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Que faire face à l’État autoritaire ? Dans quel État j’erre ?

Un certain nombre de nos débats buttent, à un moment ou un autre, sur la question de l’État (analyses du fascisme, de l’impérialisme, positionnement vis-à-vis des élections, de la violence, des institutions nationales et européennes, questions de stratégie, de la société future …). J’esquisserai ici ce qui pourrait en être une première approche théorique afin de poser un cadre de réflexions qui devra nécessairement s’étoffer et s’enrichir de nos débats et pratiques.

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Théories marxistes de l’État :

Il est de coutume de dire qu’il n’y a pas de théorie de l’État chez Marx (et Engels), au sens de théorie systématique, unifiée, achevée, de l’État. Pourtant la question de l’État est omniprésente dans leurs écrits tant théoriques et philosophiques que politiques et historiques.

Faire « descendre l’Etat sur terre » :

L’Etat n’est pas une institution, ou un système d’institutions, «suspendu en l’air » (Le dix-huit brumaire) au dessus de la société et des classes sociales. Il est à la fois le produit et un enjeu de la lutte des classes en tant qu’organisation pratique de la domination politique de la classe possédante, qu’organisation de la violence de classe.  C’est une cristallisation des rapports sociaux qui s’incarne dans une série d’institutions.

« Les rapports juridiques — ainsi que les formes de l’État— ne peuvent être compris ni par eux-mêmes, ni par la prétendue évolution générale de l’esprit humain, mais (…) ils prennent au contraire leurs racines dans les conditions d’existence matérielles  » (Préface de la Contribution à la critique de l’économie politique)

C’est donc une transcendance immanente aux rapports sociaux : c’est dans le concret des rapports d’exploitation et de domination  que se détermine

  • la nécessité de l’État comme organe de la violence politique de la classe dominante pour asseoir sa domination
  • les formes particulières de l’État à chaque moment de l’évolution de la société de classes.

ce qui induit une première conséquence programmatique / stratégique qui précise le cadre dans lequel se pose pour nous la question de l’État : si le socialisme se réalise nécessairement « par en bas »  ( ce qui signifie qu’il ne peux y avoir d’instauration du socialisme par décret, que la révolution est processus social, irréductible à la prise du pouvoir politique, que ce soit par l’insurrection ou par les urnes), il trouve fatalement face à lui la résistance acharnée de la bourgeoisie organisée dans et par l’État capitaliste et est donc amené à se poser la question : Que faire face à l’État ? Que faire de l’État ? – étant entendu que la fonction de l’Etat, assurer les conditions pratiques de la domination d’une classe, interdit d’un faire un instrument « neutre » qui, mis entre de bonnes mains, pourrait se muer en instrument de l’émancipation.

(Comme le souligne Lénine (l’État et la révolution) Le débat entre Marx et les anars n’est pas théorique ni programmatique, nature de l’État et le communisme comme société sans État, mais stratégique, nécessité ou non que le prolétariat, s’érigeant en classe dominante au cours d’un processus révolutionnaire, doive utiliser la violence coercitive organisée « pour réprimer les exploiteurs », c’est à dire un État, même si il n’est déjà plus « un État au sens propre » – Engels sur la Commune) .

Les spécificités de l’État capitaliste/bourgeois

Si l’État en tant qu’instance séparée de la société et qui la domine est une spécificité des sociétés de classes (voir : P. Clastres, La société contre l’Etat), l’État capitaliste assurant la domination de la bourgeoisie en est une forme déterminée qu’il convient d’étudier finement, vu que c’est notre ennemi immédiat.

