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	<title>Archives des syndicalisme - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des syndicalisme - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Syndicalisme : les directions contre la base</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mathilde]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 10:38:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Bloquons tout]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026 La séquence du 10 septembre au 2 octobre, autour du mouvement « Bloquons tout », déclenché après la tentative de Bayrou de faire adopter un nouveau budget en <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/syndicalisme-les-directions-contre-la-base/" title="Syndicalisme : les directions contre la base">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><em>La séquence du 10 septembre au 2 octobre, autour du mouvement « Bloquons tout », déclenché après la tentative de Bayrou de faire adopter un nouveau budget en plein été, a été un révélateur de la situation politique actuelle. Il a mis en lumière à la fois l’extrême fragilité du gouvernement, la combativité persistante de notre classe, mais aussi le rôle central des directions syndicales dans la temporisation de la colère sociale pour laisser le temps aux classes dirigeantes de trouver une issue à la crise.</em></p>



<p>Malgré deux journées combatives mi-septembre (10 et 18) et un pouvoir affaibli, le gouvernement parvient en février 2026 à faire adopter un budget austéritaire et de guerre, grâce au 49.3 et au soutien du PS. Pour comprendre cette séquence, il faut analyser le rôle joué par les directions syndicales dans les mobilisations sociales et en tirer des conclusions stratégiques si nous voulons gagner dans la période qui s’ouvre.</p>



<p><strong>Le rôle des directions syndicales</strong></p>



<p>Chaque passage en force alimente la colère. Pour éviter un affrontement généralisé, la classe dirigeante s’appuie sur les directions syndicales, qui jouent un rôle central dans la canalisation de la mobilisation. Encore une fois, la séquence du 10 au 18 septembre l’a montré de manière très claire. La journée du 10 septembre a été marquée par une réelle dynamique combative et c’est en lien direct avec le fait qu’elle a été appelée par la base (forte présence de la jeunesse rejointe par des sections syndicales combatives). À la suite de cette journée, les directions syndicales ont appelé à un nouveau temps fort le 18 septembre.</p>



<p>Mais au lieu de renforcer la mobilisation, les directions syndicales professionnelles ont limité la mobilisation du 18 septembre à une journée isolée, sans perspective de reconduction et sans volonté d’unifier réellement les secteurs en lutte. Entre ultimatum et reconduction d’une journée le 2 octobre puis le 5 décembre, les directions syndicales ont joué, dans un moment de fragilité du pouvoir, un rôle de canalisation permettant à l’exécutif de se stabiliser. Aujourd’hui, c’est donc avec l’appui des directions syndicales et du Parti Socialiste que Lecornu a pu faire passer sans contestation massive un budget avec l’usage du 49.3.</p>



<p>Pourtant, si de nombreux·ses militant&rsquo;es sont critiques des directions syndicales, il nous faut nous doter d’une stratégie pour y faire face. Pour cela il faut comprendre le processus de construction d’un syndicat et des logiques de bureaucratisation auxquelles il fait face pour pouvoir combattre les politiques des directions syndicales. </p>



<p><strong>La bureaucratie, un phénomène inhérent à l’évolution des syndicats</strong></p>



<p>Un premier écueil dans lequel tomber serait de penser qu’il y aurait juste de mauvais·es dirigeant·es à la tête du syndicat. Les directions syndicales ne sont pas simplement le produit de trahisons individuelles. Pour qu’un syndicat se massifie et se stabilise, il se dote de moyens permanents : financements, structures, militant·es dédié·es aux négociations. Une partie des militant·es se professionnalise et son activité se déplace progressivement des lieux de travail vers les instances institutionnelles.</p>



<p>Nous ne disons pas que les bureaucrates « défendent consciemment le capitalisme ». Si une couche des travailleur·euses se professionnalise dans l’appareil syndical qu’elle s’attelle à maintenir, elle n’a plus les mêmes conditions d’existence. Son activité quotidienne ne consiste plus principalement à travailler côte-à-côte avec ses collègues sous l’autorité directe d’un patron, mais à gérer une organisation, négocier, siéger dans des instances, maintenir des relations institutionnelles. Lorsque l’on est dans la gestion d’un syndicat, l’appareil syndical devient la fin, et non plus un moyen pour renforcer la lutte. Et plus on monte dans l’appareil syndical, plus la distance avec les conditions immédiates de travail s’accroît, plus son statut dépend du cadre de négociation avec l’État et le patronat et donc du cadre de l’exploitation.</p>



<p>Dans les moments de forte intensité de lutte, ces contradictions sont d’autant plus visibles, comme nous avons pu le voir durant les deux dernières séquences des mouvements contre les réformes retraites où étaient beaucoup plus discutées les stratégies des directions syndicales nationales. La base peut pousser à l’extension du conflit, tandis que la bureaucratie cherche une issue négociée pour maintenir son rôle d’intermédiaire. Aussi, plus la crise politique s’approfondit, plus la nécessité de garantir la stabilisation du gouvernement implique de freiner la mobilisation et de canaliser la colère s’intensifie, et plus les directions syndicales jouent leur rôle de frein de la mobilisation.</p>



<p>Les divergences internes à la bureaucratie, entre sa gauche et sa droite, sont secondaires par rapport à la différence fondamentale entre les directions insérées dans les mécanismes institutionnels et les travailleur·euses directement confronté·es à l’exploitation.&nbsp;</p>



<p>La question n’est donc pas d’abord celle des personnes à la tête du syndicat mais de sa structure même. Une direction plus à gauche peut, dans certaines séquences, favoriser la mobilisation. Mais sans développement d’un courant combatif dans les bases, elle subira à son tour la pression à la modération ou ne permettra pas une dynamique sur du long terme. Il faut aussi distinguer les directions locales des directions nationales. Les équipes locales : unions locales, sections d’entreprises, syndicats départementaux restent en général plus directement ancrées dans les lieux de travail. Cette proximité peut maintenir une tension plus forte avec les attentes de la base et laisser davantage de place à des dynamiques combatives.</p>



<p>Les divergences internes à la bureaucratie existent entre sa gauche et sa droite, entre les directions locales et nationales. Elles restent toutefois secondaires par rapport à la différence fondamentale entre une couche insérée dans les mécanismes institutionnels (direction) et des travailleur&rsquo;euses directement confronté·es à l’exploitation (base).</p>



<p><strong>La bureaucratie, produit du recul de l’auto-activité des masses</strong></p>



<p>Mais si la bureaucratie a une base matérielle, elle n’est pas pour autant toute-puissante. Son poids dépend du niveau d’auto-activité des bases. La bureaucratie se renforce d’autant plus lorsque l’auto-activité des travailleur&rsquo;euses s’affaiblit et que les décisions stratégiques se concentrent entre les mains de ceux qui ont le temps et les moyens de les prendre.</p>



<p>Dans les périodes de mouvements sociaux, on observe souvent un développement des assemblées générales de travailleur&rsquo;euses, qui constituent un espace essentiel de débat et de critique des orientations des directions. C’est souvent dans ces espaces qu’on entend parler de stratégie de reconduction. Pendant la séquence des retraites de 2019, notamment à la RATP à Paris se déroulaient des AGs intersyndicales qui votaient démocratiquement la reconduction de la grève, confrontant parfois leurs propres directions (UNSA, CGT) qui préconisaient la trêve de Noël. Or pendant la séquence de la réforme des retraites 2023, malgré des manifestations immenses, le trop peu d’assemblées générales à la base n’a pas permis de proposer une alternative aux directions syndicales.</p>



<p><strong>La bataille politique dans les syndicats</strong></p>



<p>Un problème majeur est que, sur les lieux de travail, les bases ne trouvent souvent ni la force ni la confiance nécessaires pour se battre sans appels des directions syndicales. Il est donc prioritaire de penser la construction d’une direction « par en bas », réappropriée par les travailleur&rsquo;euses elles et eux-mêmes, qui renforce leur combativité et leur confiance dans leur propre force. Mais cela nécessite un travail conscient de militant·es syndicalistes qui veulent développer le syndicat de façon combative, élargir sa base et défendre l’auto-organisation. Aussi, cela implique d’assumer et de porter des conflits avec les directions syndicales même locales quand elles limitent l’action et la force collective. Ainsi, il ne suffit pas uniquement d’être syndiqué·e lorsque l’on est révolutionnaire, mais de mener les batailles dans son syndicat pour pousser pour l’auto-organisation de la base.</p>



<p>Quelle politique défendre à la base ? Renforcer les espaces démocratiques</p>



<p>Une politique pour et par les bases elles-mêmes est une politique qui pousse à l’auto-organisation sur les lieux de travail. Dans le secteur de l’éducation, lors du mouvement de septembre, on a vu des AGs de travailleur&rsquo;euses fleurir dans les bourses du travail pour décider collectivement de la reconduction ou non de la grève. Ces espaces démocratiques sont généralement peu investis par les travailleur&rsquo;euses mais profondément nécessaires pour que la grève leur appartienne. Notre tâche est de les renforcer et de faire en sorte qu’un maximum de travailleur&rsquo;euses y participent. De la même façon, cette politique doit se renforcer régulièrement sur les lieux de travail où nous devons renforcer les AGs pour permettre de s’habituer à se réunir pour discuter politique.</p>



<p>Ces pratiques permettent de rappeler que les travailleur·euses doivent et peuvent diriger par elleux-mêmes. Les moments de lutte syndicale nationale sont l’opportunité pour favoriser ces pratiques. C’est à partir de ces moments d’intensité de lutte que nous pouvons tenter de pérenniser ces moments démocratiques dans le temps.</p>



<p>Le syndicat peut être cet outil en permettant d’organiser des AGs de toustes les syndiqué·es assez régulièrement. C’est dans cet espace qu’on doit pouvoir tirer des perspectives de lutte, des combats politiques à mener, notre organisation face aux attaques de la classe dirigeante.</p>



<p><strong>Politiser les luttes syndicales&nbsp;</strong></p>



<p>L’un des problèmes centraux du syndicalisme dominant est la séparation entre luttes économiques et luttes politiques. Cette distinction, qui semble naturelle, repose pourtant sur une division artificielle : les conditions d’exploitation dans l’entreprise et les décisions politiques de l’État sont profondément imbriquées.</p>



<p>Dans la pratique syndicale dominante, la mobilisation est souvent cantonnée à un registre revendicatif limité : défendre des acquis, négocier des compensations, peser sur un projet de loi, mais sans ouvrir la possibilité d’un affrontement plus large sur l’organisation même du travail, sur le contrôle de la production et sur l’État.</p>



<p>Politiser les luttes ne signifie pas les subordonner à un agenda parlementaire, mais partir de ce qui se joue dans les bases, de politiser les conflits pour poser la question du pouvoir patronal et du rôle de l’État. Dans l’éducation nationale, nous avons poussé pour articuler une mobilisation contre la suppression de postes et de moyens avec le refus du nouveau budget de guerre. Plus de moyens dans l’éducation, moins pour l’armement et la guerre. Cette campagne permet de politiser les raisons pour lesquelles il y a ces coupes budgétaires dans l’éducation nationale et de comprendre que cela ne va pas s’améliorer dans les prochaines années sans une riposte. Ces réflexes permettent de renforcer la conscience des travailleur&rsquo;euses que les attaques sont cohérentes et organisées contre la classe ouvrière dans son ensemble. </p>



<p>Mais les questions politiques viennent souvent de l’extérieur des luttes concrètes syndicales. En Italie, les grèves de solidarité avec la Palestine ont été rendues possibles par l’existence de liens entre syndicalistes et organisations palestiniennes, capables d’ancrer concrètement la question de la guerre au transport de marchandises ou d’armes dans les lieux de travail. La grève générale en Italie pour la Palestine a été le fruit de plusieurs actions préalables de prise de confiance des travailleur&rsquo;euses à la base des syndicats pour agir en faveur de la Palestine, loin de l’immobilisation des directions majoritaires.</p>



<p>Toutes ces expériences permettent de renforcer ce que doit devenir le syndicat : un outil de lutte des travailleur&rsquo;euses contre l’État et le patronat sur toutes les questions politiques.</p>



<p><strong>Lutte interprofessionnelle</strong></p>



<p>La grève dans une entreprise, sur un lieu de travail permet d’affirmer l’antagonisme travailleur&rsquo;euses/patrons et de supprimer la concurrence entre les travailleur&rsquo;euses. Mais cette conscience doit être étendue à l’ensemble de la classe. C’est pourquoi les luttes interprofessionnelles sont décisives. Les assemblées générales interprofessionnelles permettent de coordonner les mobilisations, d’élaborer des perspectives communes et de rompre l’isolement organisé par les directions. Pour favoriser cette construction interprofessionnelle, l’outil syndical des unions locales permet de réunir toustes les syndiqué·es d’une zone géographique et d’y discuter politique. Ces espaces peuvent jouer un rôle décisif dans les mobilisations à venir.</p>



<p>Ces politiques menées aux bases des syndicats permettent d’effectuer un travail de conscientisation et de solidifier des expériences de combat sur son lieu de travail qui vont être nécessaires dans la séquence à venir. Mais ces batailles politiques ne peuvent être menées seules. Elles nécessitent le regroupement des militant·es convaincu&rsquo;es de cette stratégie pour une action commune dans les syndicats majoritaires. Une organisation révolutionnaire doit permettre ce regroupement et cette intervention commune. Sans construction consciente d’un courant combatif organisé dans les syndicats majoritaires, la critique de la bureaucratie restera impuissante.</p>



<p>Anouk (Marseille)</p>
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		<title>Dans la France de Macron, une seule solution : l’organisation. </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/dans-la-france-de-macron-une-seule-solution-lorganisation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathilde]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 10:32:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[CGT]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Librairies]]></category>
		<category><![CDATA[SUD]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026 Retour sur les balbutiements d’une activité syndicale pérenne en librairie. Être salarié&#8217;e de librairie, c&#8217;est souvent travailler dans des toutes petites structures, de moins de 11 salarié·e·s. C’est <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/dans-la-france-de-macron-une-seule-solution-lorganisation/" title="Dans la France de Macron, une seule solution : l’organisation. ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><strong>Retour sur les balbutiements d’une activité syndicale pérenne en librairie.</strong></p>



<p>Être salarié&rsquo;e de librairie, c&rsquo;est souvent travailler dans des toutes petites structures, de moins de 11 salarié·e·s. C’est parfois avoir un&rsquo;e ou deux collègues maximum, c’est travailler avec son, sa patron&rsquo;ne au quotidien, souvent coincé&rsquo;e dans des espaces physiques de vente assez réduits. Être libraire en 2026, c’est aussi souvent travailler pour un patron de « gauche », qui brouille les frontières de classe, qui fait appel à l’affect et à la passion de vendre des livres de gauche et de diffuser des idées progressistes, pour justifier des conditions de travail souvent épuisantes, démultiplier les tâches et les heures sans que cela ne se traduise sur nos fiches de paie à la fin du mois. </p>



<p>Dans ce secteur atomisé, où nous sommes souvent isolés les un&rsquo;es des autres, l’organisation collective &#8211; et d’autant plus syndicale &#8211; n’est pas une évidence : c’est une tradition à construire. </p>



<p>L’enjeu pour nous a été de réussir à s’organiser de manière autonome de nos patrons ; cet enjeu peut sembler une évidence dans nos milieux militants, mais ça a dû être gagné en librairie car bon nombre de nos patrons avaient défilé avec nous en 2023 lors de la lutte contre la réforme des retraites. Nous devons avoir nos propres espaces de lutte, nos intérêts ne sont pas ceux de nos patrons, qui en dernière instance vont toujours défendre leurs moyens de production.&nbsp;</p>



<p>Nous avons à quelques un·es relancé la CGT Librairie en septembre 2022, construction qui s’est accélérée grâce au mouvement contre la réforme des retraites. Lors de la mobilisation, nous avons cherché à organiser une assemblée de lutte des libraires, en lien avec le collectif Carton Plein mais aussi avec le syndicat Solidaires. Cette assemblée a permis d’organiser des libraires, de faire des tournées de différentes librairies, des diffusions de tract devant l’École de la librairie et l’IUT Métiers du livre et d’organiser des gros cortèges lors des manifestations. Nous nous sommes réuni&rsquo;es non seulement sur la réforme des retraites, mais aussi contre son monde, celui de Macron et de la classe dirigeante, ce monde raciste et sexiste. C’est aussi cette force qui nous a permis de nous adresser largement et de maintenir des niveaux de mobilisation assez importants dans notre secteur, et d’être l’un des seuls cortèges de secteur de travailleur&rsquo;euses lors de la manifestation contre la Loi Darmanin, loi raciste par excellence, ou encore de participer à la mobilisation contre le RN au Havre avec les collectifs de la Marche des Solidarités. Nous avions en effet pensé cette AG comme un lieu de contestation globale de la politique autoritaire et néolibérale du gouvernement. Tout cela nous a amené·es à penser nos conditions de travail à travers ce prisme. </p>



<p>Le harcèlement en librairie (sexiste, raciste&#8230;) n’est pas un simple fait isolé d’un patron, mais bien le reflet de tendances plus globales de la situation politique. Il faut donc s’affronter aux systèmes d’oppressions aussi bien face à son patron qu’être solidaire avec l’ensemble de notre classe dans la rue contre le racisme et le sexisme, pour gagner ensemble.&nbsp;</p>



