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Le socialisme en temps de pandémie

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Cet article de Joseph Choonara, initialement paru le 22 mars 2020 dans le numéro 166 de la revue International Socialism, s'intéresse aux causes et à la nature de la crise provoquée par la pandémie de coronavirus Covid-19 et à ses conséquences sur le capitalisme contemporain. Nous en proposons ici une traduction, en espérant qu'elle soit utile au mouvement afin de s'orienter dans une période où la lutte de classe, loin d'être confinée, est plus que jamais menée par la classe dirigeante.

Il est tentant de voir les pandémies comme des phénomènes imprévisibles, comme des incursions cataclysmiques de la nature dans les sociétés humaines1Je remercie Alex Callinicos, Esme Choonara, Martin Empson, Charlie Kimber, Richard Donelly et John Parrington pour leurs commentaires sur les avant-projets de ce texte.. Pourtant l’apparition de la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) est tout sauf un phénomène « naturel ». Les épidémies et les pandémies apparaissent dans des contextes sociaux, politique et économique qui s’entremêlent avec des processus tels que la mutation des virus, leur passage d’un hôte à un autre et leurs répercussions sur les organismes vivants. La nature de la pandémie de Covid-19 ne peut par conséquent pas être comprise sans examiner attentivement le capitalisme dans sa configuration actuelle.

Mais surtout, une pandémie de cette ampleur aggrave les défaillances préexistantes du capitalisme. Fondamentalement, elle impose un choix : celui de défendre les profits ou de sauver des vies. À ce jour, c’est la défense des profits qui est la priorité absolue de ceux qui dirigent le système. Cet article examine la manière dont les pandémies se combinent avec la logique du capital et tente d’offrir quelques manières d’y répondre pour la gauche.

Le Covid-19

Le Covid-19 est provoqué par un « nouveau » virus  connu comme coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2 (SARS-CoV-2). Les coronavirus ont été découverts dans les années 1960 et peuvent affecter les humains de différentes manières2Les virus sont simplement des morceaux d’ADN ou ARN dans une capside protectrice, qui ne peuvent se reproduire que dans les cellules  d’un organisme vivant. Une fois infecté, le système immunitaire de l’hôte peut éventuellement s’adapter à un virus, et lui conférer l’immunité face à un pathogène spécifique. Cependant, le code génétique qui forme le virus peut subir une mutation créant ainsi des nouvelles formes du virus.. Certains sont bénins : les coronavirus font partie des centaines de causes potentielles du rhume banal. D’autres sont plus mortels : quand le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) est apparu en 2012, plus d’un tiers des 2 040 cas confirmé en laboratoire se sont avérés mortels3 WHO, 2017.. Le Covid-19 provoque, entre autres symptômes, de la fièvre et une toux sèche. Il peut conduire à une pneumonie, ce qui peut potentiellement être mortel, surtout pour les personnes âgées et celles et ceux qui ont des problèmes de santé sous-jacents. A l’heure où cet article est rédigé, le taux brut de mortalité ( le rapport entre le nombre recensé de morts et le nombre recensé de cas ) était, selon les estimation de l’ordre de 3 à 4 %. Celui de la grippe saisonnière gravite autour de 0,1%4WHO, 2020a. Le rapport entre le nombre des morts et le nombre de contaminations est probablement plus bas, parce que tous les cas de contamination qui ne sont pas recensés. Il y a aussi des fortes variations entre les différents pays, ce qui peut donner une idée de la mesure dans laquelle les systèmes de santé sont submergés.. Le coronavirus se propage à travers les gouttelettes qui sont éjectées dans l’air quand par exemple une personne infectée tousse et à travers le contact avec des surfaces contaminées.

Au niveau moléculaire, les coronavirus sont composés d’un ARN simple brin, ce qui signifie qu’ils peuvent muter rapidement : « Il a fallu huit millions d’années pour que le génome humain évolue de 1%. Plusieurs virus ARN chez les animaux peuvent évoluer de plus de 1% en seulement quelques jours »5Morens, Dazaket Taubenberger, 2020, pp1-2.. Comme c’est le cas pour de nombreux autres virus, les coronavirus se tapissent dans des populations animales “réservoirs”. La plupart des épidémies virales et des pandémies se produisent quand des nouveaux virus atteignent les humains par le biais d’une autre espèce animale, un processus appelé zoonose, et, à travers des mutations, réussissent à passer d’un humain à un autre. Quand un nouveau virus réussit ce saut, il rencontre une population humaine qui ne bénéficie pas d’immunité vis-à-vis de ce pathogène, ce qui  peut potentiellement avoir de conséquences dévastatrices.

La grippe est un bon exemple. Comme les coronavirus, la grippe est un virus composé d’un ARN simple brin. Ici ce sont les oiseaux d’eau, comme les canards et les oies, qui jouent le rôle du réservoir. La grippe est largement présente dans ces populations aviaires mais, au sein de ces hôtes, conduit à des symptômes relativement légers – surtout des troubles digestifs qui amènent les oiseaux à répandre le virus par excrétion6Le virus continue à muter au sein des oiseaux. Cependant sa forme bénigne et le fait qu’il se répand facilement diminuent les chances qu’une nouvelle souche supplante les formes les plus répandues – Dehner, 2012, pp26-27.. Une fois qu’il atteint des populations humaines, le virus devient une infection des voies respiratoires. La grippe peut muter de manière à passer directement des oiseaux aux humains, bien que cela soit rare. Elle a souvent besoin d’une espèce intermédiaire. Le cochons sont particulièrement enclins à faire ce pont car leurs cellules peuvent à la fois être infectées par les souches de la grippe des humains et des oiseaux, menant ainsi à des nouvelles formes hybrides7Dehner, 2012, pp27-29.. La grippe saisonnière tue généralement entre cinq cent mille et un million de personnes chaque année dans le monde8Dehner, 2012, p12.. En revanche une pandémie de grippe peut submerger les systèmes de santé.

Des coronavirus existent aussi au sein de populations aviaires mais il s’avère que ce sont les chauves-souris qui constituent le meilleur hôte pour les types de coronavirus qui se transmettent aux humains9Plus précisément, les chauves-souris constituent les réservoirs principaux des genres alphacoronavirus et betacoronavirus.. Ici encore, d’autres espèces comme les cochons, les civettes et les chameaux interviennent dans la transmission des coronavirus des chauves-souris aux humains10Hu et autres, 2015.. Pour cette raison, la zoonose joue un rôle central dans la propagation des coronavirus.

Un bref historique des pandémies

Les sociétés humaines primitives étaient composées de petits groupes de chasseurs-cueilleurs. Ils étaient de temps en temps touchés par des maladies infectieuses provenant d’autres animaux ou de leur environnement. Soit ces petits groupes succombaient à la maladie soit ils développaient une immunité. Dans les deux cas, les chances que l’infection se propage au-delà du groupe initial étaient maigres. La situation a changé avec la révolution néolithique, qui a commencé au Moyen-Orient il y a environ 10 000 ans et qui a conduit à l’émergence de sociétés agricoles sédentaires. La population augmentait, les déchets humains pouvaient s’accumuler dans les villages et, dans certains cas, les humains domestiquaient du bétail. Ils se mettaient ainsi dans une proximité immédiate avec des animaux pendant de longues périodes. Tout cela créait des conditions beaucoup plus favorables pour la propagation des virus et d’autres pathogènes – tout comme le développement du commerce, de la guerre et des migrations entre les populations humaines11Dehner, 2012, pp33-34..

Avec le temps, l’exposition à un ensemble des maladies à la fois a conduit à une « adaptation instable » qui aurait créé ce que William McNeill appelle des « bassins de maladies “civilisées” ». Ces derniers couvraient de vastes espaces comme les régions autour de  la mer Méditerranée ou le sous-continent indien12McNeill, 1976, pp69-131.. Cependant de nouvelles maladies pouvaient être introduites dans ces bassins par l’ouverture de nouvelles voies commerciales, la guerre ou les conquêtes. Par exemple en 165 av. J.-C., des troupes qui avaient participé à une campagne en Mésopotamie répandirent une “peste” (probablement la variole) à travers l’Empire romain, conduisant à une épidémie qui dura 15 ans et qui, à certains endroits, aurait tué un tiers de la population13McNeill, 1976, p103.. La peste bubonique, une infection bactérienne causée par les puces, se répandit par les navires marchands qui transportaient des rats noirs, arriva en Méditerranée en 541, réapparut de façon récurrente jusqu’en 767 environ et aurait, selon certaines estimations, réduit la population de quelques dizaines des millions14Il est probable que le changement climatique ait fait augmenter drastiquement la population des rongeurs porteurs de la maladie, les poussant hors de leur habitat naturel vers la proximité avec les humains; un rappel des conséquences possibles du changement climatique qui est aujourd’hui provoqué par les humains—Sherman, 2007, pp73-74.. MacNeill suggère que c’est l’ouverture de routes commerciales par l’Empire mongol à partir du 13ème siècle qui, en créant un vaste réseau de communication à travers l’Eurasie, aurait permis la propagation de la peste aux rongeurs-fouisseurs de la steppe. De là, elle s’est répandue sur les itinéraires des caravanes pour atteindre la Crimée en 1346, provoquant ce qui est connu en Europe sous le nom de peste noire15McNeill, 1976, pp132-145.. De là, les réseaux commerciaux et les routes maritimes s’étendaient vers l’Europe du nord, disséminant les rats noirs et la peste à travers tout le continent, et provoquant la mort d’un tiers de la population européenne entre 1346 et 135016McNeill, 1976, p149.. Une densité de population plus élevée, des rues jonchées d’ordures et infestées de rats dans les zones habitées favorisèrent une propagation rapide de la maladie. Des épidémies de peste bubonique continuèrent en Europe jusqu’aux années 1670. 

La propagation de la peste noire, qui a fait en Europe environ 25 millions de victimes en quelques années.

Plus dévastatrice encore que le l’impact de la peste noire en Europe fut la propagation des maladies de « l’Ancien Monde » aux Amériques pendant leur colonisation. Le Nouveau Monde était particulièrement vulnérable. Bien que densément peuplé par endroits, il ne possédait pas la diversité écologique des territoires combinés de l’Eurasie et de l’Afrique  ainsi que leur longue histoire épidémique. Par ailleurs, les animaux domestiqués y jouaient un rôle moins important dans la production alimentaire17McNeill, 1976, pp176-180. Jared Diamond (1999, pp159-163, 178, 213) montre que la plupart des grands animaux aptes à la domestication ont été trouvés en Eurasie, alors que beaucoup de grands mammifères originaires des Amériques se sont éteints il y a environ 13 000 ans. Le lama et l’alpaga sont les exceptions notables, bien que leur domestication ne soit pas répandue au-delà des Andes. Ces animaux étaient aussi généralement gardés dans des troupeaux de plus petite taille que leurs homologues eurasiatiques et restaient à l’extérieur des habitations.. La variole, les oreillons et la rougeole fusionnèrent avec la brutalité de la construction des empire coloniaux. Les épidémies qui en résultèrent ont possiblement anéanti 90 % de la population du Mexique central en un demi-siècle, à partir de 156818McNeill, 1976, p180.. Ailleurs dans le continent l’impact fut similaire. La population indigène du Pérou est passée de sept millions à un demi-million19Cartwright et Biddiss, 2004, p79.. Une réplique de moindre envergure de cette dévastation viendrait hanter le « Vieux Monde ». L’épidémie aux Amériques a probablement provoqué l’émergence d’une souche plus mortelle de variole qui gagna à son tour l’Europe au 17ème siècle. Au début du 18ème siècle elle provoquait la mort de 400 000 personnes par an20Cartwright et Biddiss, 2004, p80; Sherman, 2007, p56..

À ce moment l’Europe connaissait une profonde transformation sociale. Le développement du capitalisme industriel, qui en Grande Bretagne avait démarré dès le 18ème siècle, s’accompagna d’une urbanisation accélérée. Il en résulta des conditions de vie misérables dans les nouvelles villes, avec un grand nombre des gens entassés dans des bidonvilles dans des conditions sanitaires épouvantables. La pauvreté, le surmenage et l’entassement augmentèrent la vulnérabilité aux maladies et garantirent une propagation rapide dès lors qu’une maladie circulait. Par ailleurs, quand les maladies atteignaient une ville, elles pouvaient se répandre à la faveur de l’accroissement des réseaux commerciaux, des déplacements des gens pour le travail, des guerres, de l’administration des colonies, ou par toutes celles et ceux qui fuyaient guerre, pauvreté et répression21Le philosophe Emmanuel Kant (2007), en réaction à une épidémie de grippe qui toucha Königsberg au printemps 1782, écrivit : “La proximité avec toutes les parties du monde dans laquelle s’est placée l’Europe à travers ses bateaux et sas caravanes répand de nombreuses maladies partout dans le monde”.. Durant cette période et jusqu’au 19ème siècle – lorsque l’alimentation, la gestion des eaux usées, l’hygiène et la santé publique commencèrent à s’améliorer – les gens qui habitaient dans les villes mouraient en général plus tôt que celles et ceux qui habitaient à la campagne. Londres, en particulier, était un « dévoreur » des vies humaines, avec davantage d’enterrements que de baptêmes durant la plus grande partie du 18ème siècle, « principalement des conséquences de maladies se transmettant d’humain à humain comme la variole, la rougeole et la tuberculose »22Daunton, 1995, pp408-413..

