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	<title>Archives des Israël - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Israël - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Résistance des femmes palestiniennes : de la Grande révolte à la première Intifada (1936-1993)</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Dec 2024 10:49:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Article originel écrit par Jane Hardy and Katie Coles, parus dans le n°184 de la revue International socialism, disponible ici : https://isj.org.uk/palestinian-womens-resistance/ Au Moyen-Orient, il existe une forte tradition de résistance et d&#8217;activisme des femmes <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/resistance-des-femmes-palestiniennes-de-la-grande-revolte-a-la-premiere-intifada-1936-1993/" title="Résistance des femmes palestiniennes : de la Grande révolte à la première Intifada (1936-1993)">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Article originel écrit par Jane Hardy and Katie Coles, parus dans le n°184 de la revue International socialism, disponible ici : <a href="https://isj.org.uk/palestinian-womens-resistance/">https://isj.org.uk/palestinian-womens-resistance/</a></em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Au Moyen-Orient, il existe une forte tradition de résistance et d&rsquo;activisme des femmes contre l&rsquo;impérialisme depuis plus d&rsquo;un siècle<sup data-fn="ef3d2f0b-c287-4fdd-8c1b-4da42f9568d0" class="fn"><a id="ef3d2f0b-c287-4fdd-8c1b-4da42f9568d0-link" href="#ef3d2f0b-c287-4fdd-8c1b-4da42f9568d0">1</a></sup>. En Palestine et dans la diaspora palestinienne, cette résistance contre les oppresseurs coloniaux s&rsquo;est d&rsquo;abord opposée aux Britanniques, puis à l&rsquo;État israélien. Par le biais de leurs projets coloniaux, et surtout en soutenant l&rsquo;occupation et la répression de la Palestine, ces oppresseurs ont cherché à imposer une version sioniste de l&rsquo;histoire et à déformer et supprimer celle du peuple palestinien<sup data-fn="b34f7c33-ae25-4260-8321-b1907db31093" class="fn"><a id="b34f7c33-ae25-4260-8321-b1907db31093-link" href="#b34f7c33-ae25-4260-8321-b1907db31093">2</a></sup>.  Dans une plus grande mesure encore, le rôle des femmes et leur résistance dans la lutte nationale ont été expurgés du récit historique. Leur histoire a été cachée &#8211; parfois non enregistrée, parfois détruite et au mieux mal reconnue<sup data-fn="c885f3d8-69ed-4224-be0e-0c66f4f1e4bc" class="fn"><a id="c885f3d8-69ed-4224-be0e-0c66f4f1e4bc-link" href="#c885f3d8-69ed-4224-be0e-0c66f4f1e4bc">3</a></sup>. La pensée orientaliste, un courant de certains mouvements « féministes » des pays impérialistes, a dépeint les femmes palestiniennes comme manquant d&rsquo;agentivité et étant « les victimes silencieuses de l&rsquo;oppression religieuse, patriarcale et culturelle, comme manquant de contrôle sur elles-mêmes et sur leur corps » et ayant besoin d&rsquo;être secourues<sup data-fn="b2e2ef4c-6a14-4098-9fdc-ae32ae9c659d" class="fn"><a id="b2e2ef4c-6a14-4098-9fdc-ae32ae9c659d-link" href="#b2e2ef4c-6a14-4098-9fdc-ae32ae9c659d">4</a></sup>. Pourtant, malgré cette rhétorique décrivant les femmes palestiniennes comme des spectatrices passives, dont le rôle dans la résistance était invisibilisé ou marginalisé, elles ont été des résistantes de la lutte palestinienne à travers l&rsquo;histoire, souvent en première ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet article explore la manière dont l&rsquo;activisme des femmes palestiniennes dans le mouvement de libération nationale est lié à la lutte contre leur oppression &#8211; une histoire d&rsquo;activisme et de rébellion qui peut être retracée depuis les années 1920 et avant. Nous nous concentrons sur trois moments forts de la résistance des femmes palestiniennes : la « Grande Révolte » de 1936 à 1939, lorsque les Palestinien·ne·s se sont soulevé·e·s contre les occupants britanniques ; la fin des années 1960, avec un tournant vers la lutte armée et le féminisme ; et la Première Intifada de 1987 à 1993, lorsque les femmes d’en bas ont pris la tête de la lutte contre l&rsquo;occupation israélienne. Un second article, qui paraîtra dans un prochain numéro de ce journal, couvrira la période à partir de 1993.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La naissance de l’activisme des femmes : 1920-1936</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;émergence du mouvement des femmes en Palestine prend place dans le contexte plus large du découpage impérialiste du Moyen-Orient au lendemain de la Première Guerre mondiale. Anticipant l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Empire ottoman, la France et la Grande-Bretagne ont conclu un pacte secret, avides de mettre la main sur le pétrole et de pousser leurs intérêts économiques : l&rsquo;accord Sykes-Picot<sup data-fn="1ec5f531-9403-4d8a-b3e2-989620a2a3b6" class="fn"><a id="1ec5f531-9403-4d8a-b3e2-989620a2a3b6-link" href="#1ec5f531-9403-4d8a-b3e2-989620a2a3b6">5</a></sup>. Cet accord donnait à la France le contrôle de ce qui est aujourd&rsquo;hui le Liban, la Syrie, le Kurdistan et certaines parties de la Turquie, tandis que la Grande-Bretagne s&#8217;emparait de la plus grande partie de ce qui est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Irak, la Jordanie et la Palestine. Outrés d&rsquo;avoir été trompés, des mouvements nationalistes ont vu le jour pour réclamer l&rsquo;indépendance et l&rsquo;autodétermination qui leur avaient été promises.<sup data-fn="78d07b5f-c429-4953-9926-644679d78abe" class="fn"><a id="78d07b5f-c429-4953-9926-644679d78abe-link" href="#78d07b5f-c429-4953-9926-644679d78abe">6</a></sup></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mouvements de femmes se sont constitués dans tous ces pays, à la fois dans le cadre de ces mouvements nationalistes émergents et pour émettre leurs revendications face à leur propre oppression<sup data-fn="d16c28a5-747c-470e-9c5f-44fe8406d493" class="fn"><a id="d16c28a5-747c-470e-9c5f-44fe8406d493-link" href="#d16c28a5-747c-470e-9c5f-44fe8406d493">7</a></sup>. En Égypte, par exemple, les femmes de toutes les classes sociales ont été fortement impliquées dans les activités culturelles, sociales et politiques de la révolution de 1919 contre les Britanniques &#8211; elles étaient dans la rue et prononçaient des discours dans les mosquées et les églises<sup data-fn="8b182fcc-7c40-44f7-8c3e-9ffd0cc8c62e" class="fn"><a id="8b182fcc-7c40-44f7-8c3e-9ffd0cc8c62e-link" href="#8b182fcc-7c40-44f7-8c3e-9ffd0cc8c62e">8</a></sup>. Hoda Shaarawy, une militante de premier plan, a fondé l&rsquo;Union féministe égyptienne dès 1923<sup data-fn="042071b5-04a0-4e80-9403-231ae405db0c" class="fn"><a id="042071b5-04a0-4e80-9403-231ae405db0c-link" href="#042071b5-04a0-4e80-9403-231ae405db0c">9</a></sup>. La révolution égyptienne a eu un effet profond sur la Palestine et a encouragé les luttes palestiniennes contre le colonialisme et le sionisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début du 20e siècle, l&rsquo;activisme des femmes palestiniennes est lié à la lutte de résistance nationale. Les femmes ont participé aux manifestations qui ont éclaté contre la déclaration Balfour de 1917, lorsque la Grande-Bretagne s&rsquo;est engagée publiquement à établir « un foyer national pour le peuple juif » en Palestine, ce qui a ouvert la voie à la Nakba (« catastrophe ») &#8211; le nettoyage ethnique de la Palestine, en 1948<sup data-fn="b7ff8c6b-360d-4d8c-ad29-fe449158311d" class="fn"><a id="b7ff8c6b-360d-4d8c-ad29-fe449158311d-link" href="#b7ff8c6b-360d-4d8c-ad29-fe449158311d">10</a></sup>. La Grande-Bretagne a ensuite reçu un mandat pour administrer la Palestine et la Transjordanie de la part de la Société des Nations en 1920. Le mouvement national palestinien était né, et avec lui le mouvement des femmes palestiniennes. Dans les années 1920, les dirigeantes du mouvement des femmes étaient issues de la même classe de commerçant·e·s urbain·e·s et de propriétaires terrien·ne·s ruraux·ales que les dirigeants du mouvement national. En 1929, des femmes issues de familles influentes, principalement de la classe moyenne et supérieure, ont fondé l&rsquo;Association des femmes arabes (AFA). Elles esquissèrent un programme qui s’attaquait à la politique britannique de facilitation de l&rsquo;immigration sioniste et de répression des revendications palestiniennes d&rsquo;autodétermination nationale<sup data-fn="a5351af9-667b-4b3f-811e-4be6010b077a" class="fn"><a id="a5351af9-667b-4b3f-811e-4be6010b077a-link" href="#a5351af9-667b-4b3f-811e-4be6010b077a">11</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;AFA est née de l&rsquo;escalade de la crise provoquée suite à la révolte du Buraq, autrement connue comme le Massacre de 1929. Ce soulèvement a été provoqué par l&rsquo;augmentation, par les autorités du mandat britannique, du nombre de fidèles Juif·ve·s autorisé·e·s à accéder au Buraq ou mur occidental de la mosquée d&rsquo;Al-Aqsa à Jérusalem, un lieu saint qui avait été placé sous l&rsquo;autorité des musulman·e·s pendant des siècles. Le 15 août 1929, un groupe de sionistes mené par les membres du Betar (« forteresse ») &#8211; une organisation de jeunesse de droite &#8211; marche vers le mur. Iels brandissent des drapeaux sionistes, chantent l&rsquo;hymne sioniste et crient « le Mur est à nous »<sup data-fn="f10c3e23-206c-4a8d-8c3b-2b1c323023a8" class="fn"><a id="f10c3e23-206c-4a8d-8c3b-2b1c323023a8-link" href="#f10c3e23-206c-4a8d-8c3b-2b1c323023a8">12</a></sup>. En réponse, les Palestinien·ne·s se soulèvent, ce qui entraîne une semaine de violence au cours de laquelle 113 Juif·ve·s et 116 Palestinien·ne·s sont tué·e·s. La plupart des affrontements ont eu lieu entre les Palestinien·ne·s et la police britannique, bien que des groupes terroristes sionistes aient également attaqué les forces britanniques. Toutefois, sur les 1 330 personnes arrêtées, la plupart étaient des Palestinien·ne·s, et trois condamnations à mort ont été prononcées<sup data-fn="778063f8-98da-4b4b-8194-ebe35748692d" class="fn"><a id="778063f8-98da-4b4b-8194-ebe35748692d-link" href="#778063f8-98da-4b4b-8194-ebe35748692d">13</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première conférence de l&rsquo;AFA, qui s&rsquo;est tenue à Jérusalem en 1929, dénonçait la déclaration Balfour et l&rsquo;immigration juive, les mauvais traitements infligés aux prisonnier·e·s arabes par la police et l&rsquo;application de châtiments collectifs<sup data-fn="cb599e3c-938d-45a1-9a4b-703ae3655acf" class="fn"><a id="cb599e3c-938d-45a1-9a4b-703ae3655acf-link" href="#cb599e3c-938d-45a1-9a4b-703ae3655acf">14</a></sup>. A partir des années 1930, l&rsquo;AFA était activement impliquée dans les manifestations, la collecte de fonds et le soutien aux prisonnier·e·s et à leurs familles, inondant la presse de la cause nationale palestinienne, offrant des services tels que les soins médicaux et l&rsquo;éducation, et participant à des conférences régionales, panarabes et internationales de femmes. En juin 1931, l&rsquo;AFA a appelé les femmes à faire grève à l&rsquo;occasion de l&rsquo;anniversaire de l&rsquo;exécution par les autorités britanniques des Palestiniens condamnés pour rébellion lors du soulèvement de Buraq, même après que le mouvement national dirigé par les hommes eut abandonné son projet<sup data-fn="66429ee0-8aae-4f5a-a00c-464b1ffe5224" class="fn"><a id="66429ee0-8aae-4f5a-a00c-464b1ffe5224-link" href="#66429ee0-8aae-4f5a-a00c-464b1ffe5224">15</a></sup>. La participation accrue des femmes aux manifestations au début des années 1930 a jeté les bases du militantisme des femmes lors de la Grande Révolte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Grande révolte arabe de 1936-1939</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1936, le ressentiment latent à l&rsquo;égard de l&rsquo;occupation britannique s&rsquo;est transformé en colère généralisée et a éclaté en rébellion ouverte<sup data-fn="cfe2acb0-5ff9-4244-81ee-91640aa134da" class="fn"><a id="cfe2acb0-5ff9-4244-81ee-91640aa134da-link" href="#cfe2acb0-5ff9-4244-81ee-91640aa134da">16</a></sup>. Les ouvrier·e·s et les paysan·ne·s poussèrent leur « élite dirigeante hésitante à adopter des positions plus radicales »<sup data-fn="1d3da0c8-fd74-4326-a732-8d550dca859a" class="fn"><a id="1d3da0c8-fd74-4326-a732-8d550dca859a-link" href="#1d3da0c8-fd74-4326-a732-8d550dca859a">17</a></sup>. La révolte fut brutalement réprimée par les Britanniques, souvent avec l&rsquo;aide des milices sionistes, à l&rsquo;aide de châtiments collectifs, de centres de détention, de déportations, d&rsquo;arrestations massives, de démolitions de maisons, de raids sur les villages, de frappes aériennes, de restrictions de mouvements et de la loi martiale<sup data-fn="9829b50b-4989-49b2-86c0-b3a6fa94e22d" class="fn"><a id="9829b50b-4989-49b2-86c0-b3a6fa94e22d-link" href="#9829b50b-4989-49b2-86c0-b3a6fa94e22d">18</a></sup>. Depuis, il y a eu une tendance à minimiser les différences entre l&rsquo;élite et les militant·e·s de base « pour minimiser les initiatives populaires et souligner l&rsquo;unité au sein du Haut Comité Arabe »<sup data-fn="24255032-1d3b-47f0-942d-cb3f20d3764b" class="fn"><a id="24255032-1d3b-47f0-942d-cb3f20d3764b-link" href="#24255032-1d3b-47f0-942d-cb3f20d3764b">19</a></sup>. De la même manière, l&rsquo;activisme, le militantisme et la radicalisation des femmes pendant la révolte ont été marginalisés. Les femmes de l&rsquo;élite urbaine participaient aux manifestations, collectaient d&rsquo;importantes sommes d&rsquo;argent pour financer la rébellion et formaient des comités de femmes dans les villages. Elles tenaient des réunions secrètes pour soutenir les militants et harcelaient le gouvernement de protestations et de condamnations écrites. Ces comités de femmes se sont notamment créés dans des régions du pays où il y avait eu peu d&rsquo;activités organisées auparavant. La révolte commença par une grève générale. Les membres de l&rsquo;AFA parcoururent les villes pour convaincre les commerçant·e·s d&rsquo;observer la grève et brisèrent les vitrines de ceux qui n&rsquo;obtempéraient pas<sup data-fn="bbe241aa-52e5-4055-b687-3c3605ad812f" class="fn"><a id="bbe241aa-52e5-4055-b687-3c3605ad812f-link" href="#bbe241aa-52e5-4055-b687-3c3605ad812f">20</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les membres de l&rsquo;AFA étaient des femmes urbaines éduquées issues de familles des classes moyennes et supérieures, les paysans (fellahin), y compris les paysannes (fellahat), ont joué un rôle crucial dans la révolte en dehors des organisations formelles. Ces femmes ont enduré le pire de la répression de la révolte, car ce sont leurs communautés dans les zones rurales qui ont subi les attaques physiques. Elles cachaient des armes dans leurs vêtements ou dans les champs et parcouraient le terrain, partageant des informations avec les guérilleros, telles que l&#8217;emplacement et les itinéraires d&rsquo;approvisionnement des troupes britanniques, et étaient souvent prises dans des tirs croisés. Les Britanniques qualifiaient les paysannes d&rsquo;agitatrices « belliqueuses » qui incitaient les jeunes hommes à devenir des combattants<sup data-fn="e768dea6-9b89-47fe-bb0d-9cd0cfd1c47c" class="fn"><a id="e768dea6-9b89-47fe-bb0d-9cd0cfd1c47c-link" href="#e768dea6-9b89-47fe-bb0d-9cd0cfd1c47c">21</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès le début de la révolte, les paysannes étaient prêtes à utiliser la violence pour défendre leurs villages et les hommes de leur communauté en s&rsquo;opposant aux perquisitions et aux raids. Par exemple, les femmes lapidaient la police depuis les toits lorsqu&rsquo;elle venait procéder à des arrestations. Contrairement aux femmes des villes, certaines paysannes ont rejoint la révolte armée, comme Fatma Ghazzal, qui a été tuée lors de la bataille de Wadu Azzoun en 1936<sup data-fn="e1311dc6-1f94-4c89-8a32-551abd698c89" class="fn"><a id="e1311dc6-1f94-4c89-8a32-551abd698c89-link" href="#e1311dc6-1f94-4c89-8a32-551abd698c89">22</a></sup>. La fréquence à laquelle les paysannes ont été arrêtées pour contrebande ou possession d&rsquo;armes suggère que les femmes ont joué un rôle militaire plus important que ce qu&rsquo;on s’imagine ou que ce qui a été enregistré. Dans l&rsquo;ensemble, les femmes ont pris des risques considérables et, lorsqu&rsquo;elles étaient poursuivies pour possession d&rsquo;armes, elles étaient condamnées à de lourdes peines d&#8217;emprisonnement allant de sept à dix ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la révolte, pour la première fois, les étudiantes s’organisèrent et se mobilisèrent<sup data-fn="c28e9477-c25c-4bd1-9427-5ad700d6f119" class="fn"><a id="c28e9477-c25c-4bd1-9427-5ad700d6f119-link" href="#c28e9477-c25c-4bd1-9427-5ad700d6f119">23</a></sup>. Dans la région de Galilée, les écolières se mirent en grève, empêchèrent les autres élèves d&rsquo;aller à l&rsquo;école et manifestèrent tout au long de la fin du mois de mai et du mois d&rsquo;avril 1936. Ça a posé de tels problèmes à la police que les Britanniques ont menacé de fermer les écoles et ont dit aux pères de famille qu&rsquo;ils devraient payer une amende si leurs filles commettaient des infractions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mouvements panarabes de femmes, qui avaient émergé dans toute la région, ont joué un rôle essentiel dans le soutien apporté aux femmes palestiniennes. Tandis que dans certains pays, comme l&rsquo;Égypte et la Tunisie, les premières organisations de femmes formulaient des revendications politiques telles que l&rsquo;abolition de la polygamie, le droit au divorce et le droit de vote, les femmes de Palestine se concentraient sur des revendications nationalistes. Les femmes des mouvements panarabes soutenaient leurs sœurs palestiniennes en portant la cause palestinienne sur le devant de la scène régionale et internationale<sup data-fn="dd04e692-8d72-4232-b829-925a19def636" class="fn"><a id="dd04e692-8d72-4232-b829-925a19def636-link" href="#dd04e692-8d72-4232-b829-925a19def636">24</a></sup>. Ces organisations de femmes étaient très conscientes de leurs luttes respectives et exprimaient une solidarité réciproque, notamment en condamnant la répression britannique contre les Palestinien·ne·s pendant la Grande Révolte. Au début des années 1930, les femmes arabes (et du Moyen-Orient) commencèrent à coopérer de manière plus formelle au niveau régional, et des conférences furent organisées à Damas, Beyrouth et Bagdad entre 1930 et 1932. Elles ont culminé avec l&rsquo;appel de Hoda Shaarawy à une conférence qui s&rsquo;est tenue au Caire en octobre 1938. Les délégations de Syrie, du Liban, d&rsquo;Irak et de Palestine ont demandé l&rsquo;abolition du mandat britannique sur la Palestine, l&rsquo;abrogation de la déclaration de Balfour et l&rsquo;interdiction de l&rsquo;immigration juive et de la vente de terres aux Juif·ve·s<sup data-fn="96357285-6e6e-4555-b35a-3605f88daba6" class="fn"><a id="96357285-6e6e-4555-b35a-3605f88daba6-link" href="#96357285-6e6e-4555-b35a-3605f88daba6">25</a></sup>. Ce soutien panarabe a renforcé le moral des femmes palestiniennes, réduit leur isolement et conféré un statut international à leur mouvement<sup data-fn="ce27128b-8b97-45e1-abf6-9fbfc1181f3b" class="fn"><a id="ce27128b-8b97-45e1-abf6-9fbfc1181f3b-link" href="#ce27128b-8b97-45e1-abf6-9fbfc1181f3b">26</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les militantes renommées de la Grande Révolte, il y avait Sadhij Nassar qui était co-éditrice et rédactrice du journal El-Carmel, créé à Haïfa en 1908. Ce journal consacrait, au début des années 1920, une section aux problématiques concernant les femmes. Les articles de Sadhij Nassar portaient aussi bien sur l&rsquo;égalité entre les sexes que sur la nécessité d’une lutte révolutionnaire contre le colonialisme. Son nom apparaît fréquemment dans les archives britanniques en tant qu&rsquo;organisatrice de manifestations et de grèves. Elle était une épine dans le pied des Britanniques, qui qualifiaient ses articles d&rsquo;« incendiaires » et les manifestations qu&rsquo;elle organisait de particulièrement « virulentes et dangereuses »<sup data-fn="a4b17703-964b-40dd-925e-2c24f022a2fd" class="fn"><a id="a4b17703-964b-40dd-925e-2c24f022a2fd-link" href="#a4b17703-964b-40dd-925e-2c24f022a2fd">27</a></sup>. Cela lui a valu d&rsquo;être arrêtée et détenue dans la prison pour femmes de Bethléem pendant près d&rsquo;un an<sup data-fn="b6ce22bb-683d-49e7-8d2f-e543ba9c2f3b" class="fn"><a id="b6ce22bb-683d-49e7-8d2f-e543ba9c2f3b-link" href="#b6ce22bb-683d-49e7-8d2f-e543ba9c2f3b">28</a></sup>. Après la Grande Révolte, sans surprise, les Britanniques se sont entendus avec les éléments conservateurs de la société palestinienne pour étouffer l’activisme des femmes et leur faire quitter la rue. Les femmes, en particulier dans les villes, étaient de plus en plus souvent rappelées à l’ordre lorsqu’elles portaient des vêtements occidentaux et lorsqu’elles participaient à des activités politiques en dehors de leur domicile sans être escortées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce virage conservateur s&rsquo;est étendu à d&rsquo;autres éléments du mouvement nationaliste, qui ont tenté d&rsquo;imposer des normes relatives au comportement, aux déplacements et à la tenue vestimentaire des femmes<sup data-fn="45aab91c-d6ab-4fa2-92d8-b6c73afe32a4" class="fn"><a id="45aab91c-d6ab-4fa2-92d8-b6c73afe32a4-link" href="#45aab91c-d6ab-4fa2-92d8-b6c73afe32a4">29</a></sup>. Toutefois, ces exhortations à porter des vêtements plus traditionnels ont également été adressés aux hommes, et revenaient donc aussi à faire preuve d&rsquo;allégeance à la cause nationaliste. Ellen Fleischmann rapporte que des Palestiniennes chrétiennes, en revenant sur la Grande Révolte, ont déclaré qu&rsquo;elles portaient le voile pour éviter de « ressembler à des Juives », « pour montrer qu&rsquo;elles étaient arabes » et « pour ressembler aux autres Arabes »<sup data-fn="11a96e1e-614a-48f4-ba44-0209fdc9a39b" class="fn"><a id="11a96e1e-614a-48f4-ba44-0209fdc9a39b-link" href="#11a96e1e-614a-48f4-ba44-0209fdc9a39b">30</a></sup>. Même l&rsquo;AFA était divisée sur la ligne à tenir sur les tenues des femmes : entre celles qui voulaient signifier leur émancipation en portant des vêtements modernes et celles qui considéraient que cela risquait de leur aliéner les masses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque la révolte pris fin en 1939, de nombreux·ses Palestinien·ne·s avaient été tué·e·s, emprisonné·e·s ou exilé·e·s, et leurs directions ont été pratiquement détruites. Les colons juif·ve·s, qui avaient combattu aux côtés des colons britanniques pour réprimer la révolte, ont pu consolider leur position, s&rsquo;armer et acquérir de l&rsquo;expérience militaire. Malgré cela, le mouvement des femmes est resté actif et tenace jusqu&rsquo;à ce que les événements de 1948 perturbent violemment la société palestinienne et ses institutions sociales et politiques<sup data-fn="fb52962f-a803-4662-b8e0-5f5b9c7eb3bb" class="fn"><a id="fb52962f-a803-4662-b8e0-5f5b9c7eb3bb-link" href="#fb52962f-a803-4662-b8e0-5f5b9c7eb3bb">31</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La Nakba</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Nakba de 1948 a déchiré la société palestinienne. L&rsquo;État israélien a été établi sur 80 % du territoire palestinien mandataire, et entre 80 et 90 % des Palestinien·ne·s ont été expulsé·e·s et dispersé·e·s dans des camps de réfugié·e·s à Gaza (annexée par l&rsquo;Égypte), en Cisjordanie (annexée par la Jordanie), au Liban et en Syrie. Cette situation a eu des conséquences dévastatrices pour la résistance et l&rsquo;infrastructure sociale et institutionnelle que le mouvement des femmes avait construites au cours des décennies précédentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes de la classe moyenne ont poursuivi la longue tradition de travail caritatif en créant des soupes populaires et des orphelinats pour combler le vide créé par l&rsquo;effondrement des services. Toutefois, le fossé entre les femmes de l&rsquo;élite et celles issues de milieux ruraux ou pauvres a persisté : ces dernières ont souvent été marginalisées et considérées comme les bénéficiaires passives de la charité de l&rsquo;élite. En Cisjordanie, les organisations politiques ont été interdites et les expressions de l&rsquo;identité palestinienne réprimées. Bien que cela ait eu pour effet d&rsquo;inhiber l&rsquo;activisme politique des organisations de femmes, la montée du nationalisme panarabe a attiré certaines femmes dans des groupes politiques clandestins tels que le parti arabe socialiste Ba&rsquo;th (« résurrection ») fondé en Syrie, le Parti communiste jordanien et le Mouvement nationaliste arabe, où les femmes occupaient une place reconnue<sup data-fn="05d3ab2f-64a7-4782-817c-5036ef13126a" class="fn"><a id="05d3ab2f-64a7-4782-817c-5036ef13126a-link" href="#05d3ab2f-64a7-4782-817c-5036ef13126a">32</a></sup>. L&rsquo;entrée plus généralisée des femmes dans des organisations mixtes a marqué un changement dans leur engagement. L&rsquo;expérience acquise par les femmes dans ces partis les a amenées à jouer un rôle important dans la lutte contre l&rsquo;occupation israélienne après 1967.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La lutte contre l’occupation : 1967-82</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le tournant tactique de la lutte palestinienne contre l&rsquo;occupation vers la guérilla et la lutte armée à la fin des années 1960 a été largement influencé par deux facteurs. Tout d&rsquo;abord, l&rsquo;illusion que les États arabes étaient capables ou désireux de libérer la Palestine s&rsquo;est effondrée. Cela est dû à la défaite humiliante et rapide infligée par Israël aux armées arabes en 1967, ainsi qu&rsquo;à l&rsquo;invasion et à l&rsquo;occupation du territoire restant de la Palestine historique, de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Deuxièmement, le mouvement de résistance palestinienne est arrivé à maturité au cours d&rsquo;une période de bouleversements politiques et sociaux mondiaux, lorsque des mouvements révolutionnaires et de libération ont mené une résistance anti-impérialiste dans le Sud global, comme au Viêt Nam et en Algérie. Des mouvements étudiants, féministes et pour les droits civiques ont éclaté partout dans le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces facteurs ont contribué à transformer l&rsquo;Organisation de libération de la Palestine (OLP) d&rsquo;un simple relais des régimes arabes en une organisation politique indépendante et mobilisatrice. La Ligue arabe, sous la direction du président égyptien Gamal Abdel Nasser, avait créé l&rsquo;OLP en 1964 dans le but de contrôler le nationalisme palestinien tout en prétendant défendre sa cause<sup data-fn="bd47ca8e-ea90-4fd4-9752-8cd8dfe0c2fc" class="fn"><a id="bd47ca8e-ea90-4fd4-9752-8cd8dfe0c2fc-link" href="#bd47ca8e-ea90-4fd4-9752-8cd8dfe0c2fc">33</a></sup>. Cependant, dans le même temps, les Palestinien·ne·s d&rsquo;en bas s&rsquo;organisaient collectivement et appelaient à la lutte armée contre Israël. En 1968, le groupe dominant de l&rsquo;OLP était le Mouvement de libération nationale de la Palestine (Fatah ; harakat at-tahrir al-watani l-filastini), mais le nombre de factions et de groupes de guérilla augmentait de façon spectaculaire<sup data-fn="f9d36161-ff2f-4baf-beb3-7ca34d2683a1" class="fn"><a id="f9d36161-ff2f-4baf-beb3-7ca34d2683a1-link" href="#f9d36161-ff2f-4baf-beb3-7ca34d2683a1">34</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreux·ses Palestinien·ne·s ont été influencé·e·s par cette nouvelle culture de la résistance, y compris une jeune génération de femmes qui se sont tournées vers des tactiques plus militantes. Cette deuxième génération de femmes a refusé d&rsquo;accepter l&rsquo;idée dominante selon laquelle le rôle des femmes de la société palestinienne était uniquement de prendre soin de la nation &#8211; idée reprise par certaines sections du mouvement nationaliste &#8211; et a soutenu la mise à l&rsquo;ordre du jour d&rsquo;un changement social émancipateur<sup data-fn="aaf846d6-49e6-451b-8efb-11e2896cf7df" class="fn"><a id="aaf846d6-49e6-451b-8efb-11e2896cf7df-link" href="#aaf846d6-49e6-451b-8efb-11e2896cf7df">35</a></sup>. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;a été créée en 1965 le Syndicat Général des Femmes Palestiniennes (en anglais, General Union of Palestinian Women &#8211; GUPW, NdT), qui rassemblait plusieurs organisations de femmes, relançant ainsi le mouvement des femmes palestiniennes. Bien qu&rsquo;affiliée à l&rsquo;OLP, selon Jehan Helou, la GUPW a dû lutter pour son indépendance en son sein<sup data-fn="0def2b8b-ddca-4524-92e7-bd85dba4d412" class="fn"><a id="0def2b8b-ddca-4524-92e7-bd85dba4d412-link" href="#0def2b8b-ddca-4524-92e7-bd85dba4d412">36</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;invasion et l&rsquo;occupation par Israël de la Cisjordanie, de Gaza et du plateau du Golan en 1967 ont créé 250 000 à 300 000 réfugié·e·s supplémentaires. Ces Palestinien·ne·s furent placé·e·s sous un régime militaire direct et de nouvelles formes d&rsquo;oppression sociale, économique et politique virent le jour. La GUPW a commencé à répondre aux besoins immédiats des femmes et des enfants palestinien·ne·s, notamment en créant des centres de santé, des orphelinats, des garderies et des repas subventionnés. Pour autant, les femmes n&rsquo;étaient pas prêtes à se cantonner à un rôle de « travailleuses sociales ». Au contraire, elles se sont également engagées dans la résistance armée. Les principales factions ont établi des camps pour la formation militaire et politique des femmes révolutionnaires en Jordanie, puis au Liban.