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	<title>Archives des Théorie - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Théorie - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Qu&#8217;est-ce-que le marxisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-que-le-marxisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Aug 2026 11:38:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[lutte des classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[matérialisme historique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous avons ressenti le besoin, ces derniers mois, de (re)construire une compréhension commune de ce que sont les « bases » de la théorie marxiste : comment les sociétés évoluent-elles et quelle est l&#8217;origine du capitalisme ? <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-que-le-marxisme/" title="Qu&#8217;est-ce-que le marxisme ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Nous avons ressenti le besoin, ces derniers mois, de (re)construire une compréhension commune de ce que sont les « bases » de la théorie marxiste : comment les sociétés évoluent-elles et quelle est l&rsquo;origine du capitalisme ? Qu&rsquo;est-ce que la théorie de la valeur, comment comprendre les crises ? Nous avons décidé dans plusieurs villes de repartir de la brochure « <em>Qu&rsquo;est-ce-que le marxisme?</em> » de Chris Harman. Nous vous proposons de la découvrir également. Les premiers chapitres sont déjà disponibles en podcast, les autres suivront !</p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-6a78106e-4825-4947-86cb-0de23ab0adc2" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/07/Quest-ce-que-le-marxisme_A4_page-par-page.pdf">Qu&rsquo;est-ce que le marxisme_A4_page par page</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/07/Quest-ce-que-le-marxisme_A4_page-par-page.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-6a78106e-4825-4947-86cb-0de23ab0adc2">Télécharger</a></div>



<h2 class="wp-block-heading">Introduction</h2>



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<iframe title="Spotify Embed: QCQLM - Introduction" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/6zoN5M7ubKfDt8SQvMjNkq?si=HbDJ1KNvTaCOnSXqmg8o_w&amp;utm_source=oembed"></iframe>
</div></figure>



<p>Aujourd’hui, la plupart des gens pensent que le marxisme est compliqué&nbsp;; cette impression est d’ailleurs renforcée par les adversaires du socialisme. De plus beaucoup d’intellectuels qui se disent «&nbsp;marxistes&nbsp;» encouragent ce mythe&nbsp;: ils cultivent délibérément des phrases obscures et de mystiques expressions qui donnent l’impression qu’ils possèdent une connaissance qui serait refusée aux autres.</p>



<p>Il est ainsi à peine surprenant que beaucoup de socialistes, qui travaillent 40 heures par semaine à l’usine, dans les mines ou au bureau pensent qu’ils n’auront ni le temps ni l’opportunité de le comprendre.</p>



<p>En fait, les idées de base du marxisme sont extrêmement simples. Elles permettent de comprendre, comme aucune autre théorie, la société dans laquelle nous vivons. Elles expliquent les crises économiques, pourquoi il y a tant de pauvreté au milieu de l’abondance, les coups d’États et les dictatures militaires, pourquoi les merveilleuses innovations technologiques envoient des millions de personnes au chômage, pourquoi les&nbsp;«&nbsp;démocraties&nbsp;» soutiennent les tortionnaires.</p>



<p>Pendant ce temps, les idéologues bourgeois, qui dénaturent tant les idées marxistes, tournent en rond dans un monde qu’ils ne comprennent pas et expliquent encore moins. Cependant, si le marxisme n’est pas difficile, il y a un problème pour quiconque essaie de lire Marx pour la première fois. Il écrivait il y a plus d’un siècle. Il utilisait le langage de l’époque, avec des références aux événements et personnes de cette période, qui étaient alors familiers à pratiquement tout le monde mais qui ne sont connus que par des historiens spécialisés. Je me rappelle mon désarroi lorsque, encore à l’école, j’ai essayé de lire sa brochure&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm">Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte</a>.</p>



<p>Je ne savais ni ce qu’était Brumaire ni qui était Louis Bonaparte. Combien de socialistes ont abandonné l’espoir de comprendre le marxisme après de telles expériences&nbsp;? C’est la raison d’être de ce livre&nbsp;: fournir une introduction aux idées marxistes. Cela rendra la tâche plus facile aux socialistes pour comprendre ce que disait Marx, ainsi que le développement du marxisme à travers des personnes comme Engels, Luxemburg, Lénine, Trotsky et d’autres moins connus.</p>



<p>À la fin de cette brochure, il y a une liste de classiques de la tradition marxiste qui permettent d’aller plus loin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1 &#8211; Pourquoi avons-nous besoin de la théorie marxiste ?</h2>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>



<p>Pourquoi aurions-nous besoin d’une théorie&nbsp;? On sait qu’il y a la crise, qu’on se fait voler par nos patrons. On sait qu’on est tous en colère. On sait qu’on a besoin du socialisme. Tout le reste, c’est pour les intellectuels.</p>



<p>On entend souvent ce genre de discours chez les militants socialistes et syndicaux. Ce point de vue est fortement encouragé par les antisocialistes, qui essaient de donner l’impression que le marxisme est une doctrine obscure, compliquée et ennuyeuse. Les idées socialistes, disent-ils, sont ’abstraites’. Elles semblent géniales en théorie, mais la réalité est complètement différente.</p>



<p>Le problème avec ce genre d’argument est que ceux qui le mettent en avant ont en général leur propre ’théorie’, même s’ils refusent de le reconnaître. Posez-leur n’importe quelle question sur la société, ils essaieront d’y répondre avec une généralisation ou une autre.</p>



<p>Quelques exemples&nbsp;:</p>



<p>&#8211; «&nbsp;Les gens sont naturellement égoïstes&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;En bossant assez dur, tout le monde peut arriver au plus haut niveau&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;S’il n’y avait pas les riches, il n’y aurait pas assez d’argent pour fournir du travail aux autres&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;Si seulement on pouvait éduquer les travailleurs, la société changerait&nbsp;»</p>



<p>&#8211; «&nbsp;Si le pays est dans un tel état c’est parce qu’on a perdu toute valeur morale&nbsp;»</p>



<p>Au cours de n’importe quelle discussion, dans le bus ou à la cantine, vous pourrez entendre des dizaines de phrases de ce genre. Tout le monde a dans la tête des idées sur pourquoi la société est ce qu’elle est, et comment améliorer sa propre situation. Ces idées sont toutes des&nbsp;«&nbsp;théories&nbsp;» de la société.</p>



<p>Quand quelqu’un dit qu’il n’a pas de théorie, ce qu’il veut dire en réalité, c’est qu’il n’a pas clarifié ses idées.</p>



<p>C’est particulièrement dangereux pour quiconque veut changer la société, car les journaux et la télévision remplissent sans cesse nos esprits de tentatives d’explication de cette société. Ils espèrent que l’on va accepter ce qu’ils disent sans se poser de questions. Mais on ne peut se battre de manière efficace, pour changer la société, sans savoir ce qui est faux dans tous ces arguments.</p>



<p>Cela a été montré pour la première fois, il y a 150 ans. Dans les années 1830 et 1840, le développement de l’industrie, dans des zones comme le nord-ouest de l’Angleterre, entraîna des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vers des boulots misérablement payés. Ils étaient contraints d’endurer des conditions de vie d’une incroyable difficulté.</p>



<p>Ils commencèrent à se défendre à travers les premières organisations de masse de travailleurs &#8211; les premiers syndicats, et en Angleterre le premier mouvement pour les droits politiques des travailleurs, le Chartisme. Aux côtés de ces mouvements, apparurent les premiers petits groupes de personnes décidées à se battre pour le socialisme. Immédiatement, se posa le problème de savoir comment le mouvement des travailleurs pouvait atteindre ses objectifs.</p>



<p>Certaines personnes pensaient qu’il était possible, avec des moyens pacifiques, de persuader les dirigeants de la société de changer les choses. La force ’morale’ de la masse, des mouvements non-violents permettraient des améliorations pour les travailleurs. Des centaines de milliers de personnes s’organisèrent, manifestèrent, travaillèrent à la construction d’un mouvement se basant sur de telles conceptions &#8211; pour terminer vaincues et démoralisées.</p>



<p>D’autres reconnurent le besoin d’utiliser la ’force physique’, mais pensèrent qu’elle devait être utilisée par de petits groupes de conspirateurs détachés du reste de la société. Ces conceptions, elles aussi, amenèrent à la défaite et à la démoralisation, des dizaines de milliers travailleurs.</p>



<p>D’autres encore croyaient que les travailleurs pouvaient gagner grâce à des actions économiques sans se confronter à l’armée et à la police. Encore une fois ces arguments conduisirent à des actions de masse. En Angleterre, en 1842, eut lieu la première grève générale de l’histoire du monde, dans les zones industrielles du nord. Des dizaines de milliers de travailleurs ont résisté pendant quatre semaines jusqu’à ce que la faim et les privations les forcent à retourner au travail.</p>



<p>Ce fut à la fin de la première période des luttes des travailleurs, en 1848, que le socialiste allemand Karl Marx exposa ses idées en totalité, dans le Manifeste du parti communiste. Ses idées ne tombaient pas du ciel. Elles essayaient de fournir une base de réponse aux questions soulevées par les mouvements de travailleurs de l’époque.</p>



<p>Les idées que Marx a développées sont toujours d’actualité. Il est stupide de dire, comme beaucoup de personnes le font, qu’elles doivent être dépassées parce que Marx les écrivit, il y a plus de 150 ans. En fait, toutes les notions sur la société contre lesquelles Marx polémiquait sont actuellement toujours très répandues. Comme les Chartistes qui défendaient la ’force morale’ contre la ’force physique’, les socialistes débattent aujourd’hui de la ’voie parlementaire’ ou de la ’voie révolutionnaire’. Parmi les révolutionnaires, les débats pour ou contre le ‘terrorisme’ sont aussi vivants qu’ils l’étaient en 1848.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les Idéalistes</h3>



<p>Marx ne fut pas la seule personne à essayer de décrire ce qui n’allait pas dans la société. À l’époque où il écrivait, de nouvelles inventions dans les usines permettaient de créer des richesses à une échelle inimaginable pour les générations précédentes. Pour la première fois, il semblait que l’humanité avait les moyens de se défendre contre les calamités naturelles qui furent la plaie des générations passées.</p>



<p>Pourtant, cela ne signifia pas une quelconque amélioration dans la vie de la majorité de la population. Au contraire. Les hommes, les femmes et les enfants qui peuplaient les nouvelles usines, vivaient dans de bien pires conditions que leurs grands-parents qui avaient trimé au champ. Leurs salaires leur permettaient à peine de survivre&nbsp;; et des périodes de chômage de masse aggravaient encore plus leur situation. Ils étaient entassés dans de misérables bidonvilles dépourvus de service sanitaire et exposés à des épidémies monstrueuses.</p>



<p>Le développement de la civilisation, au lieu d’apporter un bonheur et un bien-être général, donna naissance à une plus grande misère.</p>



<p>Tout cela fut observé non seulement par Marx, mais aussi par d’autres grands penseurs de l’époque &#8211; les poètes anglais Blake et Shelley, les Français Proudhon et Fourier, les philosophes allemands Hegel et Feuerbach.</p>



<p>Hegel et Feuerbach appelèrent l’État de malheur dans laquelle l’humanité se trouvait, ’l’aliénation’ &#8211; un terme encore souvent employé. Par aliénation, Hegel et Feuerbach entendaient que les hommes et les femmes se trouvaient continuellement opprimés et dominés par ce qu’eux-mêmes avaient fait dans le passé. Ainsi, concluait Feuerbach, les gens développèrent l’idée de Dieu &#8211; et ainsi, s’y sont soumis, se sentant misérables parce qu’ils ne pouvaient vivre conformément à ce qu’ils avaient fait. Plus la société avançait, plus les gens se sentaient misérables, ’aliénés’.</p>



