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Racisme, danger fasciste et "populisme"

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Dimitris Daskalakis
5000 manifestants d’extrême droite à la chasse de migrant·e·s à Chemnitz en Allemagne, c’est une alarme qui doit sonner fort à travers l’Europe. Surtout quand cela se passe en même temps que le ministre de l’intérieur italien Salvini discute la création d’une alliance anti-migratoire paneuropéenne avec l’archi-réactionnaire premier ministre hongrois Victor Orban.
La montée de l’extrême droite est incontestable. Autriche, Italie, France, Suède, Allemagne, … La nature de ces courants varie mais le danger qu’ils représentent reste le même. Si certains sont ouvertement néonazis, la plupart sont des courants d’un nationalisme extrême dont la potentielle évolution doit être prise sérieusement en considération.
Face à cette poussée, médias et monde bourgeois soi-disant bien pensant, s’époumonent contre l’ennemi générique : le populisme. Ainsi le travailliste Corbyn passe dans le même panier que H.C.Strache du FPÖ autrichien. Ceux qui réclament plus des mort·e·s en Méditerranée représentent le même danger que celles et ceux qui s’y opposent juste parce qu’ils défient les institutions européennes. Crédo selon lequel, la radicalisation, qu’elle soit de droite ou de gauche, n’est due que à la méconnaissance et la peur des peuples conservateurs.
Comme si les guerres de nos classes dirigeantes, les campagnes islamophobes, les camps de concentration, les accords honteux, la ghettoïsation des villes et leurs politiques d’austérité n’étaient pas plutôt à la source, mais la conséquence de cette montée réactionnaire.
Fragilisé·e·s par la crise économique de 2008, elles ne se contentent pas à faire payer l’addition à la classe ouvrière. Il faut aussi que cette dernière soit responsable pour leur crise politique et morale. Incapable de saisir les complexités de l’économie et la politique elle ne saurait faire autre chose que d’être l’âme du populisme.
Face à ses amalgames d’en haut il y a aujourd’hui urgence. Car, aussi bienvenue qu’elle soit sa décision, ce n’est ni la justice italienne et son inquiète sur Salvini ni la Commission européenne qui vont freiner la montée de l’extrême droite en Italie et ailleurs. Ces institutions font partie du problème et leur dispute de gestion avec Salvini ainsi que leurs anathèmes sur l’extrême droite ne relèvent que de l’hypocrisie.
Il est aujourd’hui indispensable que la gauche se mette corps et âme pour étayer le mouvement antiraciste.  Le temps pour contempler les rapports des forces hypothétiquement défavorables est passé. Il est temps de donner une voix à tout·e·s celles et ceux qui cherchent à s’y opposer. A commencer par les collectifs des migrant·e·s, des sans-papiers, les communautés racisées et en passant par les syndicats, les quartiers et les lieux de travail.  Mais pour cela il ne faut pas, comme le disait l’impatient Daniel Bensaïd « une gauche reniée, honteuse, light ou déshydratée, mais une gauche de combat, à la hauteur des défis de l’époque. » Les dizaines des milliers qui ont manifesté à Milan, à Berlin et à Chemnitz même nous montrent que le potentiel, la polarisation, est là.
A ce moment alors, l’ouverture des frontières pour tou·te·s ne peut donc plus être reléguée comme une demande utopique. Au contraire, c’est la seule solution réaliste pour que les réfugié·e·s cessent de mourir en les traversant. Si Salvini et Orban préparent leur alliance brune, il n’est pas trop tard pour que le mouvement antiraciste fasse front de Lesbos à Chemnitz.  C’est le défi de l’époque.