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	<title>Histoire Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Histoire Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière Égyptienne</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-sionisme-la-palestine-et-la-classe-ouvriere-egyptienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 20:34:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Nous avons porté une lecture attentive aux déclarations faites par Georges Ibrahim Abdallah dès son arrivée au Liban, libéré après 41 années de détention dans les prisons françaises. Ce militant communiste y identifie la centralité de la population égyptienne pour mettre fin au génocide en Palestine en raison de la proximité géographique de l’Égypte et de Gaza, mais pas seulement. La construction historique de la classe ouvrière égyptienne, son rapport à l’État égyptien et à l’impérialisme occidental, ont amené différent·es militant·es à en venir à des conclusions similaires.</em></p>



<p><br><strong>L’unité illusoire des Palestinien·nes et des Israélien·nes</strong><br>C’est le cas d’Ygael Gluckstein (plus tard connu sous le nom de Tony Cliff), un Juif palestinien et militant marxiste né en 1917. Il développe dans <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">son autobiographie</a> une analyse à partir de son expérience concrète du développement du projet sioniste : l’incapacité de la Palestine à se libérer seule et par elle-même. Sa libération exige la construction d’un mouvement mondial de solidarité, dont l&rsquo;Égypte constitue un point central.<br>Son contexte familial illustre à quel point le sionisme, à son origine, ne trouve résonance que chez la bourgeoisie d’Europe de l’Est au début du 20e siècle.<br><em>« Je suis né dans une famille de la moyenne bourgeoisie juive palestinienne. Mes parents, oncles et tantes étaient des sionistes convaincu·es. Mon père et ma mère ont quitté la Pologne russe pour la Palestine en 1902 ; un de mes oncles y était arrivé dès 1888. Mon père était un grand entrepreneur qui a construit des tronçons du chemin de fer du Hedjaz. Son associé était Chaim Weitzman, le premier président d&rsquo;Israël. Des amis de ma famille comptaient parmi les sionistes les plus influents. »</em><br>Ygael Gluckstein rompt avec le sionisme de façon progressive, et ce dès l’enfance en raison de l’exclusion des enfants arabes de son école. À l’adolescence, il en vient même à changer d’identité :<br><em>« [Mon] prénom était inspiré d&rsquo;un héros sioniste, un personnage à la John Wayne, qui avait assassiné plusieurs Arabes. À l&rsquo;âge de 13 ans, j&rsquo;ai changé mon prénom d&rsquo;Ygael en Ygal. »</em><br>Plus loin, Ygal décrit la division entre le prolétariat palestinien arabe et les colons juifs. Son analyse est à la base de celle que Vanina Giudicelli développe dans l’article « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne a intérêt à l’apartheid</a> ».<br>Selon lui, l’unité entre ces 2 classes est rendue impossible en raison d’une particularité que prend le sionisme dès l’implantation d’un foyer national juif : le développement d’une colonie de peuplement.<br><em>« Les sionistes qui ont émigré en Palestine à la fin du 19e siècle souhaitaient que toute la population soit juive. En Afrique du Sud, en revanche, les Blancs étaient les capitalistes et leurs courtisans, tandis que les Noirs formaient la classe ouvrière. En Palestine, où le niveau de vie des Arabes était très bas comparé à celui des Européens, et où le chômage, ouvert et caché, était très répandu, l&rsquo;exclusion des Arabes s&rsquo;est faite en leur fermant l&rsquo;accès au marché du travail juif. »</em><br>À la naissance d’Ygal, environ 95 % de la population était arabe, et iels restèrent largement majoritaires pendant de nombreuses années ; en 1945, les Arabes représentaient 68 % de la population.<br>Rompant donc tour à tour avec le sionisme, puis avec le stalinisme, Ygal fonde une organisation trotskiste palestinienne, et tente d’établir des liens entre ouvrièr·es juif·ves et arabes. Il déplore :<br><em>« Le fait de ne progresser en rien devenait de plus en plus frustrant. Officiellement, nous tenions le discours attendu : les ouvrièr·es arabes devaient combattre le sionisme et l&rsquo;impérialisme et rompre avec les dirigeants arabes réactionnaires ; les ouvrièr·es juif·ves devaient rejoindre les masses arabes dans la lutte. Nous répétions sans cesse le mot “devraient”. »</em><br>Il a donc dû à son tour renoncer à cette unité, en raison des bases matérielles de l’apartheid et de l’occupation israélienne.</p>



<p><br><strong>La classe ouvrière égyptienne ou le fléau de l’impérialisme au Moyen-Orient</strong><br>L’asymétrie des rapports de force entre colons sionistes et populations indigènes palestiniennes l’amène finalement à identifier la classe ouvrière égyptienne comme clé pour battre en brèche la dynamique aboutissant à la création de l’État d’Israël. En 1939, il signe un article « La politique de classe en Palestine » sous le pseudonyme de L. Rock. Dans son autobiographie, il remet ainsi cet article en contexte :<br><em>« La classe ouvrière palestinienne ne représentait qu&rsquo;une infime partie de la classe ouvrière arabe. Elle était minuscule comparée à la classe ouvrière égyptienne. Ainsi, en 1944, le nombre total de salariés palestiniens était estimé à 160 000. À titre de comparaison, le nombre de salariés égyptiens, hors ouvriers agricoles très nombreux, dépassait les 2 millions. Le plus grand effectif de travailleurs palestiniens au sein d&rsquo;une même unité – les chemins de fer – en 1944 était de 4 000. En comparaison, en Égypte, l&rsquo;usine textile de Mekhala el-Kubra employait plus de 30 000 personnes. […] La lutte des classes en Égypte était bien plus avancée que tout ce qui se passait en Palestine. »</em><br>Dès les années 1930-1940, l’impérialisme britannique est secoué par les révoltes de la classe ouvrière égyptienne, qui s’est régulièrement mobilisée contre l’impérialisme et en solidarité avec d’autres peuples opprimés : En 1947, les dockers et les marins égyptiens ont bloqué la circulation des navires néerlandais sur le canal de Suez en solidarité avec la lutte pour l’indépendance du peuple indonésien. A la fin des années 40, elle était organisée dans près de 500 syndicats.</p>



<p><br><strong>L’Égypte des années 50 à la révolution de 2011 : Capitalisme d’état, antagonismes de classes et cause palestinienne</strong><br>Dans les années 1950, les gouvernements indépendants des pays du Sud subissent une forte pression de la part de mouvements de masse réclamant le changement social. Manœuvrant entre les superpuissances rivales, Nasser obtient les financements et l’expertise nécessaires au développement économique tout en renforçant considérablement les institutions de l’État, tant civiles que militaires. Il a restreint les capitaux privés, tout en installant des dignitaires militaires dans des secteurs privés clés. De fait, il a jeté les bases d&rsquo;une coexistence des milieux militaro-bureaucratiques et privés au sein du capitalisme égyptien.<br>Sadate a consolidé cet arrangement, tout en favorisant progressivement les intérêts privés : son infitah, ou « ouverture » au milieu des années 1970 a imposé des politiques néolibérales, et amorcé le retrait de l’État en tant qu’acteur économique.<br>Sous Moubarak, ce projet a progressé jusqu&rsquo;à ce que, dans les années 1990, le secteur public hérité de Nasser soit vendu à des capitaux privés égyptiens et, surtout, à des investisseurs de la région du Golfe. Les réformes sociales et agraires de l&rsquo;ère Nasser ont été abrogées, les subventions sur les produits alimentaires de base et le carburant réduites ou supprimées. Le coût pour la population égyptienne a été immense, le chômage, l&rsquo;insécurité, la perte des terres pour les paysans et l&rsquo;appauvrissement ayant finalement alimenté le soulèvement de 2011. L’élite des officiers n’a pas été marginalisée lors de ce processus mais bien enrichie. En 2011, les forces armées détenaient des actifs dans un vaste éventail d&rsquo;entreprises, de la construction aux transports en passant par l&rsquo;industrie manufacturière. Dans un tel contexte, l’antagonisme entre patrons et salarié·es s’est bien souvent exprimé par des formes de luttes ouvrières alliant revendications économiques et politiques.<br>Depuis les années 70 s’est aussi engagé un processus de normalisation des relations égyptiennes avec l’entité sioniste. Par le traité de paix israélo-égyptien de 1979, l&rsquo;Égypte devient le premier régime arabe à reconnaître Israël. Depuis, la complicité entre ces 2 pays a accéléré la crise révolutionnaire en raison de la solidarité historique de la classe ouvrière égyptienne avec la cause palestinienne. Pour les Socialistes Révolutionnaires égyptiens (SR), <em>« Chaque cycle de lutte palestinienne dégage l’horizon de la lutte des classes dans le monde arabe, comme a pu le faire l’Intifada de 2000 qui a ouvert le cycle de luttes en Égypte qui a culminé dans la révolution de 2011 ».</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="5b5555" data-has-transparency="true" style="--dominant-color: #5b5555;" fetchpriority="high" decoding="async" width="1100" height="743" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-1100x743.webp" alt="" class="wp-image-10958 has-transparency" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-1100x743.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-300x203.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-768x518.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2.webp 1197w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">Manifestation devant le parlement égyptien (Le Caire) en réaction à l’offensive d’Israel sur Gaza, 28 décembre 2008.</figcaption></figure>



<p><br><strong>La contre-révolution, la Palestine et la re-Révolution !</strong><br>Après la révolution de 2011, les Frères Musulmans (FM) et leur chef Morsi sont élus. Mais leurs politiques opportunistes et leurs tentatives de réprimer la révolution leur aliénèrent rapidement des millions de personnes.<br>En 2013, Morsi est destitué par un coup d’Etat mené par l’armée et le général Al-Sissi. La première cible de cette offensive contre-révolutionnaire fut les FM. Morsi fut enlevé et emprisonné. Dès le mois suivant, quelque 2 000 de ses partisans furent massacrés lors de manifestations ; des centaines condamnés à mort et des dizaines de milliers emprisonnés. La plupart des partis et courants politiques ayant bénéficié des libertés instaurées par la révolution soutinrent cette offensive. Organisés au sein du Front de salut national (FSN), des partisans de Moubarak, de nouveaux partis libéraux capitalistes et des organisations de gauche se mobilisèrent en soutien à Al-Sissi et son régime militaire.<br>L’Égypte traverse à présent une crise économique sans précédent. La pression sur la population ne cesse de croître. La proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté a doublé ces dix dernières années. Des dizaines de millions de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour. Le chômage a explosé, notamment chez les personnes diplômées de l&rsquo;enseignement supérieur – environ 40 % des diplômé·es ne trouvent pas d&#8217;emploi. La monnaie égyptienne s&rsquo;est effondrée. En 2013, un dollar américain permettait d&rsquo;acheter environ six livres égyptiennes. Aujourd&rsquo;hui, un dollar vaut 50 livres égyptiennes.<br>Parallèlement, la colère gronde autour de la Palestine mais la répression est intense, alimentant une immense frustration chez des millions de personnes.<br>C’est ce que constatent les SR qui précisent :<br><em>« Lorsque l&rsquo;offensive israélienne a débuté sur Gaza, une journée de manifestations a eu lieu et de nombreuses personnes ont été arrêtées. Certaines sont encore emprisonnées et, depuis, toute manifestation publique est réprimée. Les universités, qui pendant des décennies ont été le théâtre de protestations contre les régimes d&rsquo;Anouar Al-Sadate et de Moubarak, sont devenues des cimetières. Nous organisions des manifestations de solidarité devant le Syndicat des journalistes chaque semaine, mais même celles-ci ont été réprimées. Au départ, des avocats de toute l&rsquo;Égypte avaient également organisé des manifestations de solidarité, mais celles-ci ont elles aussi pris fin. »</em><br>L’Égypte d’aujourd’hui, par bien des aspects, regroupe les conditions qui avaient été nécessaires à l’explosion révolutionnaire de 2011. Malgré les immenses difficultés actuelles, la cause palestinienne peut à nouveau accélérer l’irruption révolutionnaire nécessaire à foutre le régime de Sissi en l’air. La classe ouvrière égyptienne, en raison de l’antagonisme avec l’impérialisme britannique puis américain qu’elle partage avec la cause palestinienne, et au vu de sa solidarité internationaliste historique, pourrait, si elle le décidait, entraîner les pays arabes dans un nouveau cycle de révolutions à l’échelle régionale. Seul un tel processus sera à même de démanteler l’État colonial, d’appartheid et génocidaire israélien.</p>



<p><br>Gaël Braibant (Montreuil)</p>



<p><strong>Bibliographie : </strong><br>Vanina Giudicelli (2024), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne n’a pas intérêt à la fin de l’apartheid</a> », Revue #13.<br>Socialistes révolutionnaires (2024), « <a href="https://isj.org.uk/infuriating-the-masses/">‘‘This infuriates the masses.’’ How palestine and economic chaos fuel rage against Egypt’s dictatorship</a> », International Socialism.<br>Tony Cliff (2000), <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">A world to win, life of a revolutionary.</a><br>Socialistes révolutionnaires (2014), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/entre-les-lignes-pour-une-position-revolutionnaire-a-legard-du-hamas/">Entre les lignes : Pour une position révolutionnaire à l’égard du Hamas</a> ».<br>Philip Marfleet (2017), « <a href="https://isj.org.uk/neoliberalism-the-state-and-revolution-the-case-of-egypt/">Neoliberalism, the state and revolution : the case of Egypt</a> », International Socialsm n°155<br>Atef Saïd (2009), « <a href="https://lanticapitaliste.org/index.php/actualite/international/la-longue-histoire-du-mouvement-ouvrier-egyptien">La longue histoire du mouvement ouvrier égytpien</a> », L’Anticapitaliste (re-publication).</p>
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		<item>
		<title>Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Nov 2023 23:06:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Hamas]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’attaque du 7&#160;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&#160; <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/" title="Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’attaque du 7&nbsp;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Le courant sioniste</h2>



<p class="has-drop-cap"><strong>D</strong>eux grands courants politiques juifs émergent en réaction à l’antisémitisme en Europe et dans l’empire russe à la fin du 19<sup>e</sup> siècle.</p>



<p>Le premier est un courant socialiste implanté dans la classe ouvrière juive et qui prend part à toutes les grandes luttes des exploité·es en Europe. Ce courant, symbolisé par le Bund, préconise et pratique la lutte frontale contre l’antisémitisme et l’unité des exploité·es sur une base de classe pour la transformation révolutionnaire de la société<sup data-fn="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" class="fn"><a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link">1</a></sup>.</p>



<p>Le second courant est le sionisme, dont la figure de proue est Theodor Herzl. Pour les sionistes, il est impossible de combattre l’antisémitisme ; la seule solution est le séparatisme, la fondation d’un État juif. Mais c’est impossible sans le soutien d’un pays impérialiste. Ayant un temps cherché à obtenir le parrainage de dirigeants de l’empire russe (eux-mêmes directement responsables de pogromes antisémites)<sup data-fn="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" class="fn"><a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link">2</a></sup>, les sionistes se tournent vers la Grande-Bretagne.</p>



<p>Après la première guerre mondiale et la chute de l’empire ottoman, c’est l’empire britannique qui contrôle la Palestine et d’autres territoires arabes comme l’Iraq et l’Egypte. Il voit d’un bon œil l’implantation d’une population colonisatrice (et armée) en Palestine<sup data-fn="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" class="fn"><a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link">3</a></sup>. Elle pourra servir d’avant-poste de l’impérialisme dans une zone dont l’emplacement géographique et les ressources naturelles lui confèrent une importance centrale. Mais la migration juive vers la Palestine se fait au compte-gouttes jusqu’au début des années 1930. Ensuite, la montée de l’antisémitisme en Europe accélèrera la migration vers la Palestine et liquidera au passage la tradition révolutionnaire juive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Séparatisme et Nakba en Palestine</h2>



<p>La vie sioniste en Palestine s’organise autour du principe de la discrimination systémique. Les « syndicats de travailleurs hébreux » (Histadrut) organisent des piquets pour empêcher les Arabes de travailler dans les entreprises juives, et empêcher les produits arabes d’être vendus sur les marchés juifs<sup data-fn="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" class="fn"><a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link">4</a></sup>. La lutte raciste prend donc le pas sur la lutte de classe pour les syndicats sionistes.</p>



<p>Une révolte palestinienne anticoloniale éclate en 1936 contre les autorités britanniques et les expulsions de la paysannerie palestinienne par les sionistes. Le mouvement s’implante dans les milieux ruraux comme urbains et la lutte prend plusieurs formes, des manifestations de masse aux actions armées en passant par les grèves. Les élites palestiniennes traditionnelles rejoignent d’abord le mouvement mais, effrayées par sa radicalité, finissent par se ranger du côté des Britanniques.</p>



<p>Pour contrer la révolte, les Britanniques, en plus des méthodes « classiques » et brutales de répression coloniale, financent et organisent les milices sionistes (Haganah). Elles participent à la répression et à la protection des intérêts impérialistes britanniques<sup data-fn="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" class="fn"><a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link">5</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les deux géniteurs de l’Etat d’Israël :</strong> <strong>le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental </strong></h2>



<p>Face à une armée coloniale et des milices sionistes mieux armées et organisées, la révolte est écrasée en 1939. La défaite ouvre la voie à la création de l’Etat d’Israël neuf ans plus tard. Les milices sionistes, désormais organisées en véritable armée, massacrent des milliers de Palestinien.ne.s et en expulsent un peu moins d’un million, un nettoyage ethnique que les Palestinien.ne.s appelleront la « Nakba », mot arabe signifiant catastrophe. Moshe Dayan, militaire et dirigeant israélien déclarait en 1969 : « Des villages juifs ont été construits à la place des villages arabes […] Il n’existe pas un seul endroit construit dans ce pays (NdT : Israël) qui n’eut pas précedemment été peuplé par des Arabes »<sup data-fn="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" class="fn"><a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link">6</a></sup>.</p>



<p>Le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental : voilà donc les deux géniteurs de l’Etat d’Israël. Cette double nature continue de définir Israël, qui ne manque aucune occasion de prouver son utilité à ses sponsors occidentaux tout en continuant le processus de dépossession et de colonisation des Palestinien.ne.s auquel elle est structurellement contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël mate les États Arabes</h2>



<p>En 1956, Israël s’allia à la Grande-Bretagne et la France pour attaquer l’Egypte en réaction à la nationalisation du canal de Suez par le régime de Nasser. La pression politique des USA et de l’URSS mit fin à l’aggression tripartite, mais seulement pour signaler que le Moyen-Orient serait désormais le terrain de jeu des deux superpuissances. A partir de ce moment, Israël devient la tête de pont principale de l’impérialisme américain dans la région. Israël engage une guerre surprise contre l’Egypte et la Syrie en 1967, met leurs armées en déroute en six jours et casse le dos du nationalisme arabe de Nasser. Ce tournant est significatif car il protège aussi les monarchies petrolières arabes du Golfe, alliées aux USA et menacées par l’opposition nationaliste et anticoloniale inspirée par Nasser.</p>



<p>C’est à partir de ce moment que la résistance palestinienne s’organise autour de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) dominée par le Fatah de Yasser Arafat. L’OLP s’appuie principalement sur les camps de réfugié.e.s palestinien.ne.s situés au Liban, en Syrie et en Jordanie pour lancer des attaques armées contre Israël. Le programme adopté est celui de la libération de toute la Palestine historique, le retour des réfugié.e.s et l’établissement d’un Etat laïc démocratique avec égalité des droits.</p>



<p>La résistance palestinienne devient immédiatement populaire parmi les masses palestiniennes et arabes, mais elle présente deux failles stratégiques. Premièrement, l’élitisme&nbsp;: l’accent est mis sur la lutte militaire dirigée par l’OLP et non sur les initiatives des masses sous toutes leurs formes. Et surtout, une politique dite de «&nbsp;non-ingérence&nbsp;» dans les affaires internes des Etats arabes est adoptée. Le Fatah pronait une non-ingérence «&nbsp;absolue&nbsp;» dans les affaires des régimes arabes, mais le FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine, autre faction de l’OLP), d’orientation «&nbsp;marxiste-léniniste&nbsp;», appliquait cette politique de manière sélective&nbsp;: il distinguait les régimes arabes selon une nature soit-disant progressiste ou réactionnaire.</p>



<p>Cette politique de non-ingérence rendit l’OLP et ses différentes factions finalement tributaires de sponsors étatiques successifs, de dirigeants régionaux (qu’ils fussent classés «&nbsp;progressistes&nbsp;» ou «&nbsp;réactionnaires&nbsp;») profitant de la popularité de la lutte palestinienne pour consolider la légitimité de leurs régime. En même temps, ces dirigeants réprimaient des mouvements et des soulèvements populaires et sociaux eux-mêmes largement inspirés par la lutte palestinienne. Les factions de résistance armée actuelles comme le Hamas suivent une politique similaire dans leurs rapports avec la masse palestinienne et les régimes de la région.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="727272" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #727272;" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-8014 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-300x215.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-768x551.webp 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">1987 : première Intifada</h2>



<p>Chassée de la Jordanie en 1970, l’OLP se réfugie à Beyrouth. L’invasion du Liban par Israël en 1982 et le siège brutal de Beyrouth contraignent l’OLP à se retirer vers Tunis.</p>



<p>Ayant vaincu les Etats arabes en 1967, éloigné l’OLP de ses frontières en 1982 (et entretemps signé des accords de paix avec l’Egypte en 1979), Israël pouvait légitimement penser avoir liquidé la cause palestinienne. Mais en 1987 éclate la première Intifada («&nbsp;soulèvement&nbsp;» en arabe), révolte populaire à Gaza et en Cisjordanie. Ce mouvement de masse face à l’occupation est le plus gros soulèvement en terre palestinienne depuis la révolte de 1937&nbsp;; il prend la forme de manifestations, de grèves de masse et d’actions armées individuelles ou organisées. Yasser Arafat reste populaire parmi les palestinien.ne.s mais ne contrôle absolument pas l’Intifada dont les symboles resteront des enfants jetant des pierres.</p>



<p>En réaction à l’Intifada, des cadres palestiniens d’organisations soeurs des Frères Musulmans égyptiens et implantées à Gaza fondent le Hamas<sup data-fn="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" class="fn"><a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link">7</a></sup>. Jusque-là, la majorité des islamistes se contentaient de prosélitisme et d’activités sociales et caritatives. Le Hamas et sa branche armée<sup data-fn="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" class="fn"><a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link">8</a></sup> adoptent une politique de confrontation avec Israël, comme le fait le Jihad Islamique<sup data-fn="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" class="fn"><a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link">9</a></sup> fondé quelques années plus tôt, également par d’anciens cadres des Frères Musulmans.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Accords d’Oslo et la naissance de l’autorité palestinienne</strong></h2>



<p>Après les régimes arabes et la guerilla issue des camps de réfugié.e.s de pays limitrophes, c’est au tour des Palestinien.ne.s de Gaza et de Cisjordanie de poser un sérieux problème à Israël. Pour le résoudre, la classe dirigeante israélienne est prête à un compromis avec le Fatah d’Arafat&nbsp;: les accords d’Oslo sont signés en 1994 sous le patronage des USA, désormais tous-puissants au Moyen-Orient après la chute de l’URSS, et donnent naissance à l’Autorité Palestinienne (AP). Celle-ci exerce son semblant d’autorité sur Gaza et la Cisjordanie, dont l’occupation par l’armée israélienne et la colonisation progressive continuent néanmoins.</p>



<p>Il s’agit d’un Etat au rabais pour la bourgeoisie palestinienne collaboratrice et corrompue, qui reconnaît officiellement l’Etat d’Israël et condamne «&nbsp;le terrorisme et autres formes de violences&nbsp;». L’AP, dont la totalité des revenus transite par l’administration israélienne, est dotée de forces de sécurité et de services de renseignement avec plus de 40000 hommes armés. Ils sont là pour réprimer toute tentative de résistance, armée ou non, venant de Gaza ou de Cisjordanie. Israël semble donc avoir réussi un coup de maître&nbsp;: sous-traiter le contrôle quotidien des Palestinien.ne.s à une organisation palestinienne en lui faisant miroiter une carotte pourrie, la solution «&nbsp;à deux Etats&nbsp;» où l’Etat existant occupe et continue de coloniser le territoire désigné du futur Etat.</p>



<p>Une seconde Intifada éclate en 2000 dans les territoires palestiniens. Similaire à celle de 1987, elle est plus massive et plus violente avec la multiplication d’attaques des différents groupes armés de toutes tendances<sup data-fn="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" class="fn"><a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link">10</a></sup>. L’Intifada est un désaveu clair de la politique conciliatrice de l’AP et signale que le peuple palestinien n’est pas prêt de lâcher l’affaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La montée du Hamas</h2>



<p>En 2006, le Hamas gagne (à la régulière) les élections dans les territoires palestiniens. C’est un camouflet de plus pour le Fatah et sa politique, mais celui-ci, avec l’appui d’Israël et des pays occidentaux, rejette les résultats. Après un affrontement armé, l’AP prend le contrôle de la Cisjordanie et le Hamas prend le contrôle de Gaza. L’armée israélienne, qui s’était retirée de la bande de Gaza un an plus tôt, entame un blocus du territoire avec la complicité du régime égyptien.</p>



<p>La nouvelle situation est donc celle où des guerres périodiques éclatent entre Israël d’un côté, le Hamas et d’autres factions armées<sup data-fn="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" class="fn"><a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link">11</a></sup> à Gaza, alors qu’en Cisjordanie l’occupation continue et la colonisation s’accélère sous les yeux d’une Autorité Palestinienne qui n’attend plus qu’on vienne signer son acte de décès. Les affrontements sont réguliers entre manifestant.e.s palestinien.ne.s et soldats israéliens qui protègent des colons de plus en plus agressifs et ouvertement fascistes.</p>



<p>En 2021, un soulèvement contre la poursuite de la colonisation de Jérusalem-Est éclate en Cisjordanie, et s’étend jusqu’à l’intérieur de l’Etat d’Israël, où il existe des populations palestiniennes<sup data-fn="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" class="fn"><a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link">12</a></sup> représentant une minorité appauvrie et discriminée ; en même temps éclate une confrontation armée entre la résistance à Gaza et Israël. Pour la première fois depuis la Nakba, un mouvement politique a lieu sur tout le territoire de la Palestine historique : la lutte renoue les fils que le colonialisme avait cassé.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Dilemmes moraux ?</strong></h2>



<p>L’histoire du «&nbsp;conflit&nbsp;» israélo-palestinien est plus complexe que le résumé donné ci-dessus. Mais les questions essentielles, qui permettent de prendre position, sont assez simples&nbsp;: Israël est un Etat né d’un processus de colonisation et de nettoyage ethnique. Il n’a pu le faire sans le soutien des forces impérialistes les plus puissantes, à savoir la Grande-Bretagne puis les USA.</p>



<p>L’existence même de l’Etat d’Israël signifie la poursuite de la colonisation et de l’occupation, jusqu’à la liquidation finale de la « cause palestinienne ». Toutes les tendances politiques – sionistes- en Israël sont des variations sur ce même thème. Selon le militant palestinien Majd Kayyal, la lutte politique intérieure en Israël pivote, en dernier lieu, sur « la détention des moyens et sur la méthode à utiliser pour opprimer les Palestinien·nes.<sup data-fn="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" class="fn"><a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link">13</a></sup> » La « démocratie » israélienne ne vaut donc pas mieux que la démocratie des propriétaires d’esclaves Etats-Uniens au 19<sup>e</sup> siècle ou que celle de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid.</p>



<p>C’est seulement dans ce contexte historique qu’on peut analyser sérieusement les attaques du 7 octobre 2023 et espérer y porter un jugement moral. Elles sont un acte politique effectué par des moyens militaires. Or tout le procédé du camp d’en-face est de dépolitiser (et pas seulement sur la question palestinienne).</p>



<p>Pour Frédéric Lordon, « Fait pour n’installer que la perspective de l’éradication et barrer toute analyse politique, ‘terrorisme’ est une catégorie hors-politique, une catégorie qui fait sortir de la politique.<sup data-fn="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" class="fn"><a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link">14</a></sup> » Or il n’existe pas de morale au-dessus de la politique ; celles et ceux qui affirment le contraire le font pour des raisons… politiques. Pour nous faire croire qu’un Etat colonisateur et occupant aurait le « droit de se défendre » face aux colonisé.e.s et aux occupé.e.s. Pour protéger le status quo.</p>



<p>Mais alors, les atrocités ? La guerre est le domaine des atrocités ; elle et ses calamités sont imposées par l’oppresseur, qui naturellement en commet beaucoup plus que l’opprimé. Algérie, Vietnam, Commune de Paris, Afrique du Sud : les opprimé.e.s ont commis beaucoup d’atrocités durant leurs luttes émancipatrices. Pendant la guerre de Sécession, les esclaves noirs ont commis des exactions horrifiantes lorsqu’ils se sont retrouvés armes à la main face à leurs anciens « propriétaires » et leurs familles. Qui oserait nous dire aujourd’hui que cette violence était illégitime ? Alors pourquoi celle des palestinien.ne.s contre leurs colonisateurs serait moins légitime ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Par tous les moyens nécessaires ! (sauf&nbsp;les moyens islamistes)</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium"><img data-dominant-color="8b8b8b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8b8b8b;" decoding="async" width="300" height="300" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp" alt="" class="wp-image-8015 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2.jpg 1000w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></figure>
</div>


<p>L’islamisme du Hamas, par les temps qui courent, offre une excuse bon marché à la gauche vacillante qui veut éviter de choquer l’opinion publique bourgeoise en se déclarant solidaire de la résistance palestinienne. Il suffit ici d’attirer l’attention sur quelques faits : le Hamas n’est ni le premier, ni le dernier mouvement anticolonial à avoir des références idéologiques réactionnaires. De plus, toutes les factions armées palestiniennes (islamistes, nationalistes laïques, marxistes) sans exception se sont déclarées solidaires de l’opération du 7 octobre 2023 et combattent ouvertement aux côtés du Hamas. Ce dernier est, au final, une faction palestinienne parmi tant d’autres, à la fois parti politique, mouvement social et groupe armé, avec son histoire contradictoire mais ancrée dans la lutte nationale pour la libération de la Palestine. Et c’est pour cette dernière raison que le Hamas est populaire en Palestine<sup data-fn="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" class="fn"><a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link">15</a></sup>. C’est pour cette raison aussi qu’il mérite que l’on sorte de la stupéfaction intellectuelle dans laquelle nous plongent les mots « terroriste », « obscurantiste », etc, et qu’on tente de l’analyser rationnellement pour ce qu’il est, de le critiquer pour les bonnes raisons.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspectives de libération</h2>



<p>Les ministres et généraux israéliens déclarent ouvertement que la guerre actuelle est l’opportunité de poursuivre le nettoyage ethnique en expulsant les «&nbsp;animaux humains&nbsp;» qui habitent Gaza vers le désert du Sinaï en Egypte.</p>



<p>Joe Biden aime répéter que «&nbsp;si Israël n’existait pas, il eut fallu l’inventer pour protéger nos intérêts dans la région&nbsp;». Au lendemain de l’attaque du 7 octobre, il a envoyé deux portes-avions et un sous-marin nucléaire en mer Méditerranée pour appuyer son vassal. Faisant face à Israël, les Palestinien.ne.s se battent aussi contre l’impérialisme le plus puissant de l’histoire. La lutte nationale palestinienne n’est donc pas une lutte isolée, elle est intimement liée à la lutte anti-impérialiste et à la lutte des classes dans la région.</p>



<p>La libération de la Palestine passe par la lutte des classes dans toutes les capitales des régimes arabes, car elle nécessite le renversement de tout l’ordre établi dans la région et au-delà, afin de remplacer un Etat colonial par un Etat laïc, démocratique, qui reconnaisse des droits égaux à toutes et tous, Juif.ve.s, Musulman.e.s, Chrétien.ne.s et personnes sans religions.</p>



<p>La révolution égyptienne de 2011 a été menée par un large milieu militant (nationaliste, islamiste, socialiste et ouvrier) formé dans les luttes de solidarité avec l’Intifada de 2000&nbsp;;&nbsp;le premier symbole auquel les révolutionnaires se sont attaqué.e.s après la chute de Moubarak en 2011 fut l’ambassade d’Israël, ce qui a mené les dirigeants israéliens à déclarer que la révolution égyptienne leur était bien plus dangereuse que la menace venant de l’Iran.</p>



<p>Affirmer cela n’est pas dévaloriser la lutte du peuple palestinien&nbsp;; c’est au contraire montrer que, lorsque les Palestinien.ne.s se soulèvent, c’est le destin de l’humanité qui est en jeu.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Jad Bouharoun (Paris 18<sup>e</sup>)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d">Lire “Le Yiddishland révolutionnaire”, par Sylvia Klingberg et Alain Brossat <a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b">Lire “The iron wall”, par Lenni Brenner <a href="https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm</a> <a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde">Selon le premier gouverneur militaire britannique de Jérusalem, Ronald Storrs, les Sionistes formaient « un petit Ulster (nom de la province irlandaise pro-monarchie) loyal à l’Angleterre dans une mer d’Arabes potentiellement hostiles ». <a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802">Tony Cliff, “Roots of Israel’s violence” <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm</a> <a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed">Une mission de la Haganah était la protection du pipeline de Haifa qui achemine le pétrole depuis Kirkouk en Iraq, qui était contrôlé par les Britanniques. <a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915">Discours prononcé au Technion de Haifa, rapporté dans le journal Haaretz le 4 avril 1969. <a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f">Acronyme de <em>Harakat al Muqawama al Islamiyya</em>, Mouvement de résistance islamique <a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9">Les brigades Ezzedine al-Qassam, du nom d’un imam syrien ayant dirigé des révoltes anticoloniales en Syrie et en Palestine dans les années 1930. <a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070">Branche armée : brigades Al Quds <a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8">Les attentats-suicides sont organisés aussi bien par le Hamas (islamiste) que par le FPLP (marxiste et laïque). <a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c">Aidé par les autres factions palestiniennes armées à Gaza, notamment le Jihad Islamique, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa (ancienne branche armée du Fatah) et le FPLP. <a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d">Les « Palestinien.ne.s de l’intérieur » sont une minorité arabe qui n’a pas été chassée en 1948 et qui ont donc la citoyenneté israélienne. <a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/</a> <a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3"><a href="https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire</a> <a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3"><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html</a> <a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/">Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mutualité]]></category>
		<category><![CDATA[Ordre Nouveau]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’article d’Alain Pojolat sur la manif antifasciste du 21 juin 1973, violente, avec attaque frontale de la police, protégeant l’accès au meeting d’Ordre nouveau contre l’immigration sauvage, mérite que l’on revienne sur le contexte historique, social <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/" title="50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/21-juin-1973-interdire-physiquement-les-meetings-fascistes/">L’article d’Alain Pojolat sur la manif antifasciste du 21 juin 1973</a>, violente, avec attaque frontale de la police, protégeant l’accès au meeting d’Ordre nouveau contre l’immigration sauvage, mérite que l’on revienne sur le contexte historique, social et militant. Il ne s’agit pas de contredire l’article mais d’y apporter des éclairages nécessaires et instructifs pour aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Les luttes et mobilisations des années 1950 et 1960, guerres de décolonisation et de libération nationale des peuples, les écrits et discours vont permettre d’échapper au seul face à face entre l’impérialisme américain et le bloc soviétique stalinien, le capitalisme impérialiste et le capitalisme d’État, ceux qui se sont partagés le monde à Yalta et Postdam, après la défaite hitlérienne.&nbsp;</p>



<p>La tentative de putsch des généraux d’avril&nbsp;1961 en Algérie va faire basculer une partie des militants d’extrême droite, qui rêvent de perpétuer l’Empire et tentent de construire un front uni anticommuniste et antidécolonialiste, la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), vers les terroristes de l’OAS.&nbsp;</p>



<p>L’extrême gauche, décolonisatrice, Algérie algérienne, se réoriente alors vers une mobilisation et un activisme anti-OAS, antifasciste, notamment pour prévenir tout risque de coup d’État. Cela va mener à la création du FUA, Front uni antifasciste.&nbsp;</p>



<p>Les forces en présence, outre l’Unef, alors organisation de masse très engagée pour l’Algérie algérienne, sont l’UEC avec diverses tendances (gramsciste, différents courants trotskistes, une tendance maoïste et bien sûr le courant stalinien du PCF) et le Parti socialiste unifié (PSU) qui monte des Groupes d’action et de résistance (GAR). De son côté l’OCI, trotskiste lambertiste, refuse de rejoindre le FUA et créer la Fédération des étudiants révolutionnaires qui va également combattre l’extrême droite.</p>



<p>Les fachos nationalistes attaquent violemment la librairie et le journal Clarté de l’UEC tenu par les oppositionnel·les majoritaires, et envoient à l’hôpital Pierre Goldman en décembre&nbsp;1964, ou Alain Krivine en mai 1965.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La violence en milieu étudiant : « la peste brune s’écrase dans l’œuf » !&nbsp;</h2>



<p>Les affrontements ne cessent pas. En 1964, la FEN exclut huit de ses membres, dont François Duprat, Gérard Longuet, Alain Madelin, Alain Robert, qui vont créer avec d’autres Occident. Ils généralisent les attaques à la barre de fer et les passages à tabac. En réaction, les organisations d’extrême gauche restructurent leurs SO et se donnent les moyens de riposter. Jusqu’à mai 1968 la violence d’Occident s’accentue (attaques contre des beatniks, des dirigeants d’extrême gauche, des meeting Vietnam à Rouen et à Paris)&#8230; Les ripostes sont déterminées : attaques d’Assas, de rassemblements et manifs faschos, de diffusions de tracts et passages à tabac de militants et dirigeants… C’est dans ce contexte que la direction du PCF exclut les antistaliniens majoritaires de l’UEC en 1965-1966, ce qui donnera naissance à la JCR en 1966, à l’UJCML… mais aussi aux comités Vietnam. De ce vivier militant naissent et se massifient les organisations révolutionnaires de 1968 et des années 1970, constituant un véritable tournant. Parallèlement au milieu étudiant, les lycéen·nes prennent toute leur part à cette histoire (Comité Vietnam lycéen, grève des lycées de novembre 1967 et création des CAL…).</p>



<p>Cette radicalisation militante se fait dans un internationalisme des luttes, des idées, des projets révolutionnaires notamment :</p>



<p>–&nbsp;Contre la torture en Algérie et contre la violence d’État (les coups de force du 13&nbsp;mai 1958 pour amener De Gaulle à l’Élysée, la répression sanglante des manifestations des algériennes et algériens du 17&nbsp;Octobre 1961, et celle du 8&nbsp;mars 1962).&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Contre la guerre au Vietnam en soutien au FNL (création en 1966 du Comité Vietnam national pour la JCR, des comités Vietnam de base pour les maos).</p>