<p> Le bilan de cette mobilisation où des patrons « de gauche » se sont incrusté·es dans nos espaces de luttes a bien montré la divergence irréconciliable entre ces dernièr&rsquo;es et leurs salarié&rsquo;es : les patrons peuvent être contre la réforme des retraites, s’opposer à Macron et même voter LFI. Mais quand il s’agit de payer l’ensemble de nos heures supplémentaires, de mettre en place des tickets restaurants, d’augmenter nos salaires ou même de respecter le niveau minimum de la convention collective, pourtant pas très généreuse, les prétextes surgissent : il faut se souvenir que nous faisons un métier « passion », que nous devons accepter d’être en difficulté financière pour que le patron ne le soit pas… et en plus faut bien faire un petit effort face au grand méchant Amazon. </p>



<p>Après le mouvement de 2023, nous avons eu du mal à convaincre de l’importance de se syndiquer et le Bookbloc (l’AG des libraires) a peu été actif en l’absence de mobilisation. Mais depuis 2024, le génocide en Palestine et les législatives, les libraires sont la cible d’attaques des fachos et des sionistes. En effet, les libraires ne vivant pas en dehors du monde, proposent des assortiments de livres et prennent position. Position contre le fascisme, contre le RN et le racisme, mais aussi contre la colonisation et le génocide en Palestine. </p>



<p>Le Bookbloc a repris son activité à l’initiative de camarades de la CGT pour organiser la riposte antifasciste et antisioniste, ce qui a permis de convaincre pas mal de libraires de rejoindre le syndicat.</p>



<p>Les positions claires défendues par la CGT &#8211; librairie (que ce soit sur la Palestine, les fachos ou les patrons) a permis de convaincre de s’organiser. Après l’organisation de plusieurs rassemblements et AGs, mais aussi d’une table ronde avec Culture en lutte et Solidaires Métiers du livre, nous avons eu une petite vague d’adhésion de libraires voulant activement construire le syndicat sur des bases militantes.&nbsp;</p>



<p>L’activité syndicale se met en place avec grâce à des relais avec d’autres camarades, qui ont acquis un peu d’expérience syndicale dans d’autres villes. Nos élu·es en branche librairie sont en lien avec les mobilisations à la base et nous essayons de tenir une équipe militante en région parisienne avec une réunion et une permanence syndicale mensuelles. Au fil des mois, de plus en plus de collègues se tournent vers la CGT lorsqu’ils ou elles ont une question ou un problème, preuve que l’activité syndicale paye et qu’on gagne en notoriété et en confiance dans notre milieu.&nbsp;</p>



<p>Au travers de cette activité syndicale se sont développées des positions politiques qui font émerger des débats entre les différentes stratégies syndicales. Pendant la lutte contre la réforme des retraites en 2023, nous pouvions discuter avec certains camarades du collectif Cartons pleins de la meilleure manière de concentrer nos forces : bloquer les flux dans la chaîne du livre ou alors partir de notre moyen d’action qu’est la grève en convainquant massivement notre milieu de s’impliquer dans le mouvement (cette position était plutôt défendue par la CGT). </p>



<p>Aujourd’hui avec la constitution de Sud métiers du livre, d’autres débats se posent à nous et nous ont permis de nous renforcer dans les choix d’orientation politique pour notre section syndicale. En effet, Sud fait le choix de se construire au travers de la chaîne du livre plutôt que du commerce. Nous avons fait le choix inverse car nous pensons justement que nos conditions de travail, en tant que libraires, sont plus proches du reste de celles des autres commerçants de nos quartiers, que d’éditeur&rsquo;ices. </p>



<p>Défendre des frontières claires et imperméables avec nos patrons nous semble impératif si l’on veut construire un outil syndical efficace, qui nous permette de renforcer le rapport de force général de notre classe pour les batailles qui arrivent.&nbsp;</p>



<p>Ces différents choix reflètent des visions contrastées du rôle d’une organisation syndicale, ce qui s’est reflété dans les réactions différentes aux attaques contre les librairies. Nous pensons qu’il faut résolument être derrière les salarié·e·s et s’organiser en autonomie de nos patrons même si à certains endroits, nous pouvons nous retrouver ciblé·es par les mêmes attaques des fascistes et sionistes. Cependant, il ne faut pas oublier les collègues qui subissent la pression en interne de leurs patrons sur leurs assortiments, et enfin ne pas oublier qu’en dernier recours un patron défendra son commerce plutôt qu’une position politique radicalement antifasciste ou antisioniste. </p>



<p>Défendre des frontières claires et imperméables avec nos patrons nous semble impératif si l’on veut construire un outil syndical efficace, qui nous permette de renforcer le rapport de force général de notre classe pour les batailles qui arrivent.&nbsp;</p>



<p>Toutes ces expériences nous ont permis de mettre une pierre après l’autre de la reconstruction d’un outil syndical efficace en librairie, travail de fourmis qui parfois permet de grosses réussites quand l’étincelle arrive, comme pendant la réforme ou face aux attaques fascistes, sionistes, mais permet aussi aux quotidiens d’avoir un outil d’organisation et de défense collective face à Macron et son monde.&nbsp;</p>



<p>Sana (Paris 18e)</p>
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		<title>Tout bloquer dans le social : construire la grève par en bas! </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/tout-bloquer-dans-le-social-construire-la-greve-par-en-bas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Nov 2025 14:08:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[AG]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À Marseille, la mobilisation des secteurs du social, du médico-social et de l’associatif les 10 et 18 septembre a mis en lumière l’importance de construire la grève « par en bas », par les travailleur·euses <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/tout-bloquer-dans-le-social-construire-la-greve-par-en-bas/" title="Tout bloquer dans le social : construire la grève par en bas! ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>À Marseille, la mobilisation des secteurs du social, du médico-social et de l’associatif les 10 et 18 septembre a mis en lumière l’importance de construire la grève « par en bas », par les travailleur·euses eux·elles-mêmes.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; NOVEMBRE 2025</h6>



<p>Ces secteurs, fortement imbriqués, sont soumis depuis plusieurs années à une double dynamique : d’une part, la précarisation des services publics (social et médico-social) et, d’autre part, la délégation croissante de missions à des associations. Ce changement s’accompagne d’un basculement vers un mode de financement fondé sur les appels à projets (ex. dispositif ES, FSE+, plan France Relance…), ce qui instaure une mise en concurrence des structures associatives. Cette logique pousse de nombreuses associations à intensifier l’exploitation de leurs salarié·es (salaires modérés, horaires allongés, multiplication des projets « court terme ») afin de satisfaire aux critères de sélection, de performance et de compétitivité Dans un contexte de renforcement des tensions inter-impérialistes à l’échelle mondiale, les coupes budgétaires pour financer l’armement, affectent directement les secteurs du social et du médico-social. </p>



<p>De plus, travailleur·euses de l&rsquo;associatif et du social et médico-social public travaillent souvent ensemble autour des mêmes usagèr·es. L’enjeu d’unir par en bas ces secteurs a donc été de regrouper des travailleur·euses qui, associatifs ou non, et malgré leur emploi dans des structures différentes, partagent des conditions de travail communes et subissent ensemble la politique de l’État qui consiste à donner plus à l’armement en rognant sur la prise en charge du soin aux travailleureuses. </p>



<p>Malgré une mobilisation sociale d’ampleur en septembre, l’agenda bouché par les directions syndicales a entraîné un reflux de la mobilisation. Mais pourtant le secteur du médico-social en lutte offre une perspective. Les rencontres nationales du travail social en lutte en octobre ont permis, dans l’élan des mobilisations de septembre, d’appeler à une grève sur trois jours, du 16 au 18 décembre. Cet agenda offre la possibilité de construire dans un secteur particulièrement attaqué par les offensives autoritaires, racistes et anti-sociales, une grève reconductible aboutissant à une grève politique antiraciste appelée par les collectifs sans papiers regroupés dans la Marche des Solidarités. Retour avec Juliette, Marion et Gabin, travailleureuses du social dans des structures associatives à Marseille, et camarades d’A2C. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles sont les limites habituelles à la construction de la grève dans ces secteurs ? </h2>



<p>Les travailleur·euses de ces secteurs sont très atomisé·es. Il y a beaucoup d&rsquo;intérimaires, avec un turn over important qui fait que le travail syndical y est rendu difficile. En plus, on fait face à une véritable culpabilisation de la grève. Le fait que nos métiers s&rsquo;organisent autour du soin fait qu&rsquo;un bon nombre de collègues disent qu&rsquo;au final si ils font grève, ils pénalisent plus les usagèr·es du service que l&rsquo;État et ses politiques. On est dans un secteur extrêmement féminisé et dont l&rsquo;exploitation s&rsquo;appuie aussi sur une naturalisation de notre capacité à prendre soin, comme si nos AG du travail social le 18 septembre à Marseille 11 métiers étaient des expressions spontanées de notre nature profonde de femmes qui serait de se réaliser dans la sollicitude. Dans un moment de crise du capitalisme, cette idéologie permet de nous faire travailler plus, et avec toujours moins d&rsquo;argent, comme quand l&rsquo;État exaltait les couturières qui fabriquaient gratuitement des masques pendant le Covid par exemple. </p>



<p>Au printemps 2025, on a commencé à structurer syndicalement le secteur, même si c&rsquo;était difficile parce qu&rsquo;on s&rsquo;est affronté·es aux réticences syndicales à Marseille. Les syndicats du social ne sont pas toujours enclins à syndiquer les travailleur·euses de l&rsquo;associatif. Mais malgré tout ça, au final, au printemps dernier on a quand même réussi à faire trois AG de l&rsquo;associatif avec le syndicat SUD ASSO, ce qui nous a permis de parler de nos conditions de travail et de faire un cortège pour la mobilisation du 22 mars contre le racisme et le fascisme.</p>



<p>Le 18 septembre, une AG a rassemblée plus de 160 personnes du secteur social et médico-social au Planning Familial 13, comment expliquez vous ce succès ? </p>



<p>La mobilisation du 18 septembre s&rsquo;est faite sur la base des arguments qu&rsquo;on a développés dans les AG de l&rsquo;associatif du printemps dernier mais aussi sur la grève du Planning Familial, qui a été impressionnante : les camarades ont réussi à fermer le Planning et ont organisé un cortège féministe lors de la journée du 10 septembre permettant d&rsquo;occuper une place importante et d&rsquo;être particulièrement visible dans le mouvement social. </p>



<p>Aussi, il y a un ras-le-bol général justement des travailleur·euses de ce secteur sur la culpabilisation à la grève malgré des attaques toujours plus fortes sur nos emplois. </p>



<p>On a appelé sur les mot d&rsquo;ordres politiques : moins d&rsquo;argent pour la guerre, plus pour le soin. Mot d’ordre qu’on a articulé avec les attaques spécifiques de nos secteurs, la mise en concurrence des structures et le manque de moyens généralisé. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Quels arguments ont été développé dans ces AG pour faire face aux difficultés de se mettre en grève dans ce secteur ? </h2>



<p>Dès le départ, beaucoup de prises de parole contraient les logiques de culpabilisation à la grève : “Nous aussi, on est des usagèr·es, nous aussi on fait la queue à la CAF”. Ça a permis de changer de regard et d’avoir un rapport de solidarité, de classe avec les usagèr·es. C’est la construction par en bas qui a permis de faire se rencontrer les travailleur·euses, discuter de leurs conditions de travail et de collectivement trouver des solutions aux problèmes posés à la fois par le secteur lui-même (atomisation, uberisation, mise en concurrence des structures) mais aussi par les syndicats dont le manque d’implication a été déploré. Loin de nous démoraliser, ça nous a poussé à construire coûte que coûte la grève dans le secteur et de la généraliser par nos propres moyens. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Vous avez appelé à trois jours de grève en décembre, qui aboutit à une journée de grève pendant la journée internationale des migrant·es. Comment avez vous réussi à argumenter pour ces dates ? </h2>



<p>Les rencontres nationales du travail social en luttes ont rassemblé en octobre une centaine de travailleur·euses auto-organisé·es dans une dizaine de villes. </p>



<p>Lors de ces rencontres nationales, on a pu parler de racisme, par exemple grâce à l’expérience de camarades de Toulouse, qui ont construit la mobilisation du 10 septembre autour de mots d&rsquo;ordre antiracistes en mettant en grève plusieurs lieux de travail d&rsquo;accueil de personnes migrantes. </p>



<p>Donc à partir du moment où on cherchait des dates pour les prochaines mobilisations, dans le sillage du vote du nouveau budget, on a proposé de se mobiliser autour du 18 décembre, journée internationale des migrant. es. Cette perspective a bien pris, surtout pour les travailleur·euses des structures d&rsquo;accueil des mineur·es non accompagné·es. </p>



<p>Cet agenda progressiste s&rsquo;est donc élaboré par en bas, dans une coordination de cadres d&rsquo;auto-organisation de travailleur·euses en lutte. Dans un mouvement essentiellement bridé par les décisions des directions syndicales qui n&rsquo;ont proposé aucun plan de bataille à la hauteur, les perspectives portées par la coordination du travail social en lutte doivent servir de perspective pour l&rsquo;ensemble du mouvement social. Dans une période de montée de l&rsquo;extrême droite, du racisme, et des politiques austéritaires, ouvrir une séquence combattive de grève autour du 18 décembre permettrait à la fois de s&rsquo;opposer au budget Bayrou et à la militarisation de la société mais aussi de lutter auprès des collectifs sans papiers pour une grève antiraciste, nécessaire à la construction de l&rsquo;unité de notre classe. </p>



<p>Les trois jours de grève en décembre vont devoir être construits avec le soutien des syndicats. Avec la fin du mouvement social, on a de moins en moins de gens dans l&rsquo;AG du social. Mais pourtant, les gens continuent à faire des tournées dans les structures et à discuter avec leurs collègues. L&rsquo;appui syndical contribuera à faire des dates du 16, 17 et 18 décembre des dates réussies. </p>



<p>Par contre, sur la grève du 18 décembre, malheureusement, la nécessité de la lutte antiraciste n&rsquo;est que très peu présente dans l&rsquo;appel. Nous devons pourtant, dans cette période, pousser pour que la grève du social le 18 décembre soit une grève antiraciste, au côté des personnes sans papiers, des mineur·es isolé·es et des travailleur·euses qui veulent se mobiliser en ce sens. Nous devons également nous mobiliser pour dénoncer les attaques racistes de l&rsquo;État dans nos secteurs qui précarisent et discriminent les usagèr·es racisé·es, immigré·es, sans papiers, mais aussi les travailleur·euses premièrement touché·es par les offensives racistes et islamophobes. À nous de jouer. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Marion, Gabin, Juliette (Marseille), propos recueillis par Anouk (Marseille)</h5>
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		<title>Quel syndicalisme pour organiser notre classe ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/quel-syndicalisme-pour-organiser-notre-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Anouk]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Oct 2025 11:14:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les syndicats restent, malgré leurs faiblesses et contradictions, la principale force organisée de la classe des travailleuses et des travailleurs. Capables de mobilisations massives, ils se heurtent toutefois à des limites internes : bureaucratisation, orientation <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/quel-syndicalisme-pour-organiser-notre-classe/" title="Quel syndicalisme pour organiser notre classe ?">[...]</a></div>
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<p>Les syndicats restent, malgré leurs faiblesses et contradictions, la principale force organisée de la classe des travailleuses et des travailleurs. Capables de mobilisations massives, ils se heurtent toutefois à des limites internes : bureaucratisation, orientation réformiste, refus d’encourager l’auto-organisation. Comment, dès lors, y intervenir pour faire avancer les perspectives révolutionnaires ?&nbsp; Si l’on part de l’idée, actualisée, de Marx, que « l’émancipation des travailleurs et travailleuses sera l’œuvre des travailleurs et travailleuses elles et eux-mêmes », alors il faut être dans les syndicats et contribuer à les construire.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les syndicats, principale force organisée de notre classe</strong><br></h3>



<p>Qui, en 2023, a mis des millions de salarié·es en grève et jusqu’à 3 millions de personnes dans la rue contre la réforme des retraites ? Les syndicats !&nbsp; Qui, après la dissolution de l’Assemblée, a rassemblé 800 000 personnes contre le danger fasciste ? Encore les syndicats !</p>



<p>Malgré un recul historique de la syndicalisation – de 30-35 % au sortir de la Seconde Guerre mondiale à moins de 10 % aujourd’hui – les organisations syndicales regroupent encore près de 2 millions d’adhérent·es : la CGT et la CFDT revendiquent plus de 600 000 membres chacune, FO environ 380 000, et Solidaires, la FSU, l’UNSA, la CFE-CGC et la CFTC autour de 100 000 chacune.</p>



<p>La présence syndicale reste cependant très inégale : forte dans les transports, l’éducation ou l’automobile, très faible dans le commerce ou le tourisme, où la main-d’œuvre est souvent féminisée et racisée, et où les salaires et conditions de travail sont les plus dégradés.&nbsp; Mais même dans ces ces « déserts syndicaux », les luttes récentes – femmes de chambre de l’hôtel Ibis, travailleurs sans-papiers de Chronopost – ont&nbsp; montré que l’outil syndical peut devenir une arme dès que la volonté de se battre existe. Quand un conflit éclate, c’est vers les syndicats que l’on se tourne.</p>