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img data-dominant-color="6d6d6d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6d6d6d;" fetchpriority="high" decoding="async" width="188" height="268" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/telechargement.jpeg" alt="" class="wp-image-9042 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Leila Khaled dans les années 70</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Les figures marquantes de combattantes dans l&rsquo;iconographie mondiale telles que Leila Khaled témoignent du changement qui s&rsquo;est opéré au cours de cette période. Elle était membre du Front palestinien de libération de la Palestine (FPLP) et une commandante de l&rsquo;opération Dawson&rsquo;s Field, qui a fait d&rsquo;elle la première femme à détourner un avion<sup data-fn="cec16169-4488-4add-900d-0b9393d3ba8d" class="fn"><a id="cec16169-4488-4add-900d-0b9393d3ba8d-link" href="#cec16169-4488-4add-900d-0b9393d3ba8d">37</a></sup>. Shadia Abu Ghazalah, autre membre active du FPLP, a refusé de quitter la Palestine et a été tuée dans sa ville natale de Naplouse en novembre 1968, à l&rsquo;âge de 19 ans, lorsque la bombe qu&rsquo;elle préparait a explosé accidentellement. Ces femmes faisaient partie d&rsquo;un mouvement d’intense critique envers les régimes arabes, de Yasser Arafat (leader de l&rsquo;OLP) et de la bourgeoisie palestinienne. Khaled a vu très jeune « la misère, la faim et l&rsquo;humiliation » dans les camps de réfugié·e·s<sup data-fn="a18664f2-2c25-42c9-a95e-f2b2eab4e919" class="fn"><a id="a18664f2-2c25-42c9-a95e-f2b2eab4e919-link" href="#a18664f2-2c25-42c9-a95e-f2b2eab4e919">38</a></sup>. Dans son autobiographie, elle oppose le sort des nombreuses femmes vivant dans les camps dans des conditions atroces à celui de la bourgeoisie palestinienne, qui vivait dans les villes et bénéficiait d&rsquo;un niveau de vie plus élevé, d&rsquo;une plus grande mobilité, d&rsquo;un meilleur accès à l&rsquo;éducation et d&rsquo;une certaine immunité contre la violence. Cela l&rsquo;a amenée à développer une analyse de classe de la libération nationale en ce qui concerne les acteur·ice·s du changement et l&rsquo;objectif de la lutte. Khaled pensait que les ouvrièr·e·s et les paysan·ne·s réuni·e·s dans une organisation politique révolutionnaire étaient la seule force de changement<sup data-fn="37db8561-48b7-4ff5-93ef-6101a1ad190a" class="fn"><a id="37db8561-48b7-4ff5-93ef-6101a1ad190a-link" href="#37db8561-48b7-4ff5-93ef-6101a1ad190a">39</a></sup>. Pour elle, le but ultime de la lutte palestinienne était « la construction d&rsquo;une société socialiste dans laquelle les Arabes et les Juif·ve·s peuvent vivre en paix et en harmonie »<sup data-fn="fab5f3ac-c32f-4b4b-a88e-83e8cb0f0007" class="fn"><a id="fab5f3ac-c32f-4b4b-a88e-83e8cb0f0007-link" href="#fab5f3ac-c32f-4b4b-a88e-83e8cb0f0007">40</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que l&rsquo;attention accordée aux figures féminines, parmi lesquelles Leila Khaled, ait été disproportionnée par rapport au nombre relativement faible de femmes impliquées dans la lutte armée, l&rsquo;histoire a largement négligé le rôle prépondérant des masses de femmes au cœur de la résistance dans les camps de réfugié·e·s au Liban entre 1969 et 1982<sup data-fn="d85d8fa8-0074-4a07-9f8d-12ccf20584d3" class="fn"><a id="d85d8fa8-0074-4a07-9f8d-12ccf20584d3-link" href="#d85d8fa8-0074-4a07-9f8d-12ccf20584d3">41</a></sup>. Jehan Helou, participante et témoin oculaire, rappelle que les camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s se sont soulevés en 1969 pour expulser le célèbre service de renseignement de l&rsquo;État libanais, le Deuxieme Bureau, qui surveillait et contrôlait tous les aspects de la vie des habitant·e·s des camps. Ces femmes, issues de milieux paysans, étaient intrépides et faisaient barrage de leurs corps devant l&rsquo;entrée des camps face aux attaques de l&rsquo;armée libanaise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;OLP n&rsquo;avait pas de vision ou de programme centré sur les questions relatives aux femmes et le mouvement de résistance n&rsquo;a jamais développé d&rsquo;idées complètement abouties concernant l&rsquo;égalité des genres. Certains courants ont continué à prôner un rôle traditionnel pour les femmes. Les partis de gauche, tels que le FPLP, le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) et le Parti communiste, avaient une approche plus favorable de la question du genre. Cependant, à l&rsquo;instar de leurs homologues occidentaux, ils considéraient l&rsquo;oppression des femmes uniquement comme un sous-produit de l&rsquo;oppression coloniale et de classe, et la traitaient comme telle<sup data-fn="fd35dc05-439d-4343-a687-c2d965e9ce63" class="fn"><a id="fd35dc05-439d-4343-a687-c2d965e9ce63-link" href="#fd35dc05-439d-4343-a687-c2d965e9ce63">42</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La participation des femmes à la résistance armée a contribué à remettre en question les postulats traditionnels sur les rôles des hommes et des femmes. Néanmoins, les tensions autour de l&rsquo;émancipation des femmes dans certaines sections du mouvement nationaliste sont restées vives et de nombreuses femmes ont rapporté le sexisme auquel elles étaient confrontées au sein du mouvement<sup data-fn="7a57f753-f40b-4290-9a18-78a73aabd6f6" class="fn"><a id="7a57f753-f40b-4290-9a18-78a73aabd6f6-link" href="#7a57f753-f40b-4290-9a18-78a73aabd6f6">43</a></sup>. Khaled décrit la réaction à sa demande d&rsquo;implication dans la lutte armée au cours de l&rsquo;été 1968 ainsi :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">On nous a suggéré d&rsquo;accomplir deux tâches importantes : aider les mères surchargées de travail dans les camps de réfugié·e·s et rendre visite aux familles de nos martyrs. « Le travail social, raillai-je, n&rsquo;est pas une révolution sociale, je veux participer pleinement à la révolution »<sup data-fn="89b12680-153c-4c0d-9e61-35d4dd08db7a" class="fn"><a id="89b12680-153c-4c0d-9e61-35d4dd08db7a-link" href="#89b12680-153c-4c0d-9e61-35d4dd08db7a">44</a></sup>.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que de nombreuses jeunes femmes aient voulu militer, elles ont dû mener une lutte face à leurs parents, à la société en général et au mouvement de résistance lui-même. Par exemple, les femmes bien établies dans la résistance devaient souvent demander l’accord de leur famille pour pouvoir impliquer leurs filles dans l&rsquo;activisme. Julie Peteet affirme que, si la plupart des femmes acceptaient l’idée qu’elles avaient un rôle à jouer dans la lutte, la relation entre la politique et la vie domestique était controversée. Par exemple, l&rsquo;idée que le militantisme ne devait pas compromettre la capacité d&rsquo;une femme à remplir ses fonctions de gardienne du foyer et de soignante était largement répandue. Par conséquent, pour prendre part à la lutte, les femmes devaient « affronter de plein fouet les règles culturelles régissant le comportement des femmes »<sup data-fn="1dad761f-da5e-47d2-ade2-205b2d89f997" class="fn"><a id="1dad761f-da5e-47d2-ade2-205b2d89f997-link" href="#1dad761f-da5e-47d2-ade2-205b2d89f997">45</a></sup>. Cela se reflète dans le traitement différencié à l&rsquo;égard des héros masculins (al-fida&rsquo;i) et féminins (al-fida&rsquo;iyya) qui ont été élevé·e·s au rang de célébrités dans les récits nationalistes. L&rsquo;image contradictoire de la mère traditionnelle protégeant le foyer a persisté et était plus acceptable socialement que celle de la femme militante. Ces combattantes ne bénéficiaient pas du même statut que leurs homologues masculins et avaient parfois du mal à se réintégrer dans leur communauté<sup data-fn="b2e24c1b-c10d-40c1-9daf-db76b15b6ee0" class="fn"><a id="b2e24c1b-c10d-40c1-9daf-db76b15b6ee0-link" href="#b2e24c1b-c10d-40c1-9daf-db76b15b6ee0">46</a></sup>. Khaled l&rsquo;avait compris et a déclaré : « Alors que mes sœurs occidentales parlent d&rsquo;oppression de classe et d&rsquo;oppression sexuelle&#8230; j&rsquo;ai dû faire face à quatre types d&rsquo;oppression : nationale, sociale (le poids des traditions et des habitudes), de classe et sexuelle »<sup data-fn="d466f3ee-98f6-4210-9595-697e9d3d76ed" class="fn"><a id="d466f3ee-98f6-4210-9595-697e9d3d76ed-link" href="#d466f3ee-98f6-4210-9595-697e9d3d76ed">47</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré ces obstacles, le fait de participer à la lutte a fait évoluer la confiance des femmes. Comme l&rsquo;a écrit Jehan Helou, « les femmes d&rsquo;avant-garde ont déchiré les traditions oppressives, sont sorties de leur cage et ont introduit leurs propres conventions et normes, prenant ainsi le contrôle de leur vie »<sup data-fn="cfa95d4a-07f5-4578-92bf-a7c98d8a7385" class="fn"><a id="cfa95d4a-07f5-4578-92bf-a7c98d8a7385-link" href="#cfa95d4a-07f5-4578-92bf-a7c98d8a7385">48</a></sup>. Elles ont notamment rejeté les contraintes qui pesaient sur leur mobilité, saisi les occasions de voyager, y compris les bourses offertes par l&rsquo;Union soviétique, ont choisi elles-mêmes leur mari ou ne se sont pas mariées du tout. Julie Peteet décrit comment les jeunes femmes des camps et les activistes ont commencé à se décrire et à décrire les autres femmes avec un tout nouveau vocabulaire, en utilisant un répertoire de termes et de catégories intrinsèquement actifs, politiques et nationalistes, tels que militantes (nashitat), politisées (musayyasat), combattantes (fida&rsquo;iyyat), travailleuses (&lsquo;amilat), combattantes (munadilat) et martyrs (shahidat). Ces nouvelles conceptions de soi s&rsquo;inscrivaient clairement dans un sentiment de fierté nationale et d&rsquo;engagement dans la lutte et, plus important encore, dans un sentiment d&rsquo;autonomie<sup data-fn="1e1c6906-fe21-4dcf-a0cd-04ea5467da8d" class="fn"><a id="1e1c6906-fe21-4dcf-a0cd-04ea5467da8d-link" href="#1e1c6906-fe21-4dcf-a0cd-04ea5467da8d">49</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi qu’il en soit, la lutte pour la libération des femmes était fermement et inextricablement liée à la libération nationale. Peteet cite Samireh, une militante du Fatah, qui exprime ce sentiment commun :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Je pense que parce que les femmes auront combattu aux côtés de leurs maris, de leurs frères ou de leurs autres camarades, après la libération nationale, la libération des femmes sera un résultat naturel. Elles auront le droit de dire : « J&rsquo;ai fait la même chose que vous ; je vais prendre ma liberté ». Nous ne disons pas : « Les hommes sont nos ennemis ; nous devons les combattre. » C&rsquo;est une erreur. L&rsquo;homme lui-même n&rsquo;est pas libéré. Il est déshérité, déraciné ; il n&rsquo;a pas d&rsquo;État ; il n&rsquo;a pas de droits. Comment pouvons-nous gagner nos droits face à un homme qui n&rsquo;en a pas <sup data-fn="c16ff4ed-6f2b-4ca6-9ec4-f968a1c29d64" class="fn"><a id="c16ff4ed-6f2b-4ca6-9ec4-f968a1c29d64-link" href="#c16ff4ed-6f2b-4ca6-9ec4-f968a1c29d64">50</a></sup>?</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque le centre de la résistance, y compris l&rsquo;OLP, s&rsquo;est déplacé au Liban, la création du Front national palestinien (FNP) a permis d&rsquo;organiser et de renforcer les luttes de masse à l&rsquo;intérieur de la Cisjordanie occupée<sup data-fn="6139a3b6-4f2b-496c-bdde-6cb94e9ef645" class="fn"><a id="6139a3b6-4f2b-496c-bdde-6cb94e9ef645-link" href="#6139a3b6-4f2b-496c-bdde-6cb94e9ef645">51</a></sup>. Le FNP a été créé en 1972, essentiellement à l&rsquo;initiative des jeunes, et s&rsquo;est étendu à toute la Cisjordanie en soutenant les organisations de la société civile et les mouvements de travail bénévole. En 1976, lorsque pour la première fois des dizaines de milliers de femmes de Cisjordanie ont obtenu le droit de vote aux élections municipales, les femmes et les jeunes ont joué un rôle majeur dans l&rsquo;élection de nationalistes jeunes et progressistes dans les conseils municipaux de toute la Cisjordanie. Cela a constitué un changement par rapport à la dynamique traditionnelle de la politique par en haut en faveur d’un activisme organisé plus inclusif et a contribué à la naissance d&rsquo;un nouveau mouvement de femmes en 1978<sup data-fn="f97f187b-c4a2-4385-abce-890069117cd3" class="fn"><a id="f97f187b-c4a2-4385-abce-890069117cd3-link" href="#f97f187b-c4a2-4385-abce-890069117cd3">52</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La naissance du nouveau mouvement des femmes : 1978</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La création du Comité de Travail des Femmes (en anglais, Women’s Work Committee &#8211; WWC, NdT) a été annoncée lors de la Journée internationale des femmes en 1978<sup data-fn="400059ca-83fa-46bc-af60-76fd2a9aa973" class="fn"><a id="400059ca-83fa-46bc-af60-76fd2a9aa973-link" href="#400059ca-83fa-46bc-af60-76fd2a9aa973">53</a></sup>. Contrastant avec le nombre relativement faible de femmes impliquées dans la lutte armée, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une nouvelle organisation de masse axée sur la mobilisation des femmes dans les villages et les camps. La naissance de ce nouveau mouvement de femmes a été influencée par la croissance et la diffusion des idées féministes dans le monde entier, la participation accrue des femmes dans la population active et l&rsquo;amélioration de l&rsquo;accès à l&rsquo;enseignement universitaire en Cisjordanie à partir du milieu des années 1970.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces nouvelles militantes de Ramallah et d&rsquo;al-Bireh, dont certaines étaient étudiantes à l&rsquo;université de Bir Zeit, étaient principalement issues de familles petites-bourgeoises travaillant dans le commerce ou les professions libérales. Cependant, elles ont rompu avec la tradition de l&rsquo;action caritative des femmes des classes moyennes et supérieures en s&rsquo;attaquant aux problèmes des travailleuses et des villageoises employées de manière informelle dans l&rsquo;agriculture. Le Comité de Travail des Femmes a agi au niveau national pour éduquer et impliquer les femmes dans le militantisme, en exigeant le droit de lutter, de travailler, d&rsquo;être éduquées et d&rsquo;être représentées équitablement dans les processus décisionnels. Reconnaissant que l&rsquo;analphabétisme, le surmenage, la pauvreté et la dépendance économique des femmes dans les villages constituaient un obstacle à l&rsquo;activisme politique, elles ont lancé des projets visant à résoudre les problèmes matériels quotidiens auxquels les femmes étaient confrontées. Elles ont notamment créé des centres de santé et des structures d&rsquo;accueil pour les enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fur et à mesure que l&rsquo;économie de la Cisjordanie était annexée à celle d&rsquo;Israël, de plus en plus de femmes se sont retrouvées sur le marché du travail. Le Comité de Travail des Femmes a encouragé les femmes à adhérer à des syndicats avec lesquels elles se sont coordonnées pour améliorer les conditions de travail et les droits des travailleuses. Par exemple, le syndicat des travailleur·se·s du textile a connu un afflux de femmes au cours de cette période grâce aux efforts du Comité de Travail des Femmes, en particulier à Ramallah. En 1983, le syndicat des travailleur·se·s du textile de Ramallah a soutenu une grève des travailleuses de l&rsquo;usine Danaji à Ramallah. Les travailleuses ont obtenu une augmentation de 50 % des salaires moyens et une augmentation encore plus importante pour les salaires les plus bas<sup data-fn="9a9ef089-6d9a-4fa5-9c78-05f90835fd64" class="fn"><a id="9a9ef089-6d9a-4fa5-9c78-05f90835fd64-link" href="#9a9ef089-6d9a-4fa5-9c78-05f90835fd64">54</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des membres fondatrices du Comité de Travail des Femmes étaient inspirées par le programme politique du parti de gauche FDLP. Cependant, au début des années 1980, les tensions au sein du mouvement nationaliste palestinien dans les territoires occupés ainsi qu’au sein de l&rsquo;OLP ont provoqué une scission dans le mouvement des femmes, de même que dans le mouvement syndical. Néanmoins, les quatre comités de femmes qui ont émergé, vaguement affiliés à quatre factions politiques, n&rsquo;ont pas été atteints par le même niveau de factionnalisme que celui présent dans les autres organisations nationalistes<sup data-fn="60ccb507-3b8c-4769-861c-4b7fd0afb4f1" class="fn"><a id="60ccb507-3b8c-4769-861c-4b7fd0afb4f1-link" href="#60ccb507-3b8c-4769-861c-4b7fd0afb4f1">55</a></sup>. Ils ont réussi à atteindre un haut degré de coordination dans des projets concrets et dans l&rsquo;activisme politique. Par exemple, ils ont organisé conjointement un sit-in dans les bureaux de la Croix-Rouge pour soutenir les grèves de la faim des prisonnier·e·s politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1987, les comités de femmes comptaient des milliers de membres dans toute la Cisjordanie et, dans le cas de trois comités de gauche, dans la bande de Gaza également<sup data-fn="500665fe-10ee-4b01-b651-b873bb2d33e6" class="fn"><a id="500665fe-10ee-4b01-b651-b873bb2d33e6-link" href="#500665fe-10ee-4b01-b651-b873bb2d33e6">56</a></sup>. Leur succès a suscité la surveillance et la répression des autorités israéliennes, qui ont tenté de fermer des expositions de produits traditionnels et artisanaux, ont confisqué du matériel et ont fermé des locaux. De nombreuses membres des comités ont été régulièrement convoquées pour des interrogatoires dans les quartiers généraux militaires locaux, et les dirigeantes ont été soumises à des restrictions de voyage ou assignées à résidence. Il a même été rapporté que des militantes avaient été menacées de perdre leur emploi si elles refusaient de devenir des informatrices. Comme le fait remarquer Rita Giacaman, le fait que le mouvement était vaste et sans forme fixe le rendait difficile à réprimer : « Ce type de mouvement ne dépend pas structurellement de la présence de deux ou même dix personnes. Et on ne peut pas mettre soixante à soixante-dix mille paysannes en prison »<sup data-fn="ab60de1c-c799-450c-9fa3-d0a8001599ad" class="fn"><a id="ab60de1c-c799-450c-9fa3-d0a8001599ad-link" href="#ab60de1c-c799-450c-9fa3-d0a8001599ad">57</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les comités de femmes ont marqué un tournant dans le militantisme féminin en Palestine. Leur principale réalisation a été d&rsquo;élargir la base de classe des activistes pour inclure les villageoises et les travailleuses dans leur organisation et leur direction. L&rsquo;implication des femmes dans la lutte a jeté les bases de leur participation à la première intifada.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les femmes pendant la première intifada: 1987-93</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 1987, un véhicule israélien percute des voitures transportant des travailleur·se·s palestinien·ne·s à Gaza, tuant quatre Palestiniens. Ce fut le déclencheur d&rsquo;un soulèvement de masse contre l&rsquo;occupation israélienne &#8211; la première intifada. Lorsque les manifestations ont éclaté, les femmes ont participé : elles ont manifesté, jeté des pierres sur les soldat·e·s, transporté des pierres, construit des barrages routiers et lutté physiquement contre les soldat·e·s pour empêcher les arrestations<sup data-fn="f8420bc7-b66e-4a9a-add9-d1b340ba4f5e" class="fn"><a id="f8420bc7-b66e-4a9a-add9-d1b340ba4f5e-link" href="#f8420bc7-b66e-4a9a-add9-d1b340ba4f5e">58</a></sup>. Au moins dans les premières phases, les actions étaient spontanées. Avec le recul, la militante Zahira Kamal commente :&nbsp; « Pour la première fois, nous n&rsquo;attendions pas les instructions des dirigeants à l&rsquo;étranger »<sup data-fn="9ba2626e-aa41-4a85-8543-954672d51f04" class="fn"><a id="9ba2626e-aa41-4a85-8543-954672d51f04-link" href="#9ba2626e-aa41-4a85-8543-954672d51f04">59</a></sup>. Les femmes sont sorties de leur maison dans des villages, des camps de réfugié·e·s et des zones pauvres. La confrontation avec les soldat·e·s est devenue un acte collectif, les femmes faisant appel les unes aux autres dans les communautés pendant les raids pour protéger les personnes arrêtées. Les femmes étaient le pilier des manifestations et, en mars 1988, les manifestations organisées par les femmes s’élevaient à 115 par semaine<sup data-fn="8a69dfa2-5da2-4c0d-998e-9f254c46ed12" class="fn"><a id="8a69dfa2-5da2-4c0d-998e-9f254c46ed12-link" href="#8a69dfa2-5da2-4c0d-998e-9f254c46ed12">60</a></sup>. Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont répondu par une répression sévère. Il y a eu des expulsions de masse et des détentions et les femmes ont été soumises à des tirs réels, à l&rsquo;inhalation de gaz lacrymogène et à des coups. Elles ont été arrêtées et emprisonnées alors qu’elles tentaient de protéger d’autres personnes. Seize femmes sont décédées pendant les manifestations<sup data-fn="9646e6ce-a298-4f91-9929-74c6c4703727" class="fn"><a id="9646e6ce-a298-4f91-9929-74c6c4703727-link" href="#9646e6ce-a298-4f91-9929-74c6c4703727">61</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes étaient à l&rsquo;avant-garde des comités populaires qui ont proliféré dans les villes et les villages pour soutenir l&rsquo;intifada. Elles ont organisé des grèves et ont physiquement résisté à des arrestations malgré les couvre-feux et les restrictions de mouvement. Ces comités traitaient de tous les aspects de la vie quotidienne, y compris le stockage et la distribution des aliments, les soins de santé et la mise en place d&rsquo;écoles clandestines. Les services de garderie ont prolongé leurs heures pour soutenir l&rsquo;activisme des femmes en dehors de la maison. Des coopératives agricoles et des projets d&rsquo;autonomie ont été soutenus, ce qui a desserré la dépendance à l&rsquo;égard de l&rsquo;économie israélienne, renforcé la confiance des femmes et leur a donné une certaine indépendance matérielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une activiste, Naima al-Sheikk Ali, explique que bien que le travail social ait été nécessaires pour maintenir l&rsquo;intifada, ce dernier était également une vitrine pour le travail politique et pour la construction de la résistance. De plus, ces activités étaient particulièrement importantes pour l&rsquo;organisation et le renforcement du boycott des produits israéliens<sup data-fn="2450500a-2c76-4ce7-a0e0-3af116c8fa4e" class="fn"><a id="2450500a-2c76-4ce7-a0e0-3af116c8fa4e-link" href="#2450500a-2c76-4ce7-a0e0-3af116c8fa4e">62</a></sup>. Un documentaire, <em>Naila et le soulèvement</em>, montre la position centrale que les femmes ont occupé &#8211; en première ligne de la lutte, en organisant des manifestations et en défendant leurs communautés au niveau local dans les villages et les quartiers. Ce documentaire montre également le coût personnel payé par les femmes à travers l’emprisonnement et la détention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, la participation des femmes à l’activisme a remis en question les idées reçues sur ce qui était socialement acceptable. Penelope Strum explique comment la participation des femmes à l&rsquo;intifada « a secoué les vieilles idées sur les femmes dépendantes dont l&rsquo;honneur serait de se cacher des yeux du public »<sup data-fn="ce19c9b0-34e4-4bdf-a931-144bc32f16f1" class="fn"><a id="ce19c9b0-34e4-4bdf-a931-144bc32f16f1-link" href="#ce19c9b0-34e4-4bdf-a931-144bc32f16f1">63</a></sup>. Des barrières culturelles ont été brisées ou du moins repoussées. Les femmes ont pu être plus mobiles et plus présentes dans les rues ; elles ont pu davantage revendiquer leurs choix par rapport aux partenaires de mariage et la coutume du prix de la fiancée a été abandonnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après une première phase spontanée du soulèvement, la résistance s&rsquo;est institutionnalisée lorsque les comités populaires ont été placés sous l’autorité du Commandement unifié de l’Intifada nouvellement formé dans les territoires occupés. Bien que cette mesure ait bénéficié d’un soutien populaire, la participation active des femmes et leur rôle de premier plan dans les comités de quartier de l&rsquo;Intifada ne se sont pas traduits par un rôle de premier plan des militantes dans la direction du mouvement national. Strum décrit les communiqués du Commandement unifié de l’Intifada comme « profondément traditionnels, patriarcaux et condescendants »<sup data-fn="c0a57387-a8f6-4492-acaf-03a7339f5948" class="fn"><a id="c0a57387-a8f6-4492-acaf-03a7339f5948-link" href="#c0a57387-a8f6-4492-acaf-03a7339f5948">64</a></sup>. « Les hommes sont appelés “frères médecins” et “frères travailleurs”, tandis que les femmes ne sont mentionnées qu&rsquo;en relation avec d&rsquo;autres, avec les enfants ou les personnes âgées, et sont félicitées pour leur fermeté (sumud). » Au cours de la troisième année de l’Intifada, les avancées dans les positions sociales des femmes ne se sont pas traduites par des acquis concrets. Les années suivantes ont vu la résurgence des mariages précoces forcés, et l&rsquo;ancien concept d&rsquo;Isqat (« perte d&rsquo;honneur » ou « honte ») est revenu avec plus de force. En conséquence, davantage de femmes et de filles ont abandonné leur éducation dans les écoles et les universités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La pression sur les femmes a été aggravée par l&rsquo;utilisation accrue d&rsquo;agressions sexuelles ou les menaces d&rsquo;agressions sexuelles par les FDI pour dissuader les jeunes palestiniennes de militer. L’instrumentalisation par les autorités israéliennes du concept d’honneur familial, qui persistait dans la société palestinienne, associée aux pratiques d’abus sexuel, de harcèlement et de chantage ont renforcé la place des notions d’honneur et de pureté. Une étude a révélé que, pendant l&rsquo;Intifada, la peur que les jeunes femmes et les adolescentes étaient les plus susceptibles d&rsquo;exprimer était celle de l&rsquo;Isqat<sup data-fn="f8796dab-23c8-4629-8b6b-1f9f92141c59" class="fn"><a id="f8796dab-23c8-4629-8b6b-1f9f92141c59-link" href="#f8796dab-23c8-4629-8b6b-1f9f92141c59">65</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré ces obstacles, une partie des femmes ont regardé au-delà leur activisme dans la lutte contre l&rsquo;occupation et ont soulevé des questions sur les problèmes sociaux auxquels elles étaient confrontées pendant l&rsquo;intifada. En décembre 1990, la conférence des femmes « L&rsquo;Intifada et certains problèmes sociaux », tenue à Jérusalem, a réuni 500 femmes de différentes organisations et courants politiques. La conférence a soulevé des questions concernant le faible niveau de participation des femmes à la prise de décision, l&rsquo;importance de l&rsquo;éducation, l&rsquo;impact des mariages précoces, les objections à l&rsquo;imposition du voile, les problèmes rencontrés par les femmes prisonnières et la discrimination dans l&rsquo;éducation et le travail<sup data-fn="588caa4a-1d21-41aa-9d69-ce471070b319" class="fn"><a id="588caa4a-1d21-41aa-9d69-ce471070b319-link" href="#588caa4a-1d21-41aa-9d69-ce471070b319">66</a></sup>. Une organisation de gauche de la résistance des femmes, l&rsquo;Union des comités de travailleuses palestiniennes, a soulevé des questions plus radicales relatives à la contraception et a commencé à organiser des conférences sur le mariage précoce, le divorce et la division du travail à la maison<sup data-fn="987108b8-9a4a-4e36-a0d2-1a7b71f493f4" class="fn"><a id="987108b8-9a4a-4e36-a0d2-1a7b71f493f4-link" href="#987108b8-9a4a-4e36-a0d2-1a7b71f493f4">67</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;expérience de l&rsquo;Intifada a ouvert la possibilité d&rsquo;une transformation sociale, mais les acquis que les femmes avaient remportés par l&rsquo;élargissement de leur activité politique et leur transgression des frontières sociales ont été trop facilement renversés. L’institutionnalisation du soulèvement, l’intensification de la répression israélienne et l’influence croissante de campagnes conservatrices ont eu des répercussions négatives sur la participation politique des femmes. Elles ont été célébrées comme « les mères des martyrs », « les créatrices de générations » et les « sacrifiées de la nation » plutôt que d&rsquo;être saluées pour leur militantisme. Faisant écho aux expériences des femmes à la fin d&rsquo;autres moments d&rsquo;apogée de lutte, Yara Hawari souligne que bien que les femmes aient été glorifiées pendant leur incarcération, elles ont souvent fait face à des obstacles sociaux à leur libération, notamment des difficultés pour se marier ou pour trouver un emploi<sup data-fn="c38c01d7-6ad5-48f0-aa19-03694aa44188" class="fn"><a id="c38c01d7-6ad5-48f0-aa19-03694aa44188-link" href="#c38c01d7-6ad5-48f0-aa19-03694aa44188">68</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;oppression israélienne incessante a intensifié la baisse du militantisme des femmes en affaiblissant les comités des femmes et de quartier, entraînant la perte de réseaux de soutien et de capacités de coordination. Avec l&rsquo;augmentation de l&rsquo;insécurité, la famille est devenue la principale source de protection et de stabilité et le rôle domestique traditionnel des femmes a été renforcé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La formation et le développement du Hamas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La formation du Hamas en 1987, au début de la première Intifada, a créé un nouveau contexte pour le leadership des femmes et leur participation à la lutte. Les racines du Hamas se trouvaient dans la branche palestinienne des Frères musulmans qui, jusqu&rsquo;alors, était une organisation de protection sociale et de charité. Cependant, l&rsquo;explosion de l&rsquo;Intifada a provoqué un changement radical dans leurs tactiques. Iels ont commencé à critiquer violemment l&rsquo;OLP et ont rejeté la solution à deux États ainsi que tout compromis avec Israël. Comme de nombreux autres mouvements islamistes contemporains, le Hamas a également mis en avant une vision conservatrice du rôle des femmes dans la société. Cela s&rsquo;est reflété dans une campagne, commencée à Gaza à partir de 1988, pour imposer le port du foulard aux femmes palestiniennes. Cependant, il serait trop grossier de comprendre cela seulement comme antimoderne et anti-femmes. Premièrement, à part son caractère religieux, le hijab a rapidement commencé à prendre une signification nationaliste, comme cela avait été le cas lors de la révolte de 1936-1939. Le Hamas établit des liens directs entre le port du hijab et la résistance à l&rsquo;occupation, l’héritage national et la protection contre les soldat·e·s israélien·ne·s. Toutefois, sa justification repose sur l&rsquo;importance de la « pureté » des femmes, dont la tenue ou le comportement « impudique » déshonorerait les martyrs et aiderait involontairement le projet de l&rsquo;ennemi pour corrompre la nation<sup data-fn="678f88f0-95a4-49b9-b69d-9b4697f219e6" class="fn"><a id="678f88f0-95a4-49b9-b69d-9b4697f219e6-link" href="#678f88f0-95a4-49b9-b69d-9b4697f219e6">69</a></sup>. Deuxièmement, comme le souligne Jad, l&rsquo;islam n&rsquo;est pas un ensemble fixe de décrets ; sa forme spécifique émerge de circonstances sociales et politiques particulières<sup data-fn="258e1929-56c4-4547-9606-0ffc60e0ab09" class="fn"><a id="258e1929-56c4-4547-9606-0ffc60e0ab09-link" href="#258e1929-56c4-4547-9606-0ffc60e0ab09">70</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains islamistes avaient des opinions assez réactionnaires sur le rôle des femmes dans la société. Pourtant, le rôle joué par les femmes dans les principales organisations islamistes, en particulier le Hamas, reflétait des changements sociaux plus larges ainsi que leur volonté de revendiquer pour elles-mêmes des espaces d&rsquo;organisation. Les cas de femmes adoptant des formes modernes de hijab étaient visibles dans toutes les sociétés à majorité musulmane et contenait des élans contradictoires, à la fois d&rsquo;adaptation à une société sexiste et de protestation contre celle-ci<sup data-fn="c32f207f-c53d-45bd-b92c-eddbc5fa8f98" class="fn"><a id="c32f207f-c53d-45bd-b92c-eddbc5fa8f98-link" href="#c32f207f-c53d-45bd-b92c-eddbc5fa8f98">71</a></sup>. Comme le suggère Jad, plutôt que de mettre l&rsquo;accent sur les aspects théoriques de l&rsquo;Islam, il convient de s&rsquo;intéresser à l&rsquo;expérience vécue des femmes et à la manière dont elle influe sur leur vie quotidienne<sup data-fn="b9c5208e-f453-42f4-9953-042794ba77d5" class="fn"><a id="b9c5208e-f453-42f4-9953-042794ba77d5-link" href="#b9c5208e-f453-42f4-9953-042794ba77d5">72</a></sup>. Jad propose un récit passionnant sur la manière dont la nécessité pour le Hamas de recruter des femmes, combinée à leurs propres attentes en matière de participation politique, les a amenées à jouer un rôle important au sein de l&rsquo;organisation<sup data-fn="69acb5fc-d5bc-40ae-8541-171821aa8590" class="fn"><a id="69acb5fc-d5bc-40ae-8541-171821aa8590-link" href="#69acb5fc-d5bc-40ae-8541-171821aa8590">73</a></sup>. Certains de ces débats seront développés plus en détail dans un deuxième article.