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On est là !

Édito de mars

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On est là ! Le chant emblématique des Gilets Jaunes résonne maintenant dans les manifs, pour “l’honneurs des travailleurs, et pour un monde meilleur”! Il est aussi repris comme slogan pour la Marche des Solidarité du 21 mars qui, après la marche contre les violences policières le 14, viendra ponctuer un mois de mars résolument antiraciste et antifasciste! On est là, et c’est pas près de s’arrêter !

Nous entrons dans le 3ème mois de mobilisation contre la réforme des retraites, et cette détermination est déjà historique. Bien sûr nous rencontrons des difficultés, et les taux de grève sont en baisse. Bien sûr, la RATP et la SNCF ont repris le travail, oui mais ils restent toujours mobilisés pendant les temps fort. Mais ce qui est aussi sûr c’est que depuis 3 mois, partout se lèvent des enseignant.es, cheminot.es, chômeur.es, étudiant.e.s, salarié.e.s du privé,… pour aller sur les piquets de grèves des éboueurs, des bus, des lycées… Ce qui est sûr aussi, c’est que, tous les jours, dès que le président, un.e membre du gouvernement ou de LREM sort, il ou elle est poursuivi.e par les manifestant.es. Ce qui est sûr aussi, c’est que le mouvement a obtenu sa première victoire : il a infligé un grand coup politique à cette contre-réforme .

Ce qui a permis que ce mouvement continue et soit aussi dynamique malgré sa durée c’est bien les cadres d’organisation à la base. Grâce à cette organisation à la base, les militant.es de la grève cherchent à se tourner vers l’extérieur, et c’est bien ça l’enjeu : toujours aller chercher à convaincre plus de gens de rejoindre la mobilisation et de se mettre en grève.

Les interpro c’est super classe !

Dans les quartiers, les interpro permettent de regrouper les militant.es de la grève et d’organiser la grève à l’échelle du quartier. En effet, le sens de ces interpro est de permettre à tou.tes de pouvoir construire la grève même s’iel est isolé.e sur son lieu de travail, mais aussi de faire se rencontrer les différent.es usager.es et travailleur.es du quartier. Par exemple, la mobilisation sur les lycées, portée par la dynamique du mouvement, mais aussi sur des revendications propres (réforme du bac, baisse des effectifs…), les élèves, les parents et les enseignant.es se retrouvent ensemble pour lutter contre le bac au rabais que leur propose Blanquer et annuler les E3C (épreuves de contrôle continue qui enterrent le caractère national du bac). Cette rencontre n’est pas anodine. En effet, ce sont les acteurs de l’école qui (re)discutent ensemble de quelle école pour demain. C’est aussi ça la démocratie réelle. Les acteurs décident. Et passent à l’action. Tous et toutes ensemble.

On voit, depuis quelques temps, apparaître, des cadres de coordination de ces interpro. S’il est nécessaire de se coordonner pour mieux construire le mouvement et avoir nos propres lieux d’échange et d’information, se coordonner pour centraliser la lutte par en haut, au lieu de construire à la base, c’est non! 

Le mouvement prend une nouvelle forme avec l’ancrage de revendications sectorielles notamment dans l’enseignement, cependant il n’y aura pas de raccourcis. Ce n’est ni en se repliant sur des revendications catégorielles sans les connecter au mouvement général, ni en cherchant à regrouper les plus déterminé.es que nous allons réussir à rallumer les braises encore incandescentes de ce mouvement. Non, il nous faut, au contraire, toujours regrouper plus de monde à la base, et construire des cadres qui permettront d’aller chercher à convaincre plus de monde. Avec l’auto organisation et la démocratie dans le mouvement comme points de repère, seuls moyens pour convaincre dans la durée de s’organiser. C’est ce que permettent les interpros. 

Un mouvement qui vient de loin… et qui ira loin ! 

En effet,  depuis 2016 et le mouvement contre la loi travail, nous sommes en mouvement quasi permanent : 2016, loi travail ; 2018, gilets jaunes, étudiant.es, SNCF et 2019 le mouvement des retraites. Nous n’avons pas fini d’en finir avec leur monde. Le mouvement est loin d’être fini ou même perdu. Le gouvernement et toute la classe dirigeante se retrouvent en grande difficulté. Plus haut, nous parlions des membres du gouvernement et élus LReM qui ne pouvaient pas sortir sans être face à des manifestant.es, mais nous pourrions aussi parler des sondages de satisfactions autour du gouvernement et du président qui sont au plus bas, nous pourrions aussi parler des sondages d’opinion où le soutien à la mobilisation contre la réforme des retraites augmente encore et surtout des plus de 61% de la population opposé.es à la réforme des retraites. Mais tout cela ne suffirait pas à comprendre la crise politique qui s’ouvre. A A2C, nous analysons depuis quelques temps qu’il y’a une polarisation de plus en plus importante, avec, d’un côté, une classe dirigeante (nationale et internationale) qui essaye de faire face à une crise économique d’ampleur et qui cherche, par tous les moyens nécessaires, à rétablir ses taux de profits, et, de l’autre côté, les travailleurs et travailleuses, qui font face à ces politiques néolibérales qui dégradent tous les jours un peu plus les conditions de vies de toutes et tous. 

