Dans chacune de nos luttes comme dans la remise en question globale de la société, nous avons besoin d’élaborer des stratégies pour gagner. Ni les livres, ni les expériences passées ne donnent des réponses clés en main pour aujourd’hui, mais ils sont des outils incontournables pour les obtenir. Cette revue est donc un espace pour rendre explicites et lisibles les analyses que les militant·es d’a2c élaborent, et qui les amènent à défendre certaines stratégies. La théorie est pour nous inséparable de l’action militante : elle doit s’élaborer à partir des expériences réelles de la lutte des classes, des débats qui s’y posent, comme elle se teste dans les pratiques et les propositions militantes qui en découlent.
Ce numéro sera diffusé dans une période de campagne électorale des Municipales. Quand ce qui domine est la délégation des questions politiques à d’autres, la question devient comment intervenir en terrain piégé. L’article « Élections municipales : il faut y aller… mais comment ? » apporte des éléments de réflexion. Parmi ceux-ci, le fait que les fascistes vont tenter d’utiliser cette séquence comme un moyen de s’implanter et constituer une base active. Nous devons donc redoubler d’efforts pour constituer des fronts unitaires de lutte antifasciste. Des expériences sont menées par des camarades, qui éclairent sur les potentialités et les débats. Par exemple : « S’organiser contre les campagnes électorales des fascistes : une urgence et plein de débats ! » sur Marseille, ou « Antifascisme et sécurité » dans le 93. C’est à partir de ce type de lutte et des expériences faites en commun que nous pouvons le mieux convaincre de l’impasse du réformisme, dont la force repose en grande partie sur le fait que notre classe serait devenue trop hétérogène pour se constituer en pouvoir alternatif. « À propos de Nouveau Peuple, nouvelle gauche : des arguments pas si nouveaux », est une réponse à cet idée, à travers une lecture critique du dernier livre édité par l’Institut La Boétie de La France Insoumise.
La centralité de l’antiracisme qui nous guide comme boussole à A2C nous amène à considérer ces luttes comme primordiales dans la période. La mobilisation du 18 décembre cette année a franchi un cap avec le mot d’ordre de la « journée sans nous » et l’ambition de faire de cette date un jour de grève politique. Nous proposons d’abord un retour sur cette mobilisation et celles des dernières, tout en approfondissant le lien indissoluble entre antiracisme et lutte de classe. Parce que l’antiracisme est nécessaire pour l’unité de toute la classe, il nous faut nous tenir fermement au côté de toutes celles et ceux qui le subissent et le combattent : alors que les attaques contre les musulman.e.s se multiplient dans la continuité de la progression du danger fasciste en France, nous devons continuer d’affirmer qu’il n’y aura pas de front commun antifasciste sans luttes contre l’islamophobie. Ainsi, vous trouverez aussi dans ce numéro un retour d’expérience sur une mobilisation large contre l’islamophobie à Saint-Brieuc à l’initiative du Front commun antifasciste des Côtes d’Armor.
Car l’unité de toute notre classe est une préalable non-négociable à l’expansion et à la coordination de nos luttes, il est impératif d’effectuer un retour critique sur les mouvements qui ont secoué ces dernières années et dans lesquels nous nous sommes investi.e.s. La formidable offensive depuis 2017 d’une « quatrième vague » féministe a rebattu les cartes de la lutte en mettant l’accent sur la question des violences sexistes et sexuelles et en faisant réémerger la perspective de la grève féministe. Quelques années après, alors que les mouvements réactionnaires et fascistes continuent de progresser, nous proposons un court bilan sous forme de point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe pour poursuivre les discussions et repasser à l’attaque.
L’accélération de la marche vers l’affrontement impérialiste doit tou.te.s nous engager à la construction d’un vaste mouvement anti-guerre. Cependant, les conditions de l’unité sont encore loin d’être là et les divergences à l’intérieur du mouvement n’ont fait que s’accentuer depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. C’est pour prolonger les polémiques de façon constructive que nous continuons d’affirmer que l’émancipation des ukrainien.ne.s envahi.e.s par la Russie de Poutine ne peut reposer sur l’aide des impérialistes occidentaux et qu’ici comme là-bas nous devons refuser l’union sacrée avec Trump et Macron. Alors que le soutien à la résistance palestinienne est de plus en plus criminalisé en France, nous nous devons de clarifier nos perspectives stratégiques pour le mouvement d’un point de vue le plus internationaliste possible et de mettre en avant le rapport nécessaire entre le combat des palestinien.ne et la libération de tout le Moyen-Orient. C’est à partir de la première déclaration de Georges Abdallah à son retour à Beyrouth que nous proposons d’examiner les liens entre le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière égyptienne. Enfin, parce que le pire n’est jamais sûr et à rebours des interprétations historiques dominantes, nous vous partageons un lien vers une introduction d’un camarade qui répond à la question : qu’est-ce qui a vraiment mis fin à la première guerre mondiale ?