500 personnes à Marseille contre la venue de Marine Le Pen !

Interview de Léon, militant d’a2c investi dans le collectif antifasciste La Riposte.

1- Tu milites dans le collectif “La Riposte antifasciste Marseille”, c’est un collectif contre le fascisme qui s’est constitué en 2023. Peux-tu nous présenter les actions que vous avez déjà menées ?

La Riposte antifasciste Marseille est un collectif antifasciste qui se veut de masse et ouvert. Et nous, on a un peu une ligne directrice, c’est de faire que l’antifascisme soit l’affaire de toustes. Et du coup, dans ce cadre-là, on a mené des actions lorsque, par exemple, Bardella était venu faire signer son bouquin il y a un an et demi. Mais aussi, en fait, des actions de construction du milieu antifasciste à Marseille.

Notamment, après la dissolution des législatives, on a monté avec l’Antifa Social Club Marseille l’initiative des comités de quartier. En fait, ce qui doit permettre à plus de monde de pouvoir rentrer dans la lutte antifasciste à des niveaux différents, avec des investissements différents. Et sinon, on organise des cortèges pour les dates antiracistes, féministes et directement antifascistes.

Moi, j’ai l’impression qu’on essaie surtout de mettre en place des réflexes antifascistes. Et donc, pour ça, on estime qu’il faut beaucoup travailler sur les formes du fascisme actuel.

Donc, par exemple, on a beaucoup travaillé aussi sur Nemesis et la manière dont ce collectif instrumentalise le féminisme. 

2 – Dans le dernier numéro de la revue, le numéro 20, tu as écrit un article : “S’organiser contre les campagnes électorales des fascistes”. Tu parlais de la venue prochaine de Marine Le Pen à Marseille et surtout des mobilisations qui se mettaient en place pour l’accueillir comme il se doit. Elle est venue il y a deux semaines. Est-ce que tu peux nous raconter comment vous vous êtes organisé·es ? 

Cela s’inscrit dans la contre-campagne qu’on mène depuis début décembre. Donc, depuis début décembre, on organise des AG de mobilisation toutes les deux semaines. Et on a appris, début janvier, que Marine Le Pen venait à Marseille, au parc Chanot, pour faire le lancement de campagne de Franck Allisio, la tête de liste RN à Marseille. Du coup, pendant une AG, on a proposé de s’organiser contre.

De là, plusieurs groupes de travail se sont constitués, permettant à la fois de penser les questions de comment on rassemble, qui on va chercher – syndicats, associations, partis, etc. –, mais aussi de comment on pouvait faire un peu d’hacktivisme. C’est une pratique qu’on a beaucoup à la Riposte, de proposer de faire pression sur les lieux qui accueillent l’extrême droite, de la pression en ligne, en envoyant des mails, des réclamations aux lieux qui accueillent l’extrême droite. Et puis, enfin, on a pensé à la possibilité de généraliser des conseils d’anti-répression, savoir faire attention, ne jamais rentrer seul,·e savoir rester dans un cortège, etc.

Ça s’est organisé de manière assez ouverte, assez large. On a pu organiser une AG avec une centaine de personnes, qui permettait de discuter, d’élaborer des stratégies sur le moment, mais qui permettait aussi d’aller chercher vraiment beaucoup plus loin, comme je le disais, des syndicats, des associations, des partis politiques, des organisations révolutionnaires. Et aussi, dernier truc, quelque chose qui, à mon sens, a pas mal aidé, c’est qu’au même moment, nous, on organisait… Enfin, pas au même moment, mais un jour avant, on organisait une discussion publique avec Félicien Faury, un sociologue du vote RN.

Et il y a eu peut-être 300 personnes qui sont venues écouter ces discussions publiques. Et ça a aidé à transmettre le message que Marine Le Pen venait le lendemain, qu’il fallait donc réfléchir ensemble et continuer cette campagne.

3 – Ça fait maintenant deux semaines que Marine Le Pen est venue à Marseille, si tu devais tirer un bilan des mobilisations que vous avez mises en place aujourd’hui, tu dirais quoi ?

Si je devais en tirer un bilan, je dirais que c’est un bilan très positif. On était 500 ! Et ça a permis de rassembler et donc d’impulser un peu plus largement cette contre-campagne, de commencer à faire lever la mobilisation, notamment parce qu’en fait, à Marseille, on est un peu les seul·es à avoir lancé la question des municipales comme une question qui était cruciale et sur laquelle il fallait se mobiliser avec une perspective vraiment antifasciste. 

Et donc on peut dire que ça a réveillé un peu tout le monde, sur des bases assez positives, parce que tout le monde en a gardé un plutôt bon souvenir. Ça nous a en plus permis de faire encore plus de liens avec certaines organisations avec lesquelles on avait encore un peu du mal à entrer en contact pour travailler ensemble, notamment des syndicats. Et je pense que ce qui a peut-être manqué, c’est d’avoir directement après un moment pour rediriger ces énergies, parce que, pour autant, on a l’impression que c’est en train de se redémobiliser.

Bon, on va voir. Mais en tout cas, c’est vrai que ça a quand même permis de donner un petit peu de volonté à tout le monde de s’engager dans une contre-campagne antifasciste. Et ça a montré aussi qu’en fait, on ne parlait pas dans le vent, qu’il y avait un besoin exprimé de faire quelque chose contre la campagne du RN.

4 – Pour rediriger ses énergies, comme tu dis, ce serait quoi les suites de la mobilisation de la Riposte Antifasciste à Marseille ?

Mardi 3 février, il y a une nouvelle AG. L’idée, c’est de commencer à rigoureusement faire de la présence sur les marchés, à faire du contre-tractage.

On sent que de plus en plus de personnes ont envie de venir et qu’on est en train de créer un petit réseau de solidarité, notamment parce qu’on a réussi à mobiliser aussi des locaux associatifs, des commerces, des librairies qui acceptent du matériel militant. Il faut aussi pouvoir commencer à préparer les dates de mars, à savoir le 8 mars [manifestation féministe] et le 15 [manfiestation antiraciste]. 

Et aussi, avec le collectif parisien du XXe et le CARAF sur Les Lilas / Romainville, on est en train de préparer une plateforme antifasciste qui va s’appeler Ciao Fachos.

En gros, l’idée, c’est de compléter ce qu’on pourrait appeler l’offre antifasciste. On veut essayer de proposer publiquement et le plus largement possible des outils pour commencer à s’organiser, créer des collectifs antifascistes. On estime que ça va compléter l’initiative lancée récemment de Génération Antifasciste-Éteignons la Flamme, avec qui on espère pouvoir travailler.

Il nous reste encore deux bons mois jusqu’aux élections municipales. L’idée c’est de ne pas s’arrêter au 21 mars, 22 mars, mais de ressortir de cette période de politisation plus forts et fortes.