Dans le cas de la variole, le virus n’était pas transmis par zoonose comme la grippe ou les coronavirus. Les humains étaient eux-mêmes l’espèce réservoir. Une fois une région traversée, une population de 100 000 personnes était nécessaire afin d’assurer que le nombre des naissances chaque année soit suffisant pour que de nouvelles personnes continuent de propager la maladie23Sherman, 2007, p56.. Au milieu du 17ème siècle, Londres était déjà trois fois plus grand que ça. En 1801, presque 100 000 personnes vivaient à Manchester, Liverpool et Birmingham. Même si la tuberculose, qui en général affecte les poumons, était propagée plutôt par des bactéries que par des virus, la zoonose demeurait importante. La maladie infecte les humains à travers du lait infecté pour passer ensuite d’une personne à l’autre par la toux ou le crachat. Nous avons des preuves de cas qui remontent à des milliers d’années, probablement jusqu’à la domestication du bétail. Cependant c’est dans les villes industrielles que la tuberculose est devenue une cause majeure de mortalité – en 1780 on estime qu’elle était responsable d’une mort sur cinq en Angleterre et au Pays de Galles24Sherman, 2007, p107.. De là, la propagation de la maladie a emprunté le chemin qu’avait pris au début l’industrialisation : d’abord l’Europe occidentale, puis l’Europe orientale et l’Amérique du Nord – à New York, entre 1812 et 1821, environ un quart des morts étaient attribué à la tuberculose, qu’en anglais on appelait « consumption ». Cette prolifération était favorisée non seulement par la formation de zones urbaines densément peuplées, mais aussi par la présence de « laiteries urbaines » qui permettaient à la maladie de passer de vache à vache mais aussi des vaches aux humains25Sherman, 2007, pp107-108, 110..

Au 19ème siècle la combinaison de l’urbanisation, de la pauvreté et du colonialisme générèrent de nouveaux dangers. En Inde le choléra existait depuis des siècles. Avec son intégration dans l’Empire britannique et la circulation des biens et des personnes qui l’a accompagnée, le choléra proliféra. En 1817 une épidémie en Inde finit par envelopper la Russie et la Chine. Trois ans plus tard, des soldats britanniques importèrent la maladie en Méditerranée orientale. Puis, en 1832, 1848 et 1866, des véritables pandémies se propagèrent, à partir de l’Inde, à travers l’Europe et les Amériques. Comme l’écrit George Dehner : « La caractéristique du schéma de transmission de la maladie était qu’elle apparaissait d’abord dans les villes, en général des villes portuaires liées au commerce. En ce qui concerne les premières années on peut lier leur apparition aux voies navigables et plus tard à l’expansion des réseaux ferroviaires qui sillonnaient les états »26Dehner, 2012, p51.. Presque la moitié des personnes infectées décédèrent. La maladie était concentrée dans les zones les plus pauvres car les bactéries qui la provoquait se répandaient à travers l’eau contaminée. Au début du 19ème siècle il était courant que les eaux usées, qui en milieu rural pouvaient être utilisées pour les champs ou être déversées hors des maisons, s’écoulent dans les rues, jusque dans les rivières et les lacs où l’on puisait de l’eau à boire.

Le jeune Friedrich Engels a décrit les conditions qui ont permis au choléra de se répandre à Manchester au 19ème siècle : « … lorsque cette épidémie menaça, une frayeur générale s’empara de la bourgeoisie de cette ville; on se souvint tout à coup des habitations insalubres des pauvres et on trembla à la certitude que chacun de ces mauvais quartiers allait constituer un foyer d’épidémie, d’où celle-ci étendrait ses ravages en tous sens dans les résidences de la classe possédante. ». Il ajoutait qu’une inspection de 6591 maisons de Manchester révélait que : « 2,565 d’entre elles avaient un besoin urgent d’un badigeon intérieur à la chaux, dans 960 on avait négligé de faire les réparations nécessaires, 939 étaient dépourvues d’installations d’écoulement suffisantes, 1,435 étaient humides, 452 mal aérées, 2,221 dépourvues de cabinets »27Engels, 1845.. Quelques années plus tard, dans ses articles sur « La question du logement », il aborda à nouveau ce sujet : « Les sciences naturelles modernes ont prouvé que les  » vilains quartiers « , où s’entassent les travailleurs, constituent les foyers de toutes les épidémies qui périodiquement éprouvent nos cités. Les germes du choléra, du typhus, de la fièvre typhoïde, de la variole et autres maladies dévastatrices se répandent … l’ordre social capitaliste engendre sans cesse et d’une façon (si) inéluctable les maux qu’il s’agit de guérir »28Engels, 1872.

Dans plusieurs pays, de telles situations ne sont pas chose du passé. Par exemple, le Yémen, où la guerre et la faim font rage, a connu récemment une épidémie de choléra29Flecknoe et autres, 2018.. Plus largement, l’urbanisation accélérée et la formation de bidonvilles qui l’accompagne a généralisé les conditions qui avaient mené à ces premières pandémies industrielles. Dans le monde actuel les maladies infectieuses, les maladies chroniques et la malnutrition combinées avec les réductions des dépenses dans la santé et l’assainissement insuffisant ont créé une véritable tempête de mort30Davis, 2006a, pp146-148. Les épidémies produit de l’impérialisme qui ont frappé les pays du Sud ne se limitent pas aux maladies affectant directement les humains. La peste bovine a été introduite en Afrique par du bétail indien amené en Érythrée, en Afrique de l’est, par des colons italiens dans les années 1880. Elle se propagea jusqu’en Afrique du sud,  le long des voies où circulaient les chars à boeufs, parcourant 32 kilomètres par jour et dévastant les communautés qui dépendaient du bétail pour le lait, la viande, le cuir, les excréments pour le chauffage et la cuisson des aliments, pour la force motrice ou encore comme moyen d’échange. — Phoofolo, 1993. La maladie fut cataclysmique – plus de 5,2 millions de bovins périrent au sud du fleuve Zambèze. Le résultat fut la famine et, plus tard, l’apparition du buisson d’épine dans la savane, créant des conditions idéales pour la mouche tsé-tsé, ce qui provoqua une épidémie de la maladie du sommeil—Chuang, 2020; Van der Bossche, 2010..

Tandis que quelques-unes des conditions responsables de la transmission des maladies d’humain à humain ont été améliorées dans la plupart des pays développés vers la fin du 19ème siècle et le début du 20ème, un nouveau danger commença à attirer l’attention : la grippe pandémique. Les épidémies de grippe n’étaient pas inconnues. En Europe, pendant les années 1550 une épidémie de grippe aurait tué jusqu’à une personne sur cinq en Angleterre avant de faire des ravages, encore une fois, aux Amériques31 McNeill, 1976, p185; Cartwright et Biddiss, 2004, p149.. L’épidémie fit alors un retour fracassant. La grippe « russe » de 1889 qui commença à Boukhara, dans l’Ouzbékistan actuel, se répandit d’abord à St. Pétersbourg pendant l’automne, puis traversa l’Europe en huit semaines pour atteindre l’Amérique du Nord et l’Afrique du Sud. Dans les mois qui suivirent elle atteignit l’Amérique du Sud, puis l’Inde et finalement l’Australie et la Nouvelle Zélande. « Selon une très prudente estimation concernant la mortalité de la première vague (1889-1890) en Europe, le nombre des morts se situait entre 270 000 et 360 000 »32Dehner, 2012, p57.. Mais ce n’était qu’une répétition générale. Au printemps 1918, alors que la Première Guerre mondiale faisait rage, des soldats commencèrent à tomber malades de la grippe. La maladie devint rapidement une pandémie mais pendant sa première vague, elle ne causa que peu de morts et fut éclipsée par les effets de la guerre. Par contre, la deuxième vague de cette grippe « espagnole », issue d’une souche mutante du virus, fut catastrophique33En Espagne, qui était un pays neutre durant la guerre, les journaux étaient libres de rendre compte de l’épidémie de grippe, évitant les restrictions dans les pays belligérants, donnant l’impression qu’elle y était particulièrement grave, ce qui contribua  à renforcer l’idée que la maladie était d’origine espagnole. En Espagne elle fut surnommée « Soldat napolitain » en référence à un spectacle musical à la mode jugé également « contagieux », et plus tard, « grippe française » – voir Trilla et autres, 2008. L’origine géographique de l’épidémie reste incertaine, différents auteurs avançant les États-unis, l’Autriche, la France, entre autres.. Selon Dehner :

La Grande Guerre avait créé une confluence inhabituelle d’événements. Plusieurs millions d’hommes et des femmes se trouvaient entassées dans des piètres conditions … Ces masses entassées étaient reliées à des systèmes de transport qui menaient  aux quatre coins du globe. Cette population constituait un terrain particulièrement favorable au déclenchement d’épidémies – spécialement des épidémies respiratoires34Dehner, 2012, p60..

Des femmes bénévoles durant la pandémie de grippe « espagnole » de 1919 à Brisbane en Australie.

Le virus se répandit avec une rapidité foudroyante et à une échelle incroyable. Il est estimé qu’un tiers de l’humanité a été infecté dans les mois qui suivirent. Les installations médicales furent dépassées par les cas de pneumonie. La deuxième vague fut suivie par une troisième, moins mortelle, en 1919. Des estimations récentes des morts des trois vagues varient entre 50 et 100 millions de victimes, bien davantage que les personnes mortes directement à cause de la guerre35Liu et autres, 2018, p463.. Selon toute probabilité, le taux de mortalité si élevé était lié non seulement à la virulence de cette souche de la grippe, mais également au fait qu’elle permettait le développement de bactéries qui provoquaient des infections secondaires provoquant des pneumonies36Voir par exemple Morris, Cleary and Clarke, 2017.. À nouveau, les plus touché-e-s furent les populations des pays les plus pauvres où le nombre de morts était rarement recensé37Monto et Sellwood, 2013, p42.. Il se peut qu’en Inde 18.5 millions de personnes aient perdu la vie. L’impact de la maladie y fut largement aggravé par la faim, les logements insalubres, l’insuffisance du système de santé et la réquisition des céréales par les britanniques qui coïncida par ailleurs avec les sécheresses, contribuant à affaiblir la réponse immunitaire de la population38Davis, 2006b, p26; Davis, 2020.

En 1947, après plusieurs décennies durant lesquelles les scientifiques essayèrent de comprendre la nature de la grippe et comment elle pouvait provoquer de tels carnages, un programme mondial de surveillance de la grippe fut créée. Ce Programme mondial pour la grippe fut plus tard intégré à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nouvellement créée. Des épidémies postérieures, celle de 1957 (grippe asiatique) et de 1968 (la pandémie de grippe de Hong Kong) auraient tué respectivement deux et un million de personnes. Puis suivirent deux fausses alertes. La première, en 1976, était une épidémie de grippe porcine, qui se répandit à partir d’une base militaire états-unienne et qui finit par s’estomper, mais pas avant qu’un programme d’urgence initié par le gouvernement n’ait vacciné 43 millions de personnes, soit un quart de la population des États-Unis39Davis, 2006b, pp40-43.. La deuxième fausse alerte fut une « pseudo-pandémie » en 1977 qui se répandit largement avec des effets mineurs40Monto et Sellwood, 2013, pp44-45..

Dangers épidémiques contemporains

L’émergence de pandémies virales demeure une menace majeure dans le monde contemporain41Pour des raisons de place, cet aperçu est sélectif, il ne comprend notamment pas les pandémies très graves du VIH et du virus Zika.. Pour comprendre la menace il faut étudier l’évolution des structures sociales, en se fondant sur le travail d’auteurs comme Rob Wallace qui établissent un rapport entre les systèmes agricoles contemporains et la zoonose. Wallace, qui est surtout connu pour son ouvrage Big Farms Make Big Flu, souligne le fait que l’agro-industrie à grande échelle joue le rôle d’une gigantesque boîte de Petri pour l’apparition et la propagation de nouvelles maladies42Wallace, 2016.. La monoculture d’animaux domestiqués, entassés les uns sur les autres en grand nombre a pour conséquence des taux élevés de transmission et des systèmes immunitaires affaiblis. Le développement de l’agro-industrie est un phénomène global dans lequel a lieu une « révolution de l’élevage » qui alimente la consommation croissante de viande dans les pays du Sud. Comme l’écrit Mike Davis :

Le symbole mondial de la production industrielle de volaille et de bétail … Tyson Foods … qui tue 2,2 milliards de poules par an, est devenu dans le monde entier synonyme de production à grande échelle organisée verticalement, d’exploitation des producteurs contractuels, d’anti-syndicalisme viscéral, d’un nombre croissant d’accidents du travail, de dumping environnemental et de corruption politique. La prédominance mondiale de mastodontes comme Tyson a contraint les agriculteurs locaux à s’intégrer à l’industrie de transformation à grande échelle des poulets et du porc ou à périr… Des districts agricoles entiers se sont transformées pour servir l’entreposage des volailles, et les producteur-ice-s réduit-e-s à un rôle de gardiens de poules43Davis, 2006b, pp83-84..