<p>Dans son premier écrit, Marx reprit cette notion«&nbsp;d’aliénation&nbsp;», et l’appliqua à la vie de ceux qui créaient les richesses de la société&nbsp;:<br></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L&rsquo;ouvrier devient d&rsquo;autant plus pauvre qu&rsquo;il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. (&#8230;) La <em>dépréciation</em>&nbsp; du monde des hommes augmente en raison directe de la <em>mise en valeur</em>&nbsp; du monde des choses. (&#8230;) l&rsquo;objet que le travail produit, son produit, l&rsquo;affron­te comme un <em>être étranger,</em> comme une <em>puissance indépendante</em> du producteur.</p>
</blockquote>



<p>Au temps de Marx, les explications les plus populaires de ce qui n’allait pas dans la société, étaient du type religieux. La misère de la société, entendait-on, venait de l’échec des gens à faire ce que Dieu voulait qu’ils fassent. Si seulement ils ’renonçaient tous au péché’, tout irait bien.</p>



<p>Une vue similaire est très répandue de nos jours, bien qu’elle ne se veuille plus religieuse. Elle affirme que ’pour changer la société, on doit se changer soi-même d’abord’. Si seulement, les hommes et les femmes pouvaient, individuellement, se guérir eux-mêmes de ’l’égoïsme’ ou du ’matérialisme’, alors la société irait immédiatement beaucoup mieux.</p>



<p>Une autre position, du même type, disait qu’il faudrait non plus changer tous les gens, mais seulement quelques-uns, ceux qui exercent le pouvoir. L’idée était de rendre les riches et les puissants ’raisonnables’.</p>



<p>L’un des premiers socialistes anglais, Robert Owen, commença par essayer de convaincre des chefs d’entreprises d’être plus raisonnables avec leurs travailleurs. La même idée est toujours dominante, au sein des partis socialiste et communiste, y compris leur aile gauche. Notez comment ils appellent toujours les crimes des patrons, des ’erreurs’, comme si un peu de discours pouvait persuader la haute finance de relâcher son étau sur la société.</p>



<p>Marx appela ces positions des positions ’idéalistes’. Non parce qu’il était contre les gens qui ont des ’idées’, mais parce que ces positions affirment que les idées existent indépendamment des conditions dans lesquelles les gens vivent.</p>



<p>Les idées des gens sont intimement liées aux conditions dans laquelle ils vivent. Prenons, par exemple, ’l’égoïsme’. La société capitaliste actuelle nourrit l’égoïsme &#8211; même si des gens essaient, sans arrêt, de faire preuve de solidarité. Un travailleur qui veut le meilleur pour ses enfants, qui veut pour ses parents les meilleures conditions de retraite, se trouve dans l’obligation de se battre continuellement avec les autres &#8211; pour avoir un meilleur travail, plus d’heures-sups, pour être le premier à l’embauche. Dans ce genre de société, on ne peut se débarrasser de ’l’égoïsme’ ou de ’l’avarice’, en essayant de changer les esprits des gens. C’est même encore plus ridicule, de parler de changer la société en changeant les idées des ’personnes haut placées’. Imaginez que vous réussissez à gagner un grand patron aux idées du socialisme et qu’il arrête d’exploiter ses travailleurs. Il perdra tout simplement contre des employeurs rivaux, et sera éjecté des affaires.</p>



<p>Même pour ceux qui dirigent la société, ce ne sont pas les idées qui importent, mais la structure de la société dans laquelle ils défendent ces idées.</p>



<p>Pour le dire autrement, si ce sont les idées qui changent la société, d’où viennent alors les idées&nbsp;? Nous vivons dans un certain type de société. Les idées mises en avant par la presse, la télévision, le système scolaire etc. défendent cette société. Comment quelqu’un aurait-il pu développer des idées complètement différentes&nbsp;? Parce que leurs expériences quotidiennes entrent en contradiction avec les idées officielles de notre société. Par exemple, on ne peut expliquer pourquoi il y a beaucoup moins de personnes croyantes aujourd’hui qu’il y a 100 ans, simplement en termes de succès de la propagande athée. On doit expliquer pourquoi les gens, aujourd’hui, sont réceptifs aux idées athées, alors qu’ils ne l’étaient pas il y a 100 ans.</p>



<p>De la même manière, si on veut expliquer l’impact des ’grands hommes’, on doit pouvoir expliquer pourquoi d’autres personnes ont accepté de les suivre. On ne peut pas dire, par exemple, que Napoléon ou Lénine changèrent l’histoire, sans expliquer pourquoi des millions de personnes acceptèrent de faire ce qu’ils suggéraient. Après tout, ils n’étaient pas hypnotiseurs de masse. Quelque chose dans la vie de la société, à un certain moment, conduisait les gens à penser que ce qu’ils disaient semblait correct.</p>



<p>On ne peut comprendre comment les idées changent l’histoire que si l’on comprend d’où viennent ces idées et pourquoi les gens les ont acceptées. Cela impose de regarder au-delà des idées et s’intéresser aux conditions matérielles de la société où elles apparaissent. C’est pour cela que Marx insistait&nbsp;:« <em>Ce n&rsquo;est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c&rsquo;est inversement leur être social qui détermine leur conscience.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading">2 &#8211; Comprendre l’histoire</h2>



<p>Les idées, par elles-mêmes, ne peuvent pas changer la société. C’était l’une des premières conclusions de Marx. Comme un certain nombre de penseurs avant lui, il insista sur le fait que pour comprendre la société, on doit voir les êtres humains comme faisant partie du monde matériel.</p>



<p>Les comportements humains sont déterminés par les forces matérielles, comme les comportements de n’importe quel autre objet naturel. L’étude de l’humanité faisait partie de l’étude scientifique du monde naturel. Les penseurs de ce type étaient appelés les matérialistes.</p>



<p>Marx vit dans le matérialisme une énorme avancée par rapport aux différentes notions idéalistes et religieuses de l’histoire. Cela signifiait que l’on pouvait discuter, scientifiquement, du changement des conditions sociales. On ne dépendait plus des prières à Dieu ou d’un ’changement spirituel’ de la population.</p>



<p>Le remplacement de l’idéalisme par le matérialisme fut le remplacement du mysticisme par la science. Mais les explications matérialistes du comportement humain ne sont pas toutes correctes. Tout comme il y eut des théories scientifiques erronées en biologie, en chimie ou en physique, il y eut des tentatives erronées pour développer des théories scientifiques de la société. En voici quelques exemples&nbsp;:</p>



<p>Une vision très répandue, matérialiste et non-marxiste, soutient que tous les hommes sont des animaux, qui se comportent ’naturellement’. Comme il est naturel aux loups de tuer ou aux agneaux de rester placides, il est naturel à l’homme d’être agressif, dominateur, compétitif et cupide (et cela implique, pour les femmes d’être douces, soumises, déférentes et passives).</p>



<p>Une formulation de cette opinion se trouve dans le best-seller, <em>Le Singe Nu</em>. Les conclusions tirées de ce genre d’analyse, sont presque invariablement réactionnaires. Si les hommes sont naturellement agressifs, dit-on, alors il n’y a pas d’espoir de changer la société. Les choses reviendraient toujours au même. Les révolutions seraient toujours condamnées à l’échec.</p>



<p>Mais la «&nbsp;nature humaine&nbsp;»&nbsp;varie en fait, d’une société à l’autre.</p>



<p>Par exemple, la compétition, prise pour acquis dans notre société, existait à peine dans beaucoup de sociétés antérieures. Quand des scientifiques cherchèrent à faire passer des tests de QI à des amérindiens Sioux, ils se sont aperçus que les Indiens ne comprenaient pas pourquoi ils ne devaient pas s’entraider pour répondre aux questions. Ils vivaient dans une société de coopération intime, non de compétition.</p>



<p>De même pour l’agressivité. Quand les esquimaux rencontrèrent pour la première fois des européens, ils ne comprenaient pas la signification du mot ’guerre’. L’idée qu’un groupe de personnes essaie d’en tuer un autre leur semblait complètement folle.</p>



<p>Dans notre société, il semble « naturel » que les parents doivent aimer et protéger leurs enfants. Pourtant, en Grèce Antique, dans la ville de Sparte, il était tout aussi ’naturel’ de laisser leurs enfants dans la montagne, pour voir s’ils survivaient au froid.</p>



<p>Les théories de « l’immuable nature humaine&nbsp;» ne fournissent aucune explication des grands événements de l’histoire. Les pyramides d’Egypte, les splendeurs de la Grèce Antique, les empires romains et incas, les cités industrielles modernes, sont mis au même niveau que les paysans illettrés du début du Moyen Age. Tout ce qui importe c’est le « Singe Nu&nbsp;»&nbsp;&#8211; pas les civilisations magnifiques que le singe a construites. Il devient alors impossible de comprendre pourquoi certaines sociétés réussirent à nourrir les ’singes’, alors que d’autres les laissèrent mourir de faim par millions.</p>



<p>Beaucoup de gens acceptent une théorie matérialiste différente, qui met en avant le fait qu’il est possible de changer les comportements humains. Tout comme les animaux peuvent être dressés pour se comporter différemment dans un cirque que dans la jungle, les comportements humains, de la même manière, peuvent être changés. Si seulement les bonnes personnes prenaient le contrôle de la société, la ’nature humaine’ pourrait alors être changée.</p>



<p>Cette théorie est certainement plus avancée que le « singe nu ». Mais comme explication de la société dans son ensemble, elle est incorrecte. Si tout le monde est complètement conditionné dans notre société, comment est-il possible pour une personne de s’élever au-dessus de la société et découvrir comment changer les mécanismes de conditionnement&nbsp;? Y a-t-il une minorité choisie par Dieu, qui serait immunisée aux pressions qui dominent toutes les autres personnes&nbsp;? Si nous sommes tous des animaux dans un cirque, qui est le dresseur de lions&nbsp;?</p>



<p>Ceux qui défendent cette théorie en arrivent à la conclusion que, soit on ne peut rien faire (comme ceux du&nbsp; « singe nu »), soit il faut attendre un changement produit par quelque chose d’extérieur à la société &#8211; Dieu, un&nbsp;« grand homme », ou le pouvoir des idées individuelles. Leur « matérialisme » se transforme en une nouvelle version de l’idéalisme.</p>



<p>Comme Marx le signalait, cette doctrine amène nécessairement à diviser la société en deux parties, dont une serait supérieure à la société. Cette théorie&nbsp;« matérialiste » est souvent réactionnaire. L’un des adhérents actuels les plus connus, de cette théorie est le psychologue américain de droite, Skinner. Il veut conditionner les gens pour qu’ils se comportent d’une certaine manière. Mais, puisque lui-même est un produit de la société américaine, son&nbsp;« conditionnement » revient, surtout, à ce que les gens se conforment à cette société.</p>



<p>Une autre théorie matérialiste explique toutes les souffrances dans le monde par la ’pression de la population’. Cette théorie s’appelle communément, le malthusianisme, développé pour la première foi par Malthus, un économiste anglais de la fin du XVIII<sup>ème</sup>. Mais elle ne peut expliquer pourquoi les États-Unis brûlent du maïs pendant que les gens meurent de faim en Inde. Pas plus qu’elle n’explique pourquoi il n’y avait pas assez de nourriture pour nourrir 10 millions de personne, il y a 150 ans, aux États-Unis, alors qu’aujourd’hui, il y en a assez pour en nourrir 200 millions.</p>



<p>Cette théorie oublie que pour chaque bouche supplémentaire à nourrir, il y a aussi une personne supplémentaire capable de travailler et de produire des richesses. Marx appela toutes formes erronées d’explications, des formes de matérialisme&nbsp;« mécanique » ou&nbsp;« vulgaire ». Elles oublient toutes que, en plus de faire partie du monde matériel, les êtres humains sont aussi des créatures vivantes et agissantes, dont les actions changent le monde.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’interprétation matérialiste de l’histoire</h3>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l&rsquo;on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu&rsquo;ils commencent à produire leurs moyens d&rsquo;existence.</p>
</blockquote>



<p>Avec ces mots, Karl Marx fit remarquer, d’abord, en quoi se distinguait son explication du développement de la société. Les êtres humains sont des animaux descendants d’une créature ressemblant à un singe. Comme les autres animaux, leur premier souci est de se nourrir eux-mêmes et de se protéger du climat.</p>



