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	<title>Archives des Réformisme - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Réformisme - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 14:16:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[candiatures]]></category>
		<category><![CDATA[double conscience]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Qu’on le veuille ou non, les prochaines élections municipales vont être un terrain de combat. Mais comment intervenir en terrain piégé&#160;? La classe des travailleurs et travailleuses, la classe ouvrière, regroupe en France plusieurs dizaines <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/" title="Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Qu’on le veuille ou non, les prochaines élections municipales vont être un terrain de combat. Mais comment intervenir en terrain piégé&nbsp;?</p>
</blockquote>



<p>La classe des travailleurs et travailleuses, la classe ouvrière, regroupe en France plusieurs dizaines de millions de salarié·es, de retraité·es et de jeunes plus ou moins scolarisé·es.</p>



<p>Pour nous, elle est potentiellement et collectivement, l’agent de la révolution. </p>



<p>Pourtant, seule une fraction très minoritaire est révolutionnaire. Une fraction bien plus importante est réactionnaire. Plusieurs millions votent même désormais pour le Rassemblement National.</p>



<p>Quant à l’énorme majorité, elle se situe entre ces deux pôles. Lors du dernier mouvement sur les retraites, près de 9 membres de notre classe sur 10 soutenaient le mouvement&nbsp;: 30 millions ? Plus ou moins passivement, ils et elles ont, en très grande majorité, suivi la stratégie réformiste de l’Intersyndicale. Pas celle du soulèvement général, de la grève et des occupations. Celle de la délégation et de la pression sur le vote des parlementaires.</p>



<p>Plus de dix millions votent régulièrement pour «&nbsp;la gauche&nbsp;». Une vingtaine de millions ne votent pas. Mais pas par conviction révolutionnaire. Parce qu’ils et elles n’en ont pas le droit ou par défiance envers les partis existants.&nbsp;</p>



<p>Voilà la réalité : même si elle ne vote pas l’énorme majorité de notre classe considère que, s’il est possible, le changement ne peut s’obtenir que par l’intermédiaire de bon·nes dirigeant·es et au travers des institutions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Capitalisme et consentement</h2>



<p>Tout système de domination ne peut fonctionner qu’au travers un mélange de contrainte (force) et de consentement (légitimation de la domination).</p>



<p>Prenons l’exemple du féodalisme. Dans l’Europe médiévale le paysan pouvait travailler une partie de son temps sur sa terre et une autre sur celle du seigneur. Ou il pouvait ne travailler que sur sa terre mais devait fournir une partie de sa production au seigneur. L’exploitation était évidente. Le seigneur pouvait exploiter le paysan parce qu’il était à la fois le dirigeant politique et économique. L’exploitation reposait ouvertement sur l’usage de la force.</p>



<p>Le capitalisme est le premier système où la domination s’impose principalement par le consentement des exploité·es <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10792_2('footnote_plugin_reference_10792_2_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10792_2('footnote_plugin_reference_10792_2_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10792_2_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10792_2_1" class="footnote_tooltip">Ce qui ne signifie pas l’absence d’utilisation de la force. D’autant plus quand le système entre en crise, ce qui est le cas actuellement.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10792_2_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10792_2_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Cela s’explique par le fait que l’exploitation y est masquée. Le rapport entre patrons et travailleur·euses apparaît comme un rapport contractuel employeur/employé·es où le salaire serait la rétribution du travail fourni et le profit la rétribution du capital.</p>



<p>Sous la forme du salaire payé par le capitaliste, la force de travail apparaît même comme une fraction du capital, celle que Marx appelle «&nbsp;capital variable&nbsp;».</p>



<p>C’est la puissance économique des capitalistes (la propriété des moyens de production nécessaires à toute production) qui assure que les travailleurs·euses leur vendent chaque jour « volontairement » leur force de travail pour assurer leur subsistance et celle de leur famille.</p>



<p>La politique, la gestion de la société, apparaît comme un terrain séparé de l’économie où ouvrier·es et capitalistes font face à l’État et aux institutions en tant que citoyen·nes égaux en droit. La démocratie bourgeoise, forme de domination de classe, apparaît comme « la démocratie » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10792_2('footnote_plugin_reference_10792_2_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10792_2('footnote_plugin_reference_10792_2_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10792_2_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10792_2_2" class="footnote_tooltip">Comme lors de l’expérience du Front Populaire en 1936, une partie de la gauche utilise la défense de la « démocratie » pour justifier son alliance avec des fractions de la bourgeoisie (des macronistes). Alors que ce qu’il y a à défendre ce sont les éléments de démocratie de classe qui ont été arrachés au sein de la démocratie bourgeoise.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10792_2_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10792_2_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Consentement et élections</h2>



<p>Le consentement a donc une base réelle dans ces formes mystifiées que prend le capitalisme : politique comme domaine indépendant de l’économie, contractualisation du rapport d’exploitation, mise en concurrence des travailleur·euses sur le marché de l’emploi, naturalisation du mode de production capitaliste, etc.</p>



<p>Il n’en reste pas moins que, même masqués, les ressorts réels du capitalisme sont l’exploitation et la dynamique de l’accumulation du Capital. Avec leurs conséquences, luttes de classes et crises du Capital.</p>



<p>Cette «&nbsp;double-nature&nbsp;» du capitalisme est à la base du réformisme comme «&nbsp;relai des idées dominantes au sein de la classe ouvrière&nbsp;».</p>



<p>Le réformisme repose sur l’idée qu’il existera toujours des patrons et des travailleur·euses, qu’il faut un État, neutre et détenteur du monopole de la violence, pour empêcher le désordre, que la majorité n’a ni les capacités, ni les moyens de gérer la société etc.</p>



<p>Mais en tant que conscience particulière des travailleur·euses, le réformisme doit aussi refléter leur position propre, la nécessité de limiter l’appétit du Capital et les inégalités, l’aspiration à une plus juste rétribution des richesses etc.</p>



<p>Le domaine des élections est donc celui où s’exprime de la manière la plus évidente ce que le révolutionnaire italien Antonio Gramsci appelait la «&nbsp;conscience contradictoire&nbsp;». Elles sont un moyen et une expression du consentement.</p>



<p>Un moyen parce qu’elles donnent une forme, là encore réelle – celle du vote &#8211;&nbsp; à l’égalité formelle entre citoyen.nes et à la politique comme domaine séparé de l’économie. Elles légitiment, par leur résultat, le fonctionnement du système comme produit des choix collectifs.</p>



<p>Une expression parce qu’elles cristallisent – au travers des programmes réformistes &#8211; l’espoir dans une société plus égalitaire mais aussi le sentiment d’impuissance qui fait que cet espoir est délégué à des «&nbsp;dirigeants&nbsp;».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Lutter avec et contre le réformisme</h2>



<p>Le réformisme n’est donc pas une simple manipulation des consciences. Il ne peut être combattu uniquement dans le domaine des idées.</p>



<p>La lutte contre le réformisme peut et doit donc favoriser les expériences de la classe ouvrière qui mettent en défaut l’idéologie dominante, les généraliser, leur donner un sens.&nbsp;</p>



<p>Car la classe ouvrière n’est pas seulement une composante du capital. Elle en est aussi l’antagoniste.</p>



<p>Le salaire n’est pas la rétribution de tout le travail effectué par les travailleur·euses. Et le profit n’est pas la rétribution des moyens de production fournis pas le capitaliste.</p>



<p>Le salaire est la valeur de ce qui est nécessaire au travailleur pour produire et reproduire sa force de travail. Une partie sa journée de travail suffit à produire cette valeur. Le reste de sa journée de travail est accaparé par le capitaliste comme profit.</p>



<p>La concurrence entre capitalistes les oblige à augmenter toujours la part de leurs profits en baissant par tous les moyens la part qui va aux salaires : en intensifiant le travail ou en le rendant plus productif. C’est ce qui crée l’antagonisme permanent et irréductible entre travailleur·euses et capitalistes. Cet antagonisme n’est pas un rapport entre individus, c’est un rapport social entre classes, collectif et qui provoque des conflits.</p>



<p>La lutte de classe qu’il génère est politique. Car le mode de production et de reproduction des biens et des services est la base de tout le fonctionnement social. Parce que la production est sociale et collective, c’est en tant que producteurs (et non en tant que salarié.es) que les travailleur·euses peuvent transformer la société et bouleverser l’ensemble des rapports sociaux. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Pas les élections&#8230; et pourtant les élections</h2>



<p>On comprend donc à quel point le terrain sur lequel peut être combattu efficacement le capitalisme est logiquement étranger aux élections. Puisque les élections sont justement la forme et l’expression du consentement ouvrier à ce système.</p>



<p>Cela explique aussi comment les luttes, sociales et politiques, sont le terrain propice.&nbsp;</p>



<p>Sauf que&#8230; si le réformisme est dominant au sein de notre classe, alors les élections sont un moment de politisation majeur où sont discutés et jugés les programmes, les revendications, les analyses, les arguments des forces qui se présentent.</p>



<p>La question n’est donc pas d’éviter les élections mais de déterminer comment y intervenir.</p>



<p>Si le terrain électoral laisse, par nature, les membres de notre classe dans la position qui fabrique leur consentement, on doit déduire que ce n’est pas en présentant des candidat·es qui se différencient seulement par la radicalité de leur programme qu’on peut intervenir.</p>



<p>Comme nous ne sommes pas neutres, nous ne pouvons mettre dans le même sac celles et ceux qui expriment – dans leur vote &#8211; leurs intérêts de classe et celles et ceux qui défendent la collaboration de classe, l’égalité des droits ou la discrimination, etc. Nous n’avons jamais vu de manifestations de joie de notre classe, dans nos quartiers, dans nos lieux de travail, suite à la victoire des candidat·es de la droite ou des racistes. La progression des fascistes ne se traduit pas par des manifestations d’enthousiasme mais par des ratonnades.</p>



<p>L’expérience concrète de l’impasse du réformisme, aussi douloureuse soit-elle, est une expérience nécessaire. A condition qu’une alternative existe.</p>



<p>Application aux municipales</p>



<ol class="wp-block-list">
<li><strong>Stopper les fascistes</strong></li>
</ol>



<p>Dans leur phase actuelle la construction d’une base active et d’une milieu mobilisable, les élections municipales sont déterminantes pour le Rassemblement National. Les fascistes vont faire campagne. Cela doit susciter et permettre de construire dans nos villes et nos quartiers des fronts unitaires de lutte antifasciste.</p>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li><strong>Organiser les luttes à l&rsquo;échelle locale</strong></li>
</ol>



<p>La campagne des municipales doit être l’occasion de construire, renforcer, élargir, les organisations de lutte.</p>



<p>La lutte de classe n’est indifférente à aucune question concrète. Mais elle refuse de réduire ces questions à des problèmes techniques ou de personnel politique.</p>



<p>La situation des hôpitaux, les jeunes à la rue, les violences policières, la situation des sans-papiers, le délabrement du système de santé ou de l’éducation, la défense des mosquées&nbsp;: chacune de ces questions sont du domaine de la lutte de classe. Les élections municipales sont l’occasion de renforcer nos organisations dans les quartiers, à l’hôpital, dans les écoles, etc..</p>



<ol start="3" class="wp-block-list">
<li><strong>Voter pour la FI</strong></li>
</ol>



<p>La priorité des révolutionnaires ne devrait certainement pas être de présenter leurs propres candidat·es pour deux raisons.</p>



<p>Ces candidatures sont des candidatures «&nbsp;de témoignage&nbsp;». Au mieux, leur seul argument est d’en faire des tribunes de propagande pour les idées révolutionnaires.</p>



<p>C’est sous-estimer grandement la nécessité et les possibilités de construire des organisations locales de lutte (lieux de travail et quartiers) en y impliquant par ailleurs tous ceux et celles qui votent pour des candidat·es « de gauche » ou s’abstiennent. C’est là que doivent aller toutes nos ressources.</p>



<p>C’est aussi – au mieux – s’abstenir dans un débat stratégique au sein de la gauche qui renforce la campagne des classes dirigeantes contre la France Insoumise.</p>



<p>La politique d’une partie de la gauche – politique et syndicale &#8211; défend actuellement la politique du <em>moins pire</em> pour éviter une alliance entre la droite et le Rassemblement National. </p>



<p>La politique de la France Insoumise, aussi réformiste soit-elle, défend l’idée qu’il faut polariser la politique actuelle contre les capitalistes, contre le racisme, en solidarité avec la Palestine, etc.</p>



<ol start="4" class="wp-block-list">
<li><strong>Construire l’alternative</strong></li>
</ol>



<p>Le réformisme encourage la passivité par délégation. L’impasse et les trahisons du réformisme, en cas de victoire, ne feront que provoquer encore plus de passivité par démoralisation.</p>



<p>Sauf si l’expérience de l’impasse s’articule avec l’existence – concrète et visible &#8211; d’autres possibilités, d’une autre direction à prendre. L’une de ces possibilités est l’existence de formes d’auto-organisations. Hors de cela, le reste est mot creux et dénonciations stériles.</p>



<p>Mais il faut aussi qu’existe une autre direction, politique, globale, à prendre. Aussi bien en termes d’analyse du système que de stratégie&nbsp;: une organisation révolutionnaire.</p>



<p>Denis Godard (Paris 20)</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10792_2();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10792_2();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10792_2">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10792_2" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10792_2_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10792_2('footnote_plugin_tooltip_10792_2_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ce qui ne signifie pas l’absence d’utilisation de la force. D’autant plus quand le système entre en crise, ce qui est le cas actuellement.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10792_2_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10792_2('footnote_plugin_tooltip_10792_2_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme lors de l’expérience du Front Populaire en 1936, une partie de la gauche utilise la défense de la « démocratie » pour justifier son alliance avec des fractions de la bourgeoisie (des macronistes). Alors que ce qu’il y a à défendre ce sont les éléments de démocratie de classe qui ont été arrachés au sein de la démocratie bourgeoise.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10792_2() { jQuery('#footnote_references_container_10792_2').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10792_2').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10792_2() { jQuery('#footnote_references_container_10792_2').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10792_2').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10792_2() { if (jQuery('#footnote_references_container_10792_2').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10792_2(); } else { footnote_collapse_reference_container_10792_2(); } } function footnote_moveToReference_10792_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10792_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10792_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10792_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/">Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 23:48:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[atomisation]]></category>
		<category><![CDATA[concentration]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[INSEE]]></category>
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		<category><![CDATA[Lutte de classes]]></category>
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		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<category><![CDATA[uber]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans son livre Nouveau peuple, nouvelle gauche publié par l’institut la Boétie, La France Insoumise (LFI) propose une analyse des « classes populaires », à partir de travaux universitaires, pour en tirer des pistes stratégiques. Elle met <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/" title="À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Dans son livre <em>Nouveau peuple, nouvelle gauche</em> publié par l’institut la Boétie, La France Insoumise (LFI) propose une analyse des « classes populaires », à partir de travaux universitaires, pour en tirer des pistes stratégiques. Elle met au centre un<strong> nouvel acteur politique : le peuple, qui remplacerait la classe ouvrière</strong>. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Peuple contre classe ?&nbsp;</strong></h2>



<p>Plusieurs arguments sont avancés : d’abord, une <strong>diminution du nombre d’ouvriers</strong>. Mais ces chiffres utilisent les catégories floues de l’INSEE qui décrivent des statuts professionnels, pas des positions dans la production <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_4_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_1" class="footnote_tooltip">Pour une critique des catégories de l’INSEE : voir Ross Harrold (2024), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21e siècle</a></em>. Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #14</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_4_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. <strong>La « classe ouvrière »</strong> ne désigne pas qu’un <em>ouvrier blanc à l’usine,</em> figure mythifiée que le livre cherche à déconstruire. Selon nous, elle renvoie à la <strong>classe travailleuse</strong>, celle qui ne possède que sa force de travail pour vivre, et qui existe encore aujourd’hui. Peu importe la forme juridique que prend son exploitation : même si les travailleurs uberisés ont le statut d&rsquo;auto-entrepreneur et non de salarié, il y a toujours des capitalistes qui extraient une plus-value de leur travail. </p>



<p>La <strong>prétendue </strong>« <strong>atomisation </strong>»<strong>de la classe ouvrière </strong>défendue dans le livre est contredite par la tendance à la concentration des capitaux et aux monopoles : des millions de travailleur·euses sur la planète ont le même employeur, et donc, le même ennemi commun <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_4_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_2" class="footnote_tooltip">Voir Vic Michel (2025), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?</a>. </em>Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #17</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_4_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est aussi là l&rsquo;écueil d’arguments sociologiques qui prétendent décrire une mutation globale du capitalisme en n’analysant que la situation en France. </p>



<p>Pour LFI, la catégorie «&nbsp;classe ouvrière&nbsp;» serait peu pertinente car hétérogène et marquée par des dominations de genre et de race. Certes, notre classe est traversée par de multiples oppressions qu’il nous faut absolument combattre pour construire notre unité. Mais aucune forme d&rsquo;oppression ne remet en cause l’existence d’un antagonisme de classe. Répéter que ces classes populaires sont «&nbsp;plurielles&nbsp;», «&nbsp;fragmentées&nbsp;», tend à nier l’antagonisme des rapports entre classe travailleuse et classe capitaliste. Et en effet, pour la FI, l’exploitation par le travail n’est plus le rapport social qui structure en premier lieu le capitalisme : <strong>c’est la dépendance et l’accès aux “réseaux”</strong> (internet, services publics, électricité, centres-villes), tout ce qui ne concerne pas le travail.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="f0c8c5" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="709" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-709x1024.webp" alt="" class="wp-image-10790 not-transparent" style="--dominant-color: #f0c8c5; aspect-ratio:0.6923761745827873;width:252px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-709x1024.webp 709w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-208x300.webp 208w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-768x1110.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1.webp 1063w" sizes="(max-width: 709px) 100vw, 709px" /></figure>
</div>


<p>LFI propose ainsi de remplacer la classe par le peuple, car « les mouvements insurrectionnels » se seraient auto-désignés de la sorte. Mais ce manque de conscience de classe n&rsquo;est pas figé : c&rsquo;est le travail des révolutionnaires de la renforcer. Ici, LFI nous propose de l’abandonner ? Ce nouveau peuple est présenté de manière assez floue pour ne fermer aucune porte électorale. Ce que le livre ne mentionne pas, c’est la dimension nationaliste du mot « peuple ». Ce n’est pourtant pas un hasard : la même FI propose de redonner sa grandeur à la « puissance maritime » (coloniale) de la France, d’instaurer un service militaire pour contrer « l’érosion du lien armée-nation » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_4_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_3" class="footnote_tooltip">Voir Le Programme de la France Insoumise (2024). <em>Défense : une défense au service de la souveraineté populaire. </em>Disponible sur le site de LFI.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_4_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&#8230; Des mesures qui défendent les intérêts de la nation, pas des travailleur·euses. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>« Révolution » électorale</strong></h2>