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La répression brutale et implacable de l&rsquo;État israélien pendant la première intifada a fait des ravages sur les Palestinien·ne·s, qui étaient épuisé·e·s au bout de six ans de guerre. Les dirigeant·e·s du Fatah au sein de l&rsquo;OLP, dont Yasser Arafat est le nom le plus connu, ont voulu contrôler le mouvement populaire qui avait explosé en 1987. Ce dernier a entamé des « pourparlers de paix », connus sous le nom d&rsquo;accords d&rsquo;Oslo (1993), qui ont mis fin au mouvement de masse. Les accords d&rsquo;Oslo, qui ont créé l&rsquo;Autorité palestinienne en 1994, ont eu un impact profond sur le militantisme des femmes. Ils ont été négociés de l&rsquo;extérieur et signés sans aucune consultation avec les femmes qui étaient en première ligne. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un accord entre deux parties très inégales qui fragmentait le territoire palestinien en remodelant les espaces et l&rsquo;économie des Territoires Occupés au profit d&rsquo;Israël. Les suites de la première Intifada ont donc produit un nouveau contexte pour la lutte contre l&rsquo;occupation. L&rsquo;afflux d&rsquo;aide de pays et d&rsquo;organisations pour soutenir l&rsquo;Autorité palestinienne conformément aux intérêts impérialistes a miné les luttes populaires des femmes. Cette aide s&rsquo;inscrit dans un programme néolibéral qui individualise la lutte pour les droits des femmes et fixe des conditions pour l&rsquo;obtention de financements de projets, au détriment de réponses plus militantes et collectives<sup data-fn="140f785a-1b36-4ce3-b2ef-3a3a8cbc1493" class="fn"><a id="140f785a-1b36-4ce3-b2ef-3a3a8cbc1493-link" href="#140f785a-1b36-4ce3-b2ef-3a3a8cbc1493">74</a></sup>. La négociation des accords d&rsquo;Oslo par l&rsquo;OLP a donné raison au Hamas qui lui reprochait sa complicité avec Israël et a consolidé sa position en tant que seule opposition sérieuse à l&rsquo;occupation. Comme nous l&rsquo;avons abordé brièvement, l’ascension de l’islamisme palestinien a eu des conséquences contradictoires et complexes sur la participation des femmes à l&rsquo;activité politique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, les défis qui se sont posés après 1994, à la suite des accords d’Oslo, ne remettent pas en question le fait que les femmes ont été, et continuent d’être impliquées dans la lutte contre l’occupation de la Palestine. Comme le souligne Ted Swedenburg, il y a des parallèles entre la grande révolte dans les années 1930 et la première intifada à la fin des années 1980, lorsque les femmes « ont quitté leurs maisons pour imposer les prix des produits, des boycotts et des grèves : pour organiser des manifestations, faire de la contrebande de produits, confronter les soldat·e·s…»<sup data-fn="dccd86f3-539a-4616-b1a3-e5e71608ec20" class="fn"><a id="dccd86f3-539a-4616-b1a3-e5e71608ec20-link" href="#dccd86f3-539a-4616-b1a3-e5e71608ec20">75</a></sup>. Ces deux soulèvements comportent un important élément de classe. Bien que le rôle des femmes de la classe moyenne dans la résistance domine la littérature, ce sont les paysannes, les villageoises et les femmes des camps qui étaient les cibles principales de la répression et qui ont physiquement confronté les Britanniques et les sionistes. Les femmes de la bourgeoisie et des classes moyennes avaient plus de choix en terme de lieu de vie et d’accès à l&rsquo;éducation, ce qui les protégeait dans une certaine mesure de la severité de la répression.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que certaines femmes aient soulevé des questions concernant leur oppression, même au début du mouvement nationaliste, ces idées ont été principalement absorbées par l&rsquo;agenda nationaliste. Cela a cependant changé à la fin des années 1960, lorsque l&rsquo;explosion du radicalité sous forme de mouvements anti-impérialistes et la croissance du féminisme ont influencé la lutte palestinienne. Cela a donné confiance à certains groupes de femmes de soulever et d&rsquo;exprimer des questions concernant leur propre libération avec plus de force en ce qui concerne le mariage, le comportement, le travail et leur rôle dans le mouvement nationaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du début du 20e siècle à la fin de la première intifada, l&rsquo;activisme politique des femmes leur a permis de déstabiliser les rôles de genre existants et de se créer une place dans la sphère publique. Pourtant, les acquis au point culminant de la lutte étaient fragiles et devaient être constamment défendus. Il y avait des tensions entre la participation des femmes à la lutte et la persistance d’idées conservatrices sur le rôle de ces dernières. Pour autant, les femmes continuent de résister physiquement au quotidien dans la défense de leurs villages contre les incursions et les démolitions et ont fait partie des manifestations de rue à Gaza<sup data-fn="9bad5a8b-ccfc-431f-ae29-27c682e691e0" class="fn"><a id="9bad5a8b-ccfc-431f-ae29-27c682e691e0-link" href="#9bad5a8b-ccfc-431f-ae29-27c682e691e0">76</a></sup>. Dans les villes et les villages de Cisjordanie, les femmes sont descendues dans les rues pour protester contre la violence domestique, et il y a une histoire complexe à raconter sur le rôle continu des femmes au sein du Hamas et dans le mouvement nationaliste islamique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnaître et apprendre de ces moments forts de lutte remet en question l&rsquo;invisibilité ou la marginalisation des femmes dans l&rsquo;histoire de la résistance palestinienne et constituent une source d’inspiration pour les générations présentes et futures.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Références</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Abdo, Nahla, 2014,&nbsp;<em>Captive Revolution: Palestinian Women’s Anti-Colonial Struggle with the Israeli Prison System</em>&nbsp;(Pluto Press).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arenfeldt, Pernille and Nawar Al-Hassab Golley (eds.), 2012,&nbsp;<em>Mapping Arab Women’s Movements: A Century of Transformations from Within</em><em>&nbsp;(The American University in Cairo Press).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bacha, Julie (director), 2017,&nbsp;<em>Naila and the Uprising</em>,<a href="http://www.youtube.com/watch?v=e5NX1K7wc6k">&nbsp;www.youtube.com/watch?v=e5NX1K7wc6k</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cliff, Tony, 2000,&nbsp;<em>A World To Win</em>&nbsp;(Bookmarks).</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Gadzo, Mersiha, and Anas Jnena, 2018, “The Palestinian Women at the Forefront of Gaza’s Protests”, Al Jazeera (20 April),&nbsp;<a href="http://www.aljazeera.com/features/2018/4/20/the-palestinian-women-at-the-forefront-of-gazas-protests">www.aljazeera.com/features/2018/4/20/the-palestinian-women-at-the-forefront-of-gazas-protests</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Giacaman, Rita, and Penny Johnson, 1990, “Palestinian Women: Building Barricades and Breaking Barriers”, in Zachary Lockman and Joel Beinin (eds),&nbsp;<em>Intifada: The Palestinian Uprising Against Israeli Occupation</em>&nbsp;(South End Press).</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Helou, Jehan, 2022,&nbsp;<em>Making Palestine’s History, Women’s Testimonies</em>&nbsp;(Spokesman).</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Karmi, Ghada, 2021, “The Conflict in the Middle East is Sustained by Silencing the Palestinians”,&nbsp;<em>Guardian</em>&nbsp;(10 June).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kawar, Amal, 1996,&nbsp;<em>Daughters of Palestine: Leading Women of the Palestinian National Movement</em>&nbsp;(State University of New York Press).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kayali, Liyana, 2021,&nbsp;<em>Palestinian Women and Popular Resistance: Perceptions, Attitudes and Strategies</em>&nbsp;(Routledge).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Khaled, Leila, 1973,&nbsp;<em>My People Shall Live: the Autobiography of a Revolutionary</em>&nbsp;(Hodder &amp; Stoughton),&nbsp;<a href="https://ia601208.us.archive.org/1/items/MyPeopleShallLive/My%20People%20Shall%20Live%20by%20Leila%20Khaled.pdf">https://ia601208.us.archive.org/1/items/MyPeopleShallLive/My%20People%20Shall%20Live%20by%20Leila%20Khaled.pdf</a></p>



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<p class="wp-block-paragraph">MacLeod, Arlene Elowe, 1992, “Hegemonic Relations and Gender Resistance: The New Veiling as Accommodating Protest in Cairo”,&nbsp;<em>Signs: Journal of Women in Culture and Society</em>, volume 17, number 3.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pappé, Ilan, 2003, “Haj Amin and the Al Buraq Revolt”,&nbsp;<em>Jerusalem Quarterly</em>,&nbsp;<a href="https://isj.org.uk/palestinian-womens-resistance/%3Ca%20href=">http://www.palestine-studies.org/sites/default/files/jq-articles/18_haj_Amin_2_0.pdf</a>“&gt;www.palestine-studies.org/sites/default/files/jq-articles/18_haj_Amin_2_0.pdf<br>Peteet, Julie, M, 1991,&nbsp;<em>Gender in Crisis: Women and the Palestinian Resistance Movement</em>&nbsp;(Columbia University Press).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prugl, Elisabeth, 2016, “Neoliberalism with a Feminist Face: Crafting a New Hegemony at the World Bank”,&nbsp;<em>Feminist Economics</em>, volume 23, issue 1.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Richter-Devroe, Sophie, 2018,&nbsp;<em>Women’s Political Activism in Palestine: Peacebuilding, Resistance and Survival</em>&nbsp;(University of Illinois Press).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Said, Edward W, 1978&nbsp;<em>Orientalism</em>&nbsp;(Penguin Books).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Shalhoub-Kevorkian, Nadera, 1993, “Fear of Sexual Harassment: Palestinian Adolescent Girls in the Intifada”, in Ebba Augustin (ed.),&nbsp;<em>Palestinian Women: Identity and Experience</em>&nbsp;(Zed Books).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Strum, Penelope, 1998, “West Bank Women and the Intifada: Revolution Within Revolution”, in Suha Sabbagh (ed),&nbsp;<em>Palestinian Women of Gaza and the West Bank</em>&nbsp;(Indiana University Press).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Swedenburg, Ted, 2003,&nbsp;<em>Memories of Revolt: The 1936-1939 Rebellion and the Palestinian National Past</em>&nbsp;(University of Arkansas Press).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Traduit par A2C</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="ef3d2f0b-c287-4fdd-8c1b-4da42f9568d0">Merci à Bayan Haddad et Jehan Helou d’avoir accepté d’être interviewées et de commenter ce texte. Nous aimerions aussi remercier Judy Cox, Phil Marfleet, et Manal Shqair pour leurs commentaires. Anne Alexander a été généreuse en soutenant la rédaction de cet article du début à la fin et en commentant les brouillons successifs. <a href="#ef3d2f0b-c287-4fdd-8c1b-4da42f9568d0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="b34f7c33-ae25-4260-8321-b1907db31093">Karmi, 2021. <a href="#b34f7c33-ae25-4260-8321-b1907db31093-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="c885f3d8-69ed-4224-be0e-0c66f4f1e4bc">Fleischmann, 1999. <a href="#c885f3d8-69ed-4224-be0e-0c66f4f1e4bc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="b2e2ef4c-6a14-4098-9fdc-ae32ae9c659d">Cette description provient des écrits d&rsquo;Edward Saïd. Il montre comment les peuples du Moyen-Orient sont considérés comme inférieurs, arriérés et ayant besoin d&rsquo;être sauvés pour justifier la domination occidentale. Voir Abdo, 2014, p. 57, et Saïd, 1978. <a href="#b2e2ef4c-6a14-4098-9fdc-ae32ae9c659d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="1ec5f531-9403-4d8a-b3e2-989620a2a3b6">Nommé d&rsquo;après les fonctionnaires chargés de partager le butin. <a href="#1ec5f531-9403-4d8a-b3e2-989620a2a3b6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="78d07b5f-c429-4953-9926-644679d78abe">Par exemple, les Britanniques avaient promis l&rsquo;indépendance aux Palestinien·ne·s en échange de leur aide pour vaincre les forces ottomanes en Palestine. <a href="#78d07b5f-c429-4953-9926-644679d78abe-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="d16c28a5-747c-470e-9c5f-44fe8406d493">En Égypte, en Iran, au Liban, en Syrie et en Turquie, les femmes ont toutes fondé des journaux, des revues ou des magazines dès la fin du XIXe siècle. Voir Fleishmann, 2003, et Arenfeldt et Al-Hassan Golley, 2012. <a href="#d16c28a5-747c-470e-9c5f-44fe8406d493-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="8b182fcc-7c40-44f7-8c3e-9ffd0cc8c62e">Fahmy, 2001. <a href="#8b182fcc-7c40-44f7-8c3e-9ffd0cc8c62e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="042071b5-04a0-4e80-9403-231ae405db0c">Hoda Shaarawy en a été la première présidente jusqu&rsquo;à sa mort en 1947. Avant de devenir l&rsquo;Union féministe égyptienne, l&rsquo;organisation, qui avait des liens avec le parti Wafd, s&rsquo;appelait le Comité central des femmes wafdistes. <a href="#042071b5-04a0-4e80-9403-231ae405db0c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="b7ff8c6b-360d-4d8c-ad29-fe449158311d">Au début du mandat, les Britanniques ont commencé à faciliter l&rsquo;immigration des Juif·ve·s européen·ne·s en Palestine. Entre 1922 et 1935, la population juive est passée de 9 % à près de 27 % de la population totale. <a href="#b7ff8c6b-360d-4d8c-ad29-fe449158311d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="a5351af9-667b-4b3f-811e-4be6010b077a">Elle a ensuite pris le nom d&rsquo;Union des femmes arabes (UFA). Parmi les familles, on trouve les Husseinis, les Nashashibis, les Abd-al-Hadis, les Budeiris, les Khaldis et les &lsquo;Alamis. La création d&rsquo;une organisation nationale avec des branches locales à Acre, Ramla, Haïfa, Jaff, Naplouse, Nazareth et Gaza a marqué une transformation significative des stratégies d&rsquo;organisation des femmes. Voir Hiltermann, 1991. <a href="#a5351af9-667b-4b3f-811e-4be6010b077a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="f10c3e23-206c-4a8d-8c3b-2b1c323023a8">Pappé, 2003, p15. <a href="#f10c3e23-206c-4a8d-8c3b-2b1c323023a8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="778063f8-98da-4b4b-8194-ebe35748692d">Fleischmann, 2002, pp115-116. <a href="#778063f8-98da-4b4b-8194-ebe35748692d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="cb599e3c-938d-45a1-9a4b-703ae3655acf">Kuttab, 1993. <a href="#cb599e3c-938d-45a1-9a4b-703ae3655acf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="66429ee0-8aae-4f5a-a00c-464b1ffe5224">Trois rebelles ont été pendus en juin 1930. <a href="#66429ee0-8aae-4f5a-a00c-464b1ffe5224-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="cfe2acb0-5ff9-4244-81ee-91640aa134da">L’élément déclencheur de la révolte fut la mort en 1935 de Izz ad-Din al-Qassam, un militant reconnu, qui a été tué lors d&rsquo;un échange de coups de feu avec les Britanniques. <a href="#cfe2acb0-5ff9-4244-81ee-91640aa134da-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="1d3da0c8-fd74-4326-a732-8d550dca859a">Swedenburg, 2003, p20. <a href="#1d3da0c8-fd74-4326-a732-8d550dca859a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li><li id="9829b50b-4989-49b2-86c0-b3a6fa94e22d">Pour une histoire détaillée de cette répression, voir Hughes, 2019. <a href="#9829b50b-4989-49b2-86c0-b3a6fa94e22d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18">↩︎</a></li><li id="24255032-1d3b-47f0-942d-cb3f20d3764b">Swedenburg, 2003, p. 20. La direction générale de la révolte par le Haut Comité arabe a été désastreuse tant au niveau politique qu&rsquo;organisationnel. Les propriétaires terriens nationalistes de droite et les dirigeants urbains traditionnels qui le dominaient ont canalisé les frustrations des paysan·ne·s palestinien·ne·s, des travailleur·se·s et des participant·e·s de la classe moyenne avec une rhétorique antijuive, mais ils ont cherché un compromis avec les autorités britanniques et se sont rendus en octobre 1936. Voir Cliff, 2000, chapitre 1. <a href="#24255032-1d3b-47f0-942d-cb3f20d3764b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19">↩︎</a></li><li id="bbe241aa-52e5-4055-b687-3c3605ad812f">La grève a duré d&rsquo;avril à octobre 1936 et s&rsquo;est terminée grâce à l&rsquo;intervention de dirigeants arabes venus de l&rsquo;extérieur du pays. Voir Swedenburg, 2003. <a href="#bbe241aa-52e5-4055-b687-3c3605ad812f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20">↩︎</a></li><li id="e768dea6-9b89-47fe-bb0d-9cd0cfd1c47c">Fleischmann, 2003, p126. <a href="#e768dea6-9b89-47fe-bb0d-9cd0cfd1c47c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21">↩︎</a></li><li id="e1311dc6-1f94-4c89-8a32-551abd698c89">Fleischmann, 2003. <a href="#e1311dc6-1f94-4c89-8a32-551abd698c89-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 22">↩︎</a></li><li id="c28e9477-c25c-4bd1-9427-5ad700d6f119">Al-Qassam avait reconnu le potentiel militant des jeunes femmes lors de ses activités clandestines dans les années 1930. Il a donné des cours d&rsquo;éducation et de religion à des écolières et a créé une organisation de femmes appelée rifaqat al-qassam (Camarades d&rsquo;al-Qassam). <a href="#c28e9477-c25c-4bd1-9427-5ad700d6f119-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 23">↩︎</a></li><li id="dd04e692-8d72-4232-b829-925a19def636">Sur le sujet, voir Fleischmann, 2003. <a href="#dd04e692-8d72-4232-b829-925a19def636-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 24">↩︎</a></li><li id="96357285-6e6e-4555-b35a-3605f88daba6">Il y eut une seule déléguée d’Iran. <a href="#96357285-6e6e-4555-b35a-3605f88daba6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 25">↩︎</a></li><li id="ce27128b-8b97-45e1-abf6-9fbfc1181f3b">Fleischmann, 2003, p185. <a href="#ce27128b-8b97-45e1-abf6-9fbfc1181f3b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 26">↩︎</a></li><li id="a4b17703-964b-40dd-925e-2c24f022a2fd">Swedenburg, 2003, p177. <a href="#a4b17703-964b-40dd-925e-2c24f022a2fd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 27">↩︎</a></li><li id="b6ce22bb-683d-49e7-8d2f-e543ba9c2f3b">Hughes, 2019 <a href="#b6ce22bb-683d-49e7-8d2f-e543ba9c2f3b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 28">↩︎</a></li><li id="45aab91c-d6ab-4fa2-92d8-b6c73afe32a4">Swedenburg, 2003, p181. <a href="#45aab91c-d6ab-4fa2-92d8-b6c73afe32a4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 29">↩︎</a></li><li id="11a96e1e-614a-48f4-ba44-0209fdc9a39b">Fleischmann, 2003, p133. <a href="#11a96e1e-614a-48f4-ba44-0209fdc9a39b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 30">↩︎</a></li><li id="fb52962f-a803-4662-b8e0-5f5b9c7eb3bb">En 1937-38, l&rsquo;AFA s&rsquo;est scindée en deux organisations, reflétant la fragmentation du mouvement nationaliste palestinien. <a href="#fb52962f-a803-4662-b8e0-5f5b9c7eb3bb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 31">↩︎</a></li><li id="05d3ab2f-64a7-4782-817c-5036ef13126a">Kuttab, 1993. <a href="#05d3ab2f-64a7-4782-817c-5036ef13126a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 32">↩︎</a></li><li id="bd47ca8e-ea90-4fd4-9752-8cd8dfe0c2fc">Pour une analyse détaillée, voir Kilani, traduit par A2C ici : <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/strategies-pour-la-liberation-anciens-et-nouveaux-arguments-de-la-gauche-palestinienne/">https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/strategies-pour-la-liberation-anciens-et-nouveaux-arguments-de-la-gauche-palestinienne/</a> <a href="#bd47ca8e-ea90-4fd4-9752-8cd8dfe0c2fc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 33">↩︎</a></li><li id="f9d36161-ff2f-4baf-beb3-7ca34d2683a1">Il existait des différences idéologiques entre le Fatah, le Front populaire de libération de la Palestine et le Front démocratique populaire de libération de la Palestine sur les questions sociales et les relations avec les États arabes. <a href="#f9d36161-ff2f-4baf-beb3-7ca34d2683a1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 34">↩︎</a></li><li id="aaf846d6-49e6-451b-8efb-11e2896cf7df">Kawar, 1996. Son livre est basé sur 34 entretiens avec des dirigeantes issues de toutes les factions du mouvement de libération. <a href="#aaf846d6-49e6-451b-8efb-11e2896cf7df-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 35">↩︎</a></li><li id="0def2b8b-ddca-4524-92e7-bd85dba4d412">Helou, 2022. <a href="#0def2b8b-ddca-4524-92e7-bd85dba4d412-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 36">↩︎</a></li><li id="cec16169-4488-4add-900d-0b9393d3ba8d">En septembre 1970, quatre avions à destination de New York et un autre à destination de Londres ont été détournés par des membres du Front populaire de libération de la Palestine. Trois des avions ont été contraints d&rsquo;atterrir à Dawson&rsquo;s Field, situé dans un désert isolé près de Zarka, en Jordanie. <a href="#cec16169-4488-4add-900d-0b9393d3ba8d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 37">↩︎</a></li><li id="a18664f2-2c25-42c9-a95e-f2b2eab4e919">Khaled, 1973, p15. <a href="#a18664f2-2c25-42c9-a95e-f2b2eab4e919-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 38">↩︎</a></li><li id="37db8561-48b7-4ff5-93ef-6101a1ad190a">Pour une critique des stratégies de la gauche palestinienne, voir Kilani, 2024. <a href="#37db8561-48b7-4ff5-93ef-6101a1ad190a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 39">↩︎</a></li><li id="fab5f3ac-c32f-4b4b-a88e-83e8cb0f0007">Khaled, 1973, p91. <a href="#fab5f3ac-c32f-4b4b-a88e-83e8cb0f0007-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 40">↩︎</a></li><li id="d85d8fa8-0074-4a07-9f8d-12ccf20584d3">Sur les 800 000 Palestinien·ne·s qui ont été expulsé·e·s de leurs maisons, 100 000, principalement originaires de villages du nord de la Palestine, sont allé·e·s au Liban. <a href="#d85d8fa8-0074-4a07-9f8d-12ccf20584d3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 41">↩︎</a></li><li id="fd35dc05-439d-4343-a687-c2d965e9ce63">Il convient de souligner qu&rsquo;au milieu et à la fin des années 1960, cette approche était une caractéristique des mouvements de gauche en général, y compris en Occident. L&rsquo;explosion du mouvement de libération des femmes a remis en cause la relégation de ces questions. <a href="#fd35dc05-439d-4343-a687-c2d965e9ce63-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 42">↩︎</a></li><li id="7a57f753-f40b-4290-9a18-78a73aabd6f6">Hawari, 2019; Kawar, 1996. <a href="#7a57f753-f40b-4290-9a18-78a73aabd6f6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 43">↩︎</a></li><li id="89b12680-153c-4c0d-9e61-35d4dd08db7a">Khaled, 1973, p46. <a href="#89b12680-153c-4c0d-9e61-35d4dd08db7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 44">↩︎</a></li><li id="1dad761f-da5e-47d2-ade2-205b2d89f997">Peteet, 1991, p95. <a href="#1dad761f-da5e-47d2-ade2-205b2d89f997-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 45">↩︎</a></li><li id="b2e24c1b-c10d-40c1-9daf-db76b15b6ee0">Kawar, 1996. <a href="#b2e24c1b-c10d-40c1-9daf-db76b15b6ee0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 46">↩︎</a></li><li id="d466f3ee-98f6-4210-9595-697e9d3d76ed">Khaled, 1973, p25. <a href="#d466f3ee-98f6-4210-9595-697e9d3d76ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 47">↩︎</a></li><li id="cfa95d4a-07f5-4578-92bf-a7c98d8a7385">Helou, 2022, p6. <a href="#cfa95d4a-07f5-4578-92bf-a7c98d8a7385-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 48">↩︎</a></li><li id="1e1c6906-fe21-4dcf-a0cd-04ea5467da8d">Peteet, 1991, p99. <a href="#1e1c6906-fe21-4dcf-a0cd-04ea5467da8d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 49">↩︎</a></li><li id="c16ff4ed-6f2b-4ca6-9ec4-f968a1c29d64">Peteet, 1991, p97. <a href="#c16ff4ed-6f2b-4ca6-9ec4-f968a1c29d64-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 50">↩︎</a></li><li id="6139a3b6-4f2b-496c-bdde-6cb94e9ef645">Il a été initialement créé par des indépendant·e·s et le Parti communiste jordanien. Le Fatah, le FDLP et le FPLP l&rsquo;ont rejoint l&rsquo;année suivante. <a href="#6139a3b6-4f2b-496c-bdde-6cb94e9ef645-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 51">↩︎</a></li><li id="f97f187b-c4a2-4385-abce-890069117cd3">Jad, 2018; Kayali, 2021; Richter-Devrou, 2018. <a href="#f97f187b-c4a2-4385-abce-890069117cd3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 52">↩︎</a></li><li id="400059ca-83fa-46bc-af60-76fd2a9aa973">Pour une analyse détaillée, voir Jad, 2018, et Kuttab, 1993. <a href="#400059ca-83fa-46bc-af60-76fd2a9aa973-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 53">↩︎</a></li><li id="9a9ef089-6d9a-4fa5-9c78-05f90835fd64">Joost, 1991, p159. <a href="#9a9ef089-6d9a-4fa5-9c78-05f90835fd64-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 54">↩︎</a></li><li id="60ccb507-3b8c-4769-861c-4b7fd0afb4f1">Les quatre factions politiques : le Comité de travail des femmes (Women’s Work Committee &#8211; WWC) soutenait le Front démocratique pour la libération de la Palestine ; les femmes pro-communistes ont fondé les Comités des femmes travailleuses (1981) ; les femmes soutenant le Front populaire pour la libération de la Palestine ont fondé l&rsquo;Union des comités des femmes palestiniennes (1981) ; les femmes pro-Fatah ont fondé le Comité des femmes pour le travail social (1982). Entre-temps, le WWC a changé son nom en Union des comités de travail des femmes (Union of Women&rsquo;s Work Committees). <a href="#60ccb507-3b8c-4769-861c-4b7fd0afb4f1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 55">↩︎</a></li><li id="500665fe-10ee-4b01-b651-b873bb2d33e6">Les trois organisations de gauche étaient l&rsquo;UPWC, le FPWAC et l&rsquo;UPWWC. Elles affirmaient adhérer à une idéologie marxiste-léniniste, bien qu&rsquo;elle soit confinée au niveau de la direction. La plupart des femmes de la base s&rsquo;impliquaient par le biais d&rsquo;activités plutôt que sur la base d’un programme politique. <a href="#500665fe-10ee-4b01-b651-b873bb2d33e6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 56">↩︎</a></li><li id="ab60de1c-c799-450c-9fa3-d0a8001599ad">Rita Giacaman citée dans Hiltermann, 1991, p139. <a href="#ab60de1c-c799-450c-9fa3-d0a8001599ad-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 57">↩︎</a></li><li id="f8420bc7-b66e-4a9a-add9-d1b340ba4f5e">Giacaman et Johnson, 1990. <a href="#f8420bc7-b66e-4a9a-add9-d1b340ba4f5e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 58">↩︎</a></li><li id="9ba2626e-aa41-4a85-8543-954672d51f04">Voir le documentaire <em>Naila et le soulèvement.</em> <a href="#9ba2626e-aa41-4a85-8543-954672d51f04-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 59">↩︎</a></li><li id="8a69dfa2-5da2-4c0d-998e-9f254c46ed12">Swedenburg, 2003. <a href="#8a69dfa2-5da2-4c0d-998e-9f254c46ed12-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 60">↩︎</a></li><li id="9646e6ce-a298-4f91-9929-74c6c4703727">Entre décembre 1987 et décembre 1991, on estime que 99 femmes (11 % du total) ont été tuées et qu&rsquo;en juillet 1991, 3 000 avaient été arrêtées. Voir Kuttab, 1993. <a href="#9646e6ce-a298-4f91-9929-74c6c4703727-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 61">↩︎</a></li><li id="2450500a-2c76-4ce7-a0e0-3af116c8fa4e">Voir le documentaire <em>Naila et le soulèvement.</em> <a href="#2450500a-2c76-4ce7-a0e0-3af116c8fa4e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 62">↩︎</a></li><li id="ce19c9b0-34e4-4bdf-a931-144bc32f16f1">Strum, 1998. <a href="#ce19c9b0-34e4-4bdf-a931-144bc32f16f1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 63">↩︎</a></li><li id="c0a57387-a8f6-4492-acaf-03a7339f5948">Strum, 1998, p201. <a href="#c0a57387-a8f6-4492-acaf-03a7339f5948-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 64">↩︎</a></li><li id="f8796dab-23c8-4629-8b6b-1f9f92141c59">Shalhoub-Kevorkian cité dans Kayali, 2023. <a href="#f8796dab-23c8-4629-8b6b-1f9f92141c59-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 65">↩︎</a></li><li id="588caa4a-1d21-41aa-9d69-ce471070b319">La résolution finale de la conférence « The Intifada and Women&rsquo;s Social Issues » qui s&rsquo;est tenue à Jérusalem le 14 décembre 1990 peut être lue en ligne : <a href="http://www.marxists.org/history/etol/newspape/atc/6969.html">www.marxists.org/history/etol/newspape/atc/6969.html</a>. Texte traduit par News From Within. <a href="#588caa4a-1d21-41aa-9d69-ce471070b319-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 66">↩︎</a></li><li id="987108b8-9a4a-4e36-a0d2-1a7b71f493f4">L&rsquo;organisation des femmes du bloc progressiste, y compris le parti communiste palestinien. Voir Hiltermann, 1991. <a href="#987108b8-9a4a-4e36-a0d2-1a7b71f493f4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 67">↩︎</a></li><li id="c38c01d7-6ad5-48f0-aa19-03694aa44188">Hawari, 2019. <a href="#c38c01d7-6ad5-48f0-aa19-03694aa44188-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 68">↩︎</a></li><li id="678f88f0-95a4-49b9-b69d-9b4697f219e6">Jad, 2018, pp103-104. <a href="#678f88f0-95a4-49b9-b69d-9b4697f219e6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 69">↩︎</a></li><li id="258e1929-56c4-4547-9606-0ffc60e0ab09">Jad, 2018. <a href="#258e1929-56c4-4547-9606-0ffc60e0ab09-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 70">↩︎</a></li><li id="c32f207f-c53d-45bd-b92c-eddbc5fa8f98">MacLeod, 1992. <a href="#c32f207f-c53d-45bd-b92c-eddbc5fa8f98-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 71">↩︎</a></li><li id="b9c5208e-f453-42f4-9953-042794ba77d5">Jad, 2018. <a href="#b9c5208e-f453-42f4-9953-042794ba77d5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 72">↩︎</a></li><li id="69acb5fc-d5bc-40ae-8541-171821aa8590">Jad, 2018. <a href="#69acb5fc-d5bc-40ae-8541-171821aa8590-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 73">↩︎</a></li><li id="140f785a-1b36-4ce3-b2ef-3a3a8cbc1493">Prugl, 2016. <a href="#140f785a-1b36-4ce3-b2ef-3a3a8cbc1493-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 74">↩︎</a></li><li id="dccd86f3-539a-4616-b1a3-e5e71608ec20">Swedenburg, 2003, p194. <a href="#dccd86f3-539a-4616-b1a3-e5e71608ec20-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 75">↩︎</a></li><li id="9bad5a8b-ccfc-431f-ae29-27c682e691e0">Gadzo et Jnena, 2018. <a href="#9bad5a8b-ccfc-431f-ae29-27c682e691e0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 76">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/resistance-des-femmes-palestiniennes-de-la-grande-revolte-a-la-premiere-intifada-1936-1993/">Résistance des femmes palestiniennes : de la Grande révolte à la première Intifada (1936-1993)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Pourquoi la classe ouvrière israélienne n’a pas intérêt à la fin de l’apartheid</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 May 2024 13:18:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[sionisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8332</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les marxistes considèrent que la classe ouvrière, par ses conditions objectives d’existence, est la seule force sociale ayant à la fois l’intérêt et la capacité de mettre fin à ce système d’exploitation et d’oppressions. « Prolétaires <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/" title="Pourquoi la classe ouvrière israélienne n’a pas intérêt à la fin de l’apartheid">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:600">Les marxistes considèrent que la classe ouvrière, par ses conditions objectives d’existence, est la seule force sociale ayant à la fois l’intérêt et la capacité de mettre fin à ce système d’exploitation et d’oppressions. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » conclut Marx dans le Manifeste communiste. « Travailleurs israéliens et palestiniens, unissez-vous ! » reprennent les analyses de la plupart des courants qui se réclament en France de cette tradition<sup data-fn="b2efc550-db5c-4627-a490-525aa868a7cd" class="fn"><a id="b2efc550-db5c-4627-a490-525aa868a7cd-link" href="#b2efc550-db5c-4627-a490-525aa868a7cd">1</a></sup>. Le problème, c’est que pour la classe ouvrière israélienne cela ne marche pas, car les Israélien·nes sont — matériellement — avant tout des colons.