<p>La façon dont les animaux le font dépend de leur héritage biologique. Un loup reste en vie, en chassant et tuant sa proie, d’une manière déterminée par des instincts biologiques hérités. Il se tient au chaud lors de nuits froides grâce à sa fourrure. Il élève sa progéniture selon une procédure héritée.</p>



<p>Mais la vie humaine n’est pas figée de cette manière. Les humains qui parcouraient la terre, il y a 10 000 ou 30 000 ans vivaient une vie bien différente de la nôtre. Ils vivaient dans des grottes ou des trous dans le sol. Ils n’avaient aucun moyen de stocker la nourriture ou l’eau, ils dépendaient de la collecte de baies ou de la viande d’animaux sauvages tués à coups de pierres. Ils ne savaient ni écrire, ni compter au-delà de leurs dix doigts. Ils n’avaient aucune connaissance autre que leur voisinage immédiat ou de ce qu’avaient fait leurs ancêtres. Pourtant leur apparence physique était similaire il y a 10 000 ans à celle de l’homme moderne. Lavé, rasé, habillé, l’homme des cavernes pourrait marcher dans la rue sans que personne ne le remarque.</p>



<p>Comme l’archéologue Gordon Childe nota&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les squelettes les plus anciens de notre espèce remontent à la fin de la dernière glaciation&#8230; Depuis la première apparition des squelettes d’homo sapiens dans les archives géologiques&#8230; l’évolution physique de l’homme s’est presque arrêtée, alors que son évolution culturelle ne faisait que commencer.</p>
</blockquote>



<p>La même observation est faite par un autre archéologue, Leakey&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les différences physiques entre les hommes des cultures Aurignacienne et Magdalénienne (il y a 25000 ans) d’une part, et l’homme moderne d’autre part sont négligeables, alors que les différences culturelles sont incalculables.</p>
</blockquote>



<p>Par ’culture’ les archéologues entendent les choses que les hommes et les femmes apprennent et enseignent (comment faire des vêtements à partir de fourrure et de laine, comment construire une maison, comment fabriquer des pots avec de l’argile, comment faire du feu), à l’opposé des choses que les animaux font instinctivement.</p>



<p>La vie des tous premiers hommes était déjà grandement différente de celle des autres animaux. Ils avaient en effet la possibilité d’utiliser les capacités particulières aux hommes &#8211; cerveau important, membres supérieurs capables de manipuler des objets &#8211; pour commencer à transformer leur environnement selon leurs besoins. Cela signifiait que les hommes pouvaient s’adapter à de multiples environnements différents, sans changer de forme biologique. Les humains ne réagissaient plus simplement aux conditions extérieures. Ils pouvaient agir sur ces conditions, commençant à les changer à leur propre avantage. Au départ, ils utilisaient des bâtons et des pierres pour attaquer des bêtes sauvages, ils allumaient des torches grâce à des sources de feu naturelles pour avoir de la chaleur et de la lumière, ils s’habillaient avec de la végétation et des peaux d’animaux. Sur plusieurs dizaines de milliers d’années, ils apprirent à faire du feu eux-mêmes, à tailler des pierres avec d’autres pierres, obtenir de la nourriture des grains qu’ils semaient, à la stocker dans des pots d’argile, à domestiquer certains animaux.</p>



<p>Relativement récemment &#8211; il y a 5000 ans, sur un demi-million d’années de l’histoire humaine &#8211; ils apprirent le secret de la transformation des minerais en métaux qui pouvaient être utilisés pour fabriquer des outils fiables et des armes efficaces.</p>



<p>Chacune de ces avancées a eu un impact énorme, non seulement en rendant plus facile aux humains le fait de se nourrir et de se vêtir, mais aussi en transformant l’organisation même de la vie humaine. Dès le départ, la vie humaine était sociale. Seul l’effort collectif de plusieurs personnes pouvaient leur permettre de tuer des bêtes, de réunir de la nourriture et d’entretenir le feu. Ils devaient coopérer.</p>



<p>Cette coopération continuelle permit aussi de développer la communication, en émettant des sons et en développant le langage. Au départ, les groupes sociaux étaient simples. Il n’y avait pas assez de produits naturels pour permettre des groupes d’une taille plus importante que peut-être une vingtaine de personnes. Tous les efforts servaient aux tâches primaires d’obtenir de la nourriture, ainsi tout le monde faisait le même travail et vivait la même vie. Sans aucun moyen de stocker de la nourriture, il ne pouvait y avoir de propriété privée, ni de classe sociale, il n’existait pas non plus de butin pour motiver la guerre.</p>



<p>Il y avait, jusqu’à récemment encore, des centaines de sociétés, dans différentes parties du globe, qui fonctionnaient comme cela &#8211; parmi certaines tribus indiennes d’Amérique du Nord et du Sud, en Afrique équatoriale et dans l’océan pacifique, les Aborigènes d’Australie. Ces personnes n’étaient pas moins intelligentes que nous et ne possédaient de ’mentalité primitive’. Pour survivre, les Aborigènes australiens par exemple, devaient apprendre à reconnaître des milliers de plantes et les habitudes de nombreux animaux différents.</p>



<p>L’anthropologue Pr. Firth décrit comment&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>les tribus australiennes&#8230; connaissent les habitudes, les marques, lieux de reproductions et les fluctuations saisonnières de tous les animaux, poissons et oiseaux de leur territoire de chasse. Ils connaissent les propriétés externes et certaines moins visibles des roches, pierres, cires, gommes, plantes, fibres et écorces&nbsp;; ils savent faire du feu&nbsp;; ils savent appliquer la chaleur pour supporter la douleur, arrêter une hémorragie et limiter la putréfaction de la nourriture&nbsp;; ils savent aussi utiliser le feu et la chaleur pour durcir certains bois et en adoucir d’autres&#8230; Ils connaissent les phases de la lune, le mouvement des marées, le cycle planétaire, et les successions et durée des saisons&nbsp;; ils ont mis en corrélation des fluctuations climatiques, comme les vents, les variations annuelles de température et d’humidité, et les flux de la croissance et la présence des espèces naturelles&#8230; En plus, ils font une consommation intelligente des animaux tués pour la nourriture&nbsp;; la chair du kangourou est mangée, les os des jambes servent à la fabrication d’outils en pierre ou comme épingles, les tendons deviennent des attaches de javelots, les griffes sont montées en collier avec de la cire et des fibres, le gras mélangé à de l’ocre rouge pour faire de la peinture&#8230; Ils connaissent certains principes mécaniques simples et tailleront un boomerang jusqu’à ce qu’il ait la bonne courbe&#8230;</p>
</blockquote>



<p>Ils étaient plus ’intelligents’ que nous pour survivre dans le désert australien. Ce qu’ils n’avaient pas appris était à planter des graines et à cultiver leur propre nourriture &#8211; ce que nos ancêtres apprirent, il y a 5000 années de cela, après avoir été sur terre pendant une période cent fois plus longue.</p>



<p>Le développement de nouvelles techniques pour créer des richesses &#8211; les moyens de la vie humaine &#8211; a toujours donné naissance à de nouvelles formes de coopération entre les hommes, à de nouvelles relations sociales.</p>



<p>Par exemple, lorsque les gens apprirent pour la première fois à produire leur nourriture (en plantant des graines ou en domestiquant des animaux) et à la stocker (dans des pots en terre), il y eut une vraie révolution dans la vie sociale &#8211; appelée par les archéologues ’la révolution néolithique’. Les hommes devaient coopérer pour défricher la terre et faire la récolte, comme pour chasser les animaux. Ils pouvaient vivre en un nombre beaucoup plus grand qu’avant, ils pouvaient stocker de la nourriture et commencer à échanger des produits avec d’autres tribus.</p>



<p>Les premières villes pouvaient se développer. Pour la première fois, il y avait la possibilité pour quelques personnes de vivre sans que cela implique pour eux de chercher de la nourriture en permanence&nbsp;: certains allaient se spécialiser dans la fabrication des pots, d’autres dans la recherche du silex et plus tard du métal pour faire des outils, d’autres effectuant des tâches administratives élémentaires pour la tribu. Plus insidieusement, les stocks de nourriture fournissaient un mobile pour faire la guerre. L’humanité avait trouvé une nouvelle façon de s’adapter au monde qui l’entourait, une nouvelle façon d’adapter le monde à leurs besoins. Mais en même temps, sans s’y attendre, les gens ont transformé la société dans laquelle ils vivaient et avec elle leurs propres vies. Marx résuma ce procédé&nbsp;: un développement des «&nbsp;forces de production&nbsp;» change les «&nbsp;relations de production&nbsp;», et ainsi la société.</p>



<p>Il existe beaucoup d’autres exemples.</p>



<p>Il y a 300 ans, l’immense majorité des gens de ce pays vivaient toujours de la terre, produisant des richesses selon des méthodes qui n’avaient pas changé depuis des siècles. Leur horizon mental se bornait à leur village et leurs idées étaient fortement sous l’influence du clergé local. La plupart d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire et n’apprendraient jamais à le faire.</p>



<p>Plus tard, il y a 200 ans, l’industrie commença à se développer. Des dizaines de milliers de personnes furent envoyées à l’usine. Leurs vies furent complètement transformées. Maintenant, ils vivaient dans de grandes villes, non dans de petits villages. Ils avaient besoin de qualifications inimaginables pour leurs ancêtres, comprenant entre autres la lecture et l’écriture. Les chemins de fer et les bateaux à vapeur rendirent possible les voyages sur la moitié de la terre. Les vieilles idées martelées par le clergé ne correspondaient plus à la situation. La révolution matérielle dans la production fut aussi une révolution de leur façon de vivre et de leurs idées.</p>



<p>Des changements similaires affectent toujours de nombreuses personnes. Prenons les personnes du d’Afrique, du Maghreb, du Bangladesh ou de la Turquie qui sont venues en France, en Angleterre et en Allemagne, pour chercher du travail. Beaucoup trouvèrent que leurs anciennes traditions et idées religieuses ne correspondaient plus à leur nouvelle vie. Ou encore, comment il y a 50 ans, la majorité des femmes commencèrent à travailler hors de la maison, et comment cela les conduisit à s’affronter aux vieilles attitudes qui faisaient d’elles, quasiment, la propriété de leurs maris.</p>



<p>Les changements dans la façon dont les hommes produisaient leur nourriture, leurs vêtements et leurs abris, amenèrent des changements dans l’organisation de la société et dans l’attitude des gens. C’est le secret des changements sociaux &#8211; historiques, que les penseurs avant Marx (et beaucoup d’autres depuis), les idéalistes et les matérialistes mécaniques, ne pouvaient pas comprendre.</p>



<p>Les idéalistes voyaient le changement &#8211; mais, ils disaient que ça tombait du ciel. Les matérialistes mécaniques voyaient que l’homme était conditionné par le monde matériel, mais ne pouvaient comprendre comment les choses pouvaient changer. Ce que Marx remarqua c’est que si les êtres humains sont conditionnés par le monde qui les entoure, ils agissent et réagissent sur leur environnement, travaillant à le rendre plus habitable. Ce faisant, ils changent aussi les conditions dans lesquelles ils vivent, et ainsi se changent eux-mêmes.</p>



<p>La clé de la compréhension des changements historiques réside dans la compréhension des moyens qu’utilisent les êtres humains pour se nourrir, se vêtir, et trouver un abri. C’était le point de départ de Marx. Mais cela ne signifie pas que des améliorations technologiques produisent automatiquement une meilleure société ou même que de nouvelles inventions technologiques changent automatiquement cette société. Marx rejeta cela (parfois appelé le déterminisme technologique). Toujours et encore, dans l’histoire, les gens ont rejeté de nouvelles méthodes pour améliorer la production parce qu’elles entraient en conflit avec les attitudes ou les formes de la société qui existaient déjà.</p>