<p>Les syndicats ne se contentent pas de mobiliser pour des manifestations : ils interviennent au cœur de l’exploitation, dans les entreprises et les secteurs d’activité pour faire respecter les droits des salariés. Ils organisent la grève, ce moment où on se libère momentanément de nos chaînes, ce moment où s&rsquo;ouvre la possibilité de s’organiser collectivement et d’agir pour nous-même.&nbsp;</p>



<p>Malgré un faible taux de syndicalisation, la France conserve un niveau de grève parmi les plus élevés d’Europe (128 jours pour 1 000 salarié·es sur 2010-2019, contre 18 à 57 ailleurs). La quasi-totalité de ces grèves sont appelées par les syndicats. Les mouvements contre la réforme des retraites ont été parmi les plus massifs :</p>



<p>2010 : 364 jours/1 000 salarié·es, 3 millions de manifestant·es.</p>



<p>2019 : 161 jours/1 000, plus de 1,5 million de manifestant·es.</p>



<p>2023 : 171 jours/1 000, un mouvement de plus de 4 mois, 13 journées nationales de grève et de manifestation, parfois supérieures en nombre à 1995 et 2010. Ce dernier mouvement a vu des manifestations dans plus de 300 villes, des cortèges sauvages et un soutien de plus de 70% de la population. Il a créé une crise politique toujours en cours.&nbsp;</p>



<p>Cela ne veut pas dire que la lutte de classe, se résume au syndicalisme :&nbsp; le mouvement des Gilets jaunes ou la révoltes des quartiers après l’assassinat de Nahel ont porté des luttes intenses contre l’exploitation et l’oppression en dehors des syndicats. Mais même dans ces deux situations, les syndicats ont eu un rôle très important – hélas en négatif – en condamnant les violences plutôt qu’en généralisant la lutte. Le syndicat est donc incontournable si on veut agir au sein de notre classe pour son émancipation.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Des stratégies qui mènent à la défaite.</strong><br></h3>



<p>Pourtant les syndicats nous mènent le plus souvent à la défaite comme l’a vu lors des derniers mouvements.</p>



<p>Les syndicats sont fondamentalement des organisations qui négocient nos conditions d&rsquo;exploitation dans le cadre du capitalisme, elles ne cherchent pas à briser l’exploitation. Les directions syndicales cherchent à s&rsquo;asseoir le plus rapidement possible autour de la table de négociation pour tenter d’alléger ou de ne pas trop alourdir nos chaînes. Et ces directions pèsent de tout le poids de la bureaucratie.</p>



<p>La bureaucratie est inhérente au développement du syndicalisme de masse, parce qu&rsquo;elle&nbsp; assure, par le permanentât ou les délégations, la continuité nécessaire au fonctionnement du syndicat par sa participation aux instances dites de négociation, hors des grands mouvements sociaux.&nbsp; Elle se trouve ainsi dans une position sociale particulière : ni patron, ni directement soumis aux conditions de travail qu’elle négocie. Pour garder leur rôle d’interlocuteurs, les directions doivent à la fois conserver la confiance des salarié·es et celle du patronat. Si les directions sont traversées par des clivages, si bien sûr on préfère les orientations de gauche à celles de droite, la bureaucratie dans son ensemble adopte néanmoins une position réformiste.</p>



<p>Le&nbsp; conclave pathétique sur les retraites a montré la capacité des syndicats dit «&nbsp;réformistes&nbsp;», la CFDT en tête, à s&rsquo;asseoir sur les revendications du mouvement, en acceptant les 64 ans. Mais qu&rsquo;ont fait les autres syndicats dit «&nbsp;de transformation sociale&nbsp;» ? Rien de sérieux. Quelques appels pathétiques sans perspective en avril ou mai dans la Fonction publique, un appel tout aussi pathétique de la CGT sur les retraites en juin. Alors qu’en décembre dernier la grève de la Fonction publique, particulièrement massive dans l&rsquo;éducation, avait fait reculer le gouvernement Barnier sur les 3 jours de carences, à la veille de sa chute. Ils&nbsp; en tirent maintenant la conclusion que les salarié.es ne sont pas prêt.e.s à se battre !</p>



<p>De par leur positionnement réformiste, les directions voient fondamentalement les choses par en haut, non depuis l’auto-activité des millions de de salariés en lutte mais depuis l’activité parlementaires et c’est pour cela qu’elles craignent par-dessus tout la crise politique. Pendant le mouvement des retraites, la stratégie intersyndicale a consisté à organiser un mouvement d’expression massif plutôt qu’une confrontation directe : calendrier calé sur le Parlement et le Conseil constitutionnel, mobilisation envisagée avant tout comme pression institutionnelle. Les directions n’ont jamais cherché à encourager l’auto-organisation et les AG de luttes, et la reconduction a été laissée au bon vouloir local sans impulsion militante forte.</p>



<p>Il y a une différence notable entre&nbsp; argumenter qu’il faut reconduire la grève, en délégant des militants pour relayer les appels pour convaincre&nbsp; et motiver des équipes et dire «&nbsp;faites comme vous le sentez&nbsp;» ! C’est pas qu’il ne le peuvent pas :&nbsp; quand il s’agit&nbsp; des élections professionnelles, les directions sollicitent de nombreux militants pour faire des rappels téléphoniques à tous les syndiqués pour les faire voter ; on n&rsquo;a jamais vu cela pour une grève. C’est qu’il ne le veulent pas !</p>



<p>Et il y a bien pire. Quand la mobilisation devient générale et radicale, quand des pans&nbsp; massifs du salariat commencent à se poser la question de rompre les chaînes de l’exploitation plutôt que d&rsquo;en négocier le poids, alors les bureaucraties mettent toute leur énergie pour stopper la grève comme en juin 36 et en mai 68.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Construire un syndicalisme par en bas</strong><br></h3>



<p>Pour dépasser cette contradiction, il faut chercher à construire l’activité syndicale à la base contre la nature même du syndicat : pas en tant qu’outil de négociation mais en tant qu&rsquo;outil qui permet l’auto-organisation et l’auto-activité des travailleur.se.s. Il faut organiser les grèves non pas en tant que lutte économique mais en tant que lutte politique.</p>



<p>Ce que craignent les patrons dans une grève c’est n’est pas tant l’impact économique sur leurs profits &#8211; ils ont beaucoup en réserve, c’est la perte de contrôle, parce que le mouvement prend un caractère politique en remettant en cause leur pouvoir sur la production.</p>



<p>Ainsi quand les patrons d’une boite annoncent une fermeture ou des suppressions de postes, l’enjeu n’est pas de négocier pour limiter la casse, ou obtenir des meilleurs conditions de licenciement, mais de refuser en bloc tous les arguments financiers pour justifier la fermeture, de refuser toute suppression de poste et d’impliquer le plus grand nombre dans la grève et l’auto-organisation pour poser la question du contrôle de la production par les travailleur.se.s.</p>



<p>Il y de nombreux exemples de telles luttes qui sont allées très loin dans l’auto-organisation, dans la radicalité et la confiance collective&nbsp;: pendant les grandes périodes de grèves générales comme en juin 36 et mai 68, mais aussi chez LIP en 1973 ou chez les Conti en 2009. Cela ne&nbsp; signifie pas qu’on gagne sur tout, qu&rsquo;à un moment,&nbsp; on ne va pas négocier, mais cela se fera sur la base d’un rapport de force et d’une confiance collective construite dans la lutte.</p>



<p>A une modeste échelle locale, la lutte menée au lycée Voltaire à Paris en 2007 contre la suppression de deux postes a permis sur le long terme d’organiser un collectif solide. Animés par des militant.e.s qui partageaient le même soucis de la lutte par en bas, la grève et le blocage ont paralysé l’établissement pendant 15 jours, rassemblant quotidiennement près de 70 collègues en AG &#8211; la&nbsp; quasi totalité de ceux qui travaillaient pour discuter démocratiquement de la stratégie à mener et de la reconduction. Nous n’avons pas seulement gagné le maintien des 2 postes, mais également une énorme confiance collective et un fonctionnement systématique en AG mensuelle de tous les personnels qui dure depuis près de 20 ans. Dans ce type de dynamique, les divergences d’appareils syndicaux passent au second plan : l’unité et l’action priment ; des liens se créent avec d’autres établissements et d’autres secteurs pour se soutenir, partager les expériences et les analyses et tenter de généraliser la lutte.</p>



<p>Même si de telles dynamiques ne sont pas tout le temps envisageables,&nbsp; il y&nbsp; a toujours des moyens d’actions collectifs pour prendre position, donner confiance&nbsp; et rester soudé.e.s.&nbsp; Quelques exemples récents dans le secteur de l’éducation en témoignent. Une intense répression contre les équipes militantes a accompagné la politique de Blanquer au ministère de l’Education nationale. La campagne de solidarité avec Kai Terada, un collègue de Sud éducation déplacé de force de son établissement a permis de développer une solidarité exemplaire : affichage de banderoles et photos collectives, pétitions et motions d’AG dans les établissements…&nbsp; Elle a donné la confiance face à la répression du ministère et a finalement permis d’associer des collègues de centaines d&rsquo;établissements à la victoire de Kai.&nbsp;</p>



<p>Pendant le mouvement des retraites, Darmanin préparait sa loi raciste, mais&nbsp; les directions syndicales se sont tu. Pour les dirigeants syndicaux&nbsp; c’est une question «&nbsp;politique&nbsp;» qui se règle au parlement. Quand ils se sont finalement&nbsp; mollement&nbsp; réveillés, il était trop tard, Darmanin avait fait voter sa sale loi avec les voix du RN qui exultait.&nbsp; Mais une campagne de solidarité a débuté autour du collectif des mineurs du parc de Belleville qui avait entamé une lutte fantastique : campagne de photos collectives&nbsp; de solidarité dans les bahut, cortège d&rsquo;enseignants à leur côté dans les manif contre la loi.&nbsp; Dans la suite un collectif syndical s’est organisé en très grande partie grâce à Sud éducation, mais englobant maintenant tous les syndicats. Il prépare une campagne de solidarité à la rentrée scolaire.</p>



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<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="938579" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #938579;" fetchpriority="high" decoding="async" width="629" height="462" data-id="10078" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation.webp" alt="" class="wp-image-10078 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation.webp 629w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation-300x220.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation-80x60.webp 80w" sizes="(max-width: 629px) 100vw, 629px" /></figure>
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<h3 class="wp-block-heading"><strong>S’organiser en tant que révolutionnaire </strong><br></h3>



<p>Si l’on veut agir en tant que révolutionnaires dans et pour notre classe, la présence active dans les syndicats et dans leur construction est donc&nbsp; incontournable. Mais par leur nature même les syndicats ne seront jamais des organes révolutionnaires. En saisissant cette contradiction par en bas, l’activité des révolutionnaires au sein des syndicats offre la possibilité d&rsquo;accroître la confiance collective dans la lutte, dans la force révolutionnaire de notre classe.</p>



<p>Mais il faut garder en tête que la lutte de classe est tout sauf linéaire. Il y des vagues, des creux, des mouvements sur la gauche et sur la droite. Tout cela peut désorienter voire démoraliser. C’est pourquoi qu’il nous faut des boussoles. Elles nécessitent une analyse collective partagée de la situation globale, des forces et des faiblesses du mouvement. Ces boussoles ne tombent pas du ciel, elles s’élaborent se testent collectivement. C’est pour cela qu’à A2C nous pensons qu’il faut non seulement s’impliquer dans les syndicats mais aussi de façon autonome.</p>



<p>Nicolas Verdon (Paris 20ème)</p>
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		<title>Vers la « classe pour soi » : retour sur un mouvement de grève dans l&#8217;aéronautique</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/vers-la-classe-pour-soi-retour-sur-un-mouvement-de-greve-dans-laeronautique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 16:09:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Classe ouvrière]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte des classes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La conscience de classe est le plus souvent présentée comme une chose binaire : on l&#8217;a ou on ne l&#8217;a pas. La réalité est beaucoup plus complexe et heureusement, beaucoup plus dynamique. Alors, comment une <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/vers-la-classe-pour-soi-retour-sur-un-mouvement-de-greve-dans-laeronautique/" title="Vers la « classe pour soi » : retour sur un mouvement de grève dans l&#8217;aéronautique">[...]</a></div>
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<p><em>La conscience de classe est le plus souvent présentée comme une chose binaire : on l&rsquo;a ou on ne l&rsquo;a pas. La réalité est beaucoup plus complexe et heureusement, beaucoup plus dynamique. Alors, comment une « classe en soi », objectivement constituée par l&rsquo;exploitation collective qu&rsquo;elle subit, peut-elle devenir une « classe pour soi », prenant conscience de son intérêt commun et de son pouvoir transformateur ?</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p>Cet article ne prétend pas offrir de réponse toute faite à cette question qui taraude tout.e révolutionnaire ; il vise néanmoins à montrer que dans l&rsquo;expérience d&rsquo;une grève, somme toute assez banale, on trouve les débuts d&rsquo;un processus de transformation.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Avant de passer à l&rsquo;action, il est nécessaire de planter le décor de cette lutte. Nous parlons d&rsquo;un site de l&rsquo;industrie aéronautique en région parisienne employant un petit millier de personnes, réparties entre usine et bureaux d&rsquo;études. Un peu plus de la moitié des salarié.e.s sont ouvrièr.e.s et technicien.ne.s et les autres sont des cadres (ingénieur.e.s, managers, etc). 90% de la production est pour le marché civil, le reste pour l&rsquo;armement.</p>



<p>La « cadrisation » est une tendance généralisée dans la haute technologie : il faut de plus en plus d&rsquo;ingénieur.e.s pour produire. Malgré leurs salaires un peu plus élevés que les non-cadres, iels subissent des conditions dégradées et ce sont des travailleur.e.s exploité.e.s au même titre que les autres.</p>



<p>Par contre, une minorité des cadres organise la production et discipline la main d&rsquo;oeuvre pour le compte de la bourgeoisie : elle ne fait donc pas partie de notre classe.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Diviser les cadres pour unir la classe</strong></h2>



<p>Traditionnellement, la CGT organise surtout les ouvrièr.e.s et technicien.ne.s, qui constituent le gros des effectifs des grévistes dans l&rsquo;aéronautique.</p>



<p>La plupart des jeunes ingénieur.e.s viennent de milieux confortables mais se rendent compte que leurs conditions de travail et de vie seront moins favorables que leurs parents, et peuvent être influencé.e.s par les mouvements féministes, antiracistes et écolo de ces dernières années.</p>



<p>La CGT locale perçoit la nouvelle réalité. Sans faire de compromis sur les principes, il faut faire preuve de pédagogie en s&rsquo;adressant à ces travailleur.e.s qui ne connaissent pas les codes traditionnels du mouvement ouvrier.</p>



<p>Alors on appuie systématiquement sur ce qui peut unir les cadres exploité.e.s aux non-cadres, pour faire comprendre aux deux catégories qu&rsquo;elles appartiennent à la même classe. Le travail finit par payer : de plus en plus de jeunes ingénieur.e.s débrayent pour la première fois avec les ouvrièr.e.s et technicien.ne.s. Ce sont des grèves courtes mais actives : on se lève du bureau ou de l&rsquo;atelier et on va au rassemblement, avec pourquoi pas un petit tour du site pour faire débrayer plus de collègues. On choisit son camp, on s&rsquo;affiche devant ses collègues et son patron. Le quart des effectifs participe activement au mouvement.</p>



<p>La CFE-CGC, syndicat des cadres, est marginalisée : c&rsquo;est contre ses deux piliers – l&rsquo;unité entre tous les cadres, des ingés au top managers, et la docilité envers la direction – que se mobilise une partie des cadres.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La CGT bronche au moment d&rsquo;escalader</strong>&nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Les négociations avec la direction s&rsquo;enlisent mais le mouvement continue de grandir : une escalade s&rsquo;impose, elle est possible. Il faut passer à la grève reconductible avec piquet. Mais c&rsquo;est là que les militant.e.s CGT se mettent à douter : ok, les « ingés » nous ont suivi sur les débrayages, mais sur une grève ouverte ? Ok, les « gars de l&rsquo;usine » nous poussent à bloquer le site, mais on les connaît, ce sont des grandes gueules.</p>



<p>C&rsquo;est ainsi que la CGT, qui était la locomotive du mouvement, finit par le laisser s&rsquo;arrêter. La défaite a un goût amer car les possibilités ouvertes par la lutte n&rsquo;ont pas été exploitées.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Que reste-t-il de ce rendez-vous manqué ?</strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Les moments de débrayage sont précieux : on est content.e.s de se retrouver et des discussions s&rsquo;engagent entre collègues qui ne se connaissent pas.</p>



<p>On ressent aussi le besoin de généraliser, des discours militants contre le racisme et l&rsquo;extrême-droite sont très bien reçus. Les jeunes travailleuses qui débrayent pour la première fois n&rsquo;hésitent pas à dénoncer les slogans à connotation sexiste.</p>



<p>Il faut le vivre pour comprendre : après le débrayage, le discours des collègues change. On passe de moi à nous, on échange des idées farfelues, on s&rsquo;approprie la question principale : comment gagner ? Pendant quelques jours, une euphorie nous colle à la peau.</p>



