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	<title>Archives des Economie politique - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des Economie politique - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>La théorie de la valeur </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 17:32:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Chris Harman]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[marx]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie de la valeur]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le Capitalisme est le règne de la marchandise : on n’y produit pas des biens pour satisfaire des besoins mais pour pouvoir les échanger sur le marché et en tirer un profit. Pourquoi 10 paires <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/" title="La théorie de la valeur ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Le Capitalisme est le règne de la marchandise : on n’y produit pas des biens pour satisfaire des besoins mais pour pouvoir les échanger sur le marché et en tirer un profit. Pourquoi 10 paires de lacets, une enceinte bluetooth bas-degamme ou un rouge à lèvre sont-ils interchangeables ? D’où vient ce profit et par quels mécanismes les capitalistes tentent-ils de l’augmenter ? Quelles sont les conséquences de cette quête du profit pour l’entièreté du système de production ? L’économie bourgeoise s’échigne à justifier l’état du marché économique par la loi de l’offre et de la demande. À rebours de cette rengaine, Chris Harman, militant révolutionnaire, nous présente la théorie de la valeur. </em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Decembre 2025</h6>



<p>Mais les machines, le capital produisent des marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le capital, tout comme le travail, obtienne une part des richesses produites. Chaque « facteur de production » doit avoir sa récompense. </p>



<p>C’est comme cela que répond quelqu’un à qui on a appris un petit peu d’économie pro-capitaliste, à l’analyse marxiste de l’exploitation et de la plus-value. Et à première vue, l’objection semble se tenir. Car, assurément, on ne peut produire de richesse sans capital. Les marxistes n’ont jamais dit le contraire. Mais notre point de départ est bien différent. Nous commençons par demander : d’où vient le capital ? Comment les moyens de production sont apparus pour la première fois ? </p>



<p>La réponse n’est pas difficile à trouver. Tout ce que les humains ont utilisé, au cours de l’histoire, pour créer des richesses &#8211; que ce soit une hache de pierre néolithique ou un micro-ordinateur &#8211; a, à un moment, été créé par du travail humain. Même si on a eu besoin d’outils pour faire la hache, ces outils viennent d’un travail précédent. </p>



<p>C’est pourquoi Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, « de travail mort ». Alors que les hommes d’affaires se vantent du capital qu’ils possèdent, en réalité, ils se vantent d’avoir acquis le contrôle d’une vaste chaîne de travail de générations précédentes &#8211; ce qui ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne travaillaient pas plus qu’eux maintenant. </p>



<p>L’idée que le travail est la source des richesses &#8211; souvent appelée la « théorie de la valeur » &#8211; n’est pas une découverte originale de Marx. Tous les grands économistes pro-capitalistes avant lui l’avaient acceptée. </p>



<p>Des personnes, comme l’économiste écossais Adam Smith ou l’économiste anglais David Ricardo, l’avaient écrit quand le système du capitalisme industriel était encore jeune &#8211; peu avant et peu après la Révolution française. Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient connaître la source réelle de leur richesse s’ils devaient un jour dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts en leur montrant que le travail créait la richesse, et pour construire leurs richesses, ils avaient besoin de « libérer » le travail du joug des anciens dirigeants pré-capitalistes. </p>



<p>Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches de la classe ouvrière commencent à retourner l’argument contre les amis de Smith et Ricardo : si le travail crée la richesse, alors le travail crée le capital. Et les « droits du capital » ne sont rien de plus que les droits du travail usurpé. </p>



<p>Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital décidèrent que la théorie de la valeur était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre. </p>



<p>Allumez la radio. Écoutez-la assez longtemps, et vous entendrez quelqu’un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans l’économie française, c’est que « les gens ne travaillent pas assez dur » ou, et c’est une autre manière de le dire, que « la productivité est trop faible ». Ne cherchons pas, un instant, à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez plutôt la façon dont ils sont présentés. Ils ne disent jamais « les machines ne travaillent pas assez dur ». Non, c’est toujours les gens, les travailleurs.&nbsp;</p>



<p>Ils prétendent que, si seulement les travailleurs travaillaient plus dur, plus de richesses pourraient être créées, et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d’arguments l’ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail créera plus de capital. Le travail est la source des richesses. </p>



<p>Supposons que j’ai un billet de 50 euros dans ma poche. Quelle utilité cela a pour moi ? Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je pourrai obtenir, en échange, quelque chose d’utile qui a été fabriqué par le travail de quelqu’un d’autre. Le billet de 50 euros n’est, en fait, que le droit de disposer des produits d’une certaine quantité de travail. Deux billets de 50 euros seront le droit de disposer des produits de deux fois cette quantité et ainsi de suite. </p>



<p>Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la quantité de travail qui a été nécessaire pour la créer. </p>



<p>Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même quantité, dans un temps donné. Si j’essayais, par exemple, de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq à six fois plus de temps qu’un charpentier. Mais personne, sain d’esprit, ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par le charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi. </p>



<p>Supposons qu’il faut une heure à ce charpentier pour faire une table, on dira alors que la valeur de la table est équivalente à une heure de travail. Ce sera le temps de travail nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de technologie et des compétences de la société. </p>



<p>C’est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de quelque chose n’était pas, simplement, le temps que cela prenait à un individu pour le faire, mais le temps que cela prendrait à un individu travaillant avec le niveau de technologie moyen et les compétences moyennes &#8211; il appela ce temps moyen de travail, « le temps de travail socialement nécessaire ». Ce point est essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu’il faut de moins en moins de temps pour produire. </p>



<p>Par exemple, quand les radios étaient faites avec des lampes, elles étaient très chères, parce qu’il fallait vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait être fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps. Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire des lampes pour radios, virent le prix de ce qu’ils produisaient dégringoler, car la valeur des radios n’était plus déterminée par le temps de travail nécessaire pour les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des transistors. Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement &#8211; jour après jour ou semaine après semaine. Ces changements peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps nécessaire pour les produire. </p>



<p>Quand le gel tua tous les plants de café au Brésil, le prix du café explosa, parce qu’il y avait pénurie dans monde et que les gens étaient prêts à payer plus. Si, demain, une catastrophe quelconque venait à détruire tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun doute que le prix des télévisions exploserait de la même façon. Ce que les économistes appellent « l’offre et la demande » explique de telles variations dans le prix. </p>



<p>Pour cette raison, beaucoup d’économistes pro-capitalistes prétendent que la théorie de la valeur est sans fondement. Ils disent que seules l’offre et la demande importent. C’est cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient, ils varient autour d’une valeur moyenne. La mer monte ou descend à cause des marées, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas parler d’un point fixe autour duquel elle bouge, que nous appelons, d’ailleurs, le niveau de la mer. </p>



<p>De la même manière, le fait que les prix montent ou baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu’il n’y a pas de valeurs fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les téléviseurs étaient détruits, les premiers fabriqués seraient très demandés et très chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il y en ait de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les autres, ce qui inévitablement baisserait les prix, jusqu’à atteindre leur valeur en termes de travail nécessaire pour les fabriquer. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Compétition et accumulation </h2>



<p>Il fut un temps où le capitalisme semblait être un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des femmes ont été dominées par l’esclavage et l’exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu’il fit son apparition au XVIIIème et XIXème siècles, ne changea rien de tout cela. Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation à profit pour un but utile. Plutôt que de gaspiller des montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates, plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des monarques décédés, plutôt que d’enclencher de futiles guerres pour que le fils d’un empereur puisse gouverner un trou perdu, il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. L’essor du capitalisme fut une période de croissance de l’industrie, des villes et des moyens de transport, à une échelle inimaginable pour les générations passées. </p>



<p>Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des villes comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient des endroits miraculeux. L’humanité n’avait jamais vu autant de coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas de qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci étaient plutôt des gens nocifs, obsédés uniquement par les richesses qu’ils pouvaient récupérer en payant le moins possible pour le travail effectué. </p>



<p>Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à construire des industries. Mais les capitalistes étaient différents sur deux points importants. Le premier dont nous avons parlé &#8211; ils ne possédaient pas les travailleurs, ils les payaient à l’heure pour leur capacité à travailler, leur force de travail. Ils utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves. Ensuite, ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les travailleurs produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les capitalistes vivaient de la vente à d’autres personnes des biens produits par les travailleurs. </p>



<p>Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour faire ce qu’il voulait que le possesseur d’esclaves ou le seigneur féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire au plus bas coût possible. Le capitaliste possédait l’usine et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce pouvoir comme il le souhaitait. Il devait s’agenouiller devant les impératifs de la compétition avec les autres usines. </p>



<p>Revenons à notre capitaliste préféré, M.Dupont. Supposons qu’une certaine quantité de coton produit dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir, mais que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en cinq heures de travail. M.Dupont serait incapable d’obtenir, pour son produit, l’équivalent de dix heures de travail. Aucune personne sensée ne paierait ce prix, alors qu’il y a moins cher de l’autre côté de la rue. </p>



<p>Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait s’assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais ce n’est pas tout. Il devait aussi s’assurer que ses travailleurs travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des autres travailleurs dans d’autres usines. Le capitaliste qui voulait survivre devait posséder de plus en plus grandes quantités de moyens de production &#8211; ou, comme disait Marx, accumuler du capital ! </p>



<p>La compétition entre les capitalistes créa un pouvoir, le système du marché, qui les tenait tous sous son emprise. Il les poussa à accélérer les cadences tout le temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles machines ( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe à côté ), et ils ne pouvaient se le permettre qu’à condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible. </p>



<p>Marx écrivit, dans son œuvre principale, Le Capital, que le capitaliste est un avare obsédé par l’acquisition incessante de plus en plus de richesses. Mais :</p>



<p>« Ce qui chez l’un parait être une manie individuelle est chez l’autre l’effet du mécanisme social dont il n’est qu’un rouage. Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l’accroître, et il ne peut continuer de l’accroître à moins d’une accumulation progressive. (&#8230;) </p>



<p>Accumulez, accumulez ! C’est la loi et les prophètes ! » </p>



<p>La production ne sert pas à satisfaire des besoins humains &#8211; mêmes ceux des capitalistes &#8211; mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre. Les travailleurs, employés par chacun d’eux, voient leurs vies dominées par la tendance qu’ont leurs employeurs à accumuler plus rapidement que leurs rivaux. </p>



<p>Comme le Manifeste du parti communiste l’explique : <br>« Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé&#8230; le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité ». </p>



<p>L’obligation pour les capitalistes d’accumuler, en concurrence les uns avec les autres, explique les grandes avancées industrielles des premières années du système. Mais quelque chose d’autre en résulta &#8211; les crises économiques à répétition. Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système lui-même. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Chris Harman<sup data-fn="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3" class="fn"><a id="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3-link" href="#d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3">1</a></sup></h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3">Cet article est extrait d’une brochure,<br><a href="https://quefaire.lautre.net/IMG/pdf/harmanmarxisme.pdf">« Qu’est-ce-que le marxisme »</a>, dont nous<br>vous conseillons la lecture. <a href="#d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/">La théorie de la valeur </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’impérialisme américain sous Trump</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/limperialisme-americain-sous-trump/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Jul 2025 08:09:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Trump]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’élection de Trump aux États-Unis marque un tournant géopolitique et stratégique majeur. Un des aspects les plus éclatants en est la façon dont Trump promeut une politique impérialiste brutale pour les États-Unis, faite de menaces <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/limperialisme-americain-sous-trump/" title="L’impérialisme américain sous Trump">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>L’élection de Trump aux États-Unis marque un tournant géopolitique et stratégique majeur. Un des aspects les plus éclatants en est la façon dont Trump promeut une politique impérialiste brutale pour les États-Unis, faite de menaces économiques, de retournement d’alliances historiques, voire de menaces de conquête pure et dure.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p>L’objectif de cet article est triple :<br>&#8211; rappeler les déterminants économiques de ce bouleversement stratégique ;<br>&#8211; analyser ce qu’il contient de continuité et de rupture par rapport à la période précédente ;<br>&#8211; anticiper les arguments qui vont se développer dans notre classe et la manière de les contrer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les racines économiques de l’inflation</h2>



<p>Dans le capitalisme, l’économie ne permet pas de tout expliquer ni de tout comprendre, mais rien ne peut être expliqué sans avoir en tête la toile de fond économique sur laquelle se fait la politique.<br>Pour comprendre le phénomène Trump et ses conséquences sur l’impérialisme, il nous faut remonter à la crise financière de 2008. Lors de cette crise, la phase néolibérale du mode de production capitaliste a entamé son agonie. En effet, la doctrine néolibérale stipulait que la marchandisation croissante de l’économie et sa dérégulation devaient à la fois apporter la paix entre les peuples et la stabilité économique du système. Par exemple, le prix Nobel d’économie Robert Lucas, pilier de la contre-révolution néolibérale, expliquait ouvertement en 2003 :<br>« Le problème central de la prévention des dépressions a été résolu dans toutes ses dimensions pratiques et l’a été pour plusieurs décennies. »<br>Or, la crise de 2008 a tiré une première balle dans le cœur de ces croyances. En effet, ni la marchandisation à outrance ni la dérégulation ne sont en mesure d’empêcher les crises du système capitaliste. En réalité, la phase du néolibéralisme a simplement réussi à stabiliser les taux de profit. Ce taux, qui était de 10 % sur la période 1950–1967, a chuté à 7 % entre 1968 et 1980, et s’est maintenu autour de cette valeur jusqu’en 2008.<br>Cette stabilisation des taux de profit moyens a notamment été rendue possible notamment grâce à la transformation des masses paysannes chinoises en ouvriers et ouvrières industrielles. L’achèvement de ce processus a eu deux conséquences importantes : la reprise de la baisse tendancielle du taux de profit, et l’avènement de la Chine comme première puissance industrielle du monde. En 2018, la Chine représentait 28 % de la production industrielle mondiale, contre 16 % pour les États-Unis.<br>Par ailleurs, cette crise n’a été surmontée que par l’intervention directe des États dans le système économique. En Chine, cela s’est traduit par des politiques massives d’investissement. Dans les pays de l’Ouest, les pays dits développés ont mené des politiques de rachat des dettes pourries par leurs banques centrales. S’en est suivie la prolifération d’entreprises zombies, à peine rentables et prêtes à mourir au premier choc venu.<br>Enfin, les trusts capitalistes et leurs États nationaux ont eu recours à l’utilisation de taux d’intérêt historiquement faibles pour réaliser des opérations de fusions-acquisitions à un rythme deux fois plus soutenu qu’avant la crise, engendrant des groupes monopolistiques gigantesques.<br>Le coup de grâce de ce mode de production a été la crise du COVID. Là encore, face à la pénurie de masques et de matériel, ce n’est pas la soi-disant efficacité des marchés qu’on a vue se déployer pour résoudre ces problèmes, mais bien l’intervention directe des États et de leurs forces de police pour aller réquisitionner et voler les masques sur les tarmacs d’aéroports.<br>Par ailleurs, les États ont encore injecté des tonnes d’argent dans l’économie, ce qui a de nouveau fait exploser le nombre d’entreprises zombies – et donc de surcapacités productives – et de monopoles. À ce propos, la crise inflationniste a notamment été créée par ces groupes monopolistiques qui ont augmenté leurs prix sans craindre de se faire piquer des parts de marché par la concurrence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’impérialisme américain face à la concurrence chinoise</h2>



<p>Finalement, la situation économique au moment de l’élection de Trump est caractérisée par :<br>des taux de profit historiquement bas et des surcapacités productives gigantesques.<br>Ces deux éléments, ensemble, rendent inévitables des faillites d’entreprises en très grand nombre. Reste à savoir où ces faillites vont se produire et qui va payer l’essentiel de cette crise. Normalement, seules les capacités productives les plus importantes et les plus modernes devraient résister à cette « purge » – c’est-à-dire principalement les entreprises chinoises.<br>Cependant, les choses sont plus complexes à l’heure actuelle, car si la Chine est incontestablement la plus grande puissance industrielle, les États-Unis restent la plus grande puissance politique et militaire. Les États-Unis sont donc en mesure de combattre, par les armes et par leur capacité d’influence, un processus économique qui évolue en leur défaveur.<br>C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il faut interpréter la folie spéculative autour des entreprises travaillant sur l’IA. En effet, la principale promesse – rien ne dit qu’elle soit réaliste – de cette technologie est une hausse spectaculaire de la productivité du travail, soit la possibilité pour le pays qui développera les meilleurs outils dans le domaine de posséder l’outil industriel le plus avancé, le plus productif, et donc de ne pas subir la destruction des surcapacités.<br>Dans le même temps, comme la guerre en Ukraine et le génocide à Gaza l’ont montré, l’IA va devenir incontournable sur le champ de bataille.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La guerre commerciale et les droits de douane</h2>



<p>Mais, comme l’a souligné J.D. Vance, la puissance militaire découle de la puissance industrielle. Par conséquent, sans réindustrialisation massive des États-Unis, la Chine deviendra également, à moyen terme, la première puissance militaire. Or, le principal moteur du changement de doctrine sur les droits de douane aux États-Unis est précisément la volonté de réindustrialiser.<br>Enclencher un processus de réindustrialisation – c’est-à-dire créer de nouveaux moyens de production – dans un contexte global de surproduction industrielle, nécessite de rendre les investissements aux États-Unis encore plus favorables pour les capitalistes qu’ils ne le sont déjà, ce qui n’est pas peu dire dans un État quasiment dépourvu de tout mécanisme de solidarité.<br>Une des alternatives serait d’affaiblir le dollar face aux autres devises afin de rendre les exportations américaines moins chères à l’international.<br>Mais la dette abyssale des États-Unis n’est soutenable que parce que le dollar est une valeur refuge, stable, prisée par le monde entier. Si le dollar venait à être dévalué, la demande internationale en monnaie états-unienne pourrait diminuer, les bons du Trésor pourraient ne pas trouver preneur, et les États-Unis faire défaut sur leur dette – ce qui serait un cataclysme économique sans précédent en période de (relative) paix.<br>Finalement, la seule solution encore actionnable par l’administration Trump est celle des droits de douane tous azimuts, censés renchérir les importations aux États-Unis.<br>Les effets de ces droits de douane sur la réindustrialisation sont très incertains : cela pourrait simplement nourrir un phénomène inflationniste, déjà difficilement supportable par une grande partie de la population, avant même que la première usine soit construite, ou encore entraîner des pénuries de différents matériels.<br>Par conséquent, il y a fort à parier que non seulement ces droits de douane ne permettront pas aux États-Unis de rester la seule puissance hégémonique, mais qu’ils risquent de créer une nouvelle crise économique qui viendra s’ajouter à toutes les autres.</p>



<p>Le capitalisme est dans une phase de crise avancée, c’est-à-dire dans une phase où toutes ses contradictions sont en tension, et dans laquelle plus aucun levier entre les mains des classes dirigeantes ne peut être actionné sans ajouter de la crise à la crise.<br>Aussi, dépasser le capitalisme est une urgence vitale, et l’alternative entre « socialisme ou barbarie », posée par Rosa Luxemburg, est plus que jamais d’actualité.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Paul Paris 18eme</h5>
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		<title>Base et superstructure</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/base-et-superstructure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Thomas]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Mar 2022 11:19:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Matérialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #01 &#8211; Janvier 2022 Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/base-et-superstructure/" title="Base et superstructure">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-heading" style="font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #01 &#8211; Janvier 2022</h6>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles.</p>



<p>L&rsquo;ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s&rsquo;élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées.</p>



<p>Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuel en général.</p>



<p>Ce n&rsquo;est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c&rsquo;est inversement leur être social qui détermine leur conscience.</p>



<p>À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n&rsquo;en est que l&rsquo;expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s&rsquo;étaient mues jusqu&rsquo;alors.</p>



<p>De formes de développement des forces productives qu&rsquo;ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s&rsquo;ouvre une époque de révolution sociale.</p>



<p>Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l&rsquo;énorme superstructure.</p>



<p>Lorsqu&rsquo;on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel &#8211; qu&rsquo;on peut constater d&rsquo;une manière scientifiquement rigoureuse &#8211; des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu&rsquo;au bout. … on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production&#8230;</p>



<p>À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d&rsquo;époques progressives de la formation sociale économique.</p>
<cite><strong>Karl Marx</strong><em>, Préface de la Critique de l&rsquo;économie politique</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_1" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</cite></blockquote>



<p>Il règne une confusion au cœur même du marxisme. Marx et Engels nous ont fourni une méthode d&rsquo;analyse de la société qui s’est révélée extrêmement féconde pour chaque génération depuis que la méthode a été exposée dans <em>L&rsquo;idéologie allemande</em><strong> </strong>en 1846. Toutes les annonces concernant la « mort du marxisme » par des idéologues bourgeois se sont révélées fausses en une décennie par une variété de nouvelles études marxistes sur la société, l&rsquo;économie et l&rsquo;histoire. Pourtant, quand il s&rsquo;agit d&rsquo;énoncer exactement ce qu&rsquo;est la méthode marxiste, il y a eu d&rsquo;énormes confusions, où les marxistes semblent exprimer des choses contradictoires.</p>



<p>La confusion est centrée autour du couplet “base” et “superstructure”. Marx écrivait dans sa préface de la Critique de l&rsquo;économie politique de 1857 que « la structure économique de la société » forme la « base concrète » sur laquelle « s&rsquo;élève une superstructure juridique et politique ».</p>



<p>Depuis lors, les marxistes se disputent sur cette déclaration. Qu&rsquo;est-ce que la base ? L&rsquo;économie ? Les forces productives ? La technologie ? Les rapports de production ? Qu&rsquo;est-ce qui est inclus dans la superstructure ? Évidemment l’État. Mais qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;idéologie (et de la théorie révolutionnaire ?) De la famille ? De l’État quand il détient l&rsquo;industrie ?</p>



<p>Finalement, quelle est la relation entre la “base” et la “superstructure” ? Est-ce que la base détermine la superstructure ? Dans ce cas, quelle serait la nature de cette détermination ? Et est-ce que la superstructure dispose d&rsquo;un degré “d’autonomie” – et, dans ce cas, comment réconcilier cette autonomie relative avec le rapport de détermination (même s&rsquo;il ne s&rsquo;agit que de détermination en dernière instance)?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le matérialisme mécaniste et ses conséquences</h2>



<p>Les réponses données à ces questions mènent à des idées très différentes sur la façon dont la société se développe.</p>



<p>A une extrême, il y a l&rsquo;idée selon laquelle la base est constituée des forces productives, qui avancent inévitablement, et que cela mène à son tour à des changements dans la société.</p>



<p>Selon ce point de vue, les luttes politiques et idéologiques ne sont pas considérées comme jouant un rôle concret. Les humains sont les produits de leurs circonstances, et l&rsquo;histoire poursuit son cours indépendamment de leur volonté. L&rsquo;aboutissement des guerres, révolutions, débats philosophiques, etc. est toujours déterminé à l&rsquo;avance. Du point de vue de l’histoire, cela n’aurait rien changé si Robespierre était passé sous un chariot en 1788 ou si le train plombé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_2" class="footnote_tooltip">Train avec lequel Lénine traversa l&rsquo;Allemagne du sud au nord pour rejoindre la Russie après le début de la révolution.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> s&rsquo;était écrasé en avril 1917.</p>



<p>Cette conception du marxisme est basée sur une certaine lecture de Marx lui-même, en particulier sur un passage polémique dans <em>Misère de la philosophie</em><strong> </strong>:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>En acquérant de nouvelles forces productives, les hommes changent leur mode de production, et en changeant le mode de production, la manière de gagner leur vie, ils changent tous leurs rapports sociaux. Le moulin à bras vous donnera la société avec le suzerain; le moulin à vapeur, la société avec le capitalisme industriel<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_3" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615g.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615g.htm</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Ce fut dans les années après la mort de Marx qu&rsquo;une telle conception mécaniste, déterministe de l&rsquo;histoire en fut à être considérée comme l&rsquo;orthodoxie “marxiste”. C&rsquo;est à cette période que le marxisme parvint à hégémoniser le mouvement ouvrier allemand et, ce faisant, la II<sup>e</sup> internationale. Mais c&rsquo;était le marxisme tel qu’il était vu et compris par Karl Kautsky, le “pape du marxisme”.</p>



<p>Pour Kautsky, le développement historique est un processus qui produit inévitablement et successivement chaque mode de production – l&rsquo;antiquité, le féodalisme, le capitalisme – et qui devrait finalement nous amener au socialisme. Il y a une « inévitable&#8230; adaptation des formes d&rsquo;appropriation aux formes de production »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_4" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/archive/kautsky/1903/economic/ch20.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/kautsky/1903/economic/ch20.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les mouvements révolutionnaires ne peuvent pas altérer ce modèle de développement. Ainsi, les Hussites du 15ème siècle et les Anabaptistes révolutionnaires du 16ème siècle se sont battu courageusement et ont présenté une vision d&rsquo;une société nouvelle, mais, selon Kautsky, ils ne pouvaient modifier le développement inévitable de l&rsquo;histoire :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« La direction du développement social ne dépend pas de l&rsquo;utilisation de méthodes pacifiques ou de luttes violentes. Elle est déterminée par les progrès et les besoins des moyens de production. Si le résultat d&rsquo;une lutte révolutionnaire violente ne correspond pas aux intentions des combattants révolutionnaires, cela signifie uniquement que ces intentions sont en opposition au développement des besoins de la production.</p>



<p>La lutte révolutionnaire violente ne peut jamais déterminer la direction du changement social, elle peut seulement, dans certaines circonstances, accélérer son rythme »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_5" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/deutsch/archiv/kautsky/1895/vorl/index.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/deutsch/archiv/kautsky/1895/vorl/index.html</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>La tâche des socialistes révolutionnaires sous le capitalisme moderne n&rsquo;était pas de raccourcir le développement historique, mais simplement de refléter son développement en construisant soigneusement des organisations socialistes jusqu&rsquo;au jour où le capitalisme serait prêt à se transformer en socialisme. En corollaire, les contre-révolutionnaires ne pouvaient pas non plus stopper la marche en avant des forces productives et, donc, du développement historique. Kautsky insistait sur le fait que la régression d&rsquo;une forme plus avancée de forces productives à une forme plus arriérée n&rsquo;était jamais arrivée<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_6" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/archive/kautsky/1906/ethics/index.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/kautsky/1906/ethics/index.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. « Le développement économique », selon son ouvrage le plus influent, son introduction au Programme d&rsquo;Erfurt du Parti social-démocrate allemand, « mènera inévitablement&#8230; à la conquête du gouvernement dans l&rsquo;intérêt de la classe ouvrière. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_7" class="footnote_tooltip">Comme la plupart des matérialistes mécaniques, Kautsky ne pouvait suivre rigidement sa propre méthode. A certains moments, il suggère que l&rsquo;activité humaine a un rôle important à jouer, comme lorsqu&rsquo;il suggère dans son introduction au programme d&rsquo;Erfurt qu&rsquo;à moins que « la société se débarrasse du fardeau » du « système de propriété privée des moyens de production » de la façon dont la « loi évolutive » décrète, le système « jettera la société dans les abysses ». &nbsp;<a href="https://rowlandpasaribu.files.wordpress.com/2013/09/karl-kautsky-the-class-struggle.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://rowlandpasaribu.files.wordpress.com/2013/09/karl-kautsky-the-class-struggle.pdf</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Le pionnier du marxisme russe, Plekhanov, développait des formulations très proches de celles de Kautsky. Il soutenait que le développement de la production entraînait automatiquement des changements dans la superstructure. L’activité humaine ne pouvait pas bloquer le développement des forces productives. « Le développement social » est un « processus exprimant des lois »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_8" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1898/xx/individual.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1898/xx/individual.html</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, « La cause finale des rapports sociaux repose dans l&rsquo;état des forces productives. » « Les forces productives&#8230; déterminent … les rapports sociaux, donc les rapports économiques. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_9" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Il présente une “formule” qui expose une hiérarchie de causalités au sein du processus historique. « L&rsquo;état des forces productives » détermine les rapports économiques de la société. &lsquo;Un système politico-social&rsquo; se développe sur cette &lsquo;base économique&rsquo;. « La mentalité des hommes vivant en société est déterminée en partie directement par les conditions économiques et en partie par la totalité du système politico-social qui s&rsquo;est érigé sur ces fondations. » Finalement, les « différentes idéologies&#8230; reflètent les propriétés de cette mentalité . »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_10" class="footnote_tooltip">Traduction de la version anglaise trouvée ici : <a href="https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1907/fundamental-problems.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1907/fundamental-problems.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Il affirme que « l&rsquo;histoire est faite par les hommes », mais il insiste ensuite que « l&rsquo;axe du développement intellectuel moyen de l&rsquo;humanité est parallèle à celui de son développement économique ». Ainsi, en dernier recours, ce qui compte vraiment, c’est le développement économique <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_11" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Le résultat d&rsquo;événements historiques majeurs comme la révolution française ne dépendait pas du tout du rôle joué par des individus tels que Robespierre ou Mirabeau :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>Quelles que soient les qualités d&rsquo;un individu donné, elles ne peuvent éliminer les rapports économiques si ces derniers sont conformes à l&rsquo;état actuel des forces productives.</p>



<p>Des personnes talentueuses peuvent seulement changer des caractéristiques ou événements individuels, pas leur tendance générale.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_12" class="footnote_tooltip"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1898/xx/individual.html</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>
</blockquote>



<p>De même que l&rsquo;interprétation kautskyste du marxisme dominait les partis de la Seconde Internationale, celle de Plékhanov fut considérée comme l&rsquo;orthodoxie par les partis Staliniens à partir de la fin des années 20. Entre les mains de Staline et de ses &lsquo;théoriciens&rsquo;, elle devint une loi historique inflexible : le développement des forces productives amena des changements correspondants dans la société. C’est pourquoi la croissance de l&rsquo;industrie en Russie mènera inévitablement de « l&rsquo;Etat ouvrier » au socialisme et du socialisme au communisme, quelles que soient les épreuves et la misère impliquées. Inversement, le déclin des forces productives du capitalisme occidental était la preuve la plus claire qu’il avait dépassé sa durée de vie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La réaction contre le déterminisme</h2>



<p>Le marxisme stalinien n&rsquo;a pas survécu longtemps après la mort de Staline. La “nouvelle gauche” de la fin des années 50 et la gauche maoïste du milieu des années 60 ont toutes les deux mené une offensive contre le récit déterministe et mécaniste de l&rsquo;histoire.</p>



<p>Ces courants insistaient, à raison, que dans les travaux historiques de Marx – <em>Les Luttes de classe en France, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte</em> et <em>La guerre civile en France</em><strong> </strong>– il n&rsquo;y avait pas la moindre trace d’une approche passive et fataliste du changement historique. Ils mirent également l&rsquo;accent sur certaines remarques faites par Engels dans une série de lettres qu&rsquo;il écrivit à la fin de sa vie, dans les années 1890, dans lesquelles il critique l’utilisation grossière du matérialisme historique. Dans une lettre à Starkenburg<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_13" class="footnote_tooltip">Il s’agit en fait d’une lettre à Borgius. Cette lettre a été publiée pour la première fois sans mention du destinataire dans le journal Der sozialistische Akademiker N° 20, 1895, par son collaborateur H. Starkenburg. De ce fait Starkenburg a été identifié à tort comme le destinataire dans les éditions précédentes – Note des éditions du progrès, 1968</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> : </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Le développement politique, juridique, philosophique, religieux, littéraire, artistique, etc., repose sur le développement économique. Ils réagissent tous les uns sur les autres et sur la base économique. Il n&rsquo;est pas vrai que la situation économique est la <em>seule cause active </em>et que tout le reste n&rsquo;est qu&rsquo;un effet passif.</p>



<p>Mais il y a une action réciproque sur la base de la nécessité économique qui finit toujours par l&#8217;emporter en dernière instance. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_14" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1894/01/18940125.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1894/01/18940125.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>
</blockquote>



<p>Et à Bloch :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>&nbsp;« D&rsquo;après la conception matérialiste de l&rsquo;histoire, le facteur déterminant dans &nbsp;l&rsquo;histoire est, <em>en dernière instance, </em>la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n&rsquo;avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu&rsquo;un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le <em>seul </em>déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde.</p>



<p>La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la <em>forme</em>.</p>



<p>Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_15" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1890/09/18900921.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1890/09/18900921.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>
</blockquote>



<p>Par la suite, la nouvelle gauche post-1956 a affirmé que les termes même de &lsquo;base&rsquo; et de &lsquo;superstructure&rsquo; étaient simplement une métaphore qu’il ne fallait pas prendre trop sérieusement. L&rsquo;influence réciproque de la superstructure sur la base signifiait que la &lsquo;détermination&rsquo; ne devait pas être prise comme une relation strictement causale.</p>



<p>La gauche maoïste ne commença pas avec une rupture aussi explicite avec le passé. Le doyen de cette école, Louis Althusser, était tout à fait disposé dans ses écrits du début des années 60 à citer Staline favorablement.</p>



<p>Mais les Althussériens créèrent une nouvelle structure théorique qui rendait caduque la majorité du contenu des vieilles notions de &lsquo;base&rsquo;, &lsquo;superstructure&rsquo; et &lsquo;détermination&rsquo;. Pour eux, la société consistait en un certain nombre de structures différentes – politique, économique, idéologique, linguistique – dont chacune se développait à son propre rythme et avait des répercussions sur les autres. A tout moment de l&rsquo;histoire, n&rsquo;importe laquelle de ces structures pouvait dominer les autres. C&rsquo;était simplement en dernière instance que l&rsquo;économie était “déterminante”.</p>



<p>La nouvelle gauche et l&rsquo;école maoïste-Althussérienne étaient à l&rsquo;origine très hostiles l&rsquo;une à l&rsquo;autre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_16" class="footnote_tooltip">Voir, par exemple, la polémique vigoureuse de E.P. Thompson contre les Althussériens dans <em>Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme anti-humaniste</em>, Paris, 2015.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. &nbsp;Pourtant, les deux redéfinissaient le matérialisme historique dans un sens qui faisait grand cas du volontarisme.</p>



<p>Pour la nouvelle gauche des années 1950, cela signifiait qu’il fallait se séparer de toute définition étroite de la classe ou des analyses selon lesquelles l&rsquo;être social pouvait affecter la conscience sociale. Dans les écrits de la figure la plus proéminente de la nouvelle gauche britannique, E.P. Thompson, – depuis son essai de 1960 &lsquo;Révolution<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_17');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">17</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_17" class="footnote_tooltip">Dans <em>New Left Review</em>, N.3, mai 1960</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&rsquo; jusqu&rsquo;à ses écrits des années 1980 contre les missiles de croisière – il y a le message constant selon lequel l&rsquo;énergie et la bonne volonté ainsi que le refus des catégories étroites pouvaient être suffisants pour ouvrir la route du succès. Dans ses écrits plus théoriques, il rejette la vue selon laquelle les facteurs &lsquo;économiques&rsquo; jouent un quelconque rôle dans l&rsquo;histoire, ou encore qu&rsquo;ils puissent être séparés d&rsquo;autres facteurs tels que l&rsquo;idéologie ou le judiciaire<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_18');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">18</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_18" class="footnote_tooltip"><em>Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme anti-humaniste</em>,<strong> </strong>Paris, 2015</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Le ton d&rsquo;Althusser est différent : dans ses écrits antérieurs, la clé du changement réside toujours dans un parti de forme essentiellement stalinienne. Mais il présente le même élément de volontarisme que chez Thompson : si seulement le parti comprenait l&rsquo;articulation des différentes structures, il pourrait forcer la marche de l&rsquo;histoire, indépendamment des facteurs &lsquo;économiques&rsquo;.</p>



<p>La plupart de ses disciples ont abandonné toute notion de &lsquo;détermination&rsquo;, même « en dernière instance », et tiennent des positions qui ne permettent pas de comprendre comment la société change. Ainsi, par exemple, le post-althussérien anglais Gareth Stedman Jones, nous explique maintenant que le seul moyen de comprendre une idéologie réside dans ses propres termes et que nous ne devons pas essayer d&rsquo;interpréter ses développements en fonction des circonstances matérielles des individus qui y adhèrent<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_19');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_19');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_19" class="footnote_plugin_tooltip_text">19</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_19" class="footnote_tooltip">Voir, par exemple, son essai <em>Rethinking Chartism</em>, dans Language of Class, Cambridge, 1983.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Nous retombons en plein dans le vieil adage empiriste « Tout est ce qu&rsquo;il est et rien d&rsquo;autre ». Telle est la souris dont les structures éléphantesques de l&rsquo;Althussérianisme ont accouché.</p>



