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	<title>Archives des Gilets jaunes - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Gilets jaunes - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Dans la rue le 1er Mai aux Lilas « On est là ! »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2020 11:12:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[1er mai]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Pour compléter le retour de nos camarades d'A2C dans le 20è, 18è et à Montreuil, voici un retour de la manifestation qui a eu lieu ce 1er mai 2020 aux Lilas, alors que les préfectures <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/dans-la-rue-le-1-er-mai-aux-lilas-on-est-la/" title="Dans la rue le 1er Mai aux Lilas « On est là ! »">[...]</a></div>
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<pre class="wp-block-preformatted">Pour compléter le <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/1er-mai-maintenant-cest-clair/" target="_blank">retour de nos camarades</a> d'A2C dans le 20è, 18è et à Montreuil, voici un retour de la manifestation qui a eu lieu ce 1er mai 2020 aux Lilas, alors que les préfectures et la police faisaient tout pour qu'aucune contestation politique du pouvoir n'ait pignon sur rue en cette journée internationale des travailleurs et des travailleuses, jusqu'à envoyer les voltigeurs contre une distribution humanitaire à Montreuil.

Alors que de larges franges de la gauche politique et syndicale voient dans les applaudissements aux fenêtres et dans les manifestations virtuelles des moyens légitimes de la lutte politique en période de confinement, il nous semble primordial de mettre en avant toutes les <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/a-nos-amies-et-camarades-il-faut-sortir-du-virtuel-sortons-couvertes-sortons-sortons/" target="_blank">initiatives collectives, de rue, de lutte physique</a> contre la domination du Capital qui sont les seuls moyens d'intervenir dans le rapport de forces entre les classes et de renforcer l'autonomie de la nôtre.

« Si vous avez vous-même participé à une action collective de rue, n’hésitez pas à nous envoyer quelques lignes à <a rel="noreferrer noopener" href="mailto:a2c@riseup.net" target="_blank">a2c@riseup.net</a> »</pre>



<p>Le 1<sup>er</sup> Mai 2020, masques sur le visage, pancartes à la main et gilets jaunes sur le dos, c&rsquo;est aux cris de&nbsp;: «&nbsp;<em>On est là&nbsp;! Même si Macron ne veut pas, nous on est là&#8230;</em>&nbsp;» qu&rsquo;un rassemblement de femmes débute devant la mairie des Lilas et attire le regard et la sympathie des habitant·es.&nbsp;</p>



<p>J&rsquo;avais rencontré deux d&rsquo;entre elles un peu plus tôt. Elles se dirigeaient vers la mairie. On ne pouvait pas les rater. Tout à coup, elles illuminaient ma journée. Je venais d&rsquo;apprendre que le rassemblement devant la mairie du 20ème auquel je me rendais était empêché par la police de Macron.&nbsp;</p>



<p>Très vite, nos chants sont accueillis par des klaxons et des poings levés par la fenêtre des voitures. Une mère et sa fille s&rsquo;arrêtent, heureuses de nous trouver là, elles restent quelques minutes avec nous, le temps de quelques slogans&nbsp;: «&nbsp;<em>Du fric, du fric pour l&rsquo;hôpital public</em>&nbsp;<em>!</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>Du fric pour nos salaires, pas pour les actionnaires&nbsp;!</em>&nbsp;». «&nbsp;<em>Des masques, des tests, pas des mensonges&nbsp;! / pas des CRS&nbsp;!&nbsp;» </em>Un slogan en solidarité avec les sans-papiers est également lancé par une militante Gilets Jaunes.</p>



<p>Nous sommes rejoint·es par deux membres de l&rsquo;interpro <em>Les Lilas-Romainville </em>qui pensaient retrouver des camarades à Montreuil. Ils restent avec nous.&nbsp;</p>



<p>Des passant·es reviennent sur leurs pas gagné·es par l&rsquo;élan revendicatif&nbsp;! C&rsquo;est donc à 15 que nous partons en manif dans la ville, le long de la rue de Paris d&rsquo;abord. Sur son balcon une femme applaudit au rythme des slogans, un poing dessiné sur un carton accompagné de ce mot d&rsquo;ordre&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;S<em>ans nous le 11 Mai&nbsp;!</em>&nbsp;» trônant à côté d&rsquo;elle. Le soutien de certains commerçant·es, les&nbsp; encouragements depuis certains balcons qui arborent ou non des Gilets Jaunes, nous donnent confiance&nbsp;! «&nbsp;<em>Macron nous fait la guerre et sa police aussi, mais on reste déter’ pour bloquer le pays&nbsp;!</em>&nbsp;»</p>



<p>Nous passons dans la cité des Sentes, nos slogans sont repris depuis certaines fenêtres. Un groupe de jeunes dans la rue nous regardent, d&rsquo;abord étonnés, ils viennent nous questionner, pour finir par nous encourager, amusés.</p>



<p>Nous terminons notre manifestation à l&rsquo;entrée de Romainville.&nbsp;</p>



<p>Nous aurons manifesté durant deux heures pendant le confinement sans croiser un seul policier. Cette manifestation nous aura mis en joie&nbsp;! Joie de se retrouver dans la rue, de manifester, de pouvoir crier notre colère contre ce gouvernement&nbsp;!</p>



<p>Un vent de liberté a soufflé aux Lilas le 1<sup>er</sup> Mai&nbsp;! Il nous a semblé qu&rsquo;il ne manquait pas grand-chose pour qu&rsquo;il souffle un peu plus fort.</p>



<p>Une camarade qui m&rsquo;avait donné son numéro pour que je lui envoie les photos et vidéos de notre manif m&rsquo;écrira une heure plus tard&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;<em>Si tu veux, je peux t&rsquo;envoyer des textos pour le rond-point GJ que nous tenons aux sentes, mais il faut que je connaisse au moins ton prénom.</em>»</p>



<p>C&rsquo;est vrai qu&rsquo;on s&rsquo;est même pas présentées, on s&rsquo;est reconnues&nbsp;!</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marie (Paris 20e)</h5>



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		<title>On est là !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/on-est-la/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2020 10:48:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[Marche des solidarités]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">On est là ! Le chant emblématique des Gilets Jaunes résonne maintenant dans les manifs, pour “l&#8217;honneurs des travailleurs, et pour un monde meilleur”! Il est aussi repris comme slogan pour la Marche des Solidarité <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/on-est-la/" title="On est là !">[...]</a></div>
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<p>On est là ! Le chant emblématique des Gilets Jaunes résonne maintenant dans les manifs, pour “l&rsquo;honneurs des travailleurs, et pour un monde meilleur”! Il est aussi repris comme slogan pour la Marche des Solidarité du 21 mars qui, après la marche contre les violences policières le 14, viendra ponctuer un mois de mars résolument antiraciste et antifasciste! On est là, et c’est pas près de s&rsquo;arrêter !</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="52463f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #52463f;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/03/édito-1-21-mars.jpg" alt="" class="wp-image-3762 not-transparent" width="175" height="247"/></figure>
</div>


<p>Nous entrons dans le 3ème mois de mobilisation contre la réforme des retraites, et cette détermination est déjà historique. Bien sûr nous rencontrons des difficultés, et les taux de grève sont en baisse. Bien sûr, la RATP et la SNCF ont repris le travail, oui mais ils restent toujours mobilisés pendant les temps fort. Mais ce qui est aussi sûr c’est que depuis 3 mois, partout se lèvent des enseignant.es, cheminot.es, chômeur.es, étudiant.e.s, salarié.e.s du privé,&#8230; pour aller sur les piquets de grèves des éboueurs, des bus, des lycées&#8230; Ce qui est sûr aussi, c’est que, tous les jours, dès que le président, un.e membre du gouvernement ou de LREM sort, il ou elle est poursuivi.e par les manifestant.es. Ce qui est sûr aussi, c’est que le mouvement a obtenu sa première victoire : il a infligé un grand coup politique à cette contre-réforme .</p>



<p>Ce qui a permis que ce mouvement continue et soit aussi dynamique malgré sa durée c&rsquo;est bien les cadres d&rsquo;organisation à la base. Grâce à cette organisation à la base, les militant.es de la grève cherchent à se tourner vers l&rsquo;extérieur, et c&rsquo;est bien ça l&rsquo;enjeu : toujours aller chercher à convaincre plus de gens de rejoindre la mobilisation et de se mettre en grève.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les interpro c&rsquo;est super classe !</strong></h3>



<p>Dans les quartiers, les interpro permettent de regrouper les militant.es de la grève et d&rsquo;organiser la grève à l&rsquo;échelle du quartier. En effet, le sens de ces interpro est de permettre à tou.tes de pouvoir construire la grève même s&rsquo;iel est isolé.e sur son lieu de travail, mais aussi de faire se rencontrer les différent.es usager.es et travailleur.es du quartier. Par exemple, la mobilisation sur les lycées, portée par la dynamique du mouvement, mais aussi sur des revendications propres (réforme du bac, baisse des effectifs&#8230;), les élèves, les parents et les enseignant.es se retrouvent ensemble pour lutter contre le bac au rabais que leur propose Blanquer et annuler les E3C (épreuves de contrôle continue qui enterrent le caractère national du bac). Cette rencontre n&rsquo;est pas anodine. En effet, ce sont les acteurs de l&rsquo;école qui (re)discutent ensemble de quelle école pour demain. C&rsquo;est aussi ça la démocratie réelle. Les acteurs décident. Et passent à l’action. Tous et toutes ensemble.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="7d7473" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7d7473;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/03/éditi-2-gare-à-la-revanche-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-3765 not-transparent"/></figure>



<p>On voit, depuis quelques temps, apparaître, des cadres de coordination de ces interpro. S’il est nécessaire de se coordonner pour mieux construire le mouvement et avoir nos propres lieux d&rsquo;échange et d&rsquo;information, se coordonner pour centraliser la lutte par en haut, au lieu de construire à la base, c’est non!&nbsp;</p>



<p>Le mouvement prend une nouvelle forme avec l&rsquo;ancrage de revendications sectorielles notamment dans l&rsquo;enseignement, cependant il n&rsquo;y aura pas de raccourcis. Ce n’est ni en se repliant sur des revendications catégorielles sans les connecter au mouvement général, ni en cherchant à regrouper les plus déterminé.es que nous allons réussir à rallumer les braises encore incandescentes de ce mouvement. Non, il nous faut, au contraire, toujours regrouper plus de monde à la base, et construire des cadres qui permettront d&rsquo;aller chercher à convaincre plus de monde. Avec l&rsquo;auto organisation et la démocratie dans le mouvement comme points de repère, seuls moyens pour convaincre dans la durée de s&rsquo;organiser. C’est ce que permettent les interpros.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un mouvement qui vient de loin… et qui ira loin !&nbsp;</strong></h3>



<p>En effet,&nbsp; depuis 2016 et le mouvement contre la loi travail, nous sommes en mouvement quasi permanent : 2016, loi travail ; 2018, gilets jaunes, étudiant.es, SNCF et 2019 le mouvement des retraites. Nous n&rsquo;avons pas fini d&rsquo;en finir avec leur monde. Le mouvement est loin d&rsquo;être fini ou même perdu. Le gouvernement et toute la classe dirigeante se retrouvent en grande difficulté. Plus haut, nous parlions des membres du gouvernement et élus LReM qui ne pouvaient pas sortir sans être face à des manifestant.es, mais nous pourrions aussi parler des sondages de satisfactions autour du gouvernement et du président qui sont au plus bas, nous pourrions aussi parler des sondages d&rsquo;opinion où le soutien à la mobilisation contre la réforme des retraites augmente encore et surtout des plus de 61% de la population opposé.es à la réforme des retraites. Mais tout cela ne suffirait pas à comprendre la crise politique qui s&rsquo;ouvre. A A2C, nous analysons depuis quelques temps qu&rsquo;il y&rsquo;a une polarisation de plus en plus importante, avec, d&rsquo;un côté, une classe dirigeante (nationale et internationale) qui essaye de faire face à une crise économique d&rsquo;ampleur et qui cherche, par tous les moyens nécessaires, à rétablir ses taux de profits, et, de l’autre côté, les travailleurs et travailleuses, qui font face à ces politiques néolibérales qui dégradent tous les jours un peu plus les conditions de vies de toutes et tous.&nbsp;</p>



<p>Nous avons donc une classe dirigeante qui essaye d&rsquo;avancer vite et fort et que seul un mouvement d&rsquo;ensemble qui regroupe l&rsquo;ensemble des travailleur.es arrêtera. C&rsquo;est vrai en France, mais pas seulement. Quand on regarde l&rsquo;état du monde et des mobilisations, on voit bien qu&rsquo;il y a un affrontement au niveau mondial. Que ce soit au Chili, au Liban, en Algérie, à Hong-Kong&#8230; les travailleur.ses tiennent tête face aux réformes néo-libérales de plus en plus décomplexées, et ce de manière massive et déterminée. Pour revenir à la France, la crise politique se creuse avec y compris des désaccords au sein même de la classe dirigeante : le conseil d&rsquo;etat qui retoque la réforme des retraites et les tripatouillages électoraux de Castaner, mettant en difficulté la majorité présidentielle. Le MEDEF qui demande à Macron de calmer député.es et ministres trop zélé.es. Les médias mainstream qui ne peuvent plus faire l’impasse sur les violences policières&#8230; Sous les coups de boutoir de ce formidable mouvement par en bas, ça craque là haut.&nbsp;<br></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Ne nous faisons aucune illusion : il n&rsquo;y aura pas de raccourci pour faire tomber ce gouvernement !</strong></h3>



<p>Ils avancent leurs politiques, mais nous aussi. Il n&rsquo;y aura pas de raccourci au fait de convaincre toujours plus de monde d&rsquo;entrer dans la mobilisation et de se mettre en grève. Nous sommes loin de la défaite, notre classe s&rsquo;organise tous les jours un peu plus dans des cadres d&rsquo;auto-organisation, pousse les directions syndicales à maintenir la grève et à chercher à toujours l&rsquo;étendre.&nbsp;</p>



<p>Notre alternative à leur système et leur monde émerge au sein de nos cadres de mobilisation. Et même si la grève semble prendre un petit coup de mou, les cadres d&rsquo;organisation restent très actifs et, comme le disait un copain de la RATP, « on est sur un tas de braise il suffit de re souffler un coup dessus ». Malgré la répression et les violences policières, les intimidations des grévistes, les tentatives de procédure accélérée au parlement (refusées par les sénateur.rices, c&rsquo;est dire!), le mouvement s&rsquo;ancre dans de nouveaux secteurs et le gouvernement s&rsquo;enkyste dans une version de plus en plus autoritaire de leur pseudo-démocratie.</p>



<p>Nous ne voulons pas juste le retrait de la réforme et c&rsquo;est bien ce que montrent la profondeur de ce mouvement et l&rsquo;ancrage de revendications sectorielles, nous voulons TOUTE LA BOULANGERIE, comme dirait l&rsquo;autre. Nous ne voulons pas seulement le retrait de la réforme du bac ou autre, nous voulons tout changer, nous voulons décider pour nous-même. Nous ne voulons plus de ces clowns au service des banques, assureurs et autres grandes entreprises qui veulent nous faire trimer jusqu’à la mort .&nbsp;</p>



<p>Ce pouvoir ne tiendra pas. Chouchou des riches, mais incapable de maîtriser la situation, Macron n’est sans doute plus la « bonne » carte pour la classe dirigeante. D’où la multiplication des crises internes à sa majorité y compris dans leurs formes les plus vaudevillesques.</p>



<p>Mais il s’agit moins que jamais d’être complaisant.es. Quels que soient les détours par lesquels la classe dirigeante essaiera de reprendre la main, cela passera par le renforcement des pouvoirs, notamment répressifs, de l’Etat et par des tentatives d’y faire adhérer une partie de la population via le nationalisme et le racisme. Cela a déjà commencé d’ailleurs. En pleine tourmente, Emmanuel Macron lui-même est en train de planifier une offensive sur le terrain de « l’immigration et de la lutte contre le séparatisme islamique ». Marine Le Pen, qui ne s’y trompe pas, vient d’ailleurs d’annoncer sa candidature… pour les présidentielles de 2022 !</p>



<p>Voilà pourquoi la mobilisation du 21 mars contre tous les racismes prend une importance particulière cette année. Au-delà de l’importance en soi de la lutte aux côtés des migrant.es dont la situation est de plus en plus catastrophique, c’est tout le mouvement de contestation qui est en jeu. Car l’avenir sera de plus en plus dominé par ce qui se mettra à dominer dans la majorité de la population : solidarité de classe contre le Capital et l’Etat – donc internationalisme et antiracisme – ou soutien à un Etat fort sur des bases racistes et nationalistes.&nbsp;</p>



<p>La situation est ouverte. Une marche contre les violences policières est en cours d’organisation pour le 14 mars qui enregistre un soutien impressionnant (sportif.ves, artistes, personnalités politiques, syndicales et intellectuelles). Et la mobilisation est lancée pour une nouvelle Marche des Solidarités le 21 mars dont les principales lignes sont contre le racisme et le fascisme, stop islamophobie et « ouvrez les frontières ».</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="828283" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #828283;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/03/53932211_574257903091042_4109014036924858368_n.jpg" alt="" class="wp-image-3770 not-transparent"/><figcaption>16 mars 2019 : manifestation commune contre le racisme, pour le climat et des gilets jaunes !</figcaption></figure>



<p>L’an dernier, le 16 mars avait permis un début de convergence entre manifestation pour le climat, mouvement des Gilets Jaunes et Marche des Solidarités. Les cortèges de sans-papiers et de familles de victimes des violences policières racistes avaient ainsi pris la tête d’une manifestation de 100 000 dans les rues de Paris. Difficile de prédire quelle forme prendront les choses cette année. Les manifestations du 14 et du 21 mars auront lieu à la veille des deux tours des élections municipales. L’affiche pour le 21 mars reprend le slogan des Gilets Jaunes devenu significativement l’hymne du mouvement de grève : « On est là ! ». Repris dans la lutte contre le racisme et le nationalisme, son contenu pourrait devenir le cri d’une révolte globale de classe.</p>



<h6 class="wp-block-heading">SB</h6>
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		<title>Du pain et des roses !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/du-pain-et-des-roses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Dec 2019 16:57:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce mardi matin (17 décembre 2019), alors qu’il fait encore nuit, dans différents quartiers de Paris des institutrices, des étudiantes et étudiants, des cheminots ont rendez-vous devant les dépôts de bus pour soutenir les piquets <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/du-pain-et-des-roses/" title="Du pain et des roses !">[...]</a></div>
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<p>Ce mardi matin (17 décembre 2019), alors qu’il fait encore nuit, dans différents quartiers de Paris des institutrices, des étudiantes et étudiants, des cheminots ont rendez-vous devant les dépôts de bus pour soutenir les piquets de grève.</p>



<p>Dans le 18ème arrondissement, au nord de Paris, vers Barbès, les chauffeur·e·s grévistes et leurs soutiens se rendront en fin de matinée à l’hôpital pour partir en manifestation avec le personnel en lutte. Ils seront rejoints là par les cheminot·e·s  en grève des deux gares du nord de Paris. Au même moment les enseignant·e·s en grève seront réuni·e·s en Assemblée pour discuter des suites du mouvement avant de partir pour l’énorme manifestation de l’après-midi. Ils retrouveront à cette manifestation les travailleur·e·s du secteur de la culture qui ont prévu une action offensive ce même mardi matin. Sur le parcours de la manifestation, des véritables commandos de grévistes de l’électricité feront des coupures de courant ciblées envers des lieux de pouvoir, politique ou économique.</p>



<p>Cela se passe un peu partout. La manifestation sera massive. A Paris comme dans toutes les régions. Les chiffres seront objet de controverse médiatique, mais il y aura sans doute deux millions de manifestants. La liste des secteurs en grève est impressionnante. Aux travailleur·e·s du rail et des transports en commun (métro et bus), instituteurs et institutrices, en grève illimitée depuis dix jours se joindront les employé·e·s des hôpitaux qui luttent depuis plusieurs mois, les routier·e·s  entrés en lutte ce lundi, les contrôleur·e·s aériens, les avocatEs, les travailleur·e·s sociaux, les travailleur·e·s de l’électricité, les pompiers, le personnel des crèches, l’enseignement secondaire et supérieur, les employé·e·s de la radio… Alors que 4 raffineries sont en grève depuis le 5 décembre, une cinquième se joint au mouvement ce mardi. Il est plus difficile de connaître l’ampleur de la mobilisation dans le privé, mais le 5 décembre dernier, point de départ du mouvement actuel, la CGT, plus gros syndicat national, avait recensé 2000 appels à la grève dans des entreprises privées.</p>



<p>Le détonateur de ce mouvement a été le projet du gouvernement sur les retraites. Il ne s’agit pas d’un énième projet ajoutant une attaque supplémentaire à toutes celles qui se sont succédées ces dernières années pour allonger le temps de travail. Cette fois, le gouvernement, en plus d’allonger la date de départ, veut en finir avec l’idée d’un droit collectif pour passer à des contrats individuels. Ce qu’il appelle la retraite à points. Symbole de l’arrogance des riches qui cherchent à nous expliquer qu’on peut vivre avec 1000 euros par mois et travailler jusqu’à la tombe, le ministre responsable du projet a dû démissionner ce lundi : Il avait menti sur ses déclarations de revenus ! Cerise sur le gâteau, il avait caché les emplois qu’il cumulait avec des fonctions de ministre et notamment ses liens avec des compagnies d’assurances et même avec la SNCF, l’entreprise qui emploie les cheminot·e·s !</p>



<p>Mais l’opposition à ce projet, pour importante qu’elle soit, ne résume pas tout le mouvement. C’est une – énorme – goutte qui fait déborder le vase de la colère. Lors d’une réunion pour organiser le mouvement dans mon quartier jeudi dernier un militant interpellé sur la mobilisation des jeunes a donné son sentiment&nbsp;: «&nbsp;C’est vrai que je m’en fous de la retraite. De toute manière je ne l’aurai jamais. En fait c’est simple, soit ce sera le communisme soit il n’y aura même plus d’eau potable&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>De ce point de vue le mouvement actuel est la suite des mouvements précédents et notamment de 2016 où la grève contre la précarisation du travail s’était accompagnée d’un mouvement d’occupation des places. Le mouvement se battait « contre la loi travail et son monde ». C’est aussi la suite du mouvement de 2018 où la plus longue grève des cheminot·e·s de l’histoire s’était accompagnée du phénomène des cortèges de tête où des milliers de manifestant·e·s se portaient en tête des manifestations, dépassant les cortèges traditionnels et bien ordonnés pour clamer leur rage et leur détermination et pour s’affronter à la police. C’est la suite du mouvement des Gilets jaunes de l’an dernier qui a mobilisé des couches de la population plus précaires, généralement non organisées dans les syndicats, avec des modes d’action beaucoup plus directs. </p>



<p>Il n’en reste pas moins que, si cette succession a une logique, celle-ci n’est pas arithmétique. L’addition des forces n’est pas automatique. Ceux et celles qui ont été mobilisé·e·s sur un de ces mouvements ne le sont pas forcément sur le suivant. Le cœur du mouvement actuel est constitué par des travailleur·e·s de la fonction publique organisé·e·s dans les syndicats même s’il dépasse largement, dans les secteurs mobilisés, les effectifs syndicaux. La grève montre sa force. Son impact économique est déjà autrement considérable que celui de Gilets Jaunes. Numériquement elle entraîne des millions de travailleur·e·s là où les Gilets Jaunes n’ont mobilisé, au plus fort, que des centaines de milliers de manifestant·e·s. Et elle interrompt le temps du système : tout le monde est disponible pour choisir son camp ! Mais, politiquement, le mouvement des Gilets Jaunes, moins traditionnel et avec toutes ses ambiguïtés, portait plus directement la confrontation avec « le pouvoir des riches » et l’idée d’un affrontement sans compromis possible. Paradoxalement c’est cette radicalité qui a suscité une sympathie très générale sans mesure avec le nombre de personnes impliquées activement.</p>



<p>C’est désormais l’enjeu pour le mouvement actuel : le féconder des expériences précédentes, « gilet-jauner » son contenu et ses modes de lutte. Le pouvoir tente d’opposer un projet « universel » à des « privilèges » catégoriels sur les retraites ? En réalité, il veut « universaliser » la précarité et la misère. Mais les grévistes doivent démontrer que leur lutte n’est pas une simple défense d’acquis gagnés par certains secteurs.</p>



<p>Et les réserves de force sont immenses. Aussi impressionnante soit-elle la grève doit encore se généraliser, notamment dans le secteur privé. Elle doit s’organiser, pour s’implanter et impliquer plus largement, au niveau de chaque lieu de grève et aussi, géographiquement, dans chaque quartier, autour des gares, des dépôts de bus, des écoles…</p>



<p>Pour faire cela elle doit se politiser, montrer que chaque revendication particulière est liée à une logique générale, que pour gagner il faut viser plus haut. Aujourd’hui des centaines de milliers seront dans la rue sur la question des retraites. Demain, mercredi 18 décembre, des manifestations sont appelées dans tout le pays, à l’occasion de la Journée Internationale des Migrant·e·s. Les principaux syndicats appellent à ces manifestations aux côtés des collectifs de sans-papiers. C’est une opportunité mais aussi une nécessité pour le mouvement. L’égalité ne se divise pas : si le mouvement accepte qu’il n’y a pas de moyens pour les migrant·e·s, accepte que certains n’aient pas les mêmes droits, il n’arrivera pas non plus à convaincre les couches actuellement non impliquées de notre classe dans sa lutte.</p>



<p>Ce qui se joue est désormais politique au sens le plus fort du terme : c’est la société tout entière qu’il faut entraîner dans l’antagonisme de classe. Ironiquement, Noël, fête « chrétienne » et commerciale, est devenu un enjeu. Les riches et les dominant·e·s utilisent la perspective d’un blocage du pays pendant cette période pour opposer les grévistes au reste de la population. C’est l’inverse qu’il faut construire. Bloquer l’économie pour faire descendre dans la rue, les lieux collectifs : faire que cette période soit celle d’une fête de tout le pays, une vraie fête populaire, une fête qui donne espoir enfin en un autre avenir. Du pain et des roses ! « Les cœurs meurent de faim autant que les corps ; donnez-nous du pain, mais donnez-nous des roses ! » dit le poème.</p>



<p>Nous sommes au point où la question subjective devient un facteur déterminant&nbsp;: celui où l’audience et la détermination d’un discours et d’une pratique révolutionnaire peuvent faire la différence pour l’évolution de tout le mouvement.</p>



<p>Paris, 17 décembre 2019</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard</h5>