<p>Les discours et la propagande jouent un rôle indéniable, mais seulement comme précurseurs à l&rsquo;action. Car c&rsquo;est dans la lutte qu&rsquo;on a l&rsquo;ouverture vers la conscience de classe. Comment se donner les moyens, collectivement, de décider de ce qu&rsquo;on produit et à quel.le.s fins, dans un secteur où production civile et militaire coexistent ?</p>



<p>C&rsquo;est bien la question centrale qui doit nous faire passer de salarié.e.s aliéné.e.s de nos collègues et du produit de notre travail, à producteur.e.s conscient.e.s de notre place dans la société. Dans un contexte de tensions impérialistes, quand les classes dirigeantes menacent d&rsquo;entraîner l&rsquo;humanité dans de nouvelles guerres, l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas d&rsquo;améliorer les conditions dans lesquelles les travailleur.e.s produisent des armes, mais d&rsquo;utiliser notre pouvoir pour décider de ce que nous produisons, pour conjurer la catastrophe annoncée.</p>



<p>En ouvrant la discussion avec les travailleur.e.s sur l&rsquo;arrêt de la fourniture d&rsquo;armes à Israël, voire la réorientation de la production vers des applications civiles, des syndicats de l&rsquo;armement (Thales, STMicroelectronics, Airbus Defense) font des premiers pas dans la bonne direction. Il est urgent de généraliser ces expériences et de les approfondir en utilisant le levier de la grève qui ouvrirait de nouvelles perspectives.</p>



<p>Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;avoir des discussions politiques dans les syndicats et avec les syndicats. De mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;aspect transformateur de la lutte. De comprendre que celleux qui ont goûté à leur premier débrayage ne sont plus les mêmes. Et qu&rsquo;iels pourraient bien vouloir aller plus loin&#8230;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Jad Bouharoun (A2C 18e)</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/vers-la-classe-pour-soi-retour-sur-un-mouvement-de-greve-dans-laeronautique/">Vers la « classe pour soi » : retour sur un mouvement de grève dans l&rsquo;aéronautique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Grèves : c’est reparti ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/greves-cest-reparti/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jan 2025 12:54:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">«&#160;L’absence actuelle de perspectives «&#160;par en haut&#160;» due au blocage parlementaire sera favorable aux initiatives «&#160;par en bas&#160;». Des luttes vont avoir lieu qui seront autant d’opportunités pour développer des sections syndicales de combat et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/greves-cest-reparti/" title="Grèves : c’est reparti ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>«&nbsp;L’absence actuelle de perspectives «&nbsp;par en haut&nbsp;» due au blocage parlementaire sera favorable aux initiatives «&nbsp;par en bas&nbsp;». Des luttes vont avoir lieu qui seront autant d’opportunités pour développer des sections syndicales de combat et des organisations de base.&nbsp;»</p>



<p>C’est l’hypothèse que nous avions faite cet été après la séquence électorale. Les analyses ne valent et ne donnent une boussole que si elles sont confirmées par les faits.</p>



<p>Est-ce le cas&nbsp;?</p>



<p>La seule chose qu’on peut dire c’est que cette hypothèse n’est pas invalidée par les faits.</p>



<p>Il n’existe pas de données globales sur le niveau et les caractéristiques des grèves en instantané. Les seules données administratives (celles de la DARES), par ailleurs limitées, n’apparaissent qu’avec un délai de deux ans (nous disposons actuellement des chiffres pour 2022).&nbsp;</p>



<p>Les seules organisations qui auraient un réseau d’implantation suffisant pour produire ce type de données (les syndicats) ne le font pas.&nbsp;</p>



<p>La seule base dont nous pouvons disposer est de recenser – sur internet – des articles de presse de journaux locaux. Mais il faudrait qu’elle soit systématique sur la multiplicité des sources et surtout sur la durée. Est-ce que le nombre de grèves locales actuelles est plus important qu’il y a deux mois, un an&nbsp;?</p>



<p>Néanmoins ce qu’on peut en tirer&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>Les analyses dominantes – notamment à gauche – sur la faiblesse du mouvement social venant expliquer les offensives du pouvoir, la montée de l’extrême droite etc., sont plus des prétextes que la réalité. Il suffit de taper « grève » et l’onglet « actualités » sur google pour voir défiler des exemples de grèves.</li>
</ol>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li>Jusqu’à la mi-décembre ces grèves sont très localisées et touchent – pour la quasi-totalité – un seul établissement.</li>
</ol>



<ol start="3" class="wp-block-list">
<li>Il ne semble pas que ce soit l’étiquette syndicale qui compte. A Décathlon c’est la CFDT qui lance un processus de grève, idem à Vannes dans les bus ou à l’usine Oxymontage dans le Finistère. C’est FO pour les cantines scolaires à St Denis, la CGT à l’usine métallurgique de Fives Cryo en Lorraine ou au Centre de gérontologie de La Rochelle. Là où plusieurs syndicats existent c’est l’intersyndicale qui est impliquée.</li>
</ol>



<ol start="4" class="wp-block-list">
<li>Tous les secteurs et territoires, public comme privé, sont touchés. Cela est lié aux thématiques de grèves dont la nature est économique : salaires, conditions de travail et refus des licenciements. A Mandelieu-la-Napoule et Théoule-sur-Mer en PACA une filiale de Véolia est en grève illimitée depuis le 29 novembre. A Evry-Courcouronnes le Lycée Georges Brassens s’est mis en grève pour obtenir des embauches. Depuis le 1<sup>er</sup> octobre les sapeurs-pompiers du Rhône sont en grève illimitée sur la question des effectifs. L’Institut de cancérologie (Angers et St Herblain) s’est mis en grève le 27 novembre sur les salaires et conditions de travail.</li>
</ol>



<ol start="5" class="wp-block-list">
<li>Il y a cependant des secteurs où les mobilisations sont aussi liées à des aspects généraux :</li>
</ol>



<ul class="wp-block-list">
<li>Restructurations et suppressions massives de postes dans les secteurs de l’automobile et de la distribution.</li>



<li>Conséquences différées des processus d’ouverture à la concurrence dans le secteur des transports régionaux. Les grèves sont multiples sur tout le territoire sur les lignes de bus par exemple : réseau Cap-Cotentin (Manche) le 28 novembre, Moulins (préavis pour le 6 décembre), Laval les 28 et 20 novembre, plusieurs lignes en Loire-Atlantique fin novembre, préavis pour décembre à Vannes, plusieurs semaines à Cergy et Conflans. Ca peut être le cas aussi pour le secteur de la santé.</li>



<li>Effets des coupes dans les budgets des régions. Les agent·es du Conseil départemental de la Haute-Garonne étaient en grève le 26 novembre et ceux et celles des Missions locales des Pays de Loire le 28.</li>
</ul>



<p>Ce climat a sans doute joué un rôle dans l’appel à des mobilisations plus globales par les directions des syndicats.</p>



<p>Le 3 décembre les agent·es de l’Assurance Maladie seront en grève. Le 5 décembre les syndicats de la Fonction publique, l’éducation et l’énergie appellent à une journée de grève. Le 11 décembre les syndicats des cheminots appellent au démarrage d’une grève illimitée. Et le 12 décembre la CGT, par la voix de Sophie Binet, a appelé les salarié·es (du privé) à une journée de grèves et d’occupations contre les plans de licenciement et pour l’emploi.</p>



<p></p>
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		<title>Le pouvoir est à la rue !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/le-pouvoir-est-a-la-rue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jan 2025 12:11:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[Salaires]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Dockers, fonctionnaires, cheminot.es, travailleurs et travailleuses du privé, les grèves de ce mois de décembre montrent que la conflictualité sociale n’est pas enterrée.&#160; C’est une nouvelle preuve que <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/le-pouvoir-est-a-la-rue/" title="Le pouvoir est à la rue !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Dockers, fonctionnaires, cheminot.es, travailleurs et travailleuses du privé, les grèves de ce mois de décembre montrent que la conflictualité sociale n’est pas enterrée.&nbsp;</p>



<p>C’est une nouvelle preuve que Macron n’a pas réussi à utiliser le passage en force de la réforme des retraites pour briser le mouvement social et notamment les syndicats.</p>



<p>Mais alors que la crise politique «&nbsp;par en haut&nbsp;» s’accélère à nouveau, il est plus qu’urgent de tirer le bilan de l’expérience et de l’échec du mouvement des retraites pour que cette conflictualité fasse émerger les formes d’auto-organisation et de direction alternative qui ont manqué en 2023.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi avons-nous échoué&nbsp;?</h2>



<p>On parle d’un mouvement de masse. Deux tiers de l’opinion était opposée à la réforme. De janvier à juin, 14 journées massives de manifestation ont réuni, pour la plupart, de 2 à 3 millions de personnes dans la rue. Cela s’est accompagné de grèves.&nbsp;</p>



<p>L’unité syndicale, incarnée par la création de l’Intersyndicale, a joué un rôle dans l’impulsion de départ pour susciter un large mouvement. Mais la légitimité tirée comme direction du mouvement a aussi eu un prix à payer. Rappelons-nous que le mouvement a été dominé de bout en bout pas la stratégie institutionnelle des directions syndicales.</p>



<p>Tant dans ses formes que dans ses revendications le mouvement a été construit non comme un antagoniste au pouvoir mais comme un moyen de pression sur l’Assemblée nationale. Les directions syndicales ont tablé sur la création d’un mouvement d’expression massif de l’opposition à la réforme plus que sur un mouvement de lutte. D’où la succession de journées nationales de manifestation calées sur le calendrier parlementaire, puis celui du Conseil constitutionnel. Ce n’était finalement pas en tant que travailleurs ou travailleuses que nous étions appelé.es à nous mobiliser mais en tant qu’électeurs et électrices.</p>



<p>D’où le refus d’organiser un «&nbsp;blocage du pays&nbsp;» et de construire un mouvement de grève générale.</p>



<p>D’où aussi la limitation du mouvement à la seule question de la réforme elle-même. Alors que Darmanin préparait sa loi ouvrant la voie au RN. Alors que les 30 000 manifestants de Ste Soline montraient la disponibilité pour une généralisation politique dans l’affrontement avec le pouvoir. Alors que la participation impressionnante à la grève féministe le 8 mars démontrait que l’unité de notre classe se construit aussi sur d’autre terrains que la lutte strictement économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une raison objective</h2>



<p>Un courant comme Révolution Permanente a fait de la politique des directions syndicales l’argument central, si ce n’est unique, de l’échec du mouvement. Assez logiquement il en a déduit qu’il fallait construire une direction alternative et se concentre largement depuis sur la construction DU parti.</p>



<p>La plupart des courants de la gauche radicale – comme le NPA &#8211; ont adopté la position opposée en refusant de critiquer la politique des directions syndicales sous prétexte qu’il n’existait pas d’alternative. La responsabilité de l’échec était mise alors sur le supposé manque de combativité de notre classe et l’analyse générale de la période comme produit d’un rapport de forces dégradé.</p>



<p>Cette analyse s’appuie sur des faits objectifs dont beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience au sein du mouvement&nbsp;: la faiblesse – pour dire le moins &#8211; de structures d’auto-organisation jusque dans les secteurs en lutte. Cette absence a été reliée aux résultats d’études montrant la faiblesse et l’hétérogénéité des implantations syndicales et, surtout, le recul, au sein des sections syndicales de traditions de mobilisation active pour la lutte.</p>



<p>Mais ces deux analyses partagent le même défaut&nbsp;: une vision figée de la lutte de classe et l’idée que les solutions politiques viennent de l’extérieur. C’est ce qui explique sans doute que des personnalités proches de ces deux courants ont sont arrivées à défendre cet automne, dans une tribune initiée notamment par Frédéric Lordon et Stathis Kouvélakis, que les député.es NFP devaient voter une proposition du RN pour abroger la réforme des retraites.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Articuler critique et réponse concrète</h2>



<p>L’argument du manque d’alternative est un raisonnement qui s’auto-entretient&nbsp;: puisqu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, continuons comme ça et la prochaine fois nous serons dans la même situation&nbsp;(et nous pourrons à nouveau utiliser les mêmes arguments ) !</p>



<p>Pourtant le mouvement des retraites a démontré qu’il fournissait lui-même les ingrédients pour dépasser ses faiblesses. Pour la première fois depuis des années les syndicats ont inversé la tendance à la diminution de leurs effectifs. Plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses ont rejoint la CFDT et la CGT. Des liens se sont renforcés avec le mouvement féministe. Pendant plusieurs mois les Soulèvements de la terre ont mobilisé des dizaines de milliers de personnes. Les révoltes qui ont suivi l’assassinat de Nahel ont montré la capacité de colère dans la jeunesse des quartiers. Après le 7 octobre le mouvement de solidarité avec la Palestine a démontré la capacité de radicalisation dans la jeunesse.</p>



<p>Si on arrête de penser la lutte de classe comme la succession de moments déconnectés les uns des autres mais comme un processus, la question ne devient plus&nbsp;: «&nbsp;était-il possible de gagner ou pas&nbsp;?&nbsp;» résumée en «&nbsp;existait-il une alternative aux directions syndicales ou pas&nbsp;?&nbsp;» Mais plutôt&nbsp;: existait-il la possibilité de commencer à la construire&nbsp;?</p>



<p>La croissance des effectifs syndicaux, les tentatives de certains secteurs pour lancer un mouvement de grève reconductible, la disponibilité d’activistes pour aller soutenir les piquets de grève des éboueurs ou des raffineries, les manifestations sauvages qui ont suivi le passage en force de la loi, la popularité du slogan «&nbsp;et nous, aussi, on va passer en force&nbsp;», tout cela a témoigné que des dizaines de milliers de jeunes et de travailleuses et travailleurs étaient en position de construire une autre stratégie.</p>



<p>Cela démontre la nécessité de regrouper ces activistes sur une base qui articule la critique de la politique des directions politiques et syndicales avec les initiatives concrètes pour construire les formes d’organisation de base, les formes d’auto-organisation dans les lieux de travail, les facs, les quartiers. Qui articulent la lutte politique, contre le racisme, contre le sexisme et la transphobie, contre le colonialisme et le fascisme avec la lutte économique. Parce que l’unité et la solidarité de classe, conditions nécessaires à l’affrontement avec le pouvoir ne peuvent se construire que par la solidarité de classe concrète. Qui montrent donc que c’est possible et rendent concrète l’alternative.</p>



<h2 class="wp-block-heading">C’est maintenant</h2>



<p>Il est bien sûr impossible de dire à l’avance comment va évoluer le mouvement de conflictualité sociale.</p>



<p>Ce qui est par contre sûr c’est que c’est là que se trouve le terrain des solutions et pas dans les manœuvres tablant sur les solutions institutionnelles pour aboutir à un gouvernement plus ou moins «&nbsp;de gauche&nbsp;».</p>



<p>Car il ne s’agit pas uniquement des grèves. Un des effets de cette situation – et sans doute une des conséquences du mouvement de 2023 – est que les syndicats &#8211; pour le meilleur et pour le pire – ont aussi joué ouvertement le rôle de direction politique. Cela s’est notamment traduit dans le rôle joué par la direction de la CGT lors de la séquence électorale qui a suivi la dissolution. Mais aussi dans sa volonté, selon ses propres termes – d’organiser la confrontation avec le pouvoir pour lutter contre la politique anti-migrant.es.</p>



<p>Le bilan du mouvement des retraites nous donne donc une feuille de route. Chaque grève locale, aussi limités soient ses objectifs, est le terrain sur lequel peuvent se construire/reconstruire à la fois l’organisation de lutte de base et la tradition de mobilisation active. Chaque mouvement de grève plus global favorise les liens, avec d’autres secteurs, avec la mobilisation de quartier, etc. L’appel syndical à participer aux mobilisations contre le racisme, contre le sexisme etc. n’est certainement pas une garantie de la politique qu’y joueront les directions. Mais elle est la porte ouverte pour construire, au sein des syndicats, le combat pour l’unité de classe, développer les liens entre organisations sur les lieux de travail et organisation sur les quartiers.</p>



<p>Ce ne sont pas des injonctions de l’extérieur qui permettront d’avancer dans ce sens mais l’intervention active et concrète de chacun.e dans son lieu de travail, dans son quartier et la coordination de ces expériences. C’est au travers de cette intervention que doit se développer une organisation des révolutionnaires. Non comme direction du mouvement mais comme outil nécessaire pour la faire émerger, dans le mouvement et pour le mouvement.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard (Paris 20)</h5>
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		<title>4 mois de luttes en France</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jun 2023 16:24:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Crise politique]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article a été rédigé initialement pour la revue anglaise International Socialism Journal Ce qui se passe en France depuis janvier est ce qui se rapproche le plus, par sa durée et son ampleur, d’une <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/" title="4 mois de luttes en France">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<pre class="wp-block-verse"><strong>Cet article a été rédigé initialement pour la revue anglaise <a href="http://isj.org.uk/workers-shake-macron/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">International Socialism Journal</a></strong></pre>



<p class="has-drop-cap">Ce qui se passe en France depuis janvier est ce qui se rapproche le plus, par sa durée et son ampleur, d’une situation révolutionnaire dans un pays développé depuis des décennies. C’est aussi, dans le temps cette fois, ce qui nous en rapproche le plus.</p>



<p>Aux facteurs objectifs – le développement de toutes les contradictions du capitalisme et la crise politique que cela entraîne – s’est ajouté un facteur clef&nbsp;: un mouvement de révolte de masse.</p>