<p>La convergence de la vieille nouvelle gauche et des Althussériens a créé chez les marxistes une sorte de “sens commun” selon lequel toute discussion sur la base et la superstructure est dépassée. L&rsquo;influence de ce &lsquo;sens commun&rsquo; est tellement vaste qu&rsquo;il affecte des personnes qui, par ailleurs, rejettent en bloc les conclusions politiques d&rsquo;Althusser et de Thompson<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_20');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_20');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_20" class="footnote_plugin_tooltip_text">20</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_20" class="footnote_tooltip">Voir par exemple, la remarque de Norah Carlin pour qui « la distinction entre base et superstructure est trompeuse plus souvent qu&rsquo;elle n&rsquo;est utile », dans <em>Is family part of the superstructure ? </em>Dans <em>International Socialism</em> vol. 26<strong> </strong>; ainsi que la suggestion d&rsquo;Alex Callinicos selon laquelle la méthode marxiste implique de « commencer avec les rapports de production et de les traiter eux, et non les forces productives, comme indépendants », dans <em>Marxism and Philosophy</em><strong>, </strong>Londres 1983.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_20').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_20', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>La seule résistance concertée à cette tendance est venue des admirateurs du philosophe analytique orthodoxe G. A. Cohen<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_21');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_21');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_21" class="footnote_plugin_tooltip_text">21</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_21" class="footnote_tooltip">G.A. Cohen, <em>Karl Marx’s Theory of History: a Defence</em>, Oxford 1978.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_21').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_21', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mais sa défense des concepts de Marx implique un retour aux interprétations mécanistes de Kautsky et Plekhanov.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;alternative matérialiste révolutionnaire<br></h2>



<p>Historiquement, cependant, il y a toujours eu une alternative révolutionnaire au matérialisme mécaniste et au volontarisme. Elle existait partiellement même à l&rsquo;apogée du Kautskysme dans certains écrits d&rsquo;Engels et dans les travaux du marxiste italien, Labriola<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_22');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_22');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_22" class="footnote_plugin_tooltip_text">22</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_22" class="footnote_tooltip">Voir A. Labriola, <em>Essai sur la conception matérialiste de l&rsquo;histoire </em>et <em>Socialisme et philosophie</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_22').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_22', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Mais le besoin d&rsquo;une alternative théorique ne se fit pas plus pressant jusqu&rsquo;à ce que les années de la Première Guerre mondiale et la révolution russe prouvent la faillite du Kautskysme. C&rsquo;est à ce moment que Lénine relut Hegel et en conclut que «L&rsquo;idéalisme intelligent (dialectique) est plus proche du matérialisme intelligent que le matérialisme bête (métaphysique) »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_23');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_23');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_23" class="footnote_plugin_tooltip_text">23</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_23" class="footnote_tooltip">V.I. Lénine, Œuvres complètes</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_23').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_23', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Dans les années qui suivirent, des penseurs tels que George Lukàcs, Karl Korsch et Antonio Gramsci essayèrent tous les trois de fournir des versions du matérialisme historique qui ne voyaient pas l&rsquo;activité humaine comme un reflet passif d&rsquo;autres facteurs. Et dans sa phénoménale <em>Histoire de la Révolution Russe</em>, Léon Trotsky a rendu compte d&rsquo;un événement historique mondial qui mettait l&rsquo;accent à la fois sur les facteurs objectifs et subjectifs – et, à ce titre, il fut critiqué d&rsquo;un point de vue Plekhanovite<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_24');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_24');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_24" class="footnote_plugin_tooltip_text">24</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_24" class="footnote_tooltip">Voir la critique de la position de Trotsky par Isaac Deutscher, <em>Le prophète hors-la-loi</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_24').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_24', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Une version non-mécaniste, non-volontariste du matérialisme historique est absolument essentielle aujourd&rsquo;hui. Elle peut être trouvée facilement dans l’œuvre de Marx lui-même, si on complète ses propos dans la préface de la <em>Contribution à une critique de l&rsquo;économie politique</em><strong> </strong>avec ce qu&rsquo;il explique de manière régulière dans <em>L&rsquo;idéologie Allemande, Misère de la philosophie, Le Manifeste du Parti Communiste</em><strong> </strong>et autres.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Production et société</h2>



<p>Marx présente sa première explication du matérialisme historique dans <em>L&rsquo;idéologie allemande</em><strong> </strong>en 1846. Il part du présupposé matérialiste que l&rsquo;espèce humaine fait biologiquement partie de la nature :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Les prémisses dont nous partons ne sont pas des bases arbitraires, des dogmes; ce sont des bases réelles dont on ne peut faire abstraction qu&rsquo;en imagination. Ce sont les individus réels, leur action et leurs conditions d&rsquo;existence matérielles, celles qu&rsquo;ils ont trouvées toutes prêtes, comme aussi celles qui sont nées de leur propre action&#8230;</p>



<p>Le premier état de fait à constater est donc la complexion corporelle de ces individus et les rapports qu&rsquo;elle leur crée avec le reste de la nature&#8230; Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l&rsquo;action des hommes au cours de l&rsquo;histoire&#8230;</p>



<p>Force nous est de débuter par la constatation de la présupposition première de toute existence humaine, partant de toute histoire, à savoir que les hommes doivent être à même de vivre pour pouvoir « faire l&rsquo;histoire ». Mais pour vivre, il faut avant tout boire, manger, se loger, s&rsquo;habiller et quelques autres choses encore.</p>



<p>Le premier fait historique est donc la production des moyens permettant de satisfaire ces besoins, la production de la vie matérielle elle-même, et c&rsquo;est même là un fait historique, une condition fondamentale de toute histoire que l&rsquo;on doit, aujourd&rsquo;hui encore comme il y a des milliers d&rsquo;années, remplir jour par jour, heure &nbsp;par heure, simplement pour maintenir les hommes en vie.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_25');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_25');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_25" class="footnote_plugin_tooltip_text">25</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_25" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, pp. 24-25, 38-39, éditions sociales, 1969. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_25').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_25', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Donc il y a une activité centrale, à tout moment de l&rsquo;histoire, qui est une précondition pour tout le reste. Cette activité est le travail sur le monde matériel afin de se nourrir, s&rsquo;abriter et s&rsquo;habiller.</p>



<p>Le caractère de cette activité dépend de la situation matérielle concrète dans laquelle les êtres humains se trouvent.</p>



<p>Cette situation détermine le contenu des formes les plus basiques de l’action humaine. Et ainsi elle détermine à quoi ressemblent les individus eux-mêmes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Il ne faut pas considérer ce mode de production [au] seul point de vue [de] la reproduction de l&rsquo;existence physique des individus. Il représente au contraire déjà un mode déterminé de l&rsquo;activité de ces individus, une façon déterminée de manifester leur vie, un mode de vie déterminé.</p>



<p>La façon dont les individus manifestent leur vie reflète très exactement ce qu&rsquo;ils sont. Ce qu&rsquo;ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu&rsquo;ils produisent qu&rsquo;avec la façon dont ils le produisent.</p>



<p>Ce que sont les individus dépend donc des conditions matérielles de leur production.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_26');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_26');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_26" class="footnote_plugin_tooltip_text">26</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_26" class="footnote_tooltip">Ibid., p.25.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_26').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_26', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>»</p>
</blockquote>



<p>Ces passages ne peuvent pas être compris sans comprendre l&rsquo;élément central de l&rsquo;activité humaine pour Marx – le mieux exprimé dans ses <em>Thèses sur Feuerbach</em> (écrites en même temps que <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>) : L&rsquo;humanité fait partie de la nature. Elle apparaît comme un produit de l&rsquo;évolution biologique, et personne ne peut oublier sa dépendance matérielle au monde physique qui l&rsquo;entoure. Toutes nos institutions, idées, rêves et idéaux peuvent seulement être compris en tant qu’ils émergent de cette réalité matérielle – même si la route par laquelle ils émergent est souvent longue et sinueuse. Comme le dit Labriola, « Les idées ne tombent pas du ciel et rien ne vient à nous en rêve.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_27');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_27');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_27" class="footnote_plugin_tooltip_text">27</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_27" class="footnote_tooltip">Labriola, op. cit.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_27').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_27', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Mais cela ne signifie pas que les humains ne sont pas qualitativement différents du reste de la nature. Comme toutes les autres espèces, l&rsquo;humanité a ses propres caractéristiques déterminantes. Pour Marx, la caractéristique déterminante centrale est que les êtres humains doivent réagir sur les circonstances matérielles dans lesquelles ils se trouvent afin de survivre :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l&rsquo;on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu&rsquo;ils commencent à produire leurs moyens d&rsquo;existence, pas en avant qui est la conséquence même de leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens d&rsquo;existence, les hommes produisent indirectement leur vie matérielle elle-même.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_28');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_28');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_28" class="footnote_plugin_tooltip_text">28</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_28" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, p.25, éditions sociales, 1969</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_28').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_28', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Les humains ne peuvent agir indépendamment de leurs circonstances. Mais cela ne veut pas dire qu&rsquo;ils peuvent y être réduits. Ils sont continuellement en train de “nier” le monde matériel objectif autour d&rsquo;eux, à y réagir d&rsquo;une telle façon qu&rsquo;ils transforment le monde et eux-mêmes en même temps.</p>



<p>A chaque moment de l&rsquo;histoire, les êtres humains doivent trouver un moyen de répondre aux besoins de leur survie matérielle. La manière dont ils le font n&rsquo;est pas indépendante du monde physique objectif ; plutôt, elle est un produit de ce monde. Pour autant, elle n’est jamais simplement une conséquence mécanique de la constitution physique de la nature. Ce ne sont pas des causalités mécaniques, mais l’activité humaine qui sert de médiation entre le monde dans lequel les humains se trouvent et la vie qu&rsquo;ils mènent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Production sociale</h2>



<p>La production n&rsquo;est jamais une production individuelle. C&rsquo;est seulement l&rsquo;effort collectif de différents êtres humains qui leur permet de survivre dans le monde qui les entoure.</p>



<p>Donc l&rsquo;activité centrale – le travail – doit être organisée socialement. Chaque étape du développement du travail humain nécessite un ensemble particulier de rapports sociaux pour la pérenniser.</p>



<p>Dans <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, Marx se réfère aux rapports sociaux entre individus à tout moment de l&rsquo;histoire comme le « mode d’échanges ». Et il insiste que « La forme de ces relations est à son tour conditionnée par la production.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_29');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_29');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_29" class="footnote_plugin_tooltip_text">29</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_29" class="footnote_tooltip">Ibid., p.26</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_29').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_29', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Les différentes institutions qui matérialisent les rapports humains ne peuvent être comprises qu&rsquo;en tant qu&rsquo;elles se développent à partir de cette interaction productive fondamentale :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Voici donc les faits : des individus déterminés qui ont une activité productive selon un mode déterminé entrent dans des rapports sociaux et politiques déterminés&#8230; La structure sociale et l&rsquo;État résultent constamment du processus vital d&rsquo;individus déterminés; mais de ces individus non point tels qu&rsquo;ils peuvent s&rsquo;apparaître dans leur propre représentation ou apparaître dans celle d&rsquo;autrui, mais tels qu&rsquo;ils sont en réalité, c&rsquo;est-à-dire, tels qu&rsquo;ils œuvrent et produisent matériellement; donc tels qu&rsquo;ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites matérielles déterminées et indépendantes de leur volonté.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_30');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_30');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_30" class="footnote_plugin_tooltip_text">30</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_30" class="footnote_tooltip">Ibid., p.34. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_30').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_30', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Pour maintenir leur vie matérielle, les êtres humains sont forcés d&rsquo;agir sur le monde de certaines façons – pour s&rsquo;impliquer dans la production matérielle. Et cela nécessite certaines formes de coopération entre eux.</p>



<p>Ces rapports centraux fournissent un cadre dans lequel tout ce que font les humains doit s&rsquo;intégrer. Tout le reste est, dans ce sens, basé sur elles. Elles fournissent les limites de ce qui est possible dans n&rsquo;importe quelle société.</p>



<p>Ainsi, par exemple, une société de chasseurs-cueilleurs n&rsquo;a pas les moyens de stocker de la nourriture pour plus de quelques jours, et peut seulement survivre si ses membres se déplacent continuellement pour trouver plus de denrées alimentaires. Cette société est donc limitée par certains aspects : elle ne peut consister en un groupe de plus d&rsquo;une vingtaine de membres, les femmes ne peuvent pas enfanter plus d&rsquo;une fois tous les quatre ou cinq ans puisque l&rsquo;enfant doit être porté quand le groupe cherche de la nourriture ; il n&rsquo;y a pas de possibilités pour une section de la société d’être délivrée du travail pour s&rsquo;engager dans l&rsquo;écriture, la lecture, l&rsquo;arithmétique, etc.</p>



<p>C&rsquo;est la façon la plus étroite de comprendre le raisonnement de Marx. Ses implications sont cependant plus larges : les rapports matériels de production non seulement limitent le reste des rapports sociaux dans la société, mais ils déterminent aussi le contenu de ces rapports.</p>



<p>L&rsquo;histoire de la société est l&rsquo;histoire des transformations de la façon dont la production se déroule et chacune de ces transformations est associée à des changements dans les rapports sociaux entre individus immédiatement autour du processus productif. Et ces changements exercent à leur tour une pression sur tous les autres rapports sociaux.</p>



<p>Si par exemple un groupe de chasseur-cueilleur adopte un moyen pour augmenter significativement la nourriture qui leur est disponible (par exemple en plantant des légumes-racines pour eux-même au lieu de les collecter) et pour stocker de la nourriture pour de longues périodes (par exemple grâce à la poterie), cela change nécessairement les rapports sociaux mutuels.</p>



<p>Au lieu de se déplacer continuellement, ils doivent rester à un endroit jusqu&rsquo;à ce que la culture puisse être récoltée ; s&rsquo;ils restent à un endroit, il n&rsquo;y a plus besoin de restreindre le nombre d&rsquo;enfants par femme ; la récolte devient un potentiel butin pour d&rsquo;autres groupes d&rsquo;individus, et fournit ainsi, pour la première fois, une motivation à la guerre entre groupes rivaux.</p>



<p>Les transformations dans la façon dont la production se déroule dicte les transformations dans les rapports sociaux en général.</p>



<p>Et même les rapports inter-individuels qui ne découlent pas directement de la production – les jeux auxquels les gens jouent, la forme que prend le sexe, les relations entre adultes et bébés – sont affectées.</p>



<p>Marx ne nie pas du tout la réalité des rapports autres que directement productifs. Il ne nie pas non plus qu&rsquo;ils peuvent influencer la façon dont la production elle-même se déroule. Comme il l&rsquo;explique dans les <em>Théories sur la plus-value </em>:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Donc toutes les circonstances qui affectent l&rsquo;homme, le sujet de la production, modifient plus ou moins toutes ses fonctions et activités, donc aussi ses fonctions et activités en qualité de créateur de la richesse matérielle, des marchandises. Sous ce rapport on peut effectivement prouver que tous les rapports et fonctions humains, sous quelque forme et quelque aspect qu&rsquo;ils se présentent, influencent la production matérielle et agissent sur elle de manière plus ou moins déterminante.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_31');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_31');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_31" class="footnote_plugin_tooltip_text">31</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_31" class="footnote_tooltip"><a href="https://inventin.lautre.net/livres/MARX-Theories-sur-la-plus-value-T1.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://inventin.lautre.net/livres/MARX-Theories-sur-la-plus-value-T1.pdf</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_31').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_31', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Cela est vrai même dans les sociétés pré-capitalistes. Les vieux modèles de vie et de travail ont tendance à se cristalliser dans des structures relativement inflexibles. Elles deviennent sanctifiées avec le développement de systèmes de religion, magie, tabous, rituels, etc. Au premier abord, ces systèmes se poursuivent même dans les « moments difficiles », quand les besoins à court terme ou les besoins d&rsquo;un individu peuvent mener à des actions qui ruinent les intérêts à long terme de la collectivité sociale. Mais, de la même façon, ils découragent l&rsquo;innovation et les velléités de nouvelles formes de production, qui serait d&rsquo;intérêt autant à court qu’à long terme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Exploitation et la superstructure</h2>



<p>La simple coopération entre individus n&rsquo;est pas suffisante pour que les forces productives se développent au-delà d&rsquo;un certain point. L&rsquo;exploitation est nécessaire.</p>



<p>Tant que le surplus restant après la satisfaction des besoins minimums de chacun est mince, les ressources ne peuvent être amassées pour le développement futur des forces productives que si ce surplus est contrôlé par une petite minorité privilégiée de la société. C&rsquo;est ainsi que partout où l&rsquo;agriculture s’est développée à partir de l&rsquo;horticulture, où le commerce s’est intensifié, où des barrages et canaux ont été utilisés pour prévenir les inondations, où des villes ont été bâties, il y a aussi eu le début d&rsquo;une polarisation au sein de la société entre ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités.</p>



<p>Le nouveau groupe exploiteur trouve ses origines dans son rôle dans la production : il est constitué de ceux qui étaient les plus efficaces pour introduire les nouvelles méthodes de production agricole, ou ceux qui découvrirent de nouvelles façons de commercer entre une société et ses voisins, ou ceux dont la capacité à prévoir les inondations ou à concevoir des aqueducs leur permettait d’être libéré du travail physique.</p>



<p>Mais dès le départ, le nouveau groupe exploiteur sécurise son contrôle par des moyens autres que son rôle dans la production. Sa nouvelle fortune lui permet de mener des guerres, et ainsi d’augmenter ses richesse par des butins et l’esclavage. Il établit des « détachements spéciaux d&rsquo;hommes armés » pour protéger ses anciennes et nouvelles richesses contre les ennemis intérieurs et extérieurs. Il contrôle les rites religieux en attribuant le progrès des forces productives à ses propres « pouvoirs surnaturels ». Il réécrit les anciens codes de comportement en nouveaux ensembles de règles légales qui sanctifient sa position.</p>



<p>Le nouveau groupe exploiteur, pour résumer, crée un réseau complet de rapports non-productifs pour conserver la position privilégiée qu&rsquo;il a atteinte. Il cherche, à travers ces moyens politiques, juridiques et religieux, à protéger sa propre position. Il crée une « superstructure » non-économique pour protéger la source de ses propres privilèges dans la « base » économique.</p>



<p>La fonction même de ces institutions « non-économiques »leur confère un énorme impact économique. Elles ont notamment pour objectif de contrôler la base, de régler les rapports d&rsquo;exploitation existants, et ainsi de limiter les changements dans les rapports productifs, même si cela implique de bloquer le développement futur des forces productives.</p>



<p>En Chine ancienne, par exemple, une classe dirigeante émergea sur la base d&rsquo;une certaine forme de production matérielle (agriculture impliquant l&rsquo;utilisation d&rsquo;installations hydrauliques) et de l&rsquo;exploitation. Ses membres cherchèrent à préserver leur position en créant des institutions politiques et idéologiques. Mais ce faisant, ils créèrent des instruments qui pouvaient être utilisés pour écraser toute nouvelle force sociale qui accompagnait des changements dans la production (par exemple avec la croissance de l&rsquo;artisanat ou du commerce). A certaines occasions, cela pouvait signifier la destruction physique des nouveaux moyens productifs.</p>



<p>L&rsquo;impact réciproque de la superstructure sur la base est si grand que de nombreuses catégories que nous considérons généralement d’ordre économique sont en fait constitutifs de la base et de la superstructure en même temps. Ainsi, par exemple, les droits de propriété sont judiciaires (part de la superstructure), mais ils régulent aussi comment l&rsquo;exploitation se déroule (part de la base).</p>



<p>La façon dont le politique et le judiciaire se répercutent dans l’économie est absolument centrale à l&rsquo;approche totale de Marx. C&rsquo;est ce processus qui lui permet de parler de « modes de production » successifs, distincts – des phases de l&rsquo;histoire où l&rsquo;organisation de la production et de l&rsquo;exploitation est fixée de certaines manières, chacune avec sa classe dirigeante particulière qui vise à modeler l’entièreté de la société selon ses besoins.</p>



<p>Loin d&rsquo;ignorer l&rsquo;impact de la « superstructure » sur la « base », comme beaucoup de critiques ignorantes l&rsquo;ont affirmé pendant plus d&rsquo;un siècle, Marx construit l&rsquo;intégralité de son explication de l&rsquo;histoire humaine autour de ce processus.</p>



<p>Les anciens rapports de production agissent comme des entraves gênant la croissance des nouvelles forces productives. Comment ? À cause des efforts de la « superstructure » pour empêcher de nouvelles formes de production et d&rsquo;exploitation qui contesteraient le monopole de la richesse et du pouvoir de l&rsquo;ancienne classe dirigeante. Ses lois déclarent les nouveaux moyens illégaux. Ses institutions religieuses les dénoncent comme étant immoraux. Sa police utilise la torture contre eux. Ses armées ravagent les villes où ils sont pratiqués.</p>



<p>Ce sont les luttes politiques et idéologiques de masse qui en résultent qui déterminent, selon Marx, si une classe émergente, basée sur des nouvelles forces productives, remplace l&rsquo;ancienne classe dirigeante. C&rsquo;est donc un travestissement des idées de Marx de déclarer qu&rsquo;il « néglige » l&rsquo;élément politique ou idéologique.</p>



<p>Mais la croissance d&rsquo;institutions superstructurelles ne gèle pas seulement les rapports de production existants, elle peut aussi avoir des effets profonds sur les rapports entre les membres de la classe dirigeante eux-mêmes, et donc sur la façon qu’ils ont de réagir aux autres classes de la société.</p>



<p>Ceux qui commandent les armées, la police et le clergé vivent autant du surplus obtenu par l&rsquo;exploitation que les exploiteurs directs. Mais ils développent aussi des intérêts particuliers qui leur sont propres : ils veulent que leur part du surplus soit aussi grande que possible ; ils veulent que certaines sortes de production matérielle soit conforme aux besoins particuliers de leurs institutions ; ils veulent que leur façon de vivre soit mieux considérée que celle de ceux qui sont impliqués directement dans la production.</p>



<p>Leurs efforts pour atteindre leurs propres objectifs peuvent mener à la fondation d&rsquo;institutions toujours plus complexes, à élaborer des règles sur le comportement social, à se battre sans fin pour des positions et l&rsquo;influence. Les structures labyrinthiques qui peuvent en résulter dissimulent que l’origine de la richesse et des privilèges se trouve dans la sphère productive.</p>



<p>Lorsque ça arrive, la superstructure peut faire davantage que fixer les activités économiques sur lesquelles elle est basée. Elle peut devenir un obstacle à leur propre reproduction – et, ainsi, elle détruit les ressources dont l&rsquo;ensemble de la société, dont la superstructure, dépend. En suite de quoi, la réalité matérielle rattrape la société et l&rsquo;ensemble de l&rsquo;édifice social s&rsquo;écroule.</p>



<p>Cela dit, aucun de ces développements n’a lieu sans des luttes politiques et idéologiques de masse. Ce sont elles qui déterminent si un ensemble d&rsquo;activités sociales (celles de la superstructure) font obstacle à un autre ensemble d&rsquo;activités sociales (celles qui maintiennent et développent la base matérielle). Ce sont ces luttes qui déterminent, selon Marx, si la classe dirigeante maintient son pouvoir jusqu&rsquo;à l’effondrement de la société, ou si une classe émergente, basée sur de nouvelles formes de production, la remplace.</p>



<p>« L&rsquo;histoire de toute société jusqu&rsquo;à nos jours n&rsquo;a été que l&rsquo;histoire des luttes de classes.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_32');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_32');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_32" class="footnote_plugin_tooltip_text">32</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_32" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste : <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_32').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_32', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » écrivaient Marx et Engels au début du Manifeste du Parti Communiste. Mais la lutte des classes est précisément la lutte entre ceux qui utilisent les institutions politiques et idéologiques de la superstructure pour maintenir leur pouvoir sur la « base » productive et sur l&rsquo;exploitation, et ceux qui leur résistent.</p>



<p>La superstructure existe pour défendre l&rsquo;exploitation et ses fruits. N&rsquo;importe quelle lutte contre les structures existantes de l&rsquo;exploitation devient une lutte contre la superstructure, une lutte politique. Comme le dit Lénine : « La politique, c&rsquo;est un concentré de l&rsquo;économie ».</p>



<p>Le marxisme ne considère pas la lutte politique comme un simple reflet passif, automatique du développement des forces productives. C&rsquo;est le développement économique qui produit les forces de classe qui luttent pour le contrôle de la société. Mais le dénouement de cette lutte dépend de la mobilisation politique au sein de chaque classe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle central des changements dans la production</h2>



<p>Nous pouvons maintenant réaffirmer la déclaration d&rsquo;Engels selon laquelle « les divers éléments de la superstructure&#8230; exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la <em>forme </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_33');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_33');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_33" class="footnote_plugin_tooltip_text">33</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_33" class="footnote_tooltip">Cité précédemment dans la lettre à Bloch</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_33').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_33', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Sous toutes les formes de domination de classe, une série de structures sont fondées pour renforcer et institutionnaliser l&rsquo;exploitation. Ceux qui contrôlent ces institutions ont leurs propres intérêts, qui influencent tout ce qui se passe dans la société – dont la production matérielle elle-même.</p>



<p>Le débat n’en est pas pour autant fini, comme le suggère l&rsquo;interprétation volontariste des remarques d&rsquo;Engels. Il faut toujours répondre à la question de l&rsquo;origine des institutions superstructurelles. Et à celle de ce qui se passe dans le cas où la superstructure se développe d&rsquo;une manière qui compromet la reproduction de sa propre base matérielle.</p>



<p>Marx insiste qu&rsquo;affirmer simplement que chaque élément de la société influence tous les autres – la superstructure influence la base et vice-versa – ne mène nulle part. Il construit cet argument dans <strong> </strong><em>Misère de la philosophie</em>, sa polémique contre Proudhon, écrite peu après <em>L&rsquo;idéologie allemande</em><strong> </strong>:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Les rapports de production de toute société forment un tout. M. Proudhon considère les rapports économiques comme autant de phases sociales, s&rsquo;engendrant l&rsquo;une l&rsquo;autre, résultant l&rsquo;une de l&rsquo;autre&#8230;</p>



<p>Le seul inconvénient qu&rsquo;il ait dans cette méthode, c&rsquo;est qu&rsquo;en abordant l&rsquo;examen d&rsquo;une seule de ces phases, M. Proudhon ne puisse l&rsquo;expliquer sans avoir recours à tous les autres rapports de la société, rapports que cependant il n&rsquo;a pas encore fait engendrer par son mouvement dialectique.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_34');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_34');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_34" class="footnote_plugin_tooltip_text">34</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_34" class="footnote_tooltip">Karl Marx, <em>Misère de la philosophie</em>, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_34').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_34', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Dans ses écrits, Marx indique trois conséquences différentes d’une telle conception de la société comme un tout indifférencié, où tout influence tout.</p>



<p>Premièrement, cela peut mener à une analyse selon laquelle la forme existante de la société est vue comme éternelle et immuable (l&rsquo;analyse que Marx attribue aux économistes bourgeois qui voient les relations sociales gouvernées par des « lois éternelles qui doivent toujours régir la société. Ainsi, il y a eu de l&rsquo;histoire mais il n&rsquo;y en a plus.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_35');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_35');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_35" class="footnote_plugin_tooltip_text">35</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_35" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_35').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_35', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » C&rsquo;est l&rsquo;analyse qui sous-tend la stérilité de la pseudo-science de la société, la sociologie).</p>



<p>Deuxièmement, cela peut aboutir à voir les dynamiques de la société comme résultant de forces mystiques qui se situeraient en dehors de la société (le monde de l&rsquo;Esprit de Hegel ou la rationalisation de Weber).</p>



<p>Troisièmement, cela peut mener à l&rsquo;analyse selon laquelle ce qui existe aujourd&rsquo;hui peut seulement être compris dans ses propres termes, à travers son propre langage et ses idées, sans autre référence (la position de ces philosophes idéalistes qui suivirent Hegel dans l&rsquo;Allemagne du 19ème siècle, et de penseurs plus récents comme Collingwood, Winch et les ex-Althusseriens).</p>



<p>L&rsquo;astuce de Marx pour sortir de cette impasse est de localiser l&rsquo;élément dans la totalité sociale qui a une tendance à son propre développement cumulatif. C&rsquo;est l&rsquo;action des humains qui travaillent sur leur environnement pour garantir leur existence. Le travail mort fournit les moyens d&rsquo;augmenter la productivité du travail vivant : à la fois par les moyens matériels (outils, machines, accès aux matières premières) et par les savoirs nouveaux. Et en adoptant de nouvelles façons de travailler, les humains adoptent aussi de nouvelles façons de se rapporter les uns aux autres.</p>



<p>Ces changements vont souvent être si petits qu&rsquo;ils seront à peine perceptibles (une relation changée entre deux individus ici, une personne en plus engagée dans un processus particulier de travail autre part&#8230;). Mais s&rsquo;ils continuent, ils vont apporter des changements moléculaires systématiques dans l&rsquo;ensemble de la structure sociale. La succession de ces changements quantitatifs a ensuite un impact qualitatif.</p>



<p>Marx ne nie pas la possibilité de changements dans d&rsquo;autres aspects de la vie sociale. Un dirigeant peut mourir et être remplacé par un autre au caractère tout à fait différent. Les gens peuvent se lasser d&rsquo;un jeu et commencer à jouer à un autre. Les hasards de la naissance et de l&rsquo;éducation peuvent produire un musicien ou un peintre de talent. Mais tous ces changements sont des accidents. Il n&rsquo;y a pas de raisons pour qu&rsquo;ils mènent à des changements sociaux cumulatifs d&rsquo;aucune sorte. Ils peuvent produire des changements aléatoires dans la société, mais pas une dynamique qui dirige la société dans une direction spécifique.</p>



<p>La production matérielle, en revanche, a une tendance à aller dans une direction plutôt qu&rsquo;une autre. Son résultat est l’abondance ou les ressources qui permettent à la vie d&rsquo;être libérée de la privation matérielle.</p>



<p>Et ces ressources peuvent être accumulées en des quantités toujours plus grandes.</p>



<p>Cela ne veut pas dire que les forces productives se développent toujours, ainsi que le prétendent Kautsky, Plékhanov et plus récemment G.A Cohen. Comme nous l&rsquo;avons vu, le conflit entre les nouvelles façons de produire et les anciens rapports sociaux est une caractéristique centrale de l&rsquo;histoire.</p>



<p>Marx notait, dans <em>Le Manifeste du Parti Communiste</em><strong> </strong>que « le maintien sans changement de l&rsquo;ancien mode de production était … pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_36');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_36');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_36" class="footnote_plugin_tooltip_text">36</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_36" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>Manifeste du Parti Communiste</em> : <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_36').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_36', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Le résultat du conflit entre le neuf et l&rsquo;ancien n&rsquo;était pas nécessairement la défaite de l&rsquo;ancien. Ça pouvait être l&rsquo;étouffement du neuf. Il pouvait y avoir « la destruction des deux classes en lutte.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_37');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_37');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_37" class="footnote_plugin_tooltip_text">37</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_37" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_37').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_37', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>La « régression » (d&rsquo;une forme plus avancée de production à une forme plus arriérée) est loin d&rsquo;être exceptionnelle historiquement. De nombreuses civilisations sont retombées dans la « barbarie » (i.e. production agricole sans villes) – voir les villes mortes de la jungle en Amérique latine, en Asie du sud-est ou en Afrique centrale ; il y a de nombreux exemples de sociétés de chasseurs-cueilleurs qui montrent des signes d’un passé de société horticole (certaines tribus amazoniennes)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_38');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_38');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_38" class="footnote_plugin_tooltip_text">38</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_38" class="footnote_tooltip">Pour un excellent rapport sur comment les civilisations successives de l&rsquo;âge de bronze sombrèrent dans l&rsquo;âge des ténèbres, voir V. Gordon Childe, <em>What happened in history</em><strong>, </strong>Harmondsworth 1948. Pour la régression en Amazonie, voir C. Levi Strauss, « La notion d&rsquo;archaïsme en ethnologie »<em> </em>dans <em>Anthropologie structurale</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_38').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_38', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Il dépend des caractéristiques particulières, historiquement développées de chaque société si les nouvelles forces productives peuvent se développer et si les classes qui lui sont associées peuvent émerger. A une extrémité, on peut imaginer des sociétés qui sont devenues si sclérosées qu&rsquo;aucune innovation productive n&rsquo;est possible (avec, par exemple, des rites religieux étroitement circonscrits qui déterminent comment chaque acte productif doit être mené). A l&rsquo;autre extrême, il y a la société capitaliste moderne dans laquelle l&rsquo;alpha et l&rsquo;oméga de la vie est l’augmentation de la productivité du travail.</p>



<p>En fait, la plupart des sociétés humaines se sont trouvées quelque part entre ces deux extrêmes. Parce que la vie humaine est difficile, les gens ont voulu améliorer la qualité de vie qu&rsquo;ils peuvent mener avec une certaine quantité de travail, même si certaines activités ont été sanctifiées et d&rsquo;autres proscrites. Généralement, il y a eu un développement très lent des forces productives jusqu&rsquo;au moment où une nouvelle classe commence à contester l&rsquo;ancienne. Ce qui en est résulté dépendait du rapport de force des classes d&rsquo;un côté, et de la direction et de la compréhension à disposition des classes rivales de l&rsquo;autre.</p>



<p>Cependant, même si le développement des forces productives est l&rsquo;exception et non pas la norme, cela n&rsquo;invalide pas l&rsquo;argument de Marx. Car les sociétés où les forces productives percent vont prospérer et, un jour ou l&rsquo;autre, atteindre le point où elles pourront dominer les sociétés où les forces productives ont été étouffées. Très peu de sociétés sont passé du stade de la barbarie à celui de la civilisation ; mais la plupart de celles qui ne l&rsquo;ont pas fait ont été réduites en esclavage par celles qui l&rsquo;ont fait. A nouveau, les barons féodaux et l&rsquo;aristocratie de despotes orientaux étaient généralement capables de vaincre la contestation des commerçants des villes et des marchands ; mais cela ne les empêcha pas d&rsquo;être dépassé par la vague de capitalisme qui s&rsquo;est propagée des bordures occidentales de l&rsquo;Europe au 18ème et 19ème siècle.</p>



<p>Finalement, peu importait la sophistication ou la puissance de la superstructure d’une société donnée. Elle reposait sur une base dans la production matérielle. Si la superstructure empêchait cette base de se développer, alors la superstructure elle-même était finalement condamnée. Dans ce sens, Engels avait raison de dire que « l&rsquo;élément économique s&rsquo;affirme finalement comme dominant ».</p>



<p>C&rsquo;est un fait historique que les forces productives réussirent à briser et à transformer la totalité des rapports sociaux dans lesquelles elles se développèrent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Base, superstructure et transformation sociale</h2>



<p>Beaucoup des confusions qui sont apparues parmi les Marxistes sur l&rsquo;interprétation de la préface de Marx à la <em>Critique de l&rsquo;économie politique</em><strong> </strong>reposent dans la définition de la « base » sur laquelle « la superstructure juridique et politique » s&rsquo;élève.</p>



<p>Pour certains, la « base » représente l&rsquo;interaction entre les êtres humaines et la nature – les forces productives. Pour d&rsquo;autres, il s&rsquo;agit plutôt des rapports sociaux au sein desquels ces interactions se déroulent – les rapports de production.</p>



<p>Vous pouvez justifier chacune de ces interprétations à partir de citations différentes de la Préface prises indépendamment du reste du passage et des autres écrits de Marx. A un moment, il présente « l&rsquo;ensemble de ces rapports de production » comme « la base concrète sur laquelle s&rsquo;élève une superstructure juridique et politique ». Mais plus tôt, il dit que les “rapports de production … correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles”, et il poursuit en distinguant « le bouleversement matériel &#8211; qu&rsquo;on peut constater d&rsquo;une manière scientifiquement rigoureuse &#8211; des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques ». Ce sont les « forces productives matérielles » qui entrent en conflit avec les « rapports de production existants ».</p>



<p>En fait, il ne fait pas une distinction unique dans sa <em>Critique</em><strong> </strong>entre la « base » et la « superstructure ». Deux distinctions sont impliquées. Il y a la distinction entre les « forces productives » et les rapports de production. Et il y a la distinction entre les rapports de production et le reste de rapports sociaux.</p>



<p>La raison de la confusion réside dans cette double distinction. La « base » est la combinaison des forces productives et des rapports de production. Mais l&rsquo;un des éléments de cette combinaison est « plus basique » que l&rsquo;autre. Ce sont les « forces productives » qui sont dynamiques, qui avancent jusqu&rsquo;à entrer en conflit avec les « rapports de production » statiques. Les rapports de production correspondent aux forces productives, l’inverse n’est pas vraie.</p>



<p>Bien sûr, il y a un certain sens selon lequel il est impossible de séparer la production matérielle des rapports sociaux qu&rsquo;elle implique. Si de nouvelles façons de travailler impliquent de nouveaux rapports sociaux, alors évidemment elles ne peuvent s’établir tant que ces nouveaux rapports sociaux n&rsquo;existent pas.</p>