<p></p>
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		<title>Un an après le début du mouvement des Gilets Jaunes : tout est possible !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/un-an-apres-le-debut-du-mouvement-des-gilets-jaunes-tout-est-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Dec 2019 15:10:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article a été écrit pour Solidarité Ouvrière, le journal du SEK (Parti socialiste des travailleur·e·s) en Grèce. Il a donc été écrit avant les annonces du premier éborgneur de France, Edouard Philippe, dont les <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/un-an-apres-le-debut-du-mouvement-des-gilets-jaunes-tout-est-possible/" title="Un an après le début du mouvement des Gilets Jaunes : tout est possible !">[...]</a></div>
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<pre class="wp-block-preformatted">Cet article a été écrit pour <em><a rel="noreferrer noopener" aria-label="Solidarité Ouvrière (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://ergatiki.gr/article.php?id=21457&amp;issue=1402&amp;fbclid=IwAR2GlrcA8CUOt2ACTdfjvjkJIPYDrKffshc0_saiius39RtstPQq2_NEn5w" target="_blank">Solidarité Ouvrière</a></em>, le journal du SEK (Parti socialiste des travailleur·e·s) en Grèce. Il a donc été écrit avant les annonces du premier éborgneur de France, Edouard Philippe, dont les déclarations ne changent rien à la nécessaire construction du mouvement et des grèves contre la réforme des retraites et ce gouvernement répressif.</pre>



<p>Le 5 décembre 1995 marquait le début d&rsquo;un mouvement de grève générale de plus d’un mois contre la réforme des retraites. Cette grève a été victorieuse grâce à l&rsquo;unité de notre classe pour y parvenir. Elle a profondément modifié le climat social en France en redonnant confiance à de larges couches de travailleurs.</p>



<p>Le 5 décembre 2019 plus d&rsquo;un million de manifestants déferlent dans les rues de France. C&rsquo;est plus qu&rsquo;à la même date il y a 25 ans. Cheminot·e·s, enseignant·e·s , travailleur·e·s  du public et du privé, retraité·e·s , chômeur·e·s , précaires convergent contre la réforme des retraites du gouvernement favorisant toujours les plus riches. Le régime actuel, malgré les attaques qu’il a subi depuis 25 ans permet d’adapter les pensions en fonction des particularités de certaines professions. Ainsi les cheminot·e·s  qui ont des conditions de travail particulièrement difficiles et sont astreint·e·s pendant les week-ends et les fêtes avec des plages horaires très étalées bénéficient d’un régime spécial et en particulier d’un départ anticipé à la retraite. Pour les fonctionnaires qui démarrent avec des salaires très bas et progressent lentement le calcul des pensions s’effectue sur la base des 6 derniers mois de salaires, les plus élevés. Au nom, soi-disant, de l’égalité, le gouvernement veut imposer un régime “universel”. Avec la réforme de la retraite par point, le calcul se fait sur toute la carrière et les avantages des régimes spéciaux sont détruits. Cela se traduit par une baisse énorme des pensions jusqu’à 28% et un allongement de plusieurs années du temps de travail. Tous les salarié·e·s seront perdant·e·s  et seront condamné·e·s  à terme à “capitaliser” leur retraites au bénéfice du patronat.</p>



<p>Après avoir attaqué chaque secteur un à un depuis son accession au pouvoir, cette fois, Macron réussit à fédérer massivement contre lui malgré ses nombreuses tentatives pour nous diviser.</p>



<p>Jusqu’à présent la stratégie syndicale de luttes sectorielles, par des journées d’actions et de grèves ponctuelles avait été un échec. Même la longue grève des cheminots de juin 2018 contre la destruction de leur statut avait échoué et la presse bourgeoise avait félicité Macron pour avoir enfin maté ce bastion de la classe ouvrière.</p>



<p>Mais le mouvement des Gilets Jaunes qui a commencé il y a exactement un an a changé le climat. Pendant des mois ce mouvement spontané, a rassemblé sur les rond-points des couches des classes populaires et des salarié·e·s  souvent précaires et éloigné·e·s  des organisations syndicales aux périphéries des grandes villes. Il n’a pas hésité à affronter les violences policières tous les samedis dans les grandes villes de France déstabilisant un temps le pouvoir. Détesté par les élites médiatiques, il a bénéficié d’une large soutien populaire. Ses revendications ont évolué de la lutte contre l’injustice fiscale jusqu’à la remise en cause globale du système. Ce mouvement a permis de casser l’idée colportée par la presse que les luttes n’étaient le fait que de salarié·e·s  qui défendaient leurs privilèges. Son organisation par l’intermédiaire des réseaux sociaux a également inspiré de nombreux secteurs.</p>



<p>Depuis, un impressionnant mouvement de grève s’est organisé dans le secteur de la santé à partir des services d’urgences pour défendre le service publique hospitalier en ruine. Il n’a cessé de grossir depuis huit mois. Dans l&rsquo;Éducation après deux ans de réformes destructrices une riposte venue de la base dans les écoles primaires puis dans le secondaire s’est organisé au printemps dernier poussant les syndicats enseignants à soutenir la grève du bac, ce qu’ils n’avaient jamais fait depuis 1968. Le 13 septembre dernier, Paris était bloqué par une grève totale des transports. En octobre des grèves massive et spontané, parfois sans aucune consigne syndicale ont paralysé plusieurs grands axes du rail.</p>



<p>Lors de la grève du 5 décembre, des chiffres de grève historiques sont atteints dans de nombreux secteurs notamment dans les transports mais aussi dans l&rsquo;Education nationale avec 75&nbsp;% de grévistes. 7 raffineries sur 8 sont à l&rsquo;arrêt. Les pompiers qui appelaient depuis le 2 décembre à camper sur la place de la république rejoignent la manifestation et font reculer les CRS qui avaient scindé la manifestation en deux et empêchaient les cortèges d&rsquo;avancer.</p>



<p>L&rsquo;ambiance est à la colère mais également à la fête de se retrouver “Tous ensemble” contre Macron et son monde&nbsp;! Au-delà des retraites, les revendications pleuvent&nbsp;: pour l&rsquo;augmentation des salaires, contre la casse des services publics, contre la réforme de l&rsquo;assurance-chômage&#8230;</p>



<p>Dans les cortèges cheminot·e·s , profs, infirmier·e·s , retraité·e·s , chômeur·e·s &#8230;se donnent rendez-vous le soir même dans des assemblées générales interprofessionnelles.</p>



<p>Le 6 décembre, de multiples assemblées générales reconduisent la grève. Des AG de cheminots et de personnels de l&rsquo;éducation votent la grève jusqu&rsquo;à mardi 10 décembre, date fixée par les centrales syndicales pour une nouvelle journée nationale d&rsquo;action.</p>



<p>L&rsquo;après-midi des rencontres interprofessionnelles ont lieu dans les gares et appellent à des actions de blocages dès lundi matin&nbsp;!</p>



<p>La convergence avec la manifestation des Gilets jaunes du lendemain est votée tout comme l&rsquo;appel à rejoindre la manifestation de dimanche 8 décembre contre le racisme et les violences policières.</p>



<p>Ça ne fait que commencer ! Tous les acteurs de ce mouvement en sont convaincus ! A commencer par les sections les plus combatives des cheminot·e·s  qui se sont mobilisés en 2018 et qui ont fait partie des secteurs organisés, syndiqués à rejoindre le mouvement des gilets jaunes dès le début.</p>



<p>Un an après le début du mouvement des Gilets Jaunes : Tout est possible!</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marie Périn, éducatrice gréviste et Nicolas Verdon, enseignant gréviste </h5>
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		<title>Qu’est-ce qu’on veut ? Tout !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/quest-ce-quon-veut-tout/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Dec 2019 22:50:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un nouveau printemps en hiver. Vingt-cinq ans après décembre 1995. N’en déplaise aux réacs qui étalent leur arrogance et leur peur sur tous les plateaux télé, le pays n’est pas paralysé, il est en ébullition. <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/quest-ce-quon-veut-tout/" title="Qu’est-ce qu’on veut ? Tout !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Un nouveau printemps en hiver. Vingt-cinq ans après décembre 1995. N’en déplaise aux réacs qui étalent leur arrogance et leur peur sur tous les plateaux télé, le pays n’est pas paralysé, il est en ébullition. Le silence des machines, des trains, des avions, des métros… c’est le cauchemar des riches. C’est la respiration de la majorité des nôtres.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un printemps en hiver</h3>



<p>En 1995, déjà, la bataille s’était lancée sur les retraites. Elle avait réveillé notre classe assommée, fragmentée, disparue aux yeux de tous les discours dominants. C’était une première salve. Et quelle salve&nbsp;! Bien sûr, presque 25 ans c’est long pour sortir du coma. Mais ça ne s’est jamais arrêté depuis. Et nous revoilà en hiver. Avec de nombreuses luttes derrière nous, de nombreuses expériences, sur tous les fronts. Avec notamment un an de Gilets jaunes.</p>



<p>Alors il est temps maintenant. Temps de ne plus voir dans la misère que la misère, mais aussi, comme le disait Marx, «&nbsp;le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne&nbsp;». C’est l’autre côté de Bagdad, Téhéran, Honk Kong, Santiago, Alger. De Paris, Toulouse, Rennes ou Marseille. Et des ronds-points de toutes les régions. Pas seulement une révolte sur une nouvelle taxe, un mauvais gouvernement ou une attaque sur les retraites. Une révolte contre l’ordre du Capital. A Bagdad, les tuk-tuk, ces mini taxis à trois roues, de symboles de la servitude et de la précarité se sont retournés en symboles et outils de la révolte de masse, transportant les blessés et la nourriture, transmettant les informations.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="825722" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #825722;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/12/Edito-Tuk-tuk.jpg" alt="" class="wp-image-3442 not-transparent" width="580" height="399"/><figcaption><em>Un tuk-tuk transportant un blessé au milieu des gaz lacrymogènes</em></figcaption></figure>



<p>Dans le même texte Marx expliquait&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>“Les conditions économiques avaient d&rsquo;abord transformé la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a créé à cette masse une situation commune, des intérêts communs. Ainsi cette masse est déjà une classe vis-à-vis du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte, dont nous n&rsquo;avons signalé que quelques phases, cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu&rsquo;elle défend deviennent des intérêts de classe. Mais la lutte de classe à classe est une lutte politique.” </p><cite> Karl Marx, <em>Misère de la philosophie</em></cite></blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">Faire classe pour battre le Capital</h3>



<p>Le Capital est prêt à aller vers toujours plus de barbarie pour maintenir sa domination. Des mort.e.s en Méditerranée aux blessé.e.s et mutilé.e.s sur les pavés de la contestation des Gilets Jaunes, pour lui, nos vies valent moins que ses profits.&nbsp;</p>



<p>La séquence ouverte par le 5 décembre est, un an après le démarrage du mouvement des gilets jaunes, une gigantesque opportunité de faire bloc contre le Capital. En juillet, un chroniqueur des Échos s’alarmait, suite aux Gilets jaunes, du risque de «&nbsp;zadisme permanent&nbsp;», de l’extension de la révolte vers des secteurs comme l’enseignement ou les hôpitaux. Que les ronds point fassent tâche d’huile. Qu’ils deviennent gares, entrepôts, raffineries…</p>



<p>Le côté révolutionnaire de la situation doit être saisi. Dans chaque quartier, dans chaque lieu de travail, il faut mettre les bouchées doubles pour élargir et implanter la grève et son soutien, en fortifier les bases. Si le gouvernement et les commentateurs sont si inquiets de savoir si le mouvement peut déborder les organisations, si les colères peuvent «&nbsp;coaguler&nbsp;», c’est bien qu’ils ont un début de réponse&nbsp;: cela fait des semaines que, malgré l’offensive idéologique pour tenter de limiter l’ampleur de la contestation (les gilets jaunes étaient anti-écolos, les grévistes du 5 décembre sont corporatistes), les grèves sont populaires. Il faut dire que depuis 2017, le nombre de pauvres a augmenté et les inégalités sociales ont explosé.&nbsp;</p>



<p>La situation est maintenant devenue explosive, de part et d’autre&nbsp;: elle ne se dénouera favorablement que lorsque nous aurons été capables de faire classe pour nous-mêmes. Nous devons procéder à la mise en commun de nos intérêts, et arrêter de raisonner à partir des contraintes concurrentielles du Capital et des idées qu’elles impliquent. Il y a bien sûr suffisamment de moyens pour financer nos retraites, les services publics, l’indemnisation des chômeur.se.s, tout comme les moyens existent pour des bourses d’étude pour tou.te.s les étudiant.e.s, pour garantir l’indépendance financière aux femmes victimes de violences conjugales, pour accueillir les migrant.e.s. Accepter l’idée qu’on manque de moyens dans certains cas, c’est légitimer les attaques contre certain.e.s et c’est nous affaiblir tou.te.s.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ils nous divisent, unissons nous&nbsp;!</h3>



<p>Ce n’est ainsi pas un hasard si le gouvernement a fait de la question de l’immigration un axe majeur de sa politique depuis la rentrée. Faire accepter par exemple la suppression de l’Aide Médicale d’État qui permet l’accès aux soins des personnes migrantes, c’est contribuer à faire accepter la remise en question du droit à la santé pour toutes et tous et donc la destruction du service public censé le garantir. Légitimé contre les migrantEs, l’argument du manque de moyens devient ensuite une arme de destruction contre toute la société.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="bfbfbf" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #bfbfbf;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/12/Edito-Tous-Unis.jpg" alt="" class="wp-image-3441 not-transparent" width="164" height="223"/><figcaption><em>Même Macron &#8211; même combat</em></figcaption></figure></div>



<p>Alors, pour ne laisser aucune brèche ouverte dans notre front et lui donner ainsi la possibilité de gagner, il faut construire l’idée que notre classe n’a pas de frontières, ni professionnelle, ni nationale. C’est la raison pour laquelle dans la mobilisation du 5 et les discussions et initiatives qui auront lieu ensuite, il faut aussi argumenter sur la manifestation du mercredi 18 décembre, à l’occasion de la Journée Internationale des migrant.e.s. Dans toutes les villes des manifestations se préparent. Les syndicats nationaux (CGT, Solidaires, FSU, CNT) appellent à se mobiliser aux côtés des collectifs de sans-papiers, des associations de l’immigration, des collectifs locaux de solidarité, mais aussi du Comité Adama, du Collectif de défense des jeunes du Mantois, de la Roya Citoyenne, de Quartiers Nord Quartiers Forts de Marseille. Pour la liberté de circulation et la régularisation de tous les sans-papiers, contre le racisme et le fascisme qui se développent.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Du pain et des roses….et bien plus encore&nbsp;!</h3>



<p>La lutte de classe est politique. La grève de masse met en pleine lumière l’antagonisme caché. L’arrêt soudain de tout l’ordre sur lequel repose le capitalisme, son blocage, ne pourra finalement être surmonté que d’une seule manière&nbsp;: son renversement complet. C’est cela qui s’ouvre avec le mouvement du 5 décembre. Le chemin qui y mène n’est pas écrit d’avance et connaîtra de nombreuses avancées et reculs apparents. «&nbsp;Gilets jauner&nbsp;» les Gilets rouges, insurrectionner les grèves, grèver les soulèvements insurrectionnels, politiser, c’est-à-dire généraliser les révoltes catégorielles, en-rêver les revendications quotidiennes et enraciner les rêves dans les revendications concrètes voilà à quoi il s’agit de travailler ardemment. Du pain et des roses&nbsp;! Ce que nous voulons&nbsp;? Tout&nbsp;!</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard et Vanina Giudicelli</h5>
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		<item>
		<title>L’insurrection des Gilets Jaunes n’était pas une parenthèse !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Aug 2019 21:41:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=2233</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le palais présidentiel (l’Elysée) est sans doute un des lieux les plus inaccessibles et protégés en France. Mais en décembre dernier les forces de sécurité ont mis en place un dispositif pour évacuer Emmanuel Macron <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/" title="L’insurrection des Gilets Jaunes n’était pas une parenthèse !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading">Le palais présidentiel (l’Elysée) est sans doute un des
lieux les plus inaccessibles et protégés en France. Mais en décembre dernier
les forces de sécurité ont mis en place un dispositif pour évacuer Emmanuel
Macron du palais présidentiel de l’Elysée en cas d’envahissement par des
manifestants.</h6>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/GJ_011218_croppée.jpg" alt="" class="wp-image-2247"/></figure>



<p></p>



<h4 class="wp-block-heading">Un mouvement extraordinaire</h4>



<p>C’est un mouvement extraordinaire qui a eu lieu cette année
en France. Extraordinaire au sens propre, c’est-à-dire qui sort de l’ordinaire
aussi bien du fonctionnement habituel que des périodes précédentes de lutte.</p>



<p>Quand on parle de révolte, comme dans le titre de ce débat,
on pense généralement à une explosion limitée dans le temps, une éruption de
rage. La rage était bien présente mais l’explosion a duré. Dès le début les
manifestations du samedi ont été nommées «&nbsp;Actes&nbsp;», comme dans les
pièces de théâtre. L’Acte 1 a eu lieu le 17 novembre. Aucune pièce ne s’arrête
à l’Acte 1. Et ce samedi (6 juillet) des manifestations constituaient l’Acte
34, soit plus de 7 mois de manifestations tous les samedis sans aucune
interruption&nbsp;! En 6 mois un journal avait déjà recensé près de 50&nbsp;000
manifestations et rassemblements dans toute la France&nbsp;!</p>



<p>Le mouvement des Gilets Jaunes a été aussi extraordinaire
dans sa composition mobilisant des secteurs inattendus de la&nbsp; population dont la grande majorité manifestaient
pour la&nbsp; première fois de leur vie,
organisés autour de petites villes et de villes moyennes, travailleurs de
petites entreprises sans syndicats, retraitéEs, chômeurs, travailleurs
précaires ou sans statut avec une proportion inédite de femmes, notamment de
mères célibataires ainsi que des membres de ce qu’on pourrait appeler la petite
bourgeoisie traditionnelle, artisans, commerçants, chefs de petites entreprises.</p>



<p>Le terme «&nbsp;Acte&nbsp;» nous dit aussi un autre aspect
important, l’orientation de ce mouvement vers l’action, bloquant des routes et
des ronds-points, tenant des assemblées, occupant des bâtiments. Rapidement les
Gilets Jaunes ont appelé à «&nbsp;bloquer l’économie&nbsp;» non pas en bloquant
la production par des grèves, nous y reviendrons, mais en tentant de bloquer la
circulation des marchandises, blocages de péages, de raffineries, de ports, de
centrales d’approvisionnement en marchandises pour les supermarchés…</p>



<p>Ces opérations étaient organisées pendant la semaine sur les
lieux d’implantation des Gilets Jaunes tandis que les manifestations du samedi convergeaient
dans les métropoles et les grandes villes dont bien sûr Paris. Et, de manière
inédite par rapport aux manifestations traditionnelles ces manifestations, non
déclarées, avaient lieu dans les quartiers les plus riches qui sont aussi ceux
des centres du pouvoir. C’est ainsi qu’à Paris le lieu central et le plus
emblématique des manifestations était les Champs Elysées, ses magasins et ses
restaurants de luxe mais aussi ses ambassades, ses ministères… et son palais
présidentiel. Rapidement la police a défini des zones où les manifestations
étaient interdites laissant des cortèges «&nbsp;sauvages&nbsp;» multiples se
croiser dans un Paris en partie déserté par les voitures tandis que des
affrontements éclataient dans ces zones interdites.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Des épisodes insurrectionnels</h4>



<p>Cela a donné lieu à des épisodes insurrectionnels dans tout
le pays et notamment dans la capitale. Le 1<sup>er</sup> décembre des magasins
de luxe et des restaurants ont brûlé et été pillés sur la «&nbsp;plus belle
avenue du monde&nbsp;». L’Arc de triomphe, symbole du militarisme français… et
de l’image de Paris a été envahi et pillé par des manifestants. Dans une petite
ville du centre de la France (Puy-en-Velay) la police a dû se réfugier dans le
bâtiment de l’Etat (la préfecture) sous la pression des manifestants qui y ont
mis le feu. Il a fallu plusieurs heures pour que des renforts soient envoyés et
que la police reprenne le contrôle.</p>



<p>Malgré la campagne hystérique des médias et du pouvoir
«&nbsp;contre la violence&nbsp;» cela n’a pas arrêté les manifestations. Le 5
janvier des manifestants ont enfoncé la porte d’un ministère avec un
transpalette. Il faut regarder les vidéos sur youtube d’un épisode qui s’est
déroulé ailleurs dans Paris le même jour. On y voit une ligne de police
lourdement équipée qui repousse des manifestants sur un pont. Soudain comme
dans un film de superhéros, un boxeur saute sur le pont et fait reculer toute
la ligne de flics mettant finalement KO l’un d’entre eux. Le boxeur a été
condamné à un an de prison. Mais en deux jours une collecte spontanée sur
internet a collecté 140&nbsp;000 euros avant que le gouvernement ne la fasse
fermer&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="66696a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #66696a;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/GJ_DETTINGER_011218-e1564693852298.jpg" alt="" class="wp-image-2239 not-transparent"/></figure>



<p>Le 16 mars alors qu’à Paris un cortège de 100&nbsp;000
faisait fusionner la manifestation contre le racisme et les violences
policières, la manifestation pour le climat et des cortèges de Gilets Jaunes la
façade du Fouquet’s, restaurant de luxe symbolique des riches et du pouvoir,
était incendiée sur les Champs-Elysées.</p>



<p>Le niveau de confrontation avec l’Etat et la police est
illustré de manière plus dramatique par le nombre de manifestantEs blesséEs par
la police, près de 3000 dont 24 ont perdu un œil et 5 une main. Une vieille
dame a été tuée à Marseille par l’impact des grenades.</p>



<p>Selon les chiffres officiels 10&nbsp;000 manifestantEs ont
été temporairement incarcéréEs dans des commissariats. En mars 800 avaient déjà
été condamnés à des peines de prison ferme tandis que 1800 attendaient leur
procès&nbsp;! Les autorités ont dû admettre que malgré leur dénonciation des
«&nbsp;Black blocs&nbsp;» et autres «&nbsp;groupes d’extrême-gauche&nbsp;» les
personnes arrêtées comme celles qui ont été condamnées étaient principalement
«&nbsp;inconnues de leurs services&nbsp;»</p>



<p>Ce mouvement a planté les derniers clous sur le cercueil de
l’image de Macron. Il jouissait, du côté de la classe dirigeante de l’image de
«&nbsp;celui qui ne recule jamais&nbsp;». Si ses reculs sont surtout
symboliques, il a néanmoins reculé pour la première fois depuis qu’il est au
pouvoir sous la pression du mouvement, supprimant l’augmentation de la taxe sur
l’essence qui avait allumé le mouvement, accordant une prime exceptionnelle aux
salariéEs et surtout admettant qu’il avait été arrogant et ouvrant un
«&nbsp;Grand débat&nbsp;». Il a aussi perdu définitivement son image, auprès de
la population d’homme «&nbsp;nouveau&nbsp;». Il n’est désormais que le
«&nbsp;président des riches&nbsp;», méprisant, arrogant, raciste et autocrate.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Une rébellion de classe</h4>



<p>C’est une question qui a fait débat à gauche à cause de
visions mécanistes et/ou dogmatiques de la lutte de classes où la classe
ouvrière est souvent réduite à ses secteurs les plus traditionnels et la lutte
de classe à la mobilisation de troupes organisées par les syndicats défilant
sans incidents sur des parcours toujours identiques lors de journées de grève.</p>



<p>Pourtant les enquêtes sociologiques venues plus tard n’ont
fait que confirmer ce qui était une évidence dès le départ. Le mouvement des
Gilets Jaunes est une rébellion de classe tant par sa composition que par son
contenu. Les enquêtes ont en effet prouvé que, de manière écrasante, les Gilets
jaunes étaient des ouvriers, des ouvrières et des employéEs.</p>



<p>Dès le début les reportages donnant la parole à des Gilets
jaunes exprimaient tous la même idée&nbsp;: «&nbsp;nous ne pouvons plus
continuer de vivre comme ça&nbsp;», «&nbsp;dès le 15 du mois mon frigo est
vide&nbsp;» disaient des travailleurs tandis que des retraitéEs expliquaient
qu’ils et elles avaient travaillé toute leur vie et ne pouvaient même pas se
payer de vacances ou aller voir leurs petits-enfants. Une enquête a établi que
62% des Gilets jaunes finissaient chaque mois à découvert sur leur compte. D’où
le slogan d’un mouvement pour «&nbsp;les fins de mois&nbsp;». Dès décembre les
Gilets Jaunes vont converger avec les manifs climat derrière le slogan
«&nbsp;Fins de mois, Fin du monde, même combat&nbsp;».</p>



<p>Très rapidement aux revendications sur la baisse des taxes
se sont ajoutées des revendications sur l’augmentation des salaires, la défense
des services publics, le logement… </p>



<p>A cela s’ajoutait une colère contre «&nbsp;les riches&nbsp;»
avec notamment l’exigence de rétablissement de l’impôt sur les grandes
fortunes.</p>



<p>Ce qui s’exprimait dans ce mouvement n’était pas seulement
économique mais profondément politique, l’idée qu’une minorité s’approprie à la
fois les richesses et le pouvoir. Rappelons encore ici les manifestations dans
les quartiers des grandes villes, lieux combinés de richesses et de pouvoir…</p>



<p>Significativement une des figures des Gilets Jaunes avait
appelé un samedi à «&nbsp;aller à l’Elysée&nbsp;». Montrant l’incapacité des
médias dominants à comprendre la nature de ce mouvement il fut harcelé par les
journalistes sur le mode&nbsp;: «&nbsp;mais si vous voulez rencontrer Macron
pourquoi ne pas demander un rendez-vous&nbsp;?&nbsp;» &#8211; «&nbsp;Mais on ne veut
pas rencontrer Macron&nbsp;». Stupéfaction&nbsp;: «&nbsp;Vous ne voulez pas
négocier&nbsp;?&nbsp;» &#8211; «&nbsp;Non&nbsp;». «&nbsp;Vous voulez vous affronter
avec la police&nbsp;?&nbsp;» &#8211; «&nbsp;Non&nbsp;». «&nbsp;Mais alors que
voulez-vous&nbsp;?&nbsp;» &#8211; «&nbsp;Juste entrer à l’intérieur » &#8211;
Re-stupéfaction.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Des grèves comme produit du mouvement</h4>



<p>Malgré la politique des directions syndicales, condamnant au
départ le mouvement, allant jusqu’à appeler au calme après le 1<sup>er</sup>
décembre, des connections n’ont pas cessé de se développer entre les Gilets Jaunes
et des syndicalistes. A St Nazaire les dockers ont menacé le pouvoir de se
mettre en grève immédiatement si les piquets locaux de Gilets Jaunes étaient
attaqués. Sur des grèves locales des Gilets jaunes sont venus en soutien.</p>



