Edito Cahiers #20 · Face à la barbarie impérialiste : Make Revolution Great Again

Le 3 janvier, les États-Unis agressent le Venezuela : bombardements faisant une centaine de mort·es, capture du président Nicolas Maduro, et de sa femme et dirigeante politique Cilia Flores, annonce de Trump que les US comptent diriger le pays.

Ce coup de force est bien sûr à replacer dans un contexte général de tensions inter-impérialistes accrues. Mais il faut nécessairement le qualifier d’événement majeur dans l’impérialisme mondial, symptôme d’un changement qualitatif et d’une accélération politique.

Une attaque impérialiste

Comprendre cet événement est essentiel pour savoir comment réagir, et quelle riposte bâtir. Pour commencer, on a besoin de se dire qu’il ne s’agit pas de l’irrationalité de Trump, un dirigeant plus radicalisé que les autres, ni d’une quelconque guerre au narcotrafic. Les USA ont mené une attaque impérialiste contre le Venezuela. 

L’impérialisme, c’est ce stade du capitalisme où les affrontements économiques se transforment en conflits militaires entre États. Les États sont par nature impérialistes et occupent des places plus ou moins fortes dans l’impérialisme mondial. Le capitalisme est un régime économique qui repose sur la compétition. Quand celle-ci devient trop forte, il ne reste plus que la solution militaire pour la régler 1Voir Jad Bouharoun (2022), Se préparer aux guerres qui (re)viennent, Revue #04.

L’agression menée par les USA contre le Venezuela est rationnelle et prévisible. Mais elle est à observer comme un tournant décisif dans la période.

Vers une guerre globale ?

Cette agression porte en elle plusieurs éléments qui sont une avancée vers la généralisation des conflits entre États : 

  • Le recul de l’hégémonie états-unienne en tant que superpuissance impérialiste. Même si les USA restent la première puissance économique et militaire mondiale, d’autres puissances émergent. La Chine, comme seule rivale hégémonique, mais aussi des puissances secondaires régionales (la Russie en Europe de l’Est, l’Iran au Moyen-Orient). Cette déstabilisation rebat toutes les cartes et ouvre le terrain à des affrontements partout. La dernière déstabilisation historique de cette ampleur était celle de la Grande-Bretagne au début du 20ème siècle, qui a mené aux deux guerres mondiales.
  • Le signal que les USA sont prêts à en découdre, et qu’ils le font. La flotte américaine était déployée autour du Venezuela depuis plusieurs mois, mais on voit maintenant que l’armée peut passer à l’action. Et alors, les menaces annoncées depuis plusieurs mois par Trump sur le Groenland, Cuba, la Colombie ou encore l’Iran deviennent concrètes et laissent penser qu’un engrenage peut se mettre en route.

Le danger fasciste grandit

Dans notre camp, on entend que cette agression serait due à la « fascisation » du gouvernement états-unien, incarnée par son dirigeant, Trump. Mais comme on l’a dit plus tôt, le capitalisme produit des guerres, du fait de sa nature concurrentielle, peu importe que les États soient sous un pouvoir parlementaire, autoritaire ou fasciste.

Cependant, « la trajectoire impérialiste du capital crée les conditions propices pour le développement du fascisme » 2voir l’introduction de notre brochure Vers la guerre, vers le fascisme. Impérialisme, la trajectoire du Capital (2023).
L’avancée du monde entier vers la guerre produit une montée du nationalisme, et donc un durcissement des politiques racistes, et des répressions des mouvements sociaux. Et ces politiques, dans les pays où les fascistes sont dotés d’un parti, où pourraient s’en doter, déroulent un tapis vers la mise en place d’un régime fasciste.

C’est le cas en France, où le RN, avec sa campagne municipale dans 600 communes et ses liens avec la Coordination Rurale, syndicat agricole d’extrême-droite, qui a appelé à une marche sur Paris les 4 et 5 janvier, grossit ses rangs et s’implante localement à travers tout le pays.

Stopper l’escalade

Il ne faut pas laisser passer. De même que l’impunité des crimes policiers se traduit par de plus en plus d’assassinats, l’impunité impérialiste provoquera d’autres agressions. Et chaque pas en avant d’une puissance impérialiste ne fait que légitimer la course à l’armement des autres, en Europe comme en Chine.

Pour réussir à construire un mouvement large à la hauteur de la situation, nos revendications doivent être simples :

  • retrait des troupes états-uniennes de l’Amérique Latine / Abya Yala et des Caraïbes
  • libération de Maduro et Flores
  • fin des menaces sur le Groenland, Cuba, la Colombie et l’Iran 

Focaliser le débat sur la caractérisation du régime de Maduro est un contre-sens stratégique qui n’a de sens que dans le monde des idées et dans son canapé en occident. Dire « Ni Trump, ni Maduro » c’est légitimer l’intervention étasunienne.

Front anti-impérialiste

Les forces existent. Au cœur de la bête, déjà plus nombreux et plus forts que lors de la guerre du Vietnam, des millions de gens sont dans la rue et s’organisent dans tous les États-Unis contre Trump. Les manifestations de masse s’inscrivent dans un mouvement de lutte, commencé en juin dernier dans les émeutes contre ICE, puis sous la forme des manifs “No Kings” contre Trump et son gouvernement.

Le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, depuis plus de deux ans, met des millions de personnes dans la rue, contre le génocide et donc contre l’impérialisme.

Enfin, les mouvements d’Amérique latine ont montré depuis le début du XXIè siècle leur capacité de mobilisation, de l’insurrection zapatiste de 1994 aux cacerolazos de masse du Chili en 2019 en passant par la révolution bolivarienne au Venezuela, la révolution citoyenne en Equateur, le mouvement indigène en Bolivie et le mouvement de récupération des usines en Argentine. Sans hasard, Porto Allegre au Brésil, était devenue la capitale du mouvement altermondialiste.

Aller jusqu’au bout

Reprendre le fil de ces exemples est important comme source d’inspiration. Mais ils sont aussi porteurs d’une autre leçon et illustrent ce que le révolutionnaire français St Just écrivait : “les révolutionnaires qui ne font la révolution qu’à moitié creusent leur propre tombe”.

Dans tous ces pays, ces processus ont été largement détruits. Au Chili, un nazi nostalgique officiel de Pinochet est arrivé au pouvoir. En Argentine, c’est un admirateur de Trump. L’agression impérialiste au Venezuela a été largement rendue possible par l’échec – pour dire le moins – des promesses de la révolution bolivarienne.

Oui les forces existent pour combattre l’impérialisme. Oui l’époque des soulèvements de masse, des révoltes de classe n’est pas close comme le démontre le mouvement en Iran, les grèves, les conseils ouvriers.

Dans la lutte contre l’impérialisme, contre le fascisme, il faut construire activement la seule antidote, l’autonomie de classe et la révolution.

Notes

Notes
1 Voir Jad Bouharoun (2022), Se préparer aux guerres qui (re)viennent, Revue #04
2 voir l’introduction de notre brochure Vers la guerre, vers le fascisme. Impérialisme, la trajectoire du Capital (2023