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #12 &#8211; MARS 2024</h6>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><strong>L</strong>e point de vue développé ici ne découle donc pas du fait que la classe ouvrière israélienne adhère idéologiquement à un projet colonial raciste. Il ne découle pas non plus d’un constat plus général selon lequel tous les travailleur·euses de puissances dominantes bénéficieraient automatiquement de l’oppression des travailleur·euses des pays dominés, et n’auraient donc pas intérêt à soutenir les luttes de libération<sup data-fn="f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c" class="fn"><a id="f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c-link" href="#f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c">2</a></sup>. Il repose sur une analyse de la classe ouvrière israélienne démontrant que ses conditions matérielles d’existence, son niveau de vie, dépendent en grande partie de son rôle de colon, qui n’a donc pas d’intérêt objectif à défendre l’égalité des droits avec les Palestinien·nes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux références utiles développent ce point de vue. La première est un article de militants israéliens, fondateurs de Matzpen, Moshe Machover et Akiva Orr. Publié en 1969, « The Class character of Israel » constitue une analyse marxiste pionnière de la nature de la classe ouvrière israélienne<sup data-fn="6e598d00-26dd-45fd-b300-cf9a02ecf0aa" class="fn"><a id="6e598d00-26dd-45fd-b300-cf9a02ecf0aa-link" href="#6e598d00-26dd-45fd-b300-cf9a02ecf0aa">3</a></sup>. Ils y fournissent une explication du fait que <em>« L’expérience de 50 ans ne contient pas un seul exemple de travailleurs israéliens mobilisés sur des questions matérielles ou syndicales pour contester le régime israélien lui-même ; (…) Au contraire, les travailleurs israéliens ont presque toujours fait passer leur loyauté nationale avant leur loyauté de classe. »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le second article est celui d’une militante américaine qui a grandi en Israël, Daphna Thier. Dans « What’s the matter with the israeli working class ? » écrit en 2018<sup data-fn="96da6923-21e3-455a-819c-6abe22017eca" class="fn"><a id="96da6923-21e3-455a-819c-6abe22017eca-link" href="#96da6923-21e3-455a-819c-6abe22017eca">4</a></sup> elle actualise l’analyse de Orr et Mashover et analyse l’impact sur l’économie israélienne des évolutions du contexte international. Je reprends ici les éléments clés de leurs analyses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« Le caractère de classe d’Israël »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mashover et Orr fournissent une démonstration convaincante selon laquelle le sionisme atténue le conflit de classe interne à Israël, en raison de la position particulière des travailleur·euses dans un État colonial défendant les intérêts impérialistes occidentaux. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Lorsque Marx a fait la célèbre déclaration selon laquelle « un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre », il ne s’agissait pas seulement d’un jugement moral. Il voulait également dire que dans une société dont les dirigeants oppriment un autre peuple, la classe exploitée qui ne s’oppose pas activement à cette oppression en devient inévitablement complice. Même si cette classe ne tire aucun profit direct de cette oppression, elle devient sensible à l’illusion qu’elle a un intérêt commun avec ses propres dirigeants à perpétuer cette oppression. Une telle classe a tendance à suivre ses dirigeants plutôt qu’à les défier. Ceci est encore plus vrai lorsque l’oppression n’a pas lieu dans un pays lointain, mais « chez nous », et lorsque l’oppression nationale et l’expropriation forment les conditions mêmes de l’émergence et de l’existence de la société oppressive. »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Israël est une colonie de peuplement des terres de Palestine. Or, les paysan·nes arabes y proposent leur travail et leurs produits à un prix très inférieur au niveau de vie des Européen·nes. Le seul moyen de pérenniser une immigration juive européenne dans la région est de lui offrir des conditions de vie supérieures à celles de la population arabe voisine. Cela s’est organisé par le biais de trois mécanismes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier est la mise en en place de la ségrégation économique pour empêcher l’emploi des travailleur·euses arabes par les employeur·euses juif·ves, et empêcher la vente de produits palestiniens.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="5c5b5c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #5c5b5c;" decoding="async" width="1000" height="751" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8335 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-300x225.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-768x577.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr1-80x60.webp 80w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Sans ce boycott, aucun travailleur·euse ou agriculteur·rice européen·ne n’aurait survécu économiquement. C’est la principale confédération syndicale israélienne, la Histadrout, qui organise cette ségrégation. Aucun parti, pas même la « gauche » la plus radicale, ne s’y oppose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le second moyen est de faire bénéficier directement les travailleur·euses israélien·nes de ce que certains auteurs ont comparé à de l’accumulation primitive. Comme l’expliquent Machover et Orr dans leur essai, ce n’est pas la bourgeoisie qui s’est appropriée le capital volé par l’expulsion des Palestinien·nes de leurs terres, mais l’État et la bureaucratie ouvrière. Les biens immobiliers palestiniens ont été distribués à la population juive d’Israël. En 1954, plus de 30 % de la population juive vivait sur des propriétés anciennement arabes, et <em>« seules 10 % des terres détenues par les organismes sionistes dans l’Israël d’avant 1967 avaient été achetées avant 1948 »</em>. Les Israélien·nes vivent sur des terres volées aux Palestinien·nes, beaucoup vivent dans des maisons construites sur les ruines de villages palestiniens et dans les maisons de celleux qui ont été chassé·es lors de la Nakba en 1948. L’Office des réfugié·es des Nations unies a estimé la valeur des biens volés à plus de 5 milliards de dollars en monnaie courante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le Capital étranger a massivement subventionné les dépenses sociales gouvernementales. En 1951, le journal israélien <em>Haaretz</em> utilisera l’expression de « chien de garde » pour caractériser la relation d’Israël avec l’impérialisme. Pour ce rôle, Machover et Orr écrivent qu’Israël <em>« est financé par l’impérialisme sans être économiquement exploité par lui. »</em> Les soutiens impérialistes versent de l’argent à leur chien de garde au Moyen-Orient, et une partie de cette somme est utilisée pour cimenter le soutien de la classe ouvrière israélienne au sionisme. Sans les subventions qu’ils fournissent, les Juif·ves du reste du monde ne seraient pas autant incité·es à émigrer en Israël. Et de nombreux Israélien·nes, habitué·es au niveau de vie européen ou nord-américain, émigreraient en Europe ou en Amérique du Nord pour tenter de le garder. Leurs sources montrent qu’entre 1948 (date de création de l’État d’Israël) et 1968, plus de 5 milliards de fonds sont transférés à Israël, sans contrepartie. Aucun empire colonial n’a jamais rapatrié de tels bénéfices par habitant·e. Ces fonds proviennent au départ essentiellement de dons d’associations juives sionistes, des réparations allemandes et dans une moindre mesure de l’aide économique versée directement par le gouvernement américain. Cette dernière bondit après 1967, lorsqu’Israël a écrasé ­militairement ses voisins arabes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Machover et Orr écrivent : </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« L’ensemble de l’économie israélienne repose sur le rôle politique et militaire particulier que le sionisme et la société des colons jouent dans l’ensemble du Moyen-Orient. Si l’on considère Israël isolément du reste du Moyen-Orient, il n’y a aucune explication au fait que 70 % de l’afflux de capitaux n’est pas destiné à un gain économique et n’est pas soumis à des considérations de rentabilité. Mais le problème est immédiatement résolu si l’on considère Israël comme une composante du Moyen-Orient. Le fait qu’une partie considérable de cet argent provienne de dons collectés par les sionistes auprès des juifs du monde entier ne change rien au fait qu’il s’agit d’une subvention de l’impérialisme. Ce qui importe, c’est plutôt le fait que le Trésor américain soit disposé à considérer ces fonds, collectés aux États-Unis pour être transférés dans un autre pays, comme des « dons de charité » donnant droit à des exonérations de l’impôt sur le revenu. (…)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cela signifie que, bien que des conflits de classe existent dans la société israélienne, ils sont limités par le fait que la société dans son ensemble est subventionnée de l’extérieur (…) »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">« Quel est le problème avec la classe ouvrière israélienne ? »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’article de Daphna Thier, rédigé presque 50 ans plus tard, questionne la robustesse de l’analyse de Mashover et Orr : </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Depuis 1969, beaucoup de choses ont changé. Le niveau de vie des travailleurs israéliens s’est érodé et les salaires réels n’ont cessé de baisser. Aujourd’hui, l’essentiel de l’aide étrangère est le financement militaire. Enfin, l’aide américaine (…) a proportionnellement moins d’influence sur l’économie israélienne qu’en 1969 (…). Ainsi, la base de l’argument — que le niveau de vie élevé de la classe ouvrière israélienne repose sur les subventions impérialistes — est affaiblie. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Daphna Thier, c’est désormais l’économie d’armement qui cimente l’adhésion au projet sioniste :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« L’aide étrangère et les incitations impérialistes ne sont plus directement investies dans la classe ouvrière, mais les travailleurs israéliens sont désormais récompensés par le biais de l’économie de l’armement. C’est pourquoi, malgré le manque de mobilité sociale et la dégradation économique du néolibéralisme, la classe ouvrière reste plus que jamais attachée au sionisme.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La classe ouvrière est devenue dépendante de l’éducation, du logement et des opportunités de carrière que sa participation à Tsahal lui offre. Ils ont trouvé des voies d’avancement dans l’industrie de haute technologie alimentée par l’armée, avec plus de 9 % des travailleurs concentrés dans la haute technologie. Et comme les pensions et les salaires réels se sont érodés, le coût moins élevé de la vie dans les Territoires occupés est devenu essentiel. »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même les sections les plus opprimées de la classe ouvrière israélienne, qui mènent des luttes économiques, réclament non pas une distribution égale des richesses pour tous les habitant·es de la Palestine, mais plutôt une modification du partage issu du pillage des Palestinien·nes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, même si l’économie israélienne est aujourd’hui moins dépendante de l’aide impérialiste, s’en passer conduirait très probablement à une crise interne importante. À chaque crise économique, Israël a fait appel à une aide économique d’urgence auprès des USA. Et les subventions militaires de l’impérialisme aident toujours à ce que les travailleur·euses israélien·nes bénéficient d’un niveau de vie bien supérieur à celui des Palestinien·nes ou des travailleur·euses des pays arabes voisins.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="978175" data-has-transparency="false" decoding="async" width="660" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr2-660x1024.webp" alt="" class="wp-image-8334 not-transparent" style="--dominant-color: #978175; width:281px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr2-660x1024.webp 660w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr2-193x300.webp 193w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr2-768x1192.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr2-1320x2049.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/04/A2C_RevueN12_Israel_Illustr2-scaled.webp 1649w" sizes="(max-width: 660px) 100vw, 660px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Conclusion :</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que les travailleurs et travailleuses israélien·nes profiteront matériellement d’un projet colonial sioniste soutenu par les puissances impérialistes, iels ne pourront constituer des allié·es des Palestinien·nes. Daphna Thier compare cette situation à celle de gardiens de prison, dont les moyens de subsistance dépendent de la prison remplie par des Palestinien·nes. C’est la raison pour laquelle c’est la classe ouvrière des pays arabes du Moyen-Orient qui peut jouer un rôle décisif aux côtés du peuple palestinien. Et que la lutte de celle des puissances impérialistes pour casser le soutien à Israël est si importante : ce ne sera que lorsqu’Israël perdra son rôle d’avant-poste de l’impérialisme que des fractures et des basculements dans la classe ouvrière israélienne deviendront possibles.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Vanina Giudicelli (Paris 20<sup>e</sup>)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="b2efc550-db5c-4627-a490-525aa868a7cd">On peut lire sur le site de Révolution Permanente un article, « Lutte ouvrière, le NPA-C et la lutte pour l’auto-détermination de la Palestine », critiquant les positions de ces courants pour qui <em>« La fraternisation entre les peuples [Israéliens et Palestiniens] est (…) érigée en condition de la légitimité de la lutte du peuple palestinien. »</em> L’auteur y oppose <em>« la fraternisation, non pas comme un fétiche abstrait, condition de la légitimité de la résistance, mais comme un enjeu stratégique concret »</em>. Le problème de ce raisonnement est qu’il repose sur l’idée que l’adhésion de la classe ouvrière israélienne au sionisme est uniquement idéologique. <a href="#b2efc550-db5c-4627-a490-525aa868a7cd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c">Voir par exemple les travaux du marxiste américain Charlie Post, qui démontrent que les avantages matériels que la classe ouvrière américaine retire de la domination des pays dits du Sud Global sont quasiment nuls. <em>Le mythe de l’aristocratie ouvrière</em> (2008) est disponible sur <br><a href="https://labreche.org/">https://labreche.org</a> <a href="#f066f31d-7d54-43ff-8e4e-c92e0d5aa94c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="6e598d00-26dd-45fd-b300-cf9a02ecf0aa">Disponible sur : <a href="https://www.marxists.org/">https://www.marxists.org</a> <a href="#6e598d00-26dd-45fd-b300-cf9a02ecf0aa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="96da6923-21e3-455a-819c-6abe22017eca">Disponible sur : <a href="https://isreview.org/">https://isreview.org</a> <a href="#96da6923-21e3-455a-819c-6abe22017eca-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne n’a pas intérêt à la fin de l’apartheid</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le sionisme : un projet raciste et colonial qui doit être combattu au nom de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/le-sionisme-un-projet-raciste-et-colonial-qui-doit-etre-combattu-au-nom-de-la-lutte-contre-le-racisme-et-lantisemitisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Aude]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Feb 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[sionisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8197</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le génocide en cours à Gaza1 n&#8217;est pas la conséquence des attaques du 7 octobre 2023. Il représente l&#8217;aboutissement d&#8217;une longue histoire coloniale qui caractérise Israël depuis sa création. Les Cahiers d&#8217;A2C #11 &#8211; JANVIER <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/le-sionisme-un-projet-raciste-et-colonial-qui-doit-etre-combattu-au-nom-de-la-lutte-contre-le-racisme-et-lantisemitisme/" title="Le sionisme : un projet raciste et colonial qui doit être combattu au nom de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme !">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/le-sionisme-un-projet-raciste-et-colonial-qui-doit-etre-combattu-au-nom-de-la-lutte-contre-le-racisme-et-lantisemitisme/">Le sionisme : un projet raciste et colonial qui doit être combattu au nom de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:600">Le génocide en cours à Gaza<sup data-fn="902c1c67-06d5-4a4e-8844-ab2db732ff49" class="fn"><a id="902c1c67-06d5-4a4e-8844-ab2db732ff49-link" href="#902c1c67-06d5-4a4e-8844-ab2db732ff49">1</a></sup> n&rsquo;est pas la conséquence des attaques du 7 octobre 2023. Il représente l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une longue histoire coloniale qui caractérise Israël depuis sa création.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #11 &#8211; JANVIER 2024</h6>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><strong>L</strong>e sionisme est l’idéologie réactionnaire responsable de la situation actuelle. La propagande israélienne défend cette politique en semant la confusion et va jusqu’à présenter les Israélien·nes comme victimes d’un pogrom réalisé par des nouveaux nazis<sup data-fn="37d42b97-e7a2-49e2-9f8d-702e5d992eaf" class="fn"><a id="37d42b97-e7a2-49e2-9f8d-702e5d992eaf-link" href="#37d42b97-e7a2-49e2-9f8d-702e5d992eaf">2</a></sup> que seraient les Palestinien·nes. Ce type de récit vise à mobiliser un imaginaire très douloureux pour les juif·ves pour justifier toute sorte de violences envers Gaza. En France, la hausse des actes antisémites observée depuis le 7 octobre a été utilisée pour défendre les crimes d’Israël et criminaliser le soutien à la Palestine. Cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme a atteint son paroxysme avec la marche du 12 novembre 2023 achevant la normalisation de l’extrême droite en France. </p>



<h2 class="wp-block-heading">L’antisémitisme, une histoire européenne </h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’antisémitisme consiste en la haine des juif·ves parce qu’iels sont juif·ves. En Europe, cela a pris plusieurs formes, la plus ancienne est chrétienne lorsque les juif·ves ont été perçu·es comme le peuple déicide. La communauté juive est alors vue comme une communauté à part à laquelle on ne peut pas faire confiance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant le Moyen Âge, l’antisémitisme se manifeste par la suspicion envers les juif·ves, la stigmatisation de leurs commerces, l’interdiction d’accès à certaines professions, des accusations de trahison, diffusion des maladies, sorcellerie et toutes sortes de croyances stigmatisantes. Les juif·ves sont souvent contraint·es de porter des vêtements distinctifs, de vivre dans des ghettos, jusqu’à être la cible de pogroms. Le point culminant de cette logique a été l’inquisition dans les pays ibériques avec la persécution et l’extermination de milliers de personnes, contraignant les juif·ves à se convertir au christianisme ou à partir, notamment dans des pays d’Afrique du Nord.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au 19<sup>e</sup> siècle, avec le développement du colonialisme et de l’État-nation, l’antisémitisme renforce son caractère racial en plus de toute la mystique religieuse. Les juif·ves sont alors vu·es comme une minorité faisant obstacle à la création de nations « ethniquement pures ». Les juif·ves sont victimes de discrimination en Europe de l’Ouest et de pogroms en Europe de l’Est. Cette haine du juif atteint son paroxysme au 20<sup>e</sup> siècle avec la Shoah<sup data-fn="ca1692f1-508e-4d59-a656-bfd345987723" class="fn"><a id="ca1692f1-508e-4d59-a656-bfd345987723-link" href="#ca1692f1-508e-4d59-a656-bfd345987723">3</a></sup>. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Sionisme, une doctrine réactionnaire </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot sionisme vient du mont Sion, le nom d’une colline à Jérusalem où dans le passé biblique se trouvait le temple du roi Salomon. Le sionisme devient un mouvement politique avec le journaliste viennois Theodor Herzl et la publication de son livre <em>Der Judenstaat </em>(L’État juif) en 1896. En s’adressant d’abord à la bourgeoisie, Herzl propose la création d’un État pour les juif·ves en réponse au contexte européen d’antisémitisme endémique. La création d’un foyer juif doit leur assurer la sécurité. Cette idée s’inscrit dans les mouvements nationalistes en vogue à cette époque avec la chute des empires Austro-Hongrois et Ottoman. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Du côté de la classe ouvrière, des organisations d’autodéfense juives ne soutiennent pas l’idée de création d’un État juif, mais l’organisation collective pour lutter contre l’antisémitisme. Le plus connu de ces mouvements a été le Bund, un parti politique juif, socialiste, marxiste et laïque. Ils s’opposent au sionisme qu’ils voient comme un nationalisme brisant la lutte des classes et comme une entreprise nécessairement colonialiste<sup data-fn="9541d0f6-cac1-4303-9f1b-ee1836578c3e" class="fn"><a id="9541d0f6-cac1-4303-9f1b-ee1836578c3e-link" href="#9541d0f6-cac1-4303-9f1b-ee1836578c3e">4</a></sup>. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="3d4b64" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="953" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr1-1100x953.webp" alt="" class="wp-image-8201 not-transparent" style="--dominant-color: #3d4b64; width:417px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr1-1100x953.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr1-300x260.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr1-768x666.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr1-1320x1144.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr1-jpg.webp 1440w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le premier congrès sioniste a lieu à Bâle, en Suisse, en 1897. Le sionisme devient alors un mouvement politique organisé. Plusieurs lieux ont été envisagés pour ce projet comme Madagascar, Chypre, l’Argentine, etc. Finalement, c’est la Palestine qui est choisie. Depuis 638, cette région, qui s’appelait Canaan puis Palestine, est occupée par des musulman·nes et des minorités juive et chrétienne. Les premiers sionistes juifs n’étaient pas du tout religieux. Cependant, ils comprennent que le choix de la Palestine, liée à l’histoire biblique, est un argument pour convaincre les religieux. Ces derniers étaient très réticents à la création d’un État juif car pour elleux, les juif·ves devaient vivre là où iels étaient jusqu’à l’arrivée du messie. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mouvement sioniste commence alors à entretenir des liens avec des antisémites occidentaux, partageant avec elleux la conviction que les juif·ves ne doivent pas rester en Europe. Pour ces derniers, le sionisme a été vu comme un moyen d’assurer la pureté ethno-raciale des nations européennes en se « débarrassant » des juif·ves. Ainsi, Herzl rencontre à deux reprises l’empereur d’Allemagne Guillaume II, antisémite notoire<sup data-fn="81ddf8c9-e04d-48d6-8e2e-d224ddaa9232" class="fn"><a id="81ddf8c9-e04d-48d6-8e2e-d224ddaa9232-link" href="#81ddf8c9-e04d-48d6-8e2e-d224ddaa9232">5</a></sup>. Son intérêt pour le projet sioniste était le départ des juif·ves d’Allemagne. C’est dans la même logique qu’Édouard Drumont, auteur du pamphlet antisémite <em>La France juive</em>, écrira dans <em>La Libre parole </em>en 1897 qu’avec le projet sioniste, <em>« les Juifs font leur bonheur en faisant le nôtre »</em>. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sionisme a aussi été soutenu par une partie du mouvement protestant millénariste. C’est influencé par ce sionisme chrétien que lord Balfour a pu à la fois édicter des lois antisémites en Angleterre en 1905 et promettre en 1917 un foyer national aux juif·ves en Palestine dans la fameuse déclaration Balfour<sup data-fn="3a52d880-a039-4101-9a22-d7a785b2a23d" class="fn"><a id="3a52d880-a039-4101-9a22-d7a785b2a23d-link" href="#3a52d880-a039-4101-9a22-d7a785b2a23d">6</a></sup>. Manifestement, l’Angleterre avait en outre des intérêts impérialistes dans la région<sup data-fn="587f4dee-489a-476d-ac44-e0a9d808e272" class="fn"><a id="587f4dee-489a-476d-ac44-e0a9d808e272-link" href="#587f4dee-489a-476d-ac44-e0a9d808e272">7</a></sup>. La réalité est que le sionisme s’inscrit dans une doctrine raciale, alliée à un discours religieux qui cherche à construire un État où une ethnie domine les autres. Il est fondé sur une idéologie suprémaciste. Il voulait créer un État à majorité juive dans un endroit qui était déjà occupé par une majorité musulmane. Comme les sionistes étaient européen·nes et, en grande partie, membres de la bourgeoisie, iels étaient imprégné·es par les idées colonialistes européennes de l’époque. Par conséquent, il n’y avait pas beaucoup de manières pour résoudre l’équation géographique et démographique à laquelle iels étaient confronté·es. C’est par l’occupation, l’expulsion, l’encerclement et le nettoyage ethnique que le sionisme va se mettre en pratique<sup data-fn="45b69230-0e66-45a8-ad81-33ff9d3f7ea8" class="fn"><a id="45b69230-0e66-45a8-ad81-33ff9d3f7ea8-link" href="#45b69230-0e66-45a8-ad81-33ff9d3f7ea8">8</a></sup>. Le sionisme a toujours été une idéologie raciste et coloniale qu’il soit appliqué par la gauche de Ben Gourion ou par la droite de Jabotinsky à Netanyahou.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sionisme et l’instrumentalisation de l’antisémitisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, le soutien au sionisme permet à différents mouvements d’extrême droite en occident de se réhabiliter après leur discrédit suite à la Shoah. L’extrême droite et le sionisme se rejoignent dans leurs pratiques islamophobes et s’accordent sur le principe que juif·ves et non-juif·ves ne peuvent pas vivre ensemble avec les mêmes droits. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="8692a0" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8202 not-transparent" style="--dominant-color: #8692a0; width:443px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr2-jpg.webp 900w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr2-768x512.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Après sa création, l’État d’Israël entretiendra de très bonnes relations avec l’Afrique du sud de l’apartheid et les dictatures sud-américaines. Ces dernières décennies, le gouvernement d’Israël cherche à renforcer sa position à l’international en nouant des liens avec des mouvements d’extrême droite à l’étranger. Plusieurs mouvements anti­sémites deviennent alors acceptables, à condition qu’ils soient sionistes. Ce rapprochement se fait au nom de la lutte contre l’islamisme et repose sur un deal : l’État d’Israël blanchira les mouvements d’extrême droite de l’accusation d’antisémitisme en échange du soutien inconditionnel à leurs politiques<sup data-fn="3f21ec86-62ca-43b8-9d3a-91384252fb19" class="fn"><a id="3f21ec86-62ca-43b8-9d3a-91384252fb19-link" href="#3f21ec86-62ca-43b8-9d3a-91384252fb19">9</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Europe de l’Est, le gouvernement israélien s’est rapproché de régimes autoritaires et de partis nationalistes. Ces derniers apportent un soutien inconditionnel à Israël tout en réhabilitant les régimes ayant collaborés avec les nazis, au nom de la résistance au communisme<sup data-fn="9aa2ad5c-9ab2-43e2-8fcd-ff2ccbe46b81" class="fn"><a id="9aa2ad5c-9ab2-43e2-8fcd-ff2ccbe46b81-link" href="#9aa2ad5c-9ab2-43e2-8fcd-ff2ccbe46b81">10</a></sup>. C’est dans la même logique que de nombreux leaders d’extrême droite d’Europe de l’Ouest se rendent en Cisjordanie pour apporter leur soutien à la colonisation. En Amérique, le sionisme chrétien, très important parmi les évangélistes, explique les positions jusqu’au boutiste de Bolsonaro ou Trump. </p>



<h2 class="wp-block-heading">L’amalgame entre antisionisme et antisémitisme </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le 16 juillet 2017, lors de la commémoration du 75<sup>e</sup> anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, Emmanuel Macron a déclaré en présence de Benjamin Netanyahou : <em>« Nous ne céderons jamais à l’antisionisme, car c’est la forme réinventée de l’antisémitisme. »</em> Cette déclaration marque une nouvelle étape dans la criminalisation du soutien à la Palestine, qui se manifestait déjà par la répression de la campagne BDS. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet amalgame de l’antisionisme à l’antisémitisme a été l’instrument d’Israël et des classes dirigeantes occidentales pour attaquer les acteurs politiques qui prennent position en faveur de la Palestine. Cette assimilation est à la fois trompeuse et infamante. Le contexte historique permet d’expliquer la différence entre le judaïsme et le sionisme, et donc la différence entre l’antisionisme et l’antisémitisme. Le judaïsme est une culture et une religion et le sionisme une idéologie. L’antisémitisme est un phénomène très ancien, qui repose sur la haine des juif·ves pour ce qu’iels sont. À l’inverse, l’anti­sionisme est un phénomène récent et est d’abord le fait de juif·ves. Il ne s’attaque pas à une religion ou à une ethnie mais à une idéologie nationaliste et colonialiste<sup data-fn="81ed4a1a-63d7-437e-ab4f-46eabd9a669e" class="fn"><a id="81ed4a1a-63d7-437e-ab4f-46eabd9a669e-link" href="#81ed4a1a-63d7-437e-ab4f-46eabd9a669e">11</a></sup>. Ainsi, les Palestinien·nes qui se sont opposé·es à l’expulsion de leur terre ne sont pas des antisémites mais des anticolonialistes. De la même façon, celles et ceux qui les soutiennent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La propagande israélienne trouve dans l’instrumentalisation de l’antisémitisme le meilleur moyen pour disqualifier celleux qui dénoncent les conséquences criminelles de plus en plus visibles du sionisme. Ainsi, il devient impossible de faire le lien entre l’idéologie d’Israël et les conséquences concrètes de cette idéologie. Toute personne qui critique Israël devient alors un antisémite ou un·e juif·ve qui se déteste. Cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme permet de s’attaquer à la fois à la gauche anticolonialiste et aux musulman·nes présenté·es comme les acteurs d’un supposé « nouvel antisémitisme ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le « nouvel antisémitisme » </h2>



