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	<title>Histoire Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Histoire Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Mobilisation de 2003 contre la guerre en Irak</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/mobilisation-de-2003-contre-la-guerre-en-irak/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:23:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Quels bilans stratégiques pour les guerres impérialistes qui reviennent ? Depuis le début de l’année, entre l’attaque des États-Unis sur le Venezuela, les menaces sur le Groenland et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/mobilisation-de-2003-contre-la-guerre-en-irak/" title="Mobilisation de 2003 contre la guerre en Irak">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<p><strong>Quels bilans stratégiques pour les guerres impérialistes qui reviennent ?</strong></p>



<p><em>Depuis le début de l’année, entre l’attaque des États-Unis sur le Venezuela, les menaces sur le Groenland et Cuba, et la guerre contre l’Iran menée avec Israël, nous assistons à une accélération des tensions inter-impérialistes réactivées depuis la guerre en Ukraine. Face aux crises dans lesquelles nous plonge la trajectoire du capital, la bourgeoisie n’a qu’un mot à la bouche : la guerre. Pourtant, face à l’agenda militariste de nos gouvernements impérialistes, en France, les réponses de notre classe sont trop minoritaires. Comment pouvons-nous nous opposer aux guerres impérialistes ? Comment reconstruire un large mouvement anti-impérialiste et anti-guerre ?</em></p>



<p>Pour répondre à ces questions, le passé a beaucoup à nous apprendre : depuis l’analyse du mouvement de 2003 contre l’invasion de l’Irak, dessinons des stratégies pour nous organiser.</p>



<p>Pour comprendre la guerre en Irak et le mouvement anti-guerre de 2003, il faut revenir à l’après-guerre froide. Suite à la chute du bloc soviétique, les États-Unis deviennent la principale puissance mondiale et tâchent de consolider leur domination économique, politique et militaire dans le monde. La guerre du Golfe puis les interventions dans les Balkans assoient ce rôle de « gendarme du monde », souvent à travers l’OTAN.</p>



<p>Cette domination s’appuie aussi sur les institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale ou l’OMC, qui imposent les politiques néolibérales de dérégulation et de privatisation. La mondialisation capitaliste accentue alors les inégalités et la précarité, tandis que les États-Unis cherchent à contenir l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine.</p>



<p>Dans cette période d’hégémonie, les États-Unis cherchent à sécuriser leur influence au Moyen-Orient afin de garantir l’accès aux ressources stratégiques, notamment le pétrole. Ils s’appuient pour cela sur des alliances avec des régimes autoritaires de la région et deviennent progressivement le principal soutien d’Israël.</p>



<p>Après le 11 septembre 2001, l’administration Bush lance la « guerre contre le terrorisme » avec l’invasion de l’Afghanistan, puis prépare celle de l’Irak. En s’appuyant sur les mensonges autour des armes de destruction massive et l’amalgame entre Saddam Hussein et Al-Qaïda, les États-Unis construisent la menace d’un « axe du mal ». Le terrorisme devient ainsi un levier idéologique pour justifier les guerres impérialistes et renforcer l’islamophobie.</p>



<p>La France, l’Allemagne, la Russie ou la Chine s’opposent alors à l’invasion, moins par refus de la guerre que pour défendre leurs propres intérêts face à l’hégémonie étasunienne.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un mouvement issu des luttes globales contre le néolibéralisme</h3>



<p>Le contexte post-guerre froide nourrit d’abord un fort défaitisme à gauche. Mais à partir du milieu des années 1990, une nouvelle séquence de luttes avec les soulèvements zapatistes au Chiapas, les grèves de 1995 en France ou les mobilisations contre l’OMC à Seattle en 1999, participent à faire renaître une critique globale du capitalisme. C’est dans cette dynamique que se développe le courant altermondialiste dont ATTAC est l’organisation de référence. Sur la base d’une stratégie économiste, qui cherche davantage à réguler la mondialisation qu’à rompre avec le capitalisme, elle devient centrale à gauche.</p>



<p>Une des références de cette période est <em>Empire</em> (2000) de Toni Negri et Michael Hardt. Les auteurs y théorisent un capitalisme mondialisé opérant à travers une souveraineté diffuse, où les États-nations ne seraient plus que les relais locaux d’un « Empire » global. À la notion de classe ouvrière est substituée celle de la « multitude », ensemble hétérogène de sujets dominés appelés à résister via des formes d’organisation horizontales et décentralisées.</p>



<p>Mais la menace d’invasion de l’Irak vient contredire cette grille de lecture en montrant le rôle central des États impérialistes et notamment les États-Unis qui usent de la violence pour défendre leurs intérêts économiques et stratégiques. Dans les Forums sociaux et les contre-sommets du début des années 2000, une partie de la gauche radicale pousse alors le mouvement altermondialiste à prendre un tournant anti-guerre clair, ce qui aboutit à l’appel du Forum social de Florence en novembre 2002 à faire du 15 février 2003 une journée mondiale de mobilisation.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La construction d’un mouvement large sur des bases minimales</h3>



<p>Le 15 février 2003 marque le point culminant du mouvement contre la guerre en Irak. Entre 10 et 30 millions de personnes manifestent dans plus de 60 pays. C’est encore aujourd’hui la plus grande mobilisation de l’Histoire. Les rassemblements sont particulièrement massifs dans les États alliés des États-Unis : 1 million de personnes à Londres, 3 millions à Rome, 2 millions à Madrid.</p>



<p>Aux États-Unis, l’héritage du mouvement contre la guerre du Vietnam et les dynamiques altermondialistes de la fin des années 1990 permettent l’émergence dès septembre 2001 d’une opposition à la guerre en Afghanistan, malgré une opinion publique initialement favorable à l’intervention. Des coalitions comme ANSWER, United for Peace and Justice ou, en Angleterre, Stop The War, structurent la mobilisation qui se développe par en bas à différentes échelles du territoire et entraînent des secteurs très larges de la société, des organisations militantes jusqu’aux cadres confessionnels. En Angleterre, les organisations musulmanes comme la Muslim Association of Britain jouent notamment un rôle central pour construire un rapport de force face à l’islamophobie d’État.</p>



<p>La massivité des mobilisations dans ces deux pays tient à leur capacité à rassembler, sur des mots d’ordre minimaux contre la guerre, un maximum d’organisations ayant, par ailleurs, des débats en interne sur la caractérisation de l’impérialisme.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Et en France ? La difficulté du mouvement face à l’islamophobie.</h3>



<p>En France, le mouvement reste plus faible : le 15 février, 250 000 personnes manifestent à Paris. Une partie de la gauche est paralysée par le narratif sécuritaire porté par Bush et ses alliés. Cela conduit en 2001 à des mobilisations tardives et défensives autour de slogans comme « Ni OTAN ni Talibans ». C’est ce que racontent des camarades d’A2C, Denis Godard et Vincent Touchaleaume, alors militants de Socialisme par en bas, d’ATTAC et à Paris 8, qui impulsent un cadre anti-guerre à contre-courant des positions dominantes à gauche.</p>



<p>L’organisation d’un premier meeting permet la naissance d’Agir Contre la Guerre (ACG). Le collectif cherche à former un mouvement large autour de mots d’ordre simples : « Retrait des troupes d’Afghanistan. Pas d’invasion de l’Irak. Justice en Palestine. » Sans compromis sur l’islamophobie, il entend donner confiance à tous&rsquo;tes celles et ceux qui veulent s’organiser contre la guerre.</p>



<p>Les initiatives portées par ACG rencontrent un écho. En 2002, le cadre lance un appel très relayé à former des cortèges anti-guerre le 1er mai avant que le choc du score du FN aux présidentielles ne remette l’antifascisme au centre. Toutefois, le 11 septembre, il mobilise 400 personnes devant le Sénat lors d’une rencontre entre des représentants français et étasuniens, le FBI et des industriels de l’armement… Le 20 mars 2003, quand les États-Unis envahissent l’Irak, il impose un rassemblement immédiat place de la Concorde qui réunit 80 000 personnes. Mais la dynamique bute sur l’islamophobie présente à gauche.</p>



<p>Suite au tournant du Forum social de Florence, le cadre unitaire « contre la guerre et contre le terrorisme » qui se crée (CGT, ATTAC, LDH etc.) va attaquer les alliances formées par ACG avec des courants comme les Étudiants musulmans de France. Plus tard, ce sont les collectifs Féministes pour l’égalité contre la loi sur le voile qui se retrouvent isolés. Ces fractures révèlent chez tout un pan de la gauche, des ONG et des milieux libertaires, une incapacité à penser ensemble racisme, féminisme et impérialisme qui freine l’élargissement du mouvement et accélère son reflux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Héritages et bilan critique du mouvement de 2003</h3>



<p>Dans les pays où il s’est construit, le mouvement anti-guerre a produit des effets politiques réels : affaiblissement de Blair au Royaume-Uni, chute d’Aznar en Espagne, impact sur les élections étasuniennes de 2006 et 2008. Plus durablement, il a installé des réflexes anti-guerre qui ont rendu plus coûteux politiquement toute nouvelle intervention militaire.</p>



<p>Dans plusieurs pays arabes, sans être la cause unique des soulèvements de 2011, le mouvement de 2003 a participé à une politisation anti-impérialiste. En Égypte notamment, une partie de la génération révolutionnaire s’est formée dans les mobilisations de solidarité avec l’Intifada puis contre la guerre en Irak, en réintroduisant une critique publique du régime de Moubarak comme relais local de l’ordre impérialiste.</p>



<p>En France, l’héritage est plus diffus mais réel. Le mouvement semble avoir renforcé la confiance politique de militant&rsquo;es musulman&rsquo;es et racisé&rsquo;es, à la tête des mobilisations contre les bombardements israéliens en Palestine et au Liban en 2005-2006. Il a aussi contribué à articuler lutte contre l’islamophobie et critique de l’impérialisme, en reliant les guerres menées à l’extérieur aux politiques racistes vécues ici.</p>



<p>Mais ce bilan doit aussi être critique.</p>



<p>Malgré sa massivité, le mouvement de 2003 n’a pas su établir un rapport de force sur les lieux de travail. L’Italie est une exception : le 15 février, les manifestations sont accompagnées de débrayages, avec une implication syndicale forte et des mots d’ordre clairs contre la guerre et le gouvernement Berlusconi. C’est ce qui a manqué ailleurs : une capacité à faire exister dans les mobilisations massives dans la rue la perspective de la grève comme outil central de notre classe pour mettre en échec les gouvernements impérialistes.</p>



<p>Enfin, le mouvement a manqué de renforcer en son sein des organisations capables de structurer durablement la politisation produite par la séquence sur des bases d’autonomie de classe c’est-à-dire de défendre que ce qui mettra fin aux guerres c’est l’organisation déterminée de notre classe, par en bas. Les coalitions et les collectifs minoritaires comme ACG ont joué un rôle majeur mais ne pouvaient pas, seuls, transformer cette force en stratégie de long terme.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Quelles stratégies pour un mouvement anti-guerre aujourd’hui ?</h3>



<p>En 2026, les États occidentaux ne s’opposent plus aux guerres comme il y a vingt ans. La France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni soutiennent l’offensive contre l’Iran, pendant que la Russie et la Chine s’y opposent surtout pour affaiblir l’ordre occidental. Le « syndrome irakien » né après 2003 — occupation ratée face aux résistances, révélation des mensonges d’État — explique encore l’impopularité actuelle des interventions militaires occidentales.</p>



<p>Et pourtant, à ce jour, aucun mouvement anti-guerre d’ampleur n’a émergé.</p>



<p>L’obsession pour la nature des régimes attaqués, les postures « Ni… ni&#8230; », l’incapacité à construire un front large contre la guerre continuent d’empêcher la mise en mouvement de grands pans de la société. L’expulsion violente d’un cortège iranien lors de la manifestation anti-impérialiste du 28 mars, à l’occasion de la Journée de la Terre, en est la dernière démonstration.</p>



<p>La difficulté de construction d’un mouvement antiraciste massif en France quand le racisme sert directement à légitimer les interventions militaires, limite également le mouvement anti-guerre. Les cadres anti-guerre existants peinent par ailleurs à construire la mobilisation à la base, par quartier, sur les lieux de travail.</p>



<p>Pour répondre à ces enjeux, nous devons à la fois défendre la construction d’une coalition large contre la guerre, renforcer le front antiraciste et antifasciste et développer une organisation politique capable de pousser dans les mobilisations pour une stratégie qui redonne à la base la conscience que c’est notre classe organisée, avec les outils de la lutte des classes, qui mettra fin à la guerre !</p>



<p><strong>Mathilde et Gabin (Marseille)</strong></p>
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		<title>Iran, (anti)impérialisme et révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:01:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/" title="Iran, (anti)impérialisme et révolution">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine malgré les médias ou la répression. Les obstacles tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations.</p>



<p>La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du régime iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.</p>



<p>Le peuple iranien a régulièrement montré sa détermination à remettre en question le régime malgré une répression systématique. Ses luttes apportent énormément d’espoir face à l’approfondissement de la crise du capitalisme et sa manifestation impérialiste. Partir de là est donc très important pour pouvoir discuter des possibilités de faire face à la situation.</p>



<p>Depuis la révolution de 1979 la place que le régime veut donner à l’Iran dans la compétition régionale façonne la société. Des révoltes très fréquentes et très massives éclatent. La dernière en date a été complètement stoppée par les bombardements d’Israël et des États-Unis.</p>



<p><strong>Sous l’emprise de l’impérialisme</strong></p>



<p>Tout au long du XXè siècle l’Iran a été convoité par les grandes puissances pour ses ressources pétrolières et pour sa situation géostratégique au Moyen-Orient.<br>Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées. Il y a aussi des zones avec de fortes concentrations ouvrières, liées à l’économie du pétrole. Une bourgeoisie nationale se développe mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle de firmes anglaises puis US.<br>Dès les années 1970, les salarié&rsquo;es, les ouvrier&rsquo;es représentent à peu près un tiers de la population.<br>Les bazars contrôlent l’essentiel du commerce, de gros et plus encore de détail. Mais se développe également dans les grandes villes une élite iranienne qui arrive à vivre des revenus du pétrole, qui s’occidentalise dans ses modes de vie, en même temps que des bidonvilles énormes se mettent en place autour des grandes villes et notamment de Téhéran.</p>



<p><strong>La révolution par étapes</strong></p>



<p>C’est dans ce contexte qu’émergent de grandes révoltes. Elles produisent des débats dans la gauche iranienne. Ce qui domine sont les théories staliniennes, qui estiment que dans un pays relativement peu développé économiquement il est impossible pour la classe ouvrière de changer la société et de parvenir au socialisme. Il faut préalablement passer par un développement capitaliste de la société, qui ne peut être réalisé qu’en soutenant la bourgeoisie dans ses velléités d’acquérir une indépendance nationale qui permettra de développer économiquement le pays<sup data-fn="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" class="fn"><a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link">1</a></sup>.<br>Cette théorie de la révolution par étapes s’était concrétisée une première fois par le soutien de la gauche au gouvernement de front national dirigé par Mossadegh qui prend le pouvoir en 1952. Mossadegh prend la décision de nationaliser le pétrole iranien. Très rapidement la Grande-Bretagne riposte, soutenue par les Etats-Unis – et organise un coup d’état en août 1953, qui réinstalle le régime autocratique du Shah.<br>Effrayée par le soulèvement populaire créé par la victoire de Mossadegh, la bourgeoisie nationale s’est finalement rangée du côté de l’impérialisme américain et britannique. La répression décapite la gauche. Des mouvements liés aux mosquées et dirigés par le clergé se mettent alors à jouer un rôle central dans la contestation populaire des décennies qui vont suivre.</p>



<p><strong>La révolution de 1979</strong></p>



<p>Des manifestations démarrent en 1977 pour une démocratisation, puis des soulèvements dans les bidonvilles. A la fin de l’année les grèves se développent. En un an se développent des comités de quartier &#8211; les Komitehs &#8211; et des comités d’usines &#8211; les Shoras. Dans de nombreux endroits les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise. Mais la gauche ne pousse pas pour que ces comités se coordonnent et s’organisent en pouvoir alternatif. Elle continue de penser que le pouvoir doit être occupé par la bourgeoisie nationale qui cherche l’indépendance.<br>Par contre, le mouvement des mosquées se développe, avec une personnalité – Khomeini – qui a un réseau très important au niveau national et qui propose une direction politique, celle de prendre le pouvoir. Il a une base relativement importante dans la nouvelle classe moyenne qui s’est construite dans les entreprises.<br>Quand le Shah prend la fuite ce n’est donc pas la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, ni la bourgeoisie qui souhaitait un retour à l’ordre, mais la classe moyenne sous la direction de l’ayatollah Khomeini.</p>



<p><strong>De l’anti-impérialisme des classes moyennes…</strong></p>



<p>Le gouvernement mis en place par Khomeini n’est pas un gouvernement complètement lié à la bourgeoisie. Et il va mettre en place des mesures radicalement différentes de ce qui a existé jusqu’alors. En nationalisant toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux auparavant, il réintègre dans la sphère publique des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures sont apparues comme anticapitalistes. En France, Sartre, Foucault, Simone de Beauvoir célèbrent Khomeini comme un militant anti impérialiste. Les théories sur « l’islam révolutionnaire » fleurissent, de même que les tentatives de synthétiser islam et marxisme.<br>Pour stabiliser son pouvoir et assurer sa base sociale, Khomeini va alterner des attaques sur sa gauche et sur sa droite. Il va s’allier avec la bourgeoisie nationale pour détruire les Komiteh et les Shoras. Puis, en novembre 1979, il organise l’occupation de l’ambassade des États-Unis durant plusieurs mois, contre l’avis de la bourgeoisie iranienne. Cet acte est resté dans l’histoire comme un défi à l’impérialisme.</p>



<p><strong>… à la crise du capitalisme d’État</strong></p>



<p>Pour stabiliser un système au point de départ instable, Khomeini va s’appuyer sur deux choix politiques.<br>Il développe progressivement, via les nationalisations et grâce aux revenus pétroliers une forme de capitalisme d’État. Il crée ainsi une énorme bureaucratie qui sera la base sociale du régime.<br>Et il va utiliser la guerre et le nationalisme pour délégitimer et détruire physiquement toute opposition comme complice de l’impérialisme. Il va ainsi grandement bénéficier de la guerre meurtrière avec l’Irak à partir de 1980. Surtout quand l’Irak obtiendra le soutien US.<br>Comme les autres capitalismes d’État (des pays de l’est à l’Egypte) le régime islamique rentre en crise à la fin des années 1980 du fait de la de crise économique au niveau international. C’est aussi la fin de la guerre avec l’Irak et la mort de Khomeini.<br>Les rivalités éclatent alors au sein de la classe dirigeante iranienne entre la bureaucratie d’État qui veut prolonger son régime sous couvert d’anti-impérialisme et une partie de la bourgeoisie plutôt tournée vers la mondialisation qui veut faire des compromis avec les puissances impérialistes et tente d’emporter l’adhésion de la population par des promesses de réformes démocratiques.<br>Ces deux factions vont s’affronter régulièrement depuis lors. Quand des soulèvements populaires ont lieu, cela rouvre les rivalités.<br>Chaque fois que la frange libérale arrive au pouvoir et qu’elle essaye de négocier avec l’impérialisme son intégration au marché mondial, la frange conservatrice utilise son discours anti-impérialiste pour renforcer sa légitimité.<br>C’est le cas avec Khatami qui collabore avec les USA dans l’invasion de l’Afghanistan. C’est la cas avec Rohani en 2013 qui parvient à un accord sur le nucléaire avec les USA en 2015.</p>