<p>Malgré une FI qui veut souvent se présenter comme liée aux luttes, ce livre met surtout en avant la stratégie électorale pour convaincre ce «&nbsp;nouveau peuple&nbsp;» de voter. Aucune autre stratégie n’est sérieusement développée. La question de la grève n’est quasiment pas évoquée.</p>



<p>Et pour cause. Marx décrivait la classe ouvrière non pas seulement comme une réalité sociologique, mais comme étant la seule ayant le pouvoir de renverser le capitalisme. Dire qu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus, c’est penser que la révolution socialiste n&rsquo;aura plus lieu, que les exploité·es n’ont plus cette capacité révolutionnaire. Pour LFI, la solution viendrait alors d’en haut, par la révolution citoyenne, par les urnes.&nbsp;</p>



<p>Au contraire, même si des reconfigurations du capitalisme ont lieu régulièrement, nous vivons toujours dans un système où une minorité de capitalistes s’accapare le fruit du travail d’une majorité d’exploité·es. Et c’est toujours cette classe qui est la seule à pouvoir renverser le capitalisme.&nbsp;</p>



<p>Tiffa (Marseille)</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10788_4();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10788_4();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10788_4">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10788_4" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_4_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_4('footnote_plugin_tooltip_10788_4_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour une critique des catégories de l’INSEE : voir Ross Harrold (2024), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21e siècle</a></em>. Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #14</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_4_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_4('footnote_plugin_tooltip_10788_4_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Vic Michel (2025), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?</a>. </em>Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #17</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_4_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_4('footnote_plugin_tooltip_10788_4_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Le Programme de la France Insoumise (2024). <em>Défense : une défense au service de la souveraineté populaire. </em>Disponible sur le site de LFI.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10788_4() { jQuery('#footnote_references_container_10788_4').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10788_4').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10788_4() { jQuery('#footnote_references_container_10788_4').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10788_4').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10788_4() { if (jQuery('#footnote_references_container_10788_4').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10788_4(); } else { footnote_collapse_reference_container_10788_4(); } } function footnote_moveToReference_10788_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10788_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10788_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10788_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/">À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Week-end régional de formation &#8211; 4, 5 et 6 avril à Rennes</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/week-end-regional-avril-25-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Mar 2025 14:01:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discussions débats formations]]></category>
		<category><![CDATA[A2C vous invite]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Culture populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<category><![CDATA[Rennes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9373</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">A2C t&#8217;invite à son week-end régional de discussions et débats, les 4, 5 et 6 avril au Cridev et à la Cohue à Rennes. Des départs sont prévus depuis Brest, St-Brieux et Nantes. Ce week-end <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/week-end-regional-avril-25-rennes/" title="Week-end régional de formation &#8211; 4, 5 et 6 avril à Rennes">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>A2C t&rsquo;invite à son week-end régional de discussions et débats, les 4, 5 et 6 avril au Cridev et à la Cohue à Rennes. Des départs sont prévus depuis Brest, St-Brieux et Nantes.</p>



<p>Ce week-end est l’occasion de se retrouver pour se former, avoir des discussions politiques, réfléchir à nos <strong>analyses et stratégies</strong> ainsi que sur nos <strong>perspectives de luttes </strong>dans une perspective de <strong>transformation globale de la société, </strong>autrement dit révolutionnaire.</p>



<p>L&rsquo;événement est ouvert aux personnes, militantes ou non, qui souhaitent discuter de la situation politique et <strong>s&rsquo;organiser</strong> face aux attaques auxquelles nous devons faire face, notamment au <strong>racisme</strong> et à la <strong>menace fasciste</strong>.</p>



<p>Les membres d&rsquo;A2C militent au sein des mouvements <strong>féministes</strong>, dans les <strong>syndicats</strong>, dans les associations et collectifs de <strong>lutte de quartiers</strong>, ou encore contre la <strong>colonisation</strong> et le <strong>fascisme</strong>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au programme</h2>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Vendredi 4 avril (Cridev)</strong></h3>



<p><em>18h30 </em><strong>Ciné-débat</strong> “Les prostituées de Lyon parlent”, film documentaire de Carole Roussopoulos (45 min)</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Samedi 5 avril (La Cohue)</strong></h3>



<p><em>9h30 </em>Accueil petit déjeuner</p>



<p><em>10h-12h30</em> <strong>Situation politique</strong> : Quelles réponses de notre classe face aux politiques réactionnaires et à l&rsquo;avancement du danger fasciste ?</p>



<p><em>14h-16h30</em> <strong>Etat et réformisme</strong> : Que peuvent les oppositions de gauche dans le champ institutionnel ?</p>



<p><em>17h15</em> <strong>Présentation d’A2C</strong> </p>



<p><em>18h</em> <strong>Atelier pratique</strong> “Imaginer un mouvement qui gagne”</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Dimanche 6 avril (La Cohue)</strong></h3>



<p><em>9h30 </em>Accueil petit déjeuner</p>



<p><em>10h-12h30</em> <strong>Le fascisme en tension</strong> : Les fascistes ont-ils besoin d&rsquo;un mouvement de masse pour prendre le pouvoir ? </p>



<p><em>14h-16h30</em> <strong>Stratégie du mouvement de masse</strong> : Est-ce que les mouvements de masse nous permettent de gagner ? Si oui, à quelles conditions ? Sinon, comment faire ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Infos pratiques</h2>



<p>Il est possible de participer à une discussion ou à tout le weekend. Si tu n&rsquo;es pas très à l&rsquo;aise pour t&rsquo;exprimer en public&nbsp;: pas de pression, il y aura une variation entre petits et grands groupes de discussion et chaque personne fait comme elle le souhaite, nous serons ravi·es que tu viennes&nbsp;!</p>



<p><em>Frais de transport et hébergement <br></em>Si tu n&rsquo;habites pas à Rennes, l&rsquo;argent et l&rsquo;hébergement ne doivent pas être un frein pour accéder à ces moments : la solidarité financière peut être organisée collectivement. Il faut simplement s&rsquo;inscrire et nous le mentionner.</p>



<p><em>Repas<br></em>N&rsquo;hésite pas à venir à partir de 9h30 les deux jours, pour un petit déjeuner sur place. Samedi et dimanche midi, un repas végétarien sera proposé, avec option végétalienne.</p>



<p><em>Accessibilité <br></em>Les différents lieux sont accessibles aux fauteuils manuels et électriques.</p>



<p><em>Accueil des enfants <br></em>Si tu as des enfants, contacte-nous au plus vite pour s&rsquo;organiser au mieux. Un accueil d&rsquo;enfant peut être pris en charge.</p>



<p><em>Participation à prix libre<br></em>Le week-end est à prix libre, on donne ce qu&rsquo;on peut et ce qu&rsquo;on veut (repas, accueil des enfants, matériel&#8230;)</p>



<p><em>Inscription</em></p>



<p>Afin de nous permettre d&rsquo;évaluer au mieux les besoins en termes de nombre de repas, régimes alimentaires, hébergements, garde d&rsquo;enfants, inscris-toi via <a href="https://framaforms.org/weekend-a2c-rennes-1742147857">ce formulaire Framaform</a>. Tu peux aussi nous contacter par mail : a2c[at]riseup.net, ou via instagram directement.</p>
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		<title>Salvador Allende et les impasses du réformisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Sep 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[1973]]></category>
		<category><![CDATA[Allende]]></category>
		<category><![CDATA[Chili]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=7849</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 11&#160;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/" title="Salvador Allende et les impasses du réformisme">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Le 11&nbsp;septembre 2023 marque les 50 ans du coup d’État qui a eu lieu au Chili en 1973. Ce coup d’État a mis fin au gouvernement du socialiste Salvador Allende et a déclenché la période la plus violente et sombre de l’histoire récente de ce pays et de l’Amérique latine. Ces événements nous intéressent en tant que militant·es révolutionnaires en France parce qu’ils posent des questions très pertinentes sur les perspectives révolutionnaires et la question du réformisme, majoritaire à&nbsp;gauche et dans les mouvements anticapitalistes d’aujourd’hui.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a question de l’autonomie de classe fut très bien incarnée par les mouvements sociaux des ouvrier·es et des paysan·nes chilien·nes de l’époque. Réfléchir aux événements chiliens d’après 1970 est donc impératif pour celleux qui s’intéressent à l’avenir de l’Amérique latine et des mouvements sociaux partout dans le monde. Cet article s’inscrit dans une série d’articles proposés par Autonomie de classe, sur 1973 et le début d’un nouveau temps de crise du système capitaliste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les veines ouvertes d’Amérique latine</h2>



<p>Au Chili des années 1950-1960, les intérêts des grands propriétaires de terres, des banquiers et des capitalistes étaient complètement connectés à une oligarchie locale très puissante, en lien avec l’impérialisme étatsunien. La vie économique du pays était contrôlée par un mixte d’oligarchie, de bourgeoisie et de forces impérialistes. Les bourgeois avaient des terres et les grands propriétaires de terres avaient des parts dans les industries de mines et de commerce, les deux classes étaient étroitement liées par des intérêts financiers communs.<sup data-fn="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" class="fn"><a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598" id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link">1</a></sup></p>



<p><em>« Le capitalisme chilien, dès sa naissance, était lié de manière décisive aux intérêts impérialistes étrangers. D’autre part, il était lié aux intérêts des grands propriétaires par le biais de la banque et du commerce. C’est précisément pour cette raison que la bourgeoisie « nationale » n’a jamais été capable d’accomplir les tâches historiques de la révolution démocratique bourgeoise et n’en sera jamais capable. »</em>&nbsp;Comme nous le présente Alan Woods dans son article « Lessons of Chile 1973 »publié en 1979.<sup data-fn="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" class="fn"><a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da" id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link">2</a></sup></p>



<p>Pour donner une idée du pouvoir des grands propriétaires de terres, dans les parties les plus riches du pays, 90 % de toute la terre était dans les mains de 7 % des propriétaires. De manière générale, 86 % des terres cultivables étaient concentrées dans environ 10 % des entités agricoles. La principale industrie du pays était celle des mines, principalement le cuivre et le nitrite. L’exploitation de ces minéraux était contrôlée par le capital étranger en faisant de ce pays un capitalisme dépendant.<sup data-fn="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" class="fn"><a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39" id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link">3</a></sup>&nbsp;Les conditions de vie des travailleur·euses chilien·nes étaient très précaires et leur force de travail surexploitée. Le problème de la terre était toujours central dans la société chilienne avec la question de l’émancipation du pays de l’impérialisme.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La démocratie chrétienne et la renaissance des mouvements sociaux</h2>



<p>Dans les années 1950, avec l’arrivée d’une masse prolétarienne et semi-prolétarienne dans les espaces urbains, de larges quartiers extrêmement précaires se formaient. Au même moment, des nouvelles organisations de travailleur·euses commençaient à se créer et à organiser des mobilisations de classe. Entre les années 1964-1970, la Démocratie chrétienne était à la tête du gouvernement avec Eduardo Frei, qui avait fait énormément de promesses, notamment par rapport à la réforme agraire et la nationalisation de ressources centrales pour l’économie chilienne, comme le cuivre. Cependant, ses réformes ont été très modestes. Les paysan·nes ont décidé de démarrer plusieurs occupations des terres en réponse à ce manque d’action du gouvernement et du côté des ouvriers, en 1967 une grève générale a été appelée par la CUT (Centrale unitaire des Travailleurs), le plus gros syndicat du Chili (près de 30 % de la classe ouvrière était syndiquée à cette époque). Cela a augmenté la confiance des travailleur·euses qui commencèrent à occuper les usines. En 1968, il y a eu 5 occupations d’usines, en 1969, 24, en 1970, 133 et en 1971, 339 !<sup data-fn="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" class="fn"><a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758" id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link">4</a></sup>&nbsp;Le gouvernement de Frei a ouvert la voie pour le socialiste Allende et l’Unité Populaire dans les élections de 1970.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7866 not-transparent" style="--dominant-color: #767676; width:837px;height:345px" width="837" height="345" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-300x124.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr1-768x316.webp 768w" sizes="(max-width: 837px) 100vw, 837px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’Union populaire et la voie chilienne au&nbsp;socialisme</h2>



<p>L’UP (Unité Populaire) était la coalition formée par deux partis principaux qui se définissaient comme marxistes, le Parti communiste (PC) et le Parti socialiste (PS) mais aussi par une scission du Parti Radical (non-marxiste et représentant une classe moyenne centriste), quelques secteurs dissidents de gauche de la Démocratie Chrétienne (DC), dont le principal était le MAPU (Mouvement d’action populaire unitaire) et les deux plus petits API (Parti de l’Action Populaire), et le PSD (Social démocrate). À la tête de cette coalition, le socialiste Salvador Allende se lançait pour la quatrième fois pour les présidentielles. En pleine période de la guerre froide, il proposait au peuple chilien une&nbsp;<em>« voie chilienne au socialisme »</em>, c’est-à-dire de manière démocratique, institutionnelle et non armée.</p>



<p>Il existait en même temps une organisation révolutionnaire qui ne faisait pas partie de l’UP, mais qui l’a soutenue dans des moments clefs de 1972-1973. C’était le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) qui était composé majoritairement par des étudiant·es qui avaient quitté le Parti Socialiste en 1963, influencé·es par la révolution cubaine de 1959.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Élections 1970…</h2>



<p>Les élections de 1970 ont lieu dans une période de grande et croissante mobilisation populaire, ces mouvements sont la force motrice derrière l’UP et Allende.&nbsp;</p>



<p>Le 4&nbsp;septembre 1970, le candidat socialiste emporte une courte majorité relative : 36,3 %, contre les 34,98 % de la Droite nationale et les 27,84 % de la Démocratie chrétienne. Il assume donc le gouvernement au grand désespoir des oligarchies nationales, qui ont tout fait pour le décrédibiliser pendant la période électorale, et au désarroi des États-Unis de Richard Nixon.&nbsp;</p>



<p>La stratégie formulée par l’UP serait une transition graduelle au socialisme, en utilisant les institutions, c’est-à-dire, l’État (bourgeois par nature) pour favoriser cette transition. Allende est très légaliste, en plus d’avoir une confiance aveugle dans les institutions et dans l’armée, il croit qu’ils vont toujours respecter la constitution. Il n’encourage pas les occupations, incitant les paysan·nes à attendre les procédures légales de redistribution de terres, et les ouvrier·es à attendre les procédures de nationalisation des usines. Il critique le MIR qui de son côté soutient les occupations organisées en totale autonomie de classe par les paysan·nes et ouvrier·es. En 1971, il y a 658 occupations de terre.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La promesse du rêve et le début du&nbsp;cauchemar&nbsp;</h2>



<p>Pendant les 6 premiers mois de son gouvernement, Allende nationalise 90 entreprises et 1 400 fermes. Dans les mois suivants, les salaires augmentent de 38 % pour les ouvrier·es manuels et de 120 % pour les cadres. Le chômage est réduit à moins de 10 % et l’économie arrive à une croissance de 8 % par an. En 1971, Allende réussit à avoir la majorité au congrès pour voter la nationalisation, sans indemnisation, des mines de cuivre du pays. 9 banques sur 10 deviennent publiques, plusieurs entreprises stratégiques passent sous le contrôle de l’État, des millions d’hectares de terres improductives sont redistribuées et un nouvel impôt sur les bénéfices est créé<sup data-fn="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" class="fn"><a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461" id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link">5</a></sup>. Ces mesures peuvent être réalisées, grâce à une énorme mobilisation populaire.  </p>



<p>L’UP dans son projet d’alliance avec la « bourgeoisie nationale progressiste » s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité des fronts populaires, mais avec deux grands partis majoritairement ouvriers, qui se disent marxistes et anti-impérialistes. Son programme propose des réformes audacieuses, dans un pays caractérisé par d’énormes inégalités sociales, sous développé et exportateur de matières premières principalement minières, contrôlées par le capital étatsunien. Avec ces réformes, il veut prouver que la « voie chilienne » est possible et qu’il serait possible de faire autrement que le stalinisme en Union soviétique ou la lutte armée de Fidel et du Che à Cuba<sup data-fn="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" class="fn"><a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342" id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link">6</a></sup>. Il s’engage auprès de la bourgeoisie chilienne en signant un document qui assure le maintien du système politique existant et des garanties constitutionnelles des libertés individuelles. Il s’engage également au maintien du système judiciaire de l’époque et il reconnaît le rôle de l’armée et de la police comme garants de la démocratie (bourgeoise). Allende, conseillé par son entourage politique, accepte de ne pas toucher aux institutions de l’État bourgeois. Il croit (et il s’agit bien d’une croyance parce que cela ne repose pas sur des bases matérielles) que l’État est une entité neutre et qu’avec les socialistes au pouvoir on pourrait mettre cette entité complètement au service de la classe ouvrière. Allende veut mettre en place une transition au socialisme en utilisant le système institutionnel, mais il est important de rappeler que c’est une époque où dans le monde occidental, du fait de la stabilité économique dans ces pays après la Deuxième Guerre, les fameuses « trentes glorieuses », l’idée hégémonique était qu’il serait possible de surmonter les contradictions du système capitaliste de l’intérieur des institutions de l’État. Ces idées étaient très diffusées en Amérique latine, par contre les conditions matérielles de la classe laborieuse n’étaient pas les mêmes que celles des pays du Nord. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Réaction de la bourgeoisie et&nbsp;l’impérialisme étatsunien</h2>



<p>Au Chili, la réaction de la bourgeoisie et de l’impérialisme étatsunien n’était pas du tout glorieuse. Les réformes envisagées par l’UP signifient déjà aller trop loin pour une oligarchie habituée à un niveau d’accumulation colossal. Pour les États-Unis, la perspective de transition vers un mode de production socialiste attaque directement ses intérêts monopolistes au Chili. S’ajoute à cela, le fait qu’une telle expérience pourrait donner des idées à d’autres pays en Amérique latine et menacer le contrôle sur ces territoires. Il ne faut pas que ça marche, et l’agence d’intelligence étatsunienne (CIA) est prête à mettre beaucoup d’argent pour casser le gouvernement Allende et les mouvements sociaux de travailleur·euses. La première mesure a été un blocage économique informel du Chili tout de suite après les élections. La banque mondiale et la banque inter­américaine pour le développement ont arrêté tous les financements, et le gouvernement étatsunien a arrêté les programmes de prêts. Le message est clair, mais ça ne s’arrête pas là. Avec l’argent de la CIA, les bourgeoisies locales ont commencé à se mobiliser, d’abord par des manifestations, comme celle organisée par la classe moyenne en décembre 1971, la marche des casseroles vides, et ensuite par des tentatives de sabotage du système de ravitaillement du pays. Les patrons en lien avec les conducteur·ices de camions organisent des grèves, ou plutôt des blocages (Lock-out), avec le but d’empêcher la circulation de produits et la distribution alimentaire. Les médias d’opposition au gouvernement, comme le journal<em>&nbsp;El Mercurio</em>, avec les poches pleines de l’argent de la CIA, mettent en place une ambiance de panique et d’insécurité.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="838383" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-7867 not-transparent" style="--dominant-color: #838383; width:841px;height:561px" width="841" height="561" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-1320x880.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/09/A2C_RevueN9_Chili_Illustr2-jpg.webp 1440w" sizes="(max-width: 841px) 100vw, 841px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Luchar, crear, el poder popular </em>(Lutter, créer, le pouvoir populaire)</h2>



