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Trêve de plaisanteries, mettons Macron à la retraite

Éditorial janvier 2020

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C’est beau la grève ! Beau comme un Lac des cygnes dansé sur le parvis de l’Opéra, par et pour les grévistes. Beau comme une fanfare qui résiste aux ch’tars sur un piquet de grève. Beau comme des lycéen·es qui mettent en déroute les troupes macronistes. Beau comme des ministres sinistres, des députés dépités et des éditocrates qui bafouillent et bégaient devant la force du mouvement.
On ne perd jamais à faire grève, et on a tout à gagner. Comme le chantent les manifestant·es des AG interpros : « la grève générale, c’est bon pour le moral ».

Bye-bye là haut, c’est en bas que ça s’passe !

Et face à tous les coups tordus, à toutes les saloperies, à tous les mensonges que le pouvoir aux abois tentent pour briser la grève, elle est toujours là, forte comme au premier jour, nourrie d’un mois de rage et d’expériences accumulées. La force de cette grève c’est son auto-organisation par en bas, sa gestion par les AG de grévistes qui massivement la reconduisent jour après jour.  Après des mois de préparation, au bout des deux premières semaines de grève, d’AG, de piquets avec le soutien des autres secteurs en lutte, de manifestations, la base cheminote et traminote des syndicats que les médias appellent « réformistes » a envoyé paître ses dirigeants qui relayaient la propagande gouvernementale sur la « trêve » et appelaient à la reprise du travail.

C’est bien grâce à cette organisation par en bas, gare par gare, ligne de métro par ligne de métro, centre bus par centre bus, visibles dans les manifestations monstres des 5 et 17  décembre, que les militant·es, impliqué·es jusqu’au cou dans la grève, de l’UNSA ferroviaire et de la fédération Cheminot de la CFDT ont rappelé cette vérité simple, basique, aux bureaucrates qui écoutent plus les ministres que leur base : « la grève appartient aux grévistes ».

La trêve c’est dans leurs rêves, nous on fait la grève !

Et de trêve il n’y a pas eu, pas plus que de spectacle de Noël à Notre-Dame, cheih ! Et ce malgré le déchaînement médiatique contre les grévistes, et le black-out des mêmes médias sur l’extension de la grève à d’autres secteurs ; malgré les vacances que nombreux·ses dans notre classe avaient planifié ; malgré une intersyndicale nationale qui ne parle pas de trêve, mais la pratique de fait en n’appelant à rien avant le 9 janvier ; malgré (ou peut-être grâce) à l’intransigeance et au mépris affiché par le gouvernement.

Le très laïc « esprit de Noël » n’a pas pu briser l’esprit de la grève. Grâce à la détermination des grévistes de la SNCF, de la RATP, des raffineries, de l’éducation, de l’électricité, du gaz, artistes… Mais aussi grâce aux « militant·es de la grève » oragnisé·es en AG interpros. Ces Assemblées regroupent sur une localité, un arrondissement, un quartier, des grévistes, y compris des secteurs où elles et ils sont (encore) minoritaires à reconduire au-delà des journées décidées par l’intersyndicale nationale, des précaires, des chômeur·euses, des travailleur·euses privé·es de papiers, des étudiant·es… En organisant rencontres, réunion, « gréveillons », fêtes de soutiens, déambulations, départs collectifs pour les manifestations, interventions sur les concentrations ouvrières (hôpitaux, bureaux de poste, centres des Finances publiques, déchetteries…), ces AG permettent à tout le monde de s’investir dans le mouvement au-delà des nécessaires caisses de grève sur    internet, de se coordonner sur un territoire, de mutualiser les informations et les pratiques…  Et ainsi d’ancrer la grève dans la durée.

Rien à négocier, tout à gagner !

Car s’il y a une caractéristique commune aux soulèvements qui ébranlent le monde d’Alger à Santiago, de Hong Kong à la Catalogne et au Liban, à l’Iran, l’Irak, Haïti, la Guinée, etc., des Gilets jaunes au mouvement actuel, c’est qu’ils font face à des pouvoirs qui n’ont rien à négocier. Rien à négocier car la trajectoire du capital qui dicte leurs agendas implique l’aggravation des attaques antisociales, antidémocratiques, anti­écologiques, racistes, sexistes. Des pouvoirs qui ne comprennent qu’un seul langage : grèves, blocages, tu dégages ! Dès lors, les mouvements s’inscrivent dans la durée, s’organisent pour faire face à la répression féroce, qui partout éborgne, mutile, tue, enferme à tour de bras. Faire face aussi aux coups de mou apparents, à la résignation, à la démoralisation qui menacent face à des pouvoirs qui semblent inébranlables, mais qui sont en réalité des colosses aux pieds d’argile. Plus chênes que roseaux dans la fable.

