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	<title>Théorie Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Théorie Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<item>
		<title>La nature humaine est-elle un frein à l’émancipation ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-nature-humaine-est-elle-un-frein-a-lemancipation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 15:33:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Nature humaine]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Il y a des croyances qui sont devenues comme des lieux communs dans notre société et celles concernant la nature humaine sont particulièrement ancrées. Il est ainsi très <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-nature-humaine-est-elle-un-frein-a-lemancipation/" title="La nature humaine est-elle un frein à l’émancipation ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué nature humaine."></object><a id="wp-block-file--media-0aac555d-c326-4b37-babb-855e4c12f959" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf">nature humaine</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/nature-humaine.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-0aac555d-c326-4b37-babb-855e4c12f959">Télécharger</a></div>



<p>Il y a des croyances qui sont devenues comme des lieux communs dans notre société et celles concernant la nature humaine sont particulièrement ancrées. Il est ainsi très courant d’entendre des observations de comportements d’individus (souvent condamnables ou au minimum désagréables) se conclure par « on peut rien y faire, c’est la nature humaine ! ».&nbsp;</p>



<p>Que ça soit pour qualifier quelque chose d’aussi banal que couper une file d’attente jusqu’à justifier l’existence des guerres, la nature humaine – en tout cas une certaine conception de celle-ci – est régulièrement mobilisée. Alors que les sciences regorgent désormais d’études qui démontrent qu’il n’existe pas de nature humaine qui soit violente, individualiste, sexiste, raciste, avide, la moindre contradiction apportée à la mobilisation d’une telle vision des choses est souvent perçue comme l’équivalent de venir contredire que la terre tourne autour du soleil.</p>



<p><strong>Une conception qui justifie l’ordre établi</strong></p>



<p>Le système capitaliste ne se contente pas d’organiser la production des marchandises y compris les plus essentielles, il doit également produire les conditions qui permettent à la classe qui le dirige de se maintenir au pouvoir. Ainsi, tout un ensemble de structures et d’idéologies qui légitiment l’organisation générale de la société a été développé. La question de la conception de la nature humaine vient occuper un rôle important pour faire apparaître comme naturels certains traits les plus terribles de la société, pour justifier d’un certain ordre établi ou encore de l’impossibilité de le changer.</p>



<p>Un philosophe britannique du 17eme siècle, Thomas Hobbes, a ainsi écrit un livre fondateur d’une telle conception de la nature humaine, Le Léviathan, dans lequel il décrit un état naturel qui serait soumis à la loi du plus fort et affirme que pour empêcher cela il faudrait un État en capacité de contraindre cette nature et d’incarner l’intérêt général. C’est dans ce livre qu’il reprend le fameux « l’homme est un loup pour l’homme ». La conséquence de tout cela ? Il faut des dirigeants pour prendre les grandes décisions dans l’intérêt général, l’agression est présentée comme un héritage génétique indépassable pour excuser la brutalité des rapports sociaux et donc il faut une police pour protéger les humains les uns des autres et les surveiller, il faut également des prisons pour punir et restreindre les accès de violence, etc.</p>



<p>Hobbes n’est qu’un exemple parmi les plus marquants d’une production idéologique qui s’étale sur des siècles. Mais bien que les idées dominantes soient celles de la classe dominante, cela ne signifie pas que ce sont les seules qui existent. Dans son livre Karl Marx, Anthropologist<sup data-fn="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef" class="fn"><a href="#0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef" id="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef-link">1</a></sup>, l’anthropologue anglais Thomas C. Patterson revient longuement sur l’histoire des idées autour de la question de la nature humaine. Il souligne bien que dès les Lumières, des penseurs majeurs comme Rousseau défendaient une conception de la nature humaine déterminée culturellement et historiquement<sup data-fn="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de" class="fn"><a href="#b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de" id="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de-link">2</a></sup> donc très différemment de Hobbes. Plus tard encore, Marx a poussé cette réflexion plus loin en montrant que l’individualisme et le manque de communauté ne sont pas des traits humains éternels, mais des symptômes spécifiques de la société capitaliste alors émergente.</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-50a814f1db3675de7ce56333db8472c5"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-016810e7f421003e8b13aa985417d17a"><em>L&rsquo;individualisme : une caractéristique des sociétés capitalistes</em></p>



<p class="has-black-color has-cyan-bluish-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-f28a3423eeabf1209e2c2bd4fc0a5aaa"><em>« Quand on parle de nature humaine pour justifier qu’on ne peut pas changer le système, on évoque souvent l’individualisme. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, si nos modes de vies sont si individuels, c’est qu’ils ont été façonnés par le capitalisme. Ce mode de production s’est imposé par la violence. Dans les pays européens, l’exemple le plus fort est peut-être celui de la Grande-Bretagne avec les enclosures et clearances, qui, en leur retirant leurs moyens de subsistances voire en les faisant émigrer de force, ont désintégré les communautés paysannes traditionnelles, fondées sur le travail en commun en l’entraide. Ces modes de vies bien moins individualistes qu’aujourd’hui ont été détruits par la violence. »</em></p>
</div></div>



<p><strong>C’est quoi l’espèce humaine ?</strong></p>



<p>Un des enjeux derrière les débats autour de la nature humaine est de savoir ce qui pourrait nous définir en tant qu’espèce. Une des premières questions qui s’est posée de ce point de vue-là c’est celles de nos origines. Le consensus scientifique affirme que l’humanité partage un ancêtre commun avec les grands singes qui est apparu il y a environ 6 à 7 millions d’années en Afrique. Un des débats les plus importants quant à l’origine de notre espèce est de savoir ce qui nous distingue des autres grands primates ou plutôt de ce qui a commencé à nous distinguer. Darwin par exemple a défendu que c’était la taille du cerveau qui avait commencé à nous distinguer dans son ouvrage La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe publié en 1871. Elle aurait permis de développer des facultés intellectuelles qui ont d’abord entraîné la bipédie, la libération des mains et la fabrication d’outils qui ont en retour exercé une pression sélective sur les individus dotés de plus grandes capacités cérébrales. Friedrich Engels, dans son texte de 1876 « La part du travail dans la transition du singe à l’homme », va quant à lui affirmer que nos ancêtres ont d’abord été contraints à se tenir debout, que cela a libéré la main qui est devenue l’organe du travail (fabrication d’outils) et que seulement après une très longue période d’activité manuelle complexe (des millénaires et millénaires) et de vie sociale nécessitant le langage pour assurer un tel niveau de coopération que le cerveau a été stimulé et a commencé à grossir.&nbsp;</p>



<p>Les preuves fossiles découvertes depuis un siècle donnent raison à Engels. Le squelette Toumaï<sup data-fn="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b" class="fn"><a href="#b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b" id="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b-link">3</a></sup> découvert en 2001 au Tchad est daté d’environ 7 millions d’années. C’est l’un des plus vieux ancêtres connus présentant des signes de bipédie et son cerveau est d’environ 350 cm³, soit la taille de celui d’un chimpanzé actuel. C’est aussi le cas de Lucy<sup data-fn="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f" class="fn"><a href="#1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f" id="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f-link">4</a></sup> trouvé dans les années 1970 dont le squelette est daté de 3,2 millions d’années, qui est considérée comme parfaitement bipède et dont le cerveau (environ 400-500 cm³) n’est pas beaucoup plus gros que celui d’un grand singe. Les dernières recherches scientifiques à ce sujet confirment que le volume du cerveau n’a commencé à augmenter de façon spectaculaire qu’avec le genre Homo (environ 2,5 millions d’années), c’est-à-dire des millions d’années après que la bipédie a été acquise et que l’usage d’outils rudimentaires a commencé.</p>



<p><strong>Un être social et solidaire</strong></p>



<p>En confirmant la séquence telle que formulée par Engels, cela pose au cœur de notre évolution la question de la collaboration pour survivre et cela a des conséquences sur ce qu’on appelle la nature humaine. Du premier ancêtre bipède jusqu’à l’apparition d’Homo sapiens il y a environ 200 000 ans, l’interaction entre l’usage d’outils, le travail collectif et le développement cérébral a forgé notre corps. Ce n’est pas la force physique qui a permis à Homo sapiens de se développer, mais sa capacité de communication (langage complexe) et sa flexibilité sociale.</p>



<p>Ces premiers humains ont vécu sous forme de petites bandes de chasseurs-cueilleurs nomades. Des sociétés organisées de la sorte ont continué à exister malgré le développement d’autres systèmes et malgré l’expansion sans limite du système capitaliste.</p>



<p>Dans les années 1930 et 1940, l’anthropologue E.E. Evans-Pritchard va rendre compte de l’étude de la société des Nuer au Soudan du Sud qui organisait la vie de milliers d’individus sans structure de pouvoir centralisé<sup data-fn="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249" class="fn"><a href="#d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249" id="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249-link">5</a></sup>, où chaque individu se considère comme l’égal des autres et où personne ne détient le monopole de la force. L’étude des San en Afrique australe (un ensemble de peuples présents sur ce territoire depuis plus de 40 000 ans) par Richard Lee décrit une société qui a développé des instruments de contrôle social et politique qui visaient à prévenir l’accumulation de pouvoir et de privilèges au lieu de la renforcer et de la protéger et qui a participé à démontrer en quoi l’organisation des sociétés chasseurs-cueilleurs ne reposent pas sur une division genrée du travail, la place de la chasse et la prédominance des hommes. Ou encore l’étude des Iñupiat d’Alaska par Barbara Bodenhorn qui rend compte d’un système de parenté basé sur la réciprocité plutôt que sur les liens du sang et où les enfants peuvent choisir leur famille. Ou enfin des preuves archéologiques, notamment au Pérou (sociétés vers 1000 av. J.-C.), montrent des civilisations hautement organisées avec des systèmes d’irrigation et de grands monuments, mais sans différence de statut marquée parmi ses membres.</p>



<p>Le développement du système capitaliste à l’échelle de la planète s’accompagne évidemment d’une homogénéisation des structures de sociétés, mais comme l’individualisme forcené n’a pas étouffé les élans de solidarité et d’altruisme qui caractérisent notre espèce, il persiste encore des modalités d’organisations sociales qui ne sont pas celles de la famille nucléaire hétéronormée qui ne s’est imposée qu’à la suite d’une crise de la reproduction de la classe ouvrière au 19e siècle. D’ailleurs, la fixité des rôles de genre et du sexe biologique n’est ni une constante dans l’histoire ni entièrement uniformisée aujourd’hui<sup data-fn="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117" class="fn"><a href="#6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117" id="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117-link">6</a></sup>.</p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Quand on change le monde, on se change soi-même.</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>« Il y a autre chose qui est important quand on se met d’accord que la « nature humaine » n’est pas un frein à l’émancipation : les idées changent dans la lutte.&nbsp;</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Les périodes révolutionnaires bouleversent à la fois les idées préconçues des gens mais aussi les relations entre eux. Je me rappelle de périodes de grève reconductible, où les rapports entre collègues, les rapports entre collègues et élèves, le rapport entre le bahut et le quartier : tout change, parce qu’on se met à se préoccuper de tout et à voir les choses d’un point de vue très différent. C’est un moment où on peut se libérer des identités auxquelles nous </em> <em>assigne la société. </em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>C’est ce qu’il se passe lors des bouleversements où des millions de gens se mettent en mouvement, et c’est à mettre en avant, car ça peut être très puissant. »</em></p>



<p><strong>Tout sauf un frein</strong></p>



<p>L’anthropologue Patterson identifie le partage systématique comme point clé de l’évolution humaine et rappelle que pendant la majeure partie de notre histoire, les humains ont vécu dans des sociétés sans différence structurelle entre producteurs et non-producteurs7. L’égalité est en réalité une stratégie de survie et de développement qui a accompagné le développement de notre espèce pendant des dizaines de milliers d’années.</p>



<p>La nature humaine n’est pas un frein à l’émancipation. La grande majorité du temps que notre espèce a vécu, elle l’a passée dans des sociétés égalitaires où l’entraide et la solidarité dominaient pour survivre et vivre. Tout son développement démontre qu’une société où la production et la répartition des moyens de subsistance s’organiseraient “de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins”, où les décisions seraient prises collectivement, une société débarrassée de l’exploitation d’une part de l’humanité par l’autre, débarrassée de la domination d’humains sur d’autres humains serait une société qui permettrait à ce qui est véritablement la nature humaine de pleinement s’exprimer.</p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><strong><em>Entendu lors d’une réunion publique</em></strong></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>D’autres sociétés sont possibles, mais avec de nouveaux défis</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>« On peut s’inspirer des anciennes sociétés sans État, puiser des arguments dans ce genre de recherches anthropologiques. En revanche, des nouvelles questions se posent : comment s’organiser pour sortir des énergies fossiles ? Pour gérer ce qu’on peut appeler des « communs négatifs », et dont on va hériter, comme les déchets nucléaires ? Comment construire une société égalitaire à 8 milliards sur terre ?&nbsp;</em></p>



<p class="has-cyan-bluish-gray-background-color has-background"><em>Alors, on peut tirer des arguments des recherches de David Graeber, Pierre Clastres et autres anthropologues… mais sans décalquer, pour ne pas négliger les nouveaux défis qui se posent à nous. Mais on va y arriver ! »</em></p>



<p><strong>Mathieu Pastor (Paris 20e)</strong></p>



<p>7 &#8211; Thomas C Patterson, Karl Marx, Anthropologist, 2009 &#8211; Pages 104-105-106</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef">Penny McCall Howard, « Sharing history », International Socialism, 2010 <a href="#0f0f9179-9553-42d9-b15c-d483e7f624ef-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de">Thomas C Patterson, Karl Marx, Anthropologist, 2009 &#8211; Pages 24-25-26  <a href="#b06494ee-45c5-48e1-a6e1-6b5243bc13de-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b">Reconstitution du crâne de Toumaï, Hominides https ://www.hominides.com, 2005 <a href="#b55afafa-67df-4f1a-8a0c-52b7aedacd2b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f">Jean-Renaud Boisserie, « Sa découverte a tout changé : ce que Lucy nous cache encore sur l’évolution des premiers humains », www.futura-sciences.com, 2024 <a href="#1d3553af-2dda-49c6-865c-d0abe6aa612f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249"> E. E. Evans-Pritchard, Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d’un peuple nilote, 1940 <a href="#d4ce1bcf-73f0-4d66-a936-e2c4161c3249-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117">Sheila McGregor, « Biology is not our destiny », International Socialism, 2025 <a href="#6edf5021-4a5c-4b6a-86f3-2dff4148f117-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Iran, (anti)impérialisme et révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:01:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/" title="Iran, (anti)impérialisme et révolution">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine malgré les médias ou la répression. Les obstacles tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations.</p>



<p>La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du régime iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.</p>



<p>Le peuple iranien a régulièrement montré sa détermination à remettre en question le régime malgré une répression systématique. Ses luttes apportent énormément d’espoir face à l’approfondissement de la crise du capitalisme et sa manifestation impérialiste. Partir de là est donc très important pour pouvoir discuter des possibilités de faire face à la situation.</p>



<p>Depuis la révolution de 1979 la place que le régime veut donner à l’Iran dans la compétition régionale façonne la société. Des révoltes très fréquentes et très massives éclatent. La dernière en date a été complètement stoppée par les bombardements d’Israël et des États-Unis.</p>



<p><strong>Sous l’emprise de l’impérialisme</strong></p>



<p>Tout au long du XXè siècle l’Iran a été convoité par les grandes puissances pour ses ressources pétrolières et pour sa situation géostratégique au Moyen-Orient.<br>Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées. Il y a aussi des zones avec de fortes concentrations ouvrières, liées à l’économie du pétrole. Une bourgeoisie nationale se développe mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle de firmes anglaises puis US.<br>Dès les années 1970, les salarié&rsquo;es, les ouvrier&rsquo;es représentent à peu près un tiers de la population.<br>Les bazars contrôlent l’essentiel du commerce, de gros et plus encore de détail. Mais se développe également dans les grandes villes une élite iranienne qui arrive à vivre des revenus du pétrole, qui s’occidentalise dans ses modes de vie, en même temps que des bidonvilles énormes se mettent en place autour des grandes villes et notamment de Téhéran.</p>



