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	<title>Archives des Effondrement - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Effondrement - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 00:02:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques mois la notion d’effondrement réémerge dans la bouche de certaines personnalités réformistes, du secrétaire de l’ONU Antonio Guterres à Mélenchon en passant par Jean-Marc Jancovici, tout en restant assez flou sur ce qu’elle <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/" title="Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Depuis quelques mois la notion d’effondrement réémerge dans la bouche de certaines personnalités réformistes, du secrétaire de l’ONU Antonio Guterres à Mélenchon en passant par Jean-Marc Jancovici, tout en restant assez flou sur ce qu’elle définit.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>a situation environnementale catastrophique détaillée dans <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/">notre premier article</a> commence à être prise au sérieux dans le débat public, sans toutefois pour l’instant aboutir à un discours mettant en avant les fragilités à courts termes des économies capitalistes dans lesquelles nous vivons, notamment vis-à-vis des ressources. Loin de l’impensé consistant à croire que devant la gravité de la situation nous pourrions trouver une voie de sortie par nos capacités sociétales et un sursaut de conscience de nos dirigeant·es, l’emballement du système et les intérêts de classe semblent saboter tout espoir purement réformiste au vu de la puissante inertie de la trajectoire du capital.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’emballement de l’exploitation des&nbsp;richesses</h2>



<p>Rattacher la notion de <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/publications-da2c/brochure-imperialisme-la-trajectoire-du-capitale/">trajectoire du capital</a> aux enjeux écologiques permet d’appréhender le développement des puissances capitalistes et impérialistes dans leur histoire et dans l’avenir qu’elles nous réservent. L’idée de développer une écologie matérialiste est de rattacher la crise capitaliste à sa matérialité écologique, pour voir que crises écologique et capitaliste ne sont pas deux crises mais bien une. Ainsi la crise écologique apparaît matériellement à la fois comme la crise de toutes les crises, mais aussi comme une crise du capitalisme comme une autre, laissant ainsi le flou nébuleux qui l’entoure pour relever des mêmes dynamiques et des mêmes grilles d’analyse, comme celle de la polarisation de la société. </p>



<p>Une approche par les ressources écologiques de la concentration des richesses nous ramène d’après James C. Scott à l’apparition des États aux alentours de –&nbsp;4000 avant JC, permise par le développement de céréales standardisées dont les grains sont la base des premiers prélèvements fiscaux, et par la concentration de populations captives dans des niches écologiques au milieu d’espaces hostiles favorable à l’esclavage et au servage. Cette dernière caractéristique a permis d’empêcher un phénomène séculaire de dispersion spontanée des populations comme résistance aux pouvoirs forts, et ainsi d’enclencher la possibilité de la concentration toujours croissante des richesses.&nbsp;</p>



<p>Les deux grands multiplicateurs de l’exploitation matérielle des ressources et des humain·es par le capital seront la colonisation à partir du 14<sup>e</sup> siècle, et les révolutions industrielles du 18<sup>e</sup> siècle jusqu’à ce que les historien·nes appellent la Grande Accélération<sup data-fn="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2" class="fn"><a href="#07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2" id="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2-link">1</a></sup>, période actuelle marquant un développement matériel devenu depuis le 20<sup>e</sup> siècle dramatiquement exponentiel dans tous ses aspects : de la démographie au PIB en passant par les télécommunications, le tourisme, le béton… et la hausse des inégalités et de la dégradation de l’environnement. Au point que le renversement de tendance permettant de rendre nos sociétés supportables pour les écosystèmes semble impossible devant un tel emballement. D’après le GIEC, pour contenir le réchauffement planétaire en-dessous de 1,5 °C, il faudrait atteindre une société n’émettant plus de CO<sub>2</sub> avant 2050, ce qui revient à diminuer l’utilisation du charbon de 95 % (suppression totale donc), du pétrole de 60 % et du gaz de 45 % par rapport aux niveaux de 2019. On parle ici ni plus ni moins que de l’arrêt pur et simple de l’appareil productif capitaliste et des flux mondialisés dont nous dépendons maintenant pour nos besoins les plus fondamentaux, de l’énergie à l’agriculture. Pas d’acier sans charbon, pas de pétrole ni d’infrastructure sans acier, notamment. Planifier cela reviendrait à recréer de toute pièce des économies régionales très sobres en énergie et non massivement dépendantes de matériaux venant de l’autre bout du monde en seulement 27 ans (quand ce n’est plus le cas en Europe depuis les années 1500). Le GIEC serait à deux doigts de suggérer une révolution anticapitaliste.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="e6e0da" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e6e0da;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr1-1100x741.webp" alt="" class="wp-image-8070 not-transparent"/></figure>
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<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="f3f3f3" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f3f3f3;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr2-1100x599.webp" alt="" class="wp-image-8071 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>Car le système, basé sur la compétition entre capitalistes, ne changera pas de lui-même. Depuis 2000, la consommation de charbon dans le monde n’a pas diminué, mais a quasiment doublé, grâce aux immenses innovations de groupes européens comme Charbonnage de France ou l’allemand TAKRAF, inventeur de l’excavatrice à godet, le plus gros engin au monde. Depuis 1870, plus d’un quart des émissions totales de CO<sub>2</sub>ont été produites sur les quinze dernières années. Au-delà de son inaction, le gouvernement a d’après la Cour des Comptes doublé les dépenses défavorables à l’environnement entre 2022 et 2023, et les banques financent presque toujours autant les énergies fossiles, à hauteur de 668&nbsp;milliards de dollars en 2022 contre 738 en 2016.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’enrayement énergétique de l’économie</h2>