Manifestation le 5 septembre 2017 au Kansas aux États-unis contre l’implantation d’une usine de transformation Tyson Foods.

Néanmoins, le problème ne provient pas simplement de ce complexe industriel de l’élevage. Selon un auteur anonyme, qui écrit dans la revue Chuang et qui s’appuie sur Wallace :

A cela s’ajoutent des processus d’une intensité similaire qui se déroulent aux marges de l’économie, où des populations, poussées à faire entrer une agro-économie de plus en plus extensive dans les écosystèmes locaux, rencontrent des souches « sauvages » … les épidémies peuvent être globalement regroupées en deux catégories. La première trouve ses origines au cœur de la production agro-économique et la deuxième dans son arrière-pays. La logique fondamentale du capital contribue à ce que des souches virales qui restaient jusque-là isolées ou inoffensives soient insérées dans des environnements hyper-concurrentiels qui favorisent les traits spécifiques qui provoquent des épidémies, comme les cycles de vie plus courts des virus, la capacité à faire des sauts zoonotiques … et la capacité à développer rapidement de nouveaux vecteurs de transmission44Chuang, 2020..

En d’autres termes, ce ne sont pas uniquement les fermes industrielles qui génèrent de nouveaux virus, mais aussi la dérèglement global des écosystèmes et l’expansion de la production marchande. Avec pour conséquence l’entassement de différentes espèces d’animaux ainsi que la mise en contact des humains avec d’autres animaux, ce qui met en circulation de nouveaux pathogènes. Quelques exemples peuvent aider pour illustrer cet aspect. Dans les années 1960 la fièvre hémorragique de Bolivie s’est propagée des rongeurs aux ouvriers agricoles. L’épidémie de 1963-4 se concentra sur des ouvriers agricoles de San Joaquim, qui, suite à la dépossession lors de la révolution de 1952 de la famille locale des barons du bœuf et à la fermeture de leur entreprise, s’enfoncèrent dans de zones de jungle denses afin de cultiver la terre pour se nourrir. Ce faisant, l’habitat naturel des rongeurs fut chamboulé et ces derniers envahirent les villes – un phénomène renforcé par le fait que la  pulvérisation de DDT contre le paludisme avait réduit la population locale de chats45Strauchs, 1998, pp 102-103.. La construction de routes répandit davantage la maladie à travers le pays en poussant les rongeurs à migrer46Morens, Dazak et Taubenberger, 2020, p2.. Le virus Nipah apparut en Asie du sud-est vers la fin des années 1990 à cause de l’intensification de l’élevage de porcs et de la contamination des porcs par les chauves-souris, probablement à travers des excréments de chauves-souris dont l’habitat naturel avait été détruit par la déforestation due aux humains et à la sècheresse47Looi et Chua, 2007.. Un exemple contemporain particulièrement grave est celui du virus Ebola, qui peut tuer jusqu’à 90 % des personnes infectées et qui a pris une forme épidémique en Afrique de l’ouest en 2013. À l’état sauvage, ce virus est également véhiculé par les chauves-souris. L’accaparement des terres par des multinationales étatsuniennes, européennes et chinoises dans la zone de savane guinéenne a poussé les chauves-souris en quête de nourriture et d’abri vers les plantations de palmiers à huile qui étaient en expansion, réunissant ainsi les conditions pour la zoonose48Wallace et autres, 2015, pp4, 6..

Ces tendances ont été exacerbées dans les dernières décennies par la croissance dérégulée de l’agriculture. Ainsi, dans une récente interview, Wallace soutient qu’à côté de l’agriculture industrielle, « [l]e capital est le fer de lance de l’accaparement dans le monde des dernières forêts primaires et des terres agricoles détenues par les petits exploitants. Ces investissements favorisent la déforestation et une croissance économique qui conduit à l’apparition de maladies. La diversité et la complexité fonctionnelles que représentent ces immenses étendues de terre sont rationalisées de telle sorte que des agents pathogènes auparavant enfermés se répandent dans le bétail local et les communautés humaines ». Ce processus est piloté par des flux de capitaux qui proviennent du cœur du système : « En bref, les métropoles centrales, comme Londres, New York et Hong Kong, devraient être considérées comme nos principaux foyers de maladies »49https://acta.zone/agrobusiness-epidemie-dou-vient-le-coronavirus-entretien-avec-rob-wallace/. Tout comme les changements d’utilisation des terres, l’ensemble des perturbations écologiques engendrées par le changement climatique induira très certainement davantage de transferts par zoonose.

Cette expansion à double tranchant du danger épidémique a été démontrée à deux reprises ces dernières décennies par des épidémies de grippe. La première était une « grippe aviaire » provoquée par une souche rare, connue comme H5N1, qui apparut pour la première fois dans des élevages avicoles à Hong Kong en 1997. Au début elle provoqua un grand nombre des décès parmi les troupeaux de poules. A la fin de l’année, 18 personnes avaient été hospitalisées, diagnostiquées positives au H5N1, avec un tiers de décès. En décembre 1997, des poules d’un « marché humide » de Hong Kong furent contaminées – le virus responsable était à nouveau le H5N150Dehner, 2012, p121. Un « marché humide », un terme dérivé de l’anglais de Hong Kong, est simplement un marché vendant des denrées périssables tels que la viande, le poisson et les produits frais, par opposition à un « marché sec » vendant des produits tels que des vêtements ou des produits électroniques. Récemment, ce terme a parfois été utilisé de manière dérivée pour laisser entendre que les habitudes alimentaire des chinois-e-s sont en quelque sorte responsables de l’épidémie. Cependant, il existe de nombreux « marchés humides » en Europe et en Amérique du Nord et, comme le souligne un auteur, il existe un commerce en plein essor de côtes d’alligator, de rat musqué, de lynx roux et de crotale dans le sud de la Floride – voir Cavish, 2020.. À Hong Kong « les fermes … allaient de grandes exploitations où les poules vivaient dans des grands troupeaux – un environnement très stressant pour elles, à de petites exploitations où elles couraient librement avec d’autres animaux de la ferme et se mêlaient le long des cours d’eau et dans les étangs avec des oiseaux sauvages comme des oies et des canards ». Il existait également de grands « centres de conservation » qui servaient à stocker des oiseaux afin de pallier aux fluctuations du marché. Cette industrie désordonnée et mal réglementée alimentait à son tour des marchés qui « formaient un fouillis chaotique de cages de diverses espèces » qui, à côté des poules, contenaient « des canards, des oies, des perdrix, des cailles, des pigeons et toute une variété d’oiseaux sauvages capturés » ainsi que des mammifères et des reptiles51Dehner, 2012, pp121-122.

Mais surtout ces systèmes de production étaient connectés et soumis à une forte pression des producteurs de la Chine continentale. La province du Guangdong, limitrophe de Hong Kong, est devenue une sorte de laboratoire pour les nouvelles méthodes d’élevage de poulets, imitant l’élevage industriel, pionnier, des États-Unis de l’après-guerre52Wallace, 2009a, pp923-926. Aujourd’hui, l’élevage de porcs en Chine est également hautement industrialisé—voir Schneider, 2017. Il s’agit, selon Davis, de « l’épicentre de l’évolution de la grippe »53Davis, 2006b, pp58-62.. L’empire commercial Charoen Pokphand, bâti par deux frères thaïlandais, à joué un rôle central dans cette histoire. Charoen Pokphand a été bâtie essentiellement en imitant les méthodes de Tyson aux États-Unis et en profitant astucieusement de l’ouverture de l’économie chinoise par Deng Xiaoping à partir de 197854Davis, 2006b, pp97-100.. Le virage vers l’élevage industriel ne fait pas que produire des virus, en réalité il sélectionne les plus virulents d’entre eux. Selon Wallace : 

Les pathogènes doivent éviter de se développer de telle sorte qu’ils infligeraient à leur hôte des dommages tels qu’ils seraient empêchés de se transmettre. Si un pathogène tue son hôte avant d’infecter le prochain il détruit sa propre chaîne de transmission. Mais que se passe-t-il si le pathogène « sait » que le prochain hôte arrive rapidement ? Le pathogène peut se permettre d’être plus virulent parce qu’il peut infecter avec succès le prochain maillon faible de la chaîne avant de tuer son hôte… D’autres pressions accentuent la virulence de la grippe dans les fermes [industrielles]. Les animaux sont tués lorsqu’ils ont atteint la masse souhaitée. Les infections grippales résidentes doivent atteindre rapidement le seuil de charge virale nécessaire à leur transmission, avant que la poule, le canard ou le cochon ne soit sacrifié55Wallace, 2009a, pp921-922..

L’agro-industrie et l’élevage intensif ne font pas que produire des virus, ils sélectionnent les plus virulents.

Le réseau qui relie le Guangdong et Hong Kong, où la volaille voyage dans les deux sens de la frontière, était par conséquent un espace idéal pour l’émergence d’un virus mortel de la grippe. La région combinait des structures d’élevage industrialisés en expansion et mal réglementés avec un mélange de différentes espèces d’oiseaux, à la fois dans les exploitations en expansion dans les zones humides de la province, et dans les marchés humides. Plus tard, il est apparu que le virus H5N1 provenait d’une souche trouvée dans les oies et qui combinait deux souches de la grippe des cailles56Dehner, 2012, p126.. L’épidémie a été contenue grâce à des abattages agressifs, la fermeture des marchés pour qu’ils soient nettoyés, la restructuration des marchés afin de séparer les espèces et une interdiction de la vente des oies vivantes. On estime le nombre d’oiseaux morts ou abattus à pas moins de 200 millions57Dehner, 2012, pp125-126.. Si tout cela a fonctionné c’est surtout parce que jusqu’à maintenant, le H5N1 n’a réussi qu’occasionnellement et à petite échelle à se transmettre d’humain à humain.58Wallace, 2009a, p918. L’OMS a recensé 861 cas humains de H5N1 et 455 morts. L’Égypte, l’Indonésie et le Vietnam étaient les pays les plus touchés59WHO, 2020b. Une deuxième souche de grippe, H7N9, a causé des épidémies à répétition en Chine. En décembre 2019 1568 cas et 616 morts avaient été recensés, touchant majoritairement les personnes en contact avec la volaille, et là encore avec peu de cas de transmission entre humains—WHO, 2019; Paules and Subbarao, 2017..

Cependant, ce n’est pas le H5N1 qui a provoqué la première pandémie de grippe du 21ème siècle. C’est en 2009 qu’apparut un nouveau danger épidémique issu d’une souche de H1N1, une variante du type de grippe qui avait provoqué la pandémie de 1918, – non pas dans les marchés humides d’Asie du sud-est mais en Amérique du nord. Quand les premiers cas émergèrent aux États-Unis, la transmission d’humain à humain était déjà possible. La maladie avait atteint les troupeaux de porcs au Mexique, qui se trouvaient de plus en plus dans des opérations industrielles de grande échelle60Wallace, 2009.. Il s’est avéré que la souche combinait « des segments de gènes [de virus] humain, aviaire, et deux lignées génétiques porcines distinctes (une d’Amérique du nord et une eurasienne) »61Dehner, 2012, p142.. L’OMS a rapidement déclaré qu’il s’agissait d’une pandémie de grippe. Heureusement, le virus s’est avéré relativement modéré, avec les mêmes taux de mortalité que la grippe saisonnière. Cela s’est d’ailleurs retourné contre l’OMS, notamment lorsque le British Medical Journal a révélé qu’un certain nombre d’experts de l’OMS étaient payés par des entreprises pharmaceutiques qui entendaient tirer profit de la production des vaccins et des antiviraux62Voir Godlee, 2010.. Cela démontre que c’est très dangereux de traiter la médecine comme un bien privé et non pas comme un bien public. Il n’est pas surprenant qu’il y ait une méfiance, ou même une hostilité, envers le milieu médical quand il est pénétré par les intérêts du profit. Néanmoins, les grippes H5N1 et H1N1 doivent être considérées comme des catastrophes évitées de justesse, ou plutôt reportées – la première parce qu’elle n’a pour l’instant pas réussi une transmission d’humain à humain significative et le deuxième parce qu’elle n’est pas, dans sa forme actuelle, particulièrement virulente. 

