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	<title>Archives des Théorie - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des Théorie - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<item>
		<title>Arguments pour un antiracisme de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 17:37:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/" title="Arguments pour un antiracisme de classe">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire l&rsquo;article ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas possible de gagner en menant des luttes sans prendre en compte la place du racisme et en particulier celle de l’islamophobie. Inversement, mener des luttes antiracistes sans prendre en compte la question de classe mène à une impasse.</p>



<p>Cela implique une double exigence : combattre le racisme suppose d’attaquer le capitalisme qui le produit, et renverser le capitalisme exige d’affronter le racisme qui divise notre classe. D’où un enjeu stratégique : quel antiracisme permet de construire un bloc populaire large, et quelles stratégies renforcent au contraire les divisions exploitées par la classe dirigeante ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le racisme au coeur du système capitaliste</h3>



<p>Le racisme n’est pas un phénomène intemporel, il est un produit de l’histoire qui apparaît avec l’émergence du capitalisme. Pour Fanon, le racisme n’est pas universel mais culturel, une particularité des sociétés européennes.</p>



<p>Le racisme apparaît avec l’expansion capitaliste à partir de la fin du XVe siècle, notamment avec la colonisation des Amériques et la traite transatlantique. Le développement du capitalisme repose alors sur l’exploitation massive de populations réduites en esclavage, l’expropriation violente de terres et la destruction de sociétés entières.</p>



<p>Dans le même temps, en Europe, s’affirme une idéologie où, sur le marché, des individus libres échangent des marchandises. Pour résoudre cette contradiction : égalité formelle d’un côté, esclavage et colonisation de masse de l’autre, il faut une idéologie qui retire à certain&rsquo;es leur pleine humanité.</p>



<p>W.E.B Du Bois explique donc que ce n’est pas un vieux racisme « précapitaliste » qui aurait rendu l’esclavage possible, mais l’esclavage et l’économie de plantation qui ont nécessité la production d’un discours raciste pour légitimer une violence en contradiction avec les valeurs chrétiennes puis libérales.</p>



<p>Le racisme reste aujourd’hui indispensable au fonctionnement du capitalisme et à la domination bourgeoise.</p>



<p>Il remplit une fonction économique. Dans les années 70, alors que les besoins du capital s’opposent aux revendications des travailleur&rsquo;euses, le recours à une main-d’œuvre immigrée et précarisée, souvent dans l’incapacité de refuser de mauvaises conditions de travail, permet d’assurer la flexibilité de l’offre de travail dont le capital a besoin, tout en préservant en apparence les travailleur&rsquo;euses nationaux.</p>



<p>Pour fonctionner, le capitalisme a besoin que ce traitement discriminant soit accepté par les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes. La fonction du racisme est de faire accepter à la classe ouvrière ce traitement inégal envers l’une de ses composantes.</p>



<p>En plus de justifier une surexploitation économique, le racisme remplit également une fonction politique. Il permet de diviser la classe ouvrière et d’affaiblir celle-ci dans le rapport de force qui l’oppose au capital. Comme le souligne le militant Saïd Bouamama, il consiste à « diviser ceux qui devraient être unis » travailleur&rsquo;euses nationaux et immigré&rsquo;es et à « unir ceux qui devraient être divisés » travailleur&rsquo;euses nationaux et capitalistes.</p>



<p>C’est ce que W.E.B. Du Bois a théorisé comme une « color line » à l’échelle mondiale. La division raciale au sein du prolétariat constitue l’une des bases de la stabilité du capitalisme. Le racisme ne peut donc pas être réduit à un simple préjugé ou à une question morale secondaire. Il constitue un mécanisme central de la domination capitaliste : un outil efficace pour diviser, hiérarchiser et affaiblir la classe ouvrière. En opposant les plus exploité&rsquo;es aux « un peu moins exploité&rsquo;es », il empêche la formation d’un front commun. Tant que cette division opère, la classe reste fragmentée et notre camp structurellement affaibli.</p>



<h3 class="wp-block-heading">À gauche : un « racisme respectable »</h3>



<p>Si le racisme est historiquement un produit de la bourgeoisie, il ne se limite pas à celle-ci. Il traverse l’ensemble de la société, y compris notre classe et ses organisations.</p>



<p>Le racisme est aussi présent au sein de la gauche, qui contribue ainsi à produire un racisme « respectable » articulé aujourd’hui autour de l’islamophobie.</p>



<p>Les années 80 sont un moment décisif dans cette production d’une islamophobie d’État par un pouvoir de gauche. Avec le tournant de la rigueur, le gouvernement socialiste engage des plans de licenciements massifs. Les premiers touchés sont les ouvriers spécialisés (OS) maghrébins, très présents dans les grandes usines automobiles.</p>



<p>Ces travailleurs se mobilisent. Un important mouvement de grève apparaît alors qu’au même moment les revendications antiracistes prennent de l’ampleur avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.</p>



<p>Le gouvernement et le patronat craignent que les OS maghrébins soient rejoints dans la lutte par les ouvriers qualifiés, en très grande majorité blanc&rsquo;hes et français&rsquo;es. La revendication d’une salle de prière ou encore l’usage de l’arabe par des militants syndicaux maghrébins vont alors être instrumentalisés. Dans un contexte international marqué par la révolution iranienne de 1979, les grèves sont présentées comme manipulées par des « intégristes ». On assiste à la construction d’« un problème musulman » visant à diviser et fragmenter la classe ouvrière.</p>



<p>Cette stratégie porte ses fruits. En 1984, lors de l’évacuation de l’usine Talbot par la police, les ouvriers qualifiés chantent « les Arabes au four, les Noirs à la Seine ».</p>



<p>En parallèle, la création de SOS Racisme servira à marginaliser les militant&rsquo;es de la Marche pour l’égalité, au profit d’un antiracisme libéral où le racisme est présenté comme une pulsion intemporelle, produit de l’ignorance de classes populaires à éduquer.</p>



<p>Les offensives islamophobes du pouvoir socialiste continuent avec l’affaire du foulard de Creil en 1989, qui ouvre une longue séquence aboutissant notamment à la loi de 2004 contre le foulard. Cette loi est soutenue non seulement par le PS et le PCF, mais aussi par une partie de l’extrême gauche.</p>



<p>L’islamophobie est devenue la forme centrale du racisme actuel. Moins disqualifiée historiquement que d’autres formes de racisme, elle trouve de nombreux relais à gauche. C’est une forme de racisme qui devient acceptable pour toute une partie de la population au nom de la défense des droits des femmes, de l’anticléricalisme, de la sécurité&#8230;</p>



<p>Une partie du mouvement antiraciste en tire les leçons en défendant la nécessité de son autonomie politique. C’est notamment le cas avec l’appel des Indigènes de la République en 2005. L’autonomie politique et organisationnelle des premier&rsquo;es concerné&rsquo;es a déjà fait la preuve de son efficacité : collectifs de sans-papiers, de mineurs isolés, organisations issues de l’immigration. Cependant, le mouvement antiraciste ne parvient toujours pas aujourd’hui à faire obstacle à l’adoption de nouvelles lois racistes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les limites de l’intersectionnalité et du privilège blanc et la nécessité d’un antiracisme de classe</h3>



<p>L’incapacité du mouvement ouvrier traditionnel à prendre en charge la question du racisme a permis le développement de théories qui ne lient pas la question des oppressions et du racisme à la question de classe.</p>



<p>C’est notamment le cas de l’intersectionnalité, théorie universitaire, qui s’est imposée au sein de nos luttes comme grille d’analyse utile pour penser l’imbrication des mécanismes d’oppression. Mais, si le triptyque « genre, race, classe » est constamment invoqué, la classe est le plus souvent reléguée au second rang. Lorsqu’elle est abordée, c’est rarement sous l’angle de l’exploitation, mais plutôt à travers la notion de « mépris social » : la classe n’est alors traitée que comme oppression déconnectée des rapports de production. Les réponses proposées se réduisent fréquemment à des appels à la « déconstruction », relevant davantage d’un volontarisme individuel que d’une transformation des rapports sociaux.</p>



<p>Une autre notion largement partagée est celle du privilège blanc. Cette idée dresse le constat que les blanc&rsquo;hes bénéficient d’avantages grâce au racisme. Il est évidemment indispensable de reconnaître les inégalités que crée le racisme au sein même de notre classe et il existe effectivement des situations fréquentes où une personne blanche peut bénéficier du racisme, parfois même sans s’en apercevoir : quand elle obtient un logement ou un travail sans savoir qu’un&rsquo;e candidat&rsquo;e plus qualifié a été recalé&rsquo;e car racisé&rsquo;e.</p>



<p>Cette approche du racisme va cependant plus loin. Elle fait le postulat que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont un intérêt matériel au racisme. Leur implication dans la lutte antiraciste devient alors au mieux marginale, au pire contradictoire avec leurs intérêts. Le combat contre le racisme devient conséquemment l’affaire quasi-exclusive des personnes racisées.</p>



<p>Or le rapport de force nécessaire pour gagner contre le racisme ne peut être construit par les seules personnes racisées. C’est ce que démontrent les mobilisations contre les lois Séparatisme ou Darmanin.</p>



<p>Alors, si la nécessité d’alliances larges apparaît évidente, celles-ci sont rendues impossibles si on postule que les blancs ont un intérêt matériel au racisme. C’est une impasse stratégique qui découle d’une mauvaise analyse.</p>



<p>Le problème ne réside pas dans la reconnaissance des inégalités raciales, mais dans l’interprétation de leur signification.</p>



<p>Un antiracisme de classe part d’un autre postulat : les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont davantage à gagner à s’allier avec les travailleur&rsquo;euses racisé&rsquo;es qu’avec leurs employeurs, dont l’objectif est précisément de les exploiter.</p>



<p>Il faut clarifier ce que l’on entend par « privilège ». Un privilège est un avantage indu, illégitime, auquel il faudrait renoncer. Mais dans l’usage, une confusion s’installe souvent entre privilèges et droits. Ne pas subir de violences policières n’est pas un privilège : c’est un droit fondamental qui devrait être garanti à tous&rsquo;tes. Présenter ce droit comme un privilège revient implicitement à accepter sa remise en cause.</p>



<p>Cette logique nourrit la confusion en assimilant des acquis sociaux à des privilèges, effaçant ainsi les luttes qui ont permis de les conquérir. On la retrouve chez H. Bouteldja : « Le capitalisme sous sa forme néolibérale poursuit son œuvre impitoyable. Il grignote vos acquis sociaux ou, pour le dire d’une manière plus juste, vos privilèges ».</p>



<p>Les acquis du CNR obtenus grâce à la lutte armée des FTP-MOI sous le nazisme sont ainsi réduits à des privilèges indus !</p>



<p>D’autres militants, comme Szymanski ou Callinicos, ont montré que le racisme affaiblit matériellement l’ensemble de la classe travailleuse. En divisant les travailleur&rsquo;se&rsquo;s, il empêche la construction de solidarités, tire les salaires vers le bas et renforce le pouvoir patronal. Les travailleur&rsquo;se&rsquo;s blanc&rsquo;hes qui adhèrent à des logiques racistes renforcent aussi leur propre exploitation.</p>



<p>Cette dynamique est flagrante concernant les politiques de sécurité. Les dispositifs sécuritaires, légitimés par des discours racistes et dirigés contre les racisé&rsquo;e&rsquo;s, finissent par se retourner contre l’ensemble de notre classe.</p>



<p>Le racisme fonctionne ainsi comme un mécanisme d’« avantage relatif ». Il ne confère pas un bénéfice absolu, mais un différentiel qui permet d’obtenir le consentement d’une partie des dominé&rsquo;es. Ce consentement a un prix : la fragmentation des luttes et la perpétuation de l’exploitation.</p>



<p>C’est la raison pour laquelle il faut non seulement affirmer que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes n’ont pas intérêt au racisme, mais qu’en luttant contre le racisme aux côtés des racisé&rsquo;es, iels luttent pour leurs intérêts de classe !</p>



<p>Un antiracisme de classe ne consiste donc pas à nier les oppressions spécifiques ni à dissoudre les luttes antiracistes dans une abstraction de la lutte de classe. Il s’agit au contraire de comprendre comment le racisme est produit et utilisé par le capitalisme afin de construire une stratégie capable de le combattre efficacement.</p>



<p>Cela implique de soutenir l’auto-organisation des personnes directement touchées par le racisme, de combattre sans concession l’islamophobie et toutes les formes de racisme, mais aussi de convaincre le plus largement possible au sein de notre classe que ces combats sont les siens.</p>



<p>Car chaque victoire raciste renforce notre adversaire commun. Chaque division imposée entre travailleur&rsquo;euses renforce le patronat, l’État et les forces réactionnaires. À l’inverse, chaque lutte commune contre le racisme renforce notre capacité collective à nous organiser et à nous défendre.</p>



<p>L’antiracisme de classe ne repose donc pas sur la culpabilisation ou la concurrence des oppressions, mais sur une stratégie d’unité des exploité&rsquo;es et des opprimé&rsquo;es contre celles et ceux qui profitent de leur division.</p>



<p>Dans un contexte de montée de l’extrême droite, de guerres impérialistes et d’offensives racistes, cette perspective n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire.</p>



<p>Hugo (Toulouse), Shems (Marseille)</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Iran, (anti)impérialisme et révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:01:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/" title="Iran, (anti)impérialisme et révolution">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine malgré les médias ou la répression. Les obstacles tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations.</p>



<p>La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du régime iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.</p>



<p>Le peuple iranien a régulièrement montré sa détermination à remettre en question le régime malgré une répression systématique. Ses luttes apportent énormément d’espoir face à l’approfondissement de la crise du capitalisme et sa manifestation impérialiste. Partir de là est donc très important pour pouvoir discuter des possibilités de faire face à la situation.</p>



<p>Depuis la révolution de 1979 la place que le régime veut donner à l’Iran dans la compétition régionale façonne la société. Des révoltes très fréquentes et très massives éclatent. La dernière en date a été complètement stoppée par les bombardements d’Israël et des États-Unis.</p>