<p>Un mouvement général ne se décrète pas, il ne peut être
décidé bureaucratiquement par des états-majors. Malgré l’appel de Gilets Jaunes
à rejoindre des journées de grève nationale appelées par les directions
syndicales à plusieurs reprises à partir de février pour tenter de «&nbsp;prendre
le train en marche », ces «&nbsp;appels par en haut&nbsp;» n’ont pas été des
succès.</p>



<p>Mais le processus a été bien plus vivant que cela. Le
mouvement des Gilets Jaunes a nourri le développement de grèves de plusieurs
manières.</p>



<p>Dès février le premier canal télé d’infos en continu &#8211; pourtant
très pourri &#8211; BFM, a averti que l’appel lancé par Macron aux patrons du privé
pour qu’ils accordent des primes exceptionnelles à leurs employés suscitait un
regain des grèves, y compris dans des grosses multinationales comme Véolia,
Dunlop ou Conforama soit pour que ces primes soient plus élevées qu’annoncé soit
pour qu’elles soient plus générales. Certaines de ces grèves ont même abouti à
des augmentations de salaires comme dans une filiale d’Apple. Dans les Douanes
une grève historique de plus de deux mois a conduit à une prime mensuelle.</p>



<p>Mais c’est aussi le climat général et l’idée qu’il était
possible de faire reculer Macron qui a nourri le regain de combativité
ouvrière. Gilets Jaunes est même devenu un verbe certains parlant de
«&nbsp;gilets-jauner&nbsp;» pour dire «&nbsp;lutter comme les Gilets Jaunes&nbsp;».
L’année s’est achevée sur des mouvements de lutte et de grève dans l’éducation
et dans les hôpitaux.</p>



<p>Début juillet un éditorialiste du quotidien économique
pro-libéral «&nbsp;Les Echos&nbsp;» avertissait du danger de «&nbsp;zadisme
permanent&nbsp;» se développant en France (du nom de la zad, ce terrain occupé
pendant des années contre un projet d’aéroport dans l’ouest de la France). Dans
son article il ne parle pas des Gilets Jaunes pour illustrer ce «&nbsp;danger&nbsp;»
mais de la grève dans les urgences des hôpitaux et du refus des enseignants de
faire remonter les notes du baccalauréat&nbsp;!</p>



<h4 class="wp-block-heading">Un extraordinaire… processus</h4>



<p>Qualifier ce mouvement d’extraordinaire est répandu, que ce
soit pour le condamner ou l’encenser. Mais se limiter à cela n’est pas
suffisant qui le déconnecte de ce qui serait «&nbsp;l’ordinaire&nbsp;» de la
situation. L’épuisement actuel de la forme de mobilisation des Gilets Jaunes est
présenté comme la fin du mouvement, la fermeture d’une parenthèse.</p>



<p>On comprend l’intérêt de cette analyse pour les cercles
dominants.</p>



<p>Mais cela amène aussi une grande partie de la gauche dite
«&nbsp;radicale&nbsp;» à se focaliser sur la nécessité d’un «&nbsp;débouché
politique&nbsp;» que chaque courant proclame être lui-même… comme avant le
mouvement. Et la caractéristique commune de ces différents
«&nbsp;débouchés&nbsp;» est qu’ils sont tous extérieurs au mouvement lui-même.</p>



<p>Pour la gauche réformiste ce débouché est institutionnel et
donc électoral.</p>



<p>Une des plus grosses organisations révolutionnaires en
France, Lutte ouvrière, a, elle, produit un communiqué hallucinant après les
élections européennes où elle présentait des candidats expliquant qu’il fallait
construire le parti révolutionnaire (donc Lutte ouvrière) en prévision du
moment où la classe ouvrière entrerait en lutte&nbsp;!</p>



<p>La meilleure manière d’appréhender le mouvement des Gilets Jaunes et la situation en France est à notre sens de le faire à la lumière de ce qu’a écrit la révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg dans une brochure sur la révolution de 1905 en Russie. Si vous ne l’avez jamais lu courrez le faire, ça s’appelle «&nbsp;grèves de masse, parti et syndicat&nbsp;».</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright is-resized"><img data-dominant-color="7b7673" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7b7673;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/04/img_2722-e1564702937801-704x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1859 not-transparent" width="187" height="272"/></figure>
</div>


<p>Elle y résout, au moins partiellement, ce qui semble un
paradoxe&nbsp;: comment notre classe qui «&nbsp;n’est rien&nbsp;» peut-elle
devenir «&nbsp;tout&nbsp;», comment notre classe dominée par les idées de la
classe dirigeante peut-elle «&nbsp;s’émanciper elle-même&nbsp;»&nbsp;?</p>



<p>Dans cette brochure elle décrit la révolution comme un
processus issu de la crise générale du système, crise qui aiguise ses
contradictions internes et les antagonismes de classe et provoque des conflits.
Elle y explique que ce processus peut s’étendre sur des années, voire des
décennies, au cours desquelles se succèdent des périodes de conflits ouverts et
généraux avec l’Etat et des périodes de multiples conflits partiels et/ou
locaux. Elle démontre que les luttes économiques, la multiplication de grèves
locales, «&nbsp;fertilisent&nbsp;» le sol pour l’explosion apparemment soudaine
de luttes politiques générales qui elles-mêmes préparent le terrain pour une
multiplication de luttes partielles. Ce processus est nécessaire pour
«&nbsp;éveiller&nbsp;» à la lutte et à la conscience de classe des couches de
plus en plus profondes et larges de la population.</p>



<p>Il est impossible, dans le cadre de cette introduction de
revenir loin en arrière dans l’expérience des luttes de ces 20 dernières années
en France. Mais si on regarde seulement ces dernières années, c’est bien ce
type de processus qui est à l’œuvre et qui permet aussi bien de comprendre le
mouvement des Gilets Jaunes que d’y donner des perspectives.</p>



<p>En 2016 c’était le mouvement contre la loi travail et son
monde avec des grèves et manifestations massives et l’occupation de grandes
places. En 2017, en pleine période électorale (présidentielle et législative),
malgré la stérilisation que cela entraîne généralement sur le terrain des
luttes, 1 million de jours de grève, locales, partielles,
«&nbsp;invisibles&nbsp;» ont été comptabilisés en deux mois. En 2018 a eu lieu
la grève la plus longue de l’histoire des cheminots, accompagnée de multiples
autres conflits. C’est dans cette période que sont apparus les «&nbsp;cortèges
de tête&nbsp;» regroupant les secteurs les plus déterminés, prenant la tête des
manifestations, s’affrontant avec la police. Lors de la manifestation du 1<sup>er</sup>
mai 2018 à Paris la police a déclaré que, selon ses propres chiffres ce cortège
de tête avait regroupé 14&nbsp;000 manifestants qu’il était impossible de
réduire aux «&nbsp;Black blocs&nbsp;» mais comportant des cortèges de
syndicalistes, de sans-papiers, etc…</p>



<h4 class="wp-block-heading">Une négation des «&nbsp;anciennes&nbsp;» formes de
lutte&nbsp;?</h4>



<p>Beaucoup d’analyses ont insisté sur le fait que le mouvement
des Gilets jaunes représentait une négation des mouvements précédents. Il y a
bien sûr une version de droite de cet argument contre l’idée même de lutte mais
aussi une version de gauche&nbsp;: «&nbsp;il faut chercher de nouveaux modes de
lutte, les syndicats c’est fini, la grève ça ne marche plus, les secteurs de la
production ne sont plus importants, ce qui compte c’est la circulation, etc.&nbsp;».
A l’opposé, comme dans le cas de Lutte ouvrière, les dogmatiques ont nié
l’aspect de classe de ce mouvement.</p>



<p>Dans le processus de grèves de masse que décrit Rosa
Luxemburg, cette «&nbsp;négation&nbsp;» de ce qui précède… fait partie du
processus. Les périodes de lutte générales s’épuisent généralement parce
qu’elles n’ont pas atteint la force, le niveau d’organisation et de conscience
nécessaire pour résoudre le niveau d’affrontement qu’elles ont-elles-même engendré.
Lorsque le processus resurgit, plus tard, plus loin, ailleurs, après une phase
où le mouvement semble s’être éparpillé dans une multitude de conflits, c’est
souvent à l’initiative de nouvelles couches de la population, avec d’autres
traditions… et une remise en cause des formes qui n’ont pas permis précédemment
de gagner.</p>



<p>C’est aussi cela qui a fait apparaître les Gilets Jaunes
comme un mouvement extraordinaire. Hors des syndicats, soulevant des secteurs
où la grève est difficile voire quasi impossible, survenant après des
mouvements (notamment en 2010 mais aussi 2016 ou 2018) où la grève de gros
secteurs n’a pas permis de gagner, ce mouvement s’est concentré sur la
tentative de bloquer l’économie par la circulation des marchandises (et des
services) plutôt que sur leur production et a cherché le rapport de force avec
le pouvoir dans l’affrontement de rue.</p>



<p>Ce faisant il a fait entrer dans la lutte de nouveaux
secteurs de la population et de notre classe. Il a infusé dans tout le reste de
la société, contre le conservatisme des organisations traditionnelles, le sens
de la créativité, de l’auto-organisation, de la détermination et de la
possibilité (et de la nécessité) de la confrontation avec les forces
répressives de l’Etat.</p>



<p>Mais il a aussi ré-ouvert, à nouveaux frais et à un niveau
plus élevé, la question des moyens et des formes pour gagner et notamment la
question de la grève. Il est allé, d’une certaine manière, au plus loin avec
les formes qu’il utilisait. L’épuisement actuel de la mobilisation ne signe pas
la fin du processus. Il signe uniquement l’épuisement de ces formes au stade
actuel et appelle à un nouvel élargissement dans sa composition – au-delà des
centaines de milliers impliquéEs activement dans le mouvement – et dans ses
formes.</p>



<p>Il est difficile de savoir de quoi les prochaines étapes
seront faites. En tant que tel, à part quelques noyaux qui probablement
défendront, de manière quasi religieuse la forme Gilets Jaunes, ce mouvement
devra sans doute être dépassé et même à nouveau «&nbsp;nié&nbsp;». Ce qui est
sûr c’est que le processus va continuer. Le syndicat des travailleurs de
l’électricité appelle déjà à une grève nationale le 19 septembre. Dans les
hôpitaux et l’éducation la lutte continue. Le gouvernement a déjà décidé de
reporter sa nouvelle attaque planifiée contre les retraites.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Le besoin d’un combat politique</h4>



<p>La révolution est un processus qui soulève toute la société…
pas uniquement la classe ouvrière. Par ailleurs la classe ouvrière n’est elle-même
pas un bloc homogène. Elle est traversée par des situations objectives
différentes, divisée par des discriminations multiples, de race, de genre…</p>



<p>C’est le processus décrit par Rosa Luxemburg qui crée les
conditions pour l’unifier dans sa diversité, lui donner conscience de son
pouvoir et entraîner d’autres couches de la société dans son mouvement.</p>



<p>Mais cette hétérogénéité signifie aussi que ce processus n’a
rien de fatal. Différentes idées et stratégies entrent en conflit au sein même
du mouvement qui ne visent pas toutes à la transformation sociale. Révolution
et contre-révolution vont par ailleurs toujours de pair.</p>



<p>Il a fallu l’expérience traumatique de la guerre mondiale,
dix ans après la rédaction de sa brochure, pour que Rosa Luxemburg, alors en
prison pour son opposition à la guerre, rompe avec ce qu’un auteur a appelé son
fatalisme optimiste (l’idée qu’il s’agissait uniquement d’accélérer un
processus historiquement inévitable&nbsp;: «&nbsp;la révolution progresse de
défaite et en défaite vers la victoire&nbsp;»). C’est alors qu’elle parle de
l’alternative entre socialisme et barbarie, rompt avec le parti social-démocrate
allemand et crée la Ligue spartakiste puis participe à la fondation du Parti
communiste au milieu de la révolution allemande à la fin de l’année 1918 juste avant
d’être assassinée&#8230; par une police aux ordres de ses anciens
«&nbsp;camarades&nbsp;» du parti social-démocrate.</p>



<p>Ce qui a été souvent été retenu contre les Gilets Jaunes est
pour nous le signe de la profondeur et de l’ampleur du processus en cours. Si
le caractère de classe de ce mouvement était indiscutable dès son origine, il a
aussi soulevé des couches de la population jusque là peu actives et entraîné
des sections de classes intermédiaires. Comment s’étonner, dans un pays où les
fascistes obtiennent régulièrement plus de 5 millions de voix et où tous les
partis dominants et tous les gouvernements ont propagé le racisme et le
nationalisme, que, lorsque ces couches se soulèvent des courants fascistes
essaient de s’y engager, que des électeurs et électrices du Rassemblement
national (ex-FN) y soient présents, que des préjugés racistes et nationalistes
s’y expriment&nbsp;?</p>



<p>Cela ne devait pas mener à condamner le mouvement. Mais cela
ne devait pas non plus être ignoré. D’où l’importance, pour le mouvement
lui-même et la suite du processus qu’un combat soit mené de l’intérieur du
processus lui-même, de l’intérieur du mouvement. Combat contre le racisme et pour
virer les fascistes, etc…</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="7d7d7d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7d7d7d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/16-mars_GJ_NB.jpg" alt="" class="wp-image-2243 not-transparent"/></figure>



<p>C’est aussi un combat sur les stratégies à mettre en œuvre. Alors
qu’une partie de la gauche ne parle que de «&nbsp;convergence des luttes&nbsp;»
comme si cette convergence était une simple addition de fronts (se traduisant
souvent &nbsp;par une simple addition de
«&nbsp;représentantE&nbsp;» sur des plateformes de meetings) tandis qu’une
autre partie ne parle que de «&nbsp;débouché&nbsp;» politique extérieur au
mouvement lui-même, c’est de l’intérieur du mouvement, en partant de ses
combats, de ses enjeux, qu’une force révolutionnaire doit se construire en se
battant pour&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Développer et élargir les mobilisations et
organisations locales dans les quartiers sur différents fronts et questions
concrètes</li>



<li>Favoriser le soutien à la multiplication des
grèves et l’auto-organisation de celles-ci</li>



<li>Mener de manière intransigeante la lutte
antiraciste, la lutte contre l’islamophobie et la solidarité avec les
migrantEs, la lutte contre le «&nbsp;système des frontières&nbsp;» et la
solidarité internationale&nbsp;: ce combat est crucial pour construire une
conscience de classe </li>



<li>Déraciner de manière offensive les fascistes et
notamment le Rassemblement national de toute apparition dans nos quartiers
voire dans nos luttes.</li>
</ul>



<h4 class="wp-block-heading">Conclusion (après le débat)</h4>



<p>Cette présentation du mouvement des Gilets Jaunes a insisté
sur tout ce qui est positif dans ce mouvement, sur l’inspiration qu’il nous
donne. Ce n’est pas ce qui nous défonce la gueule qui nous intéresse le plus,
ça on le subit trop souvent, mais surtout ce qui permet de rendre des coups et
ce qui peut permettre d’y mettre fin.</p>



<p>En forme de conclusion provisoire disons d’abord ici que la
situation en France et le processus en cours a bien sûr des spécificités dues à
l’histoire, longue et courte dans ce pays.</p>



<p>Mais ce qui est à l’origine n’est pas spécifique à la
France, c’est d’ailleurs ce qui garantit, pour le pire comme pour le meilleur,
qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Ce n’est pas la volonté nue de
certains secteurs ou de certaines forces qui produit le processus. C’est la
crise profonde du capitalisme lui-même qui ouvre le champ des possibles et le
champ de la lutte, une crise qui se reflète à tous les niveaux, sociaux,
économiques et politiques qui polarise la société, aiguise les antagonismes,
provoque les conflits. Ce que nous appelons «&nbsp;trajectoire du
Capital&nbsp;». Cette crise est globale. Elle s’exprime par la progression du
militarisme, du racisme, d’Etats autoritaires et de mouvements fascistes. C’est
le côté «&nbsp;barbarie&nbsp;» de l’alternative. Mais elle donne aussi
naissance à des révoltes et même des révolutions comme aujourd’hui au Soudan ou
en Algérie. Elle donne des audiences de masse à toutes les idées
anticapitalistes. Sous d’autres formes le processus en cours en France a lieu
partout. Et il est possible que les pays où le niveau actuel de luttes est le
moins élevé connaîtront à l’avenir des phases qui pourraient être d’autant plus
explosives. D’où l’importance d’analyser et de connaître les expériences en
cours dont celle de la France. Et le besoin d’étudier aussi chaque situation en
détails avec ses spécificités pour pouvoir y intervenir concrètement.</p>



<p>Ces situations créent de grandes opportunités. Mais il faut
qu’elles soient saisies pour faire avancer les expériences et les idées et que
se créent des forces révolutionnaires qui s’accumulent pour pousser le
processus en avant. A défaut d’autres forces sont à l’affut. La seule dynamique
du mouvement ne garantit rien. Les élections européennes en France ont montré que
le Rassemblement national n’avait rien perdu de son audience ces derniers mois.
Que ce sera le cas tant qu’on ne combinera pas les luttes sociales avec la
lutte contre le racisme et contre le fascisme. Oui certains peuvent avoir
soutenu les Gilets Jaunes et continuer de penser qu’il y a trop d’immigrés en
France… surtout quand le mouvement semble s’épuiser et que, fondamentalement
rien n’a encore changé. Que le frigo continue d’être désespérément vide dès le
15 du mois.</p>



<p>Il n’y a pas uniquement un processus vers la gauche. Si Macron a perdu de son crédit dans la classe dirigeante celle-ci n’a pour l’instant pas d’autre carte disponible immédiatement. Mais nul doute qu’elle y travaille. L’organisation patronale, le Medef, avait invité à son université d’été Marion Maréchal-Le Pen, petite fille de Jean-Marie Le Pen, qui a été députée pour le FN. Quelques jours avant cette annonce elle avait médiatisé une rencontre avec des cadres du parti de droite, Les Républicains. Le Capital n’en est pas encore rendu à jouer directement la carte du fascisme. Mais l’histoire s’accélère.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard</h6>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/">L’insurrection des Gilets Jaunes n’était pas une parenthèse !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Crise et polarisation : le bourbier français</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/crise-et-polarisation-le-bourbier-francais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jun 2019 23:00:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=2125</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les médias dominants véhiculent des clichés paresseux autour d’une France qui serait «&#160;ingouvernable, un dernier bastion de résistance populaire à la marche en avant du néolibéralisme qui semble irrésistible partout ailleurs&#160;», condamnée à la stagnation <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/crise-et-polarisation-le-bourbier-francais/" title="Crise et polarisation : le bourbier français">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/crise-et-polarisation-le-bourbier-francais/">Crise et polarisation : le bourbier français</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading">Les médias dominants véhiculent des clichés paresseux autour d’une France qui serait «&nbsp;ingouvernable, un dernier bastion de résistance populaire à la marche en avant du néolibéralisme qui semble irrésistible partout ailleurs&nbsp;», condamnée à la stagnation par «&nbsp;un marché du travail rigide et des lois qui ralentissent le progrès économique.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_1" class="footnote_tooltip">Howell, 2018</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Repris par les organes les plus sérieux de la presse anglo-saxonne, le répertoire de cette France archaïque et irréformable est chanté partout en France, de Chirac à Macron, en passant par Sarkozy et Hollande, sans parler du MEDEF et des éditorialistes de tous bords. L’éruption des gilets jaunes sur une scène déjà bien chahutée par les mouvements sociaux de ces dernières années n’a fait qu’intensifier ce discours, au point que l’on se retrouve obligé de se demander comment un pays si imperméable aux lois de l’économie politique moderne a bien pu quintupler son produit national brut depuis la moitié des années 1980 ? Malheureusement, il n’existe pas de miracle français, et toute observation sérieuse doit constater que, bien au contraire, «&nbsp;l’économie française a été libéralisée sous tous ses angles, par les privatisations, les politiques économiques pro-patronales et la dérégulation des marchés financiers et du travail. L’économie s’est polarisée sur fond d’augmentation des inégalités et des précarités.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_2" class="footnote_tooltip">Ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></h6>



<h4 class="wp-block-heading">Capital et
travail dans la France néolibérale</h4>



<p>Afin de mieux situer l’état actuel de la lutte des classes, il est utile de
reprendre les grandes lignes du processus de libéralisation de l’économie
française. Contrairement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, où Thatcher et
Reagan ont imposé le régime néolibéral «&nbsp;classique&nbsp;» en attaquant de
front les syndicats, la France a élu un président de gauche, François
Mitterrand, au début des années 1980. La réponse néolibérale à la crise de
profitabilité qui touchait alors tous les pays développés est assez simple : il
s’agit, par tous les moyens (y compris en liquidant des industries profitables
mais jugées «&nbsp;trop syndiquées&nbsp;») de diminuer <em>in fine</em> la part de la valeur produite qui allait à la classe
ouvrière sous forme de salaires directs et indirects. Mitterrand et ses alliés
communistes nageaient à contre-courant : l’idée directrice du «&nbsp;programme
en commun&nbsp;» était de sauver le capitalisme en augmentant les salaires afin
d’augmenter la demande. Lorsque la bourgeoisie, par la grève des
investissements, des attaques contre la monnaie nationale et des fuites de
capitaux, signifia à Mitterrand qu’elle était réticente à un sauvetage de ce
genre, ce dernier céda et annonça en mars 1983 le fameux «&nbsp;tournant de la
rigueur&nbsp;», c’est-à-dire le début des réformes néolibérales. </p>



<p>Ainsi naquit la version française de ce que Tariq Ali appelle «&nbsp;l’extrême-centre néolibéral&nbsp;», non dans un creuset Thatchérien de confrontation ouverte avec la classe ouvrière, mais par la trahison tranquille d’une gauche soucieuse de ne pas incommoder le capital. Le consensus néolibéral s’est construit politiquement dans les années 1980 et 1990, lorsque les caprices du calendrier électoral ont imposé plusieurs «&nbsp;cohabitations&nbsp;» de présidents et de premiers ministres de bords opposés. Un bon indicateur de ce phénomène sont les privatisations, qui ont progressé avec peu de regard pour les identités politiques des présidents et des premiers ministres (<em>voir tableau 1</em>).</p>



<p><strong><em>Tableau 1 : Privatisation sous les gouvernements de gauche et de droite, 1986-2005</em></strong><br><em>Source : Poingt, 2018</em></p>



<figure class="wp-block-table"><table class=""><tbody><tr><td><strong>   Période   </strong></td><td><strong>   Président   </strong></td><td><strong>   Premier ministre   </strong></td><td><strong>   Valeur des privatisations </strong><br>(milliards d’€)   </td></tr><tr><td><strong>   1986-8   </strong></td><td>
  Mitterand
  </td><td>
  Chirac
  </td><td>
  13
  </td></tr><tr><td><strong>   1993-5   <br><br>   1995-7 </strong></td><td>   Mitterand<br>  <br>   Chirac </td><td>   Balladur <br>   <br>   Juppé   </td><td>   <br>   26   </td></tr><tr><td><strong>   1997-2002   </strong></td><td>
  Chirac
  </td><td>
  Jospin
  </td><td>
  30
  </td></tr><tr><td><strong>   2002-5   </strong></td><td>
  Chirac
  </td><td>
  Raffarin puis De Villepin
  </td><td>
  13
  </td></tr></tbody></table></figure>



<p>La privatisation poursuivie par les gouvernements successifs est un pas de côté par rapport aux politiques «&nbsp;dirigistes&nbsp;» qui faisaient de l’État le premier capitaliste de France pendant les «&nbsp;trente glorieuses&nbsp;» &#8211; une période où le pays était, il est utile de le rappeler, dirigé exclusivement par des gouvernements de droite. Contrairement à ce qui est implicite dans la formule à la mode de David Harvey, «&nbsp;l’accumulation par dépossession&nbsp;», la privatisation n’entraîne pas, en elle-même, l’ouverture de nouveaux secteurs à l’accumulation capitaliste. Des entreprises privatisées en France comme Saint-Gobain, Elf Aquitaine, Renault, France Télécom, Air France et d’autres, étaient déjà dédiées à l’accumulation capitaliste compétitive avec l’État aux commandes. C&rsquo;est aussi le cas d&rsquo;Aéroports de Paris, candidat majeur à la privatisation sous Macron. Pour comprendre la privatisation dans le contexte de la longue trajectoire du capital, il faut plutôt la voir comme un moyen parmi d’autres de moduler les conditions dans lesquelles l’accumulation capitaliste a lieu&nbsp;: ainsi Ben Fine suggère que la «&nbsp;privatisation fut un moyen important de réorganisation de la relation entre capital et travail&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_3" class="footnote_tooltip">Fine, 2008, p15.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les destinées d’Orange (anciennement France Télécom) et La Poste sont particulièrement instructives de ce point de vue&nbsp;: dans les deux cas, le changement de statut de service public à entreprise commerciale étatique (EPIC, ou établissement public à caractère industriel et commercial) et enfin à société par actions s’est accompagné de l’introduction de politiques impitoyables de suppression salariale<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_4" class="footnote_tooltip">Nicolas, 2010.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. L’augmentation catastrophique des cas de dépressions et d’autres maladies mentales parmi les salariés a amené de nombreux suicides<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_5" class="footnote_tooltip">“Apache”, 2012. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Des tendances similaires, de Renault à l’hôpital public et la SNCF, se sont manifestées ces dernières années, reflétant une augmentation séculaire des risques liés aux maladies psychiques au travail alors que les cadences augmentent et que les patrons du public comme du privé demandent aux travailleurs de faire plus avec moins de moyens<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_6" class="footnote_tooltip">Dares, 2017.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.    </p>



<p>La privatisation et l&rsquo;austérité dans les services publics frappent doublement la classe ouvrière&nbsp;: non contentes de dégrader les conditions sur le lieu de travail, elles dégradent également le niveau et la qualité de vie de la classe en général, qui est celle qui profite le plus de ces salaires indirects que sont les services publics. Pour ne nommer que quelques exemples, les deux tiers des maternités ont fermé leurs portes depuis 1989, ainsi que sept pour cent des hôpitaux publics sur la seule période 2013-2017 (sans parler des fermetures massives de services au sein des hôpitaux). Un tiers des bureaux de poste ont disparu depuis 2005, et même des députés macronistes furent embarrassés par les conclusions de leur propre rapport parlementaire sur la situation catastrophique des maisons de retraite (Ehpad), asséchées depuis vingt ans et assujetties à de nouvelles coupes budgétaires en 2017. Enfin, un rapport comparatif de l&rsquo;OCDE montre que le système scolaire français &#8211; l&rsquo;école de la République du mérite &#8211; ne faisait que reproduire les inégalités sociales<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_7');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_7" class="footnote_plugin_tooltip_text">7</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_7" class="footnote_tooltip"> OCDE, 2018 .</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_7').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_7', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les populations rurales et, bien entendu, celles des banlieues populaires des grandes villes furent en première ligne pour recevoir les coups du néolibéralisme. Mathieu Rigouste le résume parfaitement lorsqu&rsquo;il affirme que «&nbsp;la ségrégation des nouveaux “damnés de la ville” dans ces territoires a permis d’y expérimenter les premiers dispositifs néolibéraux consistant à couper les dépenses de protection sociale et à réduire l’État à ses appareils sécuritaires. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_8');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_8" class="footnote_plugin_tooltip_text">8</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_8" class="footnote_tooltip"> Rigouste, 2016. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_8').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_8', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> &nbsp;  </p>