Il n’en est pas de même pour les deux épidémies de coronavirus qui les avaient précédées. En 2003 un coronavirus est apparu à Guangdong, avec un important foyer de cas de pneumonie dans la province. Le syndrome respiratoire aigu sévère (SARS) qui en résultait possédait un taux de létalité d’environ 10 %. Le SARS provenait probablement des civettes palmistes à masque vendues dans un marché humide de la province et qui auraient joué le rôle d’intermédiaire entre les humains et les chauves-souris rousses chinoises, qui jouent le rôle de réservoir pour toute une gamme de coronavirus apparentés au SARS63Hu et autres, 2017.. L’émergence du SARS illustre la démonstration de Wallace sur l’interaction entre le milieu urbain et le milieu rural. L’expansion rapide de Guangdong a créé une zone « périurbaine », caractérisée non seulement par « la coexistence de l’industrie et de l’agriculture, soit des activités urbaines et rurales mais aussi par l’interdépendance de ces deux secteurs ». Ce processus  s’est accéléré depuis l’ouverture de l’économie chinoise. « Dans la période précédant la réforme, l’interaction urbain-rural était fortement limitée … à travers l’allocation centralisée des ressources, la détermination des prix et le contrôle des migrations, qui formaient un « mur » invisible mais cependant réel, qui séparait les villes et les campagnes… La mise en œuvre de politiques économiques libérales et flexibles depuis les réformes a permis à la population des villes et à la paysannerie d’interagir de façon directe et spontanée, provoquant ainsi une réorganisation du rapport urbain-rural »64Lin, 2001, pp64, 66..

La maladie a atteint Guangzhou, qui vers la fin de 2002 était une ville de dix millions d’habitant-e-s. Les représentants du gouvernement chinois ont tardé jusqu’au 11 février 2003 pour partager des informations concernant l’épidémie, que ce soit avec leur propre population ou avec les agences sanitaires internationales65Alivet Keil, 2006, pp497-498.. Le SARS a été finalement endigué en 2004 à travers un immense programme étatique de quarantaine, de détection de la maladie et de nettoyage, qui a, de bien des façons, servi de test de fonctionnement en prélude à 202066Davis, 2006b, pp74-75.. Mais il y a peu de chances que les événements prennent la même tournure avec le Covid-19. Lors de l’épidémie de SARS les gens avaient  tendance à devenir plus infectieux peu après qu’ils ou elles devenaient gravement malades et dans un état d’incapacité avancé. Ce n’est pas le cas avec le Covid-19, qui s’est déjà répandu beaucoup plus largement67Wilder-Smith, Chiew and Lee, 2020..

Un autre coronavirus, encore plus mortel, celui du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), a surgi en Arabie Saoudite en 2012. Son taux de létalité était de l’ordre de 30 %. Il s’est répandu en Europe, en Asie, dans tout le Moyen-Orient et l’Amérique du nord, faisant 858 morts pour 2 494 cas confirmés68Peeri et autres, 2020.. Ici l’intermédiaire entre les chauves-souris et les humains étaient les dromadaires, qui étaient connus depuis des décennies comme porteurs de certaines formes de ce virus. Aujourd’hui, dans ces pays riches en pétrole et très urbanisés, les dromadaires sont principalement possédés à des fins de distinction sociale. Ils sont utilisés pour des courses et des spectacles, pour la production de viande et de lait destinés aux marchés plutôt que comme animaux de portage ou pour la consommation directe. En plus de l’élevage intensif de dromadaires et de chameaux, il existe aujourd’hui à la fois des importations importantes de chameaux vivants en Arabie Saoudite ( en 2013, 70% de ceux qui ont été abattus en Arabie Saoudite étaient importés ) et une circulation de dromadaires et de chameaux entre les différents pays arabes pour les courses et les spectacles. Ces processus commerciaux ont rendu possible le mélange de différentes souches de coronavirus issues de différentes populations, ce qui a conduit à l’épidémie de MERS69Hermida et autres, 2017..

L’émergence du Covid-19

Le Covid-19 est causé par un betacoronavirus, comme l’étaient le SARS et le MERS. Wuhan, qui est considéré comme l’épicentre de l’épidémie, est une ville de 11 millions d’habitant-e-s, la capitale de la province enclavée du Hubei au centre de la Chine. Elle est située au nord du Guangdong et à l’est du Jiangsu, deux provinces motrices de la croissance industrielle chinoise. Wuhan était une ville importante politiquement et économiquement au début du 20ème siècle, à l’intersection de voies navigables et ferroviaires par la suite. Après la fondation de la République Populaire de Chine en 1949, Wuhan était le lieu d’importants financements industriels d’État, en particulier dans les industries du fer et de l’acier, et plus tard, l’industrie automobile.

L’ouverture de l’économie chinoise à partir de la fin des années 1970 vit l’importance de la ville décliner par rapport aux région côtières. Pour autant, la période récente a vu Wuhan intégrer le boom immobilier chinois : « Wuhan a non seulement alimenté cette bulle avec son offre excédentaire de matériaux de construction et d’ingénieurs civils, mais elle est aussi devenue, ce faisant, une ville en plein essor immobilier à part entière »70Chuang, 2020.. Selon un rapport de la banque HSBC, la population de Wuhan a augmenté d’un cinquième entre 2008 et 2017 ; beaucoup de nouveaux arrivant-e-s étaient des migrant-e-s de l’intérieur qui composent près d’un tiers de la population. En 2017, l’investissement dans les projets immobiliers atteignait 26,8 milliards de dollars, pendant que le prix du logement quadruplait sur la dernière décennie. Yan Zhi, l’homme le plus riche de la ville a constitué une grande partie de sa richesse, qui culminait à 10 milliards de dollars en 2018, dans l’immobilier71HSBC, 2018; Forbes, 2020..

De nombreux habitant-e-s de la ville dépendent des marchés humides pour s’alimenter et il semble que c’est dans ce contexte que le Covid-19 est apparu. Cependant, comme le note Wallace, « bien que la distinction entre fermes industrielles et marchés humides ne soit pas sans importance, nous risquons de passer à côté de leurs similitudes (et de leurs relations dialectiques) » :

« Les marchés humides et les aliments exotiques constituent effectivement des denrées de base en Chine, en parallèle de la production industrielle qui existe depuis la libéralisation économique … En effet, les deux modes d’alimentation doivent être compris ensemble au prisme de l’utilisation des sols. L’expansion de la production industrielle amène à repousser ses espèces sauvages ( toujours plus capitalisées ), qui entrent dans l’alimentation, plus profondément encore dans les espaces primaires, conduisant à l’apparition d’une plus grande palette d’agents pathogènes potentiellement protopandémiques. Les circonférences périurbaines, dont la densité de population et l’étendue vont toujours croissant, pourraient accroître la zone d’interaction ( et les contagions ) entre populations sauvages non-humaines et ruralité récemment urbanisée. Dans le monde entier, même les espèces les plus sauvages sont incorporées aux chaînes de valeur agroalimentaires : parmi elles, l’autruche, le porc-épic, le crocodile, la chauve-souris roussette et la civette palmiste, dont les excréments recèlent des baies partiellement digérées utilisées pour produire le café le plus cher du monde. Certaines espèces sauvages se retrouvent dans les assiettes avant même d’avoir été identifiées scientifiquement, notamment un nouveau genre de squale à museau court retrouvé sur un marché taïwanais. Toutes ces espèces sont considérées toujours davantage comme des marchandises. La nature étant dépouillée, lieu après lieu, espèce après espèce, ce qui en reste n’en devient que plus précieux72Wallace, 2020b. ».

La politique chinoise, à un niveau national, et  à travers des dirigeant locaux et régionaux en compétition, a promu l’exploitation d’animaux sauvages, considéré comme une opportunité pour l’industrie rurale. Ce secteur représentait 57 milliards de dollars en 201773Standaert, 2020..

Le Covid-19 s’est rapidement propagé au-delà de Wuhan. Non seulement les populations du monde sont plus connectées que jamais, mais le voyage aérien permet des temps de trajet souvent plus courts que la période d’incubation des pathogènes – les voyageur-e-s peuvent arriver et propager une maladie avant même d’exprimer le moindre symptôme. En 2003, lors de l’épidémie de SARS, Hong-Kong était le point de connexion pour la transmission du virus aux autres villes du monde, mais aujourd’hui, la Chine elle-même possède un réseau de communications densément ramifié74Ali et Keil, 2006, p500.. Wuhan possède son propre aéroport international, connecté à plus de 60 destinations dans le monde75Peeri et autres, 2020, p8.. Il y avait 515 millions de vols internes en Chine en 2019, et les vols internationaux sont passés de 6,2 millions en 2000 à 51,62 millions en 201676Données de l’Association internationale du transport aérien; Wang, Yang et Wang, 2019, p5..

Alors que la croissance et l’urbanisation chinoises sont spectaculaires, les dépenses de santé demeurent basses. « La plupart des dépenses publiques ont été consacrées aux infrastructures en briques et en mortier – ponts, routes et électricité bon marché pour la production », ce qui a provoqué « une dégradation générale des soins de santé de base dans l’ensemble de la population », reproduisant certaines des conditions des premières heures de l’industrialisation ailleurs. Les dépenses publiques de santé par personne sont « faible[s], même parmi les autres pays à “revenu moyen supérieur” et … représente[nt] environ la moitié des dépenses du Brésil, de la Biélorussie et de la Bulgarie77Chuang, 2020. ». En outre, beaucoup de travailleur-se-s chinois-e-s migrant-e-s ne bénéficient plus du système de santé une fois qu’ils ou elles quittent leur village de naissance. Les conditions étaient ainsi réunies pour qu’une épidémie se propage à travers la Chine et au reste du monde.

L’impact économique

Ces dernières années, la Chine est devenue le le principal exportateur de marchandises au monde – et le principal importateur de matières premières. Elle contrôle 40 % des exportations textiles et de vêtements, près d’un tiers des exportations mondiales d’équipements télécoms, de bureau et de traitement de l’information, 13 % des exportations d’acier et de fer et 14 % des composants pour circuits intégrés78Données de l’Organisation mondial du commerce.. Cela dit, la Chine n’est pas qu’un mastodonte de l’exportation ; elle s’est positionnée au centre des réseaux internationaux de production, à l’échelle régionale comme mondiale. C’est particulièrement vrai dans l’électronique. Alors que la quarantaine règne et que les fermetures d’usine se multiplient dans des régions comme le Zhejiang, le Guangdong et le Henan, les chaînes d’approvisionnement d’entreprises comme Apple ont été touchées. L’entreprise taïwanaise géante Foxconn, qui fabrique les Iphones pour Apple, se prépare à enregistrer une baisse de 45 % de ses revenus au premier trimestre. À travers le pays, l’indice des directeurs des achats de la production manufacturière, un indicateur clé de l’activité prévue, a connu une contraction sans précédent, pire que durant la crise de 200879Yang et Hille, 2020..

Le ralentissement de l’économie chinoise et l’impact plus général du Covid-19 sur l’économie mondiale ont rapidement provoqué un effondrement des places boursières à travers le monde. Mi-mars, les marchés européens et états-uniens ont enregistré une des plus grande chute de l’histoire. Ce séisme sur les bourses mondiales a été aggravé par l’émergence d’une guerre des prix dans le secteur de l’énergie. Ces trois dernières années, les producteurs de pétrole comme l’Arabie Saoudite et la Russie s’étaient entendus pour diminuer l’offre et maintenir des prix du pétrole relativement hauts. Avec la ralentissement de l’industrie manufacturière chinoise, le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salman, MBS, a tenté de convaincre Poutine de réduire la production de pétrole. Poutine considérait toutefois cette coordination entre producteurs en vue de faire grimper le prix du pétrole comme une politique d’aide à l’industrie de gaz de schiste américaine, une industrie qui requiert un prix élevé de l’énergie. L’extraction de gaz de schiste a permis aux USA de devenir le premier producteur de pétrole, dépassant la Russie et l’Arabie Saoudite. Poutine s’était déjà hérissé de la récente décision états-unienne d’imposer des sanctions à la branche commerciale de Rosneft, l’entreprise d’état de l’énergie russe. La Russie a alors permis aux prix de baisser, rompant son alliance avec l’Arabie Saoudite. MBS répondit en inondant le marché de pétrole, déclenchant la guerre des prix80Brower, Raval, Sheppard et Meyer, 2020..