<p><strong>Sous l’emprise de l’impérialisme</strong></p>



<p>Tout au long du XXè siècle l’Iran a été convoité par les grandes puissances pour ses ressources pétrolières et pour sa situation géostratégique au Moyen-Orient.<br>Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées. Il y a aussi des zones avec de fortes concentrations ouvrières, liées à l’économie du pétrole. Une bourgeoisie nationale se développe mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle de firmes anglaises puis US.<br>Dès les années 1970, les salarié&rsquo;es, les ouvrier&rsquo;es représentent à peu près un tiers de la population.<br>Les bazars contrôlent l’essentiel du commerce, de gros et plus encore de détail. Mais se développe également dans les grandes villes une élite iranienne qui arrive à vivre des revenus du pétrole, qui s’occidentalise dans ses modes de vie, en même temps que des bidonvilles énormes se mettent en place autour des grandes villes et notamment de Téhéran.</p>



<p><strong>La révolution par étapes</strong></p>



<p>C’est dans ce contexte qu’émergent de grandes révoltes. Elles produisent des débats dans la gauche iranienne. Ce qui domine sont les théories staliniennes, qui estiment que dans un pays relativement peu développé économiquement il est impossible pour la classe ouvrière de changer la société et de parvenir au socialisme. Il faut préalablement passer par un développement capitaliste de la société, qui ne peut être réalisé qu’en soutenant la bourgeoisie dans ses velléités d’acquérir une indépendance nationale qui permettra de développer économiquement le pays<sup data-fn="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" class="fn"><a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link">1</a></sup>.<br>Cette théorie de la révolution par étapes s’était concrétisée une première fois par le soutien de la gauche au gouvernement de front national dirigé par Mossadegh qui prend le pouvoir en 1952. Mossadegh prend la décision de nationaliser le pétrole iranien. Très rapidement la Grande-Bretagne riposte, soutenue par les Etats-Unis – et organise un coup d’état en août 1953, qui réinstalle le régime autocratique du Shah.<br>Effrayée par le soulèvement populaire créé par la victoire de Mossadegh, la bourgeoisie nationale s’est finalement rangée du côté de l’impérialisme américain et britannique. La répression décapite la gauche. Des mouvements liés aux mosquées et dirigés par le clergé se mettent alors à jouer un rôle central dans la contestation populaire des décennies qui vont suivre.</p>



<p><strong>La révolution de 1979</strong></p>



<p>Des manifestations démarrent en 1977 pour une démocratisation, puis des soulèvements dans les bidonvilles. A la fin de l’année les grèves se développent. En un an se développent des comités de quartier &#8211; les Komitehs &#8211; et des comités d’usines &#8211; les Shoras. Dans de nombreux endroits les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise. Mais la gauche ne pousse pas pour que ces comités se coordonnent et s’organisent en pouvoir alternatif. Elle continue de penser que le pouvoir doit être occupé par la bourgeoisie nationale qui cherche l’indépendance.<br>Par contre, le mouvement des mosquées se développe, avec une personnalité – Khomeini – qui a un réseau très important au niveau national et qui propose une direction politique, celle de prendre le pouvoir. Il a une base relativement importante dans la nouvelle classe moyenne qui s’est construite dans les entreprises.<br>Quand le Shah prend la fuite ce n’est donc pas la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, ni la bourgeoisie qui souhaitait un retour à l’ordre, mais la classe moyenne sous la direction de l’ayatollah Khomeini.</p>



<p><strong>De l’anti-impérialisme des classes moyennes…</strong></p>



<p>Le gouvernement mis en place par Khomeini n’est pas un gouvernement complètement lié à la bourgeoisie. Et il va mettre en place des mesures radicalement différentes de ce qui a existé jusqu’alors. En nationalisant toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux auparavant, il réintègre dans la sphère publique des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures sont apparues comme anticapitalistes. En France, Sartre, Foucault, Simone de Beauvoir célèbrent Khomeini comme un militant anti impérialiste. Les théories sur « l’islam révolutionnaire » fleurissent, de même que les tentatives de synthétiser islam et marxisme.<br>Pour stabiliser son pouvoir et assurer sa base sociale, Khomeini va alterner des attaques sur sa gauche et sur sa droite. Il va s’allier avec la bourgeoisie nationale pour détruire les Komiteh et les Shoras. Puis, en novembre 1979, il organise l’occupation de l’ambassade des États-Unis durant plusieurs mois, contre l’avis de la bourgeoisie iranienne. Cet acte est resté dans l’histoire comme un défi à l’impérialisme.</p>



<p><strong>… à la crise du capitalisme d’État</strong></p>



<p>Pour stabiliser un système au point de départ instable, Khomeini va s’appuyer sur deux choix politiques.<br>Il développe progressivement, via les nationalisations et grâce aux revenus pétroliers une forme de capitalisme d’État. Il crée ainsi une énorme bureaucratie qui sera la base sociale du régime.<br>Et il va utiliser la guerre et le nationalisme pour délégitimer et détruire physiquement toute opposition comme complice de l’impérialisme. Il va ainsi grandement bénéficier de la guerre meurtrière avec l’Irak à partir de 1980. Surtout quand l’Irak obtiendra le soutien US.<br>Comme les autres capitalismes d’État (des pays de l’est à l’Egypte) le régime islamique rentre en crise à la fin des années 1980 du fait de la de crise économique au niveau international. C’est aussi la fin de la guerre avec l’Irak et la mort de Khomeini.<br>Les rivalités éclatent alors au sein de la classe dirigeante iranienne entre la bureaucratie d’État qui veut prolonger son régime sous couvert d’anti-impérialisme et une partie de la bourgeoisie plutôt tournée vers la mondialisation qui veut faire des compromis avec les puissances impérialistes et tente d’emporter l’adhésion de la population par des promesses de réformes démocratiques.<br>Ces deux factions vont s’affronter régulièrement depuis lors. Quand des soulèvements populaires ont lieu, cela rouvre les rivalités.<br>Chaque fois que la frange libérale arrive au pouvoir et qu’elle essaye de négocier avec l’impérialisme son intégration au marché mondial, la frange conservatrice utilise son discours anti-impérialiste pour renforcer sa légitimité.<br>C’est le cas avec Khatami qui collabore avec les USA dans l’invasion de l’Afghanistan. C’est la cas avec Rohani en 2013 qui parvient à un accord sur le nucléaire avec les USA en 2015.</p>



<p><strong>Impérialisme régional</strong></p>



<p>Cette situation fait que le débat sur la nature anti-impérialiste du régime continue encore à l’heure actuelle. L’Iran se présente comme le chef de file de « l’axe de la résistance » contre le sionisme et l’impérialisme occidental. Il a apporté son soutien au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, aux Forces de mobilisation populaire en Irak et à d’autres groupes de moindre envergure.<br>Cela découle de l’émergence de l’Iran en tant que puissance régionale, en lice pour la domination de la région. L’Axe s’inscrivait dans la stratégie iranienne « d’anneau d’étranglement » contre Israël, qui consistait à soutenir ses alliés sans s’exposer à un affrontement ouvert.<br>Pour pouvoir se maintenir, l’Iran s’est inséré dans un système international capitaliste. Il a donc dû accepter les lois de la compétition et de l’accumulation et y trouver sa place.</p>



<p>Le déclin des USA et leur difficulté à maintenir leur hégémonie dans la région après l’invasion de l’Irak en 2003 ont conduit d’autres grandes puissances à investir cette zone, notamment la Russie et la Chine. L’Iran a noué des alliances avec ces autres puissances. La Chine achète 90% du pétrole iranien et est devenue le premier partenaire commercial de l’Iran. Lors de la révolution en Syrie en 2015 l’Iran a fait le choix de soutenir le régime de Bachar al-Assad aux côtés des forces russes.<br>Quand Israël décide d’aller bombarder l’Iran, c’est clairement avec l’idée de déstabiliser ce qui apparaît comme une puissance concurrente à l’échelle régionale. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la région. Cela a été le cas en 1967 quand Israël a attaqué l’Égypte et la Syrie. Cela a été le cas en 1980 lorsqu’Israël envahit le Liban.</p>



<p><strong>Une seule solution, l’anti-impérialisme de notre classe</strong></p>



<p>En Iran, en 2021 une grève de salariés du pétrole a eu un impact très fort, symboliquement – du fait de son rôle moteur dans la révolution de 1979 – et politiquement &#8211; les revenus du pétrole permettent à l’État iranien de fonctionner. De 10 à 15 000 salariés du pétrole ont fait grève. Ils ont produit une plateforme dans laquelle ils disaient clairement qu’ils refusaient toute intervention étrangère qui se présenterait en soi-disant soutien à leur lutte, et qu’ils souhaitaient apporter leur solidarité internationale avec les luttes de libération de la Palestine, du Yémen et du Liban2<sup data-fn="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" class="fn"><a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link">2</a></sup>. Cela s’était déjà produit en 1979, où la révolution en Iran s’était combinée à des révoltes en Égypte.<br>Le meilleur soutien qu’on puisse apporter, c’est donc de reprendre le fil des analyses en termes de développement inégal et combiné, et donner de la force aux théories internationalistes qui considèrent que la seule solution face à l’impérialisme et aux régimes réactionnaires, c’est la lutte des peuples eux-mêmes pour leur émancipation.</p>



<p><strong>Vanina Giudicelli (Paris 20)</strong></p>



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<p><strong>Quand les lignes rouges deviennent chauvines</strong><br><br>À de nombreuses reprises, la présence de cortèges avec des drapeaux iraniens ont fait polémique dans les manifestations en France.<br>Exclure ces cortèges accusés d’être en soutien du pouvoir iranien serait un acte politique de solidarité avec un peuple qui subit la répression sanglante du régime. Cette position, au cœur d’une puissance impérialiste, nous oblige donc à rappeler que :<br>&#8211; Le premier acte politique en solidarité avec le peuple qui se soulève régulièrement en Iran contre le régime devrait être de lutter pour faire arrêter les bombes qui tuent ce peuple et l’empêchent de lutter contre le régime.<br>&#8211; La base d’un mouvement antiguerre ne peut être de tirer un trait d’égalité entre impérialisme et pays agressé (comme le font des textes syndicaux qui parlent de « belligérants »). La responsabilité historique de l’impérialisme dans les catastrophes internationales sont sans commune mesure avec celles des pays dominés par l’impérialisme. L’impérialisme a façonné l’histoire de l’Iran depuis plus d’un siècle. Les bombardements ont mis un coup d’arrêt aux luttes du peuple iranien pour sa liberté. Aucun peuple ne se libère sous les bombes. Les catastrophes des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, le génocide en Palestine, etc. devraient pourtant servir de leçon.<br>&#8211; Nous n’attendons pas d’une manifestation que tous les cortèges soient en accord sur toutes les questions, mais se retrouvent dans ce qui devrait constituer les bases d’un mouvement antiguerre : l’arrêt de l’agression impérialiste et sioniste en Iran. Nous devrions alors aussi exclure de nos manifestations les organisations françaises qui ont soutenu des interventions impérialistes, se réfèrent au droit international, sont dans des internationales avec des partis qui constituent des dictatures, ou reconnaissent l’entité sioniste. Ne pas le faire revient à adopter une position chauvine puisque cela revient de fait à considérer ces positions comme moins problématiques.<br>&#8211; Un réel combat internationaliste devrait plutôt chercher à promouvoir les idées et les actes qui considèrent l’ennemi principal dans notre propre pays comme condition de l’émancipation générale. Notre responsabilité est donc de construire un mouvement de masse qui cherche à briser l’impérialisme français et occidental.</p>



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<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f"> Les débats qui ont dominé la gauche iranienne ne sont pas limités à ce pays. La révolution russe qui avait eu lieu au début du 20e siècle concernait un pays dont les caractéristiques économiques étaient relativement similaires. Trotsky analyse la situation économique de façon opposée à celle que les staliniens vont adopter plus tard. Pour un exposé de sa théorie, on pourra lire par exemple l’article de Cédric Piktoroff, <a href="https://quefaire.lautre.net/Jusqu-au-bout">« Jusqu’au bout ! La théorie de la révolution permanente »</a>  <a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3">Peyman Jafari est un chercheur iranien spécialiste des mouvements en Iran. De nombreux articles sont disponibles, dont certains traduits en français. <a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/">Iran, (anti)impérialisme et révolution</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:27:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Revue d'A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front Uni]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Islamophobie]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10822</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #20 &#8211; janvier 2026 « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. » Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans « <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/" title="Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d&rsquo;A2C #20 &#8211; janvier 2026</strong></p>



<p><em>« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. »</em></p>



<p>Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans <em>« Peau noire, masques blancs » </em>(1952), Frantz Fanon nous met en garde sur l&rsquo;unicité du racisme dont l&rsquo;antisémitisme était à cette époque la pointe avancée. Dit d&rsquo;une autre façon, il ajoute : <em>« Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe »</em>.</p>



<p>Quelque 70 ans plus tard, cette phrase garde tout son sens en parlant des musulman·es. Si l&rsquo;antisémitisme n&rsquo;a pas disparu, c&rsquo;est l&rsquo;islamophobie qui est aujourd&rsquo;hui le racisme assumé par le camp réactionnaire dans la bataille politique : rapport sur « l&rsquo;entrisme des Frères Musulmans <em>»</em> présenté en conseil de défense, expulsions d&rsquo;imams, multiples lois visant les musulman·es…</p>



<p>Ainsi, une partie de notre classe fait face à un arsenal de théories racistes, de plus en plus épaulées par les appareils d’État et la bourgeoisie. Cette sinistre idéologie de l&rsquo;ennemi de l&rsquo;intérieur, secondée par le matraquage de la laïcité à tout va, est la colonne vertébrale de l&rsquo;islamophobie.</p>



