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	<title>Archives des Capitalisme - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Capitalisme - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 20:35:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</div>
<p> <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/" title="Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille">[...]</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/">Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right">Après avoir publié dans <em>Les Cahiers d&rsquo;A2C</em> #16 (mars 2025) un article intitulé <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/"><em>Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère :&nbsp;Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?</em></a>, voici un deuxième article poursuivant la réflexion sur l&rsquo;homophobie et la biphobie en l&rsquo;articulant avec le rôle de la famille, abordé également dans l&rsquo;article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/"><em>Doit-on abolir la famille ?</em></a>, également présent dans les Cahiers #16.</p>



<p><em>Il est courant de parler de matérialisme dans les groupes queers, mais souvent au sens de “tangible” ou “réel”. Ces usages n’ont pas grand-chose à voir avec le matérialisme historique, une approche qui dit qu’il est impossible de détacher les idées des conditions dans lesquelles elles émergent. Pour les marxistes, ce ne sont pas les sociétés humaines qui sont dessinées par les idées qui y sont majoritaires : au contraire, pour comprendre la prévalence d’une idée, comme l’homophobie, la biphobie, ou même l’homo/bisexualité elle-même, il faut regarder dans quels contextes sociaux et économiques cette idée émerge. Comprendre son lien avec le système économique qui surdétermine tous les rapports sociaux, le capitalisme, et ses transformations.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Novembre 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le capitalisme a créé l’homophobie et les gays en même temps</strong></h2>



<p>A l’échelle de l’humanité, les identités sexuelles sont très récentes, inventées seulement au cours du XIXème siècle. L’historien marxiste D’Emilio propose en 1983 une explication matérialiste de la naissance de l’homophobie et des catégories de sexualité. Il nous dit que les LGBT+ n’ont pas toujours existé, mais que nous sommes un produit de l’histoire, notamment un produit du capitalisme, un système de production organisé autour du travail salarié. <strong>Jusqu’au milieu du XIXème siècle, c’est la famille qui était l’unité de production principale et essentielle à la vie de l’ensemble de la population.</strong> C’était dans ce cadre que ses membres, surtout les femmes, produisent les aliments, les vêtements, et tous les autres biens de consommation. Personne ne pouvait survivre sans famille, et la survie de chaque personne dépendait de la coopération de tous, dont les enfants. On trouve des sources historiques qui montrent que des individus ont des comportements homosexuels, y compris réguliers, et que certaines personnes ont su reconnaitre en elles-mêmes une attirance plus forte pour le même sexe. En revanche, il était impossible de faire de ces désirs un mode de vie. </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized is-style-default"><img data-dominant-color="9e877b" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Capitalismo-e-identitade-gay.webp" alt="Paul Cadmus, The Fleet’s In!, 1934" class="wp-image-10203 not-transparent" style="--dominant-color: #9e877b; width:840px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption">Paul Cadmus, <em>The Fleet’s In!, </em>1934</figcaption></figure>



<p>Qu’est-ce qui a changé ? Le capitalisme, sous la forme du travail libre. Les hommes et les femmes ont quitté les zones rurales pour émigrer vers les grandes villes, pour trouver du travail dans des entreprises plus grandes. Bien sûr, la famille n’a pas disparu : les femmes continuent de cuisiner ou fabriquer des vêtements. Elle a cependant perdu son caractère autosuffisant.</p>



<p>La famille, surtout au sein des classes moyennes, ne produit bientôt plus des biens, mais du bonheur : c’est dans la famille qu’on retrouve les relations épanouissantes, avec ses enfants ou son époux·se. Avec le travail salarié, la procréation perd son importance, et les taux de natalité chutent. A ce moment, la sexualité entre époux est libérée de l’unique but de pro- création, et commence à laisser plus de place au désir et au plaisir.</p>



<p>Pour stabiliser les comportements sexuels dans des identités, il a fallu la psychiatrie. Les médecins se sont emparés de la question de la sexualité et de la déviance, et ont stigmatisé l’homosexualité, l’érigeant par là comme une identité à part entière. Une personne qui avait des comportements homosexuels est devenue un homosexuel (« inverti »), et son corollaire l’hétérosexuel a été créé.</p>



<p>En France, l’État a largement contribué à cette naturalisation de l’identité : par le biais de la colonisation déjà, puisque l’État étudiait les sexualités déviantes, pour contrôler la reproduction sexuelle et pour limiter le métissage des populations. L’enjeu, pour l’État, de contrôler la sexualité est d’abord nataliste : comment assurer une natalité nécessaire à la reproduction générationnelle et à la poursuite de l’accumulation ? Ainsi que l’enjeu de la prise en charge des enfants et de la division genrée du travail.</p>



<p>Les idéologies religieuses et familiales ont largement contribué à celle de l’État au XXème siècle, pour assigner les femmes au travail de soin, domestique et de reproduction. Ainsi, le régime fiscal et les droits sociaux sont construits autour de la situation conjugale et de la famille hétérosexuelle. Pendant ce temps, la justice et la police répriment les sexualités déviantes, notamment avant et pendant le régime de Vichy qui instaure des majorités sexuelles à 21 ans pour les relations homosexuelles, ce qui permet, sous couvert de protection des mineurs, de réprimer l’homosexualité. A partir de là, tout manquement constitue un risque pour l’accès au travail, au logement et à la stabilité familiale.</p>



<p>Donc on a là une contradiction de taille : le capitalisme a créé à la fois les conditions d’existence de l’homosexualité, et l’homophobie. Homophobie qui a d’ailleurs aussi propulsé le mouvement LGBT, qui se mobilise principalement pour les droits, contre la répression et la criminalisation, et est devenu par-là de plus en plus visible et a gagné en force et en structuration.</p>



<p>La biphobie, elle, est l’invisibilité structurelle et historique de la bisexualité, qui se transforme en panique anti-bisexualité qui émerge quand les bi+ sortent de l’ombre. Elle vient surtout du besoin pour l’État et la psychiatrie d’une figure déviante nette pour stabiliser les orientations sexuelles homo et hétéro, alors que la bisexualité est une zone floue. Il s’agissait de stigmatiser sans se laisser contaminer. Les mouvements homosexuels, ainsi que l’épidémie du Sida, ont aussi pu renforcer ces frontières. La biphobie est donc le produit d’une série d’effacements, d’exclusions, de choix stratégiques. Inséparable, à toutes les étapes, de l’homophobie et donc de la famille et son lien contradictoire avec le capitalisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Famille et capitalisme : fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis</h2>



<p>Le capitalisme a une relation contradictoire avec la famille : elle garde une place importante car il faut toujours faire et éduquer des enfants, des tâches nécessaires au capitalisme mais que celui-ci n’a pas pu ou voulu socialiser. Pourtant, elle a perdu toute raison matérielle d’exister, puisque chacun peut vivre de manière indépendante.</p>



<p>Donc à quoi sert l’homophobie ? À transformer les LGBT en boucs émissaires de l’instabilité sociale qui va avec la destruction progressive de la famille : on nous accuse de corrompre les enfants, d’être des p*dophiles, de détruire la famille.</p>



<p>La place que prend la famille dépend des possibilités de socialisation du travail reproductif : qui va éduquer les enfants, qui va s’occuper de faire à manger&#8230; Plus les tâches sont socialisées (écoles, crèches, hôpital, cantine&#8230;), plus la famille perd de son importance matérielle, et les possibilités de vivre sans, de vivre son homo-/bisexualité augmentent. En revanche, quand le capitalisme entre en crise, il se replie sur la famille : les tâches autrefois socialisées sont délaissées, et nous sommes des bons boucs émissaires.</p>



<p>C’est ce qui se passe actuellement : avec un taux de profit historiquement bas, une croissance quasi-nulle, le vieillissement de la population et la panique raciste contre l’immigration, l’augmentation des tensions inter-impérialistes et la perspective de la guerre, le natalisme apparaît pour nos classes dirigeantes comme une nécessité nationale. Macron parle donc de réarmement démographique, ce qui traduit ce besoin du capitalisme d’un repli sur la famille comme institution idéologique et de reproduction sociale.<br>La place de la famille, si elle dépend en grande partie des concessions que les dirigeant·e·s sont prêt·e·s à faire dans une période de prospérité ou de crise, dépend aussi du rapport de force que nous instaurons, par les luttes sociales et féministes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stratégie : le but et le chemin</h2>



<p>Nous devons <strong>abolir la famille telle qu’elle existe</strong>, parce que c’est sa centralité dans le travail reproductif et la production du bonheur qui est historiquement à la source de l’homophobie, puis de la biphobie.</p>



<p>• Étape 1 : la famille joue un rôle productif et reproductif <strong>&gt; </strong>l’homophobie structurelle n’existe pas car l’homosexualité est impensable.</p>



<p>• Étape 2 : la famille perd son rôle productif et garde la reproduction et le bonheur <strong>&gt; </strong>l’homophobie est créée contre les déviances naissantes</p>



<p>• Étape 3 (à construire) : la famille n’existe plus, c’est la société tout entière qui prend collectivement en charge le bonheur et le travail productif et reproductif <strong>&gt; </strong>plus rien ne bloque matériellement la lutte contre l’homophobie et la biphobie. Cette étape a été entrevue au cours de la révolution russe, au cours de laquelle des institutions sociales sont créées pour prendre en charge collectivement l’éducation, le <em>care</em>, les tâches domestiques, ce qui a radicalement bouleversé les rapports de genre et de sexualité.</p>



<p>Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="6c7468" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6c7468;" fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp" alt="" class="wp-image-10206 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front.webp 1080w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p><strong>Il y a deux stratégies nécessaires, qui s’ajoutent au travail déjà fait aujourd’hui de lutte contre des stéréotypes, qui s’attaquent au système en lui-même et qui nous permettront de gagner.</strong></p>



<p>La première est de lutter pour tout ce qui renforce notre autonomie vis-à-vis de la famille. Il s’agit donc de luttes sociales, collectives et de classe.</p>



<p>• Luttes pour l’autonomie de nos corps : un avortement libre, gratuit et safe, contre les stérilisations forcées, les violences sexuelles et domestiques&#8230;</p>



<p>• Affaiblissement de l’importance de la famille : facilitation du divorce, extension des avantages matériels, fiscaux aujourd’hui réservés aux familles&#8230;</p>



<p>• Prise en charge collectives des tâches de reproduction : crèches, cantines, école gratuite pour tous·tes, lieux de vie collectifs &#8230;</p>



<p>• Renforcement de l’autonomie personnelle : hausse des salaires, aides sociales, services sociaux en tous genres, logements décents et abordables&#8230;</p>



<p>• Égalité des droits, en droit et en pratique : mêmes droits pour les couples hétéros et les couples homos, lutte contre l’homophobie, fin de la mention du genre, possibilités de vie égales à celles des hétéros, lutte contre la transphobie.<br>Les modes d’actions sont ceux du mouvement social : l’organisation collective, les manifs, la grève, l’occupation&#8230;</p>



<p><strong>La deuxième stratégie</strong>, c’est de créer les communautés qui remplaceront la famille. Quand le capitalisme détruit la famille traditionnelle, il le fait en laissant sur le côté celles et ceux dont la famille capitaliste ne veut pas, notamment les queers. Il ne s’agit pas d’être tous·tes autonomes et isolé·e·s, mais au contraire de produire d’autres manières d’être heureux·ses, qui ne reposent pas sur la famille traditionnelle.</p>



<p>• Faire famille autrement : développer les réseaux de solidarité en tous genres. Pour cela, les groupes communautaires queers peuvent être un début, mais ne suffiront pas, car nous avons besoin d’espaces sans homophobie plutôt que d’espaces sans hétéros.</p>



<p>• Faire front contre toutes les oppressions : la question du racisme est centrale, dans une période où la crise du capitalisme accentue l’exploitation des personnes racisées et/ou sans papiers, et où le danger fasciste vise principalement ces groupes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="a19788" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a19788;" decoding="async" width="1100" height="660" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp" alt="" class="wp-image-10205 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-300x180.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-768x461.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride.webp 1200w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>Pourquoi ces luttes sont-elles des luttes de classe ? Parce que nous nous attaquons directement au capitalisme et aux classes dirigeantes, qui ont tout intérêt à la poursuite de notre oppression. Mais aussi parce que nous avons besoin d’une autonomie de notre classe : plutôt que plus de police, organisons l’autodéfense.</p>



<p>En réalité, si les luttes sociales, collectives, féministes et antiracistes permettront de gagner un rapport de force nécessaire à la lutte contre les oppressions, on ne peut envisager la libération de tous·tes qu’au travers de perspectives révolutionnaires qui aboutiraient à la construction d’une autre société, socialiste, fondée sur les besoins de chacun·e au lieu des profits de la classe dirigeante.</p>



<p><strong>VICTOR MICHEL (BREST)</strong></p>



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		<item>
		<title>Le validisme, pilier du capitalisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/le-validisme-pilier-du-capitalisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Oct 2025 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">LES CAHIERS D&#8217;A2C #18 &#8211; SEPTEMBRE 2025 En juin dernier, nous avons perdu une camarade : Élisabeth Aueurbacheur. Militante, co-fondatrice du Collectif de lutte des handicapées dans les années 1970, elle a contribué à construire <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/le-validisme-pilier-du-capitalisme/" title="Le validisme, pilier du capitalisme ?">[...]</a></div>
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<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>LES CAHIERS D&rsquo;A2C #18 &#8211; SEPTEMBRE 2025</strong></h6>



<p><em>En juin dernier, nous avons perdu une camarade : Élisabeth Aueurbacheur. Militante, co-fondatrice du Collectif de lutte des handicapées dans les années 1970, elle a contribué à construire un large mouvement contre notre ghettoïsation. Son héritage nous oblige : ce combat est toujours d’actualité.</em></p>



<p>Le même mois, en quelques semaines, s’est constitué un front de gauche antivalidiste. Mais des lacunes demeurent.&nbsp;</p>



<p>Ces lacunes, dont nous parlerons plus bas, ne datent pas d’hier. Elles existent depuis le renouveau antivalidiste des années 2010, amorcé lors de la mobilisation contre le report de l’échéance pour la mise en accessibilité des transports publics et du bâti.</p>



<p>Ces dernières années, plusieurs organisations ont émergé : le CLHEE, Handi-Social, le CLAC, Les Dévalideuses, entre autres. Nous reviendrons sur leurs expériences, leurs forces et leurs limites. Mais surtout, nous voulons poser la question stratégique : comment construire un antivalidisme qui s’ancre dans la lutte anticapitaliste globale ?</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>La production du handicap</strong></p>



<p>Nous nous appuyons ici sur les analyses développées dans <em>Marxisme et Handicap</em> de Roddy Slorach, dans l’article <em>Une approche matérialiste du handicap</em> (adaptation française du texte de Jean Stewart et Marta Russell publié sur le site Zinzin Zine), mais aussi sur les topos de Jessy, Ju, Mathilda, Rachida, Tiffa et moi-mêmes et des définitions issues de l&rsquo;article de Charlie.</p>



<p>Nous voudrions préciser que, lorsque nous parlons de handicap, nous ne faisons référence ni à une maladie, ni à une déficience, ni à une incapacité propre aux personnes. Contrairement à l’expression erronée de « personne porteuse de handicap », qui laisse entendre que le handicap serait intrinsèque à l’individu, il faut comprendre que le handicap est un ensemble d’obstacles sociaux et politiques qui empêchent les individus de vivre librement. Autrement dit, une personne handicapée est une personne « empêchée » : empêchée de circuler, de se loger, d’accéder à l’éducation, au travail, aux lieux culturels ou de socialisation, en raison de choix politiques qui ignorent les incapacités psychologiques, physiologiques ou anatomiques de chacune/chacun.</p>