<p>La classe laborieuse chilienne dans une démonstration magnifique de conscience de classe, de formation politique et d’organisation par en bas répond à la hauteur de ce que cherche à imposer la réaction. En réponse aux attaques de la bourgeoisie, il y a une multiplication massive des « cordones industriales », ou cordons industriels. Il s’agit de groupes organisés dans les régions industrielles avec l’objectif d’organiser les travailleur·euses des usines de chaque région. Dans les usines occupées, iels organisent la production pour continuer à faire tourner l’économie du pays et à chaque nouveau coup de la bourgeoisie, iels occupent les rues par milliers, aux côtés des paysan·nes et groupes politiques organisés. Iels démontrent leur soutien au gouvernement. Pour faire face à la pénurie de nourriture et aux problèmes de distribution causés par les blocages de camions, les cordons participent activement à la distribution des produits de première nécessité, dans un véritable réseau d’entraide et de solidarité de classe. Des milliers de personnes s’organisent dans des tâches les plus diverses, prenant en main leur capacité d’autonomie et de subsistance. Cela est magistralement démontré dans le documentaire&nbsp;<em>La bataille du Chili</em>&nbsp;du cinéaste Patricio Guzmán. Leur haut niveau d’organisation et de détermination était impressionnant. Iels sont conscient·es de ce qui se joue à ce moment clé de l’histoire de leur pays. La puissance révolutionnaire est présente dans leurs échanges, dans leur détermination à garder leurs lieux de travail et de luttes et iels sont clairement prêt·es à défendre leurs intérêts de classe avec des armes, si nécessaire. Mais iels n’ont pas d’arme. De son côté, Allende et ses camarades sont aveuglément déterminé·es à garder la ligne « pacifique » et institutionnelle. À ce moment de fortes tensions dans la lutte de classes, où se joue l’avenir de tout un peuple, c’est une erreur cruciale pour quelqu’un qui se dit marxiste. Il faut se mettre de manière inconditionnelle du côté des travailleur·euses en lutte. Le rôle du PC dans l’UP est à souligner parce que même si son objectif est le socialisme, ce parti garde une conception rigide de la révolution par étapes qui l’a toujours guidé, c’est-à-dire, révolution bourgeoise, réforme des structures socio-économiques de l’État et étendre l’influence de l’État sur le secteur privé. Le MIR est en total désaccord avec le PC. Iels voient des éléments préfigurant une situation révolutionnaire qui doit être complètement assumée, et que dans le cas contraire, le processus pourrait conduire à une contre-révolution.<sup data-fn="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" class="fn"><a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c" id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link">7</a></sup>&nbsp;On peut également souligner que malgré l’organisation de la classe laborieuse sur plusieurs aspects, il manque au mouvement de masses une direction unitaire qui pourrait conduire vers la destruction de l’État bourgeois et l’établissement d’un État populaire et révolutionnaire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du déni à la catastrophe</h2>



<p>Le 11&nbsp;septembre 1973, l’armée chilienne attaque La Moneda, le palais présidentiel, sur la commande du général Augusto Pinochet qui a récemment assumé un poste de ministre dans le gouvernement de l’UP. Avec le soutien de l’armée étatsunienne, des bombes tombent de partout et la tragédie a lieu. Allende décide de garder le palais et de ne pas renoncer au gouvernement. L’issue on la connaît, il finit mort. Suite à ça, Pinochet déclenche une vague mortifère de persécutions politiques, tortures, mutilations et exécutions sommaires. Plus de 30 000 chilien·nes disparaissent dans les années qui suivent la dictature civilo-militaire la plus sanguinaire de l’histoire récente de l’­Amérique latine.&nbsp;</p>



<p>50 ans après, d’innombrables analyses de toutes sortes ont été faites par rapport à ces événements. À A2C, en tant que militant·es révolutionnaires, on essaie de réfléchir à ces événements historiques avec la boussole de l’autonomie de classe, dans une perspective en rupture avec le réformisme. On comprend que seule notre classe organisée pourra être le sujet actif de notre propre émancipation. On comprend que la révolution est une stratégie politique qui est construite à partir d’aujourd’hui, à travers l’implication dans les luttes concrètes de la classe laborieuse, en ayant comme boussole une politique révolutionnaire. Cela n’empêche pas de lutter pour les besoins les plus immédiats de notre classe. Réforme agraire, réforme des monopôles médiatiques, réforme du système juridique, implémentation des politiques publiques qui touchent immédiatement la vie des personnes, on n’est pas contre ce type de réformes. Ce qu’on doit critiquer et combattre avec la plus grande détermination est l’illusion, ou mieux, la conception idéaliste pensant qu’il serait possible de résoudre les contradictions fondamentales et intrinsèques du système capitaliste par des réformes. On ne doit pas accepter, en aucune circonstance, la restriction de nos méthodes de luttes à des réformes.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dani. Lima, Toulouse</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598">Alan Woods, <a href="https://www.marxist.com/lessons-of-chile-1973.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lessons of Chile 1973</a> <a href="#87198f4e-4398-44bc-87bd-5770e7cd5598-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da">Idem <a href="#d847d031-b304-497b-aa40-cbb047de52da-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39">Cet article a été rédigé en utilisant comme base la Théorie marxiste de la dépendance. Cette théorie a été développé par des militant.e.s révolutionnaires latino-américain.ne.s dans les année 1970-80-90 pour comprendre la position particulier des pays de l’Amérique latine par rapport à la division internationale du travail. Cette théorie est un développement de la théorie de l’impérialisme à partir de la périphérie du système. <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm">https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm</a>   <a href="#a80a0527-aa91-4b57-9c4b-f101b5a98e39-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758">Tom Lewis,<a href="https://isreview.org/issues/06/chile/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> Chile: The State and Revolution</a>, <em>International Socialist Review,</em> Issue 6, Winter 1999 <a href="#e483b540-279f-4aed-ba65-0294d6296758-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#098ffc62-fc1f-4ee6-997e-7c81d0fe9461-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342">Gaudichaud, Franck. « Allende, Salvador (1908-1973) », Razmig Keucheyan éd., <em>Histoire globale des socialismes. XIXe-XXIe siècle. </em>Presses Universitaires de France, 2021, pp. 765-773. <a href="#aadc24ff-a493-41f9-9b52-c11b9372c342-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c">Ruy Mauro Marini, <a href="https://www.marxists.org/portugues/marini/1973/mes/dialetica.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Dialética da Dependência</a>, 1973  <a href="#7ea9c8cd-9890-41fc-8baf-5104376d576c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/salvador-allende-et-les-impasses-du-reformisme/">Salvador Allende et les impasses du réformisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Front populaire : La révolution est-elle possible ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jan 2023 06:31:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=6909</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023 Daniel Guérin parle ainsi des obsèques du maréchal Joffre&#160;le 7&#160;janvier 1931 où se pressent un million de personnes : « Les masses ? Mais elles se pressent le long du cortège <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/" title="Front populaire : La révolution est-elle possible ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Daniel Guérin parle ainsi des obsèques du maréchal Joffre&nbsp;le 7&nbsp;janvier 1931 où se pressent un million de personnes : «<em> Les masses ? Mais elles se pressent le long du cortège </em>(…) <em>Des hommes et des femmes ont passé la nuit dans la rue, debout, malgré le&nbsp;froid, pour voir de plus près passer la dépouille d’un ’héros’, des ouvriers ont renoncé à&nbsp;des heures de paie pour être présents à la grande hystérie collective… </em>»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_10_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_1" class="footnote_tooltip">Daniel Guérin,<em>&nbsp;Front populaire, révolution manquée</em>, Agone, 2013.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_10_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>C’est la même société, composée fondamentalement des mêmes hommes et des mêmes femmes, où se produit, trois ans plus tard, la riposte de masse contre le fascisme du 12 février 1934 et cinq ans plus tard la vague massive de grèves et d’occupations de juin 1936. Où tout semble possible. Mais c’est aussi la même société, la même classe ouvrière, qui se donne à la guerre et à Pétain quelques années plus tard.</p>



<p>Alors la révolution est certes nécessaire. Mais est-elle –&nbsp;vraiment&nbsp;– possible ?</p>



<p>Marceau Pivert, dirigeant de la Gauche révolutionnaire, courant du Parti socialiste, écrivait le 26&nbsp;mai 1936, au tout début de la vague de grèves, que&nbsp;<em>« tout est possible »</em>.</p>



<p>Mais revenant sur cette période en 1953, il attribuait finalement l’échec à un niveau insuffisant de la conscience de classe.</p>



<p>À l’opposé l’explication dominante de l’échec, au sein de la gauche radicale, oscille entre dénonciation de la trahison des directions, celles des syndicats et celles des partis socialiste et communiste et absence d’un « vrai » parti révolutionnaire.</p>



<p>Toutes ces « explications » ont indéniablement une part de vérité. Mais à quoi aboutissent -elles ? Si de tels niveaux de lutte et de détermination n’ont pas abouti à une conscience de classe « suffisante » pour faire la révolution, comment cela pourrait-il un jour être le cas ?</p>



<p>Si l’échec vient du fait que les dirigeants réformistes trahissent, est-ce que ce ne sera pas toujours le cas ?</p>



<p>Quant à l’absence d’un « véritable » parti révolutionnaire au moment de l’explosion, est-il possible de le construire au sein d’une classe qui ne l’est pas avant l’explosion et comment juger qu’il s’agit du « véritable » parti avant les tests décisifs ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les conditions d’une révolution</h2>



<p>Cela semble paradoxal mais l’agent premier de la possibilité révolutionnaire c’est le capitalisme lui-même !</p>



<p>Une période révolutionnaire naît des contradictions internes du système. Au début des années 1930 la crise économique –&nbsp;celle de 1929&nbsp;– qui frappe la France, avec un peu de retard, développe toutes ces contradictions. Contradictions de classe avec le développement des inégalités et renforcement de l’exploitation de toute la classe ouvrière mais la crise frappe aussi particulièrement la petite bourgeoisie. Contradictions aussi au sein des classes dirigeantes entre différentes branches de la production et avec les bourgeoisies des autres puissances impérialistes. Et c’est sur cette base que se développent les crises politiques, l’instabilité gouvernementale, la perte de légitimité des partis dominants, le développement des ligues d’extrême droite.</p>



<p>Lorsque le capitalisme parvient à ce point de crise il n’y a pas à terme de solution médiane. Ce n’est pas la menace de révolution qui mène le capitalisme à la guerre et au fascisme. C’est la trajectoire du capital. Qu’aucun dirigeant de gauche n’est en mesure d’infléchir vers un capitalisme « pacifié ».</p>



<p>Au début de l’année 1934, ce qui semble menacer en France ce n’est pas la révolution.&nbsp;</p>



<p>Les syndicats sont au plus bas, les grèves rares et généralement défaites. Ce qui menace, comme ailleurs en Europe, c’est la guerre et le fascisme.</p>



<p>Ce qui va ouvrir, concrètement, une crise révolutionnaire c’est l’entrée dans l’arène de toutes les couches sociales et de manière déterminante celle de la classe ouvrière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un processus révolutionnaire</h2>



<p>En juin 1936 plus de 2&nbsp;millions de travailleur·ses, hommes et femmes, français·es et immigré·es, se mettent en grève, dans des secteurs déterminants de l’activité économique. En quelques semaines la grève va toucher 12 000 entreprises dont 9 000 sont occupées ! Démontrant, potentiellement, que rien ne peut fonctionner, y compris l’économie de guerre ou l’appareil d’État, si la classe ouvrière le décide.</p>



<p>Mais cela ne signifie pas qu’en quelques jours ou quelques semaines cette classe ouvrière est devenue révolutionnaire.</p>



<p>La révolution a une dynamique explosive. Mais elle est aussi un processus. La révolution n’est pas uniquement nécessaire pour transformer les structures de la société. Elle est aussi nécessaire pour transformer, collectivement comme individuellement, la classe révolutionnaire, la majorité de celles et ceux qui composent cette société.</p>



<p>En mars 1935 l’écrivaine Simone Weil, embauchée à l’usine écrit dans un lettre :&nbsp;<em>« J’oubliais de vous dire, à propos de mon usine, que depuis que j’y suis je n’ai pas entendu une seule fois parler de questions sociales, ni de syndicat, ni de parti. (…) On se plaint des normes, du manque de travail, de bien des choses ; mais ce sont des plaintes, et voilà tout. Quant à l’idée de résister tant soit peu, elle ne vient à personne. »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_10_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_2" class="footnote_tooltip">Simone Weil,&nbsp;<em>La condition ouvrière</em>, Flammarion, 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_10_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<p>C’est pourtant son retour dans l’usine, occupée, qui produira ses pages célèbres en juin 1936 :&nbsp;<em>« Joie de pénétrer dans l’usine avec l’autorisation souriante d’un ouvrier qui garde la porte. Joie de trouver tant de sourires, tant de paroles d’accueil fraternel. Comme on se sent entre camarades dans ces ateliers où, quand j’y travaillais, chacun se sentait tellement seul sur sa machine ! »</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="606060" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #606060;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/01/A2C_RevueN6_1936_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-6911 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comprendre ce processus, casser&nbsp;le&nbsp;mythe de « la classe </strong>ouvrière<strong> »</strong></h2>



<p>Pour comprendre ce processus il faut casser le mythe d’une classe homogène, d’une évolution graduelle menée par les « directions » que suivraient simplement « les masses ».</p>



<p>Aussi impressionnante soit-elle, l’explosion de juin&nbsp;36 n’est encore qu’une étape. Parce que ce n’est encore qu’une fraction de la classe ouvrière qui se mobilise. Des millions de travailleur·ses, dans d’autres secteurs clefs ne sont pas en grève. Et celles et ceux qui sont en grève n’ont pas alors, dans leur grande majorité, d’objectif révolutionnaire. Dans le même texte cité, Simone Weil dit :&nbsp;<em>« Bien sûr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. »</em></p>



<p>La classe ouvrière existe bien sûr objectivement. Comme classe soumise à l’exploitation et comme antagoniste au capital. Mais ce n’est pas sa seule détermination.</p>



<p>Elle existe aussi comme fraction du capital, atomisée, productrice de profits, chaque travailleur·se en concurrence avec les autres, chaque secteur en concurrence avec d’autres branches.</p>



<p>Et d’autres déterminations pèsent, division internationale, raciale et genrée du travail. Divisions qui se répercutent dans l’ensemble des rapports sociaux, dans les institutions, dans l’idéologie et qui font du capitalisme un système structurellement raciste et sexiste.</p>



<p>De plus le capitalisme est un système de production extrêmement dynamique qui, sous le fouet de la compétition entre capitaux, développe en permanence de nouveaux moyens de production, une nouvelle organisation du travail, où l’ancien coexiste en permanence avec le nouveau.</p>



<p>C’est ainsi que dans la France des années 1930 coexistent des secteurs traditionnels où domine le paternalisme et des secteurs nouveaux mettant en place le taylorisme, des petites entreprises presque artisanales et des usines de masse (notamment dans la métallurgie). Dernier élément, la France est alors encore un pays très rural où coexistent de nombreux petits paysan·nes et un fort prolétariat de travailleur·ses agricoles<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_10_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_3" class="footnote_tooltip">Gérard Noiriel,&nbsp;<em>Les ouvriers dans la société française</em>. <em>XIXe-XXe siècle</em>, Seuil, 2022</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_10_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Pour reprendre des termes utilisés par Marx, c’est dans le processus même de la révolution que la classe ouvrière peut briser ces divisions, se constituer de « classe en soi » à une « classe pour soi ». D’où son célèbre slogan :&nbsp;<em>« l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »</em>.</p>



<p>Processus déterminant pour entraîner derrière elle les couches intermédiaires de la société, classes moyennes et petite bourgeoisie faute de quoi celles-ci peuvent choisir la voie du fascisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’hétérogénéité réelle à l’autonomie de&nbsp;classe, un processus politique</h2>



<p>Si on aborde la période du Front populaire en France sur cette base, alors il y a un sens d’évolution du processus de février 1934 jusqu’à novembre 1938 marqué par l’échec d’une nouvelle grève de masse qui signe un profond renversement de période.</p>



<p>Il y a un sens, sociologique et politique aux différentes fractions de classe qui se mobilisent, à la succession de leur intervention dans l’arène de la lutte, aux conséquences politiques que ça a.</p>



<p>Si une vaste majorité de la classe se mobilise durant cette séquence, la réalité n’est pas celle d’une grève générale mythique, uniforme, de la révolution des « bras croisés ». Ce ne sont pas les mêmes secteurs et fractions qui se mobilisent à tous moments. Et cela a un impact sur les contenus politiques, les stratégies mises en œuvre, les opportunités. Des conséquences alors sur les interventions susceptibles de construire, à travers ces différentes phases, l’unité nécessaire, l’autonomie de classe.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="595959" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #595959;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/01/A2C_RevueN6_1936_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-6912 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les trois phases du processus révolutionnaire</h2>



<p>C’est le 12&nbsp;février 1934 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/">qui ouvre le processus révolutionnaire</a>.</p>



<p>Jusque-là l’offensive est à droite, celle des classes dirigeantes qui ont infligé défaite sur défaite au mouvement ouvrier et celle, plus récente de l’extrême droite organisant de plus en plus massivement la petite bourgeoisie. On peut certes identifier, en 1932 et 1933, le retour de grèves (avec occupation pour certaines et dans des secteurs comme la métallurgie) mais celles-ci sont très isolées. Le retour de la conflictualité (et de la confiance) est toujours d’abord moléculaire.</p>



<p>Les premiers qui entrent sur le terrain de la lutte sont les secteurs traditionnels de la classe ouvrière, les plus stables, ceux où les syndicats ont le plus résisté, là où les militant·es politiques sont les plus implanté·es. Où lutter semble un devoir plus que le résultat de l’enthousiasme. Cela a une influence sur les modes d’action et les contenus.</p>



<p>Le 12&nbsp;février 1934 la riposte se fait clairement sur un terrain de classe. Ce dont témoigne la grève et le rôle central joué par les syndicats. Elle est clairement l’initiative, au sein des syndicats, de militant·es politiques, communistes, socialistes, syndicalistes révolutionnaires… Ce sont les secteurs où les syndicats sont les plus implantés qui sont moteur, secteurs traditionnels, cheminot·es, postier·es, fonctionnaires plutôt que métallos ou usines chimiques.</p>



<p>Le contenu politique est défensif. Il s’agit de défendre la démocratie et la République bien plus que de faire la révolution.</p>



