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Nul n'est censé ignorer… les élections ?

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Télévision, radio, internet, presse , café d’en bas, dîner entre amis, bavardage entre voisins, trajets en train, chez le coiffeur, dans la queue chez le boulanger ou dans la salle d’attente du médecin, on entend plus parler QUE de ça : les présidentielles ! Plus que J-x, J-y, J-z… jours ! On dirait qu’une météorite va s’abattre sur la France.
Il faut dire que cette fois nous sommes assez gâtés, du suspense, il y a !   Sera, sera pas mis en examen ? Mais oui ! Ira, ira pas quand même ? Mais si ! S’alliera, s’alliera pas ? Mais non ! Marchera, marchera pas ? On ne sait pas ! Se soumettra, se soumettra pas ? Pas sûr ! Aura, aura pas ses signatures ? Mais oui !
Et pendant ce temps là … un jeune homme est violé par un policier à Aulnay sous bois (on ne compte plus les victimes des violences policières, œil perdu si ce n’est la vie elle-même ) et les manifestants qui réclament justice à Bobigny, gazés, nassés, frappés en même temps que le gouvernement inscrit la présomption de légitime défense pour les policiers dans la loi. Et aussi la justice qui rejette le pourvoi déposé par la famille d’Ali Ziri, soldant par un échec définitif la longue bataille pour son droit de la famille du chibani tué dans le fourgon de police le 9 juin 2009 lors de son arrestation.
Et pendant ce temps là…  les résidents des foyers d’immigrés n’en peuvent plus de leurs conditions de vie, des rochers sont placés sous les ponts du métro aérien pour empêcher les réfugiés de s’allonger sur leur carton à l’abri de la pluie, Cédric Hérou, dans la vallée de la Roya est jugé pour délit de solidarité, les frères Traore sont envoyés en prison, serait-ce pour entraver leur détermination à obtenir la vérité sur la mort de leur frère assassiné par la police ?…
Mais pendant ce temps là, alors que le FN n’hésite plus à venir sur les marchés, des collectifs s’organisent pour répliquer.
Mais pendant ce temps là les salariés sans papiers, avec la CGT, occupent le centre administratif du marché de Rungis pour obtenir leur régularisation.
Mais pendant ce temps là des habitants de Calais, bravant le froid des hivers du Nord, vont prendre leur douche sur la place d’Armes pour protester contre Madame la Maire qui, non contente de supprimer les points d’eau,  interdit désormais aux militants de donner à manger aux migrants.
Mais pendant ce temps là des tailleurs de pierre vont sculpter des œuvres polémiques sur les rochers déposés par les autorités pour empêcher les migrants de s’allonger sur le sol.
Mais pendant ce temps là plus de 10 000 personnes défilent dans les rues de Paris et de plusieurs autres villes pour la dignité, contre le racisme et les violences policières.
On pourrait ces temps ci multiplier à l’infini ces exemples de résistance, mais quel message nous envoient ils vraiment ?
Certes François Fillon, candidat à la présidence de la République, a dénoncé, après une manifestation « musclée » à Nantes contre la venue de Marie Le Pen, un « climat de guerre civile » et demandé des mesures pour que « les ennemis de la démocratie cessent de perturber la campagne présidentielle »… On croit rêver… !  Mais est-ce bien de cela dont il s’agit ? Perturber la campagne ???
Ne s’agit-il pas plutôt d’un frémissement grandissant qui laisse entrevoir que la révolte est proche.  La certitude  que les élections sont sans importance s’empare d’un grand nombre de citoyens. Nombreux sont ceux qui savent désormais que rien ne changera quel qu’en soit le résultat et qu’il faudra trouver de nouvelles formes d’organisation pour tenter d’échapper au monde que tous les « grands » candidats nous proposent.
Mais leurs programmes, quel monde  nous proposent-ils ?
Une des réponses, nous l’avons eue lors de la visite d’un Ehpad, visite organisée par François Fillon, soucieux de confronter son projet à des acteurs de terrain, des aides soignantes en l’occurrence.
Nul n’ignore pourtant la crise de l’ hôpital, le manque criant et croissant de personnel et la détresse des soignants qui donnent de leur vie au service des malades au delà même de ce qu’il paraît possible. Or lorsque le personnel de l’hôpital invective le candidat à la présidence au sujet de la pénibilité de son travail et de son épuisement professionnel,  alors qu’il est question d’augmenter le temps travail à 39 heures, la réponse de celui qui entend gouverner la France est inimaginable de mépris, insultante, surréaliste : « ainsi vous voulez que je fasse de la dette supplémentaire ? »  Aucun dialogue, aucune communication, aucune tentative de compréhension n’est possible entre ces deux mondes qui resteront définitivement distincts, aussi étrangers l’un à l’autre que la carpe et le lapin !
Certes François Fillon c’est la droite pure et dure, mais parmi les autres « grands » candidats, c’est à dire ceux susceptibles d’être élus, en est-il un, ou une qui ne se soucie prioritairement de la dette ? En est-il un ou une qui veule sortir du monde capitaliste même s’il se prétend contre le système ? Et comme le dit Cédric Durand dans son article Les remèdes toxiques à la crise financière  : « l’austérité demeure la principale boussole des dirigeants politiques ».
Il affirme cependant, parlant de la plus grande puissance économique du monde, mais dont nous pouvons malheureusement nous inspirer : « Après les années 1930 et les années 1970, la décennie 2010 s’annonce comme une décennie charnière. Il s’agit d’une période de turbulences où les difficultés internes à la dynamique du capitalisme et les contradictions sociales ne peuvent être surmontées qu’au niveau politique, par des changements institutionnels fondamentaux. »
Faudra-t-il donc attendre, pour apaiser la souffrance sociale, la décennie 2020, ou bien se tourner vers un protectionnisme patriotique remettant en cause toutes les volontés humanistes et internationalistes auxquelles nous sommes attachés, qui ne supportent plus les naufrages des migrants en Méditerranée, les morts dans le désert et la construction de grillages et de murs toujours plus hauts ? Faudra-t-il se résoudre à choisir entre la peste et le choléra ?
Pendant ce temps la, il est certain que nous vivons une crise majeure, une certaine décomposition des institutions,  des luttes sociales peu vigoureuses, un danger fasciste réel et qu’il faut se préparer à une lutte politique de grande envergure. Voilà pourquoi lorsque nos casseroles seront trop cabossées à force d’avoir tapé dessus, il faudra bien crier plus fort, tous ensemble, dans la rue, encore plus fort pour que s’écroule ce vieux monde à bout de souffle dont nous ne voulons plus et qui ne nous laisse de choix qu’entre le fascisme et le capitalisme.
MT, 9 avril 2017