<p>On parle de « personnes handicapées », sur le même modèle que « personnes racisées » ou « personnes sexisées ». En effet, c’est la <strong>société capitaliste qui nous handicape </strong>en raison de son inadaptabilité à nos déficiences et incapacités. Bien que le terme « personnes en situation de handicap » ait été créé pour souligner le caractère sociopolitique du handicap, il est aujourd’hui utilisé comme un euphémisme, au même titre que « personnes en situation de précarité ».</p>



<p>La perception des personnes handicapées comme une déviance par rapport à la norme des corps « valides » et productifs, ainsi que leur marginalisation systématique, est relativement récente. Elle remonte à l’avènement de la révolution industrielle et du capitalisme.</p>



<p>Avant l’industrialisation, les personnes handicapées trouvaient souvent leur place dans la production familiale ou les petits ateliers, intégrées dans un modèle de famille élargie où le soin était une responsabilité collective. Avec l’arrivée des machines industrielles, de l’électricité permettant le travail continu, et du productivisme, ce modèle a été détruit. Les individus ont été atomisés et classés selon leur degré d’adaptation aux exigences capitalistes. La discipline d’usine, le chronométrage et les normes rigides de production ont supplanté les formes de travail plus flexibles qui, auparavant, permettaient aux personnes handicapées de contribuer aux tâches quotidiennes. Incapables de suivre ces rythmes artificiels et frénétiques, elles ont commencé à être perçues comme dépourvues de « valeur » économique. Cette idéologie, qui réduit la valeur humaine à la productivité, s’est infiltrée dans tous les aspects de la société et a structuré l’organisation sociale.</p>



<p>Le validisme commence avant même notre naissance : on propose des tests prénataux aux parents pour leur permettre d’avorter si l’enfant présente une déficience quelconque. Après la naissance, cet enfant devient une « personne handicapée », c’est-à-dire une personne rendue handicapée par un système socio-économique qui trie les individus en fonction de leur capacité à produire.</p>



<p>Pour maintenir cette exclusion, les institutions bourgeoises, tout comme elles l’ont fait pour le sexisme et le racisme, ont défini le handicap comme un problème médical ou individuel. C’est ce qu’on appelle le capacitisme, ou validisme, un système d’oppression des personnes ayant des incapacités. Le capacitisme, comme l’explique la professeure Véronique Leduc, marginalise, stigmatise et exclut. Il pousse à enfermer systématiquement les personnes handicapées dans des institutions. <strong>La société capitaliste considère ces personnes comme non-rentables,</strong> les infantilise, les invisibilise, et ce système, dans sa logique extrême, peut mener à l’eugénisme.</p>



<p>L’idée dominante est simple : les personnes handicapées doivent soit se conformer aux normes capitalistes, soit être confinées dans des institutions (où elles génèrent de la plus-value par leur simple présence) ou surexploitées dans des structures de travail prétendument « protégées » comme les ESAT.</p>



<p>Lutter contre le validisme, ce système d’oppression des personnes handicapées, est un combat essentiel. Ce système est un pilier du capitalisme, au même titre que le racisme et le sexisme. Nous devons tou·tes nous former à cette lutte et l&rsquo;intégrer dans nos organisations politiques, syndicales et associatives. Seule une mobilisation collective permettra de bâtir un front uni contre le validisme.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="afa7a8" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #afa7a8;" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Action-antivalidste-JO-1.webp" alt="" class="wp-image-10158 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Action-antivalidste-JO-1.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Action-antivalidste-JO-1-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Action-antivalidste-JO-1-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Action-antivalidste-JO-1-768x768.webp 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<p class="has-medium-font-size"><strong>État du mouvement actuel</strong></p>



<p>Il existe aujourd’hui une dizaine de collectifs antivalidistes en France. Pourtant, la question antivalidiste reste largement marginale dans les mouvements sociaux. Ces collectifs, sauf Handi-Social, sont tous en non-mixité, se revendiquent de l&rsquo;intersectionnalité.&nbsp;</p>



<p>Nous avons créé le Collectif de Lutte Anti-Capacitiste pendant la mobilisation contre la loi El Khomri sur cette même base idéologiques. En effet, notre point de départ était clair : en 2016, il n&rsquo;y avait pas de collectif antivalidiste à Paris, il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;organisations où on pouvait faire entendre nos voix handies. Mais le CLAC s&rsquo;est rapidement trouvé limité.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Limites du mouvement</strong></h3>



<p>Pour comprendre ces limites, qui existaient au CLAC et qui existent toujours au sein des collectifs antivalidistes, on peut s’appuyer sur l’analyse développée dans <em>Définir ma propre oppression : le néolibéralisme et la revendication de la condition de victime</em> (revue <em>Période</em>). Cette critique souligne que :</p>



<p>« La conception de l’identité qui prévaut dans le discours de l’intersectionnalité aujourd’hui a pratiquement rompu la connexion matérielle entre les catégories identitaires et les moyens de production capitalistes. » (Chi-Chi)</p>



<p>Autrement dit, l’intersectionnalité dominante tend à enfermer nos luttes dans des revendications éclatées, séparées de l’analyse de l’exploitation capitaliste. Résultat : nous passons une énergie considérable à relever la moindre phrase sexiste, raciste ou validiste chez nos camarades, pendant que <strong>les fascistes, eux, consolident leur organisation.</strong></p>



<p>Aujourd’hui, une partie du mouvement antivalidiste se limite à réclamer que l’État bourgeois reconnaisse notre particularisme en tant que personnes handicapées. Or, cette revendication particulariste, bien que légitime, n’est pas reliée à une réflexion sur les conditions sociales qui produisent ce particularisme.</p>



<p>Le fonctionnement actuel impose en plus que toute représentativité handie soit conforme au discours attendu : dès qu’une personne s’écarte de cette ligne, elle est accusée d’être manipulée ou réduite au rôle de « token ». Dans cette logique, toutes les personnes handicapées devraient penser la même chose, sous peine d’exclusion symbolique.</p>



<p>Enfin, l’action politique se réduit bien souvent à du lobbying auprès de partis sociaux-démocrates (LFI, EELV), pour les pousser à relayer les résolutions de l’ONU sur le handicap. Bref, on délègue entièrement notre lutte à un antivalidisme libéral, qui ne remet jamais en cause les conditions réelles de production du handicap : le capitalisme.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"></figure>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Un début de renouveau antivalidiste</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Luttes syndicales</strong></li>
</ul>



<p>En 2024, l’appel de FO à une manifestation ségrégative a provoqué une fracture<sup data-fn="a2ccc24e-7f6f-4824-b181-81da885a7116" class="fn"><a id="a2ccc24e-7f6f-4824-b181-81da885a7116-link" href="#a2ccc24e-7f6f-4824-b181-81da885a7116">1</a></sup>. Avec les camarades du Collectif Une Seule École (syndicalistes SUD, travailleurs·euses du médico-social, enseignant·es, militant·es ex-institutionnalisé·es), nous avons interpellé publiquement les syndicats.</p>



<p>Des tensions ont émergé à SUD, mais aussi des avancées : nos interventions ont permis d’inscrire l’antivalidisme à l’ordre du jour de leur congrès. Aujourd’hui, SUD revendique une école égalitaire et antivalidiste, en dénonçant l’institutionnalisation. C’est un acquis important.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Le combat contre la loi fin de vie</strong></li>
</ul>



<p>La loi fin de vie, votée récemment à l&rsquo;Assemblée Nationale, est l’une des pires lois validistes de ces dernières années, une véritable loi eugéniste comme nous l&rsquo;avons expliqué ici<sup data-fn="df267a5c-08ee-4a1a-b461-69322c78619c" class="fn"><a id="df267a5c-08ee-4a1a-b461-69322c78619c-link" href="#df267a5c-08ee-4a1a-b461-69322c78619c">2</a></sup>.</p>



<p>Derrière l’argument du « progrès des droits individuels », elle s’inscrit dans la trajectoire du capital, qui a toujours intérêt à se débarrasser des vies jugées « improductives » comme l&rsquo;ont expliqué Jessy et Tiffa. Dans un contexte de destruction des services publics, d’abandon des soins palliatifs, de précarité massive des personnes handicapées et psychiatrisées, cette loi ne garantit pas un droit à mourir, mais organise une mort socialement conditionnée : faute d’accès aux soins, au logement, au soutien matériel, la seule « liberté » offerte devient celle de disparaître. Ce n’est pas un choix réel, mais un instrument cynique de gestion des indésirables — handicapé·es, précaires, psychiatrisé·es — au service du capital. La gauche institutionnelle, La France Insoumise en tête, l’a soutenue, malgré une mobilisation antivalidiste remarquable, y compris dans ses propres rangs.</p>



<p>Grâce à un travail militant de long terme, la majorité des organisations révolutionnaires ont adopté une position matérialiste et antivalidiste contre cette loi. L’échec de notre opposition est donc relatif : si la loi est passée, elle a en même temps provoqué une réaction rapide, avec la montée d’une pétition massive et la création du Front de Gauche Antivalidiste. C’est une première étape qui doit permettre une structuration durable du mouvement. Mais pour que cette dynamique déborde le cercle militant restreint et sorte d’une mobilisation confinée en ligne — faute d’accessibilité réelle des espaces politiques — <strong>il faut que l’ensemble du mouvement social s’approprie l’antivalidisme</strong>. C’est à cette condition que nous pourrons gagner.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Le futur collectif Crips Anti-Racistes</strong></p>



<p>Nous ne voulons pas créer un collectif concurrent de Handi-Social. Deux collectifs antivalidistes à Toulouse seraient une erreur stratégique. Nous avons donc choisi d’orienter notre futur collectif vers la production artistique. La création de ce collectif part d’un simple constat : Handi-Social, de par son statut d’association, s’embourbe dans une limite des possibilités dictées par ses statuts administratifs qui laissent peu de marges de manœuvre à des actions de toutes sortes. Aussi, l&rsquo;association est fortement identifiée à sa présidente, ce qui nous associe à ce qu&rsquo;on appellera un antivalidisme institutionnel, qui lutte contre le validisme par le changement des lois ou des jurisprudences. Cette approche a ses avantages mais ne permet pas, à notre avis, de construire une lutte par en bas.</p>



<p>Relisant Kateb Yacine, nous pensons que le théâtre est une courroie directe pour faire entendre notre voix, y compris dans les ghettos institutionnels. Pour consolider un collectif, il faut un liant qui oblige à se réunir régulièrement. Comme le rappelait Lénine, cet « organisateur collectif », c’est le journal. Nous espérons publier un premier numéro cette année.</p>



<p>Ahmed Hammad (A2C Toulouse)</p>



<p>Notes : </p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="a2ccc24e-7f6f-4824-b181-81da885a7116"><a href="https://www.force-ouvriere.fr/non-a-l-inclusion-systematique-et-forcee-non-a-l-acte-2-de-l">https://www.force-ouvriere.fr/non-a-l-inclusion-systematique-et-forcee-non-a-l-acte-2-de-l</a> <a href="#a2ccc24e-7f6f-4824-b181-81da885a7116-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="df267a5c-08ee-4a1a-b461-69322c78619c"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/le-droit-de-mourir-ou-lart-de-ne-pas-nous-laisser-vivre/">https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/le-droit-de-mourir-ou-lart-de-ne-pas-nous-laisser-vivre/</a> <a href="#df267a5c-08ee-4a1a-b461-69322c78619c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol>


<p>✨✨✨  Pour une version audio qui traite du même sujet :</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Spotify Embed: Comment lutter contre le capacitisme ?" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/4h5T3aK1yH5BuIfSb0cn14?utm_source=oembed"></iframe>
</div></figure>



<p></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Capitalisme et racisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/capitalisme-et-racisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 23:32:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[enclosure]]></category>
		<category><![CDATA[esclavage]]></category>
		<category><![CDATA[Oppression]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À la fin du Moyen Âge les classes dominantes généralisent la privatisation des terres communales. En Angleterre au 15e et 16e siècle, la campagne repose en grande partie sur les champs ouverts : cultures collectives, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/capitalisme-et-racisme/" title="Capitalisme et racisme">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>À la fin du Moyen Âge les classes dominantes généralisent la privatisation des terres communales. En Angleterre au 15e et 16e siècle, la campagne repose en grande partie sur les champs ouverts : cultures collectives, usage commun des bois, pâturages et marais etc. Chaque foyer paysan y dispose d’un accès garanti ce qui assure non seulement sa subsistance mais aussi une relative autonomie vis-à-vis des seigneurs.&nbsp;</p>



<p><strong>L’émergence du capitalisme</strong></p>



<p>Portés par l’essor du commerce textile européen et la demande de laine, grands propriétaires et bourgeoisie montante clôturent les terres communes, les transforment en pâturages à mouton et développent un élevage intensif tourné vers l’exportation. Ce basculement devient un moteur décisif des débuts du capitalisme anglais. Les enclosures prennent une telle ampleur que la Couronne est contrainte de légiférer pour les freiner et limiter le nombre de moutons, sans succès. Cela n’empêche pas des vagues massives d’expropriation. Les Enclosure Acts, votés par des Parlements dominés par les propriétaires terriens, imposent clôtures et redistribution au profit d’une minorité. Du 17e au 19e siècle, des milliers de lois privatisent des millions d’acres. Par endroits, jusqu’à 70 % des terres passent en quelques décennies de l’usage collectif à la propriété privée exclusive <sup data-fn="3ecec6d0-6d7b-4aef-99f4-5401697b89f9" class="fn"><a id="3ecec6d0-6d7b-4aef-99f4-5401697b89f9-link" href="#3ecec6d0-6d7b-4aef-99f4-5401697b89f9">1</a></sup>. Le paysage rural est radicalement reconfiguré&nbsp;: chemins fermés, haies dressées, communs amputés. Des centaines de milliers de paysan·ne·s sont expulsé·es, bientôt des millions avec l’extinction des droits d’usage. Arraché·es à leur moyen de subsistance, iels sont forcé·es de migrer vers les villes ou encore les grandes fermes. Iels y deviennent des travailleur.euses libres, au sens double &#8211; libre en droit, mais libre aussi de tout moyen de production, iels sont contraint·es de vendre leur force de travail pour survivre.</p>



<p>Pour contraindre les exproprié·es au travail, l’État accompagne l’expropriation d’un arsenal répressif (Vagabonds Acts, Poor Laws) qui criminalise errance, vagabondage, pauvreté et résistance. Le marché du travail n’apparaît pas de lui-même, il est construit par la privatisation des communaux, l’extinction des droits d’usage, la criminalisation du vagabondage et l’enfermement dans des workhouses (atelier-prison) jusqu’à faire de l’emploi une condition de survie. L’accumulation s’appuie sur l’exploitation de tou·te·s, y compris massivement d’enfants dès 6 ans dans les filatures, mines et manufactures ; journées de 14, 16, voire 18 heures. Malnutrition, maladies, mutilations et corps déformés sont la norme. Les salaires des enfants et des femmes servent de levier pour abaisser ceux des hommes. En fragmentant la classe ouvrière par âge, sexe, statut et nationalité (jusqu’aux afflux d’Irlandais·es fuyant famine et expropriation), les élites et l’État organisent la concurrence entre prolétaires, brisent les solidarités et cherchent à enrôler les ouvrier·es anglais·es à des idées racistes.</p>



