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Le mouvement antifa aujourd’hui

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Ce texte est un chapitre du livre L'antifascisme des 99% publié en espagnol par David Karvala, animateur d'Unitat Contra el feixisme i el racisme en Catalogne. Ce chapitre a été posté sur son blog. A2C vous en propose une traduction. Sa portée polémique et les propositions qu'il contient pour faire vivre une stratégie antifasciste capable de stopper la progression électorale et idéologique des fascistes français, RN en tête, en fait une contribution importante pour la nécessaire refondation de l'antifascisme à l'échelle nationale et internationale.

Il y a quatre ans, j’avais écrit un article sur les origines du mouvement antifa, l’Antifaschistische Aktion (AA), dans l’Allemagne de 1932-331Karvala 2015.. J’écrivais en conclusion: “Dans un futur article nous verrons comment des secteurs du mouvement antifasciste actuel répètent beaucoup des erreurs du passé, courant le risque de reproduire la même fin tragique.” Pour beaucoup de raisons, je n’ai jamais écrit ce fameux article. Cela aurait représenté un immense défi d’essayer de résumer et de juger l’activité du mouvement antifasciste international sur plus de trente ans. 

Le livre de Mark Bray, L’antifascisme. Son passé, son présent et son avenir (Antifa: The antifascist handbook), qui présente bon nombre d’actions et d’idées du mouvement simplifie considérablement la tâche. Ce texte est ainsi à moitié la suite promise il y a quatre ans, et à moitié une réflexion sur le livre de Bray. Je l’ai spécifiquement rédigé pour mon livre L’antifascisme des 99%2El antifascismo del 99%, Barcelona: Ediciones de la Tempestad, 2019..

Ce livre de Mark Bray nous a rendu un grand service en collectant des témoignages de plusieurs dizaines de militants et en présentant bon nombre d’actions du mouvement antifa actuel : je dis cela en dépit des nombreuses réserves que j’ai sur son contenu.

À vrai dire, involontairement, Bray a révélé – avec beaucoup plus d’exemples et de détails que je n’aurais pu en collecter – différentes contradictions et limites du mouvement antifa.

Par exemple:

  • Beaucoup de militants antifa se déclarent libertaires, mais leurs méthodes révèlent parfois une attitude plutôt autoritaire.
  • Ils insistent sur la nécessité d’avoir une idéologie anticapitaliste pour pouvoir combattre le fascisme, mais la place centrale accordée à l’action physique de rue dans leur vision – qui n’est pas liée à l’idéologie anticapitaliste – attire souvent des personnes, surtout des hommes, qui sont davantage intéressés par le combat physique que par les idées politiques. 
  • Beaucoup de groupes antifas définissent comme fascistes différentes forces – des partis dominants, la police, le système carcéral, les contrôles migratoires, la LGBTI – phobie, le capitalisme en général … – qui ont beaucoup plus de poids social que les petits groupes néo-nazis, mais l’activité antifa se concentre généralement sur ces petits groupes. 
  • Les groupes antifas se définissent comme des mouvements, et certains groupes antifas sont très hostiles aux partis politiques, alors qu’en réalité ce ne sont pas des mouvements sociaux larges mais plutôt des groupes politiques, possédant leur propre programme. 
  • Ils déclarent vouloir que plus de monde se joigne au combat contre l’extrême-droite, mais dans la pratique ils posent beaucoup d’obstacles sur le chemin de l’élargissement du mouvement (ce qui est en partie la conséquence des points précédents).

Toutes ces contradictions (et d’autres) peuvent être constatées dans la trajectoire de beaucoup de mouvements antifas et apparaissent clairement dans le livre de Bray.

Avant d’aller plus loin, je dois d’abord préciser une chose. Les critiques que je vais faire ne doivent pas être prises comme une attaque contre des personnes qui ont fait la démonstration d’un immense dévouement dans le combat contre l’extrême-droite, dans de nombreux pays et pendant des décennies. Ils ont souvent combattu les groupes néo-nazis lorsque personne d’autre ne le faisait, et ils sont parvenus à les exclure de beaucoup de quartiers. Leur engagement et leurs réussites ne doivent pas être sous-estimées.

L’argument que je développe ici est que face à une extrême-droite en expansion, qui est un phénomène qui ne se réduit pas aux bandes de rue néo-nazis, nous avons besoin d’une stratégie très différente. Ce fait est même reconnu par beaucoup des témoignages collectés par Bray. Le problème est que Bray et ses témoignages ne cherchent de solutions qu’à l’intérieur du cadre antifa déjà existant, alors que (selon moi) les défis auxquels nous faisons face nécessitent de dépasser ce cadre. Ceci étant dit, et nous le verrons de façon claire à la fin de l’article, de tel·le·s militant·e·s, qui possèdent une longue expérience de la lutte antifasciste seront une composante essentielle des nouveaux mouvements dont nous avons besoin. 

Pourquoi suivre le modèle de l’Action antifasciste ?

Mon précédent article3Karvala 2015. présentait les origines du mouvement antifasciste, l’Antifaschistische Aktion (AA), lancé par le parti communiste allemand (KPD) en 1932-33. Il suffit de dire que cette dernière a été lancée en juin 1932, prétendument comme un mouvement unitaire, mais que quelques jours plus tard, la direction du KPD déclarait: “L’Action antifasciste signifie la dénonciation quotidienne et inlassable du rôle de traîtres éhontés … des dirigeants du SPD qui sont les dégoûtants soutiens directs du fascisme”.4Rote Fahne, 1er juillet 1932, cité dans Gluckstein, 1999, p.115, trad. ad hoc. L’AA n’était pas un mouvement unitaire contre le fascisme, mais plutôt un instrument du parti communiste allemand dirigé à la fois contre les nazis et les sociaux-démocrates [et aussi contre la gauche non-stalinienne].

Conférence de l’AA en 1932. A la tribune, « Vive le front rouge uni ».

En tout cas, environ six mois après la création de l’AA, Hitler arrivait au pouvoir, presque sans opposition. Le parti communiste insistait alors sur le fait que rien n’avait changé, que nous vivions déjà sous le fascisme avant Hitler, et que les nazis n’allaient pas modifier significativement la situation. Leur mot d’ordre était “Après Hitler, notre tour”. Lorsqu’ils se rendirent compte de leur erreur, il était trop tard.5Tout cela est exposé en détail dans Karvala, 2015.

Beaucoup de ces problèmes sont reconnus par Bray. Dans sa très brève description du mouvement antifa des origines, il fait le commentaire suivant: “Si la base sociale-démocrate est bienvenue dans l’Action antifasciste, le KPD ordonne toujours à ses agents de “saboter le Front de fer dès que possible”.6Bray 2018, p.67. Le Front de Fer était le mouvement de lutte contre le fascisme du SPD. Ce fut le sectarisme – sans oublier les positions désastreuses du SPD – qui permirent la victoire du nazisme. 

Cela interroge sur les raisons précises qui ont amené cette stratégie à devenir un modèle à reproduire. Mais cette question n’est quasiment jamais posée, ou du moins Bray ne la pose-t-il pas. Il fait une description des échecs de la stratégie antifa mais considère comme allant de soi qu’il s’agit de la stratégie qu’il faille suivre : Bray lui-même défend l’intégralité des positions antifas, qui ont historiquement mené à la défaite. 

En faisant cela, Bray réécrit l’histoire. Par exemple, il écrit que “La première prise de conscience de l’essence du péril fasciste a lieu avec le “soulèvement de février 1934” [à Vienne].7Bray 2018, p.208.

Pourtant, en 1923, la révolutionnaire allemande Clara Zetkin écrivait déjà:

Dans le fascisme, le prolétariat est confronté à un ennemi extraordinairement dangereux. Le fascisme est l’expression concentrée de l’offensive générale entreprise par la bourgeoisie mondiale contre le prolétariat. Pour cette raison, le vaincre est une nécessité absolue … l’intégralité du prolétariat doit se regrouper autour du combat contre le fascisme. Cela sera bien plus aisé pour nous de le vaincre si nous examinons clairement et spécifiquement sa nature. Jusqu’à présent nous avons eu des idées extrêmement vagues sur ce sujet, non seulement parmi les larges masses des travailleurs, mais même au sein de l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat et parmi les communistes.8Zetkin, 1923; les caractères en italiques sont de moi.

Clara Zetkin

Trotsky, inlassablement, essaya de faire valoir cet argument dans la situation critique de l’Allemagne du début des années 1930. Il écrivait dans “ En quoi la politique actuelle du parti communiste allemand est-elle erronée ? (Lettre à un ouvrier communiste allemand, membre du Parti communiste allemand)” :

Si le fascisme arrive au pouvoir, il passera comme un tank effroyable, sur vos crânes et vos échines. Le salut se trouve uniquement dans une lutte sans merci. Seul le rapprochement dans la lutte avec les ouvriers sociaux-démocrates peut apporter la victoire.9Trotsky, 1931.

Trotsky

Le petit groupe trotskyste en Allemagne a lutté pour constituer des mouvements unis à partir de ce principe. Il a obtenu quelques succès locaux, mais le KPD réagit avec hostilité et violence, faisant tout son possible pour faire avorter ces initiatives.10voir Karvala, 2015. Cette expérience a été quasiment oubliée pendant plusieurs décennies.11Cette expérience a été poursuivie dans la forme de l’Anti Nazi League en Grande-Bretagne en 1978. Bray se félicite des succès de l’ANL, mais ne semble pas s’apercevoir qu’il s’agissait alors d’une stratégie très différente de celle des antifas. (Bray 2018, pp. 95-98).