<p>Par exemple, sous l’empire romain, il y eut beaucoup d’innovations pour produire plus de blé sur une surface de terrain donné, mais les gens ne les utilisèrent pas car elles demandaient aux esclaves plus de dévotion au travail que ne pouvait leur donner le fouet. Quand l’Angleterre dirigeait l’Irlande, au XVIIIème siècle, elle essaya d’y stopper le développement de l’industrie, car il entrait en conflit avec les intérêts des hommes d’affaires de Londres. Si quelqu’un propose de tuer toutes les vaches sacrées pour éradiquer la famine en Inde, ou de nourrir tout le monde en Angleterre avec de succulents steaks à base de viande de rat, il sera ignoré à cause de préjugés établis.</p>



<p>Les développements dans la production se heurtent aux anciens préjugés et aux anciennes méthodes d’organisation de la société, mais ils ne les renversent pas automatiquement. Beaucoup d’êtres humains se battent contre le changement &#8211; et ceux qui veulent utiliser de nouvelles méthodes de production doivent se battre pour ce changement. Si ceux qui s’y opposent gagnent, alors les nouvelles formes de production ne peuvent être appliquées et la production stagne ou même recule.</p>



<p>Dans la terminologie marxiste&nbsp;: quand les forces de production se développent, elles entrent en conflit avec les relations sociales préexistantes et les idées qui s’appuient sur les anciennes forces de production. Soit les personnes qui s’identifient avec les nouvelles forces de production gagnent ce conflit, soit ce sont celles qui s’identifient avec le vieux système. Dans le premier cas, la société progresse, dans l’autre elle stagne ou même régresse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">3 &#8211; La lutte des classes</h2>



<p>Nous vivons dans une société divisée en classes, dans laquelle une minorité de personnes possède une énorme partie de la propriété privée, et la plupart d’entre nous, quasiment rien. Naturellement, nous pensons tous qu’il en fut toujours de même. Mais en réalité, pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, il n’y avait pas de classes, pas de propriété privée, pas d’armée, ni de police. Telle était la situation pendant les 50 000 ans du développement humain jusqu’à il y a 5000 à 10 000 ans.</p>



<p>Tant que le travail d’un homme ne permettait pas de produire plus de nourriture que ce dont il avait besoin pour vivre, il ne pouvait y avoir de division en classes. En effet, quel était l’intérêt d’avoir des esclaves si tout ce qu’ils produisaient ne servaient qu’à les nourrir&nbsp;? Mais à partir d’un certain moment, les avancées dans la production rendaient les divisions de classes non seulement possibles mais nécessaires. Suffisamment de nourriture pouvait être produite pour laisser un surplus après que les producteurs immédiats en avaient pris assez pour rester en vie. Et les moyens existaient pour la stocker et la transporter d’un endroit à un autre.</p>



<p>Les gens, dont le travail produisait toute cette nourriture, auraient pu simplement manger ce supplément de nourriture. Puisqu’ils vivaient une vie assez misérable, ils pouvaient être fortement tentés. Mais cela les aurait laissés à la merci des ravages de la nature, qui pouvaient être la famine ou une inondation l’année suivante, et aux attaques de tribus affamées avoisinantes.</p>



<p>C’était, au début, un net avantage pour tout le monde, si un groupe spécial de personnes prenait en charge cette richesse supplémentaire, la stockait contre de futurs désastres, l’utilisait pour soutenir les artisans, construire des moyens de défense et en échangeait une partie avec d’autres tribus contre des objets utiles. Ces activités commencèrent à se développer dans les premières villes, où des administrateurs, des marchands et artisans apparurent. Du besoin de noter, sur des tablettes, les traces des différentes sortes de richesses, apparut le développement de l’écriture.</p>



<p>Ainsi furent les premiers balbutiements de ce qu’on appelle «&nbsp;la civilisation&nbsp;» Mais &#8211; et c’est un mais de taille, tout cela était basé sur le contrôle des richesses par une petite minorité de la population. Et cette minorité utilisait cette richesse pour son propre bien autant que pour le bien de la société dans son ensemble.</p>



<p>Plus la production se développait, plus les richesses s’entassaient dans les mains de cette minorité &#8211; et plus elle se détacha du reste de la population. Les règles, qui existaient en tant que moyen pour permettre à la société de vivre, devinrent les «&nbsp;lois », insistant sur le fait que la richesse et la terre qui la produisait étaient la « propriété privée » de la minorité. Une classe dominante avait vu le jour et les lois défendaient son pouvoir.</p>



<p>On pourrait se demander s’il aurait été possible pour la société de se développer autrement, s’il aurait été possible pour ceux qui travaillaient la terre de contrôler ce qu’ils produisaient&nbsp;? La réponse doit être négative, pas à cause de la « nature humaine »&nbsp;mais parce que la société était toujours très pauvre. La majorité de la population terrestre était trop occupée à gratter le sol pour une vie de misère, pour avoir le temps de développer l’écriture et la lecture, de créer des œuvres d’arts, de construire des bateaux pour le commerce, de repérer le mouvement des étoiles, de découvrir les rudiments des mathématiques pour prévenir les crues des rivières ou comprendre comment des canaux d’irrigation devaient être construits. Toutes ces choses ne pouvaient être découvertes que si toutes les nécessités de la vie étaient prises en charge par la masse de la population, ce qui permettait à une minorité privilégiée de ne pas avoir à trimer du lever au coucher du soleil.</p>



<p>Cependant, cela ne signifie pas que la division de la société en classes reste nécessaire aujourd’hui. Le dernier siècle a été le témoin d’un développement de la production inimaginable pour les générations passées. La pauvreté naturelle a été dépassée &#8211; ce qui existe, maintenant, est une pauvreté artificielle, créée par des gouvernements qui détruisent des stocks de nourriture.</p>



<p>La société de classes, aujourd’hui, ne pousse plus en avant l’humanité, au contraire, elle la retient.</p>



<p>Ce ne fut pas seulement le premier changement d’une société purement agricole en des sociétés urbaines qui donna naissance à de nouvelles divisions de classes. Le même processus apparut chaque fois que de nouvelles façons de produire des richesses commencèrent à se développer.</p>



<p>Ainsi, en France, il y a 1000 ans, la classe dirigeante était composée de barons féodaux qui possédaient la terre et vivaient sur le dos des serfs. Mais quand le commerce se développa à une large échelle, apparut à leur côté, dans les villes, une nouvelle classe privilégiée de riches marchands. Et quand l’industrie commença à se développer à une échelle substantielle, leur pouvoir fut disputé par les propriétaires d’entreprises industrielles.</p>



<p>À chaque stade de développement de la société, il y eut une classe opprimée dont le travail physique créait la richesse, et une classe dominante qui contrôlait cette richesse. Mais au cours du développement de la société, les deux classes subirent des changements. Dans les sociétés esclavagistes de la Rome Antique, les esclaves étaient la propriété personnelle de la classe dirigeante. L’esclavagiste possédait les biens produits par l’esclave parce qu’il possédait l’esclave, de la même manière qu’il possédait le lait produit par sa vache parce qu’il possédait la vache.</p>



<p>Dans la société féodale du Moyen Age, les serfs possédaient leurs propres terres, et possédaient ce qu’ils en tiraient&nbsp;; mais, en retour de la possession de leur terre, ils devaient travailler un certain nombre de jours chaque année sur les terres du seigneur. Leur vie était divisée &#8211; peut-être la moitié du temps travaillaient-ils pour le seigneur et l’autre moitié pour eux-mêmes. S’ils refusaient de travailler pour le seigneur, ce dernier pouvait les punir (fouet, prison ou pire).</p>



<p>Dans la société capitaliste moderne, le patron ne possède pas physiquement le travailleur et ne peut pas le punir physiquement si celui-ci ne veut pas travailler gratuitement pour lui. Mais le patron possède les usines où le travailleur doit avoir un boulot s’il veut rester en vie. Ainsi, il lui est très facile de forcer les travailleurs à accepter un salaire qui est bien inférieur à la valeur des biens qu’ils produisent.</p>



<p>Dans chaque cas, la classe dirigeante contrôle toutes les richesses qui restent, une fois que les besoins les plus élémentaires des travailleurs sont satisfaits. L’esclavagiste veut garder sa propriété en bon État, il nourrit donc son esclave de la même manière que vous faites le plein de votre voiture. Mais tout ce qui reste comme richesses, après avoir nourri cet esclave, l’esclavagiste s’en sert pour son propre bien-être. Le serf doit se nourrir et s’habiller grâce au travail qu’il fournit sur sa terre. Tout le travail supplémentaire fourni sur la terre du seigneur va au seigneur.</p>



<p>Le travailleur moderne reçoit un salaire. Toutes les autres richesses qu’il crée vont à ses employeurs sous forme de profits, intérêts ou rentes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La lutte des classes et l’État</h3>



<p>Les travailleurs ont rarement accepté leur sort sans résister. Il y eut des révoltes d’esclaves en Egypte ancienne et en Rome antique, révoltes de paysans en Chine Impériale, guerres civiles entre les riches et les pauvres dans les villes de la Grèce ancienne, à Rome et pendant la Renaissance en Europe.</p>



<p>C’est pourquoi Karl Marx commença <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm#sect1"><em>Le Manifeste du parti communiste</em></a> en insistant&nbsp;: «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours a été l’histoire de luttes de classes.</em>&nbsp;» Le développement de la civilisation a eu lieu par l’exploitation d’une classe par une autre, et ainsi par leurs luttes.</p>



<p>Aussi puissants un pharaon d’Égypte, un empereur romain ou un prince médiéval soient-ils, aussi luxueuses leurs vies puissent être et quelque soit la beauté de leurs palaces, ils ne pouvaient rien faire s’ils ne s’assuraient pas que les biens produits par les paysans ou les esclaves les plus misérables passent entre leurs mains. Ils ne pouvaient le faire que si, à côté de la division en classes, ils ne développaient pas quelque chose d’autre &#8211; un contrôle sur les moyens de la violence, par eux-mêmes ou par ceux qui les soutenaient.</p>



<p>Dans les sociétés antérieures, il n’y avait pas d’appareil armé, pas de police et pas de gouvernement séparés de la majorité de la population. Même il y a 50 ou 60 ans, dans certaines parties de l’Afrique, par exemple, il était possible de trouver des sociétés qui fonctionnaient encore comme ça. Une grande partie des tâches accomplies par l’État, dans notre société, était accomplie, simplement, sans formalités, par toute la population ou une réunion de représentants.</p>



<p>De telles réunions jugeaient le comportement de telle ou telle personne qui était accusée d’avoir brisé une importante règle sociale. La punition était appliquée par toute la communauté &#8211; par exemple en obligeant la personne à partir. Puisque tout le monde était d’accord avec la punition, une police séparée n’était pas nécessaire pour rendre le jugement effectif. Si la guerre arrivait, tous les jeunes hommes allaient au combat avec des chefs élus pour l’occasion, une fois encore sans structure militaire séparée.</p>



<p>Mais, dans une société où une minorité a le contrôle sur presque toute la richesse, ces méthodes simples pour faire régner ’la loi et l’ordre’ et pour faire la guerre ne peuvent plus être utilisées. Chaque réunion de représentants ou chaque groupe de jeunes hommes en armes prendrait, à coup sûr, une position de classe.</p>



<p>Le groupe privilégié ne pouvait survivre que s’il détenait le monopole de la création et de l’amélioration des punitions, des lois, de l’organisation des armées, de la production d’armes. Ainsi la séparation en classes s’accompagna de l’apparition et du développement de groupes de juges, de policiers et d’agents des services secrets, de généraux, de bureaucrates &#8211; à qui la classe privilégiée donna une partie de ses richesses pour qu’ils protègent son règne.</p>



<p>Ceux qui servaient dans les rangs de cet « Etat »&nbsp;étaient entraînés à obéir sans hésitation aux ordres de leurs « supérieurs »&nbsp;et étaient coupés de tous liens sociaux avec la masse exploitée de la population. L’État s’est développé en une machine à tuer dans les mains de la classe privilégiée. Et il pouvait être une machine hautement efficace.</p>