<p>Le racisme et l&rsquo;islamophobie furent naturellement invoqués pour &#8211; entre autres &#8211; couvrir les échecs du capitalisme français, et tout un discours autour des «&nbsp;quartiers sensibles&nbsp;» et des problèmes d&rsquo;intégration fut monté pour justifier à la fois la marginalisation économique et les crimes commis par la police à l&rsquo;encontre des descendants d&rsquo;immigrés. Comme beaucoup l&rsquo;ont répété, la pauvreté et la précarité qui ont donné naissance au mouvement des gilets jaunes sont bien installés en banlieue depuis les années 1980. </p>



<p>La précarité au travail a également augmenté&nbsp;: sous-traitance, contrats courts, intérims et autres dérogations, tous les moyens sont bons pour court-circuiter les conventions collectives du public comme du privé, tout en sapant la solidarité entre les ouvriers syndiqués en CDI et les autres<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_9');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_9" class="footnote_plugin_tooltip_text">9</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_9" class="footnote_tooltip"> Beroud, 2009. C’est particulièrement le cas dans l’industrie manufacturière.  </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_9').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_9', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Ces quinze dernières années, le pourcentage de salariés en CDD n&rsquo;a augmenté que légèrement, de 10 à 12%, mais la durée moyenne des contrats a baissé de 112 à 46 jours<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_10');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_10');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_10" class="footnote_plugin_tooltip_text">10</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_10" class="footnote_tooltip"> Dares Analyses, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_10').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_10', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Une minorité de travailleurs et de travailleuses enchaîne des contrats de plus en plus courts&nbsp;: les précaires sont de plus en plus précaires. Naturellement, les femmes et les jeunes sont surreprésentés dans cette catégorie.  </p>



<p>La classe ouvrière française n&rsquo;a donc pas été épargnée par la privatisation et l&rsquo;austérité, mais la classe dirigeante est loin d&rsquo;être satisfaite de ses réformes néolibérales ; de nombreuses opportunités de casser le dos des syndicats «&nbsp;une bonne fois pour toutes&nbsp;» comme ont pu le faire Thatcher et Reagan, ont été manquées &#8211; notamment en 1995, lorsque le président fraîchement élu, Jacques Chirac, se vit contraint à une retraite humiliante face à la grève générale la plus massive depuis 1968. Cette défaite a marqué la présidence de Chirac, qui quitta l&rsquo;Elysée douze ans plus tard accompagné de lamentations bourgeoises sur son «&nbsp;mandat pour rien&nbsp;».</p>



<p>Une statistique résume mieux que toutes les autres l&rsquo;origine des griefs bourgeois à l&rsquo;encontre de Chirac&nbsp;: les années précédant la crise de 2008 ont vu une baisse de la part allant aux salaires dans tous les pays capitalistes avancés sauf en France<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_11');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_11');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_11" class="footnote_plugin_tooltip_text">11</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_11" class="footnote_tooltip"> OLI et OCDE, 2015. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_11').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_11', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Ainsi les principaux rivaux du capital français ont réussi, contrairement à ce dernier, à augmenter la survaleur relative capturée au détriment des travailleurs. Des études suggèrent que cet écart entre le capital français et ses rivaux s&rsquo;est accentué depuis la crise de 2008, avec des salaires augmentant plus vite que la productivité (ce qui revient à dire qu&rsquo;une plus grande part de la valeur produite échappe aux capitalistes) dans le secteur commercial français malgré un taux de chômage élevé. Outre-Rhin, les rivaux allemands parviennent à augmenter la productivité plus vite que les salaires, ce qui revient à baisser la part revenant aux salariés dans les richesses produites (<em>figure 1</em>). </p>



<p><em><strong>Figure 1 : Evolution des salaires et de la productivité en France, Allemagne et Italie, 1998 &#8211; 2014</strong></em></p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="f4f4f4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f4f4f4;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/Jad-Fig-1.jpg" alt="" class="wp-image-2136 not-transparent"/><figcaption><em>Source: Berger et Wolff, 2017. Variables indexées au niveau de 1998.</em></figcaption></figure>



<p>Comment expliquer les salaires élevés&nbsp;? Dans cette économie capitaliste avancée, très productive, les patrons ont besoin de retenir les salariés qualifiés, limitant ainsi leur recours à la sous-traitance ou à l&rsquo;intérim. Une flambée récente de la demande manufacturière a révélé un problème inattendu&nbsp;: la rareté de la main-d&rsquo;oeuvre industrielle qualifiée<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_12');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_12');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_12" class="footnote_plugin_tooltip_text">12</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_12" class="footnote_tooltip"> Agnew, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_12').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_12', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Il s&rsquo;avère ainsi que l&rsquo;armée de réserve de travailleurs (les chômeurs et chômeuses), malgré ses 3 millions de membres, n’est pas suffisante pour tirer les salaires vers le bas, au plus grand dam des capitalistes.</p>



<p>Les taux de grève élevés contribuent bien évidemment à pousser les salaires vers le haut. Selon des données rassemblées par <em>Wirtschafts und Sozial-wissenschaftliches Institut </em>(institut de recherche économique et sociale)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_13');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_13');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_13" class="footnote_plugin_tooltip_text">13</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_13" class="footnote_tooltip">WSI, 2015.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_13').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_13', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, le secteur commercial français (privé + public), malgré les reculs et les défaites, reste le champion d&rsquo;Europe des grèves, avec une moyenne de 132 jours de grève par an pour mille employés entre 2005 et 2014, plus de cinq fois la moyenne britannique sur la même période. Les grèves dans le secteur public non-commercial, qui inclut l’administration, l’instruction publique et la santé, sont encore plus fréquentes, atteignant les 329 jours par 1000 travailleurs en 2011<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_14');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_14');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_14" class="footnote_plugin_tooltip_text">14</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_14" class="footnote_tooltip">Meistermann, 2016.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_14').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_14', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. </p>



<p><strong><em>Figure 2 : Jours de grève par 1000 travailleurs/an, secteur commercial</em></strong></p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="dededf" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #dededf;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/Jad-Fig-2.jpg" alt="" class="wp-image-2139 not-transparent"/><figcaption><em>Source: Dares résultats, 2018.</em> </figcaption></figure>



<p> Un examen plus détaillé de la période 2005-2016 (<em>figure 2</em>) montre les fluctuations de la lutte dans le secteur commercial. Les moyennes hautes de 2005-2009 sont la norme sous des gouvernements de droite, et ont culminé dans le mouvement de 2010 contre la réforme des retraites&nbsp;; les années suivantes, marquées par l’élection de Hollande, ont vu un amortissement remarquable des conflits sociaux jusqu’au mouvement de 2016 contre la loi El-Khomri. En examinant les années 2015 et 2016, il est important de remarquer que les grèves du secteur commercial sont concentrées dans l’industrie et les transports. Contrairement à 2016, année dominée par une lutte nationale, les conflits de 2015 sont principalement sectoriels ou locaux, au sein des mêmes entreprises qui se mobiliseront contre El-Khomri un an après&nbsp;: ce sont les entreprises les plus massives, qui concentrent le plus grand nombre de travailleurs et de militants syndicaux<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_15');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_15');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_15" class="footnote_plugin_tooltip_text">15</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_15" class="footnote_tooltip"> En 2015, le 1,3&nbsp;% des entreprises du secteur des affaires qui ont connu des grèves ou des arrêts de travail employaient 24,4% de l&rsquo;effectif total &#8211; ce ratio était respectivement de 1,7&nbsp;% et 26&nbsp;% en 2016, Dares Résultats, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_15').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_15', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. </p>



<p>Le paradoxe le plus criant du syndicalisme en France est son niveau de succès malgré un taux de syndicalisation très bas. Pas plus de 11% des salariés en France sont syndiqués, mais plus de 90% sont couverts par une convention collective<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_16');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_16');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_16" class="footnote_plugin_tooltip_text">16</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_16" class="footnote_tooltip">Howell, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_16').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_16', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les conventions collectives négociées nationalement s’appliquent <em>a minima</em> à toutes les entreprises, indépendamment de la présence syndicale locale (voir Sophie Béroud, Chris Howell). Cette particularité vient s’ajouter aux facteurs poussant les salaires à la hausse, mais contribue aussi à la baisse de la syndicalisation&nbsp;: en plus de leur financement pris en charge en grande partie par l’État, les syndicats restent capables d’imposer des conditions favorables par la négociation nationale sans avoir à passer par des campagnes de recrutement local<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_17');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_17');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_17" class="footnote_plugin_tooltip_text">17</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_17" class="footnote_tooltip"> Dares Résultats, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_17').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_17', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. </p>



<p>Depuis Hollande, une classe dirigeante radicalisée entend mettre fin à ce compromis construit dans l’après Mai 68 (voir Chris Howell). Comme l’ont souligné les syndicats, un volet majeur de la loi el-Khomri est «&nbsp;l’inversion de la hiérarchie des normes&nbsp;»&nbsp;: cela signifie que les patrons auront la possibilité de saper les conventions collectives nationales afin d’imposer des conditions moins favorables, ce qui va resituer les attaques &#8211; et donc les luttes &#8211; sur le terrain de l’entreprise individuelle, bien moins couvert par les syndicats. La classe dirigeante entend ainsi redonner le pouvoir aux patrons.  </p>



<h4 class="wp-block-heading">L’accélération de la crise sous Hollande</h4>



<p>Après un flirt oratoire avec une politique de relance censée diminuer la dette publique et le chômage, Hollande opéra un tournant à droite toute en 2014, avec la nomination de Manuel Valls au poste de premier ministre. <br> Valls n’a jamais caché ses affinités avec le MEDEF et son idée fixe de baisser à tout prix le «&nbsp;coût du travail&nbsp;». Il mit en place un grand programme de subventions étatiques aux entreprises (CICE, etc) et le patron du MEDEF Pierre Gattaz partit en tournée médiatique pour répéter à qui voulut l’entendre sa promesse de créer un million d’emplois en retour. Le total des subventions atteignit 172 milliards d’euros annuels en 2017 selon la CGT<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_18');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_18');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_18" class="footnote_plugin_tooltip_text">18</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_18" class="footnote_tooltip"> CGT Pôle économique, 2017. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_18').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_18', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, mais un rapport mandaté par Matignon conclut que l’argent «&nbsp;aurait surtout contribué à restaurer les marges des entreprises et dans une moindre mesure à augmenter les salaires, sans favoriser des créations d’emploi massives. Aucun effet notable sur l’investissement n’a par ailleurs été observé.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_19');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_19');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_19" class="footnote_plugin_tooltip_text">19</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_19" class="footnote_tooltip">Sénécat, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_19').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_19', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Après les attaques terroristes de novembre 2015, Hollande a tenté d’unir le pays derrière la classe dirigeante au moyen d’un déchaînement de la rhétorique nationaliste, notamment en organisant la «&nbsp;marche républicaine contre le terrorisme&nbsp;». Ugo Palheta a noté à l’époque qu’il «&nbsp;apparaît de manière de plus en plus claire que le gouvernement a utilisé les attaques terroristes de novembre dernier pour imposer un agenda autoritaire sur lequel convergent les principaux partis français.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_20');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_20');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_20" class="footnote_plugin_tooltip_text">20</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_20" class="footnote_tooltip">Palheta, 2016b</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_20').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_20', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.   </p>



<p>C’est dans ce contexte, dans cette ambiance policière, chauvine et islamophobe, que le gouvernement lança son attaque frontale contre la classe ouvrière avec la loi travail ou loi el-Khomri. Du point de vue de la classe dirigeante et de l’État, le timing de l’offensive semblait bien choisi. En effet, «&nbsp;l’éruption du mouvement contre la loi el-Khomri a surpris les militants syndicaux dans le contexte politique de la montée du Front National et des mesures de sécurité renforcées dans le sillage des attaques terroristes de 2015.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_21');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_21');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_21" class="footnote_plugin_tooltip_text">21</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_21" class="footnote_tooltip"> Béroud, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_21').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_21', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>La lutte contre la loi travail dura plusieurs mois et vit des secteurs
différents de la société se jeter dans l&rsquo;arène. Des grèves et des
manifestations construites par en bas, anticipant les dates des centrales
syndicales nationales, ont nourri un mouvement lycéen et universitaire. Dans le
même temps, le mouvement Nuit Debout annonça en mars 2016 l’occupation des
place publiques (en particulier République à Paris) avant que les poids lourds
syndicaux n’amorcent le mouvement de grève dans les secteurs stratégiques. Tout
ce monde a battu le pavé lors de manifestations massives «&nbsp;contre la loi
travail et son monde&nbsp;», face à des violences policières d’une sauvagerie
peu commune, signe avant-coureur de la répression qui allait frapper les gilets
jaunes plus de deux ans plus tard. Le phénomène nouveau des «&nbsp;cortèges de
tête&nbsp;» est également apparu à cette époque, lorsque des centaines de
membres de la gauche radicale se mettaient en avant des banderoles syndicales
officielles afin de confronter directement la police. </p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="a36a66" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a36a66;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/IMG_3126-Manifestation-contre-la-loi-travail2.jpg" alt="" class="wp-image-2165 not-transparent"/></figure>



<p>Les grèves dans le secteur du nettoyage, dont les conditions de travail
sont bien pires que ce qui était annoncé par la loi el-Khomri, ont également
émergé durant cette période et continuent jusqu’à ce jour. Bien que petites et
clairsemées, ces grèves dans un secteur historiquement sous-organisé, où les
femmes racisées et les sans-papiers se retrouvent en première ligne, sont
significatives et ont souvent été victorieuses dans les gares, les hôtels et
les hôpitaux. </p>



<p>Cependant, le mouvement dans son ensemble n’a pas atteint la masse critique pour forcer la main du gouvernement. En plus de la répression policière et judiciaire extraordinaire contre les grévistes et les manifestants, les militants syndicaux n’ont au final pas réussi à mobiliser suffisamment dans les entreprises. La séquence de 2016 démontre que si le slogan de la grève générale reste central y compris dans les « nouveaux&nbsp;» types de mobilisations comme Nuit Debout, sa traduction en la réalité ne peut reposer sur les épaules des directions nationales syndicales. <br> <br>La classe dirigeante fut néanmoins forcée de payer un lourd tribut politique dans la bataille pour la loi travail. L’imposition de ces mesures néolibérales se transforma en opération kamikaze durant laquelle Hollande sacrifia non seulement ce qui restait de sa propre côte de popularité, mais le Parti Socialiste lui-même, qui s’effondra après un dernier coup de poignard dans le dos des classes populaires, préparant le terrain pour Emmanuel Macron.&nbsp; </p>



<h4 class="wp-block-heading">Macron</h4>



<p>Ancien inspecteur des finances publiques passé par une banque d’investissement, le ministre de l’économie Emmanuel Macron a réussi à se construire une réputation solide dans les milieux de la classe dirigeante, du Medef aux politiciens de l’extrême centre en passant par les hauts fonctionnaires, attirant aussi l’attention des médias. Il s’entoura de conseillers en communication pour fonder le mouvement La République en Marche (LREM) dans le seul but de commercialiser la marque du «&nbsp;candidat Macron&nbsp;» aux élections présidentielles. Habilement, il quitta le navire Hollande-Valls et annonçait sa candidature alors que ce qui restait de la crédibilité politique du président et de son premier ministre partait en fumée.&nbsp; </p>



<p>Quelques mois plus tard, François Fillon prenait ses rivaux à l’improviste en obtenant des sympathisants du parti Les Républicains (ex-UMP) l’investiture pour la présidentielle de 2017. Idéologiquement, Fillon représente la bourgeoisie provinciale, réactionnaire, anti-musulmane et anti-LGBT. Mais l’islamophobie et l’homophobie ouvertes de Fillon, ainsi que sa nostalgie déclarée pour l’empire colonial français cachaient une autre radicalisation non moins significative&nbsp;: dans un discours donné devant un cercle de grands patrons sous le charme, il promis un «&nbsp;blitzkrieg&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_22');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_22');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_22" class="footnote_plugin_tooltip_text">22</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_22" class="footnote_tooltip">Discours devant des PDG, organisé par la Fondation Concorde, 9 mars 2016. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_22').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_22', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> (guerre éclair) de mesures néolibérales pour transformer de fond en comble le paysage économique français en quelques mois. </p>



<p>L’investiture de Fillon n’était qu’une manifestation de plus du tournant droitier inéluctable pris par l’État et la classe dirigeante dans son ensemble. Malheureusement pour elle, la campagne de Fillon partit en vrille lorsqu’il fut révélé que ce catholique moralisateur avait fait payer sa femme près d’un million d’euros en argent public pour un boulot qu’elle n’avait simplement jamais fait. Pris pour cible par les médias et les cadres de son propre parti, Fillon tint bon et s’en remit à ses partisans réactionnaires (notamment les cercles qui avaient organisé la Manif pour tous) pour laisser passer la tempête. Sa campagne pris un caractère encore plus droitier et accéléra la défection des électeurs vers le nouveau favori des médias, Macron. L’ancien premier ministre fut incapable de passer le premier tour malgré un score impressionnant au vu des circonstances. </p>



<p>Si la campagne de Fillon en appelait aux réactionnaires provinciaux, Macron chercha à flatter ceux qui se trouvaient à l’opposé sur le spectre bourgeois&nbsp;: les jeunes cadres supérieurs urbains qui cachent leur indigence intellectuelle derrière un discours de managers, se voulant «&nbsp;disrupteurs&nbsp;» du champ politique français et transformateurs du pays en une «&nbsp;start-up nation&nbsp;». Macron joua la comédie à fond et modula tout son discours sur ce diapason ; sa rhétorique pathétique et ses discours de meeting franchement bizarres étaient accueillis par des vagues d’applaudissements truquées<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_23');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_23');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_23" class="footnote_plugin_tooltip_text">23</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_23" class="footnote_tooltip">Soudais, 2017.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_23').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_23', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>L’ascension météorique de Macron a sidéré les médias dominants, qui avaient
pourtant eux-mêmes gonflé la bulle, et ils se mirent en tête, avec leurs
intellectuels de salon, de trouver le secret du succès de ce jeune homme
providentiel dans sa propre personne. Il serait difficile, néanmoins, de
concevoir un personnage incarnant le désarroi politique français aussi bien et
aussi passivement que Macron&nbsp;; il n’a pas «&nbsp;écrit l’histoire&nbsp;»
mais est le produit de forces historiques impersonnelles dans lesquelles il n’a
joué qu’un rôle secondaire. </p>



<p>En effet, l’auto-immolation du Parti Socialiste sur l’autel du capital, la
crise de la droite traditionnelle &#8211; que le scandale Fillon n’a fait
qu’accélérer, l’ascension de Marine Le Pen qui a apeuré assez d’électeurs de
gauche pour les diriger vers le favori des médias dès le premier tour, et enfin
le taux d’abstention record, tous ces symptômes de la crise organique de la
classe dirigeante française se sont déversés dans le marécage du «&nbsp;candidat
Macron&nbsp;». C’est ainsi qu’un opportuniste rusé, applaudi par des
admirateurs imbéciles, fut porté à la tête d’un État impérialiste majeur. </p>



<p>Une fois élu, Macron troqua rapidement son costume de commercial de
start-up, nécessaire pour se façonner un semblant de base sociale pendant la
campagne, contre celui de chef de l’État français. Une fois accomplie leur
tâche de figurants, les derniers militants naïfs de LREM se sont vus remplacés
par l’appareil exécutif de l’État qui, sous les ordres de Macron, s&rsquo;apprêtait à
passer au choses sérieuses. </p>



<p>La véritable mission historique de Macron est simplement de prendre le
relais de François Hollande en passant à la vitesse supérieure&nbsp;: continuer
les réformes pro-patronales et en accélérer même la cadence alors que la base
sociale de la classe dirigeante se rétrécit, ce qui entraîne mécaniquement un
renforcement de l’appareil exécutif et répressif de l’État. La loi asile
immigration, la pérennisation des dispositifs jusque-là réservés à l’état
d’urgence et l’attaque frontale contre la SNCF vont dans ce sens. Même si la
grève des cheminots, qui a duré trois mois, n’a pas frappé assez dur pour faire
broncher le gouvernement, elle a ouvert une séquence similaire au mouvement
contre la loi travail&nbsp;: une grande grève nationale qui occupe les unes des
journaux mais qui s’accompagne d’une multitude de luttes radicales, comme celle
des associations antiracistes et des organisations de sans-papiers, ainsi que
le mouvement étudiant et lycéen, qui s’organisent et convergent dans la rue
face à une répression d’État qui va crescendo. Cette séquence qui a inauguré le
quinquennat Macron est la manifestation d’une «&nbsp;accumulation de
radicalisme&nbsp;» qui n’a pas été étouffée par les défaites formelles
infligées au mouvement ouvrier ces dernières années. </p>



<p>Il ne faut pourtant pas s’attendre à ce que la société penche petit à petit
vers la gauche, attendant sagement que nous ayons accumulé assez de forces pour
que le pouvoir nous tombe dessus comme un fruit mûr. La polarisation vers la
gauche, réelle et souvent sous-estimée, s’accompagne d’une polarisation vers la
droite, notamment autour du Front National (rebaptisé Rassemblement National)
et ses 11 millions de voix acquises lors des élections présidentielles de 2017.&nbsp; </p>



<h4 class="wp-block-heading">L’extrême droite : un noyau fasciste couve sous le
racisme républicain </h4>



<p>Au cours de la longue crise économique et politique, il est apparu à de nombreux observateurs que ce qui était le parti principal du fascisme français, le Front National, avait réussi une opération de «&nbsp;défascisation&nbsp;» pour devenir un parti «&nbsp;républicain&nbsp;», c’est-à-dire considéré comme ayant sa place légitime dans un régime démocratique bourgeois. Cette «&nbsp;imposture intellectuelle&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_24');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_24');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_24" class="footnote_plugin_tooltip_text">24</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_24" class="footnote_tooltip">Giudicelli, 2017.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_24').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_24', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> a justifié la fin du boycott effectif du FN par la quasi-totalité des partis bourgeois&nbsp;: Macron a organisé un débat télévisé avec Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection de 2017, alors que Jacques Chirac avait refusé de participer à une telle confrontation avec Jean-Marie Le Pen en 2002.</p>



<p>Comme toutes les organisations politiques, les partis fascistes sont des organismes vivants susceptibles d’évoluer alors qu’ils réagissent et s’adaptent à la situation politique concrète dans laquelle ils se trouvent ; ceci est particulièrement vrai lorsqu’une tentative de prise du pouvoir est exclue de l’agenda politique immédiat. Le FN, fondé au début des années 1970 pour unir de petites organisations nazies et leur donner &#8211; déjà &#8211; une façade de légitimité électorale, ne constitue certainement pas une exception à la règle. Il est passé par de nombreuses crises transformatrices sans pour autant renier sa nature fasciste.  </p>



<p>S’il est impossible de parcourir ici l’histoire du Front National et du champ fasciste français, décrivons-le sous sa forme actuelle comme une large organisation électorale d’extrême-droite qui gravite autour d’un coeur fasciste. Au cours des deux dernières décennies, Le Pen a voulu élargir l’influence et l’attrait électoral du FN en renouvelant son discours raciste, jusque-là concentré sur l’antisémitisme, pour viser les nouvelles victimes du racisme ordinaire : les Musulmans. Que cette tactique, réfléchie et assumée, ait permis au FN de se « dédiaboliser » aux yeux des politiciens et éditorialistes montre à quel point le champ politique français a viré à droite. En effet, le racisme du Front National a été légitimé par l&rsquo;État, les partis politiques de tous bords et les médias, ainsi que toute une coterie d’intellectuels et de professeurs qui ont trouvé dans l’islamophobie un moyen d’avancer leurs carrières. Le Pen, qui s’est vantée d’avoir « gagné la bataille idéologique », n’eut qu’à moduler le discours du FN pour l’adapter au nouvel épouvantail « islamique » et rejoindre un front raciste « s’étendant du gouvernement Valls au FN en passant par LR »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_25');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_25');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_25" class="footnote_plugin_tooltip_text">25</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_25" class="footnote_tooltip"> Palheta, 2016a. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_25').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_25', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="5b4e57" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #5b4e57;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/FNMarineLP.jpg" alt="" class="wp-image-2178 not-transparent"/></figure>



<p>Naturellement, le Front National profite également de la longue crise économique et de ses corollaires &#8211; le chômage, les inégalités et l’austérité &#8211; pour attirer des électeurs de la classe ouvrière et populaires en général (même si l’abstention l’emporte sur le FN parmi cette population), qui se sentent trompés par les promesses des partis de l’extrême-centre qui ne leur ont rien apporté si ce n’est plus de destitution. Mais l’arbre économique ne doit pas cacher la forêt raciste&nbsp;: «&nbsp;Une partie de la gauche a ainsi pensé que l’enjeu né du soit-disant «&nbsp;tournant social&nbsp;» de Marine Le Pen était de démasquer, programme contre programme, le fait que ce parti n’était qu’un parti du capital. Ou, pire, le débusquer comme un ennemi inconséquent du système&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_26');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_26');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_26" class="footnote_plugin_tooltip_text">26</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_26" class="footnote_tooltip">Godard, 2012.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_26').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_26', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> au prix de négliger le racisme (ainsi que sa nature fasciste), le véritable moteur de la montée du FN et son ciment idéologique. Denis Godard décrivait en 2010 le double jeu historique du FN&nbsp;: «&nbsp;l’orientation vers tout ce qui respectabilise le FN (la stratégie parlementaire, la présence dans les médias, l’alliance avec des fractions de la droite) pour élargir l’audience du FN et se construire une base de masse et les déclarations et actions ouvertement racistes voire fascistes pour fidéliser et développer numériquement un noyau idéologiquement de plus en plus proche du fascisme.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_27');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_27');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_27" class="footnote_plugin_tooltip_text">27</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_27" class="footnote_tooltip">Godard, 2010.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_27').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_27', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>La «&nbsp;dédiabolisation&nbsp;» initiée sous Marine Le Pen ne constitue pas une rupture avec cette stratégie fasciste mais en est au contraire la manifestation la plus élaborée et la plus pragmatique&nbsp;: on se souvient comment, dans l’entre-deux tours de la présidentielle de 2017<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_28');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_28');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_28" class="footnote_plugin_tooltip_text">28</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_28" class="footnote_tooltip">K, Flo et Adrien H, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_28').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_28', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, Le Pen a nommé un négationniste de l’Holocauste pour la remplacer à la tête du parti, avant de déclarer que l’État français n’était pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv, durant laquelle des milliers de Juifs furent rassemblés par la police française et déportés vers les camps nazis pour y être tués. Ce serait faire preuve d’une légèreté impardonnable que de considérer ces sorties comme de simples bourdes&nbsp;: il s’agissait, dans une période électorale où le FN avait une audience large, de consolider et de flatter le cœur fasciste et profondément antisémite du parti. </p>