<p><strong>Impérialisme régional</strong></p>



<p>Cette situation fait que le débat sur la nature anti-impérialiste du régime continue encore à l’heure actuelle. L’Iran se présente comme le chef de file de « l’axe de la résistance » contre le sionisme et l’impérialisme occidental. Il a apporté son soutien au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, aux Forces de mobilisation populaire en Irak et à d’autres groupes de moindre envergure.<br>Cela découle de l’émergence de l’Iran en tant que puissance régionale, en lice pour la domination de la région. L’Axe s’inscrivait dans la stratégie iranienne « d’anneau d’étranglement » contre Israël, qui consistait à soutenir ses alliés sans s’exposer à un affrontement ouvert.<br>Pour pouvoir se maintenir, l’Iran s’est inséré dans un système international capitaliste. Il a donc dû accepter les lois de la compétition et de l’accumulation et y trouver sa place.</p>



<p>Le déclin des USA et leur difficulté à maintenir leur hégémonie dans la région après l’invasion de l’Irak en 2003 ont conduit d’autres grandes puissances à investir cette zone, notamment la Russie et la Chine. L’Iran a noué des alliances avec ces autres puissances. La Chine achète 90% du pétrole iranien et est devenue le premier partenaire commercial de l’Iran. Lors de la révolution en Syrie en 2015 l’Iran a fait le choix de soutenir le régime de Bachar al-Assad aux côtés des forces russes.<br>Quand Israël décide d’aller bombarder l’Iran, c’est clairement avec l’idée de déstabiliser ce qui apparaît comme une puissance concurrente à l’échelle régionale. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la région. Cela a été le cas en 1967 quand Israël a attaqué l’Égypte et la Syrie. Cela a été le cas en 1980 lorsqu’Israël envahit le Liban.</p>



<p><strong>Une seule solution, l’anti-impérialisme de notre classe</strong></p>



<p>En Iran, en 2021 une grève de salariés du pétrole a eu un impact très fort, symboliquement – du fait de son rôle moteur dans la révolution de 1979 – et politiquement &#8211; les revenus du pétrole permettent à l’État iranien de fonctionner. De 10 à 15 000 salariés du pétrole ont fait grève. Ils ont produit une plateforme dans laquelle ils disaient clairement qu’ils refusaient toute intervention étrangère qui se présenterait en soi-disant soutien à leur lutte, et qu’ils souhaitaient apporter leur solidarité internationale avec les luttes de libération de la Palestine, du Yémen et du Liban2<sup data-fn="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" class="fn"><a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link">2</a></sup>. Cela s’était déjà produit en 1979, où la révolution en Iran s’était combinée à des révoltes en Égypte.<br>Le meilleur soutien qu’on puisse apporter, c’est donc de reprendre le fil des analyses en termes de développement inégal et combiné, et donner de la force aux théories internationalistes qui considèrent que la seule solution face à l’impérialisme et aux régimes réactionnaires, c’est la lutte des peuples eux-mêmes pour leur émancipation.</p>



<p><strong>Vanina Giudicelli (Paris 20)</strong></p>



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<p><strong>Quand les lignes rouges deviennent chauvines</strong><br><br>À de nombreuses reprises, la présence de cortèges avec des drapeaux iraniens ont fait polémique dans les manifestations en France.<br>Exclure ces cortèges accusés d’être en soutien du pouvoir iranien serait un acte politique de solidarité avec un peuple qui subit la répression sanglante du régime. Cette position, au cœur d’une puissance impérialiste, nous oblige donc à rappeler que :<br>&#8211; Le premier acte politique en solidarité avec le peuple qui se soulève régulièrement en Iran contre le régime devrait être de lutter pour faire arrêter les bombes qui tuent ce peuple et l’empêchent de lutter contre le régime.<br>&#8211; La base d’un mouvement antiguerre ne peut être de tirer un trait d’égalité entre impérialisme et pays agressé (comme le font des textes syndicaux qui parlent de « belligérants »). La responsabilité historique de l’impérialisme dans les catastrophes internationales sont sans commune mesure avec celles des pays dominés par l’impérialisme. L’impérialisme a façonné l’histoire de l’Iran depuis plus d’un siècle. Les bombardements ont mis un coup d’arrêt aux luttes du peuple iranien pour sa liberté. Aucun peuple ne se libère sous les bombes. Les catastrophes des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, le génocide en Palestine, etc. devraient pourtant servir de leçon.<br>&#8211; Nous n’attendons pas d’une manifestation que tous les cortèges soient en accord sur toutes les questions, mais se retrouvent dans ce qui devrait constituer les bases d’un mouvement antiguerre : l’arrêt de l’agression impérialiste et sioniste en Iran. Nous devrions alors aussi exclure de nos manifestations les organisations françaises qui ont soutenu des interventions impérialistes, se réfèrent au droit international, sont dans des internationales avec des partis qui constituent des dictatures, ou reconnaissent l’entité sioniste. Ne pas le faire revient à adopter une position chauvine puisque cela revient de fait à considérer ces positions comme moins problématiques.<br>&#8211; Un réel combat internationaliste devrait plutôt chercher à promouvoir les idées et les actes qui considèrent l’ennemi principal dans notre propre pays comme condition de l’émancipation générale. Notre responsabilité est donc de construire un mouvement de masse qui cherche à briser l’impérialisme français et occidental.</p>



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<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f"> Les débats qui ont dominé la gauche iranienne ne sont pas limités à ce pays. La révolution russe qui avait eu lieu au début du 20e siècle concernait un pays dont les caractéristiques économiques étaient relativement similaires. Trotsky analyse la situation économique de façon opposée à celle que les staliniens vont adopter plus tard. Pour un exposé de sa théorie, on pourra lire par exemple l’article de Cédric Piktoroff, <a href="https://quefaire.lautre.net/Jusqu-au-bout">« Jusqu’au bout ! La théorie de la révolution permanente »</a>  <a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3">Peyman Jafari est un chercheur iranien spécialiste des mouvements en Iran. De nombreux articles sont disponibles, dont certains traduits en français. <a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/">Iran, (anti)impérialisme et révolution</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière Égyptienne</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-sionisme-la-palestine-et-la-classe-ouvriere-egyptienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 20:34:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Colonisation]]></category>
		<category><![CDATA[egypte]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous avons porté une lecture attentive aux déclarations faites par Georges Ibrahim Abdallah dès son arrivée au Liban, libéré après 41 années de détention dans les prisons françaises. Ce militant communiste y identifie la centralité <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-sionisme-la-palestine-et-la-classe-ouvriere-egyptienne/" title="Le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière Égyptienne">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Nous avons porté une lecture attentive aux déclarations faites par Georges Ibrahim Abdallah dès son arrivée au Liban, libéré après 41 années de détention dans les prisons françaises. Ce militant communiste y identifie la centralité de la population égyptienne pour mettre fin au génocide en Palestine en raison de la proximité géographique de l’Égypte et de Gaza, mais pas seulement. La construction historique de la classe ouvrière égyptienne, son rapport à l’État égyptien et à l’impérialisme occidental, ont amené différent·es militant·es à en venir à des conclusions similaires.</em></p>



<p><br><strong>L’unité illusoire des Palestinien·nes et des Israélien·nes</strong><br>C’est le cas d’Ygael Gluckstein (plus tard connu sous le nom de Tony Cliff), un Juif palestinien et militant marxiste né en 1917. Il développe dans <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">son autobiographie</a> une analyse à partir de son expérience concrète du développement du projet sioniste : l’incapacité de la Palestine à se libérer seule et par elle-même. Sa libération exige la construction d’un mouvement mondial de solidarité, dont l&rsquo;Égypte constitue un point central.<br>Son contexte familial illustre à quel point le sionisme, à son origine, ne trouve résonance que chez la bourgeoisie d’Europe de l’Est au début du 20e siècle.<br><em>« Je suis né dans une famille de la moyenne bourgeoisie juive palestinienne. Mes parents, oncles et tantes étaient des sionistes convaincu·es. Mon père et ma mère ont quitté la Pologne russe pour la Palestine en 1902 ; un de mes oncles y était arrivé dès 1888. Mon père était un grand entrepreneur qui a construit des tronçons du chemin de fer du Hedjaz. Son associé était Chaim Weitzman, le premier président d&rsquo;Israël. Des amis de ma famille comptaient parmi les sionistes les plus influents. »</em><br>Ygael Gluckstein rompt avec le sionisme de façon progressive, et ce dès l’enfance en raison de l’exclusion des enfants arabes de son école. À l’adolescence, il en vient même à changer d’identité :<br><em>« [Mon] prénom était inspiré d&rsquo;un héros sioniste, un personnage à la John Wayne, qui avait assassiné plusieurs Arabes. À l&rsquo;âge de 13 ans, j&rsquo;ai changé mon prénom d&rsquo;Ygael en Ygal. »</em><br>Plus loin, Ygal décrit la division entre le prolétariat palestinien arabe et les colons juifs. Son analyse est à la base de celle que Vanina Giudicelli développe dans l’article « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne a intérêt à l’apartheid</a> ».<br>Selon lui, l’unité entre ces 2 classes est rendue impossible en raison d’une particularité que prend le sionisme dès l’implantation d’un foyer national juif : le développement d’une colonie de peuplement.<br><em>« Les sionistes qui ont émigré en Palestine à la fin du 19e siècle souhaitaient que toute la population soit juive. En Afrique du Sud, en revanche, les Blancs étaient les capitalistes et leurs courtisans, tandis que les Noirs formaient la classe ouvrière. En Palestine, où le niveau de vie des Arabes était très bas comparé à celui des Européens, et où le chômage, ouvert et caché, était très répandu, l&rsquo;exclusion des Arabes s&rsquo;est faite en leur fermant l&rsquo;accès au marché du travail juif. »</em><br>À la naissance d’Ygal, environ 95 % de la population était arabe, et iels restèrent largement majoritaires pendant de nombreuses années ; en 1945, les Arabes représentaient 68 % de la population.<br>Rompant donc tour à tour avec le sionisme, puis avec le stalinisme, Ygal fonde une organisation trotskiste palestinienne, et tente d’établir des liens entre ouvrièr·es juif·ves et arabes. Il déplore :<br><em>« Le fait de ne progresser en rien devenait de plus en plus frustrant. Officiellement, nous tenions le discours attendu : les ouvrièr·es arabes devaient combattre le sionisme et l&rsquo;impérialisme et rompre avec les dirigeants arabes réactionnaires ; les ouvrièr·es juif·ves devaient rejoindre les masses arabes dans la lutte. Nous répétions sans cesse le mot “devraient”. »</em><br>Il a donc dû à son tour renoncer à cette unité, en raison des bases matérielles de l’apartheid et de l’occupation israélienne.</p>



<p><br><strong>La classe ouvrière égyptienne ou le fléau de l’impérialisme au Moyen-Orient</strong><br>L’asymétrie des rapports de force entre colons sionistes et populations indigènes palestiniennes l’amène finalement à identifier la classe ouvrière égyptienne comme clé pour battre en brèche la dynamique aboutissant à la création de l’État d’Israël. En 1939, il signe un article « La politique de classe en Palestine » sous le pseudonyme de L. Rock. Dans son autobiographie, il remet ainsi cet article en contexte :<br><em>« La classe ouvrière palestinienne ne représentait qu&rsquo;une infime partie de la classe ouvrière arabe. Elle était minuscule comparée à la classe ouvrière égyptienne. Ainsi, en 1944, le nombre total de salariés palestiniens était estimé à 160 000. À titre de comparaison, le nombre de salariés égyptiens, hors ouvriers agricoles très nombreux, dépassait les 2 millions. Le plus grand effectif de travailleurs palestiniens au sein d&rsquo;une même unité – les chemins de fer – en 1944 était de 4 000. En comparaison, en Égypte, l&rsquo;usine textile de Mekhala el-Kubra employait plus de 30 000 personnes. […] La lutte des classes en Égypte était bien plus avancée que tout ce qui se passait en Palestine. »</em><br>Dès les années 1930-1940, l’impérialisme britannique est secoué par les révoltes de la classe ouvrière égyptienne, qui s’est régulièrement mobilisée contre l’impérialisme et en solidarité avec d’autres peuples opprimés : En 1947, les dockers et les marins égyptiens ont bloqué la circulation des navires néerlandais sur le canal de Suez en solidarité avec la lutte pour l’indépendance du peuple indonésien. A la fin des années 40, elle était organisée dans près de 500 syndicats.</p>



<p><br><strong>L’Égypte des années 50 à la révolution de 2011 : Capitalisme d’état, antagonismes de classes et cause palestinienne</strong><br>Dans les années 1950, les gouvernements indépendants des pays du Sud subissent une forte pression de la part de mouvements de masse réclamant le changement social. Manœuvrant entre les superpuissances rivales, Nasser obtient les financements et l’expertise nécessaires au développement économique tout en renforçant considérablement les institutions de l’État, tant civiles que militaires. Il a restreint les capitaux privés, tout en installant des dignitaires militaires dans des secteurs privés clés. De fait, il a jeté les bases d&rsquo;une coexistence des milieux militaro-bureaucratiques et privés au sein du capitalisme égyptien.<br>Sadate a consolidé cet arrangement, tout en favorisant progressivement les intérêts privés : son infitah, ou « ouverture » au milieu des années 1970 a imposé des politiques néolibérales, et amorcé le retrait de l’État en tant qu’acteur économique.<br>Sous Moubarak, ce projet a progressé jusqu&rsquo;à ce que, dans les années 1990, le secteur public hérité de Nasser soit vendu à des capitaux privés égyptiens et, surtout, à des investisseurs de la région du Golfe. Les réformes sociales et agraires de l&rsquo;ère Nasser ont été abrogées, les subventions sur les produits alimentaires de base et le carburant réduites ou supprimées. Le coût pour la population égyptienne a été immense, le chômage, l&rsquo;insécurité, la perte des terres pour les paysans et l&rsquo;appauvrissement ayant finalement alimenté le soulèvement de 2011. L’élite des officiers n’a pas été marginalisée lors de ce processus mais bien enrichie. En 2011, les forces armées détenaient des actifs dans un vaste éventail d&rsquo;entreprises, de la construction aux transports en passant par l&rsquo;industrie manufacturière. Dans un tel contexte, l’antagonisme entre patrons et salarié·es s’est bien souvent exprimé par des formes de luttes ouvrières alliant revendications économiques et politiques.<br>Depuis les années 70 s’est aussi engagé un processus de normalisation des relations égyptiennes avec l’entité sioniste. Par le traité de paix israélo-égyptien de 1979, l&rsquo;Égypte devient le premier régime arabe à reconnaître Israël. Depuis, la complicité entre ces 2 pays a accéléré la crise révolutionnaire en raison de la solidarité historique de la classe ouvrière égyptienne avec la cause palestinienne. Pour les Socialistes Révolutionnaires égyptiens (SR), <em>« Chaque cycle de lutte palestinienne dégage l’horizon de la lutte des classes dans le monde arabe, comme a pu le faire l’Intifada de 2000 qui a ouvert le cycle de luttes en Égypte qui a culminé dans la révolution de 2011 ».</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="5b5555" data-has-transparency="true" style="--dominant-color: #5b5555;" fetchpriority="high" decoding="async" width="1100" height="743" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-1100x743.webp" alt="" class="wp-image-10958 has-transparency" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-1100x743.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-300x203.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-768x518.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2.webp 1197w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">Manifestation devant le parlement égyptien (Le Caire) en réaction à l’offensive d’Israel sur Gaza, 28 décembre 2008.</figcaption></figure>



<p><br><strong>La contre-révolution, la Palestine et la re-Révolution !</strong><br>Après la révolution de 2011, les Frères Musulmans (FM) et leur chef Morsi sont élus. Mais leurs politiques opportunistes et leurs tentatives de réprimer la révolution leur aliénèrent rapidement des millions de personnes.<br>En 2013, Morsi est destitué par un coup d’Etat mené par l’armée et le général Al-Sissi. La première cible de cette offensive contre-révolutionnaire fut les FM. Morsi fut enlevé et emprisonné. Dès le mois suivant, quelque 2 000 de ses partisans furent massacrés lors de manifestations ; des centaines condamnés à mort et des dizaines de milliers emprisonnés. La plupart des partis et courants politiques ayant bénéficié des libertés instaurées par la révolution soutinrent cette offensive. Organisés au sein du Front de salut national (FSN), des partisans de Moubarak, de nouveaux partis libéraux capitalistes et des organisations de gauche se mobilisèrent en soutien à Al-Sissi et son régime militaire.<br>L’Égypte traverse à présent une crise économique sans précédent. La pression sur la population ne cesse de croître. La proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté a doublé ces dix dernières années. Des dizaines de millions de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour. Le chômage a explosé, notamment chez les personnes diplômées de l&rsquo;enseignement supérieur – environ 40 % des diplômé·es ne trouvent pas d&#8217;emploi. La monnaie égyptienne s&rsquo;est effondrée. En 2013, un dollar américain permettait d&rsquo;acheter environ six livres égyptiennes. Aujourd&rsquo;hui, un dollar vaut 50 livres égyptiennes.<br>Parallèlement, la colère gronde autour de la Palestine mais la répression est intense, alimentant une immense frustration chez des millions de personnes.<br>C’est ce que constatent les SR qui précisent :<br><em>« Lorsque l&rsquo;offensive israélienne a débuté sur Gaza, une journée de manifestations a eu lieu et de nombreuses personnes ont été arrêtées. Certaines sont encore emprisonnées et, depuis, toute manifestation publique est réprimée. Les universités, qui pendant des décennies ont été le théâtre de protestations contre les régimes d&rsquo;Anouar Al-Sadate et de Moubarak, sont devenues des cimetières. Nous organisions des manifestations de solidarité devant le Syndicat des journalistes chaque semaine, mais même celles-ci ont été réprimées. Au départ, des avocats de toute l&rsquo;Égypte avaient également organisé des manifestations de solidarité, mais celles-ci ont elles aussi pris fin. »</em><br>L’Égypte d’aujourd’hui, par bien des aspects, regroupe les conditions qui avaient été nécessaires à l’explosion révolutionnaire de 2011. Malgré les immenses difficultés actuelles, la cause palestinienne peut à nouveau accélérer l’irruption révolutionnaire nécessaire à foutre le régime de Sissi en l’air. La classe ouvrière égyptienne, en raison de l’antagonisme avec l’impérialisme britannique puis américain qu’elle partage avec la cause palestinienne, et au vu de sa solidarité internationaliste historique, pourrait, si elle le décidait, entraîner les pays arabes dans un nouveau cycle de révolutions à l’échelle régionale. Seul un tel processus sera à même de démanteler l’État colonial, d’appartheid et génocidaire israélien.</p>



<p><br>Gaël Braibant (Montreuil)</p>



<p><strong>Bibliographie : </strong><br>Vanina Giudicelli (2024), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne n’a pas intérêt à la fin de l’apartheid</a> », Revue #13.<br>Socialistes révolutionnaires (2024), « <a href="https://isj.org.uk/infuriating-the-masses/">‘‘This infuriates the masses.’’ How palestine and economic chaos fuel rage against Egypt’s dictatorship</a> », International Socialism.<br>Tony Cliff (2000), <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">A world to win, life of a revolutionary.</a><br>Socialistes révolutionnaires (2014), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/entre-les-lignes-pour-une-position-revolutionnaire-a-legard-du-hamas/">Entre les lignes : Pour une position révolutionnaire à l’égard du Hamas</a> ».<br>Philip Marfleet (2017), « <a href="https://isj.org.uk/neoliberalism-the-state-and-revolution-the-case-of-egypt/">Neoliberalism, the state and revolution : the case of Egypt</a> », International Socialsm n°155<br>Atef Saïd (2009), « <a href="https://lanticapitaliste.org/index.php/actualite/international/la-longue-histoire-du-mouvement-ouvrier-egyptien">La longue histoire du mouvement ouvrier égytpien</a> », L’Anticapitaliste (re-publication).</p>
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		<title>Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Nov 2023 23:06:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Hamas]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Nakba]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’attaque du 7&#160;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&#160; <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/" title="Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’attaque du 7&nbsp;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Le courant sioniste</h2>