Les raisons pour lesquelles la majorité de la gauche radicale a adopté la désastreuse stratégie de l’AA, ignorant les arguments de Zetkin et surtout de Trotsky, sont à chercher du côté de l’influence durable du stalinisme sur les idées de gauche12Karvala 2012b. La tragédie va même plus loin. Lorsque des militants tentent de rompre avec les erreurs sectaires du modèle antifa, l’alternative est habituellement posée dans les termes de l’autre désastreuse orientation que le stalinisme a opposé au fascisme, les fronts populaires. Et lorsqu’ils en ont assez de la vision monolithique d’uniformité et de soumission à la bourgeoisie “progressiste” qu’impliquent les fronts populaires .. ils reviennent au modèle antifa sectaire.

Le paradoxe est que la vision antifa n’est pas seulement hégémonique dans les groupes communistes orthodoxes mais également dans d’autres secteurs de la gauche radicale, comme les anarchistes, et même dans une majorité de groupes trotskystes. Ce n’est pas le lieu ici d’essayer d’expliquer pourquoi tous ces groupes ont adopté un modèle inauguré par le stalinisme. Je veux ici poser cette question: pourquoi copier une stratégie qui a contribué à la plus grande défaite, presque sans résistance, de l’histoire du mouvement ouvrier international?

Contre-rassemblement d’antifascistes face au rassemblement des Patriot Prayers à Portland le 4 août 2018. Un démocrate supporter de Bernie Sanders portant un drapeau américain s’est fait tabassé par les antifas à cette occasion, au prétexte que le drapeau américain serait un symbole fasciste.

Qui est antifasciste ? 

Au début de son livre, Bray nous prévient que le terme « d’antifasciste » ne s’applique pas à toute personne qui se bat contre le fascisme. Il insiste sur le fait que l’antifascisme doit être compris comme “une méthode politique, le croisement d’une auto-identification individuelle et collective, un mouvement transnational qui s’est adapté aux courants socialiste, communiste et anarchiste… Cette interprétation politique transcende les dynamiques réductionnistes qui réduisent l’antifascisme à une simple négation du fascisme”.13Bray 2018, p.21. Par conséquent, il explique que la portée du livre se limite à “un courant antifasciste important qui se situe à l’intersection d’une politique socialiste unitaire et d’une stratégie d’action directe. Aujourd’hui, cette tendance au sein des antifas (le diminutif que se donnent les antifascistes dans de nombreuses langues) porte souvent le nom d’antifascisme radical en France, d’antifascisme autonome en Allemagne et d’antifascisme militant aux États-Unis, en Angleterre et en Italie”.14Bray 2018, p. 22.

C’est encore plus clair dans une note de bas de page: “Je ne m’attarde ni sur le mouvement “antiraciste” institutionnel, représenté par des organisations comme SOS Racisme, par exemple, ni sur les organisations antifascistes formelles affiliées à des partis politiques comme Unite Against Fascism”.15Bray 2018, note 10 p. 328. La raison pour laquelle il place “antiraciste” entre guillemets n’est pas claire.

Ce problème de terminologie émerge dans de nombreux champs de la lutte sociale. Dans un autre texte, je remarquais que selon certaines définitions “être féministe implique simplement être opposé à l’oppression des femmes, de telle sorte que n’importe quelle personne progressiste conséquente – homme ou femme – puisse être féministe”. Cependant, ce même terme peut avoir une autre définition, plus restrictive, selon laquelle tous les hommes bénéficient de l’oppression de toutes les femmes, qui peuvent même être définies comme une classe: “Dans cette vision, il n’y aurait aucun sens pour un homme de se définir comme féministe: ce serait agir contre ses propres intérêts.”16Karvala 2012a.

Le mouvement anti-guerre était énorme, il mobilisait bien au-delà du pacifisme traditionnel, pourtant certaines personnes le définissait comme un grand “mouvement pacifiste”. Il est arrivé que des militants pacifistes inspirés de Gandhi tentent d’imposer leur idéologie de la non-violence à l’ensemble du mouvement, par exemple en proposant que l’on place sous condition le soutien à la résistance du peuple irakien. En prenant en compte les différentes forces en présence, une définition large (“une manifestation pacifiste d’un million de personnes”) fut préférée; mais lorsqu’il fut question de stratégie, il y eut des tentatives d’utiliser cette définition étroite et d’imposer une idéologie très spécifique à l’ensemble du mouvement. 

Le même phénomène se produit dans le cas présent. En général, les militants utilisent une définition exclusive de qui est et de qui n’est pas antifasciste : souvent simplement par défaut, parfois de façon explicite comme dans le livre de Bray. Dans certaines circonstances – par exemple face à de graves cas de répression – un mot d’ordre comme “Nous sommes tous antifascistes” est utilisé. Des manifestations peuvent même être appelées sur cette base. Mais presque sans exception, les slogans qui accompagnent ces mobilisations ne se préoccupent pas de tout le monde, mais reflètent encore une fois une minorité radicale (distincte).

Le concept des “99%” – opposés aux 1% de la population qui détient le pouvoir dans le monde – a émergé du mouvement Occupy aux États-unis (un mouvement auquel Mark Bray a d’ailleurs participé). Parler de ‘l’antifascisme des 99%” implique évidemment une petite exagération, mais cela donne une idée de l’objectif qui est de créer un mouvement réellement large.

Insister sur le fait que l’antifascisme doit être révolutionnaire et anticapitaliste est également une simple déclaration d’intentions. Il est évident que malgré certaines opérations à court-terme visant à s’ouvrir vers l’extérieur (nous reviendrons sur ce point), la conception traditionnelle restreint la définition du terme “antifasciste” à un très, très petit pourcentage de la population. Dans l’État espagnol, qui compte environ quarante-six millions d’habitants, il faudrait 46 000 révolutionnaires antifascistes pour atteindre 0,1% de la population.17Ndt: en France, avec une population d’environ soixante-six millions d’habitants, cela représenterait 66 000 personnes. La proportion réelle est sans doute plus proche des 0,01%. L’ensemble de la gauche radicale représente évidemment une minorité. La question est de savoir si nous sommes capables de reconnaître que nous sommes pour le moment une très petite minorité, et que nous devons nous rapprocher de personnes d’autres horizons – ouvertement et honnêtement – si nous souhaitons mener des luttes significatives, ou si nous renforçons voire même célébrons notre position minoritaire.

L’identité antifa

Le point précédent nous conduit à une autre question: quels sont les enjeux qui préoccupent le plus les groupes antifascistes et sur lesquels ils construisent en général des mobilisations ?

Bray préconise un “manuel” pour la formation d’un groupe antifasciste, publié par le groupe US “It’s Going Down.” La partie consacrée aux “obligations” comporte quatre points. L’un d’entre eux consiste à “ soutenir les autres antifascistes qui sont visés par les fascistes ou arrêtés en lien avec leurs activités antifas.”18It’s Going Down, 2017.

Il est nécessaire de se demander pourquoi une telle restriction est posée ici , qui recommande de “soutenir les autres antifascistes qui sont visés par les fascistes ou arrêtés en lien avec leurs activités antifas.” Étant donné que nous avons déjà vu que le terme “antifasciste” ne s’applique pas à tou·te·s celleux qui opposent le fascisme, c’est en réalité une restriction plutôt sévère. On devrait considérer qu’il s’agit là d’une erreur, que n’importe quelle victime d’attaque fasciste devrait recevoir le même soutien. En théorie, les groupes antifas s’opposent effectivement à toutes les agressions fascistes, mais dans les faits leur réaction est généralement beaucoup plus vigoureuse s’ils sentent que la victime de l’agression est “l’un·e des leurs”.

En janvier 2013, les néo-nazis d’Aube Dorée ont assassiné Shehzad Luqman à Athènes, un jeune travailleur pakistanais. KEERFA, le mouvement uni contre le fascisme et le racisme, dont la communauté pakistanaise en Grèce est une composante importante, réagit en appelant à des manifestations.19Pour plus d’informations sur la construction de KEERFA, voir https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/petros-constantinou-sur-la-construction-dun-front-antiraciste-et-antifasciste-keerfa/. Pourtant, cet assassinat n’a provoqué que très peu de réactions de la part du mouvement antifa, ni d’ailleurs du reste de la gauche et du mouvement social. L’assassinat de Pavlos Fyssas par les néo-nazis en septembre 2013 – tout aussi tragique que celui de Luqman –  a au contraire provoqué une vague de manifestations qui ont largement dépassé KEERFA, englobant le mouvement antifa et même les syndicats. Le fait est que Pavlos Fyssas était un rappeur connu identifié à la lutte antifasciste.

Thanasis Kampagiannis, l’avocat de KEERFA dans les poursuites publiques engagées à l’encontre d’Aube Dorée, déclarait: “Il est évident que la mobilisation sociale qui a suivi l’assassinat de Pavlos Fyssas est la seule raison pour laquelle ce procès a lieu et pour laquelle nous pouvons y participer”.20La Directa, 23/10/2014.

Il est évidemment positif qu’il y ait eu d’énormes mobilisations après l’assassinat de Fyssas: le procès, qui est toujours en cours, a contribué à affaiblir l’organisation néo-nazi.

Mais cette question ne peut être esquivée: pourquoi l’ensemble des mouvements – et particulièrement le mouvement antifa supposément spécialisé sur ces questions – n’ont-ils pas réagi de la même manière huit mois plus tôt ? Il semblerait que les conditions indiquées dans le “manuel antifasciste” se traduisent dans la réalité.

« Néo-nazis dehors » signé KEERFA, les syndicats, l’assemblée des étudiant·e·s et les communautés d’immigré·e·s.