Il est probable qu’une nouvelle récession débute, et c’est certainement le point de vue des banquiers centraux. Le 3 mars, la réserve fédérale US tenait une réunion d’urgence et réduisait ses taux d’intérêts de 0,5 % pour la première fois depuis la crise de 2008-2009. La Fed a aussi promis d’alimenter en financements les marchés financiers, en particulier les marchés « repo » que les sociétés financières utilisent pour obtenir des liquidités à court terme en échange de collatéraux comme des bonds. Une semaine plus tard, la Banque d’Angleterre suivait le mouvement en baissant à son tour ses taux d’intérêts. La Banque centrale européenne, dont le taux directeur est déjà négatif, déstabilisait les investisseurs en offrant un stimuli plus limité, prolongeant son programme de Quantitative easing (QE)81Le terme assouplissement quantitatif -en anglais Quantitative easing (QE) – désigne un type depolitique monétaire dite « non conventionnelle » consistant pour une banque centrale à racheter massivement des titres de dettes aux acteurs financiers, notamment desbons du trésor ou des obligations d’entreprise, et dans certaines circonstances des titres adossés à des actifs comme des titres hypothécaires. https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif. Par la suite, le 15 mars, la Fed annonça de nouvelles mesures : réduire les taux d’intérêts US à près de 0, prolonger l’achat de bonds et offrir de nouvelles « lignes de swap » pour fournir en dollars les autres banques centrales. La focalisation sur les marchés repo et l’approvisionnement en dollars pour lubrifier le système financier mondial reflète les peurs d’une crise des liquidités telle que celle de 2007 – et font fortement écho aux mesures d’urgence prises il y a une décennie82Voir par exemple, Tooze, 2018, pp202-219.. En d’autres termes, ceux qui dirigent l’économie pensent que cette crise pourrait être d’ampleur au moins comparable à celle de 2008-2009.

« Par ces mécanismes, le capitalisme a été mis sous un régime de soins intensifs, qui a pris une forme particulièrement “financiarisée”… Ces mesures visaient essentiellement à assurer un flux de crédit aux entreprises en vue de faire repartir la production. Mais confrontée à des conditions de faible profitabilité, cette perspective ne s’est pas réalisée. L’accumulation rapide a lieu lorsque les investisseurs croient que la production sera profitable. Au lieu de cela, l’argent des programmes QE fut mis de côté par les banques ou canalisé vers des investissements financiers à haut rendement et à haut risque … Le renflouement financier ne s’est pas contenté de nourrir la spéculation – gonflant au passage les prix des biens détenus par les plus riches – mais a aussi remis à plus tard toute résolution des problèmes fondamentaux83Choonara, 2018, pp104, 105. ».

Tiago Hoisel, Néolibéralisme.

Dans un article du Financial Times titré « Les graines de la nouvelle crise de la dette », John Plender note qu’au troisième trimestre 2019 la dette globale avait atteint un chiffre record de 322 % du PIB, près de 253 billions de dollars. Une grande partie de cette dette revenait à des entreprises non-financières qui, étant donnée les perturbations actuelles, pourraient avoir du mal à les rembourser84Plender, 2020.. Autrement dit, il est possible que nous ayons atteint les limites de la période de stagnation et de croissance incertaine qui débuta après 2008-2009. Comme un autre article du Financial Times le remarque :

« Les entreprises se sont gorgées de dettes à bas coût pendant une décennie … Les coûts d’emprunt ont chuté après que les banques centrales ont diminué leurs taux d’intérêt pour renflouer leurs économies après la crise financière de 2008. Les investisseurs, privés des rendements plus sécurisés des obligations d’État, voyaient les prêts plus risqués  à des entreprises comme plus juteux. Ruchir Sharma, directeur de la stratégie internationale à Morgan Stanley Investment Management, estime qu’une entreprise US sur 6 n’a pas suffisamment de rentrées de fonds pour payer les intérêts de sa dette. De tels emprunteurs « zombies » pouvaient retarder le point de rupture aussi longtemps que les marchés de la dette leur permettaient de se refinancer. Mais maintenant, l’heure des comptes arrive85Edgecliffe-Johnson et autres, 2020. J’examine les « firmes zombies » dans Choonara, 2018, pp105-107. ».

Sans la liquidation d’entreprises non-rentables sur une échelle bien plus vaste que ce qui s’est passé jusqu’ici, il est peu probable que les taux de profit remontent. Dans ce contexte, dans lequel les taux d’intérêt sont déjà proches de zéro ou négatifs, et les bilans des banques centrales sont déjà chargés d’achats d’actifs, il y a des limites à ce qu’une politique monétaire peut faire. Nous pourrions, comme le dit Plender, nous trouver face à « une crise du crédit dans un monde de taux d’intérêts ultra-bas et négatifs ». Même avec davantage d’interventions des banques centrales, il note le risque de « pérenniser des politiques monétaires dysfonctionnelles qui ont contribué à la crise financière originale, ainsi que d’aggraver le sur-endettement auquel fait actuellement face l’économie mondiale86Plender, 2020.. » Parce que la plupart des munitions qui seraient traditionnellement utilisées pour répondre à une telle crise ont déjà été tirées, de nombreux commentateurs et responsables politiques préconisent le passage à une politique fiscale. Pourtant, comme l’affirme Michael Roberts, il y a peu de raisons de penser que la simple gestion du déficit accompagnée d’un programme de dépenses publiques à l’échelle envisagée soit en mesure de maintenir la croissance dans une situation de profitabilité basse et déclinante – ce scénario est de toute manière inenvisageable pour beaucoup d’économies plus faibles des pays du Sud87Roberts, 2020b.. Le résultat pourrait bien une contraction majeure de l’économie.

Entre complaisance et autoritarisme

Les gouvernements ont eu différents types de réactions face à la pandémie. Celles-ci ne résultent pas principalement de désaccords épidémiologiques ou virologiques, bien qu’il subsiste beaucoup d’incertitudes sur ces sujets, étant donné la quantité limitée de connaissance sur le Covid-19 au moment où j’écris. Ce qui est bien plus déterminant, c’est qu’ils ont réagi à la manière d’États capitalistes divisés en classe et intégrés dans un ordre mondial conflictuel. La réaction typique de ceux qui dirigent ce système a d’abord été la complaisance, lorsqu’ils cherchaient à maintenir la production et la circulation des capitaux aux dépens de la souffrance humaine, avant d’adopter des mesures désespérées décidées d’en haut au moment où il devint clair que la viabilité de la réalisation de la plus-value future était remise en question par la pandémie.

À son pic en Chine, le programme de confinement a concerné quelques 760 millions de personnes88Zhong et Mozur, 2020.. Les principaux lieux de travail furent fermés et les déplacements des individus restreints. De ce fait, la Chine est largement considérée comme ayant ralenti la propagation du virus – bien qu’il reste des doutes sur les chiffres officiels et sur la possibilité, avec le relâchement des contrôles, que le virus refasse surface. Ces informations sont particulièrement importantes puisque les différents gouvernements semblent prioriser la réouverture rapide des lieux de travail.

Par ailleurs, il y a trois raisons pour lesquelles la gauche devrait éviter d’encenser la Chine. Premièrement, il est indéniable qu’un appareil d’Etat autoritaire est parfois capable de faire des choses que les démocraties libérales ne peuvent pas. Ceci n’est pour autant pas un argument pour considérer que la dictature serait supérieure à la démocratie – une nouvelle version de « Mussolini faisait partir les trains à l’heure89Il s’agit de toute façon d’un mythe. Sur le “mythe de l’efficacité fasciste”, Bergan Evans (1954, p.77) déclare : “À l’été 1930, à l’apogée de Mussolini, lorsqu’un garde fasciste circulait dans chaque train, l’auteur de ces lignes était employé comme coursier par l’entreprise “Franco-Belgique Tours”, et peut attester du fait que la plupart des trains italiens dans lesquels il voyagea n’étaient pas à l’heure – ni même proches de l’être.” ». L’enfermement forcé de dizaines de milliers d’habitant-e-s dans des lieux comme des stades, la surveillance de masse à la fois en ligne et dans les rues peut difficilement être considérée comme un modèle pour les socialistes ou comme un moyen d’inspirer un réel soutien à des mesures de santé publique90Yuan, 2020. Pour plus d’informations sur l’émergence du système de surveillance de masse sur les réseaux sociaux chinois, voir Zuboff, 2019, pp388-394.. La réponse chinoise a été décrite comme consistant en des « mesures agressives, désespérées » similaires à celles utilisées dans la stratégie contre-insurrectionnelle en Palestine ou en Algérie, mais conduites cette fois dans des mégalopoles qui hébergent une part significative de la population mondiale91Chuang, 2020..

La Chine, après avoir dissimulé la réalité de l’épidémie, impose un confinement autoritaire basé sur la surveillance de masse.

Deuxièmement, le tableau superficiel d’une répression efficace et centralisée admet un État chinois plus puissant et homogène qu’il ne l’est en réalité. À nouveau, l’auteur anonyme de Chuang nous fournit la meilleure analyse. Si l’appareil de l’état central a finalement pu concentrer ses efforts sur Wuhan, le caractère général de la réponse reposait sur « une combinaison d’appels à la mobilisation des fonctionnaires et des citoyens locaux, largement diffusés, et d’une série de sanctions infligées après coup aux pires intervenants (sous la forme de mesures de répression de la corruption)92Chuang, 2020. ». En-dehors du Hubei, les réactions furent très inégales. Cela mena à une répression arbitraire dans certaines zones, comme par exemple avec l’émission de 30 millions de « passeports locaux » dans quatre villes du Zhejiang, « permettant à une seule personne par ménage de quitter son domicile une fois tous les deux jours.93Chuang, 2020. ». Le correspondant local du New York Times rapporte :

« Une mobilisation populaire rappelant les croisades de masses du temps de Mao et que l’on n’avait plus vues en Chine depuis des décennies, qui consiste à confier la première ligne de la prévention de l’épidémie à une surveillance de quartier suralimentée … Malgré l’arsenal chinois d’outils de surveillance high-tech, les contrôles sont principalement mis en œuvre par des centaines de milliers de travailleurs et de volontaires, qui vérifient la température des habitants, enregistrent leurs déplacements, surveillent les quarantaines et – le plus important – tiennent à distance les étrangers qui pourraient transporter le virus94Zhong and Mozur, 2020.. »

Le côté “patchwork” de la réponse chinoise reflète en réalité la compétition entre dirigeants locaux et régionaux. Selon un professeur chinois : «  Une fois que l’épidémie a été révélée, le gouvernement central a mis une pression énorme sur les fonctionnaires locaux. Cela a déclenché une concurrence entre les régions, et les gouvernements locaux sont passés d’une prudence excessive à attitude radicale95Cité dans Zhong and Mozur, 2020.. »

Troisièmement, l’apologie des mesures chinoises ignore la culpabilité de l’État qui a permis à l’épidémie de se propager dans un premier temps – ce qui arrive avec une régularité criante ces dernières années, comme nous le montrent les exemples du SARS et du H5N1. La réponse initiale de l’État, quand les premiers cas apparaissaient début décembre 2019, fut de chercher à dissimuler l’épidémie – en faisant taire les professionnels médicaux qui agissaient en lanceurs d’alerte, notamment l’ophtalmologiste Li Wenliang, dont la mort due au Covid-19 déclencha une effusion de colère96Buckley et Myers, 2020..

En dehors de la Chine, au moment où j’écris, l’Italie semble avoir le plus grand nombre de cas et de décès du Covid-1997Ndlt, Au 07/4/2020, c’est l’État espagnol qui est devenu l’épicentre de l’épidémie en Europe et les États-unis dans le monde, pour un point de la situation médicale à cette date : https://www.youtube.com/watch?v=1Sim4pENNAg&t=629s. Il y a des raisons de penser que le virus a circulé durant un certain temps dans le pays sans être détecté avant que le premier cas ne soit confirmé. L’Italie est particulièrement vulnérable parce qu’elle a une proportion singulièrement haute de personnes âgées. Les services de santé, déjà fragilisés par des années d’austérité, sont en train d’être submergés, et les spécialistes des services de soin intensif en sont au point qu’ils et elles doivent décider quelles vies sauver.

La réponse du gouvernement fut, finalement, de fermer les écoles, les universités, les commerces sauf la grande distribution et les pharmacies, les bars et les restaurants ; pourtant, les banques et les lieux de travail sont restés ouverts. De nombreux pays ont suivi un schéma similaire : les travailleur-euse-s ne doivent pas se réunir, excepté pour faire tourner les moyens de production. Cofindustria par exemple, le principal syndicat patronal italien, a écrit au gouvernement pour demander une « solution équitable » puisque les fermetures d’usines allaient « inévitablement avoir des répercussions sur le chiffre d’affaire et l’emploi98Tamma, 2020. ». Des hommes politiques de tous bords ont répondu à l’appel. Le gouverneur de Lombardie, membre du parti d’extrême-droite Lega, faisait valoir que l’épidémie était « à peine plus grave qu’une grippe normale », tandis que le maire centre-gauche de Milan lançait une campagne « Milan ne s’arrête pas99Perrone, 2020. ». En réponse, les travailleur-euse-s italien-ne-s prirent les choses en main début mars en lançant une vague de grèves spontanées. La grève s’est étendue aux usines Fiat de Termoli et près de Naples, à des usines de composants automobiles à Florence, à des chantiers navals à Venise et des entrepôts à Gênes. Des aciéries et des usines de vêtements ont aussi été touchées par les grèves100Basketter, 2020; Del Panta, 2020..