<p>Mais cette idéologie a une fonction. De la même façon que le racisme anti-noir a servi de légitimation de la mise en esclavage des africain·es et de la domination coloniale, l&rsquo;islamophobie sert un agenda politique raciste pour renforcer le camp réactionnaire et alimenter la funèbre logique de l&rsquo;impérialisme occidental.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Derrière l&rsquo;islamophobie, se cache l&rsquo;impérialisme</strong></h1>



<p>Quel lien entre un racisme qui explose, la course effrénée au développement de nouvelles technologies comme l&rsquo;IA, l&rsquo;austérité imposée aux peuples du monde entier et l&rsquo;explosion des budgets d&rsquo;armement et de ses guerres coloniales associées ? Le capitalisme. Et pour comprendre pourquoi le capitalisme alimente racisme et guerres impériales, il faut comprendre la logique même d&rsquo;un système économique basé sur l&rsquo;accumulation de capital.</p>



<p>Pour accumuler du capital, une entreprise a besoin d&rsquo;être compétitive. Sauf que sur le marché, la concurrence est rude. Par exemple, au cours des années 2010 et la généralisation d&rsquo;achats sur internet, les entreprises de vente en ligne voyaient leur marge nettement augmenter. Après le COVID, entre la concurrence accrue et les monopoles des géants comme Amazon, les prix ont drastiquement baissé (donc les profits avec). C&rsquo;est la trajectoire même du capital, appelée aussi « la baisse tendancielle du taux de profit <em>»</em>. Les profits baissent, mais il faut continuer d&rsquo;en faire coûte que coûte pour la survie de l&rsquo;entreprise. Pour cela, plusieurs solutions : baisser les salaires et supprimer des emplois (austérité) ; développer des nouvelles technologies (augmenter la productivité) ; étendre son marché vers d&rsquo;autres pays ou d&rsquo;autres secteurs et créer un monopole (guerres impérialistes).</p>



<p>C&rsquo;est vrai dans tous les domaines. Alors quand on parle ressources et matériaux (pétrole, uranium, terres rares&#8230;), on voit vite comment les enjeux territoriaux peuvent être énormes. Ainsi, la guerre économique entre les entreprises peut rapidement se muer en guerre tout court pour l&rsquo;accès aux ressources.</p>



<p>Cela explique en partie la situation au Yémen : depuis 2015, la coalition de pays arabes dirigée par l&rsquo;Arabie saoudite (et soutenue par les pays occidentaux) maintient le pays sous blocus naval et aérien, causant plus de 377 000 morts (par famine et bombardements indiscriminés). Objectifs : affaiblir le mouvement Ansarullah (Houthis, alliés de l&rsquo;Iran) pour sécuriser les routes commerciales comme le détroit de Bab el-Mandeb (12 % du pétrole mondial) et protéger les intérêts des multinationales pétrolières occidentales comme BP et Chevron.</p>



<p>Mais les guerres impérialistes ont un coût, et pour faire accepter ce coût à son peuple, un État doit trouver des justifications. C&rsquo;est là qu&rsquo;intervient la construction d&rsquo;un ennemi commun contre lequel l’État, tel un pompier-pyromane, nous garantira protection en échange de concessions politiques (restrictions des libertés) et économiques (l&rsquo;austérité).</p>



<p>Depuis la révolution iranienne de 1979, dans laquelle les États-Unis (alliés du pouvoir déchu) craignaient pour leurs intérêts, cet ennemi commun, ce sont les musulman·es ou supposé·es comme tels, et les pays dits musulmans. Ensuite, l&rsquo;attaque du 11 septembre a largement été exploitée pour accélérer cette doctrine.</p>



<p>Ennemi de l&rsquo;extérieur pour justifier le colonialisme et les guerres impérialistes. Ennemi de l&rsquo;intérieur pour empêcher l&rsquo;unification de notre classe et favoriser l&rsquo;exploitation.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Défendre l&rsquo;unité, c&rsquo;est défendre les musulman·es</strong></h1>



<p>Si l&rsquo;islamophobie est aujourd&rsquo;hui la pointe avancée de l&rsquo;impérialisme occidental, elle s&rsquo;attaque en 1ᵉʳ lieu aux musulman·es, ou supposé·es, en instrumentalisant la lutte contre le terrorisme : invasion de l’Afghanistan par les USA en 2001, attaques « préventives <em>»</em> contre l&rsquo;Iran par Israël l&rsquo;année dernière, ostracisation des musulman·es de France… La liste est longue, et chacun de ses tirets devrait nous révolter en soi.</p>



<p>En plus de ces innombrables violences, l&rsquo;exclusion sociale des musulman·es nous divise et sert l&rsquo;exploitation de l&rsquo;ensemble de la classe ouvrière. Car face à une classe faible et divisée, dans laquelle on a laissé le racisme s&rsquo;immiscer, le patronat peut aisément imposer des conditions de travail qui nous sont de plus en plus défavorables. C&rsquo;est ce qu’explique le sociologue marxiste Al Szymanski. Il nous dit à propos des États-Unis des années 70 : « Plus la discrimination raciale est intense, plus bas sont les salaires des Blancs du fait de la variable intermédiaire de la solidarité de la classe ouvrière – en d’autres termes, le racisme désavantage économiquement les travailleurs blancs parce qu’il affaiblit l’organisation syndicale en détruisant la solidarité entre travailleurs noirs et blancs »<sup data-fn="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" class="fn"><a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link">1</a></sup>.</p>



<p>Quand les musulman·es se font attaquer, c&rsquo;est tout le camp social qui perd de la force.</p>



<p>De la même façon, l&rsquo;accélération des dissolutions d&rsquo;associations de ces dernières années a d&rsquo;abord visé des organisations cultuelles musulmanes (comme celle de la mosquée de Lagny-sur-Marne), puis celles de lutte contre l&rsquo;islamophobie (le CCIF<sup data-fn="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" class="fn"><a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link">2</a></sup>, aujourd&rsquo;hui réformé en CCIE<sup data-fn="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" class="fn"><a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link">3</a></sup>). Devant la non-réaction du camp social, pourquoi le gouvernement n&rsquo;étendrait-il pas ces attaques à des collectifs antifascistes ou écologistes ? C&rsquo;est exactement le déroulé de ces 10 dernières années, où la réaction de notre camp a réellement commencé qu&rsquo;avec la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre, puis celle de la Jeune Garde ou d&rsquo;Urgence Palestine.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>La laïcité comme arme de guerre</strong></h1>



<p>Parmi les nombreux outils pour attaquer les musulman·es, la laïcité revient souvent sur la table. Elle est brandie messianiquement à chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de taper sur les musulman·es. Sur les plateaux télé évidemment, mais aussi pour faire passer la batterie de lois islamophobes persécutant et excluant de l&rsquo;espace public et de l&rsquo;école nos camarades musulman·es (par exemple avec la loi de 2004 sur les signes religieux qui a servi de pied dans la porte des nombreuses lois islamophobes qui ont suivi).</p>



<p>À en croire les dires de l’État et de ses relais médiatiques, le musulman menacerait par définition les valeurs de la République, notamment parce qu&rsquo;il serait en contradiction avec la laïcité définie par la loi de 1905.</p>



<p>Il serait communautariste (voire séparatiste) lorsqu&rsquo;il prend soin de sa communauté. Autrement, il est taxé d&rsquo;entriste quand il correspond aux attentes républicaines, du style quand le lycée Averroès obtient des résultats exceptionnels au bac.</p>



<p>Pile tu perds, face tu perds.</p>



<p>À gauche, c&rsquo;est un peu plus subtil. Pour la loi de 2004 et pendant plus de 10 ans, c&rsquo;était surtout complaisance et grand silence. Aujourd&rsquo;hui, dans les balbutiements de soutien, il a souvent été pointé la non-exemplarité politique (impossible à avoir) des musulman·es visé·es par les violences d’État en scrutant chacune de leurs déclarations et de leurs liens passés.&nbsp;</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Islamophobie : les blocages à gauche</strong><strong><br></strong></h1>



<p>Pour que la gauche s’engage pleinement, déjà il lui faut dépasser son islamophobie encore présente jusque dans les cercles militants. Par exemple à Rennes, dans le mouvement pour la Palestine, une proposition en interne de l&rsquo;AG Palestine fut de faire une doha (prière) pour les morts à Gaza, mais celle-ci a été empêchée. De même pour les slogans en arabe, ça a été difficile de les faire accepter.</p>



<p>C&rsquo;est parfois une doctrine moraliste anti-religieuse qui empêche la solidarité. À l&rsquo;image de cette citation de Bakounine, dans son livre Dieu et l&rsquo;État, qui fut pourtant pendant longtemps sur ma table de chevet : <em>« Si Dieu est, l&rsquo;homme est esclave ; or l&rsquo;homme peut, doit être libre, donc Dieu n&rsquo;existe pas »</em>. Une vision binaire de la croyance, opposée à toute religion qui serait naturellement obscurantiste. Cela nous empêche d&rsquo;avoir une lecture matérialiste des structures oppressantes réellement à l’œuvre, en vue de les combattre.</p>



<p>Enfin, c&rsquo;est aussi une volonté de détruire le potentiel outil de résistance qu&rsquo;est l&rsquo;islam.&nbsp;</p>



<p>À droite, pour briser la résistance à l&rsquo;hégémonie capitaliste et impérialiste.</p>



<p>À gauche, car la seule identité légitime pour faire la révolution serait celle du prolétaire, toute autre identité est vue comme divisant la classe ouvrière. Si notre classe est effectivement traversée par des contradictions, c&rsquo;est une erreur de ne pas les prendre en charge et de laisser une partie de notre classe (ici les musulman·es) seule face aux violences racistes. Car l&rsquo;unicité se construit en opposition aux stratégies de division de la classe dirigeante.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Lutter aux côtés des musulman·es</strong></h1>



<p>Face à ceux et celles qui nous accusent de complicité avec les musulman·es, il faut plaider coupable<sup data-fn="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" class="fn"><a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link">4</a></sup>. Coupable de défendre la liberté de culte. Coupable de défendre la Palestine, de la mer au Jourdain. Coupable de défendre la liberté, l&rsquo;égalité et la fraternité réelle pour toutes et tous. Chaque musulman·e attaqué·e pour ce qu&rsquo;il est, se doit d&rsquo;être défendu·e, qu&rsquo;importe les différents politiques existant. Que ce soit l&rsquo;imam Hassan Iquioussen victime de la loi séparatisme et menacé d&rsquo;expulsion, ou Omar Alsoumi arrêté pour « apologie de terrorisme <em>»</em> pour avoir soutenu la résistance palestinienne, ou une mosquée attaquée, nous devons réagir depuis nos collectifs. Chaque solidarité effective contre les violences islamophobes participe à l&rsquo;unification de notre classe, et donc nous renforce collectivement.</p>



<p>Malgré tout, dans les moments critiques, nous pouvons entrapercevoir nos possibles alliances. Lors de l&rsquo;horrible meurtre filmé d&rsquo;Aboubakar Cissé en pleine prière, une partie de la gauche radicale a rapidement réagi pour participer aux mobilisations.</p>



<p>De la même façon, les 2 dernières années de lutte contre le génocide à Gaza et la colonisation en Cisjordanie sont parties d&rsquo;un mouvement par en bas et ont montré qu&rsquo;avec un objectif clair (arrêter le génocide), il est possible de dépasser nos contradictions et de lutter au coude à coude, musulmans ou non. Pour autant, les quelques ponts qui se sont créés se sont faits au prix du sacrifice de centaines de milliers de palestinien·nes, et globalement la réaction de notre camp reste très loin d&rsquo;être satisfaisante.</p>



<p>Maintenant, il faut arrêter d&rsquo;essentialiser les organisations musulmanes ou de les voir comme un bloc homogène, pour les considérer pour ce qu&rsquo;elles sont : des forces politiques avec lesquelles il est possible de s&rsquo;allier pour les prochains combats à mener, en particulier pour créer un front commun conséquent contre le racisme et le fascisme.</p>



<p><strong><em>Camille (A2C Rennes)<br></em></strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f"> A. Szymanski, <em>« Racial Discrimination and White Gain »</em>, American Sociological Review, 41 (1976), pp. 409-412. <a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a">CCIF : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en France <a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79">CCIE : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en Europe <a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b">Inspiré de l&rsquo;article<em> « Contre l’islamophobie : le 11 mai et après, aimez-nous vivants »</em>, Nadia Meziane, lignes-de-cretes.org <a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<item>
		<title>Cahiers #20 : pourquoi cette revue, pourquoi ce sommaire ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/revue-da2c/pourquoi-cette-revue-pourquoi-ce-sommaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 00:25:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue d'A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10710</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans chacune de nos luttes comme dans la remise en question globale de la société, nous avons besoin d’élaborer des stratégies pour gagner. Ni les livres, ni les expériences passées ne donnent des réponses clés <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/revue-da2c/pourquoi-cette-revue-pourquoi-ce-sommaire/" title="Cahiers #20 : pourquoi cette revue, pourquoi ce sommaire ? ">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Dans chacune de nos luttes comme dans la remise en question globale de la société, nous avons besoin d’élaborer des stratégies pour gagner. Ni les livres, ni les expériences passées ne donnent des réponses clés en main pour aujourd’hui, mais ils sont des outils incontournables pour les obtenir. Cette revue est donc un espace pour rendre explicites et lisibles les analyses que les militant·es d’a2c élaborent, et qui les amènent à défendre certaines stratégies. La théorie est pour nous inséparable de l’action militante : elle doit s’élaborer à partir des expériences réelles de la lutte des classes, des débats qui s’y posent, comme elle se teste dans les pratiques et les propositions militantes qui en découlent.</em></p>