<p>Mais cette riposte, son succès, la démonstration de ce que peut produire l’unité d’action, inaugure un nouveau climat, redonne confiance. Subir n’est plus la seule option.</p>



<p>Entre février 1934 et juin 1936 vont se développer quelques conflits significatifs (dont les journées insurrectionnelles de Brest et Toulon en août 1935). Nous y reviendrons parce qu’elles cristallisent les contradictions qui existent déjà, au sein du mouvement, entre dynamique révolutionnaire et ­perspectives réformistes des organisations dominantes.</p>



<p>Mais ce qui domine le mouvement dans cette phase c’est la nécessité de l’unité des organisations, la défense de la République et –&nbsp;plus que la lutte&nbsp;– la perspective électorale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’explosion de juin 1936</h2>



<p>Entre mai 1936, date de la victoire électorale de la coalition du Front populaire et juillet 1936 le mouvement va être dominé par les secteurs les moins organisés syndicalement, les secteurs du capitalisme les plus avancés en termes de nouveaux modes de productions (métallurgie et chimie) entraînant le bâtiment, le commerce…</p>



<p>A contrario les secteurs les plus organisés, qui ont dominé la phase précédente, n’entrent quasiment pas dans la lutte (ni les cheminot·es, ni les postier·es, ni les enseignant·es, ni les travailleur·ses des arsenaux… ne font grève en juin). Cela ne signifie pas que des militant·es politiques ne jouent pas un rôle. L’atelier de Renault qui démarre la grève le 28&nbsp;mai est ainsi l’atelier où le parti communiste a une influence.</p>



<p>Mais l’élément spontané, la confiance gagnée, est l’élément dominant de cette phase qui va jusque fin juillet. Il donne son caractère à cette séquence avec les phénomènes de contagion rapide du mouvement<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_10_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_4" class="footnote_tooltip">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire</em>. <em>Aspects du mouvement social au XXe siècle</em>, Seuil, 2006&nbsp;&nbsp;et Jacques Danos et Marcel Gibelin,<em>&nbsp;Juin 36</em>, Les Bons Caractères, 2006</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_10_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est aussi ce qui fait que, alors que des victoires très rapides sont obtenues, le mouvement n’arrête pas de rebondir. Après une phase courte d’extension dans la métallurgie parisienne, une victoire très rapide dès la fin mai et le retour des grévistes au travail, le mouvement commence à s’étendre à d’autres secteurs puis en régions deux jours plus tard. Mais le 4&nbsp;juin les travailleur·ses de Renault réoccupent entraînant les autres entreprises de la Métallurgie. Alors que les patrons cèdent sur tout et signent les accords de Matignon le 8&nbsp;juin, c’est dans les jours qui suivent que la grève prend son essor le plus puissant.</p>



<p>Cette génération militante, sans passé politique ni syndical, rejoint en masse la CGT (qui va quintupler) mais aussi les organisations politiques, en premier lieu le parti communiste qui passe de quelques dizaines de milliers de membres à plus de 200 000.</p>



<p>Cela explique que dans cette phase le mouvement est peu contrôlable par les directions des organisations sans que cela se traduise par une opposition à leur orientation politique. L’auto-activité de classe ne semble pas, pour celles et ceux qui y participent, entrer en contradiction avec l’action du gouvernement.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">De septembre 1936 à novembre 1938</h2>



<p>C’est la phase où le conflit se durcit avec le patronat qui, après avoir laissé passer la première tempête organise la contre-offensive. C’est aussi la phase où la confrontation apparaît clairement avec le gouvernement et, par voie de conséquence, où les contradictions se développent au sein même du mouvement.</p>



<p>Au retour des congés payés, en septembre 1936 la conflictualité redémarre à un niveau élevé et les conflits seront nombreux jusqu’à novembre 1938<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6909_10('footnote_plugin_reference_6909_10_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6909_10_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_5" class="footnote_tooltip">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, Perrin, 2012&nbsp;et Michael Seidman,&nbsp;<em>Ouvriers contre le travail</em>, Senonevero, 2010</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6909_10_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6909_10_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;Certaines régions et secteurs qui ne s’étaient pas mis en grève entrent dans la lutte. Mais les conflits touchent aussi les secteurs déjà mobilisés en juin 1936. C’est, potentiellement, une plus grande partie de la classe ouvrière qui se mobilise.</p>



<p>Mais les conditions ont changé. Les conflits deviennent plus durs, les grèves souvent défensives, soit pour imposer le respect des acquis, soit pour les défendre.</p>



<p>Le deuxième aspect est que, dans cet affrontement, le gouvernement et aussi les directions des organisations, agissent beaucoup plus ouvertement voire violemment contre les luttes.&nbsp;</p>



<p>Enfin, le troisième caractère, lié au second, ces luttes se mènent de manière non coordonnée. Il n’y a pas de vague générale de grève, plutôt une guérilla permanente.</p>



<p>C’est un moment charnière où se combinent radicalisation importante de certaines fractions du mouvement et démoralisation.</p>



<p>En novembre 1938 le gouvernement décide de mener l’offensive déterminante pour briser le mouvement de juin 1936 en revenant notamment sur les 40&nbsp;heures. Pour différentes raisons sur lesquelles nous reviendrons, la grève générale appelée par les syndicats le 30&nbsp;novembre est un échec et une répression massive s’abat avec des milliers de grévistes licencié·es dans le privé et une répression massive à La Poste, chez les cheminot·es et les instituteur·rices.</p>



<p>Dès le début du processus, au sein du mouvement, deux dynamiques opposées cohabitent, l’une, révolutionnaire, propre au mouvement lui-même, vers l’autonomie de classe et l’antagonisme à l’État, l’autre, réformiste, celle des organisations dominantes, vers l’unité nationale et la collaboration de classes.</p>



<p>Ces deux dynamiques n’apparaissent pas clairement aux yeux des protagonistes dans les premières phases, mais elles sont déjà là. Le développement, au sein du mouvement, de la conscience de cette contradiction est sans doute la condition la plus importante pour la révolution.</p>



<p>Peut-elle se développer, sous quelle forme, quelle intervention les révolutionnaires doivent-ils/elles avoir pour cela ? Tels sont les enjeux de la deuxième partie.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6909_10();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6909_10();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6909_10">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6909_10" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_10_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_10('footnote_plugin_tooltip_6909_10_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Daniel Guérin,<em>&nbsp;Front populaire, révolution manquée</em>, Agone, 2013.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_10_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_10('footnote_plugin_tooltip_6909_10_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Simone Weil,&nbsp;<em>La condition ouvrière</em>, Flammarion, 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_10_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_10('footnote_plugin_tooltip_6909_10_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gérard Noiriel,&nbsp;<em>Les ouvriers dans la société française</em>. <em>XIXe-XXe siècle</em>, Seuil, 2022</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_10_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_10('footnote_plugin_tooltip_6909_10_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire</em>. <em>Aspects du mouvement social au XXe siècle</em>, Seuil, 2006&nbsp;&nbsp;et Jacques Danos et Marcel Gibelin,<em>&nbsp;Juin 36</em>, Les Bons Caractères, 2006</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6909_10_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6909_10('footnote_plugin_tooltip_6909_10_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, Perrin, 2012&nbsp;et Michael Seidman,&nbsp;<em>Ouvriers contre le travail</em>, Senonevero, 2010</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6909_10() { jQuery('#footnote_references_container_6909_10').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6909_10').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6909_10() { jQuery('#footnote_references_container_6909_10').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6909_10').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6909_10() { if (jQuery('#footnote_references_container_6909_10').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6909_10(); } else { footnote_collapse_reference_container_6909_10(); } } function footnote_moveToReference_6909_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6909_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6909_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6909_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-la-revolution-est-elle-possible/">Front populaire : La révolution est-elle possible ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Aude]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Dec 2022 06:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Il y eut, en France, au milieu des années 1930, pendant quelques mois au moins, un mouvement de masse contre le fascisme qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Quelle était la nature de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/" title="Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Il y eut, en France, au milieu des années 1930, pendant quelques mois au moins, un mouvement de masse contre le fascisme qui aurait pu changer le cours de l’histoire. Quelle était la nature de ce mouvement, d’où est-il venu ? Que peut-il nous apprendre sur la lutte contre le fascisme ? Pourquoi a-t-il finalement échoué ? </p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #05 &#8211; noveMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">«<em>Les fascistes ne passeront pas ! » </em>proclame Léon Blum sous la pression de la foule. Nous sommes à Paris au croisement du Cours de Vincennes et de la place de la Nation, le 12 février 1934. Des centaines de milliers de manifestant·es ont pris la rue en riposte contre le fascisme.</p>



<p>Ce jour-là, tandis que la grève générale paralyse le pays, des manifestations ont lieu dans 346&nbsp;­localités du pays.</p>



<p>La vague est impressionnante. D’après les rapports des préfets qui minimisent les chiffres, 19&nbsp;manifestations ont dépassé les 5 000&nbsp;manifestant·es. Il y a 100 000&nbsp;manifestant·es à Marseille. Plus de 10 % de la population locale manifeste à Bordeaux, Toulouse, Limoges, Brest, Cherbourg, Calais ou Mulhouse. Plus du tiers à Grenoble, Périgueux ou Montluçon ! À Tulle pour 15 000 habitant·es il y a 5 000 manifestant·es.</p>



<p>La grève implique 5&nbsp;millions de travailleurs et travailleuses dont 1&nbsp;million pour la région parisienne dépassant largement les effectifs des deux syndicats (750 000 membres).</p>



<p>Dans les semaines qui suivent des centaines de comités antifascistes se mettent en place. Daniel Guérin parle de 3 000 comités dans tout le pays organisant meetings et contre-manifestations lors des tentatives d’apparitions des ligues fascistes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_12_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_1" class="footnote_tooltip">Daniel Guérin,&nbsp;<em>Front Populaire Révolution manquée,&nbsp;</em>1963.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_12_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>En Ardèche il y a au moins dix comités qui tiennent des réunions souvent massives dans 16&nbsp;communes du département, 660 à La Voulte sur 4 326 habitant·es, 800 à Privas sur 7 230 habitant·es, etc. Dans le Loiret il y a 41&nbsp;comités !</p>



<p>Au printemps 1934 les contre-manifestations sont systématiques pour s’opposer aux meetings des Ligues. À Grenoble 3 000 manifestant·es se rassemblent à l’extérieur d’une salle organisant un meeting fasciste avant de dresser des barricades<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_12_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_2" class="footnote_tooltip">Gilles Vergnon,&nbsp;<em>L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen</em>, 2009.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_12_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Dans la plupart des cas ces comités sont unitaires regroupant notamment CGT et CGTU, communistes et socialistes et des organisations comme la LDH ou la Libre Pensée.&nbsp;</p>



<p>Dans les grandes villes il existe parfois des comités concurrents, liés au différents courants politiques, mais qui bientôt vont fusionner.</p>



<p>On parle donc d’un mouvement antifasciste de masse, populaire et de classe.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="6e635d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6e635d;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr1-1024x642.jpg" alt="" class="wp-image-6566 not-transparent" width="622" height="389"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« Depuis longtemps nous pensions que nous étions seul·es mais un jour quelqu’un décida de parler, puis un autre, et après beaucoup d’autres&#8230; »</em></figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><em>L’antifascisme comme riposte face à un danger</em></h2>



<p>Ce qui naît en février 1934 n’est pas la cristallisation, à une échelle de masse, d’un mouvement construit progressivement. Avant février 1934 il n’existe pratiquement pas de mobilisation contre le fascisme. Le fascisme est essentiellement considéré, dans les discours des partis de gauche, comme un phénomène étranger, italien et depuis peu allemand.&nbsp;</p>



<p>Ce n’est pourtant pas faute d’ennemis concrets. Les organisations d’extrême droite, plus ou moins ouvertement fascistes, essaiment avec des effectifs significatifs. Les ligues, Action française, Solidarité française, Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes, Francisme, Chemise vertes ont chacune des dizaines de milliers de membres et comportent systématiquement des formations paramilitaires (Camelots du Roi, Dispos, Centuries…). Les Jeunesses patriotes ont 100 000 membres en février 1934. La police considère que Solidarité française a 180 000 membres (sans doute surévalué). L’AF a au moins 60 000 membres et les Croix-de-Feu 35 000. Elles sont fanatiquement nationalistes, antiparlementaires, violemment anticommunistes et généralement antisémites<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_12_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_3" class="footnote_tooltip">Brian Jenkins et Chris Millington,&nbsp;<em>Le fascisme français</em>, 2020, et&nbsp;Pierre Milza,&nbsp;<em>Fascisme français passé et présent</em>, 1987.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_12_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>ll faut y ajouter deux organisations de masse, qui entretiennent des liens organiques avec les Ligues, l’Union nationale des combattants (UNC) qui a 900 000 membres et la Fédération des contribuables qui en a 700 000.&nbsp;</p>



<p>Deux événements vont être à l’origine du ­mouvement antifasciste.</p>



<p>Il y a d’abord l’effet de l’arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne, un an auparavant et, rapidement, l’interdiction, sans résistance, des partis de gauche puis des syndicats. Des rapports de police signalent, pour l’année 1933, l’affluence inhabituelle, dans les milieux ouvriers, des réunions publiques sur la situation en Allemagne et l’inquiétude qui s’y exprime chez les participant·es sur un danger similaire en France.</p>



<p>Plus directement, il y a l’agitation des Ligues provoquée par un –&nbsp;nouveau&nbsp;– scandale de corruption (l’affaire Stavinsky) durant tout le mois de janvier 1934. Elle aboutit le 6&nbsp;février à une manifestation, appelée par les Ligues mais aussi l’UNC et la Fédération des contribuables place de la Concorde à Paris, vers le Parlement. Cette manifestation qui tourne à l’émeute fait 18&nbsp;morts.</p>



<p>En lien avec l’Allemagne, cette manifestation apparaît alors comme une tentative de prendre le pouvoir. Il n’est plus possible de dire que le danger fasciste est ailleurs. Le mouvement qui naît est une riposte. À Lyon, alors que l’extrême droite manifeste tous les soirs place Bellecour, une contre-­manifestation les en chasse dès le 7&nbsp;février.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Un mouvement défensif</em></h2>



<p>L’impulsion de la riposte vient des organisations militantes et surtout des syndicats. Il y a corrélation très forte entre la taille des manifestations et l’implantation syndicale<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_12_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_4" class="footnote_tooltip">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire,&nbsp;</em>2006.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_12_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>On ne parle pas là d’organisations en plein boom nourries par un mouvement de luttes, bien au contraire.</p>



<p>Le mouvement social est au plus bas. Le début des années 1930 est marqué par le très faible nombre de grèves. Lorsqu’il y en a elles sont longues et généralement défaites.</p>



<p>Les organisations syndicales sont très affaiblies. Depuis les lourdes défaites de 1920 puis la scission entre la CGT et la CGTU en 1921 les effectifs n’ont cessé de chuter.</p>



<p>La gauche est profondément divisée. Le Parti socialiste exclue toute alliance avec le Parti communiste et celui-ci ne cesse d’attaquer le PS comme social-fasciste.</p>



<p>Ce n’est donc pas un mouvement social fort qui donne naissance à un mouvement antifasciste de masse. Et ce n’est pas le développement de grèves revendicatives sur les questions économiques qui crée le terrain pour des grèves politiques.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-medium is-resized"><img data-dominant-color="6a787f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6a787f;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr2-300x294.jpg" alt="" class="wp-image-6565 not-transparent" width="279" height="273"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« Et soudain on a réalisé&#8230; »</em></figcaption></figure>
</div>


<p>C’est au contraire la dynamique créée par le mouvement antifasciste qui va donner naissance à un retour de combativité sur le terrain social et politique qui mènera notamment au développement des organisations syndicales, à la victoire électorale du Front populaire en mai 1936 et à la vague de grèves et d’occupations de juin 1936.</p>



<p>L’antifascisme de masse qui naît en février 1934 est un mouvement défensif. Il n’est pas une lutte pour obtenir des acquis, sans parler d’une lutte pour changer le système. Il est une mobilisation pour faire barrage à un danger.</p>



<p>Ce qui est évoqué c’est la défense des libertés et de la République cependant souvent caractérisée comme « sociale » pour la différencier du régime en vigueur.</p>



<p>Cette nature défensive du mouvement explique qu’un mouvement de masse a pu émerger malgré un contexte préalable prolongé de faibles mobilisations.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>L’unité imposée aux directions</em></h2>



<p>La caractéristique principale de ce mouvement, celle qui permet de le cristalliser comme mouvement de masse et qui développe une dynamique qui se prolongera sur les terrains social et politique, c’est l’unité. Non pas sur des contenus revendicatifs mais sur l’action.</p>



<p>Dès le 6 février, au soir des fédérations syndicales (Fédération de la Poste) et le courant de gauche du Parti socialiste appellent à la riposte. Le 7&nbsp;février à 13&nbsp;heures la direction de la CGT, effrayée sans doute par une évolution « à l’allemande » où son organisation serait détruite, appelle toutes ses structures locales à organiser des manifestations. En fin d’après-midi, alors que le gouvernement démissionne pour laisser place à un gouvernement d’union nationale très marqué à droite, elle décide finalement d’un mot d’ordre de grève générale pour le 12&nbsp;février.</p>



<p>Mais, dans les régions, les réseaux syndicaux n’ont pas attendu. Dès le 8&nbsp;février des manifestations improvisées éclatent dans au moins 30&nbsp;villes dont Nantes, Toulouse, Brest, Rennes, Lorient, Lille, Bordeaux… À Saint-Nazaire un cortège s’organise à la sortie du travail pour aller manifester sous les fenêtres du directeur des chantiers qui est le chef des Camelots du roi, la milice de l’Action française.</p>



<p>Le 9&nbsp;février le Parti communiste appelle à une manifestation à Paris où les affrontements avec la police feront au moins 4&nbsp;morts. Le 11&nbsp;février il y a 63&nbsp;manifestations en régions.&nbsp;</p>



<p>Au niveau des directions il n’y a aucune unité. Une réunion « unitaire » a lieu à la CGT le 7&nbsp;février au soir pour organiser la mobilisation du 12&nbsp;février. Ni la CGTU ni le Parti communiste n’y sont conviés. Le PC organise seul sa manifestation du 9&nbsp;février. La CGTU et le Parti communiste ne décident de participer à la grève et aux manifestations du 12&nbsp;février que… le 10&nbsp;février. L’appel n’est publié que le 11 au soir par <em>l’Humanité</em>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium is-resized"><img data-dominant-color="675f5a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #675f5a;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr3-138x300.jpg" alt="" class="wp-image-6564 not-transparent" width="159" height="346"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>« &#8230; que nous étions nombreux·euses. »</em></figcaption></figure>
</div>