Gramsci, par exemple, nous offre une vision « élargie » de l’État « dans les sociétés capitalistes occidentales » à travers la notion « d’État intégral », en lien avec son concept « d’hégémonie ». « Gramsci considère l’État comme l’ensemble des activités par lesquelles la classe dirigeante non seulement justifie et maintien sa domination, mais parvient à gagner le consentement actif de ceux qu’elle dirige. (…) l’État inclut l’ensemble des institutions politiques et bureaucratiques, ce que Gramsci appelle « la société politique » (détentrice de la violence légitime et du pouvoir de coercition) et les appareils de la société civile qui œuvrent à produire le consentement de l’ensemble de la société, y compris les groupes subalternes » (Gianfranco Rebucini : État intégral, bloc historique et homonationalisme en France, in Pour un féminisme de la totalité). Pour Gramsci, « État = société politique + société civile, c’est à dire une hégémonie coriacée de coercition » (cahiers de prison).

Cette vision élargie de l’État peut nous aider à comprendre en quoi l’État capitaliste est nécessairement raciste. L’État n’existe que par une séparation nette entre citoyens et non citoyens, c’est en ça que l’État capitaliste est national. Il est le cadre par et dans lequel se construit, au niveau adéquat pour l’accumulation capitaliste à un moment donné, le « consentement », c’est-à-dire l’identification mystique de l’exploité et de l’exploiteur, égalisés du fait qu’ils peuvent régulièrement mettre un bulletin dans l’urne (et que c’est le même fonctionnaire des impôts qui traitera leur déclaration). Cette identification mystique nécessite de se créer un dehors, et souvent un ennemi intérieur. La construction de cadres d’identification mystique, et par ce fait « blanchir », « griser », « noircir » des populations, est un rôle essentiel de l’État capitaliste, (voir Marx sur la question irlandaise), ce en quoi il est fondamentalement, structurellement, fonctionnellement raciste. (voir Richard Seymour L’hégémonie de la race : de Gramsci à Lacan. )

Pour Ellen M. Wood, dans le capitalisme, la domination directe du capital (dans le procès de travail) est séparée de sa domination politique. C’est une caractéristique des sociétés capitalistes par rapport à d’autres sociétés dans lesquelles les dominations économiques et dominations politiques sont réunies (le seigneur féodal par exemple). Ainsi « l’État capitaliste se distingue de toutes les formes antérieures de domination politique par sa séparation relative de l’économie capitaliste. L’État capitaliste constitue (…) une sphère publique de « pouvoir impersonnel », tandis que l’exploitation est privatisée au sein d’unités individuelles de production ». (Charles Post : La séparation de l’ « économique » et du « politique » : penser l’État capitaliste)

Les théories actuelles développées dans le « mouvement autonome » (Appelistes, Théorie Communiste, …) insistent sur la consubstantialité du Politique et de l’Économique, de l’Etat et du Marché, c’est à dire qu’aucun des deux termes ne peut exister sans l’autre, ce sont « deux faces d’une même pièce » (voir : Misère de la Politique, l’Autonomie contre la farce électorale). L’idée est déjà présente chez Marx et dans la tradition marxiste/marxienne, (analyse du rôle de l’État dans la formation du prolétariat moderne par exemple – voir entre autres : D. Bensaïd, Les dépossédés, K. Marx et les voleurs de bois). On pourra en retenir notamment:

  • Que l’État et le Marché ont pareillement besoin « d’individus » : d’acteurs économiques / citoyens pris isolément, coupés de toutes déterminations sociales (atomisés) et supposés égaux, libres et rationnels, qui déterminent la « forme de vie » misérable du capitalisme. Dans l’isoloir comme face à une annonce de Pôle Emploi (ou de logement) on est toutes et tous censé.e.s être un homme Blanc, hétérosexuel, guidé par la recherche de l’intérêt personnel immédiat.
  • Une analyse élargie de la bureaucratie comme nécessité de l’économie et de la politique d’une société de classes car puisant sa source dans la division du travail, la séparation entre producteurs et concepteurs, entre gouvernants et gouvernés. Et donc le caractère de classe de la bureaucratie. Que l’on pourra largement utiliser pour comprendre le développement de la bureaucratie d’entreprise, du management, des activités d’encadrement de la production… Et par exemple comment à la RATP (ou à la SNCF, ou à la Poste) pendant que disparaissaient les guichets, était crée un aréopage de cadres (à chaque Directions il faut bien son RH, son DAF, …)
  • La réaffirmation de l’obligation d’en finir avec l’État pour en finir avec les sociétés de classes (contre l’illusion que le capitalisme pourrait être « civilisé » par l’État)

De même, Chris Harman affirme que « l’Etat et le capital sont entremêlés, ils se nourrissent l’un l’autre » (L’État et le capitalisme aujourd’hui). Ce qui indique une forme de dépendance de chacun des deux termes à l’autre.