<p class="wp-block-paragraph">En France, l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme se base sur le concept de « nouvel antisémitisme » où l’antisémitisme ne reposerait plus sur les acteurs traditionnels de l’extrême droite, mais sur les islamistes et la gauche antisioniste. Ce discours produit une rhétorique raciste où la lutte contre l’antisémitisme n’a alors plus pour but la défense des juif·ves mais la stigmatisation des musulman·nes. Les juif·ves, associé·es à l’Occident via Israël, deviennent un moyen d’expliquer l’incompatibilité des musulman·nes avec la nation et de garantir ainsi sa pureté. Cette soit disant défense des juif·ves contre les autres minorités n’a pas pour effet de protéger les juif·ves mais de renforcer les clichés à leur encontre. Elle renforce notamment le fantasme de la double allégeance en assignant à tous·tes les juif·ves un lien avec Israël, les mettant à part de la communauté nationale<sup data-fn="a922504a-f6a6-4bb4-824c-f77061044644" class="fn"><a id="a922504a-f6a6-4bb4-824c-f77061044644-link" href="#a922504a-f6a6-4bb4-824c-f77061044644">12</a></sup>. Ce concept de « nouvel antisémitisme » a servi de base idéologique à la marche du 12 novembre 2023. En France, le soutien du FN à Israël depuis 2011 a été central dans le processus de dédiabolisation du parti de Marine Le Pen. Cette normalisation du principal parti d’extrême droite français s’est définitivement réalisée avec la marche du 12 novembre 2023. Cette marche a été initiée par les présidents du Sénat et de l’Assemblée, deux soutiens inconditionnels à la politique d’Israël. Dans leur tribune parue dans <em>le Figaro</em>, iels appellent à défiler contre l’antisémitisme et pour les valeurs de la République. Iels évoquent la laïcité, la libération des otages israélien·nes et la lutte contre l’islamisme mais jamais l’extrême droite, le racisme ou la situation à Gaza<sup data-fn="4d8a5f89-477b-427b-8791-ba81ab9cbd0d" class="fn"><a id="4d8a5f89-477b-427b-8791-ba81ab9cbd0d-link" href="#4d8a5f89-477b-427b-8791-ba81ab9cbd0d">13</a></sup>. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat de cette marche, où  Le Pen et Zemmour ont été acclamé·es et la gauche ayant acceptée cette farce a été huée, ne peut pas être le recul de l’anti­sémitisme. Malgré les dénégations de certain·es, il est évident que cette manifestation était une marque de soutien à Israël au moment même où un massacre se déchaine sur Gaza et où en France les manifestations pour la Palestine sont interdites sur prétexte d’antisémitisme. Le seul effet concret de cette manifestation aura donc été d’intégrer le RN à un nouvel « arc républicain », préparant la future alliance entre la bourgeoisie et les mouvements fascistes<sup data-fn="c778c2ef-29e6-4c9b-92e6-6e3dfc4130ae" class="fn"><a id="c778c2ef-29e6-4c9b-92e6-6e3dfc4130ae-link" href="#c778c2ef-29e6-4c9b-92e6-6e3dfc4130ae">14</a></sup>. Cette alliance en gestation manifestera ses effets un mois plus tard avec le vote commun du RN et de Renaissance de la loi asile immigration.<br></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sionisme et confusions à gauche </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme qui rend suspect d’antisémitisme tout soutien à la Palestine n’est pas sans effet à gauche. L’accusation d’antisémitisme sert alors à intimider les militant·es à grand coup d’injonction morale. Apparaît alors ces situations absurdes d’inversion accusatoire où les soutiens au génocide en cours somme leur contradicteur de condamner la résistance palestinienne. Ces campagnes de dénigrement fonctionnent. Elles ont contraint le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn à démissionner au Royaume-Uni. Aujourd’hui, Jean Luc Mélenchon en est la principale cible malgré la position peu radicale de LFI soutenant la solution à deux États.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces attaques diffamatoires sont le fait de la droite et de l’extrême droite, mais aussi des sionistes « de gauche » plus ou moins assumés. Ainsi, face au pire drame subi par les Palestinien·nes depuis la Nakba, tout une partie de la gauche s’est perdue dans des débats sur l’antisémitisme à gauche. Il ne fait pourtant pas débat que l’antisémitisme est un phénomène structurel et peut donc être présent à gauche où il doit être combattu. L’objet de ces débats n’est pas de combattre l’antisémitisme à gauche mais de silencier toute position antisioniste. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sionistes de gauche les plus assumés, inspirés par les Antideutsche allemand, alimentent l’illusion que le mouvement sioniste est un mouvement de libération national. Ainsi, nier le droit à l’autodétermination du peuple juif est antisémite. L’antisionisme devient donc un antisémitisme. D’autres, sans être ouvertement sioniste, qualifient d’antisémites toutes actions du mouvement antisioniste. S’ils condamnent la politique du gouvernement Netanyahou et apportent un soutien abstrait au peuple palestinien, cela ne se concrétise jamais dans les faits. Ainsi, ne pas reconnaître le caractère terroriste des attaques du 7 octobre 2023 est assimilé à de l’antisémitisme. S’iels reconnaissent la Nakba, la reconnaissance et la condamnation de la colonisation ne concerne que la Cisjordanie. L’apartheid israélien n’est pas reconnue et la campagne BDS est considérée comme antisémite. S’iels condamnent les massacres à Gaza, iels ne reconnaissent pas leur caractère génocidaire. Iels refusent de participer aux manifestations pour le cessez-le-feu à cause des slogans perçus comme antisémites. « Palestine libre de la mer au Jourdain » est notamment présenté comme la volonté d’expulser les israélien·nes de Palestine et non d’en finir avec l’apartheid et de créer un État binational. </p>



<p class="wp-block-paragraph">On finit alors par se demander comment leur soutien au peuple Palestinien se traduit dans les faits quand tous les modes d’actions, violents comme pacifistes, même les manifestations en France, ne sont pas considérés comme acceptable. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant le génocide en cours, il faut donc constater que l’ensemble des actions de ces sionistes de « gauche » se sont réduites à s’attaquer aux soutiens de la Palestine. La mairie de Paris allant jusqu’à annuler une conférence pour la paix et contre l’antisémitisme de Judith Butler, militante juive antisioniste<sup data-fn="422f7ff6-4ef7-4f0b-82e5-ba11c9bb5a8a" class="fn"><a id="422f7ff6-4ef7-4f0b-82e5-ba11c9bb5a8a-link" href="#422f7ff6-4ef7-4f0b-82e5-ba11c9bb5a8a">15</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mobilisons-nous !</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’état d&rsquo;Israël étant intrinsèquement colonial, les intérêts économiques et politiques des populations israélienne et palestinienne sont fondamentalement contradictoires dans le contexte actuel. Cette réalité matérielle se traduit par un endoctrinement de la  société israélienne. Les sondages montrent un soutien massif de la population israélienne aux opérations à Gaza et les manifestations contre le gouvernement se réduisent à demander la libération des otages sans aucune mention à un soutien aux palestinien.nes. Il ne faut donc pas attendre qu’au sein d&rsquo;Israël se développe un mouvement de solidarité conséquent envers les palestiniens remettant en cause la suprématie juive de l’Etat d&rsquo;Israël. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis où se trouve la plus grande communauté juive hors Israël, de nombreux mouvements de juif·ves antisionistes nous montrent la voie du soutien au peuple Palestinien. Des organisations comme Jewish Voice for Peace, If not now organisent des manifs, des actions de blocage et des occupations, comme au Capitole pour exiger le cessez-le-feu et l’arrêt du financement états-unien à l’État d’Israël. Leurs mots d’ordre, comme « Pas en mon nom » et « plus jamais ça, c’est plus jamais pour tout le monde », montrent un mouvement très important de désolidarisation de l’entreprise coloniale sioniste. Cette idéologie néfaste instrumentalise la souffrance juive qui a eu lieu pendant des siècles et qui a laissé d’énormes traumas, pour justifier le massacre de tout un peuple. Tout cela au nom d’une supposée sécurité pour les juif·ves qui ne pourra jamais avoir lieu au détriment des Palestinien·nes. En France, des collectifs juifs décoloniaux se forment en suivant le chemin de l’UJFP (Union juive française pour la paix), comme Tsedek ! et Kessem, en ayant comme boussole la justice, la décolonisation et la lutte contre toutes formes de racisme. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="987d61" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="734" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr3-1100x734.webp" alt="" class="wp-image-8203 not-transparent" style="--dominant-color: #987d61; width:811px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr3-1100x734.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr3-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr3-768x513.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr3-1320x881.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Sionisme_Illustr3-jpg.webp 1536w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">En tant que militant·es antiracistes nous nous tenons du côté de tous·tes les opprimé·es. Dans le passé, les juif·ves ont été victimes d’un racisme extrêmement brutal qui a culminé avec la Shoah. Aujourd’hui, reste encore vivant tout un imaginaire antisémite dans la société. Cet imaginaire inspire encore des discours et des actes antisémites, allant jusqu’au meurtre. Nous devons aussi être aux côtés des personnes qui subissent ces violences. Cependant, la lutte contre l’oppression que subissent les Palestinien·nes ne peut pas être confondu avec de l’antisémitisme. L’État d’Israël est un État très puissant, soutenu par la plus grande puissance militaire du monde. Derrière ce soutien inconditionnel, d’énormes intérêts géopolitiques et économiques sont en jeu. Israël essaye à tout prix de se présenter comme victime lorsqu’il mets en place une politique d’apartheid et de nettoyage ethnique envers le peuple palestinien. Nous ne devons pas accepter ce récit, ni nous paralyser devant des accusations d’antisémitisme lorsqu’on lutte contre cette puissance coloniale qui déshumanise et écrase les Palestinien·nes.  Il est impératif de continuer les mobilisations, les campagnes de boycott au niveau individuel, de désinvestissement au niveau institutionnel et de demandes de sanctions au niveau des États. Nous voulons la Palestine libre de la mer au Jourdain et la liberté pour toutes et tous !</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dani et Hugo (Toulouse) </h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="902c1c67-06d5-4a4e-8844-ab2db732ff49"><a href="https://www.courthousenews.com/wp-content/uploads/2023/12/South-Africa-v-Israel.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.courthousenews.com/wp-content/uploads/2023/12/South-Africa-v-Israel.pdf</a> <a href="#902c1c67-06d5-4a4e-8844-ab2db732ff49-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="37d42b97-e7a2-49e2-9f8d-702e5d992eaf"><a href="https://fr.timesofisrael.com/2-millions-de-nazis-en-cisjordanie-dit-le-ministre-dextreme-droite-smotrich/">https://fr.timesofisrael.com/2-millions-de-nazis-en-cisjordanie-dit-le-ministre-dextreme-droite-smotrich/</a> <a href="#37d42b97-e7a2-49e2-9f8d-702e5d992eaf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="ca1692f1-508e-4d59-a656-bfd345987723">Hilberg, Raul. <em>La destruction des juifs d’Europe</em>. Translated by Marie-France de Paloméra, et al., vol. 1, Gallimard, 2006. 3 vols. <a href="#ca1692f1-508e-4d59-a656-bfd345987723-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="9541d0f6-cac1-4303-9f1b-ee1836578c3e">Minczeles, Henri. <em>Histoire générale du Bund : un mouvement révolutionnaire juif. </em>l’Échappée, 2022. <a href="#9541d0f6-cac1-4303-9f1b-ee1836578c3e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="81ddf8c9-e04d-48d6-8e2e-d224ddaa9232"><a href="https://fr.timesofisrael.com/une-nouvelle-biographie-inedite-depeint-un-herzl-determine-et-fragile/">https://fr.timesofisrael.com/une-nouvelle-biographie-inedite-depeint-un-herzl-determine-et-fragile/</a><br> <a href="#81ddf8c9-e04d-48d6-8e2e-d224ddaa9232-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="3a52d880-a039-4101-9a22-d7a785b2a23d"><a href="https://intercoll.net/Les-nombreuses-questions-de-la-Declaration-Balfour">https://intercoll.net/Les-nombreuses-questions-de-la-Declaration-Balfour</a> <a href="#3a52d880-a039-4101-9a22-d7a785b2a23d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="587f4dee-489a-476d-ac44-e0a9d808e272">Khalidi, Rashid. <em>The Hundred Years’ War on Palestine : A History of Settler Colonialism and Resistance</em>, 1917–2017. Picador, 2021. <a href="#587f4dee-489a-476d-ac44-e0a9d808e272-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="45b69230-0e66-45a8-ad81-33ff9d3f7ea8">Pappe, Ilan. <em>The Ethnic Cleansing of Palestine. </em>Oneworld Publications, 2007. <a href="#45b69230-0e66-45a8-ad81-33ff9d3f7ea8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="3f21ec86-62ca-43b8-9d3a-91384252fb19"><a href="https://www.contretemps.eu/sionisme-antisemitisme-fascisme-extreme-droite-israel/">https://www.contretemps.eu/sionisme-antisemitisme-fascisme-extreme-droite-israel/</a> <a href="#3f21ec86-62ca-43b8-9d3a-91384252fb19-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="9aa2ad5c-9ab2-43e2-8fcd-ff2ccbe46b81"><a href="https://orientxxi.info/magazine/les-yeux-doux-de-benyamin-netanyahou-a-l-extreme-droite-europeenne,2651">https://orientxxi.info/magazine/les-yeux-doux-de-benyamin-netanyahou-a-l-extreme-droite-europeenne,2651</a> <a href="#9aa2ad5c-9ab2-43e2-8fcd-ff2ccbe46b81-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="81ed4a1a-63d7-437e-ab4f-46eabd9a669e">Pappe, Ilan. <em>Ten Myths About Israel.</em> Verso Books, 2017. <a href="#81ed4a1a-63d7-437e-ab4f-46eabd9a669e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="a922504a-f6a6-4bb4-824c-f77061044644"><a href="https://ujfp.org/en-reponse-aux-jjr-mise-au-point-sur-notre-antiracisme-politique/">https://ujfp.org/en-reponse-aux-jjr-mise-au-point-sur-notre-antiracisme-politique/</a> <a href="#a922504a-f6a6-4bb4-824c-f77061044644-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="4d8a5f89-477b-427b-8791-ba81ab9cbd0d"><a href="https://www.politis.fr/articles/2023/11/marche-contre-lantisemitisme-qui-a-vraiment-lu-la-tribune-de-larcher-et-braun-pivet/">https://www.politis.fr/articles/2023/11/marche-contre-lantisemitisme-qui-a-vraiment-lu-la-tribune-de-larcher-et-braun-pivet/</a> <a href="#4d8a5f89-477b-427b-8791-ba81ab9cbd0d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="c778c2ef-29e6-4c9b-92e6-6e3dfc4130ae"><a href="https://orientxxi.info/magazine/antisemitisme-l-extreme-droite-blanchie-par-son-soutien-a-israel,6952">https://orientxxi.info/magazine/antisemitisme-l-extreme-droite-blanchie-par-son-soutien-a-israel,6952</a> <a href="#c778c2ef-29e6-4c9b-92e6-6e3dfc4130ae-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="422f7ff6-4ef7-4f0b-82e5-ba11c9bb5a8a"><a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/051223/conference-sur-l-antisemitisme-annulee-par-la-mairie-de-paris-regrettable-voire-une-farce-selon-judith-but">https://www.mediapart.fr/journal/france/051223/conference-sur-l-antisemitisme-annulee-par-la-mairie-de-paris-regrettable-voire-une-farce-selon-judith-but</a> <a href="#422f7ff6-4ef7-4f0b-82e5-ba11c9bb5a8a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/le-sionisme-un-projet-raciste-et-colonial-qui-doit-etre-combattu-au-nom-de-la-lutte-contre-le-racisme-et-lantisemitisme/">Le sionisme : un projet raciste et colonial qui doit être combattu au nom de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>La crise en Israël et la résistance palestinienne</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/interview-la-crise-en-israel-et-la-resistance-palestinienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Dec 2023 16:24:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Hamas]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[internationalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous publions ici la traduction d&#8217;une interview de Toufic Haddad, auteur et journaliste palestinien vivant à Jérusalem, et de l&#8217;universitaire d&#8217;origine israélienne Ilan Pappé, directeur du Centre européen d&#8217;études palestiniennes. Les deux interviews ont été <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/interview-la-crise-en-israel-et-la-resistance-palestinienne/" title="La crise en Israël et la résistance palestinienne">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-white-background-color has-background wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:600">Nous publions ici la traduction d&rsquo;une interview de Toufic Haddad, auteur et journaliste palestinien vivant à Jérusalem, et de l&rsquo;universitaire d&rsquo;origine israélienne Ilan Pappé, directeur du Centre européen d&rsquo;études palestiniennes. Les deux interviews ont été menées et publiées avant le 7 octobre 2023 dans la revue papier et en ligne <a href="https://isj.org.uk/interview-israels-crisis" target="_blank" rel="noreferrer noopener">International Socialism</a>. Il nous apparaissait important de les rendre disponibles en français pour comprendre les dynamiques de résistance palestinienne et de radicalisation du sionisme israélien ainsi que le contexte de fragilité politique du gouvernement Netanyahou préalables à l&rsquo;opération « Déluge d&rsquo;Al-Aqsa ». </p>



<h2 class="wp-block-heading">Les dynamiques mouvantes de la résistance palestinienne</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Toufic Haddad a été interviewé par Anne Alexander, militante révolutionnaire et co-éditrice du magazine <a href="https://menasolidaritynetwork.com/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Middle East Solidarity</a></em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:400"><strong><em>Anne</em></strong><em> : Comment situerais-tu la crise actuelle en Palestine dans le contexte historique de la lutte&nbsp;? A-t-on raison de voir l’origine de la situation actuelle dans une crise du «&nbsp;processus de paix&nbsp;» associé aux accords d’Oslo, qui étaient le résultat de négociations entre l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et le gouvernement Israélien au début des années 1990&nbsp;?&nbsp;&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toufic</strong> : Il est important de tordre le cou à l’idée selon laquelle le processus d’Oslo aurait quelque chose à voir avec la «&nbsp;paix&nbsp;», les droits palestiniens, le droit international, etc. Oslo représentait la mise en œuvre du Plan Allon, qui était principalement une tentative d’incorporer de manière permanente les territoire conquis lors de la guerre israélo-arabe de 1967, à Israël, tout en tolérant une forme limitée d’autonomie et d’autogestion palestinienne, sans possibilité réelle de souveraineté<sup data-fn="f5eeafab-d06f-4fab-b465-064855ff8eab" class="fn"><a href="#f5eeafab-d06f-4fab-b465-064855ff8eab" id="f5eeafab-d06f-4fab-b465-064855ff8eab-link">1</a></sup>. La «&nbsp;solution&nbsp;» de l’autonomie visait à saborder la revendication d’autodétermination du peuple palestinien. Elle était perçue comme nécessaire au maintien du caractère «&nbsp;juif et démocratique&nbsp;» de l’Etat d’Israël car l’occupation sans fin et l’administration directe des territoires conquis en 1967 menaçaient à terme d’incorporer de facto plus de Palestinien.ne.s au régime politique israélien. Cette possibilité mettrait en danger la majorité démographique juive en Israël<sup data-fn="2cc03e50-6285-4006-8969-72dc3a0ca329" class="fn"><a href="#2cc03e50-6285-4006-8969-72dc3a0ca329" id="2cc03e50-6285-4006-8969-72dc3a0ca329-link">2</a></sup>. Ce problème devint très concret au début des années 1980 lorsque les Palestinien.ne.s dans les territoires occupés se sont mis.e.s à organiser les mobilisations de masse qui ont mené au déclenchement de la première Intifada en 1987<sup data-fn="327f1e19-a4e6-48da-9def-2a4263099752" class="fn"><a href="#327f1e19-a4e6-48da-9def-2a4263099752" id="327f1e19-a4e6-48da-9def-2a4263099752-link">3</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le processus d’Oslo était donc une tentative de régler ces dilemmes en mettant en œuvre une variante du Plan Allon qui prit essentiellement la forme d’un Bantoustan<sup data-fn="d6388fa0-c309-4491-80c5-3b887793c86c" class="fn"><a href="#d6388fa0-c309-4491-80c5-3b887793c86c" id="d6388fa0-c309-4491-80c5-3b887793c86c-link">4</a></sup>. Israël avait besoin d’éviter ce que les spécialistes des études en développement appellent la «&nbsp;convergence&nbsp;» économique et politique entre Israël et les palestinien.ne.s. Après la guerre de 1967, la ligne verte (la frontière d’Israël reconnue internationalement, dessinée avant les conquêtes de 1967) a de fait cessé d’exister&nbsp;; il n’y avait plus de frontière entre Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Après 1967, les Palestinien.ne.s vivant à Gaza et en Cisjordanie pouvaient même visiter leurs anciennes terres à l&rsquo;intérieur de l’Etat d’Israël qui a été établi en 1948 par l’expulsion violente de centaines de milliers d’Arabes. Des centaines de milliers de Palestinien.ne.s ont aussi rejoint le marché du travail en Israël, ce qui a augmenté les revenus à Gaza et en Cisjordanie, permettant la construction de certaines institutions. Lorsque la première Intifada se déclencha, elle s’était nourrie de ces contradictions politiques. En fait, la situation qui se développait sous la supervision d’Israël avant Oslo n’était pas tenable sur le long terme. Israël avait désespérément besoin d’une forme de séparation, mais sans que celle-ci ne constitue une base pour un futur Etat palestinien, car Israël voyait toujours les territoires conquis en 1967 (Gaza et la Cisjordanie) comme essentiels au projet sioniste, à la fois stratégiquement et idéologiquement.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’approche d’Israël était donc, pour citer l’économiste israélienne Arie Arnon, «&nbsp;ni un ni deux&nbsp;». Les Israélien.ne.s ne voulaient pas d’une solution à un seul Etat où Israélien.ne.s et Palestinien.ne.s feraient partie d’une entité politique unifiée, et iels ne voulaient pas non plus d’un Etat palestinien indépendant à côté d’Israël&nbsp;; cela généra une vacillation permanente entre ces deux alternatives.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin de compte, le processus d’Oslo a échoué, mais il faut quand même parler de certains de ses succès. Le principal est la confusion qu’il a provoqué dans la perception de la situation politique par la communauté internationale, qui s’est mise à croire à un soi-disant processus de paix et de construction étatique. Quelque chose de réel semblait se développer avec l’argent des contribuables occidentaux, alors qu’en réalité ce n’était qu’une restructuration de l’occupation israélienne. L’objectif était de créer une élite palestinienne cooptée et de placer les Palestinien.ne.s en-dehors de la responsabilité israélienne, même si, en réalité, Israël maintenait son contrôle des territoires supposés «&nbsp;autonomes&nbsp;». L’Autorité Palestinienne devait administrer les services d’éducation et de santé des Palestinien.ne.s tout en leur servant d’interface avec l’Etat et l’armée israéliennes, c’est ainsi que le «&nbsp;problème palestinien&nbsp;», y compris dans sa dimension sécuritaire, devait être géré.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation n’était pas dénuée de contradictions. La création d’une infrastructure double a peut-être séparé formellement les Palestinien.ne.s d’Israël en termes politiques, économiques et civils, créant l’illusion que les Palestinien.ne.s étaient en route vers la formation de leur propre Etat et donc ne relevaient plus de la responsabilité israélienne. Mais cet argument devint de moins en moins convaincant au fur et à mesure que le processus se bloquait. En 2012, le Fonds Monétaire International (FMI) reconnut que l’Autorité Palestinienne avait construit assez d’institutions pour être autonome dans sa capacité de gestion et de gouvernement de la population. Ce qui manquait était la souveraineté. Sans la souveraineté, la création de structures et d’institutions parallèles pour Israélien.ne.s et Palestinien.ne.s ressemblait de plus en plus à un apartheid, conçu pour subjuguer la population palestinienne grâce à différentes méthodes de répression, de contrôle et de surveillance dont certaines sont extrêmement brutales. La bande de Gaza subit un siège draconien et des campagnes Israéliennes intermittentes de «&nbsp;tonte de pelouse&nbsp;», où l’armée sioniste tente d’éliminer les efforts constants et répétés de résistance. Gaza a des moyens très limités d’autosuffisance à cause de la politique israélienne de dé-développement, de la pollution des sources d’eau, des surfaces territoriales limitées et de l’absence d’accès libre au monde extérieur. Cette situation continue indéfiniment, Israël se cachant derrière ses impératifs «&nbsp;sécuritaires&nbsp;» pour maintenir à Gaza une prison à ciel ouvert, surpeuplée et surpolluée, dans laquelle vivent plus de 2 millions de réfugié.e.s Palestinien.ne.s.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on commence à remettre en cause l’image d’elle-même qu’Israël essaie de projeter à l’international, on se rend compte tout de suite que toute la population palestinienne, du fleuve du Jourdain à la mer Méditerranée, existe sous une forme ou une autre de domination et de surveillance israélienne. Il devient alors de plus en plus convaincant de considérer Israël comme un Etat d’Apartheid. En effet, la plupart des organisations internationales des droits humains, y compris certaines organisations israéliennes, ont commencé à argumenter dans ce sens ces cinq dernières années.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceci étant dit, les architectes israéliens et occidentaux du processus d’Oslo sont incapables de régler les problèmes politiques fondamentaux, malgré leurs solutions techniques et “l’éclatement” du peuple palestinien. Les Palestinien.ne.s d’aujourd’hui n’opposent pas moins de résistance à l’occupation et iels n’acceptent pas plus le colonialisme sioniste et l’Etat d’Israël. Iels se sentent trompé.e.s par le processus de paix et par la communauté internationale, et ne voient aucun gain concret émanant des accords d’Oslo ou du droit international. De plus, les trente dernières années ont vu des développements significatifs dans les domaines de l’économie, de la démographie et de l’éducation en faveur de la population palestinienne qui est toujours plus capable de porter ses revendications. Tout ceci constitue un vrai problème pour Israël.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le front économique, Israël continue ses politiques de dé-développement, malgré les prétentions des accords d’Oslo qui devaient favoriser une solution à deux Etats avec la mise en place de ministères et de sources de revenus palestiniens autonomes. Israël empêche activement l’émergence d’industries productives et le développement de liens économiques horizontaux entre différentes localités palestiniennes, ce qui pourrait générer des synergies et des surplus. Israël maintient les territoires palestiniens occupés dans une situation de dépendance, bloqués dans une situation de Bantoustan sud-africain et obligés d’importer les produits d’industries israéliennes non-compétitives, qui utilisent donc les territoires de l’Autorité Palestinienne comme débouché facile. Le système des check-points et des laisser-passer à l’intérieur des territoires occupés est aussi utilisé pour manipuler les élites palestiniennes et les différents acteurs économiques et politiques.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne peut analyser la situation économique en faisant abstraction du contexte de la politique israélienne de fermeture : une infrastructure massive qui contrôle les mouvements en entrée et en sortie des îlots palestiniens isolés, qui constituent un archipel dans les territoires occupés. La dépendance économique palestinienne qui en résulte constitue un problème pour la communauté internationale, mais aussi pour Israël. Quand ils décident de mettre l’économie palestinienne à l’arrêt, ça a des conséquences aussi pour l’économie israélienne dans certains secteurs qui dépendent de la main-d&rsquo;œuvre palestinienne comme l’agriculture et le BTP.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Anne :</strong> Quelles ont été les évolutions de la classe ouvrière palestinienne depuis le début du processus d’Oslo&nbsp;?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toufic :</strong> Les accords d’Oslo ont donné à Israël l’occasion de «&nbsp;sortir Gaza de Tel-Aviv&nbsp;», selon l’expression de l’ancien premier ministre israélien Yitzhak Rabin, et de se sortir de la première Intifada. Néanmoins, le Gaza créé par ce processus est un Gaza sans emplois, où les travailleur.e.s se sont retrouvé.e.s dépendant.e.s du financement extérieur du secteur public palestinien. En effet, aujourd’hui quelque 36% de la main-d&rsquo;œuvre à Gaza est employée dans le secteur public – le double qu’en Cisjordanie. Le secteur public n’existait pas à cette échelle avant Oslo&nbsp;; quelque vingt mille personnes travaillaient pour l’Administration Civile israélienne, qui gérait la Cisjordanie et Gaza avant Oslo. Y travailler était considéré politiquement suspect par les Palestinien.ne.s. Aujourd’hui, il y a environ 150 000 personnes qui travaillent dans le secteur public palestinien géré par l’Autorité palestinienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Anne</em></strong><em> : Quelles sont les racines de la crise politique actuelle provoquée par l’émergence de la droite religieuse en Israël&nbsp;?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toufic :</strong> L’élite israélienne traditionnellement ashkenaze et liée au mouvement sioniste travailliste, qui a amené les accords d’Oslo, a dominé la vie politique, économique et culturelle en Israël depuis la fondation de l’Etat<sup data-fn="1143705e-0317-4426-a406-e35e27dc8a1f" class="fn"><a href="#1143705e-0317-4426-a406-e35e27dc8a1f" id="1143705e-0317-4426-a406-e35e27dc8a1f-link">5</a></sup>. Mais elle s’est créé de nombreux ennemis dans la société israélienne. Cette liste inclus non seulement les Palestinien.ne.s, mais aussi les Juif.ve.s religieux.s.es, que l’élite considère comme arriérés, ainsi que les Sépharades et les Mizrahi qui ne partagent pas la même histoire avec les Juif.ve.s originaires d’Europe de l’Est et centrale. Dans les années 1990, des membres de l’élite ashkénaze ont privatisé leurs kibbutzim pour aller acheter des propriétés à New York et Berlin et investir sur les marchés financiers avec un certain succès. Cependant, les milieux moins favorisés de la société israélienne comme les Mizrahi et les Juif.ve.s orthodoxes augmentaient en nombre. Cette section de la population a plus d’interaction avec les populations palestiniennes puisqu’elles vivent dans des colonies et à la marge de zones palestiniennes car ce sont les endroits les moins chers. Il y a une longue histoire de discrimination contre ces sections de la population juive au nom de la «&nbsp;modernité&nbsp;» et de la création d’un Etat juif homogène. L’élite ashkénaze, qui est généralement laïque et peu observante des pratiques religieuses juives, a fait preuve de racisme envers les pratiques des Juif.ve.s non-européen.ne.s, allant jusqu’à reprendre à son compte des caricatures antisémites des Juif.ve.s orthodoxes.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors même que l’élite ashkenaze du mouvement sioniste travailliste récoltait les fruits de son projet colonial, son poids démographique diminuait. On a vu par la suite l’émergence de tendances sociales et politiques d’inspirations diverses, mais avec des griefs contre l’élite ashkénaze et une vision bien à elle d’Israël en tant qu’Etat juif. Ces forces ont fini par se coaliser autour du Likoud et de son sionisme révisionniste qui favorisait une ligne politique plus orientée vers le suprémacisme juif. Cette ligne n’intégrait pas de programme libéral-démocratique et ne voyait pas le besoin d’une façade libérale pour le projet sioniste.