<p><strong>La révolution par étapes</strong></p>



<p>C’est dans ce contexte qu’émergent de grandes révoltes. Elles produisent des débats dans la gauche iranienne. Ce qui domine sont les théories staliniennes, qui estiment que dans un pays relativement peu développé économiquement il est impossible pour la classe ouvrière de changer la société et de parvenir au socialisme. Il faut préalablement passer par un développement capitaliste de la société, qui ne peut être réalisé qu’en soutenant la bourgeoisie dans ses velléités d’acquérir une indépendance nationale qui permettra de développer économiquement le pays<sup data-fn="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" class="fn"><a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link">1</a></sup>.<br>Cette théorie de la révolution par étapes s’était concrétisée une première fois par le soutien de la gauche au gouvernement de front national dirigé par Mossadegh qui prend le pouvoir en 1952. Mossadegh prend la décision de nationaliser le pétrole iranien. Très rapidement la Grande-Bretagne riposte, soutenue par les Etats-Unis – et organise un coup d’état en août 1953, qui réinstalle le régime autocratique du Shah.<br>Effrayée par le soulèvement populaire créé par la victoire de Mossadegh, la bourgeoisie nationale s’est finalement rangée du côté de l’impérialisme américain et britannique. La répression décapite la gauche. Des mouvements liés aux mosquées et dirigés par le clergé se mettent alors à jouer un rôle central dans la contestation populaire des décennies qui vont suivre.</p>



<p><strong>La révolution de 1979</strong></p>



<p>Des manifestations démarrent en 1977 pour une démocratisation, puis des soulèvements dans les bidonvilles. A la fin de l’année les grèves se développent. En un an se développent des comités de quartier &#8211; les Komitehs &#8211; et des comités d’usines &#8211; les Shoras. Dans de nombreux endroits les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise. Mais la gauche ne pousse pas pour que ces comités se coordonnent et s’organisent en pouvoir alternatif. Elle continue de penser que le pouvoir doit être occupé par la bourgeoisie nationale qui cherche l’indépendance.<br>Par contre, le mouvement des mosquées se développe, avec une personnalité – Khomeini – qui a un réseau très important au niveau national et qui propose une direction politique, celle de prendre le pouvoir. Il a une base relativement importante dans la nouvelle classe moyenne qui s’est construite dans les entreprises.<br>Quand le Shah prend la fuite ce n’est donc pas la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, ni la bourgeoisie qui souhaitait un retour à l’ordre, mais la classe moyenne sous la direction de l’ayatollah Khomeini.</p>



<p><strong>De l’anti-impérialisme des classes moyennes…</strong></p>



<p>Le gouvernement mis en place par Khomeini n’est pas un gouvernement complètement lié à la bourgeoisie. Et il va mettre en place des mesures radicalement différentes de ce qui a existé jusqu’alors. En nationalisant toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux auparavant, il réintègre dans la sphère publique des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures sont apparues comme anticapitalistes. En France, Sartre, Foucault, Simone de Beauvoir célèbrent Khomeini comme un militant anti impérialiste. Les théories sur « l’islam révolutionnaire » fleurissent, de même que les tentatives de synthétiser islam et marxisme.<br>Pour stabiliser son pouvoir et assurer sa base sociale, Khomeini va alterner des attaques sur sa gauche et sur sa droite. Il va s’allier avec la bourgeoisie nationale pour détruire les Komiteh et les Shoras. Puis, en novembre 1979, il organise l’occupation de l’ambassade des États-Unis durant plusieurs mois, contre l’avis de la bourgeoisie iranienne. Cet acte est resté dans l’histoire comme un défi à l’impérialisme.</p>



<p><strong>… à la crise du capitalisme d’État</strong></p>



<p>Pour stabiliser un système au point de départ instable, Khomeini va s’appuyer sur deux choix politiques.<br>Il développe progressivement, via les nationalisations et grâce aux revenus pétroliers une forme de capitalisme d’État. Il crée ainsi une énorme bureaucratie qui sera la base sociale du régime.<br>Et il va utiliser la guerre et le nationalisme pour délégitimer et détruire physiquement toute opposition comme complice de l’impérialisme. Il va ainsi grandement bénéficier de la guerre meurtrière avec l’Irak à partir de 1980. Surtout quand l’Irak obtiendra le soutien US.<br>Comme les autres capitalismes d’État (des pays de l’est à l’Egypte) le régime islamique rentre en crise à la fin des années 1980 du fait de la de crise économique au niveau international. C’est aussi la fin de la guerre avec l’Irak et la mort de Khomeini.<br>Les rivalités éclatent alors au sein de la classe dirigeante iranienne entre la bureaucratie d’État qui veut prolonger son régime sous couvert d’anti-impérialisme et une partie de la bourgeoisie plutôt tournée vers la mondialisation qui veut faire des compromis avec les puissances impérialistes et tente d’emporter l’adhésion de la population par des promesses de réformes démocratiques.<br>Ces deux factions vont s’affronter régulièrement depuis lors. Quand des soulèvements populaires ont lieu, cela rouvre les rivalités.<br>Chaque fois que la frange libérale arrive au pouvoir et qu’elle essaye de négocier avec l’impérialisme son intégration au marché mondial, la frange conservatrice utilise son discours anti-impérialiste pour renforcer sa légitimité.<br>C’est le cas avec Khatami qui collabore avec les USA dans l’invasion de l’Afghanistan. C’est la cas avec Rohani en 2013 qui parvient à un accord sur le nucléaire avec les USA en 2015.</p>



<p><strong>Impérialisme régional</strong></p>



<p>Cette situation fait que le débat sur la nature anti-impérialiste du régime continue encore à l’heure actuelle. L’Iran se présente comme le chef de file de « l’axe de la résistance » contre le sionisme et l’impérialisme occidental. Il a apporté son soutien au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, aux Forces de mobilisation populaire en Irak et à d’autres groupes de moindre envergure.<br>Cela découle de l’émergence de l’Iran en tant que puissance régionale, en lice pour la domination de la région. L’Axe s’inscrivait dans la stratégie iranienne « d’anneau d’étranglement » contre Israël, qui consistait à soutenir ses alliés sans s’exposer à un affrontement ouvert.<br>Pour pouvoir se maintenir, l’Iran s’est inséré dans un système international capitaliste. Il a donc dû accepter les lois de la compétition et de l’accumulation et y trouver sa place.</p>



<p>Le déclin des USA et leur difficulté à maintenir leur hégémonie dans la région après l’invasion de l’Irak en 2003 ont conduit d’autres grandes puissances à investir cette zone, notamment la Russie et la Chine. L’Iran a noué des alliances avec ces autres puissances. La Chine achète 90% du pétrole iranien et est devenue le premier partenaire commercial de l’Iran. Lors de la révolution en Syrie en 2015 l’Iran a fait le choix de soutenir le régime de Bachar al-Assad aux côtés des forces russes.<br>Quand Israël décide d’aller bombarder l’Iran, c’est clairement avec l’idée de déstabiliser ce qui apparaît comme une puissance concurrente à l’échelle régionale. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la région. Cela a été le cas en 1967 quand Israël a attaqué l’Égypte et la Syrie. Cela a été le cas en 1980 lorsqu’Israël envahit le Liban.</p>



<p><strong>Une seule solution, l’anti-impérialisme de notre classe</strong></p>



<p>En Iran, en 2021 une grève de salariés du pétrole a eu un impact très fort, symboliquement – du fait de son rôle moteur dans la révolution de 1979 – et politiquement &#8211; les revenus du pétrole permettent à l’État iranien de fonctionner. De 10 à 15 000 salariés du pétrole ont fait grève. Ils ont produit une plateforme dans laquelle ils disaient clairement qu’ils refusaient toute intervention étrangère qui se présenterait en soi-disant soutien à leur lutte, et qu’ils souhaitaient apporter leur solidarité internationale avec les luttes de libération de la Palestine, du Yémen et du Liban2<sup data-fn="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" class="fn"><a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link">2</a></sup>. Cela s’était déjà produit en 1979, où la révolution en Iran s’était combinée à des révoltes en Égypte.<br>Le meilleur soutien qu’on puisse apporter, c’est donc de reprendre le fil des analyses en termes de développement inégal et combiné, et donner de la force aux théories internationalistes qui considèrent que la seule solution face à l’impérialisme et aux régimes réactionnaires, c’est la lutte des peuples eux-mêmes pour leur émancipation.</p>



<p><strong>Vanina Giudicelli (Paris 20)</strong></p>



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<p><strong>Quand les lignes rouges deviennent chauvines</strong><br><br>À de nombreuses reprises, la présence de cortèges avec des drapeaux iraniens ont fait polémique dans les manifestations en France.<br>Exclure ces cortèges accusés d’être en soutien du pouvoir iranien serait un acte politique de solidarité avec un peuple qui subit la répression sanglante du régime. Cette position, au cœur d’une puissance impérialiste, nous oblige donc à rappeler que :<br>&#8211; Le premier acte politique en solidarité avec le peuple qui se soulève régulièrement en Iran contre le régime devrait être de lutter pour faire arrêter les bombes qui tuent ce peuple et l’empêchent de lutter contre le régime.<br>&#8211; La base d’un mouvement antiguerre ne peut être de tirer un trait d’égalité entre impérialisme et pays agressé (comme le font des textes syndicaux qui parlent de « belligérants »). La responsabilité historique de l’impérialisme dans les catastrophes internationales sont sans commune mesure avec celles des pays dominés par l’impérialisme. L’impérialisme a façonné l’histoire de l’Iran depuis plus d’un siècle. Les bombardements ont mis un coup d’arrêt aux luttes du peuple iranien pour sa liberté. Aucun peuple ne se libère sous les bombes. Les catastrophes des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, le génocide en Palestine, etc. devraient pourtant servir de leçon.<br>&#8211; Nous n’attendons pas d’une manifestation que tous les cortèges soient en accord sur toutes les questions, mais se retrouvent dans ce qui devrait constituer les bases d’un mouvement antiguerre : l’arrêt de l’agression impérialiste et sioniste en Iran. Nous devrions alors aussi exclure de nos manifestations les organisations françaises qui ont soutenu des interventions impérialistes, se réfèrent au droit international, sont dans des internationales avec des partis qui constituent des dictatures, ou reconnaissent l’entité sioniste. Ne pas le faire revient à adopter une position chauvine puisque cela revient de fait à considérer ces positions comme moins problématiques.<br>&#8211; Un réel combat internationaliste devrait plutôt chercher à promouvoir les idées et les actes qui considèrent l’ennemi principal dans notre propre pays comme condition de l’émancipation générale. Notre responsabilité est donc de construire un mouvement de masse qui cherche à briser l’impérialisme français et occidental.</p>



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<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f"> Les débats qui ont dominé la gauche iranienne ne sont pas limités à ce pays. La révolution russe qui avait eu lieu au début du 20e siècle concernait un pays dont les caractéristiques économiques étaient relativement similaires. Trotsky analyse la situation économique de façon opposée à celle que les staliniens vont adopter plus tard. Pour un exposé de sa théorie, on pourra lire par exemple l’article de Cédric Piktoroff, <a href="https://quefaire.lautre.net/Jusqu-au-bout">« Jusqu’au bout ! La théorie de la révolution permanente »</a>  <a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3">Peyman Jafari est un chercheur iranien spécialiste des mouvements en Iran. De nombreux articles sont disponibles, dont certains traduits en français. <a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/">Iran, (anti)impérialisme et révolution</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’auto-organisation suffit-elle pour faire la révolution ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/lauto-organisation-suffit-elle-pour-faire-la-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathilde]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 10:18:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil ouvrier]]></category>
		<category><![CDATA[conseillisme]]></category>
		<category><![CDATA[mouvement]]></category>
		<category><![CDATA[organisation]]></category>
		<category><![CDATA[spontanéisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026 En 2019 au Chili, la hausse du ticket de métro déclenche “spontanément” une explosion sociale. Grèves et émeutes testent leur puissance face à l’État. Ce rapport de force <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/lauto-organisation-suffit-elle-pour-faire-la-revolution/" title="L’auto-organisation suffit-elle pour faire la révolution ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><em>En 2019 au Chili, la hausse du ticket de métro déclenche “spontanément” une explosion sociale. Grèves et émeutes testent leur puissance face à l’État. Ce rapport de force gagné par la rue débouche sur l’accord ouvrant vers un processus de constituante. Pourtant en 2022, les deux projets de constitutions sont rejetés par référendum et le reflux du mouvement aboutit à l’élection du nostalgique de Pinochet, José Antonio Kast, à la présidence de la république à l’automne 2025.&nbsp;</em></p>



<p>Ce que nous voyons ici est clair : si un mouvement ne gagne pas une direction, une direction gagne le mouvement, en l’occurrence, une direction réformiste, institutionnelle et qui aboutit à au retour du camp réactionnaire au pouvoir. C’est de cette tension entre mouvement et direction dont on va discuter dans cet article.&nbsp;</p>



<p><strong>Deux impasses : substitutisme et spontanéisme</strong></p>



<p>Il y a donc une dialectique entre deux pôles : le mouvement de masse auto-organisé et la direction stratégique d’une organisation. On a donc, d’une part, l’auto-organisation « spontanée » de masse, qui va se traduire par les assemblées générales, les conseils ouvriers et d’autres cadres spontanés. D’autre part, on a la nécessité d’une direction stratégique capable de pérenniser cette puissance politique, c’est à dire l’organisation révolutionnaire ou le parti.</p>



<p>De ces deux pôles naissent deux impasses possibles. La première c’est le substitutisme : quand l’organisation révolutionnaire ou le parti prétendent remplacer la classe et le mouvement. La seconde impasse c’est le spontanéisme : le fétichisme de la forme spontanée de l’organisation au détriment de son contenu politique. On ne peut dépasser la tension entre les deux pôles en prenant parti soit pour l’un, soit pour l’autre. On veut défendre ici qu’on doit à la fois investir les cadres spontanés et en même temps assumer d’avoir une organisation où élaborer des boussoles politiques et des analyses mais aussi trancher des débats.</p>



<p>Derrière cela, il y a une question très concrète. Comment on intervient dans ces cadres spontanés qui fonctionnent comme des outils qui rassemblent notre classe et qui contestent profondément et par en bas le pouvoir ? L’enjeu n’est pas de trancher entre mouvement ou organisation mais de se demander comment on se prépare collectivement à intervenir quand il y a des mouvements qui surgissent et comment on oriente ces cadres spontanés en des organes capables de décider, d’exécuter et de contrôler par en bas sans fétichiser la forme ni la laisser aux directions adverses.</p>



<p><strong>Conseil ouvrier, conseillisme, spontanéisme ?</strong></p>



<p>Les conseils ouvriers sont des formes d’organisation qui surgissent des nécessités matérielles de la lutte des classes. Ce sont des structures qui émergent pour répondre à des besoins concrets, organiser la grève, assurer l’autodéfense face à la répression et gérer la production et la redistribution quand l’État vacille. Ces conseils ouvriers sont déjà une forme de délégation : l’ensemble des grévistes va se rassembler et déléguer du pouvoir à des représentant·es qui vont se coordonner dans un conseil. Les conseils ouvriers et plus généralement les cadres spontanés du mouvement doivent être considérés comme des champs de bataille. Dans ces cadres, des idées et des positionnements politiques circulent et il faut batailler pour pouvoir y faire adopter ses propositions. Les conseils ouvriers rassemblent notre classe telle qu’elle est, non telle qu’on voudrait qu’elle soit. Un conseil va donc regrouper des révolutionnaires, des réformistes, des conservateurs radicalisés par la crise et parfois même des éléments réactionnaires. Le conseil reflète l’état de conscience de classe à un instant donné, dans toute son hétérogénéité et avec toutes ses contradictions, ses avancées, ses reculs. Les conseils sont des formes organisationnelles : leur orientation politique dépend avant tout du contenu politique qui y devient hégémonique. L’intérêt politique du conseil n’est pas dans la forme qu’il a en soi, mais bien dans ce qui y est porté en termes de mots d’ordre et d’actions et cela est le résultat d’une bataille politique menée dedans. La forme conseil est donc nécessaire mais elle ne garantit en rien l’aboutissement du processus révolutionnaire.</p>



<p>Le conseillisme apparaît en Allemagne et aux Pays-Bas après l’échec de la révolution allemande entre 1918 et 1923. La révolution débute en 1918 par des mutineries dans la marine allemande et se propage très rapidement. Les ouvriers, les soldats, les marins et même des paysans&nbsp; vont se constituer en conseils qui rassemblent l’entièreté de la classe. Les conseils, à ce moment-là, ce ne sont pas des assemblées générales, ce sont des comités composés de délégués issus de différentes assemblées, de casernes, d’usines, etc. Ils vont faire craindre au pouvoir bourgeois et aristocratique une révolution socialiste. Cependant, à ce moment-là, les conseils sont dominés par des délégués du SPD, donc le parti social-démocrate réformiste, et des syndicats réformistes. Cela produit une direction où les conseils vont accepter la paix avec la bourgeoisie et des élections dans une république bourgeoise. C’est une expérience amère pour une fraction conséquente du mouvement révolutionnaire : le mouvement peut être capturé, retourné et le pouvoir rendu à la bourgeoisie.&nbsp;</p>