Pour autant, État et Capital ne se confondent pas, et s’ils dépendent l’un de l’autre, chacun garde une part d’autonomie.

En effet, pour assumer sa fonction dans le procès général de valorisation du Capital, garantir les conditions politiques d’une reproduction sans cesse élargie de celui-ci, l’État capitaliste se doit de préserver une marge de manœuvre autonome des exigences de la classe dominante :

  • Déjà car ces exigences sont diverses et souvent contradictoires. « Les classes dominantes ne sont pas homogènes, elles ne l’ont jamais été, et ne peuvent pas l’être. La division du travail est l’essence du capitalisme, elle affecte tous les secteurs de la société, y inclus les classes dominantes. Celles-ci se divisent en d’autres termes en fractions du capital : le capital industriel, le capital financier, le capital commercial, l’armée, le personnel politique, les intellectuels dominants… Les intérêts de ces fractions ne coïncident pas nécessairement. Afin d’asseoir leur domination (…), elles doivent par conséquent pouvoir compter sur un instrument suffisamment souple qui, le plus souvent sous l’hégémonie de l’une d’elles (par exemple, à l’époque néolibérale, le capital financier), coordonne leurs intérêts. Cet instrument n’est autre que l’État. Celui-ci œuvre en faveur de la domination de la bourgeoisie, tout en étant indépendant des intérêts de telle ou telle fraction du capital. » (Razmig Keucheyan : Lénine, Foucault, Poulantzas)
  • Qui plus est, la Bourgeoisie est intrinsèquement incapable de se projeter au-delà de son intérêt immédiat, compromettant ainsi ses intérêts de long termes (et mettant, par la même occasion, en péril l’avenir de la planète et de l’humanité).

L’autonomie de l’État n’est donc pas que formelle (les idéologies bourgeoises / réformistes qui font de l’État une institution au-dessus des classes, réalisant le compromis de classes dans l’intérêt général),  mais nécessaire à la reproduction d’ensemble du système en tant qu’élément de stabilité face à l’instabilité chaotique du procès de valorisation du Capital.  

Ce qui fait que « L’État n’est pas un bloc monolithique, mais un champ stratégique » (N. Poulantzas) « Cela ne signifie cependant pas qu’il soit neutre : il favorise structurellement les intérêts des classes dominantes. Seules les stratégies de ces dernières parviennent à s’inscrire directement en lui. » (Yohann Douet : Poulantzas retrouvé)

Cette dynamique autonome de l’État, liée à la dynamique, elle-même autonome, du Capital, détermine les évolutions actuelles de l’État capitaliste vers l’État autoritaire, l’autoritarisme.

Évolutions actuelles de l’État capitaliste/bourgeois

Les différents « rapports de forces entre classes et entre fractions de classes » qui se « condensent » dans l’État, font évoluer les formes de celui-ci en fonction de sa dynamique propre et de celle du Capital.

Régime néolibéral

La phase actuelle, que l’on qualifiera de néolibérale, se caractérise par l’hégémonie du capital financier quand la phase précédente était caractérisée par l’hégémonie du capital industriel, et particulièrement du complexe militaro-industriel. En effet, du fait « de l’immense destruction des forces productives depuis les années 1930 et aggravée par la guerre, en 1945 le capitalisme a un horizon d’accumulation du capital industriel qui semble tellement illimité qu’effectivement il devient possible de donner la priorité à l’accumulation productive » (Claude Sarfati : Qui s’intéresse encore à l’impérialisme français ?)