En France, la réforme des retraites est un révélateur. La base sociale de Macron est constituée des cadres sup’ qui émargent à minimum 11 000 boules par mois, les seuls à qui profiterait la retraite à points de l’aveu même de BFM. 11 000 balles mensuel, presque 10 fois le SMIC ! On n’a pas affaire à du p’tit chef de bas étage, mais à du Top Management de haute volée, de la même espèce que ceux qui harcelaient en bande organisée jusqu’au suicide les salarié·es de France Télécom, que la justice vient de (très symboliquement) condamner et dont les clones martyrisent les salarié·es de La Poste, de la SNCF, de la RATP, des hôpitaux… Le président le plus mal élu de cette Ve République, pourrie jusqu’à la moelle, sait que son pouvoir ne tient que par la matraque et le gaz lacrymogène. Il cède tout aux premiers grognements des syndicats de flics d’extrême droite (notons que contrairement aux cheminot·es, les chiens de garde du capital ne se battent que pour leur gueule, pour toujours plus d’impunité, pour pouvoir nous en foutre toujours plus sur la gueule. Pour celleux qui s’interrogent sur la nature de classe des syndicats des forces répressives et étaient prêt·es à les accueillir dans nos manifs…).

Le monde de Macron c’est un cabinet de DRH entouré de lignes de CRS. Un monde qui ouvre la possibilité du fascisme et où les milices d’extrême droite, en bon supplétifs des forces de police, attaquent les personnes mobilisées, comme cette année à Strasbourg ou en 2016 à Montpellier (sans, hélas rencontrer une résistance à la hauteur). C’est ce monde qu’il nous faut détruire, car nous ne nous laisserons pas détruire par lui. C’est ce monde qu’il nous faut détruire pour gagner ce que l’on veut : tout !

Gilet-jauner la grève, construire l’autonomie de classe !

Le combat sera de longue haleine, Macron a quelques fusibles à faire sauter, quelques coups crasses dans son sac. Il est même possible qu’il réussisse à faire passer tout ou partie de son projet sur les retraites. Il faut bien sûr nous mobiliser de toutes nos forces pour éviter cette catastrophe sociale. Pour lui infliger cette défaite qui nous placerait dans une bien meilleure position pour envisager la suite. Mais quoiqu’il arrive, il faut se rappeler que l’on ne perd jamais à faire grève. « La lutte des classes est une lutte de la classe ouvrière contre les effets désastreux et dégradant du système capitaliste sur sa conscience de classe » écrivait le marxiste hongrois Georg Lucàks dans Histoire et conscience de classe. Et un mouvement comme celui que nous connaissons est une énorme opportunité de lutter contre les effets désastreux et dégradants du système capitaliste sur la conscience de classe. De faire classe, comme on dit souvent à A2C.  

Faire classe, c’est s’assumer comme politique. S’assumer comme politique c’est s’assumer comme antifasciste et anti­raciste, féministe et fièrement Queer. C’est assumer la nécessité de l’autodéfense, politique comme physique, contre les bandes fascistes. Et s’en donner les moyens. C’est renforcer les mobilisations antiracistes, les comprendre comme partie prenante du mouvement, comme cela fut, hélas très partiellement, le cas le 18 décembre pour la Journée internationale des migrant·es ou lors de la Marche des Mamans de Mantes-la-Jolie. Et se donner les moyens de faire mieux la prochaine fois. C’est ne rien céder sur les oppressions, sur l’islamophobie, sur le racisme, sur l’homophobie, le sexisme, et les combattre dans, par et pour le mouvement. Et s’en donner les moyens. C’est renforcer l’autonomie du mouvement, et donc de notre classe. Et s’en donner les moyens.

Seule une crise politique nous permettra d’en finir avec Macron, sa retraite à point, son racisme, son néocolonialisme mal déguisé, l’impunité qu’il offre à sa Police, son blabla lénifiant sur les féminicides, son arrogance de classe, son autoritarisme. Bref, son monde de DRH et de CRS. S’assumer comme politique c’est vouloir ouvrir une crise politique et s’en donner les moyens. C’est poser la question du pouvoir. Et s’en donner les moyens.

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, et ne meurt jamais la mauvaise herbe !

TPP, le 27 décembre 2019