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	<title>Archives des Histoire - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Histoire - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<item>
		<title>La lutte des classes au 21e siècle</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Oliver (Rennes)]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Nov 2024 16:59:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #14 &#8211; Septembre 2024 « Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. » <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/" title="La lutte des classes au 21e siècle">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #14 &#8211; Septembre 2024</h6>



<p><em>« Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. » C’est en ces termes, qu’en 2005, lors d’une interview à CNN, Warren Buffet, un des hommes les plus riches du monde s’est exprimé.</em></p>



<p class="has-drop-cap">Cette analyse, lâchée dans un moment d’honnêteté et… d’arrogance, est éclairante. On peut imaginer le désespoir des capitalistes et des hommes et femmes politiques du monde entier, s’arrachant les cheveux en l’entendant. Eux, qui passent leur temps à brouiller les pistes et à faire croire que la lutte de classes n’existe plus, que nous sommes tou·te·s uni·e·s dans une même nation, une même République. Et là, Buffet affirme que Marx avait raison ! Et bien, Marx avait effectivement raison et son analyse est toujours valable aujourd’hui.</p>



<p>Revenons d’abord sur certains éléments clés de celle-ci. Dès le premier chapitre du Manifeste du Parti communiste, écrit par Karl Marx et Friedrich Engels en 1848, la couleur est annoncée : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. » S’ensuivent des passages sur la nature de cette lutte à travers les différentes phases de développement de la société humaine. Les auteurs rappellent non seulement la violence des exploiteurs (esclavagistes, féodaux ou capitalistes) à travers les âges mais aussi la résistance des exploité·e·s.</p>



<p>Plus tard, Engels précisera que par « l’histoire de toute société » il fallait comprendre « histoire écrite ». Car l’étude anthropologique de sociétés restées à l’écart du monde moderne permettait de déduire que dans les premières sociétés « primitives », les classes sociales n’existaient pas et que celles-ci n’émergeraient qu’avec la sédentarisation des tribus, la production d’un surplus de nourriture et son accaparement par une petite minorité.</p>



<p>C’est une remarque cruciale car si on pouvait dire que des sociétés humaines sans classes sociales (et donc égalitaires) avaient pu déjà exister, alors on pouvait très bien imaginer qu’un jour cela pourrait être de nouveau le cas.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Ruptures révolutionnaires</p>



<p>D’autre part, Marx et Engels ont montré comment, à certains moments de l’histoire, le mode de production d’une société (sa manière de produire les richesses) devenait un frein au développement de cette production. À ces moments-là, la contradiction est résolue de deux manières : soit par une révolution où la classe sociale émergente, porteuse d’un nouveau mode de production, renverse l’ancien régime qui bloque la société, soit par la défaite des deux classes et l’effondrement de la société dans son ensemble. Ainsi, en 1789 en France c’est la bourgeoisie révolutionnaire qui renverse la monarchie et la classe des seigneurs et qui ouvre la voie au développement de l’industrie, de la science et à une explosion des capacités de production.&nbsp;</p>



<p>Enfin, ils ont identifié des différences entre le capitalisme et les sociétés de classes précédentes qui sont d’une réelle importance pour nous aujourd’hui.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-ad2f72ca wp-block-group-is-layout-flex">
<p>Pendant des siècles et jusqu’à l’avènement du capitalisme, la production des richesses est restée très faible. Il y avait à peine de quoi pouvoir nourrir tout le monde et la moindre sécheresse ou inondation pouvaient plonger des milliers, voire des millions de personnes dans la famine et la mort. Aujourd’hui nous pourrions nourrir plusieurs fois la population de la planète. Une société sans classe, socialiste, basée sur l’abondance est plus que possible, c’est-à-dire une société où il y aurait moyen de satisfaire les besoins de tou·te·s et pas seulement ceux d’une petite minorité.</p>
</div>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="bebebe" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="369" height="381" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8952 not-transparent" style="--dominant-color: #bebebe; width:280px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr1-jpg.webp 369w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr1-291x300.webp 291w" sizes="(max-width: 369px) 100vw, 369px" /></figure>
</div>


<p>D’autre part, par le passé, les masses exploitées ont pris une place énorme dans les résistances et dans les changements de régime, comme dans la Révolution française où les paysans et les sans-culottes des villes ont joué un rôle primordial. Par contre, à chaque fois, c’est une nouvelle minorité qui a volé le pouvoir pour devenir une nouvelle classe dominante et… exploiteuse de ces mêmes masses populaires.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Nouvelle classe révolutionnaire</p>



<p>Avec le développement du capitalisme par contre, émerge une nouvelle classe sociale d’exploité·e·s, la classe ouvrière, qui n’est plus destinée à jouer les petites mains pour d’autres. Par son nombre, sa cohésion et ses capacités, elle a les forces d’être candidate à la prise du pouvoir pour son propre compte et à la reconstruction d’une nouvelle société pour le compte de tout le monde.</p>



<p>Enfin, dernière différence avec les modes de production précédents, le capitalisme s’accapare la planète entière. « Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux [dit Marx dans le Manifeste], la bourgeoisie envahit le globe entier. » Et qui dit classe capitaliste exploiteuse mondiale, dit forcément classe exploitée (ouvrière) mondiale, c’est-à-dire des travailleur·euse·s qui ont les mêmes intérêts en commun et un même ennemi en commun à combattre. Si des luttes pouvaient démarrer dans des pays différents, la conclusion de Marx, dans le Manifeste, était que, « Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils [les communistes]mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat ». Les travailleur·euse·s n’ont pas de patrie.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Et aujourd’hui ?</p>



<p>Ces analyses sont évidemment largement contestées par la droite et plus ou moins ouvertement par l’ensemble de la gauche, avec des arguments qui sont sans cesse relayés à l’école, à la télé et dans l’ensemble des médias. « Marx, c’est vieux », « la société a bien changé depuis, elle est bien plus complexe » et puis « la classe ouvrière n’existe plus ou du moins est aujourd’hui minoritaire » et que nous ferions de plus en plus partie d’une grande « classe moyenne ».&nbsp;</p>



<p>Comme preuve on nous renvoie souvent à la classification de l’INSEE. Comme brouillage des pistes on ne peut guère faire mieux. Pour commencer, on n’y parle non pas de classes mais de « catégories » sociales qui sont divisées en huit. On trouve effectivement des ouvriers (22 %) et des employés (8 %) mais pour les autres catégories tout est mélangé – les artisans avec les chefs d’entreprise, le clergé avec des instits et du personnel de santé (parmi les professions « intermédiaires » (13 %) mais pas avec des professeurs (de lycée ?) qui sont groupés avec les cadres (petits et grands) sans parler d’une grande catégorie où tout le monde se regroupe une fois la retraite venue (27 %), les « inactifs » (anciens ouvriers, cadres, chefs d’entreprise, agriculteurs, etc.</p>



<p>Il est clair que nous n’avons pas la même approche que les représentants de la sociologie bourgeoise, qui ne cherchent qu’à faire une simple photo figée de la société. En fait, rien n’est figé. Nous vivons dans un système dynamique qui permet à une petite minorité de capitalistes d’accaparer le fruit du travail d’une grande majorité de salarié·e·s. L’identification des classes sociales découle donc du rapport que les un·e·s et les autres entretiennent avec ce système d’exploitation et du rapport direct que les deux grandes classes sociales antagonistes entretiennent entre elles.</p>



<p>À partir de cette analyse, on peut conclure que la classe capitaliste (ou bourgeoise) ne constitue qu’à peine 1 % de la population, c’est-à-dire la classe qui détient ou gère et contrôle effectivement des capitaux. En face, la partie de la population qui, pour vivre, ne dépend que de sa force de travail, de son salaire et qui n’a absolument aucun contrôle sur le processus de production, sur les investissements, les embauches, les licenciements, etc. représente aujourd’hui au moins 80 %. Il est vrai que l’ancienne terminologie (« classe ouvrière ») peut porter à confusion, mais qu’on l’appelle « prolétariat », « nouvelle classe ouvrière » ou « classe des travailleur·euse·s », nous parlons bien d’une classe d’exploité·e·s majoritaires qui comprend aussi bien des salarié·e·s de l’industrie que des services.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Deux grandes classes</p>



<p>Comme l’affirmait Marx, nous vivons dans une époque où la société se décante de plus en plus en deux grandes classes opposées (bourgeoisie et prolétariat) mais comme du temps de Marx aussi, il existe des classes intermédiaires. Comme avant, il existe encore une classe moyenne (ou petite bourgeoisie) traditionnelle composée de petits paysan·ne·s, commerçant·e·s ainsi que des professions libérales comme architecte, médecin, avocat·e, notaire, etc. C’est une classe qui n’a pas les moyens de porter le projet d’un nouveau mode de production. Ainsi, dans les grandes batailles entre le capital et le travail, a-t-elle toujours fini par basculer d’un côté ou de l’autre. En période de grande mobilisations populaires et de perspective de victoires, voire de l’espoir de transformations sociales, une partie de cette classe moyenne peut rallier le camp des travaileur·euse·s. En période de défaite et de désespoir, la majorité de cette classe peut rallier la réaction.</p>



<p>À la différence de la période de Marx, une nouvelle classe moyenne a néanmoins émergé —&nbsp;salariée celle-ci&nbsp;— composée essentiellement de cadres mais pas du tout homogène. À un extrême, un·e PDG, salarié·e mais qui possède des stock-options et qui participe aux grands choix de l’entreprise, est de fait membre de la classe capitaliste. Le ou la petit·e cadre sans grande responsabilité, par contre est plus proche d’un·e travailleur·euse et, comme pour les membres de la petite bourgeoisie traditionnelle, iels peuvent osciller de la même façon entre les deux camps en fonction du rapport des forces.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Système mondial</p>



<p>D’autres changements&nbsp;sont également intervenus depuis 170&nbsp;ans mais ne font que renforcer les analyses de Marx. À l’époque déjà, Marx identifiait la classe ouvrière comme une force montante porteuse d’un projet de transformation révolutionnaire de la société. Pourtant, à son époque le nombre d’ouvrier·e·s dans le monde entier était moins que dans la seule Corée du Sud d’aujourd’hui. En 2020, l’OIT estimait qu’il y avait 2&nbsp;milliards d’ouvrier·e·s dans le monde sur un total de 3,3&nbsp;milliards de salarié·e·s et qu’en 2015, 54 % de la population du monde vivait en ville.</p>



<p>Par ailleurs, nous avons vu que Marx a relevé qu’à certains moments dans l’histoire, un mode de production (esclavagistes ou féodal par exemple) devenait un frein à l’avancement de la société. Le conflit entre les classes qui représentaient le vieux et le nouveau monde pouvait se résoudre par une révolution ou par l’effondrement de toute la société. Au début du 20e&nbsp;siècle, la révolutionnaire Rosa Luxembourg parlait de « socialisme ou barbarie ». Depuis, nous avons pu assister aux pires de la barbarie : des famines dans un monde plein de richesses, deux guerres mondiales atroces, des régimes fascistes et un nombre incalculable de guerres régionales. Nous vivons aujourd’hui une époque où plane le spectre non seulement d’une nouvelle période de guerres et de fascisme, mais d’une catastrophe climatique qui pourrait aboutir non seulement à l’effondrement de la société mais à la fin de l’humanité toute entière.</p>



<p>En même temps, dans le monde entier les résistances au quotidien et les explosions de colère de notre camp n’ont jamais été aussi fortes. Et la France ne fait pas exception, que ce soit les grèves « invisibles » qui ont lieu tous les jours, l’immense mouvement des Gilets jaunes ou les millions en grève contre la réforme des retraites, sans parler de la vague « Me Too » ou de la révolte contre les violences policières.</p>



<p>Tous les feux sont au vert en ce qui concerne la possibilité et la nécessité d’une transformation révolutionnaire de la société, mais il reste la question brûlante de comment notre classe, pourtant majoritaire, pourra développer la conscience et les capacités nécessaires pour la réaliser.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Conscience de classe</p>



<p>C’est encore Marx qui pointe le premier cette question quand il parle de classe « en soi » et de classe « pour soi ». La classe « en soi », c’est tout ce qu’on vient de voir : la situation objective de la classe, son exploitation, son rapport aux exploiteurs, les intérêts objectifs partagés avec les autres membres de la classe, etc. La classe « pour soi » c’est la conscience de cette situation, et la confiance pour agir collectivement en défense de ses intérêts et pour mettre fin à sa situation d’exploité. Mais comment développer tout cela ? C’est un autre révolutionnaire, Antonio Gramsci, qui apportera des pistes, en partant de deux idées apparemment contradictoires de Marx. La première, « Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante » (dans L’idéologie allemande, Karl Marx et Friedrich Engels) et la deuxième, « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (Statuts de l’Association internationale des travailleurs dite 1re&nbsp;Internationale). Certaines idées dominantes sont le reflet de la manière dont le système fonctionne, comme l’existence de chefs ou la compétition (pour des notes, pour les concours, pour un boulot, etc.) et d’autres idées sont distillées régulièrement par les médias, comme le racisme, le sexisme ou l’homophobie dans le but de nous diviser… et cela fait bien sûr des dégâts énormes. Alors, si nous avons dans notre tête les idées dominantes, comment pourrions-nous nous émanciper nous-mêmes ? Le point de départ de la solution, c’est la lutte des classes. Car c’est la logique même du capitalisme, où chaque capital a besoin d’accumuler davantage que ses concurrents sous peine de disparaître, qui provoque sans cesse des résistances.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="7f7f7f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7f7f7f;" decoding="async" width="1100" height="734" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8955 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-jpg.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>C’est dans ces moments de résistance à une exploitation toujours plus intense que des travailleur·euse·s peuvent se rendre compte que les idées dominantes ne sont d’aucune aide pour gagner. Au contraire, c’est la solidarité qui marche et non pas le chacun pour soi. C’est l’unité entre collègues blanc·he·s, noir·e·s, arabes, hommes, femmes, homos, hétéros, etc. qui permet de l’emporter, etc. C’est à ces moments qu’une nouvelle conscience (de classe !) peut émerger et peut se développer encore plus vite avec l’intervention de militant·e·s déjà conscient·e·s du besoin d’argumenter dans ce sens.</p>



<p>C’est vrai pour chaque petite lutte et encore plus pendant les périodes révolutionnaires. C’est Marx qui expliquait les deux raisons pour lesquelles une révolution est nécessaire. D’abord parce qu’il faut briser la résistance d’une classe dominante qui ne lâchera pas ses richesses et son pouvoir sans une lutte acharnée mais aussi parce qu’elle permet de débarrasser la tête de toutes les idées de merde accumulées depuis des années.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">La bataille des idées</p>



<p>Dans ces moments de luttes inévitables, la bataille des idées est donc cruciale. La lutte des classes peut ouvrir la possibilité d’un changement rapide des idées et de la confiance mais rien n’est automatique. En face, tous les jours, la classe dominante mobilise ses experts, ses universitaires et ses idéologues dans les médias et ailleurs. De notre côté, il faudrait que nos syndicats soient de véritables « écoles de la lutte de classe » et que nos partis défendent nos intérêts de classe avec autant de détermination que leurs partis défendent les leurs. Malheureusement, les idées dominantes se répandent jusque dans la gauche syndicale et politique et la confusion qui s’ensuit contribue aussi, à certains moments, à « brouiller les pistes ».</p>



<p>Sans parler du PS, des Verts ou du PCF, même la partie la plus radicale de la gauche aujourd’hui, LFI, est loin d’être étrangère à ce phénomène.</p>



<p>Nous pouvons nous retrouver côte à côte avec des militant·e·s de LFI dans des grèves ou des manifestations. Mais les solutions qu’iels proposeront ne seront pas celles qui pourront renforcer la conscience de classe dans la perspective d’une autoémancipation mais seront celles qui détourneront la colère et l’énergie vers des élections et la délégation du pouvoir à une « nouvelle minorité » d’élu·e·s.&nbsp;</p>



<p>Ces derniers mois nous avons pu apprécier les positions courageuses de LFI sur la défense de la Palestine, malgré la violence des attaques dont elle a été l’objet. Elle est pourtant capable en même temps d’avoir des positions sur la défense de la nation française qui sont tout le contraire de l’internationalisme dont notre classe a besoin.</p>



<p>Quand des membres de LFI s’adressent à leur public avec un « chers compatriotes », quand on fait flotter le drapeau tricolore, qu’on fait chanter la Marseillaise, qu’on vante la puissance maritime de la France de par ses colonies, qu’on accepte le contrôle des frontières et la reconduite des débouté·e·s d’asile, alors on agit clairement contre les intérêts de notre classe.</p>



<p>L’ensemble des organisations de la gauche institutionnelle, politique et syndicale sème la confusion en essayant de combiner les notions de classe et de nation, de travailleur·euse et de citoyen·ne avec l’objectif de créer, au sein d’une société de classe, une République pour tou·te·s complètement illusoire.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Renouer avec Marx et la centralité de&nbsp;la&nbsp;lutte des classes</p>



<p>Pour notre part, nous sommes convaincu·e·s qu’il faut construire une organisation d’activistes capables d’intervenir pour construire les résistances et de proposer des stratégies pour unifier notre classe, pour faire gagner le mouvement et pour dresser des perspectives d’une auto-émancipation des travailleurs et du socialisme par en bas.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="434343" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #434343;" decoding="async" width="1000" height="500" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8954 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-300x150.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-768x384.webp 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<p>Cela signifie que dans la lutte de classe de tous les jours nous militons aussi contre toutes les oppressions qui peuvent nous affaiblir et nous diviser et en premier lieu le nationalisme et tous les racismes. Concrètement, pour commencer, cela veut dire une solidarité sans faille avec les migrant·e·s et les sans-papiers, et une bataille pour l’ouverture des frontières et la liberté pour qui le veut de s’installer sur le territoire français.</p>



<p>Nous avons commencé cet article par la citation de Warren Buffet, un vrai « guerrier de classe » qui, à l’époque, estimait que sa classe était en train de gagner. Pour nous, comme pour lui, nous ne faisons pas un simple constat de l’existence des classes sociales. Il s’agit bel et bien d’une lutte (voire d’une guerre, comme il dit). La seule différence est que nous devons faire en sorte qu’à la fin ce ne soit pas eux qui gagnent mais nous.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Ross Harrold (Paris 20e)</h5>



<p></p>
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		<title>1924-2024 : 100 ans de la grève des sardinières de Douarnenez</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/1924-2024-100-ans-de-la-greve-des-sardinieres-de-douarnenez/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Oct 2024 11:39:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Douarnenez]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Penn Sardin]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #13 &#8211; JUIN 2024 De l’exploitation et du mépris, jusqu’à la grève  1924, Douarnenez, Finistère. Daniel Le Flanchec est élu maire de la ville en octobre, à la suite de Sébastien Velly, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/1924-2024-100-ans-de-la-greve-des-sardinieres-de-douarnenez/" title="1924-2024 : 100 ans de la grève des sardinières de Douarnenez">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #13 &#8211; JUIN 2024</h6>



<h2 class="wp-block-heading">De l’exploitation et du mépris, jusqu’à la grève </h2>



<p>1924, Douarnenez, Finistère. Daniel Le Flanchec est élu maire de la ville en octobre, à la suite de Sébastien Velly, premier maire communiste de France. </p>



<p>Dans ce port de pêche, les hommes vont en mer pour pêcher la sardine et à leur retour, des acheteuses, représentantes de chacune des conserveries de la ville, sont postées au bout de la jetée et négocient les prix des poissons avec les patrons des chaloupes. Une fois les prix fixés, les contremaîtresses des conserveries appellent “Merc’hed d’ar fritur”, autrement dit “Les filles à l’usine”. De jour comme de nuit, les femmes quittent alors leur maison pour rejoindre les usines et attendre l’arrivée des poissons pour les mettre en boîte. </p>



<p>Les conditions de travail sont difficiles. Les ouvrières travaillent dès 8 ans, alors que l’âge légal est de 12 ans. Elles peuvent travailler jusqu’à 18h d’affilée bien qu’une loi de 1919 limite la journée d’usine à 8h. Les usines de Douarnenez ont donc obtenu une dérogation qui permet de travailler plus longtemps à condition que le nombre d’heures par semaine ne dépasse pas 72 heures. Bien évidemment, ce taux horaire n’est pas respecté. Evidemment encore, les heures supplémentaires ne sont pas payées et le travail de nuit est payé autant que le travail de jour. Les locaux de certaines usines sont, par ailleurs, insalubres. Dans celles-ci, les salles ne sont jamais nettoyées, les carreaux cassés ne sont pas remplacés, les WC sont sales, il n’y a pas de réfectoire pour manger, les ouvrières travaillent dans les courants d’air (pour permettre l’aération des odeurs) mais cela ne suffit pas à évacuer les émanations de charbons de bois qui provoquent des maux de tête et coupent l’appétit<sup data-fn="f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f" class="fn"><a id="f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f-link" href="#f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f">1</a></sup>. </p>



<p>Ce qui va déclencher la colère des ouvrières, c’est leur salaire. Elles ne sont payées que 80 centimes de l’heure (alors qu’un kilo de pâtes coûte 4 francs et le beurre quinze francs) ! </p>



<p>Le 20 novembre 1924, les sardinières de Douarnenez se donnent rendez-vous place de la Croix pour discuter : “leur richesse à eux [les patrons] se fait sur leur dos à elles, et sur celui des pêcheurs tenus à la gorge par les commises qui négocient tout au rabais, les piquesses”<sup data-fn="c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f" class="fn"><a id="c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f-link" href="#c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f">2</a></sup>. La colère commence à monter. Elles veulent une augmentation et être payées un franc de l’heure. Ce jour-là, un cahier de revendications tourne devant les portes de l’usine. </p>



<p>Dès le lendemain, les ouvrières de l’usine Carnaud demandent à être reçues par le contremaître, Trellu, pour parler de leurs revendications. Il refuse. Dès lors, 100 ouvrières et 40 manœuvres quittent l’usine. Elles vont voir Daniel Le Flanchec, maire de la ville, qui, furieux, se rend à l’usine Carnaud rencontrer Jean Griffon, le directeur, en personne ! Pendant ce temps, un comité d’ouvrières s’organise rapidement pour commencer à répandre la fièvre de la grève. </p>



<p>Le 23 novembre, les ouvrières marchent dans la ville jusqu’au crépuscule. Embryonnaire et désorganisé, le mouvement n’est pas encore assez massif. Désormais, le mot d’ordre est de convaincre les Douarnenistes de la justesse de leur cause. De Ploaré à Pouldavid, les sardinières battent le pavé jusqu’au 25 novembre, jour où toutes les usines de la ville débrayent. Il y a dès lors 1566 ouvrières et 500 ouvriers en grève dans la ville rouge. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La grève s’organise</h2>



<p>Ce qui fut la force de cette grève, ce qui lui donna la possibilité de la victoire, c’est son organisation ! Rapidement après le débrayage, Charles Tillon, responsable de la CGTU Bretagne (la Confédération générale du travail unitaire), arrive à Douarnenez. Puis, c’est autour de Lucie Colliard, responsable du travail des femmes à la CGTU, de poser ses valises à Douarnenez. Habitué·es des luttes et des grèves, “l’institutrice de Bogève” et l’ancien mutin bagnard vont aider les sardinières à s’organiser, à se former et à construire leurs revendications. </p>



<p>Charles Tillon propose alors la mise en place d’une crèche provisoire pour garder les enfants afin que les ouvrières, responsables du foyer, puissent aller manifester ou se retrouver aux halles, afin de construire la “révolution douarneniste”. </p>



<p>Lucie Colliard, quant à elle, les aide à construire leurs revendications. Elle les incite à ne pas demander 1 franc de l’heure mais 1 franc 25 ! Cette exigence deviendra même le slogan de la grève “Pemp real a vo”, soit “5 sous nous aurons”. Elle les pousse aussi à porter d’autres revendications : le respect de la journée de 8h et la rémunération des heures de nuit et des heures supplémentaires deviennent non négociables. Lucie Colliard tente également d’apporter des vues féministes à la grève des Penn Sardins en leur parlant d’égalité salariale et en critiquant l’injonction faite aux femmes à la maternité. Ces deux revendications ne furent finalement pas portées par les sardinières</p>



<p>Suite à l’arrivée de ces deux allié·es, la grève s’organise. Une répartition des tâches est mise en place pour éviter que certaines ne retournent à l’usine, notamment les indécises et les plus pauvres. Dans cette organisation, il y a celles qui entretiennent la flamme de la grève en continuant de convaincre. Il y a celles qui vont chercher de quoi faire la soupe populaire &#8211; au plus fort de la grève ce sont 500 repas servis midi et soir. Et il y a celles qui cuisinent. Chaque jour, les grévistes se réunissent dans la mairie pour recevoir les cotisations syndicales puis, dans l’après-midi, c’est l’heure du cortège !</p>



<p>Les réseaux de solidarité gagnent du terrain pour permettre aux ouvrières de tenir. A Noël, les marins repartent en mer non pas pour les patrons mais pour nourrir la grève. Charles Tillon et Lucie Colliard font le tour des ports et des champs pour récolter des dons. Daniel Le Flanchec revient d’un meeting du Parti communiste au Pré-Saint-Gervais avec 7500 francs pour la grève. Un bal solidaire est organisé à La Bellevilloise à Paris, coopérative fondée au lendemain de la Commune, et récolte 3000 francs. Le gouvernement vote même une subvention pour que les grévistes reçoivent des vêtements !</p>



<p>Dans cette effervescence de la lutte, les sardinières se forment politiquement. Les idées communistes se propagent : le partage des richesses, le capital, les idées de Marx. Ainsi lorsque les patrons acceptent enfin de négocier, les déléguées syndicales sont solides sur leurs appuis. Lorsque certaines de leurs revendications sont refusées, notamment le doublement du paiement des heures de nuit, elles quittent les négociations sans se retourner. Pendant ces mois de grève, les sardinières ont appris le rapport de force : elles ne céderont pas ! Pendant ce temps, la pêche est vendue ailleurs qu’à Douarnenez et les femmes grévistes ne reprennent pas le travail. Les patrons acceptent finalement une nouvelle négociation qui aboutit à la victoire des sardinières : leur salaire est augmenté à 1 francs 25, la loi des 8h est appliquée, les heures d’attente du poisson sont payées, le travail de nuit et les heures supplémentaires sont majorées. </p>



<p>Grâce à cette organisation, à la formation des Penn Sardins et à leur volonté, elles gagnent la grève et obtiennent satisfaction de toutes leurs revendications. C’est la victoire des sardinières !<sup data-fn="e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173" class="fn"><a id="e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173-link" href="#e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173">3</a></sup> </p>



<h2 class="wp-block-heading">Grève sociale ou grève féministe ? </h2>



<p>Les sardinières ont gagné. Leurs revendications sont toutes acceptées mais une question reste en suspens. Est-ce que cette grève de femmes peut être considérée comme une grève féministe ? L’omniprésence de femmes dans cette lutte peut nous faire penser que oui. </p>



<p>Or, en 1924, il existe une division sexuée et spatiale du travail à Douarnenez. Autrement dit, les hommes pêchent et les femmes travaillent dans les usines. La grève des sardinières est une grève de femmes car il n’y a presque que des femmes qui travaillent à l’usine. C’est donc un combat social porté par des femmes. </p>



<p>Par ailleurs, aucun élément que ce soit dans les tracts, les affiches, les chansons ou les articles de l’époque ne pose cette grève d’un point de vue des droits des femmes<sup data-fn="61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c" class="fn"><a id="61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c-link" href="#61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c">4</a></sup>. Lucie Colliard tente en arrivant à Douarnenez de porter des revendications féministes d’égalité salariale et de rejet de l’injonction à la maternité mais elles ne seront pas portées par les sardinières. A la fin de cette grève, les femmes seront mieux payées mais toujours moins que les hommes. </p>



<p>La grève des sardinières de Douarnenez ne peut pas réellement être qualifiée de féministe car elle n’en portait ni la prétention ni les revendications. Elle est, cependant, une grève de classe où les ouvrier·ères instaurent un rapport de force face aux patrons qui capitalisent sur leur dos. Soyons vigilant·es à ne pas accoler des visions présentistes à des éléments du passé pour servir des intérêts actuels. C’est une grève de classe victorieuse mais les perspectives féministes sont encore à venir. Malgré tout, la grève des sardinières nous inspire car elle est le témoignage de la force de la solidarité, de la formation politique et de la prise de confiance pour gagner une lutte. C’est un exemple d’organisation de la grève au service, notamment, de femmes qui luttent. Nous ne pouvons que suivre cet exemple pour mener nos luttes actuelles et futures. </p>