<p>–&nbsp;La création par Cuba en janvier 1966 de la tricontinentale, qui va donner naissance à l’Organisation de la solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Les participant·es provenaient de 82 pays du tiers monde profondément marqués par la décolonisation et l’anti-impérialisme, issus de mouvements sociaux d’horizons politiques différents : organisations nationalistes, maoïstes, trotskistes, castristes ou guevaristes prônant souvent la résistance armée et l’essor des guérillas.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;En avril 1966 débute à Pékin la grande révolution culturelle prolétarienne.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Du 5 au 10&nbsp;juin 1967, Israël annexe la Cisjordanie, du Golan, de Gaza, et tout Jérusalem après la guerre éclaire des 6 jours.&nbsp;</p>



<p>Cette culture politique intégrant la violence révolutionnaire s’est donc forgée contre le capitalisme et la société individualiste bourgeoise de la fin des 30 glorieuses, contre l’impérialisme, le stalinisme et ses déclinaisons politiques, contre les fascistes, les défenseurs de l’Empire français et les héritiers du national-socialisme, contre la démocratie bourgeoise au travers du gaullisme et sa violence d’État.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Septembre noir un tournant pour l’internationalisme et le contenu des stratégies révolutionnaires</h2>



<p>Le conflit entre le royaume jordanien et son armée, soutenu par des pays de la région, les USA et des pays européens, et l’OLP s’envenime et se poursuit du 12&nbsp;septembre 1970 à juillet 1971, quand Arafat et ses combattants sont expulsés de Jordanie manu militari. Toujours plus loin de leur territoire, la Palestine, les palestinien·nes vont créer des organisations de lutte pour la libération de leur pays, des organisations paramilitaires voire militaires recourant à la violence terroriste. Ces évènements vont profondément marquer les années 1970 et voir naître nombre d’organisations recourant aux attentats et aux meurtres de personnalités représentant le capitalisme, l’impérialisme, la guerre contres les palestinien·nes (Action directe, la Bande à Baader-Fraction armée rouge, les Brigades rouges …)</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="646464" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #646464;" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="669" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7898 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-300x201.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Antifascisme_Illustr1-768x514.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les manifs attaques des meeting fascistes (Palais des sports 1971, Mutualité 1973)</h2>



<p>Les affrontements entre Occident, Ordre nouveau, et en premier lieu la JCR puis la Ligue communiste mais aussi des organisations maoïstes, le PSU, Révolution, ne vont pas cesser. Le 9&nbsp;mars 1971, Ordre nouveau tient un meeting néo-nazi au Palais des sports. Des mouvements d’extrême gauche diffusent un tract : « Le meeting d’Ordre nouveau n’aura pas lieu ». De violents affrontements éclatent entre les contre-manifestants et la police à laquelle se joint le service d’ordre d’Ordre nouveau. Pour préparer la contre manif et l’attaque du meeting la Ligue organisa une campagne avec articles de presse, textes avec signatures et appels au 9&nbsp;mars. Cela se traduira par la présence d’anciens résistants FTP et de déportés porte de Versailles pour affirmer aux côtés des manifestant·es la continuité du combat antifasciste, « Le fascisme ne passera pas ».</p>



<p>Le 21&nbsp;juin 1973, Ordre nouveau décide de tenir à la Mutualité un meeting sur le thème : « Halte à l’immigration sauvage ! », une véritable provocation pour l’extrême gauche et qui confirme que le racisme est un terreau privilégié pour le développement et l’expression du fascisme (voir l’article d’Alain Pojolat). Pour cette manif, contrairement à 1971 la campagne est presque inexistante.</p>



<p>Le 28&nbsp;juin, le gouvernement dissout la Ligue communiste et Ordre nouveau. Les dirigeants d’Ordre nouveau ne sont pas inquiétés par la justice tandis que des dirigeant·es de la Ligue communiste, sont recherché·es et certain·es incarcéré·es. L’ensemble de la gauche, y compris le Parti communiste, se solidarise contre la dissolution de la Ligue communiste. Le 4&nbsp;juillet un meeting se tient au Cirque d’hiver mais la Ligue communiste y est privée de parole. Un appel, signé par des organisations d’extrême gauche, est publié : « … Nous appelons à la constitution d’un comité national sur la base de cet appel pour engager la lutte et faire échec à la répression. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">En forme de conclusion provisoire</h2>



<p>La radicalité idéologique contre le capitalisme, l’impérialisme doit-elle se traduire par la violence armée, y compris au sein des démocraties bourgeoises, un terrorisme aveugle ou des assassinats individuels ? Au-delà des luttes contre l’impérialisme, des luttes de libération nationale, la fin ne peut justifier à elle seule les moyens. Nous sommes toujours au cœur de ce débat, qui a traversé la Ligue et l’extrême gauche suite à l’interdiction en 1973 et à l’apparition d’organisations dites « terroristes » mais qui n’a jamais pris l’ampleur nécessaire. Le capitalisme pour mener sa guerre de classe impose l’individualisme contre l’encommun et le bien commun. En ce sens les assassinats d’Aldo Moro symbole de la démocratie bourgeoise, démocratie chrétienne, par les Brigades rouges, celui de Georges Besse par Action directe, symbole du capitalisme, du grand patronat, celui d’Hans Martin Schleyer symbole du grand capital et des nazis « repentis » par la Bande à Baader n’individualisent pas la lutte de classe. Sans commune mesure, cela va de soi, le « Je lutte de classe » n’est-il pas une victoire de cet individualisme ? Le « nous lutte de classe » aurait porté en avant l’encommun et la volonté, solidarité et détermination de notre classe.</p>



<p>Si ce débat reste ouvert, quelle stratégie doit-on avoir aujourd’hui contre l’extrême droite, les fachos. Cette lutte indispensable doit-elle se dissoudre dans les luttes contre le macronisme et le capitalisme ? Je suis convaincu qu’il doit y avoir une spécificité à ce combat. Les succès électoraux du FN-RN doivent nous amener à préciser notre stratégie et nos tactiques. Il faut amener le RN à son fondement idéologique et à « sortir du bois ». Pour se faire il faut se défendre et ne pas laisser les groupuscules d’extrême droite et Reconquête occuper le terrain et nous attaquer. Il y a urgence à constituer un front antifasciste unitaire, le plus large , déterminé, tout particulièrement quand se développent, au sein de la société, des médias, la doxa fascisante, les pires discours idéologiques, démagogiques et populistes, tout particulièrement contre l’immigration « sauvage », on y revient !</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marc Slyper</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/50-ans-apres-le-21-juin-1973-antifasciste-construire-un-front-unitaire-le-plus-large-et-determine/">50 ans après le 21 juin 1973 antifasciste, construire un front unitaire le plus large et déterminé !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Salvador Allende et les impasses du réformisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Sep 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Allende]]></category>
		<category><![CDATA[Chili]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 11&#160;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/" title="Salvador Allende et les impasses du réformisme">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Le 11&nbsp;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période la plus violente et sombre de l’histoire récente de ce pays et de l’Amérique latine. Ces événements nous intéressent en tant que militant·es révolutionnaires en France parce qu’ils posent des questions très pertinentes sur les perspectives révolutionnaires et la question du réformisme, majoritaire à&nbsp;gauche et dans les mouvements anticapitalistes d’aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a question de l’autonomie de classe fut très bien incarnée par les mouvements sociaux des ouvrier·es et des paysan·nes chilien·nes de l’époque. Réfléchir aux événements chiliens d’après 1970 est donc impératif pour celleux qui s’intéressent à l’avenir de l’Amérique latine et des mouvements sociaux partout dans le monde. Cet article s’inscrit dans une série d’articles proposés par Autonomie de classe, sur 1973 et le début d’un nouveau temps de crise du système capitaliste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les veines ouvertes d’Amérique latine</h2>



<p>Au Chili des années 1950-1960, les intérêts des grands propriétaires de terres, des banquiers et des capitalistes étaient complètement connectés à une oligarchie locale très puissante, en lien avec l’impérialisme étatsunien. La vie économique du pays était contrôlée par un mixte d’oligarchie, de bourgeoisie et de forces impérialistes. Les bourgeois avaient des terres et les grands propriétaires de terres avaient des parts dans les industries de mines et de commerce, les deux classes étaient étroitement liées par des intérêts financiers communs.<sup data-fn="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" class="fn"><a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link">1</a></sup></p>



<p><em>« Le capitalisme chilien, dès sa naissance, était lié de manière décisive aux intérêts impérialistes étrangers. D’autre part, il était lié aux intérêts des grands propriétaires par le biais de la banque et du commerce. C’est précisément pour cette raison que la bourgeoisie « nationale » n’a jamais été capable d’accomplir les tâches historiques de la révolution démocratique bourgeoise et n’en sera jamais capable. »</em>&nbsp;Comme nous le présente Alan Woods dans son article « Lessons of Chile 1973 »publié en 1979.<sup data-fn="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" class="fn"><a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link">2</a></sup></p>



<p>Pour donner une idée du pouvoir des grands propriétaires de terres, dans les parties les plus riches du pays, 90 % de toute la terre était dans les mains de 7 % des propriétaires. De manière générale, 86 % des terres cultivables étaient concentrées dans environ 10 % des entités agricoles. La principale industrie du pays était celle des mines, principalement le cuivre et le nitrite. L’exploitation de ces minéraux était contrôlée par le capital étranger en faisant de ce pays un capitalisme dépendant.<sup data-fn="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" class="fn"><a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link">3</a></sup>&nbsp;Les conditions de vie des travailleur·euses chilien·nes étaient très précaires et leur force de travail surexploitée. Le problème de la terre était toujours central dans la société chilienne avec la question de l’émancipation du pays de l’impérialisme.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La démocratie chrétienne et la renaissance des mouvements sociaux</h2>



<p>Dans les années 1950, avec l’arrivée d’une masse prolétarienne et semi-prolétarienne dans les espaces urbains, de larges quartiers extrêmement précaires se formaient. Au même moment, des nouvelles organisations de travailleur·euses commençaient à se créer et à organiser des mobilisations de classe. Entre les années 1964-1970, la Démocratie chrétienne était à la tête du gouvernement avec Eduardo Frei, qui avait fait énormément de promesses, notamment par rapport à la réforme agraire et la nationalisation de ressources centrales pour l’économie chilienne, comme le cuivre. Cependant, ses réformes ont été très modestes. Les paysan·nes ont décidé de démarrer plusieurs occupations des terres en réponse à ce manque d’action du gouvernement et du côté des ouvriers, en 1967 une grève générale a été appelée par la CUT (Centrale unitaire des Travailleurs), le plus gros syndicat du Chili (près de 30 % de la classe ouvrière était syndiquée à cette époque). Cela a augmenté la confiance des travailleur·euses qui commencèrent à occuper les usines. En 1968, il y a eu 5 occupations d’usines, en 1969, 24, en 1970, 133 et en 1971, 339 !<sup data-fn="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" class="fn"><a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link">4</a></sup>&nbsp;Le gouvernement de Frei a ouvert la voie pour le socialiste Allende et l’Unité Populaire dans les élections de 1970.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7866 not-transparent" style="--dominant-color: #767676; width:837px;height:345px" width="837" height="345" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-300x124.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-768x316.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 837px) 100vw, 837px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’Union populaire et la voie chilienne au&nbsp;socialisme</h2>



<p>L’UP (Unité Populaire) était la coalition formée par deux partis principaux qui se définissaient comme marxistes, le Parti communiste (PC) et le Parti socialiste (PS) mais aussi par une scission du Parti Radical (non-marxiste et représentant une classe moyenne centriste), quelques secteurs dissidents de gauche de la Démocratie Chrétienne (DC), dont le principal était le MAPU (Mouvement d’action populaire unitaire) et les deux plus petits API (Parti de l’Action Populaire), et le PSD (Social démocrate). À la tête de cette coalition, le socialiste Salvador Allende se lançait pour la quatrième fois pour les présidentielles. En pleine période de la guerre froide, il proposait au peuple chilien une&nbsp;<em>« voie chilienne au socialisme »</em>, c’est-à-dire de manière démocratique, institutionnelle et non armée.</p>



<p>Il existait en même temps une organisation révolutionnaire qui ne faisait pas partie de l’UP, mais qui l’a soutenue dans des moments clefs de 1972-1973. C’était le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) qui était composé majoritairement par des étudiant·es qui avaient quitté le Parti Socialiste en 1963, influencé·es par la révolution cubaine de 1959.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Élections 1970…</h2>



<p>Les élections de 1970 ont lieu dans une période de grande et croissante mobilisation populaire, ces mouvements sont la force motrice derrière l’UP et Allende.&nbsp;</p>



<p>Le 4&nbsp;septembre 1970, le candidat socialiste emporte une courte majorité relative : 36,3 %, contre les 34,98 % de la Droite nationale et les 27,84 % de la Démocratie chrétienne. Il assume donc le gouvernement au grand désespoir des oligarchies nationales, qui ont tout fait pour le décrédibiliser pendant la période électorale, et au désarroi des États-Unis de Richard Nixon.&nbsp;</p>



<p>La stratégie formulée par l’UP serait une transition graduelle au socialisme, en utilisant les institutions, c’est-à-dire, l’État (bourgeois par nature) pour favoriser cette transition. Allende est très légaliste, en plus d’avoir une confiance aveugle dans les institutions et dans l’armée, il croit qu’ils vont toujours respecter la constitution. Il n’encourage pas les occupations, incitant les paysan·nes à attendre les procédures légales de redistribution de terres, et les ouvrier·es à attendre les procédures de nationalisation des usines. Il critique le MIR qui de son côté soutient les occupations organisées en totale autonomie de classe par les paysan·nes et ouvrier·es. En 1971, il y a 658 occupations de terre.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La promesse du rêve et le début du&nbsp;cauchemar&nbsp;</h2>



<p>Pendant les 6 premiers mois de son gouvernement, Allende nationalise 90 entreprises et 1 400 fermes. Dans les mois suivants, les salaires augmentent de 38 % pour les ouvrier·es manuels et de 120 % pour les cadres. Le chômage est réduit à moins de 10 % et l’économie arrive à une croissance de 8 % par an. En 1971, Allende réussit à avoir la majorité au congrès pour voter la nationalisation, sans indemnisation, des mines de cuivre du pays. 9 banques sur 10 deviennent publiques, plusieurs entreprises stratégiques passent sous le contrôle de l’État, des millions d’hectares de terres improductives sont redistribuées et un nouvel impôt sur les bénéfices est créé<sup data-fn="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" class="fn"><a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link">5</a></sup>. Ces mesures peuvent être réalisées, grâce à une énorme mobilisation populaire.  </p>



<p>L’UP dans son projet d’alliance avec la « bourgeoisie nationale progressiste » s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité des fronts populaires, mais avec deux grands partis majoritairement ouvriers, qui se disent marxistes et anti-impérialistes. Son programme propose des réformes audacieuses, dans un pays caractérisé par d’énormes inégalités sociales, sous développé et exportateur de matières premières principalement minières, contrôlées par le capital étatsunien. Avec ces réformes, il veut prouver que la « voie chilienne » est possible et qu’il serait possible de faire autrement que le stalinisme en Union soviétique ou la lutte armée de Fidel et du Che à Cuba<sup data-fn="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" class="fn"><a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link">6</a></sup>. Il s’engage auprès de la bourgeoisie chilienne en signant un document qui assure le maintien du système politique existant et des garanties constitutionnelles des libertés individuelles. Il s’engage également au maintien du système judiciaire de l’époque et il reconnaît le rôle de l’armée et de la police comme garants de la démocratie (bourgeoise). Allende, conseillé par son entourage politique, accepte de ne pas toucher aux institutions de l’État bourgeois. Il croit (et il s’agit bien d’une croyance parce que cela ne repose pas sur des bases matérielles) que l’État est une entité neutre et qu’avec les socialistes au pouvoir on pourrait mettre cette entité complètement au service de la classe ouvrière. Allende veut mettre en place une transition au socialisme en utilisant le système institutionnel, mais il est important de rappeler que c’est une époque où dans le monde occidental, du fait de la stabilité économique dans ces pays après la Deuxième Guerre, les fameuses « trentes glorieuses », l’idée hégémonique était qu’il serait possible de surmonter les contradictions du système capitaliste de l’intérieur des institutions de l’État. Ces idées étaient très diffusées en Amérique latine, par contre les conditions matérielles de la classe laborieuse n’étaient pas les mêmes que celles des pays du Nord. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Réaction de la bourgeoisie et&nbsp;l’impérialisme étatsunien</h2>



<p>Au Chili, la réaction de la bourgeoisie et de l’impérialisme étatsunien n’était pas du tout glorieuse. Les réformes envisagées par l’UP signifient déjà aller trop loin pour une oligarchie habituée à un niveau d’accumulation colossal. Pour les États-Unis, la perspective de transition vers un mode de production socialiste attaque directement ses intérêts monopolistes au Chili. S’ajoute à cela, le fait qu’une telle expérience pourrait donner des idées à d’autres pays en Amérique latine et menacer le contrôle sur ces territoires. Il ne faut pas que ça marche, et l’agence d’intelligence étatsunienne (CIA) est prête à mettre beaucoup d’argent pour casser le gouvernement Allende et les mouvements sociaux de travailleur·euses. La première mesure a été un blocage économique informel du Chili tout de suite après les élections. La banque mondiale et la banque inter­américaine pour le développement ont arrêté tous les financements, et le gouvernement étatsunien a arrêté les programmes de prêts. Le message est clair, mais ça ne s’arrête pas là. Avec l’argent de la CIA, les bourgeoisies locales ont commencé à se mobiliser, d’abord par des manifestations, comme celle organisée par la classe moyenne en décembre 1971, la marche des casseroles vides, et ensuite par des tentatives de sabotage du système de ravitaillement du pays. Les patrons en lien avec les conducteur·ices de camions organisent des grèves, ou plutôt des blocages (Lock-out), avec le but d’empêcher la circulation de produits et la distribution alimentaire. Les médias d’opposition au gouvernement, comme le journal<em>&nbsp;El Mercurio</em>, avec les poches pleines de l’argent de la CIA, mettent en place une ambiance de panique et d’insécurité.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="838383" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-7867 not-transparent" style="--dominant-color: #838383; width:841px;height:561px" width="841" height="561" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1320x880.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-jpg.webp 1440w" sizes="auto, (max-width: 841px) 100vw, 841px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Luchar, crear, el poder popular </em>(Lutter, créer, le pouvoir populaire)</h2>



<p>La classe laborieuse chilienne dans une démonstration magnifique de conscience de classe, de formation politique et d’organisation par en bas répond à la hauteur de ce que cherche à imposer la réaction. En réponse aux attaques de la bourgeoisie, il y a une multiplication massive des « cordones industriales », ou cordons industriels. Il s’agit de groupes organisés dans les régions industrielles avec l’objectif d’organiser les travailleur·euses des usines de chaque région. Dans les usines occupées, iels organisent la production pour continuer à faire tourner l’économie du pays et à chaque nouveau coup de la bourgeoisie, iels occupent les rues par milliers, aux côtés des paysan·nes et groupes politiques organisés. Iels démontrent leur soutien au gouvernement. Pour faire face à la pénurie de nourriture et aux problèmes de distribution causés par les blocages de camions, les cordons participent activement à la distribution des produits de première nécessité, dans un véritable réseau d’entraide et de solidarité de classe. Des milliers de personnes s’organisent dans des tâches les plus diverses, prenant en main leur capacité d’autonomie et de subsistance. Cela est magistralement démontré dans le documentaire&nbsp;<em>La bataille du Chili</em>&nbsp;du cinéaste Patricio Guzmán. Leur haut niveau d’organisation et de détermination était impressionnant. Iels sont conscient·es de ce qui se joue à ce moment clé de l’histoire de leur pays. La puissance révolutionnaire est présente dans leurs échanges, dans leur détermination à garder leurs lieux de travail et de luttes et iels sont clairement prêt·es à défendre leurs intérêts de classe avec des armes, si nécessaire. Mais iels n’ont pas d’arme. De son côté, Allende et ses camarades sont aveuglément déterminé·es à garder la ligne « pacifique » et institutionnelle. À ce moment de fortes tensions dans la lutte de classes, où se joue l’avenir de tout un peuple, c’est une erreur cruciale pour quelqu’un qui se dit marxiste. Il faut se mettre de manière inconditionnelle du côté des travailleur·euses en lutte. Le rôle du PC dans l’UP est à souligner parce que même si son objectif est le socialisme, ce parti garde une conception rigide de la révolution par étapes qui l’a toujours guidé, c’est-à-dire, révolution bourgeoise, réforme des structures socio-économiques de l’État et étendre l’influence de l’État sur le secteur privé. Le MIR est en total désaccord avec le PC. Iels voient des éléments préfigurant une situation révolutionnaire qui doit être complètement assumée, et que dans le cas contraire, le processus pourrait conduire à une contre-révolution.<sup data-fn="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" class="fn"><a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link">7</a></sup>&nbsp;On peut également souligner que malgré l’organisation de la classe laborieuse sur plusieurs aspects, il manque au mouvement de masses une direction unitaire qui pourrait conduire vers la destruction de l’État bourgeois et l’établissement d’un État populaire et révolutionnaire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du déni à la catastrophe</h2>



<p>Le 11&nbsp;septembre 1973, l’armée chilienne attaque La Moneda, le palais présidentiel, sur la commande du général Augusto Pinochet qui a récemment assumé un poste de ministre dans le gouvernement de l’UP. Avec le soutien de l’armée étatsunienne, des bombes tombent de partout et la tragédie a lieu. Allende décide de garder le palais et de ne pas renoncer au gouvernement. L’issue on la connaît, il finit mort. Suite à ça, Pinochet déclenche une vague mortifère de persécutions politiques, tortures, mutilations et exécutions sommaires. Plus de 30 000 chilien·nes disparaissent dans les années qui suivent la dictature civilo-militaire la plus sanguinaire de l’histoire récente de l’­Amérique latine.&nbsp;</p>



<p>50 ans après, d’innombrables analyses de toutes sortes ont été faites par rapport à ces événements. À A2C, en tant que militant·es révolutionnaires, on essaie de réfléchir à ces événements historiques avec la boussole de l’autonomie de classe, dans une perspective en rupture avec le réformisme. On comprend que seule notre classe organisée pourra être le sujet actif de notre propre émancipation. On comprend que la révolution est une stratégie politique qui est construite à partir d’aujourd’hui, à travers l’implication dans les luttes concrètes de la classe laborieuse, en ayant comme boussole une politique révolutionnaire. Cela n’empêche pas de lutter pour les besoins les plus immédiats de notre classe. Réforme agraire, réforme des monopôles médiatiques, réforme du système juridique, implémentation des politiques publiques qui touchent immédiatement la vie des personnes, on n’est pas contre ce type de réformes. Ce qu’on doit critiquer et combattre avec la plus grande détermination est l’illusion, ou mieux, la conception idéaliste pensant qu’il serait possible de résoudre les contradictions fondamentales et intrinsèques du système capitaliste par des réformes. On ne doit pas accepter, en aucune circonstance, la restriction de nos méthodes de luttes à des réformes.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dani. Lima, Toulouse</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598">Alan Woods, <a href="https://www.marxist.com/lessons-of-chile-1973.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lessons of Chile 1973</a> <a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da">Idem <a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39">Cet article a été rédigé en utilisant comme base la Théorie marxiste de la dépendance. Cette théorie a été développé par des militant.e.s révolutionnaires latino-américain.ne.s dans les année 1970-80-90 pour comprendre la position particulier des pays de l’Amérique latine par rapport à la division internationale du travail. Cette théorie est un développement de la théorie de l’impérialisme à partir de la périphérie du système. <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm">https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm</a>   <a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758">Tom Lewis,<a href="https://isreview.org/issues/06/chile/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> Chile: The State and Revolution</a>, <em>International Socialist Review,</em> Issue 6, Winter 1999 <a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c">Ruy Mauro Marini, <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Dialética da Dependência</a>, 1973  <a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/">Salvador Allende et les impasses du réformisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>1973 : la révolte des travailleurs immigrés</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2023 05:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’année 1973 est certainement l’une des plus violente de l’histoire de la Ve&#160;République en matière de racisme et violences contre les immigré·es. Pourtant, c’est également une année riche en mobilisations des travailleurs immigrés et de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/" title="1973 : la révolte des travailleurs immigrés">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/">1973 : la révolte des travailleurs immigrés</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’année 1973 est certainement l’une des plus violente de l’histoire de la Ve&nbsp;République en matière de racisme et violences contre les immigré·es. Pourtant, c’est également une année riche en mobilisations des travailleurs immigrés et de militantisme à leurs côtés. Elle est la preuve des possibilités de mobilisations antiracistes, d’auto-organisation des travailleur·euses immigré·es, de grèves contre le racisme, de mobilisations larges contre les lois de contrôle de l’immigration et contre les crimes racistes.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; Mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Les années 1970 ouvrent une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Les Trente glorieuses laissent la place aux temps des crises économiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7161_10('footnote_plugin_reference_7161_10_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7161_10('footnote_plugin_reference_7161_10_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7161_10_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7161_10_1" class="footnote_tooltip">voir « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, Le nouveau temps des crises</a> », de Mathieu Pastor</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7161_10_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7161_10_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Entre 1971 et 1973, le chômage quadruple en Europe.&nbsp;</p>



<p>Dès 1972 le gouvernement de Jacques Chalban-Delmas promulgue des circulaires pour contrôler l’immigration et ainsi « prendre des mesures pour l’emploi ». Les circulaires « Marcellin Fontanet », du nom du ministre de l’Intérieur et du ministre du Travail, restreignent la circulation des travailleur·euses immigré·es en liant l’attribution de la carte de séjour à un titre de travail et une attestation de logement. C’est ainsi que des dizaines de milliers de travailleur·euses deviennent des immigré·es clandestins.</p>



<p>Les circulaires Fontanet-Marcellin constituent les prémisses d’une nouvelle politique de contrôle des flux migratoires, déterminée par les besoins du marché du travail et le niveau de chômage. Le gouvernement français accrédite ainsi l’idée selon laquelle il y aurait trop d’immigré·es en France.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’échine des immigré.es n’est pas courbée</h2>



<p>Dès qu’elle est connue, en 1972, la circulaire Fontanet entraîne des fortes mobilisations dans le monde associatif et syndical, avec comme mot d’ordre « l’égalité effective des droits entre travailleurs immigrés et français ». La CGT et la CGDT participent à des journées d’action et d’information contre ces circulaires.</p>



<p>Petit à petit, des nouvelles formes de mobilisation voient le jour avec des grèves de la faim de « sans-papiers » soutenues par des grèves dans plusieurs secteurs : à l’usine Pennaroya de Lyon dès février 1972, les éboueurs de Paris en décembre et les OS de l’usine Renault en avril 1973.</p>



<p>À partir de novembre 1972 et la grève emblématique de Saïd Bouziri et de trois autres militants immigrés menacés d’expulsion, les grèves de la faim se multiplient sur tout le territoire, visibilisées par des intellectuels comme Deleuze, Foucault, Sartre. Cela permet de faire entendre la voix des immigré·s qui dénoncent les souffrances au travail, les « marchands de sommeil » et le racisme anti-arabe. Ces actions aboutissent à la création du Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés (CDVDTI) et les revendications vont s’élargir aux demandes de cartes de travail et à l’abrogation des circulaires Marcellin-Fontanet.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir recule</h2>



<p>Tandis que le taux de travailleurs immigrés dans la population active atteint 9,5 %, le MTA (Mouvement des travailleurs arabes) se constitue lors de la Conférence nationale des travailleurs arabes des 17 et 18&nbsp;juin 1972 à Paris.</p>



<p>Il est composé essentiellement d’étudiant·es et d’ouvriers immigrés (Tunisie, Maroc, Algérie, Liban).&nbsp;</p>



<p>De nombreuses actions, portées par le CDVDTI et le MTA, des grèves d’usine alliant augmentation des salaires, conditions de travail et régularisation des sans-papiers et de multiples formes de manifestations contre les circulaires mobilisant parlementaires communistes et socialistes, personnalités religieuses, figures intellectuelles de gauche gagnent la suspension de la circulaire Fontanet et donc la régularisation de 35 000 ­personnes entre juin et septembre 1973.&nbsp;</p>



<p>Le 13&nbsp;janvier 1975, le Conseil d’État saisi par le Gisti annulera plusieurs dispositions des circulaires Marcellin-Fontanet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Montée du racisme et du fascisme</h2>



<p>Malgré les mobilisations des travailleur·euses immigré·es, durant l’année 1973 le climat devient de plus en plus raciste légitimé par le discours du pouvoir présentant l’immigration comme un problème. C’est sur ce terreau que les fascistes passent à l’offensive.</p>



<p>Depuis 1960, des organisations d’extrême droite nostalgiques de l’Algérie française se développent avec l’OAS (Organisation armée secrète), Occident, Ordre nouveau ou le GUD. En 1972, à la suite du deuxième congrès de l’organisation explicitement fasciste Ordre nouveau, une décision est prise de construire une structure plus large pour participer aux élections législatives. C’est ainsi qu’un nouveau parti fasciste voit le jour, le Front national avec à sa tête Jean Marie Le Pen qui a participé aux tortures des militant·es du FLN (Front de libération nationale algérien).</p>



<p>Le parti se construit sur la haine anti-arabe, contre l’immigration et sur la nostalgie de l’Algérie française. Le Front national permet l’unification des groupuscules fascistes et leur renforcement à l’échelle nationale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vague de crimes racistes</h2>



<p>Pendant l’été 1973, le racisme anti-arabe atteint son paroxysme dans le Sud de la France. Le 9&nbsp;juin, Ordre nouveau lance une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».</p>



<p>À Grasse, ville du Sud de la France, le 11&nbsp;juin 1973, les travailleurs immigrés tiennent un meeting en plein air face à la menace raciste mais aussi la menace d’expulsions car ils n’ont ni contrat de travail ni logement décent. Le meeting leur permet de décider de faire grève le lendemain. Les fascistes recouvrent les murs d’affiches « Halte à l’immigration sauvage ».</p>



<p>Le lendemain du meeting, la grève est très suivie et entraîne deux à trois cents grévistes devant la mairie de Grasse pour faire part de leurs revendications. La mairie refuse de les recevoir et dispersera les manifestant·es par la force. Dans l’après-midi, s’organise une ratonnade. Les grévistes sont poursuivis jusque chez eux, frappés, arrêtés par les CRS mais également les commerçants et les habitants de la ville.&nbsp;</p>



<p>La chasse à l’immigré commence aboutissant à cinq blessés graves et trois cents arrestations. Un comité de vigilance des commerçants et des artisans se crée pour « se débarrasser des mille oisifs qui portent atteinte au bon renom de la cité », démarche soutenue par la mairie de Grasse qui déclare « C’est très pénible, vous savez, d’être envahi par eux ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vague raciste dans le Sud de la France</h2>



<p>À Marseille, le 25&nbsp;août 1973, un Algérien, Salah Boughrine tue un chauffeur de bus.</p>



<p>L’événement est là. Au bout de quelques jours, on apprend que Salah Boughrine était atteint, à la suite d’un traumatisme crânien, de maladie mentale.</p>



<p>Mais il est trop tard et l’affaire est déjà saisie par la presse locale qui profite de cet événement pour colporter la propagande anti-arabe et contre l’immigration.</p>



<p>Le 26&nbsp;août 1973, dans le journal Méridional-La France, le rédacteur en chef Gabriel Domenech, nostalgique de l’Algérie Française et sympathisant de l’extrême droite publie :</p>



<p>« Bien sûr, on nous dira que l’assassin est fou, car il faut bien une explication, n’est-ce pas, pour satisfaire ceux qui refusent d’admettre que le racisme est arabe avant d’être européen. Et qu’il n’y a, finalement, de racisme européen que parce que l’on tolère, depuis trop longtemps, tous les abus du monde arabe&#8230; pour de basses raisons pétrolières. La folie n’est pas une excuse. Cet assassin-là, même s’il est fou (je dirai plus, s’il est fou), les pouvoirs publics sont encore plus gravement coupables de l’avoir laissé pénétrer sur notre territoire. Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. »</p>



<p>Dans les jours qui suivent ce véritable appel au sang, six Maghrébins seront victimes d’assassinat. Le jour des funérailles du chauffeur, 5 000 personnes dont 2 000 traminots défilent derrière la dépouille. La marche est composée de partis politiques (Front national, Centre démocrate, Comité de défense de la République, Union des Démocrates pour la République, Centre démocratie et progrès, Centre national des indépendants), de « syndicats » jaunes (Confédération française du travail, Union générale des travailleurs, Union syndicale de défense des intérêts des Français repliés d’Algérie et d’outre-mer), d’associations de rapatriés d’Algérie et d’organisations de jeunesse (GUD, Union des jeunes pour le progrès, Front des étudiants juifs).</p>



<p>Cette manifestation est donc une réussite pour les organisations d’extrême droite qui permettent de mettre en mouvement des milliers de personnes autour d’une revendication raciste.</p>



<p>Les groupes fascistes les plus convaincus, à l’initiative de la section locale du parti Ordre nouveau se rassemblent dans un nouveau comité, le Comité de défense des Marseillais (CDM), créé le lendemain du drame, afin d’« assurer leur propre sécurité et celles des Marseillais ». Ils tractent « Marseille a peur » appelant à manifester le 28&nbsp;août contre les « agressions arabes ».</p>



<p>Dans la nuit du 28 au 29&nbsp;août, un commando jette un cocktail molotov dans les bâtiments d’une entreprise de nettoyage des chantiers navals de la Ciotat où travaillent essentiellement des immigrés et Lhadj Lounès est tué par balles à Marseille à la sortie d’un café.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="878787" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #878787;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_1973_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7162 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">La riposte</h2>



<p>C’en est trop pour la communauté algérienne et les travailleur·euses immigré·es visés par les attaques racistes de plus en plus violentes, les obligeant à rester cloîtrés chez eux de peur d’être tués par les militants fascistes.</p>



<p>Le 31 août, 1 500 ouvriers immigrés des chantiers navales de la Ciotat mènent une grève spontanée contre les attentats racistes. Le lendemain, un cortège funèbre à la mémoire de Lhadj Lounès traverse Marseille, du bidonville de la Calade au port de la Joliette.</p>



<p>Au terme de la marche, un militant du MTA de Marseille lance le mot d’ordre de « grève générale contre le racisme » pour 24 heures.&nbsp;</p>



<p>Le jour dit, 30 000 ouvriers de la région marseillaise se mettent en grève : 100 % des travailleurs des chantiers navals et des employés municipaux de la Ciotat, 60 % des travailleurs de Marseille et 100 % à Aix en Provence.</p>



<p>Nationalement, l’ensemble des comités locaux du MTA lance un appel à la grève générale pour le 14&nbsp;septembre 1973 qui fait descendre dans la rue, les ouvriers des grands chantiers comme celui de Roissy (1 700 grévistes sur 2 000 ouvriers) mais aussi les commerçants de Belleville.</p>



<p>Pour construire la grève, ils tractent aux sorties du métro mais aussi aux sorties d’usine en arabe et en français :</p>



<p>« Dans la région parisienne, le vendredi 14&nbsp;septembre sera pour nous une grande journée à la mémoire des victimes du racisme et une journée de lutte pour notre dignité et nos droits. Nous appelons tous nos frères arabes à se mettre en grève pendant 24&nbsp;heures pour protester contre le racisme et avertir tous les racistes que nous ne nous laisserons pas faire ».</p>



<p>Les militants du MTA prouvent ainsi que les travailleurs immigrés sont enclins à se battre contre la haine et pour revendiquer l’égalité des droits entre travailleur·euses immigré·es et travailleur·euses français·es. Leurs actions de grève et leur discours politique s’articulent sur la place centrale que les travailleurs immigrés occupent dans la production française avec le slogan « Les Arabes arrêtent la France ! ». Les grèves visent à mettre en lumière la dépendance de l’économie française envers la main-d’œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une voie s’est ouverte</h2>



<p>Si la mobilisation a été réussie, elle n’a clairement pas abouti à la grève générale.</p>



<p>Lors de leur bilan politique, les militant·es du MTA notent que les organisations syndicales n’ont que très peu soutenu la mobilisation des travailleurs immigrés et que leur implantation n’était pas assez conséquente dans les usines où travaillent les immigrés. De plus, des immigrés sub-sahariens regretteront l’appel exclusif pour les travailleurs arabes, alors qu’ils subissent également le racisme. Malgré cela, le MTA a permis de prouver la possibilité de coordination de grèves autonomes pour protester non seulement contre des conditions de travail, mais contre ce qui se passe à l’extérieur de l’usine, les crimes racistes.</p>



<p>L’expérience de la grève générale contre le racisme est celle d’une grève politique permise par l’auto-organisation des travailleurs immigrés autour de comités locaux, regroupant des militant·es arabes mais aussi français forts de leur engagement politique contre l’impérialisme et pour la libération de la Palestine. Elle fut aussi un produit de la mobilisation large contre les circulaires Marcellin-Fontanet.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Anouk, Marseille</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7161_10();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7161_10();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7161_10">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7161_10" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7161_10_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7161_10('footnote_plugin_tooltip_7161_10_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">voir « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, Le nouveau temps des crises</a> », de Mathieu Pastor</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7161_10() { jQuery('#footnote_references_container_7161_10').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7161_10').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7161_10() { jQuery('#footnote_references_container_7161_10').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7161_10').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7161_10() { if (jQuery('#footnote_references_container_7161_10').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7161_10(); } else { footnote_collapse_reference_container_7161_10(); } } function footnote_moveToReference_7161_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7161_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7161_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7161_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-la-revolte-des-travailleurs-immigres/">1973 : la révolte des travailleurs immigrés</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>1973, le nouveau temps des crises</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Feb 2023 10:38:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=6971</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Il y a 50 ans, en 1973, le capitalisme basculait dans une crise dont il n’est jamais sorti depuis et qui détermine encore les conditions de la lutte des classes aujourd’hui. Cet article est le <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/" title="1973, le nouveau temps des crises">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, le nouveau temps des crises</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Il y a 50 ans, en 1973, le capitalisme basculait dans une crise dont il n’est jamais sorti depuis et qui détermine encore les conditions de la lutte des classes aujourd’hui. Cet article est le premier d’une série de réflexions sur les événements qui ont marqué cette année charnière.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">De la Seconde Guerre mondiale jusqu’à 1973, le capitalisme a connu sa plus longue période sans crise majeure. Une période que certain·es appellent les « Trente Glorieuses » ou encore « l’âge d’or du capitalisme ». Trois décennies de croissance continue durant laquelle la vie d’un très grand nombre de personnes se trouva transformée et durant laquelle les ouvrier·es vivaient mieux que leurs parents et s’attendaient à ce que leurs enfants vivent mieux encore.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la Guerre à 1973, un capitalisme en expansion</h2>



<p>En Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord, au Japon, il y eut une augmentation des salaires réels, un plein emploi virtuel et une protection sociale à une échelle nouvelle pour la classe ouvrière. Le chômage chuta à des niveaux que l’on avait connus que pendant de brèves périodes.</p>