<p>Un énorme «&nbsp;département de protection et de sécurité&nbsp;» recruté parmi les vétérans des escapades impérialistes de l’armée française et organisé selon des principes paramilitaires, à travers lequel de vrais liens sont maintenus avec des groupuscules nazis, une lignée de petites entreprises de services dont la liste de propriétaires évoque la jet-set du fascisme français de rue des années 1980, quelques nostalgiques du nazisme et beaucoup, beaucoup d’antisémites ordinaires… Le Front National reste le centre gravitationnel incontesté des fascistes français. Selon Vanina Giudicelli, Marine Le Pen représente un compromis entre «&nbsp;ceux qui pensent que le temps est venu d’essayer de prendre le pouvoir, et ceux qui sont persuadés d’avoir besoin d’un mouvement de masse &#8211; c’est-à-dire qu’il n’est pas suffisant d’avoir de l’influence au sein de l’État (police et armée) mais qu’il faut construire un mouvement de rue pour mettre le projet politique du FN en branle.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_29');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_29');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_29" class="footnote_plugin_tooltip_text">29</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_29" class="footnote_tooltip">Giudicelli 2017b.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_29').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_29', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>L’accélération de la crise politique de ces dernières années a favorisé la prolifération d’organisations de rue nazies comme Génération Identitaire et Bastion Social. Avec une large audience en ligne sur la «&nbsp;fachosphère&nbsp;» attirée par des fantasmes et des théories complotistes antisémites, homophobes et islamophobes comme le soi-disant «&nbsp;grand remplacement&nbsp;» des Européens blancs par des immigrés musulmans, ces groupes comptent des centaines de militants actifs implantés notamment à Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg et Paris. Se concentrant sur des campagnes anti-migrants, des pogroms de rue, des attaques contre la gauche et les mouvements sociaux<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_30');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_30');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_30" class="footnote_plugin_tooltip_text">30</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_30" class="footnote_tooltip"> K, Flo et Adrien H, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_30').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_30', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, leur mode opératoire est emprunté aux groupes nazis plus anciens comme le Groupe Union Défense (GUD). S’ils ne font pas formellement partie du Front National, une enquête clandestine menée par Al Jazeera a révélé au grand jour l’existence de liens idéologiques mais aussi organisationnels entre les deux sphères, celle des groupes de rue et celle du parti aux 11 millions d’électeurs. Une membre de Génération Identitaire se vanta même que «&nbsp;nous faisons notre travail, qui est la rue. Le Front National fait le sien, qui est la politique.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_31');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_31');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_31" class="footnote_plugin_tooltip_text">31</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_31" class="footnote_tooltip"><em>Al Jazeera</em>, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_31').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_31', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Cette division implicite du travail, qui n’a pas forcément besoin de coordination active, est apparente, nous y reviendrons, dans les différents modes d’intervention de l’extrême droite dans le mouvement des gilets jaunes. </p>



<h4 class="wp-block-heading">Qui sont les
gilets jaunes&nbsp;?</h4>



<p>Cette question a tourmenté la gauche dans les semaines précédant le 17
novembre 2018&nbsp;; un appel à la mobilisation contre les «&nbsp;taxes
écolo&nbsp;», tout à fait en-dehors de «&nbsp;nos&nbsp;» milieux contestataires
(syndicats, organisations et même les réseaux sociaux), relayé par des
personnalités dangereusement proches de l’extrême droite, semblant prendre
racine dans les petites villes et les campagnes considérées depuis trop
longtemps comme des forteresses du FN. Des peurs à la fois légitimes et
fantaisistes de l’émergence d’un mouvement de masse petit-bourgeois et
réactionnaire dominaient les milieux de gauche dans les jours précédant le
fameux 17 novembre. Heureusement, ces craintes se sont vite avérées fausses. </p>



<p>Les gilets jaunes sont en majorité des membres objectifs de la classe ouvrière (c’est-à-dire des personnes n’ayant que leur force de travail à vendre, qu’elles soient salariées, retraitées ou au chômage) qui s’organisent indépendamment des organisations existantes de notre classe comme les syndicats, les partis politiques et autres associations. Des études ont montré que la majorité des sympathisants pas forcément mobilisés étaient eux aussi membres de la classe ouvrière.</p>



<p>La nature inégale et éparpillée du mouvement ne facilite pas la tâche des sociologues, mais de nombreuses études sur des populations restreintes tendent vers des conclusions similaires sur la nature de classe et le niveau de revenu des gilets jaunes. Par exemple, une enquête réalisée autour de la mobilisation bordelaise a conclu que 62% des gilets jaunes mobilisés étaient à découvert à la fin de chaque mois<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_32');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_32');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_32" class="footnote_plugin_tooltip_text">32</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_32" class="footnote_tooltip"> Collectif Quantité critique, 2018. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_32').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_32', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Les gilets jaunes se sont organisés géographiquement et ont initialement concentré leurs griefs sur des demandes de nature fiscale&nbsp;: le rétablissement de l’ISF, la lutte contre l’évasion fiscale, la réduction des impôts sur les retraites et des taxes sur les produits de consommation courante, etc. Les «&nbsp;révolutionnaires&nbsp;» qui réduisent les antagonismes de classe aux négociations salariales annuelles, incapables de percevoir les motivations vivantes sous les revendications formelles, ont associé l’apparence fiscale des demandes à une hégémonie imaginaire de la petite bourgeoisie sur le mouvement. Il est vrai que les premières semaines ont vu de petits patrons participer au mouvement (même s’ils étaient ultra-minoritaires dès le début), avec leurs revendications spécifiques autour des charges sociales et des impôts sur les sociétés. Mais le développement du mouvement, avec des centaines de revendications émanant d’autant d’assemblées générales démocratiques ont démontré sans doute possible la prédominance des demandes liées à la classe ouvrière comme le chômage, les services publics, le logement et les retraites, la pauvreté des femmes au travail<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_33');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_33');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_33" class="footnote_plugin_tooltip_text">33</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_33" class="footnote_tooltip">Goanec, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_33').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_33', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, etc, mais rien ou presque sur les impôts sur les petites sociétés. </p>



<p>On ne le répétera jamais assez, le mouvement des gilets jaunes est
objectivement un mouvement de la classe ouvrière, nourri par les victimes de la
crise économique et surtout de ses solutions néolibérales. La convergence
autour des taxes plutôt que des salaires, inhabituelle pour le mouvement
ouvrier traditionnel, est symptomatique d’une mobilisation qui a lieu en-dehors
du lieu de travail, et qui est par conséquent capable d’attirer immédiatement
les chômeurs et les retraités. Ceci s’explique notamment par un contexte de
retraite relative (et dans certains cas de disparition pure et simple) de la
présence syndicale locale, et de l’attraction que peut exercer un lieu de
travail large et combatif sur ses alentours. Mais les questions fiscales
soulevées par les gilets jaunes le sont sur une base de classe&nbsp;: les
revendications concernent simplement les mesures pro-capitalistes prises par
l’État et qui ont diminué les salaires directs et indirects de la classe
ouvrière tout en favorisant les ultra-riches. </p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="705955" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #705955;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/000_1B30XR.jpg" alt="" class="wp-image-2167 not-transparent"/></figure>



<p>L’autre contradiction bien plus problématique concerne l’usage de symboles nationalistes rejetés depuis longtemps par la gauche française et le mouvement ouvrier. Les drapeaux tricolores, la Marseillaise et «&nbsp;Marianne&nbsp;» &#8211; la personnification genrée de la nation française &#8211; sont étrangers à la gauche française et sont traditionnellement associées aux mobilisations de droite (campagne de Mélenchon mise à part). S’il est assez clair qu’il ne s’agit pas d’un mouvement fasciste ni même nationaliste masqué par des demandes sociales, comment interpréter la contradiction entre le moteur social de la mobilisation et son usage de symboles idéologiques nationaux&nbsp;?  </p>



<p>Nous pouvons nous tourner vers Gramsci qui, suivant Marx, écrivait que «&nbsp;l’affirmation selon laquelle toute fluctuation de la politique et de l’idéologie peut être présentée et exposée comme une expression immédiate de la structure, doit être contestée en théorie comme un infantilisme primitif&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_34');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_34');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_34" class="footnote_plugin_tooltip_text">34</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_34" class="footnote_tooltip">Hoare et Nowell Smith, 1971, p407.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_34').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_34', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. En d’autre mots, l’observation des symboles et du langage <em>seuls</em> ne suffit pas à dévoiler la nature de classe d’une mobilisation. Il nous faut au contraire une étude concrète de l’idéologie telle qu’elle est perçue et utilisée dans la vie pratique des gens. En effet, les idées ne flottent pas dans l’air mais se changent «&nbsp;en force matérielle lorsqu’elles pénètrent les masses&nbsp;». </p>



<p>La nation française unie et cohérente, invoquée par la classe dirigeante pour justifier son pouvoir, n’est «&nbsp;qu’une métaphore&nbsp;». Comme toutes les nations modernes, il s’agit en réalité d’une «&nbsp;coexistence et juxtaposition de civilisations et de cultures différentes, reliées par la coercion étatique et organisées culturellement en une «&nbsp;conscience morale&nbsp;», à la fois contradictoire et «&nbsp;syncrétique&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_35');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_35');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_35" class="footnote_plugin_tooltip_text">35</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_35" class="footnote_tooltip">Gramsci et Keucheyan, 2012, p55.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_35').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_35', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Cette «&nbsp;conscience morale&nbsp;» semble être prise au pied de la lettre par les gilets jaunes dans leur rébellion contre la classe dirigeante. Par leur adoption d’une symbolique et d’une rhétorique nationale, les gilets jaunes reproduisent un phénomène classique qui voit les rebelles se saisir du discours éthique de leurs dirigeants pour l&rsquo;utiliser comme arme contre ces derniers. Les partisans de Martin Luther se sont jadis soulevés contre l’église catholique au nom de la «&nbsp;vraie&nbsp;» chrétienté, les gilets jaunes se soulèvent contre leurs dirigeants en utilisant les symboles classiques que la bourgeoisie héroïque et progressiste du XVIIIe siècle a légué comme un fardeau embarrassant à ses descendants actuels, décidément lâches et conservateurs&nbsp;: «&nbsp;Liberté, égalité, fraternité&nbsp;» et un hymne national, la Marseillaise, dont les paroles sentent terriblement la révolution. Les gilets jaunes décrètent que les dirigeants ont trahi leur «&nbsp;conscience morale&nbsp;», et se posent en gardiens véritables du «&nbsp;peuple de France&nbsp;», une France où cette conscience morale (qui est dans son essence un voeu pieux de conciliation entre les classes) est véritablement appliquée.&nbsp;  </p>



<p>Naturellement, cette France-là n’a jamais existé. Même s&rsquo;il n&rsquo;est pas le signe d’une mobilisation foncièrement raciste et réactionnaire, l’usage de symboles nationaux révèle deux faiblesses fondamentales du mouvement: premièrement, si le drapeau tricolore et la Marseillaise peuvent attirer des membres de la classe ouvrière qui n’auraient jamais marché sous les bannières d’un syndicat ou d’un parti, ils attirent aussi l’extrême droite organisée comme des mouches par du fumier (nous y reviendrons).&nbsp;  </p>



<p>Deuxièmement, l’usage du drapeau français, de l’hymne national, de Marianne, bref, d’un discours très «&nbsp;franco-français&nbsp;» trahit une approche réformiste et conciliatoire des conflits sociaux. L’implication étant qu’un retour aux «&nbsp;valeurs françaises&nbsp;» de liberté, d’égalité et de fraternité, ainsi qu’au «&nbsp;modèle social français&nbsp;», actuellement en plein démantèlement, puisse servir de parapluie sous lequel il serait possible de concilier les intérêts des riches et des pauvres, de mitiger pour toujours les inégalités et les antagonismes objectifs. La France devient donc une idée abstraite, quasiment religieuse, qui s’élève au-dessus des classes sociales et de l’Histoire elle-même. Il faut donc reconnaître clairement l’horizon réformiste actuel de ce mouvement, mais ce n’est nullement une raison de le condamner, de le mépriser ou de le négliger. On oublie souvent qu’un tel réformisme est prévalent dans les luttes «&nbsp;pures&nbsp;» du mouvement syndical (quoique exprimé dans un tout autre langage)&nbsp;; mais ce qui est plus important encore est que la mobilisation elle-même augmente la confiance de notre classe en ses capacités d’auto-organisation et d’autonomie politique, conditions <em>sine qua non</em> de l’émergence d’une conscience révolutionnaire, décidée à mener la lutte des classes jusqu’à son terme. </p>



<h4 class="wp-block-heading">Le mouvement vit, les idées évoluent&nbsp; </h4>



<p>Les idées évoluent lorsque les gens s’engagent politiquement et se mettent à tester en pratique le sens commun qu’ils et elles avaient jusque-là accepté sans critique. La carapace ossifiée des vieilles idées &#8211; l’existence d’un intérêt commun à tous les Français, le rôle neutre de la police, de la justice &#8211;&nbsp; se fissure lorsque les gens se mettent en mouvement avec un gilet jaune sur les épaules. Le sociologue Benoît Coquard nous rappelle que la vie quotidienne dans les zones rurales, où le mouvement s’est déclenché, tend à brouiller la perception des divisions de classe&nbsp;: par exemple, de nombreux travailleurs peuvent être salariés de petites boîtes où il existe une certaine proximité avec le patron pouvant déborder vers les sphères du loisir ou de la vie culturelle. Mais les choses se décantent sur les «&nbsp;barrages filtrants&nbsp;», équivalent routier du piquet de grève où les gilets jaunes discutent et haranguent les automobilistes pour les persuader de rejoindre la mobilisation&nbsp;: «&nbsp;À mesure que les voitures passent les barrages, apparaît une dichotomie du monde entre les ‘sympas ’, les ‘comme nous’ et, de l’autre côté, les riches, les ‘gros bourges qui s’en foutent’.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_36');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_36');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_36" class="footnote_plugin_tooltip_text">36</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_36" class="footnote_tooltip">Duquesne, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_36').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_36', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>Les réactions des «&nbsp;gros bourges&nbsp;» et de leurs représentants ont alterné entre l’incrédulité, l’hystérie et la résignation, en particulier lorsque le mouvement créa des scènes quasi-insurrectionnelles en plein Paris en décembre 2018, envoyant des ondes de choc à travers la planète. L’ancien ministre de l’éducation et philosophe Luc Ferry, dans un accès de fureur, cria aux policiers de «&nbsp;faire usage de leurs armes une bonne fois pour toutes&nbsp;», alors que la ministre de l’égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, visage «&nbsp;progressiste&nbsp;» de la macronie, demanda l’établissement d’un fichier recensant les milliers de donateurs qui ont contribué à la cagnotte de Christophe Dettinger, le boxeur de CRS<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_37');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_37');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_37" class="footnote_plugin_tooltip_text">37</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_37" class="footnote_tooltip">Le 5 janvier 2019, le boxeur professionnel Dettinger a été filmé en train de combattre la police anti-émeute à mains nues lors d&rsquo;une manifestation des Gilets Jaunes à Paris.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_37').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_37', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Mais la réaction la plus lucide, une fois n’est pas coutume, vint de Xavier Bertrand, lui aussi ancien ministre sous Sarkozy, qui se lamenta que ce dernier n’avait «&nbsp;fait qu’un seul mandat, François Hollande n’a même pas pu se représenter, et là on se demande si Emmanuel Macron peut finir le sien. On ne peut pas demander qu’un président démissionne à chaque éruption de colère des Français, ça voudrait dire que le pays est ingouvernable.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_38');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_38');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_38" class="footnote_plugin_tooltip_text">38</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_38" class="footnote_tooltip"> Belouezzane, 2018.  </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_38').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_38', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Certains députés macronistes qui n’osent plus se montrer dans leurs propres circonscriptions ont tenté de faire diversion en attaquant les hauts fonctionnaires du ministère des finances à Bercy, les désignant comme coupables des politiques fiscales de Macron, juste au moment où ce dernier commençait à céder et à annoncer des concessions. Une série d’articles du quotidien <em>Le Monde</em> a révélé le désarroi touchant les sommets du ministère, mais aussi sa déconnexion bureaucratique de la réalité politique&nbsp;: </p>



<p>  </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Si les revendications des “gilets jaunes” ont provoqué un tel émoi parmi les cadres de Bercy, c’est que, au début du mandat d’Emmanuel Macron, ils avaient cru leur heure de gloire arrivée. L’accession à l’Elysée d’un ancien inspecteur général des finances, devenu ministre de l’économie, quelle consécration ! “Il savait nous parler, il nous comprenait”, explique un membre de l’administration<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_39');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_39');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_39" class="footnote_plugin_tooltip_text">39</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_39" class="footnote_tooltip">Tonnelier, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_39').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_39', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p></blockquote>



<p>Certains peinent à comprendre comment la colère a pu prendre une telle forme. Symbole du fossé entre les hauts fonctionnaires et une partie du pays ? “Je ne comprends pas. Je pensais qu’après l’élection présidentielle, il y avait un relatif consensus sur les réformes à mener dans le domaine de la formation, du marché du travail, du logement”, avoue l’un d’eux.</p>



<p>Ces atermoiements aux sommets politiques et bureaucratiques de l’État
français témoignent de l’ampleur du désarroi de la classe dirigeante face à un
mouvement social que personne n’avait vu venir et, surtout, dont personne ne
sait vraiment comment le canaliser tant il semble résistant aux manoeuvres
traditionnelles. </p>



<p>Le mouvement alterne barrages routiers et rassemblements sur les rond-points en semaine avant de converger sur des villes locales ou régionales pour la désormais traditionnelle manifestation du samedi. La violence sauvage de la police et la sévérité expéditrice de la justice, l’incompréhension et le mépris venant des éditorialistes et des rédactions, la rage incontrôlée des pontifes et des riches et chaque pas en avant d’un mouvement qui avance par à-coups révèlent des vérités désagréables sur la société et son fonctionnement. La répression policière, violente et spectaculaire, vécue par des dizaines de milliers de manifestants et relayée à des millions sur les réseaux sociaux, agit comme catalyseur premier de la conscience politique. Un des nombreux tournants vint avec l’émergence des vidéos de Mantes-la-Jolie, où des dizaines de lycéens et collégiens ont été obligés de s’agenouiller pendant des heures sous les sarcasmes des policiers qui les avaient arrêtés en masse pour avoir bloqué leurs établissements. En temps normal, ces jeunes de banlieue, souvent arabes et noirs, sont en première ligne pour recevoir les coups d’une police débridée couverte par le racisme républicain. Mais nous ne vivons pas des temps normaux&nbsp;: alors que les éditorialistes et les politiciens ont repris leurs vieux topos sur les «&nbsp;racailles&nbsp;» des banlieues, des gilets jaunes de tout le pays s’agenouillèrent spontanément devant la police en solidarité avec leurs improbables camarades banlieusards. Un «&nbsp;vieil anar&nbsp;» s’exprimait ainsi à un meeting de la bourse du travail de Saint-Denis&nbsp;: «&nbsp;Nous vivons une époque extraordinaire&nbsp;! Je n’aurais jamais cru que des manifestants portant le drapeau français feraient preuve de solidarité avec des jeunes des quartiers populaires.&nbsp;» </p>



<p>Les développements concrets du mouvement ont cloué les questions de classe, des violences policières et du rôle de l’État au centre des débats, positionnant le mouvement sur un terrain favorable à la gauche radicale. </p>



<p>Il est cependant inutile de se trouver sur un terrain favorable sans armée&nbsp;: l’initiative politique d’intervention dans le mouvement des gilets jaunes ne vint pas des organisations traditionnelles, d’une gauche révolutionnaire réduite à la passivité politique et capable au mieux de jouer le rôle d’une bouée de balisage qui monte avec les vagues et descend avec les creux, mais d’une organisation antiraciste, le Comité Adama. Coupant court aux débats byzantins sur la «&nbsp;nature réelle&nbsp;» du mouvement qui traversait la gauche, Assa Traoré rappelait que c’est par l’intervention politique et non les observations scolastiques que se décident les choses&nbsp;: «&nbsp;Notre place légitime est dans ce mouvement. Ou bien nous le rejoignons, ou nous risquons de permettre à l’extrême droite de retourner le mouvement contre nous.&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_40');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_40');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_40" class="footnote_plugin_tooltip_text">40</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_40" class="footnote_tooltip">Lors d&rsquo;une réunion de masse à la Bourse du travail de St-Denis le 6 décembre 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_40').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_40', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Ainsi, le 1er décembre, dans un Paris en état de siège, un contingent de milliers de manifestants de la gauche radicale rassemblait le Comité Adama et ses alliés comme le Collectif Intergare avec des organisations traditionnelles comme le NPA afin de rejoindre les manifestations des gilets jaunes.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  </p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="524e44" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #524e44;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/01122018_nmn3813_nnoman_cadoret.jpg" alt="" class="wp-image-2169 not-transparent"/><figcaption><em>Photo : Nnoman Cadoret</em></figcaption></figure>



<p>L’intervention explicitement politique par la gauche radicale à Paris et dans tout le pays est d’une importance cruciale, notamment parce que l’extrême droite tente elle aussi de se mettre à la tête du mouvement. Dans ses premiers jours, il pouvait sembler que l’assise du mouvement dans les milieux ruraux populaires le promettait au Front National et à sa rhétorique de la «&nbsp;France oubliée&nbsp;» loin des grandes villes. La présence d’éléments petits-bourgeois et leur amalgame entre les «&nbsp;profiteurs&nbsp;» des allocations sociales, et les grands banquiers «&nbsp;parasites&nbsp;», faisait écho à un discours classique du fascisme. Une étude réalisée au début du mouvement estimait qu’il y avait autant d’électeurs de Le Pen que d’électeurs de Mélenchon en gilet jaune, même si le camp des abstentionnistes était le mieux représenté<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_41');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_41');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_41" class="footnote_plugin_tooltip_text">41</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_41" class="footnote_tooltip">Collectif Quantité critique, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_41').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_41', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Dans certains cas, des actes ouvertement racistes ont émergé, comme la dénonciation à la police de migrants réfugiés dans un camion ou encore le blocage d’une petite entreprise qui aurait «&nbsp;embauché trois immigrés plutôt que des locaux&nbsp;». </p>



<p>Les racistes et certains électeurs de Le Pen sont donc mobilisés, mais même leur «&nbsp;moteur&nbsp;» de mobilisation est social. Ceci met Le Pen elle-même dans une position embarrassante&nbsp;: si elle soutient publiquement le mouvement contre les «&nbsp;élites&nbsp;», le Front National ne peut joindre l’acte à la parole lorsque la parole concerne la justice sociale. Le Pen est trop consciente de la base petite et moyenne bourgeoise de son parti pour ne pas réitérer publiquement son opposition à l’augmentation du salaire minimum. Elle rejoignait la macronie après l’attentat de Strasbourg en décembre, déclarant que «&nbsp;le mouvement devrait maintenant s’arrêter&nbsp;», et se sentit obligée de rappeler aux lecteurs de Causeur que «&nbsp;les gens parlent aussi d’immigration sur les rond-points&nbsp;». Elle a sans doute raison, car une mobilisation sociale ne fait pas disparaître le racisme comme par magie, mais la prédominance, justement, sociale de la mobilisation et la haine grandissante de la police ont lancé la balle hors du camp du FN. Là où ce dernier a tenté ostensiblement de récupérer les gilets jaunes, comme dans l’ancien bassin minier du Nord où le FN a quatre députés et une municipalité, le mouvement a fini par s’éteindre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_42');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_42');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_42" class="footnote_plugin_tooltip_text">42</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_42" class="footnote_tooltip">Bonnet, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_42').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_42', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>L’autre volet de l’intervention de l’extrême droite vient des groupes fascistes de rue. Ils ont notamment tenté de «&nbsp;résoudre&nbsp;» la question des violences pendant les manifestations en se coordonnant avec la police pour former un service d’ordre autoproclamé des manifestations, les «&nbsp;brassards blancs&nbsp;»&nbsp;; l’objectif véritable de cette opération était notamment de manipuler le désir de «&nbsp;neutralité politique&nbsp;» du mouvement afin d’en expulser les syndicalistes qui commençaient à le rejoindre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_43');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_43');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_43" class="footnote_plugin_tooltip_text">43</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_43" class="footnote_tooltip">K, Flo et Jad, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_43').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_43', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Mais cette manœuvre n’a pas tenu longtemps car de nombreux individus formant le SO furent identifiés par les médias, avec l’aide des activistes de la gauche antifasciste, comme des nazis au CV bien fourni. Les groupuscules fascistes se tournèrent donc vers l’action directe à Lyon, Nantes, Toulouse, Marseille, Bordeaux et bien évidemment Paris, où ils ont violemment attaqué le cortège du NPA le 27 janvier dernier. Presque chaque «&nbsp;acte&nbsp;» des gilets jaunes est l’occasion de batailles rangées entre les fascistes et des groupes antifascistes issus du milieu autonome. Les groupes fascistes doivent être physiquement expulsés des manifestations de gilets jaunes, mais le culte du secret et du «&nbsp;squadrisme&nbsp;» inhérent à la plupart des groupes autonomes empêche souvent ces derniers d’apporter une couverture politique à leur action directe. Le mouvement des gilets jaunes est pourtant l’occasion rêvée de lutter pour une véritable <em>politique</em> antifasciste, qui complémente l’action physique par une agitation politique large, permettant de créer un réflexe immunitaire, un rejet large des fascistes dans les manifestations de gilets jaunes, par «&nbsp;la diffusion large d’un message de propagande antiraciste et antifasciste, révélant à tous les gilets jaunes la vérité sur les groupes nazis et mettant chacun et chacune devant ses responsabilités. »<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_44');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_44');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_44" class="footnote_plugin_tooltip_text">44</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_44" class="footnote_tooltip">ibid.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_44').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_44', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> Malheureusement, en ce qui concerne l’antifascisme, les organisations traditionnelles s’en tiennent aux platitudes et aux banalités habituelles qui n’ont rien à voir avec l’action sur le terrain<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_45');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_45');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_45" class="footnote_plugin_tooltip_text">45</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_45" class="footnote_tooltip">Salingue, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_45').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_45', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les groupes autonomes restent donc les seuls à proposer un semblant de stratégie concrète pour combattre les fascistes.</p>