<p>Mais, comme nous l&rsquo;avons vu précédemment, il y a des raisons pour lesquelles Marx assigne la priorité aux forces productives. Les groupes humains qui réussissent à changer leur façon de travailler pour développer les forces productives vont être plus prospères que ceux qui n&rsquo;y arrivent pas. Un changement petit, cumulatif dans les forces productives peut se produire, encourageant des changements dans les rapports entre individus, qui sont tout aussi petits, mais tout aussi cumulatifs. Les individus changent leurs rapports mutuels parce qu&rsquo;ils veulent produire leur moyens d&rsquo;existences plus facilement : augmenter les moyens d&rsquo;existence est le but, le changement dans les rapports sociaux de production en est la conséquence involontaire. Les forces productives se rebellent contre les rapports de production existants, pas l’inverse.</p>



<p>Ainsi, par exemple, si les chasseur-cueilleurs décident de changer leur rapports sociaux mutuels pour se livrer à l&rsquo;horticulture, ils ne le font pas parce qu&rsquo;ils croient que les rapports sociaux horticoles sont supérieurs aux rapports sociaux des sociétés de chasseur-cueilleurs, mais plutôt parce qu&rsquo;ils veulent avoir accès à l&rsquo;augmentation de la productivité matérielle de l&rsquo;horticulture par rapport à la chasse et à la cueillette.</p>



<p>De la même façon, ce n&rsquo;est pas la préférence pour un ensemble de rapports de production sur un autre qui a mené les bourgeois à défier la société féodale. C&rsquo;est plutôt que, pour ce groupe particulier d&rsquo;individus dans la société féodale, le seul moyen d&rsquo;augmenter leur propre contrôle sur les moyens d&rsquo;existence (de développer les forces productives sous leur contrôle) était d&rsquo;établir de nouveaux rapports de production.</p>



<p>Même quand la façon dont une société est organisée change à cause de la pression d&rsquo;une autre société sur elle (comme quand l&rsquo;Inde fut contrainte d&rsquo;adopter un régime foncier de type européen au 19ème siècle, ou quand des chasseurs-cueilleurs ont été persuadés par des administrateurs et missionnaires coloniaux d&rsquo;accepter une vie agricole stable), la raison de l&rsquo;existence de cette pression est que l&rsquo;autre société dispose de forces productives plus développées (qui se transforment en des moyens plus efficaces de mener la guerre). Et les rapports sociaux de production ne dureront pas, à moins de réussir à organiser la production matérielle – à trouver une « base » dans la production matérielle – de la société pressurisée à les adopter. Là où ils ne trouvèrent pas une telle base (comme dans le cas des Iks au Nord-est de l&rsquo;Ouganda) le résultat peut même être la destruction de la société.</p>



<p>L&rsquo;expansion de la production matérielle est la cause, l&rsquo;organisation sociale de la production est la conséquence. La cause elle-même peut être bloquée par les anciennes formes d&rsquo;organisation de la société. Il n&rsquo;y a pas de principe mécanique selon lequel l&rsquo;expansion de la production matérielle – et avec elle les changements dans les rapports sociaux – vont automatiquement arriver. Mais dans toute société il y aura des pressions dans ce sens à un moment ou à un autre. Et ces pressions vont avoir des conséquences sociales, même si elles sont réprimées avec succès par l&rsquo;ancienne classe dirigeante.</p>



<p>La distinction entre forces productives et rapports de production est préalable à la seconde distinction entre la « base économique » et la superstructure. Le développement des forces productives mène à certains changements dans les rapports de production. A leur tour, ceux-ci résultent dans des changements dans les autres rapports sociaux, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un éventail complet d&rsquo;institutions d&rsquo;ordre non-économique permette de reproduire les rapports économiques existants (et de résister à des plus amples changements économiques).</p>



<p>Le but de ces distinctions est de fournir une compréhension de la façon dont la société se transforme. Si les forces productives sont statiques, alors il n&rsquo;y a pas de raison pour qu&rsquo;une société subisse des changements systématiques. Les rapports sociaux existants vont simplement tendre à se reproduire d&rsquo;une façon qu&rsquo;il puisse au maximum y avoir des changements aléatoires, accidentels dans les rapports mutuels des individus. Ni les&nbsp;rapports sociaux de production ni les rapports sociaux plus larges ne fourniront d&rsquo;incitations aux transformations sociales révolutionnaires qui surviennent. (par exemple, les transformations d’une société basée sur des petits groupes à une société installée autour d’un village, ou celles d’une société de manoirs féodaux médiévaux aux villes industrielles capitalistes avancées).</p>



<p>Il y a une autre confusion dans certaines discussions sur les forces productives et les rapports de production. Elle concerne les rapports de production.</p>



<p>Dans un passage de la <em>Préface</em>, Marx assimile les rapports de production avec les rapports de propriété. Certains commentateurs comme Cohen ont donné à cette conception une place centrale dans leurs propres explications du matérialisme historique.</p>



<p>Il me semble que ça limite beaucoup trop la notion de « rapports sociaux de production ». La force de l&rsquo;interprétation de l&rsquo;histoire de Marx repose dans la façon dont elle montre comment de légers changements dans les forces productives mènent à de légers changements cumulatifs dans les rapports sociaux qui émergent directement lors de la production, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;ils contestent les rapports sociaux plus larges. Ces changements peuvent impliquer de nouveaux rapports de propriété, mais dans de très nombreux cas importants, ce n&rsquo;est pas le cas.</p>



<p>Par exemple, une augmentation du nombre de journaliers travaillant pour le maître artisan moyen dans une ville médiévale ne représente pas de changement dans les rapports de propriété. Mais ça transforme les rapports sociaux de la ville d&rsquo;une façon qui peut avoir des implications très importantes. Des considérations similaires s&rsquo;appliquent à beaucoup de développements historiques significatifs, de la première plantation de graines par des chasseurs-cueilleurs aux transformations des méthodes de production des états capitalistes aujourd&rsquo;hui.</p>



<p>Résumons les différents éléments du débat jusqu’ici. Il n&rsquo;y a, chez Marx, pas une mais deux distinctions. Les forces productives exercent une pression sur les rapports de production existants. Et ceux-ci à leur tour entrent en conflit avec la superstructure existante.</p>



<p>Une fois qu’on a compris cela, on peut répondre à la question parfois posée de l’appartenance à la base ou à la superstructure de telle institution particulière.</p>



<p>Dans un sens, ces interrogations elles-mêmes sont hors-sujet. La distinction entre base et superstructure n&rsquo;est pas une distinction entre un ensemble d&rsquo;institutions et un autre, entre des institutions économiques d&rsquo;un côté et des institutions politiques, juridiques, idéologiques, etc. de l&rsquo;autre. C&rsquo;est une distinction entre des rapports qui sont directement connectés à la production et d’autres qui ne le sont pas. Beaucoup d&rsquo;institutions particulières contiennent les deux.</p>



<p>Ainsi, par exemple, l&rsquo;église médiévale était une institution superstructurelle qui défendait idéologiquement les formes existantes de l’exploitation féodale. Mais elle acquit tellement de propriétés foncières qu&rsquo;aucune analyse de la structure économique de la société médiévale ne peut l&rsquo;ignorer. De la même façon, les États capitalistes modernes apparurent avec le besoin de « détachements spéciaux d&rsquo;hommes armés » pour protéger la classe dirigeante capitaliste. Mais une telle protection n&rsquo;a rarement été possible sans intervention directe de l&rsquo;État dans la production.</p>



<p>Dans les sociétés pré-capitalistes, même la question de la classe sociale à laquelle appartiennent les individus dépend de facteurs superstructuraux. Les efforts pour préserver les rapports de production et d&rsquo;exploitation existants mènent à des codes élaborés qui assignent chaque individu à une caste ou à un ordre. Ces assignations, à leur tour, déterminent l&rsquo;activité productive (si tant est qu&rsquo;il ait besoin d&rsquo;en exercer une) qui leur est ouverte. Comme le dit Marx : « &#8230;un certain degré de développement une fois atteint, l&rsquo;hérédité des castes est décrétée <em>loi sociale.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_39');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_39');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_39" class="footnote_plugin_tooltip_text">39</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_39" class="footnote_tooltip"></em>Karl Marx, Le Capital,vol. 1, chapitre XIV, p. 428, édition Gallimard, 2014</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_39').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_39', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Et « Dans l&rsquo;ordre &#8230; un noble reste toujours un noble, un roturier reste toujours un roturier, abstraction faite de ses autres rapports ; c&rsquo;est une qualité inséparable de son individualité.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_40');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_40');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_40" class="footnote_plugin_tooltip_text">40</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_40" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, L&rsquo;idéologie allemande, p. 132, éditions sociales, 1969</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_40').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_40', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Dans un sens, il est vrai que les classes « pures » – i.e des regroupements sociaux dont l&rsquo;appartenance dépend entièrement des rapports d&rsquo;exploitation dans le processus productif – existent uniquement dans la société bourgeoise à l&rsquo;opposée des privilèges incarnés dans des codes religieux ou judiciaires<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_41');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_41');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_41" class="footnote_plugin_tooltip_text">41</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_41" class="footnote_tooltip">C&rsquo;est la remarque que fait Georg Lukàcs dans <em>Histoire et conscience de classe</em>. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_41').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_41', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Bien sûr, ces codes tiennent leur origine dans l&rsquo;exploitation matérielle, mais des siècles de développement social gelé ont obscurci ce fait. </p>



<p>La situation dans la famille capitaliste est assez similaire à celle de l&rsquo;église médiévale ou de l&rsquo;Etat moderne. Elle se répandit pour préserver et reproduire les rapports de production déjà existants. Mais elle ne peut faire ça sans jouer un rôle économique très important (dans le cas de la famille ouvrière en organisant la quantité immense de travail domestique nécessaire à la reproduction de la force de travail ; dans le cas de la famille capitaliste en définissant la transmission de propriété d&rsquo;une génération à l&rsquo;autre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_42');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_42');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_42" class="footnote_plugin_tooltip_text">42</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_42" class="footnote_tooltip">Voir le bref aperçu de ce processus chez Lindsey German, <em>Theories of Patriarchy </em>: <a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/german/198" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/history/etol/writers/german/198</span></a>1/xx/patriarchy.htm</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_42').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_42', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Cela a mené à des tentatives d&rsquo;assigner la famille à la base du fait de son rôle économique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_43');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_43');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_43" class="footnote_plugin_tooltip_text">43</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_43" class="footnote_tooltip">C&rsquo;est ce que font certain.es théoricien.nes du patriarcat, ainsi que Norah Carlin dans <em>Is the family part of the Superstructure ? </em>: <a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/carlin/1985/xx/family.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/history/etol/writers/carlin/1985/xx/family.html</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_43').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_43', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. &nbsp;Mais la distinction entre base et superstructure est une distinction entre des rapports sociaux qui sont sujets à des changements immédiats lors de transformations des forces productives, et ceux qui sont relativement statiques et résistants aux changements. La famille capitaliste appartient à la deuxième catégorie plutôt qu&rsquo;à la première, même si sa fonction économique est de reproduire la force de travail.</p>



<p>Les changements dans la façon dont la reproduction est organisée suit en général les changements dans la façon dont la production se déroule. Le fait est que les « forces reproductives » n&rsquo;ont pas la tendance au changement cumulatif que les forces productives ont.</p>



<p>Les différentes façons de restreindre le nombre de naissances ne changea guère des sociétés de chasseur-cueilleurs d&rsquo;il y a 30.000 ans jusqu&rsquo;au 20ème siècle – l&rsquo;utilisation de ces méthodes ne dépendait pas de la sphère de la reproduction mais de la sphère de la production (par exemple, alors qu&rsquo;une société de chasseur-cueilleurs est contrainte de restreindre le nombre de naissance, beaucoup de sociétés agricoles avaient intérêt au plus grand nombre de naissance possible).</p>



<p>Les conditions matérielles dans lesquelles les enfants sont élevés changent – mais comme un produit dérivé des changements matériels se déroulant autre part dans la société<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_44');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_44');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_44" class="footnote_plugin_tooltip_text">44</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_44" class="footnote_tooltip">Norah Carlin donne beaucoup d&rsquo;attention à ces changements, mais ne considère pas d&rsquo;où ils viennent. Son refus de prendre au sérieux les catégories de base et de superstructure l&#8217;empêchent de procéder de la sorte.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_44').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_44', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Finalement, ces considérations nous permettent de nous débarrasser d&rsquo;un autre argument qui est parfois soulevé – toutes les relations sociales seraient des relations de production<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_45');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_45');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_45" class="footnote_plugin_tooltip_text">45</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_45" class="footnote_tooltip">C&rsquo;est l&rsquo;argument de Simon Clarke, dans <em>One dimensional Marxism</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_45').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_45', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Toutes les parties de toutes les structures sociales doivent leur genèse ultime au secteur de la production. Mais Marx a souligné à raison avec sa description de la superstructure qu&rsquo;une fois générées, certaines parties de la structure sociale ont pour effet de contraindre le développement des autres. L&rsquo;ancien s&rsquo;oppose au neuf. L&rsquo;ancienne forme d&rsquo;organisation de l’État par exemple, a émergé du besoin d&rsquo;exploitation à un certain moment de l&rsquo;histoire et a eu des effets continus sur la production. Mais il s&rsquo;oppose aux nouveaux rapports qui sont continuellement produits par le développement ultérieur de la production. Dire que tous les rapports</p>



<p>&nbsp;sociaux sont des « rapports de production » revient à brosser un tableau du développement social qui ignore cet élément important de contradiction<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_46');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_46');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_46" class="footnote_plugin_tooltip_text">46</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_46" class="footnote_tooltip">Simon Clarke finit par essayer de se rattacher à de telles contradictions en parlant de « la mesure dans laquelle toute relation sociale est subsumée sous les rapports capitalistes ». La formulation est beaucoup plus lourde que les notions de base et superstructure de Marx et ne permet pas facilement de distinguer les contradictions de l&rsquo;économie capitaliste et les autres éléments de contradiction qui émergent dans l&rsquo;histoire concrète du système. Tous les conflits produits par le système sont vus comme étant de même importance. Politiquement, cela mène à un volontarisme très proche de celui du post-Althuserianisme.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_46').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_46', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Base et superstructure sous le capitalisme</h2>



<p>Jusqu&rsquo;ici cet article traitait des rapports entre base et superstructure en général. Mais, sous le capitalisme, leur rapport a des particularités qui méritent d&rsquo;être mentionnées.</p>



<p>Premièrement, l&rsquo;effet particulier des rapports de production sur les forces productives. Marx souligne que, dans les sociétés pré-capitalistes, les rapports de production existants tendent à retarder les forces productives. Sous le capitalisme, en revanche, la survie de chaque capital individuel dépend de l&rsquo;expansion plus rapide des forces productives à sa disposition que de celles de ses concurrents :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« La Bourgeoisie n’existe qu’à la condition de révolutionner sans cesse les instruments de travail, ce qui veut dire le mode de production, ce qui veut dire tous les rapports sociaux&#8230;Ce bouleversement continuel des modes de production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles, distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_47');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_47');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_47" class="footnote_plugin_tooltip_text">47</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_47" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>Manifeste du Parti Communiste</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_47').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_47', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Pour Marx, les contradictions entre les forces productives et les rapports de productions viennent quand même au premier plan finalement, mais d&rsquo;un façon très spécifique.</p>



<p>La croissance des forces sociales productives de l&rsquo;humanité – l&rsquo;augmentation de la productivité – implique de combiner des quantités toujours plus grandes de travail mort pour chaque unité de travail vivant. Sous le capitalisme, cela prend la forme d&rsquo;une augmentation du ratio de l&rsquo;investissement sur la force de travail. Les investissements grossissent plus vite que la source de tout le profit potentiel, le travail vivant. Pourtant, la raison d&rsquo;être de ce système est le taux de profit, i.e le ratio du profit sur l’investissement.</p>



<p>La contradiction entre la course à l&rsquo;investissement et le bas niveau de profit disponible pour maintenir l&rsquo;investissement trouve son expression, selon Marx, dans une tendance croissante à la stagnation du système, à une disproportion toujours plus grande entre les différents éléments de l&rsquo;économie, et à des crises économiques toujours plus profondes. Pour ceux d&rsquo;entre nous qui vivent au 20ème siècle, cela signifie aussi une tendance permanente à la transformation de la compétition économique en conflits militaires, avec la menace que les forces productives se changent en véritables forces de destruction<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_48');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_48');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_48" class="footnote_plugin_tooltip_text">48</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_48" class="footnote_tooltip">Pour un développement plus complet de ces idées, voir Chris Harman, <em>Explaining the Crisis </em><a href="https://www.marxists.org/archive/harman/1984/explain/index.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/harman/1984/explain/index.html</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_48').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_48', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Une seconde différence réside dans la façon dont, sous le capitalisme, il n&rsquo;y a pas seulement un conflit entre le développement des rapports économiques et les contraintes non-économiques qui leur pèsent dessus, mais aussi un conflit entre différents éléments de l&rsquo;économie, dont certains sont considérés « plus basiques » que d&rsquo;autres par Marx. La source de la plus-value repose dans la sphère de la production. Mais de cette sphère de la production émergent aussi tout un tas d&rsquo;activités dont le but est la distribution de la plus-value entre différents éléments de la classe capitaliste – l&rsquo;achat et la vente de marchandises, le système de crédit, le marché boursier, etc. Ceux-ci prennent vie à leur tour d&rsquo;une façon semblable aux différents éléments de la superstructure politique et idéologique, et leurs vies affectent à leur tour ce qui se passe dans la sphère de la production. Pourtant, en fin de compte, ils ne peuvent échapper au fait fondamental que le surplus dont ils disposent vient de l&rsquo;exploitation dans la production – ce qui se s&rsquo;exprime par l&rsquo;apparition soudaine de crises cycliques.</p>



<p>Tout ceci ne signifie pas que la distinction entre base et superstructure est obsolète sous le capitalisme. Cela signifie qu&rsquo;il y a encore plus d&rsquo;éléments de contradiction dans ce système que précédemment. Leur analyse concrète est une précondition pour comprendre la façon dont le système avance et les possibilités de construire une opposition révolutionnaire acharnée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Superstructure et idéologie</h2>



<p>Quel est le rapport des idées et de l&rsquo;idéologie à la dichotomie base – superstructure ?</p>



<p>Marx insiste que les idées ne peuvent être séparées du contexte social dans lequel elles émergent. Il dit : « des formes de conscience sociales déterminées correspondent à &#8230; la structure économique de la société, la base concrète », « Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. », « l&rsquo;être social … <em>détermine … </em>la conscience » (c&rsquo;est moi qui souligne).</p>



<p>Pour comprendre ces affirmations fortes, il nous faut comprendre comment Marx voit les idées, le langage et leur développement.</p>



<p>Les idées viennent, pour lui, de l&rsquo;interaction matérielle des êtres humains entre eux ainsi qu’avec le monde qui les entoure :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« La production des idées, des représentations et de la conscience est d&rsquo;abord directement et intimement mêlée à l&rsquo;activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle. Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des hommes apparaissent ici encore comme l&rsquo;émanation directe de leur comportement matériel. Il en va de même de la production intellectuelle telle qu&rsquo;elle se présente dans la langue de la politique, celle des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc. de tout un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations, de leurs idées, etc., mais les hommes réels, agissants, tels qu&rsquo;ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et des rapports qui y correspondent, y compris les formes les plus larges que ceux-ci peuvent prendre. La conscience ne peut jamais être autre chose que l&rsquo;être conscient et l&rsquo;être des hommes est leur processus de vie réel.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_49');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_49');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_49" class="footnote_plugin_tooltip_text">49</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_49" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, L&rsquo;idéologie allemande, pp. 35-36, éditions sociales, 1969.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_49').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_49', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Toutes les idées peuvent avoir leur origine retracée dans l&rsquo;activité matérielle des humains :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« on part des hommes dans leur activité réelle, c&rsquo;est à partir de leur processus de vie réel que l&rsquo;on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l&rsquo;on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_50');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_50');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_50" class="footnote_plugin_tooltip_text">50</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_50" class="footnote_tooltip">Ibid. p. 36 </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_50').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_50', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Il indique qu&rsquo;il y a un certain nombre de stades de développement de la conscience. Les animaux ne possèdent pas de conscience ; au mieux, ils ont des impressions fugaces de leur environnement. Les humains dépassent ce stade de conscience immédiate seulement lorsqu&rsquo;ils commencent à interagir socialement entre eux, à agir collectivement pour contrôler leur environnement. Il défend ainsi que ce n&rsquo;est qu&rsquo;une fois que l&rsquo;humain a atteint le stade de « rapports historiques originels, que nous trouvons que l&rsquo;homme a aussi de la “conscience”<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_51');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_51');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_51" class="footnote_plugin_tooltip_text">51</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_51" class="footnote_tooltip">Ibid. p. 43</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_51').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_51', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>».</p>



<p>Lorsqu’ils agissent ensemble pour assurer leurs existences, les humains créent pour la première fois une médiation matérielle qui leur permet de fixer leurs impressions fugaces en concepts permanents :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Dès le début, une malédiction pèse sur «l&rsquo;esprit», celle d&rsquo;être «entaché» d&rsquo;une matière qui se présente ici sous forme de couches d&rsquo;air agitées, de sons, en un mot sous forme du langage. Le langage est aussi vieux que la conscience, &#8211; le langage est la conscience réelle, pratique, existant aussi pour d&rsquo;autres hommes, existant donc alors seulement pour moi-même aussi et, tout comme la conscience, le langage n&rsquo;apparaît qu&rsquo;avec le besoin, la nécessité du commerce avec d&rsquo;autres hommes.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_52');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_52');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_52" class="footnote_plugin_tooltip_text">52</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_52" class="footnote_tooltip">Ibid. pp. 43-44</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_52').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_52', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Ou comme il le dit autre part, « La langue est la réalité immédiate de la pensée ».</p>



<p>La connaissance est donc un produit social. Elle provient des besoins de la communication, qui est elle-même un produit des besoins de réaliser la production sociale. La conscience est l&rsquo;expression subjective de rapports existants objectifs. Elle arrive comme conscience de la participation à ces rapports sociaux. Son incarnation, le langage, est un processus matériel qui est un des composants de ces rapports. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Les idées et les concepts des individus sont des idées et des concepts sur eux-même et sur l&rsquo;humanité en général&#8230; car ce n&rsquo;est pas la conscience d&rsquo;un individu singulier mais d&rsquo;un individu dans son interconnexion avec la totalité de la société.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_53');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_53');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_53" class="footnote_plugin_tooltip_text">53</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_53" class="footnote_tooltip">Citation traduite de la version anglaise trouvée ici : <a href="https://www.marxists.org/archive/marx/works/download/Marx_The_German_Ideology.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/marx/works/download/Marx_The_German_Ideology.pdf</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_53').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_53', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Le matérialisme de Marx revient à ça. L&rsquo;esprit se développe sur la base de la matière. Il dépend, pour fonctionner, de la satisfaction des besoins du corps humain. Il dépend pour la forme de sa conscience des rapports réels entre individus. Le contenu de l&rsquo;esprit individuel dépend de l&rsquo;interaction matérielle individuelle avec le monde et avec les autres.</p>



<p>Mais l&rsquo;esprit humain ne peut pas être réduit à la matière. L&rsquo;être humain individuel qui pense a la capacité d&rsquo;agir. Le subjectif se développe à partir de l&rsquo;objectif, mais reste réel.</p>



<p>Comme Marx le dit dans la première des <em>Thèses sur Feuerbach </em>: </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Le principal défaut, jusqu&rsquo;ici, du matérialisme de tous les philosophes est que l&rsquo;objet, la réalité, le monde sensible n&rsquo;y sont saisis que sous la forme d&rsquo;<em>objet </em>ou d&rsquo;intuition, mais non en tant qu&rsquo;<em>activité humaine concrète</em>, en tant que <em>pratique</em>, de façon non subjective&#8230; Feuerbach ne considère pas l&rsquo;activité humaine elle-même en tant qu&rsquo;activité <em>objective</em> »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_54');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_54');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_54" class="footnote_plugin_tooltip_text">54</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_54" class="footnote_tooltip">Ibid. Annexes, p. 137</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_54').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_54', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Cependant, si Marx affirme la réalité de la pensée et de l&rsquo;activité individuelle, il souligne aussi leurs limites. Les pensées proviennent de l&rsquo;activité. Et dès que le lien avec l&rsquo;activité se rompt, la pensée perd une partie de son contenu : </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« C&rsquo;est dans la pratique qu&rsquo;il faut que l&rsquo;homme prouve la vérité, c&rsquo;est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_55');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_55');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_55" class="footnote_plugin_tooltip_text">55</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_55" class="footnote_tooltip">Ibid. Annexes, p. 138</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_55').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_55', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Donc la pensée n&rsquo;est « réelle » qu&rsquo;en ce qu&rsquo;elle a une application pratique, dans la mesure où elle transforme le monde. Il y a une réalité objective en dehors de la conscience humaine. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;à travers leur activité que les humains peuvent établir un contact avec cette réalité, y lier leur conscience. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« La question de savoir s&rsquo;il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n&rsquo;est pas une question théorique, mais une question pratique&#8230; La discussion sur la réalité ou l&rsquo;irréalité d&rsquo;une pensée qui s&rsquo;isole de la pratique, est purement scolastique.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_56');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_56');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_56" class="footnote_plugin_tooltip_text">56</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_56" class="footnote_tooltip">Ibid. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_56').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_56', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est dans la convergence de l&rsquo;humanité et du monde en activité que la réalité du monde et la vérité de la pensée sont déterminées.</p>



<p>Le matérialisme historique de Marx ne prétend pas que la volonté, la conscience et l&rsquo;intention ne jouent aucun rôle historique. L&rsquo;action humaine transforme continuellement le monde dans lequel les êtres humains se trouvent, ainsi que leurs rapports réciproques.</p>



<p>L&rsquo;interprétation matérialiste mécaniste de Kautsky fait la même erreur que Marx attribue à Feuerbach. Elle échoue à voir que l&rsquo;histoire est l&rsquo;histoire de l&rsquo;activité humaine. Et l&rsquo;activité sociale implique la conscience.</p>



<p>Ce sont des êtres humains avec des idées particulières qui inventent de nouveaux outils, qui contestent les modes de vie établis, qui organisent des mouvements révolutionnaires ou qui luttent pour maintenir le statu quo. Les contractions entre les forces productives et les rapports de production, entre la base et la superstructure trouvent leur expression dans les débats, la contestation organisée et les luttes acharnées entre classes. Ceux-ci font partie du développement réel de la société. Le nier revient à présenter une image de la société dans laquelle les antagonismes violents n&rsquo;existent plus.</p>



<p>Mais la conscience n&rsquo;arrive jamais dans le vide. C&rsquo;est un lien subjectif entre des processus objectifs. Les idées de n&rsquo;importe quel individu ou groupe se développent sur la base de la réalité matérielle et nourrissent cette réalité en retour. Elles ne peuvent être réduites à cette réalité, mais elles ne peuvent pas non plus en être coupées.</p>



<p>C&rsquo;est ce lien qui nous permet de donner un sens aux notions marxistes de « fausse conscience » et d&rsquo; « idéologie ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fausse conscience</h2>



<p>Quand les individus sont engagés dans une pratique matérielle, ils ont une conscience immédiate de leur action et des éléments du monde qu&rsquo;elle touche qui est fort probablement vraie. A moins qu&rsquo;ils ne soient aveugles ou dérangés, ils savent qu&rsquo;ils creusent le sol ou qu&rsquo;ils pointent leurs fusils sur d&rsquo;autres ou autre. A ce niveau, leur activité et leur conscience coïncident. Mais le contenu de cette conscience est minimal. En fait, elle mérite à peine le nom de conscience.</p>



<p>Mais à côté de cette conscience immédiate se trouve toujours une conscience plus générale. Elle tente d&rsquo;aller au-delà de la connaissance immédiate des individus et de fournir une conception globale du contexte dans lequel ils se trouvent. Elle leur dit, par exemple, qu&rsquo;ils ne sont pas seulement en train de creuser, mais qu’ils sont en train de subvenir à leurs besoins futurs, ou qu&rsquo;ils ne sont pas simplement en train de mettre quelqu&rsquo;un en joue, mais de défendre leur « mère-patrie ».</p>



<p>Il n&rsquo;y a pas de garantie de “vérité” ou de “réalité” de cette conscience générale. Une crise économique peut impliquer que, quelque soit les efforts mis à creuser, la vente des récoltes sera impossible et la subsistance incertaine ; leurs fusils peuvent en fait servir à défendre les profits d&rsquo;une multinationale, et pas une soi-disant « mère-patrie ».</p>



<p>Alors que la conscience immédiate fait partie de l&rsquo;activité et doit donc être « réelle » dans un certain sens très limité, la conscience générale peut n&rsquo;être qu&rsquo;un accompagnement aveugle de l&rsquo;activité. Dans ce sens, elle ne trouve pas d&rsquo;expression dans le monde. Elle n&rsquo;a, dans les termes de Marx, pas de « réalité » dans ce monde et pour notre temps. Ou le résultat de l&rsquo;activité qu&rsquo;elle guide est différent de ce qui en est attendu. Son contenu objectif est différent de son contenu subjectif. Au mieux, c&rsquo;est partiellement « réel »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_57');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_57');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_57" class="footnote_plugin_tooltip_text">57</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_57" class="footnote_tooltip">La distinction entre différentes formes de conscience était l&rsquo;un des fruits de la philosophie allemande, et peut être trouvée dans la <em>Phénoménologie de l&rsquo;Esprit</em><strong> </strong>de Hegel. Marx, bien sûr, donne une signification différente qu&rsquo;Hegel à cette distinction. Le problème de comment c&rsquo;est possible d&rsquo;arriver à une conscience vraie générale à partir de la conscience « immédiate » est la problématique de l&rsquo;essai philosophique majeur de Lukàcs dans <em>La réification et la conscience du prolétariat </em>dans <em>Histoire et conscience de classe</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_57').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_57', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pourtant Marx insiste que même la « fausse » conscience générale trouve son origine dans l&rsquo;activité réelle. Au sujet de la critique d&rsquo;une forme particulière de la « conscience » irréelle par l&rsquo;idéologie allemande des philosophes idéalistes, il écrit :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Les philosophes n&rsquo;auraient qu&rsquo;à dissoudre leur langage dans le langage ordinaire duquel il est abstrait pour le reconnaître comme le langage distordu du monde réel et pour réaliser que ni la pensée ni le langage en eux-même ne forment une réalité à part, qu&rsquo;ils ne sont que des manifestations de la vie réelle&#8230;</p>



<p>Pour les philosophes, une des tâches les plus difficiles est de descendre du monde des idées au monde réel. La langue est la réalité immédiate de la pensée. De la même façon que les philosophes ont donné à la pensée une existence indépendante, ils firent de la langue un royaume indépendant. C&rsquo;est le secret du langage philosophique dans lequel les pensées en forme de mots ont leur propre contexte.</p>



<p>Le problème de la descente du monde des idées au monde réel se transforme en problème de la descente de la langue à la vie.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_58');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_58');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_58" class="footnote_plugin_tooltip_text">58</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_58" class="footnote_tooltip">Extrait du chapitre 3, non publié de <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, traduit par le traducteur</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_58').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_58', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Nous avons vu que tout le problème de la transition de la pensée à la réalité, donc de la langue à la vie, existe uniquement dans les illusions philosophiques.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_59');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_59');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_59" class="footnote_plugin_tooltip_text">59</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_59" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_59').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_59', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Cette opinion des idées philosophiques abstraites mène directement à la dérision utilisée dans les <em>Thèses sur Feuerbach </em>: </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Toute vie sociale est essentiellement pratique. Tous les mystères qui détournent la théorie vers le mysticisme trouvent leur solution rationnelle dans la pratique humaine et dans la compréhension de cette pratique.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_60');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_60');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_60" class="footnote_plugin_tooltip_text">60</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_60" class="footnote_tooltip">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, Annexes, p. 141, éditions sociales, 1969</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_60').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_60', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>En apparence, l&rsquo;idée qu&rsquo;il avance est très proche de celles des philosophes qui ont nié la possibilité de notions philosophiques, sociales ou historiques d&rsquo;ordre général. Ainsi, la philosophie de la linguistique de Wittgenstein prétend que tous les problèmes traditionnels de la philosophe surgissent parce que les philosophes ont pris les concepts de la vie ordinaire et les ont utilisés en dehors de leur contexte<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_61');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_61');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_61" class="footnote_plugin_tooltip_text">61</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_61" class="footnote_tooltip">Pour une comparaison entre Marx et Wittgenstein, voir A. MacIntyre, « Breaking the chains of reason<em> » </em>chez E.P Thompson, <em>Out of apathy</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_61').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_61', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>D&rsquo;une façon presque similaire, les penseurs de l&rsquo;historicisme ont défendu qu&rsquo;aucune idée ou pratique sociale ne pouvait être comprise en dehors de leur contexte historique et culturel particulier ; toute tentative d&rsquo;explication large doit être erronée<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_62');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_62');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_62" class="footnote_plugin_tooltip_text">62</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_62" class="footnote_tooltip">Ici, j&rsquo;utilise historicisme au sens traditionnel d&rsquo;un relativisme qui affirme qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de critère général de vérité ou de fausseté, mais que l&rsquo;exactitude des idées dépend de la situation historique concrète dans laquelle elles sont mises en avant. C&rsquo;est, par exemple, le sens qu&rsquo;en fait Gramsci. A ne pas confondre avec son usage par Karl Popper dans <em>La pauvreté de l&rsquo;historicisme</em><strong> </strong>en tant que terme abusif qui se réfère virtuellement avec toute explication générale de l&rsquo;histoire.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_62').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_62', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Mais la conception de Marx en est très différente. Ils voient ces fausses notions se produire comme résultat du désir étrange des philosophes à généraliser, d&rsquo;une étrange « crampe mental » qui affligent les individus. Ils en concluent que toute généralisation est erronée.</p>



<p>Marx, en revanche, voit les fausses généralisations, le résultat du divorce entre la théorie et la pratique, comme ayant elles-mêmes des origines matérielles. Ce n&rsquo;est que dans une société sans classe que la notion générale se développe directement de l&rsquo;expérience immédiate des individus, sans distorsions. Car chaque individu de la société est impliqué dans une activité coopérative partagée unique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Idéologie et société de classe</h2>



<p>Dès qu&rsquo;il y a une division entre une classe exploiteuse et une classe exploitée et, sur cette base, une division croissante entre le travail manuel et le travail intellectuel, la pratique unique se désintègre et, avec elle, la possibilité d&rsquo;une conception unique du monde.</p>



<p>Dans une société de classe, la totalité sociale est continuellement déchirée par le conflit entre le développement des forces productives et les rapports de production existants, un conflit qui trouve son expression dans la lutte entre différents groupes sociaux.</p>



<p>Différents groupes vont avoir des buts pratiques différents : pour certains ce sera la préservation des rapports sociaux existants, pour d&rsquo;autres leur renversement afin de permettre le développement de nouveaux rapports sociaux basés sur de nouvelles forces productives. Le résultat est que différentes sections de la société vont avoir des expériences différentes de la réalité sociale. Chacune va tendre à développer sa propre conception globale de la société, qui sera significativement différente de celle développée par les autres.</p>



<p>De telles conceptions ne servent pas uniquement à décrire la société. Elles servent aussi à lier les individus entre eux pour l’activité pratique de préservation ou de transformation de la société, car chaque classe priorise certaines sortes d&rsquo;activités sociales pratiques au détriment d&rsquo;autres.</p>



<p>Ce n&rsquo;est que dans l&rsquo;esprit de certaines philosophes empiristes que la description et la prescription, le fait et la valeur sont distincts. Ce qui est « bon » ou « de valeur » du point de vue d&rsquo;un groupe social et de son activité va être « mauvais » pour un autre groupe social. Ce qu&rsquo;une section de la société voit comme essentiel à la préservation de la vie sociale, parce que ça préserve les rapports de production existants va être considéré comme mauvais par une autre parce que ça obstrue le développement de nouvelles forces productives. Des catégories qui ne posaient jusqu&rsquo;ici pas de problèmes, de simples descriptions de ce qui est nécessaire pour maintenir la société et la vie humaine, deviennent des prescriptions exprimant les désirs de groupes différents, opposés.</p>



<p>La lutte pour la domination sociale entre les différents groupes est, d&rsquo;un côté, une lutte de chacun pour imposer sa conception de la société, sa façon d&rsquo;organiser l&rsquo;activité sociale aux autres. Il doit affirmer que ses concepts sont « vrais » et ceux des autres sont « faux » ; ou, du moins, que le sens donné à leur activité par d&rsquo;autres groupes sociaux peut être subordonné à sa propre vision globale du monde.</p>



<p>Les efforts des philosophes à mesurer les conceptions du monde rivales à l&rsquo;aune de la « vérité » se jouent de cette lutte. Ils essaient de généraliser l&rsquo;expérience d&rsquo;une classe particulière d&rsquo;une façon qui lui permette de dominer les conceptions des autres classes. Mais à cause des contradictions réelles entre les expériences et les intérêts des différentes classes, cette quête est infinie. Chaque conception philosophique peut être contrée par une autre, puisque chacune tire ses racines dans des expériences contradictoires de la vie matérielle. C&rsquo;est pourquoi chaque grande philosophie finit par tomber dans le mysticisme.</p>