Houria Bouteldja présente un autre exemple analogue de ce double standard :

En juin dernier, une série d’agressions contre des femmes voilées ont eu lieu dans la banlieue parisienne par des groupes d’extrême droite ne suscitant que très peu de réactions. Pourtant, seules des femmes étaient ciblées, l’une d’entre elles a même perdu son bébé. Les antifascistes n’ont pas beaucoup réagi, les féministes non plus mis à part une petite minorité d’entre elles. A la même période, un jeune antifasciste blanc, Clément Méric a été agressé et tué par ces mêmes milieux d’extrême droite. La réaction a été immédiate et l’émotion a aussitôt pris une dimension nationale. Certes, il s’agissait d’un assassinat. Je ne remets pas en cause ici la légitimité de la rage qui s’est emparée des milieux antifascistes. Mais force était de constater que les milieux de gauche, antifascistes et antiracistes se sont fortement mobilisés pour protester contre l’assassinat de Clément Méric dans toutes les grandes villes françaises et qu’ils ont été terriblement absents des mobilisations organisés par les musulmans. C’est un constat amer mais il n’est pas nouveau.21Bouteldja, 2014.

Houria Bouteldja

Cette attitude est l’antithèse de ce que Lénine défendait il y a un plus d’un siècle (il faisait face à une approche étroitement économiciste de l’activité et de la lutte socialistes) quand il insistait sur la nécessité de “réagir contre tout abus, toute manifestation d’arbitraire, d’oppression, de violence, quelles que soient les classes qui en sont victimes”.22Lénine, 1902.

Enfin, il nous faut considérer la deuxième partie de la phrase du manuel: “Soutenir les autres antifascistes … arrêtés en lien avec leurs activité antifa”. Très souvent, il semble que cette condition-ci (en italique) ne soit pas appliquée, que n’importe quelle arrestation d’un militant antifa amène le mouvement à se mobiliser et à le soutenir, que l’arrestation soit en lien ou non avec le combat contre l’extrême-droite [Je parle ici en ce qui concerne l’État espagnol, cela peut être différent ailleurs – note de l’auteur pour la traduction]. Certains groupes antifas passent plus de temps à manifester contre la répression qu’ils subissent qu’à lutter contre les groupes fascistes.

Il est nécessaire d’insister qu’il serait faux de généraliser et qu’au sein du mouvement antifa il y a de nombreuses personnes qui sont très engagées dans le combat contre le fascisme. Mais on ne peut pas nier qu’il existe également, parmi certains militant·e·s antifas, cette tendance à envisager l’antifascisme comme “tout ce que fait un militant antifa” et non comme “toute personne qui se bat contre le fascisme”. Et cela découle de la définition étroite de l’antifascisme défendue par Bray et beaucoup de personnes dans le mouvement.

L’action directe

L’action directe est un élément central dans la conception et la représentation de soi du mouvement antifa, et comme nous l’avons vu, Bray inclut la “stratégie de l’action directe” à sa définition de l’antifascisme.23Bray 2018, p. 22.

Mais en réalité l’action directe n’est pas une question de stratégie, mais plutôt de tactique, tout comme coller des affiches, distribuer des tracts, organiser des manifestations ou des réunions publiques, etc. Toutes ces actions spécifiques devraient figurer dans une stratégie globale permettant d’avancer. Il s’agit peut-être là d’une des choses les plus importantes : c’est une grave erreur de transformer en principe quelque chose qui n’est qu’une des formes d’action possibles qui peuvent être utiles à un moment ou à un autre.

Il y a généralement une insistance sur la combinaison entre action directe et idéologie anticapitaliste ou révolutionnaire, mais dans les faits le combat de rue contre le fascisme n’est pas forcément lié au combat anticapitaliste.

Le groupe 43, formé à Londres juste après la deuxième Guerre mondiale en réaction à la résurgence du fascisme en Grande-Bretagne est un très bon exemple d’antifascisme basé sur l’action directe. Le groupe allait saboter les événements fascistes en utilisant la force physique. Ils étaient très efficaces. Ils possédaient “des commandos, mobilisables de jour comme de nuit dans le but d’empêcher des réunions et de lancer des attaques”. Un réseau de chauffeurs de taxi londoniens les informait de la tenue de rassemblements fascistes et les emmenait même sur place. Une fois arrivés, ils utilisaient des tactiques quasi-militaires pour attaquer les organisateurs, démolir la tribune et mettre fin à la réunion.24Gould, 2009. Une autre source explique qu’”armés de bâtons, de rasoirs, de pavés, de poings américains, de tessons de bouteilles, de couteaux et de tout excepté des armes à feu et des bombes, le groupe 43 faisait la chasse aux réunions fascistes pour les briser.”25Roberts, 2008. Le groupe 43 était majoritairement composé d’anciens soldats juifs; les commandos comprenaient d’anciens Royal Marines, d’anciens parachutistes, etc. Loin d’être anticapitalistes, certains membres du groupe 43 étaient sionistes et rejoignirent plus tard des groupes terroristes en Palestine et combattirent pour la création de l’état d’Israël.26Silver, 2002.

Bray parle avec enthousiasme de ce groupe, qu’il décrit comme une “organisation antifasciste militante”.27Bray 2018, p.89. Et ce malgré le fait que le groupe n’était pas anticapitaliste et de ce fait ne correspond pas à la définition de l’antifascisme que donne Bray lui-même. Pour le groupe 43, l’absence d’idéologie révolutionnaire n’était manifestement pas un obstacle. Ce fait ne démontre-t-il pas l’absence de sens de ce critère ? Si l’action directe est l’élément central, c’est-à-dire les attaques physiques (un point de vue que je ne partage pas en règle générale) alors les idées anticapitalistes sont vraiment superflues. L’exceptionnelle efficacité de ce groupe, en comparaison avec beaucoup d’autres exemples d’action directe, est le résultat de la composition du groupe: d’anciens soldats avec une expérience du combat et une discipline militaire. De plus, dans l’Angleterre du lendemain de la guerre, le fait qu’il s’agissait d’anciens soldats leur conférait une certaine protection de la part de la police qu’un groupe spécifiquement antifa n’aurait pas aujourd’hui. À cette époque, le groupe 43 a parfaitement rempli sa fonction mais ce n’est pas un modèle qui peut être appliqué de manière universelle.

Le “manuel antifasciste”, que nous avons déjà cité plus haut, après avoir donné des conseils à propos de l’usage des armes à feux, donne en fait un avertissement:

Faites attention aux personnes qui veulent juste se battre. Se confronter physiquement et se défendre contre les fascistes est une part nécessaire du travail antifasciste, mais ce n’est pas la seule ni même la part la plus importante. Une attitude machiste et le fait de trop rechercher les combats et la confrontation physique peuvent se révéler imprudent, non-stratégique et inutilement dangereux pour votre groupe.28It’s Going Down, 2017.

Ce qui compte ici, ce sont les problèmes politiques associés à cette tactique. Un militant suédois (il est emprisonné !) explique :

Je pense que l’antifascisme en Suède est dans une impasse. Il faudrait qu’on trouve de nouvelles pistes. Entre 2005 et 2010, on était bloqués. On s’est rendu compte que la violence était efficace et on n’a pas su en sortir. […] Les fascistes sont partis dans une autre direction et nous, on était pris dans nos habitudes. Les tactiques violentes ne marchent pas pour tout. C’est un outil auquel on devrait seulement recourir quand c’est nécessaire. On aurait dû se restructurer et penser à de nouvelles façons de les affronter. Donc, maintenant, on a l’impression de leur courir après. Ils mènent la danse et ont les suit.29Bray 2018, p.156.

Un militant allemand est encore plus clair :

Les tactiques antifas “militaires” ne marchent pas si vous faites face à 15 000 personnes, comme à Dresde, ou à un parti qui peut remporter 20% des votes.30Bray 2018, p.144.

Heureusement, précisément à Dresde, une tactique très différente a été appliquée avec succès depuis 2010: des barrages citoyens à l’initiative d’un mouvement unitaire qui comprend des syndicats, des partis de la gauche parlementaire comme Die Linke et le SPD…31Schnell 2010. Ce mouvement ne correspond absolument pas à la définition que donne Bray de l’antifascisme, mais il est efficace.

Une stratégie centrée sur le combat de rue est fondamentalement problématique au regard du sujet de la lutte. Elle transforme la majorité des gens en simples spectateurs qui observent passivement une minorité combattante et militante qui agit – vraisemblablement – en son nom. Bray cite un militant US qui plaide en faveur d’un mouvement plus large :

Tous les antifascistes ne sont pas capables de se masquer et d’aller péter des trucs”, explique Joe du GDC de Caroline du Nord. “Il faut que les personnes âgées ou les personnes handicapées qui n’en sont pas capables aient aussi un rôle à jouer.32Bray, 2017 p.189

Cette conception d’un noyau dur antifasciste prêt à “se masquer et à péter des trucs”, en opposition aux personnes âgées ou handicapées pour qui il faudrait trouver “d’autres rôles” montre clairement – en dépit des bonnes intentions de l’interlocuteur –  l’élitisme implicite dans le fait de centrer la lutte sur le combat de rue. De plus, dans une société dans laquelle la force physique et la violence sont associées à la masculinité, l’accent mis sur le combat de rue alimente souvent les attitudes machistes au sein des mouvements antifascistes; ce fait est reconnu par plusieurs témoignages présents dans le livre de Bray et également mentionné dans le manuel antifa cité plus haut. [Nous reviendrons rapidement sur ce point plus tard – note de l’auteur pour la traduction]

Quoi qu’il en soit, combattre une extrême-droite en expansion, qui se construit principalement à travers les élections nécessite des stratégies très variées dans lesquelles la confrontation physique est loin d’être l’élément central.