<p class="has-drop-cap"><strong>D</strong>eux grands courants politiques juifs émergent en réaction à l’antisémitisme en Europe et dans l’empire russe à la fin du 19<sup>e</sup> siècle.</p>



<p>Le premier est un courant socialiste implanté dans la classe ouvrière juive et qui prend part à toutes les grandes luttes des exploité·es en Europe. Ce courant, symbolisé par le Bund, préconise et pratique la lutte frontale contre l’antisémitisme et l’unité des exploité·es sur une base de classe pour la transformation révolutionnaire de la société<sup data-fn="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" class="fn"><a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link">1</a></sup>.</p>



<p>Le second courant est le sionisme, dont la figure de proue est Theodor Herzl. Pour les sionistes, il est impossible de combattre l’antisémitisme ; la seule solution est le séparatisme, la fondation d’un État juif. Mais c’est impossible sans le soutien d’un pays impérialiste. Ayant un temps cherché à obtenir le parrainage de dirigeants de l’empire russe (eux-mêmes directement responsables de pogromes antisémites)<sup data-fn="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" class="fn"><a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link">2</a></sup>, les sionistes se tournent vers la Grande-Bretagne.</p>



<p>Après la première guerre mondiale et la chute de l’empire ottoman, c’est l’empire britannique qui contrôle la Palestine et d’autres territoires arabes comme l’Iraq et l’Egypte. Il voit d’un bon œil l’implantation d’une population colonisatrice (et armée) en Palestine<sup data-fn="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" class="fn"><a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link">3</a></sup>. Elle pourra servir d’avant-poste de l’impérialisme dans une zone dont l’emplacement géographique et les ressources naturelles lui confèrent une importance centrale. Mais la migration juive vers la Palestine se fait au compte-gouttes jusqu’au début des années 1930. Ensuite, la montée de l’antisémitisme en Europe accélèrera la migration vers la Palestine et liquidera au passage la tradition révolutionnaire juive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Séparatisme et Nakba en Palestine</h2>



<p>La vie sioniste en Palestine s’organise autour du principe de la discrimination systémique. Les « syndicats de travailleurs hébreux » (Histadrut) organisent des piquets pour empêcher les Arabes de travailler dans les entreprises juives, et empêcher les produits arabes d’être vendus sur les marchés juifs<sup data-fn="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" class="fn"><a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link">4</a></sup>. La lutte raciste prend donc le pas sur la lutte de classe pour les syndicats sionistes.</p>



<p>Une révolte palestinienne anticoloniale éclate en 1936 contre les autorités britanniques et les expulsions de la paysannerie palestinienne par les sionistes. Le mouvement s’implante dans les milieux ruraux comme urbains et la lutte prend plusieurs formes, des manifestations de masse aux actions armées en passant par les grèves. Les élites palestiniennes traditionnelles rejoignent d’abord le mouvement mais, effrayées par sa radicalité, finissent par se ranger du côté des Britanniques.</p>



<p>Pour contrer la révolte, les Britanniques, en plus des méthodes « classiques » et brutales de répression coloniale, financent et organisent les milices sionistes (Haganah). Elles participent à la répression et à la protection des intérêts impérialistes britanniques<sup data-fn="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" class="fn"><a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link">5</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les deux géniteurs de l’Etat d’Israël :</strong> <strong>le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental </strong></h2>



<p>Face à une armée coloniale et des milices sionistes mieux armées et organisées, la révolte est écrasée en 1939. La défaite ouvre la voie à la création de l’Etat d’Israël neuf ans plus tard. Les milices sionistes, désormais organisées en véritable armée, massacrent des milliers de Palestinien.ne.s et en expulsent un peu moins d’un million, un nettoyage ethnique que les Palestinien.ne.s appelleront la « Nakba », mot arabe signifiant catastrophe. Moshe Dayan, militaire et dirigeant israélien déclarait en 1969 : « Des villages juifs ont été construits à la place des villages arabes […] Il n’existe pas un seul endroit construit dans ce pays (NdT : Israël) qui n’eut pas précedemment été peuplé par des Arabes »<sup data-fn="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" class="fn"><a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link">6</a></sup>.</p>



<p>Le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental : voilà donc les deux géniteurs de l’Etat d’Israël. Cette double nature continue de définir Israël, qui ne manque aucune occasion de prouver son utilité à ses sponsors occidentaux tout en continuant le processus de dépossession et de colonisation des Palestinien.ne.s auquel elle est structurellement contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël mate les États Arabes</h2>



<p>En 1956, Israël s’allia à la Grande-Bretagne et la France pour attaquer l’Egypte en réaction à la nationalisation du canal de Suez par le régime de Nasser. La pression politique des USA et de l’URSS mit fin à l’aggression tripartite, mais seulement pour signaler que le Moyen-Orient serait désormais le terrain de jeu des deux superpuissances. A partir de ce moment, Israël devient la tête de pont principale de l’impérialisme américain dans la région. Israël engage une guerre surprise contre l’Egypte et la Syrie en 1967, met leurs armées en déroute en six jours et casse le dos du nationalisme arabe de Nasser. Ce tournant est significatif car il protège aussi les monarchies petrolières arabes du Golfe, alliées aux USA et menacées par l’opposition nationaliste et anticoloniale inspirée par Nasser.</p>



<p>C’est à partir de ce moment que la résistance palestinienne s’organise autour de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) dominée par le Fatah de Yasser Arafat. L’OLP s’appuie principalement sur les camps de réfugié.e.s palestinien.ne.s situés au Liban, en Syrie et en Jordanie pour lancer des attaques armées contre Israël. Le programme adopté est celui de la libération de toute la Palestine historique, le retour des réfugié.e.s et l’établissement d’un Etat laïc démocratique avec égalité des droits.</p>



<p>La résistance palestinienne devient immédiatement populaire parmi les masses palestiniennes et arabes, mais elle présente deux failles stratégiques. Premièrement, l’élitisme&nbsp;: l’accent est mis sur la lutte militaire dirigée par l’OLP et non sur les initiatives des masses sous toutes leurs formes. Et surtout, une politique dite de «&nbsp;non-ingérence&nbsp;» dans les affaires internes des Etats arabes est adoptée. Le Fatah pronait une non-ingérence «&nbsp;absolue&nbsp;» dans les affaires des régimes arabes, mais le FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine, autre faction de l’OLP), d’orientation «&nbsp;marxiste-léniniste&nbsp;», appliquait cette politique de manière sélective&nbsp;: il distinguait les régimes arabes selon une nature soit-disant progressiste ou réactionnaire.</p>



<p>Cette politique de non-ingérence rendit l’OLP et ses différentes factions finalement tributaires de sponsors étatiques successifs, de dirigeants régionaux (qu’ils fussent classés «&nbsp;progressistes&nbsp;» ou «&nbsp;réactionnaires&nbsp;») profitant de la popularité de la lutte palestinienne pour consolider la légitimité de leurs régime. En même temps, ces dirigeants réprimaient des mouvements et des soulèvements populaires et sociaux eux-mêmes largement inspirés par la lutte palestinienne. Les factions de résistance armée actuelles comme le Hamas suivent une politique similaire dans leurs rapports avec la masse palestinienne et les régimes de la région.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="727272" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #727272;" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-8014 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-300x215.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-768x551.webp 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">1987 : première Intifada</h2>



<p>Chassée de la Jordanie en 1970, l’OLP se réfugie à Beyrouth. L’invasion du Liban par Israël en 1982 et le siège brutal de Beyrouth contraignent l’OLP à se retirer vers Tunis.</p>



<p>Ayant vaincu les Etats arabes en 1967, éloigné l’OLP de ses frontières en 1982 (et entretemps signé des accords de paix avec l’Egypte en 1979), Israël pouvait légitimement penser avoir liquidé la cause palestinienne. Mais en 1987 éclate la première Intifada («&nbsp;soulèvement&nbsp;» en arabe), révolte populaire à Gaza et en Cisjordanie. Ce mouvement de masse face à l’occupation est le plus gros soulèvement en terre palestinienne depuis la révolte de 1937&nbsp;; il prend la forme de manifestations, de grèves de masse et d’actions armées individuelles ou organisées. Yasser Arafat reste populaire parmi les palestinien.ne.s mais ne contrôle absolument pas l’Intifada dont les symboles resteront des enfants jetant des pierres.</p>



<p>En réaction à l’Intifada, des cadres palestiniens d’organisations soeurs des Frères Musulmans égyptiens et implantées à Gaza fondent le Hamas<sup data-fn="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" class="fn"><a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link">7</a></sup>. Jusque-là, la majorité des islamistes se contentaient de prosélitisme et d’activités sociales et caritatives. Le Hamas et sa branche armée<sup data-fn="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" class="fn"><a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link">8</a></sup> adoptent une politique de confrontation avec Israël, comme le fait le Jihad Islamique<sup data-fn="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" class="fn"><a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link">9</a></sup> fondé quelques années plus tôt, également par d’anciens cadres des Frères Musulmans.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Accords d’Oslo et la naissance de l’autorité palestinienne</strong></h2>



<p>Après les régimes arabes et la guerilla issue des camps de réfugié.e.s de pays limitrophes, c’est au tour des Palestinien.ne.s de Gaza et de Cisjordanie de poser un sérieux problème à Israël. Pour le résoudre, la classe dirigeante israélienne est prête à un compromis avec le Fatah d’Arafat&nbsp;: les accords d’Oslo sont signés en 1994 sous le patronage des USA, désormais tous-puissants au Moyen-Orient après la chute de l’URSS, et donnent naissance à l’Autorité Palestinienne (AP). Celle-ci exerce son semblant d’autorité sur Gaza et la Cisjordanie, dont l’occupation par l’armée israélienne et la colonisation progressive continuent néanmoins.</p>



<p>Il s’agit d’un Etat au rabais pour la bourgeoisie palestinienne collaboratrice et corrompue, qui reconnaît officiellement l’Etat d’Israël et condamne «&nbsp;le terrorisme et autres formes de violences&nbsp;». L’AP, dont la totalité des revenus transite par l’administration israélienne, est dotée de forces de sécurité et de services de renseignement avec plus de 40000 hommes armés. Ils sont là pour réprimer toute tentative de résistance, armée ou non, venant de Gaza ou de Cisjordanie. Israël semble donc avoir réussi un coup de maître&nbsp;: sous-traiter le contrôle quotidien des Palestinien.ne.s à une organisation palestinienne en lui faisant miroiter une carotte pourrie, la solution «&nbsp;à deux Etats&nbsp;» où l’Etat existant occupe et continue de coloniser le territoire désigné du futur Etat.</p>



<p>Une seconde Intifada éclate en 2000 dans les territoires palestiniens. Similaire à celle de 1987, elle est plus massive et plus violente avec la multiplication d’attaques des différents groupes armés de toutes tendances<sup data-fn="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" class="fn"><a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link">10</a></sup>. L’Intifada est un désaveu clair de la politique conciliatrice de l’AP et signale que le peuple palestinien n’est pas prêt de lâcher l’affaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La montée du Hamas</h2>



<p>En 2006, le Hamas gagne (à la régulière) les élections dans les territoires palestiniens. C’est un camouflet de plus pour le Fatah et sa politique, mais celui-ci, avec l’appui d’Israël et des pays occidentaux, rejette les résultats. Après un affrontement armé, l’AP prend le contrôle de la Cisjordanie et le Hamas prend le contrôle de Gaza. L’armée israélienne, qui s’était retirée de la bande de Gaza un an plus tôt, entame un blocus du territoire avec la complicité du régime égyptien.</p>



<p>La nouvelle situation est donc celle où des guerres périodiques éclatent entre Israël d’un côté, le Hamas et d’autres factions armées<sup data-fn="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" class="fn"><a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link">11</a></sup> à Gaza, alors qu’en Cisjordanie l’occupation continue et la colonisation s’accélère sous les yeux d’une Autorité Palestinienne qui n’attend plus qu’on vienne signer son acte de décès. Les affrontements sont réguliers entre manifestant.e.s palestinien.ne.s et soldats israéliens qui protègent des colons de plus en plus agressifs et ouvertement fascistes.</p>



<p>En 2021, un soulèvement contre la poursuite de la colonisation de Jérusalem-Est éclate en Cisjordanie, et s’étend jusqu’à l’intérieur de l’Etat d’Israël, où il existe des populations palestiniennes<sup data-fn="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" class="fn"><a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link">12</a></sup> représentant une minorité appauvrie et discriminée ; en même temps éclate une confrontation armée entre la résistance à Gaza et Israël. Pour la première fois depuis la Nakba, un mouvement politique a lieu sur tout le territoire de la Palestine historique : la lutte renoue les fils que le colonialisme avait cassé.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Dilemmes moraux ?</strong></h2>



<p>L’histoire du «&nbsp;conflit&nbsp;» israélo-palestinien est plus complexe que le résumé donné ci-dessus. Mais les questions essentielles, qui permettent de prendre position, sont assez simples&nbsp;: Israël est un Etat né d’un processus de colonisation et de nettoyage ethnique. Il n’a pu le faire sans le soutien des forces impérialistes les plus puissantes, à savoir la Grande-Bretagne puis les USA.</p>



<p>L’existence même de l’Etat d’Israël signifie la poursuite de la colonisation et de l’occupation, jusqu’à la liquidation finale de la « cause palestinienne ». Toutes les tendances politiques – sionistes- en Israël sont des variations sur ce même thème. Selon le militant palestinien Majd Kayyal, la lutte politique intérieure en Israël pivote, en dernier lieu, sur « la détention des moyens et sur la méthode à utiliser pour opprimer les Palestinien·nes.<sup data-fn="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" class="fn"><a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link">13</a></sup> » La « démocratie » israélienne ne vaut donc pas mieux que la démocratie des propriétaires d’esclaves Etats-Uniens au 19<sup>e</sup> siècle ou que celle de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid.</p>



<p>C’est seulement dans ce contexte historique qu’on peut analyser sérieusement les attaques du 7 octobre 2023 et espérer y porter un jugement moral. Elles sont un acte politique effectué par des moyens militaires. Or tout le procédé du camp d’en-face est de dépolitiser (et pas seulement sur la question palestinienne).</p>



<p>Pour Frédéric Lordon, « Fait pour n’installer que la perspective de l’éradication et barrer toute analyse politique, ‘terrorisme’ est une catégorie hors-politique, une catégorie qui fait sortir de la politique.<sup data-fn="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" class="fn"><a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link">14</a></sup> » Or il n’existe pas de morale au-dessus de la politique ; celles et ceux qui affirment le contraire le font pour des raisons… politiques. Pour nous faire croire qu’un Etat colonisateur et occupant aurait le « droit de se défendre » face aux colonisé.e.s et aux occupé.e.s. Pour protéger le status quo.</p>



<p>Mais alors, les atrocités ? La guerre est le domaine des atrocités ; elle et ses calamités sont imposées par l’oppresseur, qui naturellement en commet beaucoup plus que l’opprimé. Algérie, Vietnam, Commune de Paris, Afrique du Sud : les opprimé.e.s ont commis beaucoup d’atrocités durant leurs luttes émancipatrices. Pendant la guerre de Sécession, les esclaves noirs ont commis des exactions horrifiantes lorsqu’ils se sont retrouvés armes à la main face à leurs anciens « propriétaires » et leurs familles. Qui oserait nous dire aujourd’hui que cette violence était illégitime ? Alors pourquoi celle des palestinien.ne.s contre leurs colonisateurs serait moins légitime ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Par tous les moyens nécessaires ! (sauf&nbsp;les moyens islamistes)</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium"><img data-dominant-color="8b8b8b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8b8b8b;" decoding="async" width="300" height="300" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp" alt="" class="wp-image-8015 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2.jpg 1000w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></figure>
</div>


<p>L’islamisme du Hamas, par les temps qui courent, offre une excuse bon marché à la gauche vacillante qui veut éviter de choquer l’opinion publique bourgeoise en se déclarant solidaire de la résistance palestinienne. Il suffit ici d’attirer l’attention sur quelques faits : le Hamas n’est ni le premier, ni le dernier mouvement anticolonial à avoir des références idéologiques réactionnaires. De plus, toutes les factions armées palestiniennes (islamistes, nationalistes laïques, marxistes) sans exception se sont déclarées solidaires de l’opération du 7 octobre 2023 et combattent ouvertement aux côtés du Hamas. Ce dernier est, au final, une faction palestinienne parmi tant d’autres, à la fois parti politique, mouvement social et groupe armé, avec son histoire contradictoire mais ancrée dans la lutte nationale pour la libération de la Palestine. Et c’est pour cette dernière raison que le Hamas est populaire en Palestine<sup data-fn="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" class="fn"><a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link">15</a></sup>. C’est pour cette raison aussi qu’il mérite que l’on sorte de la stupéfaction intellectuelle dans laquelle nous plongent les mots « terroriste », « obscurantiste », etc, et qu’on tente de l’analyser rationnellement pour ce qu’il est, de le critiquer pour les bonnes raisons.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspectives de libération</h2>



<p>Les ministres et généraux israéliens déclarent ouvertement que la guerre actuelle est l’opportunité de poursuivre le nettoyage ethnique en expulsant les «&nbsp;animaux humains&nbsp;» qui habitent Gaza vers le désert du Sinaï en Egypte.</p>



<p>Joe Biden aime répéter que «&nbsp;si Israël n’existait pas, il eut fallu l’inventer pour protéger nos intérêts dans la région&nbsp;». Au lendemain de l’attaque du 7 octobre, il a envoyé deux portes-avions et un sous-marin nucléaire en mer Méditerranée pour appuyer son vassal. Faisant face à Israël, les Palestinien.ne.s se battent aussi contre l’impérialisme le plus puissant de l’histoire. La lutte nationale palestinienne n’est donc pas une lutte isolée, elle est intimement liée à la lutte anti-impérialiste et à la lutte des classes dans la région.</p>



<p>La libération de la Palestine passe par la lutte des classes dans toutes les capitales des régimes arabes, car elle nécessite le renversement de tout l’ordre établi dans la région et au-delà, afin de remplacer un Etat colonial par un Etat laïc, démocratique, qui reconnaisse des droits égaux à toutes et tous, Juif.ve.s, Musulman.e.s, Chrétien.ne.s et personnes sans religions.</p>



<p>La révolution égyptienne de 2011 a été menée par un large milieu militant (nationaliste, islamiste, socialiste et ouvrier) formé dans les luttes de solidarité avec l’Intifada de 2000&nbsp;;&nbsp;le premier symbole auquel les révolutionnaires se sont attaqué.e.s après la chute de Moubarak en 2011 fut l’ambassade d’Israël, ce qui a mené les dirigeants israéliens à déclarer que la révolution égyptienne leur était bien plus dangereuse que la menace venant de l’Iran.</p>