<p>Mais cela ne signifie pas, pour Marx, que des conceptions différentes du monde sont tout aussi valides (ou tout aussi fausses). Certaines fournissent une analyse plus complète de la société et de son développement que d&rsquo;autres.</p>



<p>Un groupe social identifié par la perpétuation des anciens rapports de production et des anciennes institutions de la superstructure a nécessairement une conception partiale (ou une série de conceptions partiales) de la société dans son ensemble. Sa pratique se préoccupe de la perpétuation de l&rsquo;existant, de la « sanctification » du fait accompli. C&rsquo;est pourquoi, même en temps de crise sociale intense, son image de la société est celle d&rsquo;une harmonie naturelle, éternelle qui serait sous l&rsquo;assaut de forces irrationnelles, incompréhensibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Idéologie et science</h2>



<p>Un groupe social émergent, associé à une progression des forces productives a une approche très différente. Au moins au début, il n&rsquo;a pas peur des nouvelles formes d&rsquo;activité sociale qui perturbent les anciens rapports de production et leur superstructure. Il s&rsquo;identifie et comprend ces nouvelles formes d&rsquo;activité. Pourtant, en même temps, parce qu&rsquo;il entre en conflit avec l&rsquo;ordre ancien, il a l&rsquo;expérience concrète de cet ordre aussi. Il peut développer des conceptions de la société qui voient comment tous les différents éléments vont ensemble, les forces productives et les rapports de production, la base et la superstructure, la classe opprimée et la classe oppressante.</p>



<p>Parce qu&rsquo;il a un intérêt pratique à la transformation de la société, ses idées générales n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;être un commentaire aveugle des événements ou un mysticisme destiné à préserver le statu quo. Elles peuvent être une source de connaissance réelle sur la société. Elles peuvent agir non pas seulement comme une bannière de ralliement des exploitées et des opprimées, mais comme un guide pour l&rsquo;action réelle. Elles peuvent être scientifiques, malgré leur origine dans la pratique d&rsquo;un groupe social.</p>



<p>Marx pensait certainement que c&rsquo;était le cas avec l&rsquo;économie politique classique. A maintes reprises, il mentionne le mérite « scientifique » des écrits d&rsquo;Adam Smith et de David Ricardo, et même de certains économistes mercantilistes et physiocrates qui les ont précédés.</p>



<p>Ils étaient scientifiques parce qu&rsquo;ils essayaient de couper à travers l&rsquo;apparence superficielle de la société pour saisir les « connexion internes entre les catégories économiques – ou la structure cachée du système économique bourgeois », « pour essayer de saisir la physionomie interne de la société bourgeoise&#8230;<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_63');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_63');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_63" class="footnote_plugin_tooltip_text">63</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_63" class="footnote_tooltip">Deuxième partie du livre 4 du <em>Capital</em>, non traduit en français: <a href="https://www.marxists.org/archive/marx/works/1863/theories-surplus-value/ch10.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/marx/works/1863/theories-surplus-value/ch10.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_63').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_63', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Cette approche ésotérique qui cherche la réalité sociale sous-jacente diffère considérablement d&rsquo;une simple approche exotérique qui considère les formes sociales externes existantes comme acquises. Les économistes classiques n&rsquo;auront jamais rompu complètement avec la méthode exotérique, mais ils ont commencé à s&rsquo;en distancier et, ce faisant, ils ont jeté les bases d&rsquo;une compréhension scientifique de la structure interne du capitalisme.</p>



<p>Leur capacité à développer une compréhension scientifique était reliée à la classe à laquelle ils s&rsquo;identifiaient &#8211; les capitalistes industriels émergents. Marx décrit Smith, par exemple, comme « l&rsquo;interprète de l&rsquo;arrivisme bourgeois »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_64');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_64');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_64" class="footnote_plugin_tooltip_text">64</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_64" class="footnote_tooltip">Ibid</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_64').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_64', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> qui écrit dans la langue de la bourgeoisie encore révolutionnaire, qui n&rsquo;a pas encore assujetti la totalité de la société, l’État, etc<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_65');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_65');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_65" class="footnote_plugin_tooltip_text">65</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_65" class="footnote_tooltip">Ibid</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_65').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_65', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Parce que les capitalistes industriels ne contrôlent pas encore la société, ils doivent adopter une approche critique de ses caractéristiques externes, pour chercher une analyse objective de la mesure dans laquelle ces caractéristiques s&rsquo;accordent à la course à l&rsquo;accumulation capitaliste. Cela les mène à situer la production de richesses dans le processus de travail, et de distinguer le travail productif qui crée de la plus-value des fonctions parasitiques de l&rsquo;ancien État, de l&rsquo;Église, etc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Idéologie et superstructure</h2>



<p>La situation change radicalement quand la classe émergente a consolidé sa prise. L’attitude révolutionnaire critique envers la société dans son ensemble n’a alors pour elle plus aucune utilité. La seule activité pratique qui l&rsquo;intéresse est la reproduction des rapports économiques et sociaux existants. C’est ainsi que sa théorie dégénère dans des tentatives de prendre des aspects superficiels de la société existante et de les présenter comme des lois générales devant régir la forme que toutes les sociétés devraient prendre.</p>



<p>Pour Marx, l&rsquo;idéologie est un produit de cette situation. La classe sociale dominante contrôle les moyens par lesquels un couche distincte de la population peut être libérée du travail physique pour s&rsquo;engager dans la production intellectuelle. Mais, vu qu&rsquo;ils dépendent de la classe dirigeante pour leur subsistance, ces « intellectuels » tendent à s&rsquo;y identifier – la classe dirigeante met en place toutes sortes de mécanismes pour s&rsquo;en assurer.</p>



<p>L&rsquo;identification à la classe dirigeante signifie l&rsquo;arrêt de toute critique globale des rapports sociaux existants et la considération comme acquises des formes dans lesquelles ils se présentent. Les aspects particuliers de la société existante sont donc considérés comme autonomes, comme dépourvus de racines communes dans la production sociale.</p>



<p>Ainsi, on a une série de disciplines différentes et autonomes : « politique », « économie néoclassique », « psychologie », « sociologie », etc. Chacune traite d&rsquo;aspects d&rsquo;un développement social unitaire comme s&rsquo;ils se produisaient indépendamment les uns des autres. L&rsquo; « histoire » devient une connexion plus ou moins arbitraire entre des événements et des personnages. La philosophie devient la tentative de dépasser la séparation de ces disciplines en analysant leurs concepts avec un détachement toujours plus grand de la sphère de la production matérielle et des échanges commerciaux.</p>



<p>De telles conceptions du monde sont idéologiques, non pas parce qu&rsquo;elles font nécessairement l&rsquo;apologie de la classe dirigeante existante, mais parce que la façon même dont elles sont structurées empêche de voir au-delà des activités et des idées qui reproduisent la société existante – ainsi que la classe dirigeante – pour arriver aux processus sur lesquels elles sont fondées. Elles sanctifient le statu quo parce qu&rsquo;elles prennent les concepts qu&rsquo;elles utilisent à leur valeur apparente, au lieu de les voir comme des produits transitoires du développement social.</p>



<p>L&rsquo; « idéologie », dans ce sens, est liée à la superstructure. Elle jongle avec des concepts qui surgissent de la superstructure, elle cherche à les lier et à les dériver les uns des autres, sans jamais couper à travers l&rsquo;apparence superficielle pour regarder les processus réels de la production sociale dans lesquels la superstructure et ses concepts émergent.</p>



<p>Ce sont les contradictions de tels « arguments » idéologiques qui ne peuvent être résolus qu&rsquo;à travers la “descente de la langue à la vie”.</p>



<p>Cette descente ne peut être faite que par des intellectuels qui s&rsquo;identifient à une classe émergente. Car eux seuls sont identifiés par une pratique qui remet en question tous les rapports sociaux existants, cherchent à critiquer ce qui se passe à la surface de la société en le reliant aux rapports de production matérielle et d&rsquo;exploitation sous-jacents.</p>



<p>Alors que les intellectuels d&rsquo;une classe dirigeante établie sont confinés à des élaborations constantes dans le royaume de l&rsquo;idéologie, les intellectuels d&rsquo;une classe émergente peuvent commencer à développer une compréhension scientifique du développement social.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Notre théorie et la leur</h2>



<p>Les intellectuels d’une classe émergente ne peuvent pas simplement proclamer qu&rsquo;ils ont la vérité. Ils doivent le prouver.</p>



<p>Premièrement, ils doivent montrer qu&rsquo;ils peuvent reprendre et développer les découvertes faites par les intellectuels de l&rsquo;ancienne classe ascendante. Ainsi, dans ses écrits, Marx entreprend non seulement de donner son explication du fonctionnement du capitalisme, mais aussi de montrer comment il pouvait compléter le travail de l&rsquo;économie politique classique en résolvant des problèmes auxquels elle s&rsquo;était confronté sans succès.</p>



<p>Deuxièmement, ils doivent être capables de montrer comment les caractéristiques sociales superficielles dont l&rsquo;idéologie s&rsquo;occupe sont issus de processus sociaux sous-jacents qu&rsquo;elle décrit. Comme Marx l&rsquo;explique, ils doivent être capables de déduire l’exotérique de l&rsquo;ésotérique. Une analyse scientifique marxiste d&rsquo;une société doit permettre de fournir une compréhension de tous les différents courants idéologiques de cette société, montrer comment ils proviennent tous du monde réel, comment ils expriment certains de ses aspects, mais d&rsquo;une manière déformée.</p>



<p>Pour finir, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul critère de validité pour toute science : sa capacité à guider l&rsquo;action. C&rsquo;est pourquoi les débats au sein même du marxisme ne peuvent être résolus qu&rsquo;au cours de la lutte de classe révolutionnaire.</p>



<p>Cette discussion est sous-tendue par un point très important : toutes les idées sur la société ne sont pas idéologiques. La compréhension scientifique que les intellectuels d&rsquo;une classe émergente développe n’est pas idéologique. Ni la conscience immédiate qu&rsquo;ont les individus de leurs actions. Ces idées ne deviennent idéologiques que dans la mesure où elles sont interprétées à travers un cadre général d&rsquo;idées fourni par une classe dirigeante établie. En revanche, si elles sont interprétées à travers la théorie d&rsquo;une classe émergente, elles représentent la conscience de soi en devenir de la société.</p>



<p>L&rsquo;idéologie fait partie de la superstructure dans le sens où c&rsquo;est un élément passif du processus social qui aide à reproduire les anciens rapports de production. Ce qui n&rsquo;est pas le cas de la conscience de soi révolutionnaire. C&rsquo;est un élément actif, émergeant des circonstances matérielles des individus, qui agit en retour sur elles pour les changer.</p>



<p>Dans le monde réel, il y a toutes sortes d&rsquo;idées qui se trouvent quelque part entre la science et l&rsquo;idéologie, entre la vraie et la fausse conscience. L&rsquo;expérience des individus peut contester partiellement la société existante. Ils acquièrent une connaissance partielle de la structure réelle de la société, mais cherchent à l&rsquo;interpréter à travers des ajustements hétéroclites aux anciens cadres idéologiques.</p>



<p>Le produit des idéologies de l&rsquo;ordre existant lui-même ne peut être rejeté en bloc. Les pires d&rsquo;entre elles ne peuvent ignorer complètement les expériences de la masse des individus qui remettent en question la conception du monde de la classe dirigeante : leur fonction idéologique les oblige à essayer de montrer comment ces expériences sont compatibles avec les perspectives de la classe dirigeante. Les pires journalistes à scandale ou commentateurs télé doivent reconnaître l&rsquo;opposition à la classe dirigeante en rapportant les grèves, les manifestations, etc. même si ce n&rsquo;est que pour condamner de telles luttes et isoler leurs participants. Les pires romans de gare doivent commencer à partir d&rsquo;une certaine image de la vie des gens ordinaires, probablement déformée, s&rsquo;ils veulent acquérir une audience de masse. Les prêtres les plus réactionnaires ne sont efficaces que dans la mesure où ils peuvent fournir un soulagement illusoire aux soucis réels de leurs paroissiens.</p>



<p>Cela mène à toutes sortes de contradictions au sein de l&rsquo;idéologie dominante. Certains de ses défenseurs les plus acharnés peuvent être ceux-là même qui font le plus d&rsquo;efforts pour se rapporter aux expériences vécues par les gens ordinaires. L&rsquo;idéologie elle-même encourage les sociologues, les historiens, les artistes et même les théologiens à faire des efforts immenses pour que leur explication du monde correspondent aux observations empiriques et à l&rsquo;expérience vécue. Cela mène inévitablement à des explications contradictoires, et certains de ces idéologues peuvent même commencer à remettre en question certaines doctrines de l&rsquo;idéologie dominante. Marx reconnaît qu&rsquo;un grand écrivain ou artiste est capable de retranscrire toutes les expériences contradictoires qui accompagnent la vie des individus dans sa société, et, ce faisant, peut aller au-delà des limites posées par sa position de classe. Dans certains cas, cela les amène même à rompre avec leur propre classe et à s&rsquo;identifier avec l&rsquo;opposition révolutionnaire.</p>



<p>Une compréhension scientifique du développement social demande une rupture totale avec la méthode des pseudo-sciences sociales de ceux qui défendent l&rsquo;ordre social existant. Mais cela ne veut pas dire que nous pouvons négliger les éléments de vérité que ceux qui pratiquent ces disciplines mettent au jour. Nous ne pouvons encore moins ignorer la profonde compréhension du processus social présente dans le travail de certains historiens non-marxistes ou de certains grands romanciers comme Balzac ou Walter Scott.</p>



<p>Ce n&rsquo;est pas en méprisant tous les intellectuels bourgeois que le marxisme affirme sa supériorité sur la pensée bourgeoise, mais plutôt en montrant qu&rsquo;il peut contenir les avancées faites par les intellectuels bourgeois dans sa propre conception totale de la réalité – ce qu&rsquo;aucun sociologue ne peut faire et qu&rsquo;aucun philosophe bourgeois n&rsquo;a essayé depuis Hegel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle central de la lutte des classes</h2>



<p>L’analyse marxiste commence en montrant les manières contradictoires dont les forces productives et les rapports de production, la base et la superstructure, la réalité matérielle et les idées humaines se développent. Aucune de ces contradictions ne se résout d&rsquo;elle-même, contrairement à ce que croient les matérialistes mécanistes. Leur résolution ne se fait que sur la base des luttes des êtres humains, des luttes de classe.</p>



<p>Une fois que les sociétés sont divisées entre ceux qui produisent directement et ceux qui vivent de la production de plus-value, toute croissance des forces productives, quelque lente et partielle, mène à un changement semblable dans le poids objectif des différentes classes dans la société. Certaines façons de développer les forces productives mènent à des changements qualitatifs, à de nouvelles façons d&rsquo;extraire la plus-value, à l&#8217;embryon de nouvelles classes exploiteuses et exploitées (et éventuellement à la formation d&rsquo;une classe qui peut diriger la société sans exploiter quiconque).</p>



<p>Mais les nouvelles façons de produire se voient toujours opposer une résistance d&rsquo;au moins certains de ceux dont les intérêts gisent dans la préservation des anciennes façons. La montée de chaque nouveau mode de production a toujours été marquée par une guerre de classes acharnée (même si, comme dans le cas des guerres religieuses des 16ème et 17ème siècles, ces méthodes n&rsquo;impliquaient pas toujours une rupture nette entre les classes, mais souvent des alliances transversales compliquées entre les sections les plus dynamiques de la classe émergente et certains groupes d&rsquo;intérêt de l&rsquo;ordre ancien). La pérennisation ou non de ces nouvelles façons de produire dépend de la classe qui l’emportera. Le développement économique y est très important. Il détermine la taille des différentes classes, leur concentration géographique (et ainsi la facilité avec laquelle elles peuvent être organisées), leur degré d&rsquo;homogénéité, les ressources matérielles à leur disposition.</p>



<p>De tels facteurs économiques directs peuvent clairement créer une situation où la classe émergente ne peut pas gagner, quoi qu&rsquo;elle fasse. Le rapport de force objectif lui est trop inégal. Mais quand les facteurs objectifs créent une situation de quasi-égalité des forces entre les classes rivales, ce sont d&rsquo;autres facteurs qui sont déterminants – l&rsquo;homogénéité idéologique, l&rsquo;organisation et la direction des classes rivales.</p>



<p>Pour les matérialistes mécanistes, les idées sont simplement un reflet automatique de la vie matérielle. Mais dans le processus historique réel de transformation sociale, ce n&rsquo;est jamais aussi simple.</p>



<p>Les institutions de l&rsquo;ancienne classe dirigeante essaient en permanence de définir la façon dont les gens se voient, ainsi que leurs rapports réciproques. Au début, les membres de la classe émergente acceptent ces définitions comme des horizons indépassables : ainsi, les premiers bourgeois médiévaux acceptaient les préceptes du catholicisme dans leur totalité.</p>



<p>Mais les membres d&rsquo;une classe émergente s&rsquo;impliquent dans des activités pratiques qui sont difficilement incluses dans les anciennes définitions. Les gens commencent à faire des choses que l&rsquo;ancienne conception du monde condamne. Et les institutions qui font appliquer l&rsquo;ancien ordre les menacent de répression.</p>



<p>A partir de là, deux options sont possibles. Les individus impliqués dans les nouvelles formes d&rsquo;activité cèdent aux pressions de l&rsquo;ordre ancien, et ces nouvelles formes d&rsquo;activités cessent. Ou ils systématisent leur conflit avec l&rsquo;ancienne idéologie, en développant une nouvelle conception du monde à partir de ses éléments, derrière laquelle ils essaient de rallier tous ceux qui se trouvent dans une situation matérielle objective similaire à la leur.</p>



<p>Un nouveau système d&rsquo;idée n&rsquo;est pas juste un reflet passif des changements économiques à l&rsquo;œuvre. C&rsquo;est plutôt un chaînon central de la transformation sociale, qui mobilise ceux qui sont affectés par les petits changements cumulatifs dans la sphère de la production en une force dont le but est de changer la totalité des rapports sociaux.</p>



<p>Prenons par exemple le débat classique sur le protestantisme et l&rsquo;avènement du capitalisme. Selon certains adversaires du marxisme, comme Max Weber, c&rsquo;était le développement autonome « non-économique » d&rsquo;une nouvelle idéologie religieuse qui seul a fourni le terrain sur lequel les nouveaux moyens de production capitalistes ont émergé. Le puritanisme a produit le capitalisme.</p>



<p>Selon les matérialistes mécanistes, c&rsquo;est le contraire. Le protestantisme était simplement une réflexion matérielle du développement des rapports capitalistes. Le capitalisme en était la cause, le protestantisme en était la conséquence.</p>



<p>Ces deux explications passent à côté d&rsquo;un maillon essentiel de la chaîne du développement historique. Le protestantisme s&rsquo;est développé parce que certaines personnes dans la société féodale commençaient à travailler et à vivre d&rsquo;une façon qui n&rsquo;était pas facilement réconciliable avec l&rsquo;idéologie dominante du catholicisme médiéval. Ils commençaient à réinterpréter certaines de ses doctrines pour donner du sens à leurs nouveaux agissements. Mais cela mena à des conflits avec les gardiens idéologiques de l&rsquo;ancien ordre (la hiérarchie cléricale). C’est là qu’émergèrent une série de figures qui ont essayé de généraliser la contestation de l&rsquo;ancienne idéologie : Luther, Calvin, etc. Quand cette contestation s’est révélée vaine ou quand ses meneurs ont dû faire des compromis (comme en Allemagne, en France et en Italie), les nouvelles façons de travailler et de vivre devinrent des éléments marginaux dans une société toujours féodale. Mais quand la contestation a été victorieuse (en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas), elle libéra ces nouvelles façons de travailler et de vivre de ces anciennes entraves et généralisa les formes bourgeoises de production.</p>



<p>La même relation s&rsquo;applique entre la lutte des ouvriers sous le capitalisme et les idées du socialisme révolutionnaire.</p>



<p>Au début, les ouvriers essaient de faire correspondre leurs expériences de la lutte contre certains aspects du capitalisme dans des cadres idéologiques hérités du passé. Ces cadres définissent la forme que prennent leurs luttes, d&rsquo;une façon que les luttes ne sont jamais un simple reflet des intérêts matériels. « La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_66');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_66');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_66" class="footnote_plugin_tooltip_text">66</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_66" class="footnote_tooltip">Karl Marx, <em>Le 18 brumaire de Louis Bonaparte</em>, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.pdf</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_66').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_66', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>», comme le dit Marx. Mais les tentatives d’interprétation de leurs nouvelles expériences à l’aune des vieux cadres idéologiques créent une tension au sein de ces anciens cadres, tension qui se résout seulement quand les gens changent ce cadre.</p>



<p>Comme le dit Antonio Gramsci :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« L&rsquo;homme de masse actif agit pratiquement, mais n&rsquo;a pas une claire conscience théorique de son action qui pourtant est une connaissance du monde, dans la mesure où il transforme le monde. Sa conscience théorique peut même être historiquement en opposition avec son action. On peut dire qu&rsquo;il a deux consciences théoriques (ou une conscience contradictoire) : l&rsquo;une qui est contenue implicitement dans son action et qui l&rsquo;unit réellement à tous ses collaborateurs dans la transformation pratique de la réalité, l&rsquo;autre superficiellement explicite ou verbale, qu&rsquo;il a héritée du passé et accueillie sans critique. Cette conception « verbale » n&rsquo;est toutefois pas sans conséquences : elle renoue les liens avec un groupe social déterminé, influe sur la conduite morale, sur l&rsquo;orientation de la volonté, d&rsquo;une façon plus ou moins énergique, qui peut atteindre un point où les contradictions de la conscience ne permettent aucune action&#8230; L&rsquo;unité de la théorie et de la pratique n&rsquo;est donc pas une donnée de fait mécanique, niais un devenir historique.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_67');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_67');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_67" class="footnote_plugin_tooltip_text">67</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_67" class="footnote_tooltip">Antonio Gramsci, <em>Cahiers de Prison</em>, <a href="https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/antiboukh1.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/antiboukh1.htm</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_67').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_67', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est ainsi que les chartistes des années 1830 et 1840 ont essayé de composer avec de nouvelles expériences à travers les anciennes notions radical-démocratiques. Cela créa toutes sortes de formulations idéologiques contradictoires. C&rsquo;est pourquoi certains de leurs orateurs et écrivains les plus populaires étaient des gens comme Bronterre O&rsquo;Brien, Julian Harvey et Ernest Jones qui commençaient à articuler les nouvelles expériences des gens dans des nouvelles formes, plus explicitement socialistes.</p>



<p>Le marxisme lui-même n&rsquo;est pas un ensemble d&rsquo;idées issues telles quelles de l&rsquo;esprit de Marx et d&rsquo;Engels et qui se sont imposées du mouvement ouvrier. L’expérience du jeune mouvement ouvrier avant 1848 était une condition nécessaire de l’analyse de Marx et d’Engels et donc de la naissance de cette théorie. Cette théorie a été d’autant mieux acceptée par les ouvriers qu’elle correspondait à ce qu’ils étaient déjà en train d’apprendre par les luttes. Et son adhésion a, en retour, nourri les luttes pour influer sur leur résultat.</p>



<p>La théorie ne reflète pas simplement l&rsquo;expérience des ouvriers sous le capitalisme ; elle généralise certains éléments de cette expérience (ceux de la lutte contre le capitalisme) en une conscience du système dans sa totalité. Ce faisant, elle donne de nouveaux enseignements sur la façon de mener la lutte et une détermination renouvelée à se battre.</p>



<p>La théorie se développe sur la base de la pratique, mais nourrit en retour la pratique pour influencer son efficacité.</p>



<p>Ce dernier point est important parce que la théorie n&rsquo;est pas toujours correcte. Historiquement, il y a eu des luttes ouvrières très importantes sous l&rsquo;influence de théories erronées :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le Proudhonisme et le Blanquisme en France dans la seconde moitié du 19ème siècle ; </li>



<li>Le Lassallianisme en Allemagne ;</li>



<li>Le Narodnisme et même l&rsquo;orthodoxie russe dans la Russie pré-1905 ;</li>



<li>Le Péronisme en Argentine ;</li>



<li>Le Catholicisme et le nationalisme en Pologne ;</li>



<li>et bien sûr, les jumeaux terribles, la Social-démocratie et le Stalinisme.</li>
</ul>



<p>Dans tous ces cas, les ouvriers ont mené la lutte sous l’influence de ces conceptions du monde « hybrides » &#8211; conceptions qui combinent une compréhension immédiate des besoins de la lutte des classes avec un ensemble plus général d&rsquo;idées acceptant des éléments-clés de la société existante. Un telle fausse compréhension de la société dans sa totalité mène à des bévues majeures &#8211; bévues qui ont mené encore et encore à la défaite.</p>



<p>Face à de telles confusions et de telles défaites, rien n&rsquo;est plus dangereux que de croire que les idées rattrapent inévitablement la réalité, que la victoire est assurée. Car cela mène invariablement à une minimisation de l&rsquo;importance de combiner la lutte pratique à la lutte idéologique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle du parti dans l&rsquo;histoire</h2>



<p>L’attitude inverse de la dévalorisation de la lutte idéologique est la tendance de certains académiciens socialistes à traiter la lutte idéologique de manière séparée des luttes pratiques. C&rsquo;est particulièrement le cas des réformistes de la défunte revue <em>Marxism today</em><strong> </strong>et de la gauche du parti travailliste.</p>



<p>Mais la lutte idéologique émane des luttes dans le monde de la pratique matérielle, où les idées ont leur racine, et culmine toujours dans la continuation de ces luttes matérielles. C&rsquo;était l&rsquo;activité quotidienne des artisans et des marchands sous le féodalisme qui donna naissance aux formulations religieuses hérétiques et protestantes. Et c&rsquo;est l&rsquo;activité beaucoup trop réelle des armées qui combattirent dans toute l&rsquo;Europe qui, en fin de compte, détermina le succès ou l&rsquo;échec de la nouvelle idéologie.</p>



<p>Les nouveaux idéalistes se réclament souvent d&rsquo;Antonio Gramsci, mais il insistait sur la connexion entre la lutte théorique et pratique :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Si le problème d&rsquo;identifier théorie et pratique se pose, il se pose dans ce sens : construire sur une pratique déterminée une théorie qui, en coïncidant avec les éléments décisifs de la pratique elle-même et en s&rsquo;identifiant avec eux accélérerait le processus historique en acte, en rendant la pratique plus homogène, plus cohérente, plus efficace dans tous les éléments, c&rsquo;est-à-dire en lui donnant la force maximum ; ou bien, étant donné une certaine position théorique , organiser l&rsquo;élément pratique indispensable pour sa mise en œuvre.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_68');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_68');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_68" class="footnote_plugin_tooltip_text">68</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_68" class="footnote_tooltip">Référence non trouvée.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_68').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_68', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Si vous voulez contester l&#8217;emprise idéologique du capitalisme aujourd&rsquo;hui, vous ne pouvez pas le faire à moins de vous rattacher aux gens que les luttes quotidiennes amènent à contester certains de ses préceptes. Et si vous voulez porter le défi jusqu&rsquo;au bout, vous devez comprendre que la lutte idéologique se transforme en une lutte pratique.</p>



<p>La transformation de la pratique à la théorie et de la théorie à la pratique n&rsquo;a pas lieu mécaniquement. « Une masse humaine ne se distingue pas et ne devient pas indépendante d’elle-même, sans s’organiser, et il n’y a pas d’organisation sans intellectuels, c’est-à-dire sans organisateurs et sans dirigeants&#8230; ».<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_69');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_69');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_69" class="footnote_plugin_tooltip_text">69</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_69" class="footnote_tooltip">Antonio Gramsci, <em>Guerre de mouvement et guerre de position</em>, Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan, p.114, ed. La Fabrique, 2011</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_69').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_69', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Une classe émergente développe un ensemble cohérent d&rsquo;idées dans la mesure où une polarisation a lieu en son sein, et où une minorité de cette classe, au départ, porte la contestation de l&rsquo;ancienne idéologie jusqu&rsquo;à sa conclusion logique.</p>



<p>A un certain stade de la lutte idéologique et pratique, cette minorité se cristallise sous la forme d&rsquo;un parti séparé (que le groupe ainsi formé se nomme ainsi ou pas). C&rsquo;est à travers la lutte de tels partis que le développement des forces productives et des rapports de production trouvent une expression dans de nouvelles idées, et que ces nouvelles idées sont utilisées pour mobiliser les individus dans le but de détruire l&rsquo;ancienne superstructure. Dans un fameux passage de <em>Que faire ?</em>, Lénine disait que les « idées politiques » viennent à la classe ouvrière de l&rsquo;extérieur. S&rsquo;il voulait dire par là que les ouvriers ne jouent aucun rôle dans l&rsquo;élaboration de la conception socialiste révolutionnaire, il avait tort<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_70');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_70');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_70" class="footnote_plugin_tooltip_text">70</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_70" class="footnote_tooltip">Comme il le reconnut lui-même plus tard. V.I. Lénine, <em>Oeuvres complètes</em>, vol. 6.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_70').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_70', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. S&rsquo;il voulait dire que l&rsquo;expérience pratique ne confère pas d&rsquo;idées socialistes aux ouvriers, il avait tort. Mais s&rsquo;il voulait souligner que les idées socialistes ne s’emparent pas de notre classe sans la décantation d&rsquo;une organisation socialiste distincte, construite à travers un long processus de lutte idéologique et pratique, il avait parfaitement raison.</p>



<p>Les fameux débats avec les matérialistes mécanistes portaient sur le « rôle de l&rsquo;individu dans l&rsquo;histoire »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_71');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_71');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_71" class="footnote_plugin_tooltip_text">71</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_71" class="footnote_tooltip">Georgi Plekhanov, <em>Le rôle de l&rsquo;individu dans l&rsquo;histoire</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_71').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_71', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mais ce n&rsquo;était pas l&rsquo;individu, c’était le parti qui s’affirma central pour les matérialistes non-mécanistes, non-volontaristes des années révolutionnaires post-1917.</p>



<p>Trotsky explique dans son chef-d&rsquo;oeuvre, <em>Histoire de la Révolution russe</em><strong>, </strong>que les révolutions se produisent précisément parce que la superstructure ne change pas mécaniquement à la suite des changements dans la base économique :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« C’est qu’en effet une société ne modifie pas ses institutions au fur et à mesure du besoin, comme un artisan renouvelle son outillage. Au contraire : pratiquement, la société considère les institutions qui la surplombent comme une chose à jamais établie. Durant des dizaines d’années, la critique d’opposition ne sert que de soupape au mécontentement des masses et elle est la condition de la stabilité du régime social.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_72');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_72');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_72" class="footnote_plugin_tooltip_text">72</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_72" class="footnote_tooltip">Léon Trotsky, <em>Histoire de la révolution russe</em>, préface du tome 1, éd. du Seuil, 1995, p.34</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_72').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_72', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Les changements radicaux qui se produisent au cours d’une révolution sont provoqués, en réalité, non point par les ébranlements épisodiques de l’économie ». « Mais ce serait une très grossière erreur de penser que la deuxième révolution s’est accomplie, huit mois après la première, parce que la ration de pain avait été diminuée pendant ce temps, passant d’une livre et demie à trois quart de livre. » Expliquer les choses en ces termes « dévoile au mieux l’inconsistance d’une explication vulgairement économique de l’histoire que l’on fait assez fréquemment passer pour du marxisme<sup> </sup>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_73');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_73');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_73" class="footnote_plugin_tooltip_text">73</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_73" class="footnote_tooltip">Ibid. Préface du volume 2, p.10. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_73').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_73', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Ce qui devient décisif sont « de rapides, intensives et passionnées conversions psychologiques des classes constituées avant la révolution »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_74');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_74');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_74" class="footnote_plugin_tooltip_text">74</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_74" class="footnote_tooltip">Ibid. Préface du volume 1, p.34. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_74').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_74', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. « N’oublions pas que les révolutions sont accomplies par des hommes, fût-ce par des anonymes. Le matérialisme n’ignore pas l’homme sentant, pensant et agissant, mais l’explique.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_75');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_75');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_75" class="footnote_plugin_tooltip_text">75</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_75" class="footnote_tooltip">Ibid. Préface du volume 2, p.11. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_75').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_75', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Les partis font partie intégrante du processus révolutionnaire :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Ils constituent un élément non autonome, mais très important du processus. Sans organisation dirigeante, l’énergie des masses se volatiliserait comme de la vapeur non enfermée dans un cylindre à piston. Cependant le mouvement ne vient ni du cylindre ni du piston, mais de la vapeur.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_76');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_76');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_76" class="footnote_plugin_tooltip_text">76</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_76" class="footnote_tooltip">Ibid. Préface du volume 1, p.35. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_76').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_76', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Mais les partis impliquent toujours un élément subjectif que les forces économiques et les formations de classes n&rsquo;expriment pas. Les partis doivent être organisés autour de certains postulats idéologiques qui requièrent l&rsquo;effort, l&rsquo;activité et les discussions d&rsquo;individus.</p>



<p>En Russie en 1917, les contradictions de la réalité matérielle ne pouvait être résolue sans la prise de pouvoir par la classe ouvrière. Mais la classe ouvrière ne pouvait devenir consciente de cette nécessité sans qu&rsquo;une minorité de la classe se départisse des idées de la majorité. Il y avait besoin d&rsquo;une « rupture de l’avant-garde prolétarienne avec le bloc petit-bourgeois »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_77');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_77');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_77" class="footnote_plugin_tooltip_text">77</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_77" class="footnote_tooltip">Ibid. Volume 1, p. 365. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_77').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_77', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Beaucoup d&rsquo;ouvriers commençaient à effectuer cette rupture sous la pression des événements. Mais au début ils furent empêchés de consommer cette rupture du fait de leurs propres idées confuses : « ils ne savaient comment parer aux arguments sur le caractère bourgeois de la révolution et les dangers d’un isolement du prolétariat »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_78');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_78');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_78" class="footnote_plugin_tooltip_text">78</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_78" class="footnote_tooltip">Ibid. Volume 1, p. 333</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_78').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_78', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. « La dictature du prolétariat découlait de toute la situation. Mais encore fallait-il l’ériger. On ne pouvait l’instaurer sans un parti.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_79');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_79');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_79" class="footnote_plugin_tooltip_text">79</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_79" class="footnote_tooltip">Ibid. Volume 1, pp. 374-375</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_79').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_79', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Le fait que le matériel humain pour la construction d’un parti existait avant 1917 était un résultat du développement historique objectif. Mais ces développements devaient trouver leur expression dans l&rsquo;activité et les idées des individus. Et une fois que la révolution commença, l&rsquo;activité du parti n&rsquo;était pas un reflet aveugle de la réalité. C&rsquo;est vrai, « le parti ne pouvait accomplir sa mission qu’après l’avoir comprise »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_80');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_80');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_80" class="footnote_plugin_tooltip_text">80</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_80" class="footnote_tooltip">Ibid. Volume 1, p. 375. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_80').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_80', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, mais cela dépendait de la capacité de différents individus d&rsquo;articuler des idées sur la situation objective et d’y gagner des nouveaux membres.</p>



<p>C&rsquo;est ici que, pour Trotsky, un individu, Lénine, a joué un rôle inégalé. Il était « indispensable » pour que le parti comprenne les événements et agisse efficacement. « Jusqu’à son arrivée, pas un des leaders bolchéviks ne sut établir le diagnostic de la Révolution.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_81');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_81');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_81" class="footnote_plugin_tooltip_text">81</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_81" class="footnote_tooltip">Ibid, Volume 1, p. 375.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_81').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_81', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Il n&rsquo;était pas un « démiurge du processus révolutionnaire », qui agissait tel un élément arbitraire extérieur. « Il s’inséra seulement dans la chaîne des forces historiques objectives. Mais, dans cette chaîne, il fut un grand anneau.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_82');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_82');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_82" class="footnote_plugin_tooltip_text">82</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_82" class="footnote_tooltip">Ibid, Volume 1, p. 374.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_82').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_82', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> » Beaucoup d&rsquo;ouvriers commençaient à tâtons à comprendre ce qui devait être fait sans Lénine. Mais leurs tâtonnements devaient être généralisés, pour faire partie d&rsquo;une nouvelle conception totale de la révolution. « Il n’imposait pas son plan aux masses. Il aidait les masses à concevoir et à réaliser leurs propres plans.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_83');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_83');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_83" class="footnote_plugin_tooltip_text">83</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_83" class="footnote_tooltip">Ibid, Volume 1, p. 371.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_83').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_83', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>