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette coalition de droite est désormais assez grande et forte pour asseoir son influence sur l&rsquo;État, essayant de le réorganiser et de reconfigurer ses institutions et défiant les bastions de la vieille élite comme la cour suprême et les grands médias. Ce processus se développe depuis longtemps mais semble désormais avoir atteint un point de bascule, de sorte que ses réformes pourraient avoir un caractère irréversible. Les conséquences seraient importantes pour la société israélienne mais aussi pour la société palestinienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Anne</em></strong><em> : En quoi consiste cette vision&nbsp;? Parles-tu de compléter la Nakba et de se débarrasser de la population palestinienne&nbsp;?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Toufic : Je pense que ça va dans cette direction. Du point de vue de ces forces politiques, les Israélien.ne.s doivent se considérer maîtres de tout le territoire et assez puissant.e.s pour rejeter toute forme de compromis politique avec le peuple palestinien. Elles ne comprennent pas pourquoi Israël aurait eu besoin du processus d’Oslo. La tradition sioniste travailliste savait être pragmatiste, en particulier dans un contexte politique régional et international complexe. A la différence de ces tendances nouvelles qui sont insensibles au libéralisme et se sentent même opprimées par le libéralisme. Elles revendiquent de contrôler tous les territoires.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur vision est d’étendre la colonisation juive des territoires palestiniens occupés et de traiter les Palestinien.ne.s de l’intérieur de la ligne verte (pendant longtemps appelé.e.s officiellement les «&nbsp;Israélien.ne.s arabes&nbsp;» pour tenter de mettre en valeur leur supposée intégration dans la société israélienne) de la même façon que les Palestinien.ne.s de Gaza et de Cisjordanie. Bezalel Smotrich, avant de devenir ministre des finances en 2022, avait fondé des organisations en Israël pour permettre aux Juif.ve.s d’espionner et de dénoncer des activités de construction «&nbsp;illégales&nbsp;» de logements parmi les Palestinien.ne.s d’Israël<sup data-fn="0b71498a-f844-4672-965e-f749c444b610" class="fn"><a href="#0b71498a-f844-4672-965e-f749c444b610" id="0b71498a-f844-4672-965e-f749c444b610-link">6</a></sup>. Sa vision est celle d’une lutte démographique et territoriale se déroulant sur un seul territoire qui vise également les citoyen.ne.s israélien.ne.s d’origine palestinienne. Il y a aussi une bataille plus spirituelle. Le ministre actuel de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gevir, s’est rendu par deux fois à la mosquée Al-Aqsa pour mettre en scène la souveraineté israélienne sur le lieu, ce qui est une provocation non seulement pour les Palestinien.ne.s, mais aussi pour 1,8 milliards de Musulman.e.s de par le monde. Des centaines de colons et de sionistes fanatiques paradent à Al-Aqsa tous les jours pour essayer de provoquer des incidents qui pourraient justifier la partition de l’enceinte de la mosquée. Des ministres du Likoud ont déjà inscrit la partition de la mosquée à leur agenda.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce monstre est né du processus d’Oslo. L’objectif est de coloniser ce qui reste des territoires palestiniens, brisant ainsi les revendications palestiniennes pour se débarrasser des Palestinien.ne.s en tant que peuple et de la «&nbsp;cause nationale&nbsp;». Ils sont prêts à aller jusqu’à l’expulsion physique. L’incarnation précédente du sionisme était horrible et a mené de nombreuses campagnes de purification ethnique contre les Palestinien.ne.s. Mais le caractère de ces nouvelles forces politiques, qui ont émergé au sein et par celle qui les a précédé, est dominé par le suprémacisme juif. Ces forces travaillent dur pour s’emparer de l’Etat israélien, qui est l’outil de distribution des fruits de la conquête sioniste parmi la population coloniale israélienne. Elles veulent se débarrasser de la façade libérale qui atténuait jusque-là l’horreur de la colonisation de la Palestine, et donnaient une certaine nuance aux structures de gouvernance du projet complexe qu’est Israël. Elles veulent se débarrasser des Palestinien.ne.s, prendre ce qui leur reste de terre et imprimer leur pouvoir sur le monde arabe et le Moyen-Orient.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Anne</em></strong><em> : Est-ce qu’on peut dire que Smotrich, Ben-Gvir et compagnie ne veulent pas de l’Apartheid mais plutôt d’une conquête&nbsp;?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toufic</strong> : L’apartheid était et reste la solution temporaire de gestion du mouvement sioniste qu’Israël était forcé d’ériger en réponse aux dilemmes que j’ai exposés ci-dessus. Cependant, la durabilité de cette solution est discutable au vu des tendances démographiques et politiques de long terme. Ces tendances ne semblent pas favorables au projet sioniste. Personne ne connaît les chiffres exacts, mais il semblerait que les Juif.ve.s constituent déjà une minorité de la population entre la Méditerranée et le Jourdain. De plus, la migration juive vers Israël a ses limites&nbsp;; il y a aujourd’hui peu de Juif.ve.s dans le monde qui sont prêt.e.s à venir vivre en Israël. Tout ça nous mène à nous demander si l’Apartheid n’est pas une solution temporaire avant d’entreprendre une autre tentative de nettoyage ethnique. Entretemps, les sionistes rendent la vie palestinienne infernale pour essayer d’encourager l’émigration et une dissolution de l’identité nationale palestinienne et de la capacité du peuple à s’organiser pour sa libération.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici mettre en valeur la contribution de la «&nbsp;communauté internationale&nbsp;» au processus d’Oslo, qui s’est constamment rangée du côté d’Israël et a dénoncé les Palestinien.ne.s en les présentant comme le problème. Le retour de bâton est que cette focalisation exclusive sur la gestion, la subordination et l’écrasement des Palestinien.ne.s a nourri un nouveau monstre israélien. Je ne veux absolument pas absoudre le sionisme travailliste – après tout, il est à l’origine de tous ces problèmes, et n’a agit qu’en tant qu’extension d’un projet impérialiste occidental au Moyen-Orient. Mais on ne peut pas nier que ce qui a émergé est une version plus virulente encore du sionisme. Ce sionisme contemporain n’essaie pas de cacher son suprémacisme anti-palestinien, et fait même appel au racisme biologique sans hésiter à l’utiliser contre des personnes qui s’identifient comme juif.ve.s.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Anne</em></strong><em> : Quel est ton analyse de l’Intifada de 2021 en tant que modèle de résistance palestinienne unifiée du Jourdain à la mer méditerranée&nbsp;? Elle n’avait clairement pas de direction politique unifiée, mais l’unité était mise en valeur au niveau des slogans et de certaines formes de lutte.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toufic :</strong> La grève générale de Mai 2021 n’a pas vraiment eu l’opportunité de se développer au-delà de sa forme initiale. Elle s’est déclenchée à la fin du soulèvement de Jérusalem, qui a commencé dans le quartier de Sheikh Jarrah et s’est propagé dans la vieille ville, à Al-Aqsa et enfin à Gaza. Comme Jérusalem risquait de mettre le feu aux poudres dans le monde arabe, les Etats-Unis sont intervenus pour mettre un coup d’arrêt aux plans de colonisation à Sheikh Jarrah<sup data-fn="319785f5-89bf-4126-8fe0-6e0823a71ff7" class="fn"><a href="#319785f5-89bf-4126-8fe0-6e0823a71ff7" id="319785f5-89bf-4126-8fe0-6e0823a71ff7-link">7</a></sup>. Les US n’allaient pas risquer leur empire et leur influence dans la région pour que quelques colons radicaux puissent s’implanter dans un quartier de Jérusalem. Cependant, du point de vue palestinien, ces évènements n’ont pas duré assez longtemps pour générer un nouvel élan politique, même si l’expérience a donné un aperçu de ce qui était possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est important de reconnaître que la grève générale s’est déroulé dans un contexte de convergence des conditions d’existence des Palestinien.ne.s sous le joug colonial israélien. Cette convergence concerne même les citoyen.ne.s palestinien.ne.s d’Israël. Par exemple la loi dite Etat-Nation de 2018 énonce clairement que le droit à l’autodétermination ne concerne que les Juif.ve.s en Israël, reléguant ainsi constitutionnellement les Palestinien.ne.s au rang de citoyen.ne.s de second rang, même en tant que citoyen.ne.s israélien.ne.s. Au vu de l’assertion par Israël d’un suprémacisme juif institutionnalisé sous différentes formes, en particulier la forme d’extrême-droite qui a le vent en poupe, il est naturel que les Palestinien.ne.s veuillent reconnecter leur lutte au-delà des frontières qui leur ont été imposées ces 75 dernières années. Ce phénomène commence à se manifester à travers le découpage créé par Israël&nbsp;: Gaza, la Cisjordanie, la Palestine de 1948 et Jérusalem<sup data-fn="149388cc-e008-47b0-b759-cdcdaa1075f3" class="fn"><a href="#149388cc-e008-47b0-b759-cdcdaa1075f3" id="149388cc-e008-47b0-b759-cdcdaa1075f3-link">8</a></sup>. Mais les moyens différents qu’Israël utilise pour gérer chaque section de la population palestinienne et les droits différents dont ces dernières jouissent, déterminent à leur tour les dynamiques de la lutte et compliquent l’émergence de stratégies et de tactiques unifiées.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les tendances générales iront certainement dans le sens de la convergence des intérêts palestiniens, et avant tout l’intérêt de la résistance à la nature agressive du sionisme contemporain car ce dernier n’est pas près de disparaître. Israël est engagé dans des assauts frontaux racistes et colonialistes contre les Palestinien.ne.s. L’éclatement territorial de ces dernièr.e.s a favorisé la fragmentation des forces de résistance. Cela n’empêche pas de manière absolue la possibilité d’une résistance unifiée à travers des grèves et des rébellions généralisées, mais ça demanderait une préparation politique bien plus significative et dépendrait aussi de l’action de nos alliés régionaux et internationaux. De plus, à ce stade, l’arme de la grève n’est pas suffisante car l’organisation des travailleur.eus.e.s arabes a un effet limité sur l’économie israélienne. C’est une des conséquences de la restructuration de l’occupation et du projet colonial israélien après les accords d’Oslo.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, où quelque chose de nouveau est envisageable mais n’est pas encore né, on ne peut ignorer la question des institutions et des organisations politiques existantes. La société palestinienne n’est pas un désert. Nous avons un écosystème riche de résistance civile, politique et militaire. Des transformations ont lieu dans la société palestinienne dans un contexte historique déterminé, avec des dynamiques de résistance qui évoluent. Cela se fait en partie en réponse aux réactions israéliennes aux différentes formes de résistance. La résistance armée est la plus aboutie dans la bande de Gaza, où il existe une infrastructure militaire et économique bien développée. Il y a moins d’organisation armée en Cisjordanie, mais on y trouve des conditions tout aussi explosives qui continuent de susciter de la résistance, y compris par les armes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les accords d’Oslo ont enregistré quelques succès superficiels, dans la restructuration de l’occupation, la gestion du problème palestinien tout en embrouillant l’opinion internationale quant à la nature du projet colonial. Mais ce sont des victoires chimériques pour Israël et l’Occident&nbsp;; elles dépendent d’un charcutage permanent de la carte, d’un usage sans fin de la force et d’une dépendance constante envers le financement international. Oslo n’a généré aucun consensus politique parmi les Palestinien.ne.s ou leurs dirigeant.e.s. En effet, Israël et l’Occident ont obtenu d’Oslo deux directions politiques palestiniennes&nbsp;: l’OLP qui a une certaine légitimité internationale (avec 140 pays qui reconnaissent l’Autorité Palestinienne en tant qu’Etat) et qui continue de revendiquer les droits palestiniens sur la scène mondiale, et la direction du Hamas à Gaza qui investit dans des solutions militaires pour faire avancer la cause de la libération nationale. Evidemment, cette direction divisée cause de nombreux problèmes en plus de l’absence de démocratie. Mais Israël ne veut en vérité d’aucune de ces deux directions ; elle n’a pas vraiment de solution pour les gérer et les contrôler malgré un rapport de force qui lui est extrêmement favorable.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, la dynamique sur le terrain en Cisjordanie et à Jérusalem ressemble fortement à une Intifada au ralenti, avec des attaques quasi-quotidiennes contre des colons ou des soldats depuis un an. Ces actions sont entreprises par des forces sociales non organisées plutôt que par des factions politiques. Par exemple, on a récemment vu un homme de 40 ans utiliser sa voiture contre un barrage de l’armée israélienne tuant un soldat et en blessant cinq autres. Il avait cinq enfants et venait d’un village près de Ramallah. Ça montre le type de personnes qui sont amenées à résister, et Israël n’a pas de parade claire à ce type de résistance. Ils n’ont pas de réponse au «&nbsp;loup solitaire&nbsp;» &#8211; le/la Palestinien.ne privé.e de ses droits qui est constamment généré par la situation politique. Parfois, même des gens avec des permis de travailler en Israël peuvent exécuter de telles attaques. Il y a beaucoup d’armes «&nbsp;illégales&nbsp;» chez les Palestinien.ne.s et il y a certainement assez de colère, de volonté de se battre et de conscience politique. Qu’est-ce qui se passerait si les factions organisées de la résistance s’inséraient plus directement dans ce processus, en fournissant des formations et des armes plus efficaces&nbsp;?&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une dynamique militaire sérieuse a émergé à Gaza. Au vu du temps passé, des efforts et des ressources investis, il ne faudrait pas la sous-estimer. Les mouvements de résistance militaire à Gaza ont connu certaines réussites modestes mais significatives comme l’échange de prisonnièr.e.s qui a permis de libérer 1200 Palestinien.ne.s condamné.es à un total de 25.000 ans de condamnation. C’est un succès majeur qui était impensable avant les accords d’Oslo. Evidemment, les victoires n’ont pas lieu tous les jours et la lutte armée est une forme élitiste de résistance qui n’est pas sans problèmes. Mais elle prive Israël de la totale liberté de manœuvre militaire dont il jouissait. Malgré des ressources extrêmement limitées, Gaza a montré qu’elle était capable de tirer des centaines de roquettes contre Israël, visant notamment des infrastructures-clés comme des aéroports ou des bases militaires. Israël n’a pas réussi à régler ce problème malgré le «&nbsp;dôme de fer&nbsp;», son système de défense anti-roquette.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut donc reconnaître une accumulation significative d’expériences et de dynamiques de la résistance palestinienne sous toutes ses formes. Cet acquis ne va pas disparaître. La résistance semble prête à explorer tous les moyens de mieux comprendre son ennemi pour l’attaquer sur ses points faibles. Malgré sa toute-puissance militaire, Israël est vulnérable. N’oublions pas que les colons israéliens vivent très près des Palestinien.ne.s en Cisjordanie et que l’entreprise coloniale est très coûteuse du point de vue de l’Etat. Une colonie en Cisjordanie n’est pas un endroit attirant pour des personnes qui ont des familles et qui n’ont pas un très haut degré de motivation idéologique.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces dilemmes sont importants à cause des schismes qui traversent la population juive d’Israël. Ces divisions remettent en cause l’organisation économique et politique de l’Etat, remodèlent sa vie institutionnelle et les identités des Israélien.ne.s. On a déjà vu des réservistes de l’armée s’associer ouvertement à l’opposition anti-Netanyahu et menacer de boycotter l’armée s’il faisait passer son «&nbsp;coup judiciaire&nbsp;» contre la cour suprême.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces événements sont significatifs car l’armée est la pierre angulaire d’Israël&nbsp;; un aspect fondamental du soutien occidental au sionisme, à la fois avant la fondation de l’Etat en 1948 et depuis, est d’assurer à Israël une armée forte. L’occident voulait créer un Etat spartiate qui soit capable de mater tous les Etats régionaux. Il a garanti «&nbsp;l’avantage militaire qualitatif&nbsp;» d’Israël contre les autres puissances du Moyen-Orient car il n’a pas d’autre allié fiable et stable dans la région&nbsp;; l’Europe et les USA entretiennent leur influence en maintenant la région dans un état de désorganisation, gouverné par des dictateurs sous les yeux du veilleur de nuit Israélien.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On verra comment la résistance palestinienne évolue et si elle parvient à trouver des moyens d’exacerber directement ou indirectement les fissures sociales et politiques qui traversent la société israélienne. Cela aurait nécessairement des conséquences sur l’armée israélienne elle-même. L’opposition palestinienne va dans cette direction. Même s’il y a le potentiel de créer du lien avec des campagnes régionales ou internationales, la priorité n’est pas là pour le moment. Tenter d’organiser la résistance sous l’occupation est déjà assez compliqué, et d’autres régions du monde passent clairement par des périodes de transition ou de désorganisation, il n’est donc pas évident de savoir quels liens peuvent être créés ni avec qui.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La majorité des formations politiques et des organisations de résistance dans les territoires palestiniens occupés se préoccupent de garder les Palestinien.ne.s ancré.e.s sur leur terre au sein de communautés organisées et politiquement conscientes. Elles veulent lever les ressources nécessaires pour résister aux colons et à l’armée sans pour autant escalader la crise à un niveau où une expulsion de masse deviendrait possible. Je dirais que même l’OLP est investie dans ce projet, même si sa manière de procéder est indirecte et bureaucratique car elle souhaite garder toutes les ficelles en main.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ceci fait que l’unification de la lutte à travers les fractures de la société palestinienne aura probablement lieu sous la table plutôt que de manière ouverte car les différences structurelles de dynamiques qui séparent et fragmentent les Palestinien.ne.s sont toujours aussi omniprésentes. Les opportunités pour une lutte collective contre notre ennemi commun sont rares. Les gens se sentent tout le temps sur la défensive. Israël apparaît comme ayant l’initiative car elle est justement la puissance coloniale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, la crise politique en Israël provoque une usure significative dans la société et fait reculer la perception d’une identité nationale unie. Environ 28% de la population juive israélienne envisage d’émigrer. Côté militaire, la supériorité aérienne israélienne est son avantage principal sur les Palestinien.ne.s et les armées arabes en général. Pourtant, nous avons vu des pilotes de l’armée de l’air parler de refus de servir dans l’armée. Les pilotes viennent principalement des sections ashkénazes privilégiées de la population. Donc certains aspects du conflit politique et ethnique parmi les Juif.ve.s israélien.ne.s sont en train de toucher l’armée y compris dans ses éléments stratégiques.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cette tendance se confirme sur la durée, on pourrait voir une émigration juive significative, l’affaiblissement de secteurs de l’économie israélienne, une réduction des investissements internationaux et la réaffirmation d’Israël comme pariah sur la scène mondiale. Il y a déjà des rumeurs sur une fuite de capitaux du secteur des hautes technologies, même si cela dépend aussi en fin de compte de la dynamique mondiale du capitalisme. Beaucoup dépendra aussi de la manière dont la communauté internationale décidera de traiter Israël. Alors que les relations internationales évoluent vers une nouvelle guerre froide après la crise financière de 2007 et la pandémie Covid, reste à voir comment le conflit israélo-palestinien sera affecté. Il y a à la fois des signes encourageants et décourageants.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut aussi mettre en lumière les dangers qui émergent de cette situation. C’est un spectacle d’horreur. On a au gouvernement des gens racistes, très violents et à tendance fasciste qui sont ivres de pouvoir. Ironie du sort, ils sont restreints par l’héritage historique des accords d’Oslo et par la machine militaire et la classe des officiers qui supervisent les interactions avec les Palestinien.ne.s. Pour l’instant, ces forces sociales établies ainsi que la communauté internationale restent investis dans le statu quo d’Oslo qui est la seule solution à leurs dilemmes. Mais des problèmes émergent de tous les côtés, à la fois dans la société israélienne et la société palestinienne. Des formations politiques israéliennes émergentes pensent qu’il existe des alternatives au paradigme d’Oslo et qu’elles devraient être potentiellement mises en œuvre. Cela inclus une déclaration franche d’apartheid suprémaciste juif, l’annexion totale des territoires palestiniens occupés et le nettoyage ethnique de celleux qui résistent. L’armée n’est pour l&rsquo;instant pas d’accord, et les alliés politiques traditionnels d’Israël aux USA et en Europe ne le sont pas non plus. Netanyahou est le médiateur de ces tensions alors qu’il joue lui-même sa survie politique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La situation est imprévisible et instable, et les acteurs politiques solidaires de la Palestine doivent le comprendre. Mais cette même situation crée aussi de réelles opportunités pour construire de nouvelles formes de conscience politique. Des campagnes peuvent mettre en lumière la situation horrible sur le terrain mais aussi les aspirations et l&rsquo;endurance remarquable de la lutte palestinienne. Les militant.e.s des pays occidentaux doivent poser des questions et remettre en cause le financement de ce statu quo par l’argent de leurs impôts, en particulier l’aide militaire qui sponsorise un projet colonial ouvertement raciste, homophobe, suprémaciste juif qui prône et pratique le nettoyage ethnique.&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading">À la croisée des chemins : la grande crise de l’Israël fantasmé</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ilan Pappé a été interviewé par Donny Gluckstein, historien et auteur de nombreux livres sur l&rsquo;histoire du fascisme et du mouvement ouvrier.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Donny :</strong> Est-ce que le mouvement de protestation actuel parmi la population juive israélienne est comparable avec les mouvements du passé ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ilan </strong>: Par bien des aspects, ce mouvement est sans précédent. Il fait écho à certaines des manifestations qui ont eu lieu en 2011 dans le cadre de ce qui a été appelé la “révolution sociale” qui était une réaction à la vie chère, mais il est sans précédent du fait de sa longévité et de la gravité des enjeux qui sont posés. Il a le potentiel pour se transformer en guerre civile ou en confrontation directe entre deux sociétés juives israéliennes qui diffèrent sur la nature de l’État et son orientation future &#8211; et nous n’en sommes qu’à la première phase de ce conflit. Même à ce stade, rien dans l’histoire israélienne n’est vraiment comparable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Donny : </strong>Quelle est la source de ce mouvement et qu’est-ce qui explique son échelle et sa durée dans le temps ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ilan : </strong>Le mouvement est composé de juif.ves israélien.nes qui étaient satisfaits du type d’Israël qu’iels avaient contribué à construire depuis la création de l’État en 1948. À bien des égards, l’État sioniste est essentiellement un État d’apartheid, tant dans la manière dont il fonctionne en Israël même que dans la manière dont il gouverne la Cisjordanie &#8211; ainsi que, par le passé, la bande de Gaza. Il s’agit de la “démocratie” juive séculaire et suprémaciste, dans laquelle la ville libérale de Tel Aviv coexistait avec la ville traditionnelle et religieuse de Jérusalem. Bien que cette situation de “vivre et laisser vivre” au sein de la société israélienne ne soit pas facile, il n’y avait pas de réel désaccord concernant l’oppression des Palestinien.nes en Israël, en Cisjordanie occupée ou dans la bande de Gaza assiégée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi qu’il en soit, à côté de ce cet Israël &#8211; que j’appelle “l&rsquo;Israël fantasmé”, car son image de soi et son image extérieure se réclament toujours d’une apparence de société démocratique et civilisée &#8211; un autre État juif a émergé. Il s’agit de l’État colon, que j’appelle “l’État Judée”, dont le traitement qu’il a réservé aux Palestinien.nes n’a jamais dérangé l’Israël fantasmé<sup data-fn="2f471c78-c012-4bb1-a553-27400d728c5c" class="fn"><a href="#2f471c78-c012-4bb1-a553-27400d728c5c" id="2f471c78-c012-4bb1-a553-27400d728c5c-link">9</a></sup>. Cependant, lorsque la Judée a empiété sur l’Israël fantasmé, ce dernier a été terrifié à l’idée que l’État se transforme en théocratie. L’État de Judée a sa propre conception des questions de genre, des droits LGBT+, du système judiciaire et de la sphère publique. Ces conceptions ne sont pas si différentes de celles de certains mouvements fondamentalistes islamiques ou de la manière dont des pays comme l’Iran contrôlent l’espace public et les droits humains.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les masses israéliennes qui ont protesté chaque semaine pensent que ce n’est que par des manifestations qu’elles pourront empêcher l’État de Judée de prendre le contrôle sur l’Israël fantasmé. Elles sont soutenues par une partie de l’élite israélienne &#8211; les services de sécurité, la grande industrie, les entreprises de haute technologie et les institutions financières &#8211; qui pensent également que l’État de Judée signifierait pour eux des pertes économiques intolérables. Concernant l’armée, la possibilité d’inculpations pour crimes de guerre se profile si la communauté internationale vient à considérer le système judiciaire israélien comme inadapté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Donny :</strong> Quelles sont les forces et les limites de ce mouvement ? Dans quelle mesure constitue-t-il une menace sérieuse pour Netanyahou ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ilan : </strong>C’est très compliqué de juger de cela car l’assemblée israélienne est actuellement en congés jusqu’au mois de septembre<sup data-fn="2714afb6-546e-4c82-a934-a4c801b2388e" class="fn"><a href="#2714afb6-546e-4c82-a934-a4c801b2388e" id="2714afb6-546e-4c82-a934-a4c801b2388e-link">10</a></sup>. Si Netanyahou renonce à la réforme judiciaire et parvient à un accord sur la question de l’exemption du service militaire pour les juif.ves orthodoxes, le mouvement pourrait considérer qu’il a remporté la partie, et il y aura un peu de calme avant qu’un nouveau conflit inévitable n’éclate. Toutefois, s’il se poursuit, le danger n’est pas uniquement pour Netanyahou. La menace est plutôt celle d’une implosion de l’État de l’intérieur.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans être trop prophétique, je pense que cela arrivera quoi qu’il arrive, tôt ou tard. Le sionisme, du moins jusqu’à présent, a surmonté la question de la “Palestine” par un recours incroyable et sans pitié à la force, et il pourra continuer à le faire aussi longtemps que les mondes arabe et musulman resteront indifférents au sort des Palestinien.nes. Toutefois, le recours à la force ne parviendra pas à résoudre le paradoxe fondamental du sionisme: l’affirmation que le judaïsme constitue une identité nationale, mais pas une identité qui contredit les valeurs de la démocratie et du libéralisme. Cette contradiction interne est insoluble pour n’importe quelle religion, et le judaïsme ne fait pas exception. Il n’existe pas de juste milieu entre théocratie et démocratie (en laissant de côté, pour les besoins de l’argumentation, les Palestien.nes pour un moment). Par conséquent, dans cette bataille, il peut y avoir des périodes de trêve, mais le conflit qui se joue est en fin de compte un jeu à somme nulle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien entendu, il existe un moyen pour sortir de l’impasse, à savoir qu’Israël et la Palestine trouvent leur place à l’intérieur du monde arabe, qui devra construire ses propres modèles politiques à l’avenir. Il ne s’agira pas de modèles démocratiques libéraux occidentaux, mais, espérons-le, de systèmes politiques plus justes sur le plan économique et social, fondés sur des structures étatiques souples, multireligieuses et multiculturelles, avec une relation compliquée mais viable entre la tradition et la modernité, la laïcité et la religion. Toutefois, la revendication d’être une île juive appartenant à l’Occident au milieu du monde arabe ne peut pas permettre de résoudre les problèmes fondamentaux de la société israélienne.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce titre, la gauche israélienne, qui n’existe quasiment plus, a totalement manqué les importantes discussions à l’intérieur de la gauche arabe sur le futur de la région. Ces discussions émergent d’une évaluation autocritique des erreurs commises par la gauche dans le passé, qui ont résulté de son attitude condescendante envers la tradition et la religion. En même temps, elles s’inscrivent dans la recherche d’une fusion future des valeurs universelles socialistes mettant à l’honneur tant les identités et les droits collectifs que le respect du passé et des civilisations historiques. Quoique ces discussions puissent apparaître déconnectées de la situation lamentable dans beaucoup de pays arabes, elles auront une influence sur ce que l’on peut définir comme les prochaines étapes de la révolution dans le monde arabe, que l’on a appelé à tort le “Printemps arabe”. L’absence de ce débat des juif.ves arabes d’Israël, qui votent massivement pour la droite israélienne et Netanyahou, est particulièrement tragique du fait de leur importance démographique et du rôle prépondérant qu’iels occupaient dans le monde arabe avant 1948.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Donny: </strong>Quel est selon toi le résultat probable de ce conflit ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ilan: </strong>Je pense que l’État de Judée en sortira finalement vainqueur, ce qui ouvrira une opportunité historique unique pour les Palestinien.nes. La légitimité internationale dont a bénéficié Israël ne survivrait pas à l’État de Judée. Il est vrai que ce dernier possède ses propres alliés comme Donald Trump aux États-Unis, Viktor Orbán en Hongrie et une grande partie de l’extrême-droite en Europe, ainsi que l’Inde de Narendra Modi, mais cela ne fera que retarder, plutôt qu’empêcher la transformation d’Israël en un État paria.