Des travailleur-euse-s de l’automobile de Fiat-Chrysler Automobile cessent le travail à Dundee, USA pour faire cesser la production à la mi-mars 2020. Le coronavirus a été l’occasion d’une vague de grèves sauvages mondiale.

Mi-mars il devenait clair que les autres pays d’Europe suivraient les mêmes courbes d’infection que l’Italie. Le 16 mars, 36 pays européens avaient fermé ou partiellement fermé leurs écoles, la plupart imposait des restrictions aux déplacements internes, certains fermaient leurs frontières ; les rassemblements publics et les événements sportifs étaient pour la plupart annulés, les cafés, les commerces, les cinémas et les théâtres dans certains cas.

Pendant ce temps, au cœur du capitalisme mondial, la première réaction de Donald Trump face au Covid-19 fut de le dénoncer comme un « hoax »(un canular, ndlt) du parti démocrate comparable à la tentative d’impeachment. Son allié, Larry Kudlow, directeur du Conseil économique national préconisait de « rester au travail » car le virus était « relativement contenu101Lahut, 2020. ». Finalement, Trump se sentit contraint de proclamer l’urgence nationale, acceptant un plan de relance et une augmentation du financement des agences fédérales, une approche combinée à ses propos anti-chinois et à la fermeture des frontières. Ce retard à reconnaître la menace de l’épidémie a exacerbé les problèmes liés au système privé de prestation des soins de santé états-uniens. Les stocks de tests Covid-19 sont parmi les plus bas des pays riches, il y a beaucoup trop peu de lits de soins intensifs, surtout de disponibles, et les barrières financières pour accéder aux soins de santé sont considérables. Des cas de personnes facturées pour leurs traitement, y compris la quarantaine obligatoire, ont été largement médiatisés102Scott, 2020..

Puis, il y a le cas de la Grande-Bretagne. Comme avec Trump, la première impression donnée par le premier ministre Boris Johnson dans les premières semaines de l’année était la complaisance. Mis à part ses premiers conseils en chanson ( Happy birthday ! ) pour que les gens se lavent les mains, la Grande-Bretagne fut en retard par rapport aux autres pays pour mettre en place les mesures nécessaires pour contenir l’épidémie. John Ashton, un ancien directeur régional de santé publique dans le nord-ouest de l’Angleterre, a condamné le retard pris avant la convocation du comité gouvernemental d’urgence Cobra pour répondre à l’épidémie. « Nous sommes en train de nous comporter comme des colons du 19ème siècle occupés par une partie de cricket de cinq jours » dit-il tout en condamnant l’impact d’une décennie d’austérité sur la santé publique103Boseley, 2020. ». Le 11 mars, quand le gouvernement annonça une augmentation de 76 milliards de dollars du budget prévu, beaucoup se concentrait sur l’atténuation de l’impact de la crise économique : le New York Times titrait : « La Grande-Bretagne protège son économie du virus, mais pas ses citoyens ». La conclusion de l’article était que « le plan de secours économique agressif du pays … contrastait fortement avec sa réponse sanitaire à l’épidémie.104Landler, Castle et Mueller, 2020. ».

Un jour plus tard, Johnson annonçait que la Grande-Bretagne passerait de la phase « d’endiguement » à la phase de « retardement », dans le but de chercher à ralentir la diffusion de la maladie à travers la population. Mais il a aggravé l’inquiétude des gens avec un discours insensible dont on se souviendra pour cette phrase : « Je doit être honnête avec la population britannique : beaucoup plus de familles vont perdre des êtres chers prématurément105Stewart, Proctor and Siddique, 2020. ». Le conseiller scientifique en chef du gouvernement, Sir Patrick Vallance, prétendait dans une interview largement diffusée sur Sky News que l’ « immunité de groupe » serait atteinte lorsque « près de 60 % » de la population contracterait le Covid-19 – une déclaration reprise par d’autres experts et qui fut condamnée à raison par Richard Horton, éditeur de Lancet, revue scientifique anglaise106Horton, 2020.. Un certains nombre d’auteurs ont noté que cette stratégie pouvait impliquer un demi-million de morts. Pour certains membres de la classe dirigeante, ces décès ne comptent pas beaucoup. Jeremy Warner, journaliste au Daily Telegraph écrit que « d’un point de vue économique complètement dépassionné, le Covid-19 pourrait même se montrer bénéfique à long terme en tuant de façon disproportionnée des personnes âgées et dépendantes107Warner, 2020. ».

Cependant, le 16 mars, on assista à un revirement soudain vers le confinement : Johnson recommandant la fin de tous les « contacts non-essentiels » ; d’éviter les bars, les clubs, les restaurants et les théâtres ; et que les plus vulnérables s’isolent des autres pour douze semaines108Stewart, Boseley, Walker and Elliott, 2020.. Vu la tournure que prennent les événements, des mesures plus drastiques pourraient suivre. Selon des académiciens du Imperial College, dont les travaux ont contribué à modifier l’attitude du gouvernement, cette annonce marque le passage d’une stratégie d’atténuation, dans laquelle le virus est autorisé à se répandre dans la population tout en essayant de limiter son impact, vers une stratégie de suppression, dans laquelle le gouvernement cherche à inverser la propagation du virus109Ferguson et autres, 2020.. Une des difficultés de cette dernière stratégie est qu’un relâchement des mesures pourrait bien permettre au virus de continuer à se propager – augmentant la perspective d’une suppression qui pourrait durer 18 mois ou plus. Un tel scénario serait dévastateur pour l’économie. Ce changement de la stratégie de Johnson s’est accompagné d’une annonce de 330 millions de livres de garanties de loyer et d’autres mesures censées soutenir les entreprises – mais il semble probable que le gouvernement n’ait pas d’autre choix que de continuer d’agir l’économie s’il compte sérieusement supprimer l’épidémie.

Si le passage du virus à travers l’Asie de l’est, l’Amérique du Nord et l’Europe est relativement aisé à suivre, l’impact du Covid-19 sur les pays du Sud est terriblement incertain. Nous n’avons simplement aucunes données sur le nombre de cas en Afrique sub-saharienne car il n’y avait initialement que deux laboratoires dans la région capables de faire les tests de dépistage, et que les systèmes de santé y ont été liquidés par des années de programmes d’ajustement structurel110Kentikelenis, 2017.. L’optimisme de ceux qui espèrent que les populations relativement jeunes de l’Afrique, le climat plus chaud ou la plus grande habitude des personnels médicaux aux pandémies permettront d’améliorer la résistance au Covid-19 est probablement très mal placé111Pilling, 2020.. Alors qu’il entre sur le continent, il va atteindre des populations déjà fragilisées par les épidémies de VIH et d’Ebola et sujettes à l’appauvrissement des prestations de soins de santé. En 2015, le Kenya possédait seulement 130 lits de soins intensifs pour une population de 50 millions112Nordling, 2020; Davis, 2020. (12 lits pour 18 millions d’habitant-e-s au Mali, ndlt). Un avant-goût de ce qui va se passer se précise en Iran, qui est devenu un autre centre de l’épidémie. L’Iran dépense pourtant presque sept fois plus que le Kenya par personne dans la santé, mais la maladie y menace déjà de submerger les hôpitaux, et des éléments suggèrent que le virus s’est propagé pendant un certain temps avant que des mesures ne soient prises pour le contenir113Données de l’Organisation Mondiale du commerce..

Une réponse socialiste

Une réponse socialiste à la crise doit accepter l’essentiel du consensus épidémiologique. Dès lors qu’un virus s’est répandu jusqu’à rendre irréalistes les efforts initiaux de le contenir, la priorité centrale devient de ralentir ou d’inverser sa propagation. En général, les épidémiologistes utilisent « le taux de reproduction de base » pour désigner le nombre de personnes susceptibles d’être infectées par chaque personne porteuse du virus, dans un contexte où personne n’est immunisé. Si le taux de transmission R0 est inférieur à un, la maladie sera contenue ; s’il supérieur à un, la maladie tendra, du moins initialement, à se propager. Il est estimé que le R0 du virus responsable du Covid-19 se trouve autour de 2,0 et 2,5.

Il y deux choses importantes à prendre en compte concernant la valeur de R0. Premièrement sa valeur présuppose que personne n’est immunisé. Au moment de la rédaction de cet article, on ne sait pas encore dans quelle mesure celles et ceux qui guérissent du virus développent une immunité, et le cas échéant, pour combien de temps114 Si le Covid-19 n’est pas éradiqué et vient s’ajouter de manière permanente au reste des maladies infectieuses qui touchent l’humanité, alors l’ « immunité de groupe » pourrait éventuellement devenir pertinente. Il s’agit de l’idée selon laquelle que si certaines personnes sont immunisées contre une maladie cela peut ralentir sa propagation dans le reste de la population en réduisant le nombre de personnes qui peuvent la transmettre. Cependant, à moins que cet objectif ne soit atteint grâce à un programme de vaccination, cette stratégie doit être considérée comme le résultat atroce de l’échec à stopper la propagation de la maladie – et non comme l’objectif prétendu du gouvernement.. Deuxièmement, R0 n’est pas un concept purement biologique. Il s’agit « d’une estimation de la contagiosité qui est fonction du comportement humain et des caractéristiques biologiques de l’agent pathogène115Delamater et autres, 2019. ». Ainsi, ce chiffre dépend non seulement de la nature du virus, mais également de la réaction des populations face à sa propagation et des mesures qu’elles mettent en place. Comme indiqué plus haut, le revirement dans la politique gouvernementale en Grande-Bretagne semble, du moins en partie, être la conséquence de l’article de Ferguson et de ses collègues de l’Imperial College. L’article souligne que la stratégie d’atténuation pourrait aboutir à un demi-million de morts en Grande-Bretagne – sans même prendre en compte l’impact sur les services de santé dépassés116Même dans le scénario le plus optimiste, leur modèle prévoit quasiment un quart de million de morts – Ferguson et autres, 2020, pp.7,16. Ils optent en faveur d’une stratégie de suppression, tout en soulignant les immenses difficultés qui en découlent : « Par le passé, aucune mesure de santé publique avec des effets aussi perturbateurs sur la société n’a jamais été mise en place sur une si longue durée. La manière dont les populations et les sociétés vont réagir reste incertaine117Ferguson et autres, 2020 p16. ».

Qu’une stratégie de suppression s’avère possible ou non, il existe de puissantes raisons de chercher à réduire le R0 du virus. Tout d’abord, cela permettrait d’« aplatir la courbe » épidémique, diminuant le degré d’engorgement des services de santé par des cas graves en répartissant sur plusieurs mois la période de leur prise en charge. Ensuite, cela repousserait le pic de l’épidémie à l’été, à un moment qui ne coïnciderait pas avec le pic de la grippe saisonnière. Enfin, cela permettrait potentiellement de gagner du temps pour développer un vaccin – bien qu’il semble peu probable qu’un vaccin puisse être produit avant 2021, même dans le scénario le plus optimiste118Buranyi, 2020; Ferguson et autres, 2020.. La priorité immédiate est donc de limiter la propagation du Covid-19 tout en protégeant les plus vulnérables.

L’OMS préconise des tests de dépistage généralisés pour le Covid-19, l’isolement volontaire des personnes présentant des symptômes, le traçage des contacts et une quarantaine volontaire pour les personnes qui étaient en contact rapproché des malades. Ces mesures doivent être accompagnées par des mesures de « distanciation sociale ». Cela implique des changements dans les comportements – se tenir à plus de deux mètres des gens, éviter de serrer les mains et d’avoir des contacts physiques, etc. Cela signifie également éviter les rassemblements où les personnes sont en contact rapproché les unes avec les autres. C’est particulièrement important dans le cas du Covid-19 parce que le virus peut être propagé par des personnes asymptomatiques.

La question c’est quelle est la meilleure manière d’y parvenir dans une société capitaliste. La réponse implique de développer une réponse de classe en alternative à la complaisance et à l’autoritarisme dont ont fait preuve les gouvernements jusqu’à présent.