Les idées n’arrêteront pas le fascisme

Le dramaturge allemand Bertolt Brecht est souvent cité lorsqu’il dit: “ […] comment dire la vérité sur le fascisme, dont on se déclare l’adversaire, si l’on ne veut rien dire contre le capitalisme, qui l’engendre? »33NdT: le texte de Brecht peut être consulté ici. Évidemment, la gauche radicale doit “se déclarer l’adversaire” et mener le combat contre le capitalisme. Le problème c’est que se déclarer l’adversaire ne change rien en soi. Nous verrons cela plus en détail en examinant une autre lutte. 

En 2003, face au risque d’une guerre en Irak, d’immenses mouvements larges anti-guerre furent construits, avec la manifestation historique de plus de trente cinq millions de personnes à travers le monde le 15 février 2003.34NdT: pour un article en français sur le mouvement antiguerre, voir cet article de Denis Godard : https://npa2009.org/idees/histoire/15-fevrier-2003-la-plus-grande-manifestation-de-lhistoire. Ces mobilisations n’ont pas réussi à empêcher la guerre, mais eurent, à moyen terme, des répercussions considérables. L’année suivante, par exemple, les troupes espagnoles furent retirées d’Irak, et plus récemment le gouvernement britannique a rejeté une proposition des États-unis d’attaquer la Syrie parce qu’il craignait que de telles mobilisations se répètent. Ce qu’il s’agit de montrer ici, c’est qu’en 2003, il existait également des secteurs qui insistaient sur le lien entre guerre et capitalisme (en cela ils avaient raison) et argumentaient sur le fait qu’il était impossible de s’opposer à la guerre à moins d’être également opposé au capitalisme (en cela ils étaient dans la confusion la plus totale). L’immense impact du mouvement anti-guerre était dû à son caractère large et ouvert; il ne se limitait absolument pas à la gauche radicale.

L’argument “anticapitaliste” revient à dire que ce qui change les choses ce n’est pas que beaucoup de gens se mobilisent, mais les idées (les théories à propos du lien entre capitalisme et guerre, ou fascisme) dans la tête de quelques personnes. D’un point de vue philosophique, c’est une vision idéaliste; la croyance selon laquelle les idées en elles-mêmes déterminent ce qu’il se passe dans le monde.

Les analyses à propos de l’origine de la guerre et du fascisme sont importantes, et peuvent aider à orienter les personnes qui partagent ces analyses. Elles nous aident à comprendre pourquoi les luttes contre le fascisme (et également contre la guerre) ne devraient pas reposer sur la bourgeoisie libérale du fait que leurs intérêts fondamentaux les emmène dans une autre direction. Mais l’alternative doit être un mouvement basé non sur les 0,01% d’anticapitalistes déclaré·e·s, mais sur les travailleurs et travailleuses en général. Et comme nous le savons, pour le moment, l’immense majorité de la classe ouvrière n’est ni révolutionnaire ni anticapitaliste.

Le paradoxe c’est que pendant que certains militants antifa revendiquent leur identité de classe avec des T-shirts floqués “Working Class Pride” et d’autres dans le même genre, ce sont les mouvements larges et unis contre le fascisme – qui ne déclarent pas leur orientation de classe et sont encore moins anticapitaliste – qui sont réellement capables de permettre la participation de la classe ouvrière authentique.

Manifestation du 12 février 1934 quand socialistes et communistes firent l’unité à la base contre les ligues factieuses

Mouvements larges indépendants ou cadres 100% sous contrôle ?

Vers la fin de son livre, Bray donne de plus en plus d’exemples où le succès des mobilisations dépend d’une participation beaucoup plus large, au-delà des “antifascistes combatifs”.35voir par exemple, pp.275-276. Beaucoup des témoignages qu’il cite reconnaissent ce fait. C’est un fait positif : le problème réside dans la manière dont cet élargissement du mouvement est abordée et de la nature de la relation entre la minorité plus radicale et le reste du mouvement.

Bray décrit un système de cercles concentriques: “le premier niveau d’organisation est le “groupe antifa radical” et le deuxième est le “collectif antifa” – comme Vigilances 69 à Lyon ou Comité antifa Saint-Etienne, qui mélangent les gens, syndicalistes et militants de quartier. Des militants à Toulouse seraient actuellement en train de “réfléchir” à un troisième niveau, “l’assemblée antifasciste”, qui regrouperait des militants, des organisations de gauche et des collectifs antifas.36Bray 2018, p.290.

L’existence de différents types d’espaces n’est pas en soi un problème. Les membres d’une organisation révolutionnaire marxiste s’organisent entre eux pour trancher leurs propres débats et élaborer une stratégie, puis ils prennent part à des cadres plus larges (une réunion syndicale, un mouvement social, une coalition électorale, etc.) où ils expliquent leurs propositions et tentent de convaincre d’autres personnes de les soutenir. L’élément clé est que les mouvements plus larges soient réellement démocratiques, transparents et indépendants.

Ainsi, différentes questions se posent. Est-ce que le modèle des “cercles” décrit plus-haut implique que les espaces plus larges prennent leurs propres décisions en tant que mouvements pluriels et autonomes ? Ou bien les cercles plus larges ne sont-ils que les courroies de transmission du noyau militant central ? Est-ce que les militants du “collectif antifasciste” (second niveau) sont au courant de l’existence du groupe restreint (premier niveau) ? Sur quelles base se fait la distinction entre ceux qui appartiennent à tel niveau ou tel autre ? (Et qui fait la distinction ?) Etcetera.

La vision exposée ici rappelle ce que l’anarchiste russe Bakounine recommandait il y a 150 ans. En public, il dénonçait l’”autoritarisme” ; en privé il prônait : “La dictature collective et invisible des alliés… une dictature d’autant plus saine et efficace que les attributs de son pouvoir seront voilés et que son caractère sera le moins manifeste”.37Bakounine, lettre 1er avril 1870, chez Ribeille [ed.] 1978, p. 71, trad. ad hoc.

Dans les “Règles dont doit s’inspirer un révolutionnaire”, Bakounine38NdT : inspiré de Netchaïev notamment (voir note de fin). déclarait39 Notons, pour information, que Bakounine n’ignorait pas les femmes ; il leur assignait aussi des catégories : “ (…) les unes légères, stupides et sans âme, dont on pourra user de même que de la troisième et de la quatrième catégorie des hommes; les autres — passionnées, dévouées, mais n’étant pas des nôtres, parce qu’elles n’ont pas encore élaboré une conception réelle, pratique et sans phrases de la cause révolutionnaire. Il faudra en tirer parti de même que des hommes de la cinquième catégorie. (…) “ (http://kropot.free.fr/Netchaiev-catechismeR.htmNote de la traduction: dans son livre, Les Dilemmes de Lénine dans lequel il accorde une large place à l’anarchisme russe de la fin du XIXe siècle, Tariq Ali, parlant de la relation entre Bakounine et Netchaïev, écrit: “Les avis divergent sur la paternité de ce texte [Le Catéchisme révolutionnaire], à cause de sa violence de langage, de son nihilisme outrancier et de son immoralisme politique … (…) … il a sous doute été écrit par Bakounine, bien qu’inspiré par les agissements de Netchaïev et d’autres.” Ali, Tariq, Les Dilemmes de Lénine. Terrorisme, Guerre, Empire, Amour, Révolution, éd. Sabine Wespieser, 2017, pp.61-62. Note de l’auteur pour la traduction anglaise : Les versions anglaises de ce texte expriment des doutes par rapport à la paternité de ce texte. Cependant, le même esprit ressort d’un autre texte qui est sans conteste de Bakounine: “Nous devons générer l’anarchie, et comme des pilotes invisibles au milieu de la tempête populaire, nous devons la diriger non par un quelconque pouvoir ouvertement déclaré mais par la dictature collective des alliés … Peu d’alliés, mais de bons alliés – énergiques, discrets, loyaux … Des hommes forts.” (Bakunin, 1973, p.180, trad. ad hoc).

« Chaque camarade doit avoir sous la main plusieurs révolutionnaires de seconde et de troisième catégorie, c’est à-dire à moitié initiés. Il doit les considérer comme faisant partie du capital révolutionnaire mis à sa disposition. Il dépensera avec économie la partie du capital qui lui est échue, cherchant toujours à en tirer le plus grand profit. »40pour une version française de ce texte attribué ici uniquement à Netchaiev, voir http://kropot.free.fr/Netchaiev-catechismeR.htm

Pour en revenir au présent, Bray cite, comme illustration du modèle des cercles concentriques, certains exemples de l’État espagnol, comme l’initiative “Madrid Para Todas” (“Madrid Pour Toutes”). Il la décrit comme un “grand rassemblement de comités de quartiers” qui a mobilisé, lors de la manifestation du 21 mai 2017, beaucoup plus de monde que les participants habituels aux actions de la coordination antifasciste de Madrid. L’initiative a été présentée comme un espace large et pluriel. Mais sur Twitter par exemple, elle est présentée comme un “espace de convergence de différentes organisations anticapitalistes luttant contre le racisme et le sexisme”41@MadridParaTodas, les caractères en italiques sont de moi.. Si même le meilleur exemple que Bray peut donner d’un “espace plus large” continue de se borner aux seuls anticapitalistes, les limites de cette ouverture apparaissent évidentes. (Dans la liste des groupes composant la plateforme, aucune organisation noire ou de migrants n’apparaît, ni aucun groupe LGBTI). Dans tous les cas, il semble que Madrid Para Todas ait cessé d’exister il y a quelques années.