<p>Une revendication salariale fut à l’origine de la première grève des Penn Sardin, 20 ans auparavant. En 1905, les ouvrières demandaient à être payées à l’heure et plus au mille de sardines. Être payées au nombre de sardines travaillées permettait aux patrons de gagner plus d’argent sur leur dos. Comme le disait Angelina Godinec, porte-parole de cette grève, : “Avec le travail sur pièce, nous sommes toujours volées”. Suite à cette première mobilisation, les ouvrières gagnent des droits : elles sont désormais payées à l’heure, un syndicat composé exclusivement de femmes et une caisse de prévoyance et de secours sont créés. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Maria Martin (Rennes)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f">Port-musée de Douarnenez, L’espace conserverie, Douarnenez, 2024.  <a href="#f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f">Anne CRAIGNON, Une belle grève de femmes. Les Penn sardin, Douarnenez, 1924, Condé-en-Normandie, 2023.  <a href="#c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173">Claude MICHEL, “Penn Sardin”, Concarneau, 2005. <a href="#e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c">Aurélie FONTAINE, Entretien avec Fanny Bugnon, historienne, sur la grève des sardinières à Douarnenez [podcast]. Breton·nes et féministes, 2021, 20min01. Disponible sur : &lt;https://bretonnesetfeministes.lepodcast.fr/entretien-avec-fanny-bugnon-historienne-sur-la-greve-des-sardinieres-a-douarnenez> (20/05/2024) <a href="#61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Stratégies pour la libération : anciens et nouveaux arguments de la gauche palestinienne</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/strategies-pour-la-liberation-anciens-et-nouveaux-arguments-de-la-gauche-palestinienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Anouk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Sep 2024 12:08:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Article traduit de l&#8217;anglais depuis : Strategies for liberation: old and new arguments in the Palestinian left • International Socialism (isj.org.uk). Après plus de 8 mois de génocide israélien à Gaza, la résistance palestinienne tient <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/strategies-pour-la-liberation-anciens-et-nouveaux-arguments-de-la-gauche-palestinienne/" title="Stratégies pour la libération : anciens et nouveaux arguments de la gauche palestinienne">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Article traduit de l&rsquo;anglais depuis : <a href="https://isj.org.uk/strategies-for-liberation-old-and-new-arguments-in-the-palestinian-left/">Strategies for liberation: old and new arguments in the Palestinian left • International Socialism (isj.org.uk)</a>.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Après plus de 8 mois de génocide israélien à Gaza, la résistance palestinienne tient toujours bon.<sup data-fn="f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c" class="fn"><a id="f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c-link" href="#f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c">1</a></sup> Aujourd&rsquo;hui, cette résistance est dominée par des organisations islamistes. La principale force militaire et politique dans la bande de Gaza (et de plus en plus, depuis l&rsquo;offensive du 7 octobre, en dehors de Gaza) est le mouvement islamiste Hamas.<sup data-fn="701bea1b-992e-4139-84c7-e8cfee1d96e4" class="fn"><a id="701bea1b-992e-4139-84c7-e8cfee1d96e4-link" href="#701bea1b-992e-4139-84c7-e8cfee1d96e4">2</a></sup> Les opérations militaires de sa branche armée, les Brigades Izz ad-Din al-Qassam, sont souvent menées en collaboration avec le deuxième groupe politique le plus important, le Jihad islamique palestinien.<sup data-fn="a4e9b7cd-03f1-4991-8b39-5b221ac6bfb9" class="fn"><a id="a4e9b7cd-03f1-4991-8b39-5b221ac6bfb9-link" href="#a4e9b7cd-03f1-4991-8b39-5b221ac6bfb9">3</a></sup> Bien que des organisations de gauche telles que le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) soient membres de la Salle commune des factions de la résistance palestinienne &#8211; formée en 2018 pour coordonner la lutte armée à Gaza &#8211; l&rsquo;influence militaire et politique des courants historiques de la gauche palestinienne est marginale à l&rsquo;heure actuelle.</p>



<p>Toutefois, cela n&rsquo;a pas toujours été le cas. Dans les années 1970 et 1980, le FPLP, le plus important parti politique palestinien qui se définissait comme marxiste-léniniste, était à la fois célèbre et tristement célèbre dans le monde entier en raison de ses opérations militantes. L&rsquo;organisation publiait un journal hebdomadaire en langue arabe, <em>Al-Hadaf</em> (La Cible), ainsi qu&rsquo;une publication mensuelle en langue anglaise, <em>PFLP Bulletin</em>. </p>



<p>Ces deux publications contenaient des analyses et de la théorie politique et traitaient des affaires internationales, des questions sociales et de culture. Le nombre de membres du FPLP était estimé à environ 5 000 pour la seule Jordanie, et près de la moitié d&rsquo;entre eux étaient des combattants armés.<sup data-fn="367cf7ff-279c-4eb1-af42-8b0cdd97d084" class="fn"><a id="367cf7ff-279c-4eb1-af42-8b0cdd97d084-link" href="#367cf7ff-279c-4eb1-af42-8b0cdd97d084">4</a></sup> L&rsquo;organisation gérait des hôpitaux, des écoles, des crèches et d&rsquo;autres services en Jordanie et au Liban. En effet, mon père et des dizaines de milliers d&rsquo;autres Palestiniens à Gaza et au-delà sympathisaient avec les factions de gauche laïques au sein de l&rsquo;Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui servait de groupe de coordination pour les factions palestiniennes. Ces groupes de gauche entretenaient des liens étroits avec la diaspora palestinienne, les partis communistes et les organisations politiques du monde entier.</p>



<p>Dans cet article, je soutiens que les raisons du déclin des organisations historiques de la gauche palestinienne résident principalement dans la priorité accordée aux stratégies militaires, qui les a rendues dépendantes des structures de l&rsquo;OLP. La concurrence bureaucratique entre les factions de l&rsquo;OLP pour le financement et le soutien des régimes de la région a réduit l&rsquo;espace d&rsquo;organisation susceptible de libérer l&rsquo;énergie créatrice des gens ordinaires par la lutte par en bas. La domination des conceptions staliniennes d&rsquo;une révolution par « étapes », où la lutte nationale prendrait toujours le pas sur la lutte pour la libération sociale de l&rsquo;exploitation et de l&rsquo;oppression, a étouffé la dynamique révolutionnaire de la lutte palestinienne.</p>



<p>Aujourd&rsquo;hui, les questions de stratégie sont revenues à la surface en raison des révolutions et contre-révolutions arabes depuis 2011, de l&rsquo;escalade militaire dramatique au Moyen-Orient depuis l&rsquo;offensive menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, de la réponse brutale d&rsquo;Israël et des échos de tout cela dans le mouvement croissant de solidarité avec la Palestine dans les pays occidentaux. Une nouvelle gauche palestinienne se développe, en particulier dans la diaspora, avec des formations telles que le Palestinian Youth Movement qui joue un rôle dans la formation de courants radicaux dans le mouvement de solidarité.</p>



<p>Pour les socialistes révolutionnaires, les Palestiniens ont toujours eu &#8211; et continuent d&rsquo;avoir &#8211; le droit de résister, par tous les moyens nécessaires, à la colonie sioniste soutenue par l&rsquo;impérialisme qui occupe leur terre et les opprime. Ils doivent bénéficier de notre soutien inconditionnel lorsqu&rsquo;ils luttent pour la liberté. Cependant, notre solidarité avec la lutte d&rsquo;un peuple opprimé n’empêche pas la nécessité d&rsquo;une critique des tactiques et des stratégies employées par les organisations palestiniennes.<sup data-fn="e1f8767a-d22d-4e3c-a789-cf81424367e8" class="fn"><a id="e1f8767a-d22d-4e3c-a789-cf81424367e8-link" href="#e1f8767a-d22d-4e3c-a789-cf81424367e8">5</a></sup> Revisiter l&rsquo;histoire et les débats controversés au sein de la gauche palestinienne peut constituer une ressource vitale, nous aidant à comprendre les leçons du passé et à développer une stratégie de libération du colonialisme sioniste aujourd&rsquo;hui.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Origines de la gauche palestinienne</h3>



<p>Dans les années 1950, une nouvelle sorte de nationalisme arabe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a vu sa popularité exploser. Cette idéologie considérait les Arabes comme un seul peuple (« qawm » en arabe) qui avait été divisé par les frontières artificiellement imposées à l&rsquo;époque coloniale. En 1952 et 1958, respectivement, de jeunes officiers militaires égyptiens et irakiens ont renversé leurs monarchies soutenues par les Britanniques, et le dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser s&rsquo;est imposé comme le champion du nationalisme arabe. Nasser a lancé un défi politique et économique aux anciennes puissances impérialistes, la Grande-Bretagne et la France, en nationalisant le canal de Suez en 1956. Ces développements ont alimenté l&rsquo;idée que l&rsquo;« unité arabe » pouvait être créée par l&rsquo;action de nationalistes radicaux à la tête de l&rsquo;État. En 1958, l&rsquo;Égypte et la Syrie ont accepté la première grande fusion d&rsquo;États arabes, la République arabe unie. La libération de la Palestine a été présentée comme une cause centrale du nationalisme arabe, de nombreux Palestiniens attendant de Nasser qu&rsquo;il s&rsquo;oppose à Israël.<sup data-fn="53b39bf8-2b55-43e7-814f-47575f46a60b" class="fn"><a id="53b39bf8-2b55-43e7-814f-47575f46a60b-link" href="#53b39bf8-2b55-43e7-814f-47575f46a60b">6</a></sup></p>



<p>La gauche palestinienne est née d&rsquo;une double crise de ce nationalisme arabe. Le premier moment de crise s&rsquo;est produit en 1961, lorsque l&rsquo;État syrien s&rsquo;est séparé de la République arabe unie, qui avait été créée trois ans auparavant. Le second moment de crise, plus grave, s&rsquo;est déroulé avec la défaite dévastatrice des armées arabes face à Israël lors de la guerre des Six Jours en 1967. L&rsquo;échec militaire de l&rsquo;Égypte, de la Jordanie et de la Syrie a remis en question la doctrine selon laquelle l&rsquo;unité arabe libérerait la Palestine. C&rsquo;est à ce moment-là que les idéologies nationalistes de gauche, qualifiées de « marxistes », ont commencé à concurrencer le nassérisme au sein du Mouvement nationaliste arabe (MNA), une organisation panarabe fondée par un groupe d&rsquo;étudiants palestiniens de l&rsquo;Université américaine de Beyrouth à la suite de la Nakba (« catastrophe ») &#8211; l&rsquo;expulsion forcée de quelque 750 000 personnes par l&rsquo;État d&rsquo;Israël nouvellement créé, en 1948.</p>



<p>Selon le sociologue palestinien Jamil Hilal, les critiques de gauche du nassérisme se tournaient vers « tout ce qui était disponible sur le marché ».<sup data-fn="c66374e7-ec69-49be-bb47-871fb03b310a" class="fn"><a id="c66374e7-ec69-49be-bb47-871fb03b310a-link" href="#c66374e7-ec69-49be-bb47-871fb03b310a">7</a></sup> Les idéologies les plus populaires sur le « marché » de l&rsquo;époque étaient celles qui dominaient les luttes de libération nationale en Algérie et au Viêt Nam, pour lesquelles de nombreux Palestiniens avaient un grand respect. Les textes des figures de proue des luttes anticoloniales, telles que Mao Zedong, Che Guevara et Ho Chi Minh, étaient largement lus et discutés. Dans ce contexte, la théorie stalinienne des étapes a gagné en influence dans la gauche palestinienne. Selon cette théorie, le rôle des communistes dans les luttes de libération nationale était de soutenir le projet de la classe capitaliste indigène de construire un État-nation et d&rsquo;éviter soigneusement de risquer la rupture des alliances avec les capitalistes en s&rsquo;abstenant de promouvoir une révolution sociale contre le capitalisme. L&rsquo;indépendance nationale devait être atteinte avant que le socialisme puisse être mis à l&rsquo;ordre du jour ; une première étape, la révolution bourgeoise, devait être achevée avant qu&rsquo;une deuxième étape, la révolution socialiste, ne puisse être entamée.</p>



<p>Parmi les personnes intéressées par ce modèle de libération nationale se trouvaient deux fondateurs du MNA : George Habash, un Palestinien ayant vécu le nettoyage ethnique à Lydda pendant la Nakba, et Wadie Haddad, qui avait été expulsé de Safad en 1948. Tous deux étaient de jeunes médecins panarabistes et dirigeaient ensemble une clinique médicale à Amman, en Jordanie. Ils ont contribué à transformer la section palestinienne du MNA en FPLP, en fusionnant avec le Front de libération de la Palestine et d&rsquo;autres groupes de « fedayins ».<sup data-fn="ab42f80a-9742-4417-84f2-6a1a45507b96" class="fn"><a id="ab42f80a-9742-4417-84f2-6a1a45507b96-link" href="#ab42f80a-9742-4417-84f2-6a1a45507b96">8</a></sup></p>



<p>L&rsquo;OLP, en revanche, a d&rsquo;abord été créée comme un produit et un outil de Nasser dans un contexte de rivalités régionales en 1964. Toutefois, la situation a changé avec la défaite militaire de Nasser lors de la guerre des six jours et l&rsquo;opération de guérilla étonnamment réussie contre l&rsquo;armée israélienne en Jordanie lors de la bataille de Karameh par le Fatah, un groupe de guérilla palestinien.<sup data-fn="45996198-1c09-4b8d-9e2b-dde57763e6d0" class="fn"><a id="45996198-1c09-4b8d-9e2b-dde57763e6d0-link" href="#45996198-1c09-4b8d-9e2b-dde57763e6d0">9</a></sup> Le Fatah a ensuite pris le contrôle de l&rsquo;OLP, l&rsquo;a transformée en un mouvement de masse et l&rsquo;a rendu plus indépendante du Caire. Les nouveaux groupes de gauche, dont les dirigeants avaient auparavant rejeté l&rsquo;OLP, l&rsquo;ont rejointe.</p>



<p>Par conséquent, l&rsquo;OLP de cette période se composait d&rsquo;une série de factions de résistance armée à l&rsquo;idéologie laïque. Le Fatah était la plus importante et existait depuis les années 1950, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait commencé ses opérations militaires qu&rsquo;en 1965. Sa politique était fondée sur une forme de nationalisme « watani » qui défendait une identité nationale palestinienne partagée, distincte du projet nationaliste panarabe « qawmi ».<sup data-fn="1c391afa-f210-4922-978e-820ec3a1532b" class="fn"><a id="1c391afa-f210-4922-978e-820ec3a1532b-link" href="#1c391afa-f210-4922-978e-820ec3a1532b">10</a></sup> Le nationalisme du Fatah visait à représenter toutes les classes sociales palestiniennes, ce qui plaisait à la classe capitaliste palestinienne, qui avait besoin d&rsquo;un mouvement de masse pour mener sa lutte en faveur de la création d&rsquo;un État-nation palestinien, mais qui cherchait également à éviter de mettre en péril ses alliances avec les États capitalistes arabes existants. Le Fatah est devenu le parti de la bourgeoisie palestinienne. Les figures de proue du Fatah, ainsi que ses concurrents de gauche au sein de la nouvelle OLP, sont issues de la classe moyenne et de l&rsquo;intelligentsia palestiniennes exilées dans les États arabes.</p>



<p>Le Fatah a tenté de se lier à une politique de non-ingérence dans les affaires des États arabes, rejetant l&rsquo;idée de s&rsquo;impliquer dans les luttes politiques au sein d&rsquo;autres pays arabes.  En revanche, le FPLP considérait l&rsquo;ingérence comme essentielle. Cependant, il n&rsquo;a pas réussi à rompre totalement avec son passé panarabiste et son concept d&rsquo;ingérence ne visait pas les révolutions ouvrières et la destruction des machines d&rsquo;État capitalistes. Les conceptions idéologiques et organisationnelles du FPLP suivaient l&rsquo;exemple des mouvements de libération nationale du tiers-monde, dont les intellectuels radicaux s&rsquo;orientaient vers les modèles chinois et soviétiques de capitalisme d&rsquo;État comme méthode de création de la croissance économique et de l&rsquo;indépendance. L&rsquo;organisation a continué à considérer que la libération nationale nécessitait le soutien des gouvernements arabes à la résistance palestinienne. C&rsquo;est ce que Habash, le premier secrétaire général du FPLP, entendait lorsqu&rsquo;il reprenait le slogan panarabiste initialement formulé par le président de l&rsquo;OLP, Ahmad Shukeiri : « La route vers la Palestine passe par Amman, par Beyrouth, par Le Caire et par Riyad ».<sup data-fn="91cc95f7-5f66-4e79-a307-a71173a58365" class="fn"><a id="91cc95f7-5f66-4e79-a307-a71173a58365-link" href="#91cc95f7-5f66-4e79-a307-a71173a58365">11</a></sup> Lorsque les socialistes révolutionnaires reprennent le même slogan, il est investi d&rsquo;une signification très différente, à savoir que les luttes révolutionnaires des travailleurs et des populations appauvries dans les pays entourant la Palestine sont essentielles à la victoire de la révolution palestinienne.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le prix de la dépendance</h3>



<p>L&rsquo;OLP utilisait des tactiques de la guerre asymétrique pour affronter son puissant ennemi israélien. Cependant, les risques étaient énormes pour ceux qui menaient la lutte dévouée (et souvent nécessairement clandestine) de la résistance souterraine contre un ennemi militairement supérieur. Avec la victoire d&rsquo;Israël sur le nationalisme arabe lors de la guerre des six jours, l&rsquo;État colonisateur est devenu le chien de garde de l&rsquo;impérialisme américain dans la région. Les dirigeants politiques palestiniens risquaient d&rsquo;être assassinés ou emprisonnés à l&rsquo;intérieur et à l&rsquo;extérieur de la Palestine, et leurs organisations furent criminalisées par Israël et l&rsquo;Occident.</p>



<p>Après sa rupture avec Nasser, l&rsquo;OLP a accepté le soutien de nouveaux acteurs étatiques, allant des monarchies du Golfe à l&rsquo;Algérie postcoloniale, en passant par le Viêt Nam et Cuba. L&rsquo;organisation a tenté de prospérer financièrement, militairement et diplomatiquement en s&rsquo;appuyant sur la rivalité inter-impérialiste entre Washington et Moscou pendant la guerre froide, ainsi que sur les rivalités régionales entre les régimes arabes.</p>



<p>L&rsquo;aile gauche de l&rsquo;OLP n&rsquo;a pas fait exception à la règle du parrainage extérieur par des acteurs étatiques. Omar Mostafa note :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>[Bien] qu&rsquo;il ait rejeté, à juste titre, l&rsquo;idée que certains régimes arabes étaient socialistes, le FPLP a fait une fausse distinction entre les régimes réactionnaires qui s&rsquo;accommodaient de l&rsquo;impérialisme et les régimes nationalistes progressistes qui étaient obligés de lutter contre lui. Sur la base de cette distinction, le FPLP s&rsquo;est allié à un certain nombre de gouvernements arabes répressifs, tels que le régime baasiste en Irak et le régime d&rsquo;Assad en Syrie.<sup data-fn="8041cc3c-8e06-4aec-82fc-12ffd726f933" class="fn"><a id="8041cc3c-8e06-4aec-82fc-12ffd726f933-link" href="#8041cc3c-8e06-4aec-82fc-12ffd726f933">12</a></sup></p>
</blockquote>



<p>Le FPLP était la plus grande faction de l&rsquo;OLP à gauche du Fatah, mais il n&rsquo;était pas le seul. A l&rsquo;origine, le Front populaire démocratique pour la libération de la Palestine a été formé après une scission de gauche par d&rsquo;anciens membres du MNA et du FPLP, s&rsquo;organisant en tant qu&rsquo;« aile progressiste » autour du magazine Al-Hurriyya (« Liberté »). En 1969, il fait sécession du FPLP sur la base d&rsquo;un rejet de la théorie différenciant les États arabes réactionnaires et progressistes, et l&rsquo;organisation adopte officiellement le nom de Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) en 1975. Ses critiques à l&rsquo;égard du FPLP remettaient également en question son approche militaire, plaidant initialement pour une transition vers une véritable « guerre populaire » de libération en suscitant « une conscience politique fondamentale » parmi les masses.<sup data-fn="99423c96-8a8a-4792-951f-5da1c3b7568f" class="fn"><a id="99423c96-8a8a-4792-951f-5da1c3b7568f-link" href="#99423c96-8a8a-4792-951f-5da1c3b7568f">13</a></sup> Cependant, le FDLP n&rsquo;a pas réussi à rester financièrement indépendant des régimes arabes qu&rsquo;il rejetait théoriquement. Mamdouh Nofal, ancien trésorier du FDLP, a affirmé dans une interview à Al Jazeera que « le FDLP a reçu 1 million de dollars par mois de la Libye, le FPLP plus d&rsquo;un million de dollars, et le commandement général [du FPLP] 1,5 million de dollars au cours de la période allant de 1978 à 1980 ».<sup data-fn="54068aaf-1f80-4465-9ef5-af9b0322bb3a" class="fn"><a id="54068aaf-1f80-4465-9ef5-af9b0322bb3a-link" href="#54068aaf-1f80-4465-9ef5-af9b0322bb3a">14</a></sup></p>



<p>Bien que le FDLP ait commencé par être une scission de gauche du FPLP, rejetant la théorie des « régimes arabes progressistes » tout en s&rsquo;accrochant à d&rsquo;autres faiblesses telles que la théorie des étapes, il a opéré un brusque virage à droite à la suite de la crise à laquelle l&rsquo;OLP a été confrontée en Jordanie en 1970, lorsque la monarchie jordanienne a mené une guerre civile brutale contre elle. En 1973, quelques années seulement après avoir évoqué son intention de former des soviets, le FDLP a lancé un programme intitulé « Politique des phases », qui plaidait en faveur d&rsquo;une « autorité nationale combattante indépendante », c&rsquo;est-à-dire d&rsquo;un mini-État palestinien à Gaza et en Cisjordanie. L&rsquo;année suivante, lors du Conseil national palestinien, ce précurseur de la « solution à deux États » a été adopté par le chef du Fatah et de l&rsquo;OLP, Yasser Arafat.</p>



<p>Les reculs politiques du FDLP et du Fatah sur cette question étaient des réactions tragiques et erronées à la grave défaite infligée au mouvement national palestinien par les événements de Jordanie en 1970. La position des Etats de la région à l&rsquo;égard du mouvement national palestinien est restée contradictoire. L&rsquo;Arabie saoudite et le Koweït prétendaient soutenir l&rsquo;OLP, mais ils subventionnaient simultanément la monarchie jordanienne qui commençait à intensifier ses attaques contre les organisations palestiniennes.<sup data-fn="d30074de-958f-41b1-96f9-ec0835800150" class="fn"><a id="d30074de-958f-41b1-96f9-ec0835800150-link" href="#d30074de-958f-41b1-96f9-ec0835800150">15</a></sup> Malgré les signes d&rsquo;instabilité du régime jordanien et les appels des partis palestiniens de gauche en Jordanie à mettre fin au règne réactionnaire du roi Hussein, aucune de ces organisations ne s&rsquo;est sérieusement préparée à l&rsquo;éventualité d&rsquo;un soulèvement révolutionnaire contre la monarchie en 1969-70. La mobilisation de milliers de Palestiniens et de Jordaniens dans un mouvement de masse contre la monarchie aurait pu prévenir la menace imminente de l&rsquo;expulsion des guérilleros palestiniens de Jordanie et ouvrir la voie à la libération de la Palestine. Pourtant, au lieu de s&rsquo;ancrer dans la classe ouvrière palestinienne et jordanienne, le FPLP s&rsquo;est concentré sur le détournement d&rsquo;avions, prenant le contrôle d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;avions de ligne occidentaux et les faisant atterrir en Jordanie en septembre 1970.</p>



<p>Lorsque le régime jordanien a lancé sa répression contre l&rsquo;OLP, la justifiant comme une réaction aux détournements d’avions, aucune des forces palestiniennes n&rsquo;était prête. Toujours soucieux de ne pas froisser leurs confrères de la classe dirigeante arabe, les dirigeants du Fatah ont accepté des trêves au milieu des bombardements, ce qui a simplement permis au roi Hussein de renforcer la discipline au sein de son armée. Il n&rsquo;y a eu aucune tentative sérieuse de tourner les rangs de l&rsquo;armée contre ses dirigeants impopulaires. Après des mois de va-et-vient, la guérilla palestinienne a été vaincue et chassée de Jordanie lors de ce qu’on appelle depuis « Septembre noir ».<sup data-fn="2a4c3043-c8bb-45b8-a8b1-7acf02c67b57" class="fn"><a id="2a4c3043-c8bb-45b8-a8b1-7acf02c67b57-link" href="#2a4c3043-c8bb-45b8-a8b1-7acf02c67b57">16</a></sup> Les dirigeants arabes prétendument plus « radicaux » ne sont pas venus en aide aux Palestiniens. Chris Harman, relatant le bombardement jordanien de la résistance palestinienne, a déclaré : « Pendant ce temps, Nasser, longtemps autoproclamé “leader de la révolution arabe”, se tient à l&rsquo;écart en espérant que le roi gagnera ».<sup data-fn="c47c0eb5-9b69-4f29-acd0-f48ebebadb70" class="fn"><a id="c47c0eb5-9b69-4f29-acd0-f48ebebadb70-link" href="#c47c0eb5-9b69-4f29-acd0-f48ebebadb70">17</a></sup> Hafez al-Assad, le dictateur Syrien, adopta la même position et resta passif.</p>



<p>Malgré le soutien diplomatique et militaire de Staline à la création de l&rsquo;État d&rsquo;Israël, l&rsquo;Union soviétique devint une référence clé pour l&rsquo;OLP. En 1970, l&rsquo;Union soviétique fournit non seulement de l&rsquo;argent et des informations, mais aussi des formations militaires, des lance-roquettes, des mines et des missiles. Les armes étaient en particulier acheminées vers les combattants du FPLP. L&rsquo;attrait du FPLP pour l’Union Soviétique ne se limita pas à la réception de prestations matérielles ; il impliqua aussi l&rsquo;adoption de concepts organisationnels comme un comité central fondé sur l&rsquo;interprétation stalinienne du « centralisme démocratique ». Dans la pratique, ce modèle d&rsquo;organisation stalinien équivalait à un centralisme bureaucratique et sapait la démocratie interne.</p>



<p>En effet, l&rsquo;Union soviétique visait à transformer les organisations qui lui étaient liées en instruments loyaux de ses propres objectifs de politique étrangère. Un rapport des services secrets soviétiques expose ouvertement les intentions qui sous-tendent le soutien à la guérilla du FPLP : « La nature de nos relations avec Haddad nous permet d&rsquo;exercer un certain contrôle sur les activités de la section des opérations extérieures du FPLP [ce qui nous permet] d&rsquo;exercer une influence favorable à l&rsquo;Union soviétique &#8211; et aussi d&rsquo;atteindre certains de nos propres objectifs par le biais des activités du FPLP tout en observant le secret nécessaire ».<sup data-fn="5e1a3575-289b-4e63-89d6-cea46f89dc7f" class="fn"><a id="5e1a3575-289b-4e63-89d6-cea46f89dc7f-link" href="#5e1a3575-289b-4e63-89d6-cea46f89dc7f">18</a></sup> La dépendance à l&rsquo;égard de l&rsquo;Union soviétique signifiait au moins un certain degré d&rsquo;obéissance à ses instructions et à ses impératifs idéologiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les limites d&rsquo;une stratégie militaire de libération nationale</h3>



<p>S&rsquo;inspirant du guévarisme, les forces de gauche au sein de l&rsquo;OLP mettaient l&rsquo;accent sur la lutte armée et le volontarisme révolutionnaire. Leila Khaled, cadre du FPLP et l&rsquo;une des pirates de l&rsquo;air de septembre 1970, a repris dans son autobiographie les célèbres paroles de Guevara sur la tâche des révolutionnaires : « Nous agissons en tant que révolutionnaires pour inspirer les masses et déclencher le bouleversement révolutionnaire à une époque de contre-révolution ».<sup data-fn="b7984ea4-e670-4b2d-8117-1e216433bcc1" class="fn"><a id="b7984ea4-e670-4b2d-8117-1e216433bcc1-link" href="#b7984ea4-e670-4b2d-8117-1e216433bcc1">19</a></sup> L&rsquo;idée exprimée ici est que la volonté révolutionnaire des individus peut transformer une phase contre-révolutionnaire en une phase révolutionnaire. La résistance armée était considérée comme le moyen de parvenir à la révolution. Khaled imagine une stratégie de libération de la Palestine basée sur l&rsquo;exemple de la lutte armée dans d&rsquo;autres contextes coloniaux : « Nous devons apprendre à imiter nos frères algériens ». De même, le FPLP affirmait que le Front de libération nationale vietnamien « a prouvé que ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec une formule » de guérilla populaire que « nous sommes capables de faire face à l&rsquo;impérialisme et à sa supériorité technologique, économique et militaire ».<sup data-fn="12e608f1-322a-4496-a6d1-f985a9152a80" class="fn"><a id="12e608f1-322a-4496-a6d1-f985a9152a80-link" href="#12e608f1-322a-4496-a6d1-f985a9152a80">20</a></sup></p>



<p>De nombreuses forces au sein de la gauche palestinienne ont rejeté à juste titre la logique du Fatah de fausse diplomatie, de concessions politiques et de cycles de négociations infructueux avec la puissance coloniale israélienne. Ghassan Kanafani, romancier et membre éminent du FPLP, a décrit ces pourparlers inégaux comme une « conversation entre l&rsquo;épée et le cou ».<sup data-fn="5dedef0c-81b4-4056-8c97-00b8f41fc84c" class="fn"><a id="5dedef0c-81b4-4056-8c97-00b8f41fc84c-link" href="#5dedef0c-81b4-4056-8c97-00b8f41fc84c">21</a></sup> Toutefois, comme Jabra Nicola, un important socialiste révolutionnaire palestinien, l&rsquo;a fait remarquer à juste titre, l&rsquo;accent mis presque exclusivement sur une stratégie militaire signifiait que les critiques de gauche du Fatah s&rsquo;abstenaient de s&rsquo;impliquer dans les luttes d&rsquo;en bas menées par les organisations palestiniennes de base.<sup data-fn="182cc3da-041e-4122-8c7b-36f79046b7fa" class="fn"><a id="182cc3da-041e-4122-8c7b-36f79046b7fa-link" href="#182cc3da-041e-4122-8c7b-36f79046b7fa">22</a></sup> La résistance armée s&rsquo;est substituée au projet de participation des masses au processus d&rsquo;émancipation nationale. Dans un article intitulé « Thèses sur la révolution dans l&rsquo;Orient arabe », Jabra, écrivant sous le pseudonyme de « A Said », résume sa compréhension des « raisons de la défaite palestinienne » :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>1. L&rsquo;incapacité des dirigeants à reconnaître, en théorie et en pratique, la portée régionale (tout l&rsquo;Orient arabe) de la révolution ; la séparation de la lutte pour la « libération de la Palestine » de la lutte contre tous les régimes arabes pour une révolution socialiste prolétarienne dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Orient arabe, qui seule peut vaincre l&rsquo;impérialisme et l’Etat sioniste d’Israël.</p>



<p>2. L&rsquo;adoption de la théorie de la « révolution par étapes » et de la théorie des « contradictions primaires et secondaires », subordonnant la lutte des classes pendant « une certaine période » à l&rsquo;« unité nationale », et considérant ainsi les régimes arabes et les classes dirigeantes arabes comme des alliés dans la lutte contre l&rsquo;impérialisme et la lutte contre Israël, et non comme des ennemis de classe contre lesquels il faut lutter et qu&rsquo;il faut renverser.</p>