Les super-riches ont très peu de mal à s’isoler volontairement. Ils n’ont qu’à se réfugier dans des bunkers ou dans leurs maisons de vacances en jet privé, souvent avec leur médecin privé dans les bagages119Neate, 2020; Rao, 2020.. Pour la classe ouvrière les choses sont un peu plus compliquées. Les lieux de travail sont dans la plupart des sociétés capitalistes là où les concentrations de population sont les plus importantes. Près de 90 % des employé-e-s britanniques fréquentent des lieux de travail de 10 personnes ou plus – et près de la moitié des lieux de travail de plus 100 personnes ou plus120WERS 2011 data.. Il est par conséquent absurde de préconiser la distanciation sociale sans envisager la fermeture des lieux de travail. Évidemment certains secteurs sont essentiels pour faire face à la pandémie – bien évidemment les hôpitaux, mais également la production d’énergie, l’approvisionnement alimentaire et la production de l’équipement médical indispensable. Les différents secteurs de l’économie devraient être réorientés vers la production essentielle ou bien mis à l’arrêt. Là où le travail doit continuer, les lieux de travail doivent être nettoyés régulièrement et il faut mettre en place des mesures de protection sanitaire, y compris la permission de s’auto-isoler pour les personnes infectées. Un contrôle des prix devrait être mis en place sur ces entreprises pour éviter la spéculation.

Toutefois, la généralisation des mesures d’isolement se heurte à la contrainte économique de se rendre au travail qui persiste. Les gens doivent s’assurer un revenu pour la durée de la pandémie. Dans son dernier budget, le gouvernement britannique a étendu l’indemnité de maladie pour les employé-e-s atteint-e-s par le coronavirus, mais son montant est actuellement fixé à environ un cinquième du salaire hebdomadaire moyen. Pour la masse des travailleur-se-s qui sont à un chèque de paie de l’expulsion, la situation est intenable. De plus, beaucoup de celles et ceux qui sont des « faux » travailleur-se-s indépendant-e-s – le profil le plus caractéristique étant les chauffeurs Uber ou les livreurs Deliveroo, même si cette catégorie inclut aussi des travailleu-se-rs du bâtiment et d’autres secteurs – ne sont pas éligibles à l’indemnité de maladie. À la place, ils doivent se débrouiller pour pouvoir bénéficier de maigres allocations, si tant est qu’ils y soient éligibles. Beaucoup de gens sont également empêchés de travailler après la fermeture des écoles du fait des responsabilités familiales. La principale raison pour laquelle le gouvernement britannique, par rapport aux autres pays européens, a traîné à fermer les écoles, c’est que ses conseillers lui ont dit qu’une fermeture de quatre semaines réduirait le PIB de 3 %121Adams, 2020.. La gauche doit revendiquer le paiement à plein traitement des parents qui sont forcés de rester chez eux pour garder leurs enfants.

Ces revendications doivent être défendues non au nom du soi-disant « intérêt national », mais dans l’intérêt de la classe ouvrière – même si elles menacent la croissance économique ou les profits. Comme elles sont contraires aux intérêts de classe capitaliste, elles ont potentiellement besoin d’être défendues à travers l’action collective. Sur ce terrain certaines sections de la classe ouvrière font la démonstration de leur clairvoyance. À la mi-mars, les travailleur-se-s du « Royal Mail » à Londres stoppaient le travail pour exiger du gel et des lingettes pour se protéger du virus ; les éboueur-se-s de Glasgow organisaient un sit-in parce qu’ils n’ont n’avaient ni désinfectant pour les mains ni eau chaude. Des travailleur-se-s du nettoyage, embauchés sous droit privé, de l’hôpital de Londres stoppaient le travail contre le non-paiement des salaires en soulignant, au vu du contexte, la stupidité qui consiste à négliger l’hygiène à l’hôpital. Beaucoup d’universités ont basculé leurs cours en ligne sous la pression de syndicalistes tout juste sorti-e-s de leur dernière action de grève122Socialist Worker, 2020.. La crise ne doit pas être vue comme une suspension de la lutte des classes, mais plutôt comme une intensification de cette dernière.

Comme les lieux de travail ferment et que les gens s’auto-isolent, la problématique du soin apporté aux plus vulnérables s’impose. Un des aspects réconfortant de la crise c’est qu’on a vu se mettre en place de groupes de « solidarité (mutual aid en anglais, ndlt)» – organisés majoritairement par Facebook ou WhatsApp – dédiés à cette tâche. Mon groupe local se définit de la manière suivante :

En temps de crise nous avons besoin les un-e-s des autres … l’entraide sera nécessaire pour beaucoup, mais surtout pour les plus vulnérables dans notre société. Nous aurons comme objectif d’aider les gens à accéder à l’alimentation, à aller à la pharmacie, à faire les courses etc. – tout particulièrement les personnes âgées, malades et/ou immunodépressives. Aucune discrimination ne sera tolérée … nous montrons que Leicester fait bloc face à l’adversité.

Le programme d’urgence s’écrit aussi sur les murs de nos villes. Vu à Montreuil.

De même, Wallace soutient que : «  la quarantaine volontaire avec le soutien adéquat – visites régulières par des brigades de quartier, convois alimentaires qui font du porte à porte, décharge de travail, assurance chômage – peut susciter … de la collaboration123Wallace, 2020a. ». Tout particulièrement pour les socialistes dont les lieux de travail ont été fermés, il devient important de passer d’une activité centrée sur le lieu de travail à un travail de quartier. De telles structures peuvent se coordonner avec les travailleur-se-s de la santé, les syndicats et les associations de quartiers pour aider à développer une authentique réponse de classe à la crise. Afin de se doter des ressources adéquates, elles pourraient revendiquer un financement de la part des autorités locales ou du gouvernement.

L’activité dans les quartiers populaires ne doit pas se limiter aux soins de base ou à un rôle de soutien. La question du logement constitue une problématique centrale. Comme Engels le relevait déjà au 19ème siècle, la promiscuité dans les logements favorise la propagation des maladies. Le temps est grandement venu de pousser pour la réquisition sous propriété publique de l’immense réserve de logements vides dans des villes comme Londres, dont beaucoup sont inoccupés uniquement à des fins d’investissement spéculatif124Une estimation prudente, qui ne couvre que les maisons vides depuis longtemps, montre qu’il en existe 216 000 en Angleterre – Kollewe, 2019.. Ces derniers pourraient être utilisés à la fois pour loger les sans-abris et pour permettre aux gens de s’isoler volontairement.

La pandémie met aussi en lumière la situation précaire du National Health Service (NHS) après une décennie d’austérité, et plusieurs décennies de privatisation et de marchandisation. La Grande-Bretagne possède terriblement peu de lits, à peine 2,8 pour mille habitant-e-s – à titre de comparaison, ce chiffre est de 11,5 en Corée du sud, 8,3 en Allemagne, (6,5 en France, ndlt) 3,4 en Italie – et encore moins de lits en soins intensifs. À court terme, la réquisition des hôpitaux privés telle que le propose le syndicat GMB, pourrait alléger un peu la pression125GMB, 2020.. Cette mesure doit aller de paire avec un programme d’investissement massif dans la santé. Tracer les contacts, tester, désinfecter, de même que les soins apportés aux personnes malades, tout cela demande beaucoup de bras. Durant l’épidémie de SARS à Toronto, qui était d’une ampleur bien moins importante que celle de Covid-19, la virus s’est propagé d’une personne à l’autre dans les espaces communs surpeuplés des hôpitaux à cause du manque d’infrastructures pour isoler les malades et du manque de personnel consécutif aux coupes budgétaires dans la santé126Ali et Keil, 2006, p501; Davis, 2006b, pp76-77.. Il faut également assurer la protection des travailleur-se-s dans ces espaces, qui ont été contaminés de manière démesurée en Italie du fait de l’insuffisance ou du manque de matériel de protection127Oddone, 2020.. Le personnel des hôpitaux a également besoin d’avoir accès aux tests et au traçage afin de garantir qu’ils ne répandent pas le virus parmi les patient-e-s, les personnes vulnérables et leurs collègues.

Les moyens des entreprises pharmaceutiques, de même que les laboratoires universitaires doivent être concentrés vers la recherche d’un vaccin et d’autres traitements possibles. Cela doit être fait avec une transparence totale et sous contrôle public, afin d’éviter la logique égoïste de la propriété privée et du profit qui nuisent à la production d’un vaccin128Buranyi, 2020.. Le vaccin doit être produit à une échelle de masse, et être accessible au coût de production – et gratuitement pour les pays du Sud.

Plus généralement, en même temps que la double crise du Covid-19 et du ralentissement économique, les gouvernements sont de plus en plus amenés, bien qu’à contre-coeur, à renflouer et à soutenir certains secteurs de l’économie. La gauche doit faire pression pour que cela se fasse le plus possible sous contrôle démocratique des travailleur-se-s plutôt que selon les diktats de l’état capitaliste, et mettre en lumière ce que cela révèle des limites du capitalisme comme système d’organisation de la production. Le capitalisme provoque des pandémies mais se révèle incapable d’y répondre de manière adéquate – comme il est incapable de répondre aux besoins d’une planète de sept milliard et demi d’habitant-e-s. Les arguments en faveur d’une économie planifiée durable, sous contrôle démocratique – arguments en faveur d’une transformation socialiste – pourraient gagner une audience plus large à mesure que la crise va s’aggraver.

Enfin il est nécessaire de se défendre contre le racisme et la logique des bouc-émissaires. Il existe une longue histoire des épidémies représentées comme étant la faute des « étrangers ». Les juif-ve-s ont subi des pogroms après avoir été accusé-e-s de répandre la peste bubonique au 14ème siècle. Au 19ème siècle aux USA, les immigré-e-s irlandais étaient vus comme porteurs du choléra, et la tuberculose était perçue, à nouveau, comme une « maladie juive ». Au 20ème siècle, les italien-ne-s étaient tenus responsables de la propagation de la polio129Cartwright et Biddiss, 2004, p39; Sherman, 2007, pp111-112; Kraut, 2010, p125.. Les maladies sont souvent nommées selon le lieu de leur origine supposée – par exemple la grippe « espagnole », « russe », de « Hong-Kong », « mexicaine » – et bien souvent la perception d’étrangers qui ramènent des maladies s’est combinée aux rivalités inter-impérialistes. L’épidémie actuelle ne fait pas exception, liée comme elle l’est au conflit en cours entre les États chinois et américain. Par conséquent, pour Trump, le virus à l’origine de Covid-19 est surnommé le virus « étranger » ou « chinois »130Zimmer, 2020; Kuo, 2020. Il semble que des responsables chinois ont riposté en prétendant que la pandémie a été déclenchée par l’armée US – Myers, 2020. Pour ne pas être en reste, Viktor Orbán, le dirigeant hongrois de droite radicale, a rendu les migrant-e-s iranien-ne-s responsables de la propagation du Covid-19..

L’amalgame entre le Covid-19 et les populations chinoises a alimenté une vague d’agressions racistes en Grande-Bretagne, aux États-Unis et ailleurs, dont les principales victimes ont été le nombre croissant d’étudiant-e-s chinois-e-s dont les frais de scolarité exorbitants ont contribué à maintenir l’enseignement supérieur britannique à flot. Une réponse socialiste cohérente doit s’opposer aux tentatives de racialiser l’épidémie en créant des boucs émissaires parmi les communautés de migrant-e-s – et résister à la fermeture des frontières, qui ne servira pas à grand-chose pour ralentir la propagation du virus maintenant qu’il est déjà installé dans la plupart des pays.

Conclusion

Les mesures proposées ici ne sont qu’une esquisse des revendications immédiates que la gauche pourrait avancer pour répondre à la pandémie de Covid-19. Malheureusement, ce ne sera pas la dernière pandémie majeure à menacer nos vies – ce ne sera peut-être même pas la plus meurtrière. Nous vivons dans un monde propice à la propagation de ces maladies, qu’elles proviennent des marchés humides de Wuhan, des élevages de porcs industriels d’Europe ou des usines à poulet des États-Unis. Par conséquent, parallèlement à ces revendications immédiates, une remise en question plus profonde du système qui engendre ces pandémies est obligatoire. Comme le dit Rob Wallace qui est lucide à ce sujet :

L’agro-industrie en tant que mode de reproduction sociale doit être définitivement abandonnée, ne serait-ce que pour des raisons de santé publique. La production hautement capitalisée de denrées alimentaires est tributaire de pratiques qui mettent en danger l’humanité tout entière, dans ce cas en contribuant à déclencher une nouvelle pandémie mortelle. Nous devons exiger que les systèmes alimentaires soient socialisés de telle sorte que d’aussi dangereux agents pathogènes soient empêchés d’émerger en premier lieu. Pour cela, il faudra d’abord réintégrer la production alimentaire dans les besoins des communautés rurales. Cela nécessitera des pratiques agro-écologiques qui protègent l’environnement et les agriculteur-rice-s lorsqu’ils produisent nos aliments. L’idée générale étant que nous devons remédier à la rupture métabolique entre nos écologies et nos économies. Bref, nous avons une planète à gagner131Wallace, 2020a..