<p>Les débats auraient eu lieu sans lui. Mais il n&rsquo;y a aucune garantie qu&rsquo;ils auraient été résolus dans un sens qui aurait permis au parti d&rsquo;agir de manière décisive :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Une lutte intérieure dans le parti bolchévik était absolument inévitable. L’arrivée de Lénine accéléra seulement le processus. Son influence personnelle abrégea la crise. Peut-on, cependant, dire avec assurance que le parti, même sans lui, aurait trouvé sa voie ? Nous n’oserions l’affirmer en aucun cas. Le temps est ici le facteur décisif, et, après coup, il est difficile de consulter l’horloge de l’histoire. Le matérialisme dialectique n’a, en tout cas, rien de commun avec le fatalisme. La crise que devait inévitablement provoquer la direction opportuniste aurait pris, sans Lénine, un caractère exceptionnellement aigu et prolongé. Or, les conditions de la guerre et de la révolution ne laissaient pas au parti un long délai pour l’accomplissement de sa mission. Ainsi, il n’est nullement inadmissible de penser que le parti désorienté et scindé eût pu laisser échapper la situation révolutionnaire pour de nombreuses années.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_84');" onkeypress="footnote_moveToReference_5173_6('footnote_plugin_reference_5173_6_84');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5173_6_84" class="footnote_plugin_tooltip_text">84</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_84" class="footnote_tooltip">Ibid, Volume 1, p. 375.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5173_6_84').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5173_6_84', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> »</p>
</blockquote>



<p>Les individus ont un rôle à jouer dans l&rsquo;histoire, mais uniquement dans la mesure où l&rsquo;individu fait partie du processus par lequel un parti permet à la classe de devenir consciente d&rsquo;elle-même.</p>



<p>Une personnalité individuelle est un produit de l&rsquo;histoire objective (expérience des rapports de classe de la société dans laquelle il ou elle grandit, tentatives de rébellion antérieures, culture prévalente, etc.) Mais si il ou elle joue un rôle dans la façon dont une section de la classe devient consciente d&rsquo;elle-même et s&rsquo;organise en tant que parti, il ou elle nourrit le processus historique en retour, devenant ainsi un « maillon de la chaîne historique ».</p>



<p>Pour les révolutionnaires, nier cela revient à tomber dans un fatalisme qui ignore les responsabilités quant à l&rsquo;issue du conflit. C&rsquo;est tout aussi dangereux que l&rsquo;erreur opposée consistant à croire que l&rsquo;activité des révolutionnaires est la seule activité qui compte.</p>



<p>Ce point est tout aussi crucial aujourd&rsquo;hui. Sous le capitalisme moderne, il y a des pressions continues sur les marxistes révolutionnaires pour succomber aux pressions du matérialisme mécaniste d&rsquo;un côté ou de l&rsquo;idéalisme volontariste de l&rsquo;autre.</p>



<p>Le matérialisme mécaniste correspond au style des bureaucraties du parti travailliste. Leurs positions reposent sur la lente accrétion d&rsquo;influence au sein de la société existante. Ils croient que le futur sera toujours un résultat d&rsquo;une croissance organique et graduelle du présent, sans les sauts et les bonds dus aux changements qualitatifs. C&rsquo;est pourquoi le marxisme qui leur est adapté (tel celui de l&rsquo;ancienne tendance Militant ou l&rsquo;aile pro-russe de l&rsquo;ancien parti communiste) tend à s’identifier au marxisme de Kautsky.</p>



<p>Le volontarisme du nouvel idéalisme correspond aux aspirations de la nouvelle classe moyenne et des intellectuels réformistes. Ils vivent des vies coupées du processus réel de production et d&rsquo;exploitation et croient facilement que la conviction idéologique et le dévouement suffisent pour éliminer les spectres de la crise, de la famine et de la guerre.</p>



<p>Le marxisme révolutionnaire ne peut survivre à ses pressions seulement s&rsquo;il parvient à rassembler les minorités en lutte dans des partis. Ceux-ci ne peuvent sauter en-dehors de l&rsquo;histoire matérielle, mais les contradictions de l&rsquo;histoire ne peuvent être résolues sans leur propre activité consciente.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Chris Harman</h4>



<h5 class="wp-block-heading">Été 1986</h5>



<p><em>Traduit de l&rsquo;anglais par Gabriel Cardoen</em></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5173_6();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5173_6();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_5173_6">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_5173_6" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Train avec lequel Lénine traversa l&rsquo;Allemagne du sud au nord pour rejoindre la Russie après le début de la révolution.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615g.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615g.htm</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/archive/kautsky/1903/economic/ch20.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/kautsky/1903/economic/ch20.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/deutsch/archiv/kautsky/1895/vorl/index.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/deutsch/archiv/kautsky/1895/vorl/index.html</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/archive/kautsky/1906/ethics/index.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/kautsky/1906/ethics/index.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme la plupart des matérialistes mécaniques, Kautsky ne pouvait suivre rigidement sa propre méthode. A certains moments, il suggère que l&rsquo;activité humaine a un rôle important à jouer, comme lorsqu&rsquo;il suggère dans son introduction au programme d&rsquo;Erfurt qu&rsquo;à moins que « la société se débarrasse du fardeau » du « système de propriété privée des moyens de production » de la façon dont la « loi évolutive » décrète, le système « jettera la société dans les abysses ». &nbsp;<a href="https://rowlandpasaribu.files.wordpress.com/2013/09/karl-kautsky-the-class-struggle.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://rowlandpasaribu.files.wordpress.com/2013/09/karl-kautsky-the-class-struggle.pdf</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1898/xx/individual.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1898/xx/individual.html</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Traduction de la version anglaise trouvée ici : <a href="https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1907/fundamental-problems.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1907/fundamental-problems.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1898/xx/individual.html</span></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Il s’agit en fait d’une lettre à Borgius. Cette lettre a été publiée pour la première fois sans mention du destinataire dans le journal Der sozialistische Akademiker N° 20, 1895, par son collaborateur H. Starkenburg. De ce fait Starkenburg a été identifié à tort comme le destinataire dans les éditions précédentes – Note des éditions du progrès, 1968</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1894/01/18940125.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1894/01/18940125.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1890/09/18900921.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1890/09/18900921.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir, par exemple, la polémique vigoureuse de E.P. Thompson contre les Althussériens dans <em>Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme anti-humaniste</em>, Paris, 2015.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_17" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_17');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Dans <em>New Left Review</em>, N.3, mai 1960</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_18" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_18');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme anti-humaniste</em>,<strong> </strong>Paris, 2015</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_19" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_19');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>19</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir, par exemple, son essai <em>Rethinking Chartism</em>, dans Language of Class, Cambridge, 1983.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_20" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_20');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>20</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir par exemple, la remarque de Norah Carlin pour qui « la distinction entre base et superstructure est trompeuse plus souvent qu&rsquo;elle n&rsquo;est utile », dans <em>Is family part of the superstructure ? </em>Dans <em>International Socialism</em> vol. 26<strong> </strong>; ainsi que la suggestion d&rsquo;Alex Callinicos selon laquelle la méthode marxiste implique de « commencer avec les rapports de production et de les traiter eux, et non les forces productives, comme indépendants », dans <em>Marxism and Philosophy</em><strong>, </strong>Londres 1983.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_21" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_21');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>21</a></th> <td class="footnote_plugin_text">G.A. Cohen, <em>Karl Marx’s Theory of History: a Defence</em>, Oxford 1978.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_22" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_22');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>22</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir A. Labriola, <em>Essai sur la conception matérialiste de l&rsquo;histoire </em>et <em>Socialisme et philosophie</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_23" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_23');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>23</a></th> <td class="footnote_plugin_text">V.I. Lénine, Œuvres complètes</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_24" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_24');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>24</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir la critique de la position de Trotsky par Isaac Deutscher, <em>Le prophète hors-la-loi</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_25" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_25');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>25</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, pp. 24-25, 38-39, éditions sociales, 1969. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_26" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_26');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>26</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid., p.25.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_27" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_27');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>27</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Labriola, op. cit.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_28" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_28');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>28</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, p.25, éditions sociales, 1969</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_29" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_29');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>29</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid., p.26</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_30" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_30');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>30</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid., p.34. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_31" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_31');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>31</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://inventin.lautre.net/livres/MARX-Theories-sur-la-plus-value-T1.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://inventin.lautre.net/livres/MARX-Theories-sur-la-plus-value-T1.pdf</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_32" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_32');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>32</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste : <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_33" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_33');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>33</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité précédemment dans la lettre à Bloch</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_34" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_34');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>34</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, <em>Misère de la philosophie</em>, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_35" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_35');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>35</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_36" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_36');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>36</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>Manifeste du Parti Communiste</em> : <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_37" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_37');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>37</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_38" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_38');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>38</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour un excellent rapport sur comment les civilisations successives de l&rsquo;âge de bronze sombrèrent dans l&rsquo;âge des ténèbres, voir V. Gordon Childe, <em>What happened in history</em><strong>, </strong>Harmondsworth 1948. Pour la régression en Amazonie, voir C. Levi Strauss, « La notion d&rsquo;archaïsme en ethnologie »<em> </em>dans <em>Anthropologie structurale</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_39" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_39');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>39</a></th> <td class="footnote_plugin_text"></em>Karl Marx, Le Capital,vol. 1, chapitre XIV, p. 428, édition Gallimard, 2014</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_40" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_40');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>40</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, L&rsquo;idéologie allemande, p. 132, éditions sociales, 1969</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_41" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_41');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>41</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C&rsquo;est la remarque que fait Georg Lukàcs dans <em>Histoire et conscience de classe</em>. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_42" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_42');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>42</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir le bref aperçu de ce processus chez Lindsey German, <em>Theories of Patriarchy </em>: <a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/german/198" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/history/etol/writers/german/198</span></a>1/xx/patriarchy.htm</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_43" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_43');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>43</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C&rsquo;est ce que font certain.es théoricien.nes du patriarcat, ainsi que Norah Carlin dans <em>Is the family part of the Superstructure ? </em>: <a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/carlin/1985/xx/family.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/history/etol/writers/carlin/1985/xx/family.html</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_44" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_44');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>44</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Norah Carlin donne beaucoup d&rsquo;attention à ces changements, mais ne considère pas d&rsquo;où ils viennent. Son refus de prendre au sérieux les catégories de base et de superstructure l&#8217;empêchent de procéder de la sorte.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_45" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_45');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>45</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C&rsquo;est l&rsquo;argument de Simon Clarke, dans <em>One dimensional Marxism</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_46" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_46');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>46</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Simon Clarke finit par essayer de se rattacher à de telles contradictions en parlant de « la mesure dans laquelle toute relation sociale est subsumée sous les rapports capitalistes ». La formulation est beaucoup plus lourde que les notions de base et superstructure de Marx et ne permet pas facilement de distinguer les contradictions de l&rsquo;économie capitaliste et les autres éléments de contradiction qui émergent dans l&rsquo;histoire concrète du système. Tous les conflits produits par le système sont vus comme étant de même importance. Politiquement, cela mène à un volontarisme très proche de celui du post-Althuserianisme.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_47" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_47');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>47</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>Manifeste du Parti Communiste</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_48" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_48');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>48</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour un développement plus complet de ces idées, voir Chris Harman, <em>Explaining the Crisis </em><a href="https://www.marxists.org/archive/harman/1984/explain/index.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/harman/1984/explain/index.html</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_49" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_49');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>49</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, L&rsquo;idéologie allemande, pp. 35-36, éditions sociales, 1969.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_50" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_50');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>50</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. p. 36 </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_51" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_51');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>51</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. p. 43</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_52" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_52');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>52</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. pp. 43-44</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_53" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_53');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>53</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Citation traduite de la version anglaise trouvée ici : <a href="https://www.marxists.org/archive/marx/works/download/Marx_The_German_Ideology.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/marx/works/download/Marx_The_German_Ideology.pdf</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_54" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_54');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>54</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Annexes, p. 137</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_55" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_55');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>55</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Annexes, p. 138</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_56" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_56');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>56</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_57" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_57');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>57</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La distinction entre différentes formes de conscience était l&rsquo;un des fruits de la philosophie allemande, et peut être trouvée dans la <em>Phénoménologie de l&rsquo;Esprit</em><strong> </strong>de Hegel. Marx, bien sûr, donne une signification différente qu&rsquo;Hegel à cette distinction. Le problème de comment c&rsquo;est possible d&rsquo;arriver à une conscience vraie générale à partir de la conscience « immédiate » est la problématique de l&rsquo;essai philosophique majeur de Lukàcs dans <em>La réification et la conscience du prolétariat </em>dans <em>Histoire et conscience de classe</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_58" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_58');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>58</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Extrait du chapitre 3, non publié de <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, traduit par le traducteur</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_59" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_59');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>59</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_60" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_60');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>60</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, Friedrich Engels, <em>L&rsquo;idéologie allemande</em>, Annexes, p. 141, éditions sociales, 1969</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_61" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_61');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>61</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour une comparaison entre Marx et Wittgenstein, voir A. MacIntyre, « Breaking the chains of reason<em> » </em>chez E.P Thompson, <em>Out of apathy</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_62" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_62');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>62</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ici, j&rsquo;utilise historicisme au sens traditionnel d&rsquo;un relativisme qui affirme qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de critère général de vérité ou de fausseté, mais que l&rsquo;exactitude des idées dépend de la situation historique concrète dans laquelle elles sont mises en avant. C&rsquo;est, par exemple, le sens qu&rsquo;en fait Gramsci. A ne pas confondre avec son usage par Karl Popper dans <em>La pauvreté de l&rsquo;historicisme</em><strong> </strong>en tant que terme abusif qui se réfère virtuellement avec toute explication générale de l&rsquo;histoire.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_63" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_63');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>63</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Deuxième partie du livre 4 du <em>Capital</em>, non traduit en français: <a href="https://www.marxists.org/archive/marx/works/1863/theories-surplus-value/ch10.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/archive/marx/works/1863/theories-surplus-value/ch10.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_64" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_64');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>64</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_65" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_65');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>65</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_66" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_66');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>66</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Karl Marx, <em>Le 18 brumaire de Louis Bonaparte</em>, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.pdf</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_67" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_67');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>67</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antonio Gramsci, <em>Cahiers de Prison</em>, <a href="https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/antiboukh1.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/antiboukh1.htm</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_68" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_68');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>68</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Référence non trouvée.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_69" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_69');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>69</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antonio Gramsci, <em>Guerre de mouvement et guerre de position</em>, Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan, p.114, ed. La Fabrique, 2011</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_70" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_70');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>70</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme il le reconnut lui-même plus tard. V.I. Lénine, <em>Oeuvres complètes</em>, vol. 6.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_71" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_71');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>71</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Georgi Plekhanov, <em>Le rôle de l&rsquo;individu dans l&rsquo;histoire</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_72" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_72');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>72</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Léon Trotsky, <em>Histoire de la révolution russe</em>, préface du tome 1, éd. du Seuil, 1995, p.34</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_73" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_73');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>73</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Préface du volume 2, p.10. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_74" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_74');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>74</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Préface du volume 1, p.34. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_75" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_75');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>75</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Préface du volume 2, p.11. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_76" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_76');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>76</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Préface du volume 1, p.35. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_77" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_77');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>77</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Volume 1, p. 365. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_78" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_78');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>78</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Volume 1, p. 333</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_79" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_79');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>79</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Volume 1, pp. 374-375</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_80" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_80');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>80</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. Volume 1, p. 375. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_81" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_81');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>81</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid, Volume 1, p. 375.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_82" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_82');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>82</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid, Volume 1, p. 374.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_83" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_83');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>83</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid, Volume 1, p. 371.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5173_6_84" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5173_6('footnote_plugin_tooltip_5173_6_84');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>84</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid, Volume 1, p. 375.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_5173_6() { jQuery('#footnote_references_container_5173_6').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5173_6').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_5173_6() { jQuery('#footnote_references_container_5173_6').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5173_6').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_5173_6() { if (jQuery('#footnote_references_container_5173_6').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_5173_6(); } else { footnote_collapse_reference_container_5173_6(); } } function footnote_moveToReference_5173_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5173_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_5173_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5173_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/base-et-superstructure/">Base et superstructure</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Oh ! Une revue d’a2c, trop bien !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/a2c/premiere-revue-a2c/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Kim]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Jan 2022 22:34:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">C&#8217;est la première, imprimée juste pour le premier weekend d&#8217;Autonomie de Classe (a2c) de 2022 ! Ça fait plus d&#8217;un an qu&#8217;on en parle, qu&#8217;on tâtonne, qu&#8217;on se creuse la tête, qu&#8217;on a trop les <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/a2c/premiere-revue-a2c/" title="Oh ! Une revue d’a2c, trop bien !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>C&rsquo;est la première, imprimée juste pour le premier weekend d&rsquo;Autonomie de Classe (a2c) de 2022 ! Ça fait plus d&rsquo;un an qu&rsquo;on en parle, qu&rsquo;on tâtonne, qu&rsquo;on se creuse la tête, qu&rsquo;on a trop les mains dans le cambouis du mouvement pour la finir. Et là, pof, un coup d&rsquo;accélérateur du nouveau groupe de coordination et ça part ! Pour les personnes qui viennent au <a href="https://www.facebook.com/events/494037678667209/?__cft__[0]=AZWWhH2FNv3Y8MHrGYkTMzIU0ytnAYTdsBYDTzzysRxnQiZbXktaZR0MT0BS-p3NDh4Tigp73PPgq8uIF8y4nCoSvpOIO6lHYDfjd1OMEdjXGe5oTMLX2J3Jj1vD4vxbYMWsyps_nZAfcDlv7sMHJC3eZzDShYGlaFqy1hkipnFaGPgwoBLHF3gy-a2ZsSVw1CY&amp;__tn__=-UK-R">Weekend de formation et de débats #33</a> vous pourrez en récupérer. Sinon, vous pouvez envoyer un mail à a2c@riseup.net pour en commander. Vous pouvez en trouver à <strong>Marseille, Rennes, Toulouse, Montreuil, Bobigny, et Paris</strong> si vous souhaitez en récupérer de la main à la main. Tous les articles seront publiés intégralement sur le site petit à petit, mais nous pensons que le format papier reste important. On vous explique pourquoi après avoir présenté le sommaire. </p>



<p>Ces <em>Cahiers d&rsquo;Autonomie de Classe</em> sont à prix libre &#8211; c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;on donne ce qu&rsquo;on peut et ce qu&rsquo;on veut, avec un coup de revient de l&rsquo;impression de 2€.</p>



<p>Dans ce premier numéro : </p>



<p><img decoding="async" alt="☕" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/t91/1/16/2615.png" width="16" height="16"> En 2022, plus que jamais, une stratégie, l&rsquo;autonomie de classe. Cet édito reprend globalement pas mal d&rsquo;idées d&rsquo;a2c et donne le ton pour celleux qui ne connaissent pas encore <img decoding="async" alt="😉" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/t57/1/16/1f609.png" width="16" height="16"></p>



<p>🍎 Est-ce la mort du néolibéralisme ? Un article à propos des différentes tendances des économies capitalistes dans différents pays durant la pandémie : renforcement du rôle l&rsquo;État sur le long terme ou juste pour sauver les riches le temps que la crise fasse effet ?</p>



<p><img decoding="async" alt="🥐" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/tac/1/16/1f950.png" width="16" height="16"> La longue marche des sans papiers vers la liberté : retour d&rsquo;expérience sur l&rsquo;organisation de la Marche Nationale des Sans-Papiers en 2020</p>



<p>🌮 Entre les lignes : pour une position révolutionnaire à l&rsquo;égard du Hamas.</p>



<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="🥝" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/te0/1/16/1f95d.png" width="16" height="16"> Base et superstructure (été 1986), un texte de Chris Harman, militant anglais notamment connu pour son texte « Le Prophète et le Prolétariat ».</p>



<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="🧅" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/tc3/1/16/1f9c5.png" width="16" height="16"> Révolution espagnole : front républicain ou révolution sociale ? Un petit article historique issu d&rsquo;un exposé oral présenté lors d&rsquo;un weekend de formation.</p>



<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="🍭" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/tf9/1/16/1f36d.png" width="16" height="16"> Une histoire politique des <em>sound system</em> (1er épisode), a été imaginé après les multiples répressions de <em>rave party</em> et de soirées ces derniers mois. L&rsquo;article aborde le contexte politique de la naissance de cette culture en Jamaïque.</p>



<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="🫖" src="https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/tb/1/16/1fad6.png" width="16" height="16"> Un petit « qui sommes-nous ? » pour finir, ou pour commencer, par des éléments pratiques sur a2c.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="82796b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #82796b;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/01/REVUE-01-Daniela-768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-5080 not-transparent"/><figcaption>Militante revenant joyeusement dans sa ville après un weekend de formations et de débats enthousiasmants  </figcaption></figure>



<p>Auparavant, nous avions eu l&rsquo;occasion de publier 15 « bulletins » de 8 pages. Et puis nous avons été contraint·es par le nombre de pages, le nombre de signes, et nous allions parfois trop vite dans l&rsquo;argumentation théorique ou dans l&rsquo;explication des processus de grèves, de mobilisations. Ce qui nous menaient à prendre parfois des raccourcis qui ne nous aidaient pas. </p>



<p>Cette revue, elle se veut non académique, pas à l&rsquo;attention des seul·es penseurs et penseuses du mouvement, mais plutôt à l&rsquo;attention des personnes qui pensent depuis le mouvement, qui se creusent la tête pour augmenter le niveau du rapport de force en faveur de notre classe. On aimerait dans l&rsquo;idéal que les personnes qui lisent cette revue, en tout ou en partie, membres d&rsquo;a2c ou non, fassent des retours de la manière qu&rsquo;iels souhaitent. Commentaires dans la marge, mail, article, coup de gueule, encouragement, photo, référence de livre ou de film&#8230; </p>



<p>On sait que cet outil est imprimé et peut donc être impressionnant, mais on pense qu&rsquo;il faut réussir à désacraliser l&rsquo;écriture et la lecture, et les écrits. Permettre de gribouiller, raturer, entourer, interroger : tout ce qui est dit dans cette revue n&rsquo;est pas parfait, n&rsquo;est pas pure vérité, sinon on ne ferait pas cette revue. </p>



<p>Alors, on pense qu&rsquo;en plus des weekends de formation et de discussions, en plus du site internet, en plus des échanges en face à face et à distance, à 2 ou à 20, nous devons écrire au format papier pour faciliter le débat, diffuser de la main à la main, proposer des lectures collectives&#8230; Et se rencontrer dans le réel.</p>
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		<title>[Audio] Économie politique : où est la classe ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/economie-politique-ou-est-la-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jan 2022 19:41:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=5067</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Introduction vulgarisée de la théorie exposée dans Capital de Marx, ce topo s&#8217;inscrit dans la continuité d&#8217;autres travaux et cycles de lecture d&#8217;A2C de cet ouvrage. L&#8217;objectif de cette introduction est de permettre aux plus <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/economie-politique-ou-est-la-classe/" title="[Audio] Économie politique : où est la classe ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Introduction vulgarisée de la théorie exposée dans Capital de Marx, ce topo s&rsquo;inscrit dans la continuité d&rsquo;autres travaux et cycles de lecture d&rsquo;A2C de cet ouvrage. L&rsquo;objectif de cette introduction est de permettre aux plus novices d&rsquo;avoir des principes de bases pour pouvoir appréhender plus facilement d&rsquo;autres articles déjà publiés par A2C qui font appel à des notions qui ne sont pas forcément évidentes.<br></p>



<p>Ce topo de 30 minutes propose une sorte de balisage, et va rapidement de notions en notions pour pouvoir expliquer le passage de l&rsquo;exploitation de la force du travail (le rapport « pur » travailleur.e/patron, tel qu&rsquo;il est présenté dans les premiers chapitres du livre 1 du Capital) à l&rsquo;économie dans son ensemble.<br>Il revient sur la méthode d&rsquo;analyse de l&rsquo;économie politique et essaye d&rsquo;expliquer pourquoi Marx ne parle de marché, de banques, de circuits financiers, de rente foncière etc, que dans le Volume 3 du capital,  pourquoi il parle de circulation des marchandises dans le Volume 2 et pourquoi le Volume 1 est dédié à l&rsquo;exploitation de la force de travail dans des conditions quasi-idéales, de laboratoire.<br>Cette intro se veut un passage du simple au plus complexe, en partant de la toute base de l&rsquo;économie politique : avant de toucher une rente ou des intérêts, il faut vendre des marchandises, et avant de vendre ces marchandises, il faut bien les produire quelque part.</p>



<p>Pour écouter sur Spotify, même sans compte :</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Spotify Embed: Économie politique : où est la classe ?" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/54ICencu62WSz8xq4q3Rq4?si=hDe6wETXQPCAxuY5xcenZw&#038;utm_source=oembed"></iframe>
</div></figure>



<p>Pour écouter sur Apple Podcast :</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/%C3%A9conomie-politique-o%C3%B9-est-la-classe/id1832574436?i=1000721668853"><img data-dominant-color="dcd6dc" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="291" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-1100x291.webp" alt="" class="wp-image-9811 not-transparent" style="--dominant-color: #dcd6dc; width:302px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-1100x291.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-300x79.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-768x203.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-1320x349.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr.webp 1632w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></a></figure>



<p>Pour écouter en restant sur le site d&rsquo;A2C :</p>



<figure class="wp-block-audio"><audio controls src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/01/Topo-finance-Jad.mp3"></audio><figcaption class="wp-element-caption">par Jad, dans le cadre du week-end #32 du 6 et 7 novembre 2021</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Autres articles pour aller plus loin :</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li>Retour de la crise ? (1/2) : article de Fatoumata, publié en janvier 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise%e2%80%89-1-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise%e2%80%89-1-2/</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Retour de la crise ? (2/2) : article de Vanina, publié en mars 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise-2-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise-2-2/</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>État et Capital à l’heure du coronavirus : Enregistrement audio de Cédric, publié en mai 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/etat-capital-et-coronavirus">https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/etat-capital-et-coronavirus</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Extraction de la survaleur; qu’est-ce que l’exploitation ? Enregistrement audio de Jad, publié en juillet 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/crises-et-interventions-de-letat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/crises-et-interventions-de-letat/</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Pour aller plus loin : « Ca-pi-tal ! Introduction à l&rsquo;économie politique de Marx » un livre de Ben Fine et Alfredo Saad-Filho<a href="https://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/2018/03/9782912107640-1.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> https://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/2018/03/9782912107640-1.pdf</a></li>
</ul>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/economie-politique-ou-est-la-classe/">[Audio] Économie politique : où est la classe ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		<enclosure url="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/01/Topo-finance-Jad.mp3" length="30151483" type="audio/mpeg" />

			</item>
		<item>
		<title>Weekend formations débats #32 · a2c</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/weekend-a2c-32/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Nov 2021 22:19:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discussions débats formations]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Formation]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Weekend]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">🔴 LE PROGRAMME DU 32E WEEKEND DE FORMATIONS ET DÉBATS DE A2C Ce weekend encore un beau programme en perspective&#8230;Vous pouvez le retrouver ci-dessous et sur Facebook par ici : https://www.facebook.com/events/646909532944138?ref=newsfeed 🔥 Le prochain weekend <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/weekend-a2c-32/" title="Weekend formations débats #32 · a2c">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-normal-font-size"><strong>🔴 LE PROGRAMME DU 32E WEEKEND DE FORMATIONS ET DÉBATS DE A2C</strong><br><br>Ce weekend encore un beau programme en perspective&#8230;<br>Vous pouvez le retrouver ci-dessous et sur Facebook par ici : https://www.facebook.com/events/646909532944138?ref=newsfeed<br><br>🔥 Le prochain weekend de réflexion politique, de rencontres, de débats d&rsquo;a2c se tiendra le weekend du 6 et 7 novembre, à Paris dans le XXe arrondissement. <br><br>🌿 Il est ouvert, n&rsquo;hésitez pas à nous envoyer un message en privé ou à a2c@riseup.net<br><br>🍉 Participation libre aux frais pour les repas et le lieu. </p>



<p class="has-normal-font-size"><br># LE PROGRAMME #<br><br>Ce weekend encore un beau programme en perspective&#8230;<br><br>🌺 SAMEDI<br><br>9h15 : Accueil, petit déjeuner et présentation d&rsquo;A2C.<br><br>10h : Discussion sur la situation politique, avec une introduction proposée par un camarade militant syndicaliste du XXe arrondissement <br><br>12h : repas partagé à prix libre selon les moyens<br><br>14h : Organisation interne d&rsquo;A2C, coordination, revue, écriture d&rsquo;articles, propositions pour avancer, propositions de formations du prochain weekend&#8230;<br><br>15h30 : pause<br><br>16h : Économie politique : où est la classe ? Comment comprendre le lien<br>entre les milliards qui dansent et l&rsquo;exploitation du travail ?<br><br>18h : fin et apéro !<br><br>🌿 DIMANCHE<br><br>9h15 : Petit déjeuner et rigolades<br><br>10h : /Cycle sur le féminisme #2/ Impérialisme et féminisme : quels sont les liens des puissances capitalistes dominantes avec le féminisme ou avec les droits des femmes ?<br><br>12h30 : repas<br><br>14h30 : Nature en ville et ségrégation spatiale, comment créer des<br>espaces de l&rsquo;espoir anticapitalistes ?<br><br>16h30 : Dernières tâches à se répartir avant le prochain weekend.<br><br>17h : Rangement et fin.<br><br>Hâte de vous voir tous et toutes ! <br>Prenez bien soin de vous d&rsquo;ici là !</p>
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		<title>Coronavirus, Capitalisme &#038; Crise économique : Joseph Choonara  &#038; Michael Roberts</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/videos/coronavirus-capitalisme-crise-economique-video/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Apr 2020 20:11:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[covid]]></category>
		<category><![CDATA[Crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Enregistrement d&#8217;un débat en live le 29 mars 2020 avec : MICHAEL ROBERTS, auteur notamment de The Long Depression. Marxism and the Global Crisis of Capitalism et animateur du blog TheNextRecession. JOSEPH CHOONARA, auteur de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/videos/coronavirus-capitalisme-crise-economique-video/" title="Coronavirus, Capitalisme &#038; Crise économique : Joseph Choonara  &#038; Michael Roberts">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Enregistrement d&rsquo;un débat en live le 29 mars 2020 avec : </p>



<ul class="wp-block-list"><li><strong>MICHAEL ROBERTS</strong>, auteur notamment de <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.haymarketbooks.org/books/693-the-long-depression" target="_blank">The Long Depression. Marxism and the Global Crisis of Capitalism</a> et animateur du blog <a rel="noreferrer noopener" href="https://thenextrecession.wordpress.com/" target="_blank">TheNextRecession</a>.<br><br></li><li><strong>JOSEPH CHOONARA</strong>, auteur de <a rel="noreferrer noopener" href="https://bookmarksbookshop.co.uk/view/44619/Unravelling+Capitalism+A+Guide+to+Marxist+Political+Economy" target="_blank">Unravelling Capitalism: A Guide to Marxism Political Economy</a> et dont nous avons traduit les articles <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/le-socialisme-en-temps-de-pandemie/" target="_blank">Le socialisme en temps de pandémie</a> et <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/" target="_blank">L&rsquo;économie politique d&rsquo;une longue dépression</a>.</li></ul>



<p>Les sous-titres français sont disponibles, il suffit de les activer.</p>



<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Coronavirus, Capitalisme &amp; Crise économique (VOSTFR) - Michael Roberts et Joseph Choonara" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/d12BSuGQbdo?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p>La vidéo originale est issue de la <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.youtube.com/user/swpTvUk/featured" target="_blank">chaine youtube</a> du Socialist Workers Party (UK).</p>
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		<title>« Penser l’immigration, c’est penser l’État »</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/penser-limmigration-cest-penser-letat-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Jan 2019 23:55:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Immigration]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le vent mauvais souffle fort&#160;: l’idée que l’immigration est un problème gagne du terrain à gauche1Rappel de quelques faits&#160;: En Allemagne, Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire de Die Linke, a justifié le lancement début <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/penser-limmigration-cest-penser-letat-1/" title="« Penser l’immigration, c’est penser l’État »">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le vent mauvais souffle fort&nbsp;: l’idée que l’immigration est un problème gagne du terrain à gauche<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_1" class="footnote_tooltip">Rappel de quelques faits&nbsp;: En Allemagne, Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire de Die Linke, a justifié le lancement début septembre d’un nouveau mouvement politique&nbsp;(«Aufstehen», «&nbsp;Debout&nbsp;») par un appel&nbsp;à en finir avec la&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.liberation.fr/planete/2018/08/22/allemagne-l-egerie-de-la-gauche-radicale-penche-a-l-extreme-droite-sur-les-migrants_1673913" target="_blank">«&nbsp;bonne conscience de gauche sur la culture de l’accueil&nbsp;».</a>«&nbsp;Plus de migrants économiques, cela signifie plus de concurrence pour les bas salaires dans le secteur de l’emploi&nbsp;» selon elle. L’onde de choc atteint rapidement la France.&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.nouvelobs.com/politique/20180906.OBS1909/france-insoumise-et-immigration-le-discours-de-sahra-wagenknecht-est-de-salubrite-publique.html" target="_blank">Dans une interview sur le sujet</a>, Djordje Kuzmanovic, ancien porte-parole de Jean-Luc Mélenchon durant la campagne présidentielle de 2017 affirme que «&nbsp;le discours de Sahra Wagenknecht est de salubrité publique&nbsp;». Selon, lui, il faudrait réfléchir à la façon «&nbsp;d’assécher les flux migratoires&nbsp;» et «&nbsp;si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et vite&nbsp;».<br>Jean-Luc Mélenchon a réagi à cette interview en expliquant qu’elle n’engageait que son auteur. Pourtant, lui-même, le 25 août 2018,&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://twitter.com/JLMelenchon/status/1033399841752317957" target="_blank">écrivait dans un tweet&nbsp;</a>: «&nbsp;Nous disons&nbsp;: honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux&nbsp;».</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.<br>Ces prises de positions reposent sur une série d’arguments. Deux d’entre eux ne sont pas spécifiques à ces courants&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>pour contrer le développement de l’extrême droite, il faudrait accepter l’idée qu’elle «&nbsp;pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses&nbsp;<em>»</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_2" class="footnote_tooltip">Déclaration de Laurent Fabius tenus en 1984, à la suite du succès électoral du FN au élections européennes.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</li>



<li>pour ramener une partie de notre classe, acquise aux idées racistes, dans le giron de la gauche, il faudrait se concentrer sur l’amélioration de leur situation économique&nbsp;: </li>
</ul>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img data-dominant-color="bc8a56" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #bc8a56;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/01/papiers-pas-policiers-2.jpg" alt="" class="wp-image-1288 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>«&nbsp;<em>J’étais candidat aux législatives dans le bassin minier du Nord. C’est une terre d’immigration : des Polonais, des Italiens, des Marocains qui ont été amenés là pour faire les boulots les plus durs. Ils ne peuvent pas accueillir d’autres migrants : le taux de pauvreté est de 40%, le taux de chômage de 30%&nbsp;! Le sentiment de voir se déliter sa culture est lié à un repli communautariste, qui est très étranger au républicanisme français et qui s’explique par la crise politique et économique qui nous affecte. Ces tensions se résorberaient si nous étions capables de lutter contre la précarité, en partageant la richesse produite&nbsp;qui finit principalement dans les mains de quelques ultrariches<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_3" class="footnote_tooltip">Entretien avec Djordje Kuzmanovic, orateur de la France Insoumise, Nouvel Obs, 8 septembre 2018.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.&nbsp;</em>»</p>



<p>Il y a par contre un argument «&nbsp;original&nbsp;» qui consiste à dire que les partisans de l’ouverture des frontières tiennent le même discours que le patronat, contraire à celui de la tradition marxiste. Engels, puis Marx, eux, auraient bien compris que la bourgeoisie utilise une «&nbsp;armée de réserve&nbsp;industrielle » pour pousser les salaires à la baisse&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;<em>Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème… Ce que nous disons n’a rien de nouveau. C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_4" class="footnote_tooltip">Id.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.&nbsp;»</em></p>



<p>Perçu comme moins «&nbsp;tactique&nbsp;» que les deux premiers, cet argument de fond – les migrants poussent les salaires de l’ensemble de la classe ouvrière à la baisse – a polarisé le débat public durant des semaines&nbsp;et n’est pas près de s’arrêter tant il semble le sens commun. Articles et débats dans le champs médiatique, prises de positions de courants ou de personnalités sur le sujet. Lordon, Le Monde Diplo, ou d’ancien.ne.s membres d’organisations marxistes (telle que D. Obono) ayant rejoint la France Insoumise sont venus en soutien à la position de Mélenchon et Kuzmanovic. À l’inverse,&nbsp;Regards, Politis et Mediapart lançaient le&nbsp;<a href="https://www.politis.fr/articles/2018/09/manifeste-pour-laccueil-des-migrants-39366/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Manifeste pour l’accueil des migrants</a> avec 150 personnalités issues du monde associatif, syndical, artistique et intellectuel. Et la CGT, en la personne de son secrétaire général Philippe Martinez,&nbsp;<a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/26/philippe-martinez-ce-n-est-pas-l-immigration-qui-cree-du-dumping-social-mais-l-absence-de-droits_5360160_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">répondait&nbsp;</a>: «&nbsp;<em>Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social, mais l’absence de droits&nbsp;!</em>&nbsp;»</p>