<p>Ce numéro sera diffusé dans une période de campagne électorale des Municipales. Quand ce qui domine est la délégation des questions politiques à d’autres, la question devient comment intervenir en terrain piégé. L’article <strong>« Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</strong> <strong>»</strong> apporte des éléments de réflexion. Parmi ceux-ci, le fait que les fascistes vont tenter d’utiliser cette séquence comme un moyen de s’implanter et constituer une base active. Nous devons donc redoubler d’efforts pour constituer des fronts unitaires de lutte antifasciste. Des expériences sont menées par des camarades, qui éclairent sur les potentialités et les débats. Par exemple : <strong>« S’organiser contre les campagnes électorales des fascistes : une urgence et plein de débats ! » </strong>sur Marseille, ou <strong>« Antifascisme et sécurité » </strong>dans le 93. C’est à partir de ce type de lutte et des expériences faites en commun que nous pouvons le mieux convaincre de l’impasse du réformisme, dont la force repose en grande partie sur le fait que notre classe serait devenue trop hétérogène pour se constituer en pouvoir alternatif. <strong>« À propos de <em>Nouveau Peuple, nouvelle gauche</em> : des arguments pas si nouveaux », </strong>est une réponse à cet idée, à travers une lecture critique du dernier livre édité par l’Institut La Boétie de La France Insoumise.</p>



<p>La centralité de l’antiracisme qui nous guide comme boussole à A2C nous amène à considérer ces luttes comme primordiales dans la période. La mobilisation du 18 décembre cette année a franchi un cap avec le mot d’ordre de la <strong>«&nbsp;journée sans nous&nbsp;»</strong> et l’ambition de faire de cette date un jour de grève politique. Nous proposons d’abord un retour sur cette mobilisation et celles des dernières, tout en approfondissant le lien indissoluble entre <strong>antiracisme et lutte de classe</strong>. Parce que l’antiracisme est nécessaire pour l’unité de toute la classe, il nous faut nous tenir fermement au côté de toutes celles et ceux qui le subissent et le combattent&nbsp;: alors que les attaques contre les musulman.e.s se multiplient dans la continuité de la progression du danger fasciste en France, nous devons continuer d’affirmer qu’il n’y aura <strong>pas de front commun antifasciste sans luttes contre l’islamophobie</strong>. Ainsi, vous trouverez aussi dans ce numéro un retour d’expérience sur une <strong>mobilisation large contre l’islamophobie à Saint-Brieuc</strong> à l’initiative du Front commun antifasciste des Côtes d’Armor.</p>



<p>Car l’unité de toute notre classe est une préalable non-négociable à l’expansion et à la coordination de nos luttes, il est impératif d’effectuer un retour critique sur les mouvements qui ont secoué ces dernières années et dans lesquels nous nous sommes investi.e.s. La formidable offensive depuis 2017 d’une «&nbsp;quatrième vague&nbsp;» féministe a rebattu les cartes de la lutte en mettant l’accent sur la question des violences sexistes et sexuelles et en faisant réémerger la perspective de la grève féministe. Quelques années après, alors que les mouvements réactionnaires et fascistes continuent de progresser, nous proposons un court bilan sous forme de <strong>point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe </strong>pour poursuivre les discussions et repasser à l’attaque.</p>



<p>L’accélération de la marche vers l’affrontement impérialiste doit tou.te.s nous engager à la construction d’un vaste mouvement anti-guerre. Cependant, les conditions de l’unité sont encore loin d’être là et les divergences à l’intérieur du mouvement n’ont fait que s’accentuer depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. C’est pour prolonger les polémiques de façon constructive que nous continuons d’affirmer que l’émancipation des ukrainien.ne.s envahi.e.s par la Russie de Poutine ne peut reposer sur l’aide des impérialistes occidentaux et qu’ici comme là-bas nous devons <strong>refuser l’union sacrée avec Trump et Macron</strong>. Alors que le soutien à la résistance palestinienne est de plus en plus criminalisé en France, nous nous devons de clarifier nos perspectives stratégiques pour le mouvement d’un point de vue le plus internationaliste possible et de mettre en avant le rapport nécessaire entre le combat des palestinien.ne et la libération de tout le Moyen-Orient. C’est à partir de la première déclaration de Georges Abdallah à son retour à Beyrouth que nous proposons d’examiner les liens entre <strong>le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière égyptienne.</strong> Enfin, parce que le pire n’est jamais sûr et à rebours des interprétations historiques dominantes, nous vous partageons un lien vers une introduction d’un camarade qui répond à la question&nbsp;: <strong>qu’est-ce qui a vraiment mis fin à la première guerre mondiale&nbsp;?</strong></p>
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		<title>Pourquoi le marxisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/pourquoi-le-marxisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Oct 2025 09:49:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[émancipation]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte des classes]]></category>
		<category><![CDATA[minorité]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">«&#160;L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. (&#8230;) Oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/pourquoi-le-marxisme/" title="Pourquoi le marxisme ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>«&nbsp;L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. (&#8230;) Oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société toute entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.&nbsp;»</em></p>



<p>Voilà comment commence le <em>Manifeste du parti communiste</em> de Marx.</p>



<p>Si l’on définit par marxisme toutes les expériences, luttes et analyses développées sur la base des écrits de Marx, alors le marxisme est la théorie de la lutte contre le capitalisme, la théorie de la révolution.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Révolutionnaire</strong></p>



<p>Les idéologues dominants ne nient pas qu’il existe une histoire. Mais cette histoire s’arrête au capitalisme qui, quels que soient ses défauts, serait l’organisation sociale «&nbsp;naturelle&nbsp;», celle qui correspondrait le mieux à ce qui serait la «&nbsp;nature humaine&nbsp;».</p>



<p>Pour Marx, le capitalisme, en tant que société de classes, peut et doit être dépassé.</p>



<p>L’histoire est faite par les êtres humains sur la base de leurs intérêts matériels et non par de grands principes, le progrès, la raison, la civilisation&#8230;</p>



<p>A rebours des livres qui résument l’histoire à celle des grands hommes, rois, reines, intellectuels, présidents, etc., l’histoire selon Marx est faite par les grandes masses.</p>



<p>Le marxisme est la théorie qui montre que la révolution est non seulement nécessaire mais surtout qu’elle est possible.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Bases matérielles</strong></p>



<p>C’est la simplicité évidente du point de départ de Marx qui est subversive&nbsp;: toute société humaine s’explique d’abord par la manière dont les êtres humains s’organisent pour produire ce dont ils et elles ont besoin. Cette organisation est fonction des conditions naturelles et des connaissances et moyens disponibles pour en utiliser les ressources (moyens de production et formes de coopération, ce que Marx a appelé forces productives).&nbsp;</p>



<p>Il a fallu des milliers d’années à l’humanité pour développer des connaissances, des techniques et des formes d’organisation capables de dépasser la production de moyens de survie immédiate (cueillette, chasse&#8230;).</p>



<p>Il y a 10 000 ans, de nouvelles formes de subsistance (culture, élevage) permirent&nbsp; la production d’un surplus. L’existence matérielle de ce surplus a entraîné le développement d’une couche sociale, détachée de la production directe, vouée à la «&nbsp;gouvernance&nbsp;»&nbsp; de ce surplus et en vivant.</p>



<p>Il fallut encore des milliers d’années pour que cela provoque une réorganisation profonde des rapports sociaux et une division de la société en classes aux intérêts antagonistes.</p>



<p>La minorité vivant du travail de la majorité s’est mise à identifier ses intérêts propres, l’extraction d’une part plus importante des produits du travail, avec l’intérêt général. Marx appelle cette extraction du surplus, l’exploitation.</p>



<p>Commence alors cette phase décrite par le <em>Manifeste</em> où l’histoire devient l’histoire des luttes de classes.&nbsp;</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Lutte de classe, histoire et révolution</strong></p>



<p>Un philosophe allemand, Hegel avait écrit que la contradiction est <em>«&nbsp;à la racine de tout mouvement et de toute vie&nbsp;»</em>, la seule réalité est le changement, le mouvement.&nbsp;</p>



<p>Pour Marx le mouvement de l’histoire est le produit des contradictions de classe qui mènent au conflit permanent, «&nbsp;tantôt ouvert, tantôt caché&nbsp;» entre la minorité vivant du surtravail et les producteurs et productrices.</p>



<p>Et, <em>«&nbsp;à un certain niveau de leur développement, les forces productives </em>[découvertes technologiques, «&nbsp;amélioration&nbsp;» de l’organisation du travail&#8230;- DG]<em> entrent en conflit avec les rapports de production existants </em>[la division en classe correspondant &#8211; DG]<em>. (&#8230;) De formes de développement des forces productives, ces rapports en deviennent des entraves.&nbsp;»</em></p>



<p>Le capitalisme est un exemple extrême de ce développement. La pression à l’accumulation du capital, la division du travail ont permis un développement prodigieux de la production et des techniques. Mais ce sont aujourd’hui les mêmes impératifs du capital qui font que la surproduction côtoie la famine ou que des moyens considérables de contrôle, de surveillance et de répression sont développés pour empêcher des millions d’êtres humains d’utiliser les prodiges technologiques permettant de se déplacer sur toute la planète&#8230;</p>



<p>C’est alors, dit Marx, que la société entre dans des crises profondes, économiques, sociales et politiques, situations qui ne peuvent être résolues positivement que par la transformation révolutionnaire de la société c’est-à-dire le renversement de l’organisation sociale existante et de la classe sociale qui en bénéficie et la défend.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Lutte politique</strong></p>



<p>L’organisation sociale ne se réduit pas aux rapports de production. Marx explique comment se construit, sur cette base, tout un édifice social, politique, militaire, idéologique <em>«&nbsp;à quoi répondent des formes déterminées de la conscience&nbsp;»</em>. Édifice dont l’institution centrale est l’État et qui assure la reproduction du système.</p>



<p>Il s’ensuit que la lutte de classe n’est pas une lutte limitée aux rapports de production. Elle prend la forme de luttes idéologiques, politiques, de luttes contre l’État&#8230;</p>



<p>A celles et ceux qui &#8211; déjà&nbsp;! &#8211; réduisaient le marxisme à l’économisme, le compagnon de Marx, Engels&nbsp; expliquait&nbsp;: <em>«&nbsp;D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si quelqu’un dénature cette position en ce sens que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme ainsi en une phrase vide, abstraite, absurde.&nbsp;»</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="97877b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #97877b;" fetchpriority="high" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus.webp" alt="" class="wp-image-10142 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus.webp 900w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></figure>



<p class="has-medium-font-size"><strong>La folie du capitalisme</strong></p>



<p>Dans tous les systèmes qui ont précédé le capitalisme le travail était destiné à la consommation, fût-elle celle des exploiteurs. Marx explique ainsi que sous le féodalisme l’exploitation était limitée par <em>«&nbsp;les parois de l’estomac du seigneur&nbsp;»</em> (entretien de la cour, levée d’une armée&#8230;).</p>



<p>Mais une fois que les «&nbsp;besoins&nbsp;» étaient couverts, il n’y avait pas de pression pour produire davantage.</p>



<p>Sous le capitalisme, le profit n’est pas orienté essentiellement vers la consommation – soit-elle celle des capitalistes. Il est évident que Bernard Arnault ou Elon Musk ne vivent pas du tout comme nous. Il n’en reste pas moins que l’essentiel des profits de leurs entreprises est dirigé vers l’investissement ou les marchés financiers dans le but de créer plus de profit. Marx nomme ce processus l’accumulation du capital.</p>



<p>Augmenter constamment les profits pour pouvoir les réinvestir dans de nouveaux moyens de production, de nouvelles technologies et machines est indispensable pour augmenter la productivité et assurer la compétitivité vis-à-vis des capitalistes concurrents.</p>



<p>D’où le cycle infernal de la pression à l’accumulation, à l’augmentation permanente du taux d’exploitation.</p>



<p><em>«&nbsp;Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d&rsquo;ordre de l&rsquo;économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise&nbsp;».</em></p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Bases pour un autre système</strong></p>



<p>L’accumulation sans limites explique le dynamisme du capitalisme. C’est le premier système dans l’histoire de l’humanité à avoir tellement développé les richesses, ou la capacité à les produire, qu’il n’existe aucune raison à la misère, à la faim, à la pauvreté. Pendant des milliers d’années des êtres humains sont morts parce qu’il n’y avait pas assez de nourriture. Sous le capitalisme des gens meurent de faim parce qu’il y a trop de nourriture.</p>



<p>Il existe aujourd’hui les bases matérielles pour une organisation sociale qui ne soit plus déterminée par la lutte pour la survie, pour passer «&nbsp;du règne de la nécessité à celui de la liberté&nbsp;», ce qu’on peut appeler le communisme.</p>



<p>Le capitalisme a développé une autre base pour une société sans classe. La classe ouvrière est en effet la première classe exploitée de l’histoire de l’humanité à avoir été totalement dépossédée des moyens de production. Les prolétaires sont celles et ceux qui ne possèdent que leur force de travail.</p>



<p>C’est ce qui fait, pour Marx, de la classe ouvrière la classe potentiellement universelle. Car la prise de pouvoir des travailleurs et travailleuses signifie l’organisation de la production – et donc de toute la société &#8211; sur une base collective et la disparition des classes sociales.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Système en crise</strong></p>



<p>Les mêmes raisons qui expliquent le dynamisme du capitalisme le poussent vers des crises non seulement régulières mais aussi de plus en plus profondes.</p>



<p>La production capitaliste combine la planification de la production avec l’anarchie du marché. Il faut une division du travail très poussée et une planification très précise pour la production et l’assemblage d’un ordinateur, d’une voiture ou d’un téléphone. Par contre la concurrence règne entre différents groupes et il n’y a pas de planification entre différentes branches, entre la production et le marché du travail, l’approvisionnement en matière première ou l’apport de capitaux. Ce qui fait que la chaîne globale du capitalisme entre dans des crises régulières.&nbsp;</p>



<p>Mais s’ajoute à cela le fait que ces crises sont de plus en plus profondes. L’accumulation du capital, poussée par la concurrence entre capitaux, amène les capitalistes à investir de plus en plus dans de nouvelles technologies et de nouvelles machines pour augmenter la productivité. Cette augmentation de la part relative des machines dans le capital, au détriment de la force du travail, provoque ce que Marx appelle la baisse tendancielle du taux de profit. Cette baisse des taux de profits est à la base des crises de plus en plus profondes qui ébranlent tout le système politique.</p>