<p>3. Son acceptation de la théorie du « focus », qui met presque exclusivement l&rsquo;accent sur l&rsquo;aspect militaire de la lutte, et son refus de reconnaître la nécessité d&rsquo;une organisation d&rsquo;avant-garde révolutionnaire panarabe et [la nécessité de] subordonner les opérations militaires à la stratégie politique et à la direction politique. Ainsi, il n&rsquo;a fait aucun effort pour politiser les masses dans les différents pays arabes et les mobiliser pour une lutte révolutionnaire, non seulement pour la « libération de la Palestine », mais pour la libération de tout l&rsquo;Orient arabe de la domination impérialiste et des dirigeants et régimes arabes à travers lesquels [l&rsquo;impérialisme] domine. Son insistance sur la séparation de la lutte palestinienne de la lutte locale dans les pays arabes l&rsquo;a conduit à adopter une telle politique vis-à-vis des masses arabes qu&rsquo;elle a même démoralisé et contrarié les masses jordaniennes et libanaises au sein desquelles elle agissait et avait sa base.<sup data-fn="184e0258-52bf-4de9-934f-86844f9bcf48" class="fn"><a id="184e0258-52bf-4de9-934f-86844f9bcf48-link" href="#184e0258-52bf-4de9-934f-86844f9bcf48">23</a></sup></p>
</blockquote>



<p>La logique de leur focalisation sur la guérilla a conduit les forces de gauche au sein de l&rsquo;OLP à rivaliser avec le Fatah sur le plan militaire en organisant des opérations armées toujours plus spectaculaires. Cependant, même l&rsquo;aile militairement la plus radicale du nationalisme révolutionnaire considérait l&rsquo;activité des masses comme un simple outil de construction d&rsquo;un État-nation, au lieu de voir la possibilité pour les gens ordinaires d&rsquo;accomplir leur propre émancipation en prenant le contrôle des moyens de production. En effet, cette attitude peut être décelée dans le document fondateur du FPLP de 1967, qui appelait les masses à remplir leur rôle de catalyseur de la résistance armée :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les masses (ô fils de notre peuple héroïque !) sont le souffle vital des combattants, et c&rsquo;est l&rsquo;implication des masses dans la bataille qui assure la victoire à long terme. Le soutien populaire aux militants à tous les niveaux et dans tous les pays constitue la base d&rsquo;une lutte authentique, ferme et croissante et d&rsquo;une fermeté qui s&rsquo;accroît jusqu&rsquo;à l&rsquo;écrasement de l&rsquo;ennemi.<sup data-fn="9bf0d7b8-4967-46b3-a3d9-8aa2bb30ca41" class="fn"><a id="9bf0d7b8-4967-46b3-a3d9-8aa2bb30ca41-link" href="#9bf0d7b8-4967-46b3-a3d9-8aa2bb30ca41">24</a></sup></p>
</blockquote>



<p>Selon cette perspective, l&rsquo;activité de masse sert de condition favorable à l&rsquo;action d&rsquo;un petit groupe de militants. Plutôt que de développer leur propre capacité d&rsquo;auto-organisation révolutionnaire, les travailleurs sont censés agir principalement en tant que soutien aux opérations militaires des organisations de guérilla.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Du fusil au rameau d&rsquo;olivier</h3>



<p>Après la défaite des factions armées palestiniennes en Jordanie par les forces du roi Hussein en septembre 1970, l&rsquo;OLP a été contrainte de quitter le pays et de s&rsquo;installer au Liban, où elle s&rsquo;est rapidement retrouvée au cœur de la guerre civile libanaise. Celle-ci s&rsquo;est avérée être un point clé dans le développement de la gauche palestinienne. Pendant son séjour au Liban, l&rsquo;OLP a formé une entité quasi-étatique, ce qui a conduit à la bureaucratisation et à l&rsquo;institutionnalisation de ses factions, y compris  de celles de gauche.<sup data-fn="d2d4023d-e545-4c52-8a57-33137a957f64" class="fn"><a id="d2d4023d-e545-4c52-8a57-33137a957f64-link" href="#d2d4023d-e545-4c52-8a57-33137a957f64">25</a></sup> Cela a affecté le FPLP, qui a également reçu des fonds par l&rsquo;intermédiaire de l&rsquo;OLP. L&rsquo;activisme politique a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une « professionnalisation », les structures bureaucratiques se développant et augmentant leur dépendance matérielle à l&rsquo;égard des fonds de l&rsquo;OLP et des États qui la parrainent. Cette bureaucratisation « influençait tacitement l&rsquo;action du FPLP et représentait un obstacle au changement », car tout changement de ce type « mettrait en péril les positions établies au sein de l&rsquo;organisation » :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>En outre, la structure bureaucratique représentait également un instrument à la disposition de la direction pour exercer un contrôle plus fort sur les membres de la faction. Par conséquent, la nécessité pour le FPLP de maintenir son intégration au sein des institutions de l&rsquo;OLP et la bureaucratisation de sa structure&#8230; ont favorisé une approche conservatrice au sein de la direction du FPLP.<sup data-fn="4ac49118-ee6b-4ee4-8b2e-197720b58c98" class="fn"><a id="4ac49118-ee6b-4ee4-8b2e-197720b58c98-link" href="#4ac49118-ee6b-4ee4-8b2e-197720b58c98">26</a></sup></p>
</blockquote>



<p>La corruption généralisée de l&rsquo;OLP a affecté ses courants de gauche par le biais du système de répartition des fonds entre les factions, qui a également institutionnalisé la concurrence entre elles pour l&rsquo;obtention de fonds de la part des États donateurs. En fin de compte, le comité exécutif de l&rsquo;OLP contrôlait le budget de l&rsquo;organisation, et la prise de décision et le contrôle budgétaire étaient de plus en plus consolidés sous la direction de Yasser Arafat du Fatah, qui s&rsquo;en servait comme d&rsquo;un outil d&rsquo;influence politique. Le FPLP a quitté le comité exécutif en réponse aux premiers pas de l&rsquo;OLP vers l&rsquo;adoption d&rsquo;une solution à deux États, le « Programme en dix points » de 1974, mais il l&rsquo;a réintégré sept ans plus tard. L&rsquo;érosion de la démocratie interne au sein de l&rsquo;OLP s&rsquo;est reflétée dans la Fédération générale palestinienne des syndicats, au sein de laquelle les élections internes ont pris fin après 1981, son exécutif étant choisi par le parti. Le Fatah disposait de six des sièges disponibles, trois étaient attribués au FPLP et les autres partis de gauche se répartissaient les trois sièges restants.</p>



<p>Au cours des années 1980, les journaux indépendants, qui avaient été auparavant d&rsquo;importants vecteurs d&rsquo;autonomie pour l&rsquo;aile gauche de l&rsquo;OLP, ont également perdu de leur poids. Le <em>FPLP Bulletin</em> en anglais a cessé de paraître en 1984. Il a été remplacé par une publication bimestrielle, <em>Democratic Palestine</em>, mais celle-ci n&rsquo;a pas survécu une décennie. Après le transfert de son siège en Syrie en 1986, l&rsquo;hebdomadaire du FPLP, <em>Al-Hadaf</em>, est soumis à la censure du régime Assad.<sup data-fn="7c2aa719-7354-4c29-b5f0-7a8b5aa299a3" class="fn"><a id="7c2aa719-7354-4c29-b5f0-7a8b5aa299a3-link" href="#7c2aa719-7354-4c29-b5f0-7a8b5aa299a3">27</a></sup></p>



<p>La direction de l&rsquo;OLP opérait toujours en exil et n&rsquo;était pas impliquée de manière substantielle dans les activités en Palestine occupée. Le siège du FPLP s&rsquo;est installé à Damas en 1982, le régime d&rsquo;Assad devenant « son principal partenaire régional ».<sup data-fn="a32d5e2b-1aa7-4364-9b81-675e82919c64" class="fn"><a id="a32d5e2b-1aa7-4364-9b81-675e82919c64-link" href="#a32d5e2b-1aa7-4364-9b81-675e82919c64">28</a></sup> Avant le milieu des années 1970, lorsque les factions de gauche de l&rsquo;OLP ont commencé à jouer un rôle en Palestine occupée, la seule faction de l&rsquo;OLP qui y était présente était le minuscule Parti communiste palestinien.<sup data-fn="cfeb2f3f-54a6-4092-be4b-b92b2046f48d" class="fn"><a id="cfeb2f3f-54a6-4092-be4b-b92b2046f48d-link" href="#cfeb2f3f-54a6-4092-be4b-b92b2046f48d">29</a></sup></p>



<p>En 1987, le déclenchement de la première Intifada a attiré l&rsquo;attention sur la bande de Gaza et la Cisjordanie occupées.<sup data-fn="a0fb140c-a0dc-4bd4-b5c6-80c12474c1cd" class="fn"><a id="a0fb140c-a0dc-4bd4-b5c6-80c12474c1cd-link" href="#a0fb140c-a0dc-4bd4-b5c6-80c12474c1cd">30</a></sup> Les Palestiniens ont résisté à l&rsquo;occupation israélienne par des mobilisations de masse, des grèves générales et des organisations de base qui ont fasciné les gens ordinaires dans le monde entier. Des comités auto-organisés ont organisé des manifestations, des grèves et une résistance physique aux forces d&rsquo;occupation israéliennes, et ont mis en place des systèmes de santé et d&rsquo;éducation clandestins. Le rôle de ces comités populaires a été célébré par certains éléments de la direction du mouvement palestinien sur le terrain à Gaza et en Cisjordanie. Dans un communiqué publié le 28 mai 1988, la direction nationale unifiée du soulèvement a exhorté les Palestiniens à « construire l&rsquo;appareil d&rsquo;auto-gouvernement du peuple par le biais des comités populaires ».<sup data-fn="fb86ce47-ab8a-4571-8813-2693b48b242e" class="fn"><a id="fb86ce47-ab8a-4571-8813-2693b48b242e-link" href="#fb86ce47-ab8a-4571-8813-2693b48b242e">31</a></sup> Une potentielle alternative à l&rsquo;idée que l&rsquo;OLP se faisait d&rsquo;elle-même en tant que « seul représentant » du peuple palestinien était en train d&rsquo;émerger, même si la gauche n&rsquo;était pas bien ancrée dans le soulèvement.</p>



<p>Il est évident qu&rsquo;une OLP dirigée par le Fatah résisterait à cette évolution. Le risque d&rsquo;être remplacé par la direction alternative émergeant de la base à Gaza et en Cisjordanie a poussé Arafat à poursuivre les négociations avec Israël et les États-Unis. Cela aurait pu être un moment décisif pour une alternative révolutionnaire de gauche. Cependant, bien que le FPLP ait été en mesure d&rsquo;établir une présence populaire en Palestine occupée par le biais d&rsquo;une organisation clandestine, sa direction bureaucratisée en exil est restée liée à l&rsquo;OLP. Il a donc adopté une position ambiguë à l&rsquo;égard de la politique d&rsquo;Arafat, ce qui l&rsquo;a éloigné de sa base à Gaza et en Cisjordanie.</p>



<p>Les énergies révolutionnaires de la première Intifada n&rsquo;ont pas seulement été étouffées par les tendances bureaucratiques du Fatah à la collaboration et au compromis. La fragmentation historique de la classe ouvrière palestinienne  par le colonialisme israélien et le déplacement de millions de Palestiniens ont également joué un rôle essentiel dans la défaite du soulèvement.<sup data-fn="066ccb43-74b5-4ec6-8ffe-ef994fb9ee7a" class="fn"><a id="066ccb43-74b5-4ec6-8ffe-ef994fb9ee7a-link" href="#066ccb43-74b5-4ec6-8ffe-ef994fb9ee7a">32</a></sup> Les grèves et les mobilisations de masse à la base ont causé de graves problèmes à la classe dirigeante israélienne, générant des crises militaires et politiques. Toutefois, ces luttes n&rsquo;ont pas réussi à paralyser et à fracturer l&rsquo;État israélien  qui a continué à fonctionner grâce à la volonté des Israéliens juifs de remplacer la main-d&rsquo;œuvre palestinienne et à l&rsquo;aide militaire et économique continue des États-Unis.</p>



<p>À partir du milieu des années 1990, la formation de l&rsquo;Autorité palestinienne en tant que sous-traitant de l&rsquo;occupation par les accords d&rsquo;Oslo a conduit à la consolidation et à l&rsquo;institutionnalisation du processus de normalisation entre l&rsquo;OLP et Israël. Dans leurs annonces, le FPLP et le FDLP étaient tous deux opposés à Oslo dès le départ, et le FPLP a même initié et dirigé une alliance « Front du refus » contre les accords d&rsquo;Oslo, à laquelle s&rsquo;est joint le FDLP. Cependant, la dépendance des structures du FPLP à l&rsquo;égard de l&rsquo;OLP les a laissés mal équipés &#8211; sur le plan idéologique, organisationnel et financier &#8211; pour mettre en œuvre leur position de rejet.</p>



<p>Le Hamas est apparu comme un nouveau concurrent pour le leadership palestinien en dehors du cadre de l&rsquo;OLP. Entre 1988 et 1989, le FPLP enregistrait encore une croissance massive de ses effectifs, mais celle-ci s&rsquo;est considérablement ralentie en 1991. Un an plus tard, la croissance s&rsquo;est complètement arrêtée. Un certain nombre de membres du FPLP sont passés au Hamas, qu&rsquo;ils considéraient comme la nouvelle organisation en devenir.<sup data-fn="c2c815b5-010c-4e1f-a712-c2141bd0d148" class="fn"><a id="c2c815b5-010c-4e1f-a712-c2141bd0d148-link" href="#c2c815b5-010c-4e1f-a712-c2141bd0d148">33</a></sup> La popularité du FPLP est tombée à 3 % en 1995, lorsque les dirigeants de l&rsquo;OLP, après avoir entamé de nouveaux cycles de négociations avec Israël, ont signé l&rsquo;accord de Taba, également connu sous le nom d&rsquo;« Oslo 2 ».<sup data-fn="de7e61eb-adb0-4965-aea5-a2643dd080a2" class="fn"><a id="de7e61eb-adb0-4965-aea5-a2643dd080a2-link" href="#de7e61eb-adb0-4965-aea5-a2643dd080a2">34</a></sup> En 2006, selon le Palestinian Center for Policy and Survey Research, le soutien global au Hamas parmi les électeurs palestiniens s&rsquo;élevait à 38,6 %, contre 42,1 % pour le Fatah.<sup data-fn="2205c1b7-7adc-40ae-983c-14769965121f" class="fn"><a id="2205c1b7-7adc-40ae-983c-14769965121f-link" href="#2205c1b7-7adc-40ae-983c-14769965121f">35</a></sup> Le même sondage révélait que le FPLP ne recevait que 4,4 %, tandis que le FDLP avait 1,2 %. Le sondage le plus récent du Palestinian Center for Policy and Survey Research, réalisé en décembre 2023, a révélé que le Hamas était soutenu à 43 %, le Fatah à 17 % et le FPLP à seulement 1 %.<sup data-fn="9cde98ad-7280-4fe9-bd16-2c355703cfb8" class="fn"><a id="9cde98ad-7280-4fe9-bd16-2c355703cfb8-link" href="#9cde98ad-7280-4fe9-bd16-2c355703cfb8">36</a></sup></p>



<p>Aucune des factions de gauche de l&rsquo;OLP n&rsquo;a été considérée comme une alternative cohérente et indépendante au Fatah par une grande partie des masses palestiniennes, les partis islamistes comblant le vide.</p>



<p>La gauche palestinienne post-Oslo n&rsquo;a pas réussi à se remettre de sa chute au cours des dernières décennies. Néanmoins, les questions stratégiques et politiques soulevées par son essor et son déclin continuent de jouer un rôle dans la politique contemporaine de la Palestine. Aujourd&rsquo;hui, les principales forces de résistance nationale s&rsquo;identifient largement à l&rsquo;islam politique, mais le mouvement de libération palestinien est toujours confronté à des défis similaires à ceux rencontrés par les factions nationalistes laïques et de gauche de l&rsquo;OLP entre les années 1960 et le début des années 1990, y compris les questions de la dépendance de la résistance à l&rsquo;égard d&rsquo;une logique militaire et de sa dépendance à l&rsquo;égard des États régionaux qui la soutiennent.</p>



<p>Au cours des dernières décennies, l&rsquo;Iran est devenu le principal État soutenant les combattants de la résistance palestinienne. Comme indiqué précédemment, le FPLP et le FDLP à Gaza sont membres de la Salle commune des factions de la résistance palestinienne, qui fait partie de l&rsquo;Axe de la résistance dirigé par l&rsquo;Iran, une coalition politique et militaire informelle formée par l&rsquo;Iran avec ses alliés et ses mandataires au Moyen-Orient. Avant d&rsquo;être assassiné par l&rsquo;Autorité palestinienne, Nizar Banat, intellectuel populaire de gauche, a posé une question rhétorique dans l&rsquo;une de ses vidéos : « Où avez-vous trouvé les roquettes qui protègent Gaza ? »<sup data-fn="7bac5704-c718-4942-99fe-12706b78dfc5" class="fn"><a id="7bac5704-c718-4942-99fe-12706b78dfc5-link" href="#7bac5704-c718-4942-99fe-12706b78dfc5">37</a></sup> Son argument, adressé aux factions non islamistes, était que les Palestiniens devraient être reconnaissants à l&rsquo;Iran de fournir des armes à toutes les forces de résistance.</p>



<p>Toutefois, comme toujours, le soutien de l&rsquo;Iran à la résistance est assorti de conditions. Lorsque le Hamas a refusé d&rsquo;apporter un soutien inconditionnel à la dictature d&rsquo;Assad, soutenue par l&rsquo;Iran, pendant la révolution syrienne, l&rsquo;Iran a réduit son soutien financier de 150 millions de dollars à moins de 75 millions de dollars. Lorsque le Jihad islamique palestinien a refusé d&rsquo;exprimer sa solidarité avec le mouvement Houthi soutenu par l&rsquo;Iran au Yémen, ses fonds ont été réduits en conséquence et redirigés vers le mouvement Sabireen, une organisation chiite gazaouie aujourd&rsquo;hui disparue. En fin de compte, le Jihad islamique a obtempéré.<sup data-fn="f8c8eff0-5800-41dd-ba5d-b44e6fcbf02e" class="fn"><a id="f8c8eff0-5800-41dd-ba5d-b44e6fcbf02e-link" href="#f8c8eff0-5800-41dd-ba5d-b44e6fcbf02e">38</a></sup></p>



<p>Ces dernières années, la direction du Hamas en exil au Qatar a également montré des signes de volonté de suivre la voie déjà tracée par le Fatah et la direction historique de l&rsquo;OLP : un accommodement avec les puissances occidentales et le système étatique international. En 2017, cela s&rsquo;est traduit par une modification de la charte du Hamas, le document fondateur du groupe, afin d&rsquo;en supprimer les termes qui excluraient une solution à deux États. La charte révisée de 2017 a également accepté l&rsquo;existence d&rsquo;un État palestinien dans les frontières de 1967 des territoires palestiniens occupés.<sup data-fn="975aed7f-cdb9-4b94-8556-6eaaaf924266" class="fn"><a id="975aed7f-cdb9-4b94-8556-6eaaaf924266-link" href="#975aed7f-cdb9-4b94-8556-6eaaaf924266">39</a></sup> En outre, les responsables du Hamas ont réitéré leur engagement en faveur d&rsquo;un compromis « temporaire » sur deux États en avril 2024.<sup data-fn="805f58dc-5842-426d-90da-263063a2883d" class="fn"><a id="805f58dc-5842-426d-90da-263063a2883d-link" href="#805f58dc-5842-426d-90da-263063a2883d">40</a></sup></p>



<p>Le Hamas reste une organisation déchirée par un certain nombre de contradictions politiques internes et de classe. Néanmoins, la base de son parti et de son aile militaire à Gaza sont déterminées à poursuivre la résistance. La résilience de sa base politique et de son organisation militaire, malgré l&rsquo;ampleur de l&rsquo;assaut israélien meurtrier, a surpris les ennemis du Hamas comme ses partisans.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Échos dans la diaspora</h3>



<p>De vieux arguments sur les stratégies de libération sont réapparus alors que le mouvement international de solidarité avec la Palestine a pris une ampleur inimaginable à la suite de l&rsquo;offensive du Hamas le 7 octobre et de l&rsquo;invasion génocidaire de Gaza par les Israéliens.</p>



<p>En raison du nettoyage ethnique répété de la Palestine depuis 1948, les communautés de la diaspora palestinienne se composent de millions de personnes à travers le monde. Ces communautés diffèrent par leur composition sociale, leur lieu d&rsquo;origine et les pays qu&rsquo;elles ont fuis. En conséquence, elles ont toutes une expérience concrète différente des défis historiques et contemporains auxquels sont confrontés les Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, en « Palestine de 1948 » (c&rsquo;est-à-dire la zone officiellement revendiquée par Israël depuis la Nakba), en Jordanie, au Liban, en Syrie, dans les États du Golfe et dans d&rsquo;autres régions du Moyen-Orient. Les controverses et les conflits concernant les positions sur le Hamas et l&rsquo;OLP, les révolutions arabes et les contre-révolutions qui ont suivi, ainsi que les stratégies de libération nationale palestinienne, éclatent fréquemment au sein des communautés de la diaspora et du mouvement de solidarité.</p>



<p>Cela n&rsquo;a rien de surprenant. Les communautés en exil abritent des reliques, mais elles sont également marquées par des contrastes internes. Les anciennes structures de l&rsquo;OLP ont survécu en Occident et les communautés diasporiques sont souvent dirigées par des membres exilés de la classe capitaliste ou par des cadres de longue date du parti. Certaines entretiennent des relations diplomatiques et financières avec les États arabes affiliés à leurs partis politiques respectifs. À certains égards, les structures politiques diasporiques ressemblent à des modèles miniatures de l&rsquo;OLP. Les formations politiques en exil étant actives depuis des décennies, nombre d&rsquo;entre elles ont conservé des caractéristiques qui jouaient un rôle plus important avant l&rsquo;émergence du Hamas et la création de l&rsquo;Autorité palestinienne. Certaines considèrent toujours l&rsquo;OLP comme « l&rsquo;unique représentant du peuple palestinien » &#8211; comme l&rsquo;appellent les Nations unies et la Ligue arabe &#8211; et se considèrent donc comme les seuls représentants de leurs diasporas palestiniennes respectives. Pourtant, nombre de ces structures politiques en exil sont confrontées à des problèmes de reproduction de leurs organisations, et perdent parfois même leurs propres descendants, qui sont incapables de s&rsquo;identifier à ces groupes hérités au-delà d&rsquo;un niveau abstrait.</p>



<p>De nouvelles formations prometteuses de la diaspora palestinienne ont vu le jour ces dernières années, notamment lors du mouvement Black Lives Matter en 2020 et après la vague de solidarité lorsque les Palestiniens ont résisté à l&rsquo;expulsion et au nettoyage ethnique dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem. Le mouvement de la jeunesse palestinienne aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne et Palästina Spricht (Palestine parle) en Allemagne en sont des exemples. En général, ces structures politiques ont été créées par les deuxième et troisième générations de Palestiniens de la diaspora. Les positions politiques adoptées par les militants au sein de ces groupes sur la base d&rsquo;une notion non définie de l&rsquo;identité palestinienne sont nécessairement diverses. Par exemple, le Palestinian Youth Movement déclare : « Indépendamment de nos différents antécédents politiques, culturels et sociaux, nous nous efforçons de faire revivre une tradition d&rsquo;engagement pluraliste envers notre cause ».<sup data-fn="789004f6-4b4c-4d39-a439-48d6dee08a38" class="fn"><a id="789004f6-4b4c-4d39-a439-48d6dee08a38-link" href="#789004f6-4b4c-4d39-a439-48d6dee08a38">41</a></sup> L&rsquo;indépendance de l&rsquo;organisation et sa non-affiliation à un parti palestinien sont soulignées dans sa présentation publique, comme le sont ses efforts pour reconstruire un mouvement de libération palestinienne en s&rsquo;engageant dans des luttes aux côtés d&rsquo;autres groupes opprimés. Son site web, par exemple, documente ses mobilisations en solidarité avec ceux qui protestent contre le Dakota Access Pipeline et ses tentatives d&rsquo;établir des liens entre la lutte palestinienne et les expériences de génocide et d&rsquo;oppression des peuples indigènes d&rsquo;Amérique du Nord.</p>



<p>Comme dans d&rsquo;autres groupes de jeunes activistes, le pourcentage d&rsquo;étudiants est généralement élevé. Nombre de ces militants palestiniens ont été socialisés en tant que citoyens migrants dans les pays occidentaux avant de s&rsquo;organiser politiquement en tant que Palestiniens. D&rsquo;autres, actifs dans ces groupes, n&rsquo;ont émigré en Occident que récemment, fuyant, par exemple, la guerre civile syrienne et la destruction du camp de réfugiés palestinien de Yarmouk. La question de l&rsquo;affiliation de la résistance palestinienne à des États nationaux revêt une dimension concrète pour les militants qui ont vu le commandement général du FPLP sévir dans ce camp pour défendre le régime d&rsquo;Assad.</p>



<p>Naturellement, des défis sur d&rsquo;autres questions se posent également dans ces formations, y compris des visions concurrentes pour une Palestine libre et des pressions vers des formes de séparatisme basées sur une notion floue de l&rsquo;identité palestinienne. En outre, les militants palestiniens les plus clairvoyants ont déjà compris que même s&rsquo;ils parvenaient à organiser l&rsquo;ensemble de leur communauté dans un pays impérialiste donné, cela ne suffirait pas à affaiblir de manière substantielle le soutien de cet État à Israël.</p>



<p>Dans ces contextes, des discussions sur les tactiques de front uni ont tendance à émerger. Il est tout à fait compréhensible, étant donné les trahisons historiques expliquées ci-dessus, que les militants palestiniens craignent largement ce que l&rsquo;on appelle la « normalisation » : l&rsquo;établissement de relations avec les sionistes et l&rsquo;occupation. Lorsque l&rsquo;on tente d&rsquo;élargir le mouvement de solidarité, on discute de la manière de différencier les tactiques de front uni visant à atteindre la base des organisations de la classe ouvrière et les activités qui normalisent la trahison de la cause palestinienne.</p>



<p>L&rsquo;un des débats les plus urgents auxquels les socialistes sont confrontés dans le cadre des mobilisations de masse contre le génocide israélien à Gaza est celui des relations avec les autres mouvements et luttes, en particulier le mouvement ouvrier. Ces derniers mois, des actions inspirantes ont été menées par les travailleurs pour stopper les livraisons d&rsquo;armes à Israël. Les manifestations du 1er mai dans le monde entier ont fait de la solidarité avec la Palestine l&rsquo;un de leurs principaux cris de ralliement. Dans certains endroits, des manifestants pro-palestiniens se sont joints aux protestations des travailleurs ; dans d&rsquo;autres, les travailleurs et les syndicalistes ont eux-mêmes soulevé des revendications pro-palestiniennes. Dans plusieurs régions du monde, des travailleurs et des militants ont résisté à l&rsquo;interdiction des drapeaux palestiniens par leur propre bureaucratie syndicale. La nouvelle et jeune génération de militants palestiniens est de plus en plus impliquée dans ces conflits et ces expériences politiques.</p>



<p>La construction d&rsquo;un mouvement de solidarité enraciné dans la classe ouvrière est particulièrement importante en raison de la répression croissante de l&rsquo;État et de la police contre le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, comme l&rsquo;ont montré les campements d&rsquo;étudiants aux États-Unis, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Au milieu des attaques brutales de l&rsquo;État, il y a d&rsquo;intenses discussions sur les tactiques adéquates pour contrer cette répression. Les méthodes autonomes de militantisme et d&rsquo;action clandestine séduisent de nombreuses personnes dans ces conditions, en particulier celles qui s&rsquo;inspirent de la résistance armée de la guérilla palestinienne. En outre, les militants sont contraints de prendre position sur les questions de la lutte militaire par la diabolisation de la part des gouvernements et dans les médias de toute forme de résistance palestinienne. L&rsquo;échange de missiles et de drones entre Israël et l&rsquo;Iran, ainsi que le blocage par les Houthis de la navigation internationale en mer Rouge, ont déclenché un nouveau cycle de discussions sur ce que l&rsquo;on appelle l&rsquo;Axe de la Résistance.</p>



<p>Analyser les événements historiques et récents afin d&rsquo;adopter une position éclairée sur les stratégies de libération de la Palestine est une nécessité pour les Palestiniens et pour le mouvement de solidarité à l&rsquo;étranger. Comprendre les débats sur les rapports entre les actions armées et la mobilisation de masse dans le passé peut aider à clarifier les stratégies pour l&rsquo;avenir. Comme indiqué ci-dessus, l&rsquo;expérience des formations historiques de la gauche palestinienne démontre que les actions secrètes de quelques experts ne peuvent se substituer au pouvoir collectif d&rsquo;une activité de masse et d&rsquo;une solidarité de masse.</p>



<p>Les arguments autour des tactiques de guérilla sont loin d&rsquo;être limités aux milieux militants. L&rsquo;écologiste marxiste et auteur suédois Andreas Malm est connu pour prôner des stratégies d&rsquo;action directe pour le mouvement climatique.<sup data-fn="9859e0fe-4026-48d3-883b-65f6083a007b" class="fn"><a id="9859e0fe-4026-48d3-883b-65f6083a007b-link" href="#9859e0fe-4026-48d3-883b-65f6083a007b">42</a></sup> En conséquence, dans une analyse récente de l&rsquo;attaque génocidaire des Israéliens à Gaza, il a suggéré que les opérations de guérilla menées par le Hamas le 7 octobre étaient la plus grande réussite du mouvement palestinien jusqu&rsquo;à présent, éclipsant la première Intifada.<sup data-fn="9ca3d732-e187-4563-92ad-eee904820e65" class="fn"><a id="9ca3d732-e187-4563-92ad-eee904820e65-link" href="#9ca3d732-e187-4563-92ad-eee904820e65">43</a></sup> Bashir Abu-Manneh, qui enseigne la littérature palestinienne et israélienne, a répondu à Malm dans un article paru dans Jacobin, où il l&rsquo;accuse à juste titre “d&rsquo;ignorer que la première Intifada a été le plus grand mouvement de masse anticolonial auto-organisé de l&rsquo;histoire palestinienne, et qu&rsquo;elle a contraint Israël à faire des concessions politiques sans précédent”.<sup data-fn="d944ae93-2d6b-4a0f-a133-826ac47b871b" class="fn"><a id="d944ae93-2d6b-4a0f-a133-826ac47b871b-link" href="#d944ae93-2d6b-4a0f-a133-826ac47b871b">44</a></sup> La conception (non-armée) de la propagande par le fait de Malm est liée à celle (armée) des guérillas, car toutes les deux découlent d’un profond scepticisme quant au potentiel et au pouvoir de la classe ouvrière organisée.</p>