<p>Quelques jours avant le 17 novembre, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez voulait clairement dissocier son organisation du mouvement à venir, déclarant qu’il lui était «&nbsp;inimaginable de voir la CGT défiler aux côtés du Front National&nbsp;» et accusant des patrons de manipuler une révolte fiscale. Cette sortie reflétait le malaise de la gauche radicale et du mouvement ouvrier qui appréhendaient un mouvement grandissant en-dehors de leurs réseaux traditionnels et qui semblait inclure des personnalités entretenant des liens suspects avec l’extrême droite. En retour, une certaine méfiance envers les syndicats était prévalente chez les gilets jaunes soucieux de ne pas voir leur «&nbsp;mouvement citoyen&nbsp;» récupéré par une organisation.  </p>



<p>La convergence initiale devait venir par en bas, par des petits pas prudents. Le 22 novembre 2018, les ouvriers des raffineries enclenchèrent une grève nationale pour mettre la pression sur leurs patrons durant les négociations annuelles. Dans les Bouches-du-Rhônes, les grévistes ont rejoint des gilets jaunes qui occupaient jour et nuit le rond-point de la raffinerie Total, marquant la première convergence implicite entre syndicalistes et gilets jaunes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_46');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_46');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_46" class="footnote_plugin_tooltip_text">46</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_46" class="footnote_tooltip">Le Figaro, 2018.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_46').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_46', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Un reporter relata le rapprochement timide et graduel entre deux camps initialement postés aux deux extrémités d’un même rond-point.  </p>



<p>Dans la ville portuaire de Saint-Nazaire, place forte traditionnelle du mouvement ouvrier, les gilets jaunes ont investi en novembre un bâtiment vide pour le transformer en «&nbsp;maison du peuple.&nbsp;» Lorsqu&rsquo;un huissier mandaté par la mairie somma les gilets jaunes de quitter les lieux, les dockers menacèrent de se mettre en grève. Ils offrirent ainsi un répit de plusieurs mois à la maison du peuple (finalement évacuée en avril 2019), un lieu de rencontre des classes populaires pour échanger sur leurs luttes et se surprendre à rêver d&rsquo;un monde différent : </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Je me retrouve avec des jeunes qui se sont battus sur la zad. Je n’ai jamais compris le sens de leur lutte là bas. Et je ne comprends toujours pas, d’ailleurs. Mais on est là, ensemble, on discute, on s’engueule, on s’embrasse. Ce qui se passe ici entre nous, cette entraide, je n’ai jamais vu ça. C’est incroyable. C’est devenu comme une drogue<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_47');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_47');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_47" class="footnote_plugin_tooltip_text">47</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_47" class="footnote_tooltip">Weiler, 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_47').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_47', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. </p></blockquote>



<p>Le gouvernement gardait lui aussi un oeil attentif sur les convergences potentielles. Lorsque les routiers déposèrent un préavis de grève début décembre 2018, risquant de bloquer le pays et menaçant implicitement de rejoindre les gilets jaunes sur leurs barrages, la ministre du travail décida d’intervenir en personne pour obtenir la levée du préavis en échange de concessions. Il est impossible de savoir ce qu’aurait donné une grève nationale des camionneurs sur un réseau routier quadrillé par les gilets jaunes&nbsp;; toujours est-il que l’opportunité d’une percée soudaine ne fut pas exploitée, et la fameuse convergence se vit obligée d’emprunter des chemins plus escarpés.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </p>



<p>Le 13 décembre, Libération publiait une lettre ouverte dans laquelle des dizaines de délégués de la CGT s’exprimaient ainsi :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Sous les gilets jaunes, ce sont nos collègues, nos amis, notre entourage. Souvent des travailleurs précaires, hors des grandes villes, de petites entreprises, ou privés d’emplois, des travailleurs qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois, comme beaucoup d’entre nous. Ce sont en grande partie ceux que nous n’arrivons pas à organiser dans nos syndicats, à entraîner dans nos luttes habituelles et autour de nos mots d’ordre traditionnels, et cela doit nous interroger<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_48');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_48');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_48" class="footnote_plugin_tooltip_text">48</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_48" class="footnote_tooltip"> Mathieu Xavier, Thierry Defresne, Reynald Kubecki, Ghislaine Tormos et autres, 2018.  </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_48').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_48', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.   </p></blockquote>



<p>Cette lettre était un signe parmi d’autres d’un sentiment d’impatience de
large sections syndicales militantes, alertées notamment par la rencontre entre
des dirigeants syndicaux et un Macron affaibli après un samedi particulièrement
émeutier à Paris, dont ressortit un communiqué de presse commun condamnant
«&nbsp;toutes les formes de violence&nbsp;». </p>



<p>Philippe Martinez est particulièrement pris au piège du bureaucrate syndical, déchiré entre sa position d’interlocuteur crédible du gouvernement et du patronat et celle de chef de ce qui reste, et de loin, le plus grand syndicat combatif du pays. Même s’il a généralement adopté une attitude plus conflictuelle que son prédécesseur, ce qui est le minimum au vu de la magnitude des attaques de ces dernières années, il n’est pas en position d’appeler à une mobilisation reconductible car il sait que la CGT ne pourra la porter seule. Le fait que l’autre grande centrale, la CFDT, soutient le gouvernement semble condamner Martinez à recourir à des journées de mobilisation sans lendemain (5 février et 19 mars, par exemple) et sans réelle stratégie, histoire de faire baisser la pression en interne.  </p>



<p>Mais malgré les oscillations et les hésitations au sommet, les gilets jaunes ont fait monter la température politique sur le terrain, créant un climat favorable aux grèves. Dans son discours de décembre, Macron demanda aux patrons de payer des primes de fin d’année à leurs salariés en échange d’une exemption de cotisations sociales. Si la plupart des grandes multinationales françaises ont répondu à l’appel, ce dernier a malencontreusement encouragé le déclenchement de «&nbsp;grèves Macron&nbsp;» dans les entreprises qui ont refusé d’accorder les primes. Par exemple, les travailleurs d’un sous-traitant majeur d’Airbus, Derichebourg, ont formé un «&nbsp;collectif de travailleurs en colère&nbsp;» pour se mettre en grève, s’attirant l’ire des syndicats maison qui ont dénoncé l’attitude «&nbsp;irresponsable&nbsp;» des grévistes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_49');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_49');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_49" class="footnote_plugin_tooltip_text">49</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_49" class="footnote_tooltip"> Balestrini, 2019. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_49').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_49', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les lignes de piquets attiraient autant de gilets jaunes que de syndicalistes. Les travailleurs des boutiques Apple se sont aussi mis en grève, de façon inattendue, et ont obtenu non une prime mais une augmentation salariale. Les gilets jaunes se sont aussi invités au dernier congrès de la CGT, où une urgentiste a notamment fait le lien entre la grève de son secteur et la mobilisation en cours, et Philippe Martinez a été sérieusement chahuté par les délégués. </p>



<p>Ces luttes éparpillées et localisées éclairent sur les tâches à venir du
mouvement ouvrier. A mesure que la loi el-Khomri prend racine, les attaques
patronales viendront de plus en plus de l’intérieur des entreprises, en
particulier là où les forces syndicales sont les plus faibles. Cela nécessitera
la construction locale de résistances. Plus protégés par le parapluie des
conventions collectives sectorielles et nationales, les syndicats devront
prendre beaucoup plus au sérieux leur implantation locale&nbsp;; malgré les
difficultés à venir, le mouvement des gilets jaunes montre que la situation
politique nationale peut se diffuser dans une multitude de luttes locales,
autant d’occasions dont les syndicats devront se saisir.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La crise hégémonique de la bourgeoisie française</h4>



<p>Les gilets jaunes sont le dernier symptôme de la longue crise organique que traverse la classe dirigeante française. Antonio Gramsci a développé le concept de crise organique pour décrire une crise économique dont la classe dirigeante n’arrive pas à s’extirper, et dont la longue durée &#8211; jusqu’à plusieurs dizaines d’années &#8211; fait qu’elle infecte graduellement le champ politique et idéologique de la société, mettant en péril l’hégémonie de la bourgeoisie. </p>



<p>Parmi les marxistes révolutionnaires, c’est bien Gramsci qui a le plus systématiquement réfuté la tendance à la <em>réduction </em>de l’État à ses «&nbsp;détachements spéciaux d’hommes armés&nbsp;» (police, armée permanente, prisons, etc), pour mieux étudier les moyens grâce auxquels la bourgeoisie obtient le consentement des classes subalternes (ou du moins d’une majorité parmi leurs rangs) en revendiquant pour son pouvoir une validité universelle, qui incarnerait «&nbsp;l’intérêt général&nbsp;» d’une manière ou d’une autre. La théorie de l’hégémonie est bien une théorie marxiste de l’État, mais d’un État qui «&nbsp;ne se contente plus du rôle d’instrument de coercion et de contrainte, imposant les intérêts de la classe dominante par en haut. Maintenant, dans sa forme intégrale, l’État est devenu un réseau de relations sociales pour la production du consentement, pour l’intégration des classes subalternes dans le projet expansif du développement historique du groupe social dirigeant&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_50');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_50');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_50" class="footnote_plugin_tooltip_text">50</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_50" class="footnote_tooltip">Thomas, 2010, p143.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_50').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_50', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pour paraphraser la fameuse métaphore du marxiste italien, la forteresse de la bourgeoisie est évidemment protégée par des remparts sur lesquels patrouillent des sentinelles armées, mais elle est aussi entourée de labyrinthes et de tranchées imbriquées qui servent à désorienter et démoraliser les assaillants potentiels, permettant aux affaires de suivre leur cours habituel à l’intérieur de la forteresse. Cela ne signifie pas, néanmoins, que l’hégémonie des dirigeants soit un marché de dupes, une pure tromperie idéologique qui doit être exorcisée par des intellectuels séparés de la lutte politique dirigée contre l’État ou se substituant à celle-ci<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_51');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_51');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_51" class="footnote_plugin_tooltip_text">51</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_51" class="footnote_tooltip"> Chris Harman a écrit à propos «&nbsp;des intellectuels qui voudraient prétendre mener la lutte des classes par une “pratique théorique”, “une lutte pour l’hégémonie intellectuelle”, alors qu’ils ne font qu’avancer leur propre carrière universitaire&nbsp;» &#8211; Harman, 1977 . </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_51').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_51', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. L’hégémonie de la classe dirigeante est plutôt construite par le biais de ce que Gramsci appelle la «&nbsp;société civile&nbsp;», un tissu formé de partis réformistes de divers bords, de syndicats, d’écoles et d’universités, d’associations culturelles, médiatiques, etc, et qui semblent doter l’idéologie des dirigeants d’une réalisation matérielle, concrète, dans la vie pratique et politique de la population. </p>



<p>Même si cet article n’est pas l’occasion d’une discussion compréhensive du concept gramscien de société civile, élaboré dans un cachot fasciste il y a presque un siècle, nous devons quand-même nous demander comment les dirigeants d’aujourd’hui maintiennent leur hégémonie &#8211; et comment cette dernière peut être compromise. Écrivant en 1977, Chris Harman insistait sur le fait que le capitalisme avancé «&nbsp;est caractérisé par un phénomène “d’apathie” &#8211; une chute dans la participation des masses dans les associations politiques et culturelles, [&#8230;] une centralisation du pouvoir idéologique et une atomisation des masses (à l’exception cruciale des syndicats ouvriers), avec pour conséquence un affaiblissement des vieilles associations politiques et culturelles&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_52');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_52');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_52" class="footnote_plugin_tooltip_text">52</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_52" class="footnote_tooltip">Harman, 1977.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_52').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_52', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Nous pouvons ajouter à cette liste «&nbsp;d’appareils hégémoniques
compromis&nbsp;» les services publics et ce qu’on appelle l&rsquo;État-providence,
qui ne sont pas &#8211; normalement &#8211; des centres de pouvoir idéologiques, mais
servent néanmoins à donner une légitimité matérielle à l’idéologie de l’État
intégral. En effet, alors même qu’ils ont été arrachés à la bourgeoisie par la
lutte, la fourniture par l’État de services publics et d’allocations
essentielles aux classes subalternes s’est historiquement accompagnée de tout
un discours des représentants de la classe dirigeante autour du «&nbsp;modèle
social français&nbsp;» ou encore du «&nbsp;pacte Républicain&nbsp;».&nbsp; </p>



<p>Cette tendance à l’atomisation des masses s’est évidemment accélérée depuis les années soixante-dix, remettant en cause la capacité des grands syndicats et des partis réformistes à jouer leur rôle historique, foncièrement contradictoire&nbsp;: donner forme ou même incarner les mécontentements des classes subalternes tout en canalisant leurs luttes loin des véritables centres du pouvoir, pour qu’elles ne puissent jamais dépasser le cadre des relations sociales capitalistes. Ils jouent ainsi le rôle d’une soupape de sécurité protégeant la bourgeoisie des explosions inattendues. Ce phénomène a lieu presque tous les jours, dans les luttes les plus insignifiantes comme dans les grands moments historiques. Un exemple frappant est évidemment mai 68, lorsque le couple formé par la CGT et le Parti Communiste français a réussi à désamorcer le potentiel révolutionnaire d’une immense grève générale, non sans obtenir, il est vrai, des concessions matérielles significatives de la part de la classe dirigeante. <br> <br>Cette soupape de sécurité n’est pas uniquement activée lors des périodes de lutte ouverte&nbsp;; alors même que l’apathie et l’atomisation ont progressé, la transformation de la politique électorale en un spectacle médiatique national a permis de couvrir une indifférence passive des masses avec l’impression illusoire d’une adhérence active au projet de la classe dirigeante, tandis que l’implantation locale séculaire des partis réformistes, ce thermomètre crucial mais souvent négligé, s’est progressivement dégradée. </p>



<p>Rien de tout cela ne signifie que les «&nbsp;détachements d’hommes armés&nbsp;» n’interviendront que lorsque les derniers barrages idéologiques auront cédé. Les mots de Gramsci à ce sujet semblent décrire l&rsquo;État français de ces dernières décennies&nbsp;: </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>L’exercice “normal” de l’hégémonie sur ce qui est désormais le terrain classique du régime parlementaire est caractérisé par une combinaison de force et de consentement qui s’équilibrent par divers moyens, sans que la force ne viole le consentement de manière trop ouverte, de façon à faire apparaître l’usage de la force comme reposant sur l’approbation de l’opinion majoritaire, exprimée par les soit-disant organes de l’opinion publique &#8211; les journaux et les organisations &#8211; qui peuvent, dans certaines situations, se voir multiplier artificiellement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_53');" onkeypress="footnote_moveToReference_2125_14('footnote_plugin_reference_2125_14_53');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2125_14_53" class="footnote_plugin_tooltip_text">53</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_53" class="footnote_tooltip"> Hoare et Nowell Smith, 1971, p80. </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2125_14_53').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2125_14_53', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. </p></blockquote>



<p>La production d’un consentement majoritaire dans les démocraties modernes
est donc constamment combinée avec la subjugation forcée d’une minorité, ou plus
précisément d’une multitude de minorités (ethniques, raciales, mais aussi
politiques, etc…) sous un barrage idéologique centralisé qui vise, si ce n’est
à gagner le soutien enthousiaste de la majorité, au moins à sécuriser son
indifférence silencieuse à l’égard de la répression que subissent ces
minorités. Le racisme d’État joue évidemment un rôle central pour couvrir
l’oppression d’une minorité tout en divisant les classes subalternes.</p>



<p>Cependant, contrairement aux labyrinthes et aux tranchées faites de pierre
et de mortier, la société civile est un organisme vivant, un tissu de liens
sociaux et politiques qui se nouent sur une matrice économique. La crise de
longue durée du capitalisme et les «&nbsp;solutions&nbsp;» néolibérales, qui
augmentent la pauvreté et le chômage tout en diminuant l’accès aux services
publics, intensifient les souffrances des classes subalternes et rongent le
crédit de la société civile, sa capacité matérielle et idéologique à contenir
le mécontentement&nbsp;; alors, la balance de l’État intégral penche de plus en
plus vers son appareil répressif, le renforçant et élargissant ses tentacules
pour tenter d’éteindre les départs de feux qui se multiplient, comme il est
évident&nbsp; depuis le début du mouvement des
gilets jaunes.</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="4d504e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #4d504e;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/CRS0023032.jpg" alt="" class="wp-image-2170 not-transparent"/></figure>



<p>L’État a d’autant plus recours à la répression systématique que ce
mouvement surgit largement en-dehors d’une société civile minée (d’où les
bavardages dans les cercles du pouvoir sur la «&nbsp;crise des corps
intermédiaires&nbsp;»), et que les tâtonnements du gouvernement qui chercha à improviser
des médiations susceptibles de ramener les gilets jaunes vers les canaux
institutionnels n’ont rien donné, malgré la domination claire et nette d’une
idéologie et d’une perspective réformistes au sein même du mouvement.&nbsp;&nbsp;&nbsp; </p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Conclusion</strong></h4>



<p>Cet article est parcouru par un thème dominant, à savoir la faiblesse de
Macron et de la classe dirigeante, à contre-courant des analyses dominant une
gauche qui lit le «&nbsp;rapport de forces » à la seule lumière du contenu du
nouveau code du travail, de l’agenda législatif de l’assemblée nationale ou
encore des résultats électoraux. Celles et ceux qui se cantonnent à cette
grille de lecture reproduisent en négatif la vision de la social-démocratie
allemande du début du 20e siècle, dont le pontife Karl Kautsky imaginait que le
progrès social (et avec lui les scores électoraux de la gauche anticapitaliste,
évidemment) serait graduellement acquis dans le cadre du capitalisme jusqu’à ce
que le pouvoir “nous” tombe entre les mains comme un fruit mûr, par pure
nécessité historique.</p>



<p>L’élection de Macron fait partie d’un moment historique où une classe
dirigeante radicalisée ressent ardemment le besoin de plus de réformes
néolibérales&nbsp; au vu du déclin relatif du
capitalisme français &#8211; telle est la tâche de Macron. Dans le même temps, les
«&nbsp;contre-réformes&nbsp;» des dernières décennies et la résistance du
mouvement social ont graduellement rongé le crédit des partis traditionnels de
la classe dirigeante, jusqu’à leur effondrement catastrophique en 2017. Macron
se retrouva donc contraint de mener l’offensive violente de la classe
dirigeante sans les outils hégémoniques traditionnels que cette dernière&nbsp; avait été contrainte de sacrifier dans
d’anciennes batailles, et sur un terrain de plus en plus polarisé entre la
droite et la gauche. Telle est la recette de la crise. </p>



<p>Ceci dit, l’échelle et l’endurance du mouvement gilets jaunes ont surpris tout le monde, montrant que la rancœur envers la classe dirigeante, personnifiée par l’arrogant Macron, puise des racines profondes dans le sol populaire. Le mouvement aura tiré des centaines de milliers de membres de notre classe de l’apathie et l’atomisation pour les propulser collectivement sur le devant de la scène historique. Cet acquis restera, quoi qu&rsquo;il arrive au mouvement dans les mois à venir. Mille fois plus efficacement que la propagande d’extrême gauche, les gilets jaunes ont révélé en pratique et à une nation entière le visage répugnant, répressif, de l’État, de sa police et de sa justice, ainsi que le mépris et la haine voués par la bourgeoisie et ses serviteurs médiatiques aux classes populaires. </p>



<p>Les gilets jaunes nous ont également renvoyé notre propre image, et dévoilé
les faiblesses de notre camp. On ne peut que constater avec amertume qu’au
moment où une section immense de notre classe recherche, consciemment ou pas,
des réponses révolutionnaires et anticapitalistes, les organisations censées
porter ce projet sont dans un état d’apathie, décidément incapables
d’initiative politique pour répondre aux défis historiques lancés par le
mouvement. </p>



<p>La crise du centre, dont les gilets jaunes sont un symptôme et un accélérateur, peut aussi profiter à l’extrême droite. Intervenir passivement, se contenter de surfer sur la vague, sans chercher à véritablement influencer politiquement les gilets jaunes ne pouvait que banaliser les idées racistes et réactionnaires, ainsi que les organisations fascistes qui, si elles n’ont jamais été le moteur du mouvement, n’en ont jamais été totalement absentes non plus.</p>



<p>Les possibilités étaient là, pourtant, comme l’a montré l’intervention du
Comité Adama depuis décembre ou encore la convergence entre gilets jaunes et la
Marche des Solidarités le 16 mars. Les révolutionnaires et les antiracistes
peuvent s’appuyer sur ces expériences et tant d’autres afin de construire un
front unitaire capable de faire véritablement reculer le FN et les groupuscules
nazis qui gravitent autour. </p>



<p>La tâche s’annonce immense et difficile, mais loin d’être désespérée. Malgré les défaites formelles de ces dernières années, la longue séquence ouverte par la lutte «&nbsp;contre la loi travail et son monde&nbsp;» n’est pas refermée. L’élan accumulé pendant ces trois dernières années a façonné l’intervention inégale mais enthousiaste de nombreuses organisations et collectifs dans les luttes des gilets jaunes, et continuera à grandir, car les antagonismes de classe et la crise politique généralisée vont s’intensifier encore dans les mois et les années à venir.&nbsp;  </p>