<p>Juin 1863, la presse londonienne titre « Mort par simple excès de travail&nbsp;», le Morning Star parle d’esclaves blancs, tandis que les pro-esclavagistes, The Times, le Standard relativisent l’esclavage des Noir.es «les esclavagistes nourrissent …bien leurs esclaves, les font travailler modérément » (Le Capital, I, X.3). Dès l’industrialisation naissante, expropriation et exploitation font chuter l’espérance de vie ouvrière. Ce n’est ni lié au hasard, ni à la cruauté de quelques patrons, c’est la logique d’un système &#8211; course au profit, concurrence, allongement des journées, intensification des cadences, répression des résistances. Dans ce cadre, le·la travailleur·euse est libre en droit mais dépossédé·e : iel ne vend pas un produit, mais sa capacité à produire ; sa force de travail devient marchandise. La relation paraît libre parce que contractuelle, mais c’est le besoin vital qui oblige ; l’écart entre la valeur créée et le salaire alimente l’accumulation. Propriétaires, État et capitalistes agissent de concert : les premier·ères s’approprient la terre, la loi et la police en assurent l’installation et la pérennité, les capitalistes recrutent la main-d’œuvre dépossédée et la placent en concurrence permanente. Un vaste réservoir de travailleur·euse, l’« armée industrielle de réserve » <sup data-fn="3358852a-b724-4be5-a587-62fb749c3558" class="fn"><a id="3358852a-b724-4be5-a587-62fb749c3558-link" href="#3358852a-b724-4be5-a587-62fb749c3558">2</a></sup> pèse sur les salaires, tandis que la division par âge, sexe et origine, bientôt par la couleur, fragmente le monde du travail et renforce la discipline. Cette architecture à la fois économique et institutionnelle pérennise l’exploitation d’une population et prépare l’articulation avec l’ordre colonial, où la racialisation devient un outil central de gestion du travail.</p>



<p><strong>Le colonialisme et l’esclavage</strong></p>



<p>L’autre pilier de l’accumulation primitive se joue hors d’Europe avec la conquête du Nouveau Monde, l’exploitation coloniale et la traite négrière. 1492 ouvre une ère de pillage systématique. Espagne et Portugal se partagent des territoires immenses, en quelques décennies des empires puissants sont écrasés. Des systèmes de travail forcé (mita, encomienda <sup data-fn="b79ffc99-2215-4b81-b8c3-218d9ab7ad97" class="fn"><a id="b79ffc99-2215-4b81-b8c3-218d9ab7ad97-link" href="#b79ffc99-2215-4b81-b8c3-218d9ab7ad97">3</a></sup>) se généralisent dans les mines, chantiers et plantations, l’asservissement des peuples indigènes, combiné aux épidémies venues d’Europe, provoque des hécatombes. Des montagnes d’argent et d’or affluent vers l’Europe, ces métaux, accumulés comme trésors, mais ne produisent rien d’eux-mêmes. Ils deviennent des leviers d’accumulation dès qu’ils sont saisis par des rapports capitalistes (banques, compagnies de commerce et d’assurance, dette publique, impôts) et insérés dans un système productif capable de convertir ce butin en capital. C’est l’articulation au travail exploité qui transforme le pillage en puissance économique. Cette conversion s’opère par leur insertion dans des chaînes de production et de circulation marchande fondées sur l’exploitation du travail et la mise en valeur du capital. Une fois pris dans ces circuits ces flux alimentent les caisses des États, grossissent les fonds des banques et financent l’essor des compagnies.</p>



<p>Ce n’est pas le pillage seul qui explique l’essor du capitalisme, l’exemple de l’Espagne et du Portugal l’éclaire. Gavés de métaux précieux, ils restent pourtant marqués par les hiérarchies des régimes féodaux où noblesse terrienne et Église dominent. L’argent colonial finance guerres et faste, loin de stimuler une industrialisation, ces pays importent des produits manufacturés de l’étranger. À l’inverse, l’Angleterre combine accumulation interne (expropriation, prolétarisation) et accumulation externe (pillage, esclavage, commerce triangulaire) leur interaction donne l’élan décisif. Ce système relie l’extraction de matières premières coloniales (sucre, coton, tabac, café) aux manufactures anglaises (et plus largement européennes) où elles sont transformées par une main-d’œuvre prolétarisée, générant profit et accélération de l’accumulation. Séparément, ni le pillage ni la prolétarisation n’auraient rendu possible l’émergence du capitalisme mais c’est leur combinaison qui fait basculer l’échelle. Sans expropriation interne, les richesses coloniales auraient été dissipées ; sans richesses coloniales, il aurait manqué l’accélérateur des matières premières. La quête systématique du profit place ainsi l’esclavage au cœur de l’accumulation mondiale et les plantations deviennent un enjeu central. C’est dans cette combinaison que le racisme va naître.</p>



<p><strong>L’oppression raciste</strong></p>



<p>Pour remplacer la main-d’œuvre indigène décimée les élites coloniales s’orientent d’abord vers l’Europe. Se déploie un marché de serviteurs·euses sous contrat (3-7 ans), de condamné·e·s déporté·e·s, « rédempteurs », un trafic organisé de main d’œuvre européenne vers les colonies, surtout des plantations. Ce dispositif résout provisoirement le « problème du travail » colonial. En 1606, le député Bacon parle d’un « double avantage »&nbsp;: mettre les pauvres au travail, décharger la métropole des indésirables et peupler les colonies. Le recrutement mêle fraude, violence et enlèvements et quand la demande l’exige, workhouses et orphelinats sont vidés et la déportation pénale enfle rapidement.<br>Dans les plantations, les engagé·e·s blanc·hes et les captif·ves africain·es, alors minoritaires, travaillent côte à côte sous une discipline de fer : moulins, fourneaux, champs de canne, fouet. Mais lorsque le sucre devient l’axe de l’économie antillaise, profits élevés et demande européenne en plein essor, les planteurs, appuyés par les marchands capitalistes et les États, concentrent la terre, chassent les petits colons, les petits fermiers et installent des « usines à sucre » qui exigent des bras en permanence. La servitude blanche atteint vite ses limites, approvisionnement incertain et insuffisant, termes qui expirent, fuites difficiles à contenir ; une fois libéré·es, les engagé·es revendiquent salaire ou accès à la terre. Dès 1680, les planteurs invoquent des « preuves positives que l’Africain satisfait mieux aux nécessités » de la production : achat à vie et héréditaire, repérable à sa couleur de peau qui facilite le contrôle, calcul selon lequel « trois noirs travaillent mieux et moins cher qu’un homme blanc » <sup data-fn="fda5b6fc-6803-4434-a351-8fe00d4ecb2f" class="fn"><a id="fda5b6fc-6803-4434-a351-8fe00d4ecb2f-link" href="#fda5b6fc-6803-4434-a351-8fe00d4ecb2f">4</a></sup>. Dès lors, l’esclavage africain s’impose comme la solution optimale du point de vue du profit.</p>



<p>Le commerce triangulaire s’institutionnalise, des navires partent d’Europe chargés de textiles, armes et alcools, troqués contre des captif·ves sur les côtes africaines ; la traversée vers les Amériques entasse, enchaîne et tue ; les survivant·e·s sont vendu·e·s aux plantations ; les bateaux repartent vers l’Europe chargés de sucre, coton, tabac, café. Le coton cultivé par les esclaves sous la contrainte alimente directement les filatures de Manchester, où des ouvrier·es, nombre de femmes et enfants, transforment la fibre brute en tissus vendus sur le marché mondial. Les profits sont réinvestis dans l’extension des usines, la modernisation des machines et l’expansion des plantations, entretenant la spirale de l’accumulation ; même logique pour le sucre, le café ou le tabac. Au total, 12 à 13 millions de personnes sont déportées d’Afrique vers les Amériques entre le 16e et 19e siècle.&nbsp;</p>



<p>Grâce à l’esclavage les plantations fournissent à la fois des gisements de matières premières à bas coût, des marchés pour les produits britanniques et des machines à profits immenses qui alimentent massivement l&rsquo;industrialisation. Ces capitaux sont à leur tour réinvestis dans la flotte marchande, nouvelles méthode de fabrication, réseaux ferroviaires&#8230; L&rsquo;esclavage est ainsi un pivot central de l&rsquo;économie pour l&rsquo;Angleterre qui s’affirme rapidement comme puissance impériale mondiale.</p>



<p>« [Le planteur] serait allé sur la lune, s&rsquo;il le fallait, pour trouver une force de travail bon marché. L&rsquo;Afrique était plus proche que la lune, plus proche aussi que les pays plus peuplés de l&rsquo;Inde et de la Chine. Mais leur tour viendrait bientôt. » <sup data-fn="f91d9d77-d986-470a-8c10-1ae808e7bcef" class="fn"><a href="#f91d9d77-d986-470a-8c10-1ae808e7bcef" id="f91d9d77-d986-470a-8c10-1ae808e7bcef-link">5</a></sup></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-style-default"><img data-dominant-color="8b8579" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8b8579;" loading="lazy" decoding="async" width="686" height="386" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/hq720.webp" alt="" class="wp-image-10128 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/hq720.webp 686w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/hq720-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/hq720-678x381.webp 678w" sizes="auto, (max-width: 686px) 100vw, 686px" /></figure>



<p>Avec l’essor du commerce triangulaire et des plantations, la demande de main-d’œuvre, capturée, déportée et surexploitée explose alors même que le monde des Lumières proclame l’égalité. Il devient indispensable de naturaliser l’inégalité, de présenter la domination non comme un rapport imposé mais comme l’ordre normal des choses. La catégorie de «&nbsp;race&nbsp;» prend alors forme, elle hiérarchise l’humanité, assignant à une place fixe et permanente des groupes entiers, et transforme un rapport de force en différence naturelle. Pour entériner cette exclusion, on mobilise le religieux puis une pseudo-science chargés de la rationaliser.</p>



<p>Le racisme s’enracine et prend corps dans les institutions (lois, frontières, police, école), et ne se limite pas aux seules pratiques d’État, il se prolonge aussi dans un marché du travail à plusieurs vitesses (statuts, sans-papiers, précarités) qui sert à diviser et discipliner la classe ouvrière ; un levier que le patronat et les gouvernements exploitent pour tirer tout le monde vers le bas. D’où l’enjeu stratégique de s&rsquo;attaquer à la reproduction institutionnelle et économique du racisme tout en construisant dans la lutte l’unité de la classe. L’unité ne procède par proclamations elle se construit dans l’action, dans les luttes communes pour exiger mêmes droits, mêmes salaires, régularisation de toustes. Des revendications d&rsquo;égalité des droits qui mettent en échec la stratégie patronale et tirent tout le monde vers le haut.</p>



<p>Meriem (Paris 20<sup>e</sup>)</p>



<p>Pour avoir une version audio qui traite de racisme et d&rsquo;exploitation, voici un lien vers notre ✨super✨ compte Spotify ! :</p>



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</div></figure>



<p>Notes :</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3ecec6d0-6d7b-4aef-99f4-5401697b89f9">Chiffres : https://eprints.nottingham.ac.uk/12489/1/Tom%27s_<br>Thesis_complete_%28slimline%29.pdf (p.158) Nearly 70% of Scawby parish was enclosed by parliamentarymeans in 1770-1 leaving about one thousand acres which had been<br>enclosed by other means.<br>Mais le phénomène est plus vaste ça c’est les conséquences directes<br>des lois parlementaires, mais si on y ajoute les enclosures non<br>parlementaires c’est énorme.<br>(Archives Parlement UK) : https://www.parliament.uk/about/living-<br>heritage/transformingsociety/towncountry/landscape/overview/<br>enclosingland/ <a href="#3ecec6d0-6d7b-4aef-99f4-5401697b89f9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="3358852a-b724-4be5-a587-62fb749c3558">Capital I,. XXV, -3 Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve. <a href="#3358852a-b724-4be5-a587-62fb749c3558-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b79ffc99-2215-4b81-b8c3-218d9ab7ad97">Mita : corvée, travail forcé par roulement imposée aux communautés<br>indigènes, système quasi-esclavagiste par les colons qui oblige chaque<br>communauté à fournir continuellement des hommes pour les mines et<br>autres travaux ((hérité des autochtones mais réactivée et durcit par les<br>colons)<br>Encomienda : attribution de terres et de populations indigènes à un<br>colon (couronne espagnole), avec obligation théorique d’évangélisation<br>mais pratique d’exploitation. <a href="#b79ffc99-2215-4b81-b8c3-218d9ab7ad97-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="fda5b6fc-6803-4434-a351-8fe00d4ecb2f">E.Williams, Capitalisme et Esclavage. p.22-25 <a href="#fda5b6fc-6803-4434-a351-8fe00d4ecb2f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="f91d9d77-d986-470a-8c10-1ae808e7bcef">E.Williams, Capitalisme et Esclavage. p.22-25 <a href="#f91d9d77-d986-470a-8c10-1ae808e7bcef-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/capitalisme-et-racisme/">Capitalisme et racisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Luttes de classes : les bases de l’antagonisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 14:31:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[lutte de classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes1, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…). <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/" title="Luttes de classes : les bases de l’antagonisme">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes<sup data-fn="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7" class="fn"><a id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7">1</a></sup>, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…).</p>



<p>De manière surprenante, il n’aborde que superficiellement ce qui en est la source&nbsp;: le rapport d’exploitation. Or c’est ce rapport, indépendant de la volonté et des idées de ses protagonistes qui est à la base de la division entre classes et de l’antagonisme irréductible entre elles. Il explique tant la lutte des classes que la nécessité révolutionnaire.</p>



<p>Dans sa définition la plus générale, l’exploitation est le phénomène par lequel une minorité s’accapare une partie (plus ou moins grande) de ce qui est produit par la majorité.</p>



<p>Sous le capitalisme, la définition est beaucoup plus précise et les formes qu’elle prend sont spécifiques.</p>



<p>Les travailleur·euses sont payé·es pour mettre toute leur capacité de travail (ce que Marx appelait la force de travail) à la disposition des patrons chaque jour. La valeur de cette force de travail est déterminée par ce qu’il faut pour la produire et la reproduire.</p>



<p>Elle est considérablement inférieure à la valeur du travail produit. La différence, accaparée par les capitalistes, est ce que Marx appelait la «&nbsp;plus-value&nbsp;», qui est la source du profit.</p>



<p>Les patrons sont sous pression constante pour augmenter cette plus-value. Soit de manière absolue (par exemple en allongeant la journée de travail) ou de manière relative (en augmentant la productivité du travail). D’où l’antagonisme permanent entre patrons et travailleur·euses (salaires, conditions de travail). Ce qui ne peut se résoudre que par la fin du rapport lui-même.</p>



<p>Le capitalisme est un système global qui relie (notamment au travers du marché) les capitaux et les travailleur·euses entre elles et eux. Ce rapport ne se joue donc pas uniquement à l’échelle de chaque lieu de travail ou de chaque entreprise, mais à l’échelle de toute la société et s’exprime au travers des politiques des Etats, des institutions internationales, etc.</p>



<p>Il est aussi un système global parce qu’il résulte d’un processus historique en s’articulant à de multiples autres rapports de domination (racisme, sexisme…).</p>



<p>La compréhension précise de ce mécanisme n’est pas un enjeu de connaissance savante.&nbsp;</p>



<p>Il en découle notamment&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>que cet antagonisme est ce qui ne cesse de produire des conflits indépendamment de la volonté, des idées de ses protagonistes. La lutte de classes n’est pas d’abord le produit de la conscience de classe des travailleur·euses. Pas plus qu’elle n’est d’abord celui du cynisme et de la cupidité des capitalistes. C’est la conscience de classe qui est le produit de la lutte tout comme la cupidité et le cynisme des capitalistes est le produit de leurs intérêts de classe.</li>



<li>que cet antagonisme joue sur l’ensemble des rapports sociaux et qu’il est autant illusoire de croire que la lutte contre le racisme ou le sexisme peuvent être menées indépendamment de lui que de penser qu’une conscience de classe puisse se développer hors de ces luttes.</li>



<li>que cet antagonisme ne peut se résoudre en dehors du renversement de toute la structure dont il est la base. La révolution n’est pas un choix&nbsp;: c’est une nécessité.</li>
</ol>



<p>Cela signifie que cette analyse a des conséquences sur tous les débats stratégiques qui émergent dans tout mouvement, du plus localisé au plus global, que ce se soit au cours d’une grève (s’agit-il de négocier une «&nbsp;plus juste&nbsp;» répartition des richesses&nbsp;?), du rapport à l’État (est-il neutre&nbsp;?), de la lutte contre le racisme (les travailleur·euses blanc·hes sont-ils/elles privilégié·es&nbsp;?).</p>