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un petit avertissement, cependant &#8211; il ne s’agit pas d’une prédiction pour demain ou après-demain. Il ne s’agit pas d’un processus linéaire. Il pourrait encore y avoir un retour de bâton contre Netanyahou et en faveur de l’Israël fantasmé lors des prochaines élections. Néanmoins, ce ne sera qu’un changement d’orientation temporaire, et qui de mon point de vue, ne sera pas durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Donny:</strong> Quelle est la portée du mouvement de protestation actuel pour la lutte en faveur des droits des Palestien.nes ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ilan : </strong>Malheureusement, ce mouvement n’a rien à voir avec les droits des Palestinien.nes. En fait, celleux qui manifestent pour sauver l’Israël fantasmé ont demandé aux Palestinien.nes de s’abstenir d’y prendre part et se gardent bien de mentionner “l’occupation”, souhaitant plutôt construire un large consensus parmi les israélien.nes juif.ves.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, le mouvement de protestation ébranle l’État de l’intérieur. On assiste à une “fuite des cerveaux”, à un auto-désinvestissement des institutions financières, et à un refus croissant de servir dans l’armée de la part des réservistes des unités d’élite et de l’armée de l’air. Tout cela met en évidence le manque total de cohésion sociale. À un moment donné, cela ouvrira une opportunité historique pour les Palestinien.nes &#8211; si, d’ici là, iels disposent d’un véritable mouvement national, uni, bien représenté et doté d’une vision claire de l’avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Donny :</strong> Quels conseils donnerais-tu aux soutiens de la Palestine ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ilan: </strong>L’enjeu le plus important est de réfuter la représentation erronée de ce mouvement de protestation comme un signe démontrant à quel point Israël serait toujours une démocratie. Nous devons mettre en évidence la persistence du consensus israélien sur l’oppression des Palestinien.nes. C’est un antidote important à la désinformation des médias occidentaux qui couvrent les événements en Israël. Mis à part cela, en tant que mouvement de solidarité, nous ne pouvons pas dire aux Palestinien.nes quoi faire, mais nous pouvons tout de même encourager une vision claire de la Palestine &#8211; une vision plus unie qui nous orienterait toutes et tous vers la libération.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Traduit par A2C</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="f5eeafab-d06f-4fab-b465-064855ff8eab">Le ministre israélien du travail, Yigal Allon, a présenté un plan au conseil des ministres israélien immédiatement après la guerre de 1967 et la prise de contrôle de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan. Il y proposait la colonisation et l&rsquo;annexion de vastes sections des terres palestiniennes occupées. (Cette note et les suivantes ont été ajoutées par la rédaction).<br> <a href="#f5eeafab-d06f-4fab-b465-064855ff8eab-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="2cc03e50-6285-4006-8969-72dc3a0ca329">En 1967, la conquête des territoires occupés a laissé des millions de Palestinien.ne.s sous l&rsquo;autorité directe d&rsquo;Israël. Cela a créé un dilemme pour la classe dirigeante israélienne (à l&rsquo;époque composée en grande partie de juifs ashkénazes). Les dirigeant.e.s israélien.ne.s affirmaient qu&rsquo;Israël était une « démocratie », alors que l&rsquo;État avait été créé par l&rsquo;expulsion massive de centaines de milliers de Palestinien.nes en 1948. L&rsquo;intégration en Israël des Palestinien.ne.s des territoires occupés en tant que citoyen.ne.s aboutirait, à terme, selon eux, à une majorité palestinienne et à l&rsquo;effacement du “caractère juif » de l&rsquo;État israélien.<br> <a href="#2cc03e50-6285-4006-8969-72dc3a0ca329-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="327f1e19-a4e6-48da-9def-2a4263099752">La première Intifada était un soulèvement populaire contre l&rsquo;occupation israélienne. Elle a débuté à Gaza en décembre 1987 et s&rsquo;est étendue à l&rsquo;ensemble du territoire palestinien occupé.<br> <a href="#327f1e19-a4e6-48da-9def-2a4263099752-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="d6388fa0-c309-4491-80c5-3b887793c86c">Les « Bantoustans » étaient des régions de l&rsquo;Afrique du Sud à l&rsquo;époque de l&rsquo;apartheid, censées constituer des foyers autonomes pour les Noir.e.s.<br> <a href="#d6388fa0-c309-4491-80c5-3b887793c86c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="1143705e-0317-4426-a406-e35e27dc8a1f">Les Juif.ve.s ashkénazes sont des descendant.e.s des populations juives d&rsquo;Europe centrale et orientale. Les Juif.ve.s mizrahi descendent des communautés juives du Moyen-Orient. Les Juif.ve.s séfarades sont les descendants des Juif.ve.s expulsé.e.s par la Couronne espagnole après la conquête des États musulmans de la péninsule ibérique au XVe siècle.<br> <a href="#1143705e-0317-4426-a406-e35e27dc8a1f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="0b71498a-f844-4672-965e-f749c444b610">La biographie officielle de Smotrich vante son rôle de cofondateur de Regavim, un mouvement pro-colons qui intente des procès contre des constructions prétendument « illégales » de Palestinien.ne.s en Israël et en Cisjordanie. Son objectif est la dépossession des Palestinien.ne.s. Parmi les cibles récentes de Regavim figure l&rsquo;école primaire de Jubbet ad-Dib en Cisjordanie, qui a été démolie par les autorités israéliennes en mai 2023 (voir <a href="https://menasolidaritynetwork.com/2023/05/31/right-wing-israeli-settler-movement-pushed-for-demolition-of-palestinian-primary-school" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://menasolidaritynetwork.com/2023/05/31/right-wing-israeli-settler-movement-pushed-for-demolition-of-palestinian-primary-school</a>).<br> <a href="#0b71498a-f844-4672-965e-f749c444b610-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="319785f5-89bf-4126-8fe0-6e0823a71ff7">Sheikh Jarrah est un quartier palestinien de Jérusalem où les familles palestiniennes sont victimes de harcèlement et de tentatives d&rsquo;expulsion de la part des colons israéliens depuis des décennies. En 2021, les mobilisations des Palestinien.ne.s contre la tentative d&rsquo;expulsion de huit familles palestiniennes ont déclenché une grève générale et des mobilisations de masse dans toute la Palestine historique. Pour un compte rendu, voir l&rsquo;article en anglais d&rsquo;Anne Alexander  à l&rsquo;adresse suivante : <a href="https://isj.org.uk/ending-apartheid" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://isj.org.uk/ending-apartheid</a>.<br> <a href="#319785f5-89bf-4126-8fe0-6e0823a71ff7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="149388cc-e008-47b0-b759-cdcdaa1075f3">Le terme « Palestine de 48 » fait référence à la partie de la Palestine historique qui se trouve aujourd&rsquo;hui à l&rsquo;intérieur des frontières officielles de l&rsquo;État d&rsquo;Israël.<br> <a href="#149388cc-e008-47b0-b759-cdcdaa1075f3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="2f471c78-c012-4bb1-a553-27400d728c5c">La “Judée-Samarie” est le terme biblique qu’Israël utilise pour désigner la Cisjordanie. Ben-Gvir a récemment déclaré, “Mon droit, et le droit de ma femme et de mes enfants, de circuler en Judée et Samarie, est plus important que la liberté de circulation des Arabes”.<br> <a href="#2f471c78-c012-4bb1-a553-27400d728c5c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="2714afb6-546e-4c82-a934-a4c801b2388e">Cette interview a été réalisée à la fin du mois d’août.<br> <a href="#2714afb6-546e-4c82-a934-a4c801b2388e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/interview-la-crise-en-israel-et-la-resistance-palestinienne/">La crise en Israël et la résistance palestinienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Nov 2023 23:06:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Hamas]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Nakba]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[sionisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’attaque du 7&#160;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&#160; <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/" title="Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:600">L’attaque du 7&nbsp;octobre et la réaction génocidaire de l’État colonial d’Israël ne peuvent se comprendre que dans l’histoire longue de la colonisation de la Palestine par des sionistes soutenus par les impérialismes européens et étatsunien.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Le courant sioniste</h2>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><strong>D</strong>eux grands courants politiques juifs émergent en réaction à l’antisémitisme en Europe et dans l’empire russe à la fin du 19<sup>e</sup> siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier est un courant socialiste implanté dans la classe ouvrière juive et qui prend part à toutes les grandes luttes des exploité·es en Europe. Ce courant, symbolisé par le Bund, préconise et pratique la lutte frontale contre l’antisémitisme et l’unité des exploité·es sur une base de classe pour la transformation révolutionnaire de la société<sup data-fn="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" class="fn"><a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d" id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link">1</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le second courant est le sionisme, dont la figure de proue est Theodor Herzl. Pour les sionistes, il est impossible de combattre l’antisémitisme ; la seule solution est le séparatisme, la fondation d’un État juif. Mais c’est impossible sans le soutien d’un pays impérialiste. Ayant un temps cherché à obtenir le parrainage de dirigeants de l’empire russe (eux-mêmes directement responsables de pogromes antisémites)<sup data-fn="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" class="fn"><a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b" id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link">2</a></sup>, les sionistes se tournent vers la Grande-Bretagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la première guerre mondiale et la chute de l’empire ottoman, c’est l’empire britannique qui contrôle la Palestine et d’autres territoires arabes comme l’Iraq et l’Egypte. Il voit d’un bon œil l’implantation d’une population colonisatrice (et armée) en Palestine<sup data-fn="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" class="fn"><a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde" id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link">3</a></sup>. Elle pourra servir d’avant-poste de l’impérialisme dans une zone dont l’emplacement géographique et les ressources naturelles lui confèrent une importance centrale. Mais la migration juive vers la Palestine se fait au compte-gouttes jusqu’au début des années 1930. Ensuite, la montée de l’antisémitisme en Europe accélèrera la migration vers la Palestine et liquidera au passage la tradition révolutionnaire juive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Séparatisme et Nakba en Palestine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La vie sioniste en Palestine s’organise autour du principe de la discrimination systémique. Les « syndicats de travailleurs hébreux » (Histadrut) organisent des piquets pour empêcher les Arabes de travailler dans les entreprises juives, et empêcher les produits arabes d’être vendus sur les marchés juifs<sup data-fn="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" class="fn"><a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802" id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link">4</a></sup>. La lutte raciste prend donc le pas sur la lutte de classe pour les syndicats sionistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une révolte palestinienne anticoloniale éclate en 1936 contre les autorités britanniques et les expulsions de la paysannerie palestinienne par les sionistes. Le mouvement s’implante dans les milieux ruraux comme urbains et la lutte prend plusieurs formes, des manifestations de masse aux actions armées en passant par les grèves. Les élites palestiniennes traditionnelles rejoignent d’abord le mouvement mais, effrayées par sa radicalité, finissent par se ranger du côté des Britanniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour contrer la révolte, les Britanniques, en plus des méthodes « classiques » et brutales de répression coloniale, financent et organisent les milices sionistes (Haganah). Elles participent à la répression et à la protection des intérêts impérialistes britanniques<sup data-fn="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" class="fn"><a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed" id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link">5</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les deux géniteurs de l’Etat d’Israël :</strong> <strong>le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental </strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à une armée coloniale et des milices sionistes mieux armées et organisées, la révolte est écrasée en 1939. La défaite ouvre la voie à la création de l’Etat d’Israël neuf ans plus tard. Les milices sionistes, désormais organisées en véritable armée, massacrent des milliers de Palestinien.ne.s et en expulsent un peu moins d’un million, un nettoyage ethnique que les Palestinien.ne.s appelleront la « Nakba », mot arabe signifiant catastrophe. Moshe Dayan, militaire et dirigeant israélien déclarait en 1969 : « Des villages juifs ont été construits à la place des villages arabes […] Il n’existe pas un seul endroit construit dans ce pays (NdT : Israël) qui n’eut pas précedemment été peuplé par des Arabes »<sup data-fn="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" class="fn"><a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915" id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link">6</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nettoyage ethnique et l’impérialisme occidental : voilà donc les deux géniteurs de l’Etat d’Israël. Cette double nature continue de définir Israël, qui ne manque aucune occasion de prouver son utilité à ses sponsors occidentaux tout en continuant le processus de dépossession et de colonisation des Palestinien.ne.s auquel elle est structurellement contrainte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël mate les États Arabes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1956, Israël s’allia à la Grande-Bretagne et la France pour attaquer l’Egypte en réaction à la nationalisation du canal de Suez par le régime de Nasser. La pression politique des USA et de l’URSS mit fin à l’aggression tripartite, mais seulement pour signaler que le Moyen-Orient serait désormais le terrain de jeu des deux superpuissances. A partir de ce moment, Israël devient la tête de pont principale de l’impérialisme américain dans la région. Israël engage une guerre surprise contre l’Egypte et la Syrie en 1967, met leurs armées en déroute en six jours et casse le dos du nationalisme arabe de Nasser. Ce tournant est significatif car il protège aussi les monarchies petrolières arabes du Golfe, alliées aux USA et menacées par l’opposition nationaliste et anticoloniale inspirée par Nasser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à partir de ce moment que la résistance palestinienne s’organise autour de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) dominée par le Fatah de Yasser Arafat. L’OLP s’appuie principalement sur les camps de réfugié.e.s palestinien.ne.s situés au Liban, en Syrie et en Jordanie pour lancer des attaques armées contre Israël. Le programme adopté est celui de la libération de toute la Palestine historique, le retour des réfugié.e.s et l’établissement d’un Etat laïc démocratique avec égalité des droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La résistance palestinienne devient immédiatement populaire parmi les masses palestiniennes et arabes, mais elle présente deux failles stratégiques. Premièrement, l’élitisme&nbsp;: l’accent est mis sur la lutte militaire dirigée par l’OLP et non sur les initiatives des masses sous toutes leurs formes. Et surtout, une politique dite de «&nbsp;non-ingérence&nbsp;» dans les affaires internes des Etats arabes est adoptée. Le Fatah pronait une non-ingérence «&nbsp;absolue&nbsp;» dans les affaires des régimes arabes, mais le FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine, autre faction de l’OLP), d’orientation «&nbsp;marxiste-léniniste&nbsp;», appliquait cette politique de manière sélective&nbsp;: il distinguait les régimes arabes selon une nature soit-disant progressiste ou réactionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette politique de non-ingérence rendit l’OLP et ses différentes factions finalement tributaires de sponsors étatiques successifs, de dirigeants régionaux (qu’ils fussent classés «&nbsp;progressistes&nbsp;» ou «&nbsp;réactionnaires&nbsp;») profitant de la popularité de la lutte palestinienne pour consolider la légitimité de leurs régime. En même temps, ces dirigeants réprimaient des mouvements et des soulèvements populaires et sociaux eux-mêmes largement inspirés par la lutte palestinienne. Les factions de résistance armée actuelles comme le Hamas suivent une politique similaire dans leurs rapports avec la masse palestinienne et les régimes de la région.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="727272" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #727272;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-8014 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1.jpg 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-300x215.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr1-768x551.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">1987 : première Intifada</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Chassée de la Jordanie en 1970, l’OLP se réfugie à Beyrouth. L’invasion du Liban par Israël en 1982 et le siège brutal de Beyrouth contraignent l’OLP à se retirer vers Tunis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ayant vaincu les Etats arabes en 1967, éloigné l’OLP de ses frontières en 1982 (et entretemps signé des accords de paix avec l’Egypte en 1979), Israël pouvait légitimement penser avoir liquidé la cause palestinienne. Mais en 1987 éclate la première Intifada («&nbsp;soulèvement&nbsp;» en arabe), révolte populaire à Gaza et en Cisjordanie. Ce mouvement de masse face à l’occupation est le plus gros soulèvement en terre palestinienne depuis la révolte de 1937&nbsp;; il prend la forme de manifestations, de grèves de masse et d’actions armées individuelles ou organisées. Yasser Arafat reste populaire parmi les palestinien.ne.s mais ne contrôle absolument pas l’Intifada dont les symboles resteront des enfants jetant des pierres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réaction à l’Intifada, des cadres palestiniens d’organisations soeurs des Frères Musulmans égyptiens et implantées à Gaza fondent le Hamas<sup data-fn="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" class="fn"><a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f" id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link">7</a></sup>. Jusque-là, la majorité des islamistes se contentaient de prosélitisme et d’activités sociales et caritatives. Le Hamas et sa branche armée<sup data-fn="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" class="fn"><a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9" id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link">8</a></sup> adoptent une politique de confrontation avec Israël, comme le fait le Jihad Islamique<sup data-fn="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" class="fn"><a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070" id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link">9</a></sup> fondé quelques années plus tôt, également par d’anciens cadres des Frères Musulmans.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Accords d’Oslo et la naissance de l’autorité palestinienne</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après les régimes arabes et la guerilla issue des camps de réfugié.e.s de pays limitrophes, c’est au tour des Palestinien.ne.s de Gaza et de Cisjordanie de poser un sérieux problème à Israël. Pour le résoudre, la classe dirigeante israélienne est prête à un compromis avec le Fatah d’Arafat&nbsp;: les accords d’Oslo sont signés en 1994 sous le patronage des USA, désormais tous-puissants au Moyen-Orient après la chute de l’URSS, et donnent naissance à l’Autorité Palestinienne (AP). Celle-ci exerce son semblant d’autorité sur Gaza et la Cisjordanie, dont l’occupation par l’armée israélienne et la colonisation progressive continuent néanmoins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit d’un Etat au rabais pour la bourgeoisie palestinienne collaboratrice et corrompue, qui reconnaît officiellement l’Etat d’Israël et condamne «&nbsp;le terrorisme et autres formes de violences&nbsp;». L’AP, dont la totalité des revenus transite par l’administration israélienne, est dotée de forces de sécurité et de services de renseignement avec plus de 40000 hommes armés. Ils sont là pour réprimer toute tentative de résistance, armée ou non, venant de Gaza ou de Cisjordanie. Israël semble donc avoir réussi un coup de maître&nbsp;: sous-traiter le contrôle quotidien des Palestinien.ne.s à une organisation palestinienne en lui faisant miroiter une carotte pourrie, la solution «&nbsp;à deux Etats&nbsp;» où l’Etat existant occupe et continue de coloniser le territoire désigné du futur Etat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seconde Intifada éclate en 2000 dans les territoires palestiniens. Similaire à celle de 1987, elle est plus massive et plus violente avec la multiplication d’attaques des différents groupes armés de toutes tendances<sup data-fn="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" class="fn"><a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8" id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link">10</a></sup>. L’Intifada est un désaveu clair de la politique conciliatrice de l’AP et signale que le peuple palestinien n’est pas prêt de lâcher l’affaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La montée du Hamas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 2006, le Hamas gagne (à la régulière) les élections dans les territoires palestiniens. C’est un camouflet de plus pour le Fatah et sa politique, mais celui-ci, avec l’appui d’Israël et des pays occidentaux, rejette les résultats. Après un affrontement armé, l’AP prend le contrôle de la Cisjordanie et le Hamas prend le contrôle de Gaza. L’armée israélienne, qui s’était retirée de la bande de Gaza un an plus tôt, entame un blocus du territoire avec la complicité du régime égyptien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nouvelle situation est donc celle où des guerres périodiques éclatent entre Israël d’un côté, le Hamas et d’autres factions armées<sup data-fn="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" class="fn"><a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c" id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link">11</a></sup> à Gaza, alors qu’en Cisjordanie l’occupation continue et la colonisation s’accélère sous les yeux d’une Autorité Palestinienne qui n’attend plus qu’on vienne signer son acte de décès. Les affrontements sont réguliers entre manifestant.e.s palestinien.ne.s et soldats israéliens qui protègent des colons de plus en plus agressifs et ouvertement fascistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2021, un soulèvement contre la poursuite de la colonisation de Jérusalem-Est éclate en Cisjordanie, et s’étend jusqu’à l’intérieur de l’Etat d’Israël, où il existe des populations palestiniennes<sup data-fn="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" class="fn"><a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d" id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link">12</a></sup> représentant une minorité appauvrie et discriminée ; en même temps éclate une confrontation armée entre la résistance à Gaza et Israël. Pour la première fois depuis la Nakba, un mouvement politique a lieu sur tout le territoire de la Palestine historique : la lutte renoue les fils que le colonialisme avait cassé.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Dilemmes moraux ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du «&nbsp;conflit&nbsp;» israélo-palestinien est plus complexe que le résumé donné ci-dessus. Mais les questions essentielles, qui permettent de prendre position, sont assez simples&nbsp;: Israël est un Etat né d’un processus de colonisation et de nettoyage ethnique. Il n’a pu le faire sans le soutien des forces impérialistes les plus puissantes, à savoir la Grande-Bretagne puis les USA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’existence même de l’Etat d’Israël signifie la poursuite de la colonisation et de l’occupation, jusqu’à la liquidation finale de la « cause palestinienne ». Toutes les tendances politiques – sionistes- en Israël sont des variations sur ce même thème. Selon le militant palestinien Majd Kayyal, la lutte politique intérieure en Israël pivote, en dernier lieu, sur « la détention des moyens et sur la méthode à utiliser pour opprimer les Palestinien·nes.<sup data-fn="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" class="fn"><a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5" id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link">13</a></sup> » La « démocratie » israélienne ne vaut donc pas mieux que la démocratie des propriétaires d’esclaves Etats-Uniens au 19<sup>e</sup> siècle ou que celle de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est seulement dans ce contexte historique qu’on peut analyser sérieusement les attaques du 7 octobre 2023 et espérer y porter un jugement moral. Elles sont un acte politique effectué par des moyens militaires. Or tout le procédé du camp d’en-face est de dépolitiser (et pas seulement sur la question palestinienne).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Frédéric Lordon, « Fait pour n’installer que la perspective de l’éradication et barrer toute analyse politique, ‘terrorisme’ est une catégorie hors-politique, une catégorie qui fait sortir de la politique.<sup data-fn="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" class="fn"><a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3" id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link">14</a></sup> » Or il n’existe pas de morale au-dessus de la politique ; celles et ceux qui affirment le contraire le font pour des raisons… politiques. Pour nous faire croire qu’un Etat colonisateur et occupant aurait le « droit de se défendre » face aux colonisé.e.s et aux occupé.e.s. Pour protéger le status quo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais alors, les atrocités ? La guerre est le domaine des atrocités ; elle et ses calamités sont imposées par l’oppresseur, qui naturellement en commet beaucoup plus que l’opprimé. Algérie, Vietnam, Commune de Paris, Afrique du Sud : les opprimé.e.s ont commis beaucoup d’atrocités durant leurs luttes émancipatrices. Pendant la guerre de Sécession, les esclaves noirs ont commis des exactions horrifiantes lorsqu’ils se sont retrouvés armes à la main face à leurs anciens « propriétaires » et leurs familles. Qui oserait nous dire aujourd’hui que cette violence était illégitime ? Alors pourquoi celle des palestinien.ne.s contre leurs colonisateurs serait moins légitime ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Par tous les moyens nécessaires ! (sauf&nbsp;les moyens islamistes)</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium"><img data-dominant-color="8b8b8b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8b8b8b;" loading="lazy" decoding="async" width="300" height="300" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp" alt="" class="wp-image-8015 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Palestine_Illustr2.jpg 1000w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">L’islamisme du Hamas, par les temps qui courent, offre une excuse bon marché à la gauche vacillante qui veut éviter de choquer l’opinion publique bourgeoise en se déclarant solidaire de la résistance palestinienne. Il suffit ici d’attirer l’attention sur quelques faits : le Hamas n’est ni le premier, ni le dernier mouvement anticolonial à avoir des références idéologiques réactionnaires. De plus, toutes les factions armées palestiniennes (islamistes, nationalistes laïques, marxistes) sans exception se sont déclarées solidaires de l’opération du 7 octobre 2023 et combattent ouvertement aux côtés du Hamas. Ce dernier est, au final, une faction palestinienne parmi tant d’autres, à la fois parti politique, mouvement social et groupe armé, avec son histoire contradictoire mais ancrée dans la lutte nationale pour la libération de la Palestine. Et c’est pour cette dernière raison que le Hamas est populaire en Palestine<sup data-fn="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" class="fn"><a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3" id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link">15</a></sup>. C’est pour cette raison aussi qu’il mérite que l’on sorte de la stupéfaction intellectuelle dans laquelle nous plongent les mots « terroriste », « obscurantiste », etc, et qu’on tente de l’analyser rationnellement pour ce qu’il est, de le critiquer pour les bonnes raisons.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspectives de libération</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les ministres et généraux israéliens déclarent ouvertement que la guerre actuelle est l’opportunité de poursuivre le nettoyage ethnique en expulsant les «&nbsp;animaux humains&nbsp;» qui habitent Gaza vers le désert du Sinaï en Egypte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Joe Biden aime répéter que «&nbsp;si Israël n’existait pas, il eut fallu l’inventer pour protéger nos intérêts dans la région&nbsp;». Au lendemain de l’attaque du 7 octobre, il a envoyé deux portes-avions et un sous-marin nucléaire en mer Méditerranée pour appuyer son vassal. Faisant face à Israël, les Palestinien.ne.s se battent aussi contre l’impérialisme le plus puissant de l’histoire. La lutte nationale palestinienne n’est donc pas une lutte isolée, elle est intimement liée à la lutte anti-impérialiste et à la lutte des classes dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La libération de la Palestine passe par la lutte des classes dans toutes les capitales des régimes arabes, car elle nécessite le renversement de tout l’ordre établi dans la région et au-delà, afin de remplacer un Etat colonial par un Etat laïc, démocratique, qui reconnaisse des droits égaux à toutes et tous, Juif.ve.s, Musulman.e.s, Chrétien.ne.s et personnes sans religions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution égyptienne de 2011 a été menée par un large milieu militant (nationaliste, islamiste, socialiste et ouvrier) formé dans les luttes de solidarité avec l’Intifada de 2000&nbsp;;&nbsp;le premier symbole auquel les révolutionnaires se sont attaqué.e.s après la chute de Moubarak en 2011 fut l’ambassade d’Israël, ce qui a mené les dirigeants israéliens à déclarer que la révolution égyptienne leur était bien plus dangereuse que la menace venant de l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Affirmer cela n’est pas dévaloriser la lutte du peuple palestinien&nbsp;; c’est au contraire montrer que, lorsque les Palestinien.ne.s se soulèvent, c’est le destin de l’humanité qui est en jeu.