<p>La bourgeoisie a-t-elle intérêt à l’immigration et l’ouverture des frontières&nbsp;? Si oui, pourquoi la plupart des États et des élu.e.s politiques qui représentent les intérêts de la bourgeoisie mènent-ils une politique à l’inverse de ces intérêts, en établissant des lois de répression des migrant.e.s et de contrôle de plus en plus autoritaire de l’immigration&nbsp;? Quels outils l’analyse marxiste nous fournit-elle&nbsp;? Cet article vise à répondre à ces questions.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les migrant.e.s font-ils baisser les salaires&nbsp;? Libéralisme et immigration</strong></h2>



<p>À Olivier Besancenot qui&nbsp;<a href="https://twitter.com/olbesancenot/status/1034807091322650624?lang=fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener">répondait&nbsp;</a>au tweet de Jean-Luc Mélenchon que&nbsp;<em>«&nbsp;</em>Ce ne sont pas les immigrés qui font pression sur les salaires, mais le taux de profit que les capitalistes extirpent du travail des salariés, français ou immigrés, en France comme&nbsp;dans le monde entier.&nbsp;», Daniele Obono&nbsp;<a href="https://twitter.com/camaradobono/status/1034852557250854912" target="_blank" rel="noreferrer noopener">suggérait</a> d’aller (re)lire le Capital de Marx, chapitre 25, la partie intitulée «&nbsp;Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve&nbsp;», l’accusant de «&nbsp;trollage gauchiste&nbsp;».</p>



<p>Il faut effectivement aller le relire, puisque Marx lui-même y attaque justement les économistes qui imputent la baisse des salaires à une partie de la classe ouvrière. À l’époque, l’exemple utilisé concerne la classe ouvrière irlandaise qui, vivant dans un pays sous domination britannique, émigre massivement vers l’Angleterre et serait de ce fait responsable de la baisse des salaires de la classe ouvrière anglaise. Marx prend donc le temps dans la dernière partie de ce chapitre d’évoquer ce cas, de la même façon qu’il le traitera dans différents écrits, notamment dans une lettre envoyée en 1870 à Siegfried Mayer et Auguste Vogt <b id="6r"><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_5" class="footnote_tooltip">Mar<strong>x Kar</strong>l (1870), «&nbsp;L’Internationale et un pays indépendant, l’Irlande&nbsp;», lettre à Siegfried Mayer et August Vogt. Disponible&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></b>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Que peut-on lire dans ces écrits&nbsp;? Des arguments opposés à ceux des économistes libéraux. Selon eux, le salaire est fixé sur le marché du travail comme résultat de la rencontre à égalité entre un certain nombre d’offreurs (des travailleurs et travailleuses) et des demandeurs (les patrons). Si l’offre augmente, les patrons auront plus de candidats et ils embaucheront ceux qui acceptent des salaires plus faibles, donc le niveau des salaires aura tendance à baisser. D’où l’idée de réserve industrielle (d’un surplus d’offreurs de travail) et de dumping social (l’utilisation de cette situation par les patrons pour baisser les salaires). D’où enfin l’idée que les patrons ont intérêt à ce surplus de main-d’œuvre, et donc qu’ils sont par exemple favorables à l’immigration.</p>



<p>Que proposent des dirigeant.e.s de la France Insoumise&nbsp;?&nbsp;Refuser le surplus de main d’œuvre. Comment&nbsp;? En mettant fin aux marchés, en imposant au patronat l’embauche de toutes et tous à un salaire décent&nbsp;? Non, en excluant une partie de cette main-d’œuvre de l’accès au marché, en l’occurrence les immigré.e.s, puisque «&nbsp;<em>Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème…&nbsp;</em>». Le nationalisme contre le libéralisme. Ils disent vouloir se démarquer des discours du patronat, mais acceptent pourtant de fait le cadre de raisonnement énoncé ci-dessus. C’est bien ce que reproche Olivier Besancenot au tweet de JL Mélenchon, ou encore Philippe Martinez lorsqu’il écrit que&nbsp;: «&nbsp;<em>Aux personnes qui prétendent qu’il faut reconduire à la frontière les travailleurs sans papiers car leurs conditions de travail engendrent du dumping social, nous demandons si la prochaine étape de leur projet consisterait à “renvoyer les femmes à la maison” car elles aussi sont victimes d’inégalité salariale…&nbsp;?&nbsp;</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_6" class="footnote_tooltip">Martinez, Philippe. «&nbsp;Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social, mais l’absence de droits&nbsp;!&nbsp;».<a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/26/philippe-martinez-ce-n-est-pas-l-immigration-qui-cree-du-dumping-social-mais-l-absence-de-droits_5360160_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tribune</a> parue dans le Monde du 26 septembre 2018.&nbsp;Remarque d’autant plus juste qu’il est vrai que la partie de la population attaquée comme étant soi-disant responsable du surplus de main d’œuvre a pu régulièrement être les femmes.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>».</p>



<p>Marx réfute ces raisonnements, parce que l’analyse qu’il fait du système capitaliste est diamétralement opposée. Il a attaqué les positions qui proposent de s’en prendre à une partie de la population, dont celles de Malthus qui en arrivait à suggérer que les classes populaires arrêtent de faire des enfants.&nbsp;Dans ce fameux chapitre 25, il y aborde le concept d’armée de réserve industrielle à partir de «&nbsp;<em>La loi générale de l’accumulation capitaliste</em>&nbsp;». Selon lui, le nombre de personnes constituant la classe ouvrière «&nbsp;ne change rien au caractère fondamental de la reproduction capitaliste<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_7" class="footnote_tooltip">Marx, Karl (1973 [1867].&nbsp;<em>Le Capital</em>, Livre premier, Tome III. Éditions Sociales. Toutes les références de pages qui suivent sont tirées de la même source. Une autre version est disponible&nbsp;<a href="https://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/capital/capital_livre_1/capital_livre_1_3/fichiers_MIA/Capital_1_1_s7.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» (p. 55). Autrement dit, lorsque le capitalisme est en expansion, il a besoin de main d’œuvre, alors qu’en période de crise, il crée du chômage.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>« Le mouvement d’expansion et de contraction du capital en voie d’accumulation produit donc alternativement l’insuffisance ou la surabondance relatives du travail offerts, mais ce n’est ni un décroissement absolu ou proportionnel du chiffre de la population ouvrière qui rend le capital surabondant dans le premier cas, ni un accroissement absolu ou proportionnel du chiffre de la population ouvrière qui rend le capital insuffisant dans l’autre. » (p. 61). </p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>Par ailleurs, la concurrence entre capitalistes, intensifiée en période de crises, conduit à des phénomènes de concentration et de centralisation du capital<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_8" class="footnote_tooltip">Concentration&nbsp;: augmentation à travers l’accumulation des profits des moyens de production entre les mains des capitalistes, (p. 66)&nbsp;<br>Centralisation&nbsp;: «&nbsp;fusion d’un nombre supérieur de capitaux en un nombre moindre&nbsp;» (p. 67).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> afin d’augmenter la productivité. Or,&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;En grossissant, en accélérant ainsi les effets de l’accumulation, la centralisation étend et précipite les changements dans la composition technique du capital [nombre de moyens de production / quantité de travail, qui reflète le degré de machinisation], changements qui augmentent sa partie constante [moyens de production] aux dépens de sa partie variable [main d’œuvre] ou occasionnent un décroissement dans la demande relative de travail.&nbsp;» (p69)</p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>Cette aberration selon laquelle plus un travailleur produit, plus il crée les conditions de son exclusion de la production est spécifique au système capitaliste. Pire, n’ayant que sa force de travail à vendre pour subvenir à ses besoins, sa dépendance devient soumission. C’est le sens du concept d’armée de réserve industrielle pour Marx&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;Si l’accumulation capitaliste, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l’accumulation, une condition d’existence de la production capitaliste dans son état de développement intégral. Elle forme une&nbsp;armée de réserve industrielle&nbsp;qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l’avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit à ses besoins de valorisation flottants, et, indépendamment de l’accroissement naturel de la population, la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible&nbsp;» (p 75-76)</p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>Donc,</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;Les variations du&nbsp;taux général des salaires&nbsp;ne répondent donc pas à celles du chiffre absolu de la population&nbsp;; la proportion différente suivant laquelle la classe ouvrière se décompose en armée active et en armée de réserve, l’augmentation ou la diminution de la surpopulation relative, le degré auquel elle se trouve tantôt «&nbsp;engagée&nbsp;», tantôt «&nbsp;dégagé&nbsp;», en un mot, ses mouvement d’expansion et de contraction alternatifs correspondant à leur tour aux vicissitudes du cycle industriel, voilà ce qui détermine exclusivement ces variations. Vraiment ce serait une belle loi pour l’industrie moderne que celle qui ferait dépendre le mouvement du capital d’un mouvement dans le chiffre absolu de la population ouvrière, au lieu de régler l’offre du travail par l’expansion et la contraction alternatives du capital fonctionnant, c’est-à-dire d’après les besoins momentanés de la classe capitaliste. Et c’est pourtant là le dogme économiste&nbsp;!&nbsp;» (p80)</p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>L’armée de réserve industrielle pèse bien sur l’armée active, et sur les salaires. Mais elle est le produit de la dynamique d’accumulation du capital, pas du nombre de travailleurs/ses qui cherchent à subvenir à leurs besoins. Cette analyse conduit donc Marx à estimer qu’il est faux de penser le marché du travail comme la rencontre entre des patrons qui demandent du travail et des ouvrier.e.s qui en offrent, puisqu’en réalité ce sont les patrons qui décident de la demande comme de l’offre&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;Et c’est là l’effet général de toutes les méthodes qui concourent à rendre les travailleurs surnuméraires. Grâce à elles, l’offre et la demande de travail cessent d’être des mouvements partants de deux côtés opposés, celui du capital et celui de la force ouvrière. La capital agit des deux côtés à la fois. Si son accumulation augmente la demande de bras, elle en augmente aussi l’offre en fabriquant des surnuméraires. Ses dés sont pipés. Dans ces conditions la loi de l’offre et de la demande de travail consomme le despotisme capitaliste.&nbsp;» (p. 83)</p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>À l’époque où Marx rédige le capital, trois catégories de la population arrivent massivement sur le marché du travail&nbsp;: les paysans, les femmes et enfants et dans plusieurs pays les immigré.e.s. Concernant cette dernière catégorie de travailleurs, il est intéressant de noter que Marx, en réel internationaliste, s’interroge dans la dernière partie de ce chapitre sur les conséquences de l’immigration pour la population dans les pays d’origine (préoccupation absente des raisonnements nationalistes). Si comme l’énonce le «&nbsp;dogme économiste&nbsp;» la situation de la classe ouvrière anglaise se détériore du fait de la concurrence des immigrés irlandais, la situation devrait à l’inverse s’améliorer pour les Irlandais (du coup moins nombreux) restés au pays&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;Et pour les travailleurs restés en Irlande et délivrés de la surpopulation, quelles ont été les conséquences&nbsp;? Voici&nbsp;: il y a relativement la même surabondance de bras qu’avant 1846, le salaire réel est aussi bas, le travail plus exténuant et la misère des campagnes conduit derechef le pays à une nouvelle crise. La raison en est simple . La révolution agricole a marché du même pas que l’émigration. L’excès relatif de population s’est produit plus vite que sa diminution absolue.&nbsp;» (p 143)</p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>Les migrants font-ils baisser les salaires ? Comme l’écrit Abdelmalek Sayad&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;Dans tous les cas, quel que soit le propos, le résultat est le même : d’un côté, des immigrés, c.a.d. des travailleurs étrangers ou des étrangers au travail, car l’immigré ne peut se concevoir qu’indissociablement lié au travail (un immigré chômeur, ça n’existe pas, comme dirait Robert Desnos); de l’autre côté, des chômeurs français ou, mieux, des Français au chômage. Même si ce rapprochement, auquel on donne une allure de scandale total (scandale intellectuel, moral et politique), est en réalité hasardeux (intellectuellement), inexact (socialement), injuste (moralement) et mesquin (politiquement), il suffit pour jeter le discrédit sur les immigrés ; il suffit pour produire et imposer dans l’opinion cette équation simpliste et fallacieuse : immigration = chômage<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_9" class="footnote_tooltip">Sayad, Abdelmalek (2006). «&nbsp;Qu’est-ce qu’un immigré&nbsp;?».&nbsp;L’immigration ou les paradoxes de l’altérité. L’illusion du provisoire. p. 46-47.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.&nbsp;</em>»</p>
<cite>Abdelmalek Sayad</cite></blockquote>



<p>Quand cette question est posée, elle indique donc d’emblée la position nationaliste sous-jacente de celui ou celle qui la pose dans ces termes. Sinon, pourquoi la poser à l’endroit des migrant.e.s, et pas des gens qui ne font jamais grève&nbsp;par exemple ? Qu’elle soit posée par des fascistes, là rien d’étonnant. Mais quand elle s’impose à une partie de la gauche, il y a de quoi s’inquiéter sur son projet politique. Ceux qui font baisser les salaires, ce sont les courants syndicaux ou politiques qui prétendent défendre les intérêts de la classe ouvrière mais ne proposent aucune stratégie d’unification de «&nbsp;l’armée active&nbsp;» et de «&nbsp;l’armée de réserve&nbsp;» afin de pouvoir mieux combattre la bourgeoisie et le système qu’elle dirige. Dans cette situation, l’importance de la tribune de P. Martinez puis de l’engagement de la CGT à l’occasion des manifestations du 18 décembre pour la liberté de circulation, la fermeture des centres de rétention, la régularisation des sans-papiers et l’égalité des droits tiennent justement en ce qu’ils posent la nécessité d’une telle stratégie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le patronat est-il favorable à l’immigration&nbsp;? État et immigration</strong></h2>



<p>On en arrive à la question de l’État. Selon la tradition marxiste, l’État est une structure développée historiquement afin d’assurer les conditions politiques de l’accumulation capitaliste. Donc, si la bourgeoisie trouve un intérêt dans l’immigration, mais que les politiques publiques aujourd’hui intensifient les contrôles aux frontières et l’expulsion des migrant.e.s, est-ce à dire que l’autonomie de la sphère politique entre en contradiction avec cette classe et que les théories marxistes&nbsp;sont erronées ?</p>



<p>Une équipe de chercheurs sur les questions liées à l’État et ses transformations dans le contexte de la mondialisation s’est penchée sur cette question. Le résultat de ses travaux a été publié en français en 2017, sous le titre&nbsp;<em>L’Europe des flux. Migrations, travail et crise de l’Union européenne<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_10" class="footnote_tooltip">Staatsprojekt Europa (2017).<em>L’Europe des flux. Migrations, travail et crise de l’Union européenne</em>. Eterotopia France. Les références de pages qui suivent sont issues de cette source.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. La réflexion part d’une contradiction apparente&nbsp;: alors que des hauts représentants du capital allemand soulignent les avantages de l’immigration, les politiques migratoires oscillent entre ouverture affichée et restrictions effectives depuis plusieurs années. Pour ces chercheurs, il faut chercher l’explication dans le fait que «<em>&nbsp;l’État est la condensation matérielle d’un rapport de force entre classes et fractions de classe</em>&nbsp;» (p.19), selon la définition élaborée par Nicos Poulantzas. Comme toute autre politique, les politiques migratoires actuelles en seraient le produit&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;en raison du nationalisme et du racisme virulents dans les pays d’immigration, les politiques étatiques se caractérisent par une rhétorique anti-immigration et des lois sécuritaires répressives. Les politiques de main-d’œuvre de l’État national-social incitent cependant les pays d’accueil à poursuivre une augmentation tendancielle et une flexibilisation de l’immigration&nbsp;» (p.27)</p>
<cite>Nicos Poulantzas</cite></blockquote>



<p>En d’autres termes, selon eux, pour maintenir leur domination et s’assurer de rester hégémoniques, les forces libérales ont dû faire un compromis avec les forces conservatrices. Ainsi, «&nbsp;<em>pour des raisons stratégiques, [elles] ont accepté la combinaison de politiques de recrutement avec des éléments d’une politique migratoire répressive traditionnelle, et ce afin d’intégrer des forces conservatrices à leur stratégie de main-d’œuvre.&nbsp;</em>» (p. 67).</p>



<p>Le problème majeur de ce type d’analyse est qu’elle se base sur la conception de l’État comme champ politique distinct du champ économique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_11" class="footnote_tooltip">Pour un développement de cette critique, et plus généralement des analyses de l’État, voir Harman, Chris (1991), «&nbsp;<em>L’État et le capitalisme aujourd’hui</em>&nbsp;». Disponible&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.marxists.org/francais/harman/1991/etatcapital/etatcapital.htm" target="_blank">ici</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Pourtant, ces chercheurs reconnaissent eux-mêmes que la manifestation du pouvoir d’un État, de la souveraineté, consiste en sa capacité à contrôler un/des territoire(s) et la population à l’intérieur de frontières pour y assurer la domination de sa bourgeoisie. Il est donc dans la nature de l’État-nation d’instituer un «&nbsp;nous&nbsp;» et un «&nbsp;eux&nbsp;». C’est la raison pour laquelle Abdelmalek Sayad estime que «&nbsp;<em>penser l’immigration, c’est penser l’État&nbsp;</em>», puisque «&nbsp;<em>l’immigration constitue comme la limite de ce qu’est l’État national (…). Il est comme dans la nature même de l’État de discriminer (…)</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_12" class="footnote_tooltip">Sayad, Abdelmalek (1999). «&nbsp;Immigration et “pensée d’État”. Actes de la Recherche en sciences sociales. Vol. 129, septembre 1999. Disponible&nbsp;<a href="https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1999_num_129_1_3299" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici.</a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;».</p>



<p>Pour comprendre en quoi l’État n’est pas en contradiction avec les intérêts du Capital, on peut encore une fois repartir des écrits de Marx et de ses positions politiques. À propos de l’immigration irlandaise en Angleterre, il écrit&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;Ce qui est primordial, c&rsquo;est que chaque centre industriel et commercial d&rsquo;Angleterre possède maintenant une classe ouvrière&nbsp;divisée&nbsp;en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L&rsquo;ouvrier anglais moyen déteste l&rsquo;ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l&rsquo;ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation&nbsp;dominante&nbsp;et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent&nbsp;contre l&rsquo;Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L&rsquo;Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l&rsquo;ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la&nbsp;domination anglaise en Irlande.<br>Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes.&nbsp;Cet antagonisme est le secret de l&rsquo;impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C&rsquo;est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_13" class="footnote_tooltip">Marx Karl (1870), «&nbsp;L’Internationale et un pays indépendant, l’Irlande&nbsp;», lettre à Siegfried Mayer et August Vogt. Disponible&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.&nbsp;</em>»</p>
<cite>Karl Marx</cite></blockquote>



<p>Said Bouamama résume de façon brillante cette idée lorsqu’il explique que le nationalisme et son corollaire, le racisme, permettent à la classe dirigeante&nbsp;de « <em>diviser ceux qui devraient être unis (les différentes composantes des classes populaires) et d’unir ceux qui devraient être divisés (les classes sociales aux intérêts divergents)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_14" class="footnote_tooltip">Voir par exemple Bouamama, Said (2015), «&nbsp;L’attentat contre Charlie Hebdo&nbsp;: l’occultation politique et médiatique des causes, des conséquences et des enjeux&nbsp;». Disponible&nbsp;<a href="https://bouamamas.wordpress.com/2015/01/11/lattentat-contre-charlie-hebdo-loccultation-politique-et-mediatique-des-causes-des-consequences-et-des-enjeux/)" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em> </em>».</p>



<p>Le capitalisme n’a jamais signifié absence d’État, surtout en période de crises où l’État (national, autoritaire, puissant) devient déterminant pour le maintien des intérêts de la bourgeoisie nationale. Il est donc faux de croire que la bourgeoisie libérale est contre la répression, les frontières, le nationalisme et le racisme&nbsp;: c’est ce qui lui permet d’assurer sa domination par un contrôle de l’ensemble de la classe ouvrière&nbsp;; c’est cette politique qui tire les salaires vers le bas, et pas la partie de notre classe qui est la plus attaquée.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Conclusion </strong></h2>



<p>Accepter que l’État contrôle l’immigration, c’est accepter l’existence d’un État au service de la classe dirigeante, c’est donc accepter l’existence de cette classe dirigeante et sa possibilité d’exploiter et de discriminer<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_15" class="footnote_tooltip">Voir TPP, «&nbsp;<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pourquoi-il-ne-peut-pas-y-avoir-de-bonne-loi-sur-limmigration/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pourquoi il ne peut y avoir de bonnes lois sur l’immigration&nbsp;</a>». Mai 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>À l’inverse, refuser tout contrôle de l’immigration, militer pour l’ouverture des frontières (la liberté de circulation) et l’égalité des droits (la liberté d’installation), c’est se battre&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:normal;font-weight:400">
<p>«&nbsp;1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, [pour] mett[re] en avant et f[aire] valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, [pour] représente[r] toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_1251_16('footnote_plugin_reference_1251_16_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1251_16_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_16" class="footnote_tooltip">Engels, Friedrich,&nbsp;Marx, Karl (1847).&nbsp;Le Manifeste du Parti communiste.Disponible&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1251_16_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1251_16_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><em>.&nbsp;</em>»</p>
<cite>Karl Marx, Friedrich Engels</cite></blockquote>