<p>En n’allant pas à la base de la question de la lutte des classes, sans doute par souci de rendre accessible la théorie, Ross ne nous arme pas. Construire l’autonomie de classe c’est aussi se forger collectivement des armes théoriques en acier, aussi antagonistes avec les idées dominantes que nos intérêts le sont du capitalisme.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris&nbsp;20e</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21ème siècle</a>, article paru dans la revue #14 <a href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 00:02:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Effondrement]]></category>
		<category><![CDATA[Énergies fossiles]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Réchauffement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques mois la notion d’effondrement réémerge dans la bouche de certaines personnalités réformistes, du secrétaire de l’ONU Antonio Guterres à Mélenchon en passant par Jean-Marc Jancovici, tout en restant assez flou sur ce qu’elle <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/" title="Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Depuis quelques mois la notion d’effondrement réémerge dans la bouche de certaines personnalités réformistes, du secrétaire de l’ONU Antonio Guterres à Mélenchon en passant par Jean-Marc Jancovici, tout en restant assez flou sur ce qu’elle définit.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a situation environnementale catastrophique détaillée dans <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/">notre premier article</a> commence à être prise au sérieux dans le débat public, sans toutefois pour l’instant aboutir à un discours mettant en avant les fragilités à courts termes des économies capitalistes dans lesquelles nous vivons, notamment vis-à-vis des ressources. Loin de l’impensé consistant à croire que devant la gravité de la situation nous pourrions trouver une voie de sortie par nos capacités sociétales et un sursaut de conscience de nos dirigeant·es, l’emballement du système et les intérêts de classe semblent saboter tout espoir purement réformiste au vu de la puissante inertie de la trajectoire du capital.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’emballement de l’exploitation des&nbsp;richesses</h2>



<p>Rattacher la notion de <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/publications-da2c/brochure-imperialisme-la-trajectoire-du-capitale/">trajectoire du capital</a> aux enjeux écologiques permet d’appréhender le développement des puissances capitalistes et impérialistes dans leur histoire et dans l’avenir qu’elles nous réservent. L’idée de développer une écologie matérialiste est de rattacher la crise capitaliste à sa matérialité écologique, pour voir que crises écologique et capitaliste ne sont pas deux crises mais bien une. Ainsi la crise écologique apparaît matériellement à la fois comme la crise de toutes les crises, mais aussi comme une crise du capitalisme comme une autre, laissant ainsi le flou nébuleux qui l’entoure pour relever des mêmes dynamiques et des mêmes grilles d’analyse, comme celle de la polarisation de la société. </p>



<p>Une approche par les ressources écologiques de la concentration des richesses nous ramène d’après James C. Scott à l’apparition des États aux alentours de –&nbsp;4000 avant JC, permise par le développement de céréales standardisées dont les grains sont la base des premiers prélèvements fiscaux, et par la concentration de populations captives dans des niches écologiques au milieu d’espaces hostiles favorable à l’esclavage et au servage. Cette dernière caractéristique a permis d’empêcher un phénomène séculaire de dispersion spontanée des populations comme résistance aux pouvoirs forts, et ainsi d’enclencher la possibilité de la concentration toujours croissante des richesses.&nbsp;</p>



<p>Les deux grands multiplicateurs de l’exploitation matérielle des ressources et des humain·es par le capital seront la colonisation à partir du 14<sup>e</sup> siècle, et les révolutions industrielles du 18<sup>e</sup> siècle jusqu’à ce que les historien·nes appellent la Grande Accélération<sup data-fn="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2" class="fn"><a href="#07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2" id="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2-link">1</a></sup>, période actuelle marquant un développement matériel devenu depuis le 20<sup>e</sup> siècle dramatiquement exponentiel dans tous ses aspects : de la démographie au PIB en passant par les télécommunications, le tourisme, le béton… et la hausse des inégalités et de la dégradation de l’environnement. Au point que le renversement de tendance permettant de rendre nos sociétés supportables pour les écosystèmes semble impossible devant un tel emballement. D’après le GIEC, pour contenir le réchauffement planétaire en-dessous de 1,5 °C, il faudrait atteindre une société n’émettant plus de CO<sub>2</sub> avant 2050, ce qui revient à diminuer l’utilisation du charbon de 95 % (suppression totale donc), du pétrole de 60 % et du gaz de 45 % par rapport aux niveaux de 2019. On parle ici ni plus ni moins que de l’arrêt pur et simple de l’appareil productif capitaliste et des flux mondialisés dont nous dépendons maintenant pour nos besoins les plus fondamentaux, de l’énergie à l’agriculture. Pas d’acier sans charbon, pas de pétrole ni d’infrastructure sans acier, notamment. Planifier cela reviendrait à recréer de toute pièce des économies régionales très sobres en énergie et non massivement dépendantes de matériaux venant de l’autre bout du monde en seulement 27 ans (quand ce n’est plus le cas en Europe depuis les années 1500). Le GIEC serait à deux doigts de suggérer une révolution anticapitaliste.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="e6e0da" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e6e0da;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr1-1100x741.webp" alt="" class="wp-image-8070 not-transparent"/></figure>
</div>

<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="f3f3f3" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f3f3f3;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr2-1100x599.webp" alt="" class="wp-image-8071 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>Car le système, basé sur la compétition entre capitalistes, ne changera pas de lui-même. Depuis 2000, la consommation de charbon dans le monde n’a pas diminué, mais a quasiment doublé, grâce aux immenses innovations de groupes européens comme Charbonnage de France ou l’allemand TAKRAF, inventeur de l’excavatrice à godet, le plus gros engin au monde. Depuis 1870, plus d’un quart des émissions totales de CO<sub>2</sub>ont été produites sur les quinze dernières années. Au-delà de son inaction, le gouvernement a d’après la Cour des Comptes doublé les dépenses défavorables à l’environnement entre 2022 et 2023, et les banques financent presque toujours autant les énergies fossiles, à hauteur de 668&nbsp;milliards de dollars en 2022 contre 738 en 2016.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’enrayement énergétique de l’économie</h2>



<p>La non-viabilité matérielle imminente de la situation est pourtant exposée sans sourciller par l’OCDE<sup data-fn="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa" class="fn"><a href="#56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa" id="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa-link">2</a></sup>, qui prévoit que la demande mondiale d’utilisation de matériaux par an devrait doubler à quadrupler d’ici 2060, passant de 79 gigatonnes en 2011 à entre 167 et 350 Gt. On s’étonne que l’OCDE ne s’intéresse dans ce rapport à aucun moment à la faisabilité d’une telle extraction de matière, quand celle-ci entraîne déjà aujourd’hui une destruction des ressources vivantes et laisse craindre très bientôt des pénuries de minéraux, notamment les métaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt…)<sup data-fn="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1" class="fn"><a href="#4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1" id="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1-link">3</a></sup>, ou des sources d’énergie. À commencer par la plus emblématique, le pétrole.</p>



<p>Pour Matthieu Auzanneau, directeur du cabinet d’étude The Shift Project, notre incapacité à comprendre ce danger imminent réside dans l’angle mort qu’est l’importance de l’énergie dans l’économie et ses crises. Il démontre que les crises de 1973 et 2008 ont toutes deux pour cause le dépassement d’un pic pétrolier<sup data-fn="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b" class="fn"><a href="#15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b" id="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b-link">4</a></sup>, c’est-à-dire le moment où la production diminue du fait d’un amenuisement des réserves exploitables de manière rentable (du fait de son taux de retour énergétique, et donc de son taux de profit, dont la baisse tendancielle est la limite fondamentale du capitalisme)<sup data-fn="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68" class="fn"><a href="#f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68" id="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68-link">5</a></sup>. Dans ces deux crises, cette contraction de l’offre de pétrole amène à une énorme augmentation de la facture énergétique, entraînant une inflation à même de faire basculer l’ordre financier mondial. Si en 1973 le pic en question était celui de la production nationale américaine et s’est résolu par la fin de l’annexion du dollar sur l’or (et toute matérialité quelconque) et une politique impérialiste au Moyen-Orient permettant de sécuriser leur approvisionnement, en 2006 c’est le pic pétrolier conventionnel mondial qui a été dépassé, obligeant les banques centrales occidentales à remonter brutalement leurs taux d’intérêt, ce qui a conduit à l’éclatement de la bulle des subprimes. Depuis cette date, les économies occidentales ont dû faire tenir leur économie uniquement par des politiques monétaires ultra avantageuses. En faisant fonctionner la planche à billet (la création artificielle de monnaie par les banques centrales, ici via le quantitative easing et les taux d’intérêt négatifs), les États-Unis ont financé l’extraction pourtant très peu rentable du pétrole de schiste (dit non-conventionnel).</p>



<p>L’Europe, peu productrice de pétrole, a vu en 2006 ses importations pétrolières diminuer, en même temps qu’elle a connu son pic gazier, ce qui l’a rendue depuis en <em>« décrue énergétique subie » </em>comme le formule Jean-Marc Jancovici<sup data-fn="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c" class="fn"><a href="#c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c" id="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c-link">6</a></sup>, entraînant une récession économique sur ses flux physiques, compensé uniquement par une politique monétaire qui a surtout permis d’investir dans des secteurs tertiaires peu créateurs de valeurs comme la logistique, la livraison et l’immobilier, sans réorienter l’économie réelle vers un équilibre plus viable et créateur de valeur.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="d4d4d4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #d4d4d4;" loading="lazy" decoding="async" width="706" height="811" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8072 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg.webp 706w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg-261x300.webp 261w" sizes="auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px" /></figure>
</div>


<p>Mais après 15 ans de perfusion au schiste, le pic pétrolier global et définitif est avéré par l’Agence internationale de l’Énergie. Après un déclin faible jusqu’en 2030, la production pétrolière mondiale devrait commencer à réellement chuter, pour être divisée par deux d’ici 2050. Pour l’Europe, cela implique une division de ses importations de pétrole par 2 à 20 en fonction du contexte géopolitique<sup data-fn="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b" class="fn"><a href="#5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b" id="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b-link">7</a></sup>. Ces implications sur l’économie déclenchent déjà les mêmes mécanismes qu’en 1973 et 2008, mais dans des proportions incomparables. Face à une crise énergétique historique, dont le Covid et la guerre en Ukraine ont été des révélateurs plutôt que des déclencheurs, les banques centrales après des années dispendieuses ont réaugmenté leurs taux directeurs brutalement pour stopper l’inflation, amenant certaines bulles financières à déjà se dégonfler, comme l’immobilier, ou plus inquiétant, la dette américaine via ses bons du Trésor. Ces bons, titres financiers de la dette américaine, servaient jusque-là et depuis la fin des Accords de Bretton Woods suite à la crise de 1973, de support à la stabilité financière mondiale. Or, les pays émergents comme la Chine ont arrêté depuis 2021 d’utiliser ces bons dans leurs échanges économiques. Signe du basculement du monde sous l’égide de l’énergie, et plus profondément du déclin économique de l’Occident qui n’assume plus son mode de vie bien au-dessus de ses moyens, les BRICS<sup data-fn="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57" class="fn"><a href="#e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57" id="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57-link">8</a></sup> ont cet été, à l’occasion d’un sommet historique, annoncé leur volonté d’en finir avec la « dictature du dollar » et son lien systématique au pétrole, en procédant à leurs échanges avec leurs monnaies nationales et en intégrant les trois plus grands producteurs de pétrole mondiaux à leur alliance. Les redéploiements impérialistes notamment en Afrique et au Moyen-Orient sont révélateurs de ce recul occidental, à commencer par la France en Afrique de l’Ouest, confrontée notamment à un risque concernant son approvisionnement en uranium. Mais l’Occident n’est cependant pas le seul à craindre les limites environnementales. Des études estiment que la Chine pourrait être en train d’atteindre son pic charbonnier, et les pays producteurs de pétrole risquent de perdre la majeure partie de leur ressource une fois leur pic national passé, comme ce fut le cas de la Syrie juste avant les printemps arabes entre autres « fallen states », ou comme le risque par exemple l’Algérie prochainement. S’ajoutent évidemment aux pénuries multiples les conditions climatiques létales dont nous avons déjà parlé, qui commencent déjà à miner l’efficacité technique des économies, comme on l’entraperçoit à travers les difficultés du milieu des assurances face aux catastrophes climatiques<sup data-fn="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14" class="fn"><a href="#26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14" id="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14-link">9</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Écologie ou impérialisme</h2>



<p>De quoi tou·te·s s’unir dans une concorde internationale pour sauver la planète ? C’est en tout cas ce que préconise le GIEC, qui a bien compris et alerte sur l’importance du contexte politique pour espérer limiter le réchauffement planétaire. À ses scénarios climatiques il lie des scénarios politiques, le plus optimiste à + 1,5 °C étant associé à une réduction des inégalités mondiales, le pire étant associé à une compétition nationaliste et une augmentation des inégalités. Et force est de constater que la menace environnementale provoque une prise de conscience somme toute contraire à celle attendue par le GIEC et l’ONU. Le contexte de tension sur l’approvisionnement en ressources dans un monde très concurrentiel, inéquitable et dont la principale puissance assure plus d’instabilité que de stabilité fait toucher à la diplomatie environnementale les bas-fonds. Le G20 sur le climat d’août dernier visant un plafonnement des émissions de CO<sub>2</sub> d’ici 2025 l’a bien montré, amenant la Chine à juger les attentes des US comme une <em>« mission impossible »</em> exigée par une puissance qui <em>« ne prononce que des paroles en l’air »</em>. Face à la non-tenue des engagements de l’Accord de Paris, Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU, n’hésite même plus en 2020 à asséner que les dirigeants publics et privés <em>« mentent »</em>. <em>« Les pays et les entreprises les plus polluants ne se contentent pas de fermer les yeux : ils ajoutent de l’huile sur le feu »</em><sup data-fn="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6" class="fn"><a href="#49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6" id="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6-link">10</a></sup>. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="524d4e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #524d4e;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr4-1100x619.webp" alt="" class="wp-image-8074 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Polarisation de la trajectoire du capitalisme</h2>



<p>Rarement un dirigeant onusien n’aura accusé aussi frontalement les élites internationales. Il faut dire que celles-ci opèrent ce que Bruno Latour qualifie de sécession face au péril climatique, à l’opposé des théories dépolitisantes sur leur manque de connaissance du problème. Si Macron et Philippe ont reçu les auteurs de <em>Comment tout peut s’effondrer</em> à l’Élysée, et si Von Der Leyen cite <em>Les limites à la croissance</em> du club de Rome lors d’un colloque #BeyondGrowth, l’exemple le plus édifiant à ce sujet sont les rapports cachés réalisés régulièrement depuis 1971 par les groupes Total et Exxon sur les conséquences du réchauffement climatique. Loin d’alerter, ce groupe a pu utiliser ces données dans ses plans de développement économique tout en niant ce changement. Un subtil mélange de stratégie du doute<sup data-fn="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8" class="fn"><a href="#76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8" id="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8-link">11</a></sup>, visant à empêcher certaines réalités d’émerger, et de stratégie du choc théorisée par Naomi Klein pour décrire l’utilisation par le capitalisme du chaos comme opportunité de développement et de réinvention.</p>