<p>Cette double dynamique du capitalisme a amené Engels et la révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg à parler de l’alternative, socialisme ou barbarie. La barbarie porte aujourd’hui les noms de génocide, guerre, fascisme et catastrophe environnementale.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>L’émancipation</strong></p>



<p>Le mot d’ordre sans doute le plus connu de Marx est <em>«&nbsp;l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes&nbsp;»</em> qu’il nous faut impérativement féminiser.</p>



<p>Condensé de toute l’analyse de Marx c’est aussi une boussole pour déterminer ou juger toute stratégie révolutionnaire.</p>



<p>D’abord il n’y a pas de fatalisme chez Marx. Son analyse de l’histoire et du capitalisme ne détermine aucun but&nbsp;: socialisme ou barbarie. Les êtres humains ne choisissent pas les conditions dans lesquelles ils et elles font l’histoire. C’est bien pour cela qu’il faut s’efforcer de connaître et comprendre au mieux ces conditions. Mais ce sont eux et elles qui font l’histoire&nbsp;: l’issue de la lutte de classe ne peut être déterminée que par les classes elles-mêmes, leur niveau de conscience, d’organisation, de détermination.&nbsp;</p>



<p>Ensuite la classe ouvrière ne peut obtenir son émancipation de l’extérieur&nbsp;: l’émancipation des travailleurs et des travailleuses ne sera pas l’œuvre d’une minorité, d’un parti, d’un bon gouvernement ou d’un État, elle sera l’œuvre de dizaines de millions, de centaines de millions de travailleurs et de travailleuses. Marx a écrit que la révolution n’était pas seulement nécessaire pour changer les structures sociales et politiques. <em>«&nbsp;</em><em>Elle l’est également parce que seule une révolution permettra à la classe qui renverse l’autre de balayer toute la pourriture du vieux système qui lui colle après et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles.&nbsp;»</em></p>



<p>Denis Godard (Paris 20)</p>



<p><strong>Recommandations de lecture sur le sujet</strong></p>



<p>Pour commencer avec Marx&nbsp;(sur marxists.org) :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le Manifeste du parti communiste (<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm</a>)</li>



<li>Travail salarié et Capital (<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230-4.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230-4.htm</a>)</li>



<li>Salaires, prix et profits (<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm</a>)</li>
</ul>



<p>Une bonne introduction des idées de Marx&nbsp;:<br>Alex Callinicos, <em>Les idées révolutionnaires de Karl Marx</em>, éditions Syllepse.</p>



<p>Un livre magistral sur l’histoire&nbsp;:<br>Chris Harman, <em>Une histoire populaire de l’humanité</em>, éditions La Découverte.</p>



<p><strong>Recommandation audio sur le sujet :</strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Spotify Embed: Le matérialisme - comment Marx est devenu marxiste" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/5xF7e1iEU9A4suxukgVNMG?utm_source=oembed"></iframe>
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		<item>
		<title>Doit-on abolir la famille ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 12:51:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[violences sexistes et sexuelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/" title="Doit-on abolir la famille ? ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des enfants). Dans le même temps, dans certains milieux de la gauche révolutionnaire, on peut parfois entendre que la famille se situe hors de la sphère de la production capitaliste, et ce n’est donc pas sur ce terrain que se joue la lutte contre l’exploitation et pour la révolution.</em></p>



<p><em>C’est pour nourrir ces débats que l’idée de cet article est apparue. Doit-on abolir la famille, en tant que révolutionnaires ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ?</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La « famille », une construction sociale et historique</strong></h2>



<p>Quand on réfléchit à la famille, plein d’idées peuvent nous traverser. Pour certain·es, la famille représente un endroit où se reposer des contraintes de la sphère du travail, un espace de solidarité, nécessaire face à la violence du monde extérieur. Pour d’autres, la famille est un lieu où le poids de la norme écrase, voire le lieu de grandes violences. Parfois, la famille peut représenter les deux en même temps.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, une forme d’organisation sociale naturelle ?&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Dans les idées qui sont dominantes dans la société, la famille serait une réalité biologique, qui a toujours existé dans l’histoire : un homme et une femme formant un couple, et des enfants. Cette idée est d’ailleurs à la base de la rhétorique utilisée par les mouvements anti-LGBT, comme la Manif pour tous. Un autre exemple de définition majoritaire est celle utilisée par le droit : forment une famille celleux qui sont lié·es par des liens d’alliance ou de filiation.</p>



<p>Mais la famille telle qu’on la connaît aujourd’hui n’a pas toujours existé. Par exemple, au Paléolithique supérieur, les enfants naissaient et pouvaient par la suite être élevé·es par différents membres du groupe, et pas uniquement par ses géniteur·ices. La société n’était pas organisée autour d’unités construites à partir d’un couple et de ses enfants<sup data-fn="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811" class="fn"><a id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">1</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>L’évolution de la famille est liée à l’évolution des modes de production</em></strong></h3>



<p>Selon les analyses du matérialisme historique, l’évolution et l’organisation des sociétés peut être expliquée par l’évolution de la manière dont on produit et on échange les biens, et non pas par une évolution progressive des idées qui n’auraient pas de base matérielle, ou par une question de “nature humaine”. Si on applique cette grille de lecture à la famille, cela veut dire que l’on peut l’analyser comme :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une forme d’organisation de la société qui n’est pas naturelle</li>



<li>Et qui résulte du système de production et d’échange de biens actuels, c’est-à-dire du capitalisme.</li>
</ul>



<p>Pour expliquer cette idée, dans plusieurs ouvrages<sup data-fn="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56" class="fn"><a id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">2</a></sup>, Marx et Engels analysent les liens entre le développement du capitalisme urbain au XIXe siècle et l’évolution des formes de famille. Ils sont les premiers à construire une analyse cohérente et intégrée du rôle de la famille sous le capitalisme.</p>



<p>En Europe, avant l’industrialisation, les familles paysannes pouvaient produire chez elles, la production n’était pas séparée du lieu de vie. L’industrialisation produit un déplacement massif des gens dans les villes, et différencie le lieu de la production du foyer (on produit dans des usines et non plus chez soi). Ce changement brutal dans l’organisation de la production destructure les familles paysannes, et crée une crise de la reproduction de la force de travail<sup data-fn="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91" class="fn"><a id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">3</a></sup>.</p>



<p>Cette crise est corrélée à <strong>l&rsquo;avènement et à la consolidation de la famille bourgeoise</strong>, qui impose ses normes en termes de ce qu’est une “bonne famille ». Quelles sont ses caractéristiques ? Elle est hétérosexuelle, de taille réduite, privée, fondée sur le mariage et la monogamie.&nbsp;</p>



<p>Et ce que disent Marx et Engels, c’est que les caractéristiques de la famille bourgeoise peuvent s’expliquer par les besoins de cette classe.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"> <strong>Rôle et nature de la famille sous le capitalisme</strong></h2>



<p>Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Que la famille dans le système capitaliste est une façon d’organiser la société qui répond aux besoins de la classe dominante, car elle permet la reproduction de la société en classes. Elle fournit “<em>le mécanisme le moins cher et le plus idéologiquement acceptable de reproduction de la force de travail humaine”,</em> et elle <em>“reproduit en son sein les rapports hiérarchiques et autoritaires nécessaires au maintien de la société de classe dans son ensemble”</em><sup data-fn="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6" class="fn"><a id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">4</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, lieu de reproduction de la société de classes&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Elle permet d’abord, pour les capitalistes, la transmission du patrimoine d’une génération à une autre. Cette transmission est rendue possible par les liens d’alliance et de filiation. Le mariage permettait aux bourgeois de s’assurer que leur capital revenait à leurs enfants légitimes (les enfants nés hors mariage ne percevaient pas l’héritage). D’où la condamnation morale et juridique violente de l’infidélité des femmes bourgeoises.&nbsp;</p>



<p>Elle permet également, et c’est central, la reproduction de la force de travail, élément qui est la clé de voûte du système capitaliste. En effet, c’est la force de travail qui permet aux capitalistes de faire des profits. Dans ses travaux, Marx parle de la centralité de cette force de travail, mais n’explique pas vraiment comment cette force est reproduite. Des féministes marxistes comme Lise Vogel, Martha Gimenez, Johanna Brenner et, plus récemment, Susan Ferguson et David McNally, ont donc proposé une analyse qui complète les travaux de Marx : <strong>la théorie de la reproduction sociale</strong>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Reproduire la force de travail : un travail indispensable pour le capitalisme</em></strong></h3>



<p>Cette théorie explique quels sont les mécanismes qui permettent la reproduction de la force de travail. Et, spoiler, la famille est au cœur de cette reproduction, car elle prend en charge différents types d’activités qui permettent cette reproduction :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les activités qui régénèrent le·a travailleur·euse en dehors du processus de production, et lui permettent de retourner travailler. Celles-ci incluent : la nourriture, un lit pour dormir, des soins psychiques et émotionnels, des loisirs, le ménage du lieu de vie, l’entretien des routes ou transports en commun qui permettent de se rendre au travail, etc.</li>



<li>Les activités qui maintiennent et régénèrent les non-travailleur·euses en dehors du processus de production : par exemple les enfants, qui sont des futurs travailleur·euses, ou encore des adultes qui ne sont pas impliqué·es dans la production capitaliste (les personnes handicapées, les personnes au chômage, les personnes âgées).</li>



<li>Les activités qui créent de nouvelles personnes exploitables, c’est-à-dire la naissance des enfants<sup data-fn="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb" class="fn"><a id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">5</a></sup>.</li>
</ul>



<p>Dans la plus grande partie des cas, ce sont les femmes qui exercent ce travail invisible au sein des familles des classes exploitées. En revanche, les familles bourgeoises peuvent se permettre de déléguer ce travail à d’autres personnes et notamment aux personnes les plus dominées de notre société.&nbsp;</p>



<p>Mais ce travail n’est pas reconnu comme étant un travail, et il n’est peu voire pas rémunéré.&nbsp; C’est donc dans l’intérêt des capitalistes de se battre contre la revalorisation des métiers du soin et de l’éducation, contre les institutions et services qui prennent en charge les tâches reproductives en dehors de la famille, car elles pourraient autrement être réalisées gratuitement au sein du foyer. Le fait que ces tâches soient réalisées gratuitement permet d’augmenter leurs profits.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille est une base matérielle de l’oppression des femmes</em></strong></h3>



<p>Dans tous les cas, <strong>la capacité des femmes à avoir des enfants est centrale dans la reproduction de la société de classe</strong>. Ce qui explique pourquoi les capitalistes ont intérêt à défendre les mouvements qui luttent contre les droits et l’autonomie reproductive. Comme l’écrit Lise Vogel en 1983, « chez les classes dominantes, l’oppression des femmes puise sa source dans leur rôle de maintenance et de transmission de propriété par l’héritage ; dans les classes subordonnées, l’oppression des femmes dérive de leur implication dans le processus de renouvellement des producteurs et productrices directs, en plus de leur implication dans la production elle-même (en tant que travailleuses) »<sup data-fn="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a" class="fn"><a id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">6</a></sup>. Cette analyse permet de comprendre que l’oppression des femmes a une base matérielle, et que le capitalisme s’appuie sur le patriarcat pour exister.  </p>



<p>De plus, la famille sous le capitalisme permet et favorise les violences de genre. Elle est un des terrains principaux de contrainte sexiste à la soumission. On le sait, la famille est le lieu où s’exerce une majorité des violences faites aux femmes et aux enfants. La majorité des personnes victimes de féminicides ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, et la probabilité qu’elle soit tuée par son conjoint augmente lorsqu’une femme cherche à fuir la relation et le domicile. La famille est également le lieu des violences sur les enfants. En France, une personne sur 10 a été victime d’inceste.</p>



<p>Ces violences sont rendues possibles par le caractère privé de la famille sous le capitalisme, et par le fait que la famille capitaliste est en elle-même une forme de propriété, qui maintient son existence et trouve sa cohérence <em>grâce </em>à la propriété. La famille est le reflet d’une société dans laquelle certaines personnes sont considérées comme des objets exploitables, et d’autres considérées comme des sujets dignes d’être considérés comme des humains. Les caractéristiques de la famille capitaliste rendent possibles et acceptables les violences de genre, et même, elles en font le terrain privilégié de ces violences.&nbsp;</p>



<p>La famille est donc un lieu central pour le capitalisme, parce qu’elle permet la reproduction de la société de classe, et par son rôle indispensable dans la production. Sa forme sous le capitalisme en fait le lieu privilégié des violences de genre, et rend ces violences invisibles et normales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Abolir la famille ? </strong></h2>



<p>On l’a dit au début de l’article, les débats et discussions autour de la famille sont nombreux et font qu’on peut parfois être un peu confus·e sur ce pour quoi on lutte, et sur les stratégies à adopter. Voici quelques tentatives d’élaboration sur ces questions.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter contre la “norme” de la famille ne peut pas être une fin en soi</em></strong></h3>



<p>Quelles sont les revendications autour de la famille qui sont mises en avant au sein de nos cadres de lutte<sup data-fn="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9" class="fn"><a id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">7</a></sup> ? Pêle-mêle : On veut que toutes les familles aient les mêmes droits, que les personnes qui le souhaitent aient le droit de faire des enfants si elles veulent, que certains types de familles ne  soient plus stigmatisées, que les violences au sein des familles stoppent, qu’on ait le contrôle sur nos corps, qu’on soit libre d’organiser nos relations, nos sexualités et nos vies comme on le souhaite, etc. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter pour la défamilialisation du soin…</em></strong></h3>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="414141" data-has-transparency="false" decoding="async" width="759" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp" alt="" class="wp-image-9456 not-transparent" style="--dominant-color: #414141; width:233px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp 759w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-222x300.webp 222w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-768x1036.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai.webp 800w" sizes="(max-width: 759px) 100vw, 759px" /><figcaption class="wp-element-caption">Alexandra Kollontai</figcaption></figure>
</div>