<p>Le courant conseilliste va naître de la critique de la politique réformiste des conseils. Cette critique repose sur deux postulats : l’auto-émancipation de la classe, la classe ouvrière ne peut être libérée que par elle-même, et l’auto-organisation absolue de la classe, les conseillistes se méfient radicalement des partis et surtout des partis de masse. Selon eux, le parti tend à habituer les membres de notre classe à être discipliné.es par lui et à lui déléguer le pouvoir : cela fait que même quand les conseils existent, ils sont dominés par des militant·es et des délégué&rsquo;es syndicaux&rsquo;les et non par la base ouvrière en lutte.</p>



<p>Une situation relativement similaire a lieu dans l’Italie des années 70 avec l’émergence de l’Autonomie. Face au frein d’un Parti communiste italien définitivement réformiste et incapable de renverser la table, en miroir se développe la volonté de ne plus dépendre d’une organisation révolutionnaire et de ne compter que sur l’auto-organisation spontanée. L’Autonomie va donc affirmer que la clé de la révolution ce n’est pas une direction proposée par un parti mais c’est l’auto-activité de notre classe. Cette approche est spontanéiste car elle va juger qu’un parti va nous éloigner d’une solution par en bas, qui elle apparaîtrait d’elle-même dans la lutte.</p>



<p><strong>La nécessité de l’organisation pour clarifier la direction</strong></p>



<p>Il y a une contradiction inhérente au marxisme et que Marx avait déjà repérée : d’une part l’émancipation des travailleur&rsquo;ses est l’œuvre des travailleur&rsquo;ses elles et eux-mêmes, d’autre part les idées dominantes dans la classe sont les idées de la classe dominante. C’est à ce stade qu’intervient la nécessité de l’organisation révolutionnaire. Elle permet de trancher les débats internes à notre classe et au mouvement et de s’extraire de l’idéologie bourgeoise dominante. Penser que l’organisation ou le parti révolutionnaire sont destinés à trahir le mouvement est une impasse car cela conduit à refuser de débattre des directions proposées par les révolutionnaires. On doit bien absolument critiquer la vision du socialisme par en haut, du substitutisme : l’idée qui veut que ce soit le parti qui fasse la révolution et non la classe dans son ensemble ; mais on ne peut pas refuser la possibilité que des partis révolutionnaires fassent des propositions de direction au mouvement. Sinon, c’est une direction intrinsèquement forgée par l’idéologie dominante qui va prendre le dessus dans les cadres d’auto-organisation. Le refus de l’organisation amène souvent à fétichiser la forme spontanée du mouvement et ainsi poser l’assemblée générale et le conseil comme sa forme la plus pure. Mais ce n’est pas en refusant l’organisation que les directions détachées du mouvement disparaissent. S’il n’y a pas de batailles pour la direction, la seule direction sera celle de l’idéologie dominante : on assiste alors au retour du réformisme, voire pire. Ça ne veut pas dire qu’un mouvement spontané n’a aucune potentialité révolutionnaire dans les formes d’organisation qu’il propose, mais que le mouvement ne se suffit pas à lui-même et que pour qu’il atteigne son véritable potentiel, les organisations révolutionnaires doivent pouvoir y proposer des stratégies.</p>



<p><strong>Les boussoles :&nbsp;</strong></p>



<p><strong>ce que donne l’organisation au mouvement</strong></p>



<p>L’organisation donne à ses membres des boussoles, ce ne sont pas des recettes toutes prêtes ou des analyses qui seraient systématiquement valides mais plutôt des clés qui permettent de se poser la question : comment intervenir dans le mouvement pour lui proposer une direction ? La forme spontanée du mouvement permet de rassembler notre classe ; ce qui est décisif pour nous en tant que révolutionnaires c’est d’y intervenir et d’y tester et défendre nos boussoles.</p>



<p>Une première condition à cela doit être de faire en sorte que les assemblées générales soient les assemblées de notre classe. Mais affirmer que tout le pouvoir doit revenir aux AG peut être trompeur à certains égards. Déjà c’est un mot d’ordre qui doit être choisi dans des moments où la situation politique le permet, c’est à dire quand dans le mouvement il y a un effort de masse d’auto-organisation. Mais surtout, selon une mauvaise lecture aujourd’hui, ce mot d’ordre signifierait qu’il n’y a pas d’espace de coordination à plus grande échelle qui nécessite obligatoirement des formes de délégations. À l’origine, ce mot d’ordre veut dire que les AG de travailleur&rsquo;ses délèguent des représentant&rsquo;es à des conseils plus vastes mais que le pouvoir doit rester à la base : le pouvoir est certes délégué mais les représentant&rsquo;es sont révocables et doivent rendre des comptes à n’importe quel moment devant l’AG.</p>



<p>En 2023, à Marseille, il y a eu une AG Interpro qui a réuni des centaines de personnes. Elle a réuni sur le fait d’être d’appartenir à la même classe et elle a permis de coordonner des grévistes, de coordonner des actions, des mobilisations et même des ravitaillements. C’est très bien mais c’est pas suffisant : il faut que l’assemblée ou le conseil réunissent la classe mais il faudrait aussi qu’ils la réunissent sur la base du lieu de travail car, de fait, en se réunissant sur cette base, en reprenant le contrôle de la production, on conteste le pouvoir bourgeois là où il se fonde. En luttant depuis la production, on conteste l’organisation par la bourgeoisie de la vie économique et sociale au sens le plus large. Évidemment, des assemblées de ce genre n’existent pas toujours, mais ce qu’on doit surtout en retenir c’est qu’il faut revendiquer que nos espaces d’auto-organisation soient explicitement des espaces d’organisation de notre classe. Pour cela, il faut déjà défendre la centralité de la classe dans l’analyse et convaincre qu’on a toustes intérêt à renverser l’ordre politique et économique de la bourgeoisie.</p>



<p>Un second élément essentiel à avoir en tête est qu’on ne doit pas être timides quant à notre intervention dans les cadres d’auto-organisation du mouvement. Si on n’intervient pas aujourd’hui, on ne sera pas prêt·e à intervenir dans des moments de tempête révolutionnaire. Et c’est dès aujourd’hui qu’on doit être prêt·e à donner des caps à suivre au mouvement. La coordination des assemblées est essentielle, car c’est en elle que se trouve l’embryon de l’État ouvrier capable de bâtir une société débarrassée du capitalisme. Mais aussi il ne faut pas négliger la subordination des conseils de représentant·es aux assemblées de toute la classe.&nbsp;</p>



<p>Les assemblées doivent naître des rapports de force autour de la lutte des classes, mais si on veut transformer ces rapports de force en victoires révolutionnaires, il faut y proposer une direction de manière coordonnée. Et la première victoire à y remporter est la non-délégation du pouvoir de l’assemblée à une autorité extérieure qui n’en émanerait pas.</p>



<p>Tout cela pose la nécessité d’une organisation préexistante au mouvement et à ses assemblées, une organisation révolutionnaire qui doit être en capacité de proposer à la classe d’assumer ses affaires et ses luttes par elle-même. Il ne s’agit pas de propagande individuelle par des militant·es qui se ramèneraient dans une assemblée pour réciter ce qu’on leur a demandé de réciter mais d’une intervention des révolutionnaires pour construire les cadres du mouvement. Mais pour savoir que construire comme cadres et savoir quoi y défendre, il est nécessaire d’avoir des débats au préalable, d’avoir construit ses arguments pour ensuite les tester dans le mouvement, les affûter ou parfois les abandonner. L’organisation révolutionnaire n’est pas le préalable à l’existence du mouvement mais elle est nécessaire pour que la direction qu’il prenne puisse aboutir à toutes ses potentialités révolutionnaires.</p>



<p>Léon (Marseille)</p>
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		<item>
		<title>Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 14:16:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Qu’on le veuille ou non, les prochaines élections municipales vont être un terrain de combat. Mais comment intervenir en terrain piégé&#160;? La classe des travailleurs et travailleuses, la classe ouvrière, regroupe en France plusieurs dizaines <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/" title="Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Qu’on le veuille ou non, les prochaines élections municipales vont être un terrain de combat. Mais comment intervenir en terrain piégé&nbsp;?</p>
</blockquote>



<p>La classe des travailleurs et travailleuses, la classe ouvrière, regroupe en France plusieurs dizaines de millions de salarié·es, de retraité·es et de jeunes plus ou moins scolarisé·es.</p>



<p>Pour nous, elle est potentiellement et collectivement, l’agent de la révolution. </p>



<p>Pourtant, seule une fraction très minoritaire est révolutionnaire. Une fraction bien plus importante est réactionnaire. Plusieurs millions votent même désormais pour le Rassemblement National.</p>



<p>Quant à l’énorme majorité, elle se situe entre ces deux pôles. Lors du dernier mouvement sur les retraites, près de 9 membres de notre classe sur 10 soutenaient le mouvement&nbsp;: 30 millions ? Plus ou moins passivement, ils et elles ont, en très grande majorité, suivi la stratégie réformiste de l’Intersyndicale. Pas celle du soulèvement général, de la grève et des occupations. Celle de la délégation et de la pression sur le vote des parlementaires.</p>



<p>Plus de dix millions votent régulièrement pour «&nbsp;la gauche&nbsp;». Une vingtaine de millions ne votent pas. Mais pas par conviction révolutionnaire. Parce qu’ils et elles n’en ont pas le droit ou par défiance envers les partis existants.&nbsp;</p>



<p>Voilà la réalité : même si elle ne vote pas l’énorme majorité de notre classe considère que, s’il est possible, le changement ne peut s’obtenir que par l’intermédiaire de bon·nes dirigeant·es et au travers des institutions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Capitalisme et consentement</h2>



<p>Tout système de domination ne peut fonctionner qu’au travers un mélange de contrainte (force) et de consentement (légitimation de la domination).</p>



<p>Prenons l’exemple du féodalisme. Dans l’Europe médiévale le paysan pouvait travailler une partie de son temps sur sa terre et une autre sur celle du seigneur. Ou il pouvait ne travailler que sur sa terre mais devait fournir une partie de sa production au seigneur. L’exploitation était évidente. Le seigneur pouvait exploiter le paysan parce qu’il était à la fois le dirigeant politique et économique. L’exploitation reposait ouvertement sur l’usage de la force.</p>



<p>Le capitalisme est le premier système où la domination s’impose principalement par le consentement des exploité·es <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10792_8('footnote_plugin_reference_10792_8_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10792_8('footnote_plugin_reference_10792_8_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10792_8_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10792_8_1" class="footnote_tooltip">Ce qui ne signifie pas l’absence d’utilisation de la force. D’autant plus quand le système entre en crise, ce qui est le cas actuellement.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10792_8_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10792_8_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Cela s’explique par le fait que l’exploitation y est masquée. Le rapport entre patrons et travailleur·euses apparaît comme un rapport contractuel employeur/employé·es où le salaire serait la rétribution du travail fourni et le profit la rétribution du capital.</p>



<p>Sous la forme du salaire payé par le capitaliste, la force de travail apparaît même comme une fraction du capital, celle que Marx appelle «&nbsp;capital variable&nbsp;».</p>



<p>C’est la puissance économique des capitalistes (la propriété des moyens de production nécessaires à toute production) qui assure que les travailleurs·euses leur vendent chaque jour « volontairement » leur force de travail pour assurer leur subsistance et celle de leur famille.</p>



<p>La politique, la gestion de la société, apparaît comme un terrain séparé de l’économie où ouvrier·es et capitalistes font face à l’État et aux institutions en tant que citoyen·nes égaux en droit. La démocratie bourgeoise, forme de domination de classe, apparaît comme « la démocratie » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10792_8('footnote_plugin_reference_10792_8_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10792_8('footnote_plugin_reference_10792_8_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10792_8_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10792_8_2" class="footnote_tooltip">Comme lors de l’expérience du Front Populaire en 1936, une partie de la gauche utilise la défense de la « démocratie » pour justifier son alliance avec des fractions de la bourgeoisie (des macronistes). Alors que ce qu’il y a à défendre ce sont les éléments de démocratie de classe qui ont été arrachés au sein de la démocratie bourgeoise.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10792_8_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10792_8_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Consentement et élections</h2>



<p>Le consentement a donc une base réelle dans ces formes mystifiées que prend le capitalisme : politique comme domaine indépendant de l’économie, contractualisation du rapport d’exploitation, mise en concurrence des travailleur·euses sur le marché de l’emploi, naturalisation du mode de production capitaliste, etc.</p>



<p>Il n’en reste pas moins que, même masqués, les ressorts réels du capitalisme sont l’exploitation et la dynamique de l’accumulation du Capital. Avec leurs conséquences, luttes de classes et crises du Capital.</p>



<p>Cette «&nbsp;double-nature&nbsp;» du capitalisme est à la base du réformisme comme «&nbsp;relai des idées dominantes au sein de la classe ouvrière&nbsp;».</p>



<p>Le réformisme repose sur l’idée qu’il existera toujours des patrons et des travailleur·euses, qu’il faut un État, neutre et détenteur du monopole de la violence, pour empêcher le désordre, que la majorité n’a ni les capacités, ni les moyens de gérer la société etc.</p>



<p>Mais en tant que conscience particulière des travailleur·euses, le réformisme doit aussi refléter leur position propre, la nécessité de limiter l’appétit du Capital et les inégalités, l’aspiration à une plus juste rétribution des richesses etc.</p>



<p>Le domaine des élections est donc celui où s’exprime de la manière la plus évidente ce que le révolutionnaire italien Antonio Gramsci appelait la «&nbsp;conscience contradictoire&nbsp;». Elles sont un moyen et une expression du consentement.</p>



<p>Un moyen parce qu’elles donnent une forme, là encore réelle – celle du vote &#8211;&nbsp; à l’égalité formelle entre citoyen.nes et à la politique comme domaine séparé de l’économie. Elles légitiment, par leur résultat, le fonctionnement du système comme produit des choix collectifs.</p>



<p>Une expression parce qu’elles cristallisent – au travers des programmes réformistes &#8211; l’espoir dans une société plus égalitaire mais aussi le sentiment d’impuissance qui fait que cet espoir est délégué à des «&nbsp;dirigeants&nbsp;».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Lutter avec et contre le réformisme</h2>



<p>Le réformisme n’est donc pas une simple manipulation des consciences. Il ne peut être combattu uniquement dans le domaine des idées.</p>



<p>La lutte contre le réformisme peut et doit donc favoriser les expériences de la classe ouvrière qui mettent en défaut l’idéologie dominante, les généraliser, leur donner un sens.&nbsp;</p>



<p>Car la classe ouvrière n’est pas seulement une composante du capital. Elle en est aussi l’antagoniste.</p>



<p>Le salaire n’est pas la rétribution de tout le travail effectué par les travailleur·euses. Et le profit n’est pas la rétribution des moyens de production fournis pas le capitaliste.</p>



<p>Le salaire est la valeur de ce qui est nécessaire au travailleur pour produire et reproduire sa force de travail. Une partie sa journée de travail suffit à produire cette valeur. Le reste de sa journée de travail est accaparé par le capitaliste comme profit.</p>



<p>La concurrence entre capitalistes les oblige à augmenter toujours la part de leurs profits en baissant par tous les moyens la part qui va aux salaires : en intensifiant le travail ou en le rendant plus productif. C’est ce qui crée l’antagonisme permanent et irréductible entre travailleur·euses et capitalistes. Cet antagonisme n’est pas un rapport entre individus, c’est un rapport social entre classes, collectif et qui provoque des conflits.</p>



<p>La lutte de classe qu’il génère est politique. Car le mode de production et de reproduction des biens et des services est la base de tout le fonctionnement social. Parce que la production est sociale et collective, c’est en tant que producteurs (et non en tant que salarié.es) que les travailleur·euses peuvent transformer la société et bouleverser l’ensemble des rapports sociaux. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Pas les élections&#8230; et pourtant les élections</h2>



<p>On comprend donc à quel point le terrain sur lequel peut être combattu efficacement le capitalisme est logiquement étranger aux élections. Puisque les élections sont justement la forme et l’expression du consentement ouvrier à ce système.</p>



