales comme locales, ne reculeront pas.
Enfin, c’est aussi une vraie campagne qui s’est lancée à l’échelle du pays : à Paris et en région parisienne, mais aussi à Marseille ou Rennes, des assemblées publiques ont eu lieu et veulent organiser des déplacements à Orléans. L’Union Départementale CGT Puy-de-Dôme ou celle du Nord ont décidé d’affréter des cars. Pour s’amplifier, cette mobilisation a besoin d’exister sur tous les terrains : lors de l’appel des Gilets Jaunes le 17 octobre, dans tous les événements publics de la FI qui rassemblent largement, dans les manifestations à venir, mais aussi et surtout lors des journées nationales de grève ainsi que lors d’appels sectoriels.
Il reste seulement 3 semaines mais rien n’est joué. Dans chaque ville où cela n’a pas été fait, c’est encore possible d’organiser un meeting ou une réunion publique, d’aller frapper à la porte de l’Union locale ou de la Bourse du Travail pour savoir si des bus sont prévus, de tracter auprès de ses collègues pour construire la grève. Chaque initiative va compter.
Orléans, ce n’est que le début
Beaucoup se rappellent de l’humiliation de Zemmour il y a 5 ans à Marseille quand la ville s’était soulevée et avait du jour au lendemain brisé sa campagne. De la même manière, ce qui se joue à Orléans, c’est ce qui se passera après Orléans. La dynamique de mobilisation construite pour aller manifester à Orléans sera la meilleure base pour la continuer après, et empêcher les fascistes de faire campagne.
La rentrée démarre fort. Le week-end des 19 et 20 septembre, 100 000 personnes ont manifesté en France contre les violences policières et les violences d’État. Les travailleur·euses de Radio France ont viré un éditorialiste fasciste grâce à la force de la grève. Le ton est donné. Le RN peut gagner, on doit les faire perdre, on peut les faire perdre. Toustes à Orléans le 24 octobre, et Orléans partout après !
La construction par en bas, dans les quartiers, les syndicats ou les facs, l’articulation de la lutte antiraciste et antifasciste, la proposition de la confrontation par le nombre – autant de propositions politiques qu’Autonomie de Classe met en avant dans la situation, et que nous avons besoin de renforcer dans le mouvement. Alors, pour être encore plus nombreux·ses à avancer ces arguments, à diffuser cette revue, rejoignez-nous !
A2C
- Voir notre argumentaire sur pourquoi nous appelons à voter pour JL Mélenchon, sur notre site autonomiedeclasse.org ↩︎