<p>La signification de ce mouvement et les enseignements à en tirer sont, du coup, décisifs pour les révolutionnaires en France. Mais ils le sont aussi pour tous ceux et toutes celles qui se battent contre le capitalisme dans le monde entier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">8 mai&nbsp;: Macron fuit le «&nbsp;pays réel&nbsp;»</h2>



<p>Le 8 mai, comme tous les ans de puis 40 ans, le président de la République française a descendu l’avenue la plus célèbre du pays, l’avenue des Champs-Élysées. Pour la première fois totalement déserte.</p>



<p>Pour éviter une foule le conspuant, la gigantesque avenue avait tout simplement été interdite au public&nbsp;par la police, rappelant la remarque ironique du poète allemand Bertolt Brecht&nbsp;: «&nbsp;Puisque le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple&nbsp;».</p>



<p>Trois semaines plus tôt après la promulgation de la loi sur les retraites, Emmanuel Macron avait, avec son arrogance habituelle, fanfaronné. Il déclarait close la séquence des retraites. Et il allait «&nbsp;retourner sur le terrain, au contact&nbsp;» à la rencontre du «&nbsp;pays réel&nbsp;». Celui qui, selon lui, veut travailler et aspire au retour à l’ordre.</p>



<p>Le pays réel lui a répondu immédiatement. Électricité coupée par le syndicat de l’énergie dans les lieux visités, foule hostile refusant toute discussion, Emmanuel Macron a dû renoncer très vite, la semaine suivant sa déclaration, à ses tentatives d’aller «&nbsp;au contact&nbsp;». Cela s’est étendu à tous ses ministres. A tel point que c’est même devenu l’objet d’un jeu national, «&nbsp;les 100 jours de zbeul&nbsp;», avec un site internet établissant jour après jour un classement des différentes régions sur la base de l’efficacité des rassemblements et actions organisés pour harceler les membres du pouvoir.</p>



<p>Cette crise de légitimité du pouvoir, et avec lui des partis traditionnels, des partis «&nbsp;de gouvernement&nbsp;», ne date pas des derniers mois. Emmanuel Macron avait été élu en 2017 sur la base d’un effondrement total du Parti socialiste alors au pouvoir et d’une quasi-désintégration des partis de la droite conservatrice. Il a été réélu, il y a juste un an, sur la base d’un barrage contre Marine Le Pen sur fond d’abstention record, ne parvenant même plus à faire élire une majorité au parlement.</p>



<p>Le mouvement a considérablement accéléré ce processus.</p>



<p>Durant toute la séquence qui a précédé la promulgation de la loi plus de 2/3 de l’opinion publique a exprimé dans les sondages son opposition à la loi, l’opposition atteignant même 9 salarié·es sur 10.</p>



<p>Cette opposition n’a pas été passive. Dirigée par les syndicats elle a pris très rapidement une nature de classe. Elle a donné lieu à ce jour à 13 journées de manifestations nationales accompagnées pour la plupart d’appels à la grève regroupant pour la plupart plus de 2 millions de manifestant·es, avec deux journées à près de 3,5 millions de manifestant·es. Ces manifestations ont mobilisé tous les secteurs de notre classe et tout le territoire. Pour ne prendre qu’un exemple significatif&nbsp;: il y avait 15&nbsp;000 manifestant·es à Albi, dans le sud de la France, le 19 janvier (1<sup>ère</sup>&nbsp;journée de manifestations), 20&nbsp;000 le 31 janvier et le 23 mars et… 55&nbsp;000 le 16 février. Albi est une ville de… 50&nbsp;000 habitant·es&nbsp;!</p>



<p>Face à une telle opposition populaire Emmanuel Macron a dû utiliser tous les ressorts anti-démocratiques de la Constitution française pour passer en force sa loi. Le 16 mars, incertain d’une majorité, le gouvernement a imposé la loi sans avoir recours au vote des députés.</p>



<p>Ce coup de force institutionnel a été un tournant provoquant la colère du mouvement, une multiplication de manifestations spontanées pendant plusieurs jours et un accroissement significatif de la répression policière.&nbsp;</p>



<p>Dans toute société de classe, la stabilité de la domination de la classe dominante repose principalement sur le consentement d’une large majorité de la population. L’utilisation de la force, toujours présente, ne peut suffire et est, en général, limitée. Les pôles consentement/force sont en train de s’inverser considérablement en France aujourd’hui.</p>



<p>Moins de dix jours après le 16 mars, lors de la manifestation contre les méga-bassines (centre de rétention d’eau anti-écologique) à Sainte-Soline, interdite mais regroupant 30&nbsp;000 manifestant·es en pleine campagne, la police a tiré plus de 5000 grenades de toutes sortes en 2 heures, soit une grenade toutes les 2 secondes, faisant 200 blessé·es parmi les manifestant·es. L’un d’entre eux se bat toujours aujourd’hui pour revenir à la vie.</p>



<p>Le gouvernement a tenté alors d’interdire un des collectifs qui avait organisé la manifestation (Les Soulèvements de la Terre) ne faisant que provoquer une vague de solidarité dans tout le pays qui, à la défiance envers les institutions a ajouté un profond antagonisme avec la police.</p>


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<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="727978" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #727978;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-1100x550.webp" alt="" class="wp-image-7711 not-transparent" width="825" height="413" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-1100x550.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-300x150.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-768x384.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-jpg.webp 1250w" sizes="(max-width: 825px) 100vw, 825px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
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<h2 class="wp-block-heading">Macron a perdu</h2>



<p>Pour prendre la mesure des enjeux il faut revenir à l’objectif poursuivi par le pouvoir avec l’attaque sur les retraites. La réforme du système des retraites a été tentée par tous les gouvernements successifs depuis maintenant près de trente ans. Elle est au cœur d’un rapport de forces entre acquis passés du mouvement ouvrier (système de répartition reposant sur la solidarité entre générations, réduction du temps de travail) et offensive néo-libérale (atomisation des travailleurs et augmentation de la part de la plus-value allant au Capital).</p>



<p>Pour cette raison, à chaque fois que les gouvernements en place ont tenté une réforme globale sur les retraites ils ont fait face à une mobilisation importante… et dû reculer. C’est d’ailleurs sur cette question que l’époque de mouvements de masse est revenue en décembre 1995 en France.</p>



<p>L’adaptation à l’idéologie néo-libérale au sein des directions syndicales a permis à certains des gouvernements précédents d’entamer partiellement le système des retraites.</p>



<p>Emmanuel Macron a décidé de reprendre l’offensive générale en se concentrant sur la seule ligne rouge que ne pouvaient accepter les directions des syndicats même les plus modérés (les 64 ans). Même ceux qui, comme la CFDT, ont accompagné depuis trente ans toutes les attaques du gouvernement sur cette question.</p>



<p>L’objectif était donc clair. Il s’agissait, en faisant passer cette attaque, de provoquer et briser tout mouvement de résistance et, notamment, les organisations syndicales. D’ailleurs, à l’attaque sur les retraites, le gouvernement ajoutait une offensive contre les chômeur·euses, contre les locataires ne pouvant plus payer leur loyer et contre les migrant·es et tou·tes les étranger·es.</p>



<p>Le 15 avril, la loi sur les retraites a été promulguée.&nbsp;</p>



<p>Pourtant Macron a perdu. Les syndicats sont plus forts qu’il y a 4 mois et ont inversé la tendance qui, depuis des années, leur faisait perdre des effectifs et des implantations. Même si ce n’est pas massif les adhésions sont reparties à la hausse, des syndicats se créent dans des nouveaux secteurs de l’économie et ce sont principalement des jeunes et des femmes qui se syndiquent.</p>



<p>Et le mouvement n’a pas été brisé. Les «&nbsp;100 jours de zbeul&nbsp;» en sont le symbole tout comme les 2,5 millions de manifestant·es de la journée du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai.&nbsp;</p>



<p>Et si ce mouvement est confronté à de nombreuses questions, s’il doit affronter toutes ses limites c’est parce qu’il a lui-même élevé les enjeux. Le pouvoir s’est considérablement affaibli et pas seulement le pouvoir. Plus que jamais c’est la logique elle-même des institutions et du capitalisme qui sont remises en question à une échelle de masse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">19 avril&nbsp;: Laurent Berger est satisfait</h2>



<p>Le 19 avril, quatre jours seulement après la promulgation de la loi – signant en apparence la défaite du mouvement – Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT et personnalité perçue comme le principal dirigeant du mouvement, annonçait qu’il quittait ses fonctions.&nbsp;</p>



<p>Il ajoutait qu’il pouvait quitter ses fonctions avec le sentiment d’avoir renforcé son organisation. Et d’autre part qu’une nouvelle séquence s’ouvrait, qu’il allait falloir «&nbsp;passer à autre chose&nbsp;» et retourner, tôt ou tard, à la table des négociations avec le gouvernement.&nbsp;</p>



<p>Il faut rappeler que le syndicalisme en France est divisé en plusieurs syndicats interprofessionnels. La constitution d’un front uni de tous les syndicats en janvier dernier était un véritable événement. Cela n’était plus arrivé depuis des décennies. C’est ce qui a permis à l’Intersyndicale, organisme regroupant les directions de tous les syndicats, des plus combatifs au plus modérés, de s’imposer comme la direction incontournable, du mouvement. C’est elle qui, semaine après semaine, a fixé l’agenda du mouvement.</p>



<p>Cette unité a joué un rôle indéniable immédiat dans l’ampleur du mouvement dès sa première journée en janvier dernier. Le succès, principalement en nombre de manifestant·es de cette première journée, avec plus de 2 millions sur tout le territoire, a lancé la dynamique. Et la publication de sondages annonçant une opposition ultra majoritaire à la loi dans toute l’opinion publique.</p>



<p>Et cette unité a comblé, au moins temporairement, le vide créé, depuis des années, par la crise d’hégémonie des relais de l’idéologie dominante en faisant soudain des dirigeants syndicaux, dans tous les sondages, les principaux opposants – politiques – du pouvoir. Cela a une signification considérable, déplaçant le champ de la représentation du terrain des partis institutionnels au terrain du mouvement social, du terrain de la démocratie parlementaire au terrain de la lutte de classes.</p>



<p>Cette unité des directions syndicales et l’écho qu’elle a eu n’est pas que formelle. Elle a une base matérielle et un contenu idéologique.</p>



<p>Sa base matérielle repose dans la position sociale spécifique des bureaucraties syndicales. Si elles ont engagé la bataille ce n’était pas parce que notre classe était attaquée. Après tout la CFDT notamment a soutenu depuis des décennies la logique même de la remise en cause du système des retraites quand les autres directions syndicales s’y adaptaient. Mais ce qui était cette fois en jeu pour elles c’est qu’elles n’étaient même plus conviées à la table des négociations avec l’État et le patronat. C’était donc leur rôle comme «&nbsp;représentantes&nbsp;»&nbsp;de notre classe qui était nié… et qu’elles ont retrouvé grâce à la mobilisation du mouvement. Le gouvernement n’a désormais de cesse de les convier à des négociations. D’où la satisfaction de Laurent Berger.</p>



<p>Son contenu idéologique c’est que ces directions défendent leur position au sein du système tel qu’il est. Elles ne sont pas révolutionnaires mais réformistes.</p>



<p>Leur stratégie a donc constamment été centrée sur les moyens institutionnels de résoudre le conflit&nbsp;: peser sur les parlementaires en vue du vote à l’Assemblée (jusqu’au 16 mars) puis peser sur le Conseil constitutionnel qui devait juger de la conformité constitutionnelle de la loi (jusqu’au 14 avril) puis, brièvement, prier Emmanuel Macron de ne pas promulguer la loi (jusqu’au 15 avril) puis demander un référendum «&nbsp;citoyen&nbsp;» puis… plus rien. Sinon appeler à manifester le 1<sup>er</sup>&nbsp;mai et dire qu’il allait falloir «&nbsp;passer à autre chose&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_1" class="footnote_tooltip">Une semaine après les manifestations du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai l’Intersyndicale publie un communiqué… en forme d’adresse aux député·es. Le mouvement, encore une fois, n’est pas la solution mais un simple instrument de pression. D’ailleurs l’argument essentiel pour convaincre les députés est qu’il faut éviter une «&nbsp;explosion sociale&nbsp;». Outre que cette unique perspective est vouée à l’échec du fait de la majorité favorable à la politique du gouvernement au Sénat, elle repose, cerise sur le gâteau, sur une alliance électorale de fait avec le groupe de député·es du RN à l’Assemblée.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Et cela avait des conséquences sur la manière de construire, par en haut, le mouvement en paralysant tout ce qui permet à notre classe de développer son pouvoir propre.</p>



<p>Tony Cliff distinguait la «&nbsp;collection d’individus&nbsp;» – qui est la vision de la société dans les termes de l’idéologie dominante – et le «&nbsp;pouvoir collectif de classe&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_2" class="footnote_tooltip">Tony Cliff,&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1987/09/oppressed.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The working class and the oppressed</a></em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les directions syndicales ont tout misé sur le nombre, la «&nbsp;collection d’individus&nbsp;» pour imposer des négociations&nbsp;: nombre de manifestant·es dans les rues et sondages d’opinion.</p>



<p>Pour favoriser ce nombre et, potentiellement ne pas s’aliéner le soutien de couches sociales opposées «&nbsp;au désordre&nbsp;», elles n’ont rien fait pour construire le pouvoir collectif de classe par les grèves. Début mars, alors que le dénouement est proche à l’Assemblée et que le pouvoir reste sourd aux demandes de l’Intersyndicale, celle-ci monte le ton en appelant à «&nbsp;mettre le pays à l’arrêt&nbsp;» le 7 mars. C’est le signal qu’attendent certains secteurs pour tenter de lancer une grève reconductible. Interpellé dans les médias sur ce qui apparaît comme un appel à «&nbsp;bloquer le pays&nbsp;» Laurent Berger proteste… pour s’opposer aux grèves.&nbsp;</p>



<p>L’Intersyndicale a tout concentré sur l’unique question des 64 ans, refusant d’appeler, dans chaque secteur, chaque lieu de travail à relier cette revendication à des revendications plus spécifiques (conditions de travail, salaires) qui auraient permis d’élargir et d’enraciner une implication active à la grève.</p>



<p>Elle a aussi refusé d’articuler le mouvement avec la lutte contre le sexisme ou le racisme qui permettent de développer une conception plus forte de la conscience de classe et, pratiquement, une solidarité organique plus puissante.&nbsp;</p>


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<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="946d64" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #946d64;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7712 not-transparent" width="664" height="375" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-jpg.webp 885w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-768x434.webp 768w" sizes="(max-width: 664px) 100vw, 664px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
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<h2 class="wp-block-heading">17 avril&nbsp;: «&nbsp;Nous, aussi, on va passer en force&nbsp;»</h2>



<p>Le 17 avril, deux jours après la promulgation de la loi, Emmanuel Macron décide de «&nbsp;s’adresser à la nation&nbsp;» lors d’une intervention solennelle à la télévision. Au moment de son intervention, des rassemblements, suivis de manifestations sauvages, ont lieu devant de nombreuses mairies sur tout le territoire avec concerts de casseroles. Le message est clair&nbsp;: «&nbsp;on ne t’écoute même plus&nbsp;». Émerge alors un nouveau slogan&nbsp;: «&nbsp;Nous, aussi, on va passer en force&nbsp;» en écho au «&nbsp;passage en force&nbsp;» de la loi par Emmanuel Macron.</p>



<p>Ce slogan témoigne du développement, au sein du mouvement, d’une dynamique en rupture avec la stratégie des directions syndicales. Institutions contre mouvement, classe contre classe, force contre force. Nous ne sommes plus dans la négociation. A la force du pouvoir, il faut opposer la force du mouvement.</p>



<p>Ce slogan est au-dessus des capacités actuelles du mouvement à le mettre en œuvre mais son émergence et son audience auprès d’une fraction significative du mouvement signale le potentiel d’une autre voie, produit des expériences du mouvement et fruit de l’impasse de la stratégie des directions syndicales.</p>



<p>Dès les premières semaines du mouvement des tentatives ont été faites, principalement à partir du secteur de l’éducation – et en son sein de l’école primaire – pour organiser et élargir la grève. C’est un secteur qui a la tradition d’organiser des assemblées par quartiers pour réunir sur un même secteur les personnels des écoles. Par ailleurs les revendications de ce secteur (lutte contre les fermetures de classe et contre l’augmentation du nombre d’élèves par classe) articulées à l’opposition à la loi avaient la capacité d’organiser aussi les parents d’élèves, doublement concernés en tant que parents et en tant que travailleur·euses.</p>



<p>Ce sont donc souvent ces assemblées d’enseignant·es qui, à des rythmes différents selon les expériences antérieures du mouvement, ont été les moteurs d’assemblées de quartiers et d’assemblées interprofessionnelles<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_16_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_3" class="footnote_tooltip">Voir notamment le récit de camarades de Marseille dans&nbsp;<em>«&nbsp;<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/">Quelques questions et hypothèses à partir du mouvement</a>&nbsp;»</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_16_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Dès le départ, ce qui pèse sur la possibilité d’extension de la grève c’est le refus légitime de «&nbsp;la grève par procuration&nbsp;», un seul secteur assumant le poids essentiel de la grève. Tout le monde sent qu’un secteur ne sera pas suffisant… et attend le signal d’un appel général… qui ne viendra bien sûr jamais des directions.</p>