<p>Au XIX, certain·es révolutionnaires discutaient déjà de cela : par exemple, Alexandra Kollontai, activiste et militante lors de la révolution de Russe de 1917, défendait que la lutte pour l’égalité des femmes sur le plan économique et social, et la lutte pour la réinvention des formes d’amour et de sexualité, étaient indissociables, et que comprendre leur imbrication permettait de dessiner un horizon révolutionnaire<sup data-fn="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508" class="fn"><a id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">8</a></sup>.</p>



<p>Comme notre société est construite autour de la famille (juridiquement, entre autres), les mouvements et revendications pour l’égalité des droits sont importants. Mais lutter pour l’égalité des droits avec comme seule perspective de mettre fin à l’inégalité juridique et à légitimer “d’autres types” de famille ne suffit pas si on veut vraiment attaquer la cause de l’inégalité. Qu’est-ce qui fait que le mariage n’était autorisé qu’entre un homme et une femme, avant le changement de loi obtenu grâce au mouvement de lutte ? Les causes idéologiques de cette inégalité sont liées aux causes matérielles. Car si la norme de la famille hétérosexuelle est si forte, c’est parce qu’elle aussi parce qu’elle sert les intérêts des classes dominantes (même si ce n’est pas aussi “mécanique” que ça). Si on veut abattre cette norme, il faut saisir pourquoi elle existe.&nbsp;</p>



<p>La lutte contre l’exploitation qui a lieu dans la famille peut être prise sous l’angle de la lutte de la défamilialisation du soin, c’est à dire les luttes qui visent à sortir de la famille toutes les tâches qu’on lui attribue : éduquer les enfants, soigner les personnes, accompagner les personnes âgées, handicapées, etc. En ce sens, participer aux luttes qui défendent les services publics, les métiers de l’éducation, qui visent la reconnaissance des différents métiers du soin, c’est important. En effet :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Cela permet de lutter contre l’appropriation du travail gratuit des personnes qui effectuent le travail de reproduction, et de lutter contre l’aliénation qui en découle.</li>



<li>Cela permet également de faire en sorte que les soins que l’on reçoit ne dépendent pas (trop) de la famille dans laquelle on naît. </li>
</ul>



<p>Cependant, comme toutes ces institutions existent sous le capitalisme, elles sont régies par les logiques de ce système : l’école sert à créer des futur·es travailleur·euses dociles, l&rsquo;hôpital public est de plus en plus organisé autour de logiques de rentabilité, la protection qu’offre la Sécu dépend de ta capacité à travailler, etc. Or, on veut organiser nos écoles, hôpitaux, et autres, en fonction des besoins des gens et non pas en fonction des intérêts des capitalistes !</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>… et la fin du capitalisme !&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Tout cela nous amène à penser qu’on ne peut pas lutter contre la norme oppressive de la famille sans lutter contre l’exploitation, et qu’on ne peut obtenir la défamilisation du soin et un monde de soin pour toustes sans lutter contre le système qui régit l’organisation de nos sociétés, c’est-à-dire le capitalisme. On ne peut pas non plus lutter contre l’exploitation si on occulte tout un pan de ce qui permet la création de profit (c’est-à-dire le travail reproductif). Si on veut faire sérieusement la révolution, il nous faut être au clair sur les rouages et mécanismes de l’exploitation. Ignorer cela a déjà eu des conséquences néfastes pour le mouvement. Cela a été le cas par exemple lors des révoltes qui ont embrasé l’Etat d’Oaxaca au Mexique, en 2006. Les femmes ont été une composante important e de cette lutte, elles ont pris part au mouvement en protestant contre leurs maris violents, contre l’Etat, et en collectivisant les tâches de soin, notamment en mettant en place des cantines collectives pour nourrir les personnes en lutte. Les femmes ont connu un backlash de la part de leurs maris, ce qui a participé selon l’autrice Michelle Esther O&rsquo;Brien à l’échec de cette révolte. Pour elle, la famille fut un outil au service de la contre-insurrection.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Pour défaire la famille, il nous faut développer d’autres liens que ceux imposés par les classes dominantes : créons et développons des liens de camaraderie entre nous, des liens de solidarité de classe ! Ces liens nous rendent plus fort·es et sont indispensables pour nous faire gagner la lutte contre les systèmes qui nous exploitent et nous oppressent. C’est l’horizon pour une société de soin pour toustes, une société où la manière dont on organise notre vie et nos liens affectifs ne serait pas contrainte par les besoins du capitalisme, et pourrait alors devenir un simple “choix personnel”.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marie (Rennes)</h5>



<p></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">Cet exemple est tiré de l’article de Marie Périn (2023),  Aux origines de l&rsquo;oppression des femmes, <em>Les Cahiers d’A2C #7</em> <a href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">Cette partie s’appuie sur la partie 2 du livre de M.E O’Brien (2023) <em>Abolir la famille, capitalisme et communisation du soin, </em>éditions La Tempête, Bordeaux.<em> </em>Dans cette partie, elle cite : <em>Le manifeste du parti communiste</em> (Marx et Engels, 1848), <em>La situation de la classe laborieuse en Angleterre</em> (Engels, 1845), <em>L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat</em> (Engels, 1849) <a href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">Concrètement, il y avait à cette période beaucoup de mortalité infantile, les conditions de travail et de vie étaient horribles, au point que cela empêchait la reproduction des classes ouvrières. C’est d’ailleurs en partie pour lutter contre cette crise de la reproduction que les premières travailleuses sociales ont commencé à intervenir au domicile des prolétaires. <a href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">Citation tirée de la résolution de 1979 sur la libération des femmes du 11e congrès de la IV<sup>e</sup> internationale <a href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">Ce paragraphe a été construit à partir de l’article de l’historienne et militante marxiste Tithi Bhattachary (2013), What is social reproduction theory ?, <em>Socialist Worker. </em>Il est consultable en français sur le site d’A2C. <a href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">Lise Vogel (1983), <em>Marxism and the Oppression of Women</em>, éditions Rutgers University Press, New Brunswick, p.129 <a href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">Je parle ici d’un point de vue des luttes féministes et LGBT+ <a href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">Olga Bronnikova, Matthieu Renault (2024), <em>Kollontai. défaire la famille, refaire l’amour</em>, éditions La Fabrique, Paris, p.20. <a href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/">Doit-on abolir la famille ? </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Week-end régional de formation et discussions &#8211; 15 et 16 mars à Paris</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/week-end-regional-mars-2025-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Mar 2025 13:55:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discussions débats formations]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte des classes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9339</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">A2C Île-de-France vous invite à son 3e week-end régional de discussions et débats, les 15 et 16 mars au Maltais Rouge, 40 rue de Malte à Paris. La salle est accessible aux personnes à mobilité <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/week-end-regional-mars-2025-paris/" title="Week-end régional de formation et discussions &#8211; 15 et 16 mars à Paris">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>A2C Île-de-France vous invite à son 3e week-end régional de discussions et débats, les 15 et 16 mars au Maltais Rouge, 40 rue de Malte à Paris. La salle est accessible aux personnes à mobilité réduite.<br>Ce weekend a vocation à être un moment de partage, d’écoute et de réflexion collective. Il est ouvert à tous.tes, quel que soit le degré d’implication dans le mouvement et le milieu politique dans lequel on évolue. Plus on est nombreux.ses, plus les discussions seront riches, alors n’hésite pas à inviter des gens autour de toi ! Il est possible de participer à une discussion ou à tout le weekend. Si tu n’es pas très à l’aise pour t’exprimer en public : pas de pression, chaque personne fait comme elle le souhaite et nous serons ravi.es que tu viennes !</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au programme : </h2>



<p><em>Samedi :</em> </p>



<p>9h30 Accueil – Café, thé<br>10h-12h30 Classe et lutte des classes : Pourquoi la classe travailleuse est-elle centrale dans la lutte contre le système capitaliste ?<br>12h30-14h Pause déjeuner<br>14h-16h30 Internationalisme : La classe ouvrière du nord profite-t-elle de l’exploitation de celle du sud ?<br>16h30-17h Pause<br>17h-19h30 Fascisme en tension : Les fascistes ont-ils besoin d’un mouvement de masse pour prendre le pouvoir ?</p>



<p><em>Dimanche :</em></p>



<p>9h30 Accueil – Café, thé<br>10h-12h30 Trump et l’impéralisme US : entre continuité et rupture<br>12h30-14h Pause déjeuner<br>14h-16h30 Autonomie de classe : Pourquoi, comment nous organiser en tant que révolutionnaires ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Infos pratiques :</h2>



<p><em>Hébergement :</em><br>Pour les personnes qui habitent loin, un hébergement est possible chez l&rsquo;un.e de nos camarades (possibilité en mixité choisie).</p>



<p><em>Frais de transport :</em><br>L’argent ne doit pas être un frein pour accéder à ces moments : les frais de transport peuvent être pris en charge collectivement.<br>D’autres week-ends de ce type sont par ailleurs prévus à Marseille et Rennes.</p>



<p><em>Pour les enfants :</em><br>De même pour les enfants. Une garderie est organisée sur un autre lieu pendant la journée.</p>



<p><em>Pour les repas :</em><br>N’hésite pas à venir à partir de 9h30 les deux jours, pour un petit déjeuner sur place. Le samedi et le dimanche midi, un repas collectif végétarien sera proposé.</p>



<p><em>Participation à prix libre :</em><br>Chaque personne participant au weekend participe financièrement aux frais du weekend (repas, garderie) à la hauteur de ses moyens.</p>



<p><em>Inscriptions :</em><br>Afin de nous permettre d’évaluer au mieux les besoins en termes de nombre de repas, régimes alimentaires, hébergements, garde d’enfants, inscris-toi ici : <a href="https://framaforms.org/inscription-au-week-end-regional-da2c-du-15-et-16-mars-2025-1741455628">sur ce lien Framapad</a>. Tu peux aussi nous contacter par mail : a2c[at]riseup.net, ou sur instagram : @a2c.autonomiedeclasse.</p>



<p></p>
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		<item>
		<title>Luttes de classes : les bases de l’antagonisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 14:31:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[lutte de classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9117</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes1, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…). <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/" title="Luttes de classes : les bases de l’antagonisme">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/">Luttes de classes : les bases de l’antagonisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes<sup data-fn="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7" class="fn"><a id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7">1</a></sup>, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…).</p>



<p>De manière surprenante, il n’aborde que superficiellement ce qui en est la source&nbsp;: le rapport d’exploitation. Or c’est ce rapport, indépendant de la volonté et des idées de ses protagonistes qui est à la base de la division entre classes et de l’antagonisme irréductible entre elles. Il explique tant la lutte des classes que la nécessité révolutionnaire.</p>



<p>Dans sa définition la plus générale, l’exploitation est le phénomène par lequel une minorité s’accapare une partie (plus ou moins grande) de ce qui est produit par la majorité.</p>



<p>Sous le capitalisme, la définition est beaucoup plus précise et les formes qu’elle prend sont spécifiques.</p>



<p>Les travailleur·euses sont payé·es pour mettre toute leur capacité de travail (ce que Marx appelait la force de travail) à la disposition des patrons chaque jour. La valeur de cette force de travail est déterminée par ce qu’il faut pour la produire et la reproduire.</p>



<p>Elle est considérablement inférieure à la valeur du travail produit. La différence, accaparée par les capitalistes, est ce que Marx appelait la «&nbsp;plus-value&nbsp;», qui est la source du profit.</p>



<p>Les patrons sont sous pression constante pour augmenter cette plus-value. Soit de manière absolue (par exemple en allongeant la journée de travail) ou de manière relative (en augmentant la productivité du travail). D’où l’antagonisme permanent entre patrons et travailleur·euses (salaires, conditions de travail). Ce qui ne peut se résoudre que par la fin du rapport lui-même.</p>



<p>Le capitalisme est un système global qui relie (notamment au travers du marché) les capitaux et les travailleur·euses entre elles et eux. Ce rapport ne se joue donc pas uniquement à l’échelle de chaque lieu de travail ou de chaque entreprise, mais à l’échelle de toute la société et s’exprime au travers des politiques des Etats, des institutions internationales, etc.</p>



<p>Il est aussi un système global parce qu’il résulte d’un processus historique en s’articulant à de multiples autres rapports de domination (racisme, sexisme…).</p>



<p>La compréhension précise de ce mécanisme n’est pas un enjeu de connaissance savante.&nbsp;</p>



<p>Il en découle notamment&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>que cet antagonisme est ce qui ne cesse de produire des conflits indépendamment de la volonté, des idées de ses protagonistes. La lutte de classes n’est pas d’abord le produit de la conscience de classe des travailleur·euses. Pas plus qu’elle n’est d’abord celui du cynisme et de la cupidité des capitalistes. C’est la conscience de classe qui est le produit de la lutte tout comme la cupidité et le cynisme des capitalistes est le produit de leurs intérêts de classe.</li>



<li>que cet antagonisme joue sur l’ensemble des rapports sociaux et qu’il est autant illusoire de croire que la lutte contre le racisme ou le sexisme peuvent être menées indépendamment de lui que de penser qu’une conscience de classe puisse se développer hors de ces luttes.</li>



<li>que cet antagonisme ne peut se résoudre en dehors du renversement de toute la structure dont il est la base. La révolution n’est pas un choix&nbsp;: c’est une nécessité.</li>
</ol>



<p>Cela signifie que cette analyse a des conséquences sur tous les débats stratégiques qui émergent dans tout mouvement, du plus localisé au plus global, que ce se soit au cours d’une grève (s’agit-il de négocier une «&nbsp;plus juste&nbsp;» répartition des richesses&nbsp;?), du rapport à l’État (est-il neutre&nbsp;?), de la lutte contre le racisme (les travailleur·euses blanc·hes sont-ils/elles privilégié·es&nbsp;?).</p>