<p>Cela explique aussi comment les luttes, sociales et politiques, sont le terrain propice.&nbsp;</p>



<p>Sauf que&#8230; si le réformisme est dominant au sein de notre classe, alors les élections sont un moment de politisation majeur où sont discutés et jugés les programmes, les revendications, les analyses, les arguments des forces qui se présentent.</p>



<p>La question n’est donc pas d’éviter les élections mais de déterminer comment y intervenir.</p>



<p>Si le terrain électoral laisse, par nature, les membres de notre classe dans la position qui fabrique leur consentement, on doit déduire que ce n’est pas en présentant des candidat·es qui se différencient seulement par la radicalité de leur programme qu’on peut intervenir.</p>



<p>Comme nous ne sommes pas neutres, nous ne pouvons mettre dans le même sac celles et ceux qui expriment – dans leur vote &#8211; leurs intérêts de classe et celles et ceux qui défendent la collaboration de classe, l’égalité des droits ou la discrimination, etc. Nous n’avons jamais vu de manifestations de joie de notre classe, dans nos quartiers, dans nos lieux de travail, suite à la victoire des candidat·es de la droite ou des racistes. La progression des fascistes ne se traduit pas par des manifestations d’enthousiasme mais par des ratonnades.</p>



<p>L’expérience concrète de l’impasse du réformisme, aussi douloureuse soit-elle, est une expérience nécessaire. A condition qu’une alternative existe.</p>



<p>Application aux municipales</p>



<ol class="wp-block-list">
<li><strong>Stopper les fascistes</strong></li>
</ol>



<p>Dans leur phase actuelle la construction d’une base active et d’une milieu mobilisable, les élections municipales sont déterminantes pour le Rassemblement National. Les fascistes vont faire campagne. Cela doit susciter et permettre de construire dans nos villes et nos quartiers des fronts unitaires de lutte antifasciste.</p>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li><strong>Organiser les luttes à l&rsquo;échelle locale</strong></li>
</ol>



<p>La campagne des municipales doit être l’occasion de construire, renforcer, élargir, les organisations de lutte.</p>



<p>La lutte de classe n’est indifférente à aucune question concrète. Mais elle refuse de réduire ces questions à des problèmes techniques ou de personnel politique.</p>



<p>La situation des hôpitaux, les jeunes à la rue, les violences policières, la situation des sans-papiers, le délabrement du système de santé ou de l’éducation, la défense des mosquées&nbsp;: chacune de ces questions sont du domaine de la lutte de classe. Les élections municipales sont l’occasion de renforcer nos organisations dans les quartiers, à l’hôpital, dans les écoles, etc..</p>



<ol start="3" class="wp-block-list">
<li><strong>Voter pour la FI</strong></li>
</ol>



<p>La priorité des révolutionnaires ne devrait certainement pas être de présenter leurs propres candidat·es pour deux raisons.</p>



<p>Ces candidatures sont des candidatures «&nbsp;de témoignage&nbsp;». Au mieux, leur seul argument est d’en faire des tribunes de propagande pour les idées révolutionnaires.</p>



<p>C’est sous-estimer grandement la nécessité et les possibilités de construire des organisations locales de lutte (lieux de travail et quartiers) en y impliquant par ailleurs tous ceux et celles qui votent pour des candidat·es « de gauche » ou s’abstiennent. C’est là que doivent aller toutes nos ressources.</p>



<p>C’est aussi – au mieux – s’abstenir dans un débat stratégique au sein de la gauche qui renforce la campagne des classes dirigeantes contre la France Insoumise.</p>



<p>La politique d’une partie de la gauche – politique et syndicale &#8211; défend actuellement la politique du <em>moins pire</em> pour éviter une alliance entre la droite et le Rassemblement National. </p>



<p>La politique de la France Insoumise, aussi réformiste soit-elle, défend l’idée qu’il faut polariser la politique actuelle contre les capitalistes, contre le racisme, en solidarité avec la Palestine, etc.</p>



<ol start="4" class="wp-block-list">
<li><strong>Construire l’alternative</strong></li>
</ol>



<p>Le réformisme encourage la passivité par délégation. L’impasse et les trahisons du réformisme, en cas de victoire, ne feront que provoquer encore plus de passivité par démoralisation.</p>



<p>Sauf si l’expérience de l’impasse s’articule avec l’existence – concrète et visible &#8211; d’autres possibilités, d’une autre direction à prendre. L’une de ces possibilités est l’existence de formes d’auto-organisations. Hors de cela, le reste est mot creux et dénonciations stériles.</p>



<p>Mais il faut aussi qu’existe une autre direction, politique, globale, à prendre. Aussi bien en termes d’analyse du système que de stratégie&nbsp;: une organisation révolutionnaire.</p>



<p>Denis Godard (Paris 20)</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10792_8();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10792_8();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10792_8">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10792_8" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10792_8_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10792_8('footnote_plugin_tooltip_10792_8_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ce qui ne signifie pas l’absence d’utilisation de la force. D’autant plus quand le système entre en crise, ce qui est le cas actuellement.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10792_8_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10792_8('footnote_plugin_tooltip_10792_8_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme lors de l’expérience du Front Populaire en 1936, une partie de la gauche utilise la défense de la « démocratie » pour justifier son alliance avec des fractions de la bourgeoisie (des macronistes). Alors que ce qu’il y a à défendre ce sont les éléments de démocratie de classe qui ont été arrachés au sein de la démocratie bourgeoise.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10792_8() { jQuery('#footnote_references_container_10792_8').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10792_8').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10792_8() { jQuery('#footnote_references_container_10792_8').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10792_8').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10792_8() { if (jQuery('#footnote_references_container_10792_8').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10792_8(); } else { footnote_collapse_reference_container_10792_8(); } } function footnote_moveToReference_10792_8(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10792_8(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10792_8(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10792_8(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/">Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière Égyptienne</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-sionisme-la-palestine-et-la-classe-ouvriere-egyptienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 20:34:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Colonisation]]></category>
		<category><![CDATA[egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[intifada]]></category>
		<category><![CDATA[Israel]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[printemps arabe]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous avons porté une lecture attentive aux déclarations faites par Georges Ibrahim Abdallah dès son arrivée au Liban, libéré après 41 années de détention dans les prisons françaises. Ce militant communiste y identifie la centralité <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-sionisme-la-palestine-et-la-classe-ouvriere-egyptienne/" title="Le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière Égyptienne">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Nous avons porté une lecture attentive aux déclarations faites par Georges Ibrahim Abdallah dès son arrivée au Liban, libéré après 41 années de détention dans les prisons françaises. Ce militant communiste y identifie la centralité de la population égyptienne pour mettre fin au génocide en Palestine en raison de la proximité géographique de l’Égypte et de Gaza, mais pas seulement. La construction historique de la classe ouvrière égyptienne, son rapport à l’État égyptien et à l’impérialisme occidental, ont amené différent·es militant·es à en venir à des conclusions similaires.</em></p>



<p><br><strong>L’unité illusoire des Palestinien·nes et des Israélien·nes</strong><br>C’est le cas d’Ygael Gluckstein (plus tard connu sous le nom de Tony Cliff), un Juif palestinien et militant marxiste né en 1917. Il développe dans <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">son autobiographie</a> une analyse à partir de son expérience concrète du développement du projet sioniste : l’incapacité de la Palestine à se libérer seule et par elle-même. Sa libération exige la construction d’un mouvement mondial de solidarité, dont l&rsquo;Égypte constitue un point central.<br>Son contexte familial illustre à quel point le sionisme, à son origine, ne trouve résonance que chez la bourgeoisie d’Europe de l’Est au début du 20e siècle.<br><em>« Je suis né dans une famille de la moyenne bourgeoisie juive palestinienne. Mes parents, oncles et tantes étaient des sionistes convaincu·es. Mon père et ma mère ont quitté la Pologne russe pour la Palestine en 1902 ; un de mes oncles y était arrivé dès 1888. Mon père était un grand entrepreneur qui a construit des tronçons du chemin de fer du Hedjaz. Son associé était Chaim Weitzman, le premier président d&rsquo;Israël. Des amis de ma famille comptaient parmi les sionistes les plus influents. »</em><br>Ygael Gluckstein rompt avec le sionisme de façon progressive, et ce dès l’enfance en raison de l’exclusion des enfants arabes de son école. À l’adolescence, il en vient même à changer d’identité :<br><em>« [Mon] prénom était inspiré d&rsquo;un héros sioniste, un personnage à la John Wayne, qui avait assassiné plusieurs Arabes. À l&rsquo;âge de 13 ans, j&rsquo;ai changé mon prénom d&rsquo;Ygael en Ygal. »</em><br>Plus loin, Ygal décrit la division entre le prolétariat palestinien arabe et les colons juifs. Son analyse est à la base de celle que Vanina Giudicelli développe dans l’article « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne a intérêt à l’apartheid</a> ».<br>Selon lui, l’unité entre ces 2 classes est rendue impossible en raison d’une particularité que prend le sionisme dès l’implantation d’un foyer national juif : le développement d’une colonie de peuplement.<br><em>« Les sionistes qui ont émigré en Palestine à la fin du 19e siècle souhaitaient que toute la population soit juive. En Afrique du Sud, en revanche, les Blancs étaient les capitalistes et leurs courtisans, tandis que les Noirs formaient la classe ouvrière. En Palestine, où le niveau de vie des Arabes était très bas comparé à celui des Européens, et où le chômage, ouvert et caché, était très répandu, l&rsquo;exclusion des Arabes s&rsquo;est faite en leur fermant l&rsquo;accès au marché du travail juif. »</em><br>À la naissance d’Ygal, environ 95 % de la population était arabe, et iels restèrent largement majoritaires pendant de nombreuses années ; en 1945, les Arabes représentaient 68 % de la population.<br>Rompant donc tour à tour avec le sionisme, puis avec le stalinisme, Ygal fonde une organisation trotskiste palestinienne, et tente d’établir des liens entre ouvrièr·es juif·ves et arabes. Il déplore :<br><em>« Le fait de ne progresser en rien devenait de plus en plus frustrant. Officiellement, nous tenions le discours attendu : les ouvrièr·es arabes devaient combattre le sionisme et l&rsquo;impérialisme et rompre avec les dirigeants arabes réactionnaires ; les ouvrièr·es juif·ves devaient rejoindre les masses arabes dans la lutte. Nous répétions sans cesse le mot “devraient”. »</em><br>Il a donc dû à son tour renoncer à cette unité, en raison des bases matérielles de l’apartheid et de l’occupation israélienne.</p>



<p><br><strong>La classe ouvrière égyptienne ou le fléau de l’impérialisme au Moyen-Orient</strong><br>L’asymétrie des rapports de force entre colons sionistes et populations indigènes palestiniennes l’amène finalement à identifier la classe ouvrière égyptienne comme clé pour battre en brèche la dynamique aboutissant à la création de l’État d’Israël. En 1939, il signe un article « La politique de classe en Palestine » sous le pseudonyme de L. Rock. Dans son autobiographie, il remet ainsi cet article en contexte :<br><em>« La classe ouvrière palestinienne ne représentait qu&rsquo;une infime partie de la classe ouvrière arabe. Elle était minuscule comparée à la classe ouvrière égyptienne. Ainsi, en 1944, le nombre total de salariés palestiniens était estimé à 160 000. À titre de comparaison, le nombre de salariés égyptiens, hors ouvriers agricoles très nombreux, dépassait les 2 millions. Le plus grand effectif de travailleurs palestiniens au sein d&rsquo;une même unité – les chemins de fer – en 1944 était de 4 000. En comparaison, en Égypte, l&rsquo;usine textile de Mekhala el-Kubra employait plus de 30 000 personnes. […] La lutte des classes en Égypte était bien plus avancée que tout ce qui se passait en Palestine. »</em><br>Dès les années 1930-1940, l’impérialisme britannique est secoué par les révoltes de la classe ouvrière égyptienne, qui s’est régulièrement mobilisée contre l’impérialisme et en solidarité avec d’autres peuples opprimés : En 1947, les dockers et les marins égyptiens ont bloqué la circulation des navires néerlandais sur le canal de Suez en solidarité avec la lutte pour l’indépendance du peuple indonésien. A la fin des années 40, elle était organisée dans près de 500 syndicats.</p>



<p><br><strong>L’Égypte des années 50 à la révolution de 2011 : Capitalisme d’état, antagonismes de classes et cause palestinienne</strong><br>Dans les années 1950, les gouvernements indépendants des pays du Sud subissent une forte pression de la part de mouvements de masse réclamant le changement social. Manœuvrant entre les superpuissances rivales, Nasser obtient les financements et l’expertise nécessaires au développement économique tout en renforçant considérablement les institutions de l’État, tant civiles que militaires. Il a restreint les capitaux privés, tout en installant des dignitaires militaires dans des secteurs privés clés. De fait, il a jeté les bases d&rsquo;une coexistence des milieux militaro-bureaucratiques et privés au sein du capitalisme égyptien.<br>Sadate a consolidé cet arrangement, tout en favorisant progressivement les intérêts privés : son infitah, ou « ouverture » au milieu des années 1970 a imposé des politiques néolibérales, et amorcé le retrait de l’État en tant qu’acteur économique.<br>Sous Moubarak, ce projet a progressé jusqu&rsquo;à ce que, dans les années 1990, le secteur public hérité de Nasser soit vendu à des capitaux privés égyptiens et, surtout, à des investisseurs de la région du Golfe. Les réformes sociales et agraires de l&rsquo;ère Nasser ont été abrogées, les subventions sur les produits alimentaires de base et le carburant réduites ou supprimées. Le coût pour la population égyptienne a été immense, le chômage, l&rsquo;insécurité, la perte des terres pour les paysans et l&rsquo;appauvrissement ayant finalement alimenté le soulèvement de 2011. L’élite des officiers n’a pas été marginalisée lors de ce processus mais bien enrichie. En 2011, les forces armées détenaient des actifs dans un vaste éventail d&rsquo;entreprises, de la construction aux transports en passant par l&rsquo;industrie manufacturière. Dans un tel contexte, l’antagonisme entre patrons et salarié·es s’est bien souvent exprimé par des formes de luttes ouvrières alliant revendications économiques et politiques.<br>Depuis les années 70 s’est aussi engagé un processus de normalisation des relations égyptiennes avec l’entité sioniste. Par le traité de paix israélo-égyptien de 1979, l&rsquo;Égypte devient le premier régime arabe à reconnaître Israël. Depuis, la complicité entre ces 2 pays a accéléré la crise révolutionnaire en raison de la solidarité historique de la classe ouvrière égyptienne avec la cause palestinienne. Pour les Socialistes Révolutionnaires égyptiens (SR), <em>« Chaque cycle de lutte palestinienne dégage l’horizon de la lutte des classes dans le monde arabe, comme a pu le faire l’Intifada de 2000 qui a ouvert le cycle de luttes en Égypte qui a culminé dans la révolution de 2011 ».</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="5b5555" data-has-transparency="true" style="--dominant-color: #5b5555;" fetchpriority="high" decoding="async" width="1100" height="743" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-1100x743.webp" alt="" class="wp-image-10958 has-transparency" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-1100x743.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-300x203.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2-768x518.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/egypte-2.webp 1197w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">Manifestation devant le parlement égyptien (Le Caire) en réaction à l’offensive d’Israel sur Gaza, 28 décembre 2008.</figcaption></figure>