<p>Les changements dans la consommation et le mode de vie de la classe ouvrière se combinaient à des mutations dans le domaine de la production. Des techniques nées dans l’entre-deux-guerres commençaient à dominer le paysage. Des usines neuves ou agrandies employant une main-d’œuvre nouvelle produisaient de plus en plus : dans les années 1970, le produit économique des États-Unis était de trois fois son niveau de 1940 ; la production allemande était cinq fois plus importante qu’à son niveau de 1947 ; en France, quatre fois plus. Une multiplication par treize du produit industriel transforma le Japon, encore considéré comme un pays pauvre dans les années 1940, en deuxième puissance économique « occidentale » après les États-Unis.</p>



<p>Le capital se tourna aussi vers les femmes et prospecta dans le monde entier à la recherche de travailleur·ses. Des migrant·es de l’Italie rurale furent bientôt employés dans les mines belges et les usines suisses. Les anciens métayers noirs du Sud des États-Unis devinrent encore plus nombreux·ses qu’avant la Seconde Guerre mondiale à rejoindre les grandes villes comme Detroit, Los Angeles et Chicago. Des firmes allemandes accueillirent des réfugié·es de l’Est et organisèrent la venue de millions de travailleur·ses de Turquie et de Yougoslavie. Les sociétés françaises recrutèrent de la main-d’œuvre en Afrique du Nord et dans les colonies ultramarines.</p>



<p>Les conditions étaient très différentes en Asie, en Afrique et en Amérique&nbsp; du sud. Dans ces pays, une pauvreté extrême était toujours le lot de la grande majorité de la population. Mais les puissances européennes furent forcées d’abandonner leurs colonies, et une croissance économique accrue créa l’attente selon laquelle finalement les pays « moins développés » rattraperaient les plus avancés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Qui aurait pu prédire la crise ?</h2>



<p>Durant cette période, aussi bien à droite que dans une grande partie de la gauche, on proclamait que les contradictions du système capitaliste avaient été surmontées. Le changement clé, disait-on, était le fait que les gouvernements avaient appris à intervenir dans l’économie pour contrebalancer les tendances à la crise. Même à gauche, on pouvait penser et affirmer que le capitalisme avait soigné ses maux, que la lutte des classes n’était plus le moteur de l’histoire et que la classe ouvrière perdait son rôle central dans la transformation de la société.</p>



<p>L’humanité produisait plus de richesses qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant et chaque année, chaque décennie, était plus productive que la précédente. Cette richesse croissante était encore très inégalement répartie : des poches de pauvreté dans les pays les plus riches et de vastes zones de pauvreté dans les pays les moins avancés du capitalisme persistaient. Mais on pouvait néanmoins croire que des changements dans les politiques des gouvernements suffiraient à mettre un terme à cela.</p>



<p>Cet « âge d’or » qu’on voulait croire sans fin s’arrête pourtant net en 1973 lorsque les économies occidentales entrèrent simultanément en récession pour la première fois depuis les années 1930. Pour comprendre les raisons de cette crise soudaine, il faut aussi comprendre les raisons derrière ce boom économique de trois décennies.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img data-dominant-color="efeeee" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #efeeee;" loading="lazy" decoding="async" width="477" height="302" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr1.png" alt="" class="wp-image-6975 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr1.png 477w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr1-300x190.png 300w" sizes="auto, (max-width: 477px) 100vw, 477px" /></figure>
</div>


<p>La caractéristique la plus significative de la période d’après-guerre est le taux de profit plus élevé qu’avant-guerre des pays capitalistes. Par exemple aux États-Unis, qui représente jusqu’à 60 % de la production économique de l’« Ouest », il était supérieur de 50 à 100 % et resta plus au moins à ce niveau jusqu’à la fin des années 1960.&nbsp;</p>



<p>C’est ce qui explique pourquoi les capitalistes ont investi à une échelle suffisante pour maintenir le boom.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6971_12('footnote_plugin_reference_6971_12_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6971_12('footnote_plugin_reference_6971_12_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6971_12_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6971_12_1" class="footnote_tooltip"><span class="footnote_url_wrap">https://wikirouge.net/Baisse_tendancielle_du_taux_de_profit</span> et sur le blog de l’économiste Michael Roberts : <a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6971_12_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6971_12_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h2 class="wp-block-heading">C’est quoi le taux de profit ?</h2>



<p>L’objectif de chaque capitaliste est d’accumuler des richesses et de les utiliser pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. Pour cela, il exploite des travailleur·ses qui produisent des biens grâce aux moyens de production qu’il possède et il vit de la vente de ces biens sur un marché dans lequel il est mis en concurrence avec d’autres capitalistes.&nbsp;</p>



<p>Chaque capitaliste a besoin de pousser vers une plus grande productivité pour rester devant ses concurrent·es. Le système n’est ainsi pas seulement un système de production de marchandises, c’est aussi un système d’accumulation concurrentielle. La production dans un tel système ne sert pas aux besoins de l’humanité –&nbsp;mêmes à ceux des capitalistes&nbsp;– mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre.&nbsp;</p>



<p>Tout capitaliste individuel peut accroître sa compétitivité en augmentant la productivité des travailleur·ses qu’il exploite et pour y parvenir il doit faire en sorte que chaque travailleur·se utilise de plus en plus de « moyens de production » –&nbsp;outils, machines, etc.&nbsp;– dans son travail.&nbsp;</p>



<p>Plus de productivité est donc synonyme d’une augmentation plus rapide de la quantité de moyens de production par rapport à l’augmentation de la force de travail. Pour faire croître la quantité de moyens de production, les capitalistes doivent investir.&nbsp;</p>



<p>Le premier capitaliste qui investit dans une nouvelle technologie obtient un avantage concurrentiel qui lui permet d’extraire un profit supplémentaire, mais qui cesse dès que la nouvelle technique est généralisée.</p>



<p>Or le moteur de ce système n’est pas juste le profit, c’est le profit obtenu en rapport à l’investissement réalisé, c’est-à-dire le taux de profit. Le capitaliste n’investira que s’il pense que cela lui garantira un profit « raisonnable ». Et plus l’investissement sera important, plus le profit devra aussi l’être. Et s’il ne le pense pas, le capitaliste ne risquera pas son argent dans un investissement.</p>



<p><em>« le problème économique du capitalisme du 21<sup>e</sup>&nbsp;siècle n’est pas qu’il y ait un manque de possibilités d’investissement, mais que cet investissement n’est pas suffisamment profitable ».</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6971_12('footnote_plugin_reference_6971_12_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6971_12('footnote_plugin_reference_6971_12_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6971_12_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6971_12_2" class="footnote_tooltip">Chris Harman, <em>Zombie Capitalism. Global Crisis and the Relevance of Marx, </em>Haymarket Books, 2010</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6971_12_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6971_12_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Finalement, la compétition entre capitalistes qui les poussent à rester en tête des autres capitalistes aboutit à de nouveaux investissements qui font que les investissements suivants dégageront un taux de profit inférieur.</p>



<p>Comme l’a démontré Marx et de nombreux économistes depuis, la valeur d’échange d’une marchandise sur un marché est déterminée par le temps de travail socialement nécessaire pour la produire. Le travail est la source du profit. Augmenter la quantité de moyens de production, autrement dit investir, est une nécessité imposée par la concurrence. Augmenter la quantité de moyens de production par rapport à la force de travail permet d’augmenter la productivité. Mais cela signifie aussi augmenter l’investissement par rapport à la source du profit, le travail. Donc à faire baisser le taux de profit.</p>



<p>L’incitation à accumuler inflige donc au taux de profit une tendance à la baisse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Derrière le boom, les armes</h2>



<p>Ce qui va permettre une croissance continue c’est la relative stabilité du taux de profit du début des années 1940 jusqu’à la fin des années 1960. Et ce qui permet la stabilité du taux de profit, c’est un niveau sans précédent de dépenses d’armement en temps de paix.&nbsp;</p>



<p>Cette économie d’armement n’était pas le résultat d’une stratégie consciente visant à prévenir les récessions. Elle est issue de la logique de la compétition impérialiste dans la période de la Guerre froide. Mais elle a soutenu la prospérité du système pendant un temps.</p>



<p>Dans le camp de l’« Ouest », le coût du financement de l’économie d’armement a été supporté par les États-Unis (jusqu’à 20 % de son PIB) et dans une moindre mesure par la Grande-Bretagne et la France. Ces investissements en moyens de destruction ont permis de ralentir la tendance à croître des investissements en moyens de production vis-à-vis de la force de travail qui est la source du profit.&nbsp;</p>



<p>La perte en investissement productif faisait que les économies de ces pays croissaient moins vite, mais les préservaient d’une crise par le maintien du taux de profit. Ces dépenses étaient réparties très inégalement entre les économies les plus importantes. Ce n’était pas très important dans les premières années qui suivaient la guerre : le commerce international n’était que peu développé et la concurrence se déroulait principalement à une échelle nationale où l’investissement en armement ne changeait rien à la compétition puisqu’elle concernait tous les acteurs. Les effets positifs des dépenses d’armement faisaient plus que compenser leurs effets négatifs.</p>



<p>Le Japon et l’Allemagne avaient un bas niveau de dépense en armement et ont investi davantage dans leur moyen de production sans que cela fasse baisser le taux de profit de l’ensemble du système. Ces pays ont fini par rattraper les niveaux états­uniens de productivité et à accroître leur importance relative dans l’économie mondiale.&nbsp;</p>



<p>En 1968, l’État américain comprit qu’il ne pourrait pas gagner la guerre du Vietnam sans augmenter les dépenses militaires, ce que le capitalisme états­unien ne pouvait pas se permettre s’il voulait garantir son développement économique désormais concurrencé par les capitalismes ­japonais et allemands.&nbsp;</p>



<p>Encore une fois, la compétition imposait aux capitalistes d’investir dans les moyens de production. Encore une fois, cela allait faire baisser le taux de profit et les premiers effets sont visibles dès la fin des années 1960.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Que s’est-il passé en 1973 ?</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="cbcfd0" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #cbcfd0;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-6976 not-transparent" width="420" height="538"/></figure>
</div>


<p>Les taux de profit chutent depuis déjà quelques années dans l’ensemble du système capitaliste. La croissance des économies capitalistes s’arrête, l’inflation augmente partout. Entre 1971 et 1973, le chômage quadruple en Europe. Alors que le système n’avait pas vécu de crise majeure depuis les années 1940, la croissance des économies capitalistes entre en récession en même temps. C’est un nouveau temps des crises qui s’ouvre, celle de 1973 sera suivie de nombreuses dont les plus récentes sont parmi les plus graves : 2008 et 2020.</p>



<p>Les réponses apportées par les capitalistes à cette crise sont multiples : baisser les salaires, supprimer les protections sociales, casser les capacités d’organisation de la classe ouvrière qui, avec les étudiant·es, l’a fait trembler dans tant de pays en 1968. Pour résumer, il s’agit d’obliger par tous les moyens les travailleur·ses à accepter des emplois de moins en moins rémunérés et de plus en plus précaires.</p>



<p>Le capitalisme n’est pas parvenu à résoudre la crise de 1973. Pire que ça, les mauvaises solutions mises en place font que la situation empire et que la crise suivante est potentiellement plus dévastatrice.&nbsp;</p>



<p>En France dès 1972, les ministres de l’Intérieur et de l’Emploi entament une longue série de lois contre l’immigration qui continue jusqu’à aujourd’hui avec la loi Darmanin, en promulguant des circulaires à leur nom, tel « Marcellin-Fontanet », qui subordonnent déjà la politique de l’accueil des étranger·es au travail. De 1974 à 1977, le pouvoir français suspend l’immigration.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="76645a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #76645a;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_1973_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-6977 not-transparent" width="414" height="275"/></figure>
</div>


<p>En Angleterre, les années 1975-1978 furent celles de la plus grosse perte de salaires réels des travailleur·ses du 20<sup>e</sup>&nbsp;siècle. Le gouvernement de Margaret Thatcher débutera en 1979 et s’attaquera à la classe ouvrière anglaise en cassant sa capacité à faire grève et ses organisations les plus puissantes. Aux États-Unis c’est Ronald Reagan qui se chargera de mener l’offensive.&nbsp;</p>



<p>Pour comprendre ce qui s’est joué en 1973, avec les moyens d’A2C, nous tâcherons tout au long de l’année à travers des articles, discussions et réunions publiques de revenir sur différents évènements de cette année charnière :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La fin de la guerre du Vietnam</li>



<li>La vague de meurtre racistes en France et notamment à Marseille contre des personnes originaires d’Afrique du Nord</li>



<li>La grève contre le racisme du Mouvement des Travailleurs Arabes</li>



<li>La manifestation antifasciste contre un rassemblement d’Ordre Nouveau à la Mutualité à Paris</li>



<li>La crise pétrolière</li>



<li>Le coup d’État au Chili</li>



<li>La guerre du Kippour</li>



<li>L’autogestion ouvrière de LIP</li>



<li>Les révoltes contre la dictature militaire en Grèce</li>



<li>La révolution au Portugal</li>



<li>Le droit des femmes à avorter aux États-Unis : arrêt Roe versus Wade</li>



<li>Les grèves ouvrières de la métallurgie et de l’automobile en Italie</li>



<li>L’occupation de Wounded Knee par l’American Indian Movement aux États-Unis</li>
</ul>



<p>Cette liste ne demande qu’à être complétée et est évidemment un appel à contribution !</p>



<h6 class="wp-block-heading">Mathieu Pastor, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6971_12();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6971_12();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6971_12">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6971_12" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6971_12_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6971_12('footnote_plugin_tooltip_6971_12_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span class="footnote_url_wrap">https://wikirouge.net/Baisse_tendancielle_du_taux_de_profit</span> et sur le blog de l’économiste Michael Roberts : <a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2020/07/25/a-world-rate-of-profit-a-new-approach/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6971_12_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6971_12('footnote_plugin_tooltip_6971_12_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chris Harman, <em>Zombie Capitalism. Global Crisis and the Relevance of Marx, </em>Haymarket Books, 2010</td></tr>

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			</item>
		<item>
		<title>Front populaire : La révolution est-elle possible ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jan 2023 06:31:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023 Daniel Guérin parle ainsi des obsèques du maréchal Joffre&#160;le 7&#160;janvier 1931 où se pressent un million de personnes : « Les masses ? Mais elles se pressent le long du cortège <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/" title="Front populaire : La révolution est-elle possible ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Daniel Guérin parle ainsi des obsèques du maréchal Joffre&nbsp;le 7&nbsp;janvier 1931 où se pressent un million de personnes : «<em> Les masses ? Mais elles se pressent le long du cortège </em>(…) <em>Des hommes et des femmes ont passé la nuit dans la rue, debout, malgré le&nbsp;froid, pour voir de plus près passer la dépouille d’un ’héros’, des ouvriers ont renoncé à&nbsp;des heures de paie pour être présents à la grande hystérie collective… </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_14_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_1" class="footnote_tooltip">Daniel Guérin,<em>&nbsp;Front populaire, révolution manquée</em>, Agone, 2013.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_14_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>C’est la même société, composée fondamentalement des mêmes hommes et des mêmes femmes, où se produit, trois ans plus tard, la riposte de masse contre le fascisme du 12 février 1934 et cinq ans plus tard la vague massive de grèves et d’occupations de juin 1936. Où tout semble possible. Mais c’est aussi la même société, la même classe ouvrière, qui se donne à la guerre et à Pétain quelques années plus tard.</p>



<p>Alors la révolution est certes nécessaire. Mais est-elle –&nbsp;vraiment&nbsp;– possible ?</p>



<p>Marceau Pivert, dirigeant de la Gauche révolutionnaire, courant du Parti socialiste, écrivait le 26&nbsp;mai 1936, au tout début de la vague de grèves, que&nbsp;<em>« tout est possible »</em>.</p>



<p>Mais revenant sur cette période en 1953, il attribuait finalement l’échec à un niveau insuffisant de la conscience de classe.</p>



<p>À l’opposé l’explication dominante de l’échec, au sein de la gauche radicale, oscille entre dénonciation de la trahison des directions, celles des syndicats et celles des partis socialiste et communiste et absence d’un « vrai » parti révolutionnaire.</p>



<p>Toutes ces « explications » ont indéniablement une part de vérité. Mais à quoi aboutissent -elles ? Si de tels niveaux de lutte et de détermination n’ont pas abouti à une conscience de classe « suffisante » pour faire la révolution, comment cela pourrait-il un jour être le cas ?</p>



<p>Si l’échec vient du fait que les dirigeants réformistes trahissent, est-ce que ce ne sera pas toujours le cas ?</p>



<p>Quant à l’absence d’un « véritable » parti révolutionnaire au moment de l’explosion, est-il possible de le construire au sein d’une classe qui ne l’est pas avant l’explosion et comment juger qu’il s’agit du « véritable » parti avant les tests décisifs ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les conditions d’une révolution</h2>



<p>Cela semble paradoxal mais l’agent premier de la possibilité révolutionnaire c’est le capitalisme lui-même !</p>



<p>Une période révolutionnaire naît des contradictions internes du système. Au début des années 1930 la crise économique –&nbsp;celle de 1929&nbsp;– qui frappe la France, avec un peu de retard, développe toutes ces contradictions. Contradictions de classe avec le développement des inégalités et renforcement de l’exploitation de toute la classe ouvrière mais la crise frappe aussi particulièrement la petite bourgeoisie. Contradictions aussi au sein des classes dirigeantes entre différentes branches de la production et avec les bourgeoisies des autres puissances impérialistes. Et c’est sur cette base que se développent les crises politiques, l’instabilité gouvernementale, la perte de légitimité des partis dominants, le développement des ligues d’extrême droite.</p>



<p>Lorsque le capitalisme parvient à ce point de crise il n’y a pas à terme de solution médiane. Ce n’est pas la menace de révolution qui mène le capitalisme à la guerre et au fascisme. C’est la trajectoire du capital. Qu’aucun dirigeant de gauche n’est en mesure d’infléchir vers un capitalisme « pacifié ».</p>



<p>Au début de l’année 1934, ce qui semble menacer en France ce n’est pas la révolution.&nbsp;</p>



<p>Les syndicats sont au plus bas, les grèves rares et généralement défaites. Ce qui menace, comme ailleurs en Europe, c’est la guerre et le fascisme.</p>



<p>Ce qui va ouvrir, concrètement, une crise révolutionnaire c’est l’entrée dans l’arène de toutes les couches sociales et de manière déterminante celle de la classe ouvrière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un processus révolutionnaire</h2>



<p>En juin 1936 plus de 2&nbsp;millions de travailleur·ses, hommes et femmes, français·es et immigré·es, se mettent en grève, dans des secteurs déterminants de l’activité économique. En quelques semaines la grève va toucher 12 000 entreprises dont 9 000 sont occupées ! Démontrant, potentiellement, que rien ne peut fonctionner, y compris l’économie de guerre ou l’appareil d’État, si la classe ouvrière le décide.</p>



<p>Mais cela ne signifie pas qu’en quelques jours ou quelques semaines cette classe ouvrière est devenue révolutionnaire.</p>



<p>La révolution a une dynamique explosive. Mais elle est aussi un processus. La révolution n’est pas uniquement nécessaire pour transformer les structures de la société. Elle est aussi nécessaire pour transformer, collectivement comme individuellement, la classe révolutionnaire, la majorité de celles et ceux qui composent cette société.</p>



<p>En mars 1935 l’écrivaine Simone Weil, embauchée à l’usine écrit dans un lettre :&nbsp;<em>« J’oubliais de vous dire, à propos de mon usine, que depuis que j’y suis je n’ai pas entendu une seule fois parler de questions sociales, ni de syndicat, ni de parti. (…) On se plaint des normes, du manque de travail, de bien des choses ; mais ce sont des plaintes, et voilà tout. Quant à l’idée de résister tant soit peu, elle ne vient à personne. »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_14_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_2" class="footnote_tooltip">Simone Weil,&nbsp;<em>La condition ouvrière</em>, Flammarion, 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_14_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>C’est pourtant son retour dans l’usine, occupée, qui produira ses pages célèbres en juin 1936 :&nbsp;<em>« Joie de pénétrer dans l’usine avec l’autorisation souriante d’un ouvrier qui garde la porte. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d’accueil fraternel. Comme on se sent entre camarades dans ces ateliers où, quand j’y travaillais, chacun se sentait tellement seul sur sa machine ! »</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="606060" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #606060;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/01/A2C_RevueN6_1936_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-6911 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comprendre ce processus, casser&nbsp;le&nbsp;mythe de « la classe </strong>ouvrière<strong> »</strong></h2>



<p>Pour comprendre ce processus il faut casser le mythe d’une classe homogène, d’une évolution graduelle menée par les « directions » que suivraient simplement « les masses ».</p>



<p>Aussi impressionnante soit-elle, l’explosion de juin&nbsp;36 n’est encore qu’une étape. Parce que ce n’est encore qu’une fraction de la classe ouvrière qui se mobilise. Des millions de travailleur·ses, dans d’autres secteurs clefs ne sont pas en grève. Et celles et ceux qui sont en grève n’ont pas alors, dans leur grande majorité, d’objectif révolutionnaire. Dans le même texte cité, Simone Weil dit :&nbsp;<em>« Bien sûr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. »</em></p>



<p>La classe ouvrière existe bien sûr objectivement. Comme classe soumise à l’exploitation et comme antagoniste au capital. Mais ce n’est pas sa seule détermination.</p>



<p>Elle existe aussi comme fraction du capital, atomisée, productrice de profits, chaque travailleur·se en concurrence avec les autres, chaque secteur en concurrence avec d’autres branches.</p>



<p>Et d’autres déterminations pèsent, division internationale, raciale et genrée du travail. Divisions qui se répercutent dans l’ensemble des rapports sociaux, dans les institutions, dans l’idéologie et qui font du capitalisme un système structurellement raciste et sexiste.</p>



<p>De plus le capitalisme est un système de production extrêmement dynamique qui, sous le fouet de la compétition entre capitaux, développe en permanence de nouveaux moyens de production, une nouvelle organisation du travail, où l’ancien coexiste en permanence avec le nouveau.</p>



<p>C’est ainsi que dans la France des années 1930 coexistent des secteurs traditionnels où domine le paternalisme et des secteurs nouveaux mettant en place le taylorisme, des petites entreprises presque artisanales et des usines de masse (notamment dans la métallurgie). Dernier élément, la France est alors encore un pays très rural où coexistent de nombreux petits paysan·nes et un fort prolétariat de travailleur·ses agricoles<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_14_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_3" class="footnote_tooltip">Gérard Noiriel,&nbsp;<em>Les ouvriers dans la société française</em>. <em>XIXe-XXe siècle</em>, Seuil, 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_14_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pour reprendre des termes utilisés par Marx, c’est dans le processus même de la révolution que la classe ouvrière peut briser ces divisions, se constituer de « classe en soi » à une « classe pour soi ». D’où son célèbre slogan :&nbsp;<em>« l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »</em>.</p>



<p>Processus déterminant pour entraîner derrière elle les couches intermédiaires de la société, classes moyennes et petite bourgeoisie faute de quoi celles-ci peuvent choisir la voie du fascisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’hétérogénéité réelle à l’autonomie de&nbsp;classe, un processus politique</h2>



<p>Si on aborde la période du Front populaire en France sur cette base, alors il y a un sens d’évolution du processus de février 1934 jusqu’à novembre 1938 marqué par l’échec d’une nouvelle grève de masse qui signe un profond renversement de période.</p>



<p>Il y a un sens, sociologique et politique aux différentes fractions de classe qui se mobilisent, à la succession de leur intervention dans l’arène de la lutte, aux conséquences politiques que ça a.</p>



<p>Si une vaste majorité de la classe se mobilise durant cette séquence, la réalité n’est pas celle d’une grève générale mythique, uniforme, de la révolution des « bras croisés ». Ce ne sont pas les mêmes secteurs et fractions qui se mobilisent à tous moments. Et cela a un impact sur les contenus politiques, les stratégies mises en œuvre, les opportunités. Des conséquences alors sur les interventions susceptibles de construire, à travers ces différentes phases, l’unité nécessaire, l’autonomie de classe.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="595959" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #595959;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/01/A2C_RevueN6_1936_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-6912 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les trois phases du processus révolutionnaire</h2>



<p>C’est le 12&nbsp;février 1934 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/">qui ouvre le processus révolutionnaire</a>.</p>



<p>Jusque-là l’offensive est à droite, celle des classes dirigeantes qui ont infligé défaite sur défaite au mouvement ouvrier et celle, plus récente de l’extrême droite organisant de plus en plus massivement la petite bourgeoisie. On peut certes identifier, en 1932 et 1933, le retour de grèves (avec occupation pour certaines et dans des secteurs comme la métallurgie) mais celles-ci sont très isolées. Le retour de la conflictualité (et de la confiance) est toujours d’abord moléculaire.</p>



<p>Les premiers qui entrent sur le terrain de la lutte sont les secteurs traditionnels de la classe ouvrière, les plus stables, ceux où les syndicats ont le plus résisté, là où les militant·es politiques sont les plus implanté·es. Où lutter semble un devoir plus que le résultat de l’enthousiasme. Cela a une influence sur les modes d’action et les contenus.</p>



<p>Le 12&nbsp;février 1934 la riposte se fait clairement sur un terrain de classe. Ce dont témoigne la grève et le rôle central joué par les syndicats. Elle est clairement l’initiative, au sein des syndicats, de militant·es politiques, communistes, socialistes, syndicalistes révolutionnaires… Ce sont les secteurs où les syndicats sont les plus implantés qui sont moteur, secteurs traditionnels, cheminot·es, postier·es, fonctionnaires plutôt que métallos ou usines chimiques.</p>



<p>Le contenu politique est défensif. Il s’agit de défendre la démocratie et la République bien plus que de faire la révolution.</p>



<p>Mais cette riposte, son succès, la démonstration de ce que peut produire l’unité d’action, inaugure un nouveau climat, redonne confiance. Subir n’est plus la seule option.</p>



<p>Entre février 1934 et juin 1936 vont se développer quelques conflits significatifs (dont les journées insurrectionnelles de Brest et Toulon en août 1935). Nous y reviendrons parce qu’elles cristallisent les contradictions qui existent déjà, au sein du mouvement, entre dynamique révolutionnaire et ­perspectives réformistes des organisations dominantes.</p>



<p>Mais ce qui domine le mouvement dans cette phase c’est la nécessité de l’unité des organisations, la défense de la République et –&nbsp;plus que la lutte&nbsp;– la perspective électorale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’explosion de juin 1936</h2>



<p>Entre mai 1936, date de la victoire électorale de la coalition du Front populaire et juillet 1936 le mouvement va être dominé par les secteurs les moins organisés syndicalement, les secteurs du capitalisme les plus avancés en termes de nouveaux modes de productions (métallurgie et chimie) entraînant le bâtiment, le commerce…</p>



<p>A contrario les secteurs les plus organisés, qui ont dominé la phase précédente, n’entrent quasiment pas dans la lutte (ni les cheminot·es, ni les postier·es, ni les enseignant·es, ni les travailleur·ses des arsenaux… ne font grève en juin). Cela ne signifie pas que des militant·es politiques ne jouent pas un rôle. L’atelier de Renault qui démarre la grève le 28&nbsp;mai est ainsi l’atelier où le parti communiste a une influence.</p>



<p>Mais l’élément spontané, la confiance gagnée, est l’élément dominant de cette phase qui va jusque fin juillet. Il donne son caractère à cette séquence avec les phénomènes de contagion rapide du mouvement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_14_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_4" class="footnote_tooltip">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire</em>. <em>Aspects du mouvement social au XXe siècle</em>, Seuil, 2006&nbsp;&nbsp;et Jacques Danos et Marcel Gibelin,<em>&nbsp;Juin 36</em>, Les Bons Caractères, 2006</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_14_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est aussi ce qui fait que, alors que des victoires très rapides sont obtenues, le mouvement n’arrête pas de rebondir. Après une phase courte d’extension dans la métallurgie parisienne, une victoire très rapide dès la fin mai et le retour des grévistes au travail, le mouvement commence à s’étendre à d’autres secteurs puis en régions deux jours plus tard. Mais le 4&nbsp;juin les travailleur·ses de Renault réoccupent entraînant les autres entreprises de la Métallurgie. Alors que les patrons cèdent sur tout et signent les accords de Matignon le 8&nbsp;juin, c’est dans les jours qui suivent que la grève prend son essor le plus puissant.</p>



<p>Cette génération militante, sans passé politique ni syndical, rejoint en masse la CGT (qui va quintupler) mais aussi les organisations politiques, en premier lieu le parti communiste qui passe de quelques dizaines de milliers de membres à plus de 200 000.</p>



<p>Cela explique que dans cette phase le mouvement est peu contrôlable par les directions des organisations sans que cela se traduise par une opposition à leur orientation politique. L’auto-activité de classe ne semble pas, pour celles et ceux qui y participent, entrer en contradiction avec l’action du gouvernement.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">De septembre 1936 à novembre 1938</h2>



<p>C’est la phase où le conflit se durcit avec le patronat qui, après avoir laissé passer la première tempête organise la contre-offensive. C’est aussi la phase où la confrontation apparaît clairement avec le gouvernement et, par voie de conséquence, où les contradictions se développent au sein même du mouvement.</p>



<p>Au retour des congés payés, en septembre 1936 la conflictualité redémarre à un niveau élevé et les conflits seront nombreux jusqu’à novembre 1938<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_14('footnote_plugin_reference_6909_14_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_14_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_5" class="footnote_tooltip">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, Perrin, 2012&nbsp;et Michael Seidman,&nbsp;<em>Ouvriers contre le travail</em>, Senonevero, 2010</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_14_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_14_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;Certaines régions et secteurs qui ne s’étaient pas mis en grève entrent dans la lutte. Mais les conflits touchent aussi les secteurs déjà mobilisés en juin 1936. C’est, potentiellement, une plus grande partie de la classe ouvrière qui se mobilise.</p>



<p>Mais les conditions ont changé. Les conflits deviennent plus durs, les grèves souvent défensives, soit pour imposer le respect des acquis, soit pour les défendre.</p>



<p>Le deuxième aspect est que, dans cet affrontement, le gouvernement et aussi les directions des organisations, agissent beaucoup plus ouvertement voire violemment contre les luttes.&nbsp;</p>



<p>Enfin, le troisième caractère, lié au second, ces luttes se mènent de manière non coordonnée. Il n’y a pas de vague générale de grève, plutôt une guérilla permanente.</p>



<p>C’est un moment charnière où se combinent radicalisation importante de certaines fractions du mouvement et démoralisation.</p>



<p>En novembre 1938 le gouvernement décide de mener l’offensive déterminante pour briser le mouvement de juin 1936 en revenant notamment sur les 40&nbsp;heures. Pour différentes raisons sur lesquelles nous reviendrons, la grève générale appelée par les syndicats le 30&nbsp;novembre est un échec et une répression massive s’abat avec des milliers de grévistes licencié·es dans le privé et une répression massive à La Poste, chez les cheminot·es et les instituteur·rices.</p>



<p>Dès le début du processus, au sein du mouvement, deux dynamiques opposées cohabitent, l’une, révolutionnaire, propre au mouvement lui-même, vers l’autonomie de classe et l’antagonisme à l’État, l’autre, réformiste, celle des organisations dominantes, vers l’unité nationale et la collaboration de classes.</p>



<p>Ces deux dynamiques n’apparaissent pas clairement aux yeux des protagonistes dans les premières phases, mais elles sont déjà là. Le développement, au sein du mouvement, de la conscience de cette contradiction est sans doute la condition la plus importante pour la révolution.</p>



<p>Peut-elle se développer, sous quelle forme, quelle intervention les révolutionnaires doivent-ils/elles avoir pour cela ? Tels sont les enjeux de la deuxième partie.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6909_14();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6909_14();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6909_14">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6909_14" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_14_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_14('footnote_plugin_tooltip_6909_14_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Daniel Guérin,<em>&nbsp;Front populaire, révolution manquée</em>, Agone, 2013.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_14_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_14('footnote_plugin_tooltip_6909_14_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Simone Weil,&nbsp;<em>La condition ouvrière</em>, Flammarion, 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_14_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_14('footnote_plugin_tooltip_6909_14_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gérard Noiriel,&nbsp;<em>Les ouvriers dans la société française</em>. <em>XIXe-XXe siècle</em>, Seuil, 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_14_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_14('footnote_plugin_tooltip_6909_14_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire</em>. <em>Aspects du mouvement social au XXe siècle</em>, Seuil, 2006&nbsp;&nbsp;et Jacques Danos et Marcel Gibelin,<em>&nbsp;Juin 36</em>, Les Bons Caractères, 2006</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_14_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_14('footnote_plugin_tooltip_6909_14_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, Perrin, 2012&nbsp;et Michael Seidman,&nbsp;<em>Ouvriers contre le travail</em>, Senonevero, 2010</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6909_14() { jQuery('#footnote_references_container_6909_14').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6909_14').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6909_14() { jQuery('#footnote_references_container_6909_14').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6909_14').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6909_14() { if (jQuery('#footnote_references_container_6909_14').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6909_14(); } else { footnote_collapse_reference_container_6909_14(); } } function footnote_moveToReference_6909_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6909_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6909_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6909_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/">Front populaire : La révolution est-elle possible ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Aude]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Dec 2022 06:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Il y eut, en France, au milieu des années 1930, pendant quelques mois au moins, un mouvement de masse contre le fascisme qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Quelle était la nature de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/" title="Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Il y eut, en France, au milieu des années 1930, pendant quelques mois au moins, un mouvement de masse contre le fascisme qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Quelle était la nature de ce mouvement, d’où est-il venu ? Que peut-il nous apprendre sur la lutte contre le fascisme ? Pourquoi a-t-il finalement échoué ? </p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #05 &#8211; noveMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">«<em>Les fascistes ne passeront pas ! » </em>proclame Léon Blum sous la pression de la foule. Nous sommes à Paris au croisement du Cours de Vincennes et de la place de la Nation, le 12 février 1934. Des centaines de milliers de manifestant·es ont pris la rue en riposte contre le fascisme.</p>



<p>Ce jour-là, tandis que la grève générale paralyse le pays, des manifestations ont lieu dans 346&nbsp;­localités du pays.</p>



<p>La vague est impressionnante. D’après les rapports des préfets qui minimisent les chiffres, 19&nbsp;manifestations ont dépassé les 5 000&nbsp;manifestant·es. Il y a 100 000&nbsp;manifestant·es à Marseille. Plus de 10 % de la population locale manifeste à Bordeaux, Toulouse, Limoges, Brest, Cherbourg, Calais ou Mulhouse. Plus du tiers à Grenoble, Périgueux ou Montluçon ! À Tulle pour 15 000 habitant·es il y a 5 000 manifestant·es.</p>



<p>La grève implique 5&nbsp;millions de travailleurs et travailleuses dont 1&nbsp;million pour la région parisienne dépassant largement les effectifs des deux syndicats (750 000 membres).</p>



<p>Dans les semaines qui suivent des centaines de comités antifascistes se mettent en place. Daniel Guérin parle de 3 000 comités dans tout le pays organisant meetings et contre-manifestations lors des tentatives d’apparitions des ligues fascistes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_1" class="footnote_tooltip">Daniel Guérin,&nbsp;<em>Front Populaire Révolution manquée,&nbsp;</em>1963.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>En Ardèche il y a au moins dix comités qui tiennent des réunions souvent massives dans 16&nbsp;communes du département, 660 à La Voulte sur 4 326 habitant·es, 800 à Privas sur 7 230 habitant·es, etc. Dans le Loiret il y a 41&nbsp;comités !</p>



<p>Au printemps 1934 les contre-manifestations sont systématiques pour s’opposer aux meetings des Ligues. À Grenoble 3 000 manifestant·es se rassemblent à l’extérieur d’une salle organisant un meeting fasciste avant de dresser des barricades<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_2" class="footnote_tooltip">Gilles Vergnon,&nbsp;<em>L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen</em>, 2009.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Dans la plupart des cas ces comités sont unitaires regroupant notamment CGT et CGTU, communistes et socialistes et des organisations comme la LDH ou la Libre Pensée.&nbsp;</p>



<p>Dans les grandes villes il existe parfois des comités concurrents, liés au différents courants politiques, mais qui bientôt vont fusionner.</p>



<p>On parle donc d’un mouvement antifasciste de masse, populaire et de classe.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="6e635d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6e635d;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr1-1024x642.jpg" alt="" class="wp-image-6566 not-transparent" width="622" height="389"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« Depuis longtemps nous pensions que nous étions seul·es mais un jour quelqu’un décida de parler, puis un autre, et après beaucoup d’autres&#8230; »</em></figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><em>L’antifascisme comme riposte face à un danger</em></h2>



<p>Ce qui naît en février 1934 n’est pas la cristallisation, à une échelle de masse, d’un mouvement construit progressivement. Avant février 1934 il n’existe pratiquement pas de mobilisation contre le fascisme. Le fascisme est essentiellement considéré, dans les discours des partis de gauche, comme un phénomène étranger, italien et depuis peu allemand.&nbsp;</p>



<p>Ce n’est pourtant pas faute d’ennemis concrets. Les organisations d’extrême droite, plus ou moins ouvertement fascistes, essaiment avec des effectifs significatifs. Les ligues, Action française, Solidarité française, Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes, Francisme, Chemise vertes ont chacune des dizaines de milliers de membres et comportent systématiquement des formations paramilitaires (Camelots du Roi, Dispos, Centuries…). Les Jeunesses patriotes ont 100 000 membres en février 1934. La police considère que Solidarité française a 180 000 membres (sans doute surévalué). L’AF a au moins 60 000 membres et les Croix-de-Feu 35 000. Elles sont fanatiquement nationalistes, antiparlementaires, violemment anticommunistes et généralement antisémites<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_16_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_3" class="footnote_tooltip">Brian Jenkins et Chris Millington,&nbsp;<em>Le fascisme français</em>, 2020, et&nbsp;Pierre Milza,&nbsp;<em>Fascisme français passé et présent</em>, 1987.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_16_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>ll faut y ajouter deux organisations de masse, qui entretiennent des liens organiques avec les Ligues, l’Union nationale des combattants (UNC) qui a 900 000 membres et la Fédération des contribuables qui en a 700 000.&nbsp;</p>



<p>Deux événements vont être à l’origine du ­mouvement antifasciste.</p>



<p>Il y a d’abord l’effet de l’arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne, un an auparavant et, rapidement, l’interdiction, sans résistance, des partis de gauche puis des syndicats. Des rapports de police signalent, pour l’année 1933, l’affluence inhabituelle, dans les milieux ouvriers, des réunions publiques sur la situation en Allemagne et l’inquiétude qui s’y exprime chez les participant·es sur un danger similaire en France.</p>



<p>Plus directement, il y a l’agitation des Ligues provoquée par un –&nbsp;nouveau&nbsp;– scandale de corruption (l’affaire Stavinsky) durant tout le mois de janvier 1934. Elle aboutit le 6&nbsp;février à une manifestation, appelée par les Ligues mais aussi l’UNC et la Fédération des contribuables place de la Concorde à Paris, vers le Parlement. Cette manifestation qui tourne à l’émeute fait 18&nbsp;morts.</p>