<p>Affirmer cela n’est pas dévaloriser la lutte du peuple palestinien&nbsp;; c’est au contraire montrer que, lorsque les Palestinien.ne.s se soulèvent, c’est le destin de l’humanité qui est en jeu.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Jad Bouharoun (Paris 18<sup>e</sup>)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d">Lire “Le Yiddishland révolutionnaire”, par Sylvia Klingberg et Alain Brossat <a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b">Lire “The iron wall”, par Lenni Brenner <a href="https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm</a> <a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde">Selon le premier gouverneur militaire britannique de Jérusalem, Ronald Storrs, les Sionistes formaient « un petit Ulster (nom de la province irlandaise pro-monarchie) loyal à l’Angleterre dans une mer d’Arabes potentiellement hostiles ». <a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802">Tony Cliff, “Roots of Israel’s violence” <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm</a> <a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed">Une mission de la Haganah était la protection du pipeline de Haifa qui achemine le pétrole depuis Kirkouk en Iraq, qui était contrôlé par les Britanniques. <a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915">Discours prononcé au Technion de Haifa, rapporté dans le journal Haaretz le 4 avril 1969. <a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f">Acronyme de <em>Harakat al Muqawama al Islamiyya</em>, Mouvement de résistance islamique <a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9">Les brigades Ezzedine al-Qassam, du nom d’un imam syrien ayant dirigé des révoltes anticoloniales en Syrie et en Palestine dans les années 1930. <a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070">Branche armée : brigades Al Quds <a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8">Les attentats-suicides sont organisés aussi bien par le Hamas (islamiste) que par le FPLP (marxiste et laïque). <a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c">Aidé par les autres factions palestiniennes armées à Gaza, notamment le Jihad Islamique, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa (ancienne branche armée du Fatah) et le FPLP. <a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d">Les « Palestinien.ne.s de l’intérieur » sont une minorité arabe qui n’a pas été chassée en 1948 et qui ont donc la citoyenneté israélienne. <a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/</a> <a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3"><a href="https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire</a> <a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3"><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html</a> <a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/">Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mutualité]]></category>
		<category><![CDATA[Ordre Nouveau]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’article d’Alain Pojolat sur la manif antifasciste du 21 juin 1973, violente, avec attaque frontale de la police, protégeant l’accès au meeting d’Ordre nouveau contre l’immigration sauvage, mérite que l’on revienne sur le contexte historique, social <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/" title="50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/21-juin-1973-interdire-physiquement-les-meetings-fascistes/">L’article d’Alain Pojolat sur la manif antifasciste du 21 juin 1973</a>, violente, avec attaque frontale de la police, protégeant l’accès au meeting d’Ordre nouveau contre l’immigration sauvage, mérite que l’on revienne sur le contexte historique, social et militant. Il ne s’agit pas de contredire l’article mais d’y apporter des éclairages nécessaires et instructifs pour aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Les luttes et mobilisations des années 1950 et 1960, guerres de décolonisation et de libération nationale des peuples, les écrits et discours vont permettre d’échapper au seul face à face entre l’impérialisme américain et le bloc soviétique stalinien, le capitalisme impérialiste et le capitalisme d’État, ceux qui se sont partagés le monde à Yalta et Postdam, après la défaite hitlérienne.&nbsp;</p>



<p>La tentative de putsch des généraux d’avril&nbsp;1961 en Algérie va faire basculer une partie des militants d’extrême droite, qui rêvent de perpétuer l’Empire et tentent de construire un front uni anticommuniste et antidécolonialiste, la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), vers les terroristes de l’OAS.&nbsp;</p>



<p>L’extrême gauche, décolonisatrice, Algérie algérienne, se réoriente alors vers une mobilisation et un activisme anti-OAS, antifasciste, notamment pour prévenir tout risque de coup d’État. Cela va mener à la création du FUA, Front uni antifasciste.&nbsp;</p>



<p>Les forces en présence, outre l’Unef, alors organisation de masse très engagée pour l’Algérie algérienne, sont l’UEC avec diverses tendances (gramsciste, différents courants trotskistes, une tendance maoïste et bien sûr le courant stalinien du PCF) et le Parti socialiste unifié (PSU) qui monte des Groupes d’action et de résistance (GAR). De son côté l’OCI, trotskiste lambertiste, refuse de rejoindre le FUA et créer la Fédération des étudiants révolutionnaires qui va également combattre l’extrême droite.</p>



<p>Les fachos nationalistes attaquent violemment la librairie et le journal Clarté de l’UEC tenu par les oppositionnel·les majoritaires, et envoient à l’hôpital Pierre Goldman en décembre&nbsp;1964, ou Alain Krivine en mai 1965.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La violence en milieu étudiant : « la peste brune s’écrase dans l’œuf » !&nbsp;</h2>



<p>Les affrontements ne cessent pas. En 1964, la FEN exclut huit de ses membres, dont François Duprat, Gérard Longuet, Alain Madelin, Alain Robert, qui vont créer avec d’autres Occident. Ils généralisent les attaques à la barre de fer et les passages à tabac. En réaction, les organisations d’extrême gauche restructurent leurs SO et se donnent les moyens de riposter. Jusqu’à mai 1968 la violence d’Occident s’accentue (attaques contre des beatniks, des dirigeants d’extrême gauche, des meeting Vietnam à Rouen et à Paris)&#8230; Les ripostes sont déterminées : attaques d’Assas, de rassemblements et manifs faschos, de diffusions de tracts et passages à tabac de militants et dirigeants… C’est dans ce contexte que la direction du PCF exclut les antistaliniens majoritaires de l’UEC en 1965-1966, ce qui donnera naissance à la JCR en 1966, à l’UJCML… mais aussi aux comités Vietnam. De ce vivier militant naissent et se massifient les organisations révolutionnaires de 1968 et des années 1970, constituant un véritable tournant. Parallèlement au milieu étudiant, les lycéen·nes prennent toute leur part à cette histoire (Comité Vietnam lycéen, grève des lycées de novembre 1967 et création des CAL…).</p>



<p>Cette radicalisation militante se fait dans un internationalisme des luttes, des idées, des projets révolutionnaires notamment :</p>



<p>–&nbsp;Contre la torture en Algérie et contre la violence d’État (les coups de force du 13&nbsp;mai 1958 pour amener De Gaulle à l’Élysée, la répression sanglante des manifestations des algériennes et algériens du 17&nbsp;Octobre 1961, et celle du 8&nbsp;mars 1962).&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Contre la guerre au Vietnam en soutien au FNL (création en 1966 du Comité Vietnam national pour la JCR, des comités Vietnam de base pour les maos).</p>



<p>–&nbsp;La création par Cuba en janvier 1966 de la tricontinentale, qui va donner naissance à l’Organisation de la solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Les participant·es provenaient de 82 pays du tiers monde profondément marqués par la décolonisation et l’anti-impérialisme, issus de mouvements sociaux d’horizons politiques différents : organisations nationalistes, maoïstes, trotskistes, castristes ou guevaristes prônant souvent la résistance armée et l’essor des guérillas.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;En avril 1966 débute à Pékin la grande révolution culturelle prolétarienne.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Du 5 au 10&nbsp;juin 1967, Israël annexe la Cisjordanie, du Golan, de Gaza, et tout Jérusalem après la guerre éclaire des 6 jours.&nbsp;</p>



<p>Cette culture politique intégrant la violence révolutionnaire s’est donc forgée contre le capitalisme et la société individualiste bourgeoise de la fin des 30 glorieuses, contre l’impérialisme, le stalinisme et ses déclinaisons politiques, contre les fascistes, les défenseurs de l’Empire français et les héritiers du national-socialisme, contre la démocratie bourgeoise au travers du gaullisme et sa violence d’État.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Septembre noir un tournant pour l’internationalisme et le contenu des stratégies révolutionnaires</h2>



<p>Le conflit entre le royaume jordanien et son armée, soutenu par des pays de la région, les USA et des pays européens, et l’OLP s’envenime et se poursuit du 12&nbsp;septembre 1970 à juillet 1971, quand Arafat et ses combattants sont expulsés de Jordanie manu militari. Toujours plus loin de leur territoire, la Palestine, les palestinien·nes vont créer des organisations de lutte pour la libération de leur pays, des organisations paramilitaires voire militaires recourant à la violence terroriste. Ces évènements vont profondément marquer les années 1970 et voir naître nombre d’organisations recourant aux attentats et aux meurtres de personnalités représentant le capitalisme, l’impérialisme, la guerre contres les palestinien·nes (Action directe, la Bande à Baader-Fraction armée rouge, les Brigades rouges …)</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="646464" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #646464;" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="669" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7898 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-300x201.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-768x514.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les manifs attaques des meeting fascistes (Palais des sports 1971, Mutualité 1973)</h2>



<p>Les affrontements entre Occident, Ordre nouveau, et en premier lieu la JCR puis la Ligue communiste mais aussi des organisations maoïstes, le PSU, Révolution, ne vont pas cesser. Le 9&nbsp;mars 1971, Ordre nouveau tient un meeting néo-nazi au Palais des sports. Des mouvements d’extrême gauche diffusent un tract : « Le meeting d’Ordre nouveau n’aura pas lieu ». De violents affrontements éclatent entre les contre-manifestants et la police à laquelle se joint le service d’ordre d’Ordre nouveau. Pour préparer la contre manif et l’attaque du meeting la Ligue organisa une campagne avec articles de presse, textes avec signatures et appels au 9&nbsp;mars. Cela se traduira par la présence d’anciens résistants FTP et de déportés porte de Versailles pour affirmer aux côtés des manifestant·es la continuité du combat antifasciste, « Le fascisme ne passera pas ».</p>



<p>Le 21&nbsp;juin 1973, Ordre nouveau décide de tenir à la Mutualité un meeting sur le thème : « Halte à l’immigration sauvage ! », une véritable provocation pour l’extrême gauche et qui confirme que le racisme est un terreau privilégié pour le développement et l’expression du fascisme (voir l’article d’Alain Pojolat). Pour cette manif, contrairement à 1971 la campagne est presque inexistante.</p>



<p>Le 28&nbsp;juin, le gouvernement dissout la Ligue communiste et Ordre nouveau. Les dirigeants d’Ordre nouveau ne sont pas inquiétés par la justice tandis que des dirigeant·es de la Ligue communiste, sont recherché·es et certain·es incarcéré·es. L’ensemble de la gauche, y compris le Parti communiste, se solidarise contre la dissolution de la Ligue communiste. Le 4&nbsp;juillet un meeting se tient au Cirque d’hiver mais la Ligue communiste y est privée de parole. Un appel, signé par des organisations d’extrême gauche, est publié : « … Nous appelons à la constitution d’un comité national sur la base de cet appel pour engager la lutte et faire échec à la répression. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">En forme de conclusion provisoire</h2>



<p>La radicalité idéologique contre le capitalisme, l’impérialisme doit-elle se traduire par la violence armée, y compris au sein des démocraties bourgeoises, un terrorisme aveugle ou des assassinats individuels ? Au-delà des luttes contre l’impérialisme, des luttes de libération nationale, la fin ne peut justifier à elle seule les moyens. Nous sommes toujours au cœur de ce débat, qui a traversé la Ligue et l’extrême gauche suite à l’interdiction en 1973 et à l’apparition d’organisations dites « terroristes » mais qui n’a jamais pris l’ampleur nécessaire. Le capitalisme pour mener sa guerre de classe impose l’individualisme contre l’encommun et le bien commun. En ce sens les assassinats d’Aldo Moro symbole de la démocratie bourgeoise, démocratie chrétienne, par les Brigades rouges, celui de Georges Besse par Action directe, symbole du capitalisme, du grand patronat, celui d’Hans Martin Schleyer symbole du grand capital et des nazis « repentis » par la Bande à Baader n’individualisent pas la lutte de classe. Sans commune mesure, cela va de soi, le « Je lutte de classe » n’est-il pas une victoire de cet individualisme ? Le « nous lutte de classe » aurait porté en avant l’encommun et la volonté, solidarité et détermination de notre classe.</p>



<p>Si ce débat reste ouvert, quelle stratégie doit-on avoir aujourd’hui contre l’extrême droite, les fachos. Cette lutte indispensable doit-elle se dissoudre dans les luttes contre le macronisme et le capitalisme ? Je suis convaincu qu’il doit y avoir une spécificité à ce combat. Les succès électoraux du FN-RN doivent nous amener à préciser notre stratégie et nos tactiques. Il faut amener le RN à son fondement idéologique et à « sortir du bois ». Pour se faire il faut se défendre et ne pas laisser les groupuscules d’extrême droite et Reconquête occuper le terrain et nous attaquer. Il y a urgence à constituer un front antifasciste unitaire, le plus large , déterminé, tout particulièrement quand se développent, au sein de la société, des médias, la doxa fascisante, les pires discours idéologiques, démagogiques et populistes, tout particulièrement contre l’immigration « sauvage », on y revient !</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marc Slyper</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/">50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Salvador Allende et les impasses du réformisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Sep 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Allende]]></category>
		<category><![CDATA[Chili]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 11&#160;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/" title="Salvador Allende et les impasses du réformisme">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Le 11&nbsp;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période la plus violente et sombre de l’histoire récente de ce pays et de l’Amérique latine. Ces événements nous intéressent en tant que militant·es révolutionnaires en France parce qu’ils posent des questions très pertinentes sur les perspectives révolutionnaires et la question du réformisme, majoritaire à&nbsp;gauche et dans les mouvements anticapitalistes d’aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a question de l’autonomie de classe fut très bien incarnée par les mouvements sociaux des ouvrier·es et des paysan·nes chilien·nes de l’époque. Réfléchir aux événements chiliens d’après 1970 est donc impératif pour celleux qui s’intéressent à l’avenir de l’Amérique latine et des mouvements sociaux partout dans le monde. Cet article s’inscrit dans une série d’articles proposés par Autonomie de classe, sur 1973 et le début d’un nouveau temps de crise du système capitaliste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les veines ouvertes d’Amérique latine</h2>



<p>Au Chili des années 1950-1960, les intérêts des grands propriétaires de terres, des banquiers et des capitalistes étaient complètement connectés à une oligarchie locale très puissante, en lien avec l’impérialisme étatsunien. La vie économique du pays était contrôlée par un mixte d’oligarchie, de bourgeoisie et de forces impérialistes. Les bourgeois avaient des terres et les grands propriétaires de terres avaient des parts dans les industries de mines et de commerce, les deux classes étaient étroitement liées par des intérêts financiers communs.<sup data-fn="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" class="fn"><a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link">1</a></sup></p>



<p><em>« Le capitalisme chilien, dès sa naissance, était lié de manière décisive aux intérêts impérialistes étrangers. D’autre part, il était lié aux intérêts des grands propriétaires par le biais de la banque et du commerce. C’est précisément pour cette raison que la bourgeoisie « nationale » n’a jamais été capable d’accomplir les tâches historiques de la révolution démocratique bourgeoise et n’en sera jamais capable. »</em>&nbsp;Comme nous le présente Alan Woods dans son article « Lessons of Chile 1973 »publié en 1979.<sup data-fn="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" class="fn"><a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link">2</a></sup></p>



<p>Pour donner une idée du pouvoir des grands propriétaires de terres, dans les parties les plus riches du pays, 90 % de toute la terre était dans les mains de 7 % des propriétaires. De manière générale, 86 % des terres cultivables étaient concentrées dans environ 10 % des entités agricoles. La principale industrie du pays était celle des mines, principalement le cuivre et le nitrite. L’exploitation de ces minéraux était contrôlée par le capital étranger en faisant de ce pays un capitalisme dépendant.<sup data-fn="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" class="fn"><a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link">3</a></sup>&nbsp;Les conditions de vie des travailleur·euses chilien·nes étaient très précaires et leur force de travail surexploitée. Le problème de la terre était toujours central dans la société chilienne avec la question de l’émancipation du pays de l’impérialisme.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La démocratie chrétienne et la renaissance des mouvements sociaux</h2>



<p>Dans les années 1950, avec l’arrivée d’une masse prolétarienne et semi-prolétarienne dans les espaces urbains, de larges quartiers extrêmement précaires se formaient. Au même moment, des nouvelles organisations de travailleur·euses commençaient à se créer et à organiser des mobilisations de classe. Entre les années 1964-1970, la Démocratie chrétienne était à la tête du gouvernement avec Eduardo Frei, qui avait fait énormément de promesses, notamment par rapport à la réforme agraire et la nationalisation de ressources centrales pour l’économie chilienne, comme le cuivre. Cependant, ses réformes ont été très modestes. Les paysan·nes ont décidé de démarrer plusieurs occupations des terres en réponse à ce manque d’action du gouvernement et du côté des ouvriers, en 1967 une grève générale a été appelée par la CUT (Centrale unitaire des Travailleurs), le plus gros syndicat du Chili (près de 30 % de la classe ouvrière était syndiquée à cette époque). Cela a augmenté la confiance des travailleur·euses qui commencèrent à occuper les usines. En 1968, il y a eu 5 occupations d’usines, en 1969, 24, en 1970, 133 et en 1971, 339 !<sup data-fn="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" class="fn"><a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link">4</a></sup>&nbsp;Le gouvernement de Frei a ouvert la voie pour le socialiste Allende et l’Unité Populaire dans les élections de 1970.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7866 not-transparent" style="--dominant-color: #767676; width:837px;height:345px" width="837" height="345" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-300x124.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-768x316.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 837px) 100vw, 837px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’Union populaire et la voie chilienne au&nbsp;socialisme</h2>



<p>L’UP (Unité Populaire) était la coalition formée par deux partis principaux qui se définissaient comme marxistes, le Parti communiste (PC) et le Parti socialiste (PS) mais aussi par une scission du Parti Radical (non-marxiste et représentant une classe moyenne centriste), quelques secteurs dissidents de gauche de la Démocratie Chrétienne (DC), dont le principal était le MAPU (Mouvement d’action populaire unitaire) et les deux plus petits API (Parti de l’Action Populaire), et le PSD (Social démocrate). À la tête de cette coalition, le socialiste Salvador Allende se lançait pour la quatrième fois pour les présidentielles. En pleine période de la guerre froide, il proposait au peuple chilien une&nbsp;<em>« voie chilienne au socialisme »</em>, c’est-à-dire de manière démocratique, institutionnelle et non armée.</p>



<p>Il existait en même temps une organisation révolutionnaire qui ne faisait pas partie de l’UP, mais qui l’a soutenue dans des moments clefs de 1972-1973. C’était le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) qui était composé majoritairement par des étudiant·es qui avaient quitté le Parti Socialiste en 1963, influencé·es par la révolution cubaine de 1959.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Élections 1970…</h2>



<p>Les élections de 1970 ont lieu dans une période de grande et croissante mobilisation populaire, ces mouvements sont la force motrice derrière l’UP et Allende.&nbsp;</p>



<p>Le 4&nbsp;septembre 1970, le candidat socialiste emporte une courte majorité relative : 36,3 %, contre les 34,98 % de la Droite nationale et les 27,84 % de la Démocratie chrétienne. Il assume donc le gouvernement au grand désespoir des oligarchies nationales, qui ont tout fait pour le décrédibiliser pendant la période électorale, et au désarroi des États-Unis de Richard Nixon.&nbsp;</p>



<p>La stratégie formulée par l’UP serait une transition graduelle au socialisme, en utilisant les institutions, c’est-à-dire, l’État (bourgeois par nature) pour favoriser cette transition. Allende est très légaliste, en plus d’avoir une confiance aveugle dans les institutions et dans l’armée, il croit qu’ils vont toujours respecter la constitution. Il n’encourage pas les occupations, incitant les paysan·nes à attendre les procédures légales de redistribution de terres, et les ouvrier·es à attendre les procédures de nationalisation des usines. Il critique le MIR qui de son côté soutient les occupations organisées en totale autonomie de classe par les paysan·nes et ouvrier·es. En 1971, il y a 658 occupations de terre.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La promesse du rêve et le début du&nbsp;cauchemar&nbsp;</h2>



<p>Pendant les 6 premiers mois de son gouvernement, Allende nationalise 90 entreprises et 1 400 fermes. Dans les mois suivants, les salaires augmentent de 38 % pour les ouvrier·es manuels et de 120 % pour les cadres. Le chômage est réduit à moins de 10 % et l’économie arrive à une croissance de 8 % par an. En 1971, Allende réussit à avoir la majorité au congrès pour voter la nationalisation, sans indemnisation, des mines de cuivre du pays. 9 banques sur 10 deviennent publiques, plusieurs entreprises stratégiques passent sous le contrôle de l’État, des millions d’hectares de terres improductives sont redistribuées et un nouvel impôt sur les bénéfices est créé<sup data-fn="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" class="fn"><a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link">5</a></sup>. Ces mesures peuvent être réalisées, grâce à une énorme mobilisation populaire.  </p>