<p>Et pourtant, dès le 8&nbsp;février des initiatives unitaires sont prises localement. À Saint-Nazaire prennent successivement la parole les responsables de la CGT, de la CGTU, du Parti socialiste et du Parti communiste. Il en va de même à Périgueux, Valence, Nevers et ailleurs. La dynamique s’accentue encore pour les manifestations du 11&nbsp;février.&nbsp;</p>



<p>Alors que le ralliement de la CGTU et du PC à la journée du 12 arrive au mieux trop tard, il y a au moins 161&nbsp;manifestations organisées de manière unitaire le 12&nbsp;février. C’est d’ailleurs là où le cadre unitaire s’est mis en place que la corrélation entre taille des manifestations et implantation syndicale est la plus forte<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_12_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_5" class="footnote_tooltip"><em>Idem.</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_12_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. À Paris les cortèges, communistes et socialistes, arrivant selon des trajets différents fusionnent finalement sous la pression des manifestant·es aux cris de <em>« Unité d’action »</em>.</p>



<p>En contradiction avec les expériences menées localement dans les comités, les directions mettront encore plusieurs mois à rompre avec leur politique sectaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><em>Quelques réflexions pour aujourd’hui </em></h2>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;Sur la nature défensive de l’antifascisme</em></h3>



<p>C’est cette nature défensive et limitée de l’antifascisme qui permit en 1934 de construire un mouvement de masse impliquant différents courants divisés par ailleurs sur de nombreuses questions et d’impliquer bien au-delà de leurs rangs. Et l’unité crée la confiance qui dynamise. Elle est déjà en soi un problème pour le fascisme qui prétend parler pour « le peuple ».</p>



<p>Encore faut-il faire la différence entre le contenu politique, défensif, de cette lutte et la nature des moyens de la lutte. Une lutte défensive peut-être menée en utilisant tout un répertoire d’actions dont certaines seront considérées comme radicales. La grève en est une. Mais dès le 12&nbsp;février et dans les mois qui suivent manifestations et contre-­manifestations qui visent à interdire la rue aux fascistes se traduiront par de nombreux affrontements. Dès le 12&nbsp;février, si la manifestation parisienne, massive, se déroule sans incident, il y a des affrontements avec la police dans plusieurs villes. En banlieue parisienne les différentes manifestations se traduiront par 4&nbsp;morts. À Mulhouse la manifestation tourne à l’émeute quand les manifestant·es menacent de prendre la prison d’assaut jusqu’à obtenir la libération de camarades arrêtés la veille.</p>



<p>Par ailleurs la confiance prise dans l’expérience de la force collective et les expériences et débats générés par le mouvement créent une dynamique qui transforme la nature elle-même de la lutte. C’est ainsi que d’une riposte antifasciste le mouvement, avec la pression pour l’unité syndicale, va nourrir le retour, offensif, de la conflictualité sociale et développer le processus qui mènera au Front populaire.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;Fascisme et capital</em></h3>



<p>Le mouvement antifasciste n’a pas détruit les Ligues. Les périodes de crise profonde du capitalisme sont aussi des périodes de polarisation politique. Alors que le mouvement ouvrier retrouve des forces et de la combativité sous l’impulsion de la riposte anti­fasciste, certaines des Ligues vont connaître aussi une forte progression à la suite du 12&nbsp;février. Celle qui progressa le plus, et de manière spectaculaire, fut les Croix-de-feu. En deux ans cette organisation passa de 35 000 membres à 500 000 membres (en partie au détriment des autres Ligues).</p>



<p>Mais cette croissance impressionnante fut limitée aux classes moyennes et à la petite bourgeoisie radicalisées par la crise.</p>



<p>La pénétration –&nbsp;même limitée&nbsp;– de sections de la classe ouvrière et surtout sa passivité générale, nécessaires pour créer un parti fasciste de masse, lui furent bouchées à la fois par l’action du mouvement antifasciste et par la radicalisation vers la gauche ainsi créée.</p>



<p>Pour la majorité de la classe ouvrière, l&rsquo;espoir revint avec la combativité sociale retrouvée et avec la perspective du Front populaire. La CGT réunifiée allait elle bientôt regrouper 4&nbsp;millions de membres !</p>



<p>Le soutien du capital, l’autre facteur nécessaire à un parti fasciste pour prendre le pouvoir et instaurer le fascisme (pas seulement mener une politique « de droite ») fut ainsi mécaniquement bouché. Le coup de force fasciste du 6&nbsp;février avait créé, pour le capital, la pire des situations. La classe ouvrière s’était réveillée et retrouvait à la fois des forces et de la combativité sociale. Temporairement toute tentative de recours au fascisme ne permettait pas de discipliner l’ensemble de la société et en particulier la classe ouvrière mais ouvrait à celle-ci des potentialités révolutionnaires.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>–&nbsp;L’échec de l’antifascisme est celui du Front populaire</em></h3>



<p>Dès l’automne 1934 les comités antifascistes se vident.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-medium is-resized"><img data-dominant-color="7e5c56" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7e5c56;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/A2C_RevueN5_FrontPop_Illustr4-300x192.jpg" alt="" class="wp-image-6567 not-transparent" width="321" height="205"/><figcaption class="wp-element-caption"><em><sub>Fresque rue du Clos, Paris 20<sup>e</sup></sub></em></figcaption></figure>
</div>


<p>Depuis juillet 1934 le sectarisme des directions du PS et du PC a laissé la place à un processus d’unité qui va bientôt se prolonger en un processus d’unification syndicale. Peu à peu le contenu aussi va évoluer, de l’antifascisme à la nécessité d’une transformation politique.</p>



<p>Cet appel à l’unité rejoint les aspirations de nombreux militant·es des différentes organisations tout comme l’évolution vers des perspectives plus globales et offensives : pour lutter contre le fascisme il faut empêcher les fascistes de se développer mais il faut aussi transformer le terreau sur lequel ils prospèrent.</p>



<p>Le problème n’est pas la dynamique générale de cette évolution. Elle est le contenu politique qui y est développé qui s’accompagne de l’abandon de toute lutte antifasciste spécifique.</p>



<p>L’initiative vient du PC mais surtout de l’Inter­nationale communiste dirigée par Moscou. Face à la menace représentée par Hitler pour l’URSS, Staline a décidé qu’il devait trouver des alliés parmi les gouvernements européens. L’heure n’est plus pour les partis communistes « frères » à la lutte contre le militarisme, à l’appel à la révolution. Elle est à l’appel à la défense de la Nation, à la défense des régimes en place… et à leur alliance avec l’URSS contre le fascisme.</p>



<p>En juillet un pacte d’unité d’action contre le fascisme est signé entre le PC et le PS. En octobre un nouveau cap est franchi quand le PC appelle à la constitution d’un <em>« Front populaire du travail, de la liberté et de la paix »</em> qui s’adresse non seulement au PS mais aussi au parti pro-capitaliste du centre, le parti radical.</p>



<p>Les comités antifascistes vont devenir des comités pour le Front populaire même s’il faudra des mois encore pour que l’accord se concrétise.</p>



<p>L’horizon de la lutte antifasciste se borne alors à la perspective électorale d’un bon gouvernement et à la promesse d’une dissolution des Ligues par l’État. Rien qui exige, sinon dans les urnes, l’implication active des masses.</p>



<p>Alors que, faiblesse déjà importante, la lutte contre le racisme n’avait jamais été développée, le tournant du PC s’accompagne d’une campagne nationaliste par la gauche. C’est alors que Le PC reprend le drapeau tricolore et la Marseillaise.&nbsp;</p>



<p>La dynamique qui avait bouché l’horizon des Ligues s’inverse progressivement à partir de la fin du mouvement de grèves et d’occupations de l’été 1936. Après la dissolution des Ligues par le gouvernement du Front populaire en juin 1936 les Croix-de-Feu se transforment en Parti social français (PSF). En 1937 le PSF regroupe 1&nbsp;million de membres alors que n’existe plus de mouvement spécifiquement antifasciste capable de continuer la lutte sur des bases défensives.</p>



<p>La déception engendrée par l’expérience du Front populaire va se traduire par de plus en plus de passivité dans la classe ouvrière. Pour la première fois les fascistes vont trouver une audience parmi des travailleur·euses. En 1937, dans la municipalité communiste de Montreuil, le PSF compte plus de 1 600&nbsp;membres soit près d’un habitant·e sur 40<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_6562_12('footnote_plugin_reference_6562_12_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6562_12_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_6" class="footnote_tooltip">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, 2012.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6562_12_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6562_12_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;</p>



<p>En 1940 c’est l’assemblée du Front populaire dont ont été exclus les communistes, leur parti dissous en utilisant les mêmes textes que ceux utilisés pour dissoudre les Ligues, qui vote les pleins pouvoirs à Pétain. La guerre et l’occupation interrompent le processus de développement d’un fascisme français endogène… au bénéfice d’un fascisme importé.</p>



<p>Au sein d’une population majoritairement passive ou prête à collaborer.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-left">Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6562_12();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6562_12();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6562_12">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6562_12" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_12_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_12('footnote_plugin_tooltip_6562_12_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Daniel Guérin,&nbsp;<em>Front Populaire Révolution manquée,&nbsp;</em>1963.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_12_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_12('footnote_plugin_tooltip_6562_12_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gilles Vergnon,&nbsp;<em>L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen</em>, 2009.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_12_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_12('footnote_plugin_tooltip_6562_12_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Brian Jenkins et Chris Millington,&nbsp;<em>Le fascisme français</em>, 2020, et&nbsp;Pierre Milza,&nbsp;<em>Fascisme français passé et présent</em>, 1987.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_12_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_12('footnote_plugin_tooltip_6562_12_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Antoine Prost,&nbsp;<em>Autour du Front populaire,&nbsp;</em>2006.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_12_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_12('footnote_plugin_tooltip_6562_12_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Idem.</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6562_12_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6562_12('footnote_plugin_tooltip_6562_12_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Xavier Vigna,&nbsp;<em>Histoire des ouvriers en France au XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle</em>, 2012.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6562_12() { jQuery('#footnote_references_container_6562_12').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6562_12').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6562_12() { jQuery('#footnote_references_container_6562_12').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6562_12').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6562_12() { if (jQuery('#footnote_references_container_6562_12').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6562_12(); } else { footnote_collapse_reference_container_6562_12(); } } function footnote_moveToReference_6562_12(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6562_12(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6562_12(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6562_12(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/front-populaire-et-antifascisme-de-masse-quand-vaincre-le-fascisme-devient-possible/">Front populaire et antifascisme de masse : quand vaincre le fascisme devint possible</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Union populaire et Front populaire : Mythe et critique du réformisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/union-populaire-et-front-populaire-mythe-et-critique-du-reformisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Meriem]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Oct 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’Union populaire, puis la Nupes, ont créé une espérance mobilisatrice en redonnant crédit et forme à une idée qui, en réalité, n’a jamais cessé d’être dominante, sous différentes formes, au sein de la gauche et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/union-populaire-et-front-populaire-mythe-et-critique-du-reformisme/" title="Union populaire et Front populaire : Mythe et critique du réformisme">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’Union populaire, puis la Nupes, ont créé une espérance mobilisatrice en redonnant crédit et forme à une idée qui, en réalité, n’a jamais cessé d’être dominante, sous différentes formes, au sein de la gauche et du mouvement : le réformisme. Les références au Front populaire ont été multiples durant la campagne.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #04 &#8211; SEPTEMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>e récit « Front populaire » de la gauche colle particulièrement bien : l’unité de la gauche, partis et syndicats, construite sur la base d’une riposte au fascisme aboutit à la victoire électorale du 3 mai 1936. Le gouvernement qui se forme va accoucher en un temps record d’avancées sociales historiques : semaine des 40 heures, congés payés, conventions collectives. Sans parler des augmentations de salaires et de l’interdiction des ligues d’extrême droite. </p>



<p>D’autant plus qu’il existe une version un peu plus « gauche » : si le gouvernement a pu agir aussi vite et aussi radicalement c’est parce qu’il s’est appuyé sur un des mouvements sociaux les plus importants de l’histoire, celui des grèves et occupations d’usine de juin 1936. </p>



<p>Ajoutons que la version la plus radicale de ce récit – qui légitime aujourd’hui le ralliement de courants de la gauche radicale à l’Union populaire – fait de la dynamique électorale victorieuse le ferment du mouvement et de sa radicalisation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une dynamique électorale?</h2>



<p>Aux législatives de 1936 il y a en réalité eu peu de&nbsp;dynamique électorale. Au total l’accroissement&nbsp;des voix par rapport aux élections précédentes est&nbsp;très faible. Ce sont les accords de désistement au&nbsp; second tour qui permettent à la coalition Front&nbsp;populaire d’obtenir la majorité parlementaire.&nbsp;</p>



<p>Signe de la polarisation globale, des trois formations qui composent le regroupement, le parti&nbsp;radical (parti non ouvrier, sorte d’équivalent du Modem) s’écroule, le parti socialiste se maintient&nbsp;et c’est le parti communiste (considéré comme l’aile gauche) qui progresse.&nbsp;</p>



<p>Par contre la victoire et la perspective d’un&nbsp;gouvernement plus à gauche que ce qui était prévu suscitent tout de suite l’enthousiasme populaire.&nbsp;Des manifestations éclatent dans de nombreuses&nbsp;villes dès le résultat des élections. Le 24 mai une&nbsp;vague humaine de 600 000 manifestant·es défile&nbsp;au Père-Lachaise à Paris à l’occasion de l’anniversaire de la Commune et ovationne les dirigeants&nbsp;de gauche unis à la tribune dont Léon Blum qui&nbsp;va former le gouvernement.&nbsp;</p>



<p>Et c’est dans ce contexte que va se déclencher&nbsp;un des mouvements de grèves les plus importants&nbsp;de l’histoire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les élections, ferment des luttes?</h2>



<p>Le processus démarre quelques jours après la&nbsp;victoire électorale les 10 et 11 mai par deux grèves&nbsp;(à Toulouse et au Havre) exigeant la réintégration&nbsp;d’ouvriers licenciés pour avoir chômé le 1<sup>er </sup>mai&nbsp;(qui n’était pas encore un jour férié). Le 14 mai&nbsp;une grève éclate aux usines Bloch de Courbevoie&nbsp;avec cette fois des revendications sur les salaires&nbsp;et le temps de travail. Tout est déjà là, les grèves&nbsp;se font par occupation et elles sont très courtes&nbsp;car rapidement victorieuses.&nbsp;</p>



<p>Et cela est contagieux. Jusqu’au cours du mois&nbsp;de juillet le mouvement va s’étendre en termes géographiques comme en termes de secteurs touchés.&nbsp;Des grèves et occupations se déclenchent sans&nbsp; avoir parfois encore formulé de revendications.&nbsp;Il y aura plusieurs millions de grévistes : 1 million&nbsp;au moment où Blum prend ses fonctions le 4 juin,&nbsp;2 millions le 11 juin, trois jours après les accords&nbsp;de Matignon. Au milieu de l’été les grèves auront&nbsp;concerné plus de 12 000 entreprises dont près de&nbsp;9 000 ont été occupées.&nbsp;</p>



<p>Il est indéniable que la victoire électorale joue&nbsp;un rôle dans le développement du mouvement.&nbsp;Encore faut-il préciser. Après une quinzaine d’années de reculs sociaux et politiques les conditions&nbsp;du conflit étaient là n’attendant qu’un élément&nbsp;déclencheur. Ce que donne, à ce moment-là, la&nbsp;victoire électorale, c’est la confiance nourrie par&nbsp;le sentiment que le gouvernement, pour cette fois,&nbsp;«est de notre côté».&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le relai sera pris par le cycle des victoires obtenues très rapidement, les patrons cédant très vite en&nbsp; espérant éviter une radicalisation du mouvement.&nbsp;Joue aussi, grâce aux occupations, le sentiment&nbsp;d’une dignité retrouvée.&nbsp;En bref, plus que la victoire électorale, c’est la&nbsp;dynamique du mouvement lui-même qui en est&nbsp;le moteur.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Rôle des organisations</strong></h2>



<p>Les grèves sont spontanées, ce qui n’exclut pas ici et là l’initiative de militant·es syndicaux et politiques. Antoine Prost écrit : <em>« Il est clair qu’aucune force politique ou syndicale nationale n’a voulu ces grèves »</em>. Sur l’ensemble du mouvement de juin 1936, les taux de syndicalisation sont très faibles dans les secteurs à fortes grèves comme la métallurgie (4 %) ou le textile (5 %). Inversement ces taux de syndicalisation sont de 22 % dans les chemins de fer, 44 % à la poste, 35 % dans l’enseignement… où il n’y a pas de grèves. Il n’y aura aucun appel syndical à la grève générale ou même à des grèves interprofessionnelles. Le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, admettra le 15&nbsp;juin : <em>« le mouvement s’est déclenché sans qu’on sût exactement comment et où »</em>.</p>



<p>Mais les organisations ne vont pas rester passives face à la dynamique d’élargissement et les dangers de radicalisation. Leurs directions vont très rapidement se mobiliser… pour l’arrêter.&nbsp;</p>



<p>La classe dirigeante et le patronat sont aux abois. Ce sont leurs représentants qui seront à l’origine des négociations qui aboutissent aux accords de Matignon. L’urgence pour eux c’est de faire stopper les occupations. L’accord de Matignon du 7&nbsp;juin aboutit à des augmentations de salaires de 7 à 15 %, la reconnaissance des syndicats et l’ouverture de négociations sur les conventions collectives. La semaine des 40&nbsp;heures et les congés payés feront l’objet de lois votées en urgence les 11 et 12&nbsp;juin par le Parlement et le Sénat.&nbsp;</p>



<p>Mais plutôt que de faire refluer le mouvement c’est l’inverse qui se produit. C’est dans les jours qui suivent l’accord que le mouvement prend sa plus grande extension notamment en dehors de la région parisienne et malgré les consignes syndicales.&nbsp;</p>



<p>Là où Blum et Jouhaux échouent à stopper le mouvement il va revenir au Parti communiste et à Maurice Thorez de mettre tout leur poids dans la balance. Le 11&nbsp;juin Thorez prononce un discours qui restera célèbre : <em>« il faut savoir terminer une grève (…) il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées »</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Après le reflux la contre-offensive patronale</strong></h2>



<p>Il faudra encore quelques semaines… et l’arrivée d’août et des congés payés pour faire réellement refluer le mouvement. Des grèves recommenceront à l’automne mais la dynamique n’est plus la même. Entre temps le patronat s’est ressaisi, a modifié son organisation pour se coordonner et l’inflation grignote rapidement les augmentations de salaires.</p>



<p>Laissé à sa dynamique propre, le gouvernement du Front populaire se met à reculer sur tous les fronts. Fin septembre c’est la dévaluation qui va exacerber la hausse des prix. En janvier Léon Blum annonce « la pause » dans les réformes. <em>« C’est plus qu’une pause, c’est une conversion »</em> écrit <em>le Temps</em>, journal patronal. Le gouvernement Blum va tomber en juin 1937 sur un simple vote du Sénat. Les gouvernements qui se succèdent, de crise en crise, vont de plus en plus vers la droite.&nbsp;</p>



