Le 8 mars se fera sans les sionistes ni les fascistes

Sana, camarade d’A2C impliquée à Urgence Palestine (UP18) dans le groupe de travail féministe, et dans la CGT librairie nous explique la préparation du 8 mars 2026 et les enjeux que cela représente dans le contexte politique actuel.


Si vous préférez écouter cette interview, elle est disponible ici :


Salut Sana, tu es à Urgence Palestine et impliquée dans le groupe de travail féministe, à la CGT librairie, et tu participes à la construction du 8 mars. Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur les enjeux et la pertinence de la présence d’Urgence Palestine dans ce mouvement, dans le contexte politique actuel ? 

En termes de situation politique actuelle, on a un danger fasciste qui est de plus en plus prégnant et de plus en plus élevé, et des ripostes antifascistes qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Le 8 mars, c’est particulier parce que ça fait plusieurs années que, notamment, les sionistes et les fachos viennent défiler dans nos manifestations et donc dans nos espaces de lutte : c’est un endroit où il faut absolument mener la bataille pour les virer ! C’est-à-dire que si on ne commence pas par les virer de nos manifs, s’ils peuvent défiler avec nous, comment on veut pouvoir se débarrasser des fachos dans nos rues ? Ça me paraît improbable. Donc, Urgence Palestine avait l’habitude de participer, depuis sa création, aux manifestations féministes notamment pour mettre en avant les revendications des résistantes palestiniennes, des prisonnières, de mettre en avant la lutte des femmes palestiniennes dans la résistance, etc. Mais depuis que Nous Vivrons a défilé dans la manifestation, notamment le 8 mars 2024 – si je ne dis pas de bêtises sur les dates – il nous a semblé essentiel d’interpeller et de mener les batailles pour que le mouvement féministe dégage les sionistes de nos manifs. Et puis, après, s’est rajouté Némésis qui est un collectif identitaire raciste, qui s’est aussi rajouté à vouloir défiler lors du 8 mars. Et donc, il y avait un enjeu très, très fort pour nous à dire que ce n’était pas possible de manifester avec des fachos et des sionistes. Pour cela, on a essayé de faire avec des collectifs féministes, notamment avec Nous Toutes, Du Pain et des Roses, les Féministes Révolutionnaires, le CLAF (qui est quand même un gros allié car il a été un des premiers collectifs a toujours avoir des positions très claires sur les questions anti-sionistes et anti-fascistes), et plein d’autres organisations féministes. L’objectif était donc d’aller voir ces collectifs féministes et de convaincre qu’il fallait agir par rapport à ça, ce qui a amené, notamment, au 8 mars 2025, où il y avait eu une grosse campagne contre les fachos et les sionistes. Pour nous, c’est ça l’enjeu en tant que militantes d’Urgence Palestine, et militantes anti-sionistes, anti-colonialistes, anti-fascistes sur cette manifestation. 

Le collectif Grève Féministe est assez central dans l’organisation de la manif. Est-ce que tu pourrais nous développer leurs positions et propositions ? 

Grève Féministe est une interorganisation qui regroupe notamment les directions syndicales telles que la CGT, Solidaires, mais aussi des organisations politiques, il me semble, etc. En gros, c’est une grosse coalition de collectifs et d’organisations pour essayer de mettre en place une grève féministe le 8 mars. Juste pour donner quelques éléments politiques : c’est vraiment un outil qui pourrait être positif pour gagner des positions féministes et de grèves politiques le 8 mars, etc. Cependant, c’est quand même toutes les mêmes contradictions qu’on retrouve dans toutes les inter-syndicales, etc. C’est-à-dire que c’est très « par en haut », déconnecté des collectifs, des sections syndicales et des luttes syndicales menées à la base… Donc, c’est vraiment par en haut, pour le définir, et je pense que ça se voit beaucoup sur la stratégie par rapport au 8 mars et à la présence de Némésis et des sionistes de Nous Vivrons car on n’est pas tout à fait raccord sur ce que ça veut dire avoir une position antifasciste. J’ai l’impression qu’en fait pour Grève Féministe finir la manifestation, aller d’un point A à un point B, était plus important que de virer les fachos parce que, pour elles, il ne fallait pas se faire « voler la manifestation », comme si, ne pas faire cette manifestation était un drame absolu. Donc si on doit la faire avec des fachos et des sionistes c’est secondaire. C’est à ce moment là qu’intervient la question de l’analyse du danger fasciste et d’une stratégie antifasciste de masse de Grève Féministe et c’est là, à mon avis, que réside un  désaccord notamment car pour elles, la stratégie est par en haut.