<p>L’UP dans son projet d’alliance avec la « bourgeoisie nationale progressiste » s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité des fronts populaires, mais avec deux grands partis majoritairement ouvriers, qui se disent marxistes et anti-impérialistes. Son programme propose des réformes audacieuses, dans un pays caractérisé par d’énormes inégalités sociales, sous développé et exportateur de matières premières principalement minières, contrôlées par le capital étatsunien. Avec ces réformes, il veut prouver que la « voie chilienne » est possible et qu’il serait possible de faire autrement que le stalinisme en Union soviétique ou la lutte armée de Fidel et du Che à Cuba<sup data-fn="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" class="fn"><a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link">6</a></sup>. Il s’engage auprès de la bourgeoisie chilienne en signant un document qui assure le maintien du système politique existant et des garanties constitutionnelles des libertés individuelles. Il s’engage également au maintien du système judiciaire de l’époque et il reconnaît le rôle de l’armée et de la police comme garants de la démocratie (bourgeoise). Allende, conseillé par son entourage politique, accepte de ne pas toucher aux institutions de l’État bourgeois. Il croit (et il s’agit bien d’une croyance parce que cela ne repose pas sur des bases matérielles) que l’État est une entité neutre et qu’avec les socialistes au pouvoir on pourrait mettre cette entité complètement au service de la classe ouvrière. Allende veut mettre en place une transition au socialisme en utilisant le système institutionnel, mais il est important de rappeler que c’est une époque où dans le monde occidental, du fait de la stabilité économique dans ces pays après la Deuxième Guerre, les fameuses « trentes glorieuses », l’idée hégémonique était qu’il serait possible de surmonter les contradictions du système capitaliste de l’intérieur des institutions de l’État. Ces idées étaient très diffusées en Amérique latine, par contre les conditions matérielles de la classe laborieuse n’étaient pas les mêmes que celles des pays du Nord. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Réaction de la bourgeoisie et&nbsp;l’impérialisme étatsunien</h2>



<p>Au Chili, la réaction de la bourgeoisie et de l’impérialisme étatsunien n’était pas du tout glorieuse. Les réformes envisagées par l’UP signifient déjà aller trop loin pour une oligarchie habituée à un niveau d’accumulation colossal. Pour les États-Unis, la perspective de transition vers un mode de production socialiste attaque directement ses intérêts monopolistes au Chili. S’ajoute à cela, le fait qu’une telle expérience pourrait donner des idées à d’autres pays en Amérique latine et menacer le contrôle sur ces territoires. Il ne faut pas que ça marche, et l’agence d’intelligence étatsunienne (CIA) est prête à mettre beaucoup d’argent pour casser le gouvernement Allende et les mouvements sociaux de travailleur·euses. La première mesure a été un blocage économique informel du Chili tout de suite après les élections. La banque mondiale et la banque inter­américaine pour le développement ont arrêté tous les financements, et le gouvernement étatsunien a arrêté les programmes de prêts. Le message est clair, mais ça ne s’arrête pas là. Avec l’argent de la CIA, les bourgeoisies locales ont commencé à se mobiliser, d’abord par des manifestations, comme celle organisée par la classe moyenne en décembre 1971, la marche des casseroles vides, et ensuite par des tentatives de sabotage du système de ravitaillement du pays. Les patrons en lien avec les conducteur·ices de camions organisent des grèves, ou plutôt des blocages (Lock-out), avec le but d’empêcher la circulation de produits et la distribution alimentaire. Les médias d’opposition au gouvernement, comme le journal<em>&nbsp;El Mercurio</em>, avec les poches pleines de l’argent de la CIA, mettent en place une ambiance de panique et d’insécurité.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="838383" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-7867 not-transparent" style="--dominant-color: #838383; width:841px;height:561px" width="841" height="561" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1320x880.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-jpg.webp 1440w" sizes="auto, (max-width: 841px) 100vw, 841px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Luchar, crear, el poder popular </em>(Lutter, créer, le pouvoir populaire)</h2>



<p>La classe laborieuse chilienne dans une démonstration magnifique de conscience de classe, de formation politique et d’organisation par en bas répond à la hauteur de ce que cherche à imposer la réaction. En réponse aux attaques de la bourgeoisie, il y a une multiplication massive des « cordones industriales », ou cordons industriels. Il s’agit de groupes organisés dans les régions industrielles avec l’objectif d’organiser les travailleur·euses des usines de chaque région. Dans les usines occupées, iels organisent la production pour continuer à faire tourner l’économie du pays et à chaque nouveau coup de la bourgeoisie, iels occupent les rues par milliers, aux côtés des paysan·nes et groupes politiques organisés. Iels démontrent leur soutien au gouvernement. Pour faire face à la pénurie de nourriture et aux problèmes de distribution causés par les blocages de camions, les cordons participent activement à la distribution des produits de première nécessité, dans un véritable réseau d’entraide et de solidarité de classe. Des milliers de personnes s’organisent dans des tâches les plus diverses, prenant en main leur capacité d’autonomie et de subsistance. Cela est magistralement démontré dans le documentaire&nbsp;<em>La bataille du Chili</em>&nbsp;du cinéaste Patricio Guzmán. Leur haut niveau d’organisation et de détermination était impressionnant. Iels sont conscient·es de ce qui se joue à ce moment clé de l’histoire de leur pays. La puissance révolutionnaire est présente dans leurs échanges, dans leur détermination à garder leurs lieux de travail et de luttes et iels sont clairement prêt·es à défendre leurs intérêts de classe avec des armes, si nécessaire. Mais iels n’ont pas d’arme. De son côté, Allende et ses camarades sont aveuglément déterminé·es à garder la ligne « pacifique » et institutionnelle. À ce moment de fortes tensions dans la lutte de classes, où se joue l’avenir de tout un peuple, c’est une erreur cruciale pour quelqu’un qui se dit marxiste. Il faut se mettre de manière inconditionnelle du côté des travailleur·euses en lutte. Le rôle du PC dans l’UP est à souligner parce que même si son objectif est le socialisme, ce parti garde une conception rigide de la révolution par étapes qui l’a toujours guidé, c’est-à-dire, révolution bourgeoise, réforme des structures socio-économiques de l’État et étendre l’influence de l’État sur le secteur privé. Le MIR est en total désaccord avec le PC. Iels voient des éléments préfigurant une situation révolutionnaire qui doit être complètement assumée, et que dans le cas contraire, le processus pourrait conduire à une contre-révolution.<sup data-fn="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" class="fn"><a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link">7</a></sup>&nbsp;On peut également souligner que malgré l’organisation de la classe laborieuse sur plusieurs aspects, il manque au mouvement de masses une direction unitaire qui pourrait conduire vers la destruction de l’État bourgeois et l’établissement d’un État populaire et révolutionnaire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du déni à la catastrophe</h2>



<p>Le 11&nbsp;septembre 1973, l’armée chilienne attaque La Moneda, le palais présidentiel, sur la commande du général Augusto Pinochet qui a récemment assumé un poste de ministre dans le gouvernement de l’UP. Avec le soutien de l’armée étatsunienne, des bombes tombent de partout et la tragédie a lieu. Allende décide de garder le palais et de ne pas renoncer au gouvernement. L’issue on la connaît, il finit mort. Suite à ça, Pinochet déclenche une vague mortifère de persécutions politiques, tortures, mutilations et exécutions sommaires. Plus de 30 000 chilien·nes disparaissent dans les années qui suivent la dictature civilo-militaire la plus sanguinaire de l’histoire récente de l’­Amérique latine.&nbsp;</p>



<p>50 ans après, d’innombrables analyses de toutes sortes ont été faites par rapport à ces événements. À A2C, en tant que militant·es révolutionnaires, on essaie de réfléchir à ces événements historiques avec la boussole de l’autonomie de classe, dans une perspective en rupture avec le réformisme. On comprend que seule notre classe organisée pourra être le sujet actif de notre propre émancipation. On comprend que la révolution est une stratégie politique qui est construite à partir d’aujourd’hui, à travers l’implication dans les luttes concrètes de la classe laborieuse, en ayant comme boussole une politique révolutionnaire. Cela n’empêche pas de lutter pour les besoins les plus immédiats de notre classe. Réforme agraire, réforme des monopôles médiatiques, réforme du système juridique, implémentation des politiques publiques qui touchent immédiatement la vie des personnes, on n’est pas contre ce type de réformes. Ce qu’on doit critiquer et combattre avec la plus grande détermination est l’illusion, ou mieux, la conception idéaliste pensant qu’il serait possible de résoudre les contradictions fondamentales et intrinsèques du système capitaliste par des réformes. On ne doit pas accepter, en aucune circonstance, la restriction de nos méthodes de luttes à des réformes.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dani. Lima, Toulouse</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598">Alan Woods, <a href="https://www.marxist.com/lessons-of-chile-1973.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lessons of Chile 1973</a> <a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da">Idem <a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39">Cet article a été rédigé en utilisant comme base la Théorie marxiste de la dépendance. Cette théorie a été développé par des militant.e.s révolutionnaires latino-américain.ne.s dans les année 1970-80-90 pour comprendre la position particulier des pays de l’Amérique latine par rapport à la division internationale du travail. Cette théorie est un développement de la théorie de l’impérialisme à partir de la périphérie du système. <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm">https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm</a>   <a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758">Tom Lewis,<a href="https://isreview.org/issues/06/chile/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> Chile: The State and Revolution</a>, <em>International Socialist Review,</em> Issue 6, Winter 1999 <a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c">Ruy Mauro Marini, <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Dialética da Dependência</a>, 1973  <a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/">Salvador Allende et les impasses du réformisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>1973 : la révolte des travailleurs immigrés</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2023 05:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’année 1973 est certainement l’une des plus violente de l’histoire de la Ve&#160;République en matière de racisme et violences contre les immigré·es. Pourtant, c’est également une année riche en mobilisations des travailleurs immigrés et de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/" title="1973 : la révolte des travailleurs immigrés">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/">1973 : la révolte des travailleurs immigrés</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’année 1973 est certainement l’une des plus violente de l’histoire de la Ve&nbsp;République en matière de racisme et violences contre les immigré·es. Pourtant, c’est également une année riche en mobilisations des travailleurs immigrés et de militantisme à leurs côtés. Elle est la preuve des possibilités de mobilisations antiracistes, d’auto-organisation des travailleur·euses immigré·es, de grèves contre le racisme, de mobilisations larges contre les lois de contrôle de l’immigration et contre les crimes racistes.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; Mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Les années 1970 ouvrent une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Les Trente glorieuses laissent la place aux temps des crises économiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7161_14('footnote_plugin_reference_7161_14_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7161_14('footnote_plugin_reference_7161_14_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7161_14_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7161_14_1" class="footnote_tooltip">voir « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, Le nouveau temps des crises</a> », de Mathieu Pastor</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7161_14_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7161_14_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Entre 1971 et 1973, le chômage quadruple en Europe.&nbsp;</p>



<p>Dès 1972 le gouvernement de Jacques Chalban-Delmas promulgue des circulaires pour contrôler l’immigration et ainsi « prendre des mesures pour l’emploi ». Les circulaires « Marcellin Fontanet », du nom du ministre de l’Intérieur et du ministre du Travail, restreignent la circulation des travailleur·euses immigré·es en liant l’attribution de la carte de séjour à un titre de travail et une attestation de logement. C’est ainsi que des dizaines de milliers de travailleur·euses deviennent des immigré·es clandestins.</p>



<p>Les circulaires Fontanet-Marcellin constituent les prémisses d’une nouvelle politique de contrôle des flux migratoires, déterminée par les besoins du marché du travail et le niveau de chômage. Le gouvernement français accrédite ainsi l’idée selon laquelle il y aurait trop d’immigré·es en France.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’échine des immigré.es n’est pas courbée</h2>



<p>Dès qu’elle est connue, en 1972, la circulaire Fontanet entraîne des fortes mobilisations dans le monde associatif et syndical, avec comme mot d’ordre « l’égalité effective des droits entre travailleurs immigrés et français ». La CGT et la CGDT participent à des journées d’action et d’information contre ces circulaires.</p>



<p>Petit à petit, des nouvelles formes de mobilisation voient le jour avec des grèves de la faim de « sans-papiers » soutenues par des grèves dans plusieurs secteurs : à l’usine Pennaroya de Lyon dès février 1972, les éboueurs de Paris en décembre et les OS de l’usine Renault en avril 1973.</p>



<p>À partir de novembre 1972 et la grève emblématique de Saïd Bouziri et de trois autres militants immigrés menacés d’expulsion, les grèves de la faim se multiplient sur tout le territoire, visibilisées par des intellectuels comme Deleuze, Foucault, Sartre. Cela permet de faire entendre la voix des immigré·s qui dénoncent les souffrances au travail, les « marchands de sommeil » et le racisme anti-arabe. Ces actions aboutissent à la création du Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés (CDVDTI) et les revendications vont s’élargir aux demandes de cartes de travail et à l’abrogation des circulaires Marcellin-Fontanet.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir recule</h2>



<p>Tandis que le taux de travailleurs immigrés dans la population active atteint 9,5 %, le MTA (Mouvement des travailleurs arabes) se constitue lors de la Conférence nationale des travailleurs arabes des 17 et 18&nbsp;juin 1972 à Paris.</p>



<p>Il est composé essentiellement d’étudiant·es et d’ouvriers immigrés (Tunisie, Maroc, Algérie, Liban).&nbsp;</p>



<p>De nombreuses actions, portées par le CDVDTI et le MTA, des grèves d’usine alliant augmentation des salaires, conditions de travail et régularisation des sans-papiers et de multiples formes de manifestations contre les circulaires mobilisant parlementaires communistes et socialistes, personnalités religieuses, figures intellectuelles de gauche gagnent la suspension de la circulaire Fontanet et donc la régularisation de 35 000 ­personnes entre juin et septembre 1973.&nbsp;</p>



<p>Le 13&nbsp;janvier 1975, le Conseil d’État saisi par le Gisti annulera plusieurs dispositions des circulaires Marcellin-Fontanet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Montée du racisme et du fascisme</h2>



<p>Malgré les mobilisations des travailleur·euses immigré·es, durant l’année 1973 le climat devient de plus en plus raciste légitimé par le discours du pouvoir présentant l’immigration comme un problème. C’est sur ce terreau que les fascistes passent à l’offensive.</p>



<p>Depuis 1960, des organisations d’extrême droite nostalgiques de l’Algérie française se développent avec l’OAS (Organisation armée secrète), Occident, Ordre nouveau ou le GUD. En 1972, à la suite du deuxième congrès de l’organisation explicitement fasciste Ordre nouveau, une décision est prise de construire une structure plus large pour participer aux élections législatives. C’est ainsi qu’un nouveau parti fasciste voit le jour, le Front national avec à sa tête Jean Marie Le Pen qui a participé aux tortures des militant·es du FLN (Front de libération nationale algérien).</p>



<p>Le parti se construit sur la haine anti-arabe, contre l’immigration et sur la nostalgie de l’Algérie française. Le Front national permet l’unification des groupuscules fascistes et leur renforcement à l’échelle nationale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vague de crimes racistes</h2>



<p>Pendant l’été 1973, le racisme anti-arabe atteint son paroxysme dans le Sud de la France. Le 9&nbsp;juin, Ordre nouveau lance une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».</p>



<p>À Grasse, ville du Sud de la France, le 11&nbsp;juin 1973, les travailleurs immigrés tiennent un meeting en plein air face à la menace raciste mais aussi la menace d’expulsions car ils n’ont ni contrat de travail ni logement décent. Le meeting leur permet de décider de faire grève le lendemain. Les fascistes recouvrent les murs d’affiches « Halte à l’immigration sauvage ».</p>



<p>Le lendemain du meeting, la grève est très suivie et entraîne deux à trois cents grévistes devant la mairie de Grasse pour faire part de leurs revendications. La mairie refuse de les recevoir et dispersera les manifestant·es par la force. Dans l’après-midi, s’organise une ratonnade. Les grévistes sont poursuivis jusque chez eux, frappés, arrêtés par les CRS mais également les commerçants et les habitants de la ville.&nbsp;</p>



<p>La chasse à l’immigré commence aboutissant à cinq blessés graves et trois cents arrestations. Un comité de vigilance des commerçants et des artisans se crée pour « se débarrasser des mille oisifs qui portent atteinte au bon renom de la cité », démarche soutenue par la mairie de Grasse qui déclare « C’est très pénible, vous savez, d’être envahi par eux ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vague raciste dans le Sud de la France</h2>



<p>À Marseille, le 25&nbsp;août 1973, un Algérien, Salah Boughrine tue un chauffeur de bus.</p>



<p>L’événement est là. Au bout de quelques jours, on apprend que Salah Boughrine était atteint, à la suite d’un traumatisme crânien, de maladie mentale.</p>



<p>Mais il est trop tard et l’affaire est déjà saisie par la presse locale qui profite de cet événement pour colporter la propagande anti-arabe et contre l’immigration.</p>



<p>Le 26&nbsp;août 1973, dans le journal Méridional-La France, le rédacteur en chef Gabriel Domenech, nostalgique de l’Algérie Française et sympathisant de l’extrême droite publie :</p>



<p>« Bien sûr, on nous dira que l’assassin est fou, car il faut bien une explication, n’est-ce pas, pour satisfaire ceux qui refusent d’admettre que le racisme est arabe avant d’être européen. Et qu’il n’y a, finalement, de racisme européen que parce que l’on tolère, depuis trop longtemps, tous les abus du monde arabe&#8230; pour de basses raisons pétrolières. La folie n’est pas une excuse. Cet assassin-là, même s’il est fou (je dirai plus, s’il est fou), les pouvoirs publics sont encore plus gravement coupables de l’avoir laissé pénétrer sur notre territoire. Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. »</p>



<p>Dans les jours qui suivent ce véritable appel au sang, six Maghrébins seront victimes d’assassinat. Le jour des funérailles du chauffeur, 5 000 personnes dont 2 000 traminots défilent derrière la dépouille. La marche est composée de partis politiques (Front national, Centre démocrate, Comité de défense de la République, Union des Démocrates pour la République, Centre démocratie et progrès, Centre national des indépendants), de « syndicats » jaunes (Confédération française du travail, Union générale des travailleurs, Union syndicale de défense des intérêts des Français repliés d’Algérie et d’outre-mer), d’associations de rapatriés d’Algérie et d’organisations de jeunesse (GUD, Union des jeunes pour le progrès, Front des étudiants juifs).</p>



<p>Cette manifestation est donc une réussite pour les organisations d’extrême droite qui permettent de mettre en mouvement des milliers de personnes autour d’une revendication raciste.</p>



<p>Les groupes fascistes les plus convaincus, à l’initiative de la section locale du parti Ordre nouveau se rassemblent dans un nouveau comité, le Comité de défense des Marseillais (CDM), créé le lendemain du drame, afin d’« assurer leur propre sécurité et celles des Marseillais ». Ils tractent « Marseille a peur » appelant à manifester le 28&nbsp;août contre les « agressions arabes ».</p>



<p>Dans la nuit du 28 au 29&nbsp;août, un commando jette un cocktail molotov dans les bâtiments d’une entreprise de nettoyage des chantiers navals de la Ciotat où travaillent essentiellement des immigrés et Lhadj Lounès est tué par balles à Marseille à la sortie d’un café.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="878787" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #878787;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_1973_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7162 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">La riposte</h2>



<p>C’en est trop pour la communauté algérienne et les travailleur·euses immigré·es visés par les attaques racistes de plus en plus violentes, les obligeant à rester cloîtrés chez eux de peur d’être tués par les militants fascistes.</p>



<p>Le 31 août, 1 500 ouvriers immigrés des chantiers navales de la Ciotat mènent une grève spontanée contre les attentats racistes. Le lendemain, un cortège funèbre à la mémoire de Lhadj Lounès traverse Marseille, du bidonville de la Calade au port de la Joliette.</p>