<p>En 1940 c’est l’assemblée du Front populaire dont ont été exclus les communistes, le Parti communiste ayant été interdit, qui vote les pleins pouvoirs à Pétain.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’insuffisance de la thèse de la trahison</strong></h2>



<p>La thèse de la trahison du mouvement par les dirigeants est, au mieux, insuffisante. Elle reste dans le cadre réformiste : il suffirait de trouver de bons dirigeants. Elle laisse de côté la critique de la base même du réformisme, l’idée que les antagonismes sociaux peuvent être conciliés en prenant les leviers de commande d’une institution qui serait neutre, l’État.</p>



<p>Sa conséquence stratégique est de limiter le passage de l’antagonisme social et politique en affrontement de classe. Les directions réformistes auront beau jeu ensuite, comme elles l’ont fait en juin&nbsp;1936 et après, de se justifier en disant que la classe ouvrière et la majorité de la société n’étaient pas révolutionnaires.</p>



<p>Pour Marx le processus révolutionnaire et l’affrontement de classe, au patronat et à l’État, ne sont pas uniquement nécessaires pour transformer la structure de la société. Ce processus est aussi nécessaire pour transformer la classe ouvrière elle-même : <em>« l’émancipation des travailleur·euses sera l’œuvre des travailleur·euses eux et elles-mêmes »</em>.</p>



<p>Il n’en reste pas moins que, aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’effet du mouvement de juin 1936 sera une croissance extraordinaire des organisations, syndicats et partis, principalement la CGT et le Parti communiste, qui va continuer encore pendant des mois. L’échec du réformisme ne se traduira pas par des conclusions révolutionnaires mais par la démoralisation et la passivité. Cela est-il inévitable ? Comment le conjurer ? Un prochain article essaiera, sur la base de cette période, de tracer des pistes.</p>



<p><strong>Denis Godard</strong></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/union-populaire-et-front-populaire-mythe-et-critique-du-reformisme/">Union populaire et Front populaire : Mythe et critique du réformisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Oct 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Etat]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article n’a pas vocation à donner une description exhaustive des événements politiques qui ont secoué le pays ces quatre dernières années, depuis la mise en révolution du peuple soudanais en 2018. La révolution soudanaise <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/" title="Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Cet article n’a pas vocation à donner une description exhaustive des événements politiques qui ont secoué le pays ces quatre dernières années, depuis la mise en révolution du peuple soudanais en 2018. La révolution soudanaise est un exemple de révolution des plus aboutis de ces dernières années et nous permet d’analyser les dynamiques à l’œuvre dans un processus révolutionnaire. Nous tenterons de faire surgir de ces expériences révolutionnaires des constats, des leçons afin non pas de créer un dogme sur ce que doit être une révolution mais de comprendre comment elle pourrait advenir, se manifester et à quels dangers et enjeux nous devrons nous confronter.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #04 &#8211; SEPTEMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">L’histoire coloniale du Soudan a polarisé durablement le pays entre deux réalités bien distinctes : les villes et les périphéries. Sous l’emprise coloniale de l’Angleterre, les ressources, notamment le coton et la gomme arabique étaient extraites par la force dans les périphéries rurales, acheminées dans la ville capitale de Khartoum, transformées par la main-d’œuvre urbaine, puis acheminées en Angleterre. Les campagnes vivaient alors une double-exploitation : d’une part, coloniale à travers le pillage de la production agricole envoyée en Angleterre et d’autre part de la ville-centre qui exploite les périphéries pour nourrir les ouvrier·es de Khartoum.&nbsp;</p>



<p>Après l’indépendance en 1956, l’économie coloniale du Soudan se transforme en capitalisme d’État, où les régions périphériques du Sud sont toujours exploitées, mais en direction des grandes villes seulement. Cette dépendance des zones urbaines envers les périphéries, notamment du Sud-Soudan est une caractéristique du ­développement capitaliste du Soudan.</p>



<p>La distinction entre les réalités urbaines et les réalités rurales est nécessaire à l’analyse des processus révolutionnaires à l’œuvre au Soudan depuis 2018. En effet, elle permet de comprendre les disparités dans les formes de mobilisation dans les campagnes soudanaises, et dans la ville de Khartoum. Les disparités entre villes et périphéries sont un enjeu pour la révolution en cours : résoudre cette crise structurelle et unir ces deux réalités économiques, politiques et sociales distinctes entre régions rurales et régions urbaines.&nbsp;&nbsp;Cette distinction rurales/urbaines est un outil de contrôle et de division des forces révolutionnaires, à travers un discours du gouvernement qui oppose les arabes (civilisés, urbains) aux non-arabes/africains (dangereux, ruraux). D’où l’enjeu d’un discours antiraciste de la part des révolutionnaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un long processus de radicalisation&nbsp;</h2>



<p>Dans les années 1980, sous le régime militaire d’Omar El-Béchir, comme de nombreux pays d’Afrique, face à l’échec d’un développement d’État capitaliste notamment dû à la baisse du prix du coton au Soudan, le gouvernement ouvre l’économie soudanaise au marché mondial à travers des accords avec le FMI (Fond monétaire international), qui impose des réformes économiques structurelles au Soudan. L’économie agricole devient pétrolière. L’entrée de capitaux étrangers se fait notamment depuis l’Arabie saoudite qui rachète des terres dans les régions rurales par la force pour l’accès au pétrole. Avec la découverte des gisements de pétrole et des extractions depuis les pays étrangers, la situation empire pour les régions périphériques, où les résistances s’intensifient. Notamment au Darfour, où des groupes armés se soulèvent contre le gouvernement central, l’accaparement des terres, la distribution injuste des richesses. Le gouvernement use de la stratégie identitaire et attise les tensions entre les agriculteurs noirs et les éleveurs arabes en soutenant ces derniers. Cette stratégie identitaire du gouvernement permet de masquer les causes systémiques, sociales et environnementales de ces révoltes et résistances rurales. Les mouvements rebelles du Darfour s’intensifient. Pour reprendre le contrôle de la région, le gouvernement d’El-Béchir s’appuie sur des milices islamistes armées, les&nbsp;<em>Janjawid</em>, qui effectuent un réel nettoyage ethnique de la population non-arabe.</p>



<p>Face à la perte du Soudan du Sud, devenu indépendant, source pétrolière importante pour le gouvernement, l’économie soudanaise est en crise. De plus, l’attaque par la Cour pénale internationale contre El-Béchir à la suite du génocide du Darfour affaiblit le gouvernement militaire. Ce dernier, des plus endetté, doit faire face aux sanctions politiques et économiques internationales qui se traduisent par la suppression partielle des subventions dès 2011 (du FMI et de la Banque mondiale) mais également par la restriction du commerce lié aux hydrocarbures. Face aux attaques internationales, le discours d’El-Béchir change : désormais tout le Soudan est arabe et s’opposer à son gouvernement c’est défendre l’ingérence internationale.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="cecece" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #cecece;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/10/A2C_RevueN4_Soudan_Illustr_1.jpg" alt="" class="wp-image-5942 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>D’année en année, la politisation s’élargit : les ventes des terres aux pays du golfe entraîne l’auto-organisation des peuples autochtones, les universités touchées par les mesures d’austérité se politisent également et les grèves partielles, dans des secteurs d’habitude non mobilisés, entraînent la création de nouveaux syndicats en parallèle des syndicats institutionnels. La lutte antiraciste se déploie autour de slogans tels que&nbsp;<em>« racistes arrogants, nous sommes tous du Darfour </em>». Face à l’intensité nouvelle de ces soulèvements, la répression s’accentue, à travers des coupures d’électricité et la réintroduction des milices&nbsp;<em>Janjawid</em>, génocidaires du Darfour.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le processus révolutionnaire de 2019, va adopter des méthodes d’organisation et de communication, fruit des succès et des échecs des protestations de plus en plus intenses, de 2016 à 2019. L’utilisation des médias sociaux depuis le soulèvement arabe en 2016, la présence des comités de résistance qui vont permettre la décentralisation des appels aux manifestations, et les syndicats parallèles de 2016 qui vont pouvoir appeler largement à des grèves, en sont les évolutions les plus significatives.</p>



<p>Il est intéressant de constater que la spontanéité des mises en révolution, comme pourrait le penser Trotski, restent à historiciser et à recontextualiser pour comprendre comment les prémices d’organisations révolutionnaires se mettent en place dans un pays. C’est presque 10 ans de résistances qui prennent part au Soudan avant la mise en mouvement de centaines de milliers de personnes dans la rue en 2019.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolution chasse Omar El-Béchir, la&nbsp;réaction se prépare</h2>



<p>Il nous faut qualifier deux types de révolution : une révolution politique et une révolution sociale. Une révolution politique est la destitution d’un gouvernement en place, passant d’une classe dirigeante à une autre qui entraîne nécessairement des changements sociétaux mais qui doit être distinguée d’une révolution sociale qui est la fin de l’ordre social établi, aujourd’hui celui du capitalisme. Ainsi, une révolution sociale est l’abolition des classes sociales. Cependant, une révolution politique n’est pas toujours suivie d’une révolution sociale. La révolution politique est une mise en révolution en ce qu’elle active un processus révolutionnaire où la grande majorité de la population est active et mobilisée dans une volonté de changement de société.</p>



<p>En 2018 une contestation massive éclate dans les villes ouvrières au nord du pays, suite à l’augmentation du prix du sucre et du pain pour se généraliser à tout le pays. À partir de décembre 2018, tout le Soudan est dans la rue. Les revendications politiques sont claires :&nbsp;<em>« destitution du président Omar El-Béchir, fin de la corruption et des prix élevés des produits de base »</em>. Les manifestant·es s’unissent contre le&nbsp;<em>« gouvernement de la faim »</em>.</p>



<p>Une expérience révolutionnaire c’est d’abord une majorité de personnes qui se mettent en mouvement contre un système qui leur est dorénavant insupportable. C’est un point de rupture, de bascule. Mais cette mise en mouvement de la plupart, se fait spontanément, donc sans stratégie prédéfinie, ni même de projection dans ce qu’il va advenir de cette mise en mouvement. Au moment d’une mise en révolution, il s’agit, dans le présent, de l’expression massive d’un refus.</p>



<p>En mars 2019, l’Association des professionnels Soudanais (APS), intersyndicale créée lors des grèves des transports de 2016, appelle alors à un mouvement de désobéissance civile nationale. À la fin du mois de mai 2019, des sit-ins sont organisés autour des quartiers généraux de l’armée dans 14&nbsp;villes y compris Khartoum, pour exiger une passation de pouvoir de l’armée à la direction civile de l’opposition (les Forces de la liberté et du changement, un regroupement de l’A l’Association des professionnels soudanais [APS] et des partis politiques opposés au gouvernement militaire d’El-Béchir). Une grève politique générale de deux jours est organisée pour la destitution du général et fait la preuve d’un front fort et uni derrière les demandes de la révolution. Un mois plus tard, la place d’Al-Qaïda, en face du QG de l’armée, est occupée pendant deux mois et s’y déploient des assemblées populaires, des sit-ins et une véritable réappropriation de l’espace par les militant·es. En deux jours, le 11 et 12&nbsp;avril, le Soudan voit la destitution consécutive de deux généraux. Sous cette contrainte de la rue, et avec l’accord de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, l’état- major destitue Omar El-Béchir. Il le remplace par le général Ibn Auf, ancien ministre d’El-Béchir. Le sit-in est resté en place. On y criait « tout le pouvoir au civil ». Au bout de 24 heures, la révolution venait à bout de son second dirigeant. Les militant·es refusent un gouvernement militaire. Au cœur du sit-in, les comités révolutionnaires ont mis en place des complexes proposant débat, assistance médicale, éducation populaire, distributions de provisions ou encore des services de nettoyage.&nbsp;</p>


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<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="646464" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #646464;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/10/A2C_RevueN4_Soudan_Illustr_2.jpg" alt="" class="wp-image-5943 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>Tout processus révolutionnaire est un processus dynamique d’accélération politique, de tensions permanentes, entre les avancées de la révolution, les forces contre-révolutionnaires et les tendances réformistes. Les avancées pour les révolutionnaires s’expriment par le renforcement de l’auto-organisation, d’élaboration de stratégies, de confiance dans sa capacité à se gouverner soi-même, de s’imaginer comme seule alternative au pouvoir mais aussi à affaiblir et combattre les forces contre-révolutionnaires dont l’État. Les forces contre-révolutionnaires quant à elles, s’organisent dans la répression, pour tenter d’isoler les éléments les plus radicaux du mouvement révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p>Dans la révolution soudanaise, les femmes jouent un rôle éminemment central. Elles animent le sit-in de masse qui met fin à la dictature d’El-Béchir. Puis, au mois de mai 2019, suite à une absence de garantie concernant l’opposition des femmes, elles s’organisent et contraignent la coalition de la liberté et du changement à rejeter l’accord de transition soumis par les militaires.&nbsp;</p>



<p>Mais le 3&nbsp;juin 2019 s’abat une répression sans précédent sur la place occupée qui fait 100 disparu·es, 100 blessé·es, de nombreux mort·es et viols. Ce sont des forces issues des comités de résistance qui ont protégé le sit-in et dressé des barricades.&nbsp;</p>



<p>Cette répression colossale ouvre la voie à un nouveau chapitre de la révolution soudanaise : la consolidation des idées réformistes dans certaines franges du mouvement, notamment parmi la direction de l’APS, à travers la volonté de négocier avec les militaires pour mettre fin à l’effusion de sang. Cette nécessité de la négociation pour les intérêts de la révolution est portée par les puissances internationales au nom de la paix et le gouvernement militaire en place, la direction des forces de l’opposition voit dans ce compromis une possibilité de gouverner le pays et d’imposer des réformes progressistes pour l’amélioration de la vie des soudanais·es. De plus, elle permet de mettre fin aux massacres perpétrés par la répression face aux révolutionnaires. Ce processus se traduira par la mise en place d’un gouvernement transitoire mi-civil mi-militaire pour préparer les élections démocratiques de 2023.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Compromis par en haut ou révolution par&nbsp;en bas ?&nbsp;</h2>



<p>Cette mesure transitoire s’éloignant des demandes de la révolution d’un gouvernement 100 % civil, est justifiée par les différentes parties comme une situation transitoire pour aboutir aux objectifs révolutionnaires. En réalité, ce gouvernement transitoire va aboutir à un coup d’État le 25&nbsp;octobre 2021. Pour comprendre l’échec du réformisme, en tant que volonté de négociation des civils avec les militaires, il s’agit de se poser les questions : ce compromis permet-il de développer la confiance des révolutionnaires dans leurs capacités d’auto-organisation et permet-il d’affaiblir les forces contre-révolutionnaires ?&nbsp;</p>



<p>En effet, cette période transitoire n’a pas empêché l’organisation de la contre-révolution et des forces répressives. Si au départ, les forces de l’armée se trouvent obligées d’entamer des négociations avec les Forces de la liberté et du changement, très vite le pouvoir militaire, avec l’aide des forces étrangères, notamment de la France via la vente d’armes, grossit.</p>



<p>Du point de vue militaire, aucun changement qualitatif espéré par les révolutionnaires n’advient. Les réformes de l’appareil militaire sont laissées aux militaires eux-mêmes. La répression continue envers les manifestations, et notamment une continuation des violences dans le Darfour. Des forces de soutien rapides, les&nbsp;<em>Janjawid</em>&nbsp;sont intégrées au gouvernement transitoire bien qu’elle soit la milice génocidaire du Darfour. Enfin en 2020, des accords de paix se tiennent à Juba, dans le sud du Soudan, où le gouvernement transitoire intègre deux leaders rebelles du Darfour. C’est vécu comme une trahison très forte pour les Darfouris qui voient au pouvoir, la cohabitation et la collaboration des leaders rebelles et la milice génocidaire.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le sentiment de déception du gouvernement est partagé également dans les mobilisations urbaines. En effet, le rapport de force/le levier que possèdent les forces de l’opposition pour faire passer les réformes sociales auprès des militaires est d’actionner des mobilisations dans le pays si les réformes ne sont pas acceptées par la partie militaire. Les FLC (l’opposition) contiennent donc les poussées révolutionnaires, et les mobilisations deviennent donc un levier qu’on actionne pour la négociation. Mais les FLC n’arrivent pas à mettre toutes les réformes en place car subissent une énorme pression des militaires et des forces étrangères pour calmer la rue. Seulement, une fois que ces mobilisations s’arrêtent, les militaires peuvent décider de faire ce qu’ils veulent. Les réformes sociales et structurelles ne passent pas. Cette coalition entraîne donc d’un côté la perte de confiance progressive des soudanais·es dans les forces de l’opposition pour mettre en place les réformes et, d’autre part, ce compromis transforme les forces révolutionnaires en monnaie d’échange, suspendues aux dirigeants politiques, ce qui ne permet pas d’accroître l’auto-organisation et la confiance des révolutionnaires à être le seul pouvoir alternatif au gouvernement. Du fait des difficultés de l’opposition à transformer structurellement le Soudan, si de nombreuses libertés sont acquises pour les soudanais·es, d’un point de vue économique, la situation ne change pas tant que ça.&nbsp;</p>



<p>Le problème fondamental de ce compromis réside dans la croyance des forces de l’opposition en la négociation. Selon la révolutionnaire soudanaise Muzan Al-Neel, la direction des forces de l’opposition sont composées de « professionnels à cols blancs ». Ces derniers, bien que convaincus par la nécessité de changement de société, et des demandes révolutionnaires, pensent que le problème du Soudan n’est pas un problème de structure mais un problème de gestion. Le Soudan est mal dirigé par les militaires, mais si ce sont les FLC, composés d’intellectuels, d’ingénieurs, de médecins, qui « gèrent » le pays, la situation économique et sociale va nettement évoluer. Les forces de l’opposition sont soutenues par les révolutionnaires, et le réformisme des Forces de la liberté et du changement n’est pas un mécanisme conscient de trahison du mouvement révolutionnaire. Sauf que le capitalisme et l’État soudanais tels qu’ils existent réellement, travaillent pour la classe dirigeante soudanaise, pour les « propriétaires » du Soudan, avec leurs mesures néolibérales, leurs banques « islamiques », leurs investissements prédateurs en provenance des pays du Golfe qui sont autant de fardeaux qui appauvrissent les paysan·es, la classe ouvrière et les classes intermédiaires du pays. De plus, leur idéal de démocratie capitaliste est totalement confortée par les puissances étrangères et partagée par la plupart des soudanais·es.&nbsp;</p>



<p>Aussi, le mouvement révolutionnaire, perd de plus en plus la confiance du peuple soudanais et arrive d’autant moins à mettre en place ces réformes sociales face à une répression toujours aussi présente. Selon l’activiste soudanais Mohammed Abdelrahman,&nbsp;<em>« Les changements politiques survenus après le renversement d’El-Béchir en avril 2019 n’ont pas réussi à affecter la dynamique sous-jacente de la crise structurelle du Soudan. »</em></p>