<p>En lien avec l’Allemagne, cette manifestation apparaît alors comme une tentative de prendre le pouvoir. Il n’est plus possible de dire que le danger fasciste est ailleurs. Le mouvement qui naît est une riposte. À Lyon, alors que l’extrême droite manifeste tous les soirs place Bellecour, une contre-­manifestation les en chasse dès le 7&nbsp;février.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Un mouvement défensif</em></h2>



<p>L’impulsion de la riposte vient des organisations militantes et surtout des syndicats. Il y a corrélation très forte entre la taille des manifestations et l’implantation syndicale<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_16_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_4" class="footnote_tooltip">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire,&nbsp;</em>2006.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_16_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>On ne parle pas là d’organisations en plein boom nourries par un mouvement de luttes, bien au contraire.</p>



<p>Le mouvement social est au plus bas. Le début des années 1930 est marqué par le très faible nombre de grèves. Lorsqu’il y en a elles sont longues et généralement défaites.</p>



<p>Les organisations syndicales sont très affaiblies. Depuis les lourdes défaites de 1920 puis la scission entre la CGT et la CGTU en 1921 les effectifs n’ont cessé de chuter.</p>



<p>La gauche est profondément divisée. Le Parti socialiste exclue toute alliance avec le Parti communiste et celui-ci ne cesse d’attaquer le PS comme social-fasciste.</p>



<p>Ce n’est donc pas un mouvement social fort qui donne naissance à un mouvement antifasciste de masse. Et ce n’est pas le développement de grèves revendicatives sur les questions économiques qui crée le terrain pour des grèves politiques.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-medium is-resized"><img data-dominant-color="6a787f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6a787f;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr2-300x294.jpg" alt="" class="wp-image-6565 not-transparent" width="279" height="273"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« Et soudain on a réalisé&#8230; »</em></figcaption></figure>
</div>


<p>C’est au contraire la dynamique créée par le mouvement antifasciste qui va donner naissance à un retour de combativité sur le terrain social et politique qui mènera notamment au développement des organisations syndicales, à la victoire électorale du Front populaire en mai 1936 et à la vague de grèves et d’occupations de juin 1936.</p>



<p>L’antifascisme de masse qui naît en février 1934 est un mouvement défensif. Il n’est pas une lutte pour obtenir des acquis, sans parler d’une lutte pour changer le système. Il est une mobilisation pour faire barrage à un danger.</p>



<p>Ce qui est évoqué c’est la défense des libertés et de la République cependant souvent caractérisée comme « sociale » pour la différencier du régime en vigueur.</p>



<p>Cette nature défensive du mouvement explique qu’un mouvement de masse a pu émerger malgré un contexte préalable prolongé de faibles mobilisations.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L’unité imposée aux directions</em></h2>



<p>La caractéristique principale de ce mouvement, celle qui permet de le cristalliser comme mouvement de masse et qui développe une dynamique qui se prolongera sur les terrains social et politique, c’est l’unité. Non pas sur des contenus revendicatifs mais sur l’action.</p>



<p>Dès le 6 février, au soir des fédérations syndicales (Fédération de la Poste) et le courant de gauche du Parti socialiste appellent à la riposte. Le 7&nbsp;février à 13&nbsp;heures la direction de la CGT, effrayée sans doute par une évolution « à l’allemande » où son organisation serait détruite, appelle toutes ses structures locales à organiser des manifestations. En fin d’après-midi, alors que le gouvernement démissionne pour laisser place à un gouvernement d’union nationale très marqué à droite, elle décide finalement d’un mot d’ordre de grève générale pour le 12&nbsp;février.</p>



<p>Mais, dans les régions, les réseaux syndicaux n’ont pas attendu. Dès le 8&nbsp;février des manifestations improvisées éclatent dans au moins 30&nbsp;villes dont Nantes, Toulouse, Brest, Rennes, Lorient, Lille, Bordeaux… À Saint-Nazaire un cortège s’organise à la sortie du travail pour aller manifester sous les fenêtres du directeur des chantiers qui est le chef des Camelots du roi, la milice de l’Action française.</p>



<p>Le 9&nbsp;février le Parti communiste appelle à une manifestation à Paris où les affrontements avec la police feront au moins 4&nbsp;morts. Le 11&nbsp;février il y a 63&nbsp;manifestations en régions.&nbsp;</p>



<p>Au niveau des directions il n’y a aucune unité. Une réunion « unitaire » a lieu à la CGT le 7&nbsp;février au soir pour organiser la mobilisation du 12&nbsp;février. Ni la CGTU ni le Parti communiste n’y sont conviés. Le PC organise seul sa manifestation du 9&nbsp;février. La CGTU et le Parti communiste ne décident de participer à la grève et aux manifestations du 12&nbsp;février que… le 10&nbsp;février. L’appel n’est publié que le 11 au soir par <em>l’Humanité</em>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium is-resized"><img data-dominant-color="675f5a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #675f5a;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr3-138x300.jpg" alt="" class="wp-image-6564 not-transparent" width="159" height="346"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« &#8230; que nous étions nombreux·euses. »</em></figcaption></figure>
</div>


<p>Et pourtant, dès le 8&nbsp;février des initiatives unitaires sont prises localement. À Saint-Nazaire prennent successivement la parole les responsables de la CGT, de la CGTU, du Parti socialiste et du Parti communiste. Il en va de même à Périgueux, Valence, Nevers et ailleurs. La dynamique s’accentue encore pour les manifestations du 11&nbsp;février.&nbsp;</p>



<p>Alors que le ralliement de la CGTU et du PC à la journée du 12 arrive au mieux trop tard, il y a au moins 161&nbsp;manifestations organisées de manière unitaire le 12&nbsp;février. C’est d’ailleurs là où le cadre unitaire s’est mis en place que la corrélation entre taille des manifestations et implantation syndicale est la plus forte<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_16_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_5" class="footnote_tooltip"><em>Idem.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_16_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Paris les cortèges, communistes et socialistes, arrivant selon des trajets différents fusionnent finalement sous la pression des manifestant·es aux cris de <em>« Unité d’action »</em>.</p>



<p>En contradiction avec les expériences menées localement dans les comités, les directions mettront encore plusieurs mois à rompre avec leur politique sectaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Quelques réflexions pour aujourd’hui </em></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;Sur la nature défensive de l’antifascisme</em></h3>



<p>C’est cette nature défensive et limitée de l’antifascisme qui permit en 1934 de construire un mouvement de masse impliquant différents courants divisés par ailleurs sur de nombreuses questions et d’impliquer bien au-delà de leurs rangs. Et l’unité crée la confiance qui dynamise. Elle est déjà en soi un problème pour le fascisme qui prétend parler pour « le peuple ».</p>



<p>Encore faut-il faire la différence entre le contenu politique, défensif, de cette lutte et la nature des moyens de la lutte. Une lutte défensive peut-être menée en utilisant tout un répertoire d’actions dont certaines seront considérées comme radicales. La grève en est une. Mais dès le 12&nbsp;février et dans les mois qui suivent manifestations et contre-­manifestations qui visent à interdire la rue aux fascistes se traduiront par de nombreux affrontements. Dès le 12&nbsp;février, si la manifestation parisienne, massive, se déroule sans incident, il y a des affrontements avec la police dans plusieurs villes. En banlieue parisienne les différentes manifestations se traduiront par 4&nbsp;morts. À Mulhouse la manifestation tourne à l’émeute quand les manifestant·es menacent de prendre la prison d’assaut jusqu’à obtenir la libération de camarades arrêtés la veille.</p>



<p>Par ailleurs la confiance prise dans l’expérience de la force collective et les expériences et débats générés par le mouvement créent une dynamique qui transforme la nature elle-même de la lutte. C’est ainsi que d’une riposte antifasciste le mouvement, avec la pression pour l’unité syndicale, va nourrir le retour, offensif, de la conflictualité sociale et développer le processus qui mènera au Front populaire.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;Fascisme et capital</em></h3>



<p>Le mouvement antifasciste n’a pas détruit les Ligues. Les périodes de crise profonde du capitalisme sont aussi des périodes de polarisation politique. Alors que le mouvement ouvrier retrouve des forces et de la combativité sous l’impulsion de la riposte anti­fasciste, certaines des Ligues vont connaître aussi une forte progression à la suite du 12&nbsp;février. Celle qui progressa le plus, et de manière spectaculaire, fut les Croix-de-feu. En deux ans cette organisation passa de 35 000 membres à 500 000 membres (en partie au détriment des autres Ligues).</p>



<p>Mais cette croissance impressionnante fut limitée aux classes moyennes et à la petite bourgeoisie radicalisées par la crise.</p>



<p>La pénétration –&nbsp;même limitée&nbsp;– de sections de la classe ouvrière et surtout sa passivité générale, nécessaires pour créer un parti fasciste de masse, lui furent bouchées à la fois par l’action du mouvement antifasciste et par la radicalisation vers la gauche ainsi créée.</p>



<p>Pour la majorité de la classe ouvrière, l&rsquo;espoir revint avec la combativité sociale retrouvée et avec la perspective du Front populaire. La CGT réunifiée allait elle bientôt regrouper 4&nbsp;millions de membres !</p>



<p>Le soutien du capital, l’autre facteur nécessaire à un parti fasciste pour prendre le pouvoir et instaurer le fascisme (pas seulement mener une politique « de droite ») fut ainsi mécaniquement bouché. Le coup de force fasciste du 6&nbsp;février avait créé, pour le capital, la pire des situations. La classe ouvrière s’était réveillée et retrouvait à la fois des forces et de la combativité sociale. Temporairement toute tentative de recours au fascisme ne permettait pas de discipliner l’ensemble de la société et en particulier la classe ouvrière mais ouvrait à celle-ci des potentialités révolutionnaires.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;L’échec de l’antifascisme est celui du Front populaire</em></h3>



<p>Dès l’automne 1934 les comités antifascistes se vident.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium is-resized"><img data-dominant-color="7e5c56" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7e5c56;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr4-300x192.jpg" alt="" class="wp-image-6567 not-transparent" width="321" height="205"/><figcaption class="wp-element-caption"><em><sub>Fresque rue du Clos, Paris 20<sup>e</sup></sub></em></figcaption></figure>
</div>


<p>Depuis juillet 1934 le sectarisme des directions du PS et du PC a laissé la place à un processus d’unité qui va bientôt se prolonger en un processus d’unification syndicale. Peu à peu le contenu aussi va évoluer, de l’antifascisme à la nécessité d’une transformation politique.</p>



<p>Cet appel à l’unité rejoint les aspirations de nombreux militant·es des différentes organisations tout comme l’évolution vers des perspectives plus globales et offensives : pour lutter contre le fascisme il faut empêcher les fascistes de se développer mais il faut aussi transformer le terreau sur lequel ils prospèrent.</p>



<p>Le problème n’est pas la dynamique générale de cette évolution. Elle est le contenu politique qui y est développé qui s’accompagne de l’abandon de toute lutte antifasciste spécifique.</p>



<p>L’initiative vient du PC mais surtout de l’Inter­nationale communiste dirigée par Moscou. Face à la menace représentée par Hitler pour l’URSS, Staline a décidé qu’il devait trouver des alliés parmi les gouvernements européens. L’heure n’est plus pour les partis communistes « frères » à la lutte contre le militarisme, à l’appel à la révolution. Elle est à l’appel à la défense de la Nation, à la défense des régimes en place… et à leur alliance avec l’URSS contre le fascisme.</p>



<p>En juillet un pacte d’unité d’action contre le fascisme est signé entre le PC et le PS. En octobre un nouveau cap est franchi quand le PC appelle à la constitution d’un <em>« Front populaire du travail, de la liberté et de la paix »</em> qui s’adresse non seulement au PS mais aussi au parti pro-capitaliste du centre, le parti radical.</p>



<p>Les comités antifascistes vont devenir des comités pour le Front populaire même s’il faudra des mois encore pour que l’accord se concrétise.</p>



<p>L’horizon de la lutte antifasciste se borne alors à la perspective électorale d’un bon gouvernement et à la promesse d’une dissolution des Ligues par l’État. Rien qui exige, sinon dans les urnes, l’implication active des masses.</p>



<p>Alors que, faiblesse déjà importante, la lutte contre le racisme n’avait jamais été développée, le tournant du PC s’accompagne d’une campagne nationaliste par la gauche. C’est alors que Le PC reprend le drapeau tricolore et la Marseillaise.&nbsp;</p>



<p>La dynamique qui avait bouché l’horizon des Ligues s’inverse progressivement à partir de la fin du mouvement de grèves et d’occupations de l’été 1936. Après la dissolution des Ligues par le gouvernement du Front populaire en juin 1936 les Croix-de-Feu se transforment en Parti social français (PSF). En 1937 le PSF regroupe 1&nbsp;million de membres alors que n’existe plus de mouvement spécifiquement antifasciste capable de continuer la lutte sur des bases défensives.</p>



<p>La déception engendrée par l’expérience du Front populaire va se traduire par de plus en plus de passivité dans la classe ouvrière. Pour la première fois les fascistes vont trouver une audience parmi des travailleur·euses. En 1937, dans la municipalité communiste de Montreuil, le PSF compte plus de 1 600&nbsp;membres soit près d’un habitant·e sur 40<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_16('footnote_plugin_reference_6562_16_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_16_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_6" class="footnote_tooltip">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, 2012.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_16_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_16_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;</p>



<p>En 1940 c’est l’assemblée du Front populaire dont ont été exclus les communistes, leur parti dissous en utilisant les mêmes textes que ceux utilisés pour dissoudre les Ligues, qui vote les pleins pouvoirs à Pétain. La guerre et l’occupation interrompent le processus de développement d’un fascisme français endogène… au bénéfice d’un fascisme importé.</p>



<p>Au sein d’une population majoritairement passive ou prête à collaborer.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-left">Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6562_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6562_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6562_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6562_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_16('footnote_plugin_tooltip_6562_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Daniel Guérin,&nbsp;<em>Front Populaire Révolution manquée,&nbsp;</em>1963.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_16('footnote_plugin_tooltip_6562_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gilles Vergnon,&nbsp;<em>L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen</em>, 2009.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_16_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_16('footnote_plugin_tooltip_6562_16_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Brian Jenkins et Chris Millington,&nbsp;<em>Le fascisme français</em>, 2020, et&nbsp;Pierre Milza,&nbsp;<em>Fascisme français passé et présent</em>, 1987.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_16_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_16('footnote_plugin_tooltip_6562_16_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire,&nbsp;</em>2006.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_16_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_16('footnote_plugin_tooltip_6562_16_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Idem.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_16_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_16('footnote_plugin_tooltip_6562_16_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, 2012.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6562_16() { jQuery('#footnote_references_container_6562_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6562_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6562_16() { jQuery('#footnote_references_container_6562_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6562_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6562_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_6562_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6562_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_6562_16(); } } function footnote_moveToReference_6562_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6562_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6562_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6562_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/">Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Union populaire et Front populaire : Mythe et critique du réformisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/union-populaire-et-front-populaire-mythe-et-critique-du-reformisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Meriem]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Oct 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=5936</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’Union populaire, puis la Nupes, ont créé une espérance mobilisatrice en redonnant crédit et forme à une idée qui, en réalité, n’a jamais cessé d’être dominante, sous différentes formes, au sein de la gauche et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/union-populaire-et-front-populaire-mythe-et-critique-du-reformisme/" title="Union populaire et Front populaire : Mythe et critique du réformisme">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’Union populaire, puis la Nupes, ont créé une espérance mobilisatrice en redonnant crédit et forme à une idée qui, en réalité, n’a jamais cessé d’être dominante, sous différentes formes, au sein de la gauche et du mouvement : le réformisme. Les références au Front populaire ont été multiples durant la campagne.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #04 &#8211; SEPTEMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>e récit « Front populaire » de la gauche colle particulièrement bien : l’unité de la gauche, partis et syndicats, construite sur la base d’une riposte au fascisme aboutit à la victoire électorale du 3 mai 1936. Le gouvernement qui se forme va accoucher en un temps record d’avancées sociales historiques : semaine des 40 heures, congés payés, conventions collectives. Sans parler des augmentations de salaires et de l’interdiction des ligues d’extrême droite. </p>



<p>D’autant plus qu’il existe une version un peu plus « gauche » : si le gouvernement a pu agir aussi vite et aussi radicalement c’est parce qu’il s’est appuyé sur un des mouvements sociaux les plus importants de l’histoire, celui des grèves et occupations d’usine de juin 1936. </p>



<p>Ajoutons que la version la plus radicale de ce récit – qui légitime aujourd’hui le ralliement de courants de la gauche radicale à l’Union populaire – fait de la dynamique électorale victorieuse le ferment du mouvement et de sa radicalisation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une dynamique électorale?</h2>



<p>Aux législatives de 1936 il y a en réalité eu peu de&nbsp;dynamique électorale. Au total l’accroissement&nbsp;des voix par rapport aux élections précédentes est&nbsp;très faible. Ce sont les accords de désistement au&nbsp; second tour qui permettent à la coalition Front&nbsp;populaire d’obtenir la majorité parlementaire.&nbsp;</p>



<p>Signe de la polarisation globale, des trois formations qui composent le regroupement, le parti&nbsp;radical (parti non ouvrier, sorte d’équivalent du Modem) s’écroule, le parti socialiste se maintient&nbsp;et c’est le parti communiste (considéré comme l’aile gauche) qui progresse.&nbsp;</p>



<p>Par contre la victoire et la perspective d’un&nbsp;gouvernement plus à gauche que ce qui était prévu suscitent tout de suite l’enthousiasme populaire.&nbsp;Des manifestations éclatent dans de nombreuses&nbsp;villes dès le résultat des élections. Le 24 mai une&nbsp;vague humaine de 600 000 manifestant·es défile&nbsp;au Père-Lachaise à Paris à l’occasion de l’anniversaire de la Commune et ovationne les dirigeants&nbsp;de gauche unis à la tribune dont Léon Blum qui&nbsp;va former le gouvernement.&nbsp;</p>



<p>Et c’est dans ce contexte que va se déclencher&nbsp;un des mouvements de grèves les plus importants&nbsp;de l’histoire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les élections, ferment des luttes?</h2>



<p>Le processus démarre quelques jours après la&nbsp;victoire électorale les 10 et 11 mai par deux grèves&nbsp;(à Toulouse et au Havre) exigeant la réintégration&nbsp;d’ouvriers licenciés pour avoir chômé le 1<sup>er </sup>mai&nbsp;(qui n’était pas encore un jour férié). Le 14 mai&nbsp;une grève éclate aux usines Bloch de Courbevoie&nbsp;avec cette fois des revendications sur les salaires&nbsp;et le temps de travail. Tout est déjà là, les grèves&nbsp;se font par occupation et elles sont très courtes&nbsp;car rapidement victorieuses.&nbsp;</p>



<p>Et cela est contagieux. Jusqu’au cours du mois&nbsp;de juillet le mouvement va s’étendre en termes géographiques comme en termes de secteurs touchés.&nbsp;Des grèves et occupations se déclenchent sans&nbsp; avoir parfois encore formulé de revendications.&nbsp;Il y aura plusieurs millions de grévistes : 1 million&nbsp;au moment où Blum prend ses fonctions le 4 juin,&nbsp;2 millions le 11 juin, trois jours après les accords&nbsp;de Matignon. Au milieu de l’été les grèves auront&nbsp;concerné plus de 12 000 entreprises dont près de&nbsp;9 000 ont été occupées.&nbsp;</p>



<p>Il est indéniable que la victoire électorale joue&nbsp;un rôle dans le développement du mouvement.&nbsp;Encore faut-il préciser. Après une quinzaine d’années de reculs sociaux et politiques les conditions&nbsp;du conflit étaient là n’attendant qu’un élément&nbsp;déclencheur. Ce que donne, à ce moment-là, la&nbsp;victoire électorale, c’est la confiance nourrie par&nbsp;le sentiment que le gouvernement, pour cette fois,&nbsp;«est de notre côté».&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le relai sera pris par le cycle des victoires obtenues très rapidement, les patrons cédant très vite en&nbsp; espérant éviter une radicalisation du mouvement.&nbsp;Joue aussi, grâce aux occupations, le sentiment&nbsp;d’une dignité retrouvée.&nbsp;En bref, plus que la victoire électorale, c’est la&nbsp;dynamique du mouvement lui-même qui en est&nbsp;le moteur.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Rôle des organisations</strong></h2>



<p>Les grèves sont spontanées, ce qui n’exclut pas ici et là l’initiative de militant·es syndicaux et politiques. Antoine Prost écrit : <em>« Il est clair qu’aucune force politique ou syndicale nationale n’a voulu ces grèves »</em>. Sur l’ensemble du mouvement de juin 1936, les taux de syndicalisation sont très faibles dans les secteurs à fortes grèves comme la métallurgie (4 %) ou le textile (5 %). Inversement ces taux de syndicalisation sont de 22 % dans les chemins de fer, 44 % à la poste, 35 % dans l’enseignement… où il n’y a pas de grèves. Il n’y aura aucun appel syndical à la grève générale ou même à des grèves interprofessionnelles. Le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, admettra le 15&nbsp;juin : <em>« le mouvement s’est déclenché sans qu’on sût exactement comment et où »</em>.</p>



<p>Mais les organisations ne vont pas rester passives face à la dynamique d’élargissement et les dangers de radicalisation. Leurs directions vont très rapidement se mobiliser… pour l’arrêter.&nbsp;</p>



<p>La classe dirigeante et le patronat sont aux abois. Ce sont leurs représentants qui seront à l’origine des négociations qui aboutissent aux accords de Matignon. L’urgence pour eux c’est de faire stopper les occupations. L’accord de Matignon du 7&nbsp;juin aboutit à des augmentations de salaires de 7 à 15 %, la reconnaissance des syndicats et l’ouverture de négociations sur les conventions collectives. La semaine des 40&nbsp;heures et les congés payés feront l’objet de lois votées en urgence les 11 et 12&nbsp;juin par le Parlement et le Sénat.&nbsp;</p>



<p>Mais plutôt que de faire refluer le mouvement c’est l’inverse qui se produit. C’est dans les jours qui suivent l’accord que le mouvement prend sa plus grande extension notamment en dehors de la région parisienne et malgré les consignes syndicales.&nbsp;</p>



<p>Là où Blum et Jouhaux échouent à stopper le mouvement il va revenir au Parti communiste et à Maurice Thorez de mettre tout leur poids dans la balance. Le 11&nbsp;juin Thorez prononce un discours qui restera célèbre : <em>« il faut savoir terminer une grève (…) il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées »</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Après le reflux la contre-offensive patronale</strong></h2>



<p>Il faudra encore quelques semaines… et l’arrivée d’août et des congés payés pour faire réellement refluer le mouvement. Des grèves recommenceront à l’automne mais la dynamique n’est plus la même. Entre temps le patronat s’est ressaisi, a modifié son organisation pour se coordonner et l’inflation grignote rapidement les augmentations de salaires.</p>



<p>Laissé à sa dynamique propre, le gouvernement du Front populaire se met à reculer sur tous les fronts. Fin septembre c’est la dévaluation qui va exacerber la hausse des prix. En janvier Léon Blum annonce « la pause » dans les réformes. <em>« C’est plus qu’une pause, c’est une conversion »</em> écrit <em>le Temps</em>, journal patronal. Le gouvernement Blum va tomber en juin 1937 sur un simple vote du Sénat. Les gouvernements qui se succèdent, de crise en crise, vont de plus en plus vers la droite.&nbsp;</p>



<p>En 1940 c’est l’assemblée du Front populaire dont ont été exclus les communistes, le Parti communiste ayant été interdit, qui vote les pleins pouvoirs à Pétain.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’insuffisance de la thèse de la trahison</strong></h2>



<p>La thèse de la trahison du mouvement par les dirigeants est, au mieux, insuffisante. Elle reste dans le cadre réformiste : il suffirait de trouver de bons dirigeants. Elle laisse de côté la critique de la base même du réformisme, l’idée que les antagonismes sociaux peuvent être conciliés en prenant les leviers de commande d’une institution qui serait neutre, l’État.</p>



<p>Sa conséquence stratégique est de limiter le passage de l’antagonisme social et politique en affrontement de classe. Les directions réformistes auront beau jeu ensuite, comme elles l’ont fait en juin&nbsp;1936 et après, de se justifier en disant que la classe ouvrière et la majorité de la société n’étaient pas révolutionnaires.</p>



<p>Pour Marx le processus révolutionnaire et l’affrontement de classe, au patronat et à l’État, ne sont pas uniquement nécessaires pour transformer la structure de la société. Ce processus est aussi nécessaire pour transformer la classe ouvrière elle-même : <em>« l’émancipation des travailleur·euses sera l’œuvre des travailleur·euses eux et elles-mêmes »</em>.</p>



<p>Il n’en reste pas moins que, aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’effet du mouvement de juin 1936 sera une croissance extraordinaire des organisations, syndicats et partis, principalement la CGT et le Parti communiste, qui va continuer encore pendant des mois. L’échec du réformisme ne se traduira pas par des conclusions révolutionnaires mais par la démoralisation et la passivité. Cela est-il inévitable ? Comment le conjurer ? Un prochain article essaiera, sur la base de cette période, de tracer des pistes.</p>



<p><strong>Denis Godard</strong></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/union-populaire-et-front-populaire-mythe-et-critique-du-reformisme/">Union populaire et Front populaire : Mythe et critique du réformisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1995 : Décembre chaud en France</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1995-decembre-chaud-en-france/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Sep 2022 04:59:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=3626</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article a été initialement publié dans la revue International Socialism n°70, sortie au printemps 1996. Il nous semblait important de rendre disponible en français cet article qui permet d&#8217;identifier d&#8217;un côté la continuité entre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1995-decembre-chaud-en-france/" title="1995 : Décembre chaud en France">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:italic;font-weight:600"><em>Cet article a été initialement publié dans la revue <a aria-label="International Socialism n°70 (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.marxists.org/archive/harman/1996/03/france.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">International Socialism n°70</a>, sortie au printemps 1996.</em> Il nous semblait important de rendre disponible en français cet article qui permet d&rsquo;identifier d&rsquo;un côté la continuité entre le plan Juppé et la réforme des retraites de Macron pour le Capital français, et de l&rsquo;autre, de confronter les dynamiques des luttes de notre classe et d&rsquo;en identifier les obstacles à dépasser.</p>



<hr class="wp-block-separator has-css-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:30px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-drop-cap">Décembre 1995 a vu la plus grande éruption de la lutte de classe en France depuis un quart de siècle. Quelque 2 millions de travailleurs et travailleuses du secteur public ont déclenché des grèves sur une période de trois semaines et demie. Les grèves ont atteint un crescendo chaque semaine avec un ou deux jours d&rsquo;action, lorsque des manifestations à Paris et dans les villes de province impliquant de 1 à 2 millions de personnes ont rassemblé non seulement des travailleurs dans le cadre d&rsquo;une grève reconductible, mais aussi de nombreux autres groupes du secteur public et un nombre important de délégations du secteur privé.</p>



<p>Il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;une grève générale, dans la mesure où elle se limitait à des pans clés du secteur public. Mais elle a pratiquement paralysé les communications dans toutes les villes de France. Et elle a poussé la lutte des classes au centre de la vie politique. Pendant un mois, les journaux, les émissions de télévision et de radio ont été dominés par la discussion sur les «&nbsp;conflits sociaux&nbsp;». Tout cela s&rsquo;est produit à peine huit mois après la célébration par les partis de droite de la victoire de leur candidat, Chirac, à l&rsquo;élection présidentielle, qui venait s&rsquo;ajouter à leur imposante majorité de 390 sièges au parlement. La déception suscitée par 14 ans de présidence du Parti Socialiste sous Mitterrand avait conduit de nombreux travailleurs à rompre leur soutien traditionnel aux partis de gauche &#8211; un quart d’entre eux environ ayant voté pour le parti fasciste Front national  &#8211; en même temps que le taux de syndicalisation avait subi une très forte chute.</p>



<p>Les grèves et
les manifestations évoquaient inévitablement des comparaisons avec
deux grandes précédentes poussées de la lutte de la classe
ouvrière en France &#8211; celle de 1936, qui a permis d’obtenir pour la
première fois des congés payés, la semaine de 40 heures et conduit
à la première vague massive de syndicalisation en France et celle
de 1968. Mais elles soulèvent aussi des questions qui vont bien
au-delà de la politique française. Au niveau international, elles
ont contribué à remettre en question une stratégie centrale de
sections clés du capital européen, l&rsquo;Union économique et
monétaire. Elles ont également soulevé, dans toute l&rsquo;Europe, le
problème de la prétention des classes dirigeantes à vouloir
réduire les prestations sociales. Elles ont constitué un défi pour
tous ceux qui affirment que la lutte des classes appartient au
passé.&nbsp;</p>



<p>Pour toutes ces
raisons, la question du caractère des grèves de décembre est
centrale pour les révolutionnaires. Étaient-elles simplement
défensives ou ont-elles soulevé des problèmes plus larges ?
Seront-elles rapidement oubliées ou seront-elles potentiellement le
prélude à des événements d&rsquo;une immense importance ? Et dans le
second cas, quelles en sont les implications pour l&rsquo;activité
politique des révolutionnaires ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les causes</h3>



<p>La cause
immédiate des grèves françaises a été le «&nbsp;plan&nbsp;» du
Premier ministre Juppé de réforme du système de sécurité sociale
&#8211; la «&nbsp;Sécu&nbsp;». Il s&rsquo;agit d&rsquo;une série de mesures qui
touchent tous les travailleurs, mais particulièrement ceux du
secteur public :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>L&rsquo;augmentation
	pour les employés du secteur public du nombre d&rsquo;annuités à
	cotiser pour avoir droit à une pension de retraite, qui est passé
	de 37,5 à 40 ans &#8211; une mesure déjà imposée aux travailleurs du
	secteur privé en 1993 ;
	</li>



<li>L’augmentation
	des frais d&rsquo;hospitalisation et la mise en place de restrictions sur
	le remboursement des médicaments ;
	</li>



<li>Le
	gel et l&rsquo;imposition des allocations familiales versées aux familles
	à faible revenu avec enfants et l&rsquo;augmentation des cotisations
	d&rsquo;assurance maladie pour les retraités et les chômeurs ;
	</li>



<li>Une
	nouveau prélèvement de 0,5%, y compris sur les salaires les plus
	bas [Le RDS, Remboursement de la Dette Sociale, NdT]
	</li>



<li>Mettre
	fin à la gestion paritaire (syndicats/patronat) du système
	d&rsquo;assurance maladie pour le remettre directement entre les mains de
	l&rsquo;État, qui pourrait chaque année réduire les prestations [La
	renégociation des statuts de l’UNEDIC, NdT]
</li>
</ul>



<p>Juppé se vantait
de faire la réforme que ses prédécesseurs avaient eu peur de mener
à bien «&nbsp;depuis 30 ans&nbsp;».</p>



<p>Outre le plan
Juppé proprement dit, d&rsquo;autres «&nbsp;réformes&nbsp;» ont été
annoncées dans les mêmes jours. L&rsquo;une concernait un «&nbsp;contrat
de plan&nbsp;» prévoyant une rationalisation radicale du système
ferroviaire français, avec une réduction généralisée des
services offerts et la fermeture de gares et de lignes, similaire à
de nombreux égards au plan Beeching mis en œuvre en Grande-Bretagne
dans les années 1960. Une autre posait la possibilité d&rsquo;une
privatisation partielle du service téléphonique &#8211; et, par voie de
conséquence, d&rsquo;autres industries du secteur public. Une troisième
proposait une refonte du régime fiscal, avec un rééchelonnement du
barème afin d&rsquo;alourdir le fardeau des salariés tout en réduisant
la part des hauts revenus.</p>



<p>Ces mesures, ainsi que le gel des salaires dans le secteur public annoncé un mois plus tôt, avaient pour objectif immédiat de réduire le déficit budgétaire de l&rsquo;État français afin de le ramener aux 3 % du critère de Maastricht pour l’Union européenne. Cela a conduit certains à considérer Maastricht comme le seul facteur à l&rsquo;origine de la décision de Juppé. Ainsi, le secrétaire général du Parti communiste français a dénoncé l&rsquo;appel du président Chirac à réduire le déficit comme un «&nbsp;alignement total sur l’Allemagne&nbsp;» et un «&nbsp;lever du drapeau blanc devant les marchés financiers&nbsp;» qui menacent gravement «&nbsp;la France et sa souveraineté&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_1" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em> du 11 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/11/robert-hue-persiste-a-defendre-une-opposition-constructive_3892115_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/11/robert-hue-persiste-a-defendre-une-opposition-constructive_3892115_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>La pression en
faveur d’une Union économique et monétaire a clairement joué un
rôle dans le calendrier des mesures de Juppé. Juppé appartient à
l&rsquo;aile de la classe dirigeante française qui considère qu&rsquo;une telle
union, impliquant les capitalistes français, allemands, belges et
néerlandais, est essentielle au renforcement de la position de la
classe dirigeante française sur la scène internationale. Mais il
est intéressant de noter qu&rsquo;une grande partie des pressions en
faveur de la réduction du déficit provient de groupes rivaux au
sein de la classe dirigeante et des partis conservateurs, qui sont
résistants à l&rsquo;Union européenne. Pour eux, la question du déficit
budgétaire n&rsquo;est pas une question qui découle de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre
stratégie de politique étrangère, mais plutôt des besoins
pressants du capitalisme français indépendamment de la stratégie
poursuivie.</p>



<p>La quasi-totalité
des économies capitalistes ont été caractérisées par
d&rsquo;importants déficits budgétaires lors des crises des deux
dernières décennies. Comme l&rsquo;a dit le Financial Times :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les États-Unis en ont un. Les Européens en ont un, et maintenant même le Japon en a un. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils ont tous ? Un grave problème fiscal. C&rsquo;est le grand thème de la décennie, un thème qui façonnera le rythme de la vie financière et formera le fond sonore cacophonique du débat politique dans la plupart des pays industrialisés<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_2" class="footnote_tooltip">Editorial, <em>Financial Times</em>, 6 Janvier 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Les déficits
sont le produit de la crise générale du système. Des taux de
croissance nettement inférieurs à ceux des années 1950, 1960 et du
début des années 1970 signifient que les recettes publiques
n&rsquo;augmentent pas assez vite pour compenser les niveaux de dépenses,
même si celles-ci augmentent plus lentement que par le passé. En
fait, ces recettes peuvent même baisser dans la mesure où les
gouvernements réduisent l&rsquo;impôt sur les bénéfices pour compenser
la baisse des taux de profit à long terme des grandes entreprises et
réduisent l&rsquo;impôt sur les hauts revenus. Comme le note le Financial
Times :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La part totale des dépenses publiques par rapport au PNB dans les pays industrialisés s&rsquo;est stabilisée au début des années 80. Elle l&rsquo;a fait, cependant, à des niveaux que les différents gouvernements ne pouvaient pas ou ne voulaient pas couvrir par les impôts&#8230; Les déficits budgétaires qui en ont résulté ont fait passer le ratio de la dette publique brute au PNB de 41 % en 1980 à 72 % en 1995. Les promesses en matière de retraite mais sans financement font en sorte que le pire est à venir presque partout<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_3" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Il en résulte ce que l&rsquo;on appelle parfois «&nbsp;la première crise mondiale de la dette&nbsp;» &#8211; la crainte qu&rsquo;à un moment donné, la dette publique d’un grand pays industriel atteigne un niveau tel que les marchés financiers internationaux ne veuillent plus financer, ce qui entraînerait une énorme instabilité à l’intérieur de ce pays ainsi qu’un «&nbsp;choc majeur pour le système financier mondial&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_4" class="footnote_tooltip">Pour approfondir ce point, voir par exemple E. Ball, Lurking Threat of First World Debt Crisis, Financial Times, 27 Octobre 1993 ;&nbsp; M. Wolf, The Looming Crisis of Industrial Country Public Debt, Financial Times, 12 Juillet 1993 ; éditorial, Financial Times, 3 Janvier 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Il en résulte que toutes les grandes puissances industrielles sont sous pression pour gérer leur déficit, mais ne savent pas comment le faire :</p>



<p>Les gouvernements seront punis s&rsquo;ils gonflent leur budget pour sortir de leur dilemme – il leur est interdit de s’en sortir en augmentant les taxes – ce qui d’ailleurs n’améliorerait probablement pas le taux de croissance de leur économies. Il ne leur reste plus qu&rsquo;à rogner sans cesse les promesses faites à une époque antérieure, plus heureuse<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_5" class="footnote_tooltip">Éditorial, <em>Financial Times</em>, 6 Janvier 1996.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>La situation est particulièrement grave pour les États capitalistes européens, qu&rsquo;ils appliquent ou non les accords de Maastricht. Dans les années 1950, 1960 et 1970, ils ont tous pu bénéficier de taux de profit élevés et d&rsquo;économies en croissance rapide, tout en faisant des concessions substantielles aux travailleurs sur les salaires, le temps de travail ou encore la législation sociale &#8211; soit en réponse à des niveaux élevés de luttes industrielles (Belgique 1960-1961, France 1968, Italie 1969-1975) soit pour prévenir qu’une lutte de ce type ne perturbe la stabilité sociale (Scandinavie sous une succession de gouvernements sociaux-démocrates, Allemagne de l’Ouest à la fois sous des gouvernements chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates).</p>



<p>Dans les années 1980 et au début des années 1990, ils ont tenté de revenir sur certaines de ces concessions avec une vague de «&nbsp;rationalisation&nbsp;» de l&rsquo;industrie privée, conduisant à une augmentation du chômage, de la fiscalité aux dépens des travailleurs (la TVA sous le gouvernement Mitterrand en France et la «&nbsp;taxe unitaire&nbsp;» imposée par Kohl en Allemagne), des tentatives pour maintenir les augmentations salariales au-dessous de celles du coût de la vie (le démantèlement de l’échelle mobile dans salaires en Italie), des attaques directes sur les prestations sociales (aussi bien sous des gouvernements de droite que sociaux-démocrates en Scandinavie, réforme des retraites en Italie). Mais cela n’a pas suffi à combler le désavantage des capitalismes européens face à la concurrence des capitalismes japonais et américains. Les niveaux de productivité dans l&rsquo;industrie sont inférieurs à ceux du Japon ou des États-Unis, les salaires réels sont plus élevés qu&rsquo;aux États-Unis (mais pas qu’au Japon il est vrai) et les salariés travaillent beaucoup moins d&rsquo;heures :&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading">Nombre moyen d&rsquo;heures travaillées : (par an, pour un salarié à taux plein en 1994)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_6" class="footnote_tooltip">Chiffres de l’Institut der Deutschen Wirtschaft, reproduit dans Le Monde, 21 Décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></h6>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>Japon&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </td><td>1964</td></tr><tr><td>USA</td><td>1994</td></tr><tr><td>Canada</td><td>1898</td></tr><tr><td>Angleterre</td><td>1826</td></tr><tr><td>Italie</td><td>1803</td></tr><tr><td>Suède</td><td>1620</td></tr><tr><td>Hollade</td><td>1615</td></tr><tr><td>France</td><td>1607</td></tr><tr><td>Danemark</td><td>1581</td></tr><tr><td>Belgique </td><td>1581</td></tr><tr><td>Allemagne de l&rsquo;ouest</td><td>1527</td></tr></tbody></table></figure>