<p>Au terme de la marche, un militant du MTA de Marseille lance le mot d’ordre de « grève générale contre le racisme » pour 24 heures.&nbsp;</p>



<p>Le jour dit, 30 000 ouvriers de la région marseillaise se mettent en grève : 100 % des travailleurs des chantiers navals et des employés municipaux de la Ciotat, 60 % des travailleurs de Marseille et 100 % à Aix en Provence.</p>



<p>Nationalement, l’ensemble des comités locaux du MTA lance un appel à la grève générale pour le 14&nbsp;septembre 1973 qui fait descendre dans la rue, les ouvriers des grands chantiers comme celui de Roissy (1 700 grévistes sur 2 000 ouvriers) mais aussi les commerçants de Belleville.</p>



<p>Pour construire la grève, ils tractent aux sorties du métro mais aussi aux sorties d’usine en arabe et en français :</p>



<p>« Dans la région parisienne, le vendredi 14&nbsp;septembre sera pour nous une grande journée à la mémoire des victimes du racisme et une journée de lutte pour notre dignité et nos droits. Nous appelons tous nos frères arabes à se mettre en grève pendant 24&nbsp;heures pour protester contre le racisme et avertir tous les racistes que nous ne nous laisserons pas faire ».</p>



<p>Les militants du MTA prouvent ainsi que les travailleurs immigrés sont enclins à se battre contre la haine et pour revendiquer l’égalité des droits entre travailleur·euses immigré·es et travailleur·euses français·es. Leurs actions de grève et leur discours politique s’articulent sur la place centrale que les travailleurs immigrés occupent dans la production française avec le slogan « Les Arabes arrêtent la France ! ». Les grèves visent à mettre en lumière la dépendance de l’économie française envers la main-d’œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une voie s’est ouverte</h2>



<p>Si la mobilisation a été réussie, elle n’a clairement pas abouti à la grève générale.</p>



<p>Lors de leur bilan politique, les militant·es du MTA notent que les organisations syndicales n’ont que très peu soutenu la mobilisation des travailleurs immigrés et que leur implantation n’était pas assez conséquente dans les usines où travaillent les immigrés. De plus, des immigrés sub-sahariens regretteront l’appel exclusif pour les travailleurs arabes, alors qu’ils subissent également le racisme. Malgré cela, le MTA a permis de prouver la possibilité de coordination de grèves autonomes pour protester non seulement contre des conditions de travail, mais contre ce qui se passe à l’extérieur de l’usine, les crimes racistes.</p>



<p>L’expérience de la grève générale contre le racisme est celle d’une grève politique permise par l’auto-organisation des travailleurs immigrés autour de comités locaux, regroupant des militant·es arabes mais aussi français forts de leur engagement politique contre l’impérialisme et pour la libération de la Palestine. Elle fut aussi un produit de la mobilisation large contre les circulaires Marcellin-Fontanet.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Anouk, Marseille</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7161_14();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7161_14();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7161_14">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7161_14" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7161_14_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7161_14('footnote_plugin_tooltip_7161_14_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">voir « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, Le nouveau temps des crises</a> », de Mathieu Pastor</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7161_14() { jQuery('#footnote_references_container_7161_14').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7161_14').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7161_14() { jQuery('#footnote_references_container_7161_14').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7161_14').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7161_14() { if (jQuery('#footnote_references_container_7161_14').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7161_14(); } else { footnote_collapse_reference_container_7161_14(); } } function footnote_moveToReference_7161_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7161_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7161_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7161_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/">1973 : la révolte des travailleurs immigrés</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>1973, le nouveau temps des crises</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Feb 2023 10:38:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=6971</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Il y a 50 ans, en 1973, le capitalisme basculait dans une crise dont il n’est jamais sorti depuis et qui détermine encore les conditions de la lutte des classes aujourd’hui. Cet article est le <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/" title="1973, le nouveau temps des crises">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, le nouveau temps des crises</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Il y a 50 ans, en 1973, le capitalisme basculait dans une crise dont il n’est jamais sorti depuis et qui détermine encore les conditions de la lutte des classes aujourd’hui. Cet article est le premier d’une série de réflexions sur les événements qui ont marqué cette année charnière.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">De la Seconde Guerre mondiale jusqu’à 1973, le capitalisme a connu sa plus longue période sans crise majeure. Une période que certain·es appellent les « Trente Glorieuses » ou encore « l’âge d’or du capitalisme ». Trois décennies de croissance continue durant laquelle la vie d’un très grand nombre de personnes se trouva transformée et durant laquelle les ouvrier·es vivaient mieux que leurs parents et s’attendaient à ce que leurs enfants vivent mieux encore.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la Guerre à 1973, un capitalisme en expansion</h2>



<p>En Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord, au Japon, il y eut une augmentation des salaires réels, un plein emploi virtuel et une protection sociale à une échelle nouvelle pour la classe ouvrière. Le chômage chuta à des niveaux que l’on avait connus que pendant de brèves périodes.</p>



<p>Les changements dans la consommation et le mode de vie de la classe ouvrière se combinaient à des mutations dans le domaine de la production. Des techniques nées dans l’entre-deux-guerres commençaient à dominer le paysage. Des usines neuves ou agrandies employant une main-d’œuvre nouvelle produisaient de plus en plus : dans les années 1970, le produit économique des États-Unis était de trois fois son niveau de 1940 ; la production allemande était cinq fois plus importante qu’à son niveau de 1947 ; en France, quatre fois plus. Une multiplication par treize du produit industriel transforma le Japon, encore considéré comme un pays pauvre dans les années 1940, en deuxième puissance économique « occidentale » après les États-Unis.</p>



<p>Le capital se tourna aussi vers les femmes et prospecta dans le monde entier à la recherche de travailleur·ses. Des migrant·es de l’Italie rurale furent bientôt employés dans les mines belges et les usines suisses. Les anciens métayers noirs du Sud des États-Unis devinrent encore plus nombreux·ses qu’avant la Seconde Guerre mondiale à rejoindre les grandes villes comme Detroit, Los Angeles et Chicago. Des firmes allemandes accueillirent des réfugié·es de l’Est et organisèrent la venue de millions de travailleur·ses de Turquie et de Yougoslavie. Les sociétés françaises recrutèrent de la main-d’œuvre en Afrique du Nord et dans les colonies ultramarines.</p>



<p>Les conditions étaient très différentes en Asie, en Afrique et en Amérique&nbsp; du sud. Dans ces pays, une pauvreté extrême était toujours le lot de la grande majorité de la population. Mais les puissances européennes furent forcées d’abandonner leurs colonies, et une croissance économique accrue créa l’attente selon laquelle finalement les pays « moins développés » rattraperaient les plus avancés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Qui aurait pu prédire la crise ?</h2>



<p>Durant cette période, aussi bien à droite que dans une grande partie de la gauche, on proclamait que les contradictions du système capitaliste avaient été surmontées. Le changement clé, disait-on, était le fait que les gouvernements avaient appris à intervenir dans l’économie pour contrebalancer les tendances à la crise. Même à gauche, on pouvait penser et affirmer que le capitalisme avait soigné ses maux, que la lutte des classes n’était plus le moteur de l’histoire et que la classe ouvrière perdait son rôle central dans la transformation de la société.</p>



<p>L’humanité produisait plus de richesses qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant et chaque année, chaque décennie, était plus productive que la précédente. Cette richesse croissante était encore très inégalement répartie : des poches de pauvreté dans les pays les plus riches et de vastes zones de pauvreté dans les pays les moins avancés du capitalisme persistaient. Mais on pouvait néanmoins croire que des changements dans les politiques des gouvernements suffiraient à mettre un terme à cela.</p>



<p>Cet « âge d’or » qu’on voulait croire sans fin s’arrête pourtant net en 1973 lorsque les économies occidentales entrèrent simultanément en récession pour la première fois depuis les années 1930. Pour comprendre les raisons de cette crise soudaine, il faut aussi comprendre les raisons derrière ce boom économique de trois décennies.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img data-dominant-color="efeeee" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #efeeee;" loading="lazy" decoding="async" width="477" height="302" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr1.png" alt="" class="wp-image-6975 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr1.png 477w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr1-300x190.png 300w" sizes="auto, (max-width: 477px) 100vw, 477px" /></figure>
</div>


<p>La caractéristique la plus significative de la période d’après-guerre est le taux de profit plus élevé qu’avant-guerre des pays capitalistes. Par exemple aux États-Unis, qui représente jusqu’à 60 % de la production économique de l’« Ouest », il était supérieur de 50 à 100 % et resta plus au moins à ce niveau jusqu’à la fin des années 1960.&nbsp;</p>



<p>C’est ce qui explique pourquoi les capitalistes ont investi à une échelle suffisante pour maintenir le boom.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6971_16('footnote_plugin_reference_6971_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6971_16('footnote_plugin_reference_6971_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6971_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6971_16_1" class="footnote_tooltip"><span class="footnote_url_wrap">https://wikirouge.net/Baisse_tendancielle_du_taux_de_profit</span> et sur le blog de l’économiste Michael Roberts : <a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6971_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6971_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h2 class="wp-block-heading">C’est quoi le taux de profit ?</h2>



<p>L’objectif de chaque capitaliste est d’accumuler des richesses et de les utiliser pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. Pour cela, il exploite des travailleur·ses qui produisent des biens grâce aux moyens de production qu’il possède et il vit de la vente de ces biens sur un marché dans lequel il est mis en concurrence avec d’autres capitalistes.&nbsp;</p>



<p>Chaque capitaliste a besoin de pousser vers une plus grande productivité pour rester devant ses concurrent·es. Le système n’est ainsi pas seulement un système de production de marchandises, c’est aussi un système d’accumulation concurrentielle. La production dans un tel système ne sert pas aux besoins de l’humanité –&nbsp;mêmes à ceux des capitalistes&nbsp;– mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre.&nbsp;</p>



<p>Tout capitaliste individuel peut accroître sa compétitivité en augmentant la productivité des travailleur·ses qu’il exploite et pour y parvenir il doit faire en sorte que chaque travailleur·se utilise de plus en plus de « moyens de production » –&nbsp;outils, machines, etc.&nbsp;– dans son travail.&nbsp;</p>



<p>Plus de productivité est donc synonyme d’une augmentation plus rapide de la quantité de moyens de production par rapport à l’augmentation de la force de travail. Pour faire croître la quantité de moyens de production, les capitalistes doivent investir.&nbsp;</p>



<p>Le premier capitaliste qui investit dans une nouvelle technologie obtient un avantage concurrentiel qui lui permet d’extraire un profit supplémentaire, mais qui cesse dès que la nouvelle technique est généralisée.</p>



<p>Or le moteur de ce système n’est pas juste le profit, c’est le profit obtenu en rapport à l’investissement réalisé, c’est-à-dire le taux de profit. Le capitaliste n’investira que s’il pense que cela lui garantira un profit « raisonnable ». Et plus l’investissement sera important, plus le profit devra aussi l’être. Et s’il ne le pense pas, le capitaliste ne risquera pas son argent dans un investissement.</p>



<p><em>« le problème économique du capitalisme du 21<sup>e</sup>&nbsp;siècle n’est pas qu’il y ait un manque de possibilités d’investissement, mais que cet investissement n’est pas suffisamment profitable ».</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6971_16('footnote_plugin_reference_6971_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6971_16('footnote_plugin_reference_6971_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6971_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6971_16_2" class="footnote_tooltip">Chris Harman, <em>Zombie Capitalism. Global Crisis and the Relevance of Marx, </em>Haymarket Books, 2010</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6971_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6971_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Finalement, la compétition entre capitalistes qui les poussent à rester en tête des autres capitalistes aboutit à de nouveaux investissements qui font que les investissements suivants dégageront un taux de profit inférieur.</p>



<p>Comme l’a démontré Marx et de nombreux économistes depuis, la valeur d’échange d’une marchandise sur un marché est déterminée par le temps de travail socialement nécessaire pour la produire. Le travail est la source du profit. Augmenter la quantité de moyens de production, autrement dit investir, est une nécessité imposée par la concurrence. Augmenter la quantité de moyens de production par rapport à la force de travail permet d’augmenter la productivité. Mais cela signifie aussi augmenter l’investissement par rapport à la source du profit, le travail. Donc à faire baisser le taux de profit.</p>



<p>L’incitation à accumuler inflige donc au taux de profit une tendance à la baisse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Derrière le boom, les armes</h2>



<p>Ce qui va permettre une croissance continue c’est la relative stabilité du taux de profit du début des années 1940 jusqu’à la fin des années 1960. Et ce qui permet la stabilité du taux de profit, c’est un niveau sans précédent de dépenses d’armement en temps de paix.&nbsp;</p>



<p>Cette économie d’armement n’était pas le résultat d’une stratégie consciente visant à prévenir les récessions. Elle est issue de la logique de la compétition impérialiste dans la période de la Guerre froide. Mais elle a soutenu la prospérité du système pendant un temps.</p>



<p>Dans le camp de l’« Ouest », le coût du financement de l’économie d’armement a été supporté par les États-Unis (jusqu’à 20 % de son PIB) et dans une moindre mesure par la Grande-Bretagne et la France. Ces investissements en moyens de destruction ont permis de ralentir la tendance à croître des investissements en moyens de production vis-à-vis de la force de travail qui est la source du profit.&nbsp;</p>



<p>La perte en investissement productif faisait que les économies de ces pays croissaient moins vite, mais les préservaient d’une crise par le maintien du taux de profit. Ces dépenses étaient réparties très inégalement entre les économies les plus importantes. Ce n’était pas très important dans les premières années qui suivaient la guerre : le commerce international n’était que peu développé et la concurrence se déroulait principalement à une échelle nationale où l’investissement en armement ne changeait rien à la compétition puisqu’elle concernait tous les acteurs. Les effets positifs des dépenses d’armement faisaient plus que compenser leurs effets négatifs.</p>



<p>Le Japon et l’Allemagne avaient un bas niveau de dépense en armement et ont investi davantage dans leur moyen de production sans que cela fasse baisser le taux de profit de l’ensemble du système. Ces pays ont fini par rattraper les niveaux états­uniens de productivité et à accroître leur importance relative dans l’économie mondiale.&nbsp;</p>



<p>En 1968, l’État américain comprit qu’il ne pourrait pas gagner la guerre du Vietnam sans augmenter les dépenses militaires, ce que le capitalisme états­unien ne pouvait pas se permettre s’il voulait garantir son développement économique désormais concurrencé par les capitalismes ­japonais et allemands.&nbsp;</p>



<p>Encore une fois, la compétition imposait aux capitalistes d’investir dans les moyens de production. Encore une fois, cela allait faire baisser le taux de profit et les premiers effets sont visibles dès la fin des années 1960.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Que s’est-il passé en 1973 ?</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="cbcfd0" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #cbcfd0;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-6976 not-transparent" width="420" height="538"/></figure>
</div>


<p>Les taux de profit chutent depuis déjà quelques années dans l’ensemble du système capitaliste. La croissance des économies capitalistes s’arrête, l’inflation augmente partout. Entre 1971 et 1973, le chômage quadruple en Europe. Alors que le système n’avait pas vécu de crise majeure depuis les années 1940, la croissance des économies capitalistes entre en récession en même temps. C’est un nouveau temps des crises qui s’ouvre, celle de 1973 sera suivie de nombreuses dont les plus récentes sont parmi les plus graves : 2008 et 2020.</p>



<p>Les réponses apportées par les capitalistes à cette crise sont multiples : baisser les salaires, supprimer les protections sociales, casser les capacités d’organisation de la classe ouvrière qui, avec les étudiant·es, l’a fait trembler dans tant de pays en 1968. Pour résumer, il s’agit d’obliger par tous les moyens les travailleur·ses à accepter des emplois de moins en moins rémunérés et de plus en plus précaires.</p>



<p>Le capitalisme n’est pas parvenu à résoudre la crise de 1973. Pire que ça, les mauvaises solutions mises en place font que la situation empire et que la crise suivante est potentiellement plus dévastatrice.&nbsp;</p>



<p>En France dès 1972, les ministres de l’Intérieur et de l’Emploi entament une longue série de lois contre l’immigration qui continue jusqu’à aujourd’hui avec la loi Darmanin, en promulguant des circulaires à leur nom, tel « Marcellin-Fontanet », qui subordonnent déjà la politique de l’accueil des étranger·es au travail. De 1974 à 1977, le pouvoir français suspend l’immigration.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="76645a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #76645a;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-6977 not-transparent" width="414" height="275"/></figure>
</div>


<p>En Angleterre, les années 1975-1978 furent celles de la plus grosse perte de salaires réels des travailleur·ses du 20<sup>e</sup>&nbsp;siècle. Le gouvernement de Margaret Thatcher débutera en 1979 et s’attaquera à la classe ouvrière anglaise en cassant sa capacité à faire grève et ses organisations les plus puissantes. Aux États-Unis c’est Ronald Reagan qui se chargera de mener l’offensive.&nbsp;</p>



<p>Pour comprendre ce qui s’est joué en 1973, avec les moyens d’A2C, nous tâcherons tout au long de l’année à travers des articles, discussions et réunions publiques de revenir sur différents évènements de cette année charnière :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La fin de la guerre du Vietnam</li>



<li>La vague de meurtre racistes en France et notamment à Marseille contre des personnes originaires d’Afrique du Nord</li>



<li>La grève contre le racisme du Mouvement des Travailleurs Arabes</li>



<li>La manifestation antifasciste contre un rassemblement d’Ordre Nouveau à la Mutualité à Paris</li>



<li>La crise pétrolière</li>



<li>Le coup d’État au Chili</li>



<li>La guerre du Kippour</li>



<li>L’autogestion ouvrière de LIP</li>



<li>Les révoltes contre la dictature militaire en Grèce</li>



<li>La révolution au Portugal</li>



<li>Le droit des femmes à avorter aux États-Unis : arrêt Roe versus Wade</li>



<li>Les grèves ouvrières de la métallurgie et de l’automobile en Italie</li>



<li>L’occupation de Wounded Knee par l’American Indian Movement aux États-Unis</li>
</ul>



<p>Cette liste ne demande qu’à être complétée et est évidemment un appel à contribution !</p>



<h6 class="wp-block-heading">Mathieu Pastor, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6971_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6971_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6971_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6971_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6971_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6971_16('footnote_plugin_tooltip_6971_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span class="footnote_url_wrap">https://wikirouge.net/Baisse_tendancielle_du_taux_de_profit</span> et sur le blog de l’économiste Michael Roberts : <a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6971_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6971_16('footnote_plugin_tooltip_6971_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chris Harman, <em>Zombie Capitalism. Global Crisis and the Relevance of Marx, </em>Haymarket Books, 2010</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6971_16() { jQuery('#footnote_references_container_6971_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6971_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6971_16() { jQuery('#footnote_references_container_6971_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6971_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6971_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_6971_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6971_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_6971_16(); } } function footnote_moveToReference_6971_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6971_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6971_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6971_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, le nouveau temps des crises</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Front populaire : La révolution est-elle possible ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jan 2023 06:31:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023 Daniel Guérin parle ainsi des obsèques du maréchal Joffre&#160;le 7&#160;janvier 1931 où se pressent un million de personnes : « Les masses ? Mais elles se pressent le long du cortège <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/" title="Front populaire : La révolution est-elle possible ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Daniel Guérin parle ainsi des obsèques du maréchal Joffre&nbsp;le 7&nbsp;janvier 1931 où se pressent un million de personnes : «<em> Les masses ? Mais elles se pressent le long du cortège </em>(…) <em>Des hommes et des femmes ont passé la nuit dans la rue, debout, malgré le&nbsp;froid, pour voir de plus près passer la dépouille d’un ’héros’, des ouvriers ont renoncé à&nbsp;des heures de paie pour être présents à la grande hystérie collective… </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_18_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_1" class="footnote_tooltip">Daniel Guérin,<em>&nbsp;Front populaire, révolution manquée</em>, Agone, 2013.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_18_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>C’est la même société, composée fondamentalement des mêmes hommes et des mêmes femmes, où se produit, trois ans plus tard, la riposte de masse contre le fascisme du 12 février 1934 et cinq ans plus tard la vague massive de grèves et d’occupations de juin 1936. Où tout semble possible. Mais c’est aussi la même société, la même classe ouvrière, qui se donne à la guerre et à Pétain quelques années plus tard.</p>



