Les Cahiers d’A2C #23 – Septembre 2026
L’été et la rentrée de l’année dernière avaient été marqués par un mouvement de classe qui s’était construit par en bas contre le budget de guerre, le racisme, le fascisme, le génocide à Gaza et qui avait fait tomber le gouvernement Bayrou en dépit de directions syndicales et d’une partie de la gauche qui avaient tout fait dans les mois qui avaient précédé pour ne pas en arriver là : la participation aux conclaves sur les retraites au printemps 2025 est une des nombreuses illustrations de cette stratégie. Le mouvement Bloquons-tout n’a pas perduré en tant que tel au-delà de la destitution de Bayrou. Ce n’était pas faute de combativité, mais plutôt par manque de perspectives et de revendications une fois Bayrou dégagé ! La défaite dans la victoire.
Cette rentrée s’annonce tout aussi mouvementée avec la mise en mouvement de nombreux fronts et l’appel à la grève dans plusieurs secteurs : Mobilisation féministe du 7 septembre contre les violences sexistes et sexuelles, grèves de la santé le 15, manifestations antiracistes contre la loi « permis de tuer » le 20 septembre, mobilisations écologiques et des pompiers le 26, grève de la fonction publique le 29…
Comme le mouvement Bloquons-Tout était une expression des enseignements que notre classe tirait des expériences précédentes – notamment sur la période de 2023 avec le mouvement contre la réforme des retraites, le combat contre la loi Darmanin et les révoltes à la suite du meurtre de Nahel par la police – le mouvement de septembre 2026 continue à illustrer la combativité de notre classe. C’est dans cette mise en action et à travers les bilans qui en sont faits que peuvent s’accumuler les expériences qui renforcent notre capacité collective à agir.
Il faut donc construire chacune de ces dates, argumenter pour que les mobilisations ne soient pas juste un moyen de pression dans le contexte d’élections mais plutôt pousser pour que les discussions tournent autour de la question de comment continuer et amplifier, comment élargir la base de celles et ceux qui organisent ces mobilisations et leurs suites.
L’unité doit se construire à travers le mouvement antifasciste et antiraciste
C’est dans ce contexte que les mobilisations antifascistes qui s’annoncent contre le congrès du RN et le meeting de lancement de campagne de Le Pen à Orléans le weekend du 24 et 25 octobre sont déterminantes pour les mois à venir. Le danger avec le RN, ça n’est pas juste leur éventuelle victoire aux prochaines élections présidentielles et législatives. Le véritable danger, c’est le fascisme. Les empêcher de faire campagne est une nécessité pour empêcher le fascisme de progresser. Partout où le RN et Reconquête seront en capacité d’organiser des meetings, de coller des affiches, de diffuser des tracts, d’assurer une présence dans un quartier, un marché, une ville, un village, la capacité de notre classe à s’organiser dans ces endroits sera amoindrie et les racistes et les fascistes prendront la confiance et s’organiseront. La vague de violences racistes et les groupes fascistes dans les rues dans les semaines qui ont précédé les élections législatives de 2024 qui étaient promises au RN sont l’illustration que le danger n’attend pas les élections. Les suites du mouvement de septembre, pour chacun des fronts qui s’y engagent, pour l’ensemble de notre classe se jouent dans notre capacité à construire l’unité dans l’action la plus large pour confronter et isoler les fascistes à Orléans. C’est pour cela qu’il est déterminant qu’on soit le plus nombreuses et nombreux possibles dans la rue à Orléans contre le RN et qu’il y ait le plus possible de villes et villages qui organisent des déplacements pour en être.
Le RN cherchera à faire une démonstration de force pour galvaniser ses troupes et prouver à la bourgeoisie qu’il a la capacité de prendre les rênes du pays. L’enjeu est d’autant plus grand qu’en tant que premier meeting, ce qu’il suscitera (enthousiasme ou déception?) jettera les bases de la campagne à venir.
La riposte s’organise localement et de nombreuses organisations (CGT, Marche des Solidarités, collectifs antifascistes) appellent à la renforcer et à en faire une riposte nationale. Que la démonstration de force soit de notre côté ! Soyons les plus nombreux et nombreuses possible à construire la mobilisation nationalement.
Cette dynamique sera le marchepied pour la construction de campagnes locales antifascistes pour que nulle part ailleurs les fascistes ne se sentent en confiance de s’afficher. Elle nous donnera la confiance nécessaire à agir partout jusqu’aux élections.