Le livre de Bray laisse encore une fois entendre ce problème. En parlant des actions menées par les groupes antifas, il indique que: ”Cela requiert parfois une mobilisation de la classe ouvrière et des communautés d’immigrés, parfois non. Dans tous les cas, les antifascistes croient que le développement d’un soutien populaire conséquent doit résulter des idées et des actions antifascistes, pas l’inverse.”42Bray 2018, p.295

En d’autres termes, toute “unité” est conditionnée au fait que le reste des personnes approuve la politique décidée en interne par le noyau dur des militants antifascistes.

En revanche, à l’intérieur de Unitat Contre el Feixisme i el Racisme (UCFR, Unité contre le fascisme et le racisme, le mouvement large contre l’extrême-droite en Catalogne), des comités de quartier, des organisations de migrant·e·s, des partis politiques, des syndicats, etc. participent à part entière au mouvement, au même niveau et aux côtés de militant·e·s de groupes antifascistes et anticapitalistes. Personne n’a le droit d’imposer de conditions; la stratégie est décidée par un consensus large, sur la seule base de l’unité dans la lutte contre le fascisme et le racisme. Parfois des tensions surgissent, par exemple lors de l’arrivée de nouveaux venus qui sont accoutumés à des espaces plus homogènes à l’intérieur desquels tout le monde partage la même vision politique. 

Les tentatives des groupes antifas pour créer des espaces plus larges ne peuvent fonctionner que si elles brisent la logique qui restreint l’antifascisme à la combinaison “anticapitalisme plus action directe”; dans ce cas ils se rapprocheront du modèle des mouvements unis comme UCFR. S’ils n’opèrent pas cette rupture, « l’élargissement n’est qu’une fiction.

Les mouvements unis antifascistes inquiètent davantage les fascistes que l’action directe

En novembre 2015, le nouveau groupe UCFR local était présenté lors d’un événement à Madrid. Malheureusement, jusqu’à maintenant, UCFR ne s’est toujours pas consolidée dans la capitale espagnole. Ce qui est surprenant c’est que des secteurs de l’extrême-droite se sont alarmés de la possible création d’UCFR à Madrid. Un groupe néo-nazi a livré cette analyse à ses partisans. À propos de l’antifascisme classique, il est écrit: “Leur culte de la haine et de l’action directe élémentaire, sans objectif ni doctrine, les fait tomber dans le piège de groupes violents et indisciplinés … (de) groupes autonomes sans programme idéologique, plus proches d’une tribu urbaine ou d’une bande de supporters de football que d’une organisation politique”. Ils parlent d’un mouvement antifasciste “ épuisé par des actions stupides sans objectifs par des radicaux qui ne sont jamais allés plus loin que de tabasser des gens et de brûler des poubelles, mais sans résultats politiques”. Bien sûr, ils mélangent des observations qui ont une certaine vérité avec des insultes pures et simples : après tout, nous avons affaire à des néo-nazis.

Ce qu’ils disent d’UCFR est également un mélange entre des éléments de vérité et des déformations, mais à nouveau il est intéressant de voir ce qu’ils pensent: “UCFR … n’hésite pas à se joindre aux libéraux ou aux sociaux-démocrates dans des mobilisations contre des organisations patriotiques, dans la lignée des mouvements en Allemagne ou en Angleterre … Comme l’antifascisme violent n’a pas réussi à stopper nos activités, ils essaient maintenant de le compléter avec un antifascisme institutionnel qui est “non-violent”, mais pas moins dangereux ou efficace. L’étape suivante à laquelle nous allons assister est donc la fermeture de davantage de (nos) centres sociaux, librairies et boutiques, comme ce qui se passe déjà en Catalogne … Nous sommes ainsi convaincus que ces nouveaux obstacles vont changer la manière dont nous abordons la politique au sein de nos organisations … Il est temps de tirer les bilans et de commencer à travailler davantage avec notre tête et non avec notre coeur”.43Quand je peux l’éviter, je ne donne pas de liens vers des pages fascistes.

Ce qui est important, c’est que les fascistes eux-mêmes étaient davantage préoccupés par un mouvement uni capable d’exercer une pression sociale et politique que par des actions minoritaires de rue. C’est un élément qu’il faut garder à l’esprit.

Les positions antifas sur les questions internationales

Le fascisme est de plus en plus organisé internationalement. Pour être efficace, le combat contre le fascisme a également besoin d’une vision globale. Cependant, en ce qui concerne la politique internationale, le mouvement antifa a développé certaines positions très contestables.

L’une des causes favorites du mouvement est celle du Donbass, ce territoire majoritairement russophone de l’est de l’Ukraine qui est en conflit avec le gouvernement central. Le conflit avec Kiev – où l’extrême-droite est en effet très forte – a été défini comme une lutte antifasciste et on a même parlé de “brigades internationales”, à l’image de celles qui se sont battues pour la République Espagnole contre Franco dans les années 1930. Le problème c’est qu’il y a aussi des fascistes au Donbass : le combat contre Kiev comprend de nombreux éléments issus du nationalisme russe, y compris des néo-nazis russes, et jouit du soutien d’une grande partie du fascisme européen.

Un reportage du journal de gauche basque Gara 447 décembre 2014. fait état, à l’intérieur des milices pro-Donbass d’anciens membres de la Légion étrangère française, dont des volontaires d’extrême-droite serbes et français ; de militants pan-russes arborant une symbolique d’extrême-droite ; et du bataillon Vostok dont la symbolique mélangent les drapeaux soviétique et tsariste. Les milices ont également intégré des communistes de l’État espagnol: le site internet de la coordination antifasciste de Madrid a publié 4523 août 2014 une déclaration du Donetsk signée par la “brigade internationale Carlos Palomino” [Carlos Palomino était un jeune antifasciste assassiné par un néo-nazi à Madrid en 2007 – note de l’auteur pour la traduction US], alors que deux communistes espagnols combattaient au sein du bataillon Vostok 46El Mundo, 10 août 2014. Pour plus d’informations sur la double implication de forces fascistes et “antifascistes” dans le Donbass, voir : http://npa29.unblog.fr/2015/03/24/ukraine-le-mouvement-antifasciste-europeen-dans-la-tourmente-confusionnisme/, voir également le message de solidarité “aux forces antifascistes” de la JC de Strasbourg suite à l’assassinat d’Alexandre Zakhartchenko, homme d’affaires et principal leader pro-russe du Donbass : http://uecstrasbourg.over-blog.com/2018/09/alexandre-zakhartchenko-president-de-la-republique-populaire-de-donetsk-a-ete-assassine-hier-par-un-attentat-a-la-bombe-leader-des-f.

La situation ne justifie pas non plus de soutenir le gouvernement de Kiev. Mais nous devons pointer ici une extraordinaire contradiction. En Europe de l’ouest, « l’antifascisme combatif” refuse de collaborer avec les partis réformistes et les syndicats dominants dans la lutte contre le fascisme, mais dans le Donbass ils combattent littéralement côte à côte avec l’extrême-droite.47Pour plus de détails – en espagnol – voir Karvala 2014.

Des communistes espagnols aux côtés de fascistes serbes et français dans le Donbass

On trouve encore plus de contradictions dans le cas du Rojava, la région kurde de Syrie. Selon Bray, à l’intérieur du mouvement antifa: “quelle que soit leur orientation politique… [tous] considèrent l’EI et le président turc Erdogan comme des fascistes, et la défense de la révolution du Rojava comme une lutte antifasciste.”48Bray 2018, p. 201. En fait, en mai 2016, là où il existait encore, le “cadre large” Madrid Para Todas avait organisé une réunion publique intitulée: “Daesh et le fascisme: les armes du sionisme et de l’impérialisme”. Sans minimiser les terribles actes d’Erdogan et de Daesh, il est très simpliste de les catégoriser comme “fascistes”. Le gouvernement autoritaire d’Erdogan est une composante d’une situation politique très complexe en Turquie49voir Karakaş 2016..

Simultanément, Daesh est le résultat de la destruction de la région conduite, en premier lieu, par l’occupation US de l’Irak, puis de la guerre contre le peuple syrien menée par Bashar al-Assad. Ceci n’est pas comparable avec le fascisme ; non pas parce que c’est mieux ou pire, mais simplement parce qu’il s’agit d’un phénomène différent qui requiert d’autres réponses.50Traverso rejette fermement le concept d’”islamo-fascisme”. Il déclare : “Le recours massif à cette notion par les xénophobes de tous bords… crée beaucoup de malentendus et devrait inciter à prendre quelques précautions avant de l’utiliser.”. https://www.cairn.info/revue-du-crieur-2015-1-page-104.htm# La chose la plus étrange c’est que parmi les milices qui combattaient Daesh, on retrouve encore une fois une collaboration entre communistes et fascistes, à présent rejoints par des anarchistes. Il suffit de lire les titres de certains reportages parus dans la presse: « L’extrême-droite espagnole entend renaître dans une “croisade” contre Daesh ».51elconfidencial.com 19 août 2016. ; “Des nationalistes espagnols, des anarchistes, des phalangistes et des staliniens se battent côte à côte en Syrie”.52publico.es, 28 octobre 2018. Pour une analyse des origines de Daesh, voir Bragulat Vallverdú 2016.

Ce n’est pas le lieu ici d’étudier en détail cette question, mais il y a en vérité beaucoup de similitudes entre la vision géostratégique de certains antifas staliniens et celle des fascistes : ils partagent tous deux la même obsession pour le milliardaire (juif) Georges Soros, ils voient des complots partout, et ils soutiennent l’impérialisme russe contre l’impérialisme américain. De plus, ils partagent tous deux des positions violemment islamophobes; des militants des deux groupes portent les mêmes étiquettes floquées “FCK ISIS”. Bien évidemment, Daesh ne représente pas l’Islam, mais l’opposition à « l’islamo-fascisme » ou à « l’islam radical » conduit à l’hostilité contre les musulman·e·s en général, sous la forme de l’islamophobie. Tout cela devrait profondément préoccuper le mouvement antifasciste, mais cela ne semble pas être le cas.