<p>Bien sûr, les généraux qui dirigeaient cette machine se détachaient souvent d’un empereur ou d’un roi, et essayaient de prendre leur place. La classe dirigeante, après avoir armé un monstre, ne pouvait pas toujours le contrôler. Mais puisque la richesse nécessaire pour le fonctionnement de la machine à tuer venait de l’exploitation des masses laborieuses, chaque révolte de ce type conduisait à une société qui continuait à fonctionner selon les vieilles méthodes.</p>



<p>À travers l’histoire, ceux qui voulaient sincèrement changer la société se sont retrouvés confrontés, non seulement à la classe dominante, mais aussi à une machine armée, un État, qui servait ses intérêts.</p>



<p>Les classes dominantes, et avec elles le clergé, les généraux, les policiers et les lois, émergèrent, au départ parce que, sans elles, la civilisation ne pouvait se développer. Mais ensuite, une fois au pouvoir, elles trouvèrent intérêt à freiner ce développement. Leur pouvoir dépend de leur capacité à forcer ceux qui produisent les richesses à les leur céder. Elles sont alors opposées à de nouveaux modes de production, mêmes s’ils sont plus efficaces que les anciens, tant qu’ils n’en ont pas le contrôle.</p>



<p>Elles craignent tout ce qui peut conduire les masses exploitées à développer leur initiative et leur indépendance. Elles craignent aussi de nouveaux groupes de privilégiés, suffisamment riches pour avoir des armes et des armées sous leurs propres ordres. A partir d’un certain moment, elles n’aident plus au développement de la production, mais au contraire cherchent à l’étouffer.</p>



<p>Par exemple, en Chine Impériale, le pouvoir de la classe dirigeante reposait sur la possession des terres, son contrôle sur les canaux et les barrages qui servaient à l’irrigation et empêchaient les inondations. Ce type de contrôle formait les bases du développement d’une civilisation qui dura 2000 ans. Mais à la fin de cette période, la production n’était pas plus avancée qu’au début &#8211; malgré la prospérité de l’art chinois, la découverte de l’imprimerie et de la poudre, alors qu’au même moment l’Europe médiévale stagnait.</p>



<p>La raison était que, lorsque de nouvelles formes de production apparaissaient, cela se passait dans les villes, sur l’initiative des marchands et artisans. La classe dominante craignait cette montée en puissance de groupes sociaux qu’ils n’avaient pas entièrement sous leur contrôle. Ainsi, périodiquement, les autorités impériales prirent des mesures très dures pour écraser les économies naissantes des villes, pour réduire la production à zéro et détruire le pouvoir de ces nouvelles classes sociales.</p>



<p>Le développement de nouvelles forces de production &#8211; de nouvelles façons de produire des richesses &#8211; entrait en conflit avec les intérêts de la vieille classe dirigeante. Une lutte se développait dont l’issue déterminait l’avenir de la société tout entière.</p>



<p>Parfois, comme en Chine, ces nouvelles formes furent dans l’impossibilité de se développer, et la société resta plus ou moins au même niveau pendant une longue période. Certaines fois, comme ce fut le cas pour l’Empire romain, l’incapacité pour les nouvelles formes de se développer signifia qu’il n’y avait pas assez de richesses produites pour maintenir la société sur ses vieilles bases. La civilisation s’effondra, les villes furent détruites et les gens retournèrent à une forme de société, agricole et arriérée.</p>



<p>Et d’autres fois, une nouvelle classe, celle qui développait les nouvelles formes de production, fut capable de s’organiser et d’affaiblir et enfin se débarrasser de l’ancienne classe dirigeante, et avec elle ses lois, ses armées, son idéologie, sa religion. Alors, la société pouvait progresser.</p>



<p>Dans chaque cas, que la société avance ou recule, cela dépend de qui gagne la guerre entre les classes. Et comme dans chaque guerre, la victoire n’est acquise d’avance pour aucun des camps, tout dépend de l’organisation, de la cohésion et de la direction de chaque classe en présence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">4 &#8211; Les origines du capitalisme</h2>



<p>L’un des arguments les plus ridicules que l’on entend est que les choses ne pourraient être différentes de ce qu’elles sont actuellement. Pourtant les choses ont été différentes. Et pas dans un coin retiré du globe, mais dans ce pays, il n’y a pas si longtemps. Il y a 250 ans, les gens vous auraient pris pour un fou, si vous aviez décrit le monde dans lequel nous vivons maintenant, ses immenses villes, ses grandes usines, ses avions, ses expéditions dans l’espace &#8211; même les chemins de fer dépassaient les limites de leur imagination. Car ils vivaient dans une société qui était presque exclusivement rurale, dans laquelle la plupart des gens n’avaient jamais quitté leur village au delà d’un rayon de plus de dix kilomètres, dans laquelle le mode de vie était basé, et ce, depuis des milliers d’années, sur le rythme des saisons.</p>



<p>Mais déjà, il y a 700 ou 800 ans, un développement s’était amorcé qui devait remettre en question tout le système. Des groupes d’artisans et de marchands commencèrent à s’établir dans les villes, pas en étant au service d’un seigneur quelconque comme c’était le cas pour le reste de la population, mais en échangeant des biens avec différents seigneurs et serfs contre de la nourriture. De plus en plus, ils utilisèrent des métaux précieux comme moyens de mesurer ces échanges. En peu de temps, chaque échange devint l’occasion de récupérer un peu plus de métal précieux, de faire un profit.</p>



<p>Au début les villes devaient jouer sur les rivalités entre les seigneurs pour survivre. Mais, avec les progrès faits par leurs artisans, elles gagnèrent en influence. Les «&nbsp;burgers&nbsp;», les «&nbsp;bourgeois&nbsp;» ou les «&nbsp;classes moyennes&nbsp;» devinrent une classe au milieu de la société féodale du Moyen âge. Cependant, ils obtenaient leurs richesses par un moyen radicalement différent de celui des seigneurs qui dominaient la société.</p>



<p>Un seigneur féodal vivait directement des produits agricoles qu’il était capable d’obtenir en forçant les serfs à travailler sur sa terre. Il utilisait son pouvoir personnel pour les y obliger, sans avoir à les payer. Alors que les classes les plus riches des villes vivaient de la vente de produits non-agricoles. Ils payaient un salaire, tous les jours ou toutes les semaines, aux travailleurs pour qu’ils produisent pour eux.</p>



<p>Ces travailleurs, souvent des serfs en fuite, étaient « libres » d’aller et venir à leur guise &#8211; une fois qu’ils avaient fini le travail pour lequel ils étaient payés. La « seule » obligation qu’ils avaient à travailler étaient qu’ils mouraient de faim s’ils ne trouvaient pas un travail. Les riches pouvaient s’enrichir car plutôt que de mourir de faim, les travailleurs « libres »&nbsp;acceptaient moins d’argent pour leur travail que la valeur des biens qu’ils produisaient. Nous reviendrons sur cela plus tard. Pour l’instant, ce qui importe c’est que les bourgeois et les seigneurs féodaux obtenaient leurs richesses de façons différentes. Cela les amenait à concevoir la société de manière différente.</p>



<p>L’idéal du seigneur féodal était une société dans laquelle il avait le pouvoir absolu sur ses propres terres, libéré de toute loi écrite, sans intrusion d’entité extérieure, avec l’impossibilité pour ses serfs de s’enfuir. Il voulait que les choses restent comme elles l’étaient sous le règne de son père et de son grand-père, et que tout le monde accepte cette hiérarchie sociale dans laquelle il était né.</p>



<p>Les membres de la nouvelle bourgeoisie riche voyaient, nécessairement, les choses d’une autre manière. Ils voulaient réduire le pouvoir des seigneurs ou rois d’interférer avec leur commerce ou voler leurs richesses.</p>



<p>Ils rêvaient d’y parvenir au moyen d’un ensemble fixe de lois, écrites et appliquées par leurs propres représentants. Ils voulaient libérer les classes les plus pauvres du servage, pour les permettre de travailler (et d’augmenter leur profit) dans les villes.</p>



<p>Comme eux-mêmes, leurs pères et grands-pères avaient souvent dû vivre sous le joug des seigneurs féodaux et ils ne voulaient certainement pas que cela continue.</p>



<p>En d’autres termes, ils voulaient révolutionner la société. Leurs conflits avec l’ordre ancien n’étaient plus seulement économiques, mais aussi idéologiques et politiques. Idéologique signifiait religieux, dans une société d’illettrés où la source dominante des idées générales sur le monde était l’Église.</p>



<p>Puisque l’église médiévale était dirigée par des évêques et des abbés qui eux aussi étaient des seigneurs féodaux, elle propageait des positions pro-féodales, accusant de « pécheresses » la plupart des activités des bourgeois urbains.</p>



<p>Ainsi, en Allemagne, Hollande, Angleterre et en France, au XVI<sup>ème</sup> et XVII<sup>ème</sup> siècles, la classe moyenne se rallia à sa propre religion&nbsp;: le protestantisme &#8211; une idéologie religieuse qui prêchait l’épargne, la sobriété, l’effort (spécialement pour les travailleurs) et l’indépendance des congrégations de la classe moyenne par apport à la puissance des évêques et des abbés.</p>



<p>La classe moyenne créa un Dieu à son image, en opposition au Dieu du Moyen âge. Maintenant, on nous apprend à l’école ou à la télévision que les grandes guerres religieuses et les guerres civiles de cette époque n’étaient que des guerres à propos de divergences religieuses, comme si les gens étaient suffisamment stupides pour se battre et mourir parce qu’ils n’étaient pas d’accord au sujet du rôle du sang et du corps du Christ dans la Sainte Communion. Beaucoup plus était en jeu &#8211; le conflit entre deux formes de sociétés complètement différentes, basées sur deux façons différentes d’organiser la production des richesses.</p>



<p>En Angleterre, la bourgeoisie gagna. Aussi gênant que cela puisse-t-être pour la classe dirigeante actuelle, leurs ancêtres consacrèrent leur pouvoir en coupant la tête d’un roi, en justifiant leurs actes par les extravagances des prophètes de l’Ancien Testament. Mais, ailleurs, la première manche fut pour l’ancien régime. En France et en Allemagne, les révolutionnaires bourgeois protestants furent balayés par les guerres civiles (bien qu’une version féodale du protestantisme survécut en tant que religion dans le nord de l’Allemagne). La bourgeoisie dut attendre deux siècles et plus pour savourer la victoire, durant la seconde manche qui eut lieu sans le prétexte religieux, en 1789, à Paris.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Exploitation et plus-value</h3>



<p>Dans les sociétés esclavagistes et féodales, les classes supérieures devaient avoir des contrôles légaux sur la masse de la population laborieuse. Autrement, ceux qui servaient le seigneur féodal ou l’esclavagiste se seraient enfuis, laissant la classe privilégiée sans personne pour travailler pour elle.</p>



<p>Mais le capitaliste n’a pas besoin, en général, de tels contrôles légaux sur les travailleurs. Il n’a pas besoin de les posséder, pourvu qu’il s’assure que le travailleur qui refuse de travailler pour lui mourra de faim. Au lieu de posséder le travailleur, le capitaliste peut prospérer tant qu’il possède et contrôle la source de vie des travailleurs &#8211; les machines et les usines.</p>



<p>Les nécessités matérielles de la vie sont produites par le travail humain. Mais ce travail est à peu près inutile sans outils pour cultiver la terre et raffiner les matières premières. Les outils peuvent varier énormément &#8211; du simple instrument agricole tels que les faux et les charrues aux machines compliquées qu’on rencontre dans les usines automatisées modernes. Mais sans outils le plus compétent de tous les travailleurs est incapable de produire les choses utiles à la survie.</p>