Claude Serfati rappelle que la tendance à la domination du Capital financier (« en tant que capital fondé sur le droit de propriété et sur le droit à capturer de la valeur ») est « inhérente » au capitalisme, « compulsive ».  Elle correspond à l’utopie des capitalistes de pouvoir faire de l’argent avec de l’agent, de se passer du travail et des travailleurs dans la création de valeur. De s’émanciper du monde crasseux de l’usine pour baigner dans la douce insouciance de la Start up.

Les conditions du retour à la domination du Capital financier (une des caractéristiques du stade impérialiste du capitalisme selon Lénine) depuis les années 70/80 sont de deux ordres :

  • Des difficultés de mise en valeur du capital productif
  • La dégradation du rapport de force entre classes

La combinaison de ces deux facteurs aboutit à une hégémonie telle du capital financier qui se traduit par « une moindre distance entre État et Capital » (Neil Davidson : Le néolibéralisme comme agent de l’autodestruction du capitalisme). Razmig Keucheyan  souligne que « l’État est de moins en moins capable d’organiser rationnellement et durablement l’hégémonie des classes dominantes, en partie (…), parce qu’il n’est plus assez autonome par rapport à elles ». (Lénine, Foucault, Poulantzas).

« De garant de l’aide sociale et instigateur de la demande générale, l’État se transforme en coordinateur d’une économie privatisée et en exécuteur de la dérégulation. » (Christos Boukalas : État d’exception ou étatisme autoritaire : Agamben, Poulantzas et la critique de l’antiterrorisme). 

Ainsi, s’il n’y a pas en tant que tel un « État néolibéral », différend dans sa nature et sa fonction des autres formes de l’État capitaliste, il y a bien une forme particulière « d’hégémonie coriacée de coercition », le régime néolibéral, où la coercition (physique et symbolique) prend le pas sur la construction de consentement.

Instabilité politique

La première caractéristique de ce régime est de vider la démocratie bourgeoise de son contenu formel qui se logeait justement dans l’espace déjà limité et contraint de l’autonomie relative d’un État fondamentalement lié au Capital. Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’il a pu ou pourrait exister de capitalisme démocratique (l’arbitraire et la violence sont logés au cœur même du mode de production capitaliste sous la forme de ce que Marx nommait le « despotisme d’usine », ou plus largement de la subordination des travailleurs aux propriétaires capitalistes (Ugo Palheta : Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation), mais de comprendre pour mieux la combattre la trajectoire politique actuelle de la bourgeoisie et de ses États (qui constituent le cadre premier de l’affrontement social et politique et l’espace où se structurent tant les luttes concrètes que le champ politique partisan).

Il faut donc comprendre le néolibéralisme « comme un projet de classe (…), qui a ainsi des visées conjointes : la destruction de l’ensemble des droits sociaux et la réduction drastique – notamment par la construction d’institutions politiques aussi éloignées que possible de toute intervention des populations – des libertés politiques obtenues de haute lutte par le mouvement ouvrier au XXe siècle, mais aussi l’écrasement du moindre espace d’autonomie conquis par les salariés sur leurs lieux de travail, marquant le refus du despotisme patronal. » (Ugo Palheta Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation)

Le néolibéralisme vise donc et aboutit à  une concentration drastique de la richesse sociale qui s’effectue notamment via la « stagnation des salaires et des retraites, le dépouillement de la protection juridique des employés, la taxation régressive et la restriction de la protection sociale » (Christos Boukalas : État d’exception ou étatisme autoritaire : Agamben, Poulantzas et la critique de l’antiterrorisme).

Par ailleurs, comme le note A. Badiou (conférence pour le séminaire « Conséquences » : Qu’est ce qu’une Politique à Distance de l’État ? 7 juin 2017), une des contradictions de l’hégémonie du capital financier est l’incapacité pour le Capital à valoriser la force de travail dans son ensemble, créant ainsi une masse énorme de démunis, « 2 à 3 millions de personnes qui ne comptent pas » (exclus de la production et de la consommation capitalistes), les « surnuméraires ».