<p>«&nbsp;Aujourd&rsquo;hui, un Allemand travaille chaque année un trimestre de moins qu&rsquo;un Japonais et treize semaines de moins qu&rsquo;un Américain !»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_7" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/duree-legale-et-duree-reelle-du-travail-sont-de-moins-en-moins-liees_3890608_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/duree-legale-et-duree-reelle-du-travail-sont-de-moins-en-moins-liees_3890608_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Et ce n&rsquo;est pas tout. Le nombre moyen d&rsquo;heures travaillées par an a augmenté aux États-Unis, de sorte que le travailleur moyen travaille désormais trois semaines de plus par an qu&rsquo;en 1980, tandis que les travailleurs français et allemands travaillent respectivement deux semaines et trois semaines de moins qu&rsquo;en 1980. Il n&rsquo;est pas étonnant que les porte-parole de certains secteurs du capitalisme européen se plaignent de plus en plus de «&nbsp;l&rsquo;euro-sclérose&nbsp;», affirmant qu&rsquo;ils paient trop cher la composante sociale de «&nbsp;l&rsquo;économie sociale&nbsp;» de marché, le chancelier Kohl appelant par exemple à ce que la RFA «&nbsp;s&rsquo;adapte aux changements profonds de son mode de vie en augmentant les heures de travail&nbsp;».</p>



<p>Les capitalistes de toute l&rsquo;Europe font
pression en faveur de pratiques de travail «&nbsp;plus flexibles&nbsp;»,
d&rsquo;une année de travail plus longue, d’un allongement de la durée
de cotisations pour les retraites et d&rsquo;une baisse du niveau des
pensions, d&rsquo;une «&nbsp;rationalisation&nbsp;» des services de santé
et d&rsquo;une hausse de la fiscalité indirecte. Tous poussent à des
politiques «&nbsp;anti-inflationnistes&nbsp;» et à des
déréglementations afin d’empêcher les entreprises de céder aux
pressions des travailleurs pour des augmentations salariales qui
maintiennent leur niveau de vie. Partout, la tendance est à
l’adoption du langage du «&nbsp;néolibéralisme&nbsp;» &#8211; d&rsquo;une
attitude thatchérienne à l&rsquo;égard des services sociaux et des
services publics. Le plan Juppé s&rsquo;inscrit parfaitement dans cette
logique.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La tactique de
Juppé</strong></h3>



<p>La stratégie de Juppé ne faisait donc qu&rsquo;une avec celle des autres sections du capitalisme européen, qu&rsquo;elles soient pro- ou anti-Maastricht. Mais il y avait des particularités à sa tactique, résultant de la situation politique.</p>



<p>Tout d&rsquo;abord, il y a eu la façon soudaine et improvisée dont il a présenté le plan. Pendant les 14 années de la présidence Mitterrand, il y a eu une longue série d&rsquo;attaques au compte-goutte contre les conditions de travail et les acquis sociaux des travailleurs français. Deux tentatives d&rsquo;accélération de ces attaques, lorsque Mitterrand était président en cohabitation avec un Premier ministre de droite, ont provoqué une montée soudaine de luttes acharnées, l&rsquo;impopularité du gouvernement et un retour rapide à la méthode de longue haleine. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est produit à la fin de 1986, lorsque le Premier ministre Chirac a dû reculer face à une série d&rsquo;énormes manifestations étudiantes et à une grève ferroviaire très efficace, ce qui a entraîné une perte de vitesse pour son gouvernement et des victoires électorales pour le Parti socialiste deux ans plus tard. Cela s&rsquo;est de nouveau produit en 1993-1994 lorsque, malgré une énorme majorité parlementaire, le Premier ministre conservateur Balladur a dû battre en retraite face à d&rsquo;énormes mobilisations contre ses tentatives de réduire le salaire minimum pour les jeunes travailleurs [Le CIP, Contrat d’Insertion Professionnel, rémunéré à 60% du SMIC, NdT] et face à une grève très militante à Air France. Chirac lui-même semble avoir tiré les leçons de ces expériences lors de sa campagne présidentielle au printemps 1995 : il vola la victoire à son rival de droite, Balladur, avec des promesses populistes de s&rsquo;attaquer au chômage, de maintenir le système social intact et d&rsquo;augmenter les salaires. Cette prise de position lui a valu les suffrages de nombreux travailleurs désabusés par l&rsquo;expérience du Parti socialiste au pouvoir, et lui attira même un quasi-soutien de Blondel, le leader de la troisième plus importante confédération syndicale française, Force Ouvrière.</p>



<p>Une fois la majorité conservatrice établie, Chirac remplaçant Mitterrand à la présidence et Juppé prenant la relève du Premier ministre, les milieux d&rsquo;affaires ont exercé une pression croissante pour faire oublier ces propos. Au début, Juppé a semblé résister à ces pressions et a congédié un ministre clé qui a insisté pour que des mesures plus sévères soient prises. Mais cela créa un malaise dans les milieux d&rsquo;affaires qui ont commencé à penser qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas un gouvernement disposé à défendre leurs intérêts. Le franc subit des pressions sur les marchés monétaires internationaux, Juppé a fait l&rsquo;objet d&rsquo;attaques répétées de la part de la majorité parlementaire conservatrice et les sondages d&rsquo;opinion montrèrent une chute du soutien à Juppé et Chirac d’environ la moitié au sein de la population des petites entreprises<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_8" class="footnote_tooltip">Chiffres d’un sondage d’opinion donnés dans <em>Le Monde</em>, 21 Octobre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Juppé et Chirac ont essayé, désespérément, d&rsquo;alléger les pressions patronales et politiques qui s&rsquo;exerçaient sur eux. Juppé a annoncé un gel des salaires dans le secteur public en octobre, même si cela a conduit des syndicats du secteur public à une grève très suivie d&rsquo;une journée. Chirac a prononcé un discours télévisé dans lequel il a admis avoir «&nbsp;sous-estimé l’ampleur du problème&nbsp;» du déficit budgétaire<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_9" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em>, 28 Octobre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/10/28/deficits-publics-j-ai-sous-estime-l-ampleur-du-probleme_3886432_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/10/28/deficits-publics-j-ai-sous-estime-l-ampleur-du-probleme_3886432_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.  Mais les grandes entreprises et les parlementaires de droite étaient encore sur leur faim jusqu&rsquo;à ce que, quinze jours plus tard, Juppé présente soudainement à l&rsquo;Assemblée nationale son plan de «&nbsp;réforme&nbsp;»  </p>



<p>L&rsquo;attitude des
grandes entreprises et de la droite parlementaire à l&rsquo;égard du
gouvernement s&rsquo;est transformée. Soudain, celui-ci semblait adopter
une orientation ferme. «&nbsp;La seconde naissance du premier
ministre&nbsp;», titrait Le Monde.</p>



<p>Pour la première fois en six mois, Alain Juppé vient de retrouver son souffle. D&rsquo;un coup, il a élargi sa marge de manœuvre… il a[…] mené à bien cette opération de sauvetage politique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_10" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 17 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/17/la-seconde-naissance-du-premier-ministre_3885920_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/17/la-seconde-naissance-du-premier-ministre_3885920_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>«&nbsp;Les marchés financiers (…) saluent la rigueur le plan&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_11" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, rapportait ce journal. Il semblait même que Juppé était en passe d’obtenir le soutien de certains secteurs de l&rsquo;opposition socialiste. «&nbsp;<em>Juppé a tapé fort</em> », a admis l&rsquo;ancien premier ministre du Parti socialiste, Michel Rocard, alors que son collègue, l&rsquo;ancien ministre de la Santé, se disait prêt «&nbsp;<em>à soutenir</em> <em>le gouvernement&nbsp;</em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_12" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pourtant, il y avait plus de panique que de préméditation dans le «&nbsp;coup&nbsp;» de Juppé. Dans son désir de gagner de tels honneurs, il n&rsquo;a pas su tirer les leçons des attaques gouvernementales les plus réussies en Europe contre les conditions de travail des travailleurs au cours des deux dernières décennies. Elles ont toujours été basées sur des stratégies mûrement réfléchies visant à monter les travailleurs les uns contre les autres. La clé du succès de Thatcher au cours de ses deux premiers mandats fut le «&nbsp;plan Ridley&nbsp;» &#8211; une stratégie détaillée, élaborée alors que les Tories [grand parti conservateur de la droite anglaise, NdT]étaient encore dans l&rsquo;opposition à la fin des années 1970, pour s&rsquo;attaquer à des groupes de travailleurs forts un par un, épargnant les autres temporairement. Ainsi, lorsqu&rsquo;en 1981, par exemple, elle a dû faire face à des grèves sauvages de plus en plus nombreuses contre les fermetures de mines, elle a reculé, et ne s’en est pris de nouveau aux mineurs que trois ans plus tard, le temps de constituer des stocks de charbon et de préparer les centrales électriques. Et au cours de la grande grève des mineurs, elle n&rsquo;a pas hésité à concéder des augmentations de salaire à d&rsquo;autres groupes comme les cheminots et les postiers afin d&rsquo;isoler les mineurs, ou à retarder la nomination de MacGregor comme patron de l&rsquo;industrie du charbon, quand il voulait une action drastique qui aurait pu amener d&rsquo;autres sections de travailleurs à venir en aide aux mineurs. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au cours de son troisième mandat qu&rsquo;elle a commis l&rsquo;erreur fatale de faire adopter une mesure &#8211; la «&nbsp;poll tax&nbsp;» &#8211; qui frappait pratiquement tous les travailleurs simultanément.</p>



<p>En revanche,
Juppé a opté pour des mesures qui touchaient directement les droits
à la retraite de tous les groupes d&#8217;employés du secteur public,
réduisaient les soins de santé pour tous et augmentaient les impôts
&#8211; et ce en même temps qu&rsquo;il a proposé un plan qui impliquait une
attaque massive contre les emplois des cheminots. C&rsquo;était comme s&rsquo;il
essayait de faire en quelques semaines ce que les conservateurs
britanniques avaient mis une décennie à réaliser &#8211; et ce seulement
six mois après avoir promis le contraire lors des élections.</p>



<p>Il a également
commis une autre erreur très grave. Il s’est mis à dos la grande
confédération syndicale historiquement la plus sensible aux
programmes du capitalisme français, Force Ouvrière. Ce syndicat est
né d&rsquo;une scission au sein du syndicat CGT dirigé par les
communistes au début de la guerre froide, en 1948-1949, et dans de
nombreux secteurs de l&rsquo;économie, FO a survécu grâce au soutien du
gouvernement et des employeurs. Cela lui a permis d&rsquo;être le syndicat
dominant parmi les groupes de fonctionnaires traditionnellement non
militants. Cela lui a également permis d&rsquo;accéder à des postes
d&rsquo;influence au sein des comités paritaires patronat-syndicats qui
administrent le système de 300 milliards de francs de l’assurance
sociale. Comme l&rsquo;indique un article paru dans Le Monde, le CNPF, la
fédération patronale française, avait conclu une alliance «&nbsp;qui
a permis à FO de diriger la Caisse nationale de l&rsquo;assurance maladie
pendant 28 ans&nbsp;».</p>



<p>En raison de
l&rsquo;attitude amicale des employeurs et du gouvernement à son égard
pendant la plus grande partie des 48 dernières années, la direction
de FO a eu tendance à se tenir à l&rsquo;écart des manifestations
organisées par les autres grandes confédérations syndicales, la
CGT et la CFDT, contribuant ainsi à faire en sorte que la plupart
des grèves soient des grèves minoritaires de l’une ou l’autre
confédération.</p>



<p>Le secrétaire général de FO, Marc Blondel &#8211; élu au pouvoir avec le soutien des pro-chiraquiens du syndicat (ainsi qu&rsquo;un groupe de soi-disant trotskystes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_13" class="footnote_tooltip">Le Parti des Travailleurs, anciennement le Parti Communiste Internationaliste, de Pierre Lambert, qui détient la direction de quelques fédérations dans Force Ouvrière.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>) &#8211; n&rsquo;avait certainement pas l&rsquo;intention de briser cette alliance. Il avait adopté une attitude bienveillante à l&rsquo;égard de Chirac lors des élections présidentielles du printemps, tenu deux ou trois réunions privées avec lui à l&rsquo;automne et déclarait publiquement qu&rsquo;il avait «&nbsp;l&rsquo;écoute de Chirac&nbsp;». Début novembre, il a signé un accord avec la confédération patronale sur «&nbsp;l&rsquo;annualisation du temps de travail&nbsp;», une mesure qu&rsquo;il avait précédemment dénoncée<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_14" class="footnote_tooltip">Voir le compte-rendu détaillé des voltefaces de Blondel dans <em>Le Monde</em>, 23 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/23/comment-le-general-blondel-a-perdu-la-bataille-de-la-secu_3888257_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/23/comment-le-general-blondel-a-perdu-la-bataille-de-la-secu_3888257_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Et il a cherché à faire taire les rumeurs sur les menaces que le gouvernement faisait peser sur le système de sécurité sociale en se vantant, après une réunion avec le ministre du Travail Jacques Barrot le 11 novembre, que «&nbsp;la Sécurité sociale est sauvée&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_15" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/la-majorite-debout-applaudit-le-premier-ministre_3890640_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/la-majorite-debout-applaudit-le-premier-ministre_3890640_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pourtant, un des aspects du coup de Juppé consistait à mettre au tapis cet allié traditionnellement proche dans la bureaucratie syndicale. Ses «&nbsp;réformes&nbsp;» n&rsquo;impliquaient pas seulement une attaque contre les prestations sociales des membres de FO, mais menaçaient également la domination par la bureaucratie de ce syndicat de l&rsquo;administration de l&rsquo;assurance maladie &#8211; et les rétributions bien payées qui allaient avec. Il n&rsquo;est donc guère surprenant que le caniche se retourne amèrement contre son maître. «&nbsp;C&rsquo;est la fin de la Sécurité sociale, la plus grande opération de rapt de l&rsquo;histoire de la République&nbsp;», a déclaré Mme Blondel. «&nbsp;«&nbsp;La Sécu&nbsp;» est «&nbsp;la propriété&nbsp;» des salariés et les mesures annoncées par M. Juppé relèvent d’un «&nbsp;vol&nbsp;»&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_16" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em>, 18 Novembre 1995 et 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html</span></a><a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/18/la-position-de-force-ouvriere-dans-l-assurance-maladie-est-ebranlee_3885976_1819218.html" target="_blank"> , <span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/18/la-position-de-force-ouvriere-dans-l-assurance-maladie-est-ebranlee_3885976_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Il appelle rapidement à des mobilisations, y compris des grèves, contre ses anciens amis du gouvernement.</p>



<p>Il y avait une seule consolation pour Juppé. La dirigeante de la deuxième confédération syndicale la plus importante, la CFDT<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_17');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">17</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_17" class="footnote_tooltip">La CFDT est légèrement plus petite en terme de nombre de membres que la&nbsp; CGT, et fait des scores tantôt meilleurs, tantôt moins bons aux élections professionnelles. Mais historiquement elle s’est montrée moins influente pour faire démarrer &#8211; et mettre fin à &#8211; des luttes.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Nicole Notat, qui était très proche de la direction du Parti socialiste, a salué sa «&nbsp;réforme&nbsp;», tout en affirmant que certains aspects de celle-ci devaient être négociés. Une minorité substantielle de syndicats affiliés à FO et certaines confédérations syndicales plus petites ont adopté une attitude similaire. Cela a conduit Juppé à espérer que les oppositions syndicales ne seraient jamais plus que symboliques et que ses propositions en sortiraient indemnes.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La riposte</strong></h3>



<p>Il s&rsquo;est vite
avéré qu&rsquo;il avait tort. Le premier jour de manifestations, le
vendredi 24 novembre, plus d&rsquo;un demi-million de personnes ont
participé &#8211; plus que lors de la manifestation du 10 octobre contre
le gel des salaires dans le secteur public &#8211; bien que la direction de
la Force Ouvrière n’ait pas officiellement appelé. Comme le
disait <em>Le Monde</em>,
«&nbsp;le pays [était] paralysé&nbsp;».</p>



<p>Ce qui devait
être une journée de mobilisation contre l&rsquo;augmentation du nombre
d&rsquo;annuités nécessaires pour la retraite dans le secteur public
s&rsquo;est transformé en un gigantesque cri de colère contre le Premier
ministre et son plan sur la Sécurité sociale&#8230; Rarement une
manifestation à Paris n&rsquo;avait été aussi impressionnante. Derrière
les fonctionnaires et les employés de l&rsquo;administration territoriale,
il y avait un fleuve de travailleurs de l&rsquo;industrie mécanique et
chimique, du textile et de l&rsquo;imprimerie. Ils venaient de Thomson,
d&rsquo;Alcatel, Sextant Aviation, Dassault, Renault, Peugeot, RVI ou Ford.
Les enseignants étaient également présents en grand nombre&#8230; Bien
que Marc Blondel de FO ait boycotté la journée, un certain nombre
de militants de FO étaient présents derrière un cercueil
symbolisant «&nbsp;la condamnation à mort des retraites&nbsp;».</p>



<p>Et en province, les manifestations ont été relativement plus importantes qu&rsquo;à Paris. À Marseille, par exemple, «&nbsp;jamais, depuis mai 1968, autant de manifestants n’étaient descendus dans la rue&nbsp;». Des dizaines de milliers d&rsquo;autres ont marché dans une vingtaine de villes, de Toulouse et Lyon dans le sud à Lille au nord. Et la colère n&rsquo;était pas seulement dirigée contre le gouvernement, mais aussi contre tout dirigeant syndical qui cherchait à justifier les actions de celui-ci. Nicole Notat de la CFDT a été contrainte de quitter la manifestation à Paris après avoir été violemment prise à parti par ses propres membres<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_18');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">18</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_18" class="footnote_tooltip">Pour des détails sur cet incident, voir <em>Le Monde</em>, 26 Novembre 1995 et 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/26/nicole-notat-bousculee-par-les-siens_3889328_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/26/nicole-notat-bousculee-par-les-siens_3889328_1819218.html</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Plus important
encore, il est rapidement apparu clairement que les manifestations
n&rsquo;allaient pas se dérouler comme la plupart des journées d&rsquo;action
et de «&nbsp;grèves générales&nbsp;» lancées par les syndicats
au cours du dernier quart de siècle – affaires d’un jour visant
uniquement à forcer les gouvernements et les employeurs à prêter
attention aux bureaucrates syndicaux. Non seulement le réseau
ferroviaire et les transports en commun de la région parisienne ont
été paralysés pour la journée, mais les assemblées générales
des cheminots des grands dépôts ont décidé de poursuivre leur
action, se réunissant chaque matin pour voter la reconduction.
Lundi, le réseau ferroviaire était pratiquement à l&rsquo;arrêt et
seulement 40 % des métros et des bus circulaient à Paris. De plus,
l&rsquo;agitation dans les universités, qui avait démarré à Rouen plus
d&rsquo;un mois auparavant, commençait avait commencé à s’amplifier
avec une journée de manifestations le mercredi 22 novembre,
entraînant une vague montantes de grèves étudiantes à travers le
pays.</p>



<p>Les conditions étaient réunies pour une journée de mobilisation encore plus puissante le mardi suivant, 28 novembre. Et cette fois, les dirigeants de Force Ouvrière ont décidé qu&rsquo;il était dans leur intérêt de faire en sorte que la manifestation soit la plus grande possible. «&nbsp;Pour la première fois depuis la scission de 1947, les deux secrétaires généraux [de la CGT et de FO] défileront côte à côte, sous une banderole commune&nbsp;», comme le titrait <em>Le Monde</em> la veille au soir. Dans le contexte d&rsquo;une nouvelle vague massive de manifestations à travers le pays, Paris a connu «&nbsp;l&rsquo;un de ses embouteillages les plus spectaculaires&nbsp;».<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_19');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_19');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_19" class="footnote_plugin_tooltip_text">19</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_19" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/marc-blondel-et-louis-viannet-se-serrent-publiquement-la-main_3890622_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/marc-blondel-et-louis-viannet-se-serrent-publiquement-la-main_3890622_1819218.html</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pourtant, même à ce moment-là, le gouvernement pouvait espérer que le mouvement de grève s&rsquo;essouffle. De nombreux dirigeants syndicaux ne parlaient pas d’étendre la grève, mais de mettre l&rsquo;accent sur une manifestation nationale qui aurait lieu trois semaines plus tard, le dimanche 17 décembre. Juppé avait déclaré dans une interview accordée à un journal à la mi-novembre que «&nbsp;<em>si deux millions de personnes descendent dans la rue, mon gouvernement n’y résisterait pas&nbsp;</em>», ce qui semblait à certains dirigeants «&nbsp;modérés&nbsp;» un moyen plus facile de lutter que de lancer un mouvement de grève plus large. «&nbsp;<em>On ne fait pas la grève du siècle tous les mois</em>&nbsp;», a déclaré Jean-Paul Roux du syndicat indépendant UNSA, «&nbsp;<em>de nombreux fonctionnaires n’ont pu se permettre de perdre deux jours de salaire, à six semaines d&rsquo;intervalle, et à l&rsquo;approche des fêtes </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_20');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_20');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_20" class="footnote_plugin_tooltip_text">20</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_20" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em>, 29 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/29/l-idee-d-une-manifestation-nationale-prend-corps-dans-les-syndicats_3890459_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/29/l-idee-d-une-manifestation-nationale-prend-corps-dans-les-syndicats_3890459_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_20').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_20', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les dirigeants de FO et de la CGT s&rsquo;étaient serré la main, mais il n&rsquo;était pas du tout certain qu&rsquo;ils allaient collaborer pour d&rsquo;autres grèves. Qui plus est, une bonne partie du Parti socialiste offrait toujours une aide plus directe à Juppé. Plus d&rsquo;une centaine «&nbsp;d’experts&nbsp;» et «&nbsp;d’intellectuels&nbsp;» associés à ce parti ont signé une déclaration de soutien aux principes de la «&nbsp;réforme de la sécurité sociale&nbsp;», saluant Nicole Notat pour son «&nbsp;<em>courage et indépendance d’esprit</em>&nbsp;» dans son opposition aux manifestations<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_21');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_21');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_21" class="footnote_plugin_tooltip_text">21</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_21" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 30 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/des-experts-de-gauche-appuient-la-reforme-de-l-assurance-maladie_3890573_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/des-experts-de-gauche-appuient-la-reforme-de-l-assurance-maladie_3890573_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_21').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_21', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Et alors que la nouvelle direction du PS, incarnée par Jospin, prétendait être «&nbsp;solidaire&nbsp;» des mobilisations, elle refusait d&rsquo;y prendre part, affirmant qu&rsquo;elle ne «&nbsp;jouerait pas avec le feu&nbsp;».</p>



<p>Mais les grèves
des cheminots et des transports sont devenues de plus en plus fortes
et ont commencé à s&rsquo;étendre aux bureaux de tri postal,
généralement situés à proximité des gares. Un reportage paru
dans <em>Le Monde</em>
raconte ce qui s&rsquo;est passé à Paris :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Mardi soir, sûr, le centre de tri de la gare de Lyon, à Paris, basculerait. Pour assurer le coup, on avait rameuté quelques camarades cheminots rencontrés à la manifestation du 28 novembre. 20 heures, dans l&rsquo;immense salle du transbordement. Les délégués CGT et SUD se limitent aux arguments rodés. On va « jeter le plan Juppé dans les poubelles de l&rsquo;histoire », « imposer un rapport de force à la hauteur de la situation »&#8230; Les cheminots appellent à la solidarité : « La SNCF et la RATP, ce n&rsquo;est pas suffisant, il faut La Poste, EDF. On peut gagner mais il faut du monde. On va paralyser l&rsquo;économie. Il faut aller dans les boîtes, expliquer aux gens. »</p>



<p>(…) En un quart d&rsquo;heure la grève est votée. (…) La troupe traverse gaiement la cour et s&rsquo;engouffre dans les bureaux surchauffés du centre. Dans les étages travaille une population en blouse, plus tranquille, moins motivée, qui se regroupe prudemment pour une AG improvisée. Les mêmes orateurs reprennent les mêmes arguments. Déjà six centres en province tout à l&rsquo;heure on n&rsquo;en citait que trois ont décidé la grève illimitée. Il faut s&rsquo;y mettre tous.</p>



<p>(…) Les « camarades des étages » annoncent qu&rsquo;ils se mettront en grève à minuit.</p>



<p>Plus le temps passe, plus l&rsquo;idée de la grève générale échauffe les esprits. Il faut faire vite, marquer un coup, cette nuit, conquérir d&rsquo;autres centres. Et pourquoi par « Auster » (Austerlitz), de l&rsquo;autre côté de la Seine ? Guidée par les cheminots, la troupe repart à travers les voies ferrées, enjambe les barrières, zigzague entre les TGV, longe le ministère des finances et passe le pont désert, aux cris de « Auster avec nous ! ». (…) Après quelques tâtonnements, une troisième AG s&rsquo;improvise. (…) « Auster » a basculé. Déjà, on discute de la prochaine conquête. Créteil, Orly, Bobigny, le Louvre ? Le temps de chercher des voitures et ils sont repartis&#8230;<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_22');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_22');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_22" class="footnote_plugin_tooltip_text">22</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_22" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 30 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/au-tri-postal-tant-pis-si-on-a-un-petit-noel-il-faut-y-aller-plein-pot_3890484_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/au-tri-postal-tant-pis-si-on-a-un-petit-noel-il-faut-y-aller-plein-pot_3890484_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_22').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_22', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>De telles scènes
semblent s&rsquo;être répétées dans bien d&rsquo;autres endroits. C&rsquo;est ainsi
que dans le bureau de tri de Sotteville, près de Rouen :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Cent personnes assemblées en demi-cercle sous les néons violents de la salle de tri. Trois animateurs représentent les deux principaux syndicats : la CGT, dont une circulaire tentait de faire le point sur l&rsquo;état du mouvement à La Poste sur l&rsquo;ensemble du territoire ; et le SUD (Syndicat unitaire et démocratique), dont un tract saumon annonçait : « Les cheminots, les étudiants montrent l&rsquo;exemple. Ne laissons pas passer une telle chance, cela fait trop longtemps qu&rsquo;on attend une telle occasion&#8230; »</p>



<p>(…) Mais, de l&rsquo;avis de tous, les débrayages ne pouvaient que se multiplier, la grève devait s&rsquo;étendre dans toute la France et dans tous les secteurs, et il suffisait d&rsquo;avoir rendu visite aux « camarades cheminots » de Sotteville pour saisir la force du mouvement en amorce. « Leur AG, se pâmait un syndicaliste, un vrai meeting, dans un immense atelier peuplé de locos en réparation. Il y en avait bien un bon millier, compacts, soudés, et ils discutaient avec ardeur, impatients d&rsquo;en découdre, et prêts à aller jusqu&rsquo;au bout ! C&rsquo;était extraordinaire ! Cela leur a fait rudement plaisir qu&rsquo;on leur rende leur visite ! » (…) Une équipe devait rester là jusqu&rsquo;à 6 heures pour passer le relais à la brigade de jour et, dans l&rsquo;intervalle, rencontrer les agents de nuit des différentes annexes. Les autres devaient impérativement dormir afin d&rsquo;être efficaces le lendemain : réunion avec les facteurs (…) et visite aux gros bureaux de Poste de la région ; envoi d&rsquo;une délégation, avec celle des cheminots, aux ateliers Renault tout proches, contacts avec d&rsquo;autres entreprises&#8230; « Il faut mobiliser, tenir partout des assemblées du personnel, convaincre les copains de France Télécom de s&rsquo;engager maintenant plutôt que de risquer l&rsquo;isolement quand ils affronteront le bras de fer contre la privatisation. Cela se construit, une vraie grève nationale ! »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_23');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_23');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_23" class="footnote_plugin_tooltip_text">23</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_23" class="footnote_tooltip">Ibid. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/a-sotteville-les-rouen-cela-se-construit-une-vraie-greve-nationale_3890525_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/a-sotteville-les-rouen-cela-se-construit-une-vraie-greve-nationale_3890525_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_23').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_23', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>
</blockquote>



<p>Un autre
témoignage de Rouen raconte :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Mercredi 29 novembre, près de 400 cheminots se sont rendus à Renault-Cléon au changement d’équipe en début d’après-midi. A la porte principale, l’ambiance était très dynamique. Des délégués CGT de Cléon appelaient les travailleurs de Cléon à rejoindre le cheminots dans la lutte en débrayant le lendemain. Aux cinq portes de l’usine quelques discussions chaleureuses ont eu lieu entre cheminots et ouvriers de Cléon, mais certains rappelaient aussi avec amertume qu’ils étaient restés isolés et qu’ils avaient été lâchés par les dirigeants syndicaux au cours de leur grève de 1991.</p>



<p>Après la manifestation du jeudi 30 novembre où s’étaient retrouvés des étudiants et des travailleurs dont 1 600 cheminots, le moral a encore monté d’un cran. (…)</p>



<p>Lundi 4 décembre, plusieurs centaines de cheminots ont participé à des rencontres avec des travailleurs à la porte ou à l’intérieur d’une série d’entreprises&nbsp;: Ralston, Alsthom, CPAM, CHU, Grande Paroisse, etc. La visite au Sernam a permis de mettre complètement en grève ce centre (…). A l’exemple des cheminots, 200 employés des Chèques postaux ont rendu visite aux employés de la CPAM qui ont voté la grève.</p>



<p>La manifestation du mardi 5 décembre a pulvérisé tous les records d’affluence, les journalistes parlant de plus de 20 000 manifestants. Les cheminots en tête étaient plus de 3 000 et les ouvriers de Cléon environ 500. A noter que, dans de nombreuses entreprises du privé, des débrayages ont eu lieu mardi avec une participation parfois importante à la manifestation, notamment des usines Legrand, Rhône-Poulenc et Grande Paroisse<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_24');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_24');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_24" class="footnote_plugin_tooltip_text">24</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_24" class="footnote_tooltip">Rapporté dans <em>Lutte Ouvrière</em>, 8 Décembre 1995. <a href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_24').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_24', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Une tendance similaire a été observée dans une grande partie du pays, tant dans les grandes villes que dans les petites<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_25');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_25');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_25" class="footnote_plugin_tooltip_text">25</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_25" class="footnote_tooltip">Une analyse dans <em>Le Monde</em> suggère que le mouvement était relativement faible uniquement dans l’est du pays, et que ce dernier a pris de l’ampleur en province jusqu&rsquo;à dépasser Paris. <em>Le Monde</em>, 8 Décembre 1995 et 27 Décembre 1995.  <a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-mobilise-les-usagers-pour-soutenir-le-gouvernement_3891643_1819218.html (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-mobilise-les-usagers-pour-soutenir-le-gouvernement_3891643_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-mobilise-les-usagers-pour-soutenir-le-gouvernement_3891643_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_25').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_25', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Lyon, les cheminots se sont rendus dans les centres de tri postaux puis dans les dépôts de bus pour les faire débrayer<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_26');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_26');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_26" class="footnote_plugin_tooltip_text">26</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_26" class="footnote_tooltip">Rapporté dans Lutte Ouvrière, 8 Décembre 1995. <a href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_26').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_26', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Limoges, les cheminots sont allés à la rencontre des travailleurs du centre de Sécurité sociale, des Télécom et du CHU, avant de tenir un rassemblement commun avec les grévistes d’EDF<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_27');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_27');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_27" class="footnote_plugin_tooltip_text">27</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_27" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_27').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_27', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Bayonne, les cheminots en grève ont été rejoints par les gaziers et les électriciens le 28 novembre et par ceux de La Poste le lendemain, et ils se réunissaient alors quotidiennement au centre de réunion municipal pour décider des actions de la journée (comme par exemple couper l&rsquo;électricité aux hôtels de luxe)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_28');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_28');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_28" class="footnote_plugin_tooltip_text">28</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_28" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_28').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_28', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Fin novembre, les
chemins de fer, les métros et les bus parisiens, tous les grands
centres de tri du pays et un grand nombre de travailleurs des
télécommunications, de l&rsquo;électricité et du gaz étaient en grève
et devaient le rester pendant les trois semaines suivantes. Au fur et
à mesure que la grève se poursuivait, un nombre croissant
d&rsquo;enseignants se sont joints à eux, jusqu&rsquo;à ce que la majorité
d&rsquo;entre eux soient en grève. Même dans les secteurs où les
directions affirmaient que seule une minorité d&rsquo;entre eux étaient
effectivement en grève &#8211; comme à La Poste, aux Télécom, à
EDF/GDF &#8211; la grève était rendue efficace par, par exemple,
l&rsquo;occupation des locaux. Dans certaines régions, les travailleurs du
secteur de l&rsquo;électricité qui n&rsquo;ont pas été en mesure de stopper
une grande partie de la capacité de production, ont pris le contrôle
des bureaux et ont passé la majorité des consommateurs sur les
tarifs réduits de nuit pendant la journée.</p>



<p>Dans d&rsquo;autres
parties du secteur public, on a observé une tendance selon laquelle
les gens travaillaient pendant une partie de la semaine, mais
votaient aux assemblées générales pour faire grève pendant les
deux journées d&rsquo;action par semaine. Ces jours-là, les principaux
secteurs en grève étaient rejoints par un nombre beaucoup plus
important de fonctionnaires, dockers, employés des aéroports,
employés d&rsquo;hôpitaux et délégations du secteur privé &#8211;
bénéficiant même du soutien des agents de police de la circulation
qui refusaient de mettre des contraventions de stationnement.
Certains jours, la parution des journaux était stoppée par des
grèves de la CGT dans les imprimeries. Les sit-in dans les bâtiments
de collectivités locales, le blocage de la voie ferrée du tunnel
sous la Manche, les manifestations sur les pistes des aéroports,
l&rsquo;occupation des cabines de péages des autoroutes (avec collecte de
fonds pour les caisses de grève auprès des automobilistes) &#8211;
ensemble d’actions «&nbsp;illégales&nbsp;» auxquelles la police
n&rsquo;a pas osé s’opposer &#8211; ont renforcé l&rsquo;efficacité de la grève.</p>



<p>Personne ne sait
exactement combien de grévistes il y avait à une date donnée.
L&rsquo;occupation et le blocage des locaux dans les secteurs clés de la
grève signifiaient que ni la direction ni les syndicats ne savaient
avec certitude si ceux qui ne travaillaient pas étaient en grève ou
s&rsquo;ils ne pouvaient tout simplement pas se rendre au travail. La
paralysie du système de transport et les énormes embouteillages ont
compliqué encore plus la situation. De même que le nombre fluctuant
de grévistes entre les jours «&nbsp;normaux&nbsp;» et les jours de
manifestation. Ce qui est certain, c&rsquo;est que les grèves ont paralysé
des parties clés de l&rsquo;infrastructure du pays et qu&rsquo;au fil des jours,
un nombre croissant de travailleurs ont été impliqués dans ces
grèves. Et tout au long de cette période, plus de la moitié de la
population a exprimé sa sympathie pour les grèves dans les sondages
d&rsquo;opinion.</p>



<p>La grève n&rsquo;a
jamais été une grève générale, en ce sens qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais
impliqué plus que des délégations du vaste secteur privé dans les
manifestations. Mais cela a paralysé une grande partie de la vie
économique du pays et a créé une situation que le gouvernement ne
pouvait résoudre sans faire d&rsquo;importantes concessions.</p>



<p>C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont démontré les plans du gouvernement pour casser la grève. Celui-ci a annoncé qu&rsquo;il allait briser la grève des transports à Paris en mettant en place une flotte de bus avec de briseurs de grève. En réalité, il ne pouvait jamais assurer le transport à plus qu’une petite minorité de banlieusards et les trajets qui auraient pu durer 40 minutes ont maintenant pris trois ou quatre heures à cause des embouteillages. Le parti au pouvoir, le RPR, a lancé un appel à ses militants le vendredi 1er décembre pour « monter des comités d&rsquo;usagers » pour préparer une « manifestation qui se tiendra probablement jeudi prochain [7 décembre ] »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_29');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_29');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_29" class="footnote_plugin_tooltip_text">29</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_29" class="footnote_tooltip">Voir l’article principal en première page, <em>Le Monde</em>, 2 Décembre 1995, et l’article à l’intérieur du même numéro sur un meeting de 500 militants RPR qui se tenait à Saint-Jean-de-Luz, dans le but de créer ces comités. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-envisage-de-defiler-contre-les-greves_3891652_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-envisage-de-defiler-contre-les-greves_3891652_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_29').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_29', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Son modèle était censé être la puissante manifestation d’un demi-million de personnes que les partisans de De Gaulle avaient réussi à mobiliser la dernière semaine de Mai 1968. En fait, tout ce qu&rsquo;il a pu faire, c&rsquo;est de faire défiler quelques centaines de personnes à Paris et les élus locaux du RPR ont rapidement abandonné toute tentative de développer ces comités. De même, les «&nbsp;menaces&nbsp;» des députés de la majorité de «&nbsp;résoudre la crise&nbsp;» par le biais d&rsquo;un référendum ou d&rsquo;élections législatives n&rsquo;ont abouti à rien, car il est devenu évident que le gouvernement perdrait l&rsquo;un ou l&rsquo;autre &#8211; les élections partielles de décembre ont entraîné un fort virage vers la gauche. Finalement, Juppé a dû abandonner son discours de «&nbsp;fermeté&nbsp;», faire savoir qu&rsquo;il était prêt à négocier avec les syndicats, «&nbsp;geler&nbsp;» le plan de rationalisation du système ferroviaire, abandonner son projet d’augmenter le nombre d&rsquo;annuités de cotisations nécessaires à la retraite pour les fonctionnaires et annoncer un «&nbsp;sommet social&nbsp;» avec les dirigeants syndicaux pour le 22 décembre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les différents
types de grèves de masse</h3>



<p>L&rsquo;ouvrage
classique de Rosa Luxemburg <em>Grève de
masse, partis et syndicats</em>, basé
sur l&rsquo;expérience des événements de 1905 dans l&#8217;empire russe
(incluant sa Pologne natale), raconte comment un mouvement de grève
spontané peut éclater, passant de l&rsquo;économique au politique et
retournant aux exigences économiques. Elle a souligné la
spontanéité du processus, qui échappe à toute tentative de
contrôle de la part des bureaucrates du mouvement ouvrier et que
même les socialistes révolutionnaires peuvent avoir du mal à
suivre. . Elle a montré comment ce qui commence comme un mouvement
dans un secteur peut s’étendre jusqu&rsquo;à représenter un défi
politique général pour l&rsquo;État et, ce faisant, peut pousser les
groupes de travailleurs les plus découragés et les moins organisés
à commencer à formuler leurs propres revendications économiques,
puis politiques.</p>



