Le danger fasciste est toujours bien réel et s’incarne en France autour d’un parti, le RN. Il est autonome de la bourgeoisie, il y a donc besoin d’une lutte spécifique pour l’abattre.. Dans des textes écrits entre 1930 et 19331 , Trotsky s’adresse aux communistes qui minimisent le danger du parti nazi, et les enjoint à créer un front unique pour le vaincre. Mobiliser ces écrits aujourd’hui permet d’articuler finement analyses de l’État bourgeois et du pouvoir fasciste d’un côté, et stratégie antifasciste et révolutionnaire de l’autre.
Les Cahiers d’A2C #19 – novembre 2025
État bourgeois et pouvoir fasciste
Le fascisme émerge dans une crise politique : quand la bourgeoisie ne peut plus gouverner par la démocratie parlementaire. Il a une tâche : « maintenir toute la classe dans une situation d’atomisation forcée ».
Le fascisme, comme la démocratie parlementaire, est un mode d’exercice du pouvoir de la grande bourgeoisie. Mais leur nature diffère.
Dans la démocratie parlementaire, la bourgeoisie s’appuie sur la classe ouvrière, rendue passive par les institutions de l’État. Sous le fascisme, elle s’appuie sur la petite bourgeoisie, cette fois active, pour briser toutes les formes d’organisation de notre classe, des plus modérées aux plus radicales.
Enfin, le fascisme naît aussi de la faiblesse du camp des révolutionnaires, dont la mauvaise stratégie laisse les fascistes s’organiser et se renforcer.
Le front unique, la seule stratégie possible contre le fascisme
Pour faire face à cette faiblesse, Trotsky insiste sur la nécessité du front unique pour abattre le fascisme. Ses caractéristiques :
- Nécessité tactique. Il faut comprendre que l’État bourgeois produit le fascisme, mais agir dans l’ordre. Abattre d’abord le fascisme qui menace nos capacités d’organisation, puis s’attaquer au système qui le produit.
- Unité d’action, pas électorale. Elle doit allier les bases militantes, réformistes et révolutionnaires, autour de l’objectif de détruire ensemble les possibilités d’organisation des fascistes. La limiter à une alliance entre directions ne mènera pas à l’unité d’action nécessaire.
- Caractère temporaire. Quand l’objectif est atteint, alors l’alliance avec les directions cesse.
Transformer la tactique défensive du front unique en stratégie révolutionnaire
Cette stratégie ne consiste pas seulement à additionner des forces contre les fascistes. Elle permet aux révolutionnaires de montrer, à la majorité réformiste de notre classe, que les solutions de leurs directions ramèneront toujours à la crise politique puis au fascisme.
C’est dans l’action collective, dans ce front unique qu’on peut démontrer la supériorité d’une stratégie révolutionnaire et gagner à notre camp des militant·es réformistes.
Il faut éviter 2 erreurs :
1/ Le radicalisme hors sol proposant une alliance sur des bases si radicales que le camp des réformistes ne pourrait l’accepter. Il faut s’allier sur des bases communes minimales.
2/ La dilution dans le front unique qui ferait de l’alliance un but en soi et ferait perdre l’objectif révolutionnaire à mener au sein du front unique.
La méthode : «Marcher séparément, frapper ensemble» pour garder l’indépendance politique malgré l’alliance.
Ces textes convainquent que le front unique est à la fois une nécessité pour abattre le fascisme, et une possibilité de porter des stratégies révolutionnaires. Et les centaines de milliers dans la rue contre le RN en juin 2024 nous le confirment : notre classe est antifasciste. À nous d’être à l’initiative dès aujourd’hui, et de nous saisir des municipales à venir pour affaiblir le camp des fascistes, et renforcer le nôtre.