<p>La non-viabilité matérielle imminente de la situation est pourtant exposée sans sourciller par l’OCDE<sup data-fn="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa" class="fn"><a href="#56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa" id="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa-link">2</a></sup>, qui prévoit que la demande mondiale d’utilisation de matériaux par an devrait doubler à quadrupler d’ici 2060, passant de 79 gigatonnes en 2011 à entre 167 et 350 Gt. On s’étonne que l’OCDE ne s’intéresse dans ce rapport à aucun moment à la faisabilité d’une telle extraction de matière, quand celle-ci entraîne déjà aujourd’hui une destruction des ressources vivantes et laisse craindre très bientôt des pénuries de minéraux, notamment les métaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt…)<sup data-fn="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1" class="fn"><a href="#4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1" id="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1-link">3</a></sup>, ou des sources d’énergie. À commencer par la plus emblématique, le pétrole.</p>



<p>Pour Matthieu Auzanneau, directeur du cabinet d’étude The Shift Project, notre incapacité à comprendre ce danger imminent réside dans l’angle mort qu’est l’importance de l’énergie dans l’économie et ses crises. Il démontre que les crises de 1973 et 2008 ont toutes deux pour cause le dépassement d’un pic pétrolier<sup data-fn="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b" class="fn"><a href="#15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b" id="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b-link">4</a></sup>, c’est-à-dire le moment où la production diminue du fait d’un amenuisement des réserves exploitables de manière rentable (du fait de son taux de retour énergétique, et donc de son taux de profit, dont la baisse tendancielle est la limite fondamentale du capitalisme)<sup data-fn="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68" class="fn"><a href="#f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68" id="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68-link">5</a></sup>. Dans ces deux crises, cette contraction de l’offre de pétrole amène à une énorme augmentation de la facture énergétique, entraînant une inflation à même de faire basculer l’ordre financier mondial. Si en 1973 le pic en question était celui de la production nationale américaine et s’est résolu par la fin de l’annexion du dollar sur l’or (et toute matérialité quelconque) et une politique impérialiste au Moyen-Orient permettant de sécuriser leur approvisionnement, en 2006 c’est le pic pétrolier conventionnel mondial qui a été dépassé, obligeant les banques centrales occidentales à remonter brutalement leurs taux d’intérêt, ce qui a conduit à l’éclatement de la bulle des subprimes. Depuis cette date, les économies occidentales ont dû faire tenir leur économie uniquement par des politiques monétaires ultra avantageuses. En faisant fonctionner la planche à billet (la création artificielle de monnaie par les banques centrales, ici via le quantitative easing et les taux d’intérêt négatifs), les États-Unis ont financé l’extraction pourtant très peu rentable du pétrole de schiste (dit non-conventionnel).</p>



<p>L’Europe, peu productrice de pétrole, a vu en 2006 ses importations pétrolières diminuer, en même temps qu’elle a connu son pic gazier, ce qui l’a rendue depuis en <em>« décrue énergétique subie » </em>comme le formule Jean-Marc Jancovici<sup data-fn="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c" class="fn"><a href="#c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c" id="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c-link">6</a></sup>, entraînant une récession économique sur ses flux physiques, compensé uniquement par une politique monétaire qui a surtout permis d’investir dans des secteurs tertiaires peu créateurs de valeurs comme la logistique, la livraison et l’immobilier, sans réorienter l’économie réelle vers un équilibre plus viable et créateur de valeur.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="d4d4d4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #d4d4d4;" fetchpriority="high" decoding="async" width="706" height="811" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8072 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg.webp 706w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr3-jpg-261x300.webp 261w" sizes="(max-width: 706px) 100vw, 706px" /></figure>
</div>


<p>Mais après 15 ans de perfusion au schiste, le pic pétrolier global et définitif est avéré par l’Agence internationale de l’Énergie. Après un déclin faible jusqu’en 2030, la production pétrolière mondiale devrait commencer à réellement chuter, pour être divisée par deux d’ici 2050. Pour l’Europe, cela implique une division de ses importations de pétrole par 2 à 20 en fonction du contexte géopolitique<sup data-fn="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b" class="fn"><a href="#5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b" id="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b-link">7</a></sup>. Ces implications sur l’économie déclenchent déjà les mêmes mécanismes qu’en 1973 et 2008, mais dans des proportions incomparables. Face à une crise énergétique historique, dont le Covid et la guerre en Ukraine ont été des révélateurs plutôt que des déclencheurs, les banques centrales après des années dispendieuses ont réaugmenté leurs taux directeurs brutalement pour stopper l’inflation, amenant certaines bulles financières à déjà se dégonfler, comme l’immobilier, ou plus inquiétant, la dette américaine via ses bons du Trésor. Ces bons, titres financiers de la dette américaine, servaient jusque-là et depuis la fin des Accords de Bretton Woods suite à la crise de 1973, de support à la stabilité financière mondiale. Or, les pays émergents comme la Chine ont arrêté depuis 2021 d’utiliser ces bons dans leurs échanges économiques. Signe du basculement du monde sous l’égide de l’énergie, et plus profondément du déclin économique de l’Occident qui n’assume plus son mode de vie bien au-dessus de ses moyens, les BRICS<sup data-fn="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57" class="fn"><a href="#e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57" id="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57-link">8</a></sup> ont cet été, à l’occasion d’un sommet historique, annoncé leur volonté d’en finir avec la « dictature du dollar » et son lien systématique au pétrole, en procédant à leurs échanges avec leurs monnaies nationales et en intégrant les trois plus grands producteurs de pétrole mondiaux à leur alliance. Les redéploiements impérialistes notamment en Afrique et au Moyen-Orient sont révélateurs de ce recul occidental, à commencer par la France en Afrique de l’Ouest, confrontée notamment à un risque concernant son approvisionnement en uranium. Mais l’Occident n’est cependant pas le seul à craindre les limites environnementales. Des études estiment que la Chine pourrait être en train d’atteindre son pic charbonnier, et les pays producteurs de pétrole risquent de perdre la majeure partie de leur ressource une fois leur pic national passé, comme ce fut le cas de la Syrie juste avant les printemps arabes entre autres « fallen states », ou comme le risque par exemple l’Algérie prochainement. S’ajoutent évidemment aux pénuries multiples les conditions climatiques létales dont nous avons déjà parlé, qui commencent déjà à miner l’efficacité technique des économies, comme on l’entraperçoit à travers les difficultés du milieu des assurances face aux catastrophes climatiques<sup data-fn="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14" class="fn"><a href="#26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14" id="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14-link">9</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Écologie ou impérialisme</h2>