<p>Mais toutes les grandes grèves de masse du siècle dernier n&rsquo;ont pas forcément évolué selon le schéma décrit par Rosa Luxemburg. Nous avons également connu à plusieurs reprises ce que l&rsquo;on a appelé «&nbsp;la grève de masse bureaucratique&nbsp;» &#8211; un mouvement de grève soigneusement organisé d&rsquo;en haut par les responsables syndicaux afin d&rsquo;affirmer leur pouvoir de négociation avec les employeurs et le gouvernement et de maintenir leur influence sur la masse des travailleurs. Tony Cliff, par exemple, a décrit il y a 35 ans comment les dirigeants syndicaux belges ont organisé dans la lutte pour le droit de vote au début du siècle des grèves dans ce sens &#8211; et pour avoir eux-mêmes accès au Parlement belge. Il raconte comment ils ont nommé d’en haut des chefs de grève dans chaque industrie et chaque quartier pour s&rsquo;assurer non seulement que les grèves commençaient comme prévu, mais qu&rsquo;elles prendraient fin au moment où les bureaucrates le décideraient<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_30');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_30');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_30" class="footnote_plugin_tooltip_text">30</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_30" class="footnote_tooltip">Voir T. Cliff, <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1961/02/belgium.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="The Belgian General Strike (s’ouvre dans un nouvel onglet)">The Belgian General Strike</a>, <em>International Socialism</em>, No.4, été 1961.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_30').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_30', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Tony Cliff et Donny Gluckstein soulignaient il y a dix ans qu&rsquo;une grande lutte défensive, la grève générale britannique de 1926, s&rsquo;était déroulée à peu près de la même façon :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Elle n&rsquo;avait pas grand-chose en commun avec le genre de grève de masse décrit par Rosa Luxemburg. Dès le début, les dirigeants du TUC ont clairement fait savoir qu&rsquo;ils avaient l&rsquo;intention de garder la mainmise sur la grève. Ils ont pris l’initiative de décider de qui arrêterait le travail et qui ne l&rsquo;arrêterait pas<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_31');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_31');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_31" class="footnote_plugin_tooltip_text">31</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_31" class="footnote_tooltip">T. Cliff et D. Gluckstein, <em>Marxism and Trade Union Struggle, the General Strike of 1926</em> (Londres 1986),&nbsp; p. 189.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_31').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_31', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>La capacité des
dirigeants syndicaux à garder ainsi le contrôle (aidés par de
terribles erreurs commises par le Parti communiste de Grande-Bretagne
sous l&rsquo;influence de l&rsquo;Internationale communiste stalinienne)
signifiait que, bien que les grévistes aient montré une unité et
une solidarité énormes, le retour au travail sur instructions du
TUC neuf jours plus tard a entraîné une défaite dévastatrice pour
le mouvement.</p>



<p>De telles
«&nbsp;grèves bureaucratiques de masse&nbsp;» sont devenues une
caractéristique du mouvement ouvrier dans un certain nombre de pays
industrialisés avancés dans les années 1980. Les employeurs et les
gouvernements étaient déterminés à reprendre aux travailleurs
certaines des concessions faites dans les années 1950, 1960 et 1970.
Les dirigeants syndicaux estimaient qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient d&rsquo;autre choix
que de montrer aux gouvernements qu&rsquo;ils comptaient comme
«&nbsp;partenaires de négociation&nbsp;» et ont laissé en partie
s&rsquo;exprimer la colère des travailleurs qu&rsquo;ils représentaient. Ils
l&rsquo;ont fait en appelant à des grèves généralisées, mais en
essayant de s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils gardent le contrôle de leur rythme, de
leur combativité et de leur durée. Comme je l&rsquo;ai écrit il y a neuf
ans :</p>



<p>Il y a eu une succession de grandes grèves dans le secteur public sur ce modèle au cours des dernières années : Pays-Bas, Belgique, Suède, Finlande et Danemark. Dans chaque cas, une bureaucratie syndicale sociale-démocrate de droite s&rsquo;est soudain sentie obligée d&rsquo;appeler à une courte période d&rsquo;action syndicale un mouvement ouvrier qui avait été relativement passif auparavant. La faiblesse des traditions de lutte a généralement permis aux bureaucraties syndicales de garder le contrôle de ces grèves. Pendant quelques jours, une industrie ou un pays est pratiquement paralysé, puis les dirigeants syndicaux parviennent à un accord, tout revient à la normale et la stabilité revient<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_32');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_32');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_32" class="footnote_plugin_tooltip_text">32</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_32" class="footnote_tooltip">C. Harman, <em>The Fire Last Time: 1968 and After</em> (Londres 1988), p. 36.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_32').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_32', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Mais même dans les années 1980, ai-je noté, «&nbsp;il y a eu des cas de grèves bureaucratiques échappant partiellement au contrôle de la bureaucratie syndicale&nbsp;». Par exemple, au Danemark, en 1985, un million de travailleurs sur une population de cinq millions d&rsquo;habitants ont voté lors des milliers d’assemblées générales pour prolonger une grève massive après que les dirigeants syndicaux leur aient conseillé de retourner au travail. Ils retournèrent au travail quelques jours plus tard, mais leur action fut suffisante pour forcer le gouvernement Schluter à abandonner ses tentatives d’imiter ce que Thatcher avait fait en Grande-Bretagne<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_33');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_33');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_33" class="footnote_plugin_tooltip_text">33</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_33" class="footnote_tooltip">Ibid, p. 369. Les compte-rendu de la grève danoise sont tirés du <em>Socialist Worker Review</em>, Mai 1985, et du <em>Socialist Worker</em>, 13 Avril 1985.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_33').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_33', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Il est très
important que les socialistes confrontés à des grèves de masse
sachent clairement dans quelle catégorie elles entrent. Une grève
qui déclenche spontanément l’activité militante, la combativité
et développe la conscience de classe au sein de la classe ouvrière
ouvre d&rsquo;énormes perspectives à la fois de contestation de la
société existante et de construction d’une organisation
révolutionnaire. En revanche, une grève de masse qui reste
étroitement entre les mains de la bureaucratie syndicale suscite
d&rsquo;énormes espoirs parmi la masse des travailleurs, pour les anéantir
d&rsquo;une manière qui peut conduire à des années de démoralisation.</p>



<p>La plupart des
luttes réelles échappent à toute catégorisation étanche. Les
bureaucrates syndicaux peuvent initier une action d&rsquo;en haut, avec
l&rsquo;intention claire de la garder sous leur propre contrôle et d&rsquo;y
mettre fin selon leurs propres conditions. Mais cela ne signifie pas
qu&rsquo;ils sont toujours capables d&rsquo;imposer leur propre volonté à la
masse des travailleurs qui répondent à leur appel. Une fois que les
travailleurs passent à l&rsquo;action, ils commencent à découvrir leur
propre capacité à lutter et à contrôler les choses &#8211; et il y a
toujours au moins un début de menace pour la bureaucratie syndicale.
En fait, c&rsquo;est une raison centrale pour laquelle les dirigeants
syndicaux arrêtent les luttes juste au moment où les employeurs
commencent à craindre le pouvoir affiché par le mouvement ouvrier.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les syndicats,
le militantisme de la base et la dynamique des grèves en France</strong></h3>



<p>Les grèves de 1995 en France ont commencé d&rsquo;une manière très similaire aux grèves de masse «&nbsp;bureaucratiques&nbsp;» typiques des années 1980. La bureaucratie syndicale a poussé à la lutte parce qu&rsquo;elle voulait se montrer le  «&nbsp;médiateur&nbsp;» indispensable entre le gouvernement et la classe ouvrière. Tous les syndicats optèrent pour un retour au travail dès que le gouvernement montra qu&rsquo;il était prêt à négocier avec eux et qu&rsquo;il avait fait des concessions sans pour autant retirer complètement le plan Juppé. Et bien que de nombreux militants de la base soient mécontents de cette situation, ils n&rsquo;ont jamais eu assez confiance dans leur point de vue ou dans leurs propres forces pour continuer la lutte malgré la bureaucratie.</p>



<p>Pourtant très
tôt le mouvement a commencé à rompre les barrières dans
lesquelles la bureaucratie le confinait. On pouvait y voir l&rsquo;activité
militante, la combativité et la montée de la conscience de classe
que Rosa Luxembourg soulignait. Ce fut le cas parce qu&rsquo;il exprimait
une immense amertume contre les dirigeants existants, les patrons et
les institutions, qui est caractéristique du sentiment populaire
dans les années 90 à travers les pays avancés. Dans un sens très
concret ce mouvement était un produit de ce qui différencie les
années 90 des années 80.</p>



<p>Typiquement, dans
les années 1980, certaines sections de travailleurs montraient une
énorme amertume qui explosait en luttes très violentes &#8211; comme avec
les sidérurgistes, les mineurs et ensuite les travailleurs des
journaux nationaux en Grande-Bretagne. Mais les autres sections ont
estimé que, d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre, à condition de faire des
concessions limitées aux employeurs, elles seraient protégées des
pires aspects de la crise &#8211; et, en fait, avec le boom de la fin des
années 1980, elles ont même estimé qu&rsquo;elles pourraient bénéficier
individuellement du «&nbsp;capitalisme du peuple&nbsp;». En
revanche, la récession du début des années 1990 a eu pour effet de
détruire ces illusions et de créer un sentiment très répandu que
le système n&rsquo;offre pas grand-chose aux gens, même s&rsquo;il semblait n&rsquo;y
avoir aucune alternative.</p>



<p>Cela s&rsquo;est traduit par une profonde désillusion à l&rsquo;égard des systèmes et des hommes politiques en place, et par de brusques revirements d&rsquo;opinion. Ainsi, en France, un très grand nombre de travailleurs qui avaient voté pour la gauche lors des deux élections présidentielles des années 1980 ont voté pour la droite lors des élections législatives de 1993. Cela ne les a pas empêchés d&rsquo;exprimer leur soutien aux luttes menées contre le nouveau Premier ministre, Balladur, par les travailleurs d&rsquo;Air France et par les jeunes refusant la baisse du salaire minimum. Cela n&rsquo;a pas non plus empêché beaucoup de ceux qui se sont abstenus ou ont voté pour les partis de droite au premier tour de l&rsquo;élection présidentielle du printemps 95 (un sondage de sortie des urnes suggère que les travailleurs manuels, [les ouvriers] n&rsquo;ont donné que 42 % de leurs voix aux partis de gauche<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_34');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_34');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_34" class="footnote_plugin_tooltip_text">34</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_34" class="footnote_tooltip">Le Parti Communiste, le Parti Socialiste, et la candidate de Lutte Ouvrière, Arlette Laguiller.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_34').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_34', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et jusqu&rsquo;à 27 % au fasciste Le Pen) de revenir au second tour vers le candidat du Parti socialiste, Jospin, qui a obtenu un résultat inattendu de 47,4 %.</p>



<p>Cette amertume et
cette volatilité ont fait que dès le moment où une action sérieuse
a été entreprise pour défendre les intérêts de la classe
ouvrière, un très grand nombre de personnes se sont identifiées à
elle, la considérant comme offrant une solution à leurs propres
problèmes.&nbsp;</p>



<p>Une deuxième caractéristique importante des événements en France était que, bien qu&rsquo;ils se soient produits après une longue période de défaites et de replis des travailleurs organisés &#8211; surtout pendant les années où le parti socialiste détenait à la fois la présidence et la majorité parlementaire et où la bureaucratie syndicale retenait les luttes dans l&rsquo;espoir de maintenir son influence auprès des ministres -, cette période a été entrecoupée de certaines victoires spectaculaires ou de quasi-victoires, comme les actions des étudiants et des cheminots en 1986 et les grèves d&rsquo;Air France en 1993.</p>



<p>Enfin, la
bureaucratie syndicale française est entrée dans la lutte de façon
particulièrement fragmentée, ne pouvant exercer une influence
directe sur les travailleurs que dans la mesure où elle pouvait
persuader les militants de la base de suivre sa direction.</p>



<p>Comme nous l&rsquo;avons vu, les syndicats français ont été divisés en confédérations rivales depuis le début de la guerre froide, il y a près d&rsquo;un demi-siècle. Cela a eu de grands avantages pour le capitalisme français. Cela a fait que les grèves militantes, même lorsqu&rsquo;elles ont été victorieuses, ont rarement donné naissance à une vie syndicale locale aussi puissante que celle qui existait, par exemple, en Grande-Bretagne dans les années 1960 et au début des années 1970. Les confédérations syndicales ont trop souvent fini par mettre davantage l&rsquo;accent sur le débauchage des membres et les rivalités d’influence que sur la lutte contre les employeurs. Ainsi, même après la grève générale de 1968, le nombre de syndiqués n&rsquo;a que peu augmenté, puis a décliné dans les années 1980, le nombre de membres de la CGT en 1994 ne représentant qu&rsquo;un tiers de celui de 1977<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_35');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_35');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_35" class="footnote_plugin_tooltip_text">35</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_35" class="footnote_tooltip">D’après <em>Le Monde</em>, 3 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-cherche-a-etendre-les-greves-et-sort-progressivement-de-son-isolement_3891715_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-cherche-a-etendre-les-greves-et-sort-progressivement-de-son-isolement_3891715_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_35').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_35', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et le nombre total de syndiqués représentant moins de 10 % des salariés.</p>



<p>L&rsquo;influence des
syndicats sur les travailleurs est beaucoup plus importante que ne le
suggèrent les seuls chiffres relatifs à la syndicalisation. La
France dispose depuis longtemps d&rsquo;un système de comités
d&rsquo;entreprise organisés par l&rsquo;État. Dans le cadre de ce système,
différents syndicats se font concurrence lors des élections dans
chaque établissement pour déterminer qui sera rémunéré une
partie du temps pour représenter les travailleurs et gérer certains
équipements collectifs tels que les cantines d&rsquo;usine. Et même si,
par exemple, la CGT ne compte que 6 % de membres parmi les
travailleurs d&rsquo;un lieu de travail, elle peut cependant gagner 60 %
des votes lors de ces élections. D&rsquo;où le paradoxe, inconcevable en
Grande-Bretagne, que des non-syndiqués sur un lieu de travail avec
des syndicats puissent montrer un haut degré de soutien aux
principes du syndicalisme et même, à l&rsquo;occasion, être les plus
militants quand des grèves éclatent. D&rsquo;où également, cependant,
un niveau de concurrence souvent féroce entre les militants
appartenant à différents syndicats, chacun essayant d&rsquo;évincer
l&rsquo;autre des postes du comité d&rsquo;entreprise. Face à de telles
situations de concurrence, non seulement FO et la CFDT, mais aussi la
CGT renieront le militantisme pour gagner des voix.</p>



<p>Historiquement,
la CGT n&rsquo;a jamais hésité à expulser ceux qui sont trop militants
par rapport à la ligne de la confédération. C&rsquo;est l&rsquo;un des
facteurs qui a permis à la CFDT de récupérer beaucoup de gens qui
se considéraient comme «&nbsp;de gauche&nbsp;» en 1968 et après.
Elle a aussi, à l&rsquo;occasion, permis à des sections de FO de se
donner un vernis de gauche en acceptant ceux qui étaient trop
radicaux pour la CGT. Plus récemment, la CFDT a également expulsé
ceux qu&rsquo;elle considérait comme trop militants, ce qui a conduit à
la création du syndicat SUD par ses membres exclus à La Poste .</p>



<p>Le déclin des
effectifs syndicaux dans les années 1980 et 1990 a accentué la
fragmentation de la structure syndicale, ce qui a entraîné des
luttes au sein des confédérations et entre elles. Les directions de
FO et de la CFDT se heurtent à une opposition interne : à FO, de
ceux qui pensent qu&rsquo;elle ne doit à aucun prix renoncer à son
ancienne stratégie de renforcement de son influence en faisant des
faveurs aux employeurs, à la CFDT, de ceux qui pensent qu&rsquo;elle perd
de l&rsquo;influence parce qu&rsquo;elle a abandonné le militantisme au profit
des politiques de la droite du Parti socialiste.</p>



<p>Il existe également des divisions moins nettes au sein de la CGT, reflétant dans une certaine mesure les divisions au sein de la direction du Parti communiste sur la manière de s&rsquo;adapter à la situation depuis l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS et l&rsquo;échec des gouvernements PS (portés au pouvoir en premier lieu par «&nbsp;l’Union de la gauche&nbsp;» entre le Parti socialiste et le PC). Dans le cas de la CGT, la discussion centrale est de savoir comment elle peut sortir de sa «&nbsp;marginalisation&nbsp;» &#8211; d&rsquo;une situation où sa faiblesse et l&rsquo;influence des confédérations rivales font qu&rsquo;elle n&rsquo;a que peu d&rsquo;influence sur le comportement des employeurs ou du gouvernement. Les débats sur cette question l&rsquo;ont obligée à abandonner la rigidité monolithique qui la caractérisait dans le passé. Le dirigeant du syndicat, Viannet, admettant maintenant qu&rsquo;elle avait commis des erreurs en 1968 &#8211; non pas, bien sûr, en ne suivant pas une voie révolutionnaire, mais en se coupant des forces qui auraient pu renforcer l&rsquo;adhésion et l&rsquo;influence du syndicat et en les poussant plutôt, dans une certaine mesure, dans les bras de la CFDT.</p>



<p>L&rsquo;annonce du plan
Juppé a été à la fois un défi et une opportunité pour les
bureaucraties syndicales fragmentées. Juppé disait en réalité
qu&rsquo;il ne les prenait pas au sérieux, mais la colère qu&rsquo;il suscitait
leur donnait la possibilité d&rsquo;accroître énormément leur audience
auprès des travailleurs. Mais elles ne pouvaient le faire que si
elles encourageaient leurs militants sur les lieux de travail à
faire de l&rsquo;agitation d&rsquo;une manière qui allait forcément bien
au-delà des méthodes bureaucratiques traditionnelles.</p>



<p>L’enjeu, comme
nous l&rsquo;avons vu, était très sérieux pour FO, avec la majorité de
ses membres dans le secteur public et sa position privilégiée dans
l&rsquo;administration de la Sécurité sociale. En même temps, lorsque
Nicole Notat de la CFDT s&rsquo;est prononcée en faveur du plan Juppé, la
direction de FO a également vu une opportunité &#8211; celle de détacher
les membres de la CFDT qui étaient dans le secteur public.
Parallèlement la direction de la CGT vit une énorme opportunité
pour elle-même. La colère produite par le plan Juppé parmi la
masse des travailleurs lui donnait l&rsquo;occasion de montrer son
importance en tant que, historiquement, syndicat vers lequel se
tournaient les meilleurs activistes. Ses mobilisations, pensait-il,
pouvaient mettre les autres confédérations syndicales dans l&rsquo;ombre
: ce qu&rsquo;il a montré clairement le vendredi 24 novembre, lorsqu&rsquo;il a
transformé ce que d&rsquo;autres syndicats envisageaient comme une simple
manifestation sur des revendications particulières en une révolte
beaucoup plus générale contre le plan Juppé &#8211; par exemple, en
utilisant des autocars fournis par les municipalités dirigées par
le Parti communiste pour transporter par bus un très grand nombre de
personnes de la banlieue à la manifestation du centre de Paris. Et
ses possibilités ont été encore plus grandes lorsque Blondel a été
forcé de serrer la main aux dirigeants de la CGT le 28 novembre.
Dans chaque lieu de travail, les militants de FO qui, pendant des
décennies, avaient été hostiles aux mobilisations de la CGT,
n&rsquo;avaient plus aucun argument contre la participation à un mouvement
dont les militants de la CGT étaient la force motrice.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La
radicalisation des travailleurs</strong></h3>



<p>Il ne fait aucun doute que les militants syndicaux de la CGT ont joué un rôle clé dans le déclenchement des grèves. Il ne fait aucun doute non plus que ces militants ont été encouragés à agir aux premiers jours de la grève par les responsables permanents du syndicat. Ce sont les militants cheminots de la CGT qui ont pris l&rsquo;initiative d&rsquo;appeler à des assemblées générales et à des votes de grève, puis d&rsquo;argumenter pour entraîner les travailleurs de La poste, de France Telecom, d’EDF/GDF. Et ils ne le faisaient pas simplement à titre individuel, mais en accord avec les souhaits de leurs dirigeants syndicaux. Cependant, une fois le mouvement lancé, les dirigeants de la CGT ont commencé à perdre le contrôle direct des événements. Lors des assemblées générales, les travailleurs de tous les syndicats, et les non syndiqués, exprimaient leurs points de vue. Et ces opinions sont souvent devenues de plus en plus radicales à mesure que le mouvement se développait<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_36');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_36');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_36" class="footnote_plugin_tooltip_text">36</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_36" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 3 Décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_36').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_36', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Les syndicats ont tous refusé de soulever la demande de démission du gouvernement Juppé, mais lorsque des individus ont commencé à scander le slogan lors des manifestations, des milliers d&rsquo;autres l&rsquo;ont repris. Des pancartes déclaraient «&nbsp;2 millions + un&nbsp;», ce qui signifiait que Juppé devait tenir sa promesse de démissionner si les manifestations dépassaient 2 millions de personnes. À Paris, les infirmières chantaient, «&nbsp;Juppé, on va te botter le cul&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_37');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_37');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_37" class="footnote_plugin_tooltip_text">37</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_37" class="footnote_tooltip">Rapporté par Paul McGarr dans Socialist Worker, 2 Décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_37').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_37', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, tandis qu&rsquo;à Clermont Ferrand, les 15 000 à 20 000 travailleurs qui défilaient pendant des heures dans le centre de la ville scandaient «&nbsp;À bas le plan Juppé&nbsp;», «&nbsp;Juppé démission&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_38');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_38');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_38" class="footnote_plugin_tooltip_text">38</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_38" class="footnote_tooltip">Rapporté dans Lutte Ouvrière, 8 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>..</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_38').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_38', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>La radicalisation
des revendications s&rsquo;est accompagnée d&rsquo;une radicalisation des
opinions politiques &#8211; souvent de la part des travailleurs qui se
disaient «&nbsp;apolitiques&nbsp;». Un rapport sur le dépôt
central des bus et des métros de Paris pourrait en témoigner :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le drapeau rouge flotte sur le fronton de l&rsquo;atelier central de la RATP (…). Un jeune gréviste, non syndiqué, cherchait un symbole pour les locaux occupés depuis mardi 28 novembre. Il s&rsquo;est dit : « Tiens, la Commune de Paris, c&rsquo;est bien français », et il l&rsquo;a accroché. Le délégué CGT, un peu embêté, a vite fait de l&rsquo;entourer de quelques drapeaux tricolores (…)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_39');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_39');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_39" class="footnote_plugin_tooltip_text">39</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_39" class="footnote_tooltip">Le Monde, 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_39').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_39', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Un rapport d&rsquo;entretiens avec des grévistes indique :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>[Ils] ne croient plus en la politique, « la gauche, la droite&#8230; ». Ils ne croient plus non plus aux journalistes : « C&rsquo;est fini, ils sont comme les hommes politiques, loin de nous ; et leur journal, c&rsquo;est pas la réalité. Nous, on se fait jamais entendre à la télé. (…) Et quand ils parlent de la démocratie en France, ils disent qu&rsquo;elle est &lsquo;totalitaire&rsquo;, comme à la RATP,  » c&rsquo;est de la fausse concertation, on fait dialoguer pour la forme, et après le patron impose ce qu&rsquo;il veut »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_40');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_40');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_40" class="footnote_plugin_tooltip_text">40</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_40" class="footnote_tooltip">Interviews de salariés dans Le Monde, 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_40').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_40', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Un haut
responsable de la fédération FO des métallurgistes &#8211; qui n&rsquo;a pas
appelé à la grève illimitée- a déclaré aux journalistes qu&rsquo;il
était préoccupé par une crise sociale qu&rsquo;il juge «&nbsp;très
grave&nbsp;».</p>



<p>Les salariés ne croient plus au bulletin de vote. La grève est la seule chose qui leur reste pour exprimer leur volonté de changement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_41');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_41');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_41" class="footnote_plugin_tooltip_text">41</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_41" class="footnote_tooltip">Cité dans Le Monde, 3 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-veulent-elargir-le-mouvement-de-greve_3892204_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-veulent-elargir-le-mouvement-de-greve_3892204_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_41').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_41', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>L&rsquo;exigence d&rsquo;une
plus grande généralisation de la lutte s’est même exprimée lors
du congrès de la CGT qui a eu lieu durant la deuxième semaine de
grève. Dans le passé, de tels congrès avaient toujours été
cousus d&rsquo;avance par la direction de la confédération. Mais sa
direction centrale était divisée sur la stratégie à long terme
pour augmenter l&rsquo;influence du syndicat, entre les
«&nbsp;traditionalistes&nbsp;» et les «&nbsp;rénovateurs&nbsp;».
Cette division a permis à d&rsquo;autres voix, ne tombant dans aucun des
deux camps, de se faire entendre.</p>



<p>Dès lundi (le
premier jour du congrès), certains délégués ont protesté contre
l&rsquo;appel à la négociation lancé par le secrétaire général,
exigeant qu&rsquo;il insiste sur le retrait immédiat du plan Juppé et
appelle à une grève générale. Cette question, qui n&rsquo;était pas à
l&rsquo;ordre du jour du congrès, a suscité de vifs échanges entre les
délégués. La moitié des interventions ont appelé à la grève
générale, certains disant que l&rsquo;absence de ce slogan brouillait et
rendait ambiguë la position de la CGT. «&nbsp;La grève générale
est la seule façon de faire céder le gouvernement&nbsp;», pensait
un cheminot. «&nbsp;Le Congrès doit montrer la détermination de la
CGT à aller jusqu&rsquo;au bout.&nbsp;»</p>



<p>Le niveau de généralisation de ces luttes est illustré par la façon dont les travailleurs d&rsquo;une industrie sont allés chercher les travailleurs d&rsquo;autres industries. On le voit aussi par la façon dont les travailleurs se sont mêlés les uns aux autres lors des manifestations, sans se soucier de savoir de quel syndicat ou de quel secteur venaient les gens<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_42');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_42');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_42" class="footnote_plugin_tooltip_text">42</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_42" class="footnote_tooltip">Rapporté dans Lutte Ouvrière, 8 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_42').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_42', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Les symboles de
la lutte étaient, partout, empruntés aux traditions
révolutionnaires de la France, même si beaucoup de grévistes et de
manifestants n&rsquo;avaient manifestement pas voté pour la gauche lors
des dernières élections au printemps et qu&rsquo;une minorité
substantielle de travailleurs avait même voté pour le Front
national. La grève a souvent été la plus forte dans les villes du
sud du pays où le FN se porte particulièrement bien au plan
électoral. A Toulon, où le Front dirige le conseil municipal, 25
000 personnes ont manifesté pour soutenir la grève dans une ville
de 100 000 habitants ; à Marseille, où le Front a depuis longtemps
une base solide, il y a eu trois manifestations en moins de quinze
jours de 160 000 à 200 000 personnes dans une ville dont la
population est d&rsquo;environ 800 000 habitants. Partout, il y avait des
drapeaux rouges, et un trait marquant de toutes les manifestations
était le chant par des milliers de personnes de l&rsquo;Internationale &#8211;
ce qui a eu lieu si rarement au cours des 25 dernières années que
la plupart des travailleurs ne connaissaient pas les paroles !</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Embryons de
contrôle par la base</strong></h3>



<p>Le niveau
d&rsquo;implication de la masse des travailleurs dans les grèves a été
beaucoup plus important que ce qui est habituellement le cas dans les
grèves françaises. Même lors de la grève générale de 1968, le
schéma fréquent était que la minorité des membres actifs du
syndicat mette les autres travailleurs en grève, les renvoie chez
eux, puis occupe elle-même les lieux de travail pendant la durée de
la lutte. Et même la minorité occupante n&rsquo;était souvent pas très
activement impliquée dans le mouvement, jouant aux cartes ou au
ping-pong pour passer le temps, plutôt que de débattre et de
manifester. En revanche, les grèves de décembre ont été
caractérisées par un niveau d&rsquo;activité très élevé, les
militants syndicaux convoquant quotidiennement des «&nbsp;assemblées
générales&nbsp;» où les non syndiqués tout autant que les
syndiqués votaient sur le maintien de la grève pendant 24 heures
supplémentaires et, dans de nombreux cas, discutaient de ce qu&rsquo;il
fallait faire pour attirer de nouveaux secteurs de travailleurs dans
la lutte.</p>



<p>Cela signifiait
qu&rsquo;il y avait un énorme potentiel pour le développement de
nouvelles formes d&rsquo;organisation par en bas, basées sur la démocratie
des travailleurs plutôt que sur des manœuvres bureaucratiques. Les
travailleurs étaient en grève ensemble, certains groupes allant
faire débrayer d&rsquo;autres et aidant à soutenir leur lutte. Il n’y
avait qu&rsquo;un petit pas de plus à faire pour transformer les
assemblées générales d&rsquo;un secteur en assemblées générales
conjointes de toute la classe dans un quartier, et pour fusionner les
comités de grève individuels en comités de coordination des
travailleurs de toute une ville ou de tout un quartier.</p>



<p>Cela a
certainement commencé à se produire dans un certain nombre de cas.
Ainsi, un professeur du 20e arrondissement de Paris raconte comment,
après que son école ait voté la grève :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Nous sommes allés au dépôt postal local qui était en grève. Il y avait une centaine de personnes qui se réunissaient à la cantine. C&rsquo;était incroyable, tout le monde nous applaudissait, alors que nous n’étions qu’une petite école ! Ils ont proposé une manifestation locale le jeudi matin, avant la marche nationale, pour faire le tour des lieux de travail locaux. Tout le monde a pensé que c&rsquo;était une bonne idée et il a été décidé de contacter d&rsquo;autres immédiatement grévistes locaux. Armés de tracts, nous sommes partis faire le tour des lieux de travail locaux &#8211; le bureau de la compagnie des eaux de Paris, où une délégation est entrée directement tandis que les autres chantaient à l&rsquo;extérieur, une grande maison de retraite, où un groupe de travailleuses est venu nous voir à la porte &#8211; presque toutes des femmes noires avec des bas salaires &#8211; le grand supermarché Monoprix, dans lequel une vingtaine d&rsquo;enseignants, de postiers, de conducteurs de bus et de lycéens en grève ont défilé.</p>
</blockquote>



<p>Les fruits de ce
type de contact et d&rsquo;initiative locale ont été constatés quelques
jours plus tard. Quelque 500 grévistes des lieux de travail du
quartier se sont réunis pour planifier des activités conjointes
dans tout l&rsquo;arrondissement, et ont convenu d&rsquo;établir un comité de
coordination régulier des lieux de travail en grève dans
l&rsquo;arrondissement. Des démarches similaires ont été signalées dans
plusieurs autres arrondissements de Paris. Et dans certains endroits
en-dehors de Paris, le niveau de coordination organisée semble être
allé plus loin. Un militant CGT a raconté comment ils ont créé un
comité d&rsquo;organisation de la grève à Rouen :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Nous avons d&rsquo;abord présenté l&rsquo;appel lors d&rsquo;une assemblée générale des travailleurs de la SNCF. Le texte proposait le retrait du plan Juppé comme axe à partir duquel construire une grève générale. Une fois que l&rsquo;assemblée générale a approuvé le texte, nous avons travaillé sur celui-ci au sein d&rsquo;une commission qui comptait des représentants de tous les syndicats présents parmi les travailleurs. Nous étions unanimes dans notre conviction qu&rsquo;il fallait étendre le mouvement à toutes les catégories de travailleurs de la SNCF. Nous sommes donc aller dans les ateliers de maintenance de la SNCF à Quatre Mares (avec 800 travailleurs, un des plus grands lieux de travail de la région).</p>



<p>Quand nous avons expliqué le plan de rationalisation de la SNCF, les travailleurs ont été très énervés. Tout ça à 5 heures du matin. Certains des travailleurs de Quatre Mares sont venus renforcer les piquets de grève &#8230;</p>



<p>L’après-midi, nous nous sommes retrouvés en assemblée générale interprofessionnelle. L&rsquo;atmosphère était digue. Les gens parlaient dans tous les sens, tambourinaient, sifflaient. Rien n&rsquo;avait été organisé à part les discours des représentants des confédérations syndicales. On a essayé de «&nbsp;régulariser&nbsp;» la situation en créant un comité de grève &#8230; avec cinq ou six représentants mandatés par l&rsquo;assemblée générale de chaque secteur, plus les représentants habituels de chaque syndicat.</p>



<p>Cela s’est passé dès le troisième jour de la grève. Chaque matin, le comité d&rsquo;organisation unitaire de chaque secteur, en collaboration avec les délégués syndicaux, organisait l&rsquo;assemblée générale. En début d&rsquo;après-midi, le comité central planifiait la réunion commune de l&rsquo;après-midi&#8230;</p>



<p>La réunion de l&rsquo;après-midi avait lieu dans une cour où nous stockions normalement les trains en attente de réparations. L&rsquo;atmosphère était incroyable. Les grandes assemblées étaient comme des rassemblements. Mais elles représentaient le cœur de la grève, le cœur de la démocratie ouvrière.</p>



<p>C&rsquo;est par cette réunion quotidienne que tous les lieux de travail et toutes les instances syndicales ont été progressivement imprégnés de l&rsquo;esprit de la grève. Au début, vous aviez deux ou trois travailleurs qui venaient d&rsquo;une entreprise ou d&rsquo;un dépôt particulier. Puis ils ont commencé à amener leurs collègues ! Et pendant trois semaines, ce chantier a été LE lieu de rencontre de tous les secteurs en lutte. Le centre de tri postal de Rouen a été le premier à se joindre à la grève, puis il y a eu Électricité de France. L&rsquo;usine automobile Renault de Cléon a décidé de nous rejoindre après que 800 d&rsquo;entre nous soient allés leur parler&#8230;</p>



<p>On ne peut pas dire que c&rsquo;est devenu un comité de grève générale. Ce n&rsquo;était pas pensé comme tel. Mais il a certainement représenté un lieu de rencontre, un forum d&rsquo;initiatives pour tous les secteurs impliqués dans la lutte.</p>



<p>Nous avons rédigé ensemble un tract que nous avons distribué le 11 décembre lorsque nous avons bloqué toutes les routes vers Rouen. Plus de 1 000 travailleurs de tous les secteurs se sont réunis au dépôt de la SNCF à 4 heures du matin &#8211; enseignants, postiers, ouvriers de Renault, nous avons bloqué la ville ce jour-là. Le lendemain, nous avons organisé un «&nbsp;forum des luttes&nbsp;» juste devant la mairie. Une telle expérience change ta façon de penser<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_43');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_43');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_43" class="footnote_plugin_tooltip_text">43</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_43" class="footnote_tooltip"> Interview de J. Perez, dans International Viewpoint, Janvier 1966.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_43').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_43', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Il existe une
description très similaire de l&rsquo;organisation de la grève à Dreux &#8211;
la ville de 35.000 habitants à quelque 80 kms de Paris où le Front
National a fait sa première percée électorale :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les cheminots ont fait avancer une nouvelle forme de lutte plus ouverte contre le plan Juppé et le contrat de plan de la SCNF en rendant leurs assemblées générales largement ouvertes à tous les autres secteurs en lutte, à la presse et aux organisations démocratiques. Les débats ont eu lieu devant des camarades d&rsquo;autres secteurs du secteur public et privé.</p>



<p>Le petit local près de la ligne de chemin de fer, à proximité des ateliers, est devenu une ruche où tout était débattu : comment faire avancer le mouvement, la préparation des manifestations, la fourniture des repas quotidiens, l&rsquo;organisation de la crèche pour les enfants des grévistes &#8230; et les liens avec les autres secteurs. Les cheminots sont allés à la rencontre des postiers, des travailleurs hospitaliers, des gaziers, des enseignants, des travailleurs municipaux. Et à la fin tout le monde se retrouvait souvent devant les usines privées avec des mégaphones, des chants, des drapeaux rouges, des tracts avec l&rsquo;appel à la grève générale dans les secteurs public et privé.</p>



<p>Le mouvement a permis aux grévistes &#8211; cheminots, secteur public et privé &#8211; de se rassembler. Ce n&rsquo;était plus un mouvement du  » chacun pour soi « , mais un mouvement du  » tous ensemble « <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_44');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_44');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_44" class="footnote_plugin_tooltip_text">44</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_44" class="footnote_tooltip">Compte-rendu dans <em>Rouge</em>, 4 Janvier 1996.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_44').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_44', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>En rassemblant les travailleurs·e·s, français·e·s ou étranger·e·s, de la SNCF, de la Poste et des usines de la région, ainsi que des jeunes chômeurs des cités, le mouvement a dû avoir un impact politique énorme sur une ville où la croissance du Front national a été décrite comme «&nbsp;irrésistible&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_45');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_45');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_45" class="footnote_plugin_tooltip_text">45</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_45" class="footnote_tooltip">C’est le terme utilisé par l’ancienne maire PS de la ville dans son étude intéressante de la montée des fascistes, voir F. Gaspard, <em>Une petite ville en France </em>(Gallimard, 1990).</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_45').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_45', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et où la peur que le Front gagne le contrôle de la ville a conduit les candidats communistes et socialistes aux dernières élections municipales à se retirer en faveur de la droite non fasciste, laissant ce qui était autrefois un conseil municipal de gauche sans un seul membre de gauche !</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les dirigeants
syndicaux serrent les freins</strong></h3>



<p>La radicalisation
et la politisation du mouvement devaient se heurter, tôt ou tard, au
conservatisme des bureaucraties syndicales. Cela ne s&rsquo;applique pas
seulement aux dirigeants syndicaux comme Notat qui s&rsquo;opposaient au
mouvement depuis sa création. Cela s&rsquo;applique aussi aux dirigeants
de la CGT et de FO qui avaient initialement poussé leurs militants à
déclencher des grèves.</p>



<p>Ils voulaient
accroître le prestige et le pouvoir de négociation du syndicat
qu&rsquo;ils contrôlaient, non pas déclencher une confrontation générale
avec le gouvernement, et encore moins avec la classe capitaliste dans
son ensemble. Et ils ne voulaient certainement pas voir des comités
de coordination qui n&rsquo;étaient pas sous le contrôle du syndicat
prendre le commandement de la lutte. Ils se sont concentrés sur le
fait d’appuyer l&rsquo;accélérateur pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils contrôlaient
le volant pour ensuite, quelques jours plus tard, appuyer sur les
freins.</p>