<p><br><strong>La contre-révolution, la Palestine et la re-Révolution !</strong><br>Après la révolution de 2011, les Frères Musulmans (FM) et leur chef Morsi sont élus. Mais leurs politiques opportunistes et leurs tentatives de réprimer la révolution leur aliénèrent rapidement des millions de personnes.<br>En 2013, Morsi est destitué par un coup d’Etat mené par l’armée et le général Al-Sissi. La première cible de cette offensive contre-révolutionnaire fut les FM. Morsi fut enlevé et emprisonné. Dès le mois suivant, quelque 2 000 de ses partisans furent massacrés lors de manifestations ; des centaines condamnés à mort et des dizaines de milliers emprisonnés. La plupart des partis et courants politiques ayant bénéficié des libertés instaurées par la révolution soutinrent cette offensive. Organisés au sein du Front de salut national (FSN), des partisans de Moubarak, de nouveaux partis libéraux capitalistes et des organisations de gauche se mobilisèrent en soutien à Al-Sissi et son régime militaire.<br>L’Égypte traverse à présent une crise économique sans précédent. La pression sur la population ne cesse de croître. La proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté a doublé ces dix dernières années. Des dizaines de millions de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour. Le chômage a explosé, notamment chez les personnes diplômées de l&rsquo;enseignement supérieur – environ 40 % des diplômé·es ne trouvent pas d&#8217;emploi. La monnaie égyptienne s&rsquo;est effondrée. En 2013, un dollar américain permettait d&rsquo;acheter environ six livres égyptiennes. Aujourd&rsquo;hui, un dollar vaut 50 livres égyptiennes.<br>Parallèlement, la colère gronde autour de la Palestine mais la répression est intense, alimentant une immense frustration chez des millions de personnes.<br>C’est ce que constatent les SR qui précisent :<br><em>« Lorsque l&rsquo;offensive israélienne a débuté sur Gaza, une journée de manifestations a eu lieu et de nombreuses personnes ont été arrêtées. Certaines sont encore emprisonnées et, depuis, toute manifestation publique est réprimée. Les universités, qui pendant des décennies ont été le théâtre de protestations contre les régimes d&rsquo;Anouar Al-Sadate et de Moubarak, sont devenues des cimetières. Nous organisions des manifestations de solidarité devant le Syndicat des journalistes chaque semaine, mais même celles-ci ont été réprimées. Au départ, des avocats de toute l&rsquo;Égypte avaient également organisé des manifestations de solidarité, mais celles-ci ont elles aussi pris fin. »</em><br>L’Égypte d’aujourd’hui, par bien des aspects, regroupe les conditions qui avaient été nécessaires à l’explosion révolutionnaire de 2011. Malgré les immenses difficultés actuelles, la cause palestinienne peut à nouveau accélérer l’irruption révolutionnaire nécessaire à foutre le régime de Sissi en l’air. La classe ouvrière égyptienne, en raison de l’antagonisme avec l’impérialisme britannique puis américain qu’elle partage avec la cause palestinienne, et au vu de sa solidarité internationaliste historique, pourrait, si elle le décidait, entraîner les pays arabes dans un nouveau cycle de révolutions à l’échelle régionale. Seul un tel processus sera à même de démanteler l’État colonial, d’appartheid et génocidaire israélien.</p>



<p><br>Gaël Braibant (Montreuil)</p>



<p><strong>Bibliographie : </strong><br>Vanina Giudicelli (2024), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/pourquoi-la-classe-ouvriere-israelienne-na-pas-interet-a-la-fin-de-lapartheid/">Pourquoi la classe ouvrière israélienne n’a pas intérêt à la fin de l’apartheid</a> », Revue #13.<br>Socialistes révolutionnaires (2024), « <a href="https://isj.org.uk/infuriating-the-masses/">‘‘This infuriates the masses.’’ How palestine and economic chaos fuel rage against Egypt’s dictatorship</a> », International Socialism.<br>Tony Cliff (2000), <a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/2000/wtw/index.htm">A world to win, life of a revolutionary.</a><br>Socialistes révolutionnaires (2014), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/entre-les-lignes-pour-une-position-revolutionnaire-a-legard-du-hamas/">Entre les lignes : Pour une position révolutionnaire à l’égard du Hamas</a> ».<br>Philip Marfleet (2017), « <a href="https://isj.org.uk/neoliberalism-the-state-and-revolution-the-case-of-egypt/">Neoliberalism, the state and revolution : the case of Egypt</a> », International Socialsm n°155<br>Atef Saïd (2009), « <a href="https://lanticapitaliste.org/index.php/actualite/international/la-longue-histoire-du-mouvement-ouvrier-egyptien">La longue histoire du mouvement ouvrier égytpien</a> », L’Anticapitaliste (re-publication).</p>
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		<title>Ukraine. Pas d’union sacrée avec Trump et Macron</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/ukraine-pas-dunion-sacree-avec-trump-et-macron/</link>
		
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		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 20:21:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Imperialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Partant des analyses de Marx et d’autres révolutionnaires, nous pensons que les grandes guerres modernes ne sont pas la faute de dirigeants sanguinaires ou assoiffés de pouvoir mais qu’elles sont inhérentes à la logique même <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/ukraine-pas-dunion-sacree-avec-trump-et-macron/" title="Ukraine. Pas d’union sacrée avec Trump et Macron">[...]</a></div>
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<p><em>Partant des analyses de Marx et d’autres révolutionnaires, nous pensons que les grandes guerres modernes ne sont pas la faute de dirigeants sanguinaires ou assoiffés de pouvoir mais qu’elles sont inhérentes à la logique même du capitalisme. À plusieurs reprises dans les pages de cette revue, nous sommes revenu·es sur les racines impérialistes de la guerre en Ukraine<sup data-fn="441c87db-e4ff-473f-a979-a733a4263fb5" class="fn"><a href="#441c87db-e4ff-473f-a979-a733a4263fb5" id="441c87db-e4ff-473f-a979-a733a4263fb5-link">1</a></sup>. Dans cet article, nous avons choisi de polémiquer avec celleux qui sont en désaccord avec notre analyse.</em></p>



<p>Aujourd’hui, 80 ans après la fin de la dernière guerre mondiale, avec le développement de la crise économique mondiale, nous assistons à une exacerbation de la concurrence capitaliste à tous les niveaux. La lutte pour un nouveau partage du monde s’accroît et une nouvelle guerre mondiale nous menace. Après la disparition de l’URSS, la Russie s’est trouvée très affaiblie par la perte des pays de l’Europe de l’Est au profit du bloc de l’Union Européenne sous le parapluie d’un OTAN conquérant étendu jusqu’aux frontières de la Russie. C’est dans cette situation explosive que la Russie de Poutine cherche à se repositionner en envahissant l’Ukraine (entre autres opérations). Et les États-Unis, tout comme la Chine et l’Europe, raisonnent et agissent de la même manière.<br>Avant la Première Guerre mondiale, que tout le monde voyait venir, tous les grands partis de gauche avaient juré qu’ils n’iraient pas faire la guerre pour les capitalistes et tuer leurs frères de classe. Quand la guerre a éclaté, presque tous ont trahi leur parole et le monde a plongé dans l’horreur. Aujourd’hui nous devons renouer avec cette tradition internationaliste mais cette fois-ci en s’assurant que les paroles deviennent des actes.</p>



<p><br><strong>La guerre en Ukraine ne serait pas la même chose que la Première Guerre mondiale ?</strong><br>Contrairement à 1914-18, nous dit-on, nous n’assistons pas à une guerre inter-impérialiste entre deux puissances ou deux blocs impérialistes car il n’y aurait pas d’affrontement direct entre les armées de la Russie et de l’OTAN. La guerre ne serait donc qu’une simple guerre de défense ou de libération nationale, comparable à celle du Vietnam où les Vietnamien·nes avaient reçu l’aide des États soviétiques et chinois. Mais c’est ne pas voir que le soutien financier et militaire absolument colossal des puissances occidentales groupées autour de l’OTAN en fait néanmoins une guerre inter-impérialiste, non pas directe mais par procuration – une guerre par procuration entre le bloc de l’OTAN et la Russie avec malheureusement la population de l’Ukraine comme chair à canon. Cela ne signifie pas que dans ce conflit il n&rsquo;existe aucun élément de lutte de libération nationale mais que, pris dans son contexte global, cet élément est marginal par rapport à la caractéristique dominante de la guerre qui est surtout une guerre entre l’impérialisme russe et les puissances impérialistes occidentales.<br>Ce n’est d’ailleurs pas la première fois dans l’histoire que ce type de situation se présente. En 1914, l’héritier du trône de l’Empire austro-hongrois fut assassiné à Sarajevo en Serbie. L’Empire austro-hongrois a immédiatement envahi la Serbie. La Russie est intervenue pour soutenir son alliée la Serbie et l’Europe s’est embrasée. Pris isolément on pourrait parler d’une guerre de défense nationale par les Serbes mais cet élément était totalement noyé dans une guerre inter-impérialiste qui n’attendait qu’à éclater. Les révolutionnaires de l’époque caractérisaient la situation de 1% de lutte de libération nationale serbe et 99% de guerre impérialiste. C’est d’ailleurs tout à l’honneur du Parti socialiste serbe d’être resté fidèle aux résolutions de tous les grands partis de gauche de l’époque qui affirmaient que la guerre qui venait ne serait pas la leur. Le Parti socialiste serbe a voté contre les crédits de guerre. L’immense majorité des autres partis de gauche ont voté pour et ont envoyé des millions de travailleur·euses à leur mort. La guerre en Ukraine est certainement moins de 99% impérialiste mais c’est toujours ce qui la caractérise en premier lieu.<br>Dans ce contexte, Zelensky et son gouvernement ont choisi d’être complètement dépendants des États-Unis et de l’Europe et n’ont, contrairement aux Vietnamien·nes, aucune autonomie réelle en ce qui concerne le contrôle du déroulement de la guerre, ni des conditions de son arrêt, ni de sa poursuite. Par ailleurs, une des raisons pour lesquelles les révolutionnaires ont toujours soutenu les luttes de libération nationale est que leur victoire permet d’affaiblir l’impérialisme à l’étranger comme au cœur du pays.<br>L’immense mouvement de contestation aux États-Unis contre la guerre du Vietnam et la défaite de l’impérialisme américain ont fait que le « syndrome du Vietnam » a empêché toute intervention militaire états-unienne de grande ampleur pendant une décennie. Du mouvement des femmes aux Black Panthers en passant par le mouvement des droits civiques, toute une génération d’États-Unien·nes a été transformée. En France, également, la défaite de l’État français en Algérie a largement contribué à la radicalisation de pans entiers de la jeunesse française dans les années 1960.<br>Aujourd’hui, en Ukraine, une victoire de la première puissance impérialiste mondiale et de ses acolytes européens signifierait un renforcement de toutes les tendances nationalistes et guerrières dans nos pays. Évidemment, la même chose vaut pour l’impérialisme russe et nous souhaitons aussi sa défaite. Mais la question c’est comment et par qui ? Nous y reviendrons.</p>



<p><br><strong>Une guerre pour la démocratie contre le fascisme ?</strong><br>Parmi les forces politiques qui sont pour un renforcement du soutien financier et militaire à Zelensky de la part des États-Unis et de l’Europe il y a des partis de gauche, comme le PS et les Verts mais aussi de la gauche révolutionnaire comme le NPA – l’Anticapitaliste. Un des arguments pour justifier cette position est de dire que le régime de Poutine serait devenu « fasciste ». Nous avons développé ailleurs<sup data-fn="f41e976a-352a-400c-840a-1949e2bcc289" class="fn"><a href="#f41e976a-352a-400c-840a-1949e2bcc289" id="f41e976a-352a-400c-840a-1949e2bcc289-link">2</a></sup> une analyse historique du fascisme et des formes qu’il prend aujourd’hui. Nous n’avons pas l’espace de la reformuler ici. Mais pour nous, s’il est clair que Poutine est un dictateur sanglant à la tête d’un État policier redoutable, ce n’est pourtant pas du fascisme. Il y a des idéologues russes autour de Poutine qui développent des théories fascistes ou proches mais il n’y a pas de parti et de mobilisation de masse fascistes.<br>Afin de justifier le soutien (même critique) au camp de l’OTAN on en arrive non seulement à faire de Poutine le mal absolu mais à embellir, ou du moins, à minimiser la vraie nature des prétendus défenseurs de la démocratie. Comment croire que les pays de cette alliance (et la France en premier lieu) se battent pour la démocratie, la liberté ou la justice ? Que ce soit, par le passé dans les guerres coloniales, au Vietnam ou en Algérie ; ou aujourd’hui, dans leur soutien indéfectible à des régimes dictatoriaux dignes de celui de Poutine comme l’Égypte d’Al-Sissi ou l’Arabie Saoudite de Ben Salmane, leur préoccupation n’est pas la démocratie mais simplement la défense de leurs intérêts économiques. Il est d’ailleurs de plus en plus clair que la crise du système les pousse dans une direction qui suit la même trajectoire que celle de la Russie : le soutien sans limite au régime génocidaire d’Israël et la reprise en main militaire par Trump du Venezuela avec la perspective d’autres aventures militaires à venir nous en donnent un aperçu.<br>Aucune guerre n’est identique à une autre mais celle qui se passe en Ukraine a de fortes ressemblances avec les grandes guerres du passé. En 1914 la gauche française prétendait que c’était une guerre pour la République et la démocratie contre le militarisme impérial du régime prussien, que ce serait une guerre très rapide. Aujourd’hui, comme en 1914, la guerre s’éternise, engloutit des milliards d’euros et aboutit au sacrifice de dizaines de milliers de soldats, parfois pour quelques centaines de mètres de territoire. Côté OTAN, 41 pays donateurs ont fourni 267 milliards d’euros sur trois ans et les budgets militaires explosent de partout. Plus de 300 000 Russes et Ukrainien·nes sont mort·es avec plus d’un million de blessé·es. Devant ce massacre, d’après le journal Libération, 250.000 soldat·es ukrainien·nes ont déserté depuis le début de la guerre dont la moitié sur les sept premiers mois de 2025.</p>



<p><br><strong>Les Ukrainien·nes seraient donc réduit·es à ne rien faire ?</strong><br>Si jamais iels acceptaient l’idée que faire appel à l’OTAN n’a fait qu’empirer les choses et qu’à terme il y aurait le risque d’une escalade vers une guerre nucléaire, alors, devraient-iels tout arrêter et juste subir les bombardements, accepter la mort des soldat·es et des civil·es puis une occupation russe ? Évidemment que non. Car, comme nous disions, même si le caractère dominant de la guerre est celui d’une guerre inter-impérialiste, il existe un réel élément d’oppression nationale, fondée sur une longue histoire de rapports coloniaux avec la Russie. C’est bien la Russie qui a mené une invasion injustifiée et on doit exiger le retrait de ses troupes. Face à cette attaque et à l’occupation de certains territoires, la résistance est légitime. Mais ne serait-il pas possible de s’organiser autrement qu’en se jetant dans les bras de l’OTAN ?<br>De manière paradoxale, l’idée de ce que pourrait être cette alternative est soulevée par Tara Bilous, un représentant d’une organisation de la gauche radicale ukrainienne dans une interview par le NPA<sup data-fn="b2f31ba5-3530-44dd-91c2-5268cd4f044d" class="fn"><a href="#b2f31ba5-3530-44dd-91c2-5268cd4f044d" id="b2f31ba5-3530-44dd-91c2-5268cd4f044d-link">3</a></sup>. Il est d’accord pour rejoindre l’armée de Zelensky mais dit que si jamais Zelensky avait été un fasciste, il aurait fallu une stratégie alternative, celle d’une guerre partisane indépendante. Évidemment Zelensky n’est pas un fasciste mais il est intéressant de voir qu’une autre stratégie est envisageable et que si elle était appliquée cela éviterait que la résistance soit liée à des forces qui la mènent à la catastrophe. C’est d’ailleurs en adoptant cette stratégie qu’elle aurait les meilleures chances de se rapprocher des Russes qui s’opposent à la guerre, à la fois sur le front et à l’arrière, ce qui est absolument crucial si on veut y mettre fin. Montrer qu’on n’est pas des soutiens de l’OTAN offre la meilleure possibilité d’être crédibles lors des appels à la fraternisation et à la fin de la guerre. Malgré les difficultés, des Ukrainien·nes ont réussi par le passé à s’adresser aux soldat·es russes et on peut espérer que cela se reproduira. Enfin, cette perspective internationaliste est aussi au cœur de la stratégie des révolutionnaires au sein des pays du camp de l’OTAN et notamment en France. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="49423e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #49423e;" decoding="async" width="1100" height="707" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/ukraine-2-1100x707.webp" alt="" class="wp-image-10955 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/ukraine-2-1100x707.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/ukraine-2-300x193.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/ukraine-2-768x494.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/ukraine-2-1320x848.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/ukraine-2.webp 1920w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">Manifestation antiguerre à Saint-Pétesbourg (Russie) le 24 février 2002, date de l&rsquo;invasion de l&rsquo;Ukraine par la Russie</figcaption></figure>