<p>Malgré son échec inévitable, l’expérience de la négociation permet la consolidation des idées radicales des comités de résistances, sceptiques des processus de négociation depuis le début et ainsi la radicalisation du mouvement révolutionnaire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les comités de résistance détiennent les&nbsp;clefs de la révolution sociale</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="5a5a5a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #5a5a5a;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/10/A2C_RevueN4_Soudan_Illustr_3.jpg" alt="" class="wp-image-5944 not-transparent" width="325" height="475"/></figure>
</div>


<p>Le gouvernement transitoire n’a pas entraîné la fin de l’auto-organisation de l’activité révolutionnaire, notamment grâce aux comités de résistance. En effet, durant la période de gouvernement transitoire ces derniers ont tenté de combler, par le bas, ce que les forces de l’opposition n’ont pas réussi à transformer par le haut.</p>



<p>Déployés sur tout le territoire soudanais, ces derniers organisent le tissu social et culturel dans les quartiers dans lesquels ils sont implantés. Maintenant des actions offensives à travers des appels à manifestation, l’organisation de techniques contre la répression pendant les manifestations (barricades&#8230;), leurs activités se déploient également en une diversité de pratiques telles que des cérémonies de commémoration des martyrs de la révolution, la mise en place de cliniques de santé pour femmes, des conférences sur l’avenir de la démocratie au Soudan ainsi que de l’auto-formation politique. Certains comités lancent des campagnes pour améliorer directement les conditions de vie des soudanais·es, comme l’initiative de reconstruction du puits d’un village.&nbsp;&nbsp;Chaque comité recense des dizaines de milliers de followers sur Facebook.&nbsp;</p>



<p>Leur implantation locale et la transformation effective des réalités des soudanais·es à travers une organisation par en-bas permet aux comités de résistance de gagner la confiance des soudanais·es et de faire perdurer les revendications de la révolution. Ils profitent des acquisitions de libertés permises par le gouvernement transitoire pour s’organiser par le bas et élargir leurs influences politiques.</p>



<p>En octobre 2021, les comités de résistance étaient préparés au coup d’État et ont organisé des manifestations à travers tout le pays contre la prise de pouvoir des militaires.&nbsp;</p>



<p>Les comités de résistance deviennent l’organisation révolutionnaire principale et se dote de nouvelles revendications dites des trois Non : non aux négociations, non au partenariat, non à la légitimité. Ces nouvelles revendications, plus radicales encore que celles de la révolution de 2019, viennent en quelque sorte destituer les FLC comme interlocuteurs avec les militaires, car délégitiment leur rôle qui est bien celui de la négociation et du partenariat. Ainsi, les comités de résistance viennent affaiblir l’État et les classes dirigeantes qui n’ont plus de possibles interlocuteurs pour contenir les poussées révolutionnaires.&nbsp;</p>



<p>La révolution soudanaise est aujourd’hui désillusionnée de la possibilité de négociation avec les militaires, et d’une classe dirigeante qui trahit les intérêts de la révolution, que ce soit dans les régions urbaines ou rurales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nécessité d’une stratégie révolutionnaire</h2>



<p>Les comités de résistance sont pourtant très hétérogènes selon le profil des espaces géographiques d’où ils se déploient. Ils se contiennent dans les intérêts des espaces géographiques où ils sont implantés et non dans des intérêts de classe. Le problème étant que chaque espace géographique représente des réalités sociales bien distinctes, surtout entre les espaces urbains ou ruraux. Selon la militante Muzan Al-Neel, malgré des tentatives de coordination des comités, les capacités d’union des classes urbaines et rurales ne sont pas encore assez fortes pour permettre au mouvement révolutionnaire de répondre à la crise structurelle que traverse le Soudan, entre zones urbaines et périphéries. Pourtant cet enjeu est tout simplement nécessaire et nécessite une stratégie révolutionnaire afin d’affaiblir l’État, la classe dirigeante et ne pas risquer de laisser la révolution s’éteindre, par la trop forte répression, qui, si elle arrive à saisir les éléments les plus radicaux du mouvement révolutionnaire ou diviser les classes exploitées entre elles pourrait mettre fin au processus.&nbsp;</p>



<p><strong>Anouk Brunet</strong></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/">Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Moins de programmes électoraux, plus de politique !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/moins-de-programmes-electoraux-plus-de-politique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Mar 2022 10:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Coronavirus, surendettement des États, dérèglement climatique, affrontements guerriers entre puissances impérialistes, deux candidatures fascistes à 30 % d’intention de votes, etc. À ce niveau de crise du capitalisme, les élections présidentielles d’avril font figure d’un vote <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/moins-de-programmes-electoraux-plus-de-politique/" title="Moins de programmes électoraux, plus de politique !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<pre class="wp-block-verse">Coronavirus, surendettement des États, dérèglement climatique, affrontements guerriers entre puissances impérialistes, deux candidatures fascistes à 30 % d’intention de votes, etc. À ce niveau de crise du capitalisme, les élections présidentielles d’avril font figure d’un vote pour nous laisser choisir de quoi nous préférons mourir.</pre>



<h6 class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-heading" style="font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #02 &#8211; Mars 2022</h6>



<p>Il y a 150&nbsp;ans, Engels avait annoncé la trajectoire du capital, et l’histoire n’a cessé depuis de lui donner raison :<em> « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie »</em>. Mais de la nécessité d’une révolution permettant le passage au socialisme à sa possibilité, les obstacles sont nombreux : <em>« l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »</em>, mais <em>« les idées dominantes sont les idées de la classe dominante »</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5350_18_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_1" class="footnote_tooltip">Selon deux analyses de Marx, qui figurent notamment dans<em> <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">le Manifeste Communiste</a></em>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5350_18_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Ces idées dominantes correspondent à celles qui reflètent l’organisation actuelle de la société, basée sur la compétition et la domination d’une minorité. Elles prennent des formes multiples, comme les idées réactionnaires, le racisme, le sexisme, le corporatisme… Mais elle prennent aussi la forme d’idées réformistes, qu’un changement progressif de la société serait possible : les patrons sont nécessaires mais il faudrait qu’ils soient moins assoiffés de profits, il faut des leaders, des chefs politiques mais plus proches du peuple, il faut intervenir dans les institutions existantes, politiques ou médiatiques, car elles ont autant voire plus d’impact que les mobilisations, il faut réformer la police ou la prison, etc.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5350_18_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_2" class="footnote_tooltip">Lénine, dans une des réponses à un courant qui se développe en Russie, « l’économisme » (voir plus bas). Il me semble qu’on peut élargir la sphère économique à toute forme de lutte sur un front spécifique, dans le sens où cette séparation détache celleux qui agissent contre une situation spécifique et la question plus globale de l’exercice du pouvoir, incarnée dans l’État.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5350_18_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h2 class="wp-block-heading">La théorisation du réformisme</h2>



<p>C’est Éduard Bernstein le premier qui entreprend de critiquer la perspective révolutionnaire dans ce qui est connu comme la première théorie systématisée du réformisme. Mais comme il le rappelle dans son ouvrage publié en 1899, <em>Socialisme théorique et social-démocratie pratique</em>, il ne fait que rendre compte d’un point de vue théorique de ce que son parti (le SPD, Parti ouvrier socialiste allemand) qui se prétend révolutionnaire, fait déjà en pratique.</p>



<p>Bernstein prétend réviser Marx sur trois aspects : il n’y a plus de crise générale du système, pas de polarisation de classe (les classes moyennes se maintiennent, de larges couches du prolétariat les rejoignent), pas de paupérisation (la situation économique et politique du prolétariat s’améliore). Il n’y a donc plus besoin d’un changement révolutionnaire pour passer du capitalisme au socialisme, puisque le capitalisme devient progressivement socialiste. Pour mener à bien ce processus, il n’est donc pas nécessaire de dissoudre l’État existant, comme l’affirmait Marx dans ses écrits sur la Commune de Paris. Au contraire, il est nécessaire d’acquérir une majorité parlementaire. Réforme et révolution sont deux moyens différents de parvenir au même but mais<em> «</em><em> tout but final fixé d’avance ou allant à l’encontre du mouvement est irrationnel</em><em> »</em>. Les socialistes devraient poursuivre une politique de réformes au sein du système (objectifs immédiats), sans se soucier de la réalisation du but final (lointain), proposition résumée dans la formule restée célèbre : <em>«</em><em> ce qu’on appelle d’habitude le but final ne m’est rien, le mouvement est tout</em><em> »</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réforme ou révolution</h2>



<p><em>Réforme sociale ou révolution</em><em> ? </em>paraît en 1899. C’est une compilation d’articles écrits par la dirigeante révolutionnaire Rosa Luxemburg. Elle est alors elle aussi membre du SPD. Elle y porte le débat sur la façon d’obtenir un changement social. Elle rappelle que les révolutionnaires sont favorables aux réformes, c’est le moyen par lequel un mouvement commence à trouver les forces d’affronter le système dans son ensemble. Mais en dernier ressort, les réformes ne peuvent être acquises sans une remise en question du pouvoir de l’État, basée sur une activité de masse par en bas.</p>



<p>Elle montre que la nécessité du socialisme repose sur l’analyse marxiste selon laquelle le régime capitaliste fera naître de lui-même, à partir de ses propres contradictions internes, le moment où son équilibre sera rompu et où il deviendra proprement barbare. Elle explique que si les réformistes admettent eux aussi ces contradictions internes du capitalisme, ils veulent les émousser, les amoindrir, là où les révolutionnaires veulent les supprimer par un renversement révolutionnaire de la société. Quel que soit le sujet, il y a donc toujours un choix qui s’opère entre les méthodes réformistes qui espèrent des négociations ou des améliorations liées aux prochaines élections, et celles des révolutionnaires qui militent pour l’action de masse par en bas, immédiate. Rosa Luxemburg indique que les deux approches ne sont pas compatibles. Réforme sociale et révolution ne sont donc pas deux moyens différents vers le même but, mais deux buts différents. Pour les révolutionnaires, les réformes sont un moyen vers le but qui est l’émancipation des travailleur·euses.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="303030" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #303030;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/03/A2C_RevueN2_Reformisme_Illustr.jpg" alt="" class="wp-image-5353 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les deux âmes du socialisme</h2>



<p>Bernstein écrit à un moment où le capitalisme allemand n’a pas connu de crises depuis 20&nbsp;ans, les salaires augmentent et l’État introduit des rudiments de protection sociale. Mais dès 1900 une crise profonde éclate. Le niveau de vie des travailleur·euses cesse de progresser, et les liens entre les cartels et l’État conduisent non pas à un développement pacifique comme le pronostiquait Bernstein, mais à des clashs de plus en plus importants entre États rivaux. Cela débouche quelques années plus tard sur la Première Guerre mondiale. Et bien qu’en théorie le SPD avait rejeté formellement les analyses de Bernstein, il a continué d’évoluer en pratique vers des positions réformistes, allant jusqu’au vote des crédits de guerre par la fraction parlementaire du SPD.</p>



<p>La situation peut sembler très différente aujourd’hui de celle du début du 20<sup>e</sup>&nbsp;siècle. Il devient difficile de nier que le capitalisme est dans une crise grave et que les antagonismes de classes se développent. Certain·es y voient la mort inéluctable du réformisme, comme l’illustre par exemple les annonces sur les réseaux sociaux du « jour d’après » qui promettaient des barricades à la sortie du confinement. Mais en fait, les idées dominantes ne se remettent pas en question si facilement, surtout quand on est isolé·e, donc impuissant·e. De nombreuses analyses expliquent le problème dans les excès du capitalisme plutôt que dans sa dynamique même (seraient en cause la finance, le néolibéralisme, la mondialisation, les policiers mal formés). Et surtout, l’idée persiste que ce n’est pas la classe ouvrière qui doit et peut assurer une organisation alternative de la société, c’est l’État qui pourrait être un instrument au service de la satisfaction des besoins humains. Une bonne illustration peut être trouvée dans la tribune <em>«</em><em> Plus jamais ça</em><em> !</em><em> »</em>, publiée en mars 2020 –&nbsp;donc en plein confinement&nbsp;&#8211; par 18&nbsp;organisations dont Attac et la CGT, qui expliquait notamment que <em>«</em><em> En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid.</em><em> »</em> Il faut donc que l’État reprenne la main pour amoindrir les dégâts, au moment où toutes les luttes collectives de notre classe sont suspendues.</p>



<p>Il y a un texte incontournable d’un révolutionnaire américain, Hal Draper. Il rompt en 1940 avec le trotskisme orthodoxe sur la question de la nature des États qui se revendiquent du socialisme, la Russie et l’Union soviétique, alors que les gens restent exploité·es et opprimé·es. Cela le pousse à revenir sur l’essence du socialisme. Dans <em>les Deux âmes du socialisme</em>, il écrit : <em>«</em><em> Retournons donc aux racines. Les pages qui suivent se proposent d’examiner la signification du socialisme historiquement, d’une manière nouvelle. Il y a toujours eu différentes « espèces » de socialisme, et elles ont été habituellement divisées entre réformistes ou révolutionnaires, pacifiques ou violentes, démocratiques ou autoritaires, etc. Ces divisions sont réelles, mais il en existe une autre, sous-jacente. Tout au long du mouvement et des idées socialistes, la coupure fondamentale s’est faite entre socialisme par en haut et socialisme par en bas.</em><em> »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">La conscience contradictoire de notre classe</h2>



<p>Pour expliquer l’emprise des idées réformistes dans notre classe, il y a dans la tradition révolutionnaire l’idée assez répandue qu’elles seraient le résultat d’une influence extérieure à notre classe, celle des petits-bourgeois ou des bureaucrates. C’est Engels qui a le premier utilisé ce concept pour expliquer le conservatisme croissant de secteurs de la classe ouvrière britannique. Mais on retrouve aussi cette idée dans les analyses de Rosa Luxemburg pour qui le réformisme est la théorie <em>«</em><em> d’éléments petits-bourgeois venus au parti</em><em> »</em>. Et c’est souvent Lénine qui est cité en référence. Lorsqu’il cherche à comprendre les racines économiques qui ont rendu possibles la guerre mondiale et le basculement de la II<sup>e</sup>&nbsp;Internationale dans le chauvinisme, il en arrive à la conclusion, dans <em>L’impérialisme, stade suprême du capitalisme</em>, qu’il existe au sein de la classe ouvrière une aristocratie qui véhicule les idées réformistes, une couche de travailleur·euses acheté·es par les superprofits que les capitalistes réalisent grâce à l’impérialisme.</p>



<p>Ces analyses conduisent celles et ceux qui y adhèrent à la conclusion logique que les travailleur·euses du nord profitent de l’exploitation de ceux du sud, et que les travailleur·euses « privilégié·es » –&nbsp;du fait de leur salaire plus élevé ou de leur contrat de travail plus stable&nbsp;– sont plus réformistes que les travailleur·euses précaires ou mal payé·es. Il faudrait donc s’adresser à la fraction supposée spontanément révolutionnaire (les travailleur·euses du sud ou les précaires et les chômeur·euses), et dénoncer en parallèle la corruption économique et politique des autres. Il existe pourtant de nombreuses études qui démontrent la non consistance du concept d’aristocratie ouvrière, en plus des nombreuses expériences de luttes qui fournissent des contre-exemples pratiques.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5350_18_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_3" class="footnote_tooltip">Voir par exemple <em>« <a href="https://labreche.org/wp-content/uploads/2011/04/Rev03_US_Aristo.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le mythe de l’aristocratie ouvrière</a> »</em>, écrit par Charlie Post, un révolutionnaire américain.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5350_18_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="838383" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #838383;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/03/A2C_RevueN2_Reformisme_Illustr-2.jpg" alt="" class="wp-image-5354 not-transparent" width="358" height="355"/></figure>
</div>


<p>En fait, les idées réformistes sont d’abord le produit de l’expérience contradictoire que font les travailleur·euses. On doit au révolutionnaire italien Gramsci la mise en relief de la conscience contradictoire des travailleur·euses. Il reprend le fil des analyses de Marx selon lesquelles <em>«</em><em> les idées dominantes sont les idées de la classe dominante</em><em> » </em>mais que <em>«</em><em> l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes</em><em> »</em>. Pour lui, les travailleur·euses sont dominé·es par les idées de la classe dirigeante, appelées « le sens commun », selon lesquelles le capitalisme est l’ordre naturel des choses sur lequel iels ne peuvent agir. Si ces idées sont acceptées, c’est qu’elles apparaissent cohérentes avec la situation de mise en concurrence dans laquelle iels se trouvent en permanence, pour trouver un travail par exemple, et qui les amènent à penser que c’est dans la nature de l’homme, indépendamment des classes sociales qui structurent la société. Mais lorsqu’iels se retrouvent en situation d’agir collectivement, les travailleur·euses développent également des idées de « bon sens », qui sont celles de la coopération et de la solidarité. À cette expérience contradictoire, entre l’organisation de la société basée sur la concurrence et la lutte collective, correspond une conscience contradictoire, une remise en question partielle du sens commun, un sentiment réformiste.</p>



<p>La pratique des luttes collectives est donc fondamentale pour commencer à rompre avec les idées dominantes et développer « du bon sens », c’est-à-dire une conscience, cohérente avec l’expérience des luttes collectives, qui se pérennise.</p>



<p>L’expérience de la révolution russe de 1905 allait d’ailleurs fournir une occasion de poursuivre le débat sur les erreurs de la stratégie réformiste, en permettant de reposer le lien entre lutte économique et lutte politique sous un jour nouveau. Rosa Luxemburg a rédigé en 1906 la brochure <em>Grève de masse, parti et syndicat</em>, dans laquelle elle s’emploie à critiquer la séparation mécaniste entre les luttes économiques et les luttes politiques. Elle y décrit la vague de grèves en Russie sur 10&nbsp;ans, de 1896 à 1905. Elle démontre que lorsqu’un grand nombre de travailleur·euses se met en grève, c’est un défi à la fois pour le pouvoir économique et le pouvoir politique de l’État. Elle montre comment, en Russie en 1905, les travailleur·euses ont, à travers leurs luttes, transformé leurs idées politiques et acquis le pouvoir de changer la société. Comment l’économique se transforme en politique et inversement.</p>



<p>La grève de masse casse la séparation entre économique et politique, inhérente au réformisme (aussi bien qu’à son symétrique, le syndicalisme). Elle fusionne la lutte pour des réformes au sein de la société capitaliste et la lutte pour le renversement révolutionnaire de la société. (<em>«</em><em> la journée de 8&nbsp;heures et des armes</em><em> »</em>, selon la formule du dirigeant révolutionnaire russe L. Trotsky)</p>



<p>Le plus haut degré de cette jonction est atteint par la création d’une nouvelle forme d’organisation, les soviets (conseils ouvriers), organe de contrôle des travailleur·euses leur permettant de débattre, décider et mettre en œuvre les choix économiques comme politiques sur la base de leurs intérêts propres, et donc constitutif d’un pouvoir alternatif.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Plus de politique au sein des luttes !</h2>