<p>De quoi tou·te·s s’unir dans une concorde internationale pour sauver la planète ? C’est en tout cas ce que préconise le GIEC, qui a bien compris et alerte sur l’importance du contexte politique pour espérer limiter le réchauffement planétaire. À ses scénarios climatiques il lie des scénarios politiques, le plus optimiste à + 1,5 °C étant associé à une réduction des inégalités mondiales, le pire étant associé à une compétition nationaliste et une augmentation des inégalités. Et force est de constater que la menace environnementale provoque une prise de conscience somme toute contraire à celle attendue par le GIEC et l’ONU. Le contexte de tension sur l’approvisionnement en ressources dans un monde très concurrentiel, inéquitable et dont la principale puissance assure plus d’instabilité que de stabilité fait toucher à la diplomatie environnementale les bas-fonds. Le G20 sur le climat d’août dernier visant un plafonnement des émissions de CO<sub>2</sub> d’ici 2025 l’a bien montré, amenant la Chine à juger les attentes des US comme une <em>« mission impossible »</em> exigée par une puissance qui <em>« ne prononce que des paroles en l’air »</em>. Face à la non-tenue des engagements de l’Accord de Paris, Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU, n’hésite même plus en 2020 à asséner que les dirigeants publics et privés <em>« mentent »</em>. <em>« Les pays et les entreprises les plus polluants ne se contentent pas de fermer les yeux : ils ajoutent de l’huile sur le feu »</em><sup data-fn="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6" class="fn"><a href="#49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6" id="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6-link">10</a></sup>. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="524d4e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #524d4e;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Ecologie_Illustr4-1100x619.webp" alt="" class="wp-image-8074 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Polarisation de la trajectoire du capitalisme</h2>



<p>Rarement un dirigeant onusien n’aura accusé aussi frontalement les élites internationales. Il faut dire que celles-ci opèrent ce que Bruno Latour qualifie de sécession face au péril climatique, à l’opposé des théories dépolitisantes sur leur manque de connaissance du problème. Si Macron et Philippe ont reçu les auteurs de <em>Comment tout peut s’effondrer</em> à l’Élysée, et si Von Der Leyen cite <em>Les limites à la croissance</em> du club de Rome lors d’un colloque #BeyondGrowth, l’exemple le plus édifiant à ce sujet sont les rapports cachés réalisés régulièrement depuis 1971 par les groupes Total et Exxon sur les conséquences du réchauffement climatique. Loin d’alerter, ce groupe a pu utiliser ces données dans ses plans de développement économique tout en niant ce changement. Un subtil mélange de stratégie du doute<sup data-fn="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8" class="fn"><a href="#76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8" id="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8-link">11</a></sup>, visant à empêcher certaines réalités d’émerger, et de stratégie du choc théorisée par Naomi Klein pour décrire l’utilisation par le capitalisme du chaos comme opportunité de développement et de réinvention.</p>



<p>Les signes les plus décomplexés tels que les projets transhumanistes d’Elon Musk voulant coloniser Mars avec une petite élite pour préserver la race humaine en abandonnant à son sort le reste de l’humanité, ou les bunkers que se construisent les ultra-riches dans les endroits les plus préservés de la planète<sup data-fn="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7" class="fn"><a href="#a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7" id="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7-link">12</a></sup>, ne sont que la partie symbolique d’un ensemble d’orientations politiques et économiques qui méritent cruellement d’être analysées à l’aune du « monde de demain » que préparent nos dirigeant·es… contre nous. Loin de mettre en place des politiques ambitieuses de changement, les politiques néolibérales accélèrent depuis une décennie un accaparement massif et brutal des richesses. Mis bout à bout, l’ensemble des cadeaux aux entreprises représentaient en 2019 (avant le <em>« quoi qu’il en coûte »</em>) 160 milliards d’euros par an, soit le triple d’il y a 20 ans<sup data-fn="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be" class="fn"><a href="#a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be" id="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be-link">13</a></sup>. Plus les 100 milliards d’euros de fraude fiscale selon Solidaires finances publiques, cela équivaut au budget de l’État, qui s’élève cette année à 293 milliards d’euros. 80 milliards d’euros de dividendes ont été distribués en France cette année, et la fortune des milliardaires français a quintuplé en dix ans pour dépasser 400 milliards d’euros. Ajoutons que les politiques monétaires évoquées plus haut ont permis aux 10 % les plus riches de capter la richesse d’une économie réelle en autodigestion, chose que l’inflation qui en découle aujourd’hui continue de faire en alimentant principalement les profits des grandes entreprises<sup data-fn="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929" class="fn"><a href="#8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929" id="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929-link">14</a></sup>. La paupérisation qui en découle, appuyée par des politiques de précarisation volontaire de notre classe comme les réformes des retraites, du travail ou la militarisation de la société, et l’instillation d’un climat fasciste de division, rentrent dans cette stratégie d’affaiblissement de nos capacités à s’organiser et à résister face aux troubles écologiques à venir, comme le montre Houria Bouteldja<sup data-fn="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b" class="fn"><a href="#0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b" id="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b-link">15</a></sup>. Dernier signe que rien ne les fera changer de cap, les déclarations militaristes envisageant un conflit direct au sein de la vieille Europe se multiplient, à l’instar du développement du SNU ou de l’annonce de réarmement de l’Allemagne voulant se<em> « préparer à la guerre et préparer l’armée allemande et la société à cela »</em> selon son ministre de la Défense fin octobre.</p>



