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NousToutes35 : faire face massivement aux violences patriarcales en portant un féminisme pro-choix, c’est possible !

Crédit photo : Marion J - Photographe Rennes
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Chaque année, le 25 novembre est la journée internationale de mobilisation pour l'élimination des violences faites aux femmes : féminicides, violences sexuelles et sexistes, humiliations… Nous Toutes est un cadre large lancé à Paris et qui s’est donné comme objectif d’organiser la marche de novembre 2018, à l’échelle du pays, dans le contexte de la libération de la parole de millions de femmes à travers le monde, notamment par le biais du hashtag #MeToo.

Rejoindre Nous Toutes 35 : un pari

Né en septembre 2018 à Rennes pour lancer une mobilisation contre les violences patriarcales à Rennes et permettre au maximum de personnes de se rendre à Paris pour cette première marche nommée « Nous Toutes », le cadre a été relancé en septembre 2019. Cette année, avec plusieurs camarades de différents milieux politiques, nous nous sommes posées la question sur la manière de réussir la marche, qui tombait le samedi 23 novembre, et par la même occasion, de relancer le mouvement féministe rennais, alors que la situation politique voit les discours islamophobes se répandre sans filtre dans toutes les sphères de la société, autant à gauche qu’à droite. 

Nous avons choisi de nous y impliquer, pariant sur le fait que c’était le cadre large le plus prometteur vers lequel nombre de femmes éloignées du milieu militant classique allaient se tourner, du fait de la médiatisation du nom de ce collectif, notamment via les réseaux sociaux.

Devenir nombreuses

Ce pari s’est avéré payant car dès le lancement de la première réunion d’organisation du 23/11 nous étions déjà plus d’une trentaine. Un élément a par ailleurs joué en notre faveur : le lancement d’une série de collages contre les féminicides dans différentes villes de France. Cet appel, lancé à Rennes via instagram, a mobilisé une trentaine de futures colleuses dès la première réunion, dont une majeure partie militait jusqu’alors uniquement sur internet. Grâce à cet outil, facile à mettre en œuvre, très percutant et valorisant, nous avons été en 3 mois plus d’une soixantaine à participer à au moins un collage, dont une vingtaine assidues. Nous avons très vite appuyé pour que le lien soit fait entre les messages collés et la marche du 23/11, et une dizaine de colleuses ont rapidement rejoint l’organisation de la manifestation.

Collage contre les féminicides, avec un appel à manifester le 23 novembre à Rennes

Ce contexte nous a donc permis de regrouper dans le cadre des réunions Nous Toutes, à la fois des militantes expérimentées et/ou faisant parties d’organisations, mais aussi des personnes nouvellement impliquées.

Défendre et diffuser un féminisme pro-choix

Lors des réunions, plutôt que de chercher à se donner des qualificatifs pour désigner ce que nous voulions être politiquement, nous avons proposé un certain nombres d’actions et/ou prises de position : organisation d’un rassemblement en soutien aux femmes de chambre de l’hôtel Ibis des Batignoles (qui en sont actuellement à plus de 140 jours de grève), lien avec des réunions de femmes sans papiers, rédaction d’un texte « La lutte contre l’islamophobie est une lutte féministe », tractages devant les écoles primaires, les mosquées, à la fac, organisation d’un covoiturage pour aller à la projection du film Soumaya (fiction indépendante à voir !), blocages de plusieurs séances du film « J’accuse » de Polanski. Autant d’occasions pour énoncer en actes ce que nous souhaitions faire de cette date du 23/11 : un espace politique voulant prendre en compte au maximum l’ensemble des femmes dans le commun de notre oppression mais aussi dans nos spécificités, considérant les vécus différents et la nécessité de les rendre visibles ensemble.

Le 23 novembre à Rennes : une manifestation féministe historique

De l’avis de plusieurs militantes rennaises de longue date, issues d’organisations politiques et syndicales, cette manifestation – qui a réunit 4 000 personnes – a été la plus belle et la plus réussie des manifestations féministes qu’elles aient vécu dans cette ville. Et pour cause, en plus du nombre de participant·es, qui est évidemment un des principaux critères à prendre en compte, la teneur politique de cette manifestation a révélé une construction sérieuse et de terrain d’une rare qualité. Cette qualité s’est illustrée par le fait d’être volontaristes tout en permettant le débat, intégrant à la dynamique des militantes d’âge différents, des étudiantes, des travailleuses précaires (à temps partiels, aides soignantes, jeunes auto-entrepreneuses…), des femmes sans travail salarié – avec ou sans papiers, rodées aux réseaux sociaux, syndicalistes, mais surtout, une majorité de femmes qui n’avaient jamais mis les pieds dans le militantisme. Les prises de parole étaient à l’image de ce que nous voulions rendre visible et appuyer. Femmes exilées – avec ou sans papiers pour commencer, femmes musulmanes pour finir, et entre les deux femmes kurdes, témoignages de femmes détenues, victimes d’incestes, victimes de violences conjugales, rôle de la police et de la justice dans la perpétuation des violences.

Perspectives

A la fin de cette manifestation, nous avons appelé à participer à la manifestation du 5 décembre, étant donné que les pensions de retraite sont déjà plus faibles que celles des hommes du fait de carrières en pointillés pour congès parental, de salaires moindres, d’arrêts de travail pour différentes raisons… Nous avons aussi appelé à participer à la marche Justice pour Babacar, le 7 décembre, porté par sa sœur Awa Gueye, et soutenue par des collectifs de personnes sans papiers.

L’objectif est aujourd’hui de construire une structure stable et la plus large possible pour permettre à un maximum de femmes qui subissent la sur-exploitation, le racisme, les violences sexistes et sexuelles… de s’organiser et de se mettre en action pour un mouvement féministe populaire en vue du 8 mars!

Kim et Solenn