<p>Pourtant, Bashir Abu-Manneh ne propose guère plus d&rsquo;alternative ; démoralisé par le carnage génocidaire à Gaza, il suggère que le mouvement de solidarité avec la Palestine traite la lutte comme une question de droit international qui ne fait aucune distinction entre l&rsquo;oppresseur et l&rsquo;opprimé, le colonisateur et le colonisé. Selon lui, la résistance armée du Hamas n&rsquo;a apporté que destruction et défaite. D&rsquo;un point de vue internationaliste, cet argument ne tient pas. La situation à Gaza est dévastatrice, mais les pratiques génocidaires d&rsquo;Israël sont antérieures à octobre 2023. En 2018, les Nations Unies avaient déjà déclaré la bande de Gaza « invivable » en raison du siège israélien.<sup data-fn="9608b036-450a-4ca8-89cc-961ae8f72bd2" class="fn"><a id="9608b036-450a-4ca8-89cc-961ae8f72bd2-link" href="#9608b036-450a-4ca8-89cc-961ae8f72bd2">45</a></sup> Israël ne se contente pas de riposter à l&rsquo;attaque du 7 octobre, mais l&rsquo;utilise pour justifier sa volonté d&rsquo;effacer Gaza. En 1992, le premier ministre Yitzhak Rabin a déclaré : « J&rsquo;aimerais me réveiller un jour et constater que Gaza a sombré dans la mer ».<sup data-fn="ee076ad0-1b5b-496a-8a77-ab6d9e60216a" class="fn"><a id="ee076ad0-1b5b-496a-8a77-ab6d9e60216a-link" href="#ee076ad0-1b5b-496a-8a77-ab6d9e60216a">46</a></sup> De plus, l&rsquo;intensité de l&rsquo;assaut des forces israéliennes contre les civils palestiniens est loin d&rsquo;être unique : entre juin et août 1982, plus de 17 000 personnes ont été tuées au Liban par Israël, soi-disant en « représailles » à la tentative d&rsquo;assassinat de l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Israël à Londres.<sup data-fn="5a42aee5-8e0b-4cb9-8d4b-43cf9b4d1807" class="fn"><a id="5a42aee5-8e0b-4cb9-8d4b-43cf9b4d1807-link" href="#5a42aee5-8e0b-4cb9-8d4b-43cf9b4d1807">47</a></sup></p>



<p>L&rsquo;auteur palestinien Toufic Haddad explique qu&rsquo;avant le 7 octobre, le mouvement national palestinien « se trouvait dans la position peu enviable de voir sa cause réduite à néant par les divisions internes et le carcan des accords d&rsquo;Oslo », ce qui était aggravé par « les accords de normalisation arabes avec Israël et le fait que personne ne demandait vraiment des comptes à Israël ».<sup data-fn="40b5758e-d1b6-4f8b-8a2b-5baedb4c72b4" class="fn"><a id="40b5758e-d1b6-4f8b-8a2b-5baedb4c72b4-link" href="#40b5758e-d1b6-4f8b-8a2b-5baedb4c72b4">48</a></sup> Aujourd&rsquo;hui, cependant, l&rsquo;attaque israélienne dans le sillage du 7 octobre a déclenché un mouvement de solidarité mondial sans précédent, avec des manifestants en Jordanie, en Égypte et au Maroc qui sont entrés en conflit avec leurs régimes. Au-delà du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord, les centres de l&rsquo;alliance impérialiste occidentale, notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l&rsquo;Allemagne, ont également connu d&rsquo;importantes mobilisations en faveur des Palestiniens.</p>



<p>Une dynamique similaire est apparue lors de la seconde Intifada, qui a éclaté en septembre 2000. Plutôt que de s&rsquo;appuyer sur une organisation de masse à la base comme lors de la première Intifada, la seconde Intifada a été associée à des opérations militaires élitistes. Elle a néanmoins déclenché des actions de solidarité étudiante en Égypte, qui ont ensuite été considérées comme les premiers signes d&rsquo;une organisation populaire menant à la révolution égyptienne de 2011, ébranlant l&rsquo;un des piliers les plus solides du soutien à l&rsquo;État israélien et à l&rsquo;impérialisme parmi les régimes arabes.<sup data-fn="6bce9fb9-46db-40e8-b4df-eb7a988e2f50" class="fn"><a id="6bce9fb9-46db-40e8-b4df-eb7a988e2f50-link" href="#6bce9fb9-46db-40e8-b4df-eb7a988e2f50">49</a></sup></p>



<p>La résilience militaire de la résistance palestinienne est un facteur crucial de la situation actuelle. Les analystes militaires israéliens et une partie croissante de la population israélienne le reconnaissent aujourd&rsquo;hui. Malgré des avantages écrasants en termes de puissance de feu et de technologie militaire, ainsi que le soutien enthousiaste des États les plus puissants de la planète, l&rsquo;armée israélienne n&rsquo;a pas réussi à « anéantir » le Hamas. Elle n&rsquo;a pas non plus vaincu le mouvement palestinien. Au contraire, le Hamas a rétabli le contrôle politique dans des zones de Gaza censées avoir été conquises par les forces israéliennes il y a plusieurs mois, ce qui amène les responsables israéliens à envisager une « bataille prolongée » et à prédire que leurs forces ne parviendront pas à atteindre leurs objectifs militaires avant 2026 ou 2027.<sup data-fn="03c777d9-d8e8-4b1f-8b42-26ba647efb0c" class="fn"><a id="03c777d9-d8e8-4b1f-8b42-26ba647efb0c-link" href="#03c777d9-d8e8-4b1f-8b42-26ba647efb0c">50</a></sup></p>



<p>Même si nous nous opposons à une stratégie basée uniquement sur l&rsquo;action militaire, nous ne pouvons pas nier le fait que la résistance armée a provoqué des ondes de choc dans les principaux Etats de l&rsquo;impérialisme occidental. Cependant, l&rsquo;expérience du passé montre que la lutte armée ne peut se substituer à l&rsquo;internationalisme de la classe ouvrière et au pouvoir que les travailleurs détiennent entre leurs mains contre le système mondial du capitalisme et de l&rsquo;impérialisme. Même si ce pouvoir est actuellement réprimé au Moyen-Orient, c&rsquo;est certainement dans la région autour de la Palestine que les mobilisations des travailleurs ont le plus de chances de faire pencher la balance en faveur de la révolution contre l&rsquo;État israélien, créant ainsi des possibilités de démantèlement permanent de la machine de guerre sioniste. Comme d&rsquo;autres auteurs de ce journal l&rsquo;ont affirmé depuis de nombreuses années, la classe ouvrière égyptienne en particulier a le potentiel d&rsquo;approfondir massivement les crises causées par la lutte palestinienne à la fois pour l&rsquo;État israélien et pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux. Les travailleurs égyptiens ont le pouvoir de menacer la stabilité du régime militaire égyptien, qui est un canal clé de l&rsquo;influence impérialiste dans la région.<sup data-fn="5db73be0-e56c-4176-b723-56c0a972bc2b" class="fn"><a id="5db73be0-e56c-4176-b723-56c0a972bc2b-link" href="#5db73be0-e56c-4176-b723-56c0a972bc2b">51</a></sup> Au moment où nous écrivons ces lignes, la dictature du maréchal Abdel Fattah al-Sissi continue d&rsquo;imposer le calme dans les rues et sur les lieux de travail d&rsquo;Égypte, en utilisant les outils d&rsquo;une répression brutale. Néanmoins, il reste hanté par l&rsquo;expérience de la révolution égyptienne de 2011, qui avait un lien important et organique avec la lutte palestinienne et la solidarité de la masse du peuple égyptien avec la Palestine occupée.</p>



<p>La gauche palestinienne n&rsquo;a jamais sérieusement essayé une stratégie organisationnelle cohérente pour développer l&rsquo;auto-organisation et le pouvoir de la classe ouvrière, que ce soit dans la Palestine historique, dans la région au sens large ou dans la diaspora palestinienne. Les formations historiques de gauche n&rsquo;ont pas réussi à rompre avec l&rsquo;idée que les actions héroïques de la minorité armée, plutôt que l&rsquo;auto-activité de millions de personnes, ouvriraient la voie à la libération nationale du peuple palestinien du colonialisme de peuplement.</p>



<p>Comme j&rsquo;ai tenté de le démontrer à travers cette analyse historique de la montée et de la défaite de la gauche palestinienne, la crise rencontrée lors de la première Intifada était une crise de la direction. La direction des organisations de gauche palestiniennes s&rsquo;appuyait sur des opérations armées élitistes et sur le soutien des États arabes. Pendant l&rsquo;Intifada, il n&rsquo;y avait pas de parti révolutionnaire ancré dans la classe ouvrière qui aurait pu offrir une alternative clairvoyante à la capitulation de l&rsquo;OLP.</p>



<p>Le soutien inconditionnel à toute la résistance palestinienne doit s&rsquo;accompagner d&rsquo;un engagement sérieux dans les débats sur la manière dont la résistance peut être la plus efficace et comment elle peut finalement parvenir à la libération. Nous devons discuter des erreurs commises dans le passé et dialoguer sur les stratégies qui peuvent réussir. La nécessité d&rsquo;une construction stratégique de partis révolutionnaires &#8211; en Palestine occupée et au-delà &#8211; capables de relever le défi du renversement du colonialisme sioniste augmente chaque jour qui passe, alors que le génocide contre le peuple palestinien se poursuit.</p>



<p>Ramsis Kilani est un socialiste révolutionnaire en Allemagne et membre du groupe Sozialismus von unten (Socialisme par en-bas).</p>



<p>Références :</p>



<p>Abu-Manneh, Bashir, 2024, “The Palestinian Resistance Isn’t a Monolith”, <em>Jacobin</em> (28 April), <a href="https://jacobin.com/2024/04/gaza-left-hamas-occupation-war-solidarity">https://jacobin.com/2024/04/gaza-left-hamas-occupation-war-solidarity</a></p>



<p>Alexander, Anne, 2024, “Palestine: Between Permanent War and Permanent Revolution”, <em>International Socialism 181</em> (winter), <a href="https://isj.org.uk/palestine-permanent-revolution">https://isj.org.uk/palestine-permanent-revolution</a></p>



<p>Al Jazeera, 2017, “Hamas Accepts Palestinian State with 1967 Borders” (2 May), <a href="http://www.aljazeera.com/news/2017/5/2/hamas-accepts-palestinian-state-with-1967-borders">www.aljazeera.com/news/2017/5/2/hamas-accepts-palestinian-state-with-1967-borders</a></p>



<p>Associated Press, 2024, “Hamas Again Raises the Possibility of a 2-State Compromise. Israel and Its Allies Aren’t Convinced” (25 April), <a href="https://apnews.com/article/israel-hamas-gaza-war-f756cc054732eb3f7e0c49a9987560a0">https://apnews.com/article/israel-hamas-gaza-war-f756cc054732eb3f7e0c49a9987560a0</a></p>



<p>Bergman, Ronen, 2016, “The KGB’s Middle East Files: Palestinians in the Service of Mother Russia”, Ynet News (11 April), <a href="http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4874089,00.html">www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4874089,00.html</a></p>



<p>Buck, Terry James, 2013, <em>The Decline of the Popular Front for the Liberation of Palestine: A Historical Analysis</em>, <a href="https://yplus.ps/wp-content/uploads/2021/01/Buck-Terry-James-The-Decline-of-the-Popular-Front-for-the-Liberation-of-Palestine.pdf">https://yplus.ps/wp-content/uploads/2021/01/Buck-Terry-James-The-Decline-of-the-Popular-Front-for-the-Liberation-of-Palestine.pdf</a></p>



<p>Chaliand, Gerard, 1971, <em>The Palestinian Resistance</em> (Penguin).</p>



<p>Cliff, Tony, 1967, “The Struggle in the Middle East”, <em>International Socialism</em> (summer 2011), <a href="http://www.marxists.org/archive/cliff/works/1990/10/struggleme.htm">www.marxists.org/archive/cliff/works/1990/10/struggleme.htm</a></p>



<p>Cliff, Tony, 2000, <em>A World to Win: Life of a Revolutionary</em> (Bookmarks), <a href="http://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm</a></p>



<p>Eleftheriadou, Marina, 2021, “Building a Proto-State on Quicksand: The Rise and Fall of the Palestinian State-in-Exile in Lebanon”, <em>Middle East Journal</em>, volume 75, issue 1.</p>



<p>Greenstein, Ran, 2011, “A Palestinian Revolutionary: Jabra Nicola and the Radical Left”, <em>Jerusalem Quarterly 46</em>, <a href="http://www.palestine-studies.org/sites/default/files/jq-articles/46-A_Palestinian_Revolutionary_2_0.pdf">www.palestine-studies.org/sites/default/files/jq-articles/46-A_Palestinian_Revolutionary_2_0.pdf</a></p>



<p>Haddad, Toufic, 2024, “Palestinian Resistance and the War in Gaza”, <em>New Politics</em>, volume 19, issue 4, <a href="https://newpol.org/issue_post/palestinian-resistance-and-the-war-in-gaza">https://newpol.org/issue_post/palestinian-resistance-and-the-war-in-gaza</a></p>



<p>Harman, Chris, 1970, “Reporting Black September from Amman, Jordan”, <em>Socialist Worker</em> (26 September), <a href="https://socialistworker.co.uk/features/from-our-archive-reporting-black-september-from-amman-jordan">https://socialistworker.co.uk/features/from-our-archive-reporting-black-september-from-amman-jordan</a></p>



<p>Harman, Chris, 2006, “Hizbollah and the War Israel Lost”, <em>International Socialism 112</em> (autumn), <a href="http://www.isj.org.uk/?id=243">www.isj.org.uk/?id=243</a></p>



<p>Hiltermann, Joost, 1993, <em>Behind the Intifada: Labor and Women’s Movements in the Occupied Territories</em> (Princeton University Press).</p>



<p>Khaled, Leila, 1973, <em>My People Shall Live: The Autobiography of a Revolutionary</em> (Hodder and Stoughton).</p>



<p>Leopardi, Francesco Saverio, 2017, “The Popular Front for the Liberation of Palestine in Decline (1982-2007). Political Agency and Marginalisation”, University of Edinburgh (PhD thesis).</p>



<p>Malm, Andreas, 2021, <em>How to Blow up a Pipeline</em> (Verso).</p>



<p>Malm, Andreas, 2024, “The Destruction of Palestine is the Destruction of the Earth”, Verso Books website (8 April), <a href="http://www.versobooks.com/blogs/news/the-destruction-of-palestine-is-the-destruction-of-the-earth">www.versobooks.com/blogs/news/the-destruction-of-palestine-is-the-destruction-of-the-earth</a></p>



<p>Marshall, Phil, 1989, <em>Intifada: Zionism, Imperialism and Palestinian Resistance</em> (Bookmarks).</p>



<p>Mishal, Shaul, and Reuben Aharoni (eds), 1994, <em>Speaking Stones: Communiques from the Intifada Underground</em> (Syracuse University Press).</p>



<p>Munayyer, Yousef, 2023, “Laying Siege to Gaza is No Solution”, <em>Foreign Policy</em> (9 October), <a href="https://foreignpolicy.com/2023/10/09/israel-palestine-gaza-hamas-invasion-genocide-united-states">https://foreignpolicy.com/2023/10/09/israel-palestine-gaza-hamas-invasion-genocide-united-states</a></p>



<p>Nicola, Jabra, 1972, “Theses on the Revolution in the Arab East”, Matzpen, <a href="https://matzpen.org/english/1972-09-14/theses-on-the-revolution-in-the-arab-east-a-said-jabra-nicola">https://matzpen.org/english/1972-09-14/theses-on-the-revolution-in-the-arab-east-a-said-jabra-nicola</a></p>



<p>Omar, Mostafa, 2002, “The Palestinian National Liberation Struggle—A Socialist Analysis”, <em>Marxist Left Review</em> (30 October), <a href="https://marxistleftreview.org/articles/palestinian-national-liberation-struggle-socialist-analysis">https://marxistleftreview.org/articles/palestinian-national-liberation-struggle-socialist-analysis</a></p>



<p>Palestinian Center for Policy and Survey Research, 1995, “Public Opinion Poll Number 20”, <a href="http://www.pcpsr.org/sites/default/files/cprs%20poll%2020.pdf">www.pcpsr.org/sites/default/files/cprs%20poll%2020.pdf</a></p>



<p>Palestinian Center for Policy and Survey Research, 2006, “Results of PSR’s Exit Poll” (15 February), <a href="http://www.pcpsr.org/sites/default/files/exitplce.pdf">www.pcpsr.org/sites/default/files/exitplce.pdf</a></p>



<p>Palestinian Center for Policy and Survey Research, 2023, “Public Opinion Poll Number 90” (13 December), <a href="https://pcpsr.org/sites/default/files/Poll%2090%20English%20Full%20text%20Dec%202023.pdf">https://pcpsr.org/sites/default/files/Poll%2090%20English%20Full%20text%20Dec%202023.pdf</a></p>



<p>Popular Front for the Liberation of Palestine, 1967, <em>Strategy for the Liberation of Palestine</em> (Foreign Languages Press), <a href="https://foreignlanguages.press/wp-content/uploads/2020/08/S08-PFLP-Strategy-Lib-Palestine-7th-Printing.pdf">https://foreignlanguages.press/wp-content/uploads/2020/08/S08-PFLP-Strategy-Lib-Palestine-7th-Printing.pdf</a></p>



<p>Ross, Jay, 1982, “War Casualties Put at 48,000 in Lebanon”, <em>Washington Post</em> (2 September).</p>



<p>Salibi, Kamal, 1988, <em>The Modern History of Jordan</em> (I B Tauris).</p>



<p>Sayigh, Yezid, 1991, “Reconstructing the Paradox: The Arab Nationalist Movement, Armed Struggle and Palestine, 1951-1966”, <em>Middle East Journal</em>, volume 45, issue 4.</p>



<p>Skare, Erik, 2023, “Iran, Hamas, and Islamic Jihad: A Marriage of Convenience”, European Council on Foreign Relations (18 December), <a href="https://ecfr.eu/article/iran-hamas-and-islamic-jihad-a-marriage-of-convenience">https://ecfr.eu/article/iran-hamas-and-islamic-jihad-a-marriage-of-convenience</a></p>



<p>United Nations, 2018, “Gaza ‘Unliveable’, UN Special Rapporteur for the Situation of Human Rights in the OPT Tells Third Committee—Press Release (Excerpts)” (24 October), <a href="https://tinyurl.com/msa8r6yx">https://tinyurl.com/msa8r6yx</a></p>



<p>Zitun, Yoav, 2024, “As Hamas Reclaims Khan Younis, Israeli Officers Warn of Protracted Battle Ahead”, Ynet (10 April), <a href="http://www.ynetnews.com/article/sjwuvtqxc">www.ynetnews.com/article/sjwuvtqxc</a></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c">  Merci à Anne Alexander d&rsquo;avoir édité cet article et d&rsquo;avoir fourni certaines références importantes.<br> <a href="#f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="701bea1b-992e-4139-84c7-e8cfee1d96e4">« Hamas » est le mot arabe pour “zèle”, mais c&rsquo;est aussi un acronyme pour le nom officiel du groupe, le Mouvement de résistance islamique (Harakat al-Muqawama al-Islamiya).<br> <a href="#701bea1b-992e-4139-84c7-e8cfee1d96e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a4e9b7cd-03f1-4991-8b39-5b221ac6bfb9"> La branche armée du Hamas porte le nom d&rsquo;Izz ad-Din al-Qassam, prédicateur syrien et premier militant de l&rsquo;opposition au sionisme. Il a formé la Main noire, un groupe de guérilla anti-britannique et anti-sioniste, en 1930. Al-Qassam a été assassiné par les autorités coloniales britanniques en 1935. Sa campagne armée a été un précurseur du soulèvement palestinien massif contre la domination britannique et la colonisation sioniste entre 1936 et 1939.<br> <a href="#a4e9b7cd-03f1-4991-8b39-5b221ac6bfb9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="367cf7ff-279c-4eb1-af42-8b0cdd97d084"> Chaliand, 1971, p83.<br> <a href="#367cf7ff-279c-4eb1-af42-8b0cdd97d084-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="e1f8767a-d22d-4e3c-a789-cf81424367e8"> Comme l&rsquo;a dit Tony Cliff dans un article écrit au lendemain de la guerre de 1967, « seules les personnes qui soutiennent sans réserve un peuple colonial en rébellion contre l&rsquo;impérialisme sont fondées à critiquer sévèrement les politiques et les tactiques de leurs dirigeants »<br> <a href="#e1f8767a-d22d-4e3c-a789-cf81424367e8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="53b39bf8-2b55-43e7-814f-47575f46a60b"> Voir Marshall, 1989, pp. 106-113.<br> <a href="#53b39bf8-2b55-43e7-814f-47575f46a60b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="c66374e7-ec69-49be-bb47-871fb03b310a"> Voir <a href="https://player.vimeo.com/video/25917251?h=d811a692fa">https://player.vimeo.com/video/25917251?h=d811a692fa</a>. Voir également Marshall, 1989, pp112-113 ; Sayigh, 1991, p609.<br> <a href="#c66374e7-ec69-49be-bb47-871fb03b310a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="ab42f80a-9742-4417-84f2-6a1a45507b96"> Les Fedayin (qui signifient « ceux qui se sacrifient ») étaient les premiers combattants de la guérilla palestinienne.<br> <a href="#ab42f80a-9742-4417-84f2-6a1a45507b96-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="45996198-1c09-4b8d-9e2b-dde57763e6d0"> Fatah signifie « conquête », mais il s&rsquo;agit également d&rsquo;un acronyme inversé pour le nom officiel de l&rsquo;organisation, le Mouvement de libération nationale de la Palestine (Harakat al-Tahrir al-Watani al-Filastini).<br> <a href="#45996198-1c09-4b8d-9e2b-dde57763e6d0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="1c391afa-f210-4922-978e-820ec3a1532b"> « Watan » est le mot arabe pour “nation” ou “patrie”, et “wataniyya” (traduit par “nationalisme” ou “patriotisme”) est désormais associé à des formes de nationalisme basées sur les États-nations existant au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Elle s&rsquo;oppose à la « qawmiyya », le nationalisme panarabe. Dans certains cas, les mouvements nationalistes watani ont explicitement rejeté la qawmiyya parce qu&rsquo;elle propose une unité fondée sur l&rsquo;identité arabe, certains nationalistes watani affirmant que cela exclut les groupes non arabes de leur projet de libération. Cette critique du nationalisme qawmi a été influente en Irak, où le mouvement kurde était également engagé dans des luttes de libération.<br> <a href="#1c391afa-f210-4922-978e-820ec3a1532b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="91cc95f7-5f66-4e79-a307-a71173a58365"> Buck, 2013, p4.<br> <a href="#91cc95f7-5f66-4e79-a307-a71173a58365-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="8041cc3c-8e06-4aec-82fc-12ffd726f933"> Omar, 2002.<br> <a href="#8041cc3c-8e06-4aec-82fc-12ffd726f933-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="99423c96-8a8a-4792-951f-5da1c3b7568f"> Voir l&rsquo;article de Maher Charif, « Le Front démocratique pour la libération de la Palestine : 1969 to Present », sur Interactive Encyclopaedia of the Palestine Question- <a href="http://www.palquest.org/en/highlight/23611/democratic-front-liberation-palestine-%E2%80%93-dflp">www.palquest.org/en/highlight/23611/democratic-front-liberation-palestine-%E2%80%93-dflp</a><br> <a href="#99423c96-8a8a-4792-951f-5da1c3b7568f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="54068aaf-1f80-4465-9ef5-af9b0322bb3a"> Cette interview a été publiée dans une série de documentaires en langue arabe d&rsquo;Al Jazeera, intitulée The Tale of a Revolution, diffusée en 2008. L&rsquo;épisode, intitulé « Au pays des cèdres », est disponible en ligne à l&rsquo;adresse suivante : www.dailymotion.com/video/xq98wp. Le commandement général du FPLP est né d&rsquo;une scission du FPLP en 1968. Il est principalement basé en Syrie.<br> <a href="#54068aaf-1f80-4465-9ef5-af9b0322bb3a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="d30074de-958f-41b1-96f9-ec0835800150"> Salibi, 1988, p233.<br> <a href="#d30074de-958f-41b1-96f9-ec0835800150-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="2a4c3043-c8bb-45b8-a8b1-7acf02c67b57"> Harman, 2006.<br> <a href="#2a4c3043-c8bb-45b8-a8b1-7acf02c67b57-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="c47c0eb5-9b69-4f29-acd0-f48ebebadb70"> Harman, 1970.<br> <a href="#c47c0eb5-9b69-4f29-acd0-f48ebebadb70-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li><li id="5e1a3575-289b-4e63-89d6-cea46f89dc7f"> Bergman, 2016.<br> <a href="#5e1a3575-289b-4e63-89d6-cea46f89dc7f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18">↩︎</a></li><li id="b7984ea4-e670-4b2d-8117-1e216433bcc1"> Khaled, 1973, p64.<br> <a href="#b7984ea4-e670-4b2d-8117-1e216433bcc1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19">↩︎</a></li><li id="12e608f1-322a-4496-a6d1-f985a9152a80"> Front populaire de libération de la Palestine, 1969, p. 31 ; Khaled 1973, p. 27. Le Front national de libération du Viêt Nam avait lancé l&rsquo;offensive décisive du Têt en 1968.<br> <a href="#12e608f1-322a-4496-a6d1-f985a9152a80-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20">↩︎</a></li><li id="5dedef0c-81b4-4056-8c97-00b8f41fc84c"> Voir <a href="https://youtu.be/oHgZdCJOUAk?si=EWAyc_GaaiJrcGfN">A conversation between the sword and the neck  &#8211; Ghassan Kanafani</a><br> <a href="#5dedef0c-81b4-4056-8c97-00b8f41fc84c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21">↩︎</a></li><li id="182cc3da-041e-4122-8c7b-36f79046b7fa"> Voir Cliff, 2000 ; Greenstein, 2011. Nicola était un militant trotskiste palestinien de Haïfa. Il était à l&rsquo;origine l&rsquo;un des principaux membres du Parti communiste palestinien, mais il l&rsquo;a quitté lorsque le groupe s&rsquo;est scindé en deux parties, l&rsquo;une juive et l&rsquo;autre palestinienne, en 1939. Il a ensuite rejoint Ygael Gluckstein (plus tard connu sous le nom de Tony Cliff) dans une petite organisation trotskiste dans les années 1940. Après le départ de Gluckstein pour Londres (où il a fondé le Socialist Review Group, prédécesseur du Socialist Workers Party) et dans le sillage de la Nakba, Nicola s&rsquo;est imposé comme un intellectuel palestinien socialiste de premier plan. Il a joué un rôle important dans le développement politique du Matzpen (« Boussole »), une organisation socialiste israélienne, qu&rsquo;il a rejointe en 1963. Il a été assigné à résidence après la guerre des Six Jours avant de s&rsquo;installer à Londres en 1970.<br> <a href="#182cc3da-041e-4122-8c7b-36f79046b7fa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 22">↩︎</a></li><li id="184e0258-52bf-4de9-934f-86844f9bcf48"> Nicola, 1972.<br> <a href="#184e0258-52bf-4de9-934f-86844f9bcf48-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 23">↩︎</a></li><li id="9bf0d7b8-4967-46b3-a3d9-8aa2bb30ca41"> Front populaire de libération de la Palestine, 1967, p. 17.<br> <a href="#9bf0d7b8-4967-46b3-a3d9-8aa2bb30ca41-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 24">↩︎</a></li><li id="d2d4023d-e545-4c52-8a57-33137a957f64"> Au cours des années 1970, l&rsquo;OLP a pu développer une infrastructure relativement importante qui a servi à la fois à fournir des services essentiels aux Palestiniens dans les camps de réfugiés et à soutenir son projet politique. Les États arabes ont apporté des fonds à l&rsquo;OLP, permettant ainsi le développement d&rsquo;un « État sans territoire ». Voir Marshall, 1989, p. 130.<br> <a href="#d2d4023d-e545-4c52-8a57-33137a957f64-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 25">↩︎</a></li><li id="4ac49118-ee6b-4ee4-8b2e-197720b58c98"> Leopardi 2017, pp192-193.<br> <a href="#4ac49118-ee6b-4ee4-8b2e-197720b58c98-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 26">↩︎</a></li><li id="7c2aa719-7354-4c29-b5f0-7a8b5aa299a3"> Eleftheriadou, 2021.<br> <a href="#7c2aa719-7354-4c29-b5f0-7a8b5aa299a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 27">↩︎</a></li><li id="a32d5e2b-1aa7-4364-9b81-675e82919c64"> Leopardi, 2017, p50.<br> <a href="#a32d5e2b-1aa7-4364-9b81-675e82919c64-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 28">↩︎</a></li><li id="cfeb2f3f-54a6-4092-be4b-b92b2046f48d"> Hiltermann 1993, pp46-52.<br> <a href="#cfeb2f3f-54a6-4092-be4b-b92b2046f48d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 29">↩︎</a></li><li id="a0fb140c-a0dc-4bd4-b5c6-80c12474c1cd"> Intifada est le mot arabe qui signifie « soulèvement ». La première Intifada a éclaté en décembre 1987 à Gaza après un horrible incident au cours duquel un camion-citerne israélien a percuté des voitures transportant des travailleurs palestiniens et tué quatre passagers dans le camp de réfugiés de Jabalia. Les funérailles des morts se sont transformées en manifestations de masse contre l&rsquo;occupation israélienne, déclenchant d&rsquo;immenses mobilisations et des affrontements à travers Gaza et la Cisjordanie. Voir Marshall, 1989, p. 11.<br> <a href="#a0fb140c-a0dc-4bd4-b5c6-80c12474c1cd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 30">↩︎</a></li><li id="fb86ce47-ab8a-4571-8813-2693b48b242e"> Mishal and Aharoni, 1994, p98.<br> <a href="#fb86ce47-ab8a-4571-8813-2693b48b242e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 31">↩︎</a></li><li id="066ccb43-74b5-4ec6-8ffe-ef994fb9ee7a"> Marshall, 1989, p154-155.<br> <a href="#066ccb43-74b5-4ec6-8ffe-ef994fb9ee7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 32">↩︎</a></li><li id="c2c815b5-010c-4e1f-a712-c2141bd0d148"> Voir <a href="https://player.vimeo.com/video/25917251?h=d811a692fa">https://player.vimeo.com/video/25917251?h=d811a692fa</a><br> <a href="#c2c815b5-010c-4e1f-a712-c2141bd0d148-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 33">↩︎</a></li><li id="de7e61eb-adb0-4965-aea5-a2643dd080a2"> Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes, 1995.<br> <a href="#de7e61eb-adb0-4965-aea5-a2643dd080a2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 34">↩︎</a></li><li id="2205c1b7-7adc-40ae-983c-14769965121f"> Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes, 2006.<br> <a href="#2205c1b7-7adc-40ae-983c-14769965121f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 35">↩︎</a></li><li id="9cde98ad-7280-4fe9-bd16-2c355703cfb8"> Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes, 2023.<br> <a href="#9cde98ad-7280-4fe9-bd16-2c355703cfb8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 36">↩︎</a></li><li id="7bac5704-c718-4942-99fe-12706b78dfc5">Video disponible ici <a href="https://youtu.be/eHqSH7Gwc7g?si=fuwV_FbOP02iL3Dk">Nizar Banat on Iranian support of Palestinian resistance</a><br> <a href="#7bac5704-c718-4942-99fe-12706b78dfc5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 37">↩︎</a></li><li id="f8c8eff0-5800-41dd-ba5d-b44e6fcbf02e"> Skare, 2023.<br> <a href="#f8c8eff0-5800-41dd-ba5d-b44e6fcbf02e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 38">↩︎</a></li><li id="975aed7f-cdb9-4b94-8556-6eaaaf924266"> Al Jazeera, 2017.<br> <a href="#975aed7f-cdb9-4b94-8556-6eaaaf924266-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 39">↩︎</a></li><li id="805f58dc-5842-426d-90da-263063a2883d"> Associated Press, 2024.<br> <a href="#805f58dc-5842-426d-90da-263063a2883d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 40">↩︎</a></li><li id="789004f6-4b4c-4d39-a439-48d6dee08a38"> See <a href="https://palestinianyouthmovement.com/about">https://palestinianyouthmovement.com/about</a><br> <a href="#789004f6-4b4c-4d39-a439-48d6dee08a38-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 41">↩︎</a></li><li id="9859e0fe-4026-48d3-883b-65f6083a007b"> Malm, 2021.<br> <a href="#9859e0fe-4026-48d3-883b-65f6083a007b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 42">↩︎</a></li><li id="9ca3d732-e187-4563-92ad-eee904820e65"> Malm, 2024<br> <a href="#9ca3d732-e187-4563-92ad-eee904820e65-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 43">↩︎</a></li><li id="d944ae93-2d6b-4a0f-a133-826ac47b871b"> Abu-Manneh, 2024.<br> <a href="#d944ae93-2d6b-4a0f-a133-826ac47b871b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 44">↩︎</a></li><li id="9608b036-450a-4ca8-89cc-961ae8f72bd2"> United Nations, 2018.<br> <a href="#9608b036-450a-4ca8-89cc-961ae8f72bd2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 45">↩︎</a></li><li id="ee076ad0-1b5b-496a-8a77-ab6d9e60216a"> Munayyer, 2023.<br> <a href="#ee076ad0-1b5b-496a-8a77-ab6d9e60216a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 46">↩︎</a></li><li id="5a42aee5-8e0b-4cb9-8d4b-43cf9b4d1807"> Ross, 1982.<br> <a href="#5a42aee5-8e0b-4cb9-8d4b-43cf9b4d1807-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 47">↩︎</a></li><li id="40b5758e-d1b6-4f8b-8a2b-5baedb4c72b4"> Haddad, 2024.<br> <a href="#40b5758e-d1b6-4f8b-8a2b-5baedb4c72b4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 48">↩︎</a></li><li id="6bce9fb9-46db-40e8-b4df-eb7a988e2f50"> La deuxième intifada s&rsquo;est achevée en 2005 et a abouti au démantèlement des colonies israéliennes à Gaza et au retrait de l&rsquo;armée israélienne du territoire. La majeure partie de l&rsquo;Intifada a été marquée par des campagnes d&rsquo;attentats et de bombardements organisées par les groupes militants.<br> <a href="#6bce9fb9-46db-40e8-b4df-eb7a988e2f50-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 49">↩︎</a></li><li id="03c777d9-d8e8-4b1f-8b42-26ba647efb0c"> Zitun, 2024.<br> <a href="#03c777d9-d8e8-4b1f-8b42-26ba647efb0c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 50">↩︎</a></li><li id="5db73be0-e56c-4176-b723-56c0a972bc2b"> Alexander, 2024.<br> <a href="#5db73be0-e56c-4176-b723-56c0a972bc2b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 51">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/strategies-pour-la-liberation-anciens-et-nouveaux-arguments-de-la-gauche-palestinienne/">Stratégies pour la libération : anciens et nouveaux arguments de la gauche palestinienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Brochure : 1936, FRONT POPULAIRE &#8211; quels enseignements pour aujourd&#8217;hui ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-1936-front-populaire-quels-enseignements-pour-aujourdhui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Jun 2024 10:36:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brochures]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8520</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Brochure dans laquelle nous avons rassemblée 3 articles publiés sur le Front Populaire. Pour vous la procurer, contactez les militant·e·s A2C des divers groupes locaux (en région parisienne, Rennes, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Nantes, Brest) ou <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-1936-front-populaire-quels-enseignements-pour-aujourdhui/" title="Brochure : 1936, FRONT POPULAIRE &#8211; quels enseignements pour aujourd&#8217;hui ?">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-1936-front-populaire-quels-enseignements-pour-aujourdhui/">Brochure : 1936, FRONT POPULAIRE &#8211; quels enseignements pour aujourd&rsquo;hui ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Brochure dans laquelle nous avons rassemblée 3 articles publiés sur le Front Populaire. Pour vous la procurer, contactez les militant·e·s A2C des divers groupes locaux (en région parisienne, Rennes, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Nantes, Brest) ou <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/contact/">contactez-nous ici</a>. Pour télécharger la brochure au format pdf, cliquez ici : <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/brochure-front-pop3.pdf">BROCHURE FRONT POPULAIRE</a></p>