<p>Le résultat du cri d’alarme désespéré d’Antonio Guterres a de quoi paraître décevant. En guise de réponse, la COP27 en Égypte s’est faite sponsorisée par Coca-Cola, le plus gros pollueur de plastique au monde, et la COP28 se déroulera cette année à Dubaï, présidé par Sultan Al Jaber, PDG de la Abu Dhabi National Oil Company. Au-delà du mauvais goût, cette dérive des COP est signe de la marginalisation plus large de l’ONU au profit d’un nouvel ordre mondial dérégulé, qui laisse présager le pire dans le traitement des populations impactées par le dérèglement environnemental. Les centaines de millions de personnes amenées à se déplacer du fait des conditions de vie impossibles vont créer des flux migratoires massifs auxquels les États répondent par la répression, qui à cette échelle contient un fort risque génocidaire. Ces exactions ont déjà commencé en Arabie saoudite où les gardes-frontières ont ouvert le feu sur au moins des centaines de migrant·es éthiopien·nes entre 2022 et 2023, ou en Tunisie, partenaire du programme européen Frontex, qui a abandonné au moins 700&nbsp;migrant·es dans le désert à une mort certaine cet été. Les crimes génocidaires perpétrés tant par la Chine sur les Ouïghours et par les alliés occidentaux sur les Palestinien·nes, et la gestion frontalière de toutes les grandes puissances, à commencer par Frontex, annoncent déjà les pires réactions racistes et fascistes au chaos environnemental à venir.</p>



<p>L’impasse de la solution réformiste ravive l’importance du rapport de forces entre les classes, et de notre autonomie collective d’organisation et de résistance. D’autant plus que la crise en question est d’abord la crise du système capitaliste. Si nous nous sentons en danger, les structures de pouvoir le sont tout autant. Il s’agira alors dans la suite de notre série de voir quelles ouvertures stratégiques occasionne le bouleversement environnemental.</p>