<p>Les signes les plus décomplexés tels que les projets transhumanistes d’Elon Musk voulant coloniser Mars avec une petite élite pour préserver la race humaine en abandonnant à son sort le reste de l’humanité, ou les bunkers que se construisent les ultra-riches dans les endroits les plus préservés de la planète<sup data-fn="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7" class="fn"><a href="#a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7" id="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7-link">12</a></sup>, ne sont que la partie symbolique d’un ensemble d’orientations politiques et économiques qui méritent cruellement d’être analysées à l’aune du « monde de demain » que préparent nos dirigeant·es… contre nous. Loin de mettre en place des politiques ambitieuses de changement, les politiques néolibérales accélèrent depuis une décennie un accaparement massif et brutal des richesses. Mis bout à bout, l’ensemble des cadeaux aux entreprises représentaient en 2019 (avant le <em>« quoi qu’il en coûte »</em>) 160 milliards d’euros par an, soit le triple d’il y a 20 ans<sup data-fn="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be" class="fn"><a href="#a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be" id="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be-link">13</a></sup>. Plus les 100 milliards d’euros de fraude fiscale selon Solidaires finances publiques, cela équivaut au budget de l’État, qui s’élève cette année à 293 milliards d’euros. 80 milliards d’euros de dividendes ont été distribués en France cette année, et la fortune des milliardaires français a quintuplé en dix ans pour dépasser 400 milliards d’euros. Ajoutons que les politiques monétaires évoquées plus haut ont permis aux 10 % les plus riches de capter la richesse d’une économie réelle en autodigestion, chose que l’inflation qui en découle aujourd’hui continue de faire en alimentant principalement les profits des grandes entreprises<sup data-fn="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929" class="fn"><a href="#8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929" id="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929-link">14</a></sup>. La paupérisation qui en découle, appuyée par des politiques de précarisation volontaire de notre classe comme les réformes des retraites, du travail ou la militarisation de la société, et l’instillation d’un climat fasciste de division, rentrent dans cette stratégie d’affaiblissement de nos capacités à s’organiser et à résister face aux troubles écologiques à venir, comme le montre Houria Bouteldja<sup data-fn="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b" class="fn"><a href="#0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b" id="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b-link">15</a></sup>. Dernier signe que rien ne les fera changer de cap, les déclarations militaristes envisageant un conflit direct au sein de la vieille Europe se multiplient, à l’instar du développement du SNU ou de l’annonce de réarmement de l’Allemagne voulant se<em> « préparer à la guerre et préparer l’armée allemande et la société à cela »</em> selon son ministre de la Défense fin octobre.</p>



<p>Le résultat du cri d’alarme désespéré d’Antonio Guterres a de quoi paraître décevant. En guise de réponse, la COP27 en Égypte s’est faite sponsorisée par Coca-Cola, le plus gros pollueur de plastique au monde, et la COP28 se déroulera cette année à Dubaï, présidé par Sultan Al Jaber, PDG de la Abu Dhabi National Oil Company. Au-delà du mauvais goût, cette dérive des COP est signe de la marginalisation plus large de l’ONU au profit d’un nouvel ordre mondial dérégulé, qui laisse présager le pire dans le traitement des populations impactées par le dérèglement environnemental. Les centaines de millions de personnes amenées à se déplacer du fait des conditions de vie impossibles vont créer des flux migratoires massifs auxquels les États répondent par la répression, qui à cette échelle contient un fort risque génocidaire. Ces exactions ont déjà commencé en Arabie saoudite où les gardes-frontières ont ouvert le feu sur au moins des centaines de migrant·es éthiopien·nes entre 2022 et 2023, ou en Tunisie, partenaire du programme européen Frontex, qui a abandonné au moins 700&nbsp;migrant·es dans le désert à une mort certaine cet été. Les crimes génocidaires perpétrés tant par la Chine sur les Ouïghours et par les alliés occidentaux sur les Palestinien·nes, et la gestion frontalière de toutes les grandes puissances, à commencer par Frontex, annoncent déjà les pires réactions racistes et fascistes au chaos environnemental à venir.</p>



<p>L’impasse de la solution réformiste ravive l’importance du rapport de forces entre les classes, et de notre autonomie collective d’organisation et de résistance. D’autant plus que la crise en question est d’abord la crise du système capitaliste. Si nous nous sentons en danger, les structures de pouvoir le sont tout autant. Il s’agira alors dans la suite de notre série de voir quelles ouvertures stratégiques occasionne le bouleversement environnemental.</p>



<h5 class="wp-block-heading">David Lorant (Rennes)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2">John R. McNeill, <em>The Great Acceleration : An Environmental History of the Anthropocene since 1945</em>, 2014  <a href="#07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa">OCDE 2018, <a href="https://www.oecd.org/environment/waste/highlights-global-material-resources-outlook-to-2060.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Global Material Resources</em>, Outlook to 2060</a>  <a href="#56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1">Voir le travail d’Aurore Stéphant, Guillaume Pitron ou Olivier Vidal sur les impasses de la transition énergétique <a href="#4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b">Jean-Marc Jancovici, <em><a href="https://jancovici.com/publications-et-co/articles-de-presse/incomprehension-energetique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Incompréhensions énergétiques</a></em>, sur jancovici.com, septembre 2014  <a href="#15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68">Matthieu Auzanneau, <em><a href="https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2021/10/12/metaux-critiques-charbon-gaz-petrole-nous-entrons-dans-les-recifs/#more-13013" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Métaux critiques, charbon, gaz, pétrole : nous entrons dans les récifs</a></em>, octobre 2021 et <em><a href="https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2023/01/18/1973-et-2008-premieres-crises-ecologiques-des-limites-a-la-croissance/#more-13237" target="_blank" rel="noreferrer noopener">1973 et 2008, premières crises écologiques des « limites à la croissance » ?</a></em>, janvier 2023, sur son blog sur Le Monde  <a href="#f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c">En lien avec la notion de baisse tendancielle du taux de profit :<em> <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, le nouveau temps des crises</a></em>, de Mathieu Pastor sur le site d’A2C, février 2023  <a href="#c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b">Données Rystad analysées par The Shift Project <a href="#5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57">Sommet du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, rejoint cet été par l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran. Voir Martine Orange dans Médiapart, <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/291023/les-ventes-massives-de-bons-du-tresor-americain-ebranlent-le-systeme-financier-international" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les ventes massives de bons du Trésor américain ébranlent le système financier international</a></em>, 29 octobre 2023, et <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/international/250823/les-brics-s-attaquent-la-dictature-du-dollar" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les Brics s’attaquent à la dictature du dollar</a></em>, 25 août 2023  <a href="#e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14">Mediapart, 5 novembre 2023, <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/051123/le-dereglement-climatique-met-au-defi-le-monde-de-l-assurance" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le dérèglement climatique met au défi le monde de l’assurance</a></em>, Martine Orange <a href="#26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6">Nations Unies Maroc, <a href="https://morocco.un.org/fr/176856-le-secrétaire-général-antonio-guterres-au-lancement-du-rapport-giec-nous-approchons-à-toute" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Secrétaire général Antonio Guterres au lancement du Rapport GIEC : « <em>Nous approchons à toute allure de la catastrophe climatique</em></a> » <a href="#49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8"><em>La science asservie</em> d’Annie Thébaud-Mony, 2014 ; France 24, <em><a href="https://www.france24.com/fr/planète/20211020-climat-total-était-conscient-dès-1971-des-conséquences-néfastes-de-ses-activités" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Total, champion de la stratégie du doute selon une étude</a></em>, 20 octobre 2021  <a href="#76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7">The Guardian, <em><a href="https://www.theguardian.com/news/2022/sep/04/super-rich-prepper-bunkers-apocalypse-survival-richest-rushkoff" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The super-rich ‘preppers’ planning to save themselves from the apocalypse</a></em>, 4 septembre 2022 <a href="#a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be">IRES et CGT, <em><a href="https://ires.fr/publications/cgt/un-capitalisme-sous-perfusion-mesure-theories-et-effets-macroeconomiques-des-aides-publiques-aux-entreprises-francaises/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Un capitalisme sous perfusion : Mesure, théories et effets macroéconomiques des aides publiques aux entreprises françaises</a></em>, octobre 2022  <a href="#a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929">Anouk Brunet et Paul Vadori, <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a></em>,  sur le site d’A2C, septembre 2022  <a href="#8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b"><em>Beaufs et barbares : le pari du nous</em>, d’Houria Bouteldja, 2023, Introduction <a href="#0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/">Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>WEEKEND #2 A2C RENNES &#8211; DU 11 ET 12 NOVEMBRE 2023 &#8211; FORMATION ET DISCUSSIONS POLITIQUES</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/weekend-2-a2c-rennes-du-11-et-12-novembre-2023-formation-et-discussions-politiques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Aude]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 21:14:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discussions débats formations]]></category>
		<category><![CDATA[A2C vous invite]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Etat]]></category>
		<category><![CDATA[Weekend]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">🗣 Depuis 2016, Autonomie de Classe organise tous les deux mois des weekends de discussions, de débats, de formations ouverts à tous et toutes. ☀️ L’antenne A2C Rennes vous invite à son deuxième weekend local <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/weekend-2-a2c-rennes-du-11-et-12-novembre-2023-formation-et-discussions-politiques/" title="WEEKEND #2 A2C RENNES &#8211; DU 11 ET 12 NOVEMBRE 2023 &#8211; FORMATION ET DISCUSSIONS POLITIQUES">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/weekend-2-a2c-rennes-du-11-et-12-novembre-2023-formation-et-discussions-politiques/">WEEKEND #2 A2C RENNES &#8211; DU 11 ET 12 NOVEMBRE 2023 &#8211; FORMATION ET DISCUSSIONS POLITIQUES</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>🗣 Depuis 2016, Autonomie de Classe organise tous les deux mois des weekends de discussions, de débats, de formations ouverts à tous et toutes.</p>



<p>☀️ L’antenne A2C Rennes vous invite à son deuxième weekend local ! C’est l’occasion de se retrouver pour se former, avoir des discussions politiques, réfléchir à nos analyses et stratégies sur la situation actuelle ainsi que sur nos perspectives de luttes.</p>



<p>🌙 Ces weekends regroupent des personnes militantes ou non, qui souhaitent discuter de la situation politique et s&rsquo;organiser politiquement pour l&rsquo;autonomie de notre classe et faire face aux attaques auxquelles nous devons faire face, notamment au racisme et à la menace fasciste, mais aussi les fronts féministes, dans les syndicats, les associations et collectifs de lutte de quartiers, et les attaques contre notre classe !</p>



<h2 class="wp-block-heading">💥Programme du week-end 11-12 novembre</h2>



<p>Au Centre Alain Savary<br>2, boulevard Louis Volclair<br>Porte au trèfle multicolore<br>Métro Henri fréville</p>



<h2 class="wp-block-heading">Samedi 11/11</h2>



<p>9h &#8211; 10h : accueil et petit déjeuner<br>10h &#8211; 12h : Situation politique en lien avec la situation en Palestine<br>12h 14h : Repas collectif<br>14h30 &#8211; 16h30 : État et capitalisme : la bourgeoisie et l&rsquo;État défendent-ils toujours les mêmes intérêts ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dimanche 12/11</h2>



<p>9h30 &#8211; 10h30 : accueil et petit déjeuner<br>10h30 &#8211; 12h30 : Arpentage de l’article de Période de Chi-Chi Shi : « La souffrance individuelle et collective est-elle un critère politique ? »<br>👀 lien de l’article ici 👉<br><a href="http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-la-condition-de-victime/">http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-la-condition-de-victime/</a><br>12h30 &#8211; 14h30 : Repas collectif<br>14h30 &#8211; 16h30 : Comment on intervient en tant que révolutionnaire dans le mouvement ?<br>16h30 &#8211; 17h : pause thé café<br>17h &#8211; 18h30 : Bilan du weekend et perspectives</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/weekend-2-a2c-rennes-du-11-et-12-novembre-2023-formation-et-discussions-politiques/">WEEKEND #2 A2C RENNES &#8211; DU 11 ET 12 NOVEMBRE 2023 &#8211; FORMATION ET DISCUSSIONS POLITIQUES</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Oct 2023 17:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Effondrement]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Face à l’urgence climatique, cet article s’inscrit dans une série Pour une écologie matérialiste : les effondrements et la classe afin d’y développer une analyse de la crise environnementale dans laquelle s’embourbe le capitalisme et des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/" title="Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Face à l’urgence climatique, cet article s’inscrit dans une série <strong><em>Pour une écologie matérialiste : les effondrements et la classe</em> </strong>afin d’y développer une analyse de la crise environnementale dans laquelle s’embourbe le capitalisme et des enjeux militants qui en découlent. Ce premier article est un état des lieux de la catastrophe climatique et environnementale à l’aune des recherches scientifiques actuelles sur le sujet.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Dans une perspective stratégique, nos milieux militants ont tout intérêt à intégrer dans leurs réflexions un constat un tant soit peu précis et explicite des catastrophes environnementales à venir. Premier des trois volets de la série d’articles sur l’écologie matérialiste, ou comment s’organiser collectivement et politiquement autour des enjeux environnementaux actuels.</p>



<p>Nous aurons été prévenus. Pour Antonio Guterres, « l’ère de l’ébullition mondiale est arrivée ». Depuis sa fonction censément consensuelle, le secrétaire de l’ONU ne sait plus quels mots employer depuis plusieurs années pour le dire : le monde s’orienterait vers un réchauffement d’au moins 3 °C, très loin de la barre des 1,5 °C censée éviter un cataclysme environnemental. En fait, les pires scénarios, vers lesquels nous nous dirigeons, alertent sur notre possible disparition et l’encore plus probable effondrement des structures sociétales actuelles dans les deux décennies à venir. Le déni reste pourtant énorme et touche, au-delà d’élites cyniques, une large partie de la population et des milieux militants. Présente dans la tête de chacun·e, la menace environnementale reste pourtant traitée de manière complètement édulcorée et floue dans le débat public. Disqualifié depuis son utilisation par les collapsologues en 2015, la notion d’effondrement traduit pourtant bien la brutalité concrète des ruptures à venir. Souvent considérée comme dépolitisante, sa mobilisation par le champ scientifique permet de décrire des processus pouvant faire l’objet d’une lecture marxiste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’heure de l’emballement climatique</h2>



<p>Depuis deux ans, les catastrophes et les dysfonctionnements s’enchaînent quotidiennement dans l’actualité. Si d’un coup d’œil les mégafeux et les tempêtes extrêmes nous suggèrent que les choses dérapent, les chiffres le confirment. À seulement +&nbsp;1,26 °C de réchauffement global depuis la période préindustrielle, la moitié de la population fait déjà face à des pénuries d’eau pendant une partie de l’année, et le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence a doublé depuis 2016, passant de 193 à 205&nbsp;millions juste entre 2021 et 2022.</p>



<p>Les nouveaux records se succèdent, comme la sécheresse de 32&nbsp;jours en France cette année (et ce en plein hiver) ou les hautes températures globales de juin 2023 jamais atteintes depuis 10 000&nbsp;ans d’après l’ONU.</p>



<p>Le caractère exponentiel de ces phénomènes (c’est-à-dire le fait que leur vitesse de progression n’est pas linéaire mais se multiplie elle-même régulièrement) alors même que nous sommes encore sous la fameuse barre des 1,5 °C doit nous alerter. Il faut comprendre que si le réchauffement s’arrêtait immédiatement, les dynamiques à l’œuvre perdureraient : les perturbations climatiques comme les chaleurs extrêmes continueraient de déséquilibrer les milieux au-delà de ce qu’ils ne sont déjà. Mais le réchauffement climatique lui-même s’accélère très rapidement : la température a augmenté de 0,9 °C entre 1880 et 2018, soit en 140&nbsp;ans, puis d’un demi-degré supplémentaire au cours des 5&nbsp;dernières années.</p>



<p>D’après le GIEC, si les engagements actuels étaient tenus, le réchauffement s’élèverait à +&nbsp;3,2 °C de moyenne mondiale en 2100, bien au-delà des 1,5 °C visés par les accords de Paris<sup data-fn="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f" class="fn"><a href="#84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f" id="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f-link">1</a></sup>. L’habitabilité de la Terre serait déjà fortement remise en cause, du fait des pénuries d’eau, des atteintes aux rendements agricoles et des événements climatiques extrêmes. Si rien qu’en France nous connaîtrions des étés caniculaires à plus de 50 °C, en fonction des scénarios c’est 50 à 75 % de la population mondiale d’ici la fin du siècle qui serait exposée entre 20 et 365 jours par an à des températures létales, pouvant causer la mort en quelques heures. Certaines régions densément peuplées seront déjà presque inhabitables dans la décennie, dont certaines nations armées nucléairement.</p>