<p>Nous publions ci-dessous l’introduction de la brochure ainsi que son sommaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center">Face au danger fasciste, prenons les choses en main !<br>C’est tout. Et c’est énorme.</h2>



<p>Dix millions de voix pour les listes d’extrême droite, le RN en tête dans 93% des communes : il y a urgence à riposter. Le fascisme au pouvoir signifierait la fin de toute possibilité de s’organiser, et c’est bien le projet politique que le RN compte entreprendre depuis sa création. La réponse de Macron ? Dissoudre l’assemblée nationale. Ne perdons pas trop de temps à vouloir en comprendre les raisons, qui sont dans tous les cas contraires à nos intérêts et ne changent en rien ce que nous devons faire.</p>



<p>Depuis quelques jours, c’est comme un sentiment de déjà vécu. En 2022, on nous pressait d’aller voter, et les abstentionnistes devenaient quasiment responsables du risque que Le Pen arrive au pouvoir. Depuis, Macron a ouvert un boulevard aux fachos et le résultat de dimanche nous rappelle tout ce qui n’a pas été construit par les organisations qui avaient appelé à faire barrage. Mais la pression pour voter est de nouveau là, même si elle n&rsquo;offrira pas de meilleurs résultats en 2024. Plus important que cette question d&rsquo;aller voter ou non, la question centrale est de faire baisser le vote pour l’extrême droite. Les mobilisations massives en Allemagne contre l’AfD, qui ont permis de faire reculer son score électoral de façon significative, montrent que c’est possible. Nous sommes pour l’instant plus nombreux/ses à refuser le développement du fascisme qu&rsquo;à le soutenir. Les manifestations en cours offrent des possibilités de construire le front antifasciste large et populaire dont nous avons besoin. Alors, trouvons ensemble les moyens de nous organiser pour empêcher les fachos de faire leur campagne, sans attendre un appel unitaire qui n’arrivera peut-être pas. Construisons partout des zones antifascistes dans nos lieux de vie, d’étude ou de travail. Prévoyons d’être massivement sur les marchés les semaines à venir pour les empêcher d’y venir, recollons leurs affiches, manifestons contre leur meeting, faisons campagne contre leur campagne.</p>



<p><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/argumenter-et-convaincre-de-lurgence-antifasciste-et-antiraciste/">Contestons un à un tous les arguments qui justifient de ne pas agir !</a></p>



<p>Contestons le discours dominant dans les organisations de gauche, selon lequel les gens votent RN parce qu’ils seraient un peu perdus, un peu fâchés, sans être fachos. Qu’il s&rsquo;agirait donc de leur expliquer que ce parti n&rsquo;a pas de programme social, et de leur en proposer un pour les regagner. Toutes les enquêtes, tous les sondages, toutes les activités militantes, démontrent pourtant une autre réalité : le vote RN est le choix de celles et ceux qui mettent le racisme et le nationalisme au centre des réponses politiques. C’est donc plutôt la faiblesse des combats sur ce terrain qui rend le vote RN aussi stable, d&rsquo;élections en élections. Plaçons l&rsquo;antiracisme au coeur de la lutte antifasciste.</p>



<p>Alors que le « Nouveau front populaire » se fait en mettant sous le tapis les combats qui permettraient justement de contrer les fascistes &#8211; contre le racisme, l’islamophobie, l’impérialisme, le soutien à Israël &#8211; contestons enfin l&rsquo;idée que ces accords électoraux puissent être LA réponse et regardons là où des réponses existent déjà. La différence avec 2022 se trouve dans les mobilisations des mois passés qui ont constitué &#8211; par leur contenu politique &#8211; la meilleure réponse à l’hégémonie que le RN s’est employé à conquérir au niveau médiatique et politique en récoltant les fruits des attaques gouvernementales. Des mobilisations sans concession contre l’école du tri social, racial ou validiste à celles contre le génocide à Gaza, de la grève féministe à la riposte aux projets de lois transphobes, de la lutte des collectifs de sans-papiers contre la loi Darmanin à celle des Kanaks, l’alternative au danger fasciste réside dans l’organisation et la détermination de notre classe à affirmer son rejet d’une société qui mène à la barbarie. La colère qui s’exprime actuellement dans les manifestations peut nous permettre d’arriver à développer, à ancrer, à faire gagner ces luttes, à la condition d’y faire progresser l’idée que le pouvoir est là, dans nos collectifs, nos manifestations, nos grèves. Un pouvoir potentiellement révolutionnaire.</p>


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<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/Design-sans-titre26-1024x1024.png" alt="" class="wp-image-8532" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/Design-sans-titre26-1024x1024.png 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/Design-sans-titre26-300x300.png 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/Design-sans-titre26-150x150.png 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/Design-sans-titre26-768x768.png 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/06/Design-sans-titre26.png 1080w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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		<title>Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Nov 2023 23:06:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Hamas]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Nakba]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[sionisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’attaque du 7&#160;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&#160; <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/" title="Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’attaque du 7&nbsp;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Le courant sioniste</h2>



<p class="has-drop-cap"><strong>D</strong>eux grands courants politiques juifs émergent en réaction à l’antisémitisme en Europe et dans l’empire russe à la fin du 19<sup>e</sup> siècle.</p>



<p>Le premier est un courant socialiste implanté dans la classe ouvrière juive et qui prend part à toutes les grandes luttes des exploité·es en Europe. Ce courant, symbolisé par le Bund, préconise et pratique la lutte frontale contre l’antisémitisme et l’unité des exploité·es sur une base de classe pour la transformation révolutionnaire de la société<sup data-fn="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" class="fn"><a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link">1</a></sup>.</p>



<p>Le second courant est le sionisme, dont la figure de proue est Theodor Herzl. Pour les sionistes, il est impossible de combattre l’antisémitisme ; la seule solution est le séparatisme, la fondation d’un État juif. Mais c’est impossible sans le soutien d’un pays impérialiste. Ayant un temps cherché à obtenir le parrainage de dirigeants de l’empire russe (eux-mêmes directement responsables de pogromes antisémites)<sup data-fn="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" class="fn"><a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link">2</a></sup>, les sionistes se tournent vers la Grande-Bretagne.</p>



<p>Après la première guerre mondiale et la chute de l’empire ottoman, c’est l’empire britannique qui contrôle la Palestine et d’autres territoires arabes comme l’Iraq et l’Egypte. Il voit d’un bon œil l’implantation d’une population colonisatrice (et armée) en Palestine<sup data-fn="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" class="fn"><a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link">3</a></sup>. Elle pourra servir d’avant-poste de l’impérialisme dans une zone dont l’emplacement géographique et les ressources naturelles lui confèrent une importance centrale. Mais la migration juive vers la Palestine se fait au compte-gouttes jusqu’au début des années 1930. Ensuite, la montée de l’antisémitisme en Europe accélèrera la migration vers la Palestine et liquidera au passage la tradition révolutionnaire juive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Séparatisme et Nakba en Palestine</h2>



<p>La vie sioniste en Palestine s’organise autour du principe de la discrimination systémique. Les « syndicats de travailleurs hébreux » (Histadrut) organisent des piquets pour empêcher les Arabes de travailler dans les entreprises juives, et empêcher les produits arabes d’être vendus sur les marchés juifs<sup data-fn="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" class="fn"><a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link">4</a></sup>. La lutte raciste prend donc le pas sur la lutte de classe pour les syndicats sionistes.</p>



<p>Une révolte palestinienne anticoloniale éclate en 1936 contre les autorités britanniques et les expulsions de la paysannerie palestinienne par les sionistes. Le mouvement s’implante dans les milieux ruraux comme urbains et la lutte prend plusieurs formes, des manifestations de masse aux actions armées en passant par les grèves. Les élites palestiniennes traditionnelles rejoignent d’abord le mouvement mais, effrayées par sa radicalité, finissent par se ranger du côté des Britanniques.</p>



<p>Pour contrer la révolte, les Britanniques, en plus des méthodes « classiques » et brutales de répression coloniale, financent et organisent les milices sionistes (Haganah). Elles participent à la répression et à la protection des intérêts impérialistes britanniques<sup data-fn="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" class="fn"><a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link">5</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les deux géniteurs de l’Etat d’Israël :</strong> <strong>le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental </strong></h2>



<p>Face à une armée coloniale et des milices sionistes mieux armées et organisées, la révolte est écrasée en 1939. La défaite ouvre la voie à la création de l’Etat d’Israël neuf ans plus tard. Les milices sionistes, désormais organisées en véritable armée, massacrent des milliers de Palestinien.ne.s et en expulsent un peu moins d’un million, un nettoyage ethnique que les Palestinien.ne.s appelleront la « Nakba », mot arabe signifiant catastrophe. Moshe Dayan, militaire et dirigeant israélien déclarait en 1969 : « Des villages juifs ont été construits à la place des villages arabes […] Il n’existe pas un seul endroit construit dans ce pays (NdT : Israël) qui n’eut pas précedemment été peuplé par des Arabes »<sup data-fn="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" class="fn"><a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link">6</a></sup>.</p>



<p>Le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental : voilà donc les deux géniteurs de l’Etat d’Israël. Cette double nature continue de définir Israël, qui ne manque aucune occasion de prouver son utilité à ses sponsors occidentaux tout en continuant le processus de dépossession et de colonisation des Palestinien.ne.s auquel elle est structurellement contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël mate les États Arabes</h2>



<p>En 1956, Israël s’allia à la Grande-Bretagne et la France pour attaquer l’Egypte en réaction à la nationalisation du canal de Suez par le régime de Nasser. La pression politique des USA et de l’URSS mit fin à l’aggression tripartite, mais seulement pour signaler que le Moyen-Orient serait désormais le terrain de jeu des deux superpuissances. A partir de ce moment, Israël devient la tête de pont principale de l’impérialisme américain dans la région. Israël engage une guerre surprise contre l’Egypte et la Syrie en 1967, met leurs armées en déroute en six jours et casse le dos du nationalisme arabe de Nasser. Ce tournant est significatif car il protège aussi les monarchies petrolières arabes du Golfe, alliées aux USA et menacées par l’opposition nationaliste et anticoloniale inspirée par Nasser.</p>



<p>C’est à partir de ce moment que la résistance palestinienne s’organise autour de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) dominée par le Fatah de Yasser Arafat. L’OLP s’appuie principalement sur les camps de réfugié.e.s palestinien.ne.s situés au Liban, en Syrie et en Jordanie pour lancer des attaques armées contre Israël. Le programme adopté est celui de la libération de toute la Palestine historique, le retour des réfugié.e.s et l’établissement d’un Etat laïc démocratique avec égalité des droits.</p>



<p>La résistance palestinienne devient immédiatement populaire parmi les masses palestiniennes et arabes, mais elle présente deux failles stratégiques. Premièrement, l’élitisme&nbsp;: l’accent est mis sur la lutte militaire dirigée par l’OLP et non sur les initiatives des masses sous toutes leurs formes. Et surtout, une politique dite de «&nbsp;non-ingérence&nbsp;» dans les affaires internes des Etats arabes est adoptée. Le Fatah pronait une non-ingérence «&nbsp;absolue&nbsp;» dans les affaires des régimes arabes, mais le FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine, autre faction de l’OLP), d’orientation «&nbsp;marxiste-léniniste&nbsp;», appliquait cette politique de manière sélective&nbsp;: il distinguait les régimes arabes selon une nature soit-disant progressiste ou réactionnaire.</p>



<p>Cette politique de non-ingérence rendit l’OLP et ses différentes factions finalement tributaires de sponsors étatiques successifs, de dirigeants régionaux (qu’ils fussent classés «&nbsp;progressistes&nbsp;» ou «&nbsp;réactionnaires&nbsp;») profitant de la popularité de la lutte palestinienne pour consolider la légitimité de leurs régime. En même temps, ces dirigeants réprimaient des mouvements et des soulèvements populaires et sociaux eux-mêmes largement inspirés par la lutte palestinienne. Les factions de résistance armée actuelles comme le Hamas suivent une politique similaire dans leurs rapports avec la masse palestinienne et les régimes de la région.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="727272" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #727272;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-8014 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-300x215.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-768x551.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">1987 : première Intifada</h2>



<p>Chassée de la Jordanie en 1970, l’OLP se réfugie à Beyrouth. L’invasion du Liban par Israël en 1982 et le siège brutal de Beyrouth contraignent l’OLP à se retirer vers Tunis.</p>



<p>Ayant vaincu les Etats arabes en 1967, éloigné l’OLP de ses frontières en 1982 (et entretemps signé des accords de paix avec l’Egypte en 1979), Israël pouvait légitimement penser avoir liquidé la cause palestinienne. Mais en 1987 éclate la première Intifada («&nbsp;soulèvement&nbsp;» en arabe), révolte populaire à Gaza et en Cisjordanie. Ce mouvement de masse face à l’occupation est le plus gros soulèvement en terre palestinienne depuis la révolte de 1937&nbsp;; il prend la forme de manifestations, de grèves de masse et d’actions armées individuelles ou organisées. Yasser Arafat reste populaire parmi les palestinien.ne.s mais ne contrôle absolument pas l’Intifada dont les symboles resteront des enfants jetant des pierres.</p>



<p>En réaction à l’Intifada, des cadres palestiniens d’organisations soeurs des Frères Musulmans égyptiens et implantées à Gaza fondent le Hamas<sup data-fn="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" class="fn"><a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link">7</a></sup>. Jusque-là, la majorité des islamistes se contentaient de prosélitisme et d’activités sociales et caritatives. Le Hamas et sa branche armée<sup data-fn="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" class="fn"><a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link">8</a></sup> adoptent une politique de confrontation avec Israël, comme le fait le Jihad Islamique<sup data-fn="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" class="fn"><a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link">9</a></sup> fondé quelques années plus tôt, également par d’anciens cadres des Frères Musulmans.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Accords d’Oslo et la naissance de l’autorité palestinienne</strong></h2>



<p>Après les régimes arabes et la guerilla issue des camps de réfugié.e.s de pays limitrophes, c’est au tour des Palestinien.ne.s de Gaza et de Cisjordanie de poser un sérieux problème à Israël. Pour le résoudre, la classe dirigeante israélienne est prête à un compromis avec le Fatah d’Arafat&nbsp;: les accords d’Oslo sont signés en 1994 sous le patronage des USA, désormais tous-puissants au Moyen-Orient après la chute de l’URSS, et donnent naissance à l’Autorité Palestinienne (AP). Celle-ci exerce son semblant d’autorité sur Gaza et la Cisjordanie, dont l’occupation par l’armée israélienne et la colonisation progressive continuent néanmoins.</p>



<p>Il s’agit d’un Etat au rabais pour la bourgeoisie palestinienne collaboratrice et corrompue, qui reconnaît officiellement l’Etat d’Israël et condamne «&nbsp;le terrorisme et autres formes de violences&nbsp;». L’AP, dont la totalité des revenus transite par l’administration israélienne, est dotée de forces de sécurité et de services de renseignement avec plus de 40000 hommes armés. Ils sont là pour réprimer toute tentative de résistance, armée ou non, venant de Gaza ou de Cisjordanie. Israël semble donc avoir réussi un coup de maître&nbsp;: sous-traiter le contrôle quotidien des Palestinien.ne.s à une organisation palestinienne en lui faisant miroiter une carotte pourrie, la solution «&nbsp;à deux Etats&nbsp;» où l’Etat existant occupe et continue de coloniser le territoire désigné du futur Etat.</p>



<p>Une seconde Intifada éclate en 2000 dans les territoires palestiniens. Similaire à celle de 1987, elle est plus massive et plus violente avec la multiplication d’attaques des différents groupes armés de toutes tendances<sup data-fn="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" class="fn"><a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link">10</a></sup>. L’Intifada est un désaveu clair de la politique conciliatrice de l’AP et signale que le peuple palestinien n’est pas prêt de lâcher l’affaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La montée du Hamas</h2>



<p>En 2006, le Hamas gagne (à la régulière) les élections dans les territoires palestiniens. C’est un camouflet de plus pour le Fatah et sa politique, mais celui-ci, avec l’appui d’Israël et des pays occidentaux, rejette les résultats. Après un affrontement armé, l’AP prend le contrôle de la Cisjordanie et le Hamas prend le contrôle de Gaza. L’armée israélienne, qui s’était retirée de la bande de Gaza un an plus tôt, entame un blocus du territoire avec la complicité du régime égyptien.</p>



<p>La nouvelle situation est donc celle où des guerres périodiques éclatent entre Israël d’un côté, le Hamas et d’autres factions armées<sup data-fn="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" class="fn"><a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link">11</a></sup> à Gaza, alors qu’en Cisjordanie l’occupation continue et la colonisation s’accélère sous les yeux d’une Autorité Palestinienne qui n’attend plus qu’on vienne signer son acte de décès. Les affrontements sont réguliers entre manifestant.e.s palestinien.ne.s et soldats israéliens qui protègent des colons de plus en plus agressifs et ouvertement fascistes.</p>



<p>En 2021, un soulèvement contre la poursuite de la colonisation de Jérusalem-Est éclate en Cisjordanie, et s’étend jusqu’à l’intérieur de l’Etat d’Israël, où il existe des populations palestiniennes<sup data-fn="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" class="fn"><a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link">12</a></sup> représentant une minorité appauvrie et discriminée ; en même temps éclate une confrontation armée entre la résistance à Gaza et Israël. Pour la première fois depuis la Nakba, un mouvement politique a lieu sur tout le territoire de la Palestine historique : la lutte renoue les fils que le colonialisme avait cassé.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Dilemmes moraux ?</strong></h2>



<p>L’histoire du «&nbsp;conflit&nbsp;» israélo-palestinien est plus complexe que le résumé donné ci-dessus. Mais les questions essentielles, qui permettent de prendre position, sont assez simples&nbsp;: Israël est un Etat né d’un processus de colonisation et de nettoyage ethnique. Il n’a pu le faire sans le soutien des forces impérialistes les plus puissantes, à savoir la Grande-Bretagne puis les USA.</p>



<p>L’existence même de l’Etat d’Israël signifie la poursuite de la colonisation et de l’occupation, jusqu’à la liquidation finale de la « cause palestinienne ». Toutes les tendances politiques – sionistes- en Israël sont des variations sur ce même thème. Selon le militant palestinien Majd Kayyal, la lutte politique intérieure en Israël pivote, en dernier lieu, sur « la détention des moyens et sur la méthode à utiliser pour opprimer les Palestinien·nes.<sup data-fn="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" class="fn"><a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link">13</a></sup> » La « démocratie » israélienne ne vaut donc pas mieux que la démocratie des propriétaires d’esclaves Etats-Uniens au 19<sup>e</sup> siècle ou que celle de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid.</p>



<p>C’est seulement dans ce contexte historique qu’on peut analyser sérieusement les attaques du 7 octobre 2023 et espérer y porter un jugement moral. Elles sont un acte politique effectué par des moyens militaires. Or tout le procédé du camp d’en-face est de dépolitiser (et pas seulement sur la question palestinienne).</p>



<p>Pour Frédéric Lordon, « Fait pour n’installer que la perspective de l’éradication et barrer toute analyse politique, ‘terrorisme’ est une catégorie hors-politique, une catégorie qui fait sortir de la politique.<sup data-fn="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" class="fn"><a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link">14</a></sup> » Or il n’existe pas de morale au-dessus de la politique ; celles et ceux qui affirment le contraire le font pour des raisons… politiques. Pour nous faire croire qu’un Etat colonisateur et occupant aurait le « droit de se défendre » face aux colonisé.e.s et aux occupé.e.s. Pour protéger le status quo.</p>



<p>Mais alors, les atrocités ? La guerre est le domaine des atrocités ; elle et ses calamités sont imposées par l’oppresseur, qui naturellement en commet beaucoup plus que l’opprimé. Algérie, Vietnam, Commune de Paris, Afrique du Sud : les opprimé.e.s ont commis beaucoup d’atrocités durant leurs luttes émancipatrices. Pendant la guerre de Sécession, les esclaves noirs ont commis des exactions horrifiantes lorsqu’ils se sont retrouvés armes à la main face à leurs anciens « propriétaires » et leurs familles. Qui oserait nous dire aujourd’hui que cette violence était illégitime ? Alors pourquoi celle des palestinien.ne.s contre leurs colonisateurs serait moins légitime ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Par tous les moyens nécessaires ! (sauf&nbsp;les moyens islamistes)</h2>


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<figure class="alignright size-medium"><img data-dominant-color="8b8b8b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8b8b8b;" loading="lazy" decoding="async" width="300" height="300" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp" alt="" class="wp-image-8015 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2.jpg 1000w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></figure>
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<p>L’islamisme du Hamas, par les temps qui courent, offre une excuse bon marché à la gauche vacillante qui veut éviter de choquer l’opinion publique bourgeoise en se déclarant solidaire de la résistance palestinienne. Il suffit ici d’attirer l’attention sur quelques faits : le Hamas n’est ni le premier, ni le dernier mouvement anticolonial à avoir des références idéologiques réactionnaires. De plus, toutes les factions armées palestiniennes (islamistes, nationalistes laïques, marxistes) sans exception se sont déclarées solidaires de l’opération du 7 octobre 2023 et combattent ouvertement aux côtés du Hamas. Ce dernier est, au final, une faction palestinienne parmi tant d’autres, à la fois parti politique, mouvement social et groupe armé, avec son histoire contradictoire mais ancrée dans la lutte nationale pour la libération de la Palestine. Et c’est pour cette dernière raison que le Hamas est populaire en Palestine<sup data-fn="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" class="fn"><a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link">15</a></sup>. C’est pour cette raison aussi qu’il mérite que l’on sorte de la stupéfaction intellectuelle dans laquelle nous plongent les mots « terroriste », « obscurantiste », etc, et qu’on tente de l’analyser rationnellement pour ce qu’il est, de le critiquer pour les bonnes raisons.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspectives de libération</h2>



<p>Les ministres et généraux israéliens déclarent ouvertement que la guerre actuelle est l’opportunité de poursuivre le nettoyage ethnique en expulsant les «&nbsp;animaux humains&nbsp;» qui habitent Gaza vers le désert du Sinaï en Egypte.</p>



<p>Joe Biden aime répéter que «&nbsp;si Israël n’existait pas, il eut fallu l’inventer pour protéger nos intérêts dans la région&nbsp;». Au lendemain de l’attaque du 7 octobre, il a envoyé deux portes-avions et un sous-marin nucléaire en mer Méditerranée pour appuyer son vassal. Faisant face à Israël, les Palestinien.ne.s se battent aussi contre l’impérialisme le plus puissant de l’histoire. La lutte nationale palestinienne n’est donc pas une lutte isolée, elle est intimement liée à la lutte anti-impérialiste et à la lutte des classes dans la région.</p>



<p>La libération de la Palestine passe par la lutte des classes dans toutes les capitales des régimes arabes, car elle nécessite le renversement de tout l’ordre établi dans la région et au-delà, afin de remplacer un Etat colonial par un Etat laïc, démocratique, qui reconnaisse des droits égaux à toutes et tous, Juif.ve.s, Musulman.e.s, Chrétien.ne.s et personnes sans religions.</p>



<p>La révolution égyptienne de 2011 a été menée par un large milieu militant (nationaliste, islamiste, socialiste et ouvrier) formé dans les luttes de solidarité avec l’Intifada de 2000&nbsp;;&nbsp;le premier symbole auquel les révolutionnaires se sont attaqué.e.s après la chute de Moubarak en 2011 fut l’ambassade d’Israël, ce qui a mené les dirigeants israéliens à déclarer que la révolution égyptienne leur était bien plus dangereuse que la menace venant de l’Iran.</p>