<h5 class="wp-block-heading">David Lorant (Rennes)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2">John R. McNeill, <em>The Great Acceleration : An Environmental History of the Anthropocene since 1945</em>, 2014  <a href="#07d01903-a53e-41b4-92f0-27f156f7daa2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa">OCDE 2018, <a href="https://www.oecd.org/environment/waste/highlights-global-material-resources-outlook-to-2060.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Global Material Resources</em>, Outlook to 2060</a>  <a href="#56f30f7c-3ac7-4bba-b67a-b0afe68454fa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1">Voir le travail d’Aurore Stéphant, Guillaume Pitron ou Olivier Vidal sur les impasses de la transition énergétique <a href="#4124ba5c-36d5-47e1-9139-478261f800f1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b">Jean-Marc Jancovici, <em><a href="https://jancovici.com/publications-et-co/articles-de-presse/incomprehension-energetique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Incompréhensions énergétiques</a></em>, sur jancovici.com, septembre 2014  <a href="#15dc4604-0d74-4292-bb0a-0c8801a1671b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68">Matthieu Auzanneau, <em><a href="https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2021/10/12/metaux-critiques-charbon-gaz-petrole-nous-entrons-dans-les-recifs/#more-13013" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Métaux critiques, charbon, gaz, pétrole : nous entrons dans les récifs</a></em>, octobre 2021 et <em><a href="https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2023/01/18/1973-et-2008-premieres-crises-ecologiques-des-limites-a-la-croissance/#more-13237" target="_blank" rel="noreferrer noopener">1973 et 2008, premières crises écologiques des « limites à la croissance » ?</a></em>, janvier 2023, sur son blog sur Le Monde  <a href="#f98386c5-49ec-4442-a0b6-12bc10838c68-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c">En lien avec la notion de baisse tendancielle du taux de profit :<em> <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/1973-le-nouveau-temps-des-crises/">1973, le nouveau temps des crises</a></em>, de Mathieu Pastor sur le site d’A2C, février 2023  <a href="#c0eedfb9-b78a-4802-8835-8b6008650b4c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b">Données Rystad analysées par The Shift Project <a href="#5088c509-c09f-4c06-bc75-7a53e8ce866b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57">Sommet du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, rejoint cet été par l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran. Voir Martine Orange dans Médiapart, <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/291023/les-ventes-massives-de-bons-du-tresor-americain-ebranlent-le-systeme-financier-international" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les ventes massives de bons du Trésor américain ébranlent le système financier international</a></em>, 29 octobre 2023, et <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/international/250823/les-brics-s-attaquent-la-dictature-du-dollar" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les Brics s’attaquent à la dictature du dollar</a></em>, 25 août 2023  <a href="#e7e0922f-17e6-4d9d-ba1b-708f293fed57-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14">Mediapart, 5 novembre 2023, <em><a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/051123/le-dereglement-climatique-met-au-defi-le-monde-de-l-assurance" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le dérèglement climatique met au défi le monde de l’assurance</a></em>, Martine Orange <a href="#26ba82aa-3b9c-41ec-9d26-e6da2a76fe14-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6">Nations Unies Maroc, <a href="https://morocco.un.org/fr/176856-le-secrétaire-général-antonio-guterres-au-lancement-du-rapport-giec-nous-approchons-à-toute" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Secrétaire général Antonio Guterres au lancement du Rapport GIEC : « <em>Nous approchons à toute allure de la catastrophe climatique</em></a> » <a href="#49523192-6893-42d2-8564-c06aa90013f6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8"><em>La science asservie</em> d’Annie Thébaud-Mony, 2014 ; France 24, <em><a href="https://www.france24.com/fr/planète/20211020-climat-total-était-conscient-dès-1971-des-conséquences-néfastes-de-ses-activités" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Total, champion de la stratégie du doute selon une étude</a></em>, 20 octobre 2021  <a href="#76567d08-25d0-4208-854b-2cf6413194e8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7">The Guardian, <em><a href="https://www.theguardian.com/news/2022/sep/04/super-rich-prepper-bunkers-apocalypse-survival-richest-rushkoff" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The super-rich ‘preppers’ planning to save themselves from the apocalypse</a></em>, 4 septembre 2022 <a href="#a8228e9a-3427-48bb-bd9c-c89b0cbf05b7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be">IRES et CGT, <em><a href="https://ires.fr/publications/cgt/un-capitalisme-sous-perfusion-mesure-theories-et-effets-macroeconomiques-des-aides-publiques-aux-entreprises-francaises/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Un capitalisme sous perfusion : Mesure, théories et effets macroéconomiques des aides publiques aux entreprises françaises</a></em>, octobre 2022  <a href="#a7b48579-58bb-4289-8585-2deb943048be-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929">Anouk Brunet et Paul Vadori, <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a></em>,  sur le site d’A2C, septembre 2022  <a href="#8516f2e8-dc99-4913-89db-a488e7370929-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b"><em>Beaufs et barbares : le pari du nous</em>, d’Houria Bouteldja, 2023, Introduction <a href="#0fc5aff6-6fd9-42c3-b766-66f9b8129b8b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/ils-iront-jusquau-bout-la-trajectoire-energetique-du-capital-2-3/">Ils iront jusqu’au bout : la trajectoire énergétique du capital (2/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Oct 2023 17:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Effondrement]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Face à l’urgence climatique, cet article s’inscrit dans une série Pour une écologie matérialiste : les effondrements et la classe afin d’y développer une analyse de la crise environnementale dans laquelle s’embourbe le capitalisme et des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/" title="Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Face à l’urgence climatique, cet article s’inscrit dans une série <strong><em>Pour une écologie matérialiste : les effondrements et la classe</em> </strong>afin d’y développer une analyse de la crise environnementale dans laquelle s’embourbe le capitalisme et des enjeux militants qui en découlent. Ce premier article est un état des lieux de la catastrophe climatique et environnementale à l’aune des recherches scientifiques actuelles sur le sujet.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #09 &#8211; Septembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Dans une perspective stratégique, nos milieux militants ont tout intérêt à intégrer dans leurs réflexions un constat un tant soit peu précis et explicite des catastrophes environnementales à venir. Premier des trois volets de la série d’articles sur l’écologie matérialiste, ou comment s’organiser collectivement et politiquement autour des enjeux environnementaux actuels.</p>



<p>Nous aurons été prévenus. Pour Antonio Guterres, « l’ère de l’ébullition mondiale est arrivée ». Depuis sa fonction censément consensuelle, le secrétaire de l’ONU ne sait plus quels mots employer depuis plusieurs années pour le dire : le monde s’orienterait vers un réchauffement d’au moins 3 °C, très loin de la barre des 1,5 °C censée éviter un cataclysme environnemental. En fait, les pires scénarios, vers lesquels nous nous dirigeons, alertent sur notre possible disparition et l’encore plus probable effondrement des structures sociétales actuelles dans les deux décennies à venir. Le déni reste pourtant énorme et touche, au-delà d’élites cyniques, une large partie de la population et des milieux militants. Présente dans la tête de chacun·e, la menace environnementale reste pourtant traitée de manière complètement édulcorée et floue dans le débat public. Disqualifié depuis son utilisation par les collapsologues en 2015, la notion d’effondrement traduit pourtant bien la brutalité concrète des ruptures à venir. Souvent considérée comme dépolitisante, sa mobilisation par le champ scientifique permet de décrire des processus pouvant faire l’objet d’une lecture marxiste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’heure de l’emballement climatique</h2>



<p>Depuis deux ans, les catastrophes et les dysfonctionnements s’enchaînent quotidiennement dans l’actualité. Si d’un coup d’œil les mégafeux et les tempêtes extrêmes nous suggèrent que les choses dérapent, les chiffres le confirment. À seulement +&nbsp;1,26 °C de réchauffement global depuis la période préindustrielle, la moitié de la population fait déjà face à des pénuries d’eau pendant une partie de l’année, et le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence a doublé depuis 2016, passant de 193 à 205&nbsp;millions juste entre 2021 et 2022.</p>



<p>Les nouveaux records se succèdent, comme la sécheresse de 32&nbsp;jours en France cette année (et ce en plein hiver) ou les hautes températures globales de juin 2023 jamais atteintes depuis 10 000&nbsp;ans d’après l’ONU.</p>



<p>Le caractère exponentiel de ces phénomènes (c’est-à-dire le fait que leur vitesse de progression n’est pas linéaire mais se multiplie elle-même régulièrement) alors même que nous sommes encore sous la fameuse barre des 1,5 °C doit nous alerter. Il faut comprendre que si le réchauffement s’arrêtait immédiatement, les dynamiques à l’œuvre perdureraient : les perturbations climatiques comme les chaleurs extrêmes continueraient de déséquilibrer les milieux au-delà de ce qu’ils ne sont déjà. Mais le réchauffement climatique lui-même s’accélère très rapidement : la température a augmenté de 0,9 °C entre 1880 et 2018, soit en 140&nbsp;ans, puis d’un demi-degré supplémentaire au cours des 5&nbsp;dernières années.</p>