<p>Le 7 mars et dans les jours qui suivent le 16 mars, avec le passage en force de la loi à l’Assemblée, des grèves reconductibles démarrent dans plusieurs secteurs (cheminots, raffineries, éboueurs, énergie…). C’est aussi le moment où la jeunesse lycéenne et étudiante commence à se joindre au mouvement. Pendant plusieurs jours les manifestations spontanées et les blocages divers (péages d’autoroutes, périphériques des grandes villes, plateformes logistiques, centres d’incinération…) se multiplient. Mais, laissant officiellement l’initiative aux syndicats de secteurs, les directions syndicales ne font rien, ni pour généraliser la grève et coordonner les secteurs en lutte ni même, a minima, pour se battre contre les réquisitions de grévistes et la répression policière. Isolées, les grèves reconductibles vont s’épuiser.</p>



<p>Cependant cela montre comment, à chaque étape s’exprime une énergie et un potentiel pour la grève. Mais aussi pour la généralisation politique au sein du mouvement.</p>



<p>Le lendemain du 7 mars, la date du 8 mars, journée internationale des femmes et journée de lutte, la question de <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/grever-en-feministes/">la grève féministe</a> va être utilisée par de nombreux collectifs féministes comme levier pour favoriser à la fois la dynamique de reconduction des grèves et l’élargissement des revendications de lutte contre le sexisme. De nombreux collectifs féministes locaux vont ainsi développer leur audience.</p>



<p>Suite à un travail acharné de réseaux limités de militant·es, les revendications contre un nouveau projet de loi raciste contre les étrangers ont progressivement gagné un écho dans le mouvement. Le 25 mars des manifestations contre cette loi et en soutien aux sans-papiers ont lieu dans une cinquantaine de villes à des niveaux bien plus élevés que d’ordinaire. A Paris la manifestation regroupe plus de 10&nbsp;000 manifestant·es. Une nouvelle journée sur ce thème a eu lieu aussi le 29 avril dans plusieurs villes dont Paris, Toulouse, Rennes, Grenoble ou Marseille.</p>



<p>Rappelons aussi ici les 30&nbsp;000 manifestant·es, le même 25 mars, à Sainte-Soline sur les questions d’environnement et de gestion de l’eau. Plutôt que de tuer le mouvement, la répression brutale de cette manifestation va généraliser l’opposition à la police. Et dans les semaines qui suivent 140 nouveaux comités locaux du collectif menacé d’interdiction (Les Soulèvements de la Terre) sont créés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La critique des directions syndicales nécessaire pour une autre voie</h2>



<p>Il est évident que la politique de l’Intersyndicale a été, à chacun des stades, un obstacle au renforcement et à la généralisation de ces dynamiques.</p>



<p>Les courants politiques dominants à gauche et à l’extrême-gauche exonèrent pourtant la responsabilité de l’Intersyndicale en expliquant que le problème est qu’il n’existait pas de poussée suffisante, à la base, vers le débordement de sa stratégie, que les initiatives d’auto-organisation ont recueilli, partout, une audience limitée.</p>



<p>Une des raisons avancées pour expliquer cela est la situation objective du syndicalisme sur les lieux de travail. Des sociologues <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_16_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_4" class="footnote_tooltip">Etienne Pénissat, <a href="https://alencontre.org/europe/france/france-la-dynamique-des-greves-et-la-faiblesse-de-linfrastructure-militante.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La dynamique des grèves et la faiblesse de l’infrastructure militante</a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_16_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ont démontré que, non seulement les effectifs syndicaux ont reculé, y compris ces dernières années, mais que la participation aux grèves a aussi baissé dans la même période.&nbsp;&nbsp;Outre l’existence de quasi déserts syndicaux dans certains secteurs, les équipes syndicales ont de moins en moins de pratiques de terrain.</p>



<p>Une chose est d’analyser que ces facteurs jouent à l’évidence un rôle indéniable dans le développement et la possibilité de grèves. En tirer la conclusion qu’il n’y a pas d’alternative à la stratégie des directions syndicales est par contre une abdication. D’une part parce que cette situation est déjà le fruit des mêmes stratégies antérieurement au mouvement. D’autre part parce que le mouvement a montré qu’il était possible d’inverser la tendance.</p>



<p>Une des conséquences de l’impulsion donnée par le mouvement combinée à l’impasse créée sur la question des retraites est l’ouverture d’une période qu’on pourrait qualifier de guérilla sociale et politique&nbsp;: le report de la dynamique générale sur la multiplication de conflits économiques locaux (grèves sur les salaires et/ou les conditions de travail) et de combats politiques.</p>



<p>La critique des directions syndicales et de leur stratégie doit donc servir à armer les militants du mouvement pour commencer à résoudre ce qui a été identifié comme un obstacle. Et donc construire et renforcer, dans ces conflits, toutes les formes d’organisations de base, sections syndicales combatives, assemblées locales, collectifs de lutte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1<sup>er</sup>&nbsp;mai&nbsp;: meeting fasciste au Havre&nbsp;</h2>



<p>Le 1<sup>er</sup>&nbsp;mai, date de la Journée de solidarité internationale des travailleur·euses, le Rassemblement National, le parti de Marine Le Pen, a tenu un meeting national au Havre, ville portuaire qui est un des symboles des luttes ouvrières, celles des dockers et des raffineurs.</p>



<p>Le fait même que ce meeting a eu lieu, à cet endroit, dans cette période de mouvement de masse peut sembler une aberration.</p>



<p>Il est, en réalité, le produit essentiel de deux facteurs&nbsp;: la polarisation déjà présente de la société et la faiblesse politique de la gauche française, tous courants confondus, sur la question du racisme et du fascisme.</p>



<p>Il faut se rappeler que Marine Le Pen a obtenu 13 millions de voix aux élections présidentielles il y a un an. Contre le pessimisme général et les appels à voter pour Macron, nous disions alors que ce vote était le résultat d’une polarisation générale vers la droite mais aussi vers la gauche.</p>



<p>Cette polarisation n’a pas disparu comme par magie sous l’influence du mouvement. La tendance générale d’évolution de toute la situation n’est pas vers une stabilisation de la démocratie parlementaire, elle est vers une alternative entre fascisme et communisme.</p>



<p>A l’opposé de la théorie générale de la gauche qui présente constamment le Rassemblement National (et parfois le fascisme) comme une variété plus radicale de la politique du Capital <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_16_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_5" class="footnote_tooltip">Il faut absolument lire le texte de Vanina Giudicelli,&nbsp;<em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Existe-t-il un danger fasciste en France&nbsp;?</a></em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_16_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, le RN a pris fermement position contre le projet de loi.</p>



<p>Et, aussi surprenant que cela puisse paraître après plusieurs mois de lutte de masse, Marine Le Pen apparaît dans tous les sondages loin derrière les dirigeants syndicaux, comme la première opposante politique à Emmanuel Macron. Largement devant Jean-Luc Mélenchon. Et plus la perspective reste sur le terrain institutionnel, plus elle risque de gagner en audience. A moins que le développement d’un parti fasciste soit combattu spécifiquement en lui refusant toute légitimité et toute présence.&nbsp;</p>



<p>Le Havre est devenu ce 1<sup>er</sup>&nbsp;mai le symbole combiné à la fois des possibilités qui existent pour cela et de la faillite de la gauche.</p>



<p>Faillite, car il est évident que si le syndicat CGT des dockers ou la CGT nationale avaient décidé que le meeting du RN ne pouvait avoir lieu…il n’aurait tout simplement pas eu lieu. Voilà qui montre que le développement du fascisme en France n’est pas une fatalité. Mais au-delà de la CGT, c’est toute la gauche qui a préféré, nationalement, faire l’impasse sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/argumenter-et-convaincre-de-lurgence-antifasciste-et-antiraciste/">la nécessité d’un combat uni et spécifique contre la menace fasciste portée par le RN</a>. Selon l’idée qui ne cesse de s’avérer fausse, que le développement d’un mouvement social suffirait à bloquer la route au fascisme. Conclusion partagée tant par les courants qui refusent de caractériser le RN comme parti fasciste que par ceux qui considèrent que c’est le gouvernement qui dérive vers le fascisme.&nbsp;</p>



<p>La Marche des Solidarités, front antiraciste impliquant notamment des collectifs de sans-papiers, a organisé une délégation d’une centaine de membres pour aller manifester au Havre. Localement des organisations avaient appelé à une mobilisation contre le meeting du RN au sein de la manifestation du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai puis à des prises de paroles et des concerts l’après-midi contre le RN. Le cortège, ouvert par la délégation parisienne et les Sans-Papiers, a reçu un écho enthousiaste. Des milliers de personnes sont venues écouter les prises de parole et ont ovationné toutes celles qui mettaient en avant la lutte contre le racisme et la nécessité de barrer, en tous lieux, la route aux fascistes. Montrant le potentiel existant pour une lutte antifasciste large et offensive.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="707a5c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #707a5c;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="435" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-1024x435.webp" alt="" class="wp-image-7224 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-1024x435.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-300x128.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-768x327.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-jpg.webp 1030w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Révolution et pouvoir ouvrier</h2>



<p>La première conséquence d’un mouvement de cette ampleur c’est qu’il a considérablement élevé les enjeux tout en ouvrant les possibilités pour y répondre.</p>



<p>Une anecdote le reflète. Dans le groupe révolutionnaire construit par des activistes autour des&nbsp;<em>Cahiers de l’Autonomie de Classe</em>, composé d’activistes issus des luttes féministes et antiracistes, et plus récemment de milieux syndicaux, un sondage a été fait pour déterminer les sujets abordés lors d’un week-end les 14 et 15 mai. Les trois sujets choisis sont significatifs de l’impact du mouvement&nbsp;: «&nbsp;Qu’est-ce que la classe ouvrière&nbsp;?&nbsp;», «&nbsp;Pouvoir ouvrier&nbsp;» et «&nbsp;Rôle des révolutionnaires&nbsp;». Reflétant dans un milieu déjà très radicalisé le fait plus général que le mouvement a replacé la question de classe au cœur des problématiques politiques.</p>



<p>Parce qu’elle implique plus ou moins activement et collectivement des centaines de milliers de jeunes et de travailleur·euses qui deviennent des activistes, un des effets d’une riposte de classe de masse est qu’elle tend à une fusion entre la théorie et la pratique au travers de la question stratégique.</p>



<p>Après le 16 mars la stratégie portée par les courants syndicalistes de gauche ou révolutionnaires était basée sur une théorie de la grève comme arme exclusivement économique (et, en miroir, du Capital comme acteur déterminé uniquement par ses intérêts économiques immédiats)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_16('footnote_plugin_reference_7706_16_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_16_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_6" class="footnote_tooltip">Frédéric Lordon a très bien exprimé cela à différentes reprises, avec ses descriptions éloquentes de Macron en autocrate halluciné par son égo. Son argument était que la seule manière de le débrancher était de faire pression sur les intérêts économiques du Capital.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_16_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_16_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Concrètement il s’agissait d’organiser et de défendre la grève dans les secteurs considérés comme «&nbsp;stratégiques&nbsp;», capables de toucher le Capital au porte-monnaie de la manière la plus immédiate et efficace&nbsp;: énergie, transports, centres d’incinération des déchets, raffineurs… Convergeant en cela avec des courants autonomes théorisant, plutôt que la grève, le blocage des flux&nbsp;: la logistique, le transport de force de travail comme de marchandises.</p>



<p>Des centaines voire des milliers d’activistes se sont alors déplacés d’un endroit à un autre pour aller bloquer une autoroute, défendre un piquet, aider à en constituer.</p>



<p>Nous argumentions que la grève n’est pas qu’une arme économique, elle est d’abord <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/arreter-le-travail-commencer-a-rever/">le meilleur outil d’émancipation collective des travailleur·euses</a> sortant de l’atomisation et de l’aliénation du processus de travail, reprenant le contrôle de leur vie pour s’organiser collectivement. D’où l’importance de concentrer nos forces à construire localement, sur les lieux de travail, sur les quartiers, la grève reconductible et son élargissement à tous les lieux de travail, à tous les secteurs, l’importance de l’organisation et des prises de décision collectives par lieu de travail, par quartier. L’importance de l’articuler, sur chacun des lieux aux mobilisations contre le racisme et contre le fascisme.</p>



<p>On peut citer de nombreux autres exemples de débats, théoriques, directement soulevés par des questions pratiques, sur l’analyse du fascisme (faut-il aller au Havre ou rester manifester à Paris&nbsp;?), sur le racisme ou le sexisme (ces luttes sont-elles une diversion de la lutte de classe ou l’expression de son plus haut niveau), etc.</p>



<p>Les enjeux se sont élevés. Le mouvement accélère les rythmes de développement de la crise tout en construisant aussi les potentialités d’y répondre. Ce qui rend plus urgent que jamais le développement en son sein d’une alternative révolutionnaire et de la lutte contre le fascisme.</p>



<p>Comme je l’écrivais en conclusion d’un article écrit peu de temps après la promulgation de la loi&nbsp;: «&nbsp;la phase actuelle du mouvement est beaucoup plus incertaine que les précédentes. Une nouvelle direction révolutionnaire capable de proposer une alternative auprès de centaines de milliers d’étudiants et de travailleur·euses ne se proclame pas. Les expériences qui vont être faites, les arguments et initiatives testés dans cette phase seront par contre cruciaux pour commencer à la construire.&nbsp;»</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard &#8211; 15 mai 2023</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7706_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7706_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7706_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7706_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_16('footnote_plugin_tooltip_7706_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Une semaine après les manifestations du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai l’Intersyndicale publie un communiqué… en forme d’adresse aux député·es. Le mouvement, encore une fois, n’est pas la solution mais un simple instrument de pression. D’ailleurs l’argument essentiel pour convaincre les députés est qu’il faut éviter une «&nbsp;explosion sociale&nbsp;». Outre que cette unique perspective est vouée à l’échec du fait de la majorité favorable à la politique du gouvernement au Sénat, elle repose, cerise sur le gâteau, sur une alliance électorale de fait avec le groupe de député·es du RN à l’Assemblée.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_16('footnote_plugin_tooltip_7706_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Tony Cliff,&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1987/09/oppressed.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The working class and the oppressed</a></em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_16_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_16('footnote_plugin_tooltip_7706_16_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir notamment le récit de camarades de Marseille dans&nbsp;<em>«&nbsp;<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/">Quelques questions et hypothèses à partir du mouvement</a>&nbsp;»</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_16_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_16('footnote_plugin_tooltip_7706_16_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Etienne Pénissat, <a href="https://alencontre.org/europe/france/france-la-dynamique-des-greves-et-la-faiblesse-de-linfrastructure-militante.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La dynamique des grèves et la faiblesse de l’infrastructure militante</a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_16_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_16('footnote_plugin_tooltip_7706_16_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Il faut absolument lire le texte de Vanina Giudicelli,&nbsp;<em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Existe-t-il un danger fasciste en France&nbsp;?</a></em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_16_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_16('footnote_plugin_tooltip_7706_16_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Frédéric Lordon a très bien exprimé cela à différentes reprises, avec ses descriptions éloquentes de Macron en autocrate halluciné par son égo. Son argument était que la seule manière de le débrancher était de faire pression sur les intérêts économiques du Capital.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7706_16() { jQuery('#footnote_references_container_7706_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7706_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7706_16() { jQuery('#footnote_references_container_7706_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7706_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7706_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_7706_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7706_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_7706_16(); } } function footnote_moveToReference_7706_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7706_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7706_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7706_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/">4 mois de luttes en France</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Quel syndicalisme aujourd’hui ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/quel-syndicalisme-aujourdhui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le mouvement débuté le 19&#160;janvier, de par ses forces et ses contradictions, nous engage à&#160;développer une stratégie syndicale qui renforce l’émancipation de notre classe par elle-même, son auto-organisation et son unité dans la lutte au-delà <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/quel-syndicalisme-aujourdhui/" title="Quel syndicalisme aujourd’hui ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Le mouvement débuté le 19&nbsp;janvier, de par ses forces et ses contradictions, nous engage à&nbsp;développer une stratégie syndicale qui renforce l’émancipation de notre classe par elle-même, son auto-organisation et son unité dans la lutte au-delà de ses clivages internes.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; Mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">L’attaque actuelle des classes dirigeantes est une offensive éminemment politique : la pierre angulaire de la réforme des retraites est l’élévation de l’âge légal de départ à&nbsp;64&nbsp;ans. Derrière les prétextes de l’équilibre budgétaire ou de l’allongement de l’espérance de vie, c’est une défaite historique de notre classe et de ses organisations que cherchent à imposer Macron et la classe dont il est l’incarnation politique.</p>



<p>La principale contradiction du mouvement en cours se trouve dans le rapport entre sa dimension massive —&nbsp;la part significative de notre classe désirant un affrontement généralisé, les foules immenses qui battent le pavé à chaque manifestation, des mobilisations massives et suivies hors des métropoles, la popularité du mouvement dans toute la population&nbsp;— et ses rythmes actuels, reposant principalement sur les dates de mobilisation décidées par les directions syndicales.</p>



