Attaque du Venezuela : pourquoi Trump décide-t-il de faire de l’Amérique son pré carré ?

L’attaque impérialiste du Venezuela vise à faire de l’Amérique latine le pré carré des USA. Elle repose sur des motivations capitalistes, Trump lui-même ne s’en cache pas, déclarant quelques heures après l’enlèvement de Maduro : « Nos très grandes compagnies pétrolières des États-Unis […] vont dépenser des milliards de dollars, réparer des infrastructures en sale état […] et commencer à gagner de l’argent pour notre pays.”. Cette intention de l’impérialisme américain n’est pas nouvelle : comme le rappelle Jad dans l’introduction d’une réunion dimanche, elle remonte à la doctrine Monroe, proclamée en 1828, qui affirmait que l’Amérique latine faisait partie de la sphère d’influence des USA et en interdisait l’accès aux puissances impérialistes européennes.

Mais cela montre qu’il faut prendre très au sérieux la stratégie de Trump, qui a déclaré : « Nous voulons un hémisphère préservé des incursions étrangères hostiles et de la mainmise sur nos actifs clés, et qui soutienne les chaînes d’approvisionnement essentielles… Nous voulons garantir notre accès continu aux sites stratégiques clés.». La capture de Maduro vise à intimider tous les gouvernements latino-américains, et les prochaines cibles de Trump sont énoncées : Colombie, Mexique, Cuba, Groenland, Iran, etc.

Dans le monde de 2026, et comme le rappelle Wass dans son intervention à Marseille samedi lors du rassemblement contre l’attaque états-uniennes du Venezuela, le rival principal des USA est devenu la Chine, qui a noué dans cette zone des liens économiques étroits avec plusieurs pays d’Amérique latine. Le recours de Trump à la coercition brutale est une réponse au déclin de l’hégémonie américaine. Il faut se rappeler qu’historiquement, la dernière crise d’hégémonie et de changement de domination de cette ampleur, concernait la fin de l’hégémonie britannique, qui a conduit à la Première et la Seconde Guerre mondiale.

Différentes zones du monde deviennent le terrain d’affrontement des grandes puissances. Cela promet une descente encore plus profonde dans le chaos. La seule réponse peut venir d’en bas, du développement des mouvements anti-impérialistes de masse comme l’énorme mouvement pour la Palestine. Comprendre ce qui se joue nous fournit une boussole pour réagir : la question principale est de construire un mouvement anti-impérialiste global, en capacité de relier l’opposition au génocide à Gaza à celle de la mainmise sur le Venezuela. Notre position sur la nature des régimes des pays attaqués ne peut être un préalable, même si les débats doivent avoir lieu. L’ennemi principal se trouve chez nous : la réponse apportée par tous les États impérialistes – la France comprise – est de vouloir renforcer leurs moyens militaires pour maintenir voire étendre leurs zones d’influences – et nous devons nous opposer à cette marche vers la guerre.

Cette trajectoire du Capital éclaire l’offensive de la classe dirigeante pour accroître le nationalisme, et le racisme : il faut souder les populations pour les guerres qui se préparent. Elle fait aussi du projet fasciste une option pour les classes dirigeantes qui cherchent à maintenir leur domination. C’est pourquoi il nous semble si important de renforcer les actions de solidarité internationale en lien avec le mouvement antiraciste et antifasciste. Nous tirerons le bilan politique du 18 décembre et de la « Journée sans nous », des suites qui se construisent, dans une newsletter à venir.

Parce que l’espoir est dans les millions de personnes qui ont manifesté contre le génocide à Gaza, dans les résistances des peuples d’Amérique latine, comme dans le mouvement contre les rafles d’immigré·es opérée par iCE aux USA ou les mobilisations antiracistes et antifascistes en France :

En 2026, plus que jamais, face à la barbarie capitaliste : make revolution great again !

Des ressources pour comprendre et agir

quelques textes articles sur différents thèmes pour nourrir réflexions et débats :

Sur les dynamiques de l’impérialisme :
Pour commencer, la brochure d’A2C sur l’impérialisme

Un article court – en français – de Alex Callinicos sur les rapports entre USA et Chine en 2010 pour comprendre les tensions actuelles

Un article – en français – de John Rees (actuellement porte-parole de Stop the War en Grande-Bretagne). À partir de la nature de la guerre, pourquoi le réformisme mène au soutien de l’impérialisme et quelle politique des révolutionnaires contre la guerre

Sur les dynamiques populaires en Amérique latine :
Un article de Dani. Lima sur la « révolution » chilienne. Ou comment l’impasse du réformisme, la démoralisation, mène à un basculement vers la droite, de la révolution à la contre-révolution. De Allende à Pinochet en l’occurrence.

Ni sauveurs ni substituts : un article court – en français – de Chris Harman, sur Chavez (Venezuela) et Morales (Equateur)

Révolution cubaine, révolution permanente ? : un article de Ross Harrold sur la nature de la révolution cubaine

Un article – en français – de Chris Harman, au début des années 2000 à propos des débats et expériences qui se développent dans ce qu’on caractérise alors comme le mouvement anticapitaliste (qui sera nommé généralement altermondialiste), avec les luttes (contre-sommets etc. dans pays occidentaux) et les soulèvements en Amérique Latine (il revient notamment sur mouvements en Equateur, Argentine et Bolivie)