<p>D’après le GIEC, si les engagements actuels étaient tenus, le réchauffement s’élèverait à +&nbsp;3,2 °C de moyenne mondiale en 2100, bien au-delà des 1,5 °C visés par les accords de Paris<sup data-fn="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f" class="fn"><a href="#84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f" id="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f-link">1</a></sup>. L’habitabilité de la Terre serait déjà fortement remise en cause, du fait des pénuries d’eau, des atteintes aux rendements agricoles et des événements climatiques extrêmes. Si rien qu’en France nous connaîtrions des étés caniculaires à plus de 50 °C, en fonction des scénarios c’est 50 à 75 % de la population mondiale d’ici la fin du siècle qui serait exposée entre 20 et 365 jours par an à des températures létales, pouvant causer la mort en quelques heures. Certaines régions densément peuplées seront déjà presque inhabitables dans la décennie, dont certaines nations armées nucléairement.</p>



<p>Malheureusement, de l’aveu même du GIEC, certains paramètres restent difficiles à quantifier et ne rentrent pas dans les modélisations de réchauffement, à commencer par les boucles de rétroactions. Ce terme qualifie certaines réactions naturelles au réchauffement climatique, qui viennent elles-mêmes alimenter ce réchauffement, l’autonomisant des émissions de gaz à effet de serre (GES) humaines. Parmi ces boucles on retrouve la fonte du permafrost sibérien et de l’Antarctique, l’acidification des océans ou les mégafeux, pouvant tous relâcher des quantités astronomiques de GES dans l’atmosphère jusqu’à réchauffer la planète de plus de 10&nbsp;degrés. De même, la fonte des glaces en Arctique diminue sa capacité de réfléchissement des rayons solaires, augmentant le réchauffement des océans. Enfin, le rythme d’émissions de CO2 actuel pourrait nous conduire à la fin du siècle à une situation où des nuages, les strato­cumulus, ne pourraient plus se former, amenant à un ­réchauffement de 8 °C à lui-seul.</p>



<p>Pour les scientifiques qui étudient ces boucles de rétroaction, les scénarios progressifs du GIEC sont biaisés car ils ne représentent pas les effets de seuil de ces emballements. Ces points de non-retour pourraient se déclencher entre +&nbsp;1 et 2 °C (d’où l’objectif des +&nbsp;1,5 °C des Accords de Paris) et leurs premiers signes sont déjà à l’œuvre. Schématiquement, on pourrait dire que nous n’avons pas un panel de scénarios possibles compris entre +&nbsp;1 et +&nbsp;6 °C, mais le choix entre un réchauffement de 1 à 2 °C, ou l’emballement incontrôlable du climat.</p>



<p>Ainsi les débats sur l’Anthropocène<sup data-fn="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12" class="fn"><a href="#930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12" id="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12-link">2</a></sup>, ses causes et sa dénomination (Capitalocène…) ne doivent pas invisibiliser ce fait majeur : l’Holocène, cette période géologique de stabilité climatique ayant permis l’apparition des sociétés humaines, prend fin, et ce non pas en plusieurs millions d’années mais en quelques décennies. La vitesse d’émissions de GES est plus rapide que jamais, y compris par rapport à celles ayant provoqué la 3e (et pire) extinction de masse il y a 250&nbsp;millions d’années, quand 95 % des espèces disparurent sous un réchauffement de 34 °C en quelques milliers d’années. D’ici 50&nbsp;ans on estime qu’au moins 3&nbsp;milliards de personnes vivront hors des conditions climatiques qui ont permis à l’humanité de se développer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du climat à l’environnement : dégradations et pénuries</h2>



<p>La situation climatique est donc plus grave que ce que nous indique le GIEC, qui admet à chaque rapport que la réalité est pire que ses projections. Certains événements se produisent 80&nbsp;ans plus tôt que prévu et ce que nous en voyons en 2023 est sans commune mesure avec la situation des prochaines décennies. Mais surtout, l’approche climatique sur laquelle se focalise en grande partie le GIEC ne fait pas état d’autres limites environnementales qui menacent les conditions de vie planétaires, pour certaines à encore plus court terme et qui touchent au délabrement extrême de notre environnement.Depuis 2009, des scientifiques ont mis au point un modèle faisant état de neuf « limites planétaires » à ne pas dépasser pour éviter des « modifications brutales, non-linéaires, potentiellement catastrophiques et difficilement prévisibles de l’environnement ». Son actualisation régulière montre que six de ces limites ont déjà été franchies, à savoir :</p>



<p>&#8211;&nbsp;la concentration atmosphérique de CO2,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la sixième extinction de masse des espèces,</p>



<p>&#8211;&nbsp;l’eutrophisation<sup data-fn="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8" class="fn"><a href="#76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8" id="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8-link">3</a></sup> à l’azote et au phosphore des eaux,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la dégradation des sols et la déforestation,</p>



<p>&#8211;&nbsp;la pollution par des matières synthétiques (­plastique, chimie…),</p>