<p>Affirmer cela n’est pas dévaloriser la lutte du peuple palestinien&nbsp;; c’est au contraire montrer que, lorsque les Palestinien.ne.s se soulèvent, c’est le destin de l’humanité qui est en jeu.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Jad Bouharoun (Paris 18<sup>e</sup>)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d">Lire “Le Yiddishland révolutionnaire”, par Sylvia Klingberg et Alain Brossat <a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b">Lire “The iron wall”, par Lenni Brenner <a href="https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm</a> <a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde">Selon le premier gouverneur militaire britannique de Jérusalem, Ronald Storrs, les Sionistes formaient « un petit Ulster (nom de la province irlandaise pro-monarchie) loyal à l’Angleterre dans une mer d’Arabes potentiellement hostiles ». <a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802">Tony Cliff, “Roots of Israel’s violence” <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm</a> <a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed">Une mission de la Haganah était la protection du pipeline de Haifa qui achemine le pétrole depuis Kirkouk en Iraq, qui était contrôlé par les Britanniques. <a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915">Discours prononcé au Technion de Haifa, rapporté dans le journal Haaretz le 4 avril 1969. <a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f">Acronyme de <em>Harakat al Muqawama al Islamiyya</em>, Mouvement de résistance islamique <a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9">Les brigades Ezzedine al-Qassam, du nom d’un imam syrien ayant dirigé des révoltes anticoloniales en Syrie et en Palestine dans les années 1930. <a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070">Branche armée : brigades Al Quds <a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8">Les attentats-suicides sont organisés aussi bien par le Hamas (islamiste) que par le FPLP (marxiste et laïque). <a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c">Aidé par les autres factions palestiniennes armées à Gaza, notamment le Jihad Islamique, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa (ancienne branche armée du Fatah) et le FPLP. <a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d">Les « Palestinien.ne.s de l’intérieur » sont une minorité arabe qui n’a pas été chassée en 1948 et qui ont donc la citoyenneté israélienne. <a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/</a> <a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3"><a href="https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire</a> <a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3"><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html</a> <a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/">Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mutualité]]></category>
		<category><![CDATA[Ordre Nouveau]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’article d’Alain Pojolat sur la manif antifasciste du 21 juin 1973, violente, avec attaque frontale de la police, protégeant l’accès au meeting d’Ordre nouveau contre l’immigration sauvage, mérite que l’on revienne sur le contexte historique, social <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/" title="50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/21-juin-1973-interdire-physiquement-les-meetings-fascistes/">L’article d’Alain Pojolat sur la manif antifasciste du 21 juin 1973</a>, violente, avec attaque frontale de la police, protégeant l’accès au meeting d’Ordre nouveau contre l’immigration sauvage, mérite que l’on revienne sur le contexte historique, social et militant. Il ne s’agit pas de contredire l’article mais d’y apporter des éclairages nécessaires et instructifs pour aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Les luttes et mobilisations des années 1950 et 1960, guerres de décolonisation et de libération nationale des peuples, les écrits et discours vont permettre d’échapper au seul face à face entre l’impérialisme américain et le bloc soviétique stalinien, le capitalisme impérialiste et le capitalisme d’État, ceux qui se sont partagés le monde à Yalta et Postdam, après la défaite hitlérienne.&nbsp;</p>



<p>La tentative de putsch des généraux d’avril&nbsp;1961 en Algérie va faire basculer une partie des militants d’extrême droite, qui rêvent de perpétuer l’Empire et tentent de construire un front uni anticommuniste et antidécolonialiste, la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), vers les terroristes de l’OAS.&nbsp;</p>



<p>L’extrême gauche, décolonisatrice, Algérie algérienne, se réoriente alors vers une mobilisation et un activisme anti-OAS, antifasciste, notamment pour prévenir tout risque de coup d’État. Cela va mener à la création du FUA, Front uni antifasciste.&nbsp;</p>



<p>Les forces en présence, outre l’Unef, alors organisation de masse très engagée pour l’Algérie algérienne, sont l’UEC avec diverses tendances (gramsciste, différents courants trotskistes, une tendance maoïste et bien sûr le courant stalinien du PCF) et le Parti socialiste unifié (PSU) qui monte des Groupes d’action et de résistance (GAR). De son côté l’OCI, trotskiste lambertiste, refuse de rejoindre le FUA et créer la Fédération des étudiants révolutionnaires qui va également combattre l’extrême droite.</p>



<p>Les fachos nationalistes attaquent violemment la librairie et le journal Clarté de l’UEC tenu par les oppositionnel·les majoritaires, et envoient à l’hôpital Pierre Goldman en décembre&nbsp;1964, ou Alain Krivine en mai 1965.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La violence en milieu étudiant : « la peste brune s’écrase dans l’œuf » !&nbsp;</h2>



<p>Les affrontements ne cessent pas. En 1964, la FEN exclut huit de ses membres, dont François Duprat, Gérard Longuet, Alain Madelin, Alain Robert, qui vont créer avec d’autres Occident. Ils généralisent les attaques à la barre de fer et les passages à tabac. En réaction, les organisations d’extrême gauche restructurent leurs SO et se donnent les moyens de riposter. Jusqu’à mai 1968 la violence d’Occident s’accentue (attaques contre des beatniks, des dirigeants d’extrême gauche, des meeting Vietnam à Rouen et à Paris)&#8230; Les ripostes sont déterminées : attaques d’Assas, de rassemblements et manifs faschos, de diffusions de tracts et passages à tabac de militants et dirigeants… C’est dans ce contexte que la direction du PCF exclut les antistaliniens majoritaires de l’UEC en 1965-1966, ce qui donnera naissance à la JCR en 1966, à l’UJCML… mais aussi aux comités Vietnam. De ce vivier militant naissent et se massifient les organisations révolutionnaires de 1968 et des années 1970, constituant un véritable tournant. Parallèlement au milieu étudiant, les lycéen·nes prennent toute leur part à cette histoire (Comité Vietnam lycéen, grève des lycées de novembre 1967 et création des CAL…).</p>



<p>Cette radicalisation militante se fait dans un internationalisme des luttes, des idées, des projets révolutionnaires notamment :</p>



<p>–&nbsp;Contre la torture en Algérie et contre la violence d’État (les coups de force du 13&nbsp;mai 1958 pour amener De Gaulle à l’Élysée, la répression sanglante des manifestations des algériennes et algériens du 17&nbsp;Octobre 1961, et celle du 8&nbsp;mars 1962).&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Contre la guerre au Vietnam en soutien au FNL (création en 1966 du Comité Vietnam national pour la JCR, des comités Vietnam de base pour les maos).</p>



<p>–&nbsp;La création par Cuba en janvier 1966 de la tricontinentale, qui va donner naissance à l’Organisation de la solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Les participant·es provenaient de 82 pays du tiers monde profondément marqués par la décolonisation et l’anti-impérialisme, issus de mouvements sociaux d’horizons politiques différents : organisations nationalistes, maoïstes, trotskistes, castristes ou guevaristes prônant souvent la résistance armée et l’essor des guérillas.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;En avril 1966 débute à Pékin la grande révolution culturelle prolétarienne.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Du 5 au 10&nbsp;juin 1967, Israël annexe la Cisjordanie, du Golan, de Gaza, et tout Jérusalem après la guerre éclaire des 6 jours.&nbsp;</p>



<p>Cette culture politique intégrant la violence révolutionnaire s’est donc forgée contre le capitalisme et la société individualiste bourgeoise de la fin des 30 glorieuses, contre l’impérialisme, le stalinisme et ses déclinaisons politiques, contre les fascistes, les défenseurs de l’Empire français et les héritiers du national-socialisme, contre la démocratie bourgeoise au travers du gaullisme et sa violence d’État.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Septembre noir un tournant pour l’internationalisme et le contenu des stratégies révolutionnaires</h2>



<p>Le conflit entre le royaume jordanien et son armée, soutenu par des pays de la région, les USA et des pays européens, et l’OLP s’envenime et se poursuit du 12&nbsp;septembre 1970 à juillet 1971, quand Arafat et ses combattants sont expulsés de Jordanie manu militari. Toujours plus loin de leur territoire, la Palestine, les palestinien·nes vont créer des organisations de lutte pour la libération de leur pays, des organisations paramilitaires voire militaires recourant à la violence terroriste. Ces évènements vont profondément marquer les années 1970 et voir naître nombre d’organisations recourant aux attentats et aux meurtres de personnalités représentant le capitalisme, l’impérialisme, la guerre contres les palestinien·nes (Action directe, la Bande à Baader-Fraction armée rouge, les Brigades rouges …)</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="646464" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #646464;" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="669" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7898 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-300x201.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-768x514.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les manifs attaques des meeting fascistes (Palais des sports 1971, Mutualité 1973)</h2>



<p>Les affrontements entre Occident, Ordre nouveau, et en premier lieu la JCR puis la Ligue communiste mais aussi des organisations maoïstes, le PSU, Révolution, ne vont pas cesser. Le 9&nbsp;mars 1971, Ordre nouveau tient un meeting néo-nazi au Palais des sports. Des mouvements d’extrême gauche diffusent un tract : « Le meeting d’Ordre nouveau n’aura pas lieu ». De violents affrontements éclatent entre les contre-manifestants et la police à laquelle se joint le service d’ordre d’Ordre nouveau. Pour préparer la contre manif et l’attaque du meeting la Ligue organisa une campagne avec articles de presse, textes avec signatures et appels au 9&nbsp;mars. Cela se traduira par la présence d’anciens résistants FTP et de déportés porte de Versailles pour affirmer aux côtés des manifestant·es la continuité du combat antifasciste, « Le fascisme ne passera pas ».</p>



<p>Le 21&nbsp;juin 1973, Ordre nouveau décide de tenir à la Mutualité un meeting sur le thème : « Halte à l’immigration sauvage ! », une véritable provocation pour l’extrême gauche et qui confirme que le racisme est un terreau privilégié pour le développement et l’expression du fascisme (voir l’article d’Alain Pojolat). Pour cette manif, contrairement à 1971 la campagne est presque inexistante.</p>



<p>Le 28&nbsp;juin, le gouvernement dissout la Ligue communiste et Ordre nouveau. Les dirigeants d’Ordre nouveau ne sont pas inquiétés par la justice tandis que des dirigeant·es de la Ligue communiste, sont recherché·es et certain·es incarcéré·es. L’ensemble de la gauche, y compris le Parti communiste, se solidarise contre la dissolution de la Ligue communiste. Le 4&nbsp;juillet un meeting se tient au Cirque d’hiver mais la Ligue communiste y est privée de parole. Un appel, signé par des organisations d’extrême gauche, est publié : « … Nous appelons à la constitution d’un comité national sur la base de cet appel pour engager la lutte et faire échec à la répression. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">En forme de conclusion provisoire</h2>



<p>La radicalité idéologique contre le capitalisme, l’impérialisme doit-elle se traduire par la violence armée, y compris au sein des démocraties bourgeoises, un terrorisme aveugle ou des assassinats individuels ? Au-delà des luttes contre l’impérialisme, des luttes de libération nationale, la fin ne peut justifier à elle seule les moyens. Nous sommes toujours au cœur de ce débat, qui a traversé la Ligue et l’extrême gauche suite à l’interdiction en 1973 et à l’apparition d’organisations dites « terroristes » mais qui n’a jamais pris l’ampleur nécessaire. Le capitalisme pour mener sa guerre de classe impose l’individualisme contre l’encommun et le bien commun. En ce sens les assassinats d’Aldo Moro symbole de la démocratie bourgeoise, démocratie chrétienne, par les Brigades rouges, celui de Georges Besse par Action directe, symbole du capitalisme, du grand patronat, celui d’Hans Martin Schleyer symbole du grand capital et des nazis « repentis » par la Bande à Baader n’individualisent pas la lutte de classe. Sans commune mesure, cela va de soi, le « Je lutte de classe » n’est-il pas une victoire de cet individualisme ? Le « nous lutte de classe » aurait porté en avant l’encommun et la volonté, solidarité et détermination de notre classe.</p>



<p>Si ce débat reste ouvert, quelle stratégie doit-on avoir aujourd’hui contre l’extrême droite, les fachos. Cette lutte indispensable doit-elle se dissoudre dans les luttes contre le macronisme et le capitalisme ? Je suis convaincu qu’il doit y avoir une spécificité à ce combat. Les succès électoraux du FN-RN doivent nous amener à préciser notre stratégie et nos tactiques. Il faut amener le RN à son fondement idéologique et à « sortir du bois ». Pour se faire il faut se défendre et ne pas laisser les groupuscules d’extrême droite et Reconquête occuper le terrain et nous attaquer. Il y a urgence à constituer un front antifasciste unitaire, le plus large , déterminé, tout particulièrement quand se développent, au sein de la société, des médias, la doxa fascisante, les pires discours idéologiques, démagogiques et populistes, tout particulièrement contre l’immigration « sauvage », on y revient !</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marc Slyper</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/">50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Salvador Allende et les impasses du réformisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Sep 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Allende]]></category>
		<category><![CDATA[Chili]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 11&#160;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/" title="Salvador Allende et les impasses du réformisme">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Le 11&nbsp;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période la plus violente et sombre de l’histoire récente de ce pays et de l’Amérique latine. Ces événements nous intéressent en tant que militant·es révolutionnaires en France parce qu’ils posent des questions très pertinentes sur les perspectives révolutionnaires et la question du réformisme, majoritaire à&nbsp;gauche et dans les mouvements anticapitalistes d’aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a question de l’autonomie de classe fut très bien incarnée par les mouvements sociaux des ouvrier·es et des paysan·nes chilien·nes de l’époque. Réfléchir aux événements chiliens d’après 1970 est donc impératif pour celleux qui s’intéressent à l’avenir de l’Amérique latine et des mouvements sociaux partout dans le monde. Cet article s’inscrit dans une série d’articles proposés par Autonomie de classe, sur 1973 et le début d’un nouveau temps de crise du système capitaliste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les veines ouvertes d’Amérique latine</h2>



<p>Au Chili des années 1950-1960, les intérêts des grands propriétaires de terres, des banquiers et des capitalistes étaient complètement connectés à une oligarchie locale très puissante, en lien avec l’impérialisme étatsunien. La vie économique du pays était contrôlée par un mixte d’oligarchie, de bourgeoisie et de forces impérialistes. Les bourgeois avaient des terres et les grands propriétaires de terres avaient des parts dans les industries de mines et de commerce, les deux classes étaient étroitement liées par des intérêts financiers communs.<sup data-fn="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" class="fn"><a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link">1</a></sup></p>



<p><em>« Le capitalisme chilien, dès sa naissance, était lié de manière décisive aux intérêts impérialistes étrangers. D’autre part, il était lié aux intérêts des grands propriétaires par le biais de la banque et du commerce. C’est précisément pour cette raison que la bourgeoisie « nationale » n’a jamais été capable d’accomplir les tâches historiques de la révolution démocratique bourgeoise et n’en sera jamais capable. »</em>&nbsp;Comme nous le présente Alan Woods dans son article « Lessons of Chile 1973 »publié en 1979.<sup data-fn="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" class="fn"><a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link">2</a></sup></p>



<p>Pour donner une idée du pouvoir des grands propriétaires de terres, dans les parties les plus riches du pays, 90 % de toute la terre était dans les mains de 7 % des propriétaires. De manière générale, 86 % des terres cultivables étaient concentrées dans environ 10 % des entités agricoles. La principale industrie du pays était celle des mines, principalement le cuivre et le nitrite. L’exploitation de ces minéraux était contrôlée par le capital étranger en faisant de ce pays un capitalisme dépendant.<sup data-fn="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" class="fn"><a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link">3</a></sup>&nbsp;Les conditions de vie des travailleur·euses chilien·nes étaient très précaires et leur force de travail surexploitée. Le problème de la terre était toujours central dans la société chilienne avec la question de l’émancipation du pays de l’impérialisme.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La démocratie chrétienne et la renaissance des mouvements sociaux</h2>



<p>Dans les années 1950, avec l’arrivée d’une masse prolétarienne et semi-prolétarienne dans les espaces urbains, de larges quartiers extrêmement précaires se formaient. Au même moment, des nouvelles organisations de travailleur·euses commençaient à se créer et à organiser des mobilisations de classe. Entre les années 1964-1970, la Démocratie chrétienne était à la tête du gouvernement avec Eduardo Frei, qui avait fait énormément de promesses, notamment par rapport à la réforme agraire et la nationalisation de ressources centrales pour l’économie chilienne, comme le cuivre. Cependant, ses réformes ont été très modestes. Les paysan·nes ont décidé de démarrer plusieurs occupations des terres en réponse à ce manque d’action du gouvernement et du côté des ouvriers, en 1967 une grève générale a été appelée par la CUT (Centrale unitaire des Travailleurs), le plus gros syndicat du Chili (près de 30 % de la classe ouvrière était syndiquée à cette époque). Cela a augmenté la confiance des travailleur·euses qui commencèrent à occuper les usines. En 1968, il y a eu 5 occupations d’usines, en 1969, 24, en 1970, 133 et en 1971, 339 !<sup data-fn="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" class="fn"><a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link">4</a></sup>&nbsp;Le gouvernement de Frei a ouvert la voie pour le socialiste Allende et l’Unité Populaire dans les élections de 1970.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7866 not-transparent" style="--dominant-color: #767676; width:837px;height:345px" width="837" height="345" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-300x124.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-768x316.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 837px) 100vw, 837px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’Union populaire et la voie chilienne au&nbsp;socialisme</h2>



<p>L’UP (Unité Populaire) était la coalition formée par deux partis principaux qui se définissaient comme marxistes, le Parti communiste (PC) et le Parti socialiste (PS) mais aussi par une scission du Parti Radical (non-marxiste et représentant une classe moyenne centriste), quelques secteurs dissidents de gauche de la Démocratie Chrétienne (DC), dont le principal était le MAPU (Mouvement d’action populaire unitaire) et les deux plus petits API (Parti de l’Action Populaire), et le PSD (Social démocrate). À la tête de cette coalition, le socialiste Salvador Allende se lançait pour la quatrième fois pour les présidentielles. En pleine période de la guerre froide, il proposait au peuple chilien une&nbsp;<em>« voie chilienne au socialisme »</em>, c’est-à-dire de manière démocratique, institutionnelle et non armée.</p>



<p>Il existait en même temps une organisation révolutionnaire qui ne faisait pas partie de l’UP, mais qui l’a soutenue dans des moments clefs de 1972-1973. C’était le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) qui était composé majoritairement par des étudiant·es qui avaient quitté le Parti Socialiste en 1963, influencé·es par la révolution cubaine de 1959.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Élections 1970…</h2>



<p>Les élections de 1970 ont lieu dans une période de grande et croissante mobilisation populaire, ces mouvements sont la force motrice derrière l’UP et Allende.&nbsp;</p>



<p>Le 4&nbsp;septembre 1970, le candidat socialiste emporte une courte majorité relative : 36,3 %, contre les 34,98 % de la Droite nationale et les 27,84 % de la Démocratie chrétienne. Il assume donc le gouvernement au grand désespoir des oligarchies nationales, qui ont tout fait pour le décrédibiliser pendant la période électorale, et au désarroi des États-Unis de Richard Nixon.&nbsp;</p>



<p>La stratégie formulée par l’UP serait une transition graduelle au socialisme, en utilisant les institutions, c’est-à-dire, l’État (bourgeois par nature) pour favoriser cette transition. Allende est très légaliste, en plus d’avoir une confiance aveugle dans les institutions et dans l’armée, il croit qu’ils vont toujours respecter la constitution. Il n’encourage pas les occupations, incitant les paysan·nes à attendre les procédures légales de redistribution de terres, et les ouvrier·es à attendre les procédures de nationalisation des usines. Il critique le MIR qui de son côté soutient les occupations organisées en totale autonomie de classe par les paysan·nes et ouvrier·es. En 1971, il y a 658 occupations de terre.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La promesse du rêve et le début du&nbsp;cauchemar&nbsp;</h2>



<p>Pendant les 6 premiers mois de son gouvernement, Allende nationalise 90 entreprises et 1 400 fermes. Dans les mois suivants, les salaires augmentent de 38 % pour les ouvrier·es manuels et de 120 % pour les cadres. Le chômage est réduit à moins de 10 % et l’économie arrive à une croissance de 8 % par an. En 1971, Allende réussit à avoir la majorité au congrès pour voter la nationalisation, sans indemnisation, des mines de cuivre du pays. 9 banques sur 10 deviennent publiques, plusieurs entreprises stratégiques passent sous le contrôle de l’État, des millions d’hectares de terres improductives sont redistribuées et un nouvel impôt sur les bénéfices est créé<sup data-fn="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" class="fn"><a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link">5</a></sup>. Ces mesures peuvent être réalisées, grâce à une énorme mobilisation populaire.  </p>



<p>L’UP dans son projet d’alliance avec la « bourgeoisie nationale progressiste » s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité des fronts populaires, mais avec deux grands partis majoritairement ouvriers, qui se disent marxistes et anti-impérialistes. Son programme propose des réformes audacieuses, dans un pays caractérisé par d’énormes inégalités sociales, sous développé et exportateur de matières premières principalement minières, contrôlées par le capital étatsunien. Avec ces réformes, il veut prouver que la « voie chilienne » est possible et qu’il serait possible de faire autrement que le stalinisme en Union soviétique ou la lutte armée de Fidel et du Che à Cuba<sup data-fn="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" class="fn"><a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link">6</a></sup>. Il s’engage auprès de la bourgeoisie chilienne en signant un document qui assure le maintien du système politique existant et des garanties constitutionnelles des libertés individuelles. Il s’engage également au maintien du système judiciaire de l’époque et il reconnaît le rôle de l’armée et de la police comme garants de la démocratie (bourgeoise). Allende, conseillé par son entourage politique, accepte de ne pas toucher aux institutions de l’État bourgeois. Il croit (et il s’agit bien d’une croyance parce que cela ne repose pas sur des bases matérielles) que l’État est une entité neutre et qu’avec les socialistes au pouvoir on pourrait mettre cette entité complètement au service de la classe ouvrière. Allende veut mettre en place une transition au socialisme en utilisant le système institutionnel, mais il est important de rappeler que c’est une époque où dans le monde occidental, du fait de la stabilité économique dans ces pays après la Deuxième Guerre, les fameuses « trentes glorieuses », l’idée hégémonique était qu’il serait possible de surmonter les contradictions du système capitaliste de l’intérieur des institutions de l’État. Ces idées étaient très diffusées en Amérique latine, par contre les conditions matérielles de la classe laborieuse n’étaient pas les mêmes que celles des pays du Nord. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Réaction de la bourgeoisie et&nbsp;l’impérialisme étatsunien</h2>



<p>Au Chili, la réaction de la bourgeoisie et de l’impérialisme étatsunien n’était pas du tout glorieuse. Les réformes envisagées par l’UP signifient déjà aller trop loin pour une oligarchie habituée à un niveau d’accumulation colossal. Pour les États-Unis, la perspective de transition vers un mode de production socialiste attaque directement ses intérêts monopolistes au Chili. S’ajoute à cela, le fait qu’une telle expérience pourrait donner des idées à d’autres pays en Amérique latine et menacer le contrôle sur ces territoires. Il ne faut pas que ça marche, et l’agence d’intelligence étatsunienne (CIA) est prête à mettre beaucoup d’argent pour casser le gouvernement Allende et les mouvements sociaux de travailleur·euses. La première mesure a été un blocage économique informel du Chili tout de suite après les élections. La banque mondiale et la banque inter­américaine pour le développement ont arrêté tous les financements, et le gouvernement étatsunien a arrêté les programmes de prêts. Le message est clair, mais ça ne s’arrête pas là. Avec l’argent de la CIA, les bourgeoisies locales ont commencé à se mobiliser, d’abord par des manifestations, comme celle organisée par la classe moyenne en décembre 1971, la marche des casseroles vides, et ensuite par des tentatives de sabotage du système de ravitaillement du pays. Les patrons en lien avec les conducteur·ices de camions organisent des grèves, ou plutôt des blocages (Lock-out), avec le but d’empêcher la circulation de produits et la distribution alimentaire. Les médias d’opposition au gouvernement, comme le journal<em>&nbsp;El Mercurio</em>, avec les poches pleines de l’argent de la CIA, mettent en place une ambiance de panique et d’insécurité.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="838383" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-7867 not-transparent" style="--dominant-color: #838383; width:841px;height:561px" width="841" height="561" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1320x880.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-jpg.webp 1440w" sizes="auto, (max-width: 841px) 100vw, 841px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Luchar, crear, el poder popular </em>(Lutter, créer, le pouvoir populaire)</h2>



<p>La classe laborieuse chilienne dans une démonstration magnifique de conscience de classe, de formation politique et d’organisation par en bas répond à la hauteur de ce que cherche à imposer la réaction. En réponse aux attaques de la bourgeoisie, il y a une multiplication massive des « cordones industriales », ou cordons industriels. Il s’agit de groupes organisés dans les régions industrielles avec l’objectif d’organiser les travailleur·euses des usines de chaque région. Dans les usines occupées, iels organisent la production pour continuer à faire tourner l’économie du pays et à chaque nouveau coup de la bourgeoisie, iels occupent les rues par milliers, aux côtés des paysan·nes et groupes politiques organisés. Iels démontrent leur soutien au gouvernement. Pour faire face à la pénurie de nourriture et aux problèmes de distribution causés par les blocages de camions, les cordons participent activement à la distribution des produits de première nécessité, dans un véritable réseau d’entraide et de solidarité de classe. Des milliers de personnes s’organisent dans des tâches les plus diverses, prenant en main leur capacité d’autonomie et de subsistance. Cela est magistralement démontré dans le documentaire&nbsp;<em>La bataille du Chili</em>&nbsp;du cinéaste Patricio Guzmán. Leur haut niveau d’organisation et de détermination était impressionnant. Iels sont conscient·es de ce qui se joue à ce moment clé de l’histoire de leur pays. La puissance révolutionnaire est présente dans leurs échanges, dans leur détermination à garder leurs lieux de travail et de luttes et iels sont clairement prêt·es à défendre leurs intérêts de classe avec des armes, si nécessaire. Mais iels n’ont pas d’arme. De son côté, Allende et ses camarades sont aveuglément déterminé·es à garder la ligne « pacifique » et institutionnelle. À ce moment de fortes tensions dans la lutte de classes, où se joue l’avenir de tout un peuple, c’est une erreur cruciale pour quelqu’un qui se dit marxiste. Il faut se mettre de manière inconditionnelle du côté des travailleur·euses en lutte. Le rôle du PC dans l’UP est à souligner parce que même si son objectif est le socialisme, ce parti garde une conception rigide de la révolution par étapes qui l’a toujours guidé, c’est-à-dire, révolution bourgeoise, réforme des structures socio-économiques de l’État et étendre l’influence de l’État sur le secteur privé. Le MIR est en total désaccord avec le PC. Iels voient des éléments préfigurant une situation révolutionnaire qui doit être complètement assumée, et que dans le cas contraire, le processus pourrait conduire à une contre-révolution.<sup data-fn="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" class="fn"><a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link">7</a></sup>&nbsp;On peut également souligner que malgré l’organisation de la classe laborieuse sur plusieurs aspects, il manque au mouvement de masses une direction unitaire qui pourrait conduire vers la destruction de l’État bourgeois et l’établissement d’un État populaire et révolutionnaire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du déni à la catastrophe</h2>



<p>Le 11&nbsp;septembre 1973, l’armée chilienne attaque La Moneda, le palais présidentiel, sur la commande du général Augusto Pinochet qui a récemment assumé un poste de ministre dans le gouvernement de l’UP. Avec le soutien de l’armée étatsunienne, des bombes tombent de partout et la tragédie a lieu. Allende décide de garder le palais et de ne pas renoncer au gouvernement. L’issue on la connaît, il finit mort. Suite à ça, Pinochet déclenche une vague mortifère de persécutions politiques, tortures, mutilations et exécutions sommaires. Plus de 30 000 chilien·nes disparaissent dans les années qui suivent la dictature civilo-militaire la plus sanguinaire de l’histoire récente de l’­Amérique latine.&nbsp;</p>



<p>50 ans après, d’innombrables analyses de toutes sortes ont été faites par rapport à ces événements. À A2C, en tant que militant·es révolutionnaires, on essaie de réfléchir à ces événements historiques avec la boussole de l’autonomie de classe, dans une perspective en rupture avec le réformisme. On comprend que seule notre classe organisée pourra être le sujet actif de notre propre émancipation. On comprend que la révolution est une stratégie politique qui est construite à partir d’aujourd’hui, à travers l’implication dans les luttes concrètes de la classe laborieuse, en ayant comme boussole une politique révolutionnaire. Cela n’empêche pas de lutter pour les besoins les plus immédiats de notre classe. Réforme agraire, réforme des monopôles médiatiques, réforme du système juridique, implémentation des politiques publiques qui touchent immédiatement la vie des personnes, on n’est pas contre ce type de réformes. Ce qu’on doit critiquer et combattre avec la plus grande détermination est l’illusion, ou mieux, la conception idéaliste pensant qu’il serait possible de résoudre les contradictions fondamentales et intrinsèques du système capitaliste par des réformes. On ne doit pas accepter, en aucune circonstance, la restriction de nos méthodes de luttes à des réformes.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dani. Lima, Toulouse</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598">Alan Woods, <a href="https://www.marxist.com/lessons-of-chile-1973.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lessons of Chile 1973</a> <a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da">Idem <a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39">Cet article a été rédigé en utilisant comme base la Théorie marxiste de la dépendance. Cette théorie a été développé par des militant.e.s révolutionnaires latino-américain.ne.s dans les année 1970-80-90 pour comprendre la position particulier des pays de l’Amérique latine par rapport à la division internationale du travail. Cette théorie est un développement de la théorie de l’impérialisme à partir de la périphérie du système. <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm">https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm</a>   <a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758">Tom Lewis,<a href="https://isreview.org/issues/06/chile/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> Chile: The State and Revolution</a>, <em>International Socialist Review,</em> Issue 6, Winter 1999 <a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c">Ruy Mauro Marini, <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Dialética da Dependência</a>, 1973  <a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/">Salvador Allende et les impasses du réformisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>21 juin 1973 : Interdire (physiquement) les meetings fascistes</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/21-juin-1973-interdire-physiquement-les-meetings-fascistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 May 2023 05:31:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Mutualité]]></category>
		<category><![CDATA[Ordre Nouveau]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=7294</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Connue pour l’exceptionnelle intensité des affrontements qui l’ont caractérisée, la soirée du 21&#160;juin 1973 a rassemblé plusieurs milliers de militant·es équipé·es et déterminé·es à empêcher le meeting du groupe fasciste Ordre Nouveau qui se tenait <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/21-juin-1973-interdire-physiquement-les-meetings-fascistes/" title="21 juin 1973 : Interdire (physiquement) les meetings fascistes">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Connue pour l’exceptionnelle intensité des affrontements qui l’ont caractérisée, la soirée du 21&nbsp;juin 1973 a rassemblé plusieurs milliers de militant·es équipé·es et déterminé·es à empêcher le meeting du groupe fasciste Ordre Nouveau qui se tenait ce soir-là à la Mutualité. Alain Pojolat, ancien militant au sein de Révolution!, a participé à cette contre-manifestation et nous raconte pourquoi ce fut un moment charnière qui marqua la fin d’une période d’activité foisonnante à l’extrême-gauche depuis mai 1968&nbsp;mais aussi un tournant stratégique de la lutte antifasciste.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #08 &#8211; Mai 2023</h6>