<p>Alors la révolution est certes nécessaire. Mais est-elle –&nbsp;vraiment&nbsp;– possible ?</p>



<p>Marceau Pivert, dirigeant de la Gauche révolutionnaire, courant du Parti socialiste, écrivait le 26&nbsp;mai 1936, au tout début de la vague de grèves, que&nbsp;<em>« tout est possible »</em>.</p>



<p>Mais revenant sur cette période en 1953, il attribuait finalement l’échec à un niveau insuffisant de la conscience de classe.</p>



<p>À l’opposé l’explication dominante de l’échec, au sein de la gauche radicale, oscille entre dénonciation de la trahison des directions, celles des syndicats et celles des partis socialiste et communiste et absence d’un « vrai » parti révolutionnaire.</p>



<p>Toutes ces « explications » ont indéniablement une part de vérité. Mais à quoi aboutissent -elles ? Si de tels niveaux de lutte et de détermination n’ont pas abouti à une conscience de classe « suffisante » pour faire la révolution, comment cela pourrait-il un jour être le cas ?</p>



<p>Si l’échec vient du fait que les dirigeants réformistes trahissent, est-ce que ce ne sera pas toujours le cas ?</p>



<p>Quant à l’absence d’un « véritable » parti révolutionnaire au moment de l’explosion, est-il possible de le construire au sein d’une classe qui ne l’est pas avant l’explosion et comment juger qu’il s’agit du « véritable » parti avant les tests décisifs ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les conditions d’une révolution</h2>



<p>Cela semble paradoxal mais l’agent premier de la possibilité révolutionnaire c’est le capitalisme lui-même !</p>



<p>Une période révolutionnaire naît des contradictions internes du système. Au début des années 1930 la crise économique –&nbsp;celle de 1929&nbsp;– qui frappe la France, avec un peu de retard, développe toutes ces contradictions. Contradictions de classe avec le développement des inégalités et renforcement de l’exploitation de toute la classe ouvrière mais la crise frappe aussi particulièrement la petite bourgeoisie. Contradictions aussi au sein des classes dirigeantes entre différentes branches de la production et avec les bourgeoisies des autres puissances impérialistes. Et c’est sur cette base que se développent les crises politiques, l’instabilité gouvernementale, la perte de légitimité des partis dominants, le développement des ligues d’extrême droite.</p>



<p>Lorsque le capitalisme parvient à ce point de crise il n’y a pas à terme de solution médiane. Ce n’est pas la menace de révolution qui mène le capitalisme à la guerre et au fascisme. C’est la trajectoire du capital. Qu’aucun dirigeant de gauche n’est en mesure d’infléchir vers un capitalisme « pacifié ».</p>



<p>Au début de l’année 1934, ce qui semble menacer en France ce n’est pas la révolution.&nbsp;</p>



<p>Les syndicats sont au plus bas, les grèves rares et généralement défaites. Ce qui menace, comme ailleurs en Europe, c’est la guerre et le fascisme.</p>



<p>Ce qui va ouvrir, concrètement, une crise révolutionnaire c’est l’entrée dans l’arène de toutes les couches sociales et de manière déterminante celle de la classe ouvrière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un processus révolutionnaire</h2>



<p>En juin 1936 plus de 2&nbsp;millions de travailleur·ses, hommes et femmes, français·es et immigré·es, se mettent en grève, dans des secteurs déterminants de l’activité économique. En quelques semaines la grève va toucher 12 000 entreprises dont 9 000 sont occupées ! Démontrant, potentiellement, que rien ne peut fonctionner, y compris l’économie de guerre ou l’appareil d’État, si la classe ouvrière le décide.</p>



<p>Mais cela ne signifie pas qu’en quelques jours ou quelques semaines cette classe ouvrière est devenue révolutionnaire.</p>



<p>La révolution a une dynamique explosive. Mais elle est aussi un processus. La révolution n’est pas uniquement nécessaire pour transformer les structures de la société. Elle est aussi nécessaire pour transformer, collectivement comme individuellement, la classe révolutionnaire, la majorité de celles et ceux qui composent cette société.</p>



<p>En mars 1935 l’écrivaine Simone Weil, embauchée à l’usine écrit dans un lettre :&nbsp;<em>« J’oubliais de vous dire, à propos de mon usine, que depuis que j’y suis je n’ai pas entendu une seule fois parler de questions sociales, ni de syndicat, ni de parti. (…) On se plaint des normes, du manque de travail, de bien des choses ; mais ce sont des plaintes, et voilà tout. Quant à l’idée de résister tant soit peu, elle ne vient à personne. »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_18_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_2" class="footnote_tooltip">Simone Weil,&nbsp;<em>La condition ouvrière</em>, Flammarion, 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_18_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>C’est pourtant son retour dans l’usine, occupée, qui produira ses pages célèbres en juin 1936 :&nbsp;<em>« Joie de pénétrer dans l’usine avec l’autorisation souriante d’un ouvrier qui garde la porte. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d’accueil fraternel. Comme on se sent entre camarades dans ces ateliers où, quand j’y travaillais, chacun se sentait tellement seul sur sa machine ! »</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="606060" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #606060;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/01/A2C_RevueN6_1936_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-6911 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comprendre ce processus, casser&nbsp;le&nbsp;mythe de « la classe </strong>ouvrière<strong> »</strong></h2>



<p>Pour comprendre ce processus il faut casser le mythe d’une classe homogène, d’une évolution graduelle menée par les « directions » que suivraient simplement « les masses ».</p>



<p>Aussi impressionnante soit-elle, l’explosion de juin&nbsp;36 n’est encore qu’une étape. Parce que ce n’est encore qu’une fraction de la classe ouvrière qui se mobilise. Des millions de travailleur·ses, dans d’autres secteurs clefs ne sont pas en grève. Et celles et ceux qui sont en grève n’ont pas alors, dans leur grande majorité, d’objectif révolutionnaire. Dans le même texte cité, Simone Weil dit :&nbsp;<em>« Bien sûr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. »</em></p>



<p>La classe ouvrière existe bien sûr objectivement. Comme classe soumise à l’exploitation et comme antagoniste au capital. Mais ce n’est pas sa seule détermination.</p>



<p>Elle existe aussi comme fraction du capital, atomisée, productrice de profits, chaque travailleur·se en concurrence avec les autres, chaque secteur en concurrence avec d’autres branches.</p>



<p>Et d’autres déterminations pèsent, division internationale, raciale et genrée du travail. Divisions qui se répercutent dans l’ensemble des rapports sociaux, dans les institutions, dans l’idéologie et qui font du capitalisme un système structurellement raciste et sexiste.</p>



<p>De plus le capitalisme est un système de production extrêmement dynamique qui, sous le fouet de la compétition entre capitaux, développe en permanence de nouveaux moyens de production, une nouvelle organisation du travail, où l’ancien coexiste en permanence avec le nouveau.</p>



<p>C’est ainsi que dans la France des années 1930 coexistent des secteurs traditionnels où domine le paternalisme et des secteurs nouveaux mettant en place le taylorisme, des petites entreprises presque artisanales et des usines de masse (notamment dans la métallurgie). Dernier élément, la France est alors encore un pays très rural où coexistent de nombreux petits paysan·nes et un fort prolétariat de travailleur·ses agricoles<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_18_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_3" class="footnote_tooltip">Gérard Noiriel,&nbsp;<em>Les ouvriers dans la société française</em>. <em>XIXe-XXe siècle</em>, Seuil, 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_18_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pour reprendre des termes utilisés par Marx, c’est dans le processus même de la révolution que la classe ouvrière peut briser ces divisions, se constituer de « classe en soi » à une « classe pour soi ». D’où son célèbre slogan :&nbsp;<em>« l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »</em>.</p>



<p>Processus déterminant pour entraîner derrière elle les couches intermédiaires de la société, classes moyennes et petite bourgeoisie faute de quoi celles-ci peuvent choisir la voie du fascisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’hétérogénéité réelle à l’autonomie de&nbsp;classe, un processus politique</h2>



<p>Si on aborde la période du Front populaire en France sur cette base, alors il y a un sens d’évolution du processus de février 1934 jusqu’à novembre 1938 marqué par l’échec d’une nouvelle grève de masse qui signe un profond renversement de période.</p>



<p>Il y a un sens, sociologique et politique aux différentes fractions de classe qui se mobilisent, à la succession de leur intervention dans l’arène de la lutte, aux conséquences politiques que ça a.</p>



<p>Si une vaste majorité de la classe se mobilise durant cette séquence, la réalité n’est pas celle d’une grève générale mythique, uniforme, de la révolution des « bras croisés ». Ce ne sont pas les mêmes secteurs et fractions qui se mobilisent à tous moments. Et cela a un impact sur les contenus politiques, les stratégies mises en œuvre, les opportunités. Des conséquences alors sur les interventions susceptibles de construire, à travers ces différentes phases, l’unité nécessaire, l’autonomie de classe.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="595959" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #595959;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/01/A2C_RevueN6_1936_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-6912 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les trois phases du processus révolutionnaire</h2>



<p>C’est le 12&nbsp;février 1934 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/">qui ouvre le processus révolutionnaire</a>.</p>



<p>Jusque-là l’offensive est à droite, celle des classes dirigeantes qui ont infligé défaite sur défaite au mouvement ouvrier et celle, plus récente de l’extrême droite organisant de plus en plus massivement la petite bourgeoisie. On peut certes identifier, en 1932 et 1933, le retour de grèves (avec occupation pour certaines et dans des secteurs comme la métallurgie) mais celles-ci sont très isolées. Le retour de la conflictualité (et de la confiance) est toujours d’abord moléculaire.</p>



<p>Les premiers qui entrent sur le terrain de la lutte sont les secteurs traditionnels de la classe ouvrière, les plus stables, ceux où les syndicats ont le plus résisté, là où les militant·es politiques sont les plus implanté·es. Où lutter semble un devoir plus que le résultat de l’enthousiasme. Cela a une influence sur les modes d’action et les contenus.</p>



<p>Le 12&nbsp;février 1934 la riposte se fait clairement sur un terrain de classe. Ce dont témoigne la grève et le rôle central joué par les syndicats. Elle est clairement l’initiative, au sein des syndicats, de militant·es politiques, communistes, socialistes, syndicalistes révolutionnaires… Ce sont les secteurs où les syndicats sont les plus implantés qui sont moteur, secteurs traditionnels, cheminot·es, postier·es, fonctionnaires plutôt que métallos ou usines chimiques.</p>



<p>Le contenu politique est défensif. Il s’agit de défendre la démocratie et la République bien plus que de faire la révolution.</p>



<p>Mais cette riposte, son succès, la démonstration de ce que peut produire l’unité d’action, inaugure un nouveau climat, redonne confiance. Subir n’est plus la seule option.</p>



<p>Entre février 1934 et juin 1936 vont se développer quelques conflits significatifs (dont les journées insurrectionnelles de Brest et Toulon en août 1935). Nous y reviendrons parce qu’elles cristallisent les contradictions qui existent déjà, au sein du mouvement, entre dynamique révolutionnaire et ­perspectives réformistes des organisations dominantes.</p>



<p>Mais ce qui domine le mouvement dans cette phase c’est la nécessité de l’unité des organisations, la défense de la République et –&nbsp;plus que la lutte&nbsp;– la perspective électorale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’explosion de juin 1936</h2>



<p>Entre mai 1936, date de la victoire électorale de la coalition du Front populaire et juillet 1936 le mouvement va être dominé par les secteurs les moins organisés syndicalement, les secteurs du capitalisme les plus avancés en termes de nouveaux modes de productions (métallurgie et chimie) entraînant le bâtiment, le commerce…</p>



<p>A contrario les secteurs les plus organisés, qui ont dominé la phase précédente, n’entrent quasiment pas dans la lutte (ni les cheminot·es, ni les postier·es, ni les enseignant·es, ni les travailleur·ses des arsenaux… ne font grève en juin). Cela ne signifie pas que des militant·es politiques ne jouent pas un rôle. L’atelier de Renault qui démarre la grève le 28&nbsp;mai est ainsi l’atelier où le parti communiste a une influence.</p>



<p>Mais l’élément spontané, la confiance gagnée, est l’élément dominant de cette phase qui va jusque fin juillet. Il donne son caractère à cette séquence avec les phénomènes de contagion rapide du mouvement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_18_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_4" class="footnote_tooltip">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire</em>. <em>Aspects du mouvement social au XXe siècle</em>, Seuil, 2006&nbsp;&nbsp;et Jacques Danos et Marcel Gibelin,<em>&nbsp;Juin 36</em>, Les Bons Caractères, 2006</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_18_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est aussi ce qui fait que, alors que des victoires très rapides sont obtenues, le mouvement n’arrête pas de rebondir. Après une phase courte d’extension dans la métallurgie parisienne, une victoire très rapide dès la fin mai et le retour des grévistes au travail, le mouvement commence à s’étendre à d’autres secteurs puis en régions deux jours plus tard. Mais le 4&nbsp;juin les travailleur·ses de Renault réoccupent entraînant les autres entreprises de la Métallurgie. Alors que les patrons cèdent sur tout et signent les accords de Matignon le 8&nbsp;juin, c’est dans les jours qui suivent que la grève prend son essor le plus puissant.</p>



<p>Cette génération militante, sans passé politique ni syndical, rejoint en masse la CGT (qui va quintupler) mais aussi les organisations politiques, en premier lieu le parti communiste qui passe de quelques dizaines de milliers de membres à plus de 200 000.</p>



<p>Cela explique que dans cette phase le mouvement est peu contrôlable par les directions des organisations sans que cela se traduise par une opposition à leur orientation politique. L’auto-activité de classe ne semble pas, pour celles et ceux qui y participent, entrer en contradiction avec l’action du gouvernement.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">De septembre 1936 à novembre 1938</h2>



<p>C’est la phase où le conflit se durcit avec le patronat qui, après avoir laissé passer la première tempête organise la contre-offensive. C’est aussi la phase où la confrontation apparaît clairement avec le gouvernement et, par voie de conséquence, où les contradictions se développent au sein même du mouvement.</p>



<p>Au retour des congés payés, en septembre 1936 la conflictualité redémarre à un niveau élevé et les conflits seront nombreux jusqu’à novembre 1938<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_18('footnote_plugin_reference_6909_18_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_18_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_5" class="footnote_tooltip">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, Perrin, 2012&nbsp;et Michael Seidman,&nbsp;<em>Ouvriers contre le travail</em>, Senonevero, 2010</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_18_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_18_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;Certaines régions et secteurs qui ne s’étaient pas mis en grève entrent dans la lutte. Mais les conflits touchent aussi les secteurs déjà mobilisés en juin 1936. C’est, potentiellement, une plus grande partie de la classe ouvrière qui se mobilise.</p>



<p>Mais les conditions ont changé. Les conflits deviennent plus durs, les grèves souvent défensives, soit pour imposer le respect des acquis, soit pour les défendre.</p>



<p>Le deuxième aspect est que, dans cet affrontement, le gouvernement et aussi les directions des organisations, agissent beaucoup plus ouvertement voire violemment contre les luttes.&nbsp;</p>



<p>Enfin, le troisième caractère, lié au second, ces luttes se mènent de manière non coordonnée. Il n’y a pas de vague générale de grève, plutôt une guérilla permanente.</p>



<p>C’est un moment charnière où se combinent radicalisation importante de certaines fractions du mouvement et démoralisation.</p>



<p>En novembre 1938 le gouvernement décide de mener l’offensive déterminante pour briser le mouvement de juin 1936 en revenant notamment sur les 40&nbsp;heures. Pour différentes raisons sur lesquelles nous reviendrons, la grève générale appelée par les syndicats le 30&nbsp;novembre est un échec et une répression massive s’abat avec des milliers de grévistes licencié·es dans le privé et une répression massive à La Poste, chez les cheminot·es et les instituteur·rices.</p>



<p>Dès le début du processus, au sein du mouvement, deux dynamiques opposées cohabitent, l’une, révolutionnaire, propre au mouvement lui-même, vers l’autonomie de classe et l’antagonisme à l’État, l’autre, réformiste, celle des organisations dominantes, vers l’unité nationale et la collaboration de classes.</p>



<p>Ces deux dynamiques n’apparaissent pas clairement aux yeux des protagonistes dans les premières phases, mais elles sont déjà là. Le développement, au sein du mouvement, de la conscience de cette contradiction est sans doute la condition la plus importante pour la révolution.</p>



<p>Peut-elle se développer, sous quelle forme, quelle intervention les révolutionnaires doivent-ils/elles avoir pour cela ? Tels sont les enjeux de la deuxième partie.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6909_18();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6909_18();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6909_18">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6909_18" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_18_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_18('footnote_plugin_tooltip_6909_18_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Daniel Guérin,<em>&nbsp;Front populaire, révolution manquée</em>, Agone, 2013.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_18_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_18('footnote_plugin_tooltip_6909_18_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Simone Weil,&nbsp;<em>La condition ouvrière</em>, Flammarion, 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_18_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_18('footnote_plugin_tooltip_6909_18_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gérard Noiriel,&nbsp;<em>Les ouvriers dans la société française</em>. <em>XIXe-XXe siècle</em>, Seuil, 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_18_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_18('footnote_plugin_tooltip_6909_18_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire</em>. <em>Aspects du mouvement social au XXe siècle</em>, Seuil, 2006&nbsp;&nbsp;et Jacques Danos et Marcel Gibelin,<em>&nbsp;Juin 36</em>, Les Bons Caractères, 2006</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_18_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_18('footnote_plugin_tooltip_6909_18_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, Perrin, 2012&nbsp;et Michael Seidman,&nbsp;<em>Ouvriers contre le travail</em>, Senonevero, 2010</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6909_18() { jQuery('#footnote_references_container_6909_18').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6909_18').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6909_18() { jQuery('#footnote_references_container_6909_18').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6909_18').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6909_18() { if (jQuery('#footnote_references_container_6909_18').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6909_18(); } else { footnote_collapse_reference_container_6909_18(); } } function footnote_moveToReference_6909_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6909_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6909_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6909_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/">Front populaire : La révolution est-elle possible ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Aude]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Dec 2022 06:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Il y eut, en France, au milieu des années 1930, pendant quelques mois au moins, un mouvement de masse contre le fascisme qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Quelle était la nature de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/" title="Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Il y eut, en France, au milieu des années 1930, pendant quelques mois au moins, un mouvement de masse contre le fascisme qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Quelle était la nature de ce mouvement, d’où est-il venu ? Que peut-il nous apprendre sur la lutte contre le fascisme ? Pourquoi a-t-il finalement échoué ? </p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #05 &#8211; noveMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">«<em>Les fascistes ne passeront pas ! » </em>proclame Léon Blum sous la pression de la foule. Nous sommes à Paris au croisement du Cours de Vincennes et de la place de la Nation, le 12 février 1934. Des centaines de milliers de manifestant·es ont pris la rue en riposte contre le fascisme.</p>



<p>Ce jour-là, tandis que la grève générale paralyse le pays, des manifestations ont lieu dans 346&nbsp;­localités du pays.</p>



<p>La vague est impressionnante. D’après les rapports des préfets qui minimisent les chiffres, 19&nbsp;manifestations ont dépassé les 5 000&nbsp;manifestant·es. Il y a 100 000&nbsp;manifestant·es à Marseille. Plus de 10 % de la population locale manifeste à Bordeaux, Toulouse, Limoges, Brest, Cherbourg, Calais ou Mulhouse. Plus du tiers à Grenoble, Périgueux ou Montluçon ! À Tulle pour 15 000 habitant·es il y a 5 000 manifestant·es.</p>