<p>Malheureusement, de l’aveu même du GIEC, certains paramètres restent difficiles à quantifier et ne rentrent pas dans les modélisations de réchauffement, à commencer par les boucles de rétroactions. Ce terme qualifie certaines réactions naturelles au réchauffement climatique, qui viennent elles-mêmes alimenter ce réchauffement, l’autonomisant des émissions de gaz à effet de serre (GES) humaines. Parmi ces boucles on retrouve la fonte du permafrost sibérien et de l’Antarctique, l’acidification des océans ou les mégafeux, pouvant tous relâcher des quantités astronomiques de GES dans l’atmosphère jusqu’à réchauffer la planète de plus de 10&nbsp;degrés. De même, la fonte des glaces en Arctique diminue sa capacité de réfléchissement des rayons solaires, augmentant le réchauffement des océans. Enfin, le rythme d’émissions de CO2 actuel pourrait nous conduire à la fin du siècle à une situation où des nuages, les strato­cumulus, ne pourraient plus se former, amenant à un ­réchauffement de 8 °C à lui-seul.</p>



<p>Pour les scientifiques qui étudient ces boucles de rétroaction, les scénarios progressifs du GIEC sont biaisés car ils ne représentent pas les effets de seuil de ces emballements. Ces points de non-retour pourraient se déclencher entre +&nbsp;1 et 2 °C (d’où l’objectif des +&nbsp;1,5 °C des Accords de Paris) et leurs premiers signes sont déjà à l’œuvre. Schématiquement, on pourrait dire que nous n’avons pas un panel de scénarios possibles compris entre +&nbsp;1 et +&nbsp;6 °C, mais le choix entre un réchauffement de 1 à 2 °C, ou l’emballement incontrôlable du climat.</p>



<p>Ainsi les débats sur l’Anthropocène<sup data-fn="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12" class="fn"><a href="#930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12" id="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12-link">2</a></sup>, ses causes et sa dénomination (Capitalocène…) ne doivent pas invisibiliser ce fait majeur : l’Holocène, cette période géologique de stabilité climatique ayant permis l’apparition des sociétés humaines, prend fin, et ce non pas en plusieurs millions d’années mais en quelques décennies. La vitesse d’émissions de GES est plus rapide que jamais, y compris par rapport à celles ayant provoqué la 3e (et pire) extinction de masse il y a 250&nbsp;millions d’années, quand 95 % des espèces disparurent sous un réchauffement de 34 °C en quelques milliers d’années. D’ici 50&nbsp;ans on estime qu’au moins 3&nbsp;milliards de personnes vivront hors des conditions climatiques qui ont permis à l’humanité de se développer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du climat à l’environnement : dégradations et pénuries</h2>



<p>La situation climatique est donc plus grave que ce que nous indique le GIEC, qui admet à chaque rapport que la réalité est pire que ses projections. Certains événements se produisent 80&nbsp;ans plus tôt que prévu et ce que nous en voyons en 2023 est sans commune mesure avec la situation des prochaines décennies. Mais surtout, l’approche climatique sur laquelle se focalise en grande partie le GIEC ne fait pas état d’autres limites environnementales qui menacent les conditions de vie planétaires, pour certaines à encore plus court terme et qui touchent au délabrement extrême de notre environnement.Depuis 2009, des scientifiques ont mis au point un modèle faisant état de neuf « limites planétaires » à ne pas dépasser pour éviter des « modifications brutales, non-linéaires, potentiellement catastrophiques et difficilement prévisibles de l’environnement ». Son actualisation régulière montre que six de ces limites ont déjà été franchies, à savoir :</p>



<p>&#8211;&nbsp;la concentration atmosphérique de CO2,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la sixième extinction de masse des espèces,</p>



<p>&#8211;&nbsp;l’eutrophisation<sup data-fn="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8" class="fn"><a href="#76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8" id="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8-link">3</a></sup> à l’azote et au phosphore des eaux,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la dégradation des sols et la déforestation,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la pollution par des matières synthétiques (­plastique, chimie…),</p>



<p>&#8211;&nbsp;la dégradation des cycles d’eau douce.</p>



<p>Chacune de ses menaces représente un danger en soi pour l’équilibre écologique global. Notamment, les nanoplastiques sont devenus omniprésents dans l’eau, les sols et les organismes, rendant en outre l’eau de pluie impropre à la consommation. La 6e extinction de masse correspond à une disparition des écosystèmes dont nous dépendons, notamment d’un point de vue agricole (pollinisation, fertilisation…). Concernant la déforestation, une étude de 2020 estime qu’au rythme actuel de déboisement de nos fameux « puits de carbone » (d’après Greenpeace, l’Amazonie aura perdu 55 % de sa surface en 2050, pour 17 % aujourd’hui), les forêts ne pourront plus assurer les cycles hydriques qui leurs sont vitaux, ni par conséquent les services écosystémiques qu’elles rendent actuellement, « laissant à l’humanité 10 % de chance de survie d’ici 20 à 40 ans ».</p>



<p>Ces données catastrophiques sont les témoins d’une <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/">exploitation extrêmement avancée de la planète par le capitalisme</a>, qui par cannibalisme entretient la destruction des conditions de notre survie. Si nous avons tous·tes relativement en tête que les ressources ne sont pas infinies, l’imminence de certaines pénuries nous apparaît moins clairement.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="e3dfc4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e3dfc4;" loading="lazy" decoding="async" width="644" height="883" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7888 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-jpg.webp 644w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-219x300.webp 219w" sizes="auto, (max-width: 644px) 100vw, 644px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Le capitalisme à bout de souffle ?</h2>



<p>C’est pourtant des éléments essentiels au capitalisme qui vont atteindre des points de rupture dans un futur relativement proche. C’est le cas de certains métaux, comme l’argent, l’indium ou le lithium, qui remettent en question la faisabilité de la transition énergétique appelée de leurs vœux par les dirigeant·es progressistes. Cette transition nécessiterait d’extraire en 35&nbsp;ans autant de métaux que depuis l’Antiquité, la rendant inenvisageable. Plus fondamental, le cuivre, indispensable à l’économie mondiale et aux infrastructures les plus basiques (électricité, transports…) risque la pénurie dans la prochaine décennie. De même, la production agricole mondiale pourrait être gravement menacée par un pic de production de phosphate, indispensable à la fabrication d’engrais, à partir de 2050. Plus généralement, les conditions environnementales vont mettre à rude épreuve l’ensemble des infrastructures de production et d’approvisionnement, à l’instar des centrales nucléaires qui pâtiront de la température et du débit des fleuves censés les refroidir.</p>



<p>Dès 1969 le rapport Meadows<sup data-fn="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d" class="fn"><a href="#61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d" id="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d-link">4</a></sup> intitulé « Les limites de la croissance », basé sur le premier modèle statistique à faire interagir des enjeux économiques, environnementaux et démographiques, prévoyait un effondrement de l’économie et de la démographie mondiale de moitié en quelques décennies à partir de 2030 si une bifurcation vers une « économie stabilisée », c’est-à-dire sans croissance significative, ne voyait le jour avant l’an 2000. Les actualisations du modèle confirment ces projections et annoncent que l’effondrement annoncé est déjà en train de s’enclencher, du fait notamment de la baisse du taux de retour énergétique<sup data-fn="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc" class="fn"><a href="#bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc" id="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc-link">5</a></sup>, ou plus vulgairement la rentabilité énergétique de notre société.</p>



<p>La mobilisation du terme d’effondrement renvoie ici à un processus décrit dans le cadre de modèles scientifiques. S’il renvoie à des processus bien particuliers, son utilisation dans la sphère publique s’est chargée d’un très fort aspect émotionnel et politique, allant jusqu’à le galvauder et à plutôt le disqualifier des débats, notamment suite à la publication du livre Comment tout peut s’effondrer de Servigne et Stevens en 2015. Proposant un constat assez rigoureux techniquement, les auteurs en déduisent ensuite des réponses assez dépolitisées, basées sur la croyance en l’entraide, la joie, le deuil et la résilience personnelle et communautaire. Autant de valeurs importantes, mais ici décontextualisée du système d’exploitation capitaliste et colonial, dans la droite ligne du livre Effondrement de Jared Diamond (2005) expliquant la chute de la civilisation Rapa Nui sur l’île de Pâques par une mauvaise gestion des ressources environnementales, quand celle-ci a en fait été anéantie par une expédition coloniale en 1862. L’effondrement chez les collapsologues apparaît totale et essentialisée, comme une catastrophe sur laquelle nous n’avons aucune prise, amenant à une « naturalisation » du capitalisme et de ses conséquences au sens de Marx comme le souligne<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/"> l’article de 2020 de Timothée Haug sur le site d’A2C</a>.</p>



<p>Malheureusement, cet article traduit bien la tendance qu’ont eu certains milieux militants à jeter le bébé avec l’eau du bain. Sous prétexte de désaccord politique, l’ambition de poser un constat précis sur la situation environnementale a été mise de côté, empêchant d’intégrer à nos réflexions stratégiques des changements sociétaux majeurs auxquels nous ne nous préparons pas du tout. D’autant plus que les méthodologies scientifiques dites systémiques qui décrivent les processus d’effondrement, sont basées sur l’interdisciplinarité et s’appuient de plus en plus sur les sciences sociales, amenant une description critique des structures sociétales actuelles<sup data-fn="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2" class="fn"><a href="#4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2" id="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2-link">6</a></sup>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f0edec" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f0edec;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="670" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7889 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-jpg.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-300x196.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-768x503.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">L’écologie matérialiste : les liens entre systémique et marxisme</h2>



<p>Pour résoudre les problèmes qui se posent à elle, une société peut adopter des techniques rendant son fonctionnement plus complexe, renforçant à la fois sa dépendance à une certaine stabilité environnementale, et sa stratification sociale, à fort potentiel inégalitaire. Cette complexification des processus diminue la rentabilité des systèmes, obligeant ces sociétés à se complexifier davantage à travers de nouvelles techniques d’exploitation de la force de travail et des ressources naturelles. On retrouvera ici le concept du taux de retour énergétique, qui lui-même est analogue à la baisse tendancielle du taux de profit théorisée par Marx&nbsp;10<sup data-fn="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc" class="fn"><a href="#02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc" id="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc-link">7</a></sup>.</p>



<p>En 2014, le modèle HANDY montre ainsi que l’augmentation des inégalités et de l’exploitation de la nature sont deux facteurs qui amènent inévitablement à l’effondrement d’une société. Pour dépasser ses contradictions, un système complexe peut élargir son champ d’exploitation, à travers des phénomènes de colonisation, ce qui retardera son effondrement mais augmentera son ampleur. En l’occurrence, comme nous le détaillerons dans notre prochain article, le capitalisme est rentré dans une crise profonde du fait d’un manque de nouvelles ressources à exploiter sur Terre, cherchant dès lors son salut illusoire dans l’espace, une exploitation humaine croissante, et des guerres d’accès aux ressources<sup data-fn="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817" class="fn"><a href="#d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817" id="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817-link">8</a></sup>.</p>



<p>Ces modèles insistent cependant sur la possibilité pour les systèmes de suivre une autre voix, celle du respect des « capacités » des milieux naturels, basé sur une moindre exploitation et une meilleure régulation des systèmes de domination au sein des sociétés, ce que traduit la pluralité des scénarios proposés par les travaux de modélisation, laissant une large place aux possibles changements sociétaux et donc aux rapports de forces. Et quand bien-même nous avons vu qu’il est certainement trop tard pour ne pas atteindre certains effets de seuils, des travaux récents ont insisté sur le caractère non-total des effondrements. Concernant les sociétés, ces derniers caractérisent la chute brutale d’une structure politique, économique, sociale et technique, à laquelle survit une partie plus ou moins grande des populations, qui se retrouve à s’organiser dans des contextes de pouvoir plus distendus et plus locaux<sup data-fn="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38" class="fn"><a href="#ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38" id="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38-link">9</a></sup>.</p>



<p>Il s’agira alors d’analyser avec discernement l’effondrement des structures dont dépendent nos besoins primaires, et l’effondrement des structures de pouvoir ouvrant des possibilités révolutionnaires ou réactionnaires. D’autant que cette persistance des populations ne se fait pas sans continuités culturelles et sociales, certains auteurs insistant sur l’importance des valeurs et des savoirs à l’œuvre dans les sociétés pour déterminer la manière dont elles s’organisent après une crise si profonde. C’est ce que nous verrons dans notre deuxième volet. À l’opposé d’un fatalisme dépolitisant, la construction du rapport de forces reste donc primordiale pour en finir dès maintenant avec le capitalisme destructeur, et instiller la nécessité d’une solidarité de classe permettant dans un contexte de catastrophe généralisée d’opposer à la guerre civile et à l’asservissement une autonomie organisée autour de nouveaux savoirs et de manières de vivre et de lutter sur nos territoires. Cela déterminera nos réflexions du troisième volet sur les éléments de politisation à mettre en avant dans nos luttes actuelles.</p>



<h5 class="wp-block-heading">David Lorant, Rennes</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f">Issus de la COP21 de 2015. <a href="#84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12">Terme désignant la nouvelle période géologique dans laquelle nous entrons, caractérisée par l’impact majeur des activités humaines sur la géologie, le climat et les écosystèmes planétaires. <a href="#930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8">Saturation d’un milieu en nutriments amenant un développement excessif d’organismes pouvant conduire à son asphyxie. <a href="#76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d">Rapport commandé à des scientifiques du MIT par le Club de Rome, un think-tank émanant à l’époque de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), organisation internationale visant à « soutenir une croissance économique durable » pour ses pays membres. <a href="#61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc">Le Taux de Retour Énergétique (TRE) désigne l’énergie nécessaire pour produire une nouvelle quantité d’énergie. Plus l’énergie est difficile d’accès, plus son TRE est bas. <a href="#bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2">Cette science des systèmes est une approche de synthèse quantitative (statistique, économique, écologique) et qualitative (socio-histoire, anthropologie) qui modélise l’évolution de systèmes complexes comme un écosystème ou une société. <a href="#4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc">Sur l’actualité de la baisse tendancielle du taux de profit aujourd’hui, voir les articles « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a> » et « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/">L’économie politique d’une longue dépression</a> »  <a href="#02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817">À l’instar déjà du pétrole, de l’eau ou de l’uranium par exemple. <a href="#d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38">Voir à ce sujet le brillant ouvrage <em>Against the grain (Homo domesticus)</em> de l’anthropologue anarchiste James C. Scott. <a href="#ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/">Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Les idées révolutionnaires de Karl Marx</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/les-idees-revolutionnaires-de-karl-marx/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jun 2023 15:26:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classe ouvrière]]></category>
		<category><![CDATA[Commune de Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Matérialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les crises politiques et économiques actuelles, leurs décantations en matière de lutte de masse, de renforcement des antagonismes de classe, de montées du racisme, du danger du fascisme ou de la guerre, redonnent à l’œuvre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/les-idees-revolutionnaires-de-karl-marx/" title="Les idées révolutionnaires de Karl Marx">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Les crises politiques et économiques actuelles, leurs décantations en matière de lutte de masse, de renforcement des antagonismes de classe, de montées du racisme, du danger du fascisme ou de la guerre, redonnent à l’œuvre de Marx toute sa force. Pendant le mouvement contre la réforme des retraites et son monde, nous avons proposé des cycles de discussion avec toutes celles et tous ceux voulant échanger et généraliser leurs analyses. L’un de ces échanges a été introduit sur la base des principales idées défendues par Karl Marx au 19e&nbsp;siècle et qui nous semble encore aujourd’hui nécessaire de développer dans cet article.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #08 &#8211; Mai 2023</h6>