On comprend ainsi comment l’hégémonie du capital financier et ses conséquences (attaques contre les intérêts matériels des populations, perte de légitimité de l’État, effets sclérosant du caractère oligarchique de la propriété, exclusion massive des formes classiques de la valorisation de la force de travail) créent une instabilité politique qui détermine le lien organique entre néolibéralisme et État autoritaire.

L’Etat autoritaire :

Dans les Cahiers de prison, Gramsci soutient qu’en période de crise, les institutions les moins démocratiques – armée, finance, bureaucratie, église – viennent occuper le devant de la scène, au détriment des instances démocratiques, notamment le parlement.

Ainsi l’État Autoritaire est un État de crise et doit se comprendre comme « une tendance endogène des démocraties représentatives. Il n’a rien d’exceptionnel, il est le destin commun de tous les régimes démocratiques depuis les années 1970, c’est-à-dire depuis que la crise du capitalisme est apparue. Plus précisément (…) des éléments normaux et des éléments exceptionnels coexistent désormais dans la structure des États démocratiques ». (Razmig Keucheyan : Lénine, Foucault, Poulantzas).

En ce sens L’État autoritaire se distingue des régimes d’exception (par exemple, le fascisme ou les dictatures militaires) qui ont des fondements distincts des régimes démocratiques et incarnent une rupture avec la légalité bourgeoise (tout en restant des formes particulière d’État capitaliste, dont la fonction sera toujours d’assurer les meilleures conditions possibles à l’accumulation du Capital).

Ugo Palheta parle d’un démantèlement par les bourgeoisies de la « démocratie bourgeoise » (avec toutes les limites qu’il faut mettre à cette expression, un certain nombre « d’acquis » de cette démocratie ayant été conquis de hautes luttes par les subalternes) et précise « le cas chinois pourrait même être un signe de l’avenir » ; non pas tant le règne du parti unique, mais le contrôle policier et préventif des populations ainsi que la limitation drastique des libertés politiques et syndicales, d’organisation et d’expression (donc de manifestation). (Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation).

L’État autoritaire se caractérise donc par (voir : Christos Boukalas : État d’exception ou étatisme autoritaire : Agamben, Poulantzas et la critique de l’antiterrorisme)

  • « Une restriction des libertés démocratiques et, de façon plus générale, de la capacité de la population à influencer le pouvoir d’État »
  • « Inflation de l’administration qui s’impose comme le site clef de l’élaboration des politiques et de l’antagonisme social. La bureaucratisation de la politique implique un changement de la légitimité étatique qui repose maintenant sur une base bureaucratique, au détriment de notions « d’intérêt général »
  • « La prévention devient ainsi une stratégie du maintien de l’ordre. En outre, un arsenal juridique, martial et administratif se met en place afin d’empêcher les luttes populaires. La cible du contrôle bascule de l’acte criminel à la situation criminogène, du cas pathologique aux environnements pathogéniques. Cette évolution laisse non seulement l’État de droit en lambeaux mais entérine aussi la fin de la logique et fonction spécifique du système juridique. Le droit devient un simple instrument utilisé par l’administration dans la poursuite de ces objectifs politiques. »
  • « Une importance croissante de la police au sein des mécanismes étatiques ainsi que sa politisation accrue : elle cible la mobilisation politique populaire, elle est contrôlée par les sommets de l’exécutif et elle définit les rapports État/population »

Le « pur capitalisme » (M. Husson) où « le capital dominant fait quasiment de l’État son affaire privée. » (Christos Boukalas) fait apparaître l’État « à nu », comme pure coercition, incapable de produire le consentement actif des subalternes.

État, Mondialisation, Impérialisme

Une des tensions majeures de l’époque, nous dit Badiou , réside dans la contradiction entre un marché mondial largement intégré et des figures et des pratiques du maintient de l’ordre réalisées à un niveau national.