<p><br><strong>Nous avons besoin d’un mouvement international contre la guerre</strong><br>Un véritable mouvement de masse contre la guerre en Ukraine et les guerres ailleurs dans le monde, nous donnerait des forces pour chercher à y mettre fin. Nous avons vu avec la Palestine à quel point les immenses manifestations en Angleterre ou en Espagne et surtout la magnifique grève générale en Italie ont pu donner confiance au mouvement. Aujourd’hui, c’est en un clic que les images, comme la tête de mort de la Gen Z, sont relayées à travers la planète, d’un mouvement insurrectionnel à l’autre. Alors, malgré les difficultés, pourquoi pas jusqu’en Russie ? Le soutien à Poutine est loin d’être monolithique. La colère existe, chez les jeunes qui sont envoyé·es au front ou qui cherchent à le fuir, chez les familles, chez les parents qui perdent leurs enfants. Elle s’exprime difficilement pour le moment à cause de la répression mais elle existe et un jour ça pourrait très bien exploser à la face du régime.<br>En France, pour l’instant, le mouvement anti-guerre est faible, malgré le vrai potentiel illustré par le meeting contre la guerre organisé par le POI en octobre dernier<sup data-fn="4b887d3a-fba5-4d63-843a-3f8872a7440e" class="fn"><a href="#4b887d3a-fba5-4d63-843a-3f8872a7440e" id="4b887d3a-fba5-4d63-843a-3f8872a7440e-link">4</a></sup>. Mais après l’invasion du Venezuela, un tel mouvement pourrait décoller. Cela pourrait avoir un vrai impact sur la politique guerrière de Macron et trouver en même temps un écho chez les opposant·es à la guerre en Russie.<br>Plus les classes dominantes de ce monde s’enfoncent dans leur crise, plus elles essaient de nous préparer à la guerre qui vient avec leur propagande raciste et nationaliste et leurs appels à l’union nationale. Aujourd’hui, « la menace d’une invasion russe » est l’argument de choc de Macron pour nous faire accepter les immenses dépenses sur les armes et le budget d’austérité. Il faudra anticiper l’éventualité qu’un futur gouvernement essaie de nous embarquer dans une guerre. Contre la Russie ? Contre la Chine ? Un scénario pas si improbable que cela. Renforçons encore la lutte contre le racisme et le nationalisme et renouons avec la tradition de la solidarité internationale entre les travailleuses et travailleurs du monde entier.</p>



<p><br>Ross Harrold (Paris 20e)</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="441c87db-e4ff-473f-a979-a733a4263fb5">Voir Jad Bouharoun (2022), « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/se-preparer-aux-guerres-qui-reviennent/">Se préparer aux guerres qui reviennent</a> », Revue #04. Voir aussi notre brochure <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-imperialisme-la-trajectoire-du-capital/">Impérialisme : la trajectoire du Capital</a> (2023).  <a href="#441c87db-e4ff-473f-a979-a733a4263fb5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="f41e976a-352a-400c-840a-1949e2bcc289">Voir notre brochure <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-comprendre-le-fascisme-pour-mieux-le-combattre-version-actualisee/">Comprendre le fascisme pour mieux le combattre</a> (réédition 2025). <a href="#f41e976a-352a-400c-840a-1949e2bcc289-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b2f31ba5-3530-44dd-91c2-5268cd4f044d">Tara Bilous (2022), « <a href="https://lanticapitaliste.org/opinions/international/autodetermination-et-guerre-en-ukraine">Autodétermination et guerre en Ukraine</a> », l’Anticapitaliste (republication). <a href="#b2f31ba5-3530-44dd-91c2-5268cd4f044d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="4b887d3a-fba5-4d63-843a-3f8872a7440e">Retour des camarades d’A2C présent·es à ce meeting : « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/contre-leur-marche-a-la-guerre-groupons-nous/">Contre leur marche à la guerre : groupons-nous !</a> », Revue #19. <a href="#4b887d3a-fba5-4d63-843a-3f8872a7440e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/ukraine-pas-dunion-sacree-avec-trump-et-macron/">Ukraine. Pas d’union sacrée avec Trump et Macron</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:27:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Revue d'A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front Uni]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Islamophobie]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #20 &#8211; janvier 2026 « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. » Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans « <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/" title="Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d&rsquo;A2C #20 &#8211; janvier 2026</strong></p>



<p><em>« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. »</em></p>



<p>Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans <em>« Peau noire, masques blancs » </em>(1952), Frantz Fanon nous met en garde sur l&rsquo;unicité du racisme dont l&rsquo;antisémitisme était à cette époque la pointe avancée. Dit d&rsquo;une autre façon, il ajoute : <em>« Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe »</em>.</p>



<p>Quelque 70 ans plus tard, cette phrase garde tout son sens en parlant des musulman·es. Si l&rsquo;antisémitisme n&rsquo;a pas disparu, c&rsquo;est l&rsquo;islamophobie qui est aujourd&rsquo;hui le racisme assumé par le camp réactionnaire dans la bataille politique : rapport sur « l&rsquo;entrisme des Frères Musulmans <em>»</em> présenté en conseil de défense, expulsions d&rsquo;imams, multiples lois visant les musulman·es…</p>



<p>Ainsi, une partie de notre classe fait face à un arsenal de théories racistes, de plus en plus épaulées par les appareils d’État et la bourgeoisie. Cette sinistre idéologie de l&rsquo;ennemi de l&rsquo;intérieur, secondée par le matraquage de la laïcité à tout va, est la colonne vertébrale de l&rsquo;islamophobie.</p>



<p>Mais cette idéologie a une fonction. De la même façon que le racisme anti-noir a servi de légitimation de la mise en esclavage des africain·es et de la domination coloniale, l&rsquo;islamophobie sert un agenda politique raciste pour renforcer le camp réactionnaire et alimenter la funèbre logique de l&rsquo;impérialisme occidental.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Derrière l&rsquo;islamophobie, se cache l&rsquo;impérialisme</strong></h1>



<p>Quel lien entre un racisme qui explose, la course effrénée au développement de nouvelles technologies comme l&rsquo;IA, l&rsquo;austérité imposée aux peuples du monde entier et l&rsquo;explosion des budgets d&rsquo;armement et de ses guerres coloniales associées ? Le capitalisme. Et pour comprendre pourquoi le capitalisme alimente racisme et guerres impériales, il faut comprendre la logique même d&rsquo;un système économique basé sur l&rsquo;accumulation de capital.</p>



<p>Pour accumuler du capital, une entreprise a besoin d&rsquo;être compétitive. Sauf que sur le marché, la concurrence est rude. Par exemple, au cours des années 2010 et la généralisation d&rsquo;achats sur internet, les entreprises de vente en ligne voyaient leur marge nettement augmenter. Après le COVID, entre la concurrence accrue et les monopoles des géants comme Amazon, les prix ont drastiquement baissé (donc les profits avec). C&rsquo;est la trajectoire même du capital, appelée aussi « la baisse tendancielle du taux de profit <em>»</em>. Les profits baissent, mais il faut continuer d&rsquo;en faire coûte que coûte pour la survie de l&rsquo;entreprise. Pour cela, plusieurs solutions : baisser les salaires et supprimer des emplois (austérité) ; développer des nouvelles technologies (augmenter la productivité) ; étendre son marché vers d&rsquo;autres pays ou d&rsquo;autres secteurs et créer un monopole (guerres impérialistes).</p>



<p>C&rsquo;est vrai dans tous les domaines. Alors quand on parle ressources et matériaux (pétrole, uranium, terres rares&#8230;), on voit vite comment les enjeux territoriaux peuvent être énormes. Ainsi, la guerre économique entre les entreprises peut rapidement se muer en guerre tout court pour l&rsquo;accès aux ressources.</p>



<p>Cela explique en partie la situation au Yémen : depuis 2015, la coalition de pays arabes dirigée par l&rsquo;Arabie saoudite (et soutenue par les pays occidentaux) maintient le pays sous blocus naval et aérien, causant plus de 377 000 morts (par famine et bombardements indiscriminés). Objectifs : affaiblir le mouvement Ansarullah (Houthis, alliés de l&rsquo;Iran) pour sécuriser les routes commerciales comme le détroit de Bab el-Mandeb (12 % du pétrole mondial) et protéger les intérêts des multinationales pétrolières occidentales comme BP et Chevron.</p>



<p>Mais les guerres impérialistes ont un coût, et pour faire accepter ce coût à son peuple, un État doit trouver des justifications. C&rsquo;est là qu&rsquo;intervient la construction d&rsquo;un ennemi commun contre lequel l’État, tel un pompier-pyromane, nous garantira protection en échange de concessions politiques (restrictions des libertés) et économiques (l&rsquo;austérité).</p>



<p>Depuis la révolution iranienne de 1979, dans laquelle les États-Unis (alliés du pouvoir déchu) craignaient pour leurs intérêts, cet ennemi commun, ce sont les musulman·es ou supposé·es comme tels, et les pays dits musulmans. Ensuite, l&rsquo;attaque du 11 septembre a largement été exploitée pour accélérer cette doctrine.</p>



<p>Ennemi de l&rsquo;extérieur pour justifier le colonialisme et les guerres impérialistes. Ennemi de l&rsquo;intérieur pour empêcher l&rsquo;unification de notre classe et favoriser l&rsquo;exploitation.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Défendre l&rsquo;unité, c&rsquo;est défendre les musulman·es</strong></h1>



<p>Si l&rsquo;islamophobie est aujourd&rsquo;hui la pointe avancée de l&rsquo;impérialisme occidental, elle s&rsquo;attaque en 1ᵉʳ lieu aux musulman·es, ou supposé·es, en instrumentalisant la lutte contre le terrorisme : invasion de l’Afghanistan par les USA en 2001, attaques « préventives <em>»</em> contre l&rsquo;Iran par Israël l&rsquo;année dernière, ostracisation des musulman·es de France… La liste est longue, et chacun de ses tirets devrait nous révolter en soi.</p>



<p>En plus de ces innombrables violences, l&rsquo;exclusion sociale des musulman·es nous divise et sert l&rsquo;exploitation de l&rsquo;ensemble de la classe ouvrière. Car face à une classe faible et divisée, dans laquelle on a laissé le racisme s&rsquo;immiscer, le patronat peut aisément imposer des conditions de travail qui nous sont de plus en plus défavorables. C&rsquo;est ce qu’explique le sociologue marxiste Al Szymanski. Il nous dit à propos des États-Unis des années 70 : « Plus la discrimination raciale est intense, plus bas sont les salaires des Blancs du fait de la variable intermédiaire de la solidarité de la classe ouvrière – en d’autres termes, le racisme désavantage économiquement les travailleurs blancs parce qu’il affaiblit l’organisation syndicale en détruisant la solidarité entre travailleurs noirs et blancs »<sup data-fn="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" class="fn"><a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link">1</a></sup>.</p>



<p>Quand les musulman·es se font attaquer, c&rsquo;est tout le camp social qui perd de la force.</p>



<p>De la même façon, l&rsquo;accélération des dissolutions d&rsquo;associations de ces dernières années a d&rsquo;abord visé des organisations cultuelles musulmanes (comme celle de la mosquée de Lagny-sur-Marne), puis celles de lutte contre l&rsquo;islamophobie (le CCIF<sup data-fn="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" class="fn"><a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link">2</a></sup>, aujourd&rsquo;hui réformé en CCIE<sup data-fn="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" class="fn"><a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link">3</a></sup>). Devant la non-réaction du camp social, pourquoi le gouvernement n&rsquo;étendrait-il pas ces attaques à des collectifs antifascistes ou écologistes ? C&rsquo;est exactement le déroulé de ces 10 dernières années, où la réaction de notre camp a réellement commencé qu&rsquo;avec la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre, puis celle de la Jeune Garde ou d&rsquo;Urgence Palestine.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>La laïcité comme arme de guerre</strong></h1>



<p>Parmi les nombreux outils pour attaquer les musulman·es, la laïcité revient souvent sur la table. Elle est brandie messianiquement à chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de taper sur les musulman·es. Sur les plateaux télé évidemment, mais aussi pour faire passer la batterie de lois islamophobes persécutant et excluant de l&rsquo;espace public et de l&rsquo;école nos camarades musulman·es (par exemple avec la loi de 2004 sur les signes religieux qui a servi de pied dans la porte des nombreuses lois islamophobes qui ont suivi).</p>



<p>À en croire les dires de l’État et de ses relais médiatiques, le musulman menacerait par définition les valeurs de la République, notamment parce qu&rsquo;il serait en contradiction avec la laïcité définie par la loi de 1905.</p>



<p>Il serait communautariste (voire séparatiste) lorsqu&rsquo;il prend soin de sa communauté. Autrement, il est taxé d&rsquo;entriste quand il correspond aux attentes républicaines, du style quand le lycée Averroès obtient des résultats exceptionnels au bac.</p>



<p>Pile tu perds, face tu perds.</p>



<p>À gauche, c&rsquo;est un peu plus subtil. Pour la loi de 2004 et pendant plus de 10 ans, c&rsquo;était surtout complaisance et grand silence. Aujourd&rsquo;hui, dans les balbutiements de soutien, il a souvent été pointé la non-exemplarité politique (impossible à avoir) des musulman·es visé·es par les violences d’État en scrutant chacune de leurs déclarations et de leurs liens passés.&nbsp;</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Islamophobie : les blocages à gauche</strong><strong><br></strong></h1>



<p>Pour que la gauche s’engage pleinement, déjà il lui faut dépasser son islamophobie encore présente jusque dans les cercles militants. Par exemple à Rennes, dans le mouvement pour la Palestine, une proposition en interne de l&rsquo;AG Palestine fut de faire une doha (prière) pour les morts à Gaza, mais celle-ci a été empêchée. De même pour les slogans en arabe, ça a été difficile de les faire accepter.</p>



<p>C&rsquo;est parfois une doctrine moraliste anti-religieuse qui empêche la solidarité. À l&rsquo;image de cette citation de Bakounine, dans son livre Dieu et l&rsquo;État, qui fut pourtant pendant longtemps sur ma table de chevet : <em>« Si Dieu est, l&rsquo;homme est esclave ; or l&rsquo;homme peut, doit être libre, donc Dieu n&rsquo;existe pas »</em>. Une vision binaire de la croyance, opposée à toute religion qui serait naturellement obscurantiste. Cela nous empêche d&rsquo;avoir une lecture matérialiste des structures oppressantes réellement à l’œuvre, en vue de les combattre.</p>



<p>Enfin, c&rsquo;est aussi une volonté de détruire le potentiel outil de résistance qu&rsquo;est l&rsquo;islam.&nbsp;</p>



<p>À droite, pour briser la résistance à l&rsquo;hégémonie capitaliste et impérialiste.</p>



<p>À gauche, car la seule identité légitime pour faire la révolution serait celle du prolétaire, toute autre identité est vue comme divisant la classe ouvrière. Si notre classe est effectivement traversée par des contradictions, c&rsquo;est une erreur de ne pas les prendre en charge et de laisser une partie de notre classe (ici les musulman·es) seule face aux violences racistes. Car l&rsquo;unicité se construit en opposition aux stratégies de division de la classe dirigeante.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Lutter aux côtés des musulman·es</strong></h1>



<p>Face à ceux et celles qui nous accusent de complicité avec les musulman·es, il faut plaider coupable<sup data-fn="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" class="fn"><a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link">4</a></sup>. Coupable de défendre la liberté de culte. Coupable de défendre la Palestine, de la mer au Jourdain. Coupable de défendre la liberté, l&rsquo;égalité et la fraternité réelle pour toutes et tous. Chaque musulman·e attaqué·e pour ce qu&rsquo;il est, se doit d&rsquo;être défendu·e, qu&rsquo;importe les différents politiques existant. Que ce soit l&rsquo;imam Hassan Iquioussen victime de la loi séparatisme et menacé d&rsquo;expulsion, ou Omar Alsoumi arrêté pour « apologie de terrorisme <em>»</em> pour avoir soutenu la résistance palestinienne, ou une mosquée attaquée, nous devons réagir depuis nos collectifs. Chaque solidarité effective contre les violences islamophobes participe à l&rsquo;unification de notre classe, et donc nous renforce collectivement.</p>



<p>Malgré tout, dans les moments critiques, nous pouvons entrapercevoir nos possibles alliances. Lors de l&rsquo;horrible meurtre filmé d&rsquo;Aboubakar Cissé en pleine prière, une partie de la gauche radicale a rapidement réagi pour participer aux mobilisations.</p>



<p>De la même façon, les 2 dernières années de lutte contre le génocide à Gaza et la colonisation en Cisjordanie sont parties d&rsquo;un mouvement par en bas et ont montré qu&rsquo;avec un objectif clair (arrêter le génocide), il est possible de dépasser nos contradictions et de lutter au coude à coude, musulmans ou non. Pour autant, les quelques ponts qui se sont créés se sont faits au prix du sacrifice de centaines de milliers de palestinien·nes, et globalement la réaction de notre camp reste très loin d&rsquo;être satisfaisante.</p>