<h5 class="wp-block-heading"><em>Avant de commencer et pour savoir mieux situer d&rsquo;où tu parles, est-ce que tu peux nous dire qui tu es, nous résumer ton parcours politique et là où tu militais au début des années 1970 (ville, orga, milieu) ?</em></h5>



<p>Il y a quelque chose de surréaliste à aborder un événement politique auquel tu as participé il y a maintenant un demi-siècle ! Beaucoup de camarades ne sont plus là, chacun a suivi son chemin, certains ont abandonné la politique, d’autres ont troqué leur col Mao pour un costume trois pièces et fréquenté les allées du pouvoir. En parlant aujourd’hui du 21 juin 1973, je n’entends donner qu’une version subjective.</p>



<p>Je m’appelle Alain Pojolat, plus connu à l’époque sous le pseudonyme de Ségalot, membre de Révolution !<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_1" class="footnote_tooltip">Révolution ! est une organisation née d’une scission de la Ligue Communiste en 1971</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et de son service d’ordre. J’avais 25 ans et militais depuis mai 1968. À l’automne 68, les militant·es de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR) dont l’organisation avait été dissoute, avaient décidé, pour se reconstruire « légalement », de lancer un quinzomadaire, Rouge, et de créer des comités rouges autour de ce projet. Gros succès ! Je travaillais dans une banque au service courrier et étais syndiqué à la CGT. Comme beaucoup de militant·es nous avons dû nous opposer à la ligne sectaire du Parti Communiste Français (PCF) de l’époque qui nous interdisait quasiment tout travail militant au sein de la CGT qu’elle dominait et nous avons dû nous replier à la CFDT<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_2" class="footnote_tooltip">Confédération Française Démocratique du Travail, syndicat issu de la déconfessionalisation de la chrétienne CFTC à l’après-guerre, qui était après 68 à tendance autogestionnaire et ainsi investie par de nombreux militant·es révolutionnaires. La plupart furent exclus à partir du milieu des années 1970 suite à une politique de “recentrage” menée par la direction qui souhaitait participer à la reconstruction du Parti Socialiste et contrebalancer le couple PCF/CGT.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> (dont j’ai plus tard été exclu) qui était en pleine construction et profitait d’un apport militant combatif. Les courants révolutionnaires au sein de la CFDT furent à leur tour éradiqués quelques années après.</p>



<h5 class="wp-block-heading"><em>La décennie 1970 s&rsquo;ouvre dans la suite de Mai 1968, crise politique majeure durant laquelle la mobilisation populaire fut historique et la situation insurrectionnelle. Quels effets cela a-t-il eu dans le champ militant d&rsquo;extrême-gauche et comment était perçue la situation ?</em></h5>



<p>Je crois que c’est difficile aujourd’hui d’imaginer ce que furent pour nous, militant·es révolutionnaires, les cinq années qui ont suivi mai 68 : enfin la vraie vie ! Nous avions ancré en nous la certitude que l’heure était venue, que nous allions continuer la Révolution et passer rapidement dans une période de transition vers le socialisme. D’ailleurs nos dirigeants de l’époque en étaient eux-mêmes persuadés. Henri Weber et Daniel Bensaïd avaient sorti dès l’automne 68 un livre qui théorisait cette impatience :&nbsp;<em>Mai 68 une répétition générale</em>. Mais comment aurions-nous pu en douter alors que la violence révolutionnaire s’exprimait un peu partout dans le monde ! Nos camarades vietnamiens infligeaient défaite sur défaite à l’impérialisme américain ; les Tupamaros en Uruguay<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_3" class="footnote_tooltip">Mouvement de libération nationale employant l’action directe et la guérilla urbaine dans les années 1960 et 1970 avant de se tourner vers une stratégie plus légaliste jusqu’à aujourd’hui. Lire à ce propos, sur les conseils de l’interviewé,&nbsp;<em>Nous, les tupamaros</em>, de Régis Debray (1971).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, le MIR au Chili<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_4" class="footnote_tooltip">Le MIR – Movimiento de Izquierda Revolucionaria (Mouvement de la gauche révolutionnaire en espagnol) – est un parti marxiste-léniniste chilien.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, allaient bientôt rejoindre en Amérique Latine les zones libérées par la révolution cubaine ; en Afrique sur les traces de Patrice Lumumba, des luttes de libération nationales triomphaient en Angola et au Mozambique. La révolte grondait contre les dictatures coloniales européennes : dans les pays d’Europe de l’Est, les révolutionnaires et les intellectuels mettaient en cause l’hégémonie soviétique depuis le printemps de Prague (en août 68) ; Irlande, Espagne, Grèce, Italie…! Il n’y avait pas une minute à perdre pour soutenir les révoltes et les révolutions en cours, les mouvements de libération nationale. Dans nos cibles, (banques, consulats) figuraient également les symboles de la dictature franquiste agonisante qui assassinait régulièrement des militant·es de l’ETA<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_5" class="footnote_tooltip">L’ETA (pour Euskadi ta Askatasuna, Pays basque et liberté en basque) est une organisation indépendantiste basque d’inspiration marxiste-léniniste qui a longtemps combattu le régime franquiste en Espagne, pratiquant notamment la lutte armée.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et de la gauche révolutionnaire.</p>



<p>Voilà comment nous percevions les choses à ce moment précis. Nous étions loin de toute prudence ou de prophéties auto-réalisatrices qui t’amènent le plus souvent à te conforter dans l’inaction pour être certain de ne pas t’être trompé…</p>



<h5 class="wp-block-heading"><em>Plus de 10 ans après les accords d&rsquo;Évian, les partisans de l&rsquo;Algérie française sont toujours présents et s’organisent dans toute une série de groupes d&rsquo;extrême-droite comme Occident, le GUD ou encore Ordre Nouveau. Peux-tu nous parler de ces groupes, de leurs modalités d&rsquo;action mais aussi de la manière dont ils étaient perçus et combattus par l&rsquo;extrême-gauche ?</em></h5>



<p>Tout comme l’anti-impérialisme et l’internationalisme étaient pour nous des principes fondamentaux, la lutte antifasciste et anticolonialiste l&rsquo;était tout autant. Il n’y avait pas de commission antifasciste dans nos organisations : c’était dans notre ADN, chacun·e des militant·e portait cela. Pour ce qui est des débats stratégiques, notamment sur la question antifasciste, à Révo la direction avait mis en place les bulletins intérieurs. Les discussions politiques au sein de l’organisation avaient lieu dans ces bulletins, ce qui prenait du temps entre la rédaction, la réception puis les lectures par les cellules qui pouvaient ensuite y répondre&#8230; Par ailleurs les revues&nbsp;<em>Rouge</em>&nbsp;de la Ligue Communiste sont de bonnes sources pour comprendre les analyses produites par l’extrême-gauche de l’époque.</p>



<p>Dix ans seulement après la terrible mais victorieuse guerre de libération en Algérie, la société française en portait encore les traces, à travers les récits colportés par des pieds noirs souvent racistes mais également par des familles d’appelés qui y avaient perdu un membre de leur famille et en faisaient porter la responsabilité au peuple algérien et à son armée populaire de libération. Au niveau culturel, rares étaient les livres ou les films grand public qui évoquaient la question algérienne. La censure gaulliste interdisait la projection de nombreux films au prétexte du risque de « troubles à l’ordre public ». Les groupes d’extrême-droite s’activaient d’ailleurs à attaquer les salles qui osaient programmer certains films comme&nbsp;<em>La bataille d’Alger</em>&nbsp;de Gillo Pontecorvo,&nbsp;<em>RAS</em>&nbsp;d’Yves Boisset,&nbsp;<em>Avoir 20 ans dans les Aurès</em>&nbsp;du regretté René Vautier,&nbsp;<em>l’Opium et le bâton</em>&nbsp;d’Ahmed Rachedi. Nous étions sans cesse mobilisé·es pour défendre la projection de ces films et nous nous heurtions fréquemment à cette occasion aux GUDards, aux militants d’Action Française, de l’Oeuvre française ou aux ex d’Occident (dissout en 68 et recyclé dans le GUD et Ordre Nouveau) par exemple<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_6" class="footnote_tooltip">]Sur les groupes fascistes à l’origine du Front National, lire la série d’articles de Jean-Paul-Gautier&nbsp;“<a href="https://www.contretemps.eu/origines-front-national-ordre-nouveau" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Aux origines du RN</a>“ publiée par la revue&nbsp;<em>Contretemps</em> (2021</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).</p>



<p>Au niveau des services d’ordre, nous passions énormément de temps à espionner les fachos, anticiper leurs déplacements sur les marchés parisiens, déjouer leurs attaques et leur administrer des raclées dès qu’on le pouvait. On était très loin de la dédiabolisation des Le Pen ! La résistance aux idées développées par l’extrême-droite était très vive dans la société. Les atrocités commises par les nazis pendant la guerre étaient rappelées par les rescapé·es des camps d’extermination et par les résistant·es encore vivant·es. Les résultats électoraux de l’extrême-droite étaient nuls. Il leur faudra attendre dix longues années et octobre 1983 à Dreux pour enregistrer leur premier succès électoral. Leur présence dans la jeunesse se limitait aux facs de droit de Paris et de Lyon. Ils ne pouvaient pas mettre un pied à la Sorbonne, à Jussieu ou à Censier, où l’extrême-gauche était hégémonique ! On leur faisait peur et on ne voulait pas leur laisser un pouce d’existence politique.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading"><em>Début 1973, Ordre Nouveau lance une campagne xénophobe contre « l’immigration sauvage » et prévoit d’organiser un meeting le 21&nbsp;juin à la Mutualité à Paris. Il était courant à l’époque d’organiser des contre-manifestations pour interdire par l’action directe et collective les meetings fascistes, ce qui pouvait déboucher sur de l’affrontement physique. Comment cela se discute et s’organise cette fois-ci et comment se déroule l’opération le jour-même ?</em></h5>



<p>En ce début de 1973 l’extrême droite est divisée entre plusieurs stratégies. Le Front National n’a que quelques mois d’existence. Sollicité par les militants du GUD et d’Ordre Nouveau, Jean-Marie Le Pen en prend la direction.&nbsp;</p>



<p>1) Durant cette période de construction du FN et de son élargissement, la propagande et l’agitation seront assumées par Ordre nouveau et le GUD en organisant une campagne raciste « Halte à l’immigration sauvage » avec comme point d’orgue un meeting à la Mutualité. À la tribune de ce ramassis d’ordures étaient invités des pétainistes comme François Lehideux, Roland Gaucher ou l’ex Waffen-SS Léon Gaultier, ces deux derniers ayant cofondé le Front national ! Les fachos savaient pertinemment que la gauche révolutionnaire réagirait à la hauteur de la provocation. Les attaques et agressions individuelles contre des foyers ou des travailleur·euses immigré·es se multipliaient en région PACA et en région parisienne<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_7294_16('footnote_plugin_reference_7294_16_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7294_16_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_7" class="footnote_tooltip">Sur les vagues de crimes racistes à cette époque, lire le roman de Dominique Manotti&nbsp;<em>Marseille 73</em>&nbsp;(2020) mais aussi l’ouvrage de Rachida Brahim,&nbsp;<em>La race tue deux fois</em>&nbsp;(2021</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7294_16_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7294_16_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).&nbsp;</p>



<p>2) Dans une stratégie d’évitement permanent, les organisations réformistes et les syndicats faisaient le dos rond, regardaient ailleurs et n’ont pas appelé pas à la mobilisation. Toujours le même discours « il ne faut pas leur faire de publicité », « ils ne représentent rien », « les gens détestent la violence », etc.</p>



<p>Il n’y aura donc qu’une partie de la gauche révolutionnaire qui appellera à une manifestation pour faire taire les fachos : LCR, Révolution, et le PCMLF. Le 21&nbsp;juin, nos services d’ordre qui travaillaient de façon unitaire étaient prêts : dépôts de matériel le long du parcours, confection de cocktails Molotov et acheminements, partage des tâches, etc.</p>



<p>En 2 ou 3 minutes nous nous retrouvions à 5 000 militant·es, pour une bonne part casqué·es, au métro Censier-Daubenton… c’était magique ! Jusqu’à la place Monge, nous remontions les colonnes de flics qui avaient planté là leurs cars et une partie de leur matos. Des militant·es exhibaient des trophées pris à l’ennemi : mousquetons, boucliers, etc. Les affrontements avec la police furent assez brefs, mais très violents. Pour en juger, il suffit de consulter sur le site de l’INA les rares images de la manifestation.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Manifestation Quartier latin" width="678" height="509" src="https://www.youtube.com/embed/bazCmjLtPLo?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p>3) Nous ne sommes pas entré·es dans la Mutualité alors que c’était notre objectif initial et que nous en avions largement les moyens. Pourquoi ? Peur de commettre « l’irréparable » et d’avoir des morts à gérer politiquement ? Saturation de lacrymos ? Peut-être. C’est encore une question que je me pose parfois. Toujours est-il que la manifestation scindée en deux continuait son bout de chemin jusqu’au local d’Ordre nouveau, rue des Lombards, qui fut défoncé, et ses occupants contraints de fuir par les toits. Des échauffourées continuaient ça et là mettant en difficulté une compagnie de voltigeurs freinés par de l’huile de vidange répandue sur la chaussée !</p>



<h5 class="wp-block-heading"><em>Une semaine après cette nuit d&rsquo;affrontement, le gouvernement annonce la dissolution d&rsquo;Ordre Nouveau mais aussi de la Ligue communiste. Des leaders de la Ligue Communiste sont recherchés et arrêtés par la police. Certains d&rsquo;entre eux, comme Alain Krivine, parleront du 21 juin comme d&rsquo;un piège tendu par le pouvoir dans lequel les militant</em>·<em>es antifascistes seraient tombé</em>·<em>es. Qu&rsquo;en penses-tu et quelles leçons ont pu être tirées de ce moment ? Est-ce que ce fut un tournant dans la stratégie et la tactique développées pour lutter contre l&rsquo;extrême-droite ?</em></h5>



<p>Le lendemain par la radio nous apprenions le nombre de militant·es arrêté·es, la perquisition du local de la Ligue et les menaces de dissolution. Notre solidarité active avec les camarades de la LC était totale, et nous avons mis toutes nos forces pour aider à la parution rapide de leur journal&nbsp;<em>Rouge</em>&nbsp;qui fit rapidement l’objet de diffusions unitaires publiques. Toute l’extrême-gauche radicale était dans le collimateur des flics et du pouvoir, notamment les camarades des services d’ordre et responsables politiques identifiés qui avaient déserté leurs adresses connues. Pour beaucoup d’entre nous, cette période de cache-cache avec la police et d’affrontement avec l’appareil répressif de l’État était une aubaine : nos organisations recrutaient, ce qui donnait raison à celles et ceux qui avaient défendu la ligne de l’affrontement avec Ordre Nouveau et la police qui les protégeait.</p>



<p>Les dissolutions de la LCR et d’Ordre Nouveau furent prononcées en conseil des ministres une semaine après les faits, provoquant chez les trotskistes un vif débat interne, dont les répercussions sur le rapport à la violence minoritaire, le rôle des services d’ordre, et le militantisme antifasciste se font ressentir encore jusqu’à aujourd’hui. Un tas de prétextes ont été avancés – cette histoire de “piège du pouvoir” en fait partie – par des dirigeant·es de la Ligue Communiste qui n’assumait plus sa ligne initiale, afin de déresponsabiliser l’organisation de ce qui s’est passé le 21 juin.</p>



<p>En ce qui concerne la répression, le pouvoir a choisi de ne taper que sur le gros du morceau et s’est concentré sur la Ligue Communiste sans s’attaquer aux autres organisations à l’initiative. Face à cela, la Ligue recevra un large soutien de la gauche, dont certains, notamment le PCF, refuseront toutefois que cela leur serve de tribune. Vinrent alors au sein de la LCR et de la Quatrième Internationale une série d’autocritiques a posteriori et de mises en cause des militant·es en particulier de la direction du service d’ordre taxés d’aventuristes et une révision totale de la stratégie de lutte contre le fascisme et la question de l’emploi de la violence révolutionnaire dans les mobilisations. Un cycle ouvert en 1968 était en train de se conclure en ce 21 juin 1973 !</p>



<p>Ce qui me semble important d’affirmer, à l’inverse de la réaction d’une large partie des dirigeant·es d’extrême-gauche de l’époque, c’est que cette nuit d’affrontements ne fut en aucun cas une erreur ou une bavure : c&rsquo;était le produit de l’orientation politique d’une large frange du camp révolutionnaire de l’époque. Il est bien dommage que les autocritiques en aient sonné le glas, bien que l&rsquo;on ait continué quelque temps à Révo, contrairement à la LCR. La dissolution et les quelques semaines de prison auront suffi aux dirigeant·es de cette dernière pour amorcer une bifurcation stratégique vers une ligne front unique ouvrier électoraliste assez pathétique après tout ce qu’on avait vécu au cours de ces cinq années. La peste brune ne s’écrasait plus dans l&rsquo;œuf… et continuait à s’organiser tranquillement, à l&rsquo;abri de nos mobilisations qui ne furent plus que des gesticulations d’opérettes.</p>



<p>Il faudra attendre 17 longues années avec <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/comment-sorganiser-contre-les-fn-et-les-groupe-fasciste-ras-lfront-ou-lexperience-dun-reseau-efficace/">l’appel des 250 en 1990 et la mise en place des comités Ras l’Front</a> pour relancer une activité antifasciste nationale conséquente ! </p>



<p>Pour conclure cet interview, je voudrais dire que je ne regrette absolument pas d’avoir jusqu’à aujourd’hui défendu la position qu’il fallait prendre nos responsabilités le 21 juin 73. Ce qui m’horripile le plus, c’est la perte de repères – y compris dans nos rangs de militant·es – de celles et ceux qui sous-estiment le danger fasciste en mettant à égalité le pouvoir autoritaire de la bourgeoisie, incarné par Macron ou Darmanin aujourd’hui, avec la catastrophe que constituerait l’arrivée des fachos comme Le Pen au pouvoir sous quelque forme que ce soit ! C’est là qu’on mesure les dégâts de la dédiabolisation et de la passivité qui l’a accompagnée.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Propos recueillis par Erwan, Marseille</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7294_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7294_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7294_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7294_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Révolution ! est une organisation née d’une scission de la Ligue Communiste en 1971</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Confédération Française Démocratique du Travail, syndicat issu de la déconfessionalisation de la chrétienne CFTC à l’après-guerre, qui était après 68 à tendance autogestionnaire et ainsi investie par de nombreux militant·es révolutionnaires. La plupart furent exclus à partir du milieu des années 1970 suite à une politique de “recentrage” menée par la direction qui souhaitait participer à la reconstruction du Parti Socialiste et contrebalancer le couple PCF/CGT.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Mouvement de libération nationale employant l’action directe et la guérilla urbaine dans les années 1960 et 1970 avant de se tourner vers une stratégie plus légaliste jusqu’à aujourd’hui. Lire à ce propos, sur les conseils de l’interviewé,&nbsp;<em>Nous, les tupamaros</em>, de Régis Debray (1971).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le MIR – Movimiento de Izquierda Revolucionaria (Mouvement de la gauche révolutionnaire en espagnol) – est un parti marxiste-léniniste chilien.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">L’ETA (pour Euskadi ta Askatasuna, Pays basque et liberté en basque) est une organisation indépendantiste basque d’inspiration marxiste-léniniste qui a longtemps combattu le régime franquiste en Espagne, pratiquant notamment la lutte armée.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">]Sur les groupes fascistes à l’origine du Front National, lire la série d’articles de Jean-Paul-Gautier&nbsp;“<a href="https://www.contretemps.eu/origines-front-national-ordre-nouveau" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Aux origines du RN</a>“ publiée par la revue&nbsp;<em>Contretemps</em> (2021</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7294_16_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7294_16('footnote_plugin_tooltip_7294_16_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Sur les vagues de crimes racistes à cette époque, lire le roman de Dominique Manotti&nbsp;<em>Marseille 73</em>&nbsp;(2020) mais aussi l’ouvrage de Rachida Brahim,&nbsp;<em>La race tue deux fois</em>&nbsp;(2021</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7294_16() { jQuery('#footnote_references_container_7294_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7294_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7294_16() { jQuery('#footnote_references_container_7294_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7294_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7294_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_7294_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7294_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_7294_16(); } } function footnote_moveToReference_7294_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7294_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7294_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7294_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/21-juin-1973-interdire-physiquement-les-meetings-fascistes/">21 juin 1973 : Interdire (physiquement) les meetings fascistes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>1973 : la révolte des travailleurs immigrés</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2023 05:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’année 1973 est certainement l’une des plus violente de l’histoire de la Ve&#160;République en matière de racisme et violences contre les immigré·es. Pourtant, c’est également une année riche en mobilisations des travailleurs immigrés et de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/" title="1973 : la révolte des travailleurs immigrés">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/">1973 : la révolte des travailleurs immigrés</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’année 1973 est certainement l’une des plus violente de l’histoire de la Ve&nbsp;République en matière de racisme et violences contre les immigré·es. Pourtant, c’est également une année riche en mobilisations des travailleurs immigrés et de militantisme à leurs côtés. Elle est la preuve des possibilités de mobilisations antiracistes, d’auto-organisation des travailleur·euses immigré·es, de grèves contre le racisme, de mobilisations larges contre les lois de contrôle de l’immigration et contre les crimes racistes.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; Mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Les années 1970 ouvrent une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Les Trente glorieuses laissent la place aux temps des crises économiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7161_18('footnote_plugin_reference_7161_18_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7161_18('footnote_plugin_reference_7161_18_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7161_18_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7161_18_1" class="footnote_tooltip">voir « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, Le nouveau temps des crises</a> », de Mathieu Pastor</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7161_18_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7161_18_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Entre 1971 et 1973, le chômage quadruple en Europe.&nbsp;</p>



<p>Dès 1972 le gouvernement de Jacques Chalban-Delmas promulgue des circulaires pour contrôler l’immigration et ainsi « prendre des mesures pour l’emploi ». Les circulaires « Marcellin Fontanet », du nom du ministre de l’Intérieur et du ministre du Travail, restreignent la circulation des travailleur·euses immigré·es en liant l’attribution de la carte de séjour à un titre de travail et une attestation de logement. C’est ainsi que des dizaines de milliers de travailleur·euses deviennent des immigré·es clandestins.</p>



<p>Les circulaires Fontanet-Marcellin constituent les prémisses d’une nouvelle politique de contrôle des flux migratoires, déterminée par les besoins du marché du travail et le niveau de chômage. Le gouvernement français accrédite ainsi l’idée selon laquelle il y aurait trop d’immigré·es en France.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’échine des immigré.es n’est pas courbée</h2>



<p>Dès qu’elle est connue, en 1972, la circulaire Fontanet entraîne des fortes mobilisations dans le monde associatif et syndical, avec comme mot d’ordre « l’égalité effective des droits entre travailleurs immigrés et français ». La CGT et la CGDT participent à des journées d’action et d’information contre ces circulaires.</p>



<p>Petit à petit, des nouvelles formes de mobilisation voient le jour avec des grèves de la faim de « sans-papiers » soutenues par des grèves dans plusieurs secteurs : à l’usine Pennaroya de Lyon dès février 1972, les éboueurs de Paris en décembre et les OS de l’usine Renault en avril 1973.</p>



<p>À partir de novembre 1972 et la grève emblématique de Saïd Bouziri et de trois autres militants immigrés menacés d’expulsion, les grèves de la faim se multiplient sur tout le territoire, visibilisées par des intellectuels comme Deleuze, Foucault, Sartre. Cela permet de faire entendre la voix des immigré·s qui dénoncent les souffrances au travail, les « marchands de sommeil » et le racisme anti-arabe. Ces actions aboutissent à la création du Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés (CDVDTI) et les revendications vont s’élargir aux demandes de cartes de travail et à l’abrogation des circulaires Marcellin-Fontanet.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir recule</h2>



<p>Tandis que le taux de travailleurs immigrés dans la population active atteint 9,5 %, le MTA (Mouvement des travailleurs arabes) se constitue lors de la Conférence nationale des travailleurs arabes des 17 et 18&nbsp;juin 1972 à Paris.</p>



<p>Il est composé essentiellement d’étudiant·es et d’ouvriers immigrés (Tunisie, Maroc, Algérie, Liban).&nbsp;</p>



<p>De nombreuses actions, portées par le CDVDTI et le MTA, des grèves d’usine alliant augmentation des salaires, conditions de travail et régularisation des sans-papiers et de multiples formes de manifestations contre les circulaires mobilisant parlementaires communistes et socialistes, personnalités religieuses, figures intellectuelles de gauche gagnent la suspension de la circulaire Fontanet et donc la régularisation de 35 000 ­personnes entre juin et septembre 1973.&nbsp;</p>



<p>Le 13&nbsp;janvier 1975, le Conseil d’État saisi par le Gisti annulera plusieurs dispositions des circulaires Marcellin-Fontanet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Montée du racisme et du fascisme</h2>



<p>Malgré les mobilisations des travailleur·euses immigré·es, durant l’année 1973 le climat devient de plus en plus raciste légitimé par le discours du pouvoir présentant l’immigration comme un problème. C’est sur ce terreau que les fascistes passent à l’offensive.</p>



<p>Depuis 1960, des organisations d’extrême droite nostalgiques de l’Algérie française se développent avec l’OAS (Organisation armée secrète), Occident, Ordre nouveau ou le GUD. En 1972, à la suite du deuxième congrès de l’organisation explicitement fasciste Ordre nouveau, une décision est prise de construire une structure plus large pour participer aux élections législatives. C’est ainsi qu’un nouveau parti fasciste voit le jour, le Front national avec à sa tête Jean Marie Le Pen qui a participé aux tortures des militant·es du FLN (Front de libération nationale algérien).</p>



<p>Le parti se construit sur la haine anti-arabe, contre l’immigration et sur la nostalgie de l’Algérie française. Le Front national permet l’unification des groupuscules fascistes et leur renforcement à l’échelle nationale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vague de crimes racistes</h2>



<p>Pendant l’été 1973, le racisme anti-arabe atteint son paroxysme dans le Sud de la France. Le 9&nbsp;juin, Ordre nouveau lance une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».</p>



<p>À Grasse, ville du Sud de la France, le 11&nbsp;juin 1973, les travailleurs immigrés tiennent un meeting en plein air face à la menace raciste mais aussi la menace d’expulsions car ils n’ont ni contrat de travail ni logement décent. Le meeting leur permet de décider de faire grève le lendemain. Les fascistes recouvrent les murs d’affiches « Halte à l’immigration sauvage ».</p>



<p>Le lendemain du meeting, la grève est très suivie et entraîne deux à trois cents grévistes devant la mairie de Grasse pour faire part de leurs revendications. La mairie refuse de les recevoir et dispersera les manifestant·es par la force. Dans l’après-midi, s’organise une ratonnade. Les grévistes sont poursuivis jusque chez eux, frappés, arrêtés par les CRS mais également les commerçants et les habitants de la ville.&nbsp;</p>



<p>La chasse à l’immigré commence aboutissant à cinq blessés graves et trois cents arrestations. Un comité de vigilance des commerçants et des artisans se crée pour « se débarrasser des mille oisifs qui portent atteinte au bon renom de la cité », démarche soutenue par la mairie de Grasse qui déclare « C’est très pénible, vous savez, d’être envahi par eux ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vague raciste dans le Sud de la France</h2>



<p>À Marseille, le 25&nbsp;août 1973, un Algérien, Salah Boughrine tue un chauffeur de bus.</p>



<p>L’événement est là. Au bout de quelques jours, on apprend que Salah Boughrine était atteint, à la suite d’un traumatisme crânien, de maladie mentale.</p>



<p>Mais il est trop tard et l’affaire est déjà saisie par la presse locale qui profite de cet événement pour colporter la propagande anti-arabe et contre l’immigration.</p>



<p>Le 26&nbsp;août 1973, dans le journal Méridional-La France, le rédacteur en chef Gabriel Domenech, nostalgique de l’Algérie Française et sympathisant de l’extrême droite publie :</p>



<p>« Bien sûr, on nous dira que l’assassin est fou, car il faut bien une explication, n’est-ce pas, pour satisfaire ceux qui refusent d’admettre que le racisme est arabe avant d’être européen. Et qu’il n’y a, finalement, de racisme européen que parce que l’on tolère, depuis trop longtemps, tous les abus du monde arabe&#8230; pour de basses raisons pétrolières. La folie n’est pas une excuse. Cet assassin-là, même s’il est fou (je dirai plus, s’il est fou), les pouvoirs publics sont encore plus gravement coupables de l’avoir laissé pénétrer sur notre territoire. Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. »</p>



<p>Dans les jours qui suivent ce véritable appel au sang, six Maghrébins seront victimes d’assassinat. Le jour des funérailles du chauffeur, 5 000 personnes dont 2 000 traminots défilent derrière la dépouille. La marche est composée de partis politiques (Front national, Centre démocrate, Comité de défense de la République, Union des Démocrates pour la République, Centre démocratie et progrès, Centre national des indépendants), de « syndicats » jaunes (Confédération française du travail, Union générale des travailleurs, Union syndicale de défense des intérêts des Français repliés d’Algérie et d’outre-mer), d’associations de rapatriés d’Algérie et d’organisations de jeunesse (GUD, Union des jeunes pour le progrès, Front des étudiants juifs).</p>



<p>Cette manifestation est donc une réussite pour les organisations d’extrême droite qui permettent de mettre en mouvement des milliers de personnes autour d’une revendication raciste.</p>



<p>Les groupes fascistes les plus convaincus, à l’initiative de la section locale du parti Ordre nouveau se rassemblent dans un nouveau comité, le Comité de défense des Marseillais (CDM), créé le lendemain du drame, afin d’« assurer leur propre sécurité et celles des Marseillais ». Ils tractent « Marseille a peur » appelant à manifester le 28&nbsp;août contre les « agressions arabes ».</p>



<p>Dans la nuit du 28 au 29&nbsp;août, un commando jette un cocktail molotov dans les bâtiments d’une entreprise de nettoyage des chantiers navals de la Ciotat où travaillent essentiellement des immigrés et Lhadj Lounès est tué par balles à Marseille à la sortie d’un café.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="878787" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #878787;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_1973_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7162 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">La riposte</h2>



<p>C’en est trop pour la communauté algérienne et les travailleur·euses immigré·es visés par les attaques racistes de plus en plus violentes, les obligeant à rester cloîtrés chez eux de peur d’être tués par les militants fascistes.</p>