<p>En n’allant pas à la base de la question de la lutte des classes, sans doute par souci de rendre accessible la théorie, Ross ne nous arme pas. Construire l’autonomie de classe c’est aussi se forger collectivement des armes théoriques en acier, aussi antagonistes avec les idées dominantes que nos intérêts le sont du capitalisme.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris&nbsp;20e</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21ème siècle</a>, article paru dans la revue #14 <a href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Crise du capitalisme : Une mauvaise répartition des richesses ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/crise-du-capitalisme-une-mauvaise-repartition-des-richesses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Oliver (Rennes)]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Jan 2025 21:01:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9066</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À Autonomie de Classe, nous avons régulièrement mobilisé le concept de trajectoire du capital. Ce concept permet de rendre compte, d’une part, que le capitalisme est un processus dynamique en permanente évolution et, d’autre part, qu’il y a une direction qui caractérise cette trajectoire. </div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p></p>



<p class="has-drop-cap">A Autonomie de Classe, nous avons régulièrement mobilisé le concept de trajectoire du capital. Ce concept permet de rendre compte, d’une part, que le capitalisme est un processus dynamique en permanente évolution et, d’autre part, qu’il y a une direction qui caractérise cette trajectoire. Elle n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence du fonctionnement interne du système de production capitaliste. La compréhension de ce fonctionnement permet donc d’anticiper les transformations à venir et de développer une stratégie d’intervention en conséquence. Depuis plusieurs années, nous argumentons sur le fait que la phase néolibérale du capitalisme est derrière nous et qu’une phase impérialiste se développe à grande vitesse. Cette transformation explique, par exemple,&nbsp;pourquoi les différents partis de la bourgeoisie en Europe ou aux USA, historiquement favorables aux accords de libre-échange, adoptent désormais des mesures protectionnistes et se retrouvent donc sur la même ligne que F. Ruffin, un opposant de longue date. Ce revirement n’est pas dû à un réajustement du capital au profit du travail – au contraire – mais à un besoin des blocs de capitaux d’être davantage soutenus par leurs Etats respectifs. Ce soutien prend et prendra de plus en plus la forme d’une militarisation accrue des conflits économiques, d’une mise au pas des travailleur∙euse∙s et du renforcement du nationalisme permettant de justifier et de faire accepter ces mesures.</p>



<p>Ainsi, comprendre cette trajectoire permet de déterminer si certaines revendications vont dans le sens de l’intérêt de notre classe ou – au contraire – dans celle du capital. Or, pour comprendre la trajectoire du capital, il est nécessaire de faire de l’analyse économique. C’est dans cette perspective que nous avons décidé d’analyser la proposition selon laquelle la crise actuelle du capitalisme est en partie due à une mauvaise répartition des richesses et d’analyser son corollaire&nbsp;: une meilleure répartition des richesses permettrait de limiter la crise. Le programme économique du NFP est notamment construit autour de cette logique. Nous allons donc nous intéresser à ce programme et voir si les promesses qu’il formule sont réalistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">Le programme économique du NFP</h2>



<p>Le programme économique du NFP s’articule autour de deux axes principaux. Le premier axe concentre des mesures défensives de soutien du niveau de vie des travailleur•euse•s en supprimant des mesures iniques du gouvernement Macron et en introduisant des dispositifs de soutien économique dirigés vers les classes populaires. Le second axe est un ensemble de mesures d’investissement et de financement des investissements poursuivant un double objectif : relancer la croissance et accélérer la transition énergétique.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">Soutien au niveau de vie</h2>



<p>Tout d’abord, le NFP propose d’abroger la réforme des retraites de 2023 ainsi que la dernière réforme de l’assurance chômage. On notera qu’il n’est pas question d’abroger les lois travail (la présence du PS dans le NFP n’y est sûrement pas pour rien).</p>



<p>Autre mesure d’urgence, le NFP propose de passer le SMIC à 1600€ net, soit une augmentation de 14%. Le maintien des exonérations de cotisations sur les salaires allant jusqu’à 2.5 fois le SMIC n’est pas tranchée dans le programme. Pourtant, cela revêt un enjeu majeur car son maintien ferait porter une grande partie de cette hausse sur les finances publiques. A contrario, la suppression de ce dispositif représenterait une hausse de presque 60% du montant du SMIC chargé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_17_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_1" class="footnote_tooltip">Salaire brut + cotisations patronales + coûts indirecte assumés par l’entreprise</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_17_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> pour les employeurs.</p>



<p>Le blocage / contrôle des prix fait aussi partie de l’arsenal économique proposé par le NFP. Le principe serait de bloquer les prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et les carburants pour permettre de maîtriser l’inflation dont la principale cause était l’augmentation des marges des entreprises <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_17_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_2" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_17_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Par ailleurs, après ces mesures d’urgence, le NFP propose de rétablir l’indexation des salaires sur l’inflation.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">Planification écologique et égalité fiscale</h2>



<p>Une fois les mesures d’urgence en faveur des travailleur∙euse∙s prises, le NFP propose une ambitieuse série d’investissements notamment autour de la transition énergétique.</p>



<p>Tout d’abord, le NFP propose de renforcer les aides aux ménages pour l’isolation de leurs logements.&nbsp;</p>



<p>Ensuite, le NFP propose d’accélérer la rénovation des bâtiments publics.</p>



<p>Par ailleurs, il souhaite également renforcer les filières françaises et européennes de production d’énergies renouvelables. Cette politique serait également couplée d’une politique dite de «&nbsp;reconstruction industrielle pour mettre fin à la dépendance de la France et de l’Europe dans les domaines stratégiques&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>De ce point de vue, le programme d’investissement du NFP s’inscrit dans une logique proche du programme de Biden aux USA porté par l’Inflation Reduction Act, un plan de soutien à la décarbonation de 370 Mds$ sur 10 ans, en partie financé par une hausse de l’impôt sur les sociétés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles hypothèses pour le financement&nbsp;?</h2>



<p>Les mesures du NFP s’inscrivent dans une politique dite sociale-démocrate qui vise à privilégier la répartition des richesses au profit du travail plutôt que du capital, mais sans toucher aux fondamentaux de l’économie capitaliste&nbsp;: la propriété privée des moyens de production, la production pour l’accumulation et donc, la recherche de la fameuse croissance. Dans ce contexte précis, le financement des mesures est une question centrale car c’est lui qui détermine la faisabilité d’une politique. Aussi, intéressons-nous au financement de ces mesures. Tout d’abord, celui des mesures défensives repose essentiellement sur une taxation plus élevée des entreprises et des plus hauts revenus comme indiqué sur la <em>Figure 1</em>.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="484b49" data-has-transparency="false" decoding="async" width="697" height="791" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_1-2-png.webp" alt="" class="wp-image-9074 not-transparent" style="--dominant-color: #484b49; width:416px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_1-2-png.webp 697w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_1-2-264x300.webp 264w" sizes="(max-width: 697px) 100vw, 697px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 1 : Analyse des effets du programme de NFP sur les revenus</figcaption></figure>
</div>


<p>Ces mesures de redistribution, présentées à raison comme des mesures d’urgences, ne posent pas de problème de financement car elles ne reposent pas sur une hypothèse d’accélération de la croissance pour être financées. C’est-à-dire qu’elle ne repose pas sur une augmentation de la création de richesse.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="d6e0d3" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="756" height="692" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_2-png.webp" alt="" class="wp-image-9075 not-transparent" style="--dominant-color: #d6e0d3; width:494px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_2-png.webp 756w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_2-300x275.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 2 : Mesures du plan de bifurcation écologique du programme de LFI pour la présidentielle 2022</figcaption></figure>
</div>


<p> En revanche, le NFP propose aussi « de changer la vie des gens » au travers d’un ambitieux programme de transition énergétique. Le programme présenté lors des dernières législatives reste flou sur le sujet mais s’inspire du programme, bien plus détaillé, de la France Insoumise de 2022. C’est donc ce programme que nous allons examiner. La politique économique de la FI, destinée « à changer la vie », repose sur deux piliers. Le premier est celui de la planification écologique, le second celui de la relocalisation. Ces deux piliers sont pensés de façon très interdépendante. La <em>Figure 2</em> détaille les mesures de la planification écologique et leur coût estimé : 200 Mds d’euros. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le financement de cet ambitieux programme serait assuré par&nbsp;:</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li>La suppression des niches fiscales sur les énergies fossiles qui rapporterait 6.5 Mds d’euros par an.</li>



<li>La mise en place d’une taxe kilométrique aux frontières et de droits de douanes sur la qualité écologique des importations qui rapporterait 5 Mds d’euros par an.</li>



<li>Les économies de coûts permises par la réduction de la dégradation de l’environnement qui pourrait représenter jusqu’à 52 Mds d’euros par an.</li>



<li>L’effet d’entraînement de l’économie provoqué par les investissements massifs dans la bifurcation écologique et la politique de relocalisation d’entreprises de secteurs clefs. Cette dernière serait permise par des mesures protectionnistes pour permettre la réussite de cette relocalisation.</li>
</ul>



<p>Au vu des montants nécessaires pour financer la bifurcation écologique (estimés entre 50 et 80 Mds d’euros par an en fonction des études), il est évident que l’essentiel de son financement repose sur ce fameux effet d’entraînement de l’économie. Mais est-ce bien raisonnable&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Multiplicateur keynésien contre multiplicateur marxiste&nbsp;:&nbsp;</h2>



<p>La réussite du projet de la France Insoumise repose sur un modèle dit keynésien. Partant de la fameuse égalité -simplifiée- :</p>



<p>Investissement(K) + dépense publique – Epargne + Surplus Externe (K) = Profits – Conso (K)</p>



<p>Le modèle keynésien suppose une causalité de l’investissement vers les profits. Il est donc nécessaire de maintenir des investissements élevés pour garantir des profits importants. Mais, en cas de crise, les ménages augmentent leur épargne et le déficit vis-à-vis des autres pays augmente (= augmentation de l’épargne des capitalistes étrangers). Alors pour maintenir les taux de profits importants, il faut que l’Etat dépense. Ainsi, permettre à l’Etat de jouer un rôle majeur dans le fléchage des investissements permet alors de générer des profits pour les entreprises, profits qui permettent de mieux rémunérer les travailleurs, de remplir les caisses de l’Etat et de recommencer un cycle d’accumulation vertueux basé sur une croissance solide. Dans ce modèle, investissements actuels et profits futurs sont reliés par ce qu’on appelle un multiplicateur keynésien.</p>



<p>Partant de la même égalité, les modèles marxistes inversent le rapport de causalité, ce sont les profits qui déterminent le niveau des investissements.&nbsp;</p>



<p>Profits – Investissements (K) = dépense publique + Conso (K) + Surplus externe (K) &#8211; Epargne</p>



<p>Alors, si nous supposons que les profits sont fixes ou diminuent dans l’équation (parce que le taux d’exploitation de la force de travail ne peut pas être augmenté), alors l’investissement (K) ne peut pas être accru ou va diminuer, à moins que les éléments à droite de l’équation soient modifiés pour compenser, à savoir si l’épargne publique ou des ménages augmente et/ou si la consommation personnelle des capitalistes diminue et/ou si les dépenses publiques diminuent. Mais cela signifie aussi qu’une baisse de la dépense publique peut se traduire par une hausse de la consommation des capitalistes. C’est bien ce phénomène qu’on observe depuis 2008&nbsp;:&nbsp; l’effondrement des taux de profits associé à une politique austéritaire a fait exploser les dépenses de luxes de la bourgeoisie&nbsp;: elle a augmenté sa consommation. Finalement, ce que dit le multiplicateur marxiste, c’est que les variations de dépense publique n’ont pas d’influence voire une influence négative sur le taux de profit. C’est ce phénomène de non-causalité entre la dépense publique et les profits qui explique l’échec de la politique austéritaire menée en Europe après la crise de 2008. Les économistes du FMI pensaient qu’une baisse des dépenses publiques provoquerait une hausse des investissements capitalistes et un rétablissement des taux de profits. Or, les données montrent que la politique austéritaire n’a globalement pas eu d’effet &#8211; ni dans un sens ni dans l’autre &#8211; sur la croissance du PIB.&nbsp;</p>



<p>Dans «&nbsp;The profit-investment nexus: Keynes or Marx?»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_17_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_3" class="footnote_tooltip"><a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/</span></a>&nbsp;</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_17_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;, l’économiste Michael Roberts mesure la corrélation entre le solde primaire hors paiement des intérêts (mesure de&nbsp; l’austérité) des pays du G6, des économies européennes en difficulté (GIPS), et des deux (all) et la croissance du PIB. La <em>Figure 3</em> montre que ces deux variables sont assez peu corrélées, en effet la corrélation est positive pour les pays du G6 seuls et négative pour les autres.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="f8f8e9" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="756" height="321" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_3-png.webp" alt="" class="wp-image-9078 not-transparent" style="--dominant-color: #f8f8e9; width:533px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_3-png.webp 756w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_3-300x127.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 3 : Source données FMI et  » The profit-investment nexus: Keynes or Marx?&nbsp;» de M. Roberts, Historical Materialism, 2017 </figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="f8f8ec" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="756" height="403" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_4-2-png.webp" alt="" class="wp-image-9081 not-transparent" style="--dominant-color: #f8f8ec; width:528px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_4-2-png.webp 756w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_4-2-300x160.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 4 : <em>Source base de données AMECO et  » The profit-investment nexus: Keynes or Marx? » de M. Roberts, Historical Materialism, 2017</em></figcaption></figure>



<p>En revanche, sur la <em>Figure 4</em>, M. Roberts montre qu’il y a une corrélation bien plus convaincante entre les variations de rentabilité du capital (rendement net sur le stock d&rsquo;actifs fixes) et la croissance du PIB des pays du G6, des GIPS et de l’ensemble. Ce qui soutient davantage un lien de causalité des profits vers les investissements que des investissements vers les profits.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">La crise du profit</h2>



<p>Comme nous l’avons évoqué dans nos différentes analyses économiques, l’économie capitaliste mondiale présente des taux historiquement bas de profitabilité. Cette baisse de profitabilité n’est pas un élément conjoncturel, mais structurel du capitalisme. Dit autrement, cette baisse des taux de profits n’est pas due à une mauvaise gestion économique, ou bien à de mauvaises décisions d’investissement ni même encore à une mauvaise répartition des richesses. La baisse du taux de profit est une tendance inéluctable de l’accumulation capitaliste.&nbsp;</p>