<p>C’est le développement de ces outils &#8211; généralement appelés « les moyens de production » &#8211; qui sépare l’homme moderne de son lointain ancêtre de l’âge de pierre. Le capitalisme se base sur la propriété de ces moyens de production par une minorité. En Angleterre aujourd’hui, par exemple, 1 % de la population possède 84&nbsp;% des stocks et des parts dans l’industrie. Entre leurs mains se trouve concentré le contrôle effectif sur une large majorité des moyens de production &#8211; les machines, les usines, les champs pétroliers, les meilleures terres agricoles. La masse de la population ne peut survivre que si les capitalistes lui permettent de travailler avec ses moyens de production. Cela donne aux capitalistes un immense pouvoir pour exploiter le travail des autres personnes &#8211; même si au regard de la loi « tous les hommes sont égaux »..</p>



<p>Il fallut des siècles aux capitalistes pour construire leur total monopole sur les moyens de production. En Angleterre, par exemple, les parlements du XVII<sup>ème</sup> et XVIII<sup>ème</sup> siècles, durent voter une succession de lois baptisées « Enclosure Acts »&nbsp;qui expulsèrent les paysans de leurs propres moyens de production, la terre qu’ils cultivaient depuis des siècles. La terre devint la propriété d’une section de la classe des capitalistes et la masse rurale fut obligée de vendre son travail aux capitalistes sous peine de mourir de faim.</p>



<p>Une fois que le capitalisme réussit à monopoliser les moyens de production, il pouvait se permettre de laisser à la masse de la population une apparence de liberté et d’égalité dans les droits politiques avec les capitalistes. Car quelque soit la « liberté »&nbsp;qu’avaient les travailleurs, ils devaient toujours travailler pour vivre.</p>



<p>Les économistes pro-capitalistes ont une explication simple de ce qui se passe. Ils disent qu’en payant des salaires, le capitaliste achète le travail des travailleurs. Il doit payer un juste prix pour cela. Sinon, ce travailleur s’en ira travailler ailleurs. Le capitaliste donne « une journée de salaire équitable ». En retour, les travailleurs doivent donner « une journée de travail équitable ».</p>



<p>Comment alors expliquent-ils les profits&nbsp;? Ce sont, prétendent-ils, une « récompense »&nbsp;pour le capitaliste pour son « sacrifice »&nbsp;c’est-à-dire en permettant l’utilisation de ses moyens de production (son capital). C’est un argument qui ne convaincra guère un travailleur qui y réfléchit un moment.</p>



<p>Prenons une compagnie qui annonce un « taux net de profit » de 10 pour cent. Cela veut dire que si le prix de toutes les machines, usines etc. qu’elle possède est de 100 millions de francs, alors il reste 10 millions de francs de bénéfice après avoir payé les salaires, les matières premières et le remplacement des machines usées pendant l’année.</p>



<p>Pas besoin d’être un génie pour s’apercevoir qu’au bout de 10 ans, la compagnie aura un bénéfice total de 100 millions de francs &#8211; exactement l’investissement initial.</p>



<p>Si c’est ce « sacrifice »&nbsp;qui est récompensé, alors, sûrement, après les dix premières années, tous les profits devraient cesser. Car après cette période, les capitalistes auront récupéré la totalité de leur investissement initial. En fait, le capitaliste est deux fois plus riche qu’avant. Il possède toujours son investissement original et les profits accumulés.</p>



<p>Les travailleurs, durant la même période, ont sacrifié la plus grosse partie de leur énergie en travaillant huit heures par jour, 47 semaines par an, à l’usine. Sont-ils devenus deux fois plus riches qu’ils étaient au début&nbsp;? Ce n’est certainement pas le cas. Même si un travailleur économise scrupuleusement, il ne sera pas capable d’acheter beaucoup plus qu’une télévision couleur, un chauffage bon marché ou une voiture d’occasion. Le travailleur ne pourra jamais réunir la somme nécessaire pour acheter l’usine dans laquelle il travaille. La « journée de travail équitable »&nbsp;pour une journée de salaire équitable a multiplié le capital du capitaliste, tout en laissant le travailleur sans capital et sans autre choix que de continuer à travailler pour à peu près le même salaire. Les « droits égaux » des capitalistes et des travailleurs ont augmenté l’inégalité.</p>



<p>Une des grandes découvertes de Karl Marx fut l’explication de cette anomalie apparente. Il n’y a pas de mécanismes qui forcent le capitaliste à payer ses travailleurs la valeur totale du travail qu’ils effectuent. Un travailleur employé, par exemple, dans l’industrie à l’heure actuelle, peut créer 4000 francs de richesse par semaine. Mais cela ne signifie pas qu’il ou elle sera payé(e) cette somme. Dans 99&nbsp;% des cas, ils seront payés beaucoup moins. L’alternative qu’ils ont au travail est la faim (ou les sommes misérables donnés par les allocations). Ainsi, ils ne demandent pas la totalité de la valeur de ce qu’ils produisent, mais juste assez pour avoir un niveau de vie plus ou moins acceptable. Le travailleur est payé juste assez pour pouvoir mettre toutes ses forces, toute sa capacité à travailler (ce que Marx appelait sa force de travail ) à la disposition des capitalistes chaque jour.</p>



<p>Du point de vue du capitaliste, du moment que les travailleurs sont suffisamment payés pour rester en bonne santé pour travailler et pour élever ses enfants qui seront une nouvelle génération de travailleurs, alors ils sont payés de manière équitable pour leur force de travail. Mais le montant des richesses nécessaires pour garder les travailleurs en bonne santé est considérablement inférieur au montant des richesses produites par leur travail &#8211; la valeur de leur force de travail est considérablement inférieure à la valeur de leur travail. La différence va dans la poche du capitaliste. Marx appela cette différence la « plus-value »..</p>



<h3 class="wp-block-heading">La valorisation du capital</h3>



<p>Dans les écrits des économistes pro-capitalistes, on remarque rapidement qu’ils partagent tous la même croyance étrange. L’argent, si on les écoute, a des propriétés magiques. Il peut croître comme une plante ou un animal.</p>



<p>Quand un capitaliste pose son argent à la banque, il s’attend à ce qu’il fructifie. Quand il investit dans des actions de Promodès ou de Total, il s’attend à des rentrées d’argent frais, chaque année, sous la forme de dividendes. Karl Marx se rendit compte du phénomène, qu’il appela «&nbsp;<em>la valorisation du capital</em>&nbsp;», et chercha à l’expliquer. Comme nous l’avons déjà vu, son explication ne commença pas par l’argent, mais par le travail et les moyens de production. Dans la société actuelle, ceux qui sont assez riches peuvent acheter des moyens de production. Ils peuvent obliger tout le monde à leur vendre le travail nécessaire au fonctionnement de ces moyens de production. Le secret de la «&nbsp;<em>la valorisation du capital</em>&nbsp;», de la propriété miraculeuse qu’a l’argent de grossir pour ceux qui en ont beaucoup, réside dans le fait de vendre et d’acheter cette force de travail.</p>



<p>Prenons l’exemple d’un travailleur, que nous appellerons Jean, qui a un patron M. Dupont. Le travail que peut accomplir Jean en huit heures créera un montant supplémentaire de richesses &#8211; valant peut-être 500 francs. Mais Jean acceptera d’être payé beaucoup moins que cela, puisque l’alternative sera les prestations sociales. Les efforts des élus capitalistes, souvent de droite, permettent de s’assurer qu’il n’aura que 120 francs par jours de prestations pour se nourrir, lui et sa famille. Ils expliquent que donner trop détruira « la motivation pour aller travailler ».</p>



<p>Si Jean veut obtenir plus que 120 francs par jour, il doit vendre sa capacité à travailler, sa force de travail, même si on lui offre beaucoup moins que les 500 francs qu’il peut produire chaque jour. Il acceptera de travailler pour, peut-être, 300 francs par jour. La différence, les 200 francs, ira dans la poche de M.Dupont. C’est la plus-value de M.Dupont.</p>



<p>Parce qu’il a eu assez d’argent pour s’acheter le contrôle des moyens de production au départ, M.Dupont peut s’assurer de devenir plus riche de 200 francs par jour et par travailleur qu’il emploie. Son argent continue de grossir, son capital augmente, pas à cause de curieuses lois de la nature, mais parce que ce contrôle sur les moyens de production lui permet d’obtenir la force de travail de quelqu’un d’autre à bon marché.</p>



<p>Bien entendu, M.Dupont ne récupèrera pas forcément les 200 francs en totalité &#8211; il est possible qu’il loue l’usine ou le terrain, il a peut-être emprunté une partie de sa richesse initiale à d’autres membres de la classe dirigeante. Ils demandent en retour une part de la plus-value. Il perd peut-être 100 francs sous formes de rentes, d’intérêts ou de dividendes, le laissant avec « seulement »&nbsp;100 francs.</p>



<p>Ceux qui vivent de dividendes n’ont probablement jamais vu Jean de leur vie. Néanmoins, ce n’est pas le pouvoir mystique de la pièce de 1 franc qui leur donne leurs richesses, mais la sueur bien physique de Jean. Les dividendes, les intérêts et les profits viennent tous de la plus-value.</p>



<p>Comment décide-t-on combien Jean sera payé pour son travail&nbsp;? Le patron essaiera de le payer le moins possible. Mais en pratique, il y a des limites qu’il ne peut dépasser. Certaines de ces limites sont physiques &#8211; il n’est pas raisonnable de payer un salaire si misérable aux travailleurs qu’ils souffrent de malnutrition et qu’il soient incapables de travailler. Ils doivent être capables d’aller et de revenir du travail, d’avoir un endroit pour se reposer la nuit, de telle sorte qu’ils ne s’endorment pas sur les machines.</p>



<p>De ce point de vue là, il vaut même mieux lui permettre de s’offrir quelques « petits luxes »&nbsp;&#8211; comme quelques demis ou une bouteille de vin chaque jour, la télévision, et même des vacances. Cela permet de reconstituer le travailleur et de le faire travailler plus. Il faut qu’il récupère sa force de travail. Il est important de remarquer que là où les salaires sont ’maintenus trop bas’ la productivité diminue.</p>



<p>Le capitaliste doit s’inquiéter d’autre chose aussi. Sa firme existera pendant plusieurs années, bien après que la première génération de travailleurs soit morte. La firme aura besoin de la force de travail de leurs enfants. Ils doivent payer aussi suffisamment les travailleurs pour qu’ils puissent élever des gamins. Ils doivent, aussi, s’assurer que l’État prenne en charge leur éducation et leur qualification (la lecture et l’écriture par exemple), grâce au système scolaire.</p>



<p>En pratique, un autre facteur intervient de même &#8211; ce que le travailleur pense être un salaire décent. Un travailleur qui est payé moins que ce salaire décent, négligera son travail, n’ayant pas peur de perdre son emploi puisqu’il pense que celui-ci est « inutile ».</p>



<p>Tous ces éléments, qui déterminent son salaire, ont un point en commun. Ils permettent de s’assurer qu’il a l’énergie vitale, la force de travail, que le capitaliste achètera à l’heure. Les travailleurs sont payés ce qu’il faut pour se maintenir en vie, eux-mêmes et leur famille, et pour être en forme pour travailler.</p>



<p>Dans la société capitaliste moderne, un autre point doit être abordé. D’énormes quantités de richesses sont dépensées pour la police et les armements. Elles sont utilisées par l’État pour les intérêts de la classe capitaliste. En réalité, elles appartiennent aux capitalistes, même si elles sont dirigées par l’État. La valeur dépensée pour ces choses appartient aux capitalistes, pas aux travailleurs. Cela fait partie aussi de la plus-value.</p>



<p>Plus-value = profit + rente + intérêts + dépenses militaires, policières etc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">5 &#8211; La théorie de la valeur</h2>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Mais les machines, le capital produisent des marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le capital, tout comme, le travail, obtienne une part des richesses produites. Chaque « facteur de production » doit avoir sa récompense.</p>
</blockquote>



<p>C’est comme cela que répond quelqu’un à qui on a appris un petit peu d’économie pro-capitaliste, à l’analyse marxiste de l’exploitation et de la plus-value. Et à première vue, l’objection semble se tenir. Car, assurément, on ne peut produire de richesse sans capital. Les marxistes n’ont jamais dit le contraire. Mais notre point de départ est bien différent. Nous commençons par demander&nbsp;: d’où vient le capital&nbsp;? Comment les moyens de production sont apparus pour la première fois&nbsp;?</p>