<p>Après l’effondrement des régimes staliniens et l’effondrement de l’URSS en 1991, Marx et son œuvre ont été marginalisés. Être marxiste est alors considéré comme démodé. Dans ce contexte, Francis Fukuyama écrit La fin de l’Histoire et le dernier Homme, où il affirme que le temps des guerres et des révolutions est révolu grâce à l’émergence d’un marché libre qui dominerait le monde à travers la démocratie libérale. Contrairement à ce qu’il pouvait prétendre, le monde capitaliste n’a pas cessé d’être bouleversé par des crises de nature révolutionnaire ou par la montée du fascisme.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le marxisme confronté aux crises du&nbsp;21e&nbsp;siècle</h2>



<p>Pour la première fois depuis la chute de l’URSS, l’idée même de la guerre s’ancre au cœur de l’Europe sur laquelle plane une nouvelle menace de conflit nucléaire mondiale. Les prédictions de F. Fukuyama il y a 30 ans ne se sont évidemment pas réalisées. Les crises économiques et politiques bouleversent notre époque. En raison de cela, le consensus idéologique autour de la stabilité du système capitaliste s’effondre. Même aux USA, l’idée du socialisme cristallise de la sympathie. La popularité de Bernie Senders ou l’émergence de DSA en sont l’incarnation. Dans la rue, cela s’est traduit par des grèves enseignantes sous l’ère de Trump, des manifestations de centaines de milliers de femmes lors de son investiture ou encore par la rébellion antiraciste de 2020 durant laquelle 26&nbsp;millions de personnes ont manifesté contre les crimes racistes de la police américaine suite à l’assassinat de Georges Floyd.&nbsp;</p>



<p>Ces soulèvements ont modifié la conscience de la population. Par exemple, en 2020, les syndicats ont proposé de participer à des actions contre le racisme. Souvenons-nous d’Angela Davis qui déclarait : « Les travailleuses et les travailleurs ont la possibilité de mettre fin au racisme ». Cette vision stratégique est un réel héritage de Karl Marx : elle repose sur l’idée que la classe ouvrière est au centre de la lutte pour un monde débarrassé de l’ensemble des oppressions et donc du racisme. Ce sont les travailleuses et les travailleurs qui ont le pouvoir de transformer la société en raison du rôle qu’ils et elles jouent dans la production capitaliste. Leur pouvoir collectif peut se traduire par des grèves, jusqu’à des crises révolutionnaires.&nbsp;</p>



<p>Des épisodes comme la crise de sub primes en 2008 ou celle de 2020, conséquence de la pandémie, ont favorisé la gauche dans les processus électoraux. Certaines organisations comme Syrisa en Grèce ou Podemos dans l’État espagnol ont fini par capituler devant les impératifs de la bourgeoisie. Pour comprendre les raisons de leur échec il faut en revenir à Marx, pour qui gagner les élections ne signifiait pas prendre le pouvoir.&nbsp;</p>



<p>La crise actuelle met en lumière que le système capitaliste, en lui-même, est au centre du problème. Les crises économiques en cours ou le réchauffement climatique en sont les conséquences directes. Alors que la pandémie a révélé au plus grand nombre à quel point notre modèle agro-alimentaire est destructeur pour l’humanité, rien n’a changé trois ans après.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Marx devient marxiste&nbsp;</h2>



<p>Marx est d’abord un militant révolutionnaire. À ses funérailles, Friedrich Engels déclare, que c’est ce qu’il est avant tout. Il atteint sa majorité politique en Allemagne. Lors de sa formation universitaire. Marx reçoit un enseignement juridique et philosophique par des Hégéliens de gauche. Ces héritiers de la pensée d’Hegel veulent éradiquer le féodalisme et défendent la liberté politique. L’Allemagne de l’époque est un ensemble de petits États despotiques et issus de la féodalité. Le mouvement hégélien se caractérise par une aspiration à l’unité nationale et la démocratie représentative.&nbsp;</p>



<p>La première source d’inspiration de cette époque est la Révolution française. Selon les hégéliens des premiers temps de Marx, elle a brisé la monarchie et ouvert la voie à la démocratie. Le siècle du jeune Marx est aussi marqué par la révolution industrielle. Celle-ci transforme en profondeur le quotidien des populations. La classe ouvrière en émerge, elle est incarnée par des millions d’hommes, de femmes et d’enfants exploité·es dans des conditions épouvantables.&nbsp;</p>



<p>À partir des années 1840, Marx est impliqué dans plusieurs organisations et luttes politiques. Une séquence modifie durablement la vision qu’a Marx de la société dans laquelle il milite. Les révolutions de 1848 continuent l’œuvre de la Révolution française avec un changement inédit : la participation active et majoritaire de la classe ouvrière. Alors que les capitalistes de 1789 prennent part à la révolution, les capitalistes de 1848 y voient une menace pour leur pouvoir en raison de la participation active des franges ouvrières de la population, presque inexistantes en 1789. Cela marque d’une part, la fin de l’ère de la révolution bourgeoise et, d’autre part, l’avènement de la révolution ouvrière.&nbsp;</p>



<p>Après les défaites des révolutions de 1848 et les séquences de répression qui s’en sont suivies, Marx est expulsé d’Allemagne. Il vit la majeure partie de son existence en tant que réfugié à Paris, à Bruxelles et à Londres. À Paris, il assiste fréquemment aux meetings socialistes et y fait la rencontre de F. Engels, lui-même arrivant de Manchester où il aidait à la direction de l’industrie familiale.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Engels a une influence réelle dans l’œuvre de Marx car il est un témoignage vivant de la conception de l’exploitation capitaliste. Engels est un traître à sa classe au sens où il défend et décrit les aspirations de la classe ouvrière dans l’Angleterre victorienne.&nbsp;</p>



<p>Mary Burns, la maîtresse d’Engels était une migrante de la classe ouvrière irlandaise, elle a également eu une influence très importante sur Engels et Marx lui-même. C’est par elle que Marx et Engels vont à la rencontre du mouvement ouvrier, très avancé déjà à l’époque. C’est de ces discussions, alors que Marx vit à Londres, qu’il participe à la fondation de la première Association Internationale des Travailleurs (AIT).&nbsp;</p>



<p>L’Association Internationale des Travailleurs est la première forme d’organisation regroupant plusieurs courants européens de militant·es ouvrier·es socialistes en plus des principaux syndicats britanniques. Marx allie la pratique, par son investissement dans cette Première Internationale ouvrière, à la théorie, par la rédaction du Capital. Cette œuvre conserve sa pleine actualité pour tou·te militant·e désirant comprendre en profondeur le fonctionnement du système capitaliste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le matérialisme historique&nbsp;</h2>



<p>Les premières idées révolutionnaires de Marx se regroupent dans son analyse matérialiste de l’histoire. Le matérialisme historique implique d’appréhender les sociétés humaines par le prisme de leurs réalités matérielles. Encore aujourd’hui, nous considérons que les réalités matérielles dans lesquelles nous vivons déterminent nos formes de représentation, nos sentiments et nos idées. À son époque, Marx rompt avec l’idéalisme qui domine chez les Hégéliens de gauche. Ce courant de pensée part du postulat que les idées des sociétés humaines en définissent leurs réalités. L’histoire au 19e&nbsp;siècle est alors narrée par une succession d’évènements où seule l’influence des grands hommes, des puissants, est retenue. Marx se pose en rupture avec cette vision en attribuant aux classes laborieuses le rôle principal des séquences historiques et de l’évolution des sociétés humaines. Selon lui, le moteur de l’histoire repose principalement sur les antagonismes de classe qui dominent chacune des périodes de l’histoire de l’humanité.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’exploitation capitaliste&nbsp;</h2>



<p>Marx définit le capitalisme comme reposant sur un rapport social : l’exploitation. Marx, durant l’ensemble de ses œuvres ne cesse de le répéter, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui produisent les richesses de la société. Sa haine du capitalisme et des horreurs qu’il engendre se sont affûtées par une analyse précise de son fonctionnement. L’optimisme de son analyse repose sur les potentialités de la classe ouvrière, en capacité d’être le fossoyeur de ce système.&nbsp;</p>



<p>Ce système de domination économique et politique repose selon lui sur l’extraction d’une plus-value par les capitalistes sur les richesses produites par la classe ouvrière, et donc par la réalisation d’un taux de profit par ceux qui détiennent les capitaux.&nbsp;</p>



<p>La logique du capitalisme reposant sur l’exploitation des travailleuses et des travailleurs en des lieux de travail, les capitalistes s’assurent que leurs employé·es travaillent longuement et durement afin de générer des taux de profit maximum. La réalité de l’exploitation engendre nécessairement des luttes à l’échelle de l’atelier ou de l’usine sur la durée de la journée de travail ou sur les cadences de la production. À l’époque de Marx, le salaire des ouvrier·es n’est en rien un montant fixe. Il est calculé à partir de la productivité des salarié·es. Les luttes pour le montant du salaire, autrement dit, pour la répartition des richesses produites est un des facteurs importants du développement des grèves au 19e&nbsp;siècle.&nbsp;</p>



<p>En plus de grèves à caractère économique, se situant à l’échelle d’une usine, Marx dresse une lecture des crises révolutionnaires du 19e&nbsp;siècle. Marx constate que ceux qu’il nomme les prolétaires, celles et ceux ne possédant que leur force de travail à échanger contre un salaire, ont cette capacité de s’organiser de telle sorte qu’émergent des contre-pouvoirs ouvriers.&nbsp;</p>



<p>De ces mouvements révolutionnaires, Marx en tire une conclusion : la révolution est autant nécessaire pour briser le système capitaliste que pour modifier les idées mêmes des travailleuses et des travailleurs prenant part à ces soulèvements. C’est par le processus même de la lutte révolutionnaire que la classe ouvrière prend conscience de sa propre force tout en se débarrassant des idées réactionnaires de la bourgeoisie. D’où cette idée si importante que l’émancipation des travailleur·euses sera l’œuvre des travailleur·euses eux et elles-mêmes.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, le capitalisme repose sur une contradiction principale. L’exploitation, en tant que rapport social, est une forme de domination différente d’autres formes d’oppression telles que le racisme ou le sexisme. L’exploitation, aussi violente soit elle, donne aux travailleur·euses la potentialité de changer la société.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="9e8e9d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #9e8e9d;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/A2C_RevueN8_Marx_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7691 not-transparent" width="773" height="329" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/A2C_RevueN8_Marx_Illustr1-jpg.webp 1030w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/A2C_RevueN8_Marx_Illustr1-300x128.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/A2C_RevueN8_Marx_Illustr1-768x327.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 773px) 100vw, 773px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">À l’assaut du ciel : le bilan de Marx de la Commune de Paris</h2>



<p>L’expérience révolutionnaire la plus affirmée à s’être déroulée du vivant de Marx est la Commune de Paris. Toutefois, il constate que la règle de tout processus révolutionnaire est l’émergence de formes de pouvoir alternatif animées par des travailleuses et des travailleurs. La Commune de Paris n’est pas une exception qui confirme la règle, mais bien l’expérience la plus aboutie durant laquelle les ouvrier·es, les artisan·nes ou les apprenti·es parisien·nes ont incarné durant quelques mois, un pouvoir alternatif à celui de la bourgeoisie.&nbsp;</p>



<p>La Commune de Paris est une forme de démocratie ouvrière radicale. Dans La Guerre Civile en France, Marx rassemble des discours prononcés devant l’AIT. Dans cet ouvrage, Marx analyse comment les communards ont réorganisé toute la vie politique,</p>



<p>C’est à partir de cette œuvre que Lénine réfléchit à la question de l’État dans L’État et la Révolution. Selon Marx, l’État n’est pas neutre. Une victoire électorale ne désarme par les forces réactionnaires incarnées à l’époque de la Commune par la police de la réaction, l’Église ou les armées contre-révolutionnaires. Par le triste bilan tiré de l’écrasement de la Commune, Marx voit en l’État capitaliste un outil de répression forgé contre la classe ouvrière. En cela, la Commune de Paris s’est fait écraser en raison de son incapacité à détruire l’État de la bourgeoisie.&nbsp;</p>



<p>Une révolution se donnant pour objectif d’aller jusqu’au bout, sera donc confrontée à la nécessité d’écraser l’État et les forces sur lesquelles repose le pouvoir de la bourgeoisie&nbsp;dans de tels contextes : l’armée, la police et les prisons.&nbsp;&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading">Iannis Delatolas (Paris 20e)</h6>
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		<title>[Réunion débat] Le capitalisme peut-il se passer de frontières ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/reunion-debat-le-capitalisme-peut-il-se-passer-de-frontieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jun 2023 14:54:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discussions débats formations]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Frontières]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">De tous les temps, l&#8217;histoire de l&#8217;humanité a été une histoire de migrations avec des voyages qui nécessitaient souvent la traversée de déserts, de montagnes, d&#8217;océans&#8230; Mais aujourd&#8217;hui, où tous les pays du monde sont <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/reunion-debat-le-capitalisme-peut-il-se-passer-de-frontieres/" title="[Réunion débat] Le capitalisme peut-il se passer de frontières ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>De tous les temps, l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanité a été une histoire de migrations avec des voyages qui nécessitaient souvent la traversée de déserts, de montagnes, d&rsquo;océans&#8230; Mais aujourd&rsquo;hui, où tous les pays du monde sont à quelques heures d&rsquo;avion, les obstacles à ces migrations n&rsquo;ont rien de naturel.</p>



<p>Frontières nationales, visas, contrôles de police, murs, caméras de surveillance, clôtures barbelées et électrifiées&#8230; Ce ne sont que quelques inventions barbares parmi bien d&rsquo;autres qui poussent des centaines de milliers de personnes à emprunter des routes de plus en plus dangereuses, au péril de leur vie. L&rsquo;horreur du naufrage au large des côtes grecques la semaine dernière en est une confirmation de plus.</p>



<p>Alors, comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Car les frontières nationales, construites par les hommes sont un phénomène relativement récent. Qu&rsquo;y a-t-il dans la logique du capitalisme qui pousse une poignée de riches et de puissants à empêcher des millions de personnes à circuler librement sur notre planète ?</p>



<p>Et surtout, comment pourra-t-on en finir avec ces horreurs ?</p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center">Vendredi 23 juin à 19h</h2>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center">3 place des Grès 75020, M° Alexandre Dumas</h3>
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		<title>Inflation : vers une crise d’ampleur ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Sep 2022 09:40:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Inflation]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis 30 à 40 ans, dans les pays occidentaux, l’inflation n’était évoquée que comme vestige du passé ou bien pour justifier des salaires toujours stagnants. Sur la même période, les banques centrales devenues indépendantes remplissaient <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/" title="Inflation : vers une crise d’ampleur ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Depuis 30 à 40 ans, dans les pays occidentaux, l’inflation n’était évoquée que comme vestige du passé ou bien pour justifier des salaires toujours stagnants. Sur la même période, les banques centrales devenues indépendantes remplissaient parfaitement leur mission première : garantir la stabilité des prix.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #04 &#8211; SEPTeMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">Mais depuis la fin de la première vague de COVID, la situation a radicalement changé. La zone euro et les Etats-Unis ont vu leur inflation passer de 2% à 8% entre février 2021 et février 2022 (voir Figure 1).&nbsp; Selon le FMI, l’inflation est encore plus importante dans les pays émergents et en développement et se situe autour de 10.5% en juillet 2022 sur une année glissante (voir Figure 2). Pourtant, aux premiers signes de la poussée inflationniste, les économistes dominants pensaient que c’était l’affaire de quelques semaines ou de quelques mois, le temps que les chaînes d’approvisionnement se remettent des arrêts et autres dysfonctionnements dus à la pandémie de COVID. Force est de constater que les choses ne se sont pas produites comme attendu, l’inflation persiste et continue d’augmenter. Il faut donc trouver une autre explication à cette augmentation des prix. Tout d’abord, l’inflation est un phénomène complexe dont les mécanismes ne sont pas encore parfaitement compris. Pour les économistes dominants, il existe principalement deux théories permettant de l’expliquer<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_19_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_1" class="footnote_tooltip">J. Choonara, «&nbsp;Gathering Storm&nbsp;», International Socialism 175, June 2022. <a href="http://isj.org.uk/the-gathering-storm/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">http://isj.org.uk/the-gathering-storm/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_19_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="d6d6d6" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #d6d6d6;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_1-1024x574.jpg" alt="" class="wp-image-5783 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 1</figcaption></figure>
</div>