Nous avons donc une classe dirigeante qui essaye d’avancer vite et fort et que seul un mouvement d’ensemble qui regroupe l’ensemble des travailleur.es arrêtera. C’est vrai en France, mais pas seulement. Quand on regarde l’état du monde et des mobilisations, on voit bien qu’il y a un affrontement au niveau mondial. Que ce soit au Chili, au Liban, en Algérie, à Hong-Kong… les travailleur.ses tiennent tête face aux réformes néo-libérales de plus en plus décomplexées, et ce de manière massive et déterminée. Pour revenir à la France, la crise politique se creuse avec y compris des désaccords au sein même de la classe dirigeante : le conseil d’etat qui retoque la réforme des retraites et les tripatouillages électoraux de Castaner, mettant en difficulté la majorité présidentielle. Le MEDEF qui demande à Macron de calmer député.es et ministres trop zélé.es. Les médias mainstream qui ne peuvent plus faire l’impasse sur les violences policières… Sous les coups de boutoir de ce formidable mouvement par en bas, ça craque là haut. 

Ne nous faisons aucune illusion : il n’y aura pas de raccourci pour faire tomber ce gouvernement !

Ils avancent leurs politiques, mais nous aussi. Il n’y aura pas de raccourci au fait de convaincre toujours plus de monde d’entrer dans la mobilisation et de se mettre en grève. Nous sommes loin de la défaite, notre classe s’organise tous les jours un peu plus dans des cadres d’auto-organisation, pousse les directions syndicales à maintenir la grève et à chercher à toujours l’étendre. 

Notre alternative à leur système et leur monde émerge au sein de nos cadres de mobilisation. Et même si la grève semble prendre un petit coup de mou, les cadres d’organisation restent très actifs et, comme le disait un copain de la RATP, « on est sur un tas de braise il suffit de re souffler un coup dessus ». Malgré la répression et les violences policières, les intimidations des grévistes, les tentatives de procédure accélérée au parlement (refusées par les sénateur.rices, c’est dire!), le mouvement s’ancre dans de nouveaux secteurs et le gouvernement s’enkyste dans une version de plus en plus autoritaire de leur pseudo-démocratie.

Nous ne voulons pas juste le retrait de la réforme et c’est bien ce que montrent la profondeur de ce mouvement et l’ancrage de revendications sectorielles, nous voulons TOUTE LA BOULANGERIE, comme dirait l’autre. Nous ne voulons pas seulement le retrait de la réforme du bac ou autre, nous voulons tout changer, nous voulons décider pour nous-même. Nous ne voulons plus de ces clowns au service des banques, assureurs et autres grandes entreprises qui veulent nous faire trimer jusqu’à la mort . 

Ce pouvoir ne tiendra pas. Chouchou des riches, mais incapable de maîtriser la situation, Macron n’est sans doute plus la « bonne » carte pour la classe dirigeante. D’où la multiplication des crises internes à sa majorité y compris dans leurs formes les plus vaudevillesques.

Mais il s’agit moins que jamais d’être complaisant.es. Quels que soient les détours par lesquels la classe dirigeante essaiera de reprendre la main, cela passera par le renforcement des pouvoirs, notamment répressifs, de l’Etat et par des tentatives d’y faire adhérer une partie de la population via le nationalisme et le racisme. Cela a déjà commencé d’ailleurs. En pleine tourmente, Emmanuel Macron lui-même est en train de planifier une offensive sur le terrain de « l’immigration et de la lutte contre le séparatisme islamique ». Marine Le Pen, qui ne s’y trompe pas, vient d’ailleurs d’annoncer sa candidature… pour les présidentielles de 2022 !

Voilà pourquoi la mobilisation du 21 mars contre tous les racismes prend une importance particulière cette année. Au-delà de l’importance en soi de la lutte aux côtés des migrant.es dont la situation est de plus en plus catastrophique, c’est tout le mouvement de contestation qui est en jeu. Car l’avenir sera de plus en plus dominé par ce qui se mettra à dominer dans la majorité de la population : solidarité de classe contre le Capital et l’Etat – donc internationalisme et antiracisme – ou soutien à un Etat fort sur des bases racistes et nationalistes. 

La situation est ouverte. Une marche contre les violences policières est en cours d’organisation pour le 14 mars qui enregistre un soutien impressionnant (sportif.ves, artistes, personnalités politiques, syndicales et intellectuelles). Et la mobilisation est lancée pour une nouvelle Marche des Solidarités le 21 mars dont les principales lignes sont contre le racisme et le fascisme, stop islamophobie et « ouvrez les frontières ».

16 mars 2019 : manifestation commune contre le racisme, pour le climat et des gilets jaunes !

L’an dernier, le 16 mars avait permis un début de convergence entre manifestation pour le climat, mouvement des Gilets Jaunes et Marche des Solidarités. Les cortèges de sans-papiers et de familles de victimes des violences policières racistes avaient ainsi pris la tête d’une manifestation de 100 000 dans les rues de Paris. Difficile de prédire quelle forme prendront les choses cette année. Les manifestations du 14 et du 21 mars auront lieu à la veille des deux tours des élections municipales. L’affiche pour le 21 mars reprend le slogan des Gilets Jaunes devenu significativement l’hymne du mouvement de grève : « On est là ! ». Repris dans la lutte contre le racisme et le nationalisme, son contenu pourrait devenir le cri d’une révolte globale de classe.

SB