<p>La réponse n’est pas difficile à trouver. Tout ce que les humains ont utilisé, au cours de l’histoire, pour créer des richesses &#8211; que ce soit une hache de pierre néolithique ou un micro-ordinateur &#8211; a, à un moment, été créé par du travail humain. Même si on a eu besoin d’outils pour faire la hache, ces outils viennent d’un travail précédent.</p>



<p>C’est pourquoi, Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, «&nbsp;<em>de travail mort</em>&nbsp;». Alors que les hommes d’affaires se vantent du capital qu’ils possèdent, en réalité, ils se vantent d’avoir acquis le contrôle d’une vaste chaîne de travail de générations précédentes &#8211; ce qui ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne travaillaient pas plus qu’eux maintenant.</p>



<p>L’idée que le travail est la source des richesses &#8211; souvent appelée la «&nbsp;<em>théorie de la valeur</em>&nbsp;» &#8211; n’est pas une découverte originale de Marx. Tous les grands économistes pro-capitalistes avant lui l’avaient acceptée.</p>



<p>Des personnes, comme l’économiste écossais Adam Smith ou l’économiste anglais David Ricardo, l’avaient écrit quand le système du capitalisme industriel était encore jeune &#8211; peu avant et peu après la révolution française. Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient connaître la source réelle de leur richesse s’ils devaient un jour dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts en leur montrant que le travail créait la richesse, et pour construire leurs richesses, ils avaient besoin de « libérer »&nbsp;le travail du joug des anciens dirigeants pré-capitalistes.</p>



<p>Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches de la classe ouvrière commencent à retourner l’argument contre les amis de Smith et Ricardo&nbsp;: si le travail crée la richesse, alors le travail crée le capital. Et les « droits du capital »&nbsp;ne sont rien de plus que les droits du travail usurpé.</p>



<p>Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital décidèrent que la théorie de la valeur était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre.</p>



<p>Allumez la radio. Ecoutez-la assez longtemps, et vous entendrez quelqu’un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans l’économie française, c’est que «&nbsp;les gens ne travaillent pas assez dur » ou, et c’est une autre manière de le dire, que «&nbsp;la productivité est trop faible&nbsp;». Ne cherchons pas, un instant, à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez plutôt la façon dont ils sont présentés. Ils ne disent jamais «&nbsp;les machines ne travaillent pas assez dur ». Non, c’est toujours les gens, les travailleurs.</p>



<p>Ils prétendent que, si seulement les travailleurs travaillaient plus dur, plus de richesses pourraient être créées, et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d’arguments l’ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail créera plus de capital. Le travail est la source des richesses.</p>



<p>Supposons que j’ai un billet de 50 francs, dans ma poche. Quelle utilité cela a pour moi&nbsp;? Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je pourrai obtenir, en échange, quelque chose d’utile qui a été fabriqué par le travail de quelqu’un d’autre. Le billet de 50 francs n’est, en fait, que le droit de disposer des produits d’une certaine quantité de travail. Deux billets de 50 francs seront le droit de disposer des produits de deux fois cette quantité et ainsi de suite.</p>



<p>Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la quantité de travail qui a été nécessaire pour la créer.</p>



<p>Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même quantité, dans un temps donné. Si j’essayais, par exemple, de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq à six fois plus de temps qu’un charpentier. Mais personne, sain d’esprit, ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par le charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi.</p>



<p>Supposons qu’il faut une heure à ce charpentier pour faire une table, on dira alors que la valeur de la table est équivalente à une heure de travail. Ce sera le temps de travail nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de technologie et des compétences de la société.</p>



<p>C’est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de quelque chose n’était pas, simplement, le temps que cela prenait à un individu pour le faire, mais le temps que cela prendrait à un individu travaillant avec le niveau de technologie moyen et les compétences moyennes &#8211; il appela ce temps moyen de travail, «&nbsp;le temps de travail socialement nécessaire&nbsp;». Ce point est essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu’il faut de moins en moins de temps pour produire.</p>



<p>Par exemple, quand les radios étaient faites avec des lampes, elles étaient très chères, parce qu’il fallait vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait être fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps. Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire des lampes pour radios, virent le prix de ce qu’ils produisaient dégringoler, car la valeur des radios n’était plus déterminée par le temps de travail nécessaire pour les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des transistors.</p>



<p>Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement &#8211; jour après jour ou semaine après semaine. Ces changements peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps nécessaire pour les produire.</p>



<p>Quand le gel tua tous les plants de café au Brésil, le prix du café explosa, parce qu’il y avait pénurie dans monde et que les gens étaient prêts à payer plus. Si, demain, une catastrophe quelconque venait à détruire tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun doute que le prix des télévisions exploserait de la même façon. Ce que les économistes appellent ’l’offre et la demande’ explique de telles variations dans le prix.</p>



<p>Pour cette raison, beaucoup d’économistes pro-capitalistes prétendent que la théorie de la valeur est sans fondement. Ils disent que seules l’offre et la demande importent. C’est cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient, ils varient autour d’une valeur moyenne. La mer monte ou descend à cause des marées, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas parler d’un point fixe autour duquel elle bouge, que nous appelons, d’ailleurs, le niveau de la mer.</p>



<p>De la même manière, le fait que les prix montent ou baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu’il n’y a pas de valeurs fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les téléviseurs étaient détruits, les premiers fabriqués seraient très demandés et très chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il y en ait de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les autres, ce qui inévitablement baisserait les prix, jusqu’à atteindre leur valeur en termes de travail nécessaire pour les fabriquer.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Compétition et accumulation</h3>



<p>Il fut un temps où le capitalisme semblait être un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des femmes ont été dominées par l’esclavage et l’exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu’il fit son apparition au XVIIIème et XIXème siècles, ne changea rien de tout cela. Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation à profit pour un but utile. Plutôt que de gaspiller des montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates, plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des monarques décédés, plutôt que d’enclencher de futiles guerres pour que le fils d’un empereur puisse gouverner un trou perdu, il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. L’essor du capitalisme fut une période de croissance de l’industrie, des villes et des moyens de transport, à une échelle inimaginable pour les générations passées.</p>



<p>Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des villes comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient des endroits miraculeux. L’humanité n’avait jamais vu autant de coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas de qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci étaient plutôt des gens nocifs, obsédés uniquement par les richesses qu’ils pouvaient récupérer en payant le moins possible pour le travail effectué.</p>



<p>Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à construire des industries. Mais les capitalistes étaient différents sur deux points importants. Le premier dont nous avons parlé &#8211; ils ne possédaient pas les travailleurs, ils les payaient à l’heure pour leur capacité à travailler, leur force de travail. Ils utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves. Ensuite, ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les travailleurs produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les capitalistes vivaient de la vente à d’autres personnes des biens produits par les travailleurs.</p>



<p>Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour faire ce qu’il voulait que le possesseur d’esclaves ou le seigneur féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire au plus bas coût possible. Le capitaliste possédait l’usine et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce pouvoir comme il le souhaitait. Il devait s’agenouiller devant les impératifs de la compétition avec les autres usines.</p>



<p>Revenons à notre capitaliste préféré, M.Dupont. Supposons qu’une certaine quantité de coton produit dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir, mais que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en cinq heures de travail. M.Dupont serait incapable d’obtenir, pour son produit, l’équivalent de dix heures de travail. Aucune personne sensée ne paierait ce prix, alors qu’il y a moins cher de l’autre côté de la rue.</p>



<p>Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait s’assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais ce n’est pas tout. Il devait aussi s’assurer que ses travailleurs travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des autres travailleurs dans d’autres usines. Le capitaliste qui voulait survivre devait posséder de plus en plus grandes quantités de moyens de production &#8211; ou, comme disait Marx, accumuler du capital&nbsp;!</p>



<p>La compétition entre les capitalistes créa un pouvoir, le système du marché, qui les tenait tous sous son emprise. Il les poussa à accélérer les cadences tout le temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles machines ( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe à côté ), et ils ne pouvaient se le permettre qu’à condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible.</p>



<p>Marx écrivit, dans son œuvre principale, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm"><em>Le Capital</em></a>, que le capitaliste est un avare obsédé par l’acquisition incessante de plus en plus de richesses. Mais&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>ce qui chez l&rsquo;un parait être une manie individuelle est chez l&rsquo;autre l&rsquo;effet du mécanisme social dont il n&rsquo;est qu&rsquo;un rouage. Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l&rsquo;accroître, et il ne peut continuer de l&rsquo;accroître à moins d&rsquo;une accumulation progressive.</p>



<p>(&#8230;)</p>



<p>Accumulez, accumulez ! C&rsquo;est la loi et les prophètes !&nbsp;</p>
</blockquote>



<p>La production ne sert pas à satisfaire des besoins humains &#8211; mêmes ceux des capitalistes &#8211; mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre. Les travailleurs, employés par chacun d’eux, voient leurs vies dominées par la tendance qu’ont leurs employeurs à accumuler plus rapidement que leurs rivaux.</p>



<p>Comme le <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm">Manifeste du parti communiste</a> l’explique&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé&#8230; le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité.</p>
</blockquote>



<p>L’obligation pour les capitalistes d’accumuler, en concurrence les uns avec les autres, explique les grandes avancées industrielles des premières années du système. Mais quelque chose d’autre en résulta &#8211; les crises économiques à répétition. Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">6 &#8211; Les crises économiques</h2>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Accumulation de richesse à un pôle, c&rsquo;est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d&rsquo;ignorance, d&rsquo;abrutissement, de dégradation morale, d&rsquo;esclavage, au pôle opposé.</p>
</blockquote>



<p>Voilà comment Marx résuma la tendance du capitalisme. Chaque capitaliste craint la compétition avec les autres, il fait donc travailler ses employés le plus durement possible, payant les salaires les bas possibles. Le résultat est une disproportion entre la croissance massive des moyens de productions d’une part, et la croissance limitée des salaires et du nombre de travailleurs employés d’autre part. Marx insista sur ce fait qui est la cause première des crises économiques.</p>



<p>Le meilleur moyen pour s’en apercevoir est de poser la question&nbsp;: qui achète la quantité de biens en expansion&nbsp;? Les bas salaires des travailleurs signifient qu’ils ne peuvent se payer les biens produits par leur propre travail. Et les capitalistes ne peuvent augmenter les salaires, parce que cela détruirait les profits &#8211; la force motrice du système. Mais si les firmes ne peuvent vendre les biens qu’elles produisent, elles doivent fermer des usines et licencier des travailleurs. Le montant total des salaires chute d’autant, et plus de firmes n’arrivent plus à écouler leurs stocks. Une «&nbsp;crise de surproduction&nbsp;»&nbsp;apparaît avec des marchandises qui s’empilent et des gens qui ne peuvent se les payer.</p>



<p>C’est une caractéristique récurrente du capitalisme depuis les 160 dernières années. Mais n’importe quel esprit agile, en faveur du système, fera remarquer qu’il y aurait une solution simple à la crise. Il suffirait que les capitalistes investissent leurs profits dans de nouvelles machines et de nouvelles usines. Cela donnera du travail aux travailleurs qui en retour pourront acheter les marchandises invendues. Cela signifie que tant qu’il y a de nouveaux investissements, tous les biens produits pourront être vendus et le système permet le plein-emploi. Marx n’était pas stupide et remarqua ce fait. En effet, comme nous l’avons déjà signalé, il réalisa que la pression due à la compétition qui poussait les capitalistes à investir, était central pour le système. Mais, se demanda-t-il cela signifie-t-il que les capitalistes investiront tous leurs profits tout le temps&nbsp;?</p>



<p>Le capitaliste n’investira que s’il pense que cela lui garantira un profit « raisonnable ». Et s’il ne le pense pas, il ne risquera pas son argent dans un investissement. Il le mettra à la banque, et le laissera là.</p>