<p>Rosa Luxemburg met en avant les évolutions incroyables de la conscience des travailleur·euses au cours des luttes. Mais n’est pas analysé le fait que ce processus est loin d’être homogène. Pourtant, les expériences révolutionnaires passées nous montrent que si une partie de notre classe, souvent celle déjà militante, tend à rompre avec les idées réformistes, les millions de personnes qui entrent dans la lutte pour la première fois tendent plutôt à s’identifier avec les courants qui leur apparaissent moins utopiques. Dans la révolution russe de 1917, l’écrasante majorité des membres des soviets soutenait le gouvernement provisoire après la révolution de février. Les luttes qui se développent à partir de 1934 en France se traduisent par un afflux de militant·es au Parti communiste, mais aussi à la&nbsp;SFIO (ancien PS). La période de radicalisation qui suit mai&nbsp;1968 permet à la SFIO de se régénérer sous la forme du Parti socialiste, etc.</p>



<p>La réponse que le dirigeant révolutionnaire russe Lénine apporte au développement de « l’économisme » est ici utile. À la base de ce courant, la conviction que la social-démocratie (les marxistes révolutionnaires), pour sortir de la marginalité, doit effectuer un tournant vers l’agitation et doit donc concentrer son travail non pas sur la lutte politique contre l’autocratie tsariste, mais dans le développement des luttes économiques des travailleur·euses. Les travailleur·euses apprendraient ainsi, par l’expérience de la lutte elle-même, qu’il y a besoin de politique. Mais la théorisation de cette pratique conduit à s’accorder avec Bernstein sur la séparation entre la lutte immédiate et le but ultime, et à acter la séparation entre les luttes économique et politique, en proposant de se concentrer sur les premières.</p>



<p>Lénine adhère au début au tournant vers l’agitation. Mais pour lui, les théorisations qui en sont faites conduisent inévitablement à un abandon de l’hégémonie du prolétariat en instituant une division du travail dans laquelle les travailleur·euses se limitent à la lutte économique, syndicale, laissant les luttes politiques être menées par d’autres courants (à l’époque, notamment la bourgeoisie). Ce faisant, les révolutionnaires trahissent la révolution. La réponse qu’il élabore se trouve dans différents textes<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_5350_18('footnote_plugin_reference_5350_18_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5350_18_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_4" class="footnote_tooltip"><em>« Protestation des social-démocrates de Russie »</em> est la réponse première, mais <em><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Que Faire ?</a></em> est son écrit le plus connu sur la question.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5350_18_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5350_18_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Il écrit&nbsp;par exemple :</p>



<p><em>«</em><em> D’une part, le mouvement ouvrier se dissocie du socialisme</em><em> : on aide les ouvriers à mener la lutte économique, mais on ne leur explique pas du tout ou pas assez les buts socialistes et les objectifs politiques du mouvement dans son ensemble. D’autre part, le socialisme se dissocie du mouvement ouvrier</em><em> : les socialistes russes recommencent de plus en plus à dire que la lutte contre le gouvernement doit être menée par les intellectuels avec leurs propres forces, car les ouvriers se cantonnent dans la lutte économique.</em><em> »</em></p>



<p>Pour Lénine, la tâche des socialistes est de contribuer à la fusion de la lutte économique et de la lutte politique. Refuser de poser clairement des tâches politiques au sein du mouvement, mène à penser que les luttes spontanées sont suffisantes ce qui conduit au suivisme : on commente les flux et reflux des luttes, plutôt qu’on ne les fait progresser. Cela éloigne des possibilités pour notre classe de se penser elle-même comme classe dirigeante.</p>



<p><em>«</em><em> La conscience de la classe ouvrière ne peut être une conscience politique véritable si les ouvriers ne sont pas habitués à réagir contre tout abus, toute manifestation d’arbitraire, d’oppression et de violence, quelles que soient les classes qui en sont victimes</em><em> ; à réagir justement du point de vue social-démocrate, et non de quelque autre point de vue.</em><em> »</em></p>



<p>Lénine rejette l’idée que la conscience de la classe ouvrière peut se développer graduellement sur la base de l’accumulation des luttes économiques. Cela le conduit à redéfinir les sphères économiques et politiques : se cantonner à revendiquer des améliorations économiques, y compris à l’échelle nationale et sous un aspect contraignant pour la classe dirigeante (une loi par exemple), c’est maintenir la classe ouvrière sous la domination de la bourgeoisie car cela l’empêche de devenir l’acteur politique dirigeant. Plus on cantonne les luttes à de simples revendications économiques, plus les questions politiques relèvent alors d’autres sphères, de l’activité électorale ou de la propagande des partis.</p>



<p>La traduction concrète de cette logique, en cette période électorale ? Comme l’indiquait l’édito du précédent numéro, <em>« nous faisons nôtre le slogan zapatiste « Votez, ne votez pas, on s’en fout ; Organisez-vous ! » »</em>. Et face à la barbarie qui s’annonce, nous qui « ne sommes rien », soyons réalistes, devenons tout.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Vanina Giudicelli</h6>



<p></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5350_18();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5350_18();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_5350_18">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_5350_18" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5350_18_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5350_18('footnote_plugin_tooltip_5350_18_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Selon deux analyses de Marx, qui figurent notamment dans<em> <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">le Manifeste Communiste</a></em>.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5350_18_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5350_18('footnote_plugin_tooltip_5350_18_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Lénine, dans une des réponses à un courant qui se développe en Russie, « l’économisme » (voir plus bas). Il me semble qu’on peut élargir la sphère économique à toute forme de lutte sur un front spécifique, dans le sens où cette séparation détache celleux qui agissent contre une situation spécifique et la question plus globale de l’exercice du pouvoir, incarnée dans l’État.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5350_18_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5350_18('footnote_plugin_tooltip_5350_18_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir par exemple <em>« <a href="https://labreche.org/wp-content/uploads/2011/04/Rev03_US_Aristo.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le mythe de l’aristocratie ouvrière</a> »</em>, écrit par Charlie Post, un révolutionnaire américain.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5350_18_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5350_18('footnote_plugin_tooltip_5350_18_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>« Protestation des social-démocrates de Russie »</em> est la réponse première, mais <em><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Que Faire ?</a></em> est son écrit le plus connu sur la question.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_5350_18() { jQuery('#footnote_references_container_5350_18').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5350_18').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_5350_18() { jQuery('#footnote_references_container_5350_18').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5350_18').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_5350_18() { if (jQuery('#footnote_references_container_5350_18').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_5350_18(); } else { footnote_collapse_reference_container_5350_18(); } } function footnote_moveToReference_5350_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5350_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_5350_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5350_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/moins-de-programmes-electoraux-plus-de-politique/">Moins de programmes électoraux, plus de politique !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>N’attendons pas le jour d’après !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/nattendons-pas-le-jour-dapres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Apr 2020 21:41:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Etat d&#039;urgence]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le jour d’après fleurit. Textes, revendications, pétitions, nous promettent que le jour d’après sera de colères. Et pourquoi pas&#160;? Si ce qui diffuse c’est la conscience qu’au-delà du nombre de victimes et de la peur, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/nattendons-pas-le-jour-dapres/" title="N’attendons pas le jour d’après !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<pre class="wp-block-preformatted">Le jour d’après fleurit. Textes, revendications, pétitions, nous promettent que le jour d’après sera de colères.</pre>



<p>Et pourquoi pas&nbsp;? Si ce qui diffuse c’est la conscience qu’au-delà du nombre de victimes et de la peur, c’est ce système et celles et ceux qui le dirigent et en profitent qui sont coupables. Qu’il faut donc en changer.</p>



<p>Mais alors… mais alors pourquoi donner rendez-vous au jour d’après&nbsp;?&nbsp;</p>



<p>Que s’agit-il d’attendre&nbsp;? Qu’est-ce qui doit se finir pour en finir avec cet aujourd’hui de luttes confinées&nbsp;? Le virus&nbsp;? Chacun sait pourtant qu’il ne disparaîtra pas en un jour, que, si c’est lui qui justifie qu’on attende, alors on attendra longtemps… au moins jusqu’au vaccin.</p>



<p>Cela alors que le pouvoir annonce pour le 11 mai un processus de dé-confinement dont les motivations sont rien moins que sanitaires.</p>



<p>Alors pourquoi, puisque, justement, il y a urgence, ne pas commencer aujourd’hui<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4311_20('footnote_plugin_reference_4311_20_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_4311_20('footnote_plugin_reference_4311_20_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4311_20_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4311_20_1" class="footnote_tooltip">Il faut lire cet article de Serge Quaduppani <a rel="noreferrer noopener" href="https://lundi.am/Une-fin-du-monde-aux-couleurs-de-printemps" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://lundi.am/Une-fin-du-monde-aux-couleurs-de-printemps</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4311_20_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4311_20_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>?&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">La théorie des parenthèses</h3>



<p>Ce qui est saisissant dans les appels au «&nbsp;Jour d’après&nbsp;» qui viennent de la gauche, c’est la non prise en compte de la politique d’aujourd’hui, parenthèse silencieuse. Quand on le fait remarquer… on nous reparle d’hier. Le mouvement d’hier devient alors si grand qu’il couvre d’une ombre pudique le présent.</p>



<p>A première vue c’est étonnant tant il y a parmi les optimistes du «&nbsp;jour d’après&nbsp;» des ancienNEs sceptiques (pour dire le moins) du «&nbsp;jour d’avant&nbsp;». Hier les périodes de luttes, dissociées les unes des autres, n’étaient que des parenthèses dans le cours général d’un monde où avançait le rouleau compresseur libéral.</p>



<p>Mais aujourd’hui aurait tout renversé. Grandies par la catastrophe, les luttes d’hier vont rebondir au jour d’après, encore plus massives, plus fortes, plus profondes.</p>



<p>Et si on comprend bien ce renversement serait le produit d’une période où notre classe est physiquement atomisée comme elle ne l’a jamais été, dans une période où les organisations militantes fonctionnent principalement par les réseaux sociaux virtuels.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le retour du réformisme</h3>



<p>Cette «&nbsp;théorie des parenthèses&nbsp;» a une logique. Ce qui serait déterminant dans l’histoire de l’émancipation n’est pas la lutte collective, l’expérience et les liens qui s’y créent, la remise en cause de toute l’idéologie dominante qu’elle peut provoquer. Ce qui est déterminant ce sont les grands hommes (plus souvent que les grandes femmes&nbsp;!), les intellectuels théoriciens, les programmes. Ils n’étaient pas assez écoutés hier&nbsp;? Alors rien de possible. Le confinement actuel a réduit l’activité militante aux discours et aux programmes&nbsp;? ils ont l’impression d’être écoutés aujourd’hui&nbsp;? Demain tout devient possible.</p>



<p>Disons-le, les théories et appels au «&nbsp;Jour d’après&nbsp;» ont un écho, bien sûr. Celui qui marie l’espoir à l’impuissance. C’est la base même du réformisme, de son influence dans notre classe, l’idée qu’il faut changer les choses mais que, nous les petitEs ne le pouvons pas, pour cela il nous faut des dirigeantEs intelligentEs prenant les rênes de l’Etat, car l’Etat est neutre et pourrait agir aussi bien pour nous qu’il le fait actuellement pour les riches.</p>



<p>C’est d’ailleurs le fond de beaucoup d’appels au Jour d’après. Et cela semble réaliste. Imaginez, après des décennies d’hégémonie de l’idéologie néo-libérale, les classes dirigeantes semblent redécouvrir les charmes de l’intervention de l’Etat dans l’économie, nationaliser n’est plus tabou, l’orthodoxie monétaire flanche, l’Etat peut – doit &#8211; s’endetter, il faut des politiques de relance par la consommation&#8230;</p>



<p>Alors tout devient possible&nbsp;: Mélenchon à la tête de l’Etat et nous aurons le socialisme&nbsp;!</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un réformisme tardif</h3>



<p>Ce réformisme tardif fonctionne à contre-sens. Les politiques mises en place par les classes dirigeantes des différents pays, même à tâtons, ont été et sont orientées dans le même sens&nbsp;: vers un «&nbsp;capitalisme d’Etat&nbsp;» qui n’en est encore qu’à ses premiers stades. Il peut prendre différentes formes alternatives ou/et successives dont le fond est le même, l’impérialisme et l’économie de guerre<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4311_20('footnote_plugin_reference_4311_20_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_4311_20('footnote_plugin_reference_4311_20_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4311_20_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4311_20_2" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/les-sales-virus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/les-sales-virus/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4311_20_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4311_20_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Penser, au moment où tous les Etats durcissent leur noyau dur, outil de répression, de contrôle et de surveillance, que l’Etat peut servir l’émancipation, c’est s’offrir désarmé à l’ennemi au moment même où celui-ci tourne ses fusils contre nous.</p>



<p>Penser que cette évolution est causée par la catastrophe sanitaire c’est inverser les causes. Cette trajectoire du Capital, tout comme la crise du capitalisme, était en cours bien avant le coronavirus. La crise sanitaire est devenue le moyen pour l’amplifier.</p>



<p>Mais cette vision révèle un autre aspect central du réformisme quand il devient stratégie politique. Le réformisme suppose toujours de pouvoir convaincre une fraction «&nbsp;éclairée&nbsp;» des classes dirigeantes. D’où les unions sacrées et la collaboration de classe. D’où son manque de confiance congénital et finalement son mépris pour les colères et les capacités de lutte et d’émancipation de notre classe.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="7b7672" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7b7672;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/04/94022302_3178287922183555_5844530877228384256_n.jpg" alt="" class="wp-image-4315 not-transparent" width="414" height="518" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/04/94022302_3178287922183555_5844530877228384256_n.jpg 720w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/04/94022302_3178287922183555_5844530877228384256_n-240x300.webp 240w" sizes="auto, (max-width: 414px) 100vw, 414px" /></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading">Pas de parenthèse</h3>



<p>Comprendre cette trajectoire du Capital ne devrait avoir qu’une conclusion. Il n’y a rien à attendre de ce côté, rien d’autre que misère, danger fasciste et guerre. Il n’y a d’autre alternative que tout ce qui construit l’antagonisme de notre côté, du côté de notre classe, tout ce qui construit son autonomie, ses propres outils d’organisation, ses propres analyses, sa propre intelligence en antagonisme résolu avec le monde du Capital, ses patrons, son Etat et ses frontières.</p>



<p>C’est à cette aune qu’il faut lire les mouvements de ces dernières années, dans leurs forces comme dans leurs faiblesses, comme processus de construction de notre classe, comme processus dont la révolution est le moteur et le but<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_4311_20('footnote_plugin_reference_4311_20_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_4311_20('footnote_plugin_reference_4311_20_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_4311_20_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_4311_20_3" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_4311_20_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_4311_20_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Ce qui se passe actuellement n’épuise pas cet «&nbsp;avant&nbsp;». Et nous ne pouvons que nous réjouir des exemples de révolte, de solidarité et de luttes qui se produisent malgré la chape de plomb actuelle, les brigades de solidarité, les grèves, les révoltes dans les CRA et les prisons. Et nous ne pouvons qu’espérer que les dynamiques antérieures continueront de produire leurs effets dans les semaines et mois à venir.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Aussi la réaction</h3>



<p>Mais rien n’est fatal dans ce processus, notamment parce que la classe dirigeante ne reste pas les deux pieds dans le même sabot.</p>



<p>Cela signifie que la période actuelle n’est pas plus une parenthèse que ne l’ont été les phases de luttes. Elle n’efface pas d’un coup ce qui s’est passé avant mais elle ne peut pas non plus être enjambée pour sauter dans un hypothétique «&nbsp;après&nbsp;». Au-delà des transformations structurelles mises en œuvre par les classes dirigeantes et l’Etat en s’appuyant sur la crise sanitaire et sa gestion, ce que le confinement a sans doute de plus dangereux pour la suite c’est le consentement généralisé qu’il a provoqué et construit à l’Etat et à son renforcement et c’est aussi, la généralisation d’un mode de gouvernement par la «&nbsp;distance à l’autre&nbsp;» qu’il a institué. Pour ne prendre qu’un exemple&nbsp;: sera-t-il plus facile, plus «&nbsp;audible&nbsp;» d’argumenter pour l’ouverture des frontières dans nos «&nbsp;jours d’après&nbsp;» si l’idée s’est installée que la seule réponse d’urgence à la propagation du virus est le confinement&nbsp;? #Restezchezvous risque de prendre rapidement toute sa signification raciste.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La révolution ne fait pas crédit</h3>



<p>Alors la question n’est pas de se cantonner à apprendre à survivre dans une période de catastrophe mais d’apprendre, dans ces conditions, à continuer à lutter, à construire les outils de l’affrontement.</p>



<p>Outre les besoins dans les hôpitaux, les tests massifs et les masques, il nous faut lutter pour des conditions qui permettent la distanciation physique dans les lieux de travail, les lieux d’habitation et dans l’espace public et pour que cela permette de vivre. Cela implique aussi bien le refus du travail «&nbsp;non sanitaire&nbsp;» que la lutte pour des logements décents pour touTEs, avec ou sans papiers, l’assurance d’un revenu garanti pour touTEs Aussi bien la construction de réseaux de solidarité face à la pandémie que la lutte contre l’Etat policier. Avant le 11 mai comme après.</p>



<p>Cela signifie la nécessité d’expressions collectives, y compris de rues, à organiser en tenant compte des précautions sanitaires, pour ces droits et ces conditions.</p>



<p>C’est maintenant qu’il faut sortir du confinement, non pour aller travailler, mais pour imposer les mesures réelles de l’urgence sanitaire parce que le virus ne sera pas moins dangereux le 11 mai que maintenant. Parce que l’économie que Macron et le Medef veulent «&nbsp;relancer&nbsp;» c’est celle qui nous tue.N’attendons pas. La date du 1<sup>er</sup> mai pourrait être la première occasion d’ampleur de déconfiner nos luttes. Un premier pas pour construire la possibilité d’un refus, notamment dans l’éducation, du «&nbsp;retour progressif à la normale&nbsp;» le 11 mai.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard</h5>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_4311_20();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_4311_20();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_4311_20">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_4311_20" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4311_20_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4311_20('footnote_plugin_tooltip_4311_20_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Il faut lire cet article de Serge Quaduppani <a rel="noreferrer noopener" href="https://lundi.am/Une-fin-du-monde-aux-couleurs-de-printemps" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://lundi.am/Une-fin-du-monde-aux-couleurs-de-printemps</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4311_20_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4311_20('footnote_plugin_tooltip_4311_20_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/les-sales-virus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/les-sales-virus/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_4311_20_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_4311_20('footnote_plugin_tooltip_4311_20_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/linsurrection-des-gilets-jaunes-netait-pas-une-parenthese/</span></a></td></tr>

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