<p>La grève implique 5&nbsp;millions de travailleurs et travailleuses dont 1&nbsp;million pour la région parisienne dépassant largement les effectifs des deux syndicats (750 000 membres).</p>



<p>Dans les semaines qui suivent des centaines de comités antifascistes se mettent en place. Daniel Guérin parle de 3 000 comités dans tout le pays organisant meetings et contre-manifestations lors des tentatives d’apparitions des ligues fascistes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_20_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_1" class="footnote_tooltip">Daniel Guérin,&nbsp;<em>Front Populaire Révolution manquée,&nbsp;</em>1963.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_20_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>En Ardèche il y a au moins dix comités qui tiennent des réunions souvent massives dans 16&nbsp;communes du département, 660 à La Voulte sur 4 326 habitant·es, 800 à Privas sur 7 230 habitant·es, etc. Dans le Loiret il y a 41&nbsp;comités !</p>



<p>Au printemps 1934 les contre-manifestations sont systématiques pour s’opposer aux meetings des Ligues. À Grenoble 3 000 manifestant·es se rassemblent à l’extérieur d’une salle organisant un meeting fasciste avant de dresser des barricades<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_20_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_2" class="footnote_tooltip">Gilles Vergnon,&nbsp;<em>L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen</em>, 2009.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_20_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Dans la plupart des cas ces comités sont unitaires regroupant notamment CGT et CGTU, communistes et socialistes et des organisations comme la LDH ou la Libre Pensée.&nbsp;</p>



<p>Dans les grandes villes il existe parfois des comités concurrents, liés au différents courants politiques, mais qui bientôt vont fusionner.</p>



<p>On parle donc d’un mouvement antifasciste de masse, populaire et de classe.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="6e635d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6e635d;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr1-1024x642.jpg" alt="" class="wp-image-6566 not-transparent" width="622" height="389"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« Depuis longtemps nous pensions que nous étions seul·es mais un jour quelqu’un décida de parler, puis un autre, et après beaucoup d’autres&#8230; »</em></figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><em>L’antifascisme comme riposte face à un danger</em></h2>



<p>Ce qui naît en février 1934 n’est pas la cristallisation, à une échelle de masse, d’un mouvement construit progressivement. Avant février 1934 il n’existe pratiquement pas de mobilisation contre le fascisme. Le fascisme est essentiellement considéré, dans les discours des partis de gauche, comme un phénomène étranger, italien et depuis peu allemand.&nbsp;</p>



<p>Ce n’est pourtant pas faute d’ennemis concrets. Les organisations d’extrême droite, plus ou moins ouvertement fascistes, essaiment avec des effectifs significatifs. Les ligues, Action française, Solidarité française, Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes, Francisme, Chemise vertes ont chacune des dizaines de milliers de membres et comportent systématiquement des formations paramilitaires (Camelots du Roi, Dispos, Centuries…). Les Jeunesses patriotes ont 100 000 membres en février 1934. La police considère que Solidarité française a 180 000 membres (sans doute surévalué). L’AF a au moins 60 000 membres et les Croix-de-Feu 35 000. Elles sont fanatiquement nationalistes, antiparlementaires, violemment anticommunistes et généralement antisémites<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_20_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_3" class="footnote_tooltip">Brian Jenkins et Chris Millington,&nbsp;<em>Le fascisme français</em>, 2020, et&nbsp;Pierre Milza,&nbsp;<em>Fascisme français passé et présent</em>, 1987.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_20_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>ll faut y ajouter deux organisations de masse, qui entretiennent des liens organiques avec les Ligues, l’Union nationale des combattants (UNC) qui a 900 000 membres et la Fédération des contribuables qui en a 700 000.&nbsp;</p>



<p>Deux événements vont être à l’origine du ­mouvement antifasciste.</p>



<p>Il y a d’abord l’effet de l’arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne, un an auparavant et, rapidement, l’interdiction, sans résistance, des partis de gauche puis des syndicats. Des rapports de police signalent, pour l’année 1933, l’affluence inhabituelle, dans les milieux ouvriers, des réunions publiques sur la situation en Allemagne et l’inquiétude qui s’y exprime chez les participant·es sur un danger similaire en France.</p>



<p>Plus directement, il y a l’agitation des Ligues provoquée par un –&nbsp;nouveau&nbsp;– scandale de corruption (l’affaire Stavinsky) durant tout le mois de janvier 1934. Elle aboutit le 6&nbsp;février à une manifestation, appelée par les Ligues mais aussi l’UNC et la Fédération des contribuables place de la Concorde à Paris, vers le Parlement. Cette manifestation qui tourne à l’émeute fait 18&nbsp;morts.</p>



<p>En lien avec l’Allemagne, cette manifestation apparaît alors comme une tentative de prendre le pouvoir. Il n’est plus possible de dire que le danger fasciste est ailleurs. Le mouvement qui naît est une riposte. À Lyon, alors que l’extrême droite manifeste tous les soirs place Bellecour, une contre-­manifestation les en chasse dès le 7&nbsp;février.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Un mouvement défensif</em></h2>



<p>L’impulsion de la riposte vient des organisations militantes et surtout des syndicats. Il y a corrélation très forte entre la taille des manifestations et l’implantation syndicale<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_20_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_4" class="footnote_tooltip">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire,&nbsp;</em>2006.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_20_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>On ne parle pas là d’organisations en plein boom nourries par un mouvement de luttes, bien au contraire.</p>



<p>Le mouvement social est au plus bas. Le début des années 1930 est marqué par le très faible nombre de grèves. Lorsqu’il y en a elles sont longues et généralement défaites.</p>



<p>Les organisations syndicales sont très affaiblies. Depuis les lourdes défaites de 1920 puis la scission entre la CGT et la CGTU en 1921 les effectifs n’ont cessé de chuter.</p>



<p>La gauche est profondément divisée. Le Parti socialiste exclue toute alliance avec le Parti communiste et celui-ci ne cesse d’attaquer le PS comme social-fasciste.</p>



<p>Ce n’est donc pas un mouvement social fort qui donne naissance à un mouvement antifasciste de masse. Et ce n’est pas le développement de grèves revendicatives sur les questions économiques qui crée le terrain pour des grèves politiques.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-medium is-resized"><img data-dominant-color="6a787f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6a787f;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr2-300x294.jpg" alt="" class="wp-image-6565 not-transparent" width="279" height="273"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« Et soudain on a réalisé&#8230; »</em></figcaption></figure>
</div>


<p>C’est au contraire la dynamique créée par le mouvement antifasciste qui va donner naissance à un retour de combativité sur le terrain social et politique qui mènera notamment au développement des organisations syndicales, à la victoire électorale du Front populaire en mai 1936 et à la vague de grèves et d’occupations de juin 1936.</p>



<p>L’antifascisme de masse qui naît en février 1934 est un mouvement défensif. Il n’est pas une lutte pour obtenir des acquis, sans parler d’une lutte pour changer le système. Il est une mobilisation pour faire barrage à un danger.</p>



<p>Ce qui est évoqué c’est la défense des libertés et de la République cependant souvent caractérisée comme « sociale » pour la différencier du régime en vigueur.</p>



<p>Cette nature défensive du mouvement explique qu’un mouvement de masse a pu émerger malgré un contexte préalable prolongé de faibles mobilisations.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L’unité imposée aux directions</em></h2>



<p>La caractéristique principale de ce mouvement, celle qui permet de le cristalliser comme mouvement de masse et qui développe une dynamique qui se prolongera sur les terrains social et politique, c’est l’unité. Non pas sur des contenus revendicatifs mais sur l’action.</p>



<p>Dès le 6 février, au soir des fédérations syndicales (Fédération de la Poste) et le courant de gauche du Parti socialiste appellent à la riposte. Le 7&nbsp;février à 13&nbsp;heures la direction de la CGT, effrayée sans doute par une évolution « à l’allemande » où son organisation serait détruite, appelle toutes ses structures locales à organiser des manifestations. En fin d’après-midi, alors que le gouvernement démissionne pour laisser place à un gouvernement d’union nationale très marqué à droite, elle décide finalement d’un mot d’ordre de grève générale pour le 12&nbsp;février.</p>



<p>Mais, dans les régions, les réseaux syndicaux n’ont pas attendu. Dès le 8&nbsp;février des manifestations improvisées éclatent dans au moins 30&nbsp;villes dont Nantes, Toulouse, Brest, Rennes, Lorient, Lille, Bordeaux… À Saint-Nazaire un cortège s’organise à la sortie du travail pour aller manifester sous les fenêtres du directeur des chantiers qui est le chef des Camelots du roi, la milice de l’Action française.</p>



<p>Le 9&nbsp;février le Parti communiste appelle à une manifestation à Paris où les affrontements avec la police feront au moins 4&nbsp;morts. Le 11&nbsp;février il y a 63&nbsp;manifestations en régions.&nbsp;</p>



<p>Au niveau des directions il n’y a aucune unité. Une réunion « unitaire » a lieu à la CGT le 7&nbsp;février au soir pour organiser la mobilisation du 12&nbsp;février. Ni la CGTU ni le Parti communiste n’y sont conviés. Le PC organise seul sa manifestation du 9&nbsp;février. La CGTU et le Parti communiste ne décident de participer à la grève et aux manifestations du 12&nbsp;février que… le 10&nbsp;février. L’appel n’est publié que le 11 au soir par <em>l’Humanité</em>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium is-resized"><img data-dominant-color="675f5a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #675f5a;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr3-138x300.jpg" alt="" class="wp-image-6564 not-transparent" width="159" height="346"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« &#8230; que nous étions nombreux·euses. »</em></figcaption></figure>
</div>


<p>Et pourtant, dès le 8&nbsp;février des initiatives unitaires sont prises localement. À Saint-Nazaire prennent successivement la parole les responsables de la CGT, de la CGTU, du Parti socialiste et du Parti communiste. Il en va de même à Périgueux, Valence, Nevers et ailleurs. La dynamique s’accentue encore pour les manifestations du 11&nbsp;février.&nbsp;</p>



<p>Alors que le ralliement de la CGTU et du PC à la journée du 12 arrive au mieux trop tard, il y a au moins 161&nbsp;manifestations organisées de manière unitaire le 12&nbsp;février. C’est d’ailleurs là où le cadre unitaire s’est mis en place que la corrélation entre taille des manifestations et implantation syndicale est la plus forte<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_20_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_5" class="footnote_tooltip"><em>Idem.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_20_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Paris les cortèges, communistes et socialistes, arrivant selon des trajets différents fusionnent finalement sous la pression des manifestant·es aux cris de <em>« Unité d’action »</em>.</p>



<p>En contradiction avec les expériences menées localement dans les comités, les directions mettront encore plusieurs mois à rompre avec leur politique sectaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Quelques réflexions pour aujourd’hui </em></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;Sur la nature défensive de l’antifascisme</em></h3>



<p>C’est cette nature défensive et limitée de l’antifascisme qui permit en 1934 de construire un mouvement de masse impliquant différents courants divisés par ailleurs sur de nombreuses questions et d’impliquer bien au-delà de leurs rangs. Et l’unité crée la confiance qui dynamise. Elle est déjà en soi un problème pour le fascisme qui prétend parler pour « le peuple ».</p>



<p>Encore faut-il faire la différence entre le contenu politique, défensif, de cette lutte et la nature des moyens de la lutte. Une lutte défensive peut-être menée en utilisant tout un répertoire d’actions dont certaines seront considérées comme radicales. La grève en est une. Mais dès le 12&nbsp;février et dans les mois qui suivent manifestations et contre-­manifestations qui visent à interdire la rue aux fascistes se traduiront par de nombreux affrontements. Dès le 12&nbsp;février, si la manifestation parisienne, massive, se déroule sans incident, il y a des affrontements avec la police dans plusieurs villes. En banlieue parisienne les différentes manifestations se traduiront par 4&nbsp;morts. À Mulhouse la manifestation tourne à l’émeute quand les manifestant·es menacent de prendre la prison d’assaut jusqu’à obtenir la libération de camarades arrêtés la veille.</p>



<p>Par ailleurs la confiance prise dans l’expérience de la force collective et les expériences et débats générés par le mouvement créent une dynamique qui transforme la nature elle-même de la lutte. C’est ainsi que d’une riposte antifasciste le mouvement, avec la pression pour l’unité syndicale, va nourrir le retour, offensif, de la conflictualité sociale et développer le processus qui mènera au Front populaire.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;Fascisme et capital</em></h3>



<p>Le mouvement antifasciste n’a pas détruit les Ligues. Les périodes de crise profonde du capitalisme sont aussi des périodes de polarisation politique. Alors que le mouvement ouvrier retrouve des forces et de la combativité sous l’impulsion de la riposte anti­fasciste, certaines des Ligues vont connaître aussi une forte progression à la suite du 12&nbsp;février. Celle qui progressa le plus, et de manière spectaculaire, fut les Croix-de-feu. En deux ans cette organisation passa de 35 000 membres à 500 000 membres (en partie au détriment des autres Ligues).</p>



<p>Mais cette croissance impressionnante fut limitée aux classes moyennes et à la petite bourgeoisie radicalisées par la crise.</p>



<p>La pénétration –&nbsp;même limitée&nbsp;– de sections de la classe ouvrière et surtout sa passivité générale, nécessaires pour créer un parti fasciste de masse, lui furent bouchées à la fois par l’action du mouvement antifasciste et par la radicalisation vers la gauche ainsi créée.</p>



<p>Pour la majorité de la classe ouvrière, l&rsquo;espoir revint avec la combativité sociale retrouvée et avec la perspective du Front populaire. La CGT réunifiée allait elle bientôt regrouper 4&nbsp;millions de membres !</p>



<p>Le soutien du capital, l’autre facteur nécessaire à un parti fasciste pour prendre le pouvoir et instaurer le fascisme (pas seulement mener une politique « de droite ») fut ainsi mécaniquement bouché. Le coup de force fasciste du 6&nbsp;février avait créé, pour le capital, la pire des situations. La classe ouvrière s’était réveillée et retrouvait à la fois des forces et de la combativité sociale. Temporairement toute tentative de recours au fascisme ne permettait pas de discipliner l’ensemble de la société et en particulier la classe ouvrière mais ouvrait à celle-ci des potentialités révolutionnaires.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;L’échec de l’antifascisme est celui du Front populaire</em></h3>



<p>Dès l’automne 1934 les comités antifascistes se vident.</p>


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<figure class="alignright size-medium is-resized"><img data-dominant-color="7e5c56" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7e5c56;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr4-300x192.jpg" alt="" class="wp-image-6567 not-transparent" width="321" height="205"/><figcaption class="wp-element-caption"><em><sub>Fresque rue du Clos, Paris 20<sup>e</sup></sub></em></figcaption></figure>
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<p>Depuis juillet 1934 le sectarisme des directions du PS et du PC a laissé la place à un processus d’unité qui va bientôt se prolonger en un processus d’unification syndicale. Peu à peu le contenu aussi va évoluer, de l’antifascisme à la nécessité d’une transformation politique.</p>



<p>Cet appel à l’unité rejoint les aspirations de nombreux militant·es des différentes organisations tout comme l’évolution vers des perspectives plus globales et offensives : pour lutter contre le fascisme il faut empêcher les fascistes de se développer mais il faut aussi transformer le terreau sur lequel ils prospèrent.</p>



<p>Le problème n’est pas la dynamique générale de cette évolution. Elle est le contenu politique qui y est développé qui s’accompagne de l’abandon de toute lutte antifasciste spécifique.</p>



<p>L’initiative vient du PC mais surtout de l’Inter­nationale communiste dirigée par Moscou. Face à la menace représentée par Hitler pour l’URSS, Staline a décidé qu’il devait trouver des alliés parmi les gouvernements européens. L’heure n’est plus pour les partis communistes « frères » à la lutte contre le militarisme, à l’appel à la révolution. Elle est à l’appel à la défense de la Nation, à la défense des régimes en place… et à leur alliance avec l’URSS contre le fascisme.</p>



<p>En juillet un pacte d’unité d’action contre le fascisme est signé entre le PC et le PS. En octobre un nouveau cap est franchi quand le PC appelle à la constitution d’un <em>« Front populaire du travail, de la liberté et de la paix »</em> qui s’adresse non seulement au PS mais aussi au parti pro-capitaliste du centre, le parti radical.</p>



<p>Les comités antifascistes vont devenir des comités pour le Front populaire même s’il faudra des mois encore pour que l’accord se concrétise.</p>



<p>L’horizon de la lutte antifasciste se borne alors à la perspective électorale d’un bon gouvernement et à la promesse d’une dissolution des Ligues par l’État. Rien qui exige, sinon dans les urnes, l’implication active des masses.</p>



<p>Alors que, faiblesse déjà importante, la lutte contre le racisme n’avait jamais été développée, le tournant du PC s’accompagne d’une campagne nationaliste par la gauche. C’est alors que Le PC reprend le drapeau tricolore et la Marseillaise.&nbsp;</p>



<p>La dynamique qui avait bouché l’horizon des Ligues s’inverse progressivement à partir de la fin du mouvement de grèves et d’occupations de l’été 1936. Après la dissolution des Ligues par le gouvernement du Front populaire en juin 1936 les Croix-de-Feu se transforment en Parti social français (PSF). En 1937 le PSF regroupe 1&nbsp;million de membres alors que n’existe plus de mouvement spécifiquement antifasciste capable de continuer la lutte sur des bases défensives.</p>



<p>La déception engendrée par l’expérience du Front populaire va se traduire par de plus en plus de passivité dans la classe ouvrière. Pour la première fois les fascistes vont trouver une audience parmi des travailleur·euses. En 1937, dans la municipalité communiste de Montreuil, le PSF compte plus de 1 600&nbsp;membres soit près d’un habitant·e sur 40<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_20('footnote_plugin_reference_6562_20_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_20_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_6" class="footnote_tooltip">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, 2012.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_20_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_20_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;</p>



<p>En 1940 c’est l’assemblée du Front populaire dont ont été exclus les communistes, leur parti dissous en utilisant les mêmes textes que ceux utilisés pour dissoudre les Ligues, qui vote les pleins pouvoirs à Pétain. La guerre et l’occupation interrompent le processus de développement d’un fascisme français endogène… au bénéfice d’un fascisme importé.</p>



<p>Au sein d’une population majoritairement passive ou prête à collaborer.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-left">Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6562_20();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6562_20();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6562_20">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6562_20" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_20_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_20('footnote_plugin_tooltip_6562_20_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Daniel Guérin,&nbsp;<em>Front Populaire Révolution manquée,&nbsp;</em>1963.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_20_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_20('footnote_plugin_tooltip_6562_20_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gilles Vergnon,&nbsp;<em>L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen</em>, 2009.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_20_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_20('footnote_plugin_tooltip_6562_20_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Brian Jenkins et Chris Millington,&nbsp;<em>Le fascisme français</em>, 2020, et&nbsp;Pierre Milza,&nbsp;<em>Fascisme français passé et présent</em>, 1987.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_20_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_20('footnote_plugin_tooltip_6562_20_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire,&nbsp;</em>2006.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_20_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_20('footnote_plugin_tooltip_6562_20_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Idem.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_20_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_20('footnote_plugin_tooltip_6562_20_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, 2012.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6562_20() { jQuery('#footnote_references_container_6562_20').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6562_20').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6562_20() { jQuery('#footnote_references_container_6562_20').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6562_20').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6562_20() { if (jQuery('#footnote_references_container_6562_20').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6562_20(); } else { footnote_collapse_reference_container_6562_20(); } } function footnote_moveToReference_6562_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6562_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6562_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6562_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/">Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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