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Survie par points ? Jamais, avec ou sans papiers !

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Il ne s’agit plus de reculer, de tenter de sauver quelques vestiges d’(in)humanité. Cela ne fait que nous mener toujours un peu plus près du gouffre. Il s’agit de se battre pour notre avenir. A toutes et à tous. On parle bien sûr de ce qui se passe pour les retraites ou l’environnement. Mais aussi des migrantEs.

Parce que le gouffre les migrantEs y tombent tous les jours et que les survivantEs des routes de la migration sont dans des situations de plus en plus désespérées échouéEs dans les recoins de la rue, crevant dans les centres de rétention et surexploitéEs par le cynisme et l’hypocrisie des dominants. Mais de l’issue de leur combat dépend celui de nous toutEs. L’ignorer serait, rapidement, le plus sûr chemin vers notre défaite.

Alors en plein mouvement de grèves on se mobilise, à l’appel des syndicats (CGT, Solidaires, FSU, CNT, CNT-SO) et des collectifs de sans-papiers mais aussi de dizaines de collectif locaux et d’associations pour des manifestations dans toutes les villes le 18 décembre à l’occasion de la Journée internationale des migrantEs.

L’an dernier, de manière inédite, des manifestations et rassemblements avaient eu lieu dans 60 villes du pays. La mobilisation est actuellement en cours de Paris à Rennes, Montpellier, Lyon, Grenoble, Strasbourg…

Le mouvement social doit être une gigantesque opportunité pour que ce 18 décembre soit une baffe dans la volonté du pouvoir de faire de la question de l’immigration et plus généralement du racisme un contre-feu à la révolte. Pour que la riposte en sorte, au contraire, plus forte : parce que c’est de notre classe dont il s’agit.

L’appel national au 18 décembre n’égrène pas l’accumulation des mesures qu’il faudrait repousser et qui ont empiré d’année en année, de lois en décrets, la situation des migrantEs. En disant qu’ « égaux, égales, personne n’est illégal » il proclame que « l’égalité ne se discute pas ».

Accepter qu’«on ne peut accueillir toute la misère du monde», qu’il faut «contrôler l’immigration» c’est-à-dire la limiter (ou l’interdire… c’est la même logique), est ce qui mène au bord du gouffre. Pas uniquement les migrantEs. En accepter l’argument de fond, sous prétexte qu’il s’agit d’étrangers, ne fait pas que développer le nationalisme et le racisme. Il légitime aussi globalement l’idée qu’il n’y a pas assez de moyens pour toutes et tous… notamment pour les retraites, l’hôpital ou l’éducation. Celui-là même propagé, par ceux et celles qui se gavent toujours plus, qu’ils soient ministres et députéEs ou capitalistes milliardaires.

La logique des critères de régularisation qui permet au pouvoir de déterminer qui sont les « bons » immigrés et qui mène tout droit vers les quotas défendus actuellement par le gouvernement est la logique d’une « survie par points ». Non pas un droit inaliénable et indivisible à migrer et à vivre avec des droits égaux à toutes celles et tous ceux qui vivent ici mais un « compte » individuel dépendant du bon vouloir du pouvoir et de la « compatibilité » à être exploité à profit et sans résistance.

Dans le cas des migrantEs cette logique de sélection et de soumission, qui fait des frontières externes et internes une barrière criminelle, est littéralement barbare. Mais le processus qui y fait consentir la majorité diffuse aussi sa logique à toute la société si on ne le conteste pas à la racine.

C’est, sans hasard, le fondement de ce que le pouvoir dit ne pas vouloir négocier dans son attaque sur les retraites avec la retraite par points : en finir avec un droit collectif pour nous trier et nous soumettre individuellement toute notre vie à la course aux profits des capitalistes.

Le révolutionnaire français Saint-Just avait dit, il y a plus de deux siècles que celles et ceux « qui ne font les révolutions qu’à moitié n’ont fait que creuser leur tombeau ».

Nous n’en sommes qu’aux premiers rounds de l’affrontement avec le capitalisme. C’est pourtant maintenant que nous construisons les bases pour la suite. Il ne faut pas faire les choses à moitié. C’est là l’enjeu du 18 décembre. Pour toutes et tous.

Denis Godard – 10 décembre