<p>C’est donc aussi se battre contre l’économisme, qui prétend résoudre toutes les questions politiques simplement en revendiquant une autre répartition des richesses. D’où l’importance de construire dès à présent l’échéance internationale du 16 mars contre le racisme et le fascisme, les violences policières et la chasse aux migrant.e.s. Aux côtés des premier.e.s concerné.e.s. «&nbsp;<em>L’irlandais évincé par le bœuf et le mouton reparaît de l’autre côté de l’Atlantique [aux USA] sous forme de Fenian</em>&nbsp;» concluait Marx à la fin du chapitre 25, conclusion elle aussi à rebours de tous les discours qui réduisent les migrants au statut de victimes de l’impérialisme. Décidément, un chapitre à (re)lire.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Vanina Giudicelli</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_1251_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_1251_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_1251_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_1251_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rappel de quelques faits&nbsp;: En Allemagne, Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire de Die Linke, a justifié le lancement début septembre d’un nouveau mouvement politique&nbsp;(«Aufstehen», «&nbsp;Debout&nbsp;») par un appel&nbsp;à en finir avec la&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.liberation.fr/planete/2018/08/22/allemagne-l-egerie-de-la-gauche-radicale-penche-a-l-extreme-droite-sur-les-migrants_1673913" target="_blank">«&nbsp;bonne conscience de gauche sur la culture de l’accueil&nbsp;».</a>«&nbsp;Plus de migrants économiques, cela signifie plus de concurrence pour les bas salaires dans le secteur de l’emploi&nbsp;» selon elle. L’onde de choc atteint rapidement la France.&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.nouvelobs.com/politique/20180906.OBS1909/france-insoumise-et-immigration-le-discours-de-sahra-wagenknecht-est-de-salubrite-publique.html" target="_blank">Dans une interview sur le sujet</a>, Djordje Kuzmanovic, ancien porte-parole de Jean-Luc Mélenchon durant la campagne présidentielle de 2017 affirme que «&nbsp;le discours de Sahra Wagenknecht est de salubrité publique&nbsp;». Selon, lui, il faudrait réfléchir à la façon «&nbsp;d’assécher les flux migratoires&nbsp;» et «&nbsp;si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et vite&nbsp;».<br>Jean-Luc Mélenchon a réagi à cette interview en expliquant qu’elle n’engageait que son auteur. Pourtant, lui-même, le 25 août 2018,&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://twitter.com/JLMelenchon/status/1033399841752317957" target="_blank">écrivait dans un tweet&nbsp;</a>: «&nbsp;Nous disons&nbsp;: honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux&nbsp;».</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Déclaration de Laurent Fabius tenus en 1984, à la suite du succès électoral du FN au élections européennes.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Entretien avec Djordje Kuzmanovic, orateur de la France Insoumise, Nouvel Obs, 8 septembre 2018.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Id.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Mar<strong>x Kar</strong>l (1870), «&nbsp;L’Internationale et un pays indépendant, l’Irlande&nbsp;», lettre à Siegfried Mayer et August Vogt. Disponible&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></b>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Martinez, Philippe. «&nbsp;Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social, mais l’absence de droits&nbsp;!&nbsp;».<a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/26/philippe-martinez-ce-n-est-pas-l-immigration-qui-cree-du-dumping-social-mais-l-absence-de-droits_5360160_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tribune</a> parue dans le Monde du 26 septembre 2018.&nbsp;Remarque d’autant plus juste qu’il est vrai que la partie de la population attaquée comme étant soi-disant responsable du surplus de main d’œuvre a pu régulièrement être les femmes.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Marx, Karl (1973 [1867].&nbsp;<em>Le Capital</em>, Livre premier, Tome III. Éditions Sociales. Toutes les références de pages qui suivent sont tirées de la même source. Une autre version est disponible&nbsp;<a href="https://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/capital/capital_livre_1/capital_livre_1_3/fichiers_MIA/Capital_1_1_s7.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Concentration&nbsp;: augmentation à travers l’accumulation des profits des moyens de production entre les mains des capitalistes, (p. 66)&nbsp;<br>Centralisation&nbsp;: «&nbsp;fusion d’un nombre supérieur de capitaux en un nombre moindre&nbsp;» (p. 67).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Sayad, Abdelmalek (2006). «&nbsp;Qu’est-ce qu’un immigré&nbsp;?».&nbsp;L’immigration ou les paradoxes de l’altérité. L’illusion du provisoire. p. 46-47.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Staatsprojekt Europa (2017).<em>L’Europe des flux. Migrations, travail et crise de l’Union européenne</em>. Eterotopia France. Les références de pages qui suivent sont issues de cette source.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour un développement de cette critique, et plus généralement des analyses de l’État, voir Harman, Chris (1991), «&nbsp;<em>L’État et le capitalisme aujourd’hui</em>&nbsp;». Disponible&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.marxists.org/francais/harman/1991/etatcapital/etatcapital.htm" target="_blank">ici</a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Sayad, Abdelmalek (1999). «&nbsp;Immigration et “pensée d’État”. Actes de la Recherche en sciences sociales. Vol. 129, septembre 1999. Disponible&nbsp;<a href="https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1999_num_129_1_3299" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici.</a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Marx Karl (1870), «&nbsp;L’Internationale et un pays indépendant, l’Irlande&nbsp;», lettre à Siegfried Mayer et August Vogt. Disponible&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir par exemple Bouamama, Said (2015), «&nbsp;L’attentat contre Charlie Hebdo&nbsp;: l’occultation politique et médiatique des causes, des conséquences et des enjeux&nbsp;». Disponible&nbsp;<a href="https://bouamamas.wordpress.com/2015/01/11/lattentat-contre-charlie-hebdo-loccultation-politique-et-mediatique-des-causes-des-consequences-et-des-enjeux/)" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir TPP, «&nbsp;<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pourquoi-il-ne-peut-pas-y-avoir-de-bonne-loi-sur-limmigration/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pourquoi il ne peut y avoir de bonnes lois sur l’immigration&nbsp;</a>». Mai 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1251_16_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1251_16('footnote_plugin_tooltip_1251_16_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Engels, Friedrich,&nbsp;Marx, Karl (1847).&nbsp;Le Manifeste du Parti communiste.Disponible&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_1251_16() { jQuery('#footnote_references_container_1251_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1251_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_1251_16() { jQuery('#footnote_references_container_1251_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1251_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_1251_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_1251_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_1251_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_1251_16(); } } function footnote_moveToReference_1251_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_1251_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_1251_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_1251_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/penser-limmigration-cest-penser-letat-1/">« Penser l’immigration, c’est penser l’État »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;économie politique d&#8217;une longue dépression</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 May 2018 13:42:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://autonomiedeclasse.wordpress.com/?p=1059</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article de Joseph Choonara a été publié initialement en anglais dans International Socialism Journal (N°158, avril 2018) C’est dans la tourmente financière de 2008 que naquit la “longue dépression”.[1] La récession globale qui suivit <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/" title="L&#8217;économie politique d&#8217;une longue dépression">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/">L&rsquo;économie politique d&rsquo;une longue dépression</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h6 class="author-meta">Cet article de Joseph Choonara a été publié initialement en anglais dans <a href="https://isj.org.uk/the-political-economy-of-a-long-depression/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">International Socialism Journal</a> (N°158, avril 2018)</h6>
<p>C’est dans la tourmente financière de 2008 que naquit la “longue dépression”.<a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup><strong>[1]</strong></sup></a> La récession globale qui suivit l’effondrement de la banque de Wall Street Lehman Brothers, à l’automne 2008, ne dura qu’un an.<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup><strong>[2]</strong></sup></a> Or, si techniquement la récession est finie depuis longtemps, le monde s’est depuis retrouvé prisonnier d’une phase de développement très différente de celle qui l’avait précédée. Une analyse récente de l’économie US, qui reste la plus grande au monde, estimait que cette dernière accusait un déficit annuel de 20% en investissements à capitaux fixes tout au long de la période de 2008 à 2015. L’impact négatif sur le Produit Intérieur Brut (PIB) était de 10% en moyenne.<a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup><strong>[3]</strong></sup></a></p>
<p>Dans ce contexte, des personnalités comme Larry Summers, l’ancien secrétaire du trésor sous Bill Clinton, parlent de l’avènement d’un “âge de la stagnation séculaire”. Quand à Christine Lagarde, directrice du Fonds Monétaire International (FMI), elle évoque un “médiocre nouveau” pour le capitalisme.<a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup><strong>[4]</strong></sup></a> Cependant, de nombreux commentateurs virent l’année 2018 comme celle où l’économie se redressera enfin de son malaise. Martin Wolf du Financial Times décrit une économie mondiale “bourdonnant” de croissance, et Gavyn Davies détectait des “signes que la stagnation séculaire commençait à se dissiper”.<a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup><strong>[5]</strong></sup></a></p>
<p>Cet article vise à démontrer qu’il y a de fortes chances que cet optimisme soit déplacé. En 2010, j’écrivais que la reprise qui débutait encore serait “faible, fragile et incertaine”.<a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup><strong>[6]</strong></sup></a> La faiblesse était due au fait que la récession de 2008-2009 n’avait pas réussi à détruire ou dévaloriser assez de capital non profitable, ni à détruire assez de dette pour assurer un rebond conséquent du taux de profit. La fragilité venait, avant tout, d’un système financier surdimensionné qui menaçait de généraliser toute nouvelle manifestation de la crise. L’incertitude était un produit des interventions étatiques qui permirent d’enrayer l’engrenage de la crise sans pour autant résoudre les problèmes fondamentaux qui l’avaient causée.</p>
<p>Nous pouvons nous servir de ce pronostic comme guide afin d’examiner l’évolution de l’économie mondiale depuis la récession; les trois aspects de la relance vus ci-dessus serviront d’encadrement à cette analyse.</p>
<h3><strong>Taux de profit et faiblesse de la relance</strong></h3>
<p>Le premier point faible de la relance est très simple: aucune région du monde ne croit de manière stable à des taux proches de ceux de 2008. Même les grandes économies de l’hémisphère sud, plus en réussite, ont dû revoir leurs prévisions à la baisse.<a href="#_ftn7" name="_ftnref7"><sup><strong>[7]</strong></sup></a> Pour les économie “développées” de l’hémisphère nord, les 3% de taux de croissance moyenne qu’elles ont vécu en 1960-1980 apparaissent comme un rêve lointain. Les estimations pour 2016 évaluent le taux de croissance de l’économie US à 1,6%, celui de la zone euro à 1,8% tandis que l’économie japonaise doit se contenter d’un taux de 1,1%.<a href="#_ftn8" name="_ftnref8"><sup><strong>[8]</strong></sup></a></p>
<p>Derrière la faiblesse de la relance se dresse le problème fondamental d&rsquo;un taux de profit bloqué à un bas niveau, et ce à travers le noyau dur du capitalisme mondial. La période 1950-1982 fut celle d&rsquo;un long déclin du taux de profit, qui est resté à un niveau relativement bas depuis 1982. Selon les estimations de l&rsquo;économiste marxiste Andrew Kliman, le taux de profit du secteur des entreprises privées a chuté d&rsquo;un niveau supérieur à 20% en 1950 à un niveau inférieur à 7% en 1982, niveau autour duquel il oscille depuis (figure1).<a href="#_ftn9" name="_ftnref9"><sup><strong>[9]</strong></sup></a> Ce déclin est reflété dans le mouvement du taux de profit global (figure 2).</p>
<p><strong>Figure 1 &#8211; Taux de profit du secteur privé US (pourcentages ajustés pour l’inflation)<br />
source: Kliman, 2011</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig1.jpg" /></p>
<p>On trouve parfois des échos de la question du taux de profit dans la pensée économiste dominante. Un article du Financial Times se lamentait en 2010 du déclin du « retour sur investissement » d&rsquo;un taux estimé à 15% dans la période de l&rsquo;après-guerre à 10% vers la fin des années 1980. Selon l&rsquo;auteur, le retour n&rsquo;était plus que de 5% à la fin des années 1990, « et peu d&rsquo;investisseurs risqueraient leur argent pour une telle récompense. »<a href="#_ftn10" name="_ftnref10"><sup><strong>[10]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 2 &#8211; Estimations du taux de profit global (pourcentage) source : Maito, 2014</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig2.jpg" /><br />
Mais si nous voulons comprendre pourquoi le taux de profit a chuté sans parvenir à retrouver ses couleurs, il faut nous tourner vers un des aspects de l&rsquo;explication des crises proposée par Karl Marx, et qu&rsquo;il développe en particulier dans le Volume 3  du Capital. La thèse de Marx se base sur le postulat selon lequel la source de création de nouvelle valeur sous le capitalisme est le « travail vivant » des travailleurs et travailleuses engagées dans le processus de production de biens et de services. Selon Marx, la totalité de la valeur ajoutée -la source du profit- dont dispose le capitaliste est la différence entre la quantité de valeur produite par le travail vivant pendant la journée de travail, et la rémunération que les travailleurs et travailleuses reçoivent. Il n&rsquo;y a pas de relation nécessaire entre les deux: le capitaliste qui emploie une travailleuse doit simplement lui payer une quantité de valeur, sous forme de salaire, qui fasse en sorte que cette dernière revienne au travail le lendemain. Tant que cette valeur payée sous forme de salaire est moindre que la valeur créée par la travailleuse pendant sa journée de travail, la valeur ajoutée peut être appropriée par le capitaliste.<a href="#_ftn11" name="_ftnref11"><sup><strong>[11]</strong></sup></a></p>
<p>Marx nous dit que le capitaliste n&rsquo;investit pas uniquement dans le travail vivant, mais aussi de plus en plus dans le « travail mort », c&rsquo;est-à-dire dans l&rsquo;usine et les équipements utilisés dans le processus de production. Le travail mort ne représente en soi ni un gain ni une perte pour le capitaliste; il est lui-même le produit d&rsquo;un travail vivant antérieur (d&rsquo;où son appellation de travail mort), et sa valeur, dans le cours le processus de production, passe dans le produit fini. Si tout se passe bien pour le capitaliste, ce dernier récupérera cette valeur en vendant le produit fini.<a href="#_ftn12" name="_ftnref12"><sup><strong>[12]</strong></sup></a> Si l&rsquo;investissement dans le travail mort dépasse le montant investi dans le travail vivant, alors le système dans sa totalité observera une tendance à la baisse du taux de profit, car une valeur d&rsquo;investissement grandissante est mobilisée pour capturer une masse de valeur ajoutée qui croit plus lentement.<br />
De plus, même si l&rsquo;investissement dans le travail mort peut à long terme faire baisser le taux de profit, cet investissement est néanmoins inévitable sous le capitalisme car il permet de faire baisser le coût des commodités individuelles. Les capitalistes sont contraints d&rsquo;accumuler du capital, et en particulier du travail mort, afin de ne pas se retrouver largués dans la course à la compétitivité. Il suffit de nous imaginer un instant un fabricant automobile qui essaierait de rivaliser sur le marché mondial actuel avec les techniques de production et les machines des années 1960, pour nous rendre compte de la nécessité de l&rsquo;investissement dans le travail mort.<br />
Le processus d&rsquo;accumulation est lui-même financé par les profits du passé (ou grâce au crédit qui sera remboursé par les profits du futur), ce qui signifie que le taux de profit agit comme un facteur limitant le taux d&rsquo;accumulation (en d&rsquo;autre mots, du taux de croissance); le déclin à long terme du taux de profit aide donc à expliquer le ralentissement de l&rsquo;accumulation et de la croissance de la productivité ces dernières années (figure 3).<a href="#_ftn13" name="_ftnref13"><sup><strong>[13]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 3: Estimations des taux d&rsquo;accumulation US (investissement net non résidentiel/coût historique des avoirs fixes non résidentiels), 1967 = 1<br />
Source: données du Bureau of Economic Analysis (BEA)</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig3.jpg" /></p>
<p>Un taux de profit élevé permet une accumulation plus rapide du capital, comme c&rsquo;était le cas durant les années 1950 et 1960, mais conduisant elle-même à un déclin plus marqué du taux de profit. En d&rsquo;autres mots, c&rsquo;est le dynamisme du capitalisme durant ces périodes qui compromet l&rsquo;accumulation future. Selon Marx:</p>
<p>« La baisse du taux du profit et l&rsquo;accélération de l&rsquo;accumulation sont des manifestations d&rsquo;un même phénomène, puisqu&rsquo;elles expriment l&rsquo;une et l&rsquo;autre le développement de la productivité. L&rsquo;accumulation accentue la baisse du taux du profit… la plus-value étant le but de la production capitaliste, la baisse du taux du profit ralentit la formation de capitaux nouveaux et favorise la surproduction, la spéculation, les crises, la surabondance de capital… Ce qui les [les penseurs capitalistes] épouvante surtout dans la baisse du taux du profit, c&rsquo;est le sentiment que le régime capitaliste rencontre dans le développement des forces productives … des limites qui établissent le caractère historique, passager, du mode capitaliste. »<a href="#_ftn14" name="_ftnref14"><sup><strong>[14]</strong></sup></a></p>
<p>Le déclin du taux de profit est contrebalancé par plusieurs facteurs notés par Marx. Les plus importants sont l&rsquo;augmentation du taux d&rsquo;exploitation du travail vivant et la baisse des prix du travail mort, qui font baisser les coûts d&rsquo;investissement par rapport au profit. De nombreux auteurs affirment que le premier facteur a joué un rôle primordial durant la période néolibérale, permettant une augmentation partielle du taux de profit, ou au moins de ralentir son déclin.<a href="#_ftn15" name="_ftnref15"><sup><strong>[15]</strong></sup></a> Cependant, il existe des limites au-delà desquelles il n&rsquo;est plus possible d&rsquo;intensifier le travail ou de réduire les salaires (les deux moyens d&rsquo;augmenter le taux d&rsquo;exploitation) &#8211; des limites mathématiques bien sûr, mais surtout des limites physiques et sociales qui font que les travailleurs et les travailleuses se rebellent et s&rsquo;organisent contre les conditions de leur exploitation.</p>
<p>La baisse du coût du travail mort est une contre-tendance plus réaliste à la notion d&rsquo;une trajectoire descendante des taux de profit. Cependant, la chute du prix du travail mort durant le fonctionnement normal du capitalisme n&rsquo;est pas forcément une bonne nouvelle pour chaque capitaliste individuel. Le capitaliste qui a déjà investi dans des machines chères, à l&rsquo;ancien prix, et qui s&rsquo;attend à recouvrer leur coût sur des années ou même des décennies, verra ses profits fondre si ses rivaux obtiennent les mêmes machines à un nouveau prix, plus bas, qui leur permet de réduire le prix de leurs produits. De plus, même si la baisse du prix des machines a lieu de manière à faire remonter le taux de profit moyen du système dans sa totalité, les profits plus élevés qui découlent de cette situation vont avoir tendance à nourrir un nouveau cycle d&rsquo;investissement dans du travail mort. Alors que la plupart des capitalistes peuvent profiter d’investissements qui permettent d’économiser sur le capital (par exemple, des machines moins coûteuses à capacité de production équivalente), les plus gros capitalistes vont également avoir tendance à faire des investissements plus chers qui permettent d&rsquo;économiser sur le travail, et qui sont hors de prix pour leurs concurrents plus petits, provoquant ainsi une vague d&rsquo;investissements qui va elle-même faire baisser le taux de profit moyen du système.<a href="#_ftn16" name="_ftnref16"><sup><strong>[16]</strong></sup></a> Dans la pratique, quels que soient les débats théoriques autour de la tendance à la baisse du taux de profit, les observations empiriques révèlent que la valeur des investissements dans le travail mort, et en particulier les investissements en capital fixe (équipement et usines), ont tendance à augmenter depuis un siècle (figure 4).</p>
<p><strong>Figure 4: Coût historique du capital pour le secteur privé US ($ milliards)<br />
Source: données BEA</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig4.jpg" /><br />
En général, seules les crises permettent de dévaluer le travail mort de manière catastrophique, soudaine et étendue à tout le système – et ce par les faillites des entreprises et l’inondation du marché de produits sans acheteurs, la destruction d’unités non profitables du capital et le désendettement massif qui l’accompagne – créant ainsi un contexte dans lequel le taux de profit peut être restauré. C’est ce qui s’est passé entre 1930 et 1945, par la récession et la guerre, ouvrant ainsi la voie au long boom du capitalisme qui commença après la fin de la seconde guerre mondiale.<a href="#_ftn17" name="_ftnref17"><sup><strong>[17]</strong></sup></a></p>
<p>Cependant, de nombreux marxistes et non-marxistes l&rsquo;ont déjà noté, l&rsquo;on ne peut pas réduire les crises du capitalisme au simple mouvement des taux de profit; certains en tirèrent une approche multicausale des crises.<a href="#_ftn18" name="_ftnref18"><sup><strong>[18]</strong></sup></a> Dans une récente exploration du Capital, Alex Callinicos propose une approche utile qui stipule plutôt que les différents facteurs d&rsquo;une crise capitaliste peuvent être divisés en facteurs « autorisant », facteurs « conditionnant » et facteurs « causaux ». La première catégorie inclut la possibilité abstraite d&rsquo;une défaillance inhérente à l&rsquo;achat et à la vente des commodités, car la vente d&rsquo;une commodité n&rsquo;oblige aucunement le vendeur à utiliser l&rsquo;argent obtenu pour acheter une autre commodité. Elle inclut également la possibilité d&rsquo;un déséquilibre qui se développerait entre les différents « départements » de l&rsquo;économie, en particulier ceux qui produisent des biens de consommation et ceux qui produisent des moyens de production (comme des machines et des équipements industriels). Les facteurs « conditionnant » comprennent les fluctuations des salaires et les mouvements du taux d&#8217;emploi, ainsi que les cadences de rotation des investissements à grande échelle en capital fixe. Mais les facteurs causaux, selon Callinicos, sont le mouvement des taux de profit et les cycles financiers qui lui sont liés et que Marx a identifié dans le troisième volume du Capital, dont nous allons discuter ci-dessous.<a href="#_ftn19" name="_ftnref19"><sup><strong>[19]</strong></sup></a> Cette approche permet de faire émerger un compte-rendu général des <u>causes de la crise </u>sans pour autant négliger les autres facteurs qui influent <u>la manière dont la crise se déroule et se développe.</u></p>
<p><strong>Figure 5 : Croissance du Produit National Brut US 1900-2007 (pourcentages)<br />
Source: Tymoigne, 2008,  www.levyinstitute.org/pubs/wp_547.pdf</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig5.jpg" /><br />
Selon cette approche, la crise est le processus par lequel, dans les mots de Marx, ”la suspension momentanée de tout travail et l’annihilation d’une grande partie du capital ramènent violemment [le capitalisme] vers une position d’où il lui est possible [de se remettre à] employer pleinement sa puissance productive sans commettre un suicide”.<a href="#_ftn20" name="_ftnref20"><sup><strong>[20]</strong></sup></a> Cependant, le système capitaliste ne vit pas toutes les crises de la même manière à travers son histoire. Un autre processus à long terme identifié par Marx est celui de la concentration et la centralisation du capital, qui crée un monde de firmes capitalistes géantes et qui influe ainsi sur la manière dont ces tendances se manifestent.<a href="#_ftn21" name="_ftnref21"><sup><strong>[21]</strong></sup></a> En particulier, lorsque les unités de capitaux prennent des dimensions énormes et commencent à s&rsquo;interloquer avec l&rsquo;état et le système financier, le problème que l&rsquo;on connaît aujourd&rsquo;hui sous le nom « too big to fail » [trop grandes pour faire faillite] fait son émergence.<a href="#_ftn22" name="_ftnref22"><sup><strong>[22]</strong></sup></a> Les états, qui ont acquis un rôle central dans l&rsquo;économie capitaliste durant le 20e siècle, se retrouvent obligés de décider s&rsquo;ils doivent permettre au processus douloureux de la crise de se développer « librement », espérant que la « destruction créative » restaurera la santé du système capitaliste,<a href="#_ftn23" name="_ftnref23"><sup><strong>[23]</strong></sup></a>ou alors s&rsquo;ils interviennent pour sauver et renflouer les firmes en faillite afin d&rsquo;éviter la récession catastrophique qui accompagne souvent les faillites des entreprises mastodontes. La tendance des grandes entreprises à s&rsquo;engager intensément et directement dans les marchés financiers exacerbe le problème, puisqu’une firme, en s’effondrant, peut désormais facilement en entraîner d’autres dans son sillage par le biais des marchés financiers qui créent des liens entre des entreprises de différents secteurs. Confrontée par ces dilemmes, les crises du capitalisme d’après-guerre n’ont pas réalisé de nettoyage en profondeur des unités de capital non profitables afin de permettre aux taux de profit de remonter à leur niveau de 1950-1960.<a href="#_ftn24" name="_ftnref24"><sup><strong>[24]</strong></sup></a> Les cycles de croissance et de récession furent atténués, mais les contradictions continuaient de s’accumuler sur le long terme. Dans les années qui précédèrent la crise, il était commun d’entendre parler de la période que nous vivions depuis le début des années 1980 comme étant celle de la “grande modération”, pendant laquelle les indices économiques comme la croissance du PIB avaient perdu leur volatilité dans des pays comme les Etats-Unis (les choses étaient très différentes dans les pays du sud). Cependant, si nous regardons la grande modération dans une perspective historique plus longue, il devient clair qu’elle doit être vue comme une intensification d’une première modération qui commença à la fin de la seconde guerre mondiale (figure 5).</p>
<p><strong>Figure 6: Budget de l&rsquo;état en pourcentage du PIB</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig6.jpg" /><br />
Le monde du grand capital et des grands états qui émergea de la guerre, comprenait moins de contractions aiguës de l’économie mais aussi une croissance moins marquée durant les booms. Durant les décennies qui suivirent la guerre, le niveau élevé des dépenses en armement et autres formes de dépenses non productives, qui ne nourrissaient pas les cycles d’accumulation, joua le rôle d’une soupape de décharge pour le système qui permettait de prolonger le boom en modérant la hausse de la composition organique du capital.<a href="#_ftn25" name="_ftnref25"><sup><strong>[25]</strong></sup></a> Lorsque cette période laissa sa place aux crises des années 1970, il en résultat une réorganisation du capitalisme, avec la destruction de certaines industries non profitables combinée à des mesures visant à restreindre les aspirations des travailleurs et des travailleuses à la nouvelle réalité d’une basse profitabilité.</p>
<p>Cette nouvelle période, qui fut marquée par un tournant vers les politiques néolibérales dans les économies développée du nord<a href="#_ftn26" name="_ftnref26"><sup><strong>[26]</strong></sup></a> ne réduisit pas pour autant l’implication de l’état dans l’économie (figure 6). Ceci se combina avec le phénomène continu de la centralisation du capital, notamment par des vagues de fusions et acquisition dans les années 1990 et dans les années qui précédaient la crise de 2008. C’est dans ce contexte que les tendances à la crise du capitalisme commencèrent à se manifester comme un long déclin séculaire du taux de profit après 1947, qui tendait à la baisse à travers de nombreux cycles économiques avant de se stabiliser à des niveaux modestes. La tendance à long terme fut surimposée aux fluctuations à court terme de la profitabilité durant les cycles. L’avènement de la crise à grande échelle fut plusieurs fois différé grâce notamment à l’intervention de l’état, avant de réapparaître sous de nouvelles formes (les formes historiques changeantes des interventions de l’état sont discutées plus bas).</p>
<p>En empêchant le système de se débarrasser de ses problèmes profonds, les transformations du capitalisme durant la seconde moitié du 20e siècle créèrent de puissantes tendances à la longue stagnation. Mais ceci ne veut pas dire que le système a simplement stagné. La tendance inertielle à long terme coexiste avec la dynamique produite par la réorganisation compétitive du capital par ceux qui président le système, et qui cherchent à l’étendre à de nouvelles parties du monde, le boom chinois en étant le parfait exemple. Cependant, il nous serait impossible d’expliquer pourquoi la crise actuelle est si profonde et prolongée sans comprendre les tendances à la stagnation qui trouvent leurs racines dans la faiblesse du taux de profit.</p>
<h3><strong>Faiblesses des économies du sud </strong></h3>
<p>Dans la période qui suivit la crise, il était communément admis que la faiblesse des économies développées pourrait être en partie balancée par la force des grandes économies de l’hémisphère sud. Le directeur de la Barclays Bank John McFarlane affirmait que “ces dernières années ont prouvé l’existence d’un monde à deux vitesses, où les pays émergents et les pays pétroliers font figure de favoris alors que le monde développé ne se remet toujours pas de la crise financière mondiale.»<a href="#_ftn27" name="_ftnref27"><sup><strong>[27]</strong></sup></a> L’espoir se portait surtout sur la Chine, aujourd’hui seconde économie mondiale.<br />
Non seulement la Chine a échoué à se prémunir totalement des effets de la crise mais elle est en plus devenue source d’instabilité. La croissance chinoise avant la crise se basait sur l’exploitation intense de la main d’oeuvre, des niveaux extraordinaires d’investissement (qui dépassait parfois 45% du PIB<a href="#_ftn28" name="_ftnref28"><sup><strong>[28]</strong></sup></a>) et une production orientée vers les marchés d’export. Lorsque ces derniers commencèrent à se contracter durant la récession mondiale, l’état chinois réagit en favorisant l’accès au crédit afin de nourrir les investissements. La dette totale bondit de 160% du PIB en 2008 à 260%. Ce boom fut accompagné par la croissance des institutions financières: la Chine a aujourd’hui le plus grand système bancaire au monde (plus grand que toute la zone euro) et de nombreuses opérations de prêt ont lieu en dehors du secteur bancaire traditionnel. La réaction chinoise à la crise est bien décrite par Martin Wolf dans le Financial Times: “En réponse au crash financier de 2008, la Chine a encouragé une augmentation énorme des investissements financés par la dette afin d’offrir un contrepoids à la demande extérieure qui chutait. Mais dans le fond, la croissance de l’économie ralentissait. La conséquence est que les coefficients marginaux de capital &#8211; le capital requis pour accroître le revenu d’une unité &#8211; ont plus ou moins doublé depuis le début des années 2000… Une part substantielle de ces investissements est probablement à perte, ce qui signifie que la dette qui lui est associée est également toxique.<a href="#_ftn29" name="_ftnref29"><sup><strong>[29]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 7: Prix des matières premières, $ actuels (2016 = 1)</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig7.jpg" /></p>
<p>Wolf décrit simplement ce que Marx appelait une “crise de suraccumulation”. En d’autre mots, un montant excessif de capital qui poursuit un réservoir limité de profit faisant ainsi baisser la profitabilité.<a href="#_ftn30" name="_ftnref30"><sup><strong>[30]</strong></sup></a> La réponse qui consiste à tirer l’économie vers l’avant par le crédit n’est pas exclusive à la Chine. La dette a augmenté dans de nombreuses économie de l’hémisphère sud. Les gouvernements et banques centrales des pays du sud qui appliquent cette recette ne font que suivre l’exemple des grandes puissances capitalistes, comme celui du gouvernement et de la Federal Reserve des USA après les attentats du 11 septembre et les récessions du début des années 2000. Ils firent baisser les taux d’intérêt et permirent à une bulle immobilière de se développer autour des prêts “subprime”, bulle dont l’explosion provoqua la crise financière de 2008.<a href="#_ftn31" name="_ftnref31"><sup><strong>[31]</strong></sup></a> Il y a donc des limites à ce que le crédit peut accomplir. Le FMI a récemment prévenu que l’économie chinoise avait besoin de trois fois plus de crédit qu’au moment de la crise pour un taux de croissance similaire. Il conclut: “L’expérience internationale indique que la croissance de la dette en Chine suit une trajectoire dangereuse qui comporte des risques accrus d’un ajustement perturbateur et/ou d’un ralentissement marqué de la croissance.<a href="#_ftn32" name="_ftnref32"><sup><strong>[32]</strong></sup></a></p>
<p>Le ralentissement en Chine a augmenté la pression sur les autres économies. Ces dernières années, des pays comme le Brésil ont réorienté leur économie afin de nourrir le boom chinois de matières premières. Les exportations brésiliennes de matières premières ont quintuplé entre 1999 et 2008, avec en premier plan la fourniture de la Chine en fer et soja.<a href="#_ftn33" name="_ftnref33"><sup><strong>[33]</strong></sup></a><br />
Plus généralement, la combinaison d’un ralentissement chinois et d’une croissance mondiale morose a mis fin au «supercycle des matières premières » &#8211; une augmentation généralisée du prix des matières premières qui a permis de nourrir la croissance des grands pays exportateurs de l’hémisphère sud  (figure 7). Le choc soudain subit par l’économie du Brésil confrontée à une chute de la demande et des prix l’a entraînée dans la pire récession de son histoire – deux années pleines de contraction.<br />
L’Argentine, la Russie et le Nigéria ont également vu leur économies se contracter en 2016, alors que la croissance turque ralentit de 6,1% à 2,9% et celle de l’Afrique du Sud chuta de 1,3% à 0,3%.<a href="#_ftn34" name="_ftnref34"><sup><strong>[34]</strong></sup></a></p>
<h3><strong>Fragilité financière</strong></h3>
<p>La fragilité est la seconde caractéristique de la relance que nous avons identifiée ci-dessus. Elle est un produit de l’expansion du système financier mondial sur les quarante dernières années. Cette croissance est due en grande partie à une réaction à la faiblesse du taux de profits dans les domaines productifs de biens et de services. La finance n’est pas simplement une excroissance parasitique au capital. Au contraire, au fur et à mesure que le capitalisme se développe, la mobilisation (en tant que capital porteur d’intérêt) de sommes d’argent ne trouvant pas d’issues aux mains de certains capitalistes entraîne le système vert l’avant. Cependant, au-delà d’une certaine limite, la finance contribue à la déstabilisation du capitalisme.<a href="#_ftn35" name="_ftnref35"><sup><strong>[35]</strong></sup></a> Marx saisit autant les éléments dynamiques de la finance que ses tendances à la crise dans le volume III du Capital :</p>
<p>« La banque enlève aux capitalistes privés et aux usuriers les opérations de répartition du capital et en fait une fonction sociale ; mais aidée du crédit elle devient en même temps un levier puissant pour pousser la production au-delà de ses limites et engendrer les crises et la fraude. »<a href="#_ftn36" name="_ftnref36"><sup><strong>[36]</strong></sup></a></p>
<p>La finance repousse les limites du capitalisme en mobilisant les réserves stagnantes d’argent pour les mettre en mouvement. Sous la forme de capital porteur d’intérêt, la valeur peut circuler parmi les sphères de l’économie ou traverser les frontières avec une fluidité inédite. Mais au final le crédit doit être remboursé – et il n’est pas garanti que cet argent sera investi dans la production ou qu’il génèrera assez de profit pour rembourser le crédit. La fièvre de l’accumulation qui pousse les banques et les institutions financières à emprunter afin de prêter, les lie ainsi entre elles par des chaînes de crédit et de dette.</p>
<p>Ces dernières années virent l’implication de nombreuses firmes non-financières dans le crédit – par exemple, la moitié des profits de General Electrics avant la crise venaient de ses opérations financières.<a href="#_ftn37" name="_ftnref37"><sup><strong>[37]</strong></sup></a> La croissance de la finance repose sur l’hypothèse que l’accumulation et la génération de profits vont continuer, et qu’il n’y aura pas de crise généralisée qui provoquera un rappel de toutes les dettes en même temps. Selon Marx:<br />
<em>« la chaîne des engagements pour les paiements aux différentes échéances sera brisée en mille endroits et le crédit sera ébranlé. Il y aura des crises violentes, des chutes de prix inattendues et une diminution effective de la reproduction. »</em><a href="#_ftn38" name="_ftnref38"><sup><strong>[38]</strong></sup></a></p>
<p>Il existe un autre aspect de la croissance de la finance. Marx parle des “absurdités inhérentes” au capital productif d’intérêts<a href="#_ftn39" name="_ftnref39"><sup><strong>[39]</strong></sup></a> qui semble grandir comme par magie en recevant des paiements sous forme d’intérêts; du point de vue du prêteur d’argent, c’est comme si le besoin d’exploiter le travail vivant avait disparu. Par le simple fait de posséder du capital, le capitaliste semble acquérir automatiquement le droit à une portion de la plus-value. Partant de là, n’importe quel flux de revenus peut être traité de manière similaire. C’est le cas, par exemple, des obligations émises par les banques centrales ou les entreprises, qui assurent à leur détenteur le paiement d’une somme fixe à intervalles réguliers. Les actions échangées sur le marché boursier se distinguent des obligations car elles représentent une part dans une entreprise et paient un dividende à leur détenteur, mais elles aussi peuvent être considérées comme un bien qui donne le droit à un flux de revenus. Ces bouts de papier qui revendiquent de la richesse sont des exemples de ce que Marx appelle le “capital fictif”.<br />
Marx cite trois caractéristiques du capital fictif. Premièrement, nous l’avons déjà noté, il se revendique un flux de revenu qui peut être traité comme de l’intérêt. Deuxièmement, lorsque ces revendications se font sur du capital réel, en <u>apparence </u>le capital semble avoir doublé. Par exemple, si j’achète une action d’une entreprise et que l’entreprise utilise cette argent pour un investissement, l’argent investi dans les machines et la force de travail est du capital “réel”. Le papier qui entre mes mains me donne un droit sur une partie des profits qui en découlent, mais il reste en lui-même du capital fictif. Le capital n’existe pas en double. Enfin, le capital fictif s’échange selon <u>ses propres lois de mouvement</u>,<a href="#_ftn40" name="_ftnref40"><sup><strong>[40]</strong></sup></a> ce qui en fait un véhicule idéal pour la spéculation. Il ouvre aux bulles la possibilité de se développer lorsque les investisseurs font hausser le prix de certains biens en se basant sur la prédiction d’un revenu futur, ou simplement pour parier sur une hausse supplémentaire des prix. Comme le capitalisme, dans sa réalité, se base toujours sur l’extraction de la plus-value des travailleurs, les marchés de capital fictif peuvent perdre le contact avec le processus sous-jacent de production de valeur.</p>
<p>Ce phénomène est d’autant plus susceptible d’arriver durant les périodes ou la profitabilité est faible dans l’économie “réelle”. Marx écrit que la baisse du taux de profit “provoque en même temps la fraude, en encourageant l&rsquo;application incertaine de nouvelles méthodes de production, les engagements hasardés de nouveaux capitaux, en un mot les aventures qui offrent la chance de recueillir un profit exceptionnel ”.<a href="#_ftn41" name="_ftnref41"><sup><strong>[41]</strong></sup></a> En effet, les marchés de capital fictif ont vécu une croissance et une diversification énormes ces dernières décennies, se détachant de plus en plus de la production non sans avoir intégré des entreprises engagées dans la production. Trois aspects importants sont la “titrisation”, la croissance des marchés de produits dérivés ainsi que l’émergence de la “finance de l’ombre”.</p>
<p>Un exemple de tritrisation est l’émission par les banques d’obligations adossées à des actifs (collateralised debt obligations &#8211; CDO), qui prit son envol vers la fin des années 1980 et occupait une place de premier plan au moment de la crise. Les CDO sont créés à partir de portfolios de dettes concoctés par les banques et dont les droits de propriété sont transférés à un fond commun de créance (special purpose vehicle &#8211; SPV), une compagnie temporaire formée spécialement. Ce SPV émet ensuite des obligations qui sont vendues à des investisseurs. Le procédé se nomme titrisation car les obligations sont un exemple de fonds mobilier (un bien financier échangeable). Dans les faits, le remboursement de la dette agit comme un flux de revenus pour les investisseurs ultimes;  en ce qui concerne la banque, elle a revendu sa dette et peut utiliser l’argent récupéré pour émettre plus de prêts. De plus, ceux qui organisent le processus touchent des honoraires importants. Avant 2007, les “tranches” les plus toxiques des obligations émises par les SPV, et donc celles qui attiraient le plus de spéculateurs, contenaient de nombreux prêts subprime. Le nombre de CDOs émis globalement augmenta d’une valeur de $68 milliards en 2000 à $521 milliards en 2006.<a href="#_ftn42" name="_ftnref42"><sup><strong>[42]</strong></sup></a> Selon un rapport récent du parlement européen: “La titrisation a amplifié les effets de la crise en contribuant à allonger les chaînes de médiation, en créant des conditions dans lesquelles les motivations et les intérêts des participants à une chaîne de titrisation étaient mal alignés, en augmentant  la dépendance à l’égard des modèles mathématiques et des évaluations de risque extérieures et enfin en augmentant les risques systémiques, qu’ils soient individuels ou bancaires.”<a href="#_ftn43" name="_ftnref43"><sup><strong>[43]</strong></sup></a></p>
<p>Alors que les marchés de CDO sont loin d’avoir retrouvé leur niveau d’avant la crise, on a pu observer une hausse notable des émissions de “collateralised loan obligations” (CLOs), en particulier ceux associés à des emprunts commerciaux, et qui furent émis à hauteur de $100 milliards en 2017. Cette croissance récente n’est pas simplement provoquée par les banques mais reflète la “recherche du rendement” parmi des investisseurs confrontés à des taux d’intérêt maintenus artificiellement bas (je développe ce point ci dessous).<a href="#_ftn44" name="_ftnref44"><sup><strong>[44]</strong></sup></a></p>