<p>&#8211;&nbsp;la dégradation des cycles d’eau douce.</p>



<p>Chacune de ses menaces représente un danger en soi pour l’équilibre écologique global. Notamment, les nanoplastiques sont devenus omniprésents dans l’eau, les sols et les organismes, rendant en outre l’eau de pluie impropre à la consommation. La 6e extinction de masse correspond à une disparition des écosystèmes dont nous dépendons, notamment d’un point de vue agricole (pollinisation, fertilisation…). Concernant la déforestation, une étude de 2020 estime qu’au rythme actuel de déboisement de nos fameux « puits de carbone » (d’après Greenpeace, l’Amazonie aura perdu 55 % de sa surface en 2050, pour 17 % aujourd’hui), les forêts ne pourront plus assurer les cycles hydriques qui leurs sont vitaux, ni par conséquent les services écosystémiques qu’elles rendent actuellement, « laissant à l’humanité 10 % de chance de survie d’ici 20 à 40 ans ».</p>



<p>Ces données catastrophiques sont les témoins d’une <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/cest-le-capitalisme-qui-detruit-lenvironnement-detruisons-le-capitalisme/">exploitation extrêmement avancée de la planète par le capitalisme</a>, qui par cannibalisme entretient la destruction des conditions de notre survie. Si nous avons tous·tes relativement en tête que les ressources ne sont pas infinies, l’imminence de certaines pénuries nous apparaît moins clairement.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="e3dfc4" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e3dfc4;" decoding="async" width="644" height="883" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7888 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-jpg.webp 644w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr1-219x300.webp 219w" sizes="(max-width: 644px) 100vw, 644px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Le capitalisme à bout de souffle ?</h2>



<p>C’est pourtant des éléments essentiels au capitalisme qui vont atteindre des points de rupture dans un futur relativement proche. C’est le cas de certains métaux, comme l’argent, l’indium ou le lithium, qui remettent en question la faisabilité de la transition énergétique appelée de leurs vœux par les dirigeant·es progressistes. Cette transition nécessiterait d’extraire en 35&nbsp;ans autant de métaux que depuis l’Antiquité, la rendant inenvisageable. Plus fondamental, le cuivre, indispensable à l’économie mondiale et aux infrastructures les plus basiques (électricité, transports…) risque la pénurie dans la prochaine décennie. De même, la production agricole mondiale pourrait être gravement menacée par un pic de production de phosphate, indispensable à la fabrication d’engrais, à partir de 2050. Plus généralement, les conditions environnementales vont mettre à rude épreuve l’ensemble des infrastructures de production et d’approvisionnement, à l’instar des centrales nucléaires qui pâtiront de la température et du débit des fleuves censés les refroidir.</p>



<p>Dès 1969 le rapport Meadows<sup data-fn="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d" class="fn"><a href="#61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d" id="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d-link">4</a></sup> intitulé « Les limites de la croissance », basé sur le premier modèle statistique à faire interagir des enjeux économiques, environnementaux et démographiques, prévoyait un effondrement de l’économie et de la démographie mondiale de moitié en quelques décennies à partir de 2030 si une bifurcation vers une « économie stabilisée », c’est-à-dire sans croissance significative, ne voyait le jour avant l’an 2000. Les actualisations du modèle confirment ces projections et annoncent que l’effondrement annoncé est déjà en train de s’enclencher, du fait notamment de la baisse du taux de retour énergétique<sup data-fn="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc" class="fn"><a href="#bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc" id="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc-link">5</a></sup>, ou plus vulgairement la rentabilité énergétique de notre société.</p>



<p>La mobilisation du terme d’effondrement renvoie ici à un processus décrit dans le cadre de modèles scientifiques. S’il renvoie à des processus bien particuliers, son utilisation dans la sphère publique s’est chargée d’un très fort aspect émotionnel et politique, allant jusqu’à le galvauder et à plutôt le disqualifier des débats, notamment suite à la publication du livre Comment tout peut s’effondrer de Servigne et Stevens en 2015. Proposant un constat assez rigoureux techniquement, les auteurs en déduisent ensuite des réponses assez dépolitisées, basées sur la croyance en l’entraide, la joie, le deuil et la résilience personnelle et communautaire. Autant de valeurs importantes, mais ici décontextualisée du système d’exploitation capitaliste et colonial, dans la droite ligne du livre Effondrement de Jared Diamond (2005) expliquant la chute de la civilisation Rapa Nui sur l’île de Pâques par une mauvaise gestion des ressources environnementales, quand celle-ci a en fait été anéantie par une expédition coloniale en 1862. L’effondrement chez les collapsologues apparaît totale et essentialisée, comme une catastrophe sur laquelle nous n’avons aucune prise, amenant à une « naturalisation » du capitalisme et de ses conséquences au sens de Marx comme le souligne<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie/"> l’article de 2020 de Timothée Haug sur le site d’A2C</a>.</p>



<p>Malheureusement, cet article traduit bien la tendance qu’ont eu certains milieux militants à jeter le bébé avec l’eau du bain. Sous prétexte de désaccord politique, l’ambition de poser un constat précis sur la situation environnementale a été mise de côté, empêchant d’intégrer à nos réflexions stratégiques des changements sociétaux majeurs auxquels nous ne nous préparons pas du tout. D’autant plus que les méthodologies scientifiques dites systémiques qui décrivent les processus d’effondrement, sont basées sur l’interdisciplinarité et s’appuient de plus en plus sur les sciences sociales, amenant une description critique des structures sociétales actuelles<sup data-fn="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2" class="fn"><a href="#4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2" id="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2-link">6</a></sup>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f0edec" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f0edec;" decoding="async" width="1024" height="670" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7889 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-jpg.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-300x196.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Ecologie_Illustr2-768x503.webp 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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<h2 class="wp-block-heading">L’écologie matérialiste : les liens entre systémique et marxisme</h2>