<p>Il s’agit ici de défendre la nécessité pour les révolutionnaires de s’investir dans les fronts syndicaux et d’y élaborer une stratégie politique pour l’autonomie de notre classe dans ses luttes, le seul moyen par lequel nous serons en capacité de poser la question de notre émancipation. Cet article ouvre un « chantier » d’élaboration au sein du groupe Pour l’Autonomie de classe riche de ses expériences d’intervention dans les unions locales ou dans les syndicats du public et du privé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le syndicalisme, un paradoxe ?</h2>



<p>Défendre l’intervention des révolutionnaires dans les syndicats n’a plus rien d’évident pour qui pense que l’émancipation des travailleuses et des travailleurs ne peut être que l’œuvre des travailleuses et des travailleurs elles et eux-mêmes. En ce sens, pourquoi se regrouper au sein d’organisations largement insérées au sein du fonctionnement « normal » du mode de production capitaliste et qui ont trop souvent accompagné les réformes et restructurations néolibérales sans broncher ?</p>



<p>Le syndicalisme n’est pas intrinsèquement synonyme de lutte des classes. Dans l’histoire des affrontements entre le prolétariat et la bourgeoisie, que l’organisation de la classe exploitée passe par la constitution de syndicats n’est pas une évidence : dans l’Italie des années 1970, des luttes ouvrières intenses se déroulent hors voire contre les cadres syndicaux. Le mouvement des Gilets jaunes, dans la complexité de sa composition et des représentations politiques qu’il portait, a pu aussi porter une lutte à un niveau très intense hors des instances classiques de représentation des exploité·es, d’organisation ou de régulation de la lutte des classes.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="6e6e6e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6e6e6e;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7156 not-transparent" width="500" height="375"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>Cependant, c’est bien l’expérience quotidienne de l’exploitation vécue par notre classe qui induit la nécessité de l’outil syndical. Le mode de production capitaliste implique une double division : d’une part le clivage entre les détenteurs de capitaux et celles et ceux chargé·es de sa valorisation sous le régime du salariat, d’autre part, une multitude de divisions et de stratifications à l’intérieur même de ces deux pôles : concurrence entre blocs de capitaux et mise en concurrence des travailleur·euses, la variation des modalités de l’exploitation selon les hiérarchies patriarcales et/ou racistes… Le syndicat intervient comme première barrière au déchaînement sans frein de la violence du rapport social d’exploitation dans les boîtes ; là où la représentation syndicale est la plus faible, la soumission des salarié·es est la plus forte. Mais c’est justement la faiblesse du taux de syndicalisation, les défaites des mobilisations syndicales des dernières décennies, la sclérose de certains cadres de base, l’absence de représentations dans des secteurs entiers de l’économie qui peuvent amener à proclamer l’inactualité du syndicalisme dans la lutte des classes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le syndicalisme est-il toujours un outil de notre classe ?&nbsp;</h2>



<p>Sur plus de 25&nbsp;millions de salarié·es, on compte moins de 4 000 000 de syndiqué·es divisé·es entre pas moins de huit centrales différentes : approximativement, la CGT et la CFDT revendiquent plus de 600 000 d’adhérent·es chacune, FO 300 000, l’US Solidaires, la FSU, l’UNSA, la CFE-CGC et la CFTC, 100 000 adhérent·es chacune. Le niveau d’organisation de notre classe est historiquement faible, le taux actuel de syndicalisation (entre 5 et 11 % du salariat selon les modes de décomptes) correspond à celui du début du 20e&nbsp;siècle, une époque où la seule centrale existante était une CGT explicitement révolutionnaire. Si les premières dates de mobilisation contre la réforme des retraites semble avoir favorisé plusieurs dizaines de milliers d’adhésion, l’intensification des luttes économiques pour l’augmentation des salaires ou la généralisation de luttes politiques depuis 2016 et la loi Travail ne semblent pas avoir remis l’outil syndical au centre des préoccupations des activistes et d’organisateur·rices du mouvement.&nbsp;</p>



<p>Pire encore, selon les données de Force ouvrière, la présence syndicale est profondément inégale en fonction des secteurs d’activité. Le salariat serait ainsi divisé en trois regroupements définis en fonction de leur niveau de syndicalisation :</p>



<p>–&nbsp;Un premier regroupe 7 000 000 de salarié·es dans des secteurs fortement syndiqués à l’image de la SNCF ou de l’éducation.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;6 000 000 de salarié·es travaillent dans des secteurs plus faiblement syndiqués mais avec de fortes concentrations comme la métallurgie.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;13 000 000 de salarié·es travaillent quant à eux dans des « déserts syndicaux », des secteurs très faiblement syndiqués comme le commerce ou les trusts du tourisme.&nbsp;</p>



<p>D’après un article dans le Monde diplomatique de mars 2020, les politistes Sophie Béroud et Jean-Marie Pernot constatent que dans près de 70 % des lieux de travail dans le privé, aucun représentant syndical n’est présent en permanence. Dans ces secteurs désertés des centrales syndicales, là où la main-d’œuvre est bien souvent féminisée et racisée, où les conditions de travail dégradées et la surexploitation s’appuient sur les oppressions et hiérarchisations racistes et patriarcales, on ne peut aussi que constater que l’absence d’outil syndical ne laisse en rien la place à des luttes autonomes. À cela il faut ajouter toutes les marges du salariat qu’organise la classe capitaliste pour intensifier et étendre encore plus l’exploitation, travailleur·euses handicapé·es hors du cadre du droit travail dans les ESAT, exploitations des prisonnier·es, conditionnement du RSA à la réalisation d’heures de travaux contraints, expansion des stages et des contrats d’apprentissage&#8230;</p>



<p>Par contre, lorsque les secteurs les plus dominés du salariat décident de relever la tête (femmes de chambre de l’Hôtel Ibis, caissières et commis de Monoprix, travailleurs sans-papiers de Chronopost, femmes de ménage d’ONET, etc.), pour leur salaire, leur statut et leur dignité, c’est via l’outil syndical que la lutte débute, que se construisent les cadres de discussion et de décision, que la confiance se gagne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un simple problème de direction ?&nbsp;</h2>



<p>Une analyse courante de militant·es révolutionnaires consiste à penser que tous les maux du syndicalisme d’aujourd’hui sont dus aux bureaucraties syndicales. Sans nier les effets délétères de la permanentisation de nombreux·euses militant·es syndicaux·ales ou la confusion souvent entretenue entre l’intérêt général du salariat et ceux de corporations spécifiques ou des appareils, le principal investissement des révolutionnaires dans les syndicats ne peut être pour la construction de directions et de bureaucraties alternatives par des militant·es issus de formations politiques réduites, accompagné de constructions de cadres artificiels n’ayant en réalité que peu de prise sur la conduite des luttes et peu à voir avec l’auto-organisation des travailleur·euses. Comme l’analysait déjà Rosa Luxembourg, dans Grève de masse, partis et syndicats, observant les processus de grève ayant conduit à la première révolution russe de 1905, une grève générale ne peut être décrétée par en haut, quel que soit les options idéologiques choisies par les cadres. Ce constat est plus que jamais vrai aujourd’hui, aussi les questions stratégiques ne peuvent se résoudre en un simple tour de passe-passe à la tête des syndicats, où une direction de bureaucrates réformistes serait remplacée par des militant·es révolutionnaires.</p>



<p>Le syndicalisme révolutionnaire du 21e&nbsp;siècle est certainement en premier lieu l’humble construction d’un outil organisant une fraction significative de nos collègues, en cherchant l’implication militante du plus grand nombre tout en forgeant la confiance nécessaire chez la plupart d’entre elles et eux pour tenir des positions sans concession.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="efefef" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #efefef;" loading="lazy" decoding="async" width="889" height="427" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2.png" alt="" class="wp-image-7157 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2.png 889w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2-300x144.png 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2-768x369.png 768w" sizes="auto, (max-width: 889px) 100vw, 889px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Un syndicalisme face au défi de la&nbsp;composition de notre classe&nbsp;</h2>



<p>À la concentration du capital analysée par les marxistes du début du 20e&nbsp;siècle résultant de la concurrence capitaliste dans laquelle les plus grosses entreprises broient ou absorbent les plus faibles a succédé une grande restructuration de la production, une fragmentation des unités de production et des statuts pour les salarié·es (présence de plusieurs employeurs à l’intérieur d’une seule usine via la généralisation de la sous-traitance), une déconcentration ouvrière, l’expansion du secteur des services, l’individualisation des processus de production (management par la peur, isolement des travailleur·euses sur les chaînes ou dans les entrepôts). Ainsi, selon l’Insee, en 2020, les 200 plus grandes entreprises, comprenant au moins 5 000&nbsp;salarié·es et regroupées en une trentaine de filiales emploient 30 % des salarié·es et réalisent 27 % du PIB. Les trusts industriels et tertiaires réunissent près de 30 000 entreprises et concentrent 67 % des salarié·es.&nbsp;</p>



<p>Pourtant, la concentration ouvrière tend à diminuer. De 1979 à 1994, l’emploi a surtout baissé dans les très grands établissements : les établissements de plus de 1 000&nbsp;salarié·es, qui représentaient 23 % de l’emploi en 1979, n’en constituaient plus que 13 % en 1994 et 7 à 8 % aujourd’hui. Dans le même temps, les établissements de moins de 50&nbsp;salarié·es augmentaient leur part dans l’emploi industriel (22 % en 1979, 33 % en 1994). Cette phase correspond en partie au développement de la sous-traitance et de l’intérim (qui emploie 3&nbsp;millions de personnes). Ces développements récents posent des questions essentielles pour l’action syndicale qui ne sont que trop peu posées à l’intérieur des groupes révolutionnaires si ce n’est que pour trop souvent proclamer la mort prématurée du syndicalisme et son absence de pertinence comme cadre pour la lutte des classes.</p>



<p>Cela nécessite de penser l’unité entre collègues sur un même lieu de travail qui pour une même tâche sont parfois soumis·es à trois statuts ou trois employeurs différents. Cela demande de réfléchir à l’unité de l’ensemble des salarié·es d’un seul lieu de travail pour surmonter ces divisions qui se superposent souvent à celles du genre ou de la race.</p>



<p>Cela commence certainement par arrêter de mystifier le rôle stratégique de certains secteurs par leur pouvoir de blocage supposé ou leur concentration appartenant au passée. Pour la transformation révolutionnaire de la société et la généralisation de la grève contre la réforme des retraites, nous devons avoir en tête qu’une femme qui nettoie les gares et qui est salariée d’ONET est aussi importante qu’un conducteur ; pour paraphraser Lénine : une cantinière scolaire doit pouvoir diriger un comité de grève dans une école.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rôle des unions locales</h2>



<p>À bien des égards, renforcer les unions locales est essentiel. Plus la boîte est petite, plus le pouvoir du patron ou du manager y est fort. De par la composition de notre classe, se battre contre un licenciement, pour des augmentations de salaire ou pour faire face à des cas de harcèlement sexiste et sexuel, les UL doivent prendre une place centrale dans la construction des luttes et leur coordination.&nbsp;</p>



<p>Penser le syndicalisme à l’échelle d’un quartier, suppose de construire des unions locales ouvertes, et dont la vie associative, politique et militante s’y organise. Ces outils syndicaux locaux peuvent s’avérer un outil décisif pour regrouper des salarié·es qui travaillent au sein d’une même enseigne, d’une même branche mais qui ont peu de liens. Les mouvements contre la loi Travail, celui de 2019-2020 ou l’actuel font naître des cadres interprofessionnels, où se rencontrent des syndicalistes, des chômeur·euses, des précaires du privé ou du public et s’organisent par en bas au sein d’un même quartier, d’une même ville, d’un même arrondissement. C’est par ces assemblées et de ces piquets de grève que notre classe peut se construire, se connaître et se reconnaître, de par l’expérience de la confrontation avec les classes dirigeantes tout en se promettant de construire un monde meilleur. Les unions locales peuvent s’avérer un outil essentiel pour penser des rythmes communs aux travailleur·euses à l’échelle locale.</p>



<p>Mais on ne peut pas penser les outils dont notre classe a besoin seulement en reflet de sa composition. Il faut les construire en ayant en tête un objectif clair : la réaffirmation du potentiel révolutionnaire de la classe des exploité·es. Il est nécessaire pour nous de rompre avec le précepte réformiste qui consiste à cloisonner la lutte économique entre les murs de l’entreprise et d’enfermer le politique dans les gradins de l’Assemblée nationale. La confiance engendrée par des grèves locales ou sectorielles pour l’augmentation des salaires ou sur les conditions de travail ne disparaît pas du jour au lendemain. Les problèmes des modalités immédiates de l’exploitation (salaire, temps de travail) impliquent de discuter concrètement du monde dans lequel on vit, des causes de l’inflation actuelle, de la répression et de la confrontation de classe, des oppressions patriarcales et racistes. C’est parce que les rapports fondamentaux de l’exploitation sont politiques que nos luttes le sont aussi et que notre intervention syndicale doit l’être du plus haut point.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="949494" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #949494;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-7158 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Syndicalisme et autonomie de classe&nbsp;</h2>



<p>L’unité de notre classe ne peut se construire de façon empirique si de larges franges des salarié·es défendent les mêmes idées misogynes et racistes que leur patron. L’unité se gagnera quand l’ensemble de l’atelier se videra lorsque surviendra un licenciement islamophobe. L’unité se gagnera quand des centaines de milliers de salarié·es feront grèves pour les droits des femmes et des revendications féministes. Cela implique de ne jamais cesser d’argumenter sur son lieu de travail ou dans les cadres syndicaux sur des bases politiques.</p>



<p>L’autonomie de classe ne peut se penser sans intervention syndicale. Mais elle se doit d’être pensée comme un outil pour favoriser l’auto-activité de notre classe, de penser la grève non pas comme un moyen de pression économique pour négocier des miettes mais bien pour se libérer un temps nécessaire à l’activité de la lutte par en bas, pour poser la question de qui contrôle la production ? Qui est en capacité de bâtir le monde dans lequel nous souhaitons vivre ? Cette question du contrôle implique de rompre avec un syndicalisme qui se moule dans l’idée de la concurrence et du made in France et en finisse par négocier le poids des chaînes au gré de la stagnation économique.</p>



<p>Mike Davis, militant révolutionnaire et intellectuel marxiste, nous a quittés en octobre dernier. À la suite de son expérience de chauffeur routier à la fin des années 1960, il comparait le travail de celles et ceux qui organisent les travailleur·euses à celui d’un jardinier patient : une besogne quotidienne, sur le temps long, souvent frustrante car ses effets ne peuvent être prédis avec certitude.</p>



<p>C’est justement dans cette action quotidienne et méthodique que nous devons nous engager, jusqu’au jour où l’enjeu de la lutte ne sera plus l’âge de départ à la retraite, le niveau du salaire mais bien le contrôle sur la production, la mise à bas de l’ordre politique, l’abolition du salariat et de la marchandise, en un mot : la révolution.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Barnabé Bouchard, Rennes, et Gaël Braibant, Montreuil</h6>
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		<title>Arrêter le travail, commencer à rêver !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/arreter-le-travail-commencer-a-rever/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2023 05:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’enjeu de la dynamique de grève que nous connaissons depuis le 19&#160;janvier est majeur. Il ne s’agit pas seulement de faire reculer un pouvoir qui veut nous faire travailler plus longtemps pour le profit des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/arreter-le-travail-commencer-a-rever/" title="Arrêter le travail, commencer à rêver !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’enjeu de la dynamique de grève que nous connaissons depuis le 19&nbsp;janvier est majeur. Il ne s’agit pas seulement de faire reculer un pouvoir qui veut nous faire travailler plus longtemps pour le profit des plus riches. Face à un système qui s’enfonce dans une crise économique mondiale, qui fait resurgir le spectre de la guerre et du fascisme, la grève remet les pendules à l’heure quant au rôle central de la classe ouvrière, de la puissance de sa force collective. L’expérience que nous faisons de cette période de grève peut amener à des avancées décisives vers la perspective que développait Marx : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">La grève joue un rôle déterminant dans la lutte de classe et exprime une force collective sans précédent dans l’histoire. Les grèves de masse ont profondément et durablement modifié la confiance, la conscience et l’organisation de la classe ouvrière et mis au centre la question de son émancipation. &nbsp;</p>



<p>Le rôle central que joue la grève depuis l’avènement du capitalisme tient à la position spéciale qu’occupe la classe ouvrière dans les rapports de production capitaliste.&nbsp;</p>



<p>Les salarié·es, dépossédé·es des moyens de production et du produit de leur travail, n’ont que leur force de travail à vendre, comme une marchandise, que les capitalistes exploitent pour en extirper toujours plus de profits.&nbsp;</p>



<p>La concurrence incessante que se livrent les capitaux ou blocs de capitaux mène une logique d’accumulation pour l’accumulation : les capitalistes ne contrôlent pas la production pour satisfaire les besoins de la population, ni même pour satisfaire leurs besoins propres si pharaoniques soient-ils, mais pour augmenter toujours plus le capital qu’ils contrôlent.&nbsp;</p>



<p>Cela les conduit à mener une lutte permanente contre les salarié·es afin d’augmenter leur plus-value : autour du temps de travail, des salaires, de l’organisation du travail pour le rendre plus productif, de l’introduction d’innovations technologiques…</p>