<p>Le 31 août, 1 500 ouvriers immigrés des chantiers navales de la Ciotat mènent une grève spontanée contre les attentats racistes. Le lendemain, un cortège funèbre à la mémoire de Lhadj Lounès traverse Marseille, du bidonville de la Calade au port de la Joliette.</p>



<p>Au terme de la marche, un militant du MTA de Marseille lance le mot d’ordre de « grève générale contre le racisme » pour 24 heures.&nbsp;</p>



<p>Le jour dit, 30 000 ouvriers de la région marseillaise se mettent en grève : 100 % des travailleurs des chantiers navals et des employés municipaux de la Ciotat, 60 % des travailleurs de Marseille et 100 % à Aix en Provence.</p>



<p>Nationalement, l’ensemble des comités locaux du MTA lance un appel à la grève générale pour le 14&nbsp;septembre 1973 qui fait descendre dans la rue, les ouvriers des grands chantiers comme celui de Roissy (1 700 grévistes sur 2 000 ouvriers) mais aussi les commerçants de Belleville.</p>



<p>Pour construire la grève, ils tractent aux sorties du métro mais aussi aux sorties d’usine en arabe et en français :</p>



<p>« Dans la région parisienne, le vendredi 14&nbsp;septembre sera pour nous une grande journée à la mémoire des victimes du racisme et une journée de lutte pour notre dignité et nos droits. Nous appelons tous nos frères arabes à se mettre en grève pendant 24&nbsp;heures pour protester contre le racisme et avertir tous les racistes que nous ne nous laisserons pas faire ».</p>



<p>Les militants du MTA prouvent ainsi que les travailleurs immigrés sont enclins à se battre contre la haine et pour revendiquer l’égalité des droits entre travailleur·euses immigré·es et travailleur·euses français·es. Leurs actions de grève et leur discours politique s’articulent sur la place centrale que les travailleurs immigrés occupent dans la production française avec le slogan « Les Arabes arrêtent la France ! ». Les grèves visent à mettre en lumière la dépendance de l’économie française envers la main-d’œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une voie s’est ouverte</h2>



<p>Si la mobilisation a été réussie, elle n’a clairement pas abouti à la grève générale.</p>



<p>Lors de leur bilan politique, les militant·es du MTA notent que les organisations syndicales n’ont que très peu soutenu la mobilisation des travailleurs immigrés et que leur implantation n’était pas assez conséquente dans les usines où travaillent les immigrés. De plus, des immigrés sub-sahariens regretteront l’appel exclusif pour les travailleurs arabes, alors qu’ils subissent également le racisme. Malgré cela, le MTA a permis de prouver la possibilité de coordination de grèves autonomes pour protester non seulement contre des conditions de travail, mais contre ce qui se passe à l’extérieur de l’usine, les crimes racistes.</p>



<p>L’expérience de la grève générale contre le racisme est celle d’une grève politique permise par l’auto-organisation des travailleurs immigrés autour de comités locaux, regroupant des militant·es arabes mais aussi français forts de leur engagement politique contre l’impérialisme et pour la libération de la Palestine. Elle fut aussi un produit de la mobilisation large contre les circulaires Marcellin-Fontanet.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Anouk, Marseille</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7161_18();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7161_18();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7161_18">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7161_18" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7161_18_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7161_18('footnote_plugin_tooltip_7161_18_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">voir « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, Le nouveau temps des crises</a> », de Mathieu Pastor</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7161_18() { jQuery('#footnote_references_container_7161_18').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7161_18').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7161_18() { jQuery('#footnote_references_container_7161_18').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7161_18').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7161_18() { if (jQuery('#footnote_references_container_7161_18').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7161_18(); } else { footnote_collapse_reference_container_7161_18(); } } function footnote_moveToReference_7161_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7161_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7161_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7161_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/">1973 : la révolte des travailleurs immigrés</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Aux origines de l’oppression des femmes</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/aux-origines-de-loppression-des-femmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Oppression]]></category>
		<category><![CDATA[Préhistoire]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=7128</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans l’imaginaire collectif, l’homme préhistorique était déjà guerrier et violent. La violence des hommes envers les femmes aurait toujours existé et ferait partie d’une&#160;« nature humaine ». Qu’en est-il vraiment ? Les Cahiers d&#8217;A2C #07 &#8211; mars 2023 <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/aux-origines-de-loppression-des-femmes/" title="Aux origines de l’oppression des femmes">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Dans l’imaginaire collectif, l’homme préhistorique était déjà guerrier et violent. La violence des hommes envers les femmes aurait toujours existé et ferait partie d’une&nbsp;« nature humaine ». Qu’en est-il vraiment ?</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Selon Marylène Patou-Mathis<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_1" class="footnote_tooltip">Préhistorienne et directrice de recherche au CNRS</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, il y avait peu de violences au Paléolithique, et dans les cas de violence avérée, l’observation de squelettes humains donne à voir des blessures cicatrisées. Les individus ont été soignés. Pour elle,&nbsp;« les premières traces de violences semblent apparaître avec la sédentarisation des communautés, qui débute il y a environ 14 000 ans et augmente au cours du Néolithique, période marquée par de nombreux changements environnementaux (réchauffement climatique), économiques (domestication des plantes et des animaux qui permet un surplus de denrées alimentaires –&nbsp;attesté par leur lieu de stockage), sociaux (apparition des élites et des castes et leur corollaire, la hiérarchisation et les inégalités) et de croyances (apparition de divinités et lieux de culte). »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_2" class="footnote_tooltip">Marylène Patou-Mathis,&nbsp;<em>L’homme préhistorique est aussi une femme</em>, Allary Editions, 2020.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="cfcfcf" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #cfcfcf;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_OppressionFemmes_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7129 not-transparent" width="300" height="445"/></figure>
</div>


<p>Cette citation va dans le sens de ce que développe Engels en 1884&nbsp;<em>dans L</em><em>’origine de la famille, de la propriété privée et de l</em><em>’État</em>&nbsp;qui s’appuie essentiellement sur les conclusions d’un anthropologue américain, pionnier de l’étude des sociétés primitives : Lewis Henry Morgan. Il postule qu’à l’origine, les humains ont vécu dans des sociétés sans propriété privée, sans division de classe et sans domination des femmes par les hommes. Pour lui, ce sont donc les changements dans la manière de coopérer des humains pour produire leur subsistance qui ont mené au remplacement de ce qu’il appelle le&nbsp;« communisme primitif »&nbsp;par la succession de sociétés de classe, dont le capitalisme est la plus récente. Au sein de ces modèles de sociétés ont existé&nbsp;différentes formes de familles et différents rapports d’oppression des femmes.</p>



<p>Cet ouvrage est aujourd’hui critiqué, même chez les marxistes : il est daté et bon nombre d’éléments sont erronés. En effet, cet ouvrage a été écrit il y a 150 ans, alors que les recherches sur les sociétés primitives n’en étaient qu’à leur balbutiement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La domination des hommes sur les femmes a-t-elle toujours existé ?</h2>



<p>Pour Christophe Darmangeat<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_3" class="footnote_tooltip">Christophe Darmangeat est enseignant chercheur en sciences économiques et anthropologie sociale.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, auteur d’un ouvrage récent<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_4" class="footnote_tooltip">Christophe Darmangeat,&nbsp;<em>Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes</em>, Smolny, 2022.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> qui s’intéresse essentiellement à la question de la place des femmes dans les sociétés primitives, certaines thèses majeures d’Engels sont caduques. La domination masculine aurait existé durant la Préhistoire et ne serait donc pas un phénomène récent entraîné par le développement des inégalités économiques et des classes sociales.&nbsp;</p>



<p>Selon lui, l’élément principal de l’oppression des femmes serait à chercher dans la division sexuée du travail qui apparaît dès le Paléolithique supérieur notamment à travers l’exclusivité de la chasse pour les hommes, et donc de la détention des armes et du pouvoir politique.&nbsp;</p>



<p>Pour d’autres, comme Chris Harman<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_5" class="footnote_tooltip">Militant, dirigeant du Socialist Worker Party (SWP) Parti révolutionnaire anglais et historien (1942-2009</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>) ou Eleanor Leacock<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_6" class="footnote_tooltip">Anthropologue féministe américaine (1922-1987</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>), même si effectivement certains points de la théorie d’Engels sont erronés, il n’en demeure pas moins que l’essentiel de son analyse reste juste.&nbsp;</p>



<p>Dans un texte intitulé « Engels et les origines de la société humaine »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_7" class="footnote_tooltip">Chris Harman, «&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/harman/1994/engelssocietehumaine/engelssocietehumaine.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Engels et les origines de la société humaine</a>&nbsp;», 1994</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Chris Harman s’appuie sur deux ouvrages majeurs d’Engels<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_8" class="footnote_tooltip"><em>Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme</em>, 1876 et&nbsp;<em>L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État</em>, 1884</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et insiste sur la justesse de ses analyses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’archéologie, l’ethnologie et l’anthropologie : des disciplines longtemps exclusivement masculines qui biaisent les réponses</h2>



<p>Comment vivaient les humains et quelle était la place des femmes au Paléolithique dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs et dans les premières sociétés agricoles et horticoles ?</p>



<p>Pour le savoir, il faut s’appuyer sur l’archéologie : les objets, les squelettes (marqueurs d’activités), les sépultures (tombes et biens funéraires), l’art (peintures, gravures, sculptures qui représentent des corps et des activités). Mais jusqu’aux années 1950, l’archéologie est un milieu d’hommes et l’idéologie sexiste domine.&nbsp;</p>



<p>« L’archéologie du genre »&nbsp;ou&nbsp;« féministe » émerge au milieu des années 70 et va bousculer les codes. Ce courant dénonce l’orientation des recherches prioritairement sur la division sexuée du travail où&nbsp;les activités supposées valorisantes (production d’outils et d’armes, chasse et guerre) sont attribuées aux hommes. Mais également les interprétations faites à travers le prisme du déterminisme biologique et l’application de normes occidentales modernes construites autour de valeurs masculines à des sociétés passées.</p>



<p>Ce courant est crucial car il a permis de connaître, au moins en partie, le rôle et le statut des femmes dans les sociétés anciennes. En partie, car il est très difficile encore aujourd’hui de savoir réellement comment vivaient nos ancêtres. Certes, les progrès de la science ont permis des avancées significatives, notamment avec l’analyse de l’ADN qui permet de déterminer le sexe des squelettes. Cependant, cela reste basé sur beaucoup d’hypothèses et d’interprétations.</p>



<p>L’ethnologie et l’anthropologie : la parole, les témoignages, l’étude des sociétés primitives et leur observation à l’époque moderne nous permettent d’aller plus loin dans les connaissances et l’analyse. Cependant, il faut là encore être conscient des déformations qui entretiennent la confusion sur la place des femmes dans les sociétés sans classe.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="cacaca" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #cacaca;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_OppressionFemmes_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-7130 not-transparent" width="356" height="437"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>Eleonor Leackock dans&nbsp;« Le genre dans les sociétés égalitaires »&nbsp;nous alerte sur le fait que les anthropologues, majoritairement des hommes, interrogeaient d’autres hommes et ne questionnaient pas le statut des femmes.</p>



<p>Ensuite, elle note que les cultures analysées par les anthropologues existent dans un contexte colonial :&nbsp;« Les généralisations sur les cultures tribales sont trop souvent construites à partir des rapports ethnographiques du 20ème siècle sans prendre en compte le colonialisme, l’impérialisme et leurs effets à l’échelle mondiale. »&nbsp;Le déclin du statut des femmes a été&nbsp;accéléré par les pratiques patriarcales et les comportements importées par les européens.</p>



<p>Enfin, l’approche ethnocentriste dominante présuppose que la sphère publique serait masculine, et la sphère domestique féminine et qu’on élèverait les enfants de la même manière partout comme en occident.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les sociétés de chasseurs-cueilleurs</h2>



<p>Au Paléolithique supérieur (40 000 à 10 000 avant le présent), il y a une nécessité&nbsp;de coopération et de solidarité pour la survie du groupe.&nbsp;</p>



<p>Les chasseur·euses-cueilleur·euses sont des nomades qui parcourent de nombreux kilomètres chaque jour. Les femmes sont autant actives que les hommes et pratiquent la collecte avec leurs enfants sur le dos.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_9" class="footnote_tooltip">L’invention du porte-bébé date du Paléolithique, une représentation existe sur un site archéologique en Allemagne, in Eric Pincas, Thomas Cirotteau, Jennifer Kerner,<em>&nbsp;Lady Sapiens</em>, Les arènes, 2021.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;</p>



<p>Une régulation des naissances est nécessaire. Le mode de vie nomade impose des contraintes physiques nombreuses et les maternités sont espacées d’environ 4 ans. Cette régulation des naissances passe également par l’abstinence, l’utilisation d’herbes pour la contraception ou l’avortement, et en dernier recours l’infanticide.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un investissement du groupe dans l’éducation.&nbsp;</h3>



<p>Élever un enfant n’est pas juste la charge de la mère. Le groupe s’investit auprès de l’enfant et de la mère. A partir d’un certain âge, tous les membres du groupe peuvent alimenter l’enfant par le prémâchage qui existe également dans certaines sociétés actuelles.</p>



<p>La garde des enfants est aussi un service que peuvent rendre les différents membres de la communauté, hommes comme femmes.</p>



<p>Physiquement, on observe une robustesse des membres supérieurs gauche et droit, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes.</p>



<p>Les femmes étaient robustes avec peu de surplus de masse graisseuse : le gibier étant une viande maigre (les animaux d’élevage n’apparaissent qu’au néolithique).&nbsp;</p>



<p>Il ne faut donc pas voir dans les représentations des opulentes&nbsp;« Vénus »&nbsp;sculptée dans la pierre une représentation du physique des femmes de l’époque.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">La question du pouvoir&nbsp;</h3>



<p>Parler de «chef·fe »&nbsp;dans ces sociétés ne serait pas approprié : il s’agit de sociétés relativement égalitaires. Cependant, des personnalités peuvent devenir centrales pour leur talent de chasseur, leur capacité à gérer des conflits, ou à soigner.</p>



<p>Certaines femmes accèdent à un statut particulier en fonction de ce qu’elles ont fait pendant leur vie : quand elles ont aidé le groupe à survivre dans des situations difficiles, par exemple.&nbsp;</p>



<p>On retrouve dans certaines sépultures du Paléolithique des vêtements ou ornements qui indiquent un statut particulier de certains individus.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Concernant la division du travail&nbsp;</h3>



<p>Les recherches archéologiques ont montré que la forte musculature des femmes de la préhistoire n’est pas sollicitée de la même manière que pour les hommes.</p>



<p>Chez les hommes, on observe des activités uni manuelles, qui peuvent être caractéristiques du lancer mais peut-être également d’autres activités, comme la taille du silex par percussion, l’utilisation de haches ou d’armes de chasse.</p>



<p>Il a été&nbsp;observé de petits arrachements osseux à la suite de blessures au niveau des articulations du coude chez nos ancêtres du Paléolithique. Chez les lanceur•euses de javelot, on observe des pathologies similaires. Sur les squelettes présentant ces blessures, 95 % sont des squelettes d’hommes. Sébastien Villote, archéologue, précise que l’on dispose de peu de squelettes de cette période et que ce qui est vrai pour l’Europe au Paléolithique supérieur ne l’est peut-être pas ailleurs.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_10" class="footnote_tooltip">Sébastien Villote in <em>Lady Sapiens</em>, Les arènes, 2021</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;</p>



<p>La majorité des anthropologues et archéologues soutiennent qu’ailleurs dans le monde les activités sont assez équitablement réparties et que la distinction homme chasseur, femme collectrice n’est peut-être pas aussi tranchée.&nbsp;</p>



<p>De récentes découvertes sur un site archéologique au Pérou qui date de 8000 ans avant le présent vont dans ce sens. Cinq fosses funéraires ont été fouillées et six individus en ont été exhumés. Deux d’entre eux étaient accompagnés d’une panoplie de chasseur : un homme d’une trentaine d’années et une femme de moins de 20 ans. Par ailleurs, cela ne serait pas un phénomène isolé. 10 sites américains (entre 12000 et 8000 avant notre&nbsp;ère) ont livré 11 sépultures féminines associées à des armes, ce qui remettrait la division stricte des tâches en question.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_11" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h3 class="wp-block-heading">Les femmes avaient-elle le droit de chasser ?</h3>



<p>La théorie de l’interdit du sang pour les femmes existe pour certains groupes. Les femmes donnant la vie, elles ne pourraient donner la mort.&nbsp;« L’utilisation d’armes de chasse perforantes est l’activité la plus genrée dans les groupes humains observés en ethnographie. Cette activité est plus souvent pratiquée par les hommes.»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_12" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Mais les interdits et les tabous ne sont pas valables partout. Nous avons l’exemple des femmes Agtas des Philippines connues pour chasser à l’arc et à&nbsp;la machette.</p>



<p>Par ailleurs, même si les femmes étaient exclues de la mise à mort, elles avaient une place très importante dans l’acquisition de protéines animales. Avec les enfants, elles pouvaient participer à la capture du gibier. D’ailleurs, l’essentiel de la nourriture provenait des petites chasses, du ramassage et des collectes. Chez les Sans du Kalahari, 75 % de l’apport de nourriture est le fait des femmes, la grande chasse restant quelque chose d’exceptionnel partout dans le monde.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_13" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Selon Marylène Patou-Mathis, la répartition des tâches se faisait davantage en fonction des aptitudes et compétences, voire des goûts de chacun·ne. L’objectif étant l’efficacité&nbsp;mais&nbsp;également la préservation de l’entente du groupe.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La division sexuelle du travail : signe de la domination des hommes ?</h3>



<p>Pour Chris Harman, malgré la division du travail entre hommes et femmes, la cueillette procurant une part plus importante de la ration alimentaire que la chasse, il n’y a pas nécessairement une évaluation plus haute du travail des hommes. Cela est cependant le cas dans les sociétés où&nbsp;la viande est la composante essentielle comme chez les aborigènes australien·nes, où&nbsp;les hommes sont considérés comme supérieurs aux femmes. Mais il note que même dans ce cas, les femmes comme les hommes prenaient part aux décisions pour le groupe.</p>



<p>Dans certaines sociétés, il existe une forme de hiérarchie mais pas d’oppression systématique et les femmes peuvent s’opposer aux décisions de leur mari. Cela tiendrait en partie au fait qu’il existe des sociétés matrilinéaires<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_14" class="footnote_tooltip">La descendance est établie dans la lignée féminine. Les liens les plus importants de l’enfant ne sont pas avec le père qui appartient à un lignage différent mais avec sa mère et le frère de sa mère. La responsabilité d’un homme n’est pas envers ses enfants biologiques mais envers ceux de sa sœur.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ou matrilocales<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_15" class="footnote_tooltip">Un homme s’installe dans un foyer dirigé par sa femme, les sœurs et la mère de celle-ci.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pour Harman, ce n’est pas la division du travail en soi qui crée la domination mais lorsque les femmes n’ont plus un rôle central dans la production et que les sociétés deviennent essentiellement patrilinéaires.&nbsp;</p>



<p>Pour Christophe Darmangeat, l’importance de la filiation a été surestimée pour comprendre le statut des femmes dans les sociétés primitives. Dans plusieurs sociétés, la filiation n’était pas unilinéaire, il y a eu coexistence de tribus matrilinéaires ou patrilinéaires.</p>



<p>Certaines tribus d’Australie ou encore de Nouvelle-Guinée étaient organisées de façon matrilinéaire pour certaines et de manière patrilinéaire pour d’autres. La situation des femmes n’en était pas altérée. Selon lui, l’ethnologie a démontré que la filiation matrilinéaire ne signifiait pas que les femmes avaient une position plus favorable.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_16" class="footnote_tooltip">Voir&nbsp;« Matrilinéarité et situation des femmes »&nbsp;in Christophe Darmangeat, op.cit.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Par ailleurs, le sexe a été le critère principal de division du travail dans toutes sociétés primitives et si les tâches attribuées diffèrent d’un peuple à l’autre, certaines comme la chasse ne varient pas. Selon lui, les hommes retirent un prestige de la viande qui est le mets le plus apprécié et prestigieux. Il y aurait donc une valorisation sociale du chasseur.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Évolution de l’agriculture : un changement de mode de production aux conséquences majeures pour le statut des femmes</h2>



<p>Au Néolithique (10 000 à 3000 avant le présent), c’est-à-dire avec le développement des sociétés horticoles et agricoles, les femmes ont un rôle très important dans la culture des plantes et la conservation des aliments mais les évolutions techniques et notamment la charrue pour le labourage va réduire sa place dans la production. Les femmes retournaient la terre à la houe, dorénavant ce sont les hommes qui vont labourer.</p>



<p>Ces changements dans la division du travail sont dus, selon Chris Harman, à la fois à des impératifs biologiques et à des besoins sociaux. Quand dans les sociétés de chasseur·euses-cueilleur·euses nomades, il y avait une nécessité d’espacer les naissances pour qu’aucune femme n’ait à s’occuper de plus d’un enfant à la fois, c’est l’inverse dans les sociétés agricoles : chaque enfant est potentiellement un cultivateur en plus.</p>



<p>De plus, avec la transition vers l’agriculture et le stockage de la richesse, qui peut être volée, on assiste au développement de la guerre dans les sociétés agricoles. Il faut donc compenser une mortalité plus élevée.&nbsp;</p>



<p>C’est dans l’intérêt de la société dans son ensemble que les femmes ne participent pas aux activités comme la guerre, les longs voyages et les tâches agricoles lourdes.&nbsp;</p>



<p>« Le résultat est que les femmes ont un rôle central dans la production, aussi bien que dans la reproduction dans les sociétés de chasseurs cueilleurs et d’agriculture primitive. Mais sont exclues des productions qui dégagent le plus grand surplus avec l’arrivée de l’agriculture lourde, la révolution urbaine, et le passage d’une société « communautaire »&nbsp;ou&nbsp;« d’association de parenté » à la société&nbsp;divisée en classes. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_17');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">17</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_17" class="footnote_tooltip">Chris Harman, op. cit.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Avec le développement de l’agriculture, du stockage et de la guerre, la nécessité d’un contrôle social voit le jour et des chefs émergent. Ceux-ci échappent&nbsp;à la charge de travail et peuvent se comporter comme une classe exploiteuse. Cependant, la production est individuelle, elle repose sur le foyer (travail des cultures et soins aux bêtes) mais le mode de production reste commun et basé sur le partage. Chris Harman parle de contradiction de la production car la survie de la société dépend à la fois de l’activité individuelle des foyers qui assurent la production et du partage coopératif et altruiste à l’intérieur du groupe qui assure la reproduction.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, on ne peut pas encore parler véritablement de sociétés de classes. Pour que les sociétés agricoles le deviennent, le commerce extérieur et la colonisation ont joué un rôle majeur.</p>



<p>Pour Darmangeat, l’élément décisif pour la situation des femmes se situe beaucoup moins du côté des classes sociales et de l’Etat en eux-mêmes que du côté de l’intensification de l’agriculture, soit de l’utilisation de la charrue et de l’irrigation qui excluent les femmes de la production.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="737373" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #737373;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_OppressionFemmes_Ullustr3.jpg" alt="" class="wp-image-7131 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>Pour cela, il s’appuie sur des exemples de sociétés étatiques qui ont laissé aux femmes une place dans l’appareil hiérarchique autre que&nbsp;« première servante »&nbsp;(les Yoruba, le Dahomey, les Incas). Ces sociétés ne pratiquaient pas une forme intensive d’agriculture.</p>



<p>Le royaume du Dahomey situé au sud-est de l’actuel Bénin possédait une force armée qui regroupait plusieurs milliers de combattantes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_18');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">18</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_18" class="footnote_tooltip">Voir le film de Gina Prince-Bythewood,&nbsp;<em>The Woman King</em>&nbsp;sortie en salle en septembre 2022.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Sa fondation remonterait au début du 18ème siècle. La participation des femmes à l’appareil d’Etat ne se limitait pas à sa force armée. Les postes au sein du gouvernement étaient occupés par des femmes comme par des hommes.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des sociétés égalitaires sans domination masculine ont-elles existé ?&nbsp;</h2>



<p>Dans son texte Le genre dans les sociétés égalitaires, Eleanor Leacock décrit le statut des femmes chez les indiens Naskapi Montagnais de la péninsule du Labrador (Canada oriental)&nbsp;à&nbsp;partir d’observations d’européens au XVIIe siècle.</p>



<p>Elle explique que ces sociétés égalitaires se sont transformées avec le passage du partage au troc puis au commerce généralisé et la spécialisation du travail.</p>



<p>Elle a démontré que le commerce de fourrures avec les blancs a profondément changé les rapports entre les sexes au bénéfice des hommes.&nbsp;</p>



<p>Christophe Darmangeat note que l’impact dévastateur du marché capitaliste a pu être observé pour beaucoup d’autres sociétés primitives mais il montre également qu’il existe des cas de sociétés économiquement égalitaires de chasseur·euses-cueilleur·euses dans lesquelles se manifeste une oppression des femmes sans que cela puisse être mis sur le compte du contact avec des sociétés plus développées.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, il cite des exemples de sociétés économiquement égalitaires dans lesquelles les rapports entre hommes et femmes sont égalitaires : Les San ou Kung du Kalahari (Botswana Namibie), Les chasseurs-cueilleurs des îles Andaman (Birmanie), Les Mbuti de l’actuel Congo. Mais aussi des sociétés égalitaires économiquement mais où&nbsp;il n’y a pas d’égalité entre hommes et femmes : Les Selk’nam ou Onas de la terre de feu, Les Inuits, les aborigènes d’Australie.</p>



<p>Il en conclut que&nbsp;« la situation relative des sexes apparaît très variable d’une société à l’autre, avec à&nbsp;un extrême, un relatif équilibre entre femmes et hommes, à l’autre, l’infériorisation systématisée des premières, et toutes les modalités intermédiaires possibles »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_19');" onkeypress="footnote_moveToReference_7128_20('footnote_plugin_reference_7128_20_19');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7128_20_19" class="footnote_plugin_tooltip_text">19</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_19" class="footnote_tooltip">C. Darmangeat parle&nbsp;« d’équilibre »&nbsp;plutôt que d’égalité car selon lui, il ne peut y avoir d’égalité s’il y a séparation entre des domaines masculins et féminins. Voir la conclusion de son ouvrage et son analyse du capitalisme et du salariat comme premier système à poser les conditions de la disparition de la division sexuelle.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7128_20_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7128_20_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Toutefois, il note que la participation des femmes aux travaux productifs apparaît partout comme une condition nécessaire d’une position favorable pour elles bien qu’elle ne soit pas suffisante.</p>



<p>L’analyse matérialiste permet de comprendre comment les relations sociales se construisent en fonction des moyens de subsistance et des changements de modes de production.&nbsp;</p>



<p>La sédentarisation et le développement de l’agriculture intensive a amené un changement fondamental dans le statut des femmes car ce mode de production a généré du surplus, produit par les hommes, ce qui leur a donné une place dominante dans la société. Les femmes qui étaient centrales dans la production des moyens de subsistance en ont été écartées.&nbsp;</p>



<p>L’évolution de la famille et le caractère de l’oppression des femmes dans les différentes sociétés de classes jusqu’à aujourd’hui, pourrait faire l’objet d’un prochain article et permettrait d’approfondir le débat.</p>



<p>Bien que de nombreux points restent encore à explorer et développer, à travers l’étude des sociétés primitives, on observe qu’il a existé des sociétés égalitaires sans domination systématique des hommes sur les femmes. Ainsi, l’oppression des femmes n’est pas l’expression de la nature humaine mais bien le produit de conditions matérielles et de développements historiques concrets. C’est fondamental car cela montre que la domination masculine n’est pas indépassable.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading">Marie Périn</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7128_20();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7128_20();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7128_20">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7128_20" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Préhistorienne et directrice de recherche au CNRS</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Marylène Patou-Mathis,&nbsp;<em>L’homme préhistorique est aussi une femme</em>, Allary Editions, 2020.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Christophe Darmangeat est enseignant chercheur en sciences économiques et anthropologie sociale.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Christophe Darmangeat,&nbsp;<em>Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes</em>, Smolny, 2022.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Militant, dirigeant du Socialist Worker Party (SWP) Parti révolutionnaire anglais et historien (1942-2009</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Anthropologue féministe américaine (1922-1987</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chris Harman, «&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/harman/1994/engelssocietehumaine/engelssocietehumaine.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Engels et les origines de la société humaine</a>&nbsp;», 1994</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme</em>, 1876 et&nbsp;<em>L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État</em>, 1884</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">L’invention du porte-bébé date du Paléolithique, une représentation existe sur un site archéologique en Allemagne, in Eric Pincas, Thomas Cirotteau, Jennifer Kerner,<em>&nbsp;Lady Sapiens</em>, Les arènes, 2021.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Sébastien Villote in <em>Lady Sapiens</em>, Les arènes, 2021</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La descendance est établie dans la lignée féminine. Les liens les plus importants de l’enfant ne sont pas avec le père qui appartient à un lignage différent mais avec sa mère et le frère de sa mère. La responsabilité d’un homme n’est pas envers ses enfants biologiques mais envers ceux de sa sœur.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Un homme s’installe dans un foyer dirigé par sa femme, les sœurs et la mère de celle-ci.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir&nbsp;« Matrilinéarité et situation des femmes »&nbsp;in Christophe Darmangeat, op.cit.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_17" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_17');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chris Harman, op. cit.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_18" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_18');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir le film de Gina Prince-Bythewood,&nbsp;<em>The Woman King</em>&nbsp;sortie en salle en septembre 2022.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7128_20_19" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7128_20('footnote_plugin_tooltip_7128_20_19');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>19</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C. Darmangeat parle&nbsp;« d’équilibre »&nbsp;plutôt que d’égalité car selon lui, il ne peut y avoir d’égalité s’il y a séparation entre des domaines masculins et féminins. Voir la conclusion de son ouvrage et son analyse du capitalisme et du salariat comme premier système à poser les conditions de la disparition de la division sexuelle.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7128_20() { jQuery('#footnote_references_container_7128_20').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7128_20').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7128_20() { jQuery('#footnote_references_container_7128_20').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7128_20').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7128_20() { if (jQuery('#footnote_references_container_7128_20').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7128_20(); } else { footnote_collapse_reference_container_7128_20(); } } function footnote_moveToReference_7128_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7128_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7128_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7128_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/aux-origines-de-loppression-des-femmes/">Aux origines de l’oppression des femmes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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