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Jad Bouharoun (Paris 18<sup>e</sup>)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d">Lire “Le Yiddishland révolutionnaire”, par Sylvia Klingberg et Alain Brossat <a href="#c5837b0b-b32b-4dea-be6e-6daa3898170d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b">Lire “The iron wall”, par Lenni Brenner <a href="https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/history/etol/document/mideast/ironwall/02-ruszion.htm</a> <a href="#a9151034-d67c-46c8-baf8-d9498a0dac6b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde">Selon le premier gouverneur militaire britannique de Jérusalem, Ronald Storrs, les Sionistes formaient « un petit Ulster (nom de la province irlandaise pro-monarchie) loyal à l’Angleterre dans une mer d’Arabes potentiellement hostiles ». <a href="#35684ef7-9d9b-4eaa-ae1c-096492fcebde-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802">Tony Cliff, “Roots of Israel’s violence” <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1982/04/isrviol.htm</a> <a href="#ad3a3e9d-3351-4d6f-b070-60853d2e9802-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed">Une mission de la Haganah était la protection du pipeline de Haifa qui achemine le pétrole depuis Kirkouk en Iraq, qui était contrôlé par les Britanniques. <a href="#7fd992ea-7fd4-4e84-a817-77ec4bcec4ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915">Discours prononcé au Technion de Haifa, rapporté dans le journal Haaretz le 4 avril 1969. <a href="#c64176bb-06ef-4cb5-82ee-69e8729c6915-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f">Acronyme de <em>Harakat al Muqawama al Islamiyya</em>, Mouvement de résistance islamique <a href="#e7460b13-3533-43ce-a16e-c868d632789f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9">Les brigades Ezzedine al-Qassam, du nom d’un imam syrien ayant dirigé des révoltes anticoloniales en Syrie et en Palestine dans les années 1930. <a href="#8770dc52-f9b7-400e-b0f4-53e3102d60f9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070">Branche armée : brigades Al Quds <a href="#9eaf9d75-fcf2-4db3-8b0d-915ee929e070-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8">Les attentats-suicides sont organisés aussi bien par le Hamas (islamiste) que par le FPLP (marxiste et laïque). <a href="#feeda67a-d519-47fc-8bc4-cac8e1e8efc8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c">Aidé par les autres factions palestiniennes armées à Gaza, notamment le Jihad Islamique, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa (ancienne branche armée du Fatah) et le FPLP. <a href="#3f546f77-9be5-4d01-86dd-9c6a29235a6c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d">Les « Palestinien.ne.s de l’intérieur » sont une minorité arabe qui n’a pas été chassée en 1948 et qui ont donc la citoyenneté israélienne. <a href="#ba85720c-c858-44f2-9eb7-5d3f24dcd59d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-crise-israelienne-un-conflit-interne-sur-les-moyens-dopprimer-les-palestinien%C2%B7nes/</a> <a href="#dd605ffc-c1cf-4684-ba12-a7c2a2f333f5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3"><a href="https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://blog.mondediplo.net/catalyse-totalitaire</a> <a href="#111e1177-233c-496c-8c57-aee6a99c58a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3"><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/29/leila-seurat-politiste-a-gaza-comme-en-cisjordanie-les-palestiniens-sont-unanimes-dans-leur-soutien-au-hamas_6197143_3232.html</a> <a href="#43bf48ce-23f3-4f8d-b5f2-df292d5943a3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/une-histoire-abregee-du-conflit-israelo-palestinien/">Une histoire abrégée du « conflit » israélo-palestinien</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Déclaration de l’IST sur la nouvelle guerre au Moyen-Orient</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/declaration-de-list-sur-la-nouvelle-guerre-au-moyen-orient/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Nov 2023 12:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=7978</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous publions ici une déclaration de la Tendance socialiste internationale, regroupement d’organisations dans laquelle des camarades d’A2C – Pour l’autonomie de classe se reconnaissent. 1 Les attaques lancées par le Hamas et d&#8217;autres organisations de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/declaration-de-list-sur-la-nouvelle-guerre-au-moyen-orient/" title="Déclaration de l’IST sur la nouvelle guerre au Moyen-Orient">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nous publions ici une déclaration de la Tendance socialiste internationale</strong><sup data-fn="b8d0e13d-9191-4372-902c-c6f31436e9df" class="fn"><a href="#b8d0e13d-9191-4372-902c-c6f31436e9df" id="b8d0e13d-9191-4372-902c-c6f31436e9df-link">1</a></sup><strong>, regroupement d’organisations dans laquelle des camarades d’A2C – Pour l’autonomie de classe se reconnaissent.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1</strong> Les attaques lancées par le Hamas et d&rsquo;autres organisations de résistance le 7 octobre furent un avertissement qu&rsquo;il ne peut y avoir de paix au Moyen-Orient tant que la question palestinienne ne sera pas résolue. Mais la réaction de l&rsquo;État d&rsquo;Israël et de ses alliés occidentaux, États-Unis en tête, est de lancer une nouvelle guerre impérialiste. L&rsquo;assaut des forces de défense israéliennes (FDI) sur Gaza a déjà causé des milliers de morts parmi les civils, entraînant dévastation et bouleversements dans la vie des gens ordinaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2</strong> Trop de membres de la gauche libérale et réformiste se sont empressés de suivre leurs gouvernements en condamnant le Hamas et en affirmant le droit d&rsquo;Israël à l&rsquo;autodéfense. Le flot de récits d&rsquo;atrocités diffusés par les médias a occulté ce qui s&rsquo;est réellement passé le 7 octobre. Mais lorsque l&rsquo;oppresseur et l&rsquo;opprimé s&rsquo;affrontent, il ne peut y avoir ni neutralité ni équivalence. Nous soutenons le droit à l&rsquo;autodétermination du peuple palestinien et son droit à mener une lutte armée contre l&rsquo;État colonial israélien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3</strong> Le gouvernement corrompu d&rsquo;extrême droite de Benjamin Netanyahou, avec le soutien de l&rsquo;administration Biden, s&rsquo;est efforcé de «&nbsp;normaliser&nbsp;» les relations avec l&rsquo;Arabie saoudite, à la suite des «&nbsp;accords d&rsquo;Abraham&nbsp;» conclus avec les Émirats Arabes Unis et le Bahreïn en 2020. Netanyahou a cherché à marginaliser les palestiniens en opposant le Hamas à l&rsquo;Autorité palestinienne, tandis que les colons sionistes et les FDI continuaient à déposséder et à expulser les palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>4</strong> Les attaques du 7 octobre ont brutalement démontré que les Palestiniens ne peuvent être ignorés ou marginalisés. Elles ont également humilié l&rsquo;armée et les services de sécurité israéliens, qui n&rsquo;ont pas su anticiper les attaques et ont tardé à les repousser. Pour les dirigeants racistes d&rsquo;Israël, cette défaite doit être punie par une vengeance spectaculaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5</strong> L&rsquo;extrême droite israélienne, dont l&rsquo;influence s&rsquo;est considérablement accrue sous Netanyahou, voit également dans cette nouvelle guerre l&rsquo;occasion de réaliser son rêve de «&nbsp;transfert&nbsp;»,&nbsp;à savoir l&rsquo;expulsion massive des palestiniens des territoires occupés. L&rsquo;ordre donné par les FDI aux palestiniens de Gaza de se déplacer vers le sud, en direction de la frontière égyptienne, est largement perçu comme un premier pas vers la réalisation de cet objectif, en les poussant dans le désert du Sinaï. Les États-Unis ont tenté de faire pression sur le gouvernement égyptien pour qu&rsquo;il ouvre la frontière et Netanyahu a fait pression sur l&rsquo;UE pour qu&rsquo;elle fasse de même. Entre-temps, les colons ont intensifié les expulsions de bergers bédouins en Cisjordanie. Les gouvernements du Moyen-Orient doivent avertir Israël et les puissances occidentales qu&rsquo;une deuxième Nakba entraînera une guerre générale dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-black-color">6</mark></strong> Les États-Unis, l&rsquo;Union européenne et les principaux États d&rsquo;Europe occidentale se sont tous empressés de soutenir Israël, non seulement en paroles, mais aussi par un soutien militaire — dans le cas des États-Unis, deux porte-avions, 2 000 marines et des systèmes de défense aérienne. L&rsquo;administration Biden n&rsquo;a pas hésité à associer le Hamas et Poutine en tant qu&rsquo;ennemis de la «&nbsp;démocratie&nbsp;». Pour le reste du monde, cela n&rsquo;a fait que souligner l&rsquo;hypocrisie avec laquelle les États-Unis et l&rsquo;OTAN ont mené une guerre par procuration avec la Russie, en soutenant le droit à l&rsquo;autodéfense des ukrainiens et en dénonçant l&rsquo;invasion de Moscou et ses attaques contre les civils et les infrastructures, tout en refusant le même droit aux palestiniens et en fermant les yeux sur les atrocités commises par Israël.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>7</strong> En fait, Israël et ses soutiens impérialistes occidentaux sont dans une position vulnérable. Si l&rsquo;Iran et le Hezbollah au Liban se joignaient à la guerre, les FDI se retrouveraient en difficulté. Les États-Unis se hâtent de protéger leurs propres troupes et bases dans la région, bien que les frappes qu&rsquo;ils effectuent, par exemple sur des cibles en Syrie et au Yémen, pourraient précipiter la guerre plus large qu&rsquo;ils s&rsquo;efforcent d&rsquo;éviter. Washington cherche également à gérer les relations avec la Chine, dont l&rsquo;influence économique et politique au Moyen-Orient s&rsquo;accroît rapidement. Une escalade militaire dans la région pourrait exacerber les rivalités inter-impérialistes croissantes à l&rsquo;échelle mondiale. D&rsquo;où la pression croissante exercée par les États-Unis et de nombreux autres gouvernements sur Israël pour qu&rsquo;il prenne des mesures «&nbsp;humanitaires&nbsp;» afin d&rsquo;alléger les souffrances des civils à Gaza.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>8</strong> Le siège de Gaza a stimulé un vaste mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, même dans les pays où la répression est intense. Ce mouvement s&rsquo;est développé en dépit des campagnes officielles, qui se sont intensifiées ces dernières années, visant à qualifier l&rsquo;antisionisme d&rsquo;antisémitisme, ainsi que des efforts, notamment en Europe, visant à criminaliser la solidarité avec la Palestine. Dans certains pays, l&rsquo;escalade et le mouvement de solidarité croissant avec la Palestine s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une nouvelle vague de répression et de racisme anti-musulman. Nous nous opposons aux interdictions de manifester et aux attaques racistes contre les populations palestiniennes et musulmanes dans de nombreux pays, qui se voient refuser le droit de manifester et sont accusées d&rsquo;antisémitisme. Les manifestants comprennent un nombre croissant de juifs dans le monde qui refusent qu&rsquo;Israël parle en leur nom. Nous, au sein de la Tendance IS, avons été activement impliqués dans la construction des manifestations de masse et nous nous engageons à continuer. Les socialistes doivent être au centre du mouvement car il contient un réel potentiel dans différents pays pour renforcer qualitativement la gauche révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>9</strong> Le mouvement actuel de solidarité avec les palestiniens représente une impressionnante poussée d&rsquo;internationalisme populaire qui a donné une voix à la colère profonde contre nos classes dirigeantes, lesquelles se sont si effrontément rangées du côté du sionisme. Exercer une pression sur nos gouvernements est essentiel. L&rsquo;objectif peut varier d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre mais des revendications telles que l&rsquo;expulsion d’un ambassadeur d&rsquo;Israël peuvent constituer un moyen concret de forcer nos gouvernements à changer leur conduite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>10</strong> La solidarité ne doit pas seulement s&rsquo;exprimer dans la rue. Les manifestations de masse doivent être renforcées par l’action directe et populaire et par l&rsquo;affirmation du pouvoir organisé de la classe ouvrière. Le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) a fait l&rsquo;objet d&rsquo;attaques étatiques croissantes au cours des dernières années. Les efforts pour le construire doivent être intensifiés. La solidarité avec la Palestine au sein des syndicats est particulièrement importante. Pendant l&rsquo;Intifada de l&rsquo;Unité en 2021, les dockers du monde entier, de l&rsquo;Italie à l&rsquo;Afrique du Sud et aux États-Unis, ont bloqué les livraisons d&rsquo;armes à Israël. Nous devons nous inspirer de cet exemple. Le soutien à la liberté des palestiniens est réapparu dans les universités et l&rsquo;action militante en faveur du BDS peut contribuer à reconstruire un mouvement étudiant radical fort. Les militants peuvent également promouvoir le mouvement BDS au niveau local, par exemple en revendiquant le retrait des produits israéliens des supermarchés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>11</strong> Il ne pourra y avoir de solution à la question palestinienne tant que l&rsquo;État colonial sioniste d&rsquo;Israël existera. Cet État est structurellement fondé sur la dépossession et l&rsquo;oppression des palestiniens. Il ne peut coexister pacifiquement avec eux mais doit soit mener une guerre perpétuelle contre les palestiniens, soit, comme le revendique l&rsquo;extrême droite, les exterminer ou les expulser. Les attaques du 7 octobre ont d&rsquo;ailleurs montré que cet État ne peut même pas garantir la sécurité de ses propres citoyens juifs, objectif historique du sionisme. Nous soutenons la perspective originelle du mouvement national palestinien d&rsquo;un État démocratique laïque sur le territoire d&rsquo;Israël et des territoires occupés, où Arabes et Juifs, musulmans, chrétiens et sans religion puissent coexister pacifiquement et jouir de droits égaux. Nous considérons comme très significative l&rsquo;émergence d&rsquo;une nouvelle génération de militants radicaux en Palestine qui rejettent la capitulation d’une Autorité palestinienne défaillante et corrompue, et qui cherchent à reconstruire la résistance de masse des précédentes intifadas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>12 </strong>La résistance palestinienne est une condition essentielle à l’avènement de cet État. Mais le pouvoir de l&rsquo;ensemble du monde arabe doit être mobilisé pour vaincre le chien de garde de l&rsquo;impérialisme occidental qu&rsquo;est Israël. Les régimes arabes existants, corrompus, oppressifs et étroitement liés à l&rsquo;impérialisme, ont depuis longtemps prouvé qu&rsquo;ils étaient incapables de mener cette lutte. Une révolution socialiste dans l&rsquo;Orient arabe, avec les travailleurs, les pauvres des villes et les paysans renversant ces régimes, compléterait les conditions de la victoire sur Israël. Les soulèvements de 2011, et plus récemment en Algérie et au Soudan, nous ont donné un aperçu du potentiel de révolution dans la région du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord. Pour l’impérialisme occidental, l’un des plus grands dangers créé par la guerre de vengeance sauvage d&rsquo;Israël contre les palestiniens est qu&rsquo;elle ramène les masses arabes dans la rue. Comme le disait Tony Cliff, le fondateur de notre Tendance, la route de Jérusalem passe par le Caire.</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>La Coordination de la Tendance socialiste internationale, 31 octobre 2023</strong></h5>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="b8d0e13d-9191-4372-902c-c6f31436e9df">Lien vers l&rsquo;article en anglais : <a href="https://internationalsocialists.org/announcements/ist-statement-on-the-new-war-in-the-middle-east">IST statement on the new war in the Middle East</a> <br>Traduction notamment en arabe disponible ici : <a href="https://revoleftsyria.org/6845">revoleftsyria</a> <a href="#b8d0e13d-9191-4372-902c-c6f31436e9df-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/declaration-de-list-sur-la-nouvelle-guerre-au-moyen-orient/">Déclaration de l’IST sur la nouvelle guerre au Moyen-Orient</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Faire front ensemble, en solidarité avec la lutte du peuple palestinien et contre l&#8217;impérialisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/faire-front-ensemble-en-solidarite-a-la-lutte-du-peuple-palestinien-et-contre-limperialisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Oct 2023 15:31:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[Hamas]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[Solidarité internationale]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Suite aux attaques de la direction de l&#8217;école de EHESS soutenue par la ministre de l&#8217;enseignement supérieur à l&#8217;encontre de Solidaires étudiant·e·s EHESS, pour apologie du terrorisme, nous publions le communiqué des camarades qui maintiennent <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/faire-front-ensemble-en-solidarite-a-la-lutte-du-peuple-palestinien-et-contre-limperialisme/" title="Faire front ensemble, en solidarité avec la lutte du peuple palestinien et contre l&#8217;impérialisme">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Suite aux attaques de la direction de l&rsquo;école de EHESS soutenue par la ministre de l&rsquo;enseignement supérieur à l&rsquo;encontre de Solidaires étudiant·e·s EHESS, pour apologie du terrorisme, nous publions le communiqué</strong><sup data-fn="a00f6608-3afa-4148-8965-ba25c9794e83" class="fn"><a href="#a00f6608-3afa-4148-8965-ba25c9794e83" id="a00f6608-3afa-4148-8965-ba25c9794e83-link">1</a></sup><strong> des camarades qui maintiennent haut et fort des positions anticolonialistes claires et leur soutien inconditionnel à la lutte du peuple palestinien. Nous leur apportons tout notre soutien et invitons à partager leur communiqué et à ne pas les laisser seul·e·s face à la répression.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h2 class="wp-block-heading">Face aux intimidations sionistes, nous réaffirmons notre soutien à la lutte de libération palestinienne</h2>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Au vu de la gravité des accusations qui nous sont faites, comme à d’autres organisations ayant ouvertement soutenu la résistance en Palestine, nous tenons à réaffirmer notre soutien inconditionnel à cette dernière et à clarifier notre position : il n’est pas possible de dire qu’Israël est un État colonial sans en tirer toutes les conséquences.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système ethno-nationaliste israélien est fondé sur un suprémacisme racial qui institue une séparation systématique avec les Palestinien·ne·s, et qui prend actuellement la forme d’un apartheid.&nbsp;Il est l’aboutissement de plus d’un siècle de colonisation justifié par l’idée d’«&nbsp;une terre sans peuple pour un peuple sans terre&nbsp;». Pour qu’elle se réalise, les autorités israéliennes ont organisé, entre 1947 et 1949, l’expulsion d’environ 800 000 Palestinien·ne·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conquête des territoires s’est poursuivie jusqu’en 1967, date après laquelle la légalisation de l’apartheid a donné lieu à une «&nbsp;colonisation de l’intérieur&nbsp;». Aussi bien dans la bande de Gaza, qu’à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie, la population palestinienne est traitée comme un groupe racial inférieur, et est systématiquement privée de droits. Cela se traduit par des saisies massives de biens fonciers et immobiliers, des assassinats de masse, des transferts de population forcés, la restriction draconienne des déplacements, ou encore le refus de la nationalité et de la citoyenneté aux Palestinien·ne·s. La prospérité de l’État colonial repose également sur l’exploitation de la main d’œuvre palestinienne, la destruction de leur économie les obligeant à vendre leur force de travail aux colons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire d’Israël est celle d’un processus colonial d’une violence absolue, au cours duquel meurtres, humiliations et viols sont le lot quotidien des Palestinien·ne·s. Dans ce cadre, tout discours qui viserait à mettre dos à dos une population colonisée qui s’organise militairement pour son indépendance, et ses colonisateurs, qui entretiennent et tirent profit de cette situation coloniale, sert l’intérêt de ces derniers. Derrière les invocations du «&nbsp;droit à se défendre&nbsp;» d’Israël se cache en aval le massacre des Palestinien·ne·s. Ce discours, qui présente l’État sioniste comme un État de paix régulièrement attaqué par des forces terroristes islamistes, nie la réalité coloniale au point de comparer la résistance palestinienne aux attentats du 13 novembre en France.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous ne sommes pas dupes de l’imaginaire auquel ce récit fait appel, en convoquant la figure de l’arabe ensauvagé produite par le logiciel colonial. Il s’inscrit dans un contexte occidental caractérisé par son racisme et son islamophobie, et contribue à l’amplifier. Nous ne tomberons pas non plus dans le piège de la confusion entre juif·ves et israélien·nes dicté par la propagande sioniste. La lutte contre l’antisémitisme, dans un contexte de montée de l’extrême droite, doit plus que jamais être prise au sérieux et mérite mieux que de de basses instrumentalisations qui servent à justifier la colonisation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les morts, les viols et les humiliations, constitutifs des situations de guerre, sont toujours tragiques, et nous ne nous en réjouirons jamais. Mais l’invocation du droit à se défendre d’Israël, tout comme les sempiternels appels à la désescalade qui ne s’élèvent que lorsque la résistance palestinienne riposte, s’inscrivent dans le maintien d’un statu quo qui bénéficie intégralement à l’assaillant israélien et qui se traduit, depuis 75 ans, par des exactions quotidiennes à l’encontre des Palestinien·ne·s. Ils constituent, non pas un appel à ce que les morts cessent, ce que nous souhaitons depuis des années, mais à ce qu’ils restent circonscrits au camp palestinien.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement français a apporté son soutien inconditionnel à l’action militaire israélienne tout comme celui des États-Unis qui a même déplacé son plus gros porte-avion dans la région. Mardi, le ministre de la défense israélienne a annoncé un siège complet de la bande de Gaza, avec privation totale d’électricité, de nourriture, d’eau, de carburant et d’accès à internet. Dans sa déclaration, accompagnée d’une comparaison des Palestinien·ne·s à des «&nbsp;animaux humains&nbsp;», Yoav Galant a annoncé un véritable massacre et aujourd’hui ce sont des milliers Palestien.ne.s (dont 724 enfants) qui ont été assassinés par l’armée d’occupation. Le régime colonial israélien a ordonné l’évacuation de 1,1 millions de gazaouis sous 24h. Celles et ceux qui n’auront d’autre choix que de rester en marge de ce déplacement de population forcé (les personnes invalides et les patient·es des hôpitaux notamment) sont condamné·e·s à un massacre prémédité. Gaza fait, depuis 15 ans, l’objet d’une pratique concentrationnaire qui organise les conditions de possibilité de son nettoyage ethnique aujourd’hui. Ce massacre doit être interrompu immédiatement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous nous refusons à distribuer les bons et mauvais points de la résistance à la colonisation. Toute lutte de libération nationale est par essence hétérogène dans les mouvements qu’elle regroupe, sans que cela n’invalide la justesse de la cause qu’elle défend. La situation coloniale, en ce qu’elle produit un rapport antagoniste entre colons et colonisés, implique que des forces de résistance d’orientations politiques différentes puissent être amenées à se fédérer dans le cadre d’un objectif stratégique commun.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui c’est toute la résistance&nbsp;Palestinienne qui frappe ensemble pour défaire la puissance coloniale. Le Hamas n’est pas la seule organisation de lutte de libération de la Palestine qui est qualifiée de « terroriste », il en va de même pour toutes les organisations politiques palestiniennes œuvrant à la libération (y compris par des moyens pacifiques). La lutte pour la libération palestinienne est systématiquement criminalisée, jusqu’en France où l’ensemble des manifestations en soutien à cette dernière ont été interdites et où les organisations qui se sont exprimées en soutien font l’objet d’accusations graves, quand ce n’est pas de poursuites judiciaires.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est au travers de cette grille d’analyse que nous regardons les accusations d’« apologie du terrorisme » dont nous faisons l’objet, car il n’échappe pas à nos yeux que ces accusations ne servent qu’à jeter le discrédit sur celles et ceux qu’elles visent, par celles et ceux qui ont un intérêt à les discréditer. Nous ne faisons pas l’« apologie du terrorisme », nous soutenons le droit du peuple palestinien à résister à l’oppression coloniale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous appelons :&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce qu’Israël mette fin à son occupation et à sa colonisation de toutes les terres arabes en démantelant le Mur ;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyen·ne·s arabo-palestinien·ne·s d’Israël à une complète égalité ;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la mise en application du droit de retour des réfugié·e·s palestinien·ne·s ainsi que leur droit à retrouver leurs maisons et leurs biens comme le stipule la résolution 194 de l’ONU ;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et, à terme, l’établissement d’un État unique et laïc, en Palestine historique où tous les habitant·e·s jouiraient des mêmes droits.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Palestine vivra.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Palestine vaincra.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Solidaires étudiant·e·s EHESS</h5>



<figure class="wp-block-image is-resized"><img data-dominant-color="2e0a0d" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="400" height="400" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/33GvwVJ5_400x400-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7926 not-transparent" style="--dominant-color: #2e0a0d; aspect-ratio:1;width:148px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/33GvwVJ5_400x400-jpg.webp 400w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/33GvwVJ5_400x400-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/33GvwVJ5_400x400-150x150.webp 150w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Bibliographie&nbsp;</h2>



<h3 class="wp-block-heading">Articles de presse et rapports :&nbsp;</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Amnesty International, «&nbsp;<a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2022/02/israels-apartheid-against-palestinians-a-cruel-system-of-domination-and-a-crime-against-humanity/">L’apartheid d’Israël contre la population palestinienne: un système cruel de domination et un crime contre&nbsp;</a><a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2022/02/israels-apartheid-against-palestinians-a-cruel-system-of-domination-and-a-crime-against-humanity/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l’humanité</a>&nbsp;», 1er février 2022.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">B’Tselem, «&nbsp;<a href="https://www.btselem.org/publications/fulltext/202101_this_is_apartheid">A Regime of Jewish Supremacy from the Jordan River to the&nbsp;</a><a href="https://www.btselem.org/publications/fulltext/202101_this_is_apartheid" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Mediterranean</a><a href="https://www.btselem.org/publications/fulltext/202101_this_is_apartheid">Sea: This Is Apartheid&nbsp;</a>».&nbsp;Consulté le 12 octobre 2023.</p>



<p class="wp-block-paragraph">CSI, «&nbsp;<a href="https://www.ituc-csi.org/workers-rights-in-crisis-palestine-fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Crise des droits des travailleurs: la situation de la main d’oeuvre palestinienne en Israël et dans les colonies&nbsp;</a>», 12 avril 2021.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gresh, Alain, «&nbsp;<a href="https://orientxxi.info/magazine/israel-palestine-de-la-colonisation-a-l-apartheid-en-ligne-droite,6401" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Israël-Palestine. De la colonisation à l’apartheid, en ligne droite</a>&nbsp;». Orient XXI, 2 mai 2023.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Human Rights Watch, «&nbsp;<a href="https://www.hrw.org/news/2021/04/27/abusive-israeli-policies-constitute-crimes-apartheid-persecution" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Abusive Israeli Policies Constitute Crimes of Apartheid, Persecution | Human Rights Watch&nbsp;</a>», 27 avril 2021.</p>



<p class="wp-block-paragraph">LIBERATION, et AFP, «&nbsp;<a href="https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/israel-rend-officiellement-illegales-six-ong-palestiniennes-20211107_OGQOYUGKNZCP5H34YA7AUKLYT4/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Israël rend officiellement «illégales» six ONG palestiniennes</a>&nbsp;»,&nbsp;<em>Libération</em>, Consulté le 9 octobre 2023.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pironet, Olivier, «&nbsp;<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/PIRONET/60348" target="_blank" rel="noreferrer noopener">À Gaza, un peuple en cage</a>&nbsp;»,&nbsp;<em>Le Monde diplomatique</em>, 1er septembre 2019.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ouvrages :</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Memmi, Albert, et Jean-Paul Sartre,&nbsp;<em>Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur</em>, Folio Actuel 97, Paris, Gallimard, 2002.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pappé, Ilan, et Chemla, Paul,&nbsp;<em>Le nettoyage ethnique de la Palestine</em>, Paris, Fayard, 2008.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Said, Edward W, Israël, <em>Palestine – l’égalité ou rien</em>, Mayenne, La Fabrique-Éd, 1999.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="a00f6608-3afa-4148-8965-ba25c9794e83">Publié sur leur compte Twitter: <a href="https://twitter.com/SolidairesEHESS/status/1713647334553276644">https://twitter.com/SolidairesEHESS/status/1713647334553276644</a> <a href="#a00f6608-3afa-4148-8965-ba25c9794e83-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/faire-front-ensemble-en-solidarite-a-la-lutte-du-peuple-palestinien-et-contre-limperialisme/">Faire front ensemble, en solidarité avec la lutte du peuple palestinien et contre l&rsquo;impérialisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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