<p>Ce qui comptait pour eux, c&rsquo;était d&rsquo;affirmer leur pouvoir de médiation entre le gouvernement et la classe ouvrière. Pour Blondel, cela signifiait faire pression pour le rétablissement de la position privilégiée de FO dans le secteur public et, si possible, dans l&rsquo;administration des caisses d&rsquo;assurance sociale. Pour la CGT, cela signifiait réaffirmer sa position traditionnelle de syndicat le plus puissant, d&rsquo;organisation clé que tout gouvernement qui veut restaurer la «&nbsp;paix sociale&nbsp;» doit prendre en compte. Pour les deux confédérations, cela signifiait étendre le mouvement au sein du secteur public et mener des actions symboliques dans le secteur privé, mais ensuite mettre fin au mouvement par la négociation. Un article perspicace du journal <em>Le Monde</em> a présenté la position de la CGT :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La CGT a l&rsquo;avantage sur les autres fédérations d&rsquo;être partout à la tête du mouvement, de jouer un rôle déterminant dans la SNCF, l&rsquo;EDF-GDF, la poste et la RATP. Elle ne fait face à aucune concurrence dans le rail, contrairement à la grève de fin 1986, où elle a été écartée, comme les autres syndicats, par deux coordinations de cheminots [officieuses]. Elle multiplie les appels à la grève pour ne pas se laisser dépasser par des mouvements plus ou moins spontanés. Elle semble ainsi contrôler la majorité des grèves et apparaît indispensable, surtout dans le rail, pour trouver une issue au conflit »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_46');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_46');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_46" class="footnote_plugin_tooltip_text">46</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_46" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 4 Décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_46').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_46', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Viannet a précisé
ses objectifs dans une interview au journal. Les concessions faites
par le gouvernement sur les retraites du secteur public, a-t-il
indiqué, «&nbsp;sont
bien le fruit de la forte mobilisation&nbsp;».
Il poursuit&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>dans les jours à venir, nous obtiendrons d&rsquo;autres reculs (…), mais, pour cela, il faut rester mobilisés (…) Les accusations de « grève politique » n&rsquo;ont aucune prise. Récemment, je défilais devant une petite troupe de gars dont je ne savais pas qui ils étaient et qui criaient : « Juppé démission ! » Je me suis retourné et je leur ai dit : « Mais qui proposez-vous à la place ? » Ils se sont tus aussitôt, car la question est moins de savoir si c&rsquo;est Juppé, Pierre, Paul ou Jacques, mais quelle politique on développe et comment on répond aux problèmes qui sont portés par ce mouvement social<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_47');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_47');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_47" class="footnote_plugin_tooltip_text">47</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_47" class="footnote_tooltip">Interview dans <em>Le Monde</em>, 19 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/19/en-cas-d-echec-du-sommet-social-gare-au-retour-de-flamme_3888974_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/19/en-cas-d-echec-du-sommet-social-gare-au-retour-de-flamme_3888974_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_47').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_47', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Au congrès de la CGT, les dirigeants n&rsquo;ont pas pu empêcher les appels à la grève générale. Mais ils pouvaient s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils n&rsquo;aboutissent à rien. Un orateur les a décrits comme des «&nbsp;schémas du passé&nbsp;». D&rsquo;autres ont beaucoup insisté sur la difficulté d&rsquo;étendre la grève du secteur public aux travailleurs de l&rsquo;industrie privée. Et, finalement, la direction a fait passer une résolution appelant à une «&nbsp;généralisation&nbsp;» de la grève, en vue de parvenir à «&nbsp;de vraies négociations en prenant comme base toutes les exigences des grévistes&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_48');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_48');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_48" class="footnote_plugin_tooltip_text">48</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_48" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 6 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/06/le-congres-de-la-cgt-choisit-la-generalisation-de-la-greve_3883799_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/06/le-congres-de-la-cgt-choisit-la-generalisation-de-la-greve_3883799_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_48').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_48', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le secteur privé</h3>



<p>La «&nbsp;prudence&nbsp;» de la direction de la CGT est mise en évidence par ce qui s&rsquo;est passé dans le secteur privé. Comme tout le monde le reconnaissait à l&rsquo;heure du bilan, l&rsquo;échec de sections significatives du secteur privé à rejoindre le mouvement de grèves représenta sa plus grande faiblesse. Les dirigeants syndicaux prétendaient que la jonction du privé avec la grève n&rsquo;était pas possible. Selon eux, les travailleurs du privé n&rsquo;avaient pas les mêmes intérêts immédiats dans la défaite des réformes de Juppé que les travailleurs du secteur public, dont le régime de retraite était directement attaqué. Pour d&rsquo;autres, des années de licenciement de masse avaient créé dans le privé une atmosphère où les travailleurs craignaient de faire grève. Enfin, la législation antigrève rendait plus difficiles d&rsquo;organiser des grèves légales dans des délais courts.  </p>



<p>Ces arguments ne venaient pas que des dirigeants syndicaux. Ils étaient aussi répétés quotidiennement dans les assemblées générales de grévistes, où les personnes qui souhaitaient voir le privé les rejoindre expliquaient à quel point c&rsquo;était difficile. Et comme le souligne un révolutionnaire français, «&nbsp;la majorité de la gauche a accepté ce même argument<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_49');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_49');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_49" class="footnote_plugin_tooltip_text">49</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_49" class="footnote_tooltip">Denis Godard, interview du 3 janvier 1996.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_49').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_49', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>». Il existe pourtant des preuves que ces arguments étaient infondés.</p>



<p>Le même sentiment général agitait le privé que le public&nbsp;: celui que la grève était nécessaire. On pouvait le voir dans les sondages d&rsquo;opinions, par la façon dont les travailleurs du privé battaient le pavé et animaient les manifestations, ou encore par l&rsquo;immense participation du privé comme du public lors de la dernière grande journée de mobilisation, samedi 16 décembre. L’amertume des travailleurs du privé était bien là, et elle attendait d&rsquo;être canalisée.</p>



<p>De plus, la peur des représailles n&rsquo;a certainement pas empêché certains secteurs du privé de rejoindre la lutte. Dans certaines régions françaises, les chauffeurs routiers agirent de leur propre initiative pour bloquer les routes autour de leur revendication syndicale de départ à la retraite à 55 ans<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_50');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_50');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_50" class="footnote_plugin_tooltip_text">50</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_50" class="footnote_tooltip">Voir <em>Le Monde</em> du 5 et 6 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_50').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_50', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Caen, les salarié.es du privé ont participé massivement aux manifestations, dont des milliers de travailleurs de Renault de l&rsquo;usine de Blainville-sur-Orne, de Moulinex, de Citroën, du Crédit Lyonnais, du Crédit Agricole et de Kodak<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_51');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_51');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_51" class="footnote_plugin_tooltip_text">51</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_51" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 7 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_51').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_51', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. A Clermont-Ferrand, des milliers de travailleurs de Michelin rejoignaient régulièrement les manifestations bi-hebdomadaires, quittant le travail pour l&rsquo;occasion. Et les mineurs en Lorraine et dans le sud ont mené une dure bataille sur les salaires, incluant des épisodes d&rsquo;affrontement avec la police.</p>



<p>Il y avait certainement une hésitation à se lancer dans la bataille parmi les travailleurs du privé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_52');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_52');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_52" class="footnote_plugin_tooltip_text">52</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_52" class="footnote_tooltip"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-poste-les-agents-hesitent-a-faire-greve_3892203_1819218.html.</span></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_52').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_52', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mais la même hésitation était aussi présente au début parmi certain.es travailleurs du public qui se sont finalement mis.es en grève et qui ont tenu jusqu&rsquo;au bout<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_53');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_53');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_53" class="footnote_plugin_tooltip_text">53</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_53" class="footnote_tooltip">Interview avec Denis Godard.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_53').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_53', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. L’enjeu, selon un révolutionnaire français «&nbsp;n&rsquo;était pas que les dirigeants produisent un appel à la grève générale sans rien faire derrière. Il fallait poser les bases d&rsquo;une telle perspective par des revendications appropriées&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_54');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_54');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_54" class="footnote_plugin_tooltip_text">54</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_54" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_54').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_54', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. La revendication la plus appropriée était celle que certains groupes de travailleurs et certaines branches syndicales locales commençaient à poser – le retour à la retraite à 37,5 annuités pour le privé, cela précisément que le gouvernement menaçait de retirer du public. En fait, même si les dirigeants de la CGT et de FO s&rsquo;engageaient  rhétoriquement à «&nbsp;généraliser&nbsp;» la lutte au secteur privé, ils n&rsquo;ont quasiment fait aucun effort pratique pour obtenir plus qu&rsquo;un soutien symbolique aux manifestations<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_55');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_55');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_55" class="footnote_plugin_tooltip_text">55</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_55" class="footnote_tooltip">Le Monde, 17 décembre 1995, <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-appellent-a-la-generalisation-de-la-greve_3891706_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-appellent-a-la-generalisation-de-la-greve_3891706_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_55').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_55', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>A Renault, le plus gros bastion de la CGT dans l&rsquo;industrie automobile, la fédération avait en effet entamé des discussions sur la retraite après 37,5 années. Mais, selon un témoignage, Daniel Sanchez, le délégué central CGT pour le groupe Renault, traitait cet objectif sans en faire un véritable slogan. «&nbsp;Nous sommes prêts à aller jusqu&rsquo;au bout&nbsp;», disait-il, «&nbsp;même jusqu&rsquo;à une grève générale&nbsp;. Mais Renault ne doit pas se dissoudre dans le mouvement avec des thèmes trop généraux.&nbsp;Nous devons garder notre propre dynamique&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_56');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_56');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_56" class="footnote_plugin_tooltip_text">56</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_56" class="footnote_tooltip">Le Monde, 3 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_56').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_56', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>En pratique, cela voulait dire que le syndicat agissait «&nbsp;prudemment<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_57');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_57');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_57" class="footnote_plugin_tooltip_text">57</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_57" class="footnote_tooltip">Selon Le Monde.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_57').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_57', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;». Uniquement à Cléon, où l&rsquo;initiative des cheminot.e.s dont nous avons parlé fut décisive, un nombre significatif de travailleurs de chez Renault s’est jeté dans le mouvement. Autre part, la CGT semble s&rsquo;être satisfaite de petits groupes de travailleurs rejoignant les manifestations, et dans certaines usines, il ne se passa rien du tout.</p>



<p>
Comme
le confie un représentant de FO Gare Saint Lazare à un journaliste
à la fin de la grève&nbsp;: 
</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>La direction de la CGT et de FO n&rsquo;ont jamais voulu d&rsquo;une grève générale. Viannet et Blondel se feraient dans le froc à cette idée. Le mouvement devenait trop spontané, trop autonome. On pouvait le percevoir sur le terrain. Ils ont freiné le mouvement pour empêcher l’organisation de comités locaux de grève générale</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_58');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_58');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_58" class="footnote_plugin_tooltip_text">58</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_58" class="footnote_tooltip">Le Monde, 17 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_58').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_58', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>
Le
journal Socialisme International énonçait ainsi les leçons de la
crise : 
</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Tout ce potentiel qui s’est exprimé dans les grèves de ce mois de décembre est resté à l’état embryonnaire. Les directions syndicales n’ont jamais appelé à la grève générale ni n’ont jamais cherché à construire celle-ci. Viannet et Blondel ont suffisamment dit et répété que ce qu’ils voulaient, c’était des négociations pour qu’on les croit sur parole<br>Ce que les travailleurs eux voulaient de plus en plus et ce qu’ils avaient la possibilité de gagner, c’était la chute d’un gouvernement… Les tentatives de créer des structures interprofessionnelles issues de la lutte sont restées isolées et locales. Ces initiatives n’ont pas été encouragées par les directions syndicales. Celles-ci avaient bien trop peur qu’elles ne puissent donner naissance à des coordinations contrôlées par les travailleurs eux-même et qui aurait pu commencer à élire ses propres représentants issus de la lutte et non des négociateurs professionnels comme le sont Blondel ou Viannet.</p>



<p>Les initiatives prises dépendaient généralement de la présence d’un ou plusieurs militants décidés à organiser le mouvement en impliquant les travailleurs et en élargissant la mobilisation. C’est ce qui explique l’énorme hétérogénéité des situations. Là où des militants étaient présents pour proposer des initiatives, entraîner les contacts entre travailleurs de différents secteurs la dynamique se développait rapidement. Dans le cas contraire, la grève perdait beaucoup de son dynamisme et isolait rapidement les grévistes…</p>



<p>Pour organiser cela, il manquait une direction politique décidée à faire tomber le gouvernement. Ni la direction du parti communiste et encore moins celle du parti socialiste n’ont voulu donner cette direction. Se cachant derrière la volonté de ne pas “récupérer” le mouvement elles ont laissé leurs militants sans direction et n’ont pas pu offrir d’alternative aux travailleurs en lutte<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_59');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_59');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_59" class="footnote_plugin_tooltip_text">59</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_59" class="footnote_tooltip"> Socialisme international, 20 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_59').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_59', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">Le mouvement étudiant</h3>



<p>Un aspect du mouvement qui semble rappeler 1968 était l&rsquo;implication des étudiant.e.s. Alors que les travailleurs du secteur public paralysaient les transports publics, la France vivait sa plus grande mobilisation étudiante depuis 1986 – une mobilisation qui avait commencé plusieurs semaines avant les grèves du secteur public. L&rsquo;implication des étudiant.e.s montre à quel point se trompaient les journalistes et tous ceux qui répétaient, années après années que les étudiant.e.s avaient changé depuis les années 1960, qu&rsquo;ils ne montraient plus d&rsquo;intérêts pour la politique et qu&rsquo;ils ne pouvaient plus être impliqué.e.s dans les luttes à nouveau.  </p>



<p>Pour autant, la dynamique de la mobilisation étudiante et sa relation avec le mouvement des travailleurs étaient différentes par certains aspects importants de ce qui s&rsquo;était passé en 1968. En 68, le mouvement étudiant avait commencé dans les facultés de sciences humaines à Paris et, en quelques jours, s&rsquo;était transformé en une confrontation générale avec l&rsquo;État français. Il impliquait des dizaines de milliers d&rsquo;étudiant.e.s sur des revendications qui ne concernait pas seulement leurs propres conditions, mais la nature même de la société. Les étudiant.e.s s&rsquo;étaient mis.e.s très rapidement à parler de «&nbsp;révolution&nbsp;» et essayaient d&rsquo;y gagner les travailleurs.</p>



<p>En 1995, le mouvement commença sur les revendication spécifiques des étudiant.e.s de certaines universités de villes de province et se répandit lentement au reste du pays. Il n&rsquo;a jamais atteint le niveau de généralisation du conflit politique atteint en 1968. Ce n&rsquo;était plus des milliers d&rsquo;étudiant.e.s, mais  des milliers de cheminot.e.s qui dirigeaient les manifestation en chantant l&rsquo;Internationale.</p>



<p>La lutte débuta à Rouen, où des étudiants en science et en technologie se mirent en grève le 9 octobre pour protester contre des coupes budgétaires qui allaient provoquer une grave insuffisance de professeurs et d&rsquo;équipements. Ils manifestèrent dans les rues de la ville en réclamant une augmentation de 12 millions de francs du budget de l&rsquo;université et ils firent une occupation spectaculaire du rectorat. Après leur expulsion par la police, le mouvement s&#8217;emballa et impliqua les étudiant.e.s de sciences humaines également. D&rsquo;ici la première semaine de novembre, le gouvernement fut suffisamment sous pression pour concéder les trois quart de leurs revendications et promettre la création de 188 nouveaux postes d&rsquo;enseignant.e.s.</p>



<p>Le gouvernement espérait clairement contenir la révolte étudiante à cette unique université avec cette concession. Il était probablement encouragé dans cette voie par la couverture médiatique de l&rsquo;attitude des étudiant.e.s. Ils leur semblaient très éloigné.e.s des idées révolutionnaires de 1968. Beaucoup exprimaient de l&rsquo;indifférence face à la politiques officielle, arguant que 14 ans de «&nbsp;socialisme&nbsp;» sous Mitterrand n&rsquo;avaient rien fait pour eux. Mais, en même temps, leur colère dépassait les seules questions des ressources universitaires et de l&rsquo;enseignement. Ils exprimaient un vif ressentiment contre ce que la société avait à leur offrir&nbsp;: ils parlaient d&rsquo;un futur au faible salaire et d&rsquo;insécurité de l&#8217;emploi. Et ce mécontentement existaient bien plus largement qu&rsquo;à Rouen.</p>



<p>Loin de mettre un terme au mouvement, les concessions faites à Rouen encouragèrent sa propagation. Sous quinze jours, Metz, Toulouse, Tours, Orléans, Caen, Nice, Montpellier, Perpignan et beaucoup d&rsquo;autres universités étaient le lieux de grèves et de manifestations, chacune avec ses propres revendications d&rsquo;augmentation de budget. Les premières universités parisiennes rejoignirent le mouvement le 16 novembre. Les manifestations du mardi 21 novembre impliquèrent plus de 100,000 étudiant.e.s à travers le pays. Quand les premières grosses manifestations contre le plan Juppé eurent lieu trois jours plus tard, un cortège de 3.000 étudiants se tenait derrière une bannière appelant à l&rsquo;unité entre étudiants et travailleurs. Ils reçurent les acclamations de la foule. Et la manifestation nationale étudiante suivante, qui était appelée pour le 30 novembre, se transforma dans de nombreuses villes de province en manifestation commune des cheminot.e.s, étudiants et autres travailleurs contre le gouvernement&nbsp;: A Marseille « des&nbsp;étudiants d&rsquo;Aix-Marseille et des cheminots [défilent] derrière une banderole commune<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_60');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_60');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_60" class="footnote_plugin_tooltip_text">60</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_60" class="footnote_tooltip">Voir la description de la mobilisation dans Le Monde du 2 décembre 1995, <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/coude-a-coude-a-marseille_3891650_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/coude-a-coude-a-marseille_3891650_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_60').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_60', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» tandis qu’à Rouen ou dans d&rsquo;autres villes, les étudiant.e.s faisaient parti des délégations qui rejoignirent les travailleurs du rail et de La Poste sur leurs lieux de travail.  </p>



<p>Mais même si la solidarité étudiante fut importante pour impulser l&rsquo;élargissement de la grève du secteur public dans la semaine suivante, le rôle des étudiant.e.s&nbsp; n&rsquo;y a jamais été central comme en 1968. Et selon certains indicateurs, le dynamisme étudiant commençait à s&rsquo;étioler au moment même où le mouvement ouvrier arrivait à son pic. D&rsquo;ici à la première semaine de décembre, quand des manifestations plus grandes qu&rsquo;en 1968 agitèrent de nombreuses villes de province, le rôle des étudiant.e.s avait décliné, tandis qu&rsquo;à Paris, les étudiant.e.s participaient aux manifestations, non plus en cortèges étudiants, mais en tant qu&rsquo;individus.</p>



<p>Une coordination nationale des étudiant.e.s en grève avait vu le jour et elle avait joué un rôle certain en appelant à la manifestation du 30 novembre. Mais des témoignages suggèrent que cette coordination était bien plus représentative des étudiants de province que des étudiants parisiens où elle était dominée en grande partie par des militants investis par un des principaux appareils syndical étudiant, l&rsquo;UNEF. Comme le rapporte un révolutionnaire français&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le mouvement étudiant était massif à Toulouse et peut-être dans d’autres villes. Ailleurs, il y a eu trois jours de mobilisation de masse, qui étaient les plus grandes depuis 1986, mais pas massives non plus. Ainsi, à Nanterrre, l’épicentre de la révolte étudiante en 68, 3000 étudiants sur 30.000 étaient impliqués. Et après ces trois jours, le mouvement commença à décliner. Deux syndicats étudiants rivaux, le premier dirigé par le PS, le second par le PC, et qui n’organisaient à eux deux qu’un pour-cent des étudiants se battaient entre eux, sans parler des groupes anarchistes ou autres impliqués. Ça a pu donner l’impression que le mouvement général était bien plus radical qu’il ne l’était en réalité<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_61');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_61');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_61" class="footnote_plugin_tooltip_text">61</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_61" class="footnote_tooltip">Interview avec Denis Godard.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_61').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_61', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Le journal révolutionnaire Socialisme International rend compte&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>“Ces luttes internes ont nuit largement au mouvement étudiant qui, dès lors qu’il était peu implanté sur les facs, a reproduit les luttes entre les deux principaux syndicats et les luttes internes de tendances. Pour gagner le contrôle de la coordination nationale, les délégués qui étaient souvent des militants syndicaux ont pratiqué la surenchère mettant immédiatement en avant des revendications nationales sans chercher à ancrer le mouvement dans leurs facs respectives à partir des problèmes locaux. Cela a mené les étudiants grévistes à se marginaliser plutôt que d’essayer de mobiliser les étudiants non grévistes.[…]</p>



<p>Cela a conduit le mouvement étudiant de fin 1995 à s’essouffler très vite, laissant isolées les universités où la lutte s’était organisée plus solidement (comme à Toulouse)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_62');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_62');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_62" class="footnote_plugin_tooltip_text">62</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_62" class="footnote_tooltip">Socialisme International, 20 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_62').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_62', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.”</p>
</blockquote>



<p>Ce point de vue sur la coordination nationale semble être confirmé par un article de Le Monde qui explique&nbsp;que : “Alors qu&rsquo;elle tentait d&rsquo;échapper à l&#8217;emprise des universités parisiennes fort peu mobilisées pour se réunir à Tours, puis à Bordeaux, le déclin du mouvement était déjà largement amorcé&#8230; Face à François Bayrou, il ne reste plus que des interlocuteurs éclatés : une coordination à la légitimité discutable, des syndicats d&rsquo;étudiants incertains sur leur rôle<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_63');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_63');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_63" class="footnote_plugin_tooltip_text">63</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_63" class="footnote_tooltip">Le Monde, 24 décembre 1995, <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/24/les-fruits-amers-de-la-crise-etudiante-suite-de-la-premiere-page_3891788_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/24/les-fruits-amers-de-la-crise-etudiante-suite-de-la-premiere-page_3891788_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_63').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_63', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>”.</p>



<p>Pour autant, ces faiblesses n’ont pas empêché le mouvement étudiant d&rsquo;augmenter la confusion du gouvernement. Pas plus qu&rsquo;elles ont empêché des milliers d&rsquo;étudiants de s&rsquo;impliquer dans les manifestations et dans les actions de soutien au secteur public en grève. Et, selon toute vraisemblance, elles n&#8217;empêcheront pas de nombreux étudiants d&rsquo;apprendre d&rsquo;importantes leçons pratiques sur leur capacité à lutter auprès des travailleurs dans le futur. Mais ces faiblesses signifiaient que les étudiants ne purent jouer le rôle qui fut le leur, dans une certaine mesure, en 1968&nbsp;: injecter un ferment révolutionnaire, même si mal défini, dans les idées du mouvement ouvrier.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Négociations</h3>



<p>La même semaine où Viannet argumentait vigoureusement au congrès de la CGT contre l&rsquo;appel à la grève générale et la chute du gouvernement, en privé, il avait d&rsquo;autres activités. “Le téléphone a beaucoup fonctionné jeudi. Entre M. Viannet et M. Blondel, son homologue de Force ouvrière, pour préparer la journée du 12 décembre. Entre M. Viannet et Jean-Pierre Denis, le secrétaire général adjoint de l&rsquo;Elysée&#8230;<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_64');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_64');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_64" class="footnote_plugin_tooltip_text">64</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_64" class="footnote_tooltip">Rapporté dans Le Monde, 9 décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/09/le-gouvernement-et-les-syndicats-jouent-a-cache-cache_3885479_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/09/le-gouvernement-et-les-syndicats-jouent-a-cache-cache_3885479_1819218.html</span></a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_64').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_64', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>”Ce jour-là, Juppé avait dit à ses ministres de commencer des négociations, en particulier dans le conflit des cheminots. Le dimanche 10 décembre, « les contacts, par nature discrets voire secrets, se sont multipliés entre le gouvernement et les syndicats&#8230;<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_65');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_65');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_65" class="footnote_plugin_tooltip_text">65</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_65" class="footnote_tooltip"> Le Monde, 12 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_65').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_65', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ».</p>



<p>Les mardi et jeudi
suivants eurent lieu les plus grandes manifestations depuis le début
du mouvement (dans certaines villes de province, elles étaient deux
fois plus grandes que celles de la semaine d&rsquo;avant) malgré les
prédictions continuelles du gouvernement et d&rsquo;une partie des médias
qui annonçaient le déclin du mouvement. Pour les dirigeants
syndicaux, l&rsquo;alternative était maintenant de continuer le mouvement
– en particulier avec la grève du rail – jusqu&rsquo;au retrait total
du plan Juppé et d&rsquo;infliger ainsi un coup fatal au gouvernement, ou
d&rsquo;accepter les concessions partielles qui gelaient le plan de
rationalisation du rail et retiraient le projet d&rsquo;allongement de la
durée de cotisation dans le public.	</p>



<p>La CGT avait faxé une circulaire à toutes ses branches cheminotes le vendredi suivant la plus grosse manifestation et la plus grosse journée de grève du mouvement, alors que les travailleurs se vantaient d&rsquo;avoir dépassé le seuil des deux millions de grévistes au-dessus duquel Juppé avait prétendu démissionner. Cette circulaire les pressait d&rsquo;arrêter la grève et de «&nbsp;continuer la lutte par d&rsquo;autres moyens&nbsp;». Elle prétendait également que le mouvement devait continuer pour inciter le gouvernement à faire plus de concession et appelait à une grande manifestation à Paris pour le samedi 16 décembre et à un jour d&rsquo;action plus modeste la semaine d&rsquo;après. En pratique, l&rsquo;effet de cette circulaire fut de baisser le niveau des luttes.</p>



<p>Un très grand nombre de grévistes furent attérré.es quand ils reçurent ce fax. A tel point que, selon un rapport, «&nbsp;beaucoup d&rsquo;élus CGT étaient convaincu qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une contrefaçon<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_66');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_66');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_66" class="footnote_plugin_tooltip_text">66</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_66" class="footnote_tooltip"><em>The Union Machines in the Strike</em>,&nbsp;<strong>Class Struggle</strong>, January 1996, p.&nbsp;13.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_66').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_66', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ». A la gare du Nord à Paris, l&rsquo;assemblée générale décida par 200 votes contre 1, avec quelques abstentions, de rester en grève<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_67');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_67');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_67" class="footnote_plugin_tooltip_text">67</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_67" class="footnote_tooltip"> Rapport d&rsquo;assemblée générale dans Le Monde, 17 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_67').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_67', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Le dépôt ferroviaire du sud-ouest de Paris décida à 102 voix contre 1, avec 12 absentions, de rester en grève également. A Lyon, le vote de poursuite était de 637 contre 190. A Rouen, les représentants CGT prirent soin de ne pas suggérer le retour au travail eux-mêmes et laissèrent l&rsquo;initiative aux syndicalistes CFDT&nbsp;; dimanche, le vote était toujours de 138 à 2 pour continuer la grève<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_68');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_68');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_68" class="footnote_plugin_tooltip_text">68</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_68" class="footnote_tooltip"> Rapporté chez Lutte Ouvrière, 22 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_68').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_68', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les compte-rendus des journaux sur les assemblées générales à La Poste, dans l&rsquo;électricité et le gaz, et surtout, dans les dépôts ferroviaires rapportent des discussion endiablées, où certains travailleurs défendaient qu&rsquo;il y avait plus en jeu qu&rsquo;une simple grève sur des revendications spécifiques. Le retour au travail complet des cheminots prit encore deux ou trois jours, et certains travailleurs du transport parisien résistèrent encore plus longtemps. Certains groupes, comme les postiers de Caen et le transport public à Marseille étaient encore en grève sur leurs revendications spécifiques deux semaines plus tard. Mais le mouvement dans son ensemble arrivait à sa fin au moment où le «&nbsp;sommet social&nbsp;» de Juppé eut lieu.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Politique</h3>



<p>Le comportement des syndicats qui ont mis fin à un mouvement qu’ils avaient eux-mêmes encouragé ne devrait, en fin de compte, surprendre personne. Les syndicats sont des structures bureaucratiques qui balancent entre les travailleurs organisés et la classe des employeurs, avec pour objectif d’user de leur influence auprès des premiers afin d’être acceptés comme des «&nbsp;partenaires&nbsp;» par ces derniers. Les syndicats français ne font pas exception à cette règle. La CGT a volontiers négocié les accords de Grenelle en 1968 avec le premier ministre gaulliste Georges Pompidou. Les directions tentèrent de mettre fin à la grève après avoir obtenu des concessions bien en-deçà de ce que voulaient de grandes sections de travailleurs, et elles en payèrent le prix lorsqu’une assemblée générale énorme à Renault Billancourt se mit à scander «&nbsp;Ne signez pas&nbsp;! Ne signez pas&nbsp;!<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_69');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_69');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_69" class="footnote_plugin_tooltip_text">69</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_69" class="footnote_tooltip">Voir le compte-rendu dans Chris Harman, « The fire last time », pp. 101, 108.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_69').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_69', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;».</p>



<p>Les bureaucraties syndicales essaient toujours de stopper une grève de masse lorsque celle-ci va au-delà d’un certain point. Car les grèves de masses commencent à dépasser la question de telle ou telle négociation avec le pouvoir pour en arriver à remettre en question toute son autorité. Des problèmes politiques se posent alors qui requièrent des réponses politiques que les bureaucraties sont incapables de mettre en œuvre. Il arrive que certains membres de la structure bureaucratique s’identifient personnellement avec une réponse politique mais ils et elles se verront bridés par la nécessité d’opérer dans la structure. Ce qui importe donc est l’organisation politique et pas simplement l’organisation syndicale. Un journaliste rapporta ces propos d’un activiste de la CGT à Gare du Nord&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les fédérations syndicales ont suivi leurs vieux réflexes qui leurs disaient de savoir arrêter une grève. Mais ce mouvement était bien plus qu’un simple conflit syndical. Il se transforma en critique des élites et du néolibéralisme imposé par le bâton et les coupes, des richesses concentrées entre quelques mains et d’une société qui ne se soucie plus des gens. Le mouvement est arrivé à un point où il fut obligé de devenir politique. Il créa une nouvelle conscience que personne n’avait le droit de trahir<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_70');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_70');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_70" class="footnote_plugin_tooltip_text">70</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_70" class="footnote_tooltip">Cité dans <em>Le Monde</em>, 17 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_70').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_70', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Les principales organisations politiques de gauche ne se montrèrent guère plus capables que les bureaucraties syndicales de se mettre au niveau du mouvement. Le parti qui obtint le plus de voix de la classe ouvrière française fut le parti socialiste. Il se trouva tout à fait incapable d’offrir une alternative politique en décembre 1995. Les dirigeants du PS ont passé les 14 ans de la présidence de Mitterrand à accepter la même logique économique qui mena Juppé à pousser ses «&nbsp;réformes&nbsp;». Il n’était donc pas surprenant de constater que la moitié des dirigeants du PS était d’accord avec ces réformes alors que l’autre moitié refusa de traduire son opposition verbale en la moindre agitation pratique.  </p>



<p>L’autre grande organisation politique de gauche en France est le parti communiste, historiquement plus influent que le PS auprès des sections militantes de la classe ouvrière. Il adopta une position qui de prime abord semblait bien plus radicale que celle du PS. Robert Hue, secrétaire général du PCF, déclara le 20 novembre avant même le début de la grève que la colère contre le plan Juppé était «&nbsp;légitime&nbsp;». Et comme nous l’avons vu, la CGT, sur laquelle le PCF exerce une influence considérable, a elle-même joué un rôle actif pour commencer les grèves. Mais assez rapidement il s’avéra que le PCF n’était pas plus préparé que le PS à faire de l’agitation sur les lieux de travail ou dans la rue. La direction du parti insista que la question de la chute du gouvernement n’était pas à l’ordre du jour puisque «&nbsp;le PCF n’est pas prêt pour la dissolution de l’Assemblée Nationale&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_71');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_71');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_71" class="footnote_plugin_tooltip_text">71</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_71" class="footnote_tooltip">Discours d&rsquo;un membre du secrétariat du parti, Jean-Claude Gayssot, ouvrant un débat au comité national du parti, dans <em>Le Monde</em>, 8 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_71').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_71', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Hue prétendait que le reste de la gauche n’était pas prêt pour «&nbsp;l’alternative progressiste<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_72');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_72');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_72" class="footnote_plugin_tooltip_text">72</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_72" class="footnote_tooltip"><em>L’Humanité</em>, 7 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_72').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_72', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><br>&nbsp;» et qu’on «&nbsp;ne pouvait pas dire au mouvement ce qu’il ne se dit pas lui-même. Le mouvement aujourd’hui n’est pas mûr pour un changement politique<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_73');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_73');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_73" class="footnote_plugin_tooltip_text">73</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_73" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 8 December 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_73').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_73', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;» Non seulement cela signifiait que, comme le martelait Hue, «&nbsp;l’idée d’une grève générale n’est pas à l’ordre du jour<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_74');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_74');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_74" class="footnote_plugin_tooltip_text">74</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_74" class="footnote_tooltip">Propos de Hue dans&nbsp;<em>Le Monde</em>, 6 décembre 1995 et dans&nbsp;<em>Rouge</em>, 14 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_74').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_74', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;»,  mais les députés du PCF hésitèrent même avant de soutenir une motion de censure du PS contre le gouvernement Juppé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_75');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_75');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_75" class="footnote_plugin_tooltip_text">75</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_75" class="footnote_tooltip"><em>Le Monde</em>, 8 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_75').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_75', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;! Il était donc logique de voir des critiques s’exprimer en interne lors de la réunion du comité national du parti dans la première semaine de décembre&nbsp;:  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Il y eut beaucoup de questionnements et de critiques concernant la conduite du parti jugée trop prudente. Les secrétaires de plusieurs fédérations ont critiqué la faible visibilité des communistes lors des actions et des manifestations, certains réclamèrent plus d’actions en commun avec la CGT, d’autre demandant au parti d’agir d’une autre manière<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_76');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_76');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_76" class="footnote_plugin_tooltip_text">76</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_76" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_76').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_76', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>L’objectif principal de la direction du parti durant les années précédentes était de reconquérir une partie du poids perdu dans les années 1970 et 1980. Jusque-là, non content d’attirer la majeure partie des travailleurs les plus militants, le PCF était aussi la plus grosse force électorale à gauche avec cinq millions de voix. Ce poids lui permettait de combiner un dévouement stalinien à la politique étrangère de l’URSS avec ce qui n’était finalement qu’une approche parlementaire sur l’arène nationale. On vit les effets concrets en Mai 1968, lorsque le PCF a joué un rôle clé pour persuader les ouvriers à reprendre le travail en échange d’augmentations de salaire et de l’organisation d’élections par le président De Gaulle. Son stalinisme et son parlementarisme lui jouèrent des mauvais tours à partir de là.  </p>



<p>Le soutient de l’URSS était de plus en plus impopulaire et risquait d’isoler le parti à la fois d’un grand nombre de travailleurs militants et des autres forces parlementaires. L’électoralisme du PCF l’amena à nouer une alliance acritique avec le PS refondé par François Mitterrand, qui avait manœuvré habilement pour gagner des millions d’anciens électeurs communistes. Mais le parti persista dans cette alliance, et ses ministres gardèrent leurs postes au premier gouvernement Mitterrand, alors même qu’il adoptait des politiques trahissant la confiance de ses électeurs, jusqu’à ce que Mitterrand lui-même ne les vire sans cérémonie. Le résultat fut qu’après avoir perdu des voix au profit du PS, le parti communiste perdit encore de son influence alors que la désillusion générale instaurée par les politiques des gouvernements PS successifs se renforçait. Le dirigeant d’époque, George Marchais, réagit d’une manière sectaire et stalinienne, tentant de maintenir le grappin sur les adhérents dont le nombre fondait comme neige au soleil en expulsant quiconque essayait d’ouvrir un débat sur les erreurs passées. Evidemment les affaires du parti allèrent de mal en pis au point de risquer l’annihilation électorale en obtenant bien moins de voix que le parti fasciste du Front National, et à peine le double de la candidate Trotskiste Arlette Laguiller.  </p>



<p>Robert Hue, qui prit les rênes du parti en 1994, voulut échapper à la marginalisation du parti par une double stratégie. D’un côté, il appela à abandonner le stalinisme une bonne fois pour toutes, lui mettant sur le dos des opportunités manquées, surtout en 1968 lorsqu’il «&nbsp;vit le mouvement avec les yeux des années 1950&nbsp;», et il ouvrit des tractations avec d’autres forces de gauche, allant jusqu’à envoyer un délégué aux funérailles du Trotskiste belge Ernest Mandel et organisant une réunion officielle entre des représentants du PCF et de la LCR le 29 novembre sur fond de renforcement de la grève<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_77');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_77');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_77" class="footnote_plugin_tooltip_text">77</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_77" class="footnote_tooltip">Rapporté dans&nbsp;<em>Le Monde</em>, 26 novembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_77').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_77', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>  De l’autre côté, Hue a affirmé que pour sortir de la «&nbsp;marginalisation&nbsp;» du parti il fallait s’ouvrir sur la droite&nbsp;; il parlait de baser le parti sur «&nbsp;les grandes traditions humanistes françaises&nbsp;» et avait suivi une stratégie «&nbsp;d’opposition constructive&nbsp;» depuis la victoire de la droite aux législative du printemps 1995. Le PCF a attaqué le gouvernement car ce dernier aurait subordonné des intérêts «&nbsp;français&nbsp;» à sa quête d’unité européenne, et a appelé à l’organisation d’un référendum sur l’UE le jour du 25ème anniversaire de la mort du général De Gaulle, dans un appel clair aux sentiments de la droite nationaliste.  </p>



<p>Dans ce contexte, le mouvement contre le plan Juppé offrait au parti une opportunité de renforcer son influence. Il ne pouvait que se réjouir de la situation embarrassante dans laquelle se trouvait le PS qui lui avait sapé tant de voix pendant des années. Mais le PCF voulait à tout prix éviter que le mouvement ne remette en question sa stratégie de se trouver des alliés parmi les forces eurosceptiques à sa droite. De là son insistance sur le fait que c’était à la CGT et non au PCF de construire le mouvement et son rejet des appels à la grève générale et à la chute du gouvernement Juppé.  </p>