<p>Si une meilleure répartition des richesses peut soulager les classes populaires momentanément, l’effondrement du taux de profit empêche toute relance d’un «&nbsp;cycle vertueux&nbsp;». De ce point de vue, le programme social-démocrate de la FI, s’il venait à être appliqué , ne produirait pas les résultats escomptés en termes de croissance et d’enrichissement collectif car il se heurterait au mur de l’absence d’effet d’entraînement des dépenses publiques.&nbsp;</p>



<p>Personne ne peut être contre une meilleure répartition des richesses, contre le fait de plus taxer le capital, etc. En revanche, il faut garder en tête que la trajectoire interne du capital est principalement déterminée par ses propres contradictions &#8211; parmi lesquelles la baisse tendancielle du taux de profit est une des plus fondamentales<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_17('footnote_plugin_reference_9066_17_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_17_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_4" class="footnote_tooltip"> Pour une présentation détaillée du mécanisme de baisse tendancielle du taux de profit, voire <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_17_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_17_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>– et non par les différentes politiques publiques qui peuvent être mises en place pour réguler le capitalisme.</p>



<p>Pour conclure, le fonctionnement du capitalisme est principalement dicté par le taux de profit globalisé. Aujourd’hui, ce taux est historiquement bas, et les possibilités de le redresser sont épuisées. Cela signifie qu’il n’y a plus de sortie de crise possible sans remettre en question le système capitaliste lui-même. En tant que militant∙e∙s révolutionnaires, cela veut dire que nous devons soutenir toutes les luttes favorables aux travailleur∙euse∙s, toutes les luttes qui permettent à notre classe d’avoir confiance en ses forces pour contester le système, mais que nous devons aussi, à l’intérieur de ces luttes, lutter contre les arguments qui ignorent les tendances internes du capital et insister pour ne jamais prendre en compte les besoins de rentabilité ou de profitabilité des entreprises avant ceux des travailleur∙euse∙s. Par exemple, lors d’une lutte contre la fermeture d’un site, cela veut dire se battre aux côtés des salarié•e•s pour le maintien de l’emploi et pour l’appropriation collective de l’outil de travail, mais contre des arguments qui lieraient le maintien des emplois à des problèmes de souveraineté nationale. Dans toutes les luttes économiques ou politiques que nous allons mener, une seule boussole&nbsp;: l’intérêt de notre classe&nbsp;!</p>



<p></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_9066_17();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_9066_17();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_9066_17">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_9066_17" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_17_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_17('footnote_plugin_tooltip_9066_17_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Salaire brut + cotisations patronales + coûts indirecte assumés par l’entreprise</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_17_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_17('footnote_plugin_tooltip_9066_17_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_17_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_17('footnote_plugin_tooltip_9066_17_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/</span></a>&nbsp;</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_17_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_17('footnote_plugin_tooltip_9066_17_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Pour une présentation détaillée du mécanisme de baisse tendancielle du taux de profit, voire <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/</span></a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_9066_17() { jQuery('#footnote_references_container_9066_17').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_9066_17').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_9066_17() { jQuery('#footnote_references_container_9066_17').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_9066_17').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_9066_17() { if (jQuery('#footnote_references_container_9066_17').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_9066_17(); } else { footnote_collapse_reference_container_9066_17(); } } function footnote_moveToReference_9066_17(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_9066_17(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_9066_17(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_9066_17(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/crise-du-capitalisme-une-mauvaise-repartition-des-richesses/">Crise du capitalisme : Une mauvaise répartition des richesses ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Qu’est-ce qu’un parti fasciste ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/quest-ce-quun-parti-fasciste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Nico]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Oct 2024 11:51:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les divergences d’analyse ont des conséquences pratiques dans la lutte ; pour toutes celles et ceux décidé·e·s à combattre le Rassemblement national (RN), la façon dont on pense et qualifie ce parti a une influence décisive <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/quest-ce-quun-parti-fasciste/" title="Qu’est-ce qu’un parti fasciste ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Les divergences d’analyse ont des conséquences pratiques dans la lutte ; pour toutes celles et ceux décidé·e·s à combattre le Rassemblement national (RN), la façon dont on pense et qualifie ce parti a une influence décisive sur notre stratégie politique. Caractériser le RN comme fasciste et voir le risque qu’il se saisisse du pouvoir d’État comme principal danger aujourd’hui ne constituent pas des évidences pour beaucoup. Alors qu’il est devenu en juillet le plus grand parti à l’Assemblée nationale, nous pensons à A2C qu’il est essentiel d’argumenter en ce sens, pour lancer une dynamique de lutte efficace, de masse et populaire, capable de le stopper dans sa marche, que beaucoup trop voient comme irrésistible. Cela implique de tordre le coup à une idée tenace et délétère, même à l’intérieur de notre camp : le RN « champion des ouvrier·e·s ».</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #14 &#8211; septembre 2024</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Comment s’organisent les fascistes ?</h2>



<p>Il n’y a rien de mécanique dans la progression des fascistes jusqu’à la prise du pouvoir. Tout d’abord, ils ont besoin d’une organisation politique autonome pour se regrouper. Une fois rassemblés, leur parti se met en mouvement vers leur but premier, la prise de contrôle du pouvoir d’État pour appliquer un programme raciste, nationaliste et de mise au pas de toute la société. Mais il ne peut y arriver que dans des conditions particulières : crise économique, crise politique, défaite du mouvement ouvrier. Par ailleurs, les fascistes n’attendent pas que la situation pourrisse et que le pouvoir leur tombe entre les mains comme un fruit mûr, le premier rôle de leur organisation est de favoriser les conditions propices à leur prise du pouvoir. C’est pour cela que le fascisme est toujours en mouvement, il ne s’agit pas d’un bloc statique qui gonflerait électoralement grâce à des facteurs extérieurs, et encore moins parce qu’il apporterait des « fausses réponses à des vraies questions » .<sup data-fn="cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc" class="fn"><a id="cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc-link" href="#cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc">1</a></sup></p>



<p>Historiquement, les partis fascistes (Parti national fasciste de Mussolini, NSDAP d’Hitler) ont eu pour base militante et électorale la petite-bourgeoisie, les petits détenteurs de capitaux (boutiquiers, petits entrepreneurs n’employant que quelques salarié·e·s) trop faibles pour en accumuler massivement et diriger l’économie et l’appareil d’État comme le peut la grande bourgeoisie ou les grands propriétaires terriens. Les fascistes mobilisent aussi très largement dans la couche de la population employée au maintien de l’ordre (contremaître, sécurité privée, police, armée). Contrairement aux conservateurs traditionnels qui comptent sur une adhésion passive, le fascisme met en mouvement ceux qu’il gagne à sa cause, il demande une adhésion active qui se traduit par un mouvement de masse.</p>



<p>Cependant le parti fasciste ne prétend pas être l’organisation de défense d’une classe ou d’une fraction de classe en particulier, il se présente comme l’incarnation d’une communauté nationale mythifiée prête à écraser quiconque n’entre pas dedans : cela s’est traduit en Europe entre 1921 et 1945 par l’interdiction de tout opposition, l’enfermement systématique des militant·e·s, le génocide des juif·ve·s, des tsiganes et des personnes handicapées. À ce titre, le fascisme est aussi un mouvement transversal qui attire des militant·e·s issus de différentes classes ou différentes trajectoires politiques, il attire certes une fraction de la classe ouvrière&nbsp;<sup data-fn="efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6" class="fn"><a id="efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6-link" href="#efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6">2</a></sup> mais ne la représente jamais. Il est fondamentalement un mouvement autonome qui développe sa propre stratégie par rapport à l’État et aux fractions gouvernantes traditionnelles de la bourgeoisie. <sup data-fn="432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29" class="fn"><a id="432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29-link" href="#432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29">3</a></sup></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le RN n’est pas un parti ouvrier</h2>



<p>C’est un lieu commun que de qualifier le RN de premier parti chez les ouvrier·e·s. Penser l’extrême droite fasciste comme le refuge d’une classe ouvrière démobilisée n’a pour conséquences que de la légitimer et de valider son racisme. Cela revient à nous voiler la face sur la nature de notre ennemi et à nous désarmer politiquement.</p>



<p>Ce lieu commun (répandu d’abord par le RN et les fractions de l’industrie médiatique qui lui sont acquises) peut sembler en apparence vrai par une observation très superficielle de quelques statistiques et sondages. Plus de la moitié des ouvrier·e·s auraient donc voté pour un candidat RN en juillet ? À mieux y regarder, près de la moitié des ouvrier·e·s inscrit·e·s sur les listes électorales ne se sont pas déplacé·e·s pour voter. Les ouvrier·e·s sont de plus la fraction de l’électorat la plus susceptible d’être absente des listes électorales, et les ouvrier·e·s étranger·e·s sont exclu·e·s de ce décompte. Une fois cela en tête, le vote RN ne représente plus que moins du quart de la population ouvrière telle que la définissent les instituts de sondage et l’Insee. Nous ne nous pencherons pas plus sur certaines chausse-trapes sondagières comme celle du cabinet IPSOS qui déduit que le RN est le premier parti chez ceux « qui bouclent juste leur budget » d’après des déclarations invérifiables lors d’entretiens téléphoniques, au détriment de toute rigueur intellectuelle.</p>



<p>Par ailleurs, la définition des catégories socio-­professionnelles de l’Insee (reprises par les instituts) ne correspond pas à une approche en terme de classes sociales ; ces catégories regroupent de façon problématique des professions, essentiellement par niveau de diplôme, sans définir leur rapport au capital : par exemple, un flic du rang « gardien de la paix » et une femme de ménage salariée d’une entreprise relèvent de la même catégorie « employés ». À notre connaissance, aucun institut de sondages n’a étudié le vote RN sous le prisme de la détention de capitaux.</p>



<p>Se pencher exclusivement sur l’électorat n’est qu’une façon très superficielle d’aborder le rapport entre le RN et la classe ouvrière. La sociologie militante du RN est mal connue, mais l’organigramme du parti nous révèle qu’aucun·e ouvrier·e n’a jamais été membre de son bureau politique essentiellement composé d’indépendants, de petits patrons ou de cadres du privé ; de même le profil des élu·e·s ne montre aucune surreprésentation des ouvrier·e·s par rapport à la gauche et encore moins par rapport à l’ensemble de la société.&nbsp;<sup data-fn="54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4" class="fn"><a id="54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4-link" href="#54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4">4</a></sup>&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La centralité du racisme au RN, la centralité de l’antiracisme pour le combattre</h2>



<p>Le RN n’est certes pas un mouvement de masse identique à ce que furent le PNF ou le NSDAP, mais cela ne doit pas nous voiler la face sur sa progression en terme militant. Si l’on doit prendre avec circonspection l’annonce du dépassement des 100 000&nbsp;membres cet été, il est indéniable que l’organisation est en croissance en comparaison des 7 000&nbsp;membres revendiqués il y a quinze ans. Nous avons à combattre une organisation politique bureaucratisée, dotée de toujours plus de moyens et de plus en plus banalisée. Derrière la façade « dédiabolisée », les troupes du parti présentent le profil habituel de l’extrême droite fasciste, anciens du GUD ou de Génération identitaire, nostalgiques de la colonisation et de l’OAS, négationnistes, transphobes…&nbsp;<sup data-fn="cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009" class="fn"><a id="cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009-link" href="#cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009">5</a></sup></p>



<p>Conformément à la stratégie fasciste, le RN est avant tout opportuniste, prêt à se contredire du jour au lendemain pour promettre n’importe quoi à différentes fractions de la population qu’il cherche à attirer à lui, le seul dénominateur commun à tous ses discours étant le racisme. Le nier ne nous fait que perdre un temps déjà trop compté.</p>



<p>Penser que le moteur du vote et de l’engagement RN n’est pas le racisme ne contribue qu’à le rendre plus acceptable, à chaque fois qu’on parlera de « fâchés pas fachos », des électeur·rice·s se sentiront légitimé·e·s dans leur choix du fascisme, il n’y aura pas de retour de la question sociale mais une acceptation de sa modalisation sous le prisme du racisme. De la banalisation du vote arrive la banalisation de la prise de parole raciste, qui mène à l’engagement militant et l’agression violente. Combattre le RN implique de ne jamais euphémiser cela, sous peine de se rendre inaudible. La « gauche » a du mal à le voir, l’adhésion au cadre de pensée citoyen et national et sa propre islamophobie l’empêchent encore d’affronter le problème à la racine. Contre la marche vers le pouvoir du RN, l’urgence pour nous doit être de travailler partout où nous sommes à construire par en bas des initiatives antifascistes et antiracistes, les « rediaboliser », saboter chacune de leurs initiatives, jusqu’à les renvoyer dans les poubelles de l’histoire dont ils n’auraient jamais dû sortir.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Barnabé Bouchard (Paris 18e)</h5>



<p>Cet article est largement issu d’une discussion sur la caractérisation du RN introduite par Vanina Guidicelli (Paris 20e) en juillet dernier.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc">Laurent Fabius, politicien PS, à propos de Jean-Marie Le Pen en 1984. <a href="#cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6">Historiquement la plus isolée, celle des petites unités de production prompte à s’identifier à la condition du patron, a fortiori si celui-ci intervient dans le processus de travail au côté de ses salarié·e·s. <a href="#efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29">Toutes ces observations sur l’organisation sont largement développées et étayées dans notre brochure Comprendre le fascisme pour mieux le combattre. <a href="#432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4">Voir la liste des député·e·s par catégorie socioprofessionnelle disponible sur le site de l’Assemblée nationale. <a href="#54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009">Voir la compilation de Streetpress du 5 juillet 2024, Propos racistes, homophobes, complotistes… La liste des 109 candidats RN épinglés. <a href="#cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/quest-ce-quun-parti-fasciste/">Qu’est-ce qu’un parti fasciste ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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