<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f5f5f5" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f5f5f5;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_2.jpg" alt="" class="wp-image-5784 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 2</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les interprétations dominantes</strong></h2>



<p><strong>La première</strong> est celle des économistes keynésiens basée sur la courbe de Phillips. Cette courbe relierait de manière mécanique taux de chômage et inflation. Un taux de chômage élevé, synonyme de rapport de force favorable au patronat, permettrait de maintenir des salaires suffisamment bas pour garantir un faible taux d’inflation. Au contraire, un taux de chômage faible inverserait ce rapport de force, permettant aux travailleurSEs de réclamer des salaires plus élevés qui, à leur tour, renchériraient le prix des marchandises poussant les mêmes salariés à réclamer de nouvelles augmentations de salaires etc. C’est ce que l’on appelle une boucle salaire-prix. Or, il n’existe pas de lien mécanique entre baisse du chômage et renchérissement des salaires. La situation actuelle en est la preuve : les salaires stagnent et les prix flambent. Par exemple, en France, selon les derniers chiffres de la DARES<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_19_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_2" class="footnote_tooltip">Évolution des salaires de base dans le secteur privé : résultats provisoires du 2e trimestre 2022, août 2022, Dares Indicateurs N°38, <a href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_19_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, « le salaire moyen de base a perdu 3% de sa valeur réelle sur un an au deuxième trimestre ». Aux Etats-Unis, les salaires horaires ont progressé de 5.2% sur un an alors que l’inflation a progressé, sur la même période, de 8.5%. Au deuxième trimestre, le salaire horaire réel dans le domaine non agricole a reculé de 1.7% sur un an et de 4.4% sur trois mois. Alors, s’il y a bien, à l’heure actuelle, une corrélation entre baisse du taux de chômage et inflation, il n’y a, en revanche, aucune causalité. L’inflation augmente beaucoup plus vite que les salaires : ce n’est donc pas une boucle salaire-prix que nous avons sous les yeux.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong><em>L’inflation augmente beaucoup plus vite que les salaires : ce n’est donc pas une boucle salaire-prix que nous avons sous les yeux.&nbsp;</em></strong></p>
</blockquote>



<p><strong>La deuxième théorie </strong>développée par les économistes orthodoxes est la théorie monétariste de l’inflation. L’augmentation des prix serait la conséquence d’une quantité de monnaie trop importante par rapport à la quantité de marchandise en circulation.&nbsp; Or, si le lien entre quantité de monnaie et inflation était aussi direct, la flambée des prix aurait commencé dès 2008, date à partir de laquelle les grandes banques centrales ont commencé à injecter des quantités d’argent inédites dans le système bancaire. Là encore, établir un lien direct entre quantité de monnaie et quantité de marchandises en circulation ne permet ni de décrire ni de comprendre les phénomènes actuels.</p>



<p>Les causes de l’inflation sont donc à chercher ailleurs que dans les théories orthodoxes. Chronologiquement, la flambée inflationniste a débuté après la première vague de confinement. A ce moment-là, la reprise des activités normales de l’économie a créé un rebond de la demande qui s’est établie à des niveaux un peu inférieurs à la demande avant COVID. C’est-à-dire à un niveau qui ne provoquait pas de poussée inflationniste particulière en 2019. La hausse des prix constatée était donc principalement due aux difficultés de redémarrer les chaînes d’approvisionnement, de refaire circuler les marchandises autour du globe mais pas au niveau de la demande. Or, s’il s’agissait de la seule cause de l’inflation, cette dernière aurait dû se résorber en quelques mois. Pourtant, elle persiste. Il y a donc d’autres causes à l’augmentation continue des prix depuis le début de 2021. Parmi les causes souvent mentionnées, la guerre en Ukraine est probablement celle qui revient le plus. Si l’invasion Russe a effectivement eu pour conséquence de faire grimper les prix des hydrocarbures et donc à renforcer le phénomène inflationniste, elle n’en est pas responsable. L’inflation était déjà de 6% dans la zone euro et de 8% au début du conflit. Au Cluedo de l’inflation, nous venons d’éliminer la hausse des salaires, la hausse des prix de l’énergie et le niveau de la demande.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une crise de profitabilité</strong></h2>



<p>Il reste alors un dernier facteur explicatif&nbsp;: un accroissement du taux de marge des entreprises. L’Economic Policy Institute reconnaît que, depuis la fin du premier confinement, la moitié de la hausse des prix (53.9%) peut être attribuée à une hausse anormale des profits, quand, dans le même temps, le coût du travail n’a contribué que d’environ 8% à l’inflation. Cette situation est tout à fait nouvelle, en effet, la contribution des profits à la hausse des prix était en moyenne de 11% sur la période 1979-2009 et celle des salaires était autour de 60% sur la même période (voir Figure 3). La contribution des consommations intermédiaires à la hausse des prix est, quant à elle, passée de d’environ 27% sur la période 79-2009 à 38% en sortie du premier confinement. C’est donc bien une hausse directe des marges des entreprises qui est principalement responsable de la crise inflationniste.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="e6e6e6" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e6e6e6;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_3.jpg" alt="" class="wp-image-5788 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 3</figcaption></figure>
</div>


<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>C’est donc bien une hausse directe des marges des entreprises qui est principalement responsable de la crise inflationniste. </p></blockquote></figure>



<p>S’il n’est pas étonnant que les capitalistes cherchent, par tous les moyens, à augmenter leurs profits, cette méthode rentière d’augmentation pure et simple du prix des marchandises est pourtant inhabituelle dans le système capitaliste. En effet, la compétition féroce entre capitalistes pour vendre leurs marchandises a tendance à limiter les hausses de prix n’ayant d’autre but que d’augmenter les marges. En effet, le capitaliste trop gourmand risque de ne plus vendre quoi que ce soit s’il propose des biens plus chers que ses concurrents à qualité identique. Ce mécanisme de régulation par la compétition ne semble plus fonctionner aujourd’hui. Cette panne s’explique notamment par&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li><strong>La concentration du capital</strong> : le mouvement de libéralisation des marchés de la phase néo-libérale s’est accompagné d’une concentration croissante des entreprises. Ce mouvement a été encore accéléré à la suite de la crise de 2008. Les grandes banques centrales ont commencé à injecter des quantités considérables de monnaie dans les circuits financiers (politique de <em>quantitative easing</em>) et à baisser drastiquement les taux d’intérêts ce qui a permis à de nombreuses entreprises de réaliser des opérations d’acquisition de concurrents. Cette multiplication d’opérations de rachats a provoqué une concentration record des capitaux, synonyme de faible pression concurrentielle. Or, cette concentration permet à ces corporations d’imposer plus facilement leurs prix sans perdre de parts de marché. Ainsi, la Banque des règlements internationaux soulignait dans un récent rapport que la capacité de formation des prix par les entreprises avait atteint des plus hauts historiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_19_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_3" class="footnote_tooltip">Bulletin de la Banque des règlements internationaux N°53, Mai 2022, en ligne : <a href="https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_19_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</li>



<li><strong>L’érosion des gains de productivité du travail&nbsp;</strong>: comme indiqué en Figure 4, la croissance de la productivité du travail, historiquement faible depuis le début des années 60, s’effondre depuis le début de l’année 2021. Cet effondrement de la productivité du travail entraîne à son tour une hausse de la part des salaires par unité produite et donc une réduction des marges à prix constants. Alors, pour maintenir voire pour augmenter leurs marges, les capitalistes n’ont qu’une solution&nbsp;: augmenter les prix.</li>
</ol>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f5f5f5" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f5f5f5;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_4.jpg" alt="" class="wp-image-5790 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 4 </figcaption></figure>
</div>


<p>Le capitalisme actuel est donc dans une situation où la baisse de la productivité du travail ne permet pas de maintenir les taux de profits autrement qu’en augmentant directement les prix, et, où la concentration des capitaux est suffisamment élevée pour permettre aux grandes corporations d’imposer leur prix au marché. En d’autre termes, le problème de l’érosion des profits est, en ce moment, contourné par une méthode rentière, celle de l’augmentation directe du prix des marchandises. Cette augmentation des prix agit comme une une taxe sur le prix des marchandises permettant de rémunérer directement le capital, c’est le retour de la taille.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Faire payer notre classe</strong></h2>



<p>Face à cette boucle profit-prix, les gouvernements ont deux solutions possibles.&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>La première</strong> consisterait à laisser filer l’inflation permettant de maintenir le taux de profit et d’investir, par exemple, dans la transition énergétique. Mais, ce scénario optimiste ne tient pas compte du fait qu’investir dans l’économie productive ne permet pas d’obtenir des profits intéressants car aucun de ces investissements ne permet une quelconque hausse de la productivité du travail. Or, sans cette hausse de productivité, la situation restera inchangée et la boucle profit-prix restera l’unique moyen à la main des capitalistes pour maintenir leurs marges. Mais, une hausse continue des prix sur le dos des travailleurSEs rendrait très certainement la situation sociale explosive.</li>



<li><strong>La seconde</strong> solution qui est de loin la plus probable consiste à augmenter les taux d’intérêt dans l’espoir de créer un ralentissement économique. Seulement, une forte hausse des taux d’intérêts a toutes les chances de provoquer une grave crise économique. En effet, depuis la crise de 2008, le nombre d’entreprises zombies<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_19('footnote_plugin_reference_5723_19_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_19_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_4" class="footnote_tooltip">Ces entreprises se caractérisent par le fait que les revenus qu’elles génèrent ne couvrent, dans le meilleur des cas, que le montant des intérêts qu’elles doivent rembourser</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_19_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_19_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et la part de l’investissement qu’elles représentent (voir Figure 5) n’a cessé d’augmenter jusqu’à représenter presque 20% des entreprises aux États-Unis. Or, ces entreprises zombies ont une probabilité très élevée de faire faillite dans l’année suivant une hausse brutale des taux d’intérêts. Par ailleurs, les entreprises zombies ne sont pas les seules à être menacées par une hausse des taux d’intérêts. Les politiques de taux bas voire négatifs adoptées par les grandes banques centrales ont créé une nouvelle catégorie d’entreprises vulnérables : les <em>fallen angels</em>&nbsp;. Ces entreprises, saines au départ, ont profité des faibles taux d’intérêts pour réaliser des opérations d’acquisition de concurrents financées par un recours massif à de l’endettement. Ces entreprises se sont donc fragilisées face à une hausse à court terme des taux d’intérêts. La banque des règlements internationaux estime que le montant des crédits accordés à de potentiels <em>fallen angels</em> a crû de 307 trilliards de dollars sur la période 2009-2019. Ainsi,<strong> une hausse brutale des taux d’intérêts pourrait provoquer des cascades de faillites,</strong> des millions de licenciements et donc, là encore, une situation sociale explosive.</li>
</ul>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f1f1f1" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f1f1f1;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_5.jpg" alt="" class="wp-image-5791 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 5</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Vers une révolte mondiale ?</strong></h2>



<p>Il semble donc que le capitalisme mondial se dirige vers un nouvel épisode de crise qui pourrait être d’une ampleur bien plus grande que celles qui ont secoué le XXI<sup>e</sup> siècle. En effet, ces dernières étaient circonscrites à des secteurs particuliers de l’économie : le secteur des nouvelles technologies dans les années 2000 , le secteur financier en 2008, ou encore les dettes souveraines dans les années 2010. Les effets de ces crises ont pu être contenus en utilisant de nouveaux outils qui ont, à leur tour, provoqué de nouvelles crises. L’ingénierie financière a été développée pour permettre de redresser les marchés financiers dans les années 2000. Ce même secteur est entré en crise en 2008 et a été sauvé de l’effondrement par l’intervention directe des États. Cette intervention a alors transformé la crise du système bancaire en crise des dettes souveraines européennes. Puis, l’intervention de la banque centrale européenne au travers de sa politique de <em>quantitative easing</em> a permis, une fois encore, de contenir en partie les effets de ces crises successives. Par ailleurs, dans le même temps, l’économie mondiale était tirée par le maintien d’investissement et d’une croissance très dynamiques en Chine. Mais, la crise inflationniste actuelle touche l’ensemble des économies, la croissance ralentit partout dans le monde, et aucun gouvernement ni aucune banque centrale ne semblent avoir de solutions pour éviter une récession mondiale.&nbsp;</p>



<p>Si les perspectives économiques sont sombres, la situation est, dans le même temps, pleine de promesses pour les révolutionnaires.<strong> En ce moment, partout autour du monde, des travailleurSEs se mettent en mouvement contre la flambée des prix</strong>. C’est particulièrement le cas en Asie. Au Sri-Lanka, les révoltes ont fait fuir le gouvernement du pays. Au Bangladesh, les travailleurSEs du thé ont cessé le travail par centaines de milliers et ont refusé de reprendre leur poste après que les syndicats ont appelé à interrompre la grève. En Inde, le mouvement des paysans reprend, accompagné par les étudiantEs. Au Pakistan, ce sont les travailleurSEs du textile qui sont entréEs en grève pour des augmentations de salaire. En Europe, c’est l’Angleterre qui est en pointe des mobilisations. Les grèves se multiplient : la poste, le train, le métro, les dockers. La perspective d’une grève générale prend corps. En France, le gouvernement Macron a décidé de faire porter tout le poids de l’inflation sur les salariéEs et dans le même temps prépare de nouvelles réformes de l’assurance chômage et des retraites. Tout ce qui a été construit lors de la bataille contre la réforme des retraites et autour «&nbsp;d’occupons l’Odéon&nbsp;» va pouvoir être remobilisé pour élargir encore le camp de la contestation. </p>



<p>Si l’été fût caniculaire, l’automne sera sans doute bien plus chaud&nbsp;!</p>



<p><strong>Anouk Brunet et Paul Vadori </strong></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5723_19();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5723_19();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_5723_19">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_5723_19" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_19_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_19('footnote_plugin_tooltip_5723_19_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">J. Choonara, «&nbsp;Gathering Storm&nbsp;», International Socialism 175, June 2022. <a href="http://isj.org.uk/the-gathering-storm/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">http://isj.org.uk/the-gathering-storm/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_19_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_19('footnote_plugin_tooltip_5723_19_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Évolution des salaires de base dans le secteur privé : résultats provisoires du 2e trimestre 2022, août 2022, Dares Indicateurs N°38, <a href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_19_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_19('footnote_plugin_tooltip_5723_19_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Bulletin de la Banque des règlements internationaux N°53, Mai 2022, en ligne : <a href="https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_19_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_19('footnote_plugin_tooltip_5723_19_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ces entreprises se caractérisent par le fait que les revenus qu’elles génèrent ne couvrent, dans le meilleur des cas, que le montant des intérêts qu’elles doivent rembourser</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_5723_19() { jQuery('#footnote_references_container_5723_19').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5723_19').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_5723_19() { jQuery('#footnote_references_container_5723_19').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5723_19').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_5723_19() { if (jQuery('#footnote_references_container_5723_19').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_5723_19(); } else { footnote_collapse_reference_container_5723_19(); } } function footnote_moveToReference_5723_19(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5723_19(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_5723_19(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5723_19(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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