<h6 class="wp-block-heading">JB<br><br></h6>



<hr class="wp-block-separator is-style-wide"/>



<h5 class="wp-block-heading"> Références</h5>



<ul class="wp-block-list"><li>“Apache”, 2012, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="La Poste : sacrifier l’humain au nom de la productivité (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/210312/la-poste-sacrifier-lhumain-au-nom-de-la-product" target="_blank">La Poste : sacrifier l’humain au nom de la productivité</a>&nbsp;», <em>Médiapart</em> (21 mars).  </li><li>Agnew, Harriet, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="France faces Growing Threat of Skills Shortages&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.ft.com/content/f8f4be92-d083-11e8-a9f2-7574db66bcd5" target="_blank">France faces Growing Threat of Skills Shortages&nbsp;</a>», <em>Financial Times </em>(17 octobre).  </li><li><em>Al Jazeera</em>, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="How the Violent Far Right Infiltrated France’s National Rally (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.aljazeera.com/news/2018/12/france-infiltrated-marine-le-pen-national-front-181208151211138.html" target="_blank">How the Violent Far Right Infiltrated France’s National Rally</a>&nbsp;» (10 décembre).</li><li>Balestrini, Adrieni, 2019, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Toulouse. Troisième jour de grève pour les salariés de Derichebourg Atis Aéronautique (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.revolutionpermanente.fr/Toulouse-Troisieme-jour-de-greve-pour-les-salaries-de-Derichebourg-Atis-Aeronautique" target="_blank">Toulouse. Troisième jour de grève pour les salariés de Derichebourg Atis Aéronautique</a>&nbsp;», <em>Révolution Permanente </em>(22 février).</li><li>Belouezzane, Sarah, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="”Gilets jaunes” : Xavier Bertrand, le plus audible à droite (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/26/gilets-jaunes-xavier-bertrand-le-plus-audible-a-droite_5402143_823448.html  " target="_blank">”Gilets jaunes” : Xavier Bertrand, le plus audible à droite</a>&nbsp;», <em>Le Monde </em>(26 décembre).</li><li>Berger, Bennet, et Guntram B Wolff, 2017, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.econstor.eu/handle/10419/173108" target="_blank">The Global Decline in the Labour Income Share: is Capital the Answer to Germany’s Current Account Surplus?</a>&nbsp;», Bruegel Policy Contribution No. 2017/12 (avril). </li><li>Béroud, Sophie, 2009, «&nbsp;Organiser les inorganisés: Des expérimentations syndicales entre renouveau des pratiques et échec de la syndicalisation&nbsp;», Dans, <em>Politix</em>, volume 1, numéro 85.</li><li>Béroud, Sophie, 2018, «&nbsp;French Trade Unions and the Mobilisation against the El Khomri Law in 2016: a Reconfiguration of Strategies and Alliances&nbsp;», <em>Transfer: European Review of Labour and Research</em>, volume 24, numéro 2.</li><li>Bonnet, François, 2019, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Dans le bassin minier, le soutien de l’extrême droite a étouffé le mouvement des “gilets jaunes”&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/230219/dans-le-bassin-minier-le-soutien-de-l-extreme-droite-etouffe-le-mouvement-des-gilets-jaunes?" target="_blank">Dans le bassin minier, le soutien de l’extrême droite a étouffé le mouvement des “gilets jaunes”&nbsp;</a>», <em>Médiapart </em>(23 février). </li><li>CGT Pôle économique, 2017, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="L’argent des contribuables dans les poches des actionnaires: mettre au scandale (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.cgt.fr/fiche-economique-largent-des-contribuables-dans-les-poches-des-actionnaires" target="_blank">L’argent des contribuables dans les poches des actionnaires: mettre au scandale</a>&nbsp;» (25 Septembre). </li><li>Collectif Quantité critique, 2018, « <a rel="noreferrer noopener" aria-label="Enquête: Les gilets jaunes ont-ils une couleur politique ?&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.humanite.fr/enquete-les-gilets-jaunes-ont-ils-une-couleur-politique-665360" target="_blank">Enquête: Les gilets jaunes ont-ils une couleur politique ?&nbsp;</a>», <em>L’Humanité </em>(19 décembre). </li><li>Dares Analyses, 2017, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Quelles sont les évolutions récentes des conditions de travail et des risques psychosociaux&nbsp;? (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/dares-analyses-dares-indicateurs-dares-resultats/article/quelles-sont-les-evolutions-recentes-des-conditions-de-travail-et-des-risques" target="_blank">Quelles sont les évolutions récentes des conditions de travail et des risques psychosociaux&nbsp;?</a>&nbsp;» (20 décembre). </li><li>Dares Analyses, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="CDD, CDI: comment évoluent les embauches et les ruptures depuis 25 ans&nbsp;? (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/dares-analyses-dares-indicateurs-dares-resultats/article/cdd-cdi-comment-evoluent-les-embauches-et-les-ruptures-depuis-25-ans" target="_blank">CDD, CDI: comment évoluent les embauches et les ruptures depuis 25 ans&nbsp;?</a>&nbsp;» (21 juin). </li><li>Dares Résultats, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Les grèves en 2016 (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/dares-analyses-dares-indicateurs-dares-resultats/article/les-greves-en-2016" target="_blank">Les grèves en 2016</a>&nbsp;» (12 décembre). </li><li>Duquesne, Pierre, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Benoît Coquard : “Les barrages font apparaître les positions de classe”&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.humanite.fr/les-barrages-font-apparaitre-les-positions-de-classe-664434" target="_blank">Benoît Coquard : “Les barrages font apparaître les positions de classe”&nbsp;</a>», <em>L’Humanité </em>(30 novembre). </li><li>Fine, Ben, 2008, «&nbsp;Privatisation’s Shaky Theoretical Foundations&nbsp;», Dans, Kate Bayliss et Ben Fine: <em>Privatization and Alternative Public Sector Reform in Sub-Saharan Africa </em>(Palgrave Macmillan).</li><li>Goanec, Mathilde, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Le travailleur pauvre est une femme&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/171218/le-travailleur-pauvre-est-une-femme?" target="_blank">Le travailleur pauvre est une femme&nbsp;</a>» (17 décembre). </li><li>Giudicelli, Vanina, 2017a, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Existe-t-il un danger fasciste en France ? (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/" target="_blank">Existe-t-il un danger fasciste en France ?</a>&nbsp;» (4 mai).</li><li>Giudicelli, Vanina, 2017b, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Interview: The Meaning of Macron (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://isj.org.uk/interview-the-meaning-of-macron/" target="_blank">Interview: The Meaning of Macron</a>&nbsp;», <em>International Socialism 155 </em>(été). </li><li>Godard, Denis, 2010, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Front National : la crise d’un parti fasciste (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://quefaire.lautre.net/archives/article/la-crise-d-un-parti-fasciste" target="_blank">Front National : la crise d’un parti fasciste</a>&nbsp;», Que Faire ? (24 septembre). </li><li>Godard, Denis, 2012, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Contre le danger fasciste, ni déni ni panique—mais il y a urgence (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.quefaire.lautre.net/Contre-le-danger-fasciste-ni-deni" target="_blank">Contre le danger fasciste, ni déni ni panique—mais il y a urgence</a>&nbsp;», <em>Que Faire ?</em> (27 avril). </li><li>Harman, Chris, 1977, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Gramsci versus Eurocommunism: Part two&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://), www.marxists.org/archive/harman/1977/06/gramsci2.html" target="_blank">Gramsci versus Eurocommunism: Part two&nbsp;</a>», International Socialism 99 (1ère série, juin). </li><li>Hoare, Quentin, et Geoffrey Nowell Smith, 1971, <em>Selections from the Prison Notebooks</em> (Lawrence and Wishart).</li><li>Howell, Chris, 2018, «&nbsp;The French Road to Neoliberalism&nbsp;», <em>Catalyst</em>, volume 2, numéro 3.</li><li>ILO and OECD, 2015, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="The Labour Share in G20 Economies (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.oecd.org/g20/topics/employment-and-social-policy/The-Labour-Share-in-G20-Economies.pdf" target="_blank">The Labour Share in G20 Economies</a>&nbsp;» (26-27 février).</li><li>K, Flo et&nbsp; Jad B, 2019, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Les nazis et les autruches&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/les-nazis-et-les-autruches/" target="_blank">Les nazis et les autruches&nbsp;</a>», Autonomie de Classe (29 janvier).</li><li>K, Flo et Adrien H, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Faire reculer les fascistes, construire notre autonomie ! (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/faire-reculer-les-fascistes-construire-notre-autonomie/" target="_blank">Faire reculer les fascistes, construire notre autonomie !</a>&nbsp;», Autonomie de classe (10 avril) </li><li><em>Le Figaro</em>, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="La CGT et les ‘gilets jaunes’ bloquent plusieurs raffineries Total (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.lefigaro.fr/societes/2018/11/22/20005-20181122ARTFIG00279-plusieurs-sites-de-total-bloques-par-des-grevistes-et-des-gilets-jaunes.php?fbclid=IwAR3G_TPky3NjsIEZR5wb4th5Fc-%20LYFRTUYp2dkV4hmSv1oQI4MDYaujtq6M" target="_blank">La CGT et les ‘gilets jaunes’ bloquent plusieurs raffineries Total</a>&nbsp;» (22 novembre). </li><li>Mathieu Xavier, Thierry Defresne, Reynald Kubecki, Ghislaine Tormos et autres, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Gilets jaunes : “La CGT ne peut pas détourner le regard de cette colère sociale” (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.liberation.fr/france/2018/12/13/gilets-jaunes-la-cgt-ne-peut-pas-detourner-le-regard-de-cette-colere-sociale_1697647" target="_blank">Gilets jaunes : “La CGT ne peut pas détourner le regard de cette colère sociale”</a>&nbsp;», <em>Libération</em> (13 décembre).</li><li>Meistermann, Manon, 2016, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="3 millions de jours de grève en France (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.ifrap.org/emploi-et-politiques-sociales/3-millions-de-jours-de-greve-en-france" target="_blank">3 millions de jours de grève en France</a>&nbsp;», Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (31 mars).</li><li>Nicolas, Bernard, 2010, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Humiliation, dépression, démission : l’offre triple play de France Télécom (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.lesinrocks.com/2010/09/25/actualite/humiliation-depression-demission-loffre-triple-play-de-france-telecom-1125601/" target="_blank">Humiliation, dépression, démission : l’offre triple play de France Télécom</a>&nbsp;», Les Inrockuptibles (25 septembre). </li><li>OECD, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Equity in Education: Breaking Down Barriers to Social Mobility (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.oecd.org/publications/equity-in-education-9789264073234-en.htm" target="_blank">Equity in Education: Breaking Down Barriers to Social Mobility</a>&nbsp;» (23 octobre).  </li><li>Palheta, Ugo, 2016, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Civil War in France (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://socialistreview.org.uk/416/civil-war-france" target="_blank">Civil War in France</a>&nbsp;», <em>Socialist Review </em>(septembre). </li><li>Palheta, Ugo, 2016b, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.contretemps.eu/autoritarisme-democratie-palheta/" target="_blank">Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation</a>&nbsp;», Contretemps (2 novembre). </li><li>Poingt, Guillaume, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Quel gouvernement a le plus privatisé depuis 30 ans ? (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/10/04/20002-20181004ARTFIG00285-quel-gouvernement-a-le-plus-privatise-depuis-30-ans.php" target="_blank">Quel gouvernement a le plus privatisé depuis 30 ans ?</a>&nbsp;», <em>Le Figaro</em> (4 octobre).</li><li>Rigouste, Mathieu, 2016, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="L’invention de la BAC et le quadrillage sécuritaire des quartiers populaires&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.contretemps.eu/police-racisme-quartiers-populaires" target="_blank">L’invention de la BAC et le quadrillage sécuritaire des quartiers populaires&nbsp;</a>», <em>Contretemps</em> (29 octobre).</li><li>Salingue, Julien, 2019, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="L’extrême droite, ennemie du mouvement des Gilets jaunes (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://npa2009.org/actualite/politique/lextreme-droite-ennemie-du-mouvement-des-gilets-jaunes" target="_blank">L’extrême droite, ennemie du mouvement des Gilets jaunes</a>&nbsp;», NPA (13 février).</li><li>Sénécat, Adrien, 2018, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Les mirages de Pierre Gattaz sur l’opération “Un million d’emplois” (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/04/26/les-mirages-de-pierre-gattaz-sur-l-operation-un-million-d-emplois_5291147_4355770.html" target="_blank">Les mirages de Pierre Gattaz sur l’opération “Un million d’emplois”</a>&nbsp;», Le Monde (26 avril).</li><li>Soudais, Michel, 2017, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Une vidéo dévoile les ‘trucs’ de Macron pour ambiancer ses meetings&nbsp; (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.politis.fr/articles/2017/02/une-video-devoile-les-trucs-de-macron-pour-ambiancer-ses-meetings-36304/" target="_blank">Une vidéo dévoile les ‘trucs’ de Macron pour ambiancer ses meetings&nbsp;</a>», <em>Politis</em> (14 février).</li><li>Thomas, Peter, 2010, <em>The Gramscian Moment: Philosophy, Hegemony and Marxism</em> (Haymarket Books).</li><li>Tonnelier, Audrey, 2019, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="Entre le grand débat et les “gilets jaunes”, le blues des hauts fonctionnaires de Bercy (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/17/grand-debat-et-gilets-jaunes-a-bercy-les-hauts-fonctionnaires-broient-du-noir_5410269_823448.html" target="_blank">Entre le grand débat et les “gilets jaunes”, le blues des hauts fonctionnaires de Bercy</a>&nbsp;», <em>Le Monde</em> (17 janvier). </li><li>Weiler, Nolwenn, 2019, «&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" aria-label="”Ce qui se passe ici, cette entraide, je n’avais jamais vu ça”&nbsp;: reportage à la maison du peuple de Saint-Nazaire (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.bastamag.net/Ce-qui-se-passe-ici-cette-entraide-je-n-avais-jamais-vu-ca-reportage-a-la" target="_blank">”Ce qui se passe ici, cette entraide, je n’avais jamais vu ça”&nbsp;: reportage à la maison du peuple de Saint-Nazaire</a>&nbsp;», <em>Basta! </em>(14 février). </li><li>Wirtschafts und Sozial-wissenschaftliches Institut [Institute of Economic and Social Research], 2015, «&nbsp;<a href="http://www.boeckler.de/pdf/wsi_jahresbericht_2015.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label="Annual Report (s’ouvre dans un nouvel onglet)">Annual Report</a>&nbsp;». </li></ul>



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<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2125_14();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2125_14();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_2125_14">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_2125_14" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Howell, 2018</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ibid.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Fine, 2008, p15.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Nicolas, 2010.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">“Apache”, 2012. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Dares, 2017.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_7" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_7');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>7</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> OCDE, 2018 .</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_8" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_8');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>8</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Rigouste, 2016. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_9" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_9');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>9</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Beroud, 2009. C’est particulièrement le cas dans l’industrie manufacturière.  </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_10" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_10');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>10</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Dares Analyses, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_11" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_11');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>11</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> OLI et OCDE, 2015. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_12" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_12');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>12</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Agnew, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_13" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_13');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>13</a></th> <td class="footnote_plugin_text">WSI, 2015.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_14" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_14');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>14</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Meistermann, 2016.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_15" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_15');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>15</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> En 2015, le 1,3&nbsp;% des entreprises du secteur des affaires qui ont connu des grèves ou des arrêts de travail employaient 24,4% de l&rsquo;effectif total &#8211; ce ratio était respectivement de 1,7&nbsp;% et 26&nbsp;% en 2016, Dares Résultats, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_16" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_16');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>16</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Howell, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_17" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_17');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>17</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Dares Résultats, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_18" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_18');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>18</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> CGT Pôle économique, 2017. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_19" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_19');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>19</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Sénécat, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_20" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_20');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>20</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Palheta, 2016b</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_21" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_21');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>21</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Béroud, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_22" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_22');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>22</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Discours devant des PDG, organisé par la Fondation Concorde, 9 mars 2016. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_23" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_23');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>23</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Soudais, 2017.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_24" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_24');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>24</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Giudicelli, 2017.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_25" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_25');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>25</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Palheta, 2016a. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_26" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_26');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>26</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Godard, 2012.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_27" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_27');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>27</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Godard, 2010.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_28" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_28');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>28</a></th> <td class="footnote_plugin_text">K, Flo et Adrien H, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_29" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_29');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>29</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Giudicelli 2017b.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_30" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_30');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>30</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> K, Flo et Adrien H, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_31" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_31');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>31</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Al Jazeera</em>, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_32" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_32');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>32</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Collectif Quantité critique, 2018. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_33" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_33');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>33</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Goanec, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_34" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_34');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>34</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Hoare et Nowell Smith, 1971, p407.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_35" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_35');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>35</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gramsci et Keucheyan, 2012, p55.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_36" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_36');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>36</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Duquesne, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_37" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_37');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>37</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Le 5 janvier 2019, le boxeur professionnel Dettinger a été filmé en train de combattre la police anti-émeute à mains nues lors d&rsquo;une manifestation des Gilets Jaunes à Paris.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_38" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_38');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>38</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Belouezzane, 2018.  </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_39" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_39');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>39</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Tonnelier, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_40" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_40');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>40</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Lors d&rsquo;une réunion de masse à la Bourse du travail de St-Denis le 6 décembre 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_41" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_41');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>41</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Collectif Quantité critique, 2018.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_42" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_42');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>42</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Bonnet, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_43" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_43');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>43</a></th> <td class="footnote_plugin_text">K, Flo et Jad, 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_44" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_44');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>44</a></th> <td class="footnote_plugin_text">ibid.</td></tr>

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<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_49" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_49');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>49</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Balestrini, 2019. </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_50" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_50');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>50</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Thomas, 2010, p143.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_51" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_51');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>51</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Chris Harman a écrit à propos «&nbsp;des intellectuels qui voudraient prétendre mener la lutte des classes par une “pratique théorique”, “une lutte pour l’hégémonie intellectuelle”, alors qu’ils ne font qu’avancer leur propre carrière universitaire&nbsp;» &#8211; Harman, 1977 . </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_52" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_52');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>52</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Harman, 1977.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2125_14_53" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2125_14('footnote_plugin_tooltip_2125_14_53');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>53</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Hoare et Nowell Smith, 1971, p80. </td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_2125_14() { jQuery('#footnote_references_container_2125_14').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2125_14').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_2125_14() { jQuery('#footnote_references_container_2125_14').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2125_14').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2125_14() { if (jQuery('#footnote_references_container_2125_14').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2125_14(); } else { footnote_collapse_reference_container_2125_14(); } } function footnote_moveToReference_2125_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2125_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2125_14(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2125_14(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/crise-et-polarisation-le-bourbier-francais/">Crise et polarisation : le bourbier français</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Vous avez dit « Démocratie » ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/vous-avez-dit-democratie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Apr 2019 07:05:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les insurrections récentes des populations contre le colonialisme français d’outre-mer, les expériences de blocage et de confrontation, les assemblées de Gilets Jaunes deux ans après celles de Nuit debout ont posé une question essentielle pour <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/vous-avez-dit-democratie/" title="Vous avez dit « Démocratie » ?">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/vous-avez-dit-democratie/">Vous avez dit « Démocratie » ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les insurrections récentes des populations contre le colonialisme français d’outre-mer, les expériences de blocage et de confrontation, les assemblées de Gilets Jaunes deux ans après celles de Nuit debout ont posé une question essentielle pour tout révolutionnaire : l’opposition de masse au pouvoir. L’acharnement des Actes successifs à crier « Macron dégage », la grève du 6 février et les discussions qui émergent dans les assemblées soulèvent des questions que la gauche avait enterrées depuis des années. L’une des polémiques essentielles aujourd’hui est la question de quel lien entre l’économique et le politique et de quelle démocratie.<br />
Poser la question de la démission de Macron ne résout rien, et pourtant rien n’est possible sans que Macron dégage. L’enjeu de cet article n’est pas définir une stratégie pour le dégager. Le déclenchement d’une révolution, précipitant l’écartement de la frange de la classe politique au pouvoir, ne saurait dépendre des seuls révolutionnaires organisés.<br />
En rupture cordiale et sans sectarisme avec les partisans du RIC, étant solidaire de toute forme de « commune autonome » contre l’Etat mais pensant que la destruction de celui-ci, des Centres de Rétention et l’expropriation des classes capitalistes passeront par des affrontements de masse de notre classe, il nous a paru fondamental de réfléchir à comment émerge la question de la dualité de pouvoir.<br />
Nous ne vivons assurément pas aujourd’hui dans une société démocratique. Mais face au pourrissement autoritaire des prétendues « démocraties » bourgeoises, et au danger fasciste, nous défendons les « droits démocratique » (mais non la « démocratie » telle qu’elle est censée exister à l’heure actuelle). Et d’ailleurs, qu’est ce que serait une véritable démocratie ? Et comment appliquer les principes démocratiques dans les outils dont nous nous dotons pour mettre à bas cette société qui nous domine, nous opprime et nous façonne ?</p>
<h5><strong>Comment ont-ils pu nous y faire croire ?</strong></h5>
<p>Le capitalisme est fondamentalement antidémocratique. Il demeure basé sur l’exploitation, sur le contrôle par une ultra-minorité des moyens de production et de reproduction de la société, sur l’accumulation par quelques uns des richesses produites, par la dépossession de tous les autres et sur des inégalités structurelles. S’y articulent des systèmes de dominations, qu’il alimente et qui l’alimentent ; appuyé sur un Etat nécessairement raciste et patriarcal, qui cristallise la violence qu’il produit, le capitalisme ne saurait être compatible avec la démocratie.<br />
Du point de vue ouvrier, de celles et ceux qui perdent leur vie à survivre, le caractère antidémocratique, inégalitaire et violent du capitalisme s‘éprouve quotidiennement. Au cœur du mode de production capitaliste, au contact de ce que Marx appelle le « despotisme d’usine », et plus largement de la subordination du prolétariat, de ses conditions d’existence et du fruit de son activité, au bon vouloir des propriétaires de Capital.<br />
Pour autant, le capitalisme se pare de « démocratie », ou plutôt d’une image minimale et formelle de la démocratie. Une vision de la démocratie qui en exclue toute substance réelle, car elle se base sur un contre-sens, une traduction approximative.<br />
Il arrive que ce type de conception libérale de la démocratie se vante de progressisme. Ainsi, niant les structurations (et donc les oppressions) de genre, de race, de classe qui traversent le « Peuple », l’appréhension « populiste » de la question démocratiques s’avère médiocre car elle rend impossible toute prise en compte d’un point de vue spécifique, au hasard, celui des premièrEs concernéEs par une oppression.<br />
Le capitalisme a besoin de se dire démocratique pour nier, tenter de conjurer l’antagonisme de classe, le recouvrir sous l’apparence des pseudos choix « démocratiques» qui ne concernent que l’écume des choses : la gestion des effets désastreux du système sur les individus, les communautés et la planète. Et non pour poser la question de l’organisation de la société elle-même, de ses priorités, de qui en décide &#8211; qui sont pourtant les vraies questions démocratiques. Bref, pour camoufler la question du pouvoir afin de mieux protéger celui de la bourgeoisie.</p>
<h5><strong>La Démocratie, c’est fini</strong></h5>
<p>Déjà Engels, dans les premières pages de « La situation de la classe laborieuse en Angleterre », tirant les conséquences de cette contradiction du capitalisme, invitait les révolutionnaires à « battre la bourgeoisie libérale avec ses propres déclarations ». En effet, la tendance à la concentration inéluctable du Capital va à l’encontre de toute possibilité de « démocratisation » du capitalisme.<br />
Au contraire, et la période actuelle nous en offre un exemple saisissant. La dynamique de crise du capitalisme, son caractère totalitaire et extensif, obligent la bourgeoisie a constamment accentuer l’antagonisme de classe, qu’elle tente pourtant de cacher sous le vernis démocratique. La « baisse tendancielle du taux de profit » l’oblige à constamment augmenter le « taux d’exploitation », et donc à accentuer ses attaques contre les travailleuses et travailleurs, leurs conditions de travail et d’existence, et les maigres digues à la voracité infinie du Capital qu’iels ont construits à force de luttes. L’instabilité chaotique du procès de valorisation du Capital génère une instabilité politique des régimes bourgeois qui dérivent vers toujours plus d’autoritarisme et de racisme, et dans certaines conditions jusqu’au fascisme.<br />
L’hégémonie actuelle du capital financier (une des caractéristiques du stade impérialiste du capitalisme selon Lénine) et ses conséquences (attaques contre les intérêts matériels des populations, effets sclérosant du caractère oligarchique de la propriété, exclusion massive des formes classiques de la valorisation de la force de travail) créent une instabilité politique qui détermine le lien organique entre néolibéralisme et État autoritaire. C’est le libéralisme autoritaire dont Grégoire Chamayou trace la généalogie dans « La société ingouvernable » et dont Ugo Palheta analyse les conséquences prévisibles (mais résistibles) dans « La possibilité du fascisme ». Mais si elle craque par en haut, la vielle démocratie bourgeoise craque aussi par en bas, car on commence à vraiment ne plus y croire, et à être de plus en plus nombreuses et nombreux à vouloir inventer, tester d’autres formes de démocratie et les mettre, même partiellement, en pratique sur les places, les rond points, dans nos luttes.</p>
<h5><strong>On ne se contentera pas des miettes…</strong></h5>
<p>Face à ce que ce dernier auteur qualifie de « démantèlement par les bourgeoisies de la « démocratie » bourgeoise » , nous nous retrouvons dans la même situation que Rosa Luxemburg: « Aujourd’hui, la démocratie est peut-être inutile, ou même gênante pour la bourgeoisie ; pour la classe ouvrière, elle est nécessaire, voire indispensable. Elle est nécessaire, parce qu’elle crée les formes politiques (auto-administration, droit de vote, etc.) qui serviront au prolétariat de tremplin et de soutien dans sa lutte pour la transformation révolutionnaire de la société bourgeoise. Mais elle est aussi indispensable, parce que c’est seulement en luttant pour la démocratie et en exerçant ses droits que le prolétariat prendra conscience de ses intérêts de classe et de ses tâches historiques. »<br />
La situation historique actuelle, dans laquelle nous militons avec comme perspective « l’actualité de la révolution », c’est à dire que s’accentue la polarisation entre les deux segments de l’alternative « Socialisme ou Barbarie » , fait que la défense de formes politiques, de droits démocratiques ne peut être détachée d’une perspective anticapitaliste et révolutionnaire.<br />
Prenons la question du référendum. Fondamentalement, le référendum ne remet pas en cause les mécanismes délégataires. Il renforce la conception bourgeoisie, individualiste et « atomisée », de la démocratie, et est parfaitement compatible avec les pires régimes autoritaires (auxquels il peut emprunter la mythologie d’une relations directe entre le « Peuple » et le « Chef »). Et si nous avons par exemple soutenu le référendum d’indépendance en Catalogne, et la dynamique politique qui en a résulté, nous avons aussi lutté contre des référendums. Par exemple contre le référendum colonial en Kanaky que des militantEs indépendantistes appelaient à boycotter. Ou contre le référendum d’initiative patronale dans les boites instauré par la Loi Travail. Nous avons donné un contenu de classe a ces luttes : internationaliste sur la Kanaky, en posant, par exemple, la question de la composition du corps électoral, qui du fait de la politique de colonisation de peuplement et des massacres de Kanaks, est favorable aux colons ; ouvrier dans le cas du référendum patronal d’entreprise en dénonçant le caractère fondamentalement antidémocratique de l’organisation capitaliste de la production dans laquelle un référendum, qui plus est à l’initiative du taulier, ne peut que renforcer le pouvoir patronal.<br />
Et pourtant, dans le mouvement des Gilets Jaunes, l’émergence de la revendication du Référendum d’Initiative Citoyenne apparait, avec toutes ses limites, comme une remise en cause par une fraction importante de la classe, entrée en lutte, de la mainmise totale de la bourgeoisie et de ses politiciens sur la direction de la société. Le RIC est donc bien un «tremplin » pour les révolutionnaires afin de développer une critique de la démocratie bourgeoise, de lui proposer un contenu de classe (qui doit diriger la société ?), de lui offrir une perspective révolutionnaire (l’extension infinie de la prise en charge de toutes les questions de la société par la société elle-même). Dans, par et pour le(s) mouvement(s). Car c’est toujours de l’activité politique des opprimés qu’il faut partir.</p>
<h5><strong>On veut toute la putain de boulangerie !</strong></h5>
<p>Plus que le RIC, c’est la politique qui s’est faite sur les ronds-points qui représente une irruption démocratique, l’émergence d’une pratique et d’une parole politique qui vient nier la négation de la démocratie que représente l’autoritarisme grandissant des régimes bourgeois.<br />
En France, le pourrissement autoritaire et antidémocratique de la Vème République explose en plein jour (il n’y a qu’à voir le niveau de répression hallucinant, ou dans un autre genre l’affaire Benalla), en même temps que la fragilité d’un pouvoir qui se sait illégitime. Les Gilets Jaunes mettent en lumière, en l’accélérant, la crise d’hégémonie d’une bourgeoisie à qui les manœuvres (grand débats) doublées de l’utilisation des grosses ficelles racistes (introduction des thèmes de l’immigration ou de la laïcité dans le dit débat) ne permettent de reprendre la main.<br />
Face à cette crise d’hégémonie, au danger fasciste qu’elle accroît et au durcissement autoritaire qu’elle accélère, il est plus qu’urgent que se développe une contre-hégémonie, qui permette d’affirmer, à partir des mobilisations en cours, que nous ne nous contenterons pas des miettes. On veut toute la boulangerie, le contrôle du four, et pouvoir décider que nos camarades boulangères et boulanger n’ont pas à se bousiller la santé à se lever à 3 heures du mat’ pour que les bourgeois puissent avoir des croissant frais le matin (ils pourront se contenter de ceux cuits la veille). Une contre-hégémonie qui pose la question de la dictature du prolétariat (l’immense majorité) pour briser la (fausse) démocratie des conseils d’administration et des plateaux de télévision. Qui pose la question de qui décide ? De qui devrait décider ? Les questions du Socialisme et de la Révolution en somme.</p>
<h5><strong>La vraie Démocratie, elle est ici !</strong></h5>
<p>Ce que nous rappelle aussi le mouvement des Gilets jaunes, c’est que quand les subalternes prennent le chemin de la lutte, se mettent en grève, occupent l’usine, la fac ou le rond-point, la question de la démocratie surgit de partout. Pour critiquer le régime antidémocratique actuel, pour penser ce que serait une société démocratique et le faire à partir d’une question qui se pose concrètement, le chainon manquant entre les deux, c’est l’organisation démocratique qu’on se donne pour mettre à bas ce système (et pour commencer, organiser la lutte).<br />
L’organisation d’une lutte amène, pour ainsi dire mécaniquement, de part sa dynamique propre, les questions qu’elle pose, à remettre en cause les conceptions libérales (individualisme, négation des oppressions et de leur effets, exclusion des questions fondamentales du champ de la délibération) et les mécanismes bourgeois (délégation, dictature de la majorité au détriment de la prise en compte des points de vue minoritaires, négation des points de vue spécifiques) de la démocratie. En effet, dés qu’on lutte, on sait, on sent, on vit que la démocratie n’est pas une question de majorité numérique, mais quelque chose de beaucoup plus complexe, combinant nécessairement plusieurs facteurs. Que le questions sont infiniment plus intéressantes quand leur formulation implique celleux à qui elles s’adressent, que face à nos envies démocratiques l’Etat se montre à nu, comme un concentré de violence de classe. Car notre démocratie est une démocratie tournée vers l’action, ce qui l’amène à toujours pousser plus loin la réflexion et la lutte contre les oppressions. Mais, cela ne suffit pas, on ne s’extirpe pas de l’idéologie dominante d’un coup de baguette magique. Les idées égalitaires, de l’égalité concrète, réelle, ne sont pas naturelles à qui a grandi dans le capitalisme décadent. Plus que la déconstruction individuelle des privilèges ou des idéologies, c’est à la destruction collective des oppressions et de leurs bases matérielles qu’il faut s’atteler. C’est ainsi que dans la lutte, à travers la question démocratique, « le prolétariat [prend] conscience de ses intérêts de classe et de ses tâches historiques »<br />
C’est pourquoi il est nécessaire que les révolutionnaires soient partie prenante de toutes les luttes de notre classe, des mouvements de chacune de ses composantes, pour y faire vivre les idées qui pourraient fonder une réelle démocratie, pour y défendre l’autonomie du mouvement, la priorité absolue accordée à la voix des premiers concernées, la prise en charge de la lutte par celles et ceux qui luttent, y expliquer qu’il est parfaitement démocratique d’en virer les fachos qui veulent le détruire. C’est ainsi qu’iels seront le plus utile au mouvement et à son renforcement, et que, mettant leurs théories à l’épreuve de la pratique, iels se renforceront sur les plans théorique et pratique. Dans le mouvement, pour le mouvement !</p>
<p><em>TPP</em></p>
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		<title>Un vent de révolte s’est emparé de notre classe. Qu’il balaie le racisme !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/un-vent-de-revolte-sest-empare-de-notre-classe-quil-balaie-le-racisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Mar 2019 18:05:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Front Uni]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La crise d’hégémonie s’approfondit. Confrontée à une crise du pouvoir sans précédent, la classe dirigeante a recours à des moyens toujours plus brutaux pour espérer garder la tête hors de l’eau. Dans une période de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/un-vent-de-revolte-sest-empare-de-notre-classe-quil-balaie-le-racisme/" title="Un vent de révolte s’est emparé de notre classe. Qu’il balaie le racisme !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La crise d’hégémonie s’approfondit. Confrontée à une crise du pouvoir sans précédent, la classe dirigeante a recours à des moyens toujours plus brutaux pour espérer garder la tête hors de l’eau. Dans une période de polarisation de classe et de décomposition du champ politique, sa stratégie repose encore davantage sur l’approfondissement des politiques néolibérales, l’autoritarisme, l’exacerbation des clivages entre les différentes composantes de notre classe, sur le nationalisme et le racisme. Une trajectoire qui renforce les forces les plus réactionnaires mais qui ouvre également des possibilités, à l’image de la révolte des gilets jaunes.</em></p>
<h4><strong>Il n’y a pas de reflux de la trajectoire raciste et de la menace fasciste en France</strong></h4>
<p>Le mouvement des gilets jaunes n’est pas d’extrême-droite. Il s’agit essentiellement d’un mouvement de notre classe centré sur des revendications sociales et démocratiques . Pourtant il a dès les premiers jours été confronté au racisme. Dénonciation aux flics de migrant.es et agressions racistes par des gilets jaunes avaient tant suscité l’indignation que démontré une nouvelle fois qu’une partie de notre classe a accepté les arguments nationalistes et racistes. De ce fait, et en l’absence des cadres organisationnels du mouvement ouvrier, le mouvement pouvait potentiellement représenter pour les fascistes un débouché politique. C’est pourquoi ils ont tenté de l’infiltrer, profitant de la faiblesse historique du camp de l’antiracisme et de l’antifascisme.Depuis le début du mouvement deux phénomènes sont en cours: la chasse par des groupes d’extrêmes droites de militant.es de la gauche radicale et la formation d’un service d’ordre fasciste. Dans la capitale, le SO de l’extrême-droite a été non seulement repoussé par les antifascistes mais surtout dénoncé par les gilets jaunes comme une tentative de manipulation. A Lyon, les fascistes se sont fait repousser par le cortège antiraciste. Ailleurs ce sont les gilets jaunes eux-mêmes qui, acte après acte les ont éjectés des cortèges. A Strasbourg, les gilets jaunes ont convergé à l’acte XIV avec la manifestation des Kurdes demandant la libération des prisonniers politiques. A Caen, début janvier, les iels tenaient leur assemblée générale dans un squat de migrant.e.s.<br />
Alors même que les fascistes entendaient empêcher la gauche et ses symboles d’apparaître, le mouvement n’a cessé d’évoluer vers la gauche, même si aucune victoire décisive contre l’extrême-droite n’a encore été remportée. Il n’y a pas de reflux de la trajectoire raciste et de la menace fasciste en France. Les migrant.e.s sont toujours traqué.e.s par les flics et les fachos, le Front National fait toujours plus de 20% d’intention de vote, la négrophobie et l’islamophobie fondent toujours le quotidien de près d’un tiers de notre classe. Les fascistes organisés se sentent autorisés aux opérations les plus folles: projets d’attentats, opérations aux frontières, ouvertures de locaux, attaques de rue etc.<br />
Ce contexte rend toujours plus urgent de s’organiser et d’argumenter, notamment dans les AG et les manifestations de gilets jaunes, dans le sens d’une riposte antifasciste et antiraciste capable d’organiser la solidarité avec les migrant.e.s, de contester les entreprises de récupération de l’antiracisme par les principaux promoteurs du racisme, de débarrasser l’espace public, médiatique et politique des fascistes et de leur influence.<br />
Cette riposte qui nécessite d’être plus nombreu.ses et plus organisé.es que les partisans des politiques racistes et les fascistes ne peut pas reposer uniquement sur une minorité révolutionnaire et anticapitaliste. Pendant trop longtemps la lutte antifasciste a été laissée à une minorité consciente de la nécessité d’abolir le capitalisme pour définitivement mettre un terme à la menace fasciste. Le fascisme est un mouvement de masse de la petite-bourgeoisie en partie autonome de l’Etat et de la bourgeoisie traditionnelle . Le combat contre ce phénomène est donc aussi en partie distinct de la lutte anticapitaliste et nécessite une autre tactique . La Grèce et l’expérience de <a href="https://wordpress.com/post/autonomiedeclasse.wordpress.com/1614" target="_blank" rel="noopener noreferrer">KEERFA </a>&#8211; Unis contre le racisme et la menace fasciste &#8211; nous donne un exemple de la mise en place d’une tactique victorieuse pour reprendre l’initiative et faire reculer les fascistes.</p>
<h4><strong>Diviser celleux qui devraient être uni.es …</strong></h4>
<p>En France, la crise ouverte par le mouvement des gilets jaunes a atteint le stade d’un affrontement en voie de généralisation. Pour justifier la répression et tenter de discréditer le mouvement, le pouvoir a parlé de foule haineuse, raciste, complice du terrorisme ou de l’étranger, et maintenant antisémite. On savait déjà que les classes dominantes instrumentalisaient l’antisémitisme pour poursuivre et renforcer leur campagne islamophobe ; elles le font à présent pour écraser un mouvement de classe d’une ampleur sans précédent.<br />
Si l’on assiste à une telle violence politique et à une telle répression – des dizaines de milliers d’arrêté.es, de blessé.es, de mutilé.es, de condamné.es – c’est que le pouvoir, par ailleurs affaibli, est dans une radicalisation autoritaire. Années après années, l’Etat français s’est doté d’un arsenal répressif toujours plus violent – militarisation de la police, constitutionnalisation de l&rsquo;État d&rsquo;urgence, loi Asile-immigration, la liberticide loi « anti-casseurs » etc. Ce renforcement de l’État sécuritaire, doublé de l’offensive raciste, donne confiance et ouvre la porte aux fascistes et à toutes les forces qui se proposent de régler la crise avec des moyens encore plus extrêmes.</p>
<h4><strong>… ou unir celleux qui sont divisé.es</strong></h4>
<p>Mais à réprimer toujours plus durement et aveuglément, à force d’instrumentaliser l’antisémitisme de manière odieuse, de criminaliser les mouvements sociaux, Macron pourrait surtout souder entre eux les jeunes Noirs et Arabes des quartiers populaires, les gilets jaunes, les musulman.es, les militant.es impitoyablement réprimé.es etc. Un mouvement qui s’observe par ailleurs déjà dans la prise de conscience à l’intérieur du mouvement des gilets jaunes de l’ampleur des violences policières et de la véritable nature de l’État, dans leur volonté de se lier aux quartiers populaires, l’organisation d’actions en commun avec le comité Adama comme à Rungis ou l’annonce de gilets jaunes de se joindre à la marche contre le racisme d’Etat et les violences policières le 16 mars.<br />
Pour élargir le mouvement et renforcer la contestation du pouvoir, de nouveaux secteurs de notre classe doivent entrer en mouvement. Ils ne peuvent le faire si le mouvement est perméable aux idées racistes et tolère la présence des fascistes. Les tactiques de division seront mises en échec par l’intégration par le mouvement lui-même des revendications des 1ers concerné.es et la participation aux échéances et actions antiracistes. La lutte contre le racisme n’est pas seulement une lutte « défensive » contre la violence de l’État et des fascistes. Elle est aussi une lutte offensive qui fait de l’antagonisme ouvert avec les intérêts de la classe dirigeante et des forces les plus réactionnaires le coeur de la dynamique du mouvement et du projet de transformation sociale. Le 18 décembre déjà, 10 000 personnes défilaient à Paris en solidarité avec les migrant.es, dont des milliers de travailleur.ses sans-papiers, à l’appel notamment de la CGT. Le 16 mars et après, l’urgence résidera donc dans la construction d’un mouvement de notre classe qui mette la lutte contre le racisme et le fascisme au centre de ses préoccupations. Un vent de révolte s’est emparé de notre classe. Qu’il balaie le racisme !</p>
<p>Gabriel Cardoen et Florian Klein</p>
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		<title>16 mars 2019 : un « acte 18 » antiraciste et antifasciste pour les gilets jaunes ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/16-mars-2019-un-acte-18-antiraciste-et-antifasciste-pour-les-gilets-jaunes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Feb 2019 10:42:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Gilets jaunes]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un article écrit pour le journal du SEK (Parti Socialiste des Travailleurs- Grèce) le 21 février 2019. Parce que le racisme et l’extrême droite se développent dans toute l’Europe, des manifestations antiracistes et antifascistes ont lieu partout <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/16-mars-2019-un-acte-18-antiraciste-et-antifasciste-pour-les-gilets-jaunes/" title="16 mars 2019 : un « acte 18 » antiraciste et antifasciste pour les gilets jaunes ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p> <em>Un article écrit pour le journal  du </em><a href="https://www.sekonline.gr/"><em>SEK</em></a><em> (Parti Socialiste des Travailleurs- Grèce) le 21 février 2019.</em></p>