Notes sur “L’antifascisme. Son passé, son présent et son avenir”

Ce texte n’a pas pour but d’être une analyse exhaustive du livre, mais je profite de cette occasion pour en faire des commentaires d’ordre général.

Avec le sous-titre “Le manuel antifa” (dans la version anglaise, Ndt), Mark Bray place la barre très haut. C’est un objectif ambitieux qu’il n’atteint, à mon avis, que partiellement. Comme je le disais au début, en rassemblant un large spectre de témoignages, il a accompli un important travail de journalisme. Toutefois, ces témoignages soulèvent de nombreuses questions que Bray n’analyse pas en profondeur, sans parler d’y répondre. Nous y reviendrons plus loin.

Philosophie

Pour un livre qui cherche à résumer plusieurs décennies de luttes antifascistes au niveau international, il consacre une place complètement disproportionnée (24 pages ; presque 10% du livre !) à un aperçu plutôt philosophique et abstrait des débats actuels aux États-Unis concernant la liberté d’expression et le mot d’ordre “No platform (Pas de plateforme)” selon lequel il ne faut laisser aucun espace public d’expression aux fascistes. Ce passage est suivi d’un chapitre de trente pages qui traite la question de la violence et de la non-violence sur le même mode.

La façon dont ces questions sont traitées témoigne de la séparation entre la petite minorité du mouvement antifa et la masse des gens ordinaires. Peut-on justifier nos actions en termes éthiques? Que peut-on faire pour que plus de gens comprennent et soutiennent nos actions? Etc. Cependant, un mouvement fondé sur une stratégie majoritaire peut trouver une réponse à ces problèmes dans la pratique. 

En ce qui concerne la “liberté d’expression” pour les fascistes, Unite Against Fascism – la plateforme unitaire contre l’extrême-droite en Grande-Bretagne que Bray refuse de mentionner – a, depuis sa création trouvé un consensus pour refuser tout espace public aux fascistes. Le mouvement large en Catalogne, UCFR – dont Bray semble ignorer l’existence même, malgré le fait qu’il rassemble plus de 600 différents syndicats, comités de quartier, organisation de jeunesse, de migrants etc. – s’est accordé il y a des années sur une déclaration basée sur le même principe : “Nous ne voulons pas de fascistes sur les plateaux de télévision”.53UCFR 2011.

Quand elle se présente, la question de la confrontation physique devrait être traitée de la même manière concrète. Face au soulèvement du général Franco en Espagne en 1936, était-il juste de se battre avec toutes les armes disponibles? Évidemment oui, et dans une telle situation, le combat ne se limite pas à de petits groupes. Cependant, face au développement électoral de l’extrême-droite, les armes ne sont pas efficaces : d’autres méthodes sont nécessaires.

Au final, ces questions ne peuvent être résolues par des réflexions éthiques abstraites, mais par la discussion collective au sein d’un mouvement large, autour d’un problème concret et tangible.

Sexisme

Après avoir consacré près de soixante pages à des considérations d’ordre philosophique, Bray aborde le problème du sexisme dans le mouvement antifa en seulement trois pages. Comme on peut le voir dans les témoignages qu’il cite, ainsi que dans les débats récents à l’intérieur des mouvements antifa [au moins dans l’État espagnol], c’est un problème bien réel. Et il mériterait un traitement bien plus conséquent que ce que Bray nous propose ou que ce que je vais développer ici.

Bray cite une militante antifa qui critique “l’essentialisme de genre” implicite dans le fait d’associer l’action directe à la masculinité et, dans une certaine mesure, elle a raison54Bray 2018, p. 283. C’est une erreur typique (dont je suis coupable également) de se plaindre d’un “excès de testostérone” lors de certaines actions : en réalité, ce n’est pas une question biologique, mais une question sociale. Quoi qu’il en soit, dans nos sociétés, certains comportements sont davantage associées au “machisme” – c’est d’ailleurs reconnu largement dans le mouvement antifa – et le fait de promouvoir des formes d’action centrées sur la confrontation physique a contribué à créer un environnement machiste dans certains groupes antifa. Ce phénomène est lié à un problème politique plus global d’autoritarisme et d’élitisme dans la façon de traiter les gens, qu’iels viennent du mouvement antifa ou qu’iels en soient extérieur.

D’après moi, ce genre de problèmes résulte d’une conception politique qui se concentre sur l’action d’une minorité. Une fois cette conception acceptée, le fait de se montrer insultant ou d’adopter des comportement négatifs à l’encontre des gens ordinaires peut être vu comme de la grossièreté, mais pas comme nuisible politiquement. À l’inverse, lorsqu’on adopte une stratégie basée sur un mouvement de masse, sur la participation active, consciente et enthousiaste d’hommes et de femmes aux origines et aux orientations sexuelles différente …  une attitude qui respecte chaque individu est essentielle, pas seulement d’un point de vue humain, mais aussi politique. 

Si tu “sais déjà ce qui doit être fait et que tu as juste besoin de gens pour le faire”, alors tu peux décider que les coups de gueule et les insultes sont des méthodes appropriées (comme à l’armée, si on en croit les films). Par contre, si le succès du mouvement dépend des initiatives et des idées du plus grand nombre, alors se comporter en sergent-chef n’est pas seulement désagréable ; c’est contre-productif.

Et tout ceci n’est pas résolu par des déclarations dans lesquelles tel groupe antifa ou tel autre déclare être “féministe”. Comme énoncé plus haut, je pense que ce problème découle fondamentalement de la stratégie antifa, une stratégie qui est défendue et réaffirmée par Bray.

J’aimerais citer quelques éléments en guise de comparaison. En ce moment, alors que j’écris [février 2019], nous préparons une importante manifestation UCFR. Nous avons créé un événement Facebook pour relayer l’appel et jusqu’ici, c’est un succès : dans les dix premiers jours, près de 50.000 personnes ont vu l’appel. Selon Facebook, 59% sont des femmes et 41% sont des hommes. 2.000 personnes ont répondu qu’elles viendraient à la manifestation ou qu’elles étaient intéressées ; parmi elles 67% sont des femmes et 33% sont des hommes. Ces chiffres reflètent une tendance générale de UCFR : c’est un mouvement avec une forte participation des femmes. Personne ne peut dire la même chose du mouvement “antifa radical”. Cette question nécessite une attention particulière… et probablement méritait-elle plus que trois pages dans “L’antifascisme”.

Fascisme et suprémacisme blanc sont-ils deux phénomènes équivalents?

Bray assimile fréquemment le fascisme au suprématisme blanc.55par exemple, Bray 2018, pp. 26-27 Il exprime ainsi l’expérience des Etats-Unis, où cette simplification est compréhensible. Mais, une fois de plus, il montre une tendance problématique à présenter son expérience spécifique d’une région du globe comme si elle avait une validité universelle.

En Inde, par exemple, parmi les alliés du Bharatiya Janata Party (BJP), une organisation hindoue nationaliste d’extrême-droite, figurent des groupes qui peuvent être définis comme fascistes : Shiv Sena et RSS, deux organisations d’extrême-droite impliquées dans des pogroms contre la population musulmane.56voir Harman 2004 pour une analyse détaillée de ce phénomène.

Au Moyen-Orient, il existe également des partis d’inspiration fasciste. Les Phalanges libanaises ou parti Kataeb, fondées en 1936 et inspirées de la Phalange espagnole, le fascisme italien et par-dessus tout l’Allemagne nazie (le fondateur, Pierre Gemayel rentrait justement des jeux olympiques de 1936 à Berlin) : ils portaient des chemises brunes, faisaient le salut nazi, bref adoptaient l’attirail complet. Dans les dernières décennies, ce mouvement a connu des changements majeurs et des divisions, mais en 1982, les Phalange libanaises ont initié et mené le massacre de quelques 2 000 réfugié.e.s palestinien.ne.s dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth.

Marine Le Pen et Samy Gemayel, président du parti Kataeb en février 2017

Le Parti national socialiste syrien (SNSP) existe à la fois en Syrie et au Liban. Ils préfèrent cependant traduire leur nom en “parti social nationaliste syrien” pour donner l’impression de faire réellement partie de la gauche nationaliste arabe. Cependant, un de mes amis, un socialiste homosexuel qui a été brutalement attaqué à Beyrouth par des membres du SNSP m’a dit qu’en vérité “ce sont des néo-nazis”. Cette organisation a collaboré avec le groupe néo-nazi espagnol MSR.57Son leader d’alors, Jordi de la Fuente, a participé au nom du MSR à un événement du SNSP à Beyrouth. Plus tard, il a été membre d’un parti de type Le Pen, Platforma per Catalunya, et au moment où j’écris, il vient de rejoindre le parti d’extrême-droite espagnol VOX.

Et actuellement, l’extrême-droite se développe dans différents pays d’Amérique Latine.

Il ne s’agit pas d’exiger de Bray qu’il traite tous ces phénomènes, mais juste qu’il reconnaisse que ses remarques s’appliquent (au mieux) uniquement à un lieu et une époque spécifiques. La majorité de la population mondiale n’est pas blanche, cependant une organisation fasciste peut émerger dans n’importe quel pays capitaliste – donc dans n’importe quel pays au monde – indépendamment de la couleur de peau des protagonistes. Assimiler le fascisme au suprémacisme blanc révèle ainsi une incompréhension du problème.