Suite à la mort du facho le 14 février à Lyon, quelles sont, selon toi, les conséquences sur la construction du 8 mars ? Et quelles lignes te semblent importantes à tenir ? 

Ça change, effectivement des choses, parce qu’on le voit, depuis que ce facho a été tué à Lyon, il y a une prise de la rue par des fachos, des rassemblements, des attaques de fachos un peu partout en France. Donc premièrement, les fachos prennent la rue et ont de plus en plus la confiance pour le faire. Deuxièmement, ce que ça change, c’est ce raz-de-marée médiatico-politique qui fait des antifascistes, des terroristes. Ce raz-de-marée, c’est une offensive contre les positions antifascistes de rue, et qui englobe jusqu’à la gauche. On a même pu voir des postes de CND (Cerveaux Non Disponibles) qui condamnait ces positions d’antifascisme de rue. Moi, je pense que c’est important de ne pas condamner les antifascistes de rue qui défendent et empêchent les attaques de fachos contre nos luttes, contre nos lieux, contre nos espaces, etc. Evidemment, c’est malheureux que quelqu’un meure, mais comme toute mort est malheureuse ; on ne fait pas une politique à partir de ça. Est-ce qu’on pensait que c’était mal ou malheureux, lorsque durant la Seconde Guerre Mondiale les résistants tuaient des nazis ? Je ne suis pas convaincue qu’on pensait ça, quand il y avait des sabotages de convois nazis, etc., il n’y avait pas grand monde pour les pleurer les nazis, et je pense que c’était pour de très bonnes raisons. L’antifascisme, c’est nécessaire et vital : on rappelle quand même que les fachos, c’est des attentats partout à travers le monde, des dizaines et des dizaines de morts chaque année, et que l’antifascisme est donc une question de vie ou de mort. Il faut s’opposer aux fascistes – parfois physiquement – car la violence, elle vient d’eux, alors on est obligé de la contrer. C’est un devoir moral pour l’existence de nos luttes et la possibilité de lutter, que de s’y opposer, et de s’y opposer parfois physiquement. Tout ça pour dire que cela va avoir des conséquences sur le 8 mars, d’autant plus que, justement, ce facho, il était là pour agir lors d’une action de Némésis, donc ça risque d’avoir des conséquences sur la position et la « légitimité » de Némésis, à participer ou pas, ou, en tout cas, la protection politique et policière qu’elle risque d’avoir. Donc, ça va créer, des couches supplémentaires sur l’importance et la nécessité d’avoir une position antifasciste claire, précise, qui nous permette d’agir collectivement et de manière massive face à elles, et de ne pas se laisser rouler dessus par ce rouleau compresseur idéologique qui est en train de se mettre en place, actuellement un peu partout. Quand on repense même à la Une de Libération, – qui est censé, mais qui n’est plus depuis bien longtemps, un journal de gauche – on comprend assez rapidement qu’il va y avoir un rouleau compresseur qui est là pour tout dégommer et légitimer encore plus les fachos dans ce pays.

Parlons stratégie : À moins d’un mois du 8 mars, quelle semble être la stratégie qui se dessine, et qu’est-ce que tu peux nous en dire ? 

À moins d’un mois du 8 mars, on essaye de construire l’offensive la plus massive et la plus antifasciste et antisioniste possible. Pour nous, l’enjeu, c’est ce qui va permettre de bloquer les sionistes et les fascistes et empêcher qu’elles manifestent avec nous. Nous défendons l’idée que ça sera par le nombre qu’on pourra gagner et non pas par la meilleure technique de vaisseau ou de positionnement possible etc. Ce qui fera une différence réelle et ce qui nous permettra de gagner, c’est vraiment la question du nombre et donc de comment on fait pour être de plus en plus nombreuses et nombreux à préparer cette échéance-là dans cette optique-là et donc comment on fait pour construire cette campagne dès maintenant et pas uniquement le jour J, avec un club de spécialistes pour le dire un peu vite. Dans l’idée, on est à peu près toutes d’accord là-dessus.