L’audience pour ce mouvement antifasciste et antiraciste existe donc et les forces pour continuer à le construire sont là. Ces derniers mois, des milliers de personnes se sont engagées dans toute la France pour construire des mobilisations contre les fascistes (par exemple contre le défilé néonazi du C9M, contre les apparitions du RN et de Reconquête pendant les municipales et jusque pendant les vacances des fascistes cet été), ou contre les politiques racistes, pour le droit au logement de toutes et tous, pour la régularisation des sans-papiers, etc. Ces réseaux antiracistes et antifascistes existants doivent être renforcés, de nouveaux doivent essaimer…
Et les élections ? Votons LFI, mais surtout organisons-nous pour lutter dès maintenant.
Mélenchon est désormais donné au second tour. La politique de la FI, qui décide depuis les échecs répétés des unions de la gauche de jouer la carte de la polarisation – contrairement au reste de la gauche, directions syndicales comprises, qui aspire à lisser les contradictions sociales (rappelons-nous la canalisation de Bloquons-Tout) – porte ses fruits.
Ainsi notre classe, et en particulier la jeunesse, est largement galvanisée par la candidature Mélenchon.
Des dizaines de milliers de jeunes voient en la victoire de la FI un débouché pour leurs aspirations politiques, contre les inégalités, contre le racisme, le sexisme, pour l’écologie etc. Cet enthousiasme est largement démontré par la participation et la ferveur rencontrées aux rassemblements FI de ces derniers mois : meeting à Saint-Denis, concert de la fête de la musique à Paris, universités d’été… Ce qui apparaît possible avec la FI, c’est non seulement de gagner contre les fascistes mais aussi contre l’ensemble des politiques racistes, néolibérales, qui les ont renforcés ces dernières années.
La FI à besoin des luttes pour gagner. Elle sait que c’est la combativité dont fera preuve notre classe ces prochains mois qui fera la différence dans les urnes en avril. La manifestation contre le racisme et l’extrême-droite du 21 juin initiée par Bally Bagayoko dans une perspective unitaire – s’efforçant de rassembler largement les autres organisations de gauche autour de cette date – est une démonstration de ce qui pourrait être la démarche insoumise ces prochains mois. À ce titre, ces prochains mois les révolutionnaires ne doivent certainement pas céder au sectarisme vis-à-vis de la France Insoumise, comme il en a été lors de la manifestation parisienne du 21 juin contre le racisme et l’extrême-droite, boudée par les organisations de gauche radicale ! Au contraire, l’engouement de la jeunesse donné plus haut doit nous réjouir et il nous impose. Personne ne se bat pour perdre : cet engouement est un moteur pour l’action ! Aux révolutionnaires d’être de toutes les expériences que mènera cette frange de notre classe. Expérience électorale… incluse. Il faut voter LFI aux présidentielles.
Se séparer pour unir la classe dans la lutte
Ne pas attendre les élections, penser et construire l’unité, argumenter pour que nos cadres de luttes s’ouvrent et s’adressent à notre classe dans son ensemble, faire de la politique à partir de nos lieux de travail et d’études, avec la conviction que chaque nouvelle initiative par en bas renforce la capacité d’agir de nous toutes et tous… Ces conceptions ne naissent pas toutes faites dans la tête des exploité·es et des opprimé·es ! On peut au contraire préférer tempérer nos luttes pour garantir une victoire électorale, séparer les champs du social et du politique – « la grève c’est pour les salaires, pas contre le racisme ! » – et penser la transformation par en haut – « la rue, d’accord, mais le débouché c’est l’assemblée ! ». La lutte des classes c’est aussi mener des batailles à l’intérieur de notre camp. Pour les gagner, formuler des analyses et proposer des stratégies dans le mouvement, synthétiser les leçons qu’on tire de nos luttes… les révolutionnaires doivent construire des organisations où ils et elles se rassemblent pour mieux intervenir dans la classe et mener les combats pour défendre une certaine stratégie. Les prochains mois seront intenses et nous ne pouvons pas faire l’économie de débats, pour toutes celles et ceux qui veulent triompher sur l’exploitation et l’oppression. C’est à ce titre que Les Cahiers d’A2C paraîtront désormais une fois par mois, et que nous ouvrons une rubrique « courriers des lecteur·ices ». Cette revue vous plaît ? Vous souhaitez répondre à un article ? Vous abonner, vous ou un·e proche ? Participer à une réunion pour débattre ou vous-même organiser une réunion publique autour d’un article ? Écrivez-nous !
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