Pour parvenir à une telle transformation, et plus encore, pour débarrasser le monde de la division de classe, du racisme, des conflits impérialistes et de la catastrophe du changement climatique, il devient de plus en plus évident qu’une rupture avec toute la logique du capitalisme est nécessaire. Le truisme que notre choix ultime se trouve entre socialisme et barbarie est un lieu commun à gauche depuis de nombreuses décennies. Le Covid-19 est un avertissement : il nous prévient que le temps est compté.

Joseph Choonara, traduit de l’anglais par Dimitris, Flo et Gabriel

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Notes   [ + ]

1. Je remercie Alex Callinicos, Esme Choonara, Martin Empson, Charlie Kimber, Richard Donelly et John Parrington pour leurs commentaires sur les avant-projets de ce texte.
2. Les virus sont simplement des morceaux d’ADN ou ARN dans une capside protectrice, qui ne peuvent se reproduire que dans les cellules  d’un organisme vivant. Une fois infecté, le système immunitaire de l’hôte peut éventuellement s’adapter à un virus, et lui conférer l’immunité face à un pathogène spécifique. Cependant, le code génétique qui forme le virus peut subir une mutation créant ainsi des nouvelles formes du virus.
3.  WHO, 2017.
4. WHO, 2020a. Le rapport entre le nombre des morts et le nombre de contaminations est probablement plus bas, parce que tous les cas de contamination qui ne sont pas recensés. Il y a aussi des fortes variations entre les différents pays, ce qui peut donner une idée de la mesure dans laquelle les systèmes de santé sont submergés.
5. Morens, Dazaket Taubenberger, 2020, pp1-2.
6. Le virus continue à muter au sein des oiseaux. Cependant sa forme bénigne et le fait qu’il se répand facilement diminuent les chances qu’une nouvelle souche supplante les formes les plus répandues – Dehner, 2012, pp26-27.
7. Dehner, 2012, pp27-29.
8. Dehner, 2012, p12.
9. Plus précisément, les chauves-souris constituent les réservoirs principaux des genres alphacoronavirus et betacoronavirus.
10. Hu et autres, 2015.
11. Dehner, 2012, pp33-34.
12. McNeill, 1976, pp69-131.
13. McNeill, 1976, p103.
14. Il est probable que le changement climatique ait fait augmenter drastiquement la population des rongeurs porteurs de la maladie, les poussant hors de leur habitat naturel vers la proximité avec les humains; un rappel des conséquences possibles du changement climatique qui est aujourd’hui provoqué par les humains—Sherman, 2007, pp73-74.
15. McNeill, 1976, pp132-145.
16. McNeill, 1976, p149.
17. McNeill, 1976, pp176-180. Jared Diamond (1999, pp159-163, 178, 213) montre que la plupart des grands animaux aptes à la domestication ont été trouvés en Eurasie, alors que beaucoup de grands mammifères originaires des Amériques se sont éteints il y a environ 13 000 ans. Le lama et l’alpaga sont les exceptions notables, bien que leur domestication ne soit pas répandue au-delà des Andes. Ces animaux étaient aussi généralement gardés dans des troupeaux de plus petite taille que leurs homologues eurasiatiques et restaient à l’extérieur des habitations.
18. McNeill, 1976, p180.
19. Cartwright et Biddiss, 2004, p79.
20. Cartwright et Biddiss, 2004, p80; Sherman, 2007, p56.
21. Le philosophe Emmanuel Kant (2007), en réaction à une épidémie de grippe qui toucha Königsberg au printemps 1782, écrivit : “La proximité avec toutes les parties du monde dans laquelle s’est placée l’Europe à travers ses bateaux et sas caravanes répand de nombreuses maladies partout dans le monde”.
22. Daunton, 1995, pp408-413.
23. Sherman, 2007, p56.
24. Sherman, 2007, p107.
25. Sherman, 2007, pp107-108, 110.
26. Dehner, 2012, p51.
27. Engels, 1845.
28. Engels, 1872.
29. Flecknoe et autres, 2018.
30. Davis, 2006a, pp146-148. Les épidémies produit de l’impérialisme qui ont frappé les pays du Sud ne se limitent pas aux maladies affectant directement les humains. La peste bovine a été introduite en Afrique par du bétail indien amené en Érythrée, en Afrique de l’est, par des colons italiens dans les années 1880. Elle se propagea jusqu’en Afrique du sud,  le long des voies où circulaient les chars à boeufs, parcourant 32 kilomètres par jour et dévastant les communautés qui dépendaient du bétail pour le lait, la viande, le cuir, les excréments pour le chauffage et la cuisson des aliments, pour la force motrice ou encore comme moyen d’échange. — Phoofolo, 1993. La maladie fut cataclysmique – plus de 5,2 millions de bovins périrent au sud du fleuve Zambèze. Le résultat fut la famine et, plus tard, l’apparition du buisson d’épine dans la savane, créant des conditions idéales pour la mouche tsé-tsé, ce qui provoqua une épidémie de la maladie du sommeil—Chuang, 2020; Van der Bossche, 2010.
31. McNeill, 1976, p185; Cartwright et Biddiss, 2004, p149.
32. Dehner, 2012, p57.
33. En Espagne, qui était un pays neutre durant la guerre, les journaux étaient libres de rendre compte de l’épidémie de grippe, évitant les restrictions dans les pays belligérants, donnant l’impression qu’elle y était particulièrement grave, ce qui contribua  à renforcer l’idée que la maladie était d’origine espagnole. En Espagne elle fut surnommée « Soldat napolitain » en référence à un spectacle musical à la mode jugé également « contagieux », et plus tard, « grippe française » – voir Trilla et autres, 2008. L’origine géographique de l’épidémie reste incertaine, différents auteurs avançant les États-unis, l’Autriche, la France, entre autres.
34. Dehner, 2012, p60.
35. Liu et autres, 2018, p463.
36. Voir par exemple Morris, Cleary and Clarke, 2017.
37. Monto et Sellwood, 2013, p42.
38. Davis, 2006b, p26; Davis, 2020.
39. Davis, 2006b, pp40-43.
40. Monto et Sellwood, 2013, pp44-45.
41. Pour des raisons de place, cet aperçu est sélectif, il ne comprend notamment pas les pandémies très graves du VIH et du virus Zika.
42. Wallace, 2016.
43. Davis, 2006b, pp83-84.
44, 70, 77, 91, 92, 93. Chuang, 2020.
45. Strauchs, 1998, pp 102-103.
46. Morens, Dazak et Taubenberger, 2020, p2.
47. Looi et Chua, 2007.
48. Wallace et autres, 2015, pp4, 6.
49. https://acta.zone/agrobusiness-epidemie-dou-vient-le-coronavirus-entretien-avec-rob-wallace/
50. Dehner, 2012, p121. Un « marché humide », un terme dérivé de l’anglais de Hong Kong, est simplement un marché vendant des denrées périssables tels que la viande, le poisson et les produits frais, par opposition à un « marché sec » vendant des produits tels que des vêtements ou des produits électroniques. Récemment, ce terme a parfois été utilisé de manière dérivée pour laisser entendre que les habitudes alimentaire des chinois-e-s sont en quelque sorte responsables de l’épidémie. Cependant, il existe de nombreux « marchés humides » en Europe et en Amérique du Nord et, comme le souligne un auteur, il existe un commerce en plein essor de côtes d’alligator, de rat musqué, de lynx roux et de crotale dans le sud de la Floride – voir Cavish, 2020.
51. Dehner, 2012, pp121-122
52. Wallace, 2009a, pp923-926. Aujourd’hui, l’élevage de porcs en Chine est également hautement industrialisé—voir Schneider, 2017
53. Davis, 2006b, pp58-62.
54. Davis, 2006b, pp97-100.
55. Wallace, 2009a, pp921-922.
56. Dehner, 2012, p126.
57. Dehner, 2012, pp125-126.
58. Wallace, 2009a, p918.
59. WHO, 2020b. Une deuxième souche de grippe, H7N9, a causé des épidémies à répétition en Chine. En décembre 2019 1568 cas et 616 morts avaient été recensés, touchant majoritairement les personnes en contact avec la volaille, et là encore avec peu de cas de transmission entre humains—WHO, 2019; Paules and Subbarao, 2017.
60. Wallace, 2009.
61. Dehner, 2012, p142.
62. Voir Godlee, 2010.
63. Hu et autres, 2017.
64. Lin, 2001, pp64, 66.
65. Alivet Keil, 2006, pp497-498.
66. Davis, 2006b, pp74-75.
67. Wilder-Smith, Chiew and Lee, 2020.
68. Peeri et autres, 2020.
69. Hermida et autres, 2017.
71. HSBC, 2018; Forbes, 2020.
72. Wallace, 2020b.
73. Standaert, 2020.
74. Ali et Keil, 2006, p500.
75. Peeri et autres, 2020, p8.
76. Données de l’Association internationale du transport aérien; Wang, Yang et Wang, 2019, p5.
78. Données de l’Organisation mondial du commerce.
79. Yang et Hille, 2020.
80. Brower, Raval, Sheppard et Meyer, 2020.
81. Le terme assouplissement quantitatif -en anglais Quantitative easing (QE) – désigne un type depolitique monétaire dite « non conventionnelle » consistant pour une banque centrale à racheter massivement des titres de dettes aux acteurs financiers, notamment desbons du trésor ou des obligations d’entreprise, et dans certaines circonstances des titres adossés à des actifs comme des titres hypothécaires. https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif
82. Voir par exemple, Tooze, 2018, pp202-219.
83. Choonara, 2018, pp104, 105.
84, 86. Plender, 2020.
85. Edgecliffe-Johnson et autres, 2020. J’examine les « firmes zombies » dans Choonara, 2018, pp105-107.
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88. Zhong et Mozur, 2020.
89. Il s’agit de toute façon d’un mythe. Sur le “mythe de l’efficacité fasciste”, Bergan Evans (1954, p.77) déclare : “À l’été 1930, à l’apogée de Mussolini, lorsqu’un garde fasciste circulait dans chaque train, l’auteur de ces lignes était employé comme coursier par l’entreprise “Franco-Belgique Tours”, et peut attester du fait que la plupart des trains italiens dans lesquels il voyagea n’étaient pas à l’heure – ni même proches de l’être.”
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97. Ndlt, Au 07/4/2020, c’est l’État espagnol qui est devenu l’épicentre de l’épidémie en Europe et les États-unis dans le monde, pour un point de la situation médicale à cette date : https://www.youtube.com/watch?v=1Sim4pENNAg&t=629s
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99. Perrone, 2020.
100. Basketter, 2020; Del Panta, 2020.
101. Lahut, 2020.
102. Scott, 2020.
103. Boseley, 2020.
104. Landler, Castle et Mueller, 2020.
105. Stewart, Proctor and Siddique, 2020.
106. Horton, 2020.
107. Warner, 2020.
108. Stewart, Boseley, Walker and Elliott, 2020.
109. Ferguson et autres, 2020.
110. Kentikelenis, 2017.
111. Pilling, 2020.
112. Nordling, 2020; Davis, 2020.
113. Données de l’Organisation Mondiale du commerce.
114.  Si le Covid-19 n’est pas éradiqué et vient s’ajouter de manière permanente au reste des maladies infectieuses qui touchent l’humanité, alors l’ « immunité de groupe » pourrait éventuellement devenir pertinente. Il s’agit de l’idée selon laquelle que si certaines personnes sont immunisées contre une maladie cela peut ralentir sa propagation dans le reste de la population en réduisant le nombre de personnes qui peuvent la transmettre. Cependant, à moins que cet objectif ne soit atteint grâce à un programme de vaccination, cette stratégie doit être considérée comme le résultat atroce de l’échec à stopper la propagation de la maladie – et non comme l’objectif prétendu du gouvernement.
115. Delamater et autres, 2019
116. Même dans le scénario le plus optimiste, leur modèle prévoit quasiment un quart de million de morts – Ferguson et autres, 2020, pp.7,16
117. Ferguson et autres, 2020 p16.
118. Buranyi, 2020; Ferguson et autres, 2020.
119. Neate, 2020; Rao, 2020.
120. WERS 2011 data.
121. Adams, 2020.
122. Socialist Worker, 2020.
123, 131. Wallace, 2020a.
124. Une estimation prudente, qui ne couvre que les maisons vides depuis longtemps, montre qu’il en existe 216 000 en Angleterre – Kollewe, 2019.
125. GMB, 2020.
126. Ali et Keil, 2006, p501; Davis, 2006b, pp76-77.
127. Oddone, 2020.
128. Buranyi, 2020.
129. Cartwright et Biddiss, 2004, p39; Sherman, 2007, pp111-112; Kraut, 2010, p125.
130. Zimmer, 2020; Kuo, 2020. Il semble que des responsables chinois ont riposté en prétendant que la pandémie a été déclenchée par l’armée US – Myers, 2020. Pour ne pas être en reste, Viktor Orbán, le dirigeant hongrois de droite radicale, a rendu les migrant-e-s iranien-ne-s responsables de la propagation du Covid-19.