D’un autre côté, nous ne devons pas utiliser le terme “fasciste” à la légère. L’appliquer à des phénomènes très différents les uns des autres peut mener à de graves confusions.

Gardons à l’esprit qu’en même temps qu’il insiste sur l’assimilation entre fascisme et suprémacisme blanc, Bray admet sans sourciller que Daesh et le président Erdogan sont fascistes. Nous ne perdrons pas de temps ici à essayer de faire tenir les islamistes armés de Syrie et d’Irak ou le président islamiste conservateur de Turquie dans la définition de “blanc”. Il s’agit ici d’une illustration supplémentaire du fait que Bray fait des déclarations et propose des définitions dans un contexte… uniquement pour les ignorer complètement dans un autre.

Élargir notre conception

Le problème fondamental du mouvement antifa réside probablement dans quelque chose qui a déjà été mentionné précédemment. Au début de son livre, Bray exclut les mouvements unitaires contre le fascisme de son analyse, se limitant à « l’antifascisme radical ». Donc quand il traite les problèmes endémiques du mouvement antifa, comme son isolation et sa criminalisation, il a déjà écarté ce qui pourrait au moins être considéré comme une solution possible : élargir réellement le mouvement, au-delà des secteurs de l’extrême-gauche qui le composent actuellement.

Bray parle effectivement d’un certain type « d’élargissement », mais le limite aux individus qui accepteront la conception de l’antifascisme radical. Cela ne sert à rien: tout le problème réside dans le fait que seule une très petite minorité de la population s’identifie à cette conception.

Bray relève quelque succès locaux, lors de certains événements spécifiques, mais même là, beaucoup de ces victoires ont eu lieu lorsque le mouvement antifa menait des actions qui n’étaient pas basées sur l’anticapitalisme et l’action directe. Il donne un exemple caractéristique. Un groupe antifa préparait une manifestation contre un événement néo-nazi. Pendant le débat, “Maya, une femme de couleur du groupe,“ [propose] des performances au lieu du tabassage”. Certains hommes du groupe trouvent l’idée “ridicule””. Heureusement, Maya remporta la discussion. Ils réussirent à réunir 35 antifascistes avec des gens du quartier. “Le bruit des tambours et des chants antifascistes couvrent celui des mégaphones des nazis, pour que leur message ne soit pas entendu.  Maya se souvient avec affection de cette action pour sa capacité à “les empêcher de s’organiser de telle façon que les plus modérés pouvaient quand même participer”.58Bray 2018, p. 275. Bray utilise cette anecdote pour illustrer l’efficacité du son dans les manifestations antifascistes, mais, à mon sens, c’est loin d’être le point crucial ici. D’une part, on retrouve à nouveau une question de genre : la proposition d’une femme qui sort des méthodes d’actions traditionnelles des antifas est tournée en dérision. D’autre part, le succès de l’action est le résultat de l’adoption d’une stratégie “où les plus modérés pouvaient participer” selon les mots de Maya. Qu’est-il arrivé à l’insistance de Bray sur le fait qu’un “soutien populaire conséquent doit résulter des idées et des actions antifascistes, pas l’inverse” (un antifascisme basé, n’oublions pas, sur l’anticapitalisme et l’action directe) ? C’est précisément l’absence de ces facteurs “indispensables” qui a assuré le succès de cette action. Il faut bien comprendre que la plupart des succès dont Bray parle et dont il se félicite – à la fois des exemples locaux comme celui-ci, mais aussi des luttes à plus large échelle comme la bataille de Cable Street59Pour en apprendre plus sur la bataille de Cable Street, voir https://autonomiedeclasse.wordpress.com/2018/10/15/cable-street-de-la-petition-de-masse-au-combat-de-barricades/. ou l’Anti Nazi League60Pour une interview en anglais, mais en cours de traduction d’un animateur de l’ANL, voir http://isj.org.uk/the-anti-nazi-league/. – ont été le résultat de mobilisations qui n’avaient rien à voir avec sa définition de « l’antifascisme radical ». Mais Bray semble totalement ignorant de ces contradictions. Il me semble que son livre, bien qu’utile par les témoignages qu’il rassemble, souffre d’une combinaison de précipitation et d’un manque de cohérence, de rigueur et d’analyse.

Le mouvement antifa et la lutte contre le fascisme aujourd’hui

Comme nous l’avons vu dans ce livre [cet article fait partie du livre “L’antifascisme des 99%” non traduit en français, ndt], l’extrême-droite se développe presque partout sur la planète. Et l’argument central de ce livre est que nous avons besoin d’une lutte unie pour la stopper. Les mouvements antifas et les tactiques qu’ils ont utilisées (parfois avec succès) contre de petits groupes néo-nazis locaux, ne suffisent plus dans le contexte actuel : cela s’applique aussi à l’activité des partis de gauche au sein des institutions, ou aux projets subventionnés des ONG.

Pour être plus clair, regardons la France. Ce pays a un mouvement antifa actif, la gauche a eu des succès électoraux considérables au cours des dernières années et, à certaines élections, l’extrême-gauche a même gagné des millions de voix ; il y a de nombreuses ONG antiracistes et SOS Racisme est né en France. Il y a aussi un très haut niveau de luttes sociales en général. Pourtant, le Front National des Le Pen (maintenant renommé Rassemblement National) est dans la position que nous connaissons. Ce qui a manqué en France, c’est un effort soutenu pour construire un mouvement uni contre le fascisme.

Est-ce que mon insistance sur la nécessité d’un mouvement uni implique que les antifas radicaux n’ont aucun rôle à jouer ? Pas du tout.

Si on regarde l’expérience d’UCFR, le mouvement uni en Catalogne, on observe que les antifas radicaux ont participé depuis le début. D’ailleurs, sur les 25 membres signataires de l’appel initial pour UCFR, une demi-douzaine proviennent des antifas radicaux.61Voir UCFR 2010. Les premiers groupes locaux UCFR ont été initiés par des militants antifas attirant à eux des gens ordinaires ; ainsi de l’UCFR Osona, lancé par des militants de la Coordination Antifasciste d’Osona, qui en avaient assez d’être un petit groupe face à un parti eurofasciste62NdT : L’euro-fascisme (à ne pas confondre avec le concept conspirationniste du même nom proposé par Emmanuel Todd pour désigner la gouvernance autoritaire et néolibérale des pays de l’UE) est la stratégie utilisée actuellement par des partis comme le RN, le Jobbik ou le FPÖ visant à se désolidariser (publiquement) des milices fascistes et de la symbolique nazie au profit d’une tactique temporaire plus centrée sur les élections comme moyen d’accéder au pouvoir central. Voir plus ici : http://isj.org.uk/antisemitism-and-the-far-right-today/ et là : http://isj.org.uk/austria-fascism-in-government/. en pleine croissance, Plataforma per Catalunya, dans la ville de résidence de son leader. Avec le temps, de plus en plus de militants antifas ont été convaincus de l’utilité d’UCFR.

Il est essentiel de comprendre qu’il n’y a pas nécessairement de conflit entre les groupes antifas radicaux et le mouvement uni, de même qu’il n’y a pas de contradiction entre le fait d’appartenir à un parti ou à un syndicat et d’être un militant d’UCFR. Si on accepte la définition selon laquelle un groupe antifa doit être révolutionnaire et anticapitaliste, alors il ressemble davantage à une organisation politique qu’à un mouvement social. Il a les mêmes raisons et le même droit d’exister que n’importe quelle autre organisation politique. Cependant, ce qu’il ne peut pas faire c’est demander que tout le monde adopte son point de vue politique comme préalable à toute lutte commune contre l’extrême-droite, et encore moins en ce qui concerne la lutte contre le racisme.

La solution qui permet à un groupe antifa de garder ses conceptions politiques sans concessions, tout en collaborant sur un pied d’égalité avec un éventail de forces bien plus large, est un mouvement uni dans lequel ni les militants anticapitalistes ni les secteurs plus modérés n’ont à abandonner leur programme. Ils travaillent simplement ensemble dans le combat spécifique contre le fascisme, point barre.

Manifestation d’UCFR contre VOX à Barcelone le 16 mars à l’occasion de la journée internationale contre le racisme

Si cette solution est acceptée, les militants antifas radicaux peuvent jouer un rôle très important. Dans de nombreuses villes ou quartiers, ils seront les premiers à remarquer l’apparition des fascistes ; ils seront les premiers à réaliser qu’une riposte est nécessaire et les premiers enclins à l’initier.

Souvent, les groupes antifas connaîtront déjà les différents militants d’extrême-droite présents sur leur territoire ; cela peut être très utile pour identifier les individus importants lors d’une manifestation fasciste ou d’un événement d’extrême-droite. (Notons quand même qu’il faut faire attention à ne pas devenir obsédé par les néo-nazis historiques qui peuvent ne jamais rien construire et ignorer de ce fait de nouvelles forces qui peuvent représenter un danger bien plus important.)

D’un point de vue plus pratique, s’il est décidé qu’une manifestation contre les fascistes nécessite un service d’ordre capable de résister à de possibles attaques, il est très utile d’avoir des gens avec ce genre de compétences… et ces personnes existent dans le mouvement antifa. Mais les mêmes principes doivent être appliqués pour les autres tâches techniques. Des compétences spécifiques sont requises pour réaliser une belle affiche, mais le designer graphique ne décide pas du parcours, de la date ou du slogan de la manifestation; il utilise son savoir technique pour appliquer les décisions collectives prises démocratiquement par le groupe. Le même principe doit s’appliquer en ce qui concerne le service d’ordre : s’il a été décidé que sa fonction était de protéger la manifestation et d’en assurer la tranquillité, il doit s’en tenir à sa tâche, et ne pas provoquer de combats avec les fascistes, par exemple.