<p>Maintenant, il faut arrêter d&rsquo;essentialiser les organisations musulmanes ou de les voir comme un bloc homogène, pour les considérer pour ce qu&rsquo;elles sont : des forces politiques avec lesquelles il est possible de s&rsquo;allier pour les prochains combats à mener, en particulier pour créer un front commun conséquent contre le racisme et le fascisme.</p>



<p><strong><em>Camille (A2C Rennes)<br></em></strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f"> A. Szymanski, <em>« Racial Discrimination and White Gain »</em>, American Sociological Review, 41 (1976), pp. 409-412. <a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a">CCIF : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en France <a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79">CCIE : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en Europe <a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b">Inspiré de l&rsquo;article<em> « Contre l’islamophobie : le 11 mai et après, aimez-nous vivants »</em>, Nadia Meziane, lignes-de-cretes.org <a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 23:48:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[atomisation]]></category>
		<category><![CDATA[concentration]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[INSEE]]></category>
		<category><![CDATA[LFI]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte de classes]]></category>
		<category><![CDATA[marx]]></category>
		<category><![CDATA[Nouveau Peuple]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
		<category><![CDATA[uber]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10788</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans son livre Nouveau peuple, nouvelle gauche publié par l’institut la Boétie, La France Insoumise (LFI) propose une analyse des « classes populaires », à partir de travaux universitaires, pour en tirer des pistes stratégiques. Elle met <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/" title="À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Dans son livre <em>Nouveau peuple, nouvelle gauche</em> publié par l’institut la Boétie, La France Insoumise (LFI) propose une analyse des « classes populaires », à partir de travaux universitaires, pour en tirer des pistes stratégiques. Elle met au centre un<strong> nouvel acteur politique : le peuple, qui remplacerait la classe ouvrière</strong>. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Peuple contre classe ?&nbsp;</strong></h2>



<p>Plusieurs arguments sont avancés : d’abord, une <strong>diminution du nombre d’ouvriers</strong>. Mais ces chiffres utilisent les catégories floues de l’INSEE qui décrivent des statuts professionnels, pas des positions dans la production <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_16('footnote_plugin_reference_10788_16_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_16('footnote_plugin_reference_10788_16_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_16_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_16_1" class="footnote_tooltip">Pour une critique des catégories de l’INSEE : voir Ross Harrold (2024), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21e siècle</a></em>. Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #14</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_16_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_16_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. <strong>La « classe ouvrière »</strong> ne désigne pas qu’un <em>ouvrier blanc à l’usine,</em> figure mythifiée que le livre cherche à déconstruire. Selon nous, elle renvoie à la <strong>classe travailleuse</strong>, celle qui ne possède que sa force de travail pour vivre, et qui existe encore aujourd’hui. Peu importe la forme juridique que prend son exploitation : même si les travailleurs uberisés ont le statut d&rsquo;auto-entrepreneur et non de salarié, il y a toujours des capitalistes qui extraient une plus-value de leur travail. </p>



<p>La <strong>prétendue </strong>« <strong>atomisation </strong>»<strong>de la classe ouvrière </strong>défendue dans le livre est contredite par la tendance à la concentration des capitaux et aux monopoles : des millions de travailleur·euses sur la planète ont le même employeur, et donc, le même ennemi commun <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_16('footnote_plugin_reference_10788_16_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_16('footnote_plugin_reference_10788_16_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_16_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_16_2" class="footnote_tooltip">Voir Vic Michel (2025), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?</a>. </em>Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #17</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_16_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_16_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est aussi là l&rsquo;écueil d’arguments sociologiques qui prétendent décrire une mutation globale du capitalisme en n’analysant que la situation en France. </p>



<p>Pour LFI, la catégorie «&nbsp;classe ouvrière&nbsp;» serait peu pertinente car hétérogène et marquée par des dominations de genre et de race. Certes, notre classe est traversée par de multiples oppressions qu’il nous faut absolument combattre pour construire notre unité. Mais aucune forme d&rsquo;oppression ne remet en cause l’existence d’un antagonisme de classe. Répéter que ces classes populaires sont «&nbsp;plurielles&nbsp;», «&nbsp;fragmentées&nbsp;», tend à nier l’antagonisme des rapports entre classe travailleuse et classe capitaliste. Et en effet, pour la FI, l’exploitation par le travail n’est plus le rapport social qui structure en premier lieu le capitalisme : <strong>c’est la dépendance et l’accès aux “réseaux”</strong> (internet, services publics, électricité, centres-villes), tout ce qui ne concerne pas le travail.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="f0c8c5" data-has-transparency="false" decoding="async" width="709" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-709x1024.webp" alt="" class="wp-image-10790 not-transparent" style="--dominant-color: #f0c8c5; aspect-ratio:0.6923761745827873;width:252px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-709x1024.webp 709w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-208x300.webp 208w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-768x1110.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1.webp 1063w" sizes="(max-width: 709px) 100vw, 709px" /></figure>
</div>


<p>LFI propose ainsi de remplacer la classe par le peuple, car « les mouvements insurrectionnels » se seraient auto-désignés de la sorte. Mais ce manque de conscience de classe n&rsquo;est pas figé : c&rsquo;est le travail des révolutionnaires de la renforcer. Ici, LFI nous propose de l’abandonner ? Ce nouveau peuple est présenté de manière assez floue pour ne fermer aucune porte électorale. Ce que le livre ne mentionne pas, c’est la dimension nationaliste du mot « peuple ». Ce n’est pourtant pas un hasard : la même FI propose de redonner sa grandeur à la « puissance maritime » (coloniale) de la France, d’instaurer un service militaire pour contrer « l’érosion du lien armée-nation » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_16('footnote_plugin_reference_10788_16_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_16('footnote_plugin_reference_10788_16_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_16_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_16_3" class="footnote_tooltip">Voir Le Programme de la France Insoumise (2024). <em>Défense : une défense au service de la souveraineté populaire. </em>Disponible sur le site de LFI.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_16_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_16_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&#8230; Des mesures qui défendent les intérêts de la nation, pas des travailleur·euses. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>« Révolution » électorale</strong></h2>



<p>Malgré une FI qui veut souvent se présenter comme liée aux luttes, ce livre met surtout en avant la stratégie électorale pour convaincre ce «&nbsp;nouveau peuple&nbsp;» de voter. Aucune autre stratégie n’est sérieusement développée. La question de la grève n’est quasiment pas évoquée.</p>



<p>Et pour cause. Marx décrivait la classe ouvrière non pas seulement comme une réalité sociologique, mais comme étant la seule ayant le pouvoir de renverser le capitalisme. Dire qu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus, c’est penser que la révolution socialiste n&rsquo;aura plus lieu, que les exploité·es n’ont plus cette capacité révolutionnaire. Pour LFI, la solution viendrait alors d’en haut, par la révolution citoyenne, par les urnes.&nbsp;</p>



<p>Au contraire, même si des reconfigurations du capitalisme ont lieu régulièrement, nous vivons toujours dans un système où une minorité de capitalistes s’accapare le fruit du travail d’une majorité d’exploité·es. Et c’est toujours cette classe qui est la seule à pouvoir renverser le capitalisme.&nbsp;</p>



<p>Tiffa (Marseille)</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10788_16();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10788_16();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10788_16">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10788_16" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_16_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_16('footnote_plugin_tooltip_10788_16_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour une critique des catégories de l’INSEE : voir Ross Harrold (2024), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21e siècle</a></em>. Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #14</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_16_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_16('footnote_plugin_tooltip_10788_16_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Vic Michel (2025), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?</a>. </em>Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #17</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_16_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_16('footnote_plugin_tooltip_10788_16_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Le Programme de la France Insoumise (2024). <em>Défense : une défense au service de la souveraineté populaire. </em>Disponible sur le site de LFI.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10788_16() { jQuery('#footnote_references_container_10788_16').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10788_16').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10788_16() { jQuery('#footnote_references_container_10788_16').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10788_16').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10788_16() { if (jQuery('#footnote_references_container_10788_16').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10788_16(); } else { footnote_collapse_reference_container_10788_16(); } } function footnote_moveToReference_10788_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10788_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10788_16(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10788_16(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/">À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Le socialisme par en bas comme vision de la révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/le-socialisme-par-en-bas-comme-vision-de-la-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 17:32:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Elections]]></category>
		<category><![CDATA[Lénine]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Stalinisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #19 &#8211; novembre 2025 Le point de départ pour les révolutionnaires n’est pas leur propre volonté, mais la crise que porte en lui le système capitaliste1. Par sa nature concurrentielle, le capitalisme <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/le-socialisme-par-en-bas-comme-vision-de-la-revolution/" title="Le socialisme par en bas comme vision de la révolution">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; novembre 2025</h6>



<p>Le point de départ pour les révolutionnaires n’est pas leur propre volonté, mais la crise que porte en lui le système capitaliste<sup data-fn="2de8070e-7237-42e0-99f3-ef3fa52a2d2d" class="fn"><a id="2de8070e-7237-42e0-99f3-ef3fa52a2d2d-link" href="#2de8070e-7237-42e0-99f3-ef3fa52a2d2d">1</a></sup>. Par sa nature concurrentielle, le capitalisme est en proie à des secousses économiques qui se manifestent plus ou moins violemment. Mais derrière les oscillations périodiques du thermomètre économique se cache une tendance longue au déclin des taux de profits et des investissements, une crise de plusieurs décennies. La concurrence entre ces “frères ennemis” que sont les capitalistes en est exacerbée, elle dépasse la sphère du marché pour englober celle de la géopolitique et de la guerre. C’est ainsi que la course au profit se transforme en course à l&rsquo;armement, que les merveilles techniques produites par les travailleur·euses se transforment en moyens de destruction retournés contre elleux. </p>



<p>Le capitalisme porte en lui le désastre pour l’humanité. Si on lui laisse les mains libres dans sa quête aveugle de profits, la classe dirigeante nous mènera à la catastrophe générale. </p>



<p>La maladie gangrène même les classes possédantes qui deviennent de moins en moins capables d’assurer la stabilité de leurs régimes avec les institutions habituelles. C’est bien la première condition d’une révolution : une crise du régime. </p>



<p>Si les luttes des exploité·es et des opprimé·es ne sont pas à l’origine de la crise, elle en décident pourtant le dénouement. En étant passives, les classes dominées laissent le champ libre à la classe dirigeante pour régler ses problèmes, non pas en réparant l’existant, mais en entraînant la société dans une fuite en avant mortifère vers le fascisme et la guerre. </p>



<p>C’est lorsque la classe travailleuse et les opprimé·es répondent à la crise par en bas par une intensification de leurs luttes que la révolution devient possible. Pour Léon Trotsky, «d’ordinaire, l’État, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l’histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l’arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. […] L’histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d’une irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées<sup data-fn="54aa686f-0703-4cec-8aa8-cbb607d32508" class="fn"><a id="54aa686f-0703-4cec-8aa8-cbb607d32508-link" href="#54aa686f-0703-4cec-8aa8-cbb607d32508">2</a></sup> . » </p>



<p>En d’autres termes, la révolution c’est quand la classe travailleuse lutte avec assez de vigueur pour entraîner derrière elle les autres dominé·es et imposer sa propre solution à la crise du régime capitaliste. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle des révolutionnaires </h2>



<p>Dans cette rencontre entre conditions objectives &#8211; la crise du régime &#8211; et conditions subjectives &#8211; la lutte massive de notre classe &#8211; qui déclenche la révolution, quel est le rôle des révolutionnaires ? </p>



<p>De la Russie en 1917 à l’Égypte en 2011, les organisations révolutionnaires ne sont quasiment jamais à l’origine du déclenchement de la révolution, dans le sens étroit du terme. Ce qui apparaît comme un paradoxe est en réalité tout à fait normal : le point de départ de la révolution est justement l’intervention directe de masses habituellement passives et sur lesquelles, jusqu’alors, les révolutionnaires n’avaient pour ainsi dire aucune influence directe. </p>



<p>Mais la révolution ne se résume pas à un instant de bascule, aussi décisif soit-il. Le premier “moment”, comme la chute de Nicolas II en 1917, celle du Shah d’Iran en 1979 ou celle de Hosni Moubarak en 2011, ouvre toujours une nouvelle période de lutte intense au sein du mouvement révolutionnaire qui compte désormais des millions de personnes. Les masses, qui entrent en révolution en sachant très bien ce qu’elles veulent renverser mais sans programme tout fait pour la suite, procèdent par ce que Trotsky appelle une « méthode d’approximations successives », où les différentes tendances politiques du mouvement devenu massif luttent pour imposer leur solution à la crise révolutionnaire. C’est cette période de lutte qui porta les Bolcheviks au pouvoir en 1917 en Russie, les Islamistes en Iran en 1979, et qui s’acheva par le coup d’État contre-révolutionnaire de l’armée égyptienne en 2013. </p>



<p>Les périodes qui précèdent les révolutions sont également des périodes de lutte intense au sein du mouvement : une révolution devient possible au bout d’une période plus ou moins longue de montée des luttes syndicales et politiques où une partie significative de la classe travailleuse acquiert une expérience de combat sur ses lieux de travail et dans ses quartiers, goûte aux victoires et aux défaites, et en tire des leçons politiques et stratégiques. C’est en intervenant dans ces mouvements, en les construisant par en bas et en y luttant que les révolutionnaires “préparent la révolution”. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Réformistes et révolutionnaires, par en haut et par en bas </h2>



<p>Le clivage fondamental entre révolutionnaires et réformistes ne se trouve pas dans les contenus, plus ou moins radicaux, des programmes immédiats. Comme le montre Rosa Luxembourg dans sa polémique contre Bernstein<sup data-fn="c676a20f-560c-42ae-9ef6-43f9078687a6" class="fn"><a id="c676a20f-560c-42ae-9ef6-43f9078687a6-link" href="#c676a20f-560c-42ae-9ef6-43f9078687a6">3</a></sup>, le dirigeant de la première tendance réformiste du parti social-démocrate allemand (SPD), la différence principale entre révolutionnaires et réformistes réside dans leur appréhension des luttes de la classe travailleuse : ces derniers la voient comme un moyen d’appuyer la lutte au parlement, dans les ministères, bref, au sein des institutions de l’État, qui apportera le vrai changement. </p>



<p>Quant aux révolutionnaires, iels voient la lutte du prolétariat comme l’école de la révolution, comme l’arène où une fraction significative de la classe apprend à s’auto-organiser, acquiert l’expérience de la grève et de la lutte politique en vue de devenir le sujet de sa propre émancipation, c’est-à-dire en vue de prendre le pouvoir pour renverser l’État capitaliste. </p>



<p>Ces conceptions diamétralement opposées du changement se retrouvent dans les manières de s’organiser. Lénine décrivait le parti travailliste britannique (Labour) comme un parti bourgeoisouvrier : d’un côté, il représente réellement le désir et l’espérance de changement d’une grande partie de la classe ouvrière. De l’autre, tout son appareil, du groupe parlementaire aux directions syndicales qui le financent, est orienté vers la crédibilité bourgeoise, la négociation avec la bourgeoisie, le compromis avec la bourgeoisie. </p>



<p>Bien que ses formes particulières puissent varier selon les contextes historiques, politiques et culturels, nous pouvons dégager des fondamentaux de l’organisation réformiste : un pied dans le mouvement car là se trouve sa base sociale et son moyen de pression supposé sur la bourgeoisie, un pied dans les institutions de l’État bourgeois car c’est là que la lutte véritable a lieu. Cela donne une organisation certes présente sur le terrain, mais dominée in fine par son appareil bureaucratique permanent, parlementaire ou syndical, qui est conçu pour être imperméable à la pression du mouvement, y compris à celle venant de ses propres militant·es. </p>



<p>Deux séquences récentes de la lutte politique et syndicale en France illustrent l’action réformiste : le lendemain de la dissolution de l’assemblée en 2024 a vu des centaines de milliers de personnes manifester contre le racisme et le danger fasciste incarnés par le RN. Il y avait là le potentiel d’un mouvement de masse antifasciste pour enfin faire reculer le RN &#8211; mais le NFP et les directions syndicales ont tout fait pour le canaliser vers une campagne électorale “programme contre programme” qui n’a pas plus permis d’enrayer le développement du RN qu’elle n’a permis d’obtenir un gouvernement “de gauche. » </p>



<p>La séquence allant de la préparation du 10 septembre au 2 octobre 2025 a vu un mouvement s’organisant par assemblées générales appeler à tout bloquer le 10 septembre, faisant chuter un gouvernement (crise du régime…) et obligeant les directions syndicales à s’y joindre pour le noyer en empêchant le développement de convergences autonomes entre des bases syndicales et le mouvement “bloquons tout”. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La lutte des révolutionnaires contre le réformisme </h2>