<p>Le capitalisme introduit une division du travail à l’échelle d’une entreprise comme à l’échelle mondiale : un seul smartphone contient une parcelle de travail de centaines, peut-être de milliers de salarié·es de par le monde entier, depuis l’extraction du minerai jusqu’à l’usine d’assemblage. Si bien que lorsque la production cesse au niveau d’un maillon, c’est toute la chaîne de production qui en est impactée, d’autant plus qu’elle s’organise à flux tendu.</p>



<p>C’est cette position collective de la classe ouvrière en tant que productrice et en tant qu’exploitée qui fait de la grève collective le seul moyen de lutte des travailleur·euses et qui explique son potentiel à se généraliser en grève de masse.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La grève : école de la guerre de classe</h2>



<p>Mais la grève ne fait pas qu’exprimer un rapport de forces collectif, elle organise la classe ouvrière et en développe la conscience.</p>



<p>Dans Misère de la philosophie, Marx répondait à Proudhon qui s’opposait au droit de grève en niant son efficacité économique. Il soutenait non seulement que la grève permettait d’obtenir de meilleures conditions de vie pour les travailleur·euses, mais il ajoutait :</p>



<p>« En Angleterre, on ne s’en est pas tenu à des coalitions partielles, qui n’avaient pas d’autre but qu’une grève passagère, et qui disparaissaient avec elle. On a formé des coalitions permanentes, des trades-unions [&#8230;] La formation de ces grèves, coalitions, trades-unions marcha simultanément avec les luttes politiques des ouvriers [&#8230;] Dans cette lutte —&nbsp;véritable guerre civile&nbsp;— se réunissent et se développent tous les éléments nécessaires à une bataille à venir [&#8230;] cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu’elle défend deviennent des intérêts de classe. Mais la lutte de classe à classe est une lutte politique. »</p>



<p>Analysant le développement des grèves précédant la révolution de 1905, Lénine écrivait :</p>



<p>« Chaque grève rappelle aux capitalistes que ce ne sont pas eux les vrais maîtres mais les ouvriers, qui proclament de plus en plus hautement leurs droits. Chaque grève rappelle aux ouvriers que leur situation n’est pas désespérée, qu’ils ne sont pas seuls [&#8230;] Les esclaves commencent à exiger de devenir des maîtres, de travailler et de vivre non point au gré des grands propriétaires fonciers et des capitalistes mais comme l’entendent les travailleurs eux-mêmes [&#8230;] Ainsi les grèves apprennent aux ouvriers à s’unir [&#8230;] à penser à la lutte de toute la classe ouvrière contre toute la classe des patrons de fabrique et contre le gouvernement autocratique, le gouvernement policier. C’est pour cette raison que les socialistes appellent les grèves « l’école de guerre » ».</p>



<p>Non seulement la grève organise la classe sur le long terme, mais elle développe ses intérêts collectifs, sa conscience politique et l’idée de sa propre émancipation.</p>



<p>Parce qu’elle nécessite un engagement collectif, la grève alimente la démocratie des assemblées de grévistes et favorise l’auto-organisation des travailleur·euses dans les lieux de travail où iels sont habituellement aux ordres des patrons. La grève provoque une fissure dans les chaînes de l’esclavage salarial. Elle s’affronte au sexisme et au racisme du quotidien qui exclut et divise celleux qui doivent s’unir.</p>



<p>Mais Lénine insistait également sur le fait que « l’école de guerre », ce n’est pas encore la guerre elle-même.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Proposer une assemblée de gréviste au-delà de la seule participation aux appels (inter-)syndicaux, et l’organiser, proposer des réponses aux défis stratégiques posés par les manoeuvres des patrons —&nbsp;ou par les directions syndicales&nbsp;— cela repose sur des collectifs militants qu’ils soient syndicaux, politiques ou des collectifs qui se sont soudés dans une expérience commune.&nbsp;&nbsp;Ce sont eux qui sont en capacité de&nbsp;&nbsp;proposer des initiatives afin d’accélérer les dynamiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des émeutes ouvrières à la grève de masse</h2>



<p>Le capitalisme naissant était bien conscient de ce potentiel collectif. Ce n’est pas pour rien que la loi Le Chapelier de 1791 interdisait toute coalition de travailleur·euses. En Angleterre les Combination Acts de 1799 menaçaient d’emprisonner les travailleur·euses qui menaient des actions collectives. « Rien n’est plus nocif », écrivait un propriétaire d’usine du nom de Gray, « que de permettre aux ordres inférieurs de sentir leur force et de communiquer librement entre eux ».&nbsp;</p>



<p>Mais face à l’exploitation sans borne de la classe ouvrière, enfants compris, les grèves et révoltes ouvrières ne cessaient de se développer. En 1811, le mouvement des Luddites faisait éclater la colère des artisans du textile qui se révoltaient contre l’introduction des métiers à tisser en détruisant les machines. Dans les années 1830, toujours dans l’industrie textile, la grève des Canuts de Lyon se transformait en insurrection.</p>



<p>Les grèves et l’organisation de masse des travailleur·euses sont devenues la caractéristique principale de l’affrontement de classe au 20e&nbsp;siècle. Les grèves générales de juin 1936 et de mai 1968 en France et leurs pendants internationaux sont des références incontournables du mouvement ouvrier.</p>



<p>L’affaiblissement des luttes et des organisations du mouvement ouvrier à partir de la crise de 1973 a été théorisée par la pensée dominante —&nbsp;et y compris au sein du mouvement ouvrier&nbsp;— comme un affaiblissement structurel, voire une tendance à la disparition de la classe ouvrière. En retour, cette vision à idéalisé une classe ouvrière très organisée et toute puissante au cœur du 20e&nbsp;siècle, reliant mécaniquement le niveau d’organisation de la classe à sa capacité à entrer dans la grève de masse.&nbsp;</p>



<p>La dynamique des grèves au 20e&nbsp;siècle offre une vision bien plus contrastée. Il n’y a pas de développement linéaire des grèves, ni de lien mécanique entre le développement des grèves et l’organisation de la classe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une grève générale ?</h2>



<p>Tout le monde, dans les milieux mobilisés comme dans la gauche radicale, pense qu’une grève générale est nécessaire comme en 1936 et 1968. Pourquoi n’y est-on pas arrivé en 2019, peut-on y arriver en 2023 ? Quelles en sont les conditions ?</p>



<p>Les discussions sur la grève générale ne sont pas nouvelles, elles ont émergé de la conscience du rôle central qu’occupe la classe ouvrière dans la production et de la force potentielle énorme qui en découle. Si toute la classe s’unifiait pour bloquer totalement la production, le pouvoir de la bourgeoisie s’effondrerait en peu de temps.&nbsp;</p>



<p>Pourtant les tentatives réelles de planifier la grève générale par la volonté de directions syndicales ou politiques se sont soldées par de cuisants échecs. Comme en 1913, lorsque le parti socialiste belge planifia avec minutie une grève générale politique pour le suffrage universel masculin face à un système électoral censitaire ou en 1926, lorsque face à une attaque majeure des industries minières, le Trade Union Congress lança le mot d’ordre de grève générale. Même si ces grèves furent très suivies, leur organisation bureaucratique —&nbsp;qui ne laissait aucune place et s’opposait à toute spontanéité et toute initiative par en bas&nbsp;— mena à un échec cuisant.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="8d8d8d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8d8d8d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_EnGreve_Illustr1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-7143 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>En analysant la dynamique de la première révolution russe de 1905, Rosa Luxembourg avait férocement critiqué cette idée d’une grève générale par en haut, d’un « schéma rigide et vide qui nous montre une « action » politique linéaire exécutée avec prudence et selon un plan décidé par les instances suprêmes des syndicats ». Le schéma à l’œuvre en 1905 comme par la suite dans les grèves générales de 1936 ou mai 1968 n’avait rien avoir avec l’exécution d’un plan savamment établi.</p>



<p>Rosa Luxembourg expliquait au contraire la grève de masse de cette période comme le résultat d’une colère accrue et d’un processus vivant ou différentes dynamiques de grève ou de manifestation, de revendications économiques et politiques s’entremêlaient. Ces revendications se renforcent mutuellement, et accentuent le sentiment de confiance et la conscience des travailleuses et des travailleurs, elles étaient susceptibles d’entraîner de nouvelles couches dans la bataille. Le ressort de ces grèves reposait sur une grande spontanéité, l’initiative par en bas, le sentiment d’une possibilité de rompre les chaînes, de s’émanciper, d’un grand règlement de compte avec le pouvoir.</p>



<p>Un des traits marquants des grèves de juin 1936 et mai 1968 fut la participation massive de salarié·es totalement inorganisés, qui faisaient grève pour la première fois et qui développaient un enthousiasme qui tranchait avec le conservatisme routinier de certains secteurs organisés.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Grève et mutation du capitalisme</h2>



<p>Il ne fait pas de doute que la décrue des luttes et l’affaiblissement des organisations de la classe sont massifs depuis la crise des années 1970, le taux de syndicalisation se maintient autour de 10 % aujourd’hui. Cela ne résulte pas d’un affaiblissement structurel de la classe ourvière, mais des mutations profondes du capitalisme.</p>



<p>La logique de l’accumulation pour l’accumulation qui est au cœur du capitalisme lui donne un caractère très dynamique, une capacité à s’étendre dans tous les rouages de la société, dans le monde entier, une capacité à se renouveler, à délaisser des industries obsolètes pour investir dans des productions plus prometteuses (du charbon au pétrole ou au nucléaire, de la machine à vapeur à la voiture…), à renouveler l’organisation du travail (Taylorisme, Fordisme, post fordisme…)</p>



<p>C’est cette logique qui poussait Marx à pronostiquer que la classe ouvrière, numériquement faible à son époque, tendrait à devenir majoritaire.</p>



<p>Si, au cours des décennies suivant la crise, une partie de la production industrielle s’est déplacée vers les économies émergentes permettant au capital de profiter d’une main-d’œuvre bon marché et rendue docile par la main de fer de pouvoirs autoritaires, la classe ouvrière n’a pas pour autant reculé dans ces centres historique, mais elle a profondément muté.</p>



<p>En 1962, la France comptait 7,4&nbsp;millions d’emplois dit « ouvriers industriels » sur un total de 19&nbsp;millions d’emplois salariés. En 2007, il y en avait 6&nbsp;millions sur un total de 26&nbsp;millions. Il s’agit donc moins d’une disparition des ouvrier·es que d’une explosion des emplois dits de services. D’autant plus que pour une partie, il s’agit en plus d’une requalification d’un travail dit « ouvrier » en travail dit « de service » du fait de l’évolution de l’organisation de production comme la filialisation des services de maintenance. Mais plus fondamentalement, s’il n’est pas directement productif, dans la mesure où il ne produit pas la marchandise, l’emploi de service n’est pas en dehors, mais intégré à la production ou à la valorisation des marchandises : sans service de transport, routier, coursiers, sans service de distribution, magasinier, caissier, sans les « premiers de corvée » de la crise du covid, la marchandise reste un objet mort, sans valeur, stockée dans un entrepôt, que personne ne peut plus acheter.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #767676;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_EnGreve_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-7138 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>La disparition de grands bastions industriels historiques dans le textile, les profondes mutations dans l’automobile ont réduit les grandes unités de production, mais elle n’a pas pour autant réduit la concentration ouvrière. Si les grandes unités de productions ont éclaté c’est surtout par le biais de filialisation de grandes structures, découpées en plusieurs entités pour accroître la concurrence au sein d’un même groupe. À titre d’exemple, entre 1986 et 2006 le nombre de salarié·es des grandes entreprises de plus de 1 000 salarié·es est passé de 30 % à 38 % tout en s’accompagnant d’une diminution de la taille des unités de production. Ces mutations ont eu pour conséquence l’affaiblissement certain des organisations syndicales et un éclatement des collectifs de lutte, mais elles se sont traduites par une concentration accrue de la classe ouvrière.&nbsp;</p>



<p>Depuis 2013 le salariat est devenu la forme majoritaire du travail à l’échelle mondiale selon les statistiques de l’OIT (1,6&nbsp;milliard) concentrant la classe ouvrière dans d’immenses zones urbaines qui rassemble aujourd’hui plus de 50 % de la population mondiale.</p>



<p>L’évolution récente du capitalisme ne se traduit pas par un affaiblissement structurel de la classe ouvrière et de sa capacité à mener des grèves de masse, bien au contraire. L’affaiblissement du syndicalisme renvoie plutôt à la difficulté des syndicats à s’adapter à ces mutations.</p>



<p>La grève qu’a menée en 2019 Rachel Kéké et les femmes de chambre de l’Hôtel Ibis Batignolles, employées en sous-traitance pour le grand groupe hôtelier Accor, les grèves qui se développent parmi les chauffeurs/livreurs de la plateforme Uber, qui se multiplient au sein des entrepôts du groupe Amazon, devenu en 10&nbsp;ans l’un des plus gros employeur mondial confirment non seulement la possibilité de la grève des secteurs très précarisés mais offrent un champs immense de syndicalisation.</p>



<p>Dans les secteurs plus traditionnels et historiquement organisés comme à la SNCF, la tendance à la hausse des taux de grève est notable. Sur les 10&nbsp;mouvements de grève les plus suivis depuis la Seconde Guerre mondiale, 5 se sont produites depuis 1995. Depuis 2005, le nombre de journées de grève par agent ne cesse d’augmenter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspective et stratégie dans la grève</h2>



<p>L’appel à la mise à l’arrêt du pays le 7&nbsp;mars et la multiplication des appels à reconduire la grève offrent d’autant plus de possibilité qu’ils peuvent se nourrir de l’expérience récente de 2019.</p>



<p>La grève reconductible massive initiée par la RATP et la SNCF le 5&nbsp;décembre 2019 et largement reconduite dans l’éducation a changé la donne : la grève appartenait maintenant aux grévistes.&nbsp;&nbsp;Renouvelée jour après jour dans les ateliers, les dépôts, les écoles, elle permettait de discuter avec tous les salarié·es au-delà des affiliations syndicales, de discuter de la stratégie à mettre en œuvre pour étendre la grève. Elle permettait de s’organiser pour aller convaincre les salarié·es d’autres dépôts moins mobilisés, d’autres secteurs, de rendre chaque gréviste acteur·rice de la grève et de mobiliser massivement pour les manifestations…</p>



<p>Ces liens ont permis que des collectifs militants, basés sur une expérience commune, émergent et proposent des initiatives susceptibles d’accélérer les dynamiques et de pallier les déficiences des directions syndicales.</p>



<p>Ce fut le cas de la coordination RATP-SNCF qui avait émergé de plusieurs rencontres militantes. Alors que l’intersyndicale avait refusé d’appeler à l’action pendant les vacances de Noël, elle avait permis pendant cette période de renforcer les piquets de grève et d’ organiser une manifestation très dynamique des agent·es de la RATP et de la SNCF à Paris.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="7d7d7d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7d7d7d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_EnGreve_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-7139 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>D’autres collectifs se sont développés dans plusieurs quartiers à partir des liens qui se sont tissés au cours de la lutte, avec l’objectif d’ancrer la grève et de l’étendre au travers d’une multitude d’initiatives qui visaient à renforcer les liens de classe, d’aider celleux qui était peu ou pas organisé·es sur leur lieu de travail. Ces collectifs, dont beaucoup se sont reconstitués dès le début du mouvement actuel, permettent de cristalliser le sentiment que la grève appartient aux grévistes et que c’est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains des dirigeants syndicaux.</p>



<p>Ils permettent aussi, parce qu’ils regroupent différents secteurs, de porter des débats stratégiques au sein du mouvement.</p>



<p>Si elle est portée par la revendication principale des retraites, la mobilisation massive à laquelle on assiste traduit une colère bien plus profonde contre un pouvoir qui ne cesse de nous attaquer. La colère qui monte par exemple dans l’éducation face à des suppressions massives de postes s’est traduite par de fortes mobilisations dans le primaire, si bien que de nombreuses intersyndicales départementales appellent maintenant à reconduire la grève après le 7&nbsp;mars. Non seulement les revendications sectorielles ou politiques, comme sur les question féministes ou antiracistes, ne sont pas contradictoires avec la mobilisation actuelle, mais elles permettent au contraire d’alimenter et d’étendre le mouvement.&nbsp;</p>



<p>Loin de devoir se concentrer sur quelques secteurs dit « stratégiques » qui, par leurs possibilités de blocage (transport, raffinerie…), suffiraient à faire reculer le pouvoir, il est au contraire essentiel de lutter contre l’idée d’une grève par procuration, qui pousse à la passivité, en particulier dans le secteur privé. Au contraire, c’est son entrée dans la bataille qui permettra de décupler les forces du mouvement.</p>



<p>Renforcer l’auto-organisation des travailleur·euses au travers d’assemblées de grévistes dans un lieu de travail ou dans un secteur, se rassembler au sein de collectifs interprofessionnels avec l’objectif d’étendre la grève et de la rendre active, permet de doter notre classe d’outils collectifs précieux pour construire la grève qui vient. Elle permet également de souder sur le long terme des collectifs militants dans une expérience commune qui renforce la confiance et développe la conscience que, face aux enjeux majeurs de la période actuelle, l’émancipation viendra d’en bas</p>



<h6 class="wp-block-heading">Nicolas Verdon, Paris 19<sup>e</sup></h6>
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