La difficulté est de comprendre que les symboles et la conception politique des antifas radicaux sont précisément ceci : l’héritage d’un secteur particulier du mouvement. Ni le drapeau rouge antifa, ni les drapeaux d’un syndicat ou d’un parti politique réformiste… ne peuvent représenter l’intégralité d’un mouvement large. Mais chacun d’entre eux, avec d’autres, forme une partie du mouvement et doit être visible, sans que l’un ou l’autre ne prévale sur les autres.

Le consensus au sein d’un mouvement uni est basé sur le plus petit dénominateur commun ; il n’inclut ni le programme politique complet d’un groupe antifa ni les promesses électorales d’un parti parlementaire. Mais il va sans dire que chacun des groupes participants va continuer à défendre son propre point de vue, en son nom propre. Les actions indépendantes portées par chaque secteur du mouvement ne concernent qu’eux-mêmes, dans la mesure où elles ne contredisent pas le plus petit dénominateur commun qui est le rejet du fascisme.

À gauche, il est toujours plus facile de se diviser que de s’unir dans la lutte. Les militant·e·s de toutes les traditions peuvent avoir des difficultés à accepter le modèle des luttes unies. Il y a toujours une tendance à penser que ce que je fais et ce que je pense est la meilleure chose à penser ou à faire. C’est normal. Ce que tu ne peux pas faire c’est, en te basant sur cette présomption, de juste vouloir imposer ta conception aux autres. Ceci s’adresse de la même manière aux militant·e·s de la gauche révolutionnaire, des syndicats traditionnels et des partis réformistes.

Avec le développement actuel du fascisme, le danger est grand. Le modèle unitaire a démontré son efficacité face aux défis que pose la croissance de l’extrême-droite. Le meilleur hommage aux décennies de luttes menées par le mouvement antifa – combattant souvent tout seul – est aujourd’hui d’y participer et d’apporter ses compétences au mouvement uni, dans lequel personne n’a besoin d’arrêter d’être ce qu’il est.

Traduit de l’anglais par Florian Klein et Gabriel Cardoen.

Bibliographie :

Notes   [ + ]

1, 3. Karvala 2015.
2. El antifascismo del 99%, Barcelona: Ediciones de la Tempestad, 2019.
4. Rote Fahne, 1er juillet 1932, cité dans Gluckstein, 1999, p.115, trad. ad hoc.
5. Tout cela est exposé en détail dans Karvala, 2015.
6. Bray 2018, p.67. Le Front de Fer était le mouvement de lutte contre le fascisme du SPD.
7. Bray 2018, p.208.
8. Zetkin, 1923; les caractères en italiques sont de moi.
9. Trotsky, 1931.
10. voir Karvala, 2015.
11. Cette expérience a été poursuivie dans la forme de l’Anti Nazi League en Grande-Bretagne en 1978. Bray se félicite des succès de l’ANL, mais ne semble pas s’apercevoir qu’il s’agissait alors d’une stratégie très différente de celle des antifas. (Bray 2018, pp. 95-98).
12. Karvala 2012b
13. Bray 2018, p.21.
14, 23. Bray 2018, p. 22.
15. Bray 2018, note 10 p. 328. La raison pour laquelle il place “antiraciste” entre guillemets n’est pas claire.
16. Karvala 2012a.
17. Ndt: en France, avec une population d’environ soixante-six millions d’habitants, cela représenterait 66 000 personnes.
18, 28. It’s Going Down, 2017.
19. Pour plus d’informations sur la construction de KEERFA, voir https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/petros-constantinou-sur-la-construction-dun-front-antiraciste-et-antifasciste-keerfa/.
20. La Directa, 23/10/2014.
21. Bouteldja, 2014.
22. Lénine, 1902.
24. Gould, 2009.
25. Roberts, 2008.
26. Silver, 2002.
27. Bray 2018, p.89.
29. Bray 2018, p.156.
30. Bray 2018, p.144.
31. Schnell 2010.
32. Bray, 2017 p.189
33. NdT: le texte de Brecht peut être consulté ici.
34. NdT: pour un article en français sur le mouvement antiguerre, voir cet article de Denis Godard : https://npa2009.org/idees/histoire/15-fevrier-2003-la-plus-grande-manifestation-de-lhistoire.
35. voir par exemple, pp.275-276.
36. Bray 2018, p.290.
37. Bakounine, lettre 1er avril 1870, chez Ribeille [ed.] 1978, p. 71, trad. ad hoc.
38. NdT : inspiré de Netchaïev notamment (voir note de fin).
39. Notons, pour information, que Bakounine n’ignorait pas les femmes ; il leur assignait aussi des catégories : “ (…) les unes légères, stupides et sans âme, dont on pourra user de même que de la troisième et de la quatrième catégorie des hommes; les autres — passionnées, dévouées, mais n’étant pas des nôtres, parce qu’elles n’ont pas encore élaboré une conception réelle, pratique et sans phrases de la cause révolutionnaire. Il faudra en tirer parti de même que des hommes de la cinquième catégorie. (…) “ (http://kropot.free.fr/Netchaiev-catechismeR.htmNote de la traduction: dans son livre, Les Dilemmes de Lénine dans lequel il accorde une large place à l’anarchisme russe de la fin du XIXe siècle, Tariq Ali, parlant de la relation entre Bakounine et Netchaïev, écrit: “Les avis divergent sur la paternité de ce texte [Le Catéchisme révolutionnaire], à cause de sa violence de langage, de son nihilisme outrancier et de son immoralisme politique … (…) … il a sous doute été écrit par Bakounine, bien qu’inspiré par les agissements de Netchaïev et d’autres.” Ali, Tariq, Les Dilemmes de Lénine. Terrorisme, Guerre, Empire, Amour, Révolution, éd. Sabine Wespieser, 2017, pp.61-62. Note de l’auteur pour la traduction anglaise : Les versions anglaises de ce texte expriment des doutes par rapport à la paternité de ce texte. Cependant, le même esprit ressort d’un autre texte qui est sans conteste de Bakounine: “Nous devons générer l’anarchie, et comme des pilotes invisibles au milieu de la tempête populaire, nous devons la diriger non par un quelconque pouvoir ouvertement déclaré mais par la dictature collective des alliés … Peu d’alliés, mais de bons alliés – énergiques, discrets, loyaux … Des hommes forts.” (Bakunin, 1973, p.180, trad. ad hoc).
40. pour une version française de ce texte attribué ici uniquement à Netchaiev, voir http://kropot.free.fr/Netchaiev-catechismeR.htm
41. @MadridParaTodas, les caractères en italiques sont de moi.
42. Bray 2018, p.295
43. Quand je peux l’éviter, je ne donne pas de liens vers des pages fascistes.
44. 7 décembre 2014.
45. 23 août 2014
46. El Mundo, 10 août 2014. Pour plus d’informations sur la double implication de forces fascistes et “antifascistes” dans le Donbass, voir : http://npa29.unblog.fr/2015/03/24/ukraine-le-mouvement-antifasciste-europeen-dans-la-tourmente-confusionnisme/, voir également le message de solidarité “aux forces antifascistes” de la JC de Strasbourg suite à l’assassinat d’Alexandre Zakhartchenko, homme d’affaires et principal leader pro-russe du Donbass : http://uecstrasbourg.over-blog.com/2018/09/alexandre-zakhartchenko-president-de-la-republique-populaire-de-donetsk-a-ete-assassine-hier-par-un-attentat-a-la-bombe-leader-des-f.
47. Pour plus de détails – en espagnol – voir Karvala 2014.
48. Bray 2018, p. 201.
49. voir Karakaş 2016.
50. Traverso rejette fermement le concept d’”islamo-fascisme”. Il déclare : “Le recours massif à cette notion par les xénophobes de tous bords… crée beaucoup de malentendus et devrait inciter à prendre quelques précautions avant de l’utiliser.”. https://www.cairn.info/revue-du-crieur-2015-1-page-104.htm#
51. elconfidencial.com 19 août 2016.
52. publico.es, 28 octobre 2018. Pour une analyse des origines de Daesh, voir Bragulat Vallverdú 2016.
53. UCFR 2011.
54. Bray 2018, p. 283
55. par exemple, Bray 2018, pp. 26-27
56. voir Harman 2004 pour une analyse détaillée de ce phénomène.
57. Son leader d’alors, Jordi de la Fuente, a participé au nom du MSR à un événement du SNSP à Beyrouth. Plus tard, il a été membre d’un parti de type Le Pen, Platforma per Catalunya, et au moment où j’écris, il vient de rejoindre le parti d’extrême-droite espagnol VOX.
58. Bray 2018, p. 275.
59. Pour en apprendre plus sur la bataille de Cable Street, voir https://autonomiedeclasse.wordpress.com/2018/10/15/cable-street-de-la-petition-de-masse-au-combat-de-barricades/.
60. Pour une interview en anglais, mais en cours de traduction d’un animateur de l’ANL, voir http://isj.org.uk/the-anti-nazi-league/.
61. Voir UCFR 2010.
62. NdT : L’euro-fascisme (à ne pas confondre avec le concept conspirationniste du même nom proposé par Emmanuel Todd pour désigner la gouvernance autoritaire et néolibérale des pays de l’UE) est la stratégie utilisée actuellement par des partis comme le RN, le Jobbik ou le FPÖ visant à se désolidariser (publiquement) des milices fascistes et de la symbolique nazie au profit d’une tactique temporaire plus centrée sur les élections comme moyen d’accéder au pouvoir central. Voir plus ici : http://isj.org.uk/antisemitism-and-the-far-right-today/ et là : http://isj.org.uk/austria-fascism-in-government/.