<p>Parce que le racisme et l’extrême droite se développent dans
toute l’Europe, des manifestations antiracistes et antifascistes ont lieu partout
depuis plusieurs années, etde façon coordonnée dans différentes capitales
autour de la date de la Journée internationale du 21 mars. Mais alors que dans
certains pays les mobilisations ont pu atteindre plusieurs dizaines, voire
plusieurs centaines milliers de manifestant.e.s, toutes les personnes investies
en France dans les luttes contre le racisme d’État et les violences policières,
contre le fascisme, pour l’ouverture des frontières et l’égalité des droits,
font le constat des difficultés à mobiliser à cette échelle. Pourtant, la France
est aussi un des pays où le niveau de mobilisations, manifestations, grèves sur
les questions sociales est le plus important&nbsp;: mouvement
contre&nbsp;«&nbsp;la loi travail et son monde&nbsp;» en 2016, mouvement des
étudiant.e.s, des cheminot.e.s, des fonctionnaires au printemps 2018, mouvement
des Gilets Jaunes depuis mi-novembre 2018…</p>


<p>Comment interpréter ce paradoxe&nbsp;? Le mouvement ouvrier,
le mouvement social, est-il composé de personnes acquises aux idées
nationalistes&nbsp;? Ou à l’inverse, en est-il préservé, et ce serait alors dans
le reste de la société, celle qui ne se mobilise pas, que le nationalisme se
développe&nbsp;? Ou encore, s’agit-il d’une imbrication des deux
phénomènes&nbsp;? Le mouvement des Gilets Jaunes nous offre à ce propos un
éclairage utile, que cet article cherche à exposer.</p>


<p><strong>Polarisation et
instabilité</strong></p>


<p>Les conditions dans lesquelles Macron s’est retrouvéprésident
au printemps 2017rendaient très probables à la fois les explosions de
contestations de notre classe etle renforcement du danger fasciste.</p>


<p>L’année précédant son élection, le mouvement contre
«&nbsp;la loi travail et son monde&nbsp;» avait combiné pendant 5 mois des
grèves, des manifestations, des blocageset des occupations de places publiques.&nbsp; Le gouvernementavait fait passer sa loi en
force contournant le dispositif parlementaire. Puis la contestation avait
explosé dans une des colonies françaises, en Guyane, prenant la forme d’un mois
de grève générale,faisant céder le gouvernement.</p>


<p>Lors des élections présidentielles, les partis traditionnels
&#8211; de gauche (le Parti socialiste) comme de droite (Les Républicains) &#8211; ont été
désavoués, tandis que le Front National &#8211; parti fasciste- a obtenu près de 11
millions de voix. Sa dédiabolisation dans une grande partie de l’opinion ne
vient pas d’une modération de son discours mais des évolutions racistes et
autoritaires des partis traditionnels, jusqu’à des pans de la gauche devenus
favorables à l’adoption de lois islamophobes, à l’expulsion des sans-papiers, à
l’état d’urgence permanent.</p>


<p> Sur la base d’une organisation lancée quelques mois auparavant (La République en Marche) et uniquement dédiée à sa candidature, Emmanuel Macron a profité du vide créé. Il n’est cependant élu que par 1/5<sup>ème</sup> des électeurs. Dans ces conditions et compte-tenu des niveaux d’abstention, Macron et son gouvernement deviennent alors le pouvoir le plus faible de l’histoire de la Vème République en France.Personnalité arrogante, Macron va pourtant mener la politique que la classe dirigeante française attend depuis des décennies en lançant une offensive tous azimuts contre l’ensemble de la société. Il multiplie immédiatement les contre-réformes sur les terrains de l’austérité, du renforcement autoritaire de l’État et du contrôle de l’immigration.Tous les secteurs de la population sont touchés&nbsp;: la jeunesse scolarisée, les salarié.e.s, les retraité.e.s, les migrant.e.s, les fonctionnaires des services publics, les familles des quartiers populaires, etc.</p>


<p> De son côté, l’extrême droite, en pleine phase de recomposition autour des stratégies pour construire un parti fasciste de masse tout essayant de gagner des fractions de la classe dirigeante à son projet, a pris des initiatives essentiellement par le biais de groupes radicaux violents liés au FN. Ils ont ouvert des locaux dans le centre des grandes villes, et s’en sont pris aux migrant.e.sou encore aux étudiant.e.s mobilisé.e.s en attaquant les blocages organisés dans des universités.</p>


<p>Un mouvement de résistance reprend la rue pendant le
printemps 2018 sans pour autant réussir à faire fléchir le gouvernement. Les
organisations associatives, syndicales, ou politiques sont loin d’être à la
hauteur, engluées dans une grille d’analyse de la situation selon laquelle les
rapports de force sont trop dégradés pour espérer gagner. </p>


<p><strong>Les Gilets Jaunes</strong></p>


<p>C’est dans ce contexte que le mouvement des Gilets Jaunes
est apparu. C’est aussi ce contexte qui permet de le comprendre et d’analyser
sa ou plutôt ses dynamiques.</p>


<p>Identifiant les possibilités de révolte à son audience
électorale plutôt en berne et ne pouvant imaginer qu’un mouvement se développe sans
son intervention, la gauche était tétanisée.C’est pourtant bien totalement en-dehors
de ses cadres habituels que la révolte a éclaté, de manière d’autant plus
surprenante et explosive. Bien plus, démarrant sur une opposition à une
nouvelle taxe sur le diesel et l’essence instaurée au prétexte de combattre le
réchauffement climatique,regroupant des parties de la population habituellement
peu mobilisées, soutenu par des courants d’extrême droite, ce mouvement a
provoqué une défiance de la majorité de la gauche syndicale et politique qui
s’est traduite par la production de communiqués argumentant contre la
participation à la première journée d’action programmée le 17 novembre.Pour
autant, le soutien populaire massif à ce mouvement tenait à son évidente nature
de classe&nbsp;: ce qu’il mettait en évidence dès le début, c’était la baisse
du pouvoir d’achat, les difficultés à boucler la fin du mois et la dénonciation
de la politique de Macron qui supprime l’impôt sur la fortune pour les riches mais
demande toujours plus de sacrifices aux couches populaires.</p>


<p>Mais dans une société où la colère sociale se combine à une
forte progression des préjugés racistes, ce mouvement était également très
hétérogène dans ses idées. Par endroits, il y a eu des agressions de
migrant.e.s ou d’autres personnes racisées, actes inacceptables mais peu
étonnants quand plus de 10 millions de personnes votent Front National et ont
accepté les arguments racistes et nationalistes de ce parti.</p>


<p>Cela devrait suffire à démontrer que les questions sociales,
en elles-mêmes, ne suffisent pas à distinguer un mouvement d’émancipation d’un
mouvement réactionnaire&nbsp;: les fascistes n’ont jamais hésité à investir des
manifestations ou des grèves quand ils estimaient que cela pouvait leur
permettre de renforcer leur projet. Le programme du FN fait depuis plusieurs
années une large place aux revendications sociales, structurées autour de la
préférence nationale&nbsp;: cela permet à Marine Le Pen de s’adresser aux
catégories populaires en les dressant contre les migrant.e.s, les musulman.e.s,
qui profiteraient de nos richesses.</p>


<p><strong>Mouvement et lutte
politique</strong></p>


<p> Déserter cette mobilisation de classe plutôt que de s’y investir et de mener les arguments antiracistes et pour l’exclusion des fascistes était pourtant une première erreur de la gauche, car elle laissait le champ libre aux courants fascistes pour essayer d’en prendre la direction.Mais en peu de temps, sous la pression du développement de ce mouvement et de l’énorme vague de sympathie qu’il a suscité dans le reste de la société, la gauche a fini le par soutenir et se rendre sur les lieux de rassemblements, de blocages, et les manifestations des gilets jaunes.Le problème &#8211;&nbsp; et la deuxième erreur de la gauche &#8211; c’est alors qu’elle l’a fait de façon non-politique, soutenant les revendications sociales qui lui convenaient et occultant la présence de revendications anti-migrants, de soutien à la police ou à l’armée ou encore acceptant sans réagir de se retrouver dans des manifestations dans lesquelles les fascistes défilaient, voire prenaient la tête en organisant le service d’ordre, comme à Paris.</p>


<p>Pendant des semaines le mouvement a tenu, prenant des formes par moment quasi-insurrectionnelles. Chaque samedi les centres des grandes villes étaient transformées en lieux totalement libérés, circulation fermée, magasins fermés et même barricadés, parcourus par des cortèges sans parcours pré-définis. Face au refus du pouvoir d&rsquo;entendre et de prendre en compte la colère et les revendication du pouvoir et aux provocations policières les confrontations violentes se sont multipliées. A Paris la porte d’un ministère fut même défoncée par des milliers de manifestants et l’Assemblée nationale quasi attaquée.Quand elle dure et qu’elle repose ainsi sur des revendications de classe, la dynamique de mobilisations est le terrain le plus favorable pour qu’un mouvement évolue vers la gauche. Mais pour que cela se concrétise, encore faut-il l’intervention de militant.e.s qui argumentent dans ce sens. En 2017, le grand mouvement contre la réforme du code du travail avait démontré qu’il n’y a pas de lien automatique entre la montée de la contestation et la baisse de l’audience des fascistes&nbsp;: alors que 70% de la population soutenait le mouvement de grèves et d’occupations des places, le Front National restait au plus haut dans les sondages.</p>


<p>Un des éléments majeurs a donc été la journée de
manifestations unitaires du 18 décembre pour la liberté de circulation, la
régularisation des sans-papiers, la fermeture des centres de rétention et
l’égalité des droits. Elle a constitué un outil précieux pour intervenir dans
ce contexte, montrant le potentiel de la situation&nbsp;: des manifestations
dans plus de 60 villes en France, 10&nbsp;000 personnes à Paris, cela ne
s’était pas vu depuis 10 ans.</p>


<p><strong>Ce mouvement a déjà
gagné&nbsp;!</strong></p>


<p>Cela fait maintenant plus de trois mois que ce mouvement
dure&nbsp;!Il a permis à une partie significative de la société de recréer des
liens sociaux, de se retrouver pour discuter de politique et agir
collectivement pour changer la situation. En obligeant les médias, le pouvoir,
les organisations, à écouter et se positionner par rapport à ce mouvement, il a
d’ores et déjà gagné sur une de ses revendications&nbsp;: obtenir plus de
pouvoir. </p>


<p>Mais, par la dynamique politique qu’il a créée, il a également
réussi à déstabiliser le pouvoir, allant jusqu’à le faire reculer, ce qui
n’était pas arrivé depuis des années. Et lorsque Macron a concédé quelques
mesures pour essayer de calmer le mouvement, les Gilets Jaunes ont estimé que
le compte n’y était pas et sont restés mobilisés – exigeant sa démission &#8211; au
point que les commentateurs politiques s’inquiètent dorénavant de l’aspect
potentiellement révolutionnaire de la situation.</p>


<p>Ce mouvement a, jusqu’à présent,fait preuve d’une étonnante
maturité politique en faisant face aux tentatives idéologiques de division
(notamment sur l’offensive médiatique et politique concernant l’usage de la
violence), et à l’énorme répression qui s’abat sur lui, la plus importante depuis
mai 68 &#8211; certains collectifs dénombrant autour de 150 blessé.e.s graves, dont
des personnes mutilées à vie et 7500 personnes arrêtées. Cette répression
violente n’arrive pas, pour le moment, à affaiblir le mouvement. Elle contribue
même à le radicaliser et facilite les jonctions avec les jeunes Noirs et Arabes
des quartiers populaires victimes depuis des années de la violence policière.</p>


<p>Grâce à leur popularité, les Gilets Jaunes parviennent
également à pousser les syndicats à se joindre au mouvement, ce qui permet de
poser l’arme de la grève comme étape supplémentaire dans les possibilités de
gagner. Cela peut paraître paradoxal mais c’est une illustration des dynamiques
de la lutte de classes&nbsp;: alors que les mobilisations des Gilets Jaunes,
extérieures aux lieux de travail (les ronds-points, les péages d’autoroutes,
les blocages de zones commerciales…) étaient largement présentées comme des
alternatives aux luttes «&nbsp;traditionnelles&nbsp;» au sein des entreprises, elles
ont redonné confiance à des syndicalistes si bien que des grèves locales
redémarrent, soutenues désormais par des collectifs de Gilets Jaunes.</p>


<p>Enfin, ce mouvementtente de se structurer en coordination,
comme on a pu le voir avec «&nbsp;l’assemblée des assemblées&nbsp;» qui a réuni
fin janvier dans la ville de Commercy autour de 75 délégations venues de
partout en France et qui a appelé à rejoindre la journée de grève du 5 février.</p>


<p><strong>En route vers le 16
mars&nbsp;!</strong></p>


<p>Il est difficile de prévoir ce que serons les évolutions de
ce mouvement dans les semaines et mois qui viennent. Les syndicats ont d’ores
et déjà appelé à une nouvelle journée de grève le 19 mars, après celle du 5
février.Ce qui est sûr par contre c’est que ce mouvement n’est pas un feu de
paille et est en train de transformer en profondeur la situation politique.</p>


<p>Une de ses premières conséquences est d’approfondir la
polarisation politique dans le pays.En écho aux exigences démocratiques du
mouvement Macron a lancé ce qu’il a appelé le «&nbsp;Grand débat&nbsp;» qui
n’est qu’un simulacre démocratique. L’essentiel du mouvement a ridiculisé ces
grands forums, qui attirent par contre tous les courants institutionnels. Les
quelques tentatives de débouché électoral (pour les élections européennes) ont
toutes été désavouées.</p>


<p>Par ailleurs la bataille au sein du mouvement contre les
courants réactionnaires est désormais devenue ouverte. La dynamique du
mouvement elle-même crée les conditions favorables pour que la gauche gagne
cette bataille. C’est sans doute parce qu’ils sentaient que le mouvement évolue
vers la gauche que des groupes fascistes ont pris l’initiative en attaquant
dans les manifestations des Noirs, des activistes solidaires des migrantEs, des
syndicalistes et même des cortèges politiques comme ceux du NPA.Mais là où la
riposte à ces attaques se sont organisées, elles ont démontré leur supériorité
numérique et ont réussi à exclure les fascistes, comme à Lyon qui est pourtant
un fief de l’extrême droite.</p>


<p>Il ne suffit donc pas de dire qu’on n’est pas raciste, il
faut argumenter et se mobiliser contre le racisme. De même, il ne suffit pas de
dire qu’on n’est pas fasciste, il faut argumenter et s’organiser pour exclure
les fascistes.En essayant de faire cela, on se confronte à une série
d’arguments&nbsp;: les fascistes présents dans les manifestations ne seraient
que des groupuscules, marginaux&nbsp;; il ne faut pas diviser le mouvement,
c’est notre nombre qui fait peur à Macron&nbsp;; les violences fascistes sont
peut-être condamnables, mais celles des antifascistes le sont tout
autant&nbsp;; il faut convaincre les électeurs du FN et pour cela il ne faut
pas exclure quiconque du mouvement, etc. Tous ces arguments ne sont pas
nouveaux, ils sont le produit d’années d’abandon par la gauche de lutte
antifasciste et antiraciste. Chaque militant.e doit donc se réarmer pour
argumenter sur ces questions.</p>


<p>La 16 mars prochain est une date internationale contre le
racisme et le fascisme. Dans ce cadre une manifestation est organisée à Paris
contre le racisme d’Etat et les violences policières appelée par 90
organisations dont de nombreux collectifs de sans-papiers et migrantEs et des
comités de victimes des violences racistes de la police. Elle est de plus en
plus rejointe par des collectifs locaux de Gilets Jaunes.Ce même jour le
mouvement des Gilets jaunes appelle de plus en plus à monter à Paris pour «&nbsp;fêter&nbsp;»
la fin de la bouffonnerie du «&nbsp;Grand Débat&nbsp;» de Macron qui finit le
15 mars. Une marche pour le climat est aussi programmée à Paris le même jour.
Trois jours plus tard, le 19 mars, les syndicats appellent à une journée de grève
nationale.La mobilisation pour la «&nbsp;marche des Solidarités&nbsp;», contre
le racisme et les violences policières du 16 mars est donc une chance en tant
qu’élément d’un affrontement général contre le pouvoir.</p>


<p>Car là est la clef, l’opportunité et l’enjeu : faire que
l’antiracisme et l’antifascisme soient au cœur de la révolte globale de notre
classe.</p>


<p><em><strong>Vanina Giudicelli</strong>, le 21 février 2019</em></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/16-mars-2019-un-acte-18-antiraciste-et-antifasciste-pour-les-gilets-jaunes/">16 mars 2019 : un « acte 18 » antiraciste et antifasciste pour les gilets jaunes ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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