<p>Les deux principales organisations trotskistes en France depuis 1968 étaient Lutte Ouvrière (LO) et la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), situées à gauche du PCF. LO combinait la production régulière de bulletins destinés aux lieux de travail avec un certain succès électoral, notamment lors des campagnes présidentielles successives d’Arlette Laguiller. Dans les années 1970, LO était plus petite et moins visible que la LCR. Mais elle renforça son influence dans les années 1980 en étant la seule organisation de gauche à insister, dès le début, que Mitterrand et le PS allaient trahir leurs sympathisants. Certains membres de LO jouèrent un rôle important dans la coordination qui amena la grève du rail de 1986, et Arlette Laguiller obtint 1,5 million de voix aux dernières élections, dont celle d’un travailleur manuel sur quatorze<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_78');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_78');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_78" class="footnote_plugin_tooltip_text">78</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_78" class="footnote_tooltip">D&rsquo;après les statistiques officielles après les dernières élections présidentielles.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_78').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_78', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Mais ces succès ont toujours été lestés de faiblesses énormes dans la théorie et la pratique. La théorie de LO a toujours été mécanique et dogmatique, une répétition <em>ad nauseam</em> de quelques points de base. Certains de ces points sont corrects, comme le rôle central joué par la classe ouvrière et les luttes sur les lieux de travail. D’autres ont été faux, comme le fait de s’accrocher jusqu’au bout à la définition de l’URSS comme état ouvrier dégénéré, alors que bizarrement la Chine, Cuba et les pays d’Europe de l’Est auraient toujours été capitalistes, ou encore la croyance que le fondamentalisme islamique est qualitativement pire que toute autre forme de politique petite-bourgeoise. Dans aucun des cas, LO n’a su développé une «&nbsp;analyse concrète d’une situation concrète&nbsp;», pour reprendre l’expression de Lénine. Les vues théoriques mécaniques s’accompagnaient d’une vision tout aussi mécanique de la pratique politique révolutionnaire. Pour LO, il n’y a que deux tâches&nbsp;: de mettre en lumière des questions économiques concrètes sur tel ou tel lieu de travail, et de faire du travail de propagande générale par les élections et les bulletins. Toute notion d’utilisation du journal comme «&nbsp;organisateur&nbsp;» lui est absente, tout comme l’existence de luttes en dehors des lieux de travail, en particulier contre l’oppression. Par conséquent LO refuse de faire campagne contre l’influence grandissante des nazis du FN sous le prétexte que «&nbsp;le FN n’existe pas sur les lieux de travail<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_79');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_79');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_79" class="footnote_plugin_tooltip_text">79</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_79" class="footnote_tooltip">Pour plus de détails sur la politique de Lutte Ouvrière, voir <em>Lutte Ouvrière and SWP Debate the French Railway Workers’ Strike</em>, dans&nbsp;<em>International Socialism 26</em>, avril 1987.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_79').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_79', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;».</p>



<p>Tous ces défauts ont convergé durant les grèves de décembre pour empêcher Lutte Ouvrière de répondre de quelque manière que ce soit au besoin de direction révolutionnaire. Des individus membres de LO ont certes pu jouer des rôles centraux sur certains lieux de travail, tout comme ont pu le faire certains membres du PCF. Mais l’organisation dans son ensemble n’a pas déployé d’efforts concertés dans le but d’offrir une direction politique au mouvement. Ses membres ne se sont pas mis en quatre pour vendre leur journal dans les manifestations, il n’y a pas eu non plus de campagne de collage ou de diffusion massive pour tenter d’influer sur le développement du mouvement.</p>



<p>Ces carences n’étaient pas accidentelles. Elles reposaient sur une incapacité totale à comprendre le potentiel du mouvement à cause d’une théorie mécanique sur la période : cette dernière seraient une ère <em>d’évolution réactionnaire</em> généralisée liée à la contre-révolution dans l’ancienne URSS. Concernant la France elle-même, cette théorie prétendait (dans un article daté du 31 octobre 1995 et publié en janvier 1996, après la grève), que <em>la période actuelle est dominée par une démoralisation de la classe ouvrière</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_80');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_80');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_80" class="footnote_plugin_tooltip_text">80</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_80" class="footnote_tooltip"><em>La situation interieure</em>,&nbsp;Lutte de Classe, n.&nbsp;17, janvier-février 1996.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_80').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_80', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>LO interpréta la diffusion des grèves dans la dernière semaine de novembre comme une simple manœuvre des bureaucraties syndicales. Leur journal affirma, dans un article titré <em>Après deux semaines</em>, que la grève est le produit d’un processus enclenché exclusivement par en-haut. C’est par la volonté des centrales syndicales FO et CGT que le mouvement s’est déclenché, s’est enhardi et s’est diffusé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_81');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_81');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_81" class="footnote_plugin_tooltip_text">81</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_81" class="footnote_tooltip">Roger Girardot,&nbsp;<em>Lutte Ouvrière</em>, 8 décembre 1995. Cet argument est répété dans l&rsquo;article&nbsp;<em>The Union Machines in the Strike</em>&nbsp;– dont une grande partie est simplement une traduction de Girardot  – dans la publication en langue anglaise de Lutte Ouvrière, <em>Class Struggle</em>, janvier/février 1996. Mais l&rsquo;autre article sur les grèves,&nbsp;<em>The Class Struggle with a Vengeance</em>, propose un compte-rendu différent, dans lequel l&rsquo;appel par en-haut initié par la bureaucratie syndicale permit dans la pratique l&rsquo;expression d&rsquo;une démocratie ouvrière par en-bas, ce que très peu de travailleurs avaient expérimenté jusqu&rsquo;alors.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_81').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_81', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Cette analyse amena LO à adopter une approche très passive du mouvement jusqu’à sa troisième semaine. Et même à ce moment-là LO ne mena aucune agitation pour une grève générale ou des revendications politiques comme la chute du gouvernement Juppé. Leur journal parla de la question de la retraite après 37,5 annuités, mais n’a jamais véritablement fait campagne sur ce thème. Le journal ne contenait pas non plus d’avertissement aux militants pour qu’ils et elles se préparent à contrer les trahisons des directions syndicales. La première critique directe de la direction CGT ne parut dans le journal de LO qu’après le retour au travail des cheminots! De plus, le journal faisait l’apologie des appels lancés par les directions syndicales pour le retour au travail, arguant que «&nbsp;le climat se dirige vers un retour au travail et les dirigeants de la CGT sont informés heure par heure de l’évolution de l’humeur des grévistes…<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_82');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_82');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_82" class="footnote_plugin_tooltip_text">82</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_82" class="footnote_tooltip"><em>The Union Machines in the Strike</em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_82').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_82', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. » Cette approche n’évoque rien de moins que l’attitude du parti communiste britannique durant la grève générale de 1926 lorsque, malgré ses désaccords politiques intenses avec les directions syndicales, il lança le mot d’ordre de «&nbsp;tout le pouvoir au conseil général&nbsp;<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_83');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_83');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_83" class="footnote_plugin_tooltip_text">83</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_83" class="footnote_tooltip">Voir l&rsquo;ouvrage de Cliff et Gluckstein cité précédemment.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_83').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_83', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>!&nbsp;(des directions syndicales, NDT)» </p>



<p>La LCR fut tout aussi incapable que LO d’offrir une direction à la lutte. Formellement, elle avait une meilleure appréciation de ce qu’exprimait le mouvement; elle y perçut le rejet massif et spontané de la classe politique. Son journal tenta de se lier à la dynamique du mouvement, notamment en évoquant la grève générale et le besoin de propager le mouvement dans le privé. De plus, ses militant.es dans les comités et les syndicats (notamment dans SUD) ont clairement joué un rôle pour nourrir la dynamique du mouvement. Mais au final, la LCR n’était pas plus visible que LO en tant qu’organisation capable de proposer une alternative politique. L’influence réelle de la Ligue dans la classe ouvrière était encore moins importante que LO; pour reprendre les mots d’un socialiste révolutionnaire, « le journal pouvait sembler lié au mouvement, mais il était écrit dans un langage abstrait et distant<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_84');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_84');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_84" class="footnote_plugin_tooltip_text">84</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_84" class="footnote_tooltip">Entretien avec Denis Godard.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_84').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_84', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;». Dans les faits, le journal a depuis longtemps cessé d’être le véhicule d’une organisation politique pour se transformer en une collection d’articles traitant de différents mouvements sociaux et différents courants intellectuels. Il ne pouvait pas se transformer en un organe de combat en décembre simplement parce que quelques-uns de ses écrivains reconnaissaient l’importance de ce qui se passait. Les membres de la LCR n’essayaient pas outre mesure de vendre leur journal lors des manifestations, des réunions ou des assemblées générales, et se contentaient comme les activistes de LO d’apparaître comme de bons activistes étudiants ou syndicalistes plutôt que de bons socialistes révolutionnaires. Ils et elles avaient donc peu de chances d’attirer des travailleurs ou des étudiants nouvellement politisés par le mouvement.  </p>



<p>Comme pour LO, le problème venait de certaines traditions pratiques et théoriques. Historiquement, la direction de la LCR maintenait que les régimes de l’URSS, de l’Europe de l’Est, de la Chine, du Vietnam et de Cuba étaient des états ouvriers dégénérés ou déformés qui, malgré leur direction bureaucratique, jouaient un rôle progressiste dans «&nbsp;la lutte des classes à l’échelle mondiale&nbsp;». Cela amena à une profonde démoralisation lorsque la réalité de ces «&nbsp;états ouvriers&nbsp;» filtra et que certains finirent par sombrer en 1989-1991.  </p>



<p>En même temps, la croyance en des substituts à la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme amena, en France, la LCR a faire preuve d’une énorme indulgence à l’égard de Mitterrand et du PS au début des années 1980. Plutôt que d’alerter sur ce que Mitterrand réservait aux travailleur.es, la Ligue a entretenu l’illusion qu’il suffirait d’une petite poussée par en-bas pour que le gouvernement Mitterrand ouvre la porte à un changement social fondamental. Il était donc peu surprenant que la LCR perde un grand nombre de militant.es au profit du PS, et qu’elle souffre de la démoralisation générale qui a frappé la gauche lorsque le gouvernement Mitterrand révéla sa vraie nature. En réalité la LCR n’a survécu en tant qu’organisation qu’en abandonnant pratiquement l’ambition de construire un parti centralisé autour de politiques cohérentes et dégénéra en une fédération de factions rivales qui avaient chacune sa propre analyse de la période et qui faisait en pratique ce qu’elle voulait sur sa propre parcelle de lutte. Une telle organisation était incapable de jouer un rôle réellement indépendant dans le mouvement de décembre et d’attirer vers elle les milliers de travailleurs qui commençaient à ressentir le besoin d’une politique qui aille plus loin que le PS ou le PCF. <br><br>Ensemble, LO et la LCR avaient gagné les meilleurs militants à avoir émergé lors des luttes des dernières décennies. Mais leur politique en avait démoralisé beaucoup dans les années 1970 et 1980 et laissait les autres incapables d’offrir une direction au mouvement de décembre 1995. On ne pourrait avoir de meilleure preuve du besoin d’une nouvelle organisation socialiste révolutionnaire en France. <br><br>Socialisme International a tenté de faire ça. Mais, née dans les années 1980 lorsque les vieilles organisations dominaient encore, elle reste d’une taille bien trop petite pour faire face aux luttes à venir dans les années 1990. Avec 200 membres à peine elle ne pouvait prétendre influencer un mouvement de 2 millions de travailleurs&nbsp;; mais elle réussit quand même à s’assurer que ses membres étaient actifs et actives sur leurs lieux de travail et leurs universités, essayant d’offrir une alternative aux gens qui recherchaient une nouvelle direction. Le fait qu’ils et elles étaient aussi visibles au moment de vendre leur journal sur certaines manifestations, que des organisations cinq ou dix fois plus grande, et le fait que les membres de SI étaient souvent les seuls prêts à énoncer leur politique au grand jour lors de réunions et d’assemblées générales témoigne de l’échelle du vide à gauche durant les grèves de décembre.  </p>



<h3 class="wp-block-heading">L’après grève</h3>



<p>Les
jours suivant le retour au travail, partout on débattait du
mouvement et on se demandait si celui-ci avait fini en victoire ou en
défaite. D’un côté, le gouvernement se vit contraint à des
concessions considérables. De l’autre, il restait bien en place,
capable de préparer des offensives futures et de remplacer sa
stratégie désastreuse du «&nbsp;tout à la fois&nbsp;» par une
stratégie au coup par coup basée sur le principe de diviser pour
mieux régner. 
</p>



<p>Mais les semaines suivantes ont révélé que le gouvernement avait fait bien plus de concessions qu’il ne le souhaitait, apeuré comme il l’était par le soutient à la poursuite de la grève parmi les cheminots, et acculé par la manière dont des groupes comme les postiers de Caen et les travailleurs des transports de Marseille ont tenu la grève pendant la période de Noël jusqu’à la satisfaction de toutes leurs demandes. Face à ce niveau de combativité, le gouvernement était terrifié à l’idée de provoquer un nouveau mouvement.  </p>



<p>Mais la victoire des travailleurs sur les questions immédiates pose inévitablement celle des effets à long terme de cette lutte.  </p>



<p>Une des questions qui occupe le plus la gauche internationale, depuis le reflux de la gauche post-1968 avec la défaite de la révolution portuguaise en 1975 et le début de la désintégration de la gauche révolutionnaire italienne quelques mois plus tard, est de savoir si la classe ouvrière peut à nouveau jouer un rôle actif en tant que sujet historique. Nombreux sont celles et ceux de la génération 1968-1975 qui en conclurent que non. Ceci les mena typiquement à une trajectoire passant par le féminisme ou la social-démocratie de gauche pour arriver finalement à la social-démocratie de droite. Intellectuellement, la tendance passa du marxisme au structuralisme puis du structuralisme au postmodernisme.</p>



<p>Ces
gens-là ont de façon prévisible tenté d’expliquer les
évènements français comme étant, au mieux, l’action défensive
d’une couche socialement privilégiée. 
</p>



<p>Ainsi les sociologues Pascal Perrineau et Michel Wiviorla ont soutenu qu’il serait «&nbsp;une erreur&nbsp;» de penser que le mouvement portait en lui une «&nbsp;politisation et une généralisation&nbsp;». Le mouvement n’était qu’un «&nbsp;conflit sectoriel&nbsp;» confiné à la «&nbsp;défense des intérêts des employés du secteur public. A aucun moment, si ce n’est par des slogans, on n’a vu une tentative d’articuler des revendications des exclus, des chômeurs, des étudiants ou des habitants des cités marginalisées.&nbsp;» Il lui manquait une «&nbsp;dimension globalisante&nbsp;». «&nbsp;Il ne faut pas retomber dans le gauchisme&nbsp;», dans la croyance que les fonctionnaires ou le personnel des grandes entreprises publiques seraient «&nbsp;le sel de la terre&nbsp;» ou que «&nbsp;leur lutte représenterait une résurgence de la lutte des classes&nbsp;». Il serait même faux de voir leur lutte comme «&nbsp;constitutive d’une riposte après 12 ans du capitalisme le plus libéral&nbsp;». En effet, «&nbsp;la grève n’a pas regardé vers le futur mais était au contraire défensive&nbsp;». Les slogans clés ont été «&nbsp;maintenir&nbsp;», «&nbsp;réaffirmer&nbsp;» et «&nbsp;défendre&nbsp;». Les grèves sont retombées «&nbsp;dès que leurs revendications immédiates ont été satisfaites&nbsp;». Elles ont opposé la «&nbsp;justice sociale et la modernisation, au lieu de chercher à combiner les deux&nbsp;».</p>



<p>Cette ligne d’argument aboutit tout naturellement à conclure que ces grèves ont été le fruit d’une vision rétrograde, et que l’alternative eut été d’adopter une vision «&nbsp;modernisatrice&nbsp;», social-démocrate, comme celle mis en avant par Nicole Notat, la dirigeante de la CFDT qui s’est opposée au mouvement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_85');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_85');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_85" class="footnote_plugin_tooltip_text">85</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_85" class="footnote_tooltip"><em> Le Monde</em>, 20 December 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_85').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_85', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Mais
les tendances à réduire ces luttes en France à une dimension
transitoire vont au-delà de l’aile droite de la social-démocratie.
Il existe une version de gauche du «&nbsp;déterminisme du rapport
de forces dégradé&nbsp;»&nbsp;: une croyance selon laquelle
l’impact des défaites passées a produit une situation où les
luttes défensives ne peuvent jamais mener à la victoire et à la
résurgence de la confiance et de la conscience de classe. Cette
vision mène trop facilement à une apologie des bureaucraties
syndicales qui prétendent avoir mené la lutte aussi loin qu’il
était possible de la mener. C’est un gospel du pur désespoir  qui
implique qu’il ne peut y avoir de véritable retour de la lutte de
la classe ouvrière avant un retour comme par magie du plein emploi
ne renverse le rapport de force dans la lutte économique de tous les
jours. 
</p>



<p>En fait, le mouvement en France est une réfutation vivante de cette approche. Il s’est évidemment enclenché comme une lutte défensive marquée par deux décennies de défaites&nbsp;; mais au fur et à mesure qu’il se développait, il devenait plus que simplement défensif et commençait à remettre en question la manière dont la société est dirigée. C’est un exemple parfait de sursaut soudain de confiance et de conscience.  </p>



<p>Rares sont celles et ceux parmi les grévistes qui voyaient dans les retraites et leur versements de la sécurité sociale les seuls enjeux de leur lutte. Cette dernière était une réponse à ce qui leur arrivait depuis vingt ans&nbsp;; l’attaque contre la Sécu était la goutte qui fit déborder le vase. C’est la seule explication du niveau de militantisme durant la lutte, du fait qu’il fallait seulement la direction d’une poignée d’activistes pour faire débrayer des centaines de travailleur.es, pour organiser des tournées des lieux de travail, pour se réunir quotidiennement et coordonner les activités, pour réinvoquer les vieilles mémoires de la lutte des classes, de la Commune et de l’Internationale. C’est le seul moyen d’expliquer pourquoi les cheminots et les postiers ont applaudi les étudiants, sont sortis rencontrer les fonctionnaires et les enseignants, les ouvriers automobiles et les infirmières&nbsp;; pourquoi tout ce monde a applaudi les contingents de chômeurs et de sans-abri qui ont rejoint les manifestations.  </p>



<p>C’est
comme si une colère qui couvait depuis vingt ans a soudain débordé
puis a rejeté les tentatives de canalisation. Mais la pression qui a
amené ce débordement – la dernière goutte – n’était pas
qu’une erreur accidentelle de la part du gouvernement. Elle faisait
partie intégrante des tentatives de maintenir la compétitivité du
capitalisme français face à la récurrence des crises économiques
mondiales. Il y a huit ans (ndt&nbsp;: en 1988) dans mon livre  The
Fire Last Time, j’écrivais que l’instabilité économique du
système mondial mènerait nécessairement à des bouleversements
soudains de la situation politique&nbsp;: 
</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>On ne peut considérer comme éternelle la stabilité politique des pays occidentaux de ces dix dernières années. Même les structures politiques les plus solides peuvent se révéler des châteaux érigés sur une banquise à épaisseur inconnue. Les pressions économiques peuvent mener les dirigeants ou les dirigés à rompre soudainement, au moins en partie, avec le cadre dans lequel leurs relations mutuelles étaient organisées<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_86');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_86');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_86" class="footnote_plugin_tooltip_text">86</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_86" class="footnote_tooltip">C. Harman,&nbsp;<em>The Fire Last Time</em>, p.&nbsp;367. en anglais</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_86').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_86', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>
</blockquote>



<p>Depuis, la longue récession de la première moitié des années 1990 a mis la pression sur les gouvernants et les classes possédantes pour attaquer les conditions que les travailleurs considéraient comme acquises, tout en intensifiant les sentiments d’amertume à la base de la société, dans les rangs de la classe ouvrière traditionnelle comme parmi celles et ceux qui se considéraient comme faisant partie des «&nbsp;classes moyennes&nbsp;» mais qui se prolétarisent de plus en plus.  </p>



<p>Les grèves françaises montrent comment de telles conditions peuvent donner naissance à d’immenses luttes sociales qui peuvent à leur tour entraîner la politisation et l’auto-organisation de travailleurs qui se voyaient jusque-là comme «&nbsp;non-politisés&nbsp;». Cette séquence démontre également qu’un regain général des luttes peut rapidement altérer le rapport de forces entre les classes, malgré la volonté par la bureaucratie syndicale de stopper la grève au premier signe de concessions. Il semble y avoir peu de doutes que la grève de décembre 1995 a compromis la confiance du gouvernement en sa propre capacité de poursuivre son offensive contre les acquis des travailleurs&nbsp;; il est également probable que la confiance nouvelle de ces derniers va se traduire dans de nouvelles luttes dans les mois à venir.  </p>



<p>Ce n’est pourtant pas la fin de l’histoire. Les pressions compétitives internationales qui pèsent sur le capitalisme français, et qui ont provoqué le plan Juppé, ne vont pas disparaître. Des concessions ont certes été faites, comme ont pu le faire De Gaulle en 1968 ou le gouvernement danois en 1985, mais le contexte général dans lequel le capital français opère est très différent. Les événements de 1968 firent leur irruption alors que la longue période de croissance des années 1950 et 1960 n’était pas encore finie et que les classes dirigeantes pouvaient, sous pression, se permettre d’accorder des réformes à long terme. La grève danoise eut lieu au moment même où les classes dirigeantes étaient convaincues que la récession cauchemardesque du début des années 1980 allait laisser sa place à une longue période de boom inarrêtable. La classe dirigeante française est loin d’avoir de telles certitudes&nbsp;; elle croit que le seul moyen pour elle de garantir la profitabilité future est de l’arracher des mains de la classe ouvrière en foulant aux pied ses acquis. Ce fait garantit que les concessions ne seront pas suivies d’une période de paix sociale, au contraire, nous pouvons nous attendre à voir une classe dirigeante désespérée revenir à l’offensive pour se confronter à une classe ouvrière revigorée et prête au combat.</p>



<p>Mais la période à venir ne se résumera pas aux pressions économiques des deux camps. Les effets de deux décennies de crise économique se ressentent au-delà des luttes sur les lieux de travail. Elles ont aussi battu en brêche les certitudes qui guidaient la vie de millions de personnes, laissant la place à l’amertume et la frustration qui s’exprime de manières très différentes&nbsp;: des protestations par des sections de la petite bourgeoisie qui évoquent le mouvement «&nbsp;Poujade&nbsp;» des années 1950&nbsp;; une vague d’émeutes dans les cités des banlieues, construites dans les années 1960 pour loger la main d’oeuvre industrielle mais qui sont aujourd’hui gangrénées par des taux de chômage de 40 voire 50 pour cent&nbsp;; une montée du racisme dans certaines couches de la population, et une volonté des gouvernements et de la police d’en profiter pour intensifier encore le harcèlement des minorités ethniques&nbsp;; une tendance pour certains jeunes d’y réagir en s’identifiant de plus en plus à l’Islam&nbsp;; la montée du Front National jusqu’à s’installer solidement sur la carte électorale avec 15 pour cent des voix.  </p>



<p>Les grèves de décembre ont temporairement fait de l’ombre à toutes ces autres expressions de la crise, en créant un point convergent pour l’amertume ressentie par un grand nombre de gens, bien au-delà des grévistes ou des manifestant.es. Les grèves ont donc posé de vraies problèmes à la direction du FN&nbsp;: sa position officielle est celle d’une hostilité à la grève et même d’une hostilité au droit de grève dans le secteur public. Mais elle est aussi consciente qu’une bonne partie de son électorat du printemps dernier comptait parmi les soutiens enthousiastes du mouvement de grève. À la radio, Jean-Marie Le Pen «&nbsp;s’est trouvé pris dans un exercice difficile, où il dut exprimer à la fois son hostilité envers les syndicats, son animosité envers les fonctionnaires, son opposition au plan Juppé et sa compréhension des sympathisants du FN qui soutiennent la grève<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_87');" onkeypress="footnote_moveToReference_3626_20('footnote_plugin_reference_3626_20_87');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_3626_20_87" class="footnote_plugin_tooltip_text">87</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_87" class="footnote_tooltip">Rapporté dans&nbsp;<em>Le Monde</em>, 22 décembre 1995.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_3626_20_87').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_3626_20_87', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;» Mais ça ne veut pas dire que le mouvement de grève aura détruit l’influence du Front National ou des autres moyens d’expressions de la profonde crise sociale. Ils peuvent ré-émerger dans la période après la grève tout comme une épave réapparaît à la marée basse. Et la classe dirigeante française intégrera ce fait dans ses calculs, essayant de les manipuler en sa faveur pour préparer la prochaine confrontation.</p>



<p>Des sections de la majorité gouvernante vont redoubler d’efforts pour construire leurs forces en combinant une rhétorique anti-Maastricht avec l’encouragement des attaques policières contre les minorités ethniques et l’application de mesures drastiques contre les immigrés « illégaux&nbsp;». Le PS continuera à leur faire des concessions. Le PCF, qui partage leur rhétorique anti-européenne mais pas leur racisme, sera hésitant. Le Front National gardera de la marge de manœuvre, non seulement pour préserver son électorat mais aussi pour construire ses cadres pour transformer le «&nbsp;racisme doux&nbsp;» de ses sympathisants en l’idéologie nazie dure de ses militants.  </p>



<p>Ceci signifie que les questions politiques vont devenir de plus en plus importantes. L’absence d’une alternative révolutionnaire à la (mauvaise) direction de la CGT, de FO, de la CFDT, du PS et du PC ont fait que le mouvement n’a pas atteint la grande victoire qui lui était ouverte. Il a pu, néanmoins, faire certains gains. La prochaine fois sera probablement plus difficile. Le gouvernement sera mieux préparé et essaiera de diviser pour mieux régner. Il sera plus compliqué de la battre sans la présence d’un réseau de socialistes révolutionnaires sur les lieux de travail, capables non seulement d’argumenter et de convaincre sur les questions faciles des retraites et des salaires, mais aussi sur les questions «&nbsp;difficiles&nbsp;» de l’immigration, des bilans désastreux des gouvernements PS et du comportement des bureaucraties syndicales. </p>



<h6 class="wp-block-heading">Chris Harman, traduit par A2C.</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_3626_20();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_3626_20();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_3626_20">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_3626_20" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em> du 11 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/11/robert-hue-persiste-a-defendre-une-opposition-constructive_3892115_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/11/robert-hue-persiste-a-defendre-une-opposition-constructive_3892115_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Editorial, <em>Financial Times</em>, 6 Janvier 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour approfondir ce point, voir par exemple E. Ball, Lurking Threat of First World Debt Crisis, Financial Times, 27 Octobre 1993 ;&nbsp; M. Wolf, The Looming Crisis of Industrial Country Public Debt, Financial Times, 12 Juillet 1993 ; éditorial, Financial Times, 3 Janvier 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Éditorial, <em>Financial Times</em>, 6 Janvier 1996.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chiffres de l’Institut der Deutschen Wirtschaft, reproduit dans Le Monde, 21 Décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/duree-legale-et-duree-reelle-du-travail-sont-de-moins-en-moins-liees_3890608_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/duree-legale-et-duree-reelle-du-travail-sont-de-moins-en-moins-liees_3890608_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Chiffres d’un sondage d’opinion donnés dans <em>Le Monde</em>, 21 Octobre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em>, 28 Octobre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/10/28/deficits-publics-j-ai-sous-estime-l-ampleur-du-probleme_3886432_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/10/28/deficits-publics-j-ai-sous-estime-l-ampleur-du-probleme_3886432_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 17 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/17/la-seconde-naissance-du-premier-ministre_3885920_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/17/la-seconde-naissance-du-premier-ministre_3885920_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Parti des Travailleurs, anciennement le Parti Communiste Internationaliste, de Pierre Lambert, qui détient la direction de quelques fédérations dans Force Ouvrière.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir le compte-rendu détaillé des voltefaces de Blondel dans <em>Le Monde</em>, 23 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/23/comment-le-general-blondel-a-perdu-la-bataille-de-la-secu_3888257_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/23/comment-le-general-blondel-a-perdu-la-bataille-de-la-secu_3888257_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/la-majorite-debout-applaudit-le-premier-ministre_3890640_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/la-majorite-debout-applaudit-le-premier-ministre_3890640_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em>, 18 Novembre 1995 et 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/l-opinion-decouvre-la-facture-marc-blondel-denonce-un-rapt_3890641_1819218.html</span></a><a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/18/la-position-de-force-ouvriere-dans-l-assurance-maladie-est-ebranlee_3885976_1819218.html" target="_blank"> , <span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/18/la-position-de-force-ouvriere-dans-l-assurance-maladie-est-ebranlee_3885976_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_17" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_17');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text">La CFDT est légèrement plus petite en terme de nombre de membres que la&nbsp; CGT, et fait des scores tantôt meilleurs, tantôt moins bons aux élections professionnelles. Mais historiquement elle s’est montrée moins influente pour faire démarrer &#8211; et mettre fin à &#8211; des luttes.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_18" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_18');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour des détails sur cet incident, voir <em>Le Monde</em>, 26 Novembre 1995 et 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/26/nicole-notat-bousculee-par-les-siens_3889328_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/26/nicole-notat-bousculee-par-les-siens_3889328_1819218.html</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_19" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_19');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>19</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 21 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/marc-blondel-et-louis-viannet-se-serrent-publiquement-la-main_3890622_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/marc-blondel-et-louis-viannet-se-serrent-publiquement-la-main_3890622_1819218.html</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_20" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_20');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>20</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em>, 29 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/29/l-idee-d-une-manifestation-nationale-prend-corps-dans-les-syndicats_3890459_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/29/l-idee-d-une-manifestation-nationale-prend-corps-dans-les-syndicats_3890459_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_21" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_21');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>21</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 30 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/des-experts-de-gauche-appuient-la-reforme-de-l-assurance-maladie_3890573_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/des-experts-de-gauche-appuient-la-reforme-de-l-assurance-maladie_3890573_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_22" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_22');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>22</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 30 Novembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/au-tri-postal-tant-pis-si-on-a-un-petit-noel-il-faut-y-aller-plein-pot_3890484_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/au-tri-postal-tant-pis-si-on-a-un-petit-noel-il-faut-y-aller-plein-pot_3890484_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_23" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_23');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>23</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/a-sotteville-les-rouen-cela-se-construit-une-vraie-greve-nationale_3890525_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/11/30/a-sotteville-les-rouen-cela-se-construit-une-vraie-greve-nationale_3890525_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_24" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_24');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>24</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans <em>Lutte Ouvrière</em>, 8 Décembre 1995. <a href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_25" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_25');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>25</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Une analyse dans <em>Le Monde</em> suggère que le mouvement était relativement faible uniquement dans l’est du pays, et que ce dernier a pris de l’ampleur en province jusqu&rsquo;à dépasser Paris. <em>Le Monde</em>, 8 Décembre 1995 et 27 Décembre 1995.  <a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-mobilise-les-usagers-pour-soutenir-le-gouvernement_3891643_1819218.html (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-mobilise-les-usagers-pour-soutenir-le-gouvernement_3891643_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-mobilise-les-usagers-pour-soutenir-le-gouvernement_3891643_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_26" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_26');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>26</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans Lutte Ouvrière, 8 Décembre 1995. <a href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_27" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_27');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>27</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_28" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_28');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>28</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_29" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_29');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>29</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir l’article principal en première page, <em>Le Monde</em>, 2 Décembre 1995, et l’article à l’intérieur du même numéro sur un meeting de 500 militants RPR qui se tenait à Saint-Jean-de-Luz, dans le but de créer ces comités. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-envisage-de-defiler-contre-les-greves_3891652_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/le-rpr-envisage-de-defiler-contre-les-greves_3891652_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_30" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_30');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>30</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir T. Cliff, <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1961/02/belgium.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="The Belgian General Strike (s’ouvre dans un nouvel onglet)">The Belgian General Strike</a>, <em>International Socialism</em>, No.4, été 1961.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_31" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_31');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>31</a></th> <td class="footnote_plugin_text">T. Cliff et D. Gluckstein, <em>Marxism and Trade Union Struggle, the General Strike of 1926</em> (Londres 1986),&nbsp; p. 189.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_32" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_32');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>32</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C. Harman, <em>The Fire Last Time: 1968 and After</em> (Londres 1988), p. 36.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_33" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_33');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>33</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid, p. 369. Les compte-rendu de la grève danoise sont tirés du <em>Socialist Worker Review</em>, Mai 1985, et du <em>Socialist Worker</em>, 13 Avril 1985.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_34" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_34');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>34</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Parti Communiste, le Parti Socialiste, et la candidate de Lutte Ouvrière, Arlette Laguiller.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_35" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_35');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>35</a></th> <td class="footnote_plugin_text">D’après <em>Le Monde</em>, 3 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-cherche-a-etendre-les-greves-et-sort-progressivement-de-son-isolement_3891715_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-cherche-a-etendre-les-greves-et-sort-progressivement-de-son-isolement_3891715_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_36" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_36');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>36</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 3 Décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_37" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_37');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>37</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté par Paul McGarr dans Socialist Worker, 2 Décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_38" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_38');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>38</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans Lutte Ouvrière, 8 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>..</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_39" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_39');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>39</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Monde, 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_40" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_40');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>40</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Interviews de salariés dans Le Monde, 21 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/21/paroles-de-grevistes_3890624_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_41" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_41');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>41</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans Le Monde, 3 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-veulent-elargir-le-mouvement-de-greve_3892204_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-veulent-elargir-le-mouvement-de-greve_3892204_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_42" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_42');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>42</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans Lutte Ouvrière, 8 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/951208-L0-Numero-1431.pdf</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_43" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_43');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>43</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Interview de J. Perez, dans International Viewpoint, Janvier 1966.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_44" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_44');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>44</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Compte-rendu dans <em>Rouge</em>, 4 Janvier 1996.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_45" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_45');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>45</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C’est le terme utilisé par l’ancienne maire PS de la ville dans son étude intéressante de la montée des fascistes, voir F. Gaspard, <em>Une petite ville en France </em>(Gallimard, 1990).</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_46" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_46');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>46</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 4 Décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_47" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_47');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>47</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Interview dans <em>Le Monde</em>, 19 Décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/19/en-cas-d-echec-du-sommet-social-gare-au-retour-de-flamme_3888974_1819218.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/19/en-cas-d-echec-du-sommet-social-gare-au-retour-de-flamme_3888974_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_48" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_48');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>48</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 6 Décembre 1995. <a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/06/le-congres-de-la-cgt-choisit-la-generalisation-de-la-greve_3883799_1819218.html" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/06/le-congres-de-la-cgt-choisit-la-generalisation-de-la-greve_3883799_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_49" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_49');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>49</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Denis Godard, interview du 3 janvier 1996.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_50" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_50');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>50</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir <em>Le Monde</em> du 5 et 6 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_51" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_51');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>51</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 7 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_52" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_52');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>52</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-poste-les-agents-hesitent-a-faire-greve_3892203_1819218.html.</span></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_53" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_53');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>53</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Interview avec Denis Godard.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_54" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_54');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>54</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_55" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_55');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>55</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Monde, 17 décembre 1995, <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-appellent-a-la-generalisation-de-la-greve_3891706_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/03/la-cgt-et-force-ouvriere-appellent-a-la-generalisation-de-la-greve_3891706_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_56" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_56');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>56</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Monde, 3 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_57" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_57');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>57</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Selon Le Monde.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_58" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_58');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>58</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Monde, 17 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_59" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_59');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>59</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Socialisme international, 20 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_60" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_60');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>60</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir la description de la mobilisation dans Le Monde du 2 décembre 1995, <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/coude-a-coude-a-marseille_3891650_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/02/coude-a-coude-a-marseille_3891650_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_61" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_61');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>61</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Interview avec Denis Godard.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_62" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_62');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>62</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Socialisme International, 20 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_63" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_63');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>63</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le Monde, 24 décembre 1995, <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/24/les-fruits-amers-de-la-crise-etudiante-suite-de-la-premiere-page_3891788_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/24/les-fruits-amers-de-la-crise-etudiante-suite-de-la-premiere-page_3891788_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_64" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_64');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>64</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans Le Monde, 9 décembre 1995. <a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/09/le-gouvernement-et-les-syndicats-jouent-a-cache-cache_3885479_1819218.html"><span class="footnote_url_wrap">https://www.lemonde.fr/archives/article/1995/12/09/le-gouvernement-et-les-syndicats-jouent-a-cache-cache_3885479_1819218.html</span></a>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_65" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_65');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>65</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Le Monde, 12 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_66" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_66');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>66</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>The Union Machines in the Strike</em>,&nbsp;<strong>Class Struggle</strong>, January 1996, p.&nbsp;13.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_67" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_67');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>67</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Rapport d&rsquo;assemblée générale dans Le Monde, 17 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_68" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_68');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>68</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Rapporté chez Lutte Ouvrière, 22 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_69" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_69');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>69</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir le compte-rendu dans Chris Harman, « The fire last time », pp. 101, 108.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_70" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_70');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>70</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cité dans <em>Le Monde</em>, 17 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_71" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_71');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>71</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Discours d&rsquo;un membre du secrétariat du parti, Jean-Claude Gayssot, ouvrant un débat au comité national du parti, dans <em>Le Monde</em>, 8 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_72" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_72');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>72</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>L’Humanité</em>, 7 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_73" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_73');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>73</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 8 December 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_74" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_74');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>74</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Propos de Hue dans&nbsp;<em>Le Monde</em>, 6 décembre 1995 et dans&nbsp;<em>Rouge</em>, 14 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_75" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_75');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>75</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Le Monde</em>, 8 décembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_76" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_76');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>76</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_77" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_77');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>77</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans&nbsp;<em>Le Monde</em>, 26 novembre 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_78" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_78');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>78</a></th> <td class="footnote_plugin_text">D&rsquo;après les statistiques officielles après les dernières élections présidentielles.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_79" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_79');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>79</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour plus de détails sur la politique de Lutte Ouvrière, voir <em>Lutte Ouvrière and SWP Debate the French Railway Workers’ Strike</em>, dans&nbsp;<em>International Socialism 26</em>, avril 1987.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_80" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_80');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>80</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>La situation interieure</em>,&nbsp;Lutte de Classe, n.&nbsp;17, janvier-février 1996.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_81" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_81');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>81</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Roger Girardot,&nbsp;<em>Lutte Ouvrière</em>, 8 décembre 1995. Cet argument est répété dans l&rsquo;article&nbsp;<em>The Union Machines in the Strike</em>&nbsp;– dont une grande partie est simplement une traduction de Girardot  – dans la publication en langue anglaise de Lutte Ouvrière, <em>Class Struggle</em>, janvier/février 1996. Mais l&rsquo;autre article sur les grèves,&nbsp;<em>The Class Struggle with a Vengeance</em>, propose un compte-rendu différent, dans lequel l&rsquo;appel par en-haut initié par la bureaucratie syndicale permit dans la pratique l&rsquo;expression d&rsquo;une démocratie ouvrière par en-bas, ce que très peu de travailleurs avaient expérimenté jusqu&rsquo;alors.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_82" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_82');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>82</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>The Union Machines in the Strike</em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_83" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_83');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>83</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir l&rsquo;ouvrage de Cliff et Gluckstein cité précédemment.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_84" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_84');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>84</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Entretien avec Denis Godard.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_85" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_85');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>85</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em> Le Monde</em>, 20 December 1995.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_86" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_86');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>86</a></th> <td class="footnote_plugin_text">C. Harman,&nbsp;<em>The Fire Last Time</em>, p.&nbsp;367. en anglais</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_3626_20_87" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_3626_20('footnote_plugin_tooltip_3626_20_87');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>87</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Rapporté dans&nbsp;<em>Le Monde</em>, 22 décembre 1995.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_3626_20() { jQuery('#footnote_references_container_3626_20').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3626_20').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_3626_20() { jQuery('#footnote_references_container_3626_20').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3626_20').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_3626_20() { if (jQuery('#footnote_references_container_3626_20').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_3626_20(); } else { footnote_collapse_reference_container_3626_20(); } } function footnote_moveToReference_3626_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3626_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_3626_20(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3626_20(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1995-decembre-chaud-en-france/">1995 : Décembre chaud en France</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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