<p>Avant d’investir le capitaliste évalue la situation économique. Quand celle-ci semble bonne, tous les capitalistes vont se ruer pour tous investir au même moment, se marchant dessus pour trouver des sites de constructions, acheter des machines, parcourir la terre pour trouver des matières premières, payant au-dessus de la moyenne des travailleurs qualifiés. C’est ce qu’on appelle une « phase d&rsquo;expansion ».</p>



<p>Mais la compétition frénétique pour la terre, les matières premières et la force de travail qualifiée, pousse à la hausse leur prix. Et soudainement, les entreprises s’aperçoivent que le coût est monté si haut que tous leurs profits ont disparus. La hausse des investissements laisse place à une « baisse »&nbsp;des investissements. Plus personne ne veut des nouvelles usines, les travailleurs du bâtiment sont licenciés. Plus personne ne veut des nouvelles machines &#8211; l’industrie des machines-outils entre en crise. Plus personne ne veut de l’acier et du fer qui a été produit &#8211; l’industrie de l’acier fonctionne en « sous-capacité »&nbsp;et devient « non rentable ». Les fermetures d’usines se répandent d’une industrie à une autre industrie, créant du chômage &#8211; et avec lui, l’impossibilité pour les travailleurs d’acheter les produits d’autres industries. L’histoire du capitalisme est l’histoire de ce genre de crises périodiques, des travailleurs au chômage mourrant de faim devant des usines fermées, pendant que les stocks non-vendus pourrissent.</p>



<p>Le capitalisme crée ce genre de crise de surproduction périodiquement, parce qu’il n’y a pas de planification, il n’y a aucun moyen d’arrêter ces mouvements de ruée et de fuite des capitaux qui se déroulent en même temps.</p>



<p>Les gens pensent que l’État pourrait empêcher cela. En intervenant dans l’économie, en augmentant l’investissement public lorsque l’investissement privé est bas, puis le diminuant quand l’autre reprend, l’État permettrait de garder la production à un niveau égal. Mais de nos jours, l’investissement public suit les mêmes folles tendances.</p>



<p>Regardez British Steel. Il y a quelques années, quand elle était encore nationalisée, on a déclaré aux métallurgistes que leurs boulots étaient menacés pour permettre l’installation de vastes fourneaux automatiques conçus pour produire plus d’acier à meilleur marché. Maintenant, on leur dit que plus de travailleurs vont être licenciés, parce que l’Angleterre n’était pas le seul pays à se lancer dans ce genre d’investissement. La France, l’Allemagne, les États-Unis, le Brésil, les Pays de l’Est et même la Corée du Sud, firent tous la même chose. Maintenant, il y a un surplus mondial d’acier &#8211; une crise de surproduction. Les investissements publics se sont arrêtés.</p>



<p>Les métallurgistes en ont payé le prix par deux fois.</p>



<p>Voilà le prix que continue de payer l’humanité pour un système où la production de richesse massive est contrôlée par des petits groupes de privilégiés intéressés uniquement par le profit. Cela ne fait pas de différence que ces groupes possèdent les industries directement ou les contrôlent indirectement à travers l’État (comme pour British Steel). Pendant qu’ils utilisent ce contrôle pour se concurrencer les uns les autres pour la plus grande part du gâteau, nationalement ou internationalement, ce sont les travailleurs qui souffrent. La dernière absurdité du système est que « la crise de surproduction&nbsp;»&nbsp;n’est pas la surproduction du tout. Tout ce « surplus »&nbsp;d’acier par exemple, pourrait aider à résoudre le problème de la faim dans le monde. Les paysans dans beaucoup d’endroits du monde doivent récolter avec des outils en bois &#8211; des outils en acier augmenterait la production de nourriture. Mais les paysans n’ont pas d’argent de toutes façons, donc le système capitaliste n’est pas intéressé &#8211; il n’y a pas de profits à faire.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi les crises tendent à s’aggraver</h3>



<p>Les crises ne font pas qu’apparaître avec une régularité monotone. Marx a aussi expliqué qu’elles s’aggravaient avec le temps.</p>



<p>Même si l’investissement se faisait à un niveau égal, sans soubresauts, cela n’arrêterait pas la tendance générale vers la crise. Cela parce que la compétition entre les capitalistes (et entre les nations capitalistes) les oblige à investir dans des équipements qui demandent moins de main d’oeuvre.</p>



<p>En France, de nos jours, presque tous les nouveaux investissements servent à diminuer le nombre de travailleurs employés. Cela explique pourquoi il y a moins de travailleurs dans l’industrie en France qu’il y a dix ans même si le rendement a augmenté durant cette période.</p>



<p>Ce n’est qu’en ’rationalisant la production’, en ’augmentant la productivité’ et en diminuant la force de travail, qu’un capitaliste peut avoir une plus grosse part du gâteau que les autres. Mais la conséquence pour le système dans son ensemble est dévastatrice. Car cela signifie que le nombre de travailleurs n’augmente pas du tout à la même vitesse que les investissements.</p>



<p>Pourtant c’est le travail qui est la source des profits, le combustible qui entretient le système. Si vous faites des investissements de plus en plus gros, sans obtenir une augmentation correspondante de la source de profit, vous aller droit à la catastrophe &#8211; aussi sûrement que si vous essayiez de conduire une Jaguar avec l’essence nécessaire pour conduire une 2CV.</p>



<p>C’est pourquoi Marx déclara il y a 130 ans que les succès du capitalisme à investir lourdement dans de nouveaux équipements conduisaient à une « baisse tendancielle du taux de profit »&nbsp;ce qui signifie une continuelle aggravation des crises. Son argumentation s’applique très simplement au capitalisme aujourd’hui. A la place des « mauvaise périodes »&nbsp;faisant place aux « bonnes périodes&nbsp;»&nbsp;&#8211; des crises aux phases d&rsquo;expansion &#8211; on a l’impression de vivre une crise continuelle. Chaque reprise, chaque baisse du taux de chômage est limitée et courte.</p>



<p>Ceux qui défendent le système déclarant que c’est parce que l’investissement n’est pas assez élevé. Sans nouvel investissement, il n’y a pas d’emploi créé, et sans nouveaux emplois pas d’argent pour acheter les marchandises. Jusque-là nous sommes d’accord &#8211; mais nous ne sommes pas d’accord sur pourquoi cela arrive. Ils condamnent les salaires. Les salaires sont trop élevés disent-ils ce qui racle les profits jusqu’à l’os. Les capitalistes ont peur d’investir car cela ne rapportera pas assez.</p>



<p>Mais la crise a continué pendant de longues années où les gouvernements ont diminué les salaires et poussé les profits à la hausse. Par exemple, en Angleterre, les années 1975-78 furent celles de la plus grosse perte de pouvoir d’achat des travailleurs de ce siècle, alors que les riches devinrent plus riches &#8211; les 10&nbsp;% les plus riches passèrent de 57,8&nbsp;% du gâteau en 1974 à 60&nbsp;% en 1976.</p>



<p>Il n’y a toujours pas assez d’investissement pour stopper la crise &#8211; cela ne vaut pas seulement pour la Grande-Bretagne mais pour d’autres pays où les salaires ont été diminués, la France, le Japon, l’Allemagne.</p>



<p>Nous ferions mieux d’écouter ce que Marx disait il y a 130 ans que d’écouter les économistes d’aujourd’hui.</p>



<p>Marx prédit qu’avec le vieillissement du capitalisme, ses crises s’aggraveront parce que la source du profit, le travail n’augmente pas à la même vitesse que les investissements. Marx écrivait cela quand la valeur d’une usine ou d’une machine était peu élevée. Elle a explosé depuis. La compétition entre les capitalistes les oblige à utiliser des machines plus grosses et plus chères. On a atteint un point où dans la plupart des industries, on accepte le fait que de nouvelles machines signifient moins d’ouvriers.</p>



<p>L’agence économique internationale, l’OCDE, a prédit que le nombre d’emplois allait diminuer dans les plus fortes économies mondiales, même si, par miracle, des investissements surgissent.</p>



<p>Ce qui n’arrivera pas. Parce que les capitalistes s’inquiètent pour leurs profits, si leur investissement quadruple mais leur profit double seulement, ils s’angoisseront terriblement. Pourtant c’est ce qui va se passer si l’industrie augmente plus vite que la source de profit, le travail.</p>



<p>Comme Marx le soulignait, le taux de profit va tendre à diminuer. Il prédit qu’on atteindrait un point où chaque nouvel investissement deviendrait une périlleuse aventure. La taille des dépenses pour construire une usine ou installer de nouvelles machines deviendrait colossale, mais le taux de profit serait bas comme jamais. Une fois ce point atteint, chaque capitaliste (ou chaque État capitaliste) fantasmera sur d’importants nouveaux investissements &#8211; mais sera effrayé de les faire de peur de disparaître.</p>



<p>L’économie mondiale actuelle ressemble beaucoup à cela. Renault prévoit de nouvelles chaînes de production mais a peur de perdre de l’argent. British Steel rêve des grosses usines qu’elle avait prévues &#8211; mais doit les geler car elle n’arrive pas à écouler ses stocks. Les chantiers navals japonais ont abandonné l’idée de construire de nouveaux sites &#8211; et une partie des vieux sont en train de fermer. Les grandes capacités du capitalisme à construire des machines toujours plus vastes et toujours plus productives l’ont conduit à une apparente crise permanente.</p>



<p>Un point fut atteint dans les sociétés esclavagistes antiques et les sociétés féodales du Moyen âge où, soit une révolution transformait la société soit, elle entrait dans une crise permanente qui la ramènerait en arrière. Dans le cas de Rome, le manque de révolution conduisit exactement à l’anéantissement de la civilisation romaine. Dans le cas de certaines sociétés féodales &#8211; l’Angleterre et plus tard la France- la révolution détruisit l’ancien régime ce qui permit de nouvelles avancées sociales, sous le capitalisme.</p>



<p>Maintenant, le capitalisme lui-même, doit choisir entre les crises permanentes, qui plongeront sans aucun doute l’humanité dans la barbarie, ou alors une révolution socialiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">7 &#8211; La classe ouvrière</h2>



<p>Marx commença le Manifeste du Parti Communiste par l’affirmation&nbsp;: «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours a été l’histoire de luttes des classes.</em>&nbsp;» Pour la classe dirigeante, la question cruciale était d’obliger la classe opprimée à lui produire des richesses. À cause de cela, dans toutes les sociétés passées, il y eut d’énormes luttes entre les classes qui souvent culminaient en guerres civiles-la révolte des esclaves de la Rome Antique, les Jacqueries de paysans en Europe Médiévale, les grandes guerres civiles et révolutions des XVIIème et XVIIIème siècles.</p>



<p>Dans toutes ces grandes luttes, la masse des forces insurgées était composée de la section la plus opprimée de la société. Mais, comme Marx s’empressait d’ajouter, à la fin de la journée, tous leurs efforts servaient uniquement à remplacer une minorité dirigeante par une autre. Ainsi, par exemple, en Chine Ancienne, il y eut plusieurs révoltes victorieuses de paysans, mais elles remplaçaient un empereur par un autre. De même, ceux qui firent les efforts les plus importants durant la révolution française furent les «&nbsp;bras nus&nbsp;», -les couches les plus pauvres de Paris, mais, au final, la société n’était pas dirigée par eux mais par des banquiers et industriels à la place du roi et de ses courtisans.</p>



<p>Il y avait deux raisons à l’impossibilité de la classe opprimée à garder le contrôle de la révolution pour laquelle elle avait combattu. La première était que le niveau général de richesses dans la société était assez bas. C’était uniquement parce qu’une immense majorité de personnes était contrainte à la pauvreté absolue qu’une petite minorité avait le temps et le loisir de développer les arts et la science pour maintenir la civilisation. En d’autres termes, la division de la société en classes était nécessaire pour son progrès.</p>



<p>Deuxièmement, le mode de vie de la classe opprimée ne la préparait pas à prendre le contrôle de la société