<p>Si ces deux séquences illustrent bien l’allergie du réformisme (politique et syndical) aux expériences autonomes du mouvement de la classe travailleuse, ils mettent aussi en valeur la problématique principale à laquelle font face les révolutionnaires : hors période de révolution, la grande majorité du mouvement suit les directions réformistes. </p>



<p>Ce n’est pas que ces dernières soient particulièrement séduisantes, mais parce que le réformisme, en tant que pratique politique, exprime le manque de confiance de la classe travailleuse en ses propres capacités à s’organiser et à lutter politiquement pour la transformation définitive de la société. Quoi de plus normal pour les membres d’une classe exploitée, aliénée et humiliée quotidiennement sous le capitalisme ! C’est ce qui permet aux politiciens réformistes et aux directions syndicales de trahir tout en gardant la crédibilité nécessaire pour pouvoir trahir à nouveau. </p>



<p>Seule l’expérience du mouvement, de la lutte collective, de ses discussions tactiques et stratégiques, peut permettre à des sections significatives de notre classe de dépasser sa condition de victime du capitalisme pour se voir comme son bourreau &#8211; dépassant par le même processus les directions réformistes. </p>



<p>La lutte des révolutionnaires doit donc favoriser, au quotidien, le mouvement comme école de la révolution pour le plus grand nombre. Cela veut dire construire le mouvement pour le faire gagner par en bas, et y défendre les intérêts de la classe travailleuse dans son ensemble. C’est dans ce cadre que la lutte contre le réformisme a lieu : comme le réformisme a un pied sur le terrain et dans la conscience de la majorité de notre classe, c’est une lutte aux côtés des réformistes sincères sans cacher nos différences, en essayant de démontrer par la pratique et au plus grand nombre la supériorité des stratégies révolutionnaires, sur les quartier et sur les lieux de travail. C’est le penchant pratique de la simple et nécessaire dénonciation des trahisons des directions réformistes. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand les révolutionnaires font par en haut </h2>



<p>Les organisations révolutionnaires sont loin d’être immunisées contre la pression du réformisme. Cette dernière se manifeste de différentes manières, mais a toujours pour effet de ramener les organisations révolutionnaires à des raccourcis et des pratiques par en haut. </p>



<p>Par exemple, le travail au sein des appareils bureaucratiques syndicaux avec pour objectif d’en prendre la tête pour les orienter vers des positions plus radicales. Ce n’est pas une question de posture : pour gravir les échelons bureaucratiques, il faut faire des compromis avec cet appareil et y manœuvrer en coulisses au lieu de mener ses luttes au grand jour. </p>



<p>Ou encore, on peut se réfugier dans la croyance que c’est le parti qui fait la révolution, donc que le mouvement ne sert qu’à construire le parti. Cela mène concrètement à la constitution de “fronts” du mouvement (AG intersyndicales, collectifs antiracistes, sections syndicales, etc.) techniquement verrouillés et contrôlés a priori par les organisations révolutionnaires, au lieu de gagner la direction du mouvement par la lutte ouverte contre le réformisme et la démonstration au plus grand nombre de la supériorité des stratégies révolutionnaires. </p>



<p>Enfin, un autre travers est celui du sectarisme, de se détacher du mouvement pour y construire une organisation à sa marge, avec ses codes bien définis et sa volonté de mettre en avant, en toute occasion, ce qui la distingue du reste de la classe plutôt que ce qu’elle a en commun. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi nous organiser en tant que révolutionnaires ? </h2>



<p>Les révolutionnaires s’organisent séparément du reste du mouvement, tout en y étant implanté·es, contribuant à le construire et participant aux débats stratégiques qui s’y imposent pour le faire gagner. </p>



<p>Nous nous organisons séparément car le mouvement seul (le syndicat, le collectif de quartier, etc.) ne permet pas aux individus de se forger une vision globale de la situation politique ni de s’imprégner des expériences plus avancées menées dans d’autres section du mouvement, à d’autres moments ou dans d’autres pays. Une organisation révolutionnaire doit permettre à ses militant·es d’aborder les problématiques spécifiques du mouvement d’un point de vue global qui intègre les leçons apprises par d’autres parties de la classe. </p>



<p>L’organisation révolutionnaire doit donc à la fois apprendre du mouvement et apporter au mouvement. C’est ce souci qui doit guider ses débats théoriques et ses décisions stratégiques et organisationnelles… dont la justesse sera vérifiée par la pratique dans le mouvement. C’est une organisation de combat implantée dans les collectifs, les quartiers et les lieux de travail, car c’est là que notre classe vit, lutte et apprend. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Jad Bouharoun (A2C 18ème)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="2de8070e-7237-42e0-99f3-ef3fa52a2d2d">Sur le même thème, lire « Les 2 âmes du socialisme », Hal Draper,<br>disponible sur <a href="https://www.marxists.org/francais/ draper/1966/deuxames/deuxames.pdf">marxists.org</a> <a href="#2de8070e-7237-42e0-99f3-ef3fa52a2d2d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="54aa686f-0703-4cec-8aa8-cbb607d32508"><a href="https://www. marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr00.html">Histoire de la révolution russe</a> sur marxists.org <a href="#54aa686f-0703-4cec-8aa8-cbb607d32508-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="c676a20f-560c-42ae-9ef6-43f9078687a6"><a href="https://www. marxists.org/francais/luxembur/works/1898/r_ou_r2_3.html">Réforme sociale ou révolution ?</a> sur marxists.org <a href="#c676a20f-560c-42ae-9ef6-43f9078687a6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li></ol>


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		<title>La théorie de la valeur </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 17:32:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Chris Harman]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[marx]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie de la valeur]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le Capitalisme est le règne de la marchandise : on n’y produit pas des biens pour satisfaire des besoins mais pour pouvoir les échanger sur le marché et en tirer un profit. Pourquoi 10 paires <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/" title="La théorie de la valeur ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Le Capitalisme est le règne de la marchandise : on n’y produit pas des biens pour satisfaire des besoins mais pour pouvoir les échanger sur le marché et en tirer un profit. Pourquoi 10 paires de lacets, une enceinte bluetooth bas-degamme ou un rouge à lèvre sont-ils interchangeables ? D’où vient ce profit et par quels mécanismes les capitalistes tentent-ils de l’augmenter ? Quelles sont les conséquences de cette quête du profit pour l’entièreté du système de production ? L’économie bourgeoise s’échigne à justifier l’état du marché économique par la loi de l’offre et de la demande. À rebours de cette rengaine, Chris Harman, militant révolutionnaire, nous présente la théorie de la valeur. </em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Decembre 2025</h6>



<p>Mais les machines, le capital produisent des marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le capital, tout comme le travail, obtienne une part des richesses produites. Chaque « facteur de production » doit avoir sa récompense. </p>



<p>C’est comme cela que répond quelqu’un à qui on a appris un petit peu d’économie pro-capitaliste, à l’analyse marxiste de l’exploitation et de la plus-value. Et à première vue, l’objection semble se tenir. Car, assurément, on ne peut produire de richesse sans capital. Les marxistes n’ont jamais dit le contraire. Mais notre point de départ est bien différent. Nous commençons par demander : d’où vient le capital ? Comment les moyens de production sont apparus pour la première fois ? </p>



<p>La réponse n’est pas difficile à trouver. Tout ce que les humains ont utilisé, au cours de l’histoire, pour créer des richesses &#8211; que ce soit une hache de pierre néolithique ou un micro-ordinateur &#8211; a, à un moment, été créé par du travail humain. Même si on a eu besoin d’outils pour faire la hache, ces outils viennent d’un travail précédent. </p>



<p>C’est pourquoi Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, « de travail mort ». Alors que les hommes d’affaires se vantent du capital qu’ils possèdent, en réalité, ils se vantent d’avoir acquis le contrôle d’une vaste chaîne de travail de générations précédentes &#8211; ce qui ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne travaillaient pas plus qu’eux maintenant. </p>



<p>L’idée que le travail est la source des richesses &#8211; souvent appelée la « théorie de la valeur » &#8211; n’est pas une découverte originale de Marx. Tous les grands économistes pro-capitalistes avant lui l’avaient acceptée. </p>



<p>Des personnes, comme l’économiste écossais Adam Smith ou l’économiste anglais David Ricardo, l’avaient écrit quand le système du capitalisme industriel était encore jeune &#8211; peu avant et peu après la Révolution française. Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient connaître la source réelle de leur richesse s’ils devaient un jour dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts en leur montrant que le travail créait la richesse, et pour construire leurs richesses, ils avaient besoin de « libérer » le travail du joug des anciens dirigeants pré-capitalistes. </p>



<p>Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches de la classe ouvrière commencent à retourner l’argument contre les amis de Smith et Ricardo : si le travail crée la richesse, alors le travail crée le capital. Et les « droits du capital » ne sont rien de plus que les droits du travail usurpé. </p>



<p>Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital décidèrent que la théorie de la valeur était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre. </p>



<p>Allumez la radio. Écoutez-la assez longtemps, et vous entendrez quelqu’un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans l’économie française, c’est que « les gens ne travaillent pas assez dur » ou, et c’est une autre manière de le dire, que « la productivité est trop faible ». Ne cherchons pas, un instant, à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez plutôt la façon dont ils sont présentés. Ils ne disent jamais « les machines ne travaillent pas assez dur ». Non, c’est toujours les gens, les travailleurs.&nbsp;</p>



<p>Ils prétendent que, si seulement les travailleurs travaillaient plus dur, plus de richesses pourraient être créées, et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d’arguments l’ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail créera plus de capital. Le travail est la source des richesses. </p>



<p>Supposons que j’ai un billet de 50 euros dans ma poche. Quelle utilité cela a pour moi ? Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je pourrai obtenir, en échange, quelque chose d’utile qui a été fabriqué par le travail de quelqu’un d’autre. Le billet de 50 euros n’est, en fait, que le droit de disposer des produits d’une certaine quantité de travail. Deux billets de 50 euros seront le droit de disposer des produits de deux fois cette quantité et ainsi de suite. </p>



<p>Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la quantité de travail qui a été nécessaire pour la créer. </p>



<p>Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même quantité, dans un temps donné. Si j’essayais, par exemple, de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq à six fois plus de temps qu’un charpentier. Mais personne, sain d’esprit, ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par le charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi. </p>



<p>Supposons qu’il faut une heure à ce charpentier pour faire une table, on dira alors que la valeur de la table est équivalente à une heure de travail. Ce sera le temps de travail nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de technologie et des compétences de la société. </p>



<p>C’est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de quelque chose n’était pas, simplement, le temps que cela prenait à un individu pour le faire, mais le temps que cela prendrait à un individu travaillant avec le niveau de technologie moyen et les compétences moyennes &#8211; il appela ce temps moyen de travail, « le temps de travail socialement nécessaire ». Ce point est essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu’il faut de moins en moins de temps pour produire. </p>



<p>Par exemple, quand les radios étaient faites avec des lampes, elles étaient très chères, parce qu’il fallait vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait être fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps. Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire des lampes pour radios, virent le prix de ce qu’ils produisaient dégringoler, car la valeur des radios n’était plus déterminée par le temps de travail nécessaire pour les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des transistors. Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement &#8211; jour après jour ou semaine après semaine. Ces changements peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps nécessaire pour les produire. </p>



<p>Quand le gel tua tous les plants de café au Brésil, le prix du café explosa, parce qu’il y avait pénurie dans monde et que les gens étaient prêts à payer plus. Si, demain, une catastrophe quelconque venait à détruire tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun doute que le prix des télévisions exploserait de la même façon. Ce que les économistes appellent « l’offre et la demande » explique de telles variations dans le prix. </p>



<p>Pour cette raison, beaucoup d’économistes pro-capitalistes prétendent que la théorie de la valeur est sans fondement. Ils disent que seules l’offre et la demande importent. C’est cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient, ils varient autour d’une valeur moyenne. La mer monte ou descend à cause des marées, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas parler d’un point fixe autour duquel elle bouge, que nous appelons, d’ailleurs, le niveau de la mer. </p>



<p>De la même manière, le fait que les prix montent ou baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu’il n’y a pas de valeurs fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les téléviseurs étaient détruits, les premiers fabriqués seraient très demandés et très chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il y en ait de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les autres, ce qui inévitablement baisserait les prix, jusqu’à atteindre leur valeur en termes de travail nécessaire pour les fabriquer. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Compétition et accumulation </h2>



<p>Il fut un temps où le capitalisme semblait être un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des femmes ont été dominées par l’esclavage et l’exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu’il fit son apparition au XVIIIème et XIXème siècles, ne changea rien de tout cela. Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation à profit pour un but utile. Plutôt que de gaspiller des montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates, plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des monarques décédés, plutôt que d’enclencher de futiles guerres pour que le fils d’un empereur puisse gouverner un trou perdu, il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. L’essor du capitalisme fut une période de croissance de l’industrie, des villes et des moyens de transport, à une échelle inimaginable pour les générations passées. </p>



<p>Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des villes comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient des endroits miraculeux. L’humanité n’avait jamais vu autant de coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas de qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci étaient plutôt des gens nocifs, obsédés uniquement par les richesses qu’ils pouvaient récupérer en payant le moins possible pour le travail effectué. </p>



<p>Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à construire des industries. Mais les capitalistes étaient différents sur deux points importants. Le premier dont nous avons parlé &#8211; ils ne possédaient pas les travailleurs, ils les payaient à l’heure pour leur capacité à travailler, leur force de travail. Ils utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves. Ensuite, ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les travailleurs produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les capitalistes vivaient de la vente à d’autres personnes des biens produits par les travailleurs. </p>



<p>Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour faire ce qu’il voulait que le possesseur d’esclaves ou le seigneur féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire au plus bas coût possible. Le capitaliste possédait l’usine et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce pouvoir comme il le souhaitait. Il devait s’agenouiller devant les impératifs de la compétition avec les autres usines. </p>



<p>Revenons à notre capitaliste préféré, M.Dupont. Supposons qu’une certaine quantité de coton produit dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir, mais que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en cinq heures de travail. M.Dupont serait incapable d’obtenir, pour son produit, l’équivalent de dix heures de travail. Aucune personne sensée ne paierait ce prix, alors qu’il y a moins cher de l’autre côté de la rue. </p>



<p>Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait s’assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais ce n’est pas tout. Il devait aussi s’assurer que ses travailleurs travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des autres travailleurs dans d’autres usines. Le capitaliste qui voulait survivre devait posséder de plus en plus grandes quantités de moyens de production &#8211; ou, comme disait Marx, accumuler du capital ! </p>



<p>La compétition entre les capitalistes créa un pouvoir, le système du marché, qui les tenait tous sous son emprise. Il les poussa à accélérer les cadences tout le temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles machines ( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe à côté ), et ils ne pouvaient se le permettre qu’à condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible. </p>



<p>Marx écrivit, dans son œuvre principale, Le Capital, que le capitaliste est un avare obsédé par l’acquisition incessante de plus en plus de richesses. Mais :</p>



<p>« Ce qui chez l’un parait être une manie individuelle est chez l’autre l’effet du mécanisme social dont il n’est qu’un rouage. Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l’accroître, et il ne peut continuer de l’accroître à moins d’une accumulation progressive. (&#8230;) </p>



<p>Accumulez, accumulez ! C’est la loi et les prophètes ! » </p>



<p>La production ne sert pas à satisfaire des besoins humains &#8211; mêmes ceux des capitalistes &#8211; mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre. Les travailleurs, employés par chacun d’eux, voient leurs vies dominées par la tendance qu’ont leurs employeurs à accumuler plus rapidement que leurs rivaux. </p>



<p>Comme le Manifeste du parti communiste l’explique : <br>« Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé&#8230; le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité ». </p>



<p>L’obligation pour les capitalistes d’accumuler, en concurrence les uns avec les autres, explique les grandes avancées industrielles des premières années du système. Mais quelque chose d’autre en résulta &#8211; les crises économiques à répétition. Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système lui-même. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Chris Harman<sup data-fn="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3" class="fn"><a id="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3-link" href="#d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3">1</a></sup></h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3">Cet article est extrait d’une brochure,<br><a href="https://quefaire.lautre.net/IMG/pdf/harmanmarxisme.pdf">« Qu’est-ce-que le marxisme »</a>, dont nous<br>vous conseillons la lecture. <a href="#d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/">La théorie de la valeur </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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