La question, c’est comment on fait et par quoi ça passe et c’est là où il peut y avoir des débats. Globalement, l’idée c’était de construire par en bas donc de mettre en place un maximum de choses qui permettent de convaincre un maximum de personnes de venir au 8 mars en ayant en tête cette volonté de bloquer les fachos et les sionistes. Par exemple, je milite dans le 18e, à Urgence Palestine et nous avons pris contact avec Nous Toutes Paris Nord, pour organiser un événement commun avant le 8 mars pour préparer cette campagne-là dans notre quartier. C’est aussi, par exemple, essayer de s’adresser aux syndicalistes et aux sections syndicales pour être un maximum de sections syndicales et syndicalistes qui veulent prendre position pour bloquer les fachos et les sionistes. Donc, voilà, comment on fait pour essayer de faire en sorte que cette stratégie soit partagée massivement ? On cherche aussi, évidemment, à travailler avec Grève Féministe, malgré le fait qu’on puisse avoir des énormes désaccords car nous cherchons à nous adresser, à tous les outils qui nous semblent pertinents pour qu’on soit les plus nombreuses et nombreux possible à porter cette stratégie de masse. 

Ceci étant dit, un des sujets que je n’ai pas abordé pendant toute cette discussion et qui me semble quand même important et notamment du point de vue de la stratégie, c’est la question du sionisme, des sionistes. Ce qui fait le plus débat sur « qui on vire ? » et « comment on les vire ? » ce sont les sionistes. C’est-à-dire que, à la limite, Némésis, sont des fachos identitaires, donc tout le monde est d’accord pour dire que ce sont des fachos et qu’elles n’ont pas leur place dans la manif. Après, quelle stratégie on met en place pour les virer de la manif, c’est encore une autre discussion. Mais tout le monde est d’accord pour dire qu’elles n’ont pas leur place dans la manif. Nous Vivrons, c’est encore différent et ça démontre la faiblesse des positions de la gauche et du mouvement ouvrier français sur la question de la Palestine et sur la question du sionisme qui se fait ressentir à plein tube sur cet aspect-là. C’est tout le temps des bras de fer hyper forts parce que les directions syndicales sont loin d’être au clair sur une position anti-sioniste ferme et de soutien à la Résistance, ce qui les rend très perméables à des discours pseudo-féministes de sionistes. Comme si on pouvait être féministe et vouloir tuer toute une partie de l’humanité, comme si ça allait ensemble d’être suprémaciste et de vouloir l’égalité. Enfin, il y a un moment où c’est contradictoire. Voilà, surtout quand ça reprend toute la propagande de l’État sioniste et génocidaire israélien de prétendre des viols de masse qui n’ont pas eu lieu le 7 octobre. En fait, il y a eu des viols comme dans toute guerre. Je veux dire qu’on vit dans un monde patriarcal, donc lors d’une guerre je n’ai aucun mal à croire qu’il y ait pu y avoir, à certains moments, des agressions sexuelles et viols le 7 octobre. Par contre, ce n’était pas du tout une stratégie, ce n’était pas systémique, alors que ça l’est dans les prisons coloniales israéliennes, que ça l’est, dans l’armée israélienne qui viole et agresse sexuellement les hommes et les femmes palestinien·nes, etc. Pour finir sur cette question-là, je pense qu’il y a aussi un enjeu à bien affirmer qu’on ne veut pas non plus des sionistes dans nos manifestations, et de ne pas mettre ça de côté, car c’est un enjeu central en termes de position dans le mouvement féministe et dans le mouvement ouvrier plus globalement, aujourd’hui, en France. Pour une solidarité totale aux palestiniens et aux palestiniennes, opposons-nous fermement à tout relais de l’état sioniste partout !