Pour Ellen Meiksins Wood « la globalisation a rendu non pas moins, mais plus importante, non pas moins, mais plus accessible, une politique de classe dirigée vers l’État, vers le pouvoir de classe concentré dans l’État. » car l’État devient précisément le support de la compétitivité de son capital national sur le marché mondial. (Le mouvement ouvrier, les classes et l’État dans le capitalisme global).

Ainsi les tentions inter-impérialiste n’ont pas disparues : « s’il n’y a pas de guerres directes qui seraient la continuation par la guerre des rivalités inter-capitalistes, il y a malgré tout des guerres qui sont le produit de l’impérialisme contemporain ».

« Les guerres de ressources, profondément intégrées au capitalisme par les flux financiers Sud-Nord et la façon dont les États dominants ont besoin de ces États faillis dans lesquels se déroulent les guerres » s’intègrent parfaitement à cette analyse.

Une politique impérialiste ne se réduit pas qu’au militaire : « c’est l’expression politique de l’accumulation du capital » (Rosa Luxembourg), donc c’est le pouvoir qu’ont les grands États d’extorquer de la valeur créée dans les autres pays. C’est en ce sens que la France reste un pays impérialiste intégré au  « bloc transatlantique d’États hiérarchisés », et l’UE, comme facteur d’intégration de secteur de l’Etat à un niveau continental, mène une politique impérialiste « dans la mesure où l’impérialisme est l’extorsion de valeur par le capital de certains pays vis-à-vis d’autres et aussi parce que l’intégration d’un agenda de défense au niveau européen a facilité le comportement militariste, principalement de la France et plus secondairement de la Grande-Bretagne » (voir : Claude Sarfati : Qui s’intéresse encore à l’impérialisme français ?)

Sans rentrer ici dans l’intégration de la Chine et de la Russie à ce tableau, on peut néanmoins dire, que maintenant, comme quand l’énonçait Jaurès, le « Capitalisme porte en lui la guerre …. ». Et donc notre tâche n’est rien de moins, pour reprendre l’expression d’A. Badiou, que de faire advenir le premier terme de l’équation léniniste, plutôt que le second : soit la Révolution conjure la guerre, soit la guerre accouche de la révolution.

TPP, le 10 Juin 2017
A venir : Que faire face à l’Etat autoritaire? (2/2) : L’autonomie contre l’Etat.

Articles utilisés :

– Claude Sarfati : Qui s’intéresse encore à l’impérialisme français ?https://revueperiode.net/qui-sinteresse-encore-a-limperialisme-francais-entretien-avec-claude-serfati/
– Ellen Meiksins Wood : Le mouvement ouvrier, les classes et l’État dans le capitalisme global
https://www.contretemps.eu/le-mouvement-ouvrier-les-classes-et-letat-dans-le-capitalisme-global/
– Konstantin Popović : Badiou et la question de l’organisation
https://revueperiode.net/badiou-et-la-question-de-lorganisation/
– Christos Boukalas : État d’exception ou étatisme autoritaire : Agamben, Poulantzas et la critique de l’antiterrorisme
https://revueperiode.net/etat-dexception-ou-etatisme-autoritaire-agamben-poulantzas-et-la-critique-de-lantiterrorisme/
– Ugo Palheta : Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation
https://www.contretemps.eu/autoritarisme-democratie-palheta/#_ftn13
– Razmig Keucheyan : Lénine, Foucault, Poulantzas
https://www.contretemps.eu/bonnes-feuilles-letat-pouvoir-socialisme-nicos-poulantzas/
– Yohann Douet : Poulantzas retrouvé
https://www.contretemps.eu/poulantzas-etat-democratique-socialisme/
– Chris Harman : L’Etat et le capitalisme aujourd’hui
https://www.marxists.org/francais/harman/1991/etatcapital/etatcapital.htm
– Charles Post : La séparation de l’ « économique » et du « politique » : penser l’État capitaliste
https://www.contretemps.eu/post-marxisme-etat-capitaliste/
– Richard Seymour : L’hégémonie de la race : de Gramsci à Lacan.
https://revueperiode.net/lhegemonie-de-la-race-de-gramsci-a-lacan-entretien-avec-richard-seymour/