<p>Une croissance explosive des produits dérivés accompagna la titrisation. Ce sont des biens dont la valeur évolue suivant celle d’un autre bien sous-jacent. Par exemple, une couverture de défaillance (ou Credit default swap &#8211; CDS) promet une récompense à son détenteur en cas de défaillance sur une dette en question, en échange de quoi ce dernier doit payer une petite somme régulière à la contrepartie. Ceci peut constituer une forme d’assurance, une “couverture” contre un risque. Cependant, les produits dérivés peuvent être achetés et vendus pour des raisons purement spéculatives &#8211; par des gens qui ne sont pas exposés au risque de défaillance de cette dette mais qui souhaitent simplement parier sur les évènements futurs.<a href="#_ftn45" name="_ftnref45"><sup><strong>[45]</strong></sup></a> Juste avant la crise, le marché des produits dérivés était dominé par les contrats de taux d’intérêt (qui sont “encaissés” lorsque les taux changent), suivis par les CDS.<a href="#_ftn46" name="_ftnref46"><sup><strong>[46]</strong></sup></a>  Les produits dérivés n’ont pas non plus retrouvé les sommets qu’ils avaient atteint avant la chute de Lehman Brothers en 2008, mais leur croissance n’a pas complètement été inversée. Durant les six premiers mois de 2017, la valeur marchande brute des produits dérivés “sur la table” (l’argent nécessaire pour les remplacer aux prix du marché) était de $12690 milliards, plus ou moins identique à celle de 2007.<a href="#_ftn47" name="_ftnref47"><sup><strong>[47]</strong></sup></a></p>
<p>En plus de ces tendances, les décennies récentes virent l’émergence de la finance de l’ombre. Il s’agit d’institutions financières qui prêtent et empruntent de l’argent sans être des banques traditionnelles, échappant ainsi à la régulation bancaire. Les gros bras de ce secteur sont les fonds spéculatifs, les fonds monétaires, les trusts d’investissement immobilier, les courtiers et les véhicules de financement structuré. Au moment de la crise, la finance de l’ombre, mesurée par ses biens financiers, était probablement plus grande que le secteur bancaire traditionnel dans les économies avancées du nord. La finance de l’ombre fut affectée par la crise, mais elle a retrouvé son rythme de croisière en 2011, et sa valeur totale en 2016 était bien plus importante que sa valeur d’avant la crise (figure 8).</p>
<p><strong>Figure 8: Finance de l&rsquo;ombre: estimations des « autres intermédiaires financiers »<br />
Source: FSB, 2017 www.fsb.org/wp-content/uploads/global-shadow-banking-monitoring-report-2016.pdf</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig8.jpg" /><br />
Une partie de la croissance du système financier depuis les années 1980 était liée à de l’accumulation réelle, mais sa majeure partie ne faisait que nourrir des séries de bulles spéculatives. Celles-ci incluent la bulle internet des firmes technologiques dans les années 1990, les bulles immobilières en Grande-Bretagne, en Espagne, en Irlande et en Chine, ainsi que le super cycle des marchandises mentionné plus tôt. Elles sont les manifestations d’une immense bulle de crédit sous-jacente. Wolf n’hésite pas à décrire le système “plus grand et plus risqué” qui se développe comme une “machine de l’apocalypse”<a href="#_ftn48" name="_ftnref48"><sup><strong>[48]</strong></sup></a>. L’expansion du crédit (souvent décrite comme un keynésianisme privatisé) permit simultanément de camoufler et de reporter les problèmes du capitalisme à partir des années 1980,<a href="#_ftn49" name="_ftnref49"><sup><strong>[49]</strong></sup></a> mais au prix de créer un système financier grotesquement surdimensionné qui pourrait finir par exploser dans une crise. Le fait que la longue dépression fit ses premiers pas dans le secteur financier mena de nombreux commentateurs à l’identifier comme une simple crise financière. Mais le contexte d’un taux de profit tamisé est crucial pour comprendre ce qui s’est passé.<a href="#_ftn50" name="_ftnref50"><sup><strong>[50]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 9: Dette globale depuis la crise<br />
AEs = économies avancées; EMEs = économies émergentes</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig9.jpg" /></p>
<p>Certains ont cru que la crise de 2008-2009 permettrait de rééquilibrer l’économie en la débarrassant de sa dépendance envers la finance, mais cela ne s’est pas concrétisé. Mais l’expansion du crédit a, dans le meilleur des cas, été stabilisée dans les économies les plus avancées alors qu’elle poursuit son expansion dans de nombreux pays de l’hémisphère sud (figure 9). Les dimensions du système financier font que chaque nouvelle vague de panique est amplifiée et transmise globalement. Par exemple, une chute important des marchés boursiers eut lieu au début 2016 en réponse à l’annonce fin 2015 d’une hausse des taux d’intérêts US; les actions boursières des banques européennes dévissèrent au printemps 2016 sous l’effet de taux d’intérêts négatifs et d’inquiétudes sur la qualité des prêts détenus. La période de l’été 2015 au printemps 2016 fut turbulente sur les marchés boursiers chinois, qui occupent désormais une place assez centrale dans le capitalisme global pour entraîner les marchés boursiers américains dans leur chute.<a href="#_ftn51" name="_ftnref51"><sup><strong>[51]</strong></sup></a> Un nouveau cycle de turbulences en février 2018 reflétait des craintes d’une politique monétaire plus serrée aux USA et dans d’autres régions du globe.</p>
<h3><strong>Fragilité politique</strong></h3>
<p>Il faut ajouter une autre source d’instabilité à ce fragile édifice, à savoir la tourmente politique provoquée par la récession. Déjà avant la crise, le consensus entre les partis de centre-gauche et ceux de centre-droit autour des politiques néolibérales conduisait à un rejet grandissant de la politique traditionnelle, et les électeurs se tournaient de plus en plus vers des alternatives radicales de droite et de gauche. Il est désormais clair que la réponse des classes dominantes à la crise &#8211; réponse qui vise à protéger le système au détriment de ceux qui y vivent, en particulier en essayant de socialiser la crise à travers l’austérité &#8211; a accéléré ce processus.<br />
Une conséquence fut la réticence des électeurs à l’idée de suivre fidèlement les directives prononcées par les milieux dirigeants. Des évènements comme le Brexit, auquel s’opposèrent chacun des principaux partis du parlement, la quasi-totalité des grandes banques et entreprises ainsi que la majorité des institutions du capitalisme mondial et européen, lancent un défi majeur à la classe dirigeante. Le caractère volatile de la période se manifeste jusqu’en Allemagne, supposée être le coeur stable du capitalisme européen. Aux élections de 2017, les sociaux-démocrates du SPD et les chrétiens démocrates du CDU, les deux partis majeurs, n’obtinrent entre eux que la moitié du total des suffrages, comparé aux trois quarts en 1990. La formation d’extrême droite Alternative Fur Deutschland (AfD) fit une percée importante.</p>
<p>L’ascension de Donald Trump à la présidence de ce qui reste la plus grande puissance économique et politique du monde constitue un danger encore plus prononcé pour la stabilité globale. Trump constitue une triple menace. Premièrement, par la possibilité d’une toxification encore plus marquée de la scène géopolitique globale &#8211;  comme le montrent le bombardement de la Syrie et les tensions dans la péninsule coréenne. “La guerre”, écrivit Wolf dans son évaluation plutôt enthousiaste de l’économie mondiale en janvier 2018, “est le plus grand risque politique pour l’économie”.<a href="#_ftn52" name="_ftnref52"><sup><strong>[52]</strong></sup></a></p>
<p>Deuxièmement, Trump compromet de manière significative la possibilité d’une coopération globale entre les grandes puissances occidentales. Wolf, encore lui, saisit bien les inquiétudes de larges sections de la classe dirigeante:<br />
« Qu’en est-il de la coopération globale? Dans ce domaine … nous avons vu des évolutions significatives [en 2017]. Une de ces évolutions est représentée par la décision de Mr Trump de sortir de l’accord de partenariat transpacifique [Trans-Pacific Partnership, TPP], dans lequel des alliés des USA comme la Japan avaient tant investi, et de renégocier les accords de libre-échange nord-américain NAFTA. Une autre fut la décision de sortir de l’accord de Paris sur le climat… Ces développements politiques ont fracturé l’occident en tant qu’entité idéologiquement cohérente. La coopération proche entre les pays à hauts revenus était principalement une création de la volonté et de la puissance des USA. Le centre de cette puissance réfute désormais les valeurs et les intérêts perçus qui soulignent cette idée. Cela change à peu près tout. »<a href="#_ftn53" name="_ftnref53"><sup><strong>[53]</strong></sup></a></p>
<p>Cela ne signifie pas nécessairement la fin de l’ère de la mondialisation, qui est un processus multidimensionnel qui comprend des chaînes de valeur globales et complexes où le processus de production des multinationales s’étend à travers les frontières ainsi que des flux financiers qui, comme nous l’avons vu, n’ont pas l’air d’avoir diminué. Cependant, l’engagement historique des gouvernements américains d’après-guerre envers le libre-échange global à travers des institutions comme l’organisation mondiale du commerce [OMC] et, plus récemment, des accords de libre-échange régionaux, semble vaciller.<a href="#_ftn54" name="_ftnref54"><sup><strong>[54]</strong></sup></a> La décision de l’administration Trump en janvier d’imposer des taxes d’importation sur les panneaux solaires et les machines à laver est un signe de la nouvelle humeur de la Maison Blanche. Notamment, les taxes ne touchent pas exclusivement la Chine &#8211; les plus grand exportateurs de machines à laver vers les USA sont le Vietnam, la Thailande et la Corée du Sud alors que les plus grands exportateurs de panneaux solaires sont la Malaisie, la Corée du Sud et le Vietnam. Trump ne s’en contenta pas et cette annonce fut suivie par une autre, celle de l’imposition d’une taxe sur les importations d’acier à hauteur de 25% et d’aluminium à un taux de 10%, provoquant des menaces de représailles de la part de l’UE et de la Chine ainsi que la démission de son conseiller économique Gary Cohn.</p>
<p>Il y a aussi la question des énormes réductions d’impôts décidées par Trump. Leur effet immédiat fut de catapulter les marchés financiers dans la stratosphère, mais selon Christine Lagarde, alors que “les réformes fiscales américaines auront certainement un effet positif sur le court terme, elles constituent également des risques sérieux pour les USA et d’autre pays… Elles impactent la vulnérabilité financière, en particulier au vu des prix élevés des produits financiers à travers le monde et la facilité d’obtenir du financement”.<a href="#_ftn55" name="_ftnref55"><sup><strong>[55]</strong></sup></a></p>
<h3><strong>Incertitudes</strong></h3>
<p>L’aspect incertain de cette relance post-récession est dû à sa dépendance envers le support de l’état. Lorsque la crise éclata, cette dernière pris l’apparence de la Grande Dépression des années 1930, et l’économie adopta une trajectoire similaire durant l’année qui suivit la chute de Lehman Brothers. Cependant, de nombreuses interventions étatiques ont permis de tirer l’économie globale de son malaise (figure 10).</p>
<p>Les signes les plus visibles des interventions de l’état furent les renflouages de banques orchestrés dans de nombreux pays. Même si ces opérations semblaient être à grande échelle, les sommes d’argent ainsi dépensées et le coût net aux états restait souvent relativement modeste.<a href="#_ftn56" name="_ftnref56"><sup><strong>[56]</strong></sup></a> Par contre, le plans de relances concoctés par plusieurs gouvernements s&rsquo;avéraient plus significatifs (figure 11). Une conséquence importante de ces dramatiques interventions de l’état &#8211; en plus de la chute des revenus fiscaux et de l’augmentation des dépenses sociales &#8211; fut de créer une pression insupportable sur les plus faibles de ces économies qui avaient été exposées à l’implosion financière, en particulier dans le sud et l’est de l’Europe.<a href="#_ftn57" name="_ftnref57"><sup><strong>[57]</strong></sup></a> Ceci transforma la crise financière et la récession qui la suivit en une crise de la dette souveraine européenne qui commença vers la fin 2009 et dont les effets se font toujours sentir; le secteur bancaire italien montre des signes grandissants de fragilité et détiendrait €224.2 milliards de prêts non-performants selon les données de la banque centrale européenne (BCE).<a href="#_ftn58" name="_ftnref58"><sup><strong>[58]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 10: Production industrielle globale durant deux crises (pic pré-crise = 1)</strong></p>
<p><img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig10.jpg" /></p>
<p><strong>Figure 11: Stimulus économique en pourcentage du PIB</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig11.jpg" /></p>
<p>D’une certaine manière, ce sont les banques centrales qui ont pris les mesures les plus importantes pour mitiger l’impact de la crise.<a href="#_ftn59" name="_ftnref59"><sup><strong>[59]</strong></sup></a>  Les taux d’intérêts en vigueur dans les économies avancées furent diminués jusqu’à atteindre des niveaux quasi-nuls voire même négatifs (figure 12). Plusieurs banques centrales &#8211; la Federal Reserve américaine, la Banque d’Angleterre ou encore la BCE &#8211; ont lancé des programmes d’assouplissement quantitatif [Quantitative Easing, QE] ou, dans le cas du Japon, ont étendu des programmes existants. L’assouplissement quantitatif consiste en la création électronique de monnaie par les banques centrales qui utilisent cet argent pour acheter des produits financiers d’autres banques et institutions financières, visant en particulier les obligations souveraines.</p>
<p>Premièrement, cette politique inonde le marché de liquidités encourageant en principe le crédit. Deuxièmement, elle fait hausser les prix des obligations; ces dernières paient à leur porteur une somme fixe à intervalles régulier, donc si leur prix d’échange augmente, leur rendement &#8211; ou le retour sur investissement relatif au prix d’achat &#8211; diminue. Des rendements plus bas signifient un coût du crédit plus bas pour les émetteurs d’obligations. En dernière instance, l’assouplissement quantitatif doit être “défait” en revendant les obligations et détruisant (électroniquement) l’argent recoupé.</p>
<p><strong>Figure 12: Taux d&rsquo;intérêt directeurs<br />
source: données BIS</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig12.jpg" /></p>
<p>Par ces mécanismes, le capitalisme a été mis sous un régime de soins intensifs, qui a pris une forme particulièrement “financiarisée” &#8211; la figure 13 donne une idée du degré auquel les banques centrales on fait bondir les obligations durant les programmes d’assouplissement quantitatif. Ces mesures visaient essentiellement à assurer un flux de crédit aux entreprises en vue de faire repartir la production. Mais confrontée à des conditions de faible profitabilité, cette perspective ne s’est pas réalisée. L’accumulation rapide a lieu lorsque les investisseurs croient que la production sera profitable. Au lieu de cela, l’argent des programmes QE fut mis de côté par les banques ou canalisé vers des investissements financiers à haut rendement et à haut risque. Un rapport du Financial Times saisit la manière dont le renflouement financier a contribué à faire émerger de nouvelles bulles spéculatives à travers une “chasse au rendement”:</p>
<p>“Le QE… donna des liquidités à des investisseurs qui se retrouvèrent sans autre choix que de les placer dans des produits risqués. Les valeurs refuge se trouvaient dans les stocks traditionnels de valeur connus sous l’acronyme SWAG &#8211; les oeuvres d’art, l’or, l’argent et le vin. En 2012, une bulle SWAG s’était formée, mais elle se dégonfla à mesure que les craintes d’inflation reculaient et que la confiance en l’administration revenait. La pierre offrit un autre refuge &#8211; en particulier pour ceux qui s&rsquo;inquiétaient que leurs pays ne tolère pas trop leur richesse. Plusieurs marchés de l’immobilier jouent les premiers rôles malgré une croissance économique moribonde. Londres en particulier, un hôte classique des propriétaires étrangers, et Vancouver, la favorite de la communauté chinoise, ont connu des croissances dramatiques. L’archétype de la bulle classique semble se trouver dans les cryptomonnaies, en particulier le bitcoin. La technologie est nouvelle, emballante et potentiellement révolutionnaire. Mais la hausse d’une monnaie qui n’a ni valeur intrinsèque ni reconnaissance gouvernementale est à couper le souffle.»<a href="#_ftn60" name="_ftnref60"><sup><strong>[60]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 13: Evolution des bilans comptables des banques centrales<br />
source: Crédit Suisse, 2017</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig13.jpg" /></p>
<p>Les craintes autour de la relance de 2018 soulignent l’incertitude quant aux conséquences de l’arrêt de ces soins intensifs. La Fed américaine et sa présidente en fin de mandat Janet Yellen optèrent pour la prudence en diminuant graduellement l’assouplissement quantitatif et haussant les taux d’intérêt à petites doses tout en prévenant les marchés financiers avant chaque hausse. Son successeur Jerome Powell risque de se retrouver dans une situation plus difficile alors même que les craintes s’amplifient autour de l’exubérance des marchés financiers américains et le danger d’une reprise de l’inflation. Selon Larry Elliot, journaliste au Guardian, note qu’il “existe une inquiétude au sujet de la Fed qui semble avoir un train de retard, et qui pourrait se retrouver forcée de prendre des mesures plus dramatiques que ce à quoi les marchés se préparent”. Elliot ajoute que les politiques adoptées par les banques centrales en 2008-2009 “ont créé un gros danger moral”, avec des investisseurs sans scrupules persuadés que tout ralentissement sera accompagné par de nouvelles baisses des taux d’intérêt et plus d’assouplissement quantitatif.<a href="#_ftn61" name="_ftnref61"><sup><strong>[61]</strong></sup></a></p>
<p>Le renflouement financier ne s’est pas contenté de nourrir la spéculation &#8211; gonflant au passage les prix des biens détenus par les plus riches &#8211; mais a aussi remis à plus tard toute résolution des problèmes fondamentaux. Elliott indique le niveau de dépendance à l’égard du crédit, l’inégalité grandissante et le faible niveau des investissements, mais ceux-ci trouvent leur racines dans la question plus fondamentale du taux de profit. La prolifération des firmes “zombie” en est une manifestation, ce sont des firmes qui ne pourraient pas survivre sur un marché compétitif, mais qui parviennent à se tirer en avant sans faire de profits significatifs et sans investir. Les auteurs d’un rapport récent de l’OCDE écrivent:</p>
<p>Dans une économie de marché qui fonctionne bien, le processus de destruction créative oblige les entreprises peu performantes à améliorer leur efficacité ou à quitter le marché. Cependant, il existe des signes … qui indiquent que ce processus subit un ralentissement et de nombreux facteurs pointent vers la dimension politique de ce problème. Celle-ci inclut des faiblesses dans la politique structurelle (par exemple des régimes de faillite peu efficaces), l’abstention des banques, une politique monétaire peu rigoureuse, des systèmes bancaires compromis et la persistance des aides accordées aux PME depuis la crise.<a href="#_ftn62" name="_ftnref62"><sup><strong>[62]</strong></sup></a></p>
<p>Ils ajoutent que les firmes zombie ont tendance à être des entreprises plus grandes et plus anciennes, ce qui pourrait signifier que ce sont celles qui ont le plus de chances de recevoir une aide de l’état. Le rapport estime que 7.5% du capital au Royaume-Uni est investi dans des firmes zombie, et le taux grimpe à 19% pour l’Italie.<a href="#_ftn63" name="_ftnref63"><sup><strong>[63]</strong></sup></a></p>
<p>Un rapport de la banque des règlements internationaux dit aussi:<br />
“La faiblesse de l’investissement ces dernières années a coïncidé avec un ralentissement de la croissance de la productivité. Depuis 2007, la croissance de la productivité ralentit… Un élément potentiel derrière ce déclin est la persistance d’une mauvaise allocation du capital et du travail, comme le montre la part grandissante des firmes non profitables. En effet, la part des firmes zombie &#8211; dont les dépenses en intérêt dépassent leurs revenus avant intérêt et impôts &#8211; a augmenté de manière significative malgré le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt. »<a href="#_ftn64" name="_ftnref64"><sup><strong>[64]</strong></sup></a></p>
<p>Un graphique montre que le taux d’entreprises zombie a cru à travers les grandes économies de 6% en 2007 à plus de 10% en 2015.<a href="#_ftn65" name="_ftnref65"><sup><strong>[65]</strong></sup></a><br />
Si l’effet long terme d’une élimination des firmes zombie serait bien une hausse du taux de profit, de l’investissement, de la productivité et enfin de la croissance, le danger est que sur le court terme, un tel événement pourrait bien replonger l’économie dans un état récessif. Selon un analyste de la Bank of America, « le support monétaire de ces cinq dernières années en Europe a permis à des entreprises à faible profitabilité de continuer à racheter leur dette et à éviter les défaut… Ceci nous conforte dans notre affirmation que la BCE sera probablement très lente à retirer son stimulus extraordinaire durant les 18 prochains mois ».<a href="#_ftn66" name="_ftnref66"><sup><strong>[66]</strong></sup></a></p>
<p><strong>Figure 14: Faillites mondiales d&rsquo;entreprises (dette en $ milliards)<br />
source: S&amp;P, 2017</strong><br />
<img decoding="async" src="https://isj.org.uk/wp-content/old-site-images/158/choonara_fig14.jpg" /><br />
Il existe déjà des preuves de l’impact de la hausse modeste des taux d’intérêt et de la réduction de l’assouplissement quantitatif. Les faillites d&rsquo;entreprises à une échelle mondiale ont atteint des en 2016 des sommets jamais vus depuis 2008. Ce palmarès est dominé par les faillites US, en particulier dans le secteur de l’énergie qui a subi de plein fouet les baisses de prix (figure 14).<a href="#_ftn67" name="_ftnref67"><sup><strong>[67]</strong></sup></a> Sur le long terme, ces processus peuvent ouvrir la voie à un nouveau cycle d’accumulation rapide et de croissance débridée. Mais il nous reste à parcourir beaucoup de perturbations et de bouleversements avant d’y arriver, et davantage encore de souffrances pour celles et ceux qui vivent et travaillent sous ce système.</p>
<h3><strong>Conclusion</strong></h3>
<p>La récession de 2008-2009 fut une crise du système longtemps reportée, préparée par une période de profitabilité faible, par des modèles de financiarisation dysfonctionnels et par les actions des états. Le fait qu’on ne lui permit pas de se développer en une récession comparable à celle des années 1930 nous donna droit à une longue dépression &#8211;  une période prolongée de croissance faible et hésitante.</p>
<p>La période actuelle représente le début d’une nouvelle étape de ce processus. De nombreux commentateurs estiment qu’après de nombreux faux départs, nous voyons enfin le début de la fin de la crise. Mais d’autres voix rejettent cet optimisme. Summers, qui a ressuscité la notion de stagnation séculaire, allait plus loin en février dernier, déclarant: “une récession arrivera dans les prochaines année et nous aurons d’une certaine manière déjà tiré les canons des politiques monétaire et fiscale. Ceci indique que la prochaine récession pourrait durer plus longtemps”.<a href="#_ftn68" name="_ftnref68"><sup><strong>[68]</strong></sup></a></p>
<p>Alors que nos dirigeants commencent à retirer leur support au capitalisme, ils auront de bonnes chances de voir les problèmes sous-jacents et non réglés de leur système refaire irruption à la surface. Le capitalisme mondial et ceux qui visent à le diriger vivent donc un moment périlleux. C’est aussi le moment pour celles et ceux d’entre nous qui sont hostiles au système de redoubler d’efforts pour le défier.</p>
<h5 class="author-meta">Joseph Choonara</h5>
<h6>Traduit de l&rsquo;anglais par Dimitris Daskalakis et Jad Bouharoun</h6>
<p><strong>Références: </strong><br />
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<p>Zhang, Longmei, 2016, “Rebalancing China: Progress and Prospects”, IMF working paper, WP/16/183.</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup>[1]</sup></a> C’est le terme utilisé par Michael Roberts pour décrire la période prolongée de crise et de faible croissance dans son livre paru en 2016 chez Haymarket –  « The long depression »<br />
<a href="#_ftnref2" name="_ftn2"></a></p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup>[2]</sup></a> Il n’existe de pas de définition universellement acceptée de ce qui constitue une « récession globale ». Avant 2009, les économistes parlaient souvent de « récession globale » lorsque la croissance mondiale annuelle chutait sous les 2.5 ou 3%. Après 2009, le FMI définit la récession globale comme une période de croissance négative pour l’économie mondiale – comme en 1975, 1982, 1991 et, d’une manière autrement plus dévastatrice, en 2009. FMI, 2009.<br />
<a href="#_ftnref3" name="_ftn3"></a></p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup>[3]</sup></a> Bullard, Silvia et Iqbal, 2017.<br />
<a href="#_ftnref4" name="_ftn4"></a></p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup>[4]</sup></a> Summers, 2016 et Lagarde, 2014.<br />
<a href="#_ftnref5" name="_ftn5"></a></p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup>[5]</sup></a> Davies, 2018.<br />
<a href="#_ftnref6" name="_ftn6"></a></p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup>[6]</sup></a> Choonara, 2010.<br />
<a href="#_ftnref7" name="_ftn7"></a></p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7"><sup>[7]</sup></a> Sharma, 2017.<br />
<a href="#_ftnref8" name="_ftn8"></a></p>
<p><a href="#_ftnref8" name="_ftn8"><sup>[8]</sup></a> Bhalla, 2002.<br />
<a href="#_ftnref9" name="_ftn9"></a></p>
<p><a href="#_ftnref9" name="_ftn9"><sup>[9]</sup></a> J’utilise les estimations pour le secteur privé ajustées pour l’inflation, avec le coût historique du capital fixe comme dénominateur. Voir p.84 de Kliman, 2011. Pour d’autres estimations, voir p.66 de Shaikh, 2016.<br />
<a href="#_ftnref10" name="_ftn10"></a></p>
<p><a href="#_ftnref10" name="_ftn10"><sup>[10]</sup></a> Wien, 2010.<br />
<a href="#_ftnref11" name="_ftn11"></a></p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11"><sup>[11]</sup></a> Celles et ceux qui ne sont pas familiers avec l’économie marxiste peuvent consulter en Français le livre de Ben Fine et Saad-Filho, 2012, « Ca-pi-tal ! Introduction à l’économie politique de Marx » (Raisons d’agir)<br />
<a href="#_ftnref12" name="_ftn12"></a></p>
<p><a href="#_ftnref12" name="_ftn12"><sup>[12]</sup></a> Les choses sont un peu plus complexes dans la réalité, en particulier car le capital fixe perd souvent de sa valeur au cours du processus de compétition capitaliste décrit ci-après. Cette question et la question générale du taux de profits sont discutés pp.64-72, Choonara 2017.<br />
<a href="#_ftnref13" name="_ftn13"></a></p>
<p><a href="#_ftnref13" name="_ftn13"><sup>[13]</sup></a> Voir Roberts, 2017.<br />
<a href="#_ftnref14" name="_ftn14"></a></p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14"><sup>[14]</sup></a> Marx, Le Capital tome 3 https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_14.htm<br />
<a href="#_ftnref15" name="_ftn15"></a></p>
<p><a href="#_ftnref15" name="_ftn15"><sup>[15]</sup></a> Voir par exemple Carchedi, 2011, Roberts, 2016et Shaikh, 2016. Pour une vue alternative, voir Kliman, 2011.<br />
<a href="#_ftnref16" name="_ftn16"></a></p>
<p><a href="#_ftnref16" name="_ftn16"><sup>[16]</sup></a> Voir Choonara, 2017, et Harman, 2009.<br />
<a href="#_ftnref17" name="_ftn17"></a></p>
<p><a href="#_ftnref17" name="_ftn17"><sup>[17]</sup></a> Kliman, 2011.<br />
<a href="#_ftnref18" name="_ftn18"></a></p>
<p><a href="#_ftnref18" name="_ftn18"><sup>[18]</sup></a> Par example, Harvey, 2010.<br />
<a href="#_ftnref19" name="_ftn19"></a></p>
<p><a href="#_ftnref19" name="_ftn19"><sup>[19]</sup></a> Callinicos, 2014. Voir aussi Callinicos et Choonara, 2016.<br />
<a href="#_ftnref20" name="_ftn20"></a></p>
<p><a href="#_ftnref20" name="_ftn20"><sup>[20]</sup></a> Marx, « Manuscrits de 1857-1858 ou <em>Grundrisse</em> » https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/grundrisse/ch15.htm<br />
<a href="#_ftnref21" name="_ftn21"></a></p>
<p><a href="#_ftnref21" name="_ftn21"><sup>[21]</sup></a> La concentration signifie la formation de grandes unités de capital par un processus d’accumulation sur le long terme alors que la centralisation se manifeste par des fusions et acquisitions entre les firmes capitalistes – voir Marx, Le Capital tome 1, chapitre 15 https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm<br />
<a href="#_ftnref22" name="_ftn22"></a></p>
<p><a href="#_ftnref22" name="_ftn22"><sup>[22]</sup></a> Les données du recensement des entreprises US en 2007 donne une idée de l’ampleur du phénomène : les 8 firmes les plus grandes de l’industrie chimique génèrent le quart du total de la valeur ajoutée du secteur, alors que leurs équivalentes dans le domaine de la production de produits numériques et électroniques génèrent les deux tiers de la valeur ajoutée. Les 8 firmes les plus grandes du secteur de la vente au détail et des télécommunications reçoivent les deux tiers des revenus de leurs secteurs respectifs. Dans le domaine des banques commerciales et dans celui des médias, le chiffre oscille autour des 50%. La conférence des Nations unies sur le commerce et le développement [CNUCED] rapporte qu’en 2010, la valeur totale générée par les multinationales représentait plus du quart du PIB mondial. CNUCED, 2011.<br />
<a href="#_ftnref23" name="_ftn23"></a></p>
<p><a href="#_ftnref23" name="_ftn23"><sup>[23]</sup></a> Le terme de “destruction créative” utilisé dans ce contexte n’est pas exclusif aux économistes marxistes. Il a été introduit par Joseph Schumpeter : « la destruction créative est le fait essentiel du capitalisme. C’est en quoi consiste le capitalisme, et c’est avec quoi tout capitaliste doit apprendre à vivre » Schumpeter, 2003.<br />
<a href="#_ftnref24" name="_ftn24"></a></p>
<p><a href="#_ftnref24" name="_ftn24"><sup>[24]</sup></a> Evidemment, l’économie US a subit un certain degré de restructuration sous la pression de la compétition mondiale, et ceci a bien pu améliorer quelque peu le taux de profit. Voir Harman, 2007 et Harman, 2001.<br />
<a href="#_ftnref25" name="_ftn25"></a></p>
<p><a href="#_ftnref25" name="_ftn25"><sup>[25]</sup></a> Harman, 2009 et Choonara, 2017.<br />
<a href="#_ftnref26" name="_ftn26"></a></p>
<p><a href="#_ftnref26" name="_ftn26"><sup>[26]</sup></a> Sur le régime néolibéral, voir Callinicos, 2012.<br />
<a href="#_ftnref27" name="_ftn27"></a></p>
<p><a href="#_ftnref27" name="_ftn27"><sup>[27]</sup></a> Cité dans Jenkins, 2016.<br />
<a href="#_ftnref28" name="_ftn28"></a></p>
<p><a href="#_ftnref28" name="_ftn28"><sup>[28]</sup></a> En comparaison, le ratio de la formation de capital fixe et du PIB était autour de 13% en Grande Bretagne en 1875.<br />
<a href="#_ftnref29" name="_ftn29"></a></p>
<p><a href="#_ftnref29" name="_ftn29"><sup>[29]</sup></a> Wolf, 2016.<br />
<a href="#_ftnref30" name="_ftn30"></a></p>
<p><a href="#_ftnref30" name="_ftn30"><sup>[30]</sup></a> La croissance explosive de la Chine s’est accompagnée par une tendance à la hausse de la composition organique du capital. En 1990 la quantité de capital par travailleur en Chine (soit le ratio travail mort/travail vivant) représentait moins d’un vingtième de la valeur US ; en 2014 elle était autour du quart et en croissance rapide (voir Zhang, 2016.) Les pays qui parviennent à pénétrer les marchés capitalistes mondiaux peuvent profiter d’un taux de profit élevé, se basant sur un taux d’exploitation élevé et une productivité grandissante, ce qui leur permet d’augmenter leur survaleur relative à échelle mondiale au fur et à mesure qu’ils se saisissent de marchés à l’export. Avec le temps, la croissance de la composition organique du capital ainsi que leur intégration grandissante dans le système mondial accompagnés parfois de la perte de « l’avantage » des bas salaires devant des rivaux aux salaires encore plus bas, tout ceci commence à exercer une pression à la baisse sur les taux de profit. Pour Minqi Li, le Japon a subit une baisse de son taux de profit après sa percée initiale et la Chine pourrait bien subir un sort similaire – voir Li, 2017. (même si j’ai mes désaccords avec la méthode utilisée par Li pour mesurer les taux de profit)<br />
<a href="#_ftnref31" name="_ftn31"></a></p>
<p><a href="#_ftnref31" name="_ftn31"><sup>[31]</sup></a> Voir Kliman, 2011. Quand à Shaikh, 2016, p466, il note une transformation plus générale durant les années d’Alan Greenspan à la tête de la Fed (1987-2006). Greenspan et ses successeurs ont eu tendance à faire baisser les taux d’intérêt quels que soient les niveaux généraux des prix – contrairement aux modèles en vigueur depuis la moitié du 19<sup>e</sup> siècle.<br />
<a href="#_ftnref32" name="_ftn32"></a></p>
<p><a href="#_ftnref32" name="_ftn32"><sup>[32]</sup></a> Cité dans Elliott, 2017; voir Zhang, 2016, p7 pour des estimations de risque de crédit.<br />
<a href="#_ftnref33" name="_ftn33"></a></p>
<p><a href="#_ftnref33" name="_ftn33"><sup>[33]</sup></a> Cooney, 2016.<br />
<a href="#_ftnref34" name="_ftn34"></a></p>
<p><a href="#_ftnref34" name="_ftn34"><sup>[34]</sup></a> Word Bank, 2017, p4, table 1.1.<br />
<a href="#_ftnref35" name="_ftn35"></a></p>
<p><a href="#_ftnref35" name="_ftn35"><sup>[35]</sup></a> Voir Fine, 2013.<br />
<a href="#_ftnref36" name="_ftn36"></a></p>
<p><a href="#_ftnref36" name="_ftn36"><sup>[36]</sup></a> https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_35.htm<br />
<a href="#_ftnref37" name="_ftn37"></a></p>
<p><a href="#_ftnref37" name="_ftn37"><sup>[37]</sup></a> Lohr, 2015.<br />
<a href="#_ftnref38" name="_ftn38"></a></p>
<p><a href="#_ftnref38" name="_ftn38"><sup>[38]</sup></a> https://www.marxists.org/archive/marx/works/1894-c3/ch15.htm<br />
<a href="#_ftnref39" name="_ftn39"></a></p>
<p><a href="#_ftnref39" name="_ftn39"><sup>[39]</sup></a> https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_28.htm<br />
<a href="#_ftnref40" name="_ftn40"></a></p>
<p><a href="#_ftnref40" name="_ftn40"><sup>[40]</sup></a> https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_28.htm<br />
<a href="#_ftnref41" name="_ftn41"></a></p>
<p><a href="#_ftnref41" name="_ftn41"><sup>[41]</sup></a> https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_14.htm#3<br />
<a href="#_ftnref42" name="_ftn42"></a></p>
<p><a href="#_ftnref42" name="_ftn42"><sup>[42]</sup></a> Norfield, 2016, p140. Les CDO étaient souvent considérés à tort comme des investissements sûrs, mêmes lorsqu’ils étaient basés sur des prêts subprime. Cette confiance était en partie due au fait qu’en cas d’insolvabilité des emprunteurs, les investisseurs récupéreraient des biens immobiliers dans un marché en plein boom. Mais les problèmes commencèrent en 2007 lorsque la baisse des prix de l’immobilier coïncida avec un grand nombre de faillites et de non-remboursements. Voir aussi Duménil et Lévy, 2011, pp185-194.<br />
<a href="#_ftnref43" name="_ftn43"></a></p>
<p><a href="#_ftnref43" name="_ftn43"><sup>[43]</sup></a> Delivorias, 2016, p14.<br />
<a href="#_ftnref44" name="_ftn44"></a></p>
<p><a href="#_ftnref44" name="_ftn44"><sup>[44]</sup></a> Rennison et Smith, 2017.<br />
<a href="#_ftnref45" name="_ftn45"></a></p>
<p><a href="#_ftnref45" name="_ftn45"><sup>[45]</sup></a> Voir Norfield, 2012.<br />
<a href="#_ftnref46" name="_ftn46"></a></p>
<p><a href="#_ftnref46" name="_ftn46"><sup>[46]</sup></a> Duménil et Lévy, 2011, p112.<br />
<a href="#_ftnref47" name="_ftn47"></a></p>
<p><a href="#_ftnref47" name="_ftn47"><sup>[47]</sup></a> Voir la publication BIS: www.bis.org/publ/otc_hy1711.pdf.<br />
<a href="#_ftnref48" name="_ftn48"></a></p>
<p><a href="#_ftnref48" name="_ftn48"><sup>[48]</sup></a> Wolf, 2010.<br />
<a href="#_ftnref49" name="_ftn49"></a></p>
<p><a href="#_ftnref49" name="_ftn49"><sup>[49]</sup></a> Selon Riccardo Bellofiore: “La grande modération néolibérale était une forme paradoxale de Keynésianisme financier privatisé. Au cœur du modèle anglo-saxon était la tentative de vaincre les tendances stagnatrices en transformant les “épargnants maniaques’’ en ‘’consommateurs endettés’’. Cette consommation ‘autonome’, nourrie par les crédits de la finance et des banques, était le moteur d’un capitalisme ‘nouveau’, dynamique mais non durable et manipulé par des politiques monétaires innovantes’’ —Bellofiore, 2014, p7.<br />
<a href="#_ftnref50" name="_ftn50"></a></p>
<p><a href="#_ftnref50" name="_ftn50"><sup>[50]</sup></a> Kliman, 2011, p14; Roberts, 2016, pp25-29. Voir aussi Choonara, 2009; 2014.<br />
<a href="#_ftnref51" name="_ftn51"></a></p>
<p><a href="#_ftnref51" name="_ftn51"><sup>[51]</sup></a> Popper et Gough, 2015.<br />
<a href="#_ftnref52" name="_ftn52"></a></p>
<p><a href="#_ftnref52" name="_ftn52"><sup>[52]</sup></a> Wolf, 2018a.<br />
<a href="#_ftnref53" name="_ftn53"></a></p>
<p><a href="#_ftnref53" name="_ftn53"><sup>[53]</sup></a> Wolf, 2018b.<br />
<a href="#_ftnref54" name="_ftn54"></a></p>
<p><a href="#_ftnref54" name="_ftn54"><sup>[54]</sup></a> Upchurch, 2018.<br />
<a href="#_ftnref55" name="_ftn55"></a></p>
<p><a href="#_ftnref55" name="_ftn55"><sup>[55]</sup></a> Cité dans Wearden et Elliott, 2018.<br />
<a href="#_ftnref56" name="_ftn56"></a></p>
<p><a href="#_ftnref56" name="_ftn56"><sup>[56]</sup></a> Voir Grossman et Woll, 2014.<br />
<a href="#_ftnref57" name="_ftn57"></a></p>
<p><a href="#_ftnref57" name="_ftn57"><sup>[57]</sup></a> Voir Lapavitsas et al, 2012.<br />
<a href="#_ftnref58" name="_ftn58"></a></p>
<p><a href="#_ftnref58" name="_ftn58"><sup>[58]</sup></a> Comfort, Salzano and Sirletti, 2018.<br />
<a href="#_ftnref59" name="_ftn59"></a></p>
<p><a href="#_ftnref59" name="_ftn59"><sup>[59]</sup></a> Les banques centrales, bien que formellement indépendantes des gouvernements dans la plupart des pays, sont de fait des quasi-institutions d’Etat. Certaines banques centrales sont moins exposées que d’autres à la manipulation directe du gouvernement, mais toutes partagent avec l’Etat en général une relation d’interdépendance systémique envers le capital. Wray, 2014<br />
<a href="#_ftnref60" name="_ftn60"></a></p>
<p><a href="#_ftnref60" name="_ftn60"><sup>[60]</sup></a> Authers et Manibog, 2017.<br />
<a href="#_ftnref61" name="_ftn61"></a></p>
<p><a href="#_ftnref61" name="_ftn61"><sup>[61]</sup></a> Elliott, 2018.<br />
<a href="#_ftnref62" name="_ftn62"></a></p>
<p><a href="#_ftnref62" name="_ftn62"><sup>[62]</sup></a> McGowan, Andrews and Millot, 2017.<br />
<a href="#_ftnref63" name="_ftn63"></a></p>
<p><a href="#_ftnref63" name="_ftn63"><sup>[63]</sup></a> McGowan, Andrews and Millot, 2017.<br />
<a href="#_ftnref64" name="_ftn64"></a></p>
<p><a href="#_ftnref64" name="_ftn64"><sup>[64]</sup></a> BIS, 2017, pp41-58.<br />
<a href="#_ftnref65" name="_ftn65"></a></p>
<p><a href="#_ftnref65" name="_ftn65"><sup>[65]</sup></a> BIS, 2017, p52.<br />
<a href="#_ftnref66" name="_ftn66"></a></p>
<p><a href="#_ftnref66" name="_ftn66"><sup>[66]</sup></a> Cité dans Verma, 2017.<br />
<a href="#_ftnref67" name="_ftn67"></a></p>
<p><a href="#_ftnref67" name="_ftn67"><sup>[67]</sup></a> S&amp;P, 2017.<br />
<a href="#_ftnref68" name="_ftn68"></a></p>
<p><a href="#_ftnref68" name="_ftn68"><sup>[68]</sup></a> S&amp;P, 2017.</p>
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		<title>Le chef-d’œuvre de Marx est toujours aussi pertinent:  150e anniversaire du « Capital »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Oct 2017 12:50:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce texte est d’abord paru sur Socialist Worker Le 14 septembre 1867, Le Capital de Karl Marx, livre I , a été publié à Hambourg. Marx a dit à un ami après avoir personnellement remis <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/le-chef-doeuvre-de-marx-est-toujours-aussi-pertinent-150e-anniversaire-du-capital/" title="Le chef-d’œuvre de Marx est toujours aussi pertinent:  150e anniversaire du « Capital »">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><em>Ce texte est d’abord paru sur <a href="https://socialistworker.co.uk/art/45326/Marxs+masterwork+is+as+relevant+as+ever">Socialist Worker</a></em></p>
<p>Le 14 septembre 1867, Le<em> Capital</em> de Karl Marx, livre I , a été publié à Hambourg. Marx a dit à un ami après avoir personnellement remis le manuscrit à l&rsquo;éditeur: « C&rsquo;est sans nul doute le plus épouvantable missile qui ait été lancé aux têtes de la bourgeoisie »(<em>Note par traducteur : Lettre de K. Marx à J. Ph. Becker, le 17 avril 1867</em> ).<br />
L’opinion dominante, exprimée par exemple dans les biographies de Marx récentes par Jonathan Sperber et Gareth Stedman-Jones, présente invariablement le <em>Capital </em>comme mort-né. Ils le décrivent comme un travail qui était dépassé quand il a été publié, et qui n&rsquo;a certainement rien à nous dire au XXIe siècle.<br />
Cela ne permet pas d&rsquo;expliquer pourquoi il y a un <a href="https://socialistworker.co.uk/art/45131/Capital+a+vampire+at+work">intérêt croissant</a> pour le <em>Capital</em> aujourd&rsquo;hui. Des conférences ont marqué son 150e anniversaire dans le monde entier. J&rsquo;ai participé à une l’entre elles au Brésil le mois dernier et je suis impliqué dans un autre cette semaine parrainée par le <em>King&rsquo;s College</em> de Londres. Le succès des cours sur YouTube sur le <em>Capital</em> par un autre participant, David Harvey, est un signe de l’envie contemporaine de comprendre la critique du capitalisme de Marx.<br />
<strong>Effondrement </strong><br />
<strong> </strong><br />
Après tout, le 14 septembre n&rsquo;était pas seulement le jour où le <em>Capital</em>, livre I, a été publié. C&rsquo;était aussi le 10ème anniversaire de la panique bancaire sur <em>Northern Rock</em>, lorsque les déposants ont fait la queue d&rsquo;attente à l&rsquo;extérieur des succursales de la banque pour retirer leurs fonds. C&rsquo;était la première panique bancaire sur une banque britannique depuis l’époque de Marx &#8211; l&rsquo;effondrement d’<em>Overend, Gurney &amp; Co</em> en 1866.<br />
La panique bancaire sur <em>Northern Rock</em> était le moment où la crise économique et financière mondiale devenait visible aux yeux nus. Nous vivons toujours avec les répercussions de cette crise. La confusion régnant dans les milieux capitalistes est clairs parmi les banques centrales telles que le Conseil de la Réserve fédérale des États-Unis et la Banque d&rsquo;Angleterre. Ils hésitent à oser augmenter les taux d&rsquo;intérêt au-dessus du niveau le plus bas qu&rsquo;ils ont atteints pendant la crise.<br />
Le <em>Capital</em> &#8211; pas seulement le livre I, mais les livre II et III édités par Frédéric Engels après la mort de Marx – permettait de réduire cette confusion. Le livre I surtout est le chef-d’œuvre de Marx. Il ne l’a achevé que sous le harcèlement incessant d’Engels, mais a lutté, comme il l’a dit à Engels, pour en faire un « ensemble artistique » (<em>Note par traducteur : Lettre de K. Marx à F.Engels, le 31 mai 1865 </em>).<br />
Certains passages dans le <em>Capital</em> &#8211; en particulier le premier chapitre, qu&rsquo;Engels l&rsquo;a poussé à réécrire pour rendre plus accessible &#8211; sont difficiles. Mais avec l&rsquo;aide de bons commentateurs &#8211; pas seulement Harvey, mais aussi Joseph Choonara dans son excellent « <em>Guide de lecture au Capital de Marx</em> » (<em>A Reader&rsquo;s Guide to Marx&rsquo;s Capital</em> ) &#8211; vous trouverez votre chemin à travers eux.<br />
<strong>Ingéniosité</strong><br />
<strong> </strong><br />
De plus, Marx n’a pas écrit pas ce livre dans le confort d&rsquo;une étude universitaire et d&rsquo;une chaire de professeur. Tout au long des années 1850 et 1860, quand il faisait ses principales études économiques, la famille de Marx luttait, parfois désespérément et irrémédiablement, avec la pauvreté.<br />
En outre, Marx écrivait le <em>Capital</em>, livre I, alors qu&rsquo;il s’engageait dans son travail politique le plus influent. Entre 1864 et 1872, il était l&rsquo;un des principaux dirigeants de l’Association internationale des travailleurs, ou Première Internationale. Il a dirigé l&rsquo;Internationale pour soutenir l’anti-esclavagisme de Nord dans la guerre civile américaine, le mouvement pour l&rsquo;indépendance irlandaise et la Commune de Paris de 1871.<br />
Les luttes ouvrières se sont reflétées dans le livre lui-même. Dans une lettre à Engels, Marx explique que, tout en se sentant malade et incapable de progresser avec la partie vraiment théorique, il écrivit ce qui est maintenant le chapitre X, « La Journée du travail » (<em>Note par traducteur : Lettre de K. Marx à F.Engels, le 10 février 1866 </em>). C&rsquo;est un portrait étonnant et toujours émouvant des méthodes d&rsquo;exploitation impitoyable des capitalistes dans l’époque victorienne. Mais aussi de la résistance collective des travailleurs qui forçaient des capitalistes à reculer et obtenaient une limitation légale de la journée de travail.<br />
Vous ne devez pas chercher plus loin pour voir pourquoi le <em>Capital</em> est encore un livre vivant. Il parle de notre monde, où les travailleurs combattent McDonald&rsquo;s, et bas salaires et les gangs de patron. Tant que le capitalisme survivra, le<em> Capital</em> survivra aussi.<br />
<strong> Alex Callinicos</strong><br />
<strong>Traduit de l&rsquo;anglais par Vincent Sung</strong></p>
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