<p>Pour résoudre les problèmes qui se posent à elle, une société peut adopter des techniques rendant son fonctionnement plus complexe, renforçant à la fois sa dépendance à une certaine stabilité environnementale, et sa stratification sociale, à fort potentiel inégalitaire. Cette complexification des processus diminue la rentabilité des systèmes, obligeant ces sociétés à se complexifier davantage à travers de nouvelles techniques d’exploitation de la force de travail et des ressources naturelles. On retrouvera ici le concept du taux de retour énergétique, qui lui-même est analogue à la baisse tendancielle du taux de profit théorisée par Marx&nbsp;10<sup data-fn="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc" class="fn"><a href="#02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc" id="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc-link">7</a></sup>.</p>



<p>En 2014, le modèle HANDY montre ainsi que l’augmentation des inégalités et de l’exploitation de la nature sont deux facteurs qui amènent inévitablement à l’effondrement d’une société. Pour dépasser ses contradictions, un système complexe peut élargir son champ d’exploitation, à travers des phénomènes de colonisation, ce qui retardera son effondrement mais augmentera son ampleur. En l’occurrence, comme nous le détaillerons dans notre prochain article, le capitalisme est rentré dans une crise profonde du fait d’un manque de nouvelles ressources à exploiter sur Terre, cherchant dès lors son salut illusoire dans l’espace, une exploitation humaine croissante, et des guerres d’accès aux ressources<sup data-fn="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817" class="fn"><a href="#d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817" id="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817-link">8</a></sup>.</p>



<p>Ces modèles insistent cependant sur la possibilité pour les systèmes de suivre une autre voix, celle du respect des « capacités » des milieux naturels, basé sur une moindre exploitation et une meilleure régulation des systèmes de domination au sein des sociétés, ce que traduit la pluralité des scénarios proposés par les travaux de modélisation, laissant une large place aux possibles changements sociétaux et donc aux rapports de forces. Et quand bien-même nous avons vu qu’il est certainement trop tard pour ne pas atteindre certains effets de seuils, des travaux récents ont insisté sur le caractère non-total des effondrements. Concernant les sociétés, ces derniers caractérisent la chute brutale d’une structure politique, économique, sociale et technique, à laquelle survit une partie plus ou moins grande des populations, qui se retrouve à s’organiser dans des contextes de pouvoir plus distendus et plus locaux<sup data-fn="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38" class="fn"><a href="#ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38" id="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38-link">9</a></sup>.</p>



<p>Il s’agira alors d’analyser avec discernement l’effondrement des structures dont dépendent nos besoins primaires, et l’effondrement des structures de pouvoir ouvrant des possibilités révolutionnaires ou réactionnaires. D’autant que cette persistance des populations ne se fait pas sans continuités culturelles et sociales, certains auteurs insistant sur l’importance des valeurs et des savoirs à l’œuvre dans les sociétés pour déterminer la manière dont elles s’organisent après une crise si profonde. C’est ce que nous verrons dans notre deuxième volet. À l’opposé d’un fatalisme dépolitisant, la construction du rapport de forces reste donc primordiale pour en finir dès maintenant avec le capitalisme destructeur, et instiller la nécessité d’une solidarité de classe permettant dans un contexte de catastrophe généralisée d’opposer à la guerre civile et à l’asservissement une autonomie organisée autour de nouveaux savoirs et de manières de vivre et de lutter sur nos territoires. Cela déterminera nos réflexions du troisième volet sur les éléments de politisation à mettre en avant dans nos luttes actuelles.</p>



<h5 class="wp-block-heading">David Lorant, Rennes</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f">Issus de la COP21 de 2015. <a href="#84eb0276-7b99-4cae-a4c1-4de9ff772c4f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12">Terme désignant la nouvelle période géologique dans laquelle nous entrons, caractérisée par l’impact majeur des activités humaines sur la géologie, le climat et les écosystèmes planétaires. <a href="#930bda6e-5671-4bf8-9983-309b6850fb12-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8">Saturation d’un milieu en nutriments amenant un développement excessif d’organismes pouvant conduire à son asphyxie. <a href="#76151145-7508-4c38-b78a-15d197f447b8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d">Rapport commandé à des scientifiques du MIT par le Club de Rome, un think-tank émanant à l’époque de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), organisation internationale visant à « soutenir une croissance économique durable » pour ses pays membres. <a href="#61678658-f4f8-497c-be3d-ce07adce184d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc">Le Taux de Retour Énergétique (TRE) désigne l’énergie nécessaire pour produire une nouvelle quantité d’énergie. Plus l’énergie est difficile d’accès, plus son TRE est bas. <a href="#bc21511e-5126-426c-affa-5d43b97028bc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2">Cette science des systèmes est une approche de synthèse quantitative (statistique, économique, écologique) et qualitative (socio-histoire, anthropologie) qui modélise l’évolution de systèmes complexes comme un écosystème ou une société. <a href="#4bafbe80-2751-42c3-bb96-d13be75caaa2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc">Sur l’actualité de la baisse tendancielle du taux de profit aujourd’hui, voir les articles « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a> » et « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/leconomie-politique-dune-longue-depression/">L’économie politique d’une longue dépression</a> »  <a href="#02295db6-8675-4ee1-9fcf-7d39f7574cbc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817">À l’instar déjà du pétrole, de l’eau ou de l’uranium par exemple. <a href="#d8fe5384-6488-4a98-b2cf-9a05f005e817-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38">Voir à ce sujet le brillant ouvrage <em>Against the grain (Homo domesticus)</em> de l’anthropologue anarchiste James C. Scott. <a href="#ba2d66e6-7ca4-48b4-8f62-d0be685aef38-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/pour-une-ecologie-materialiste-les-effondrements-et-la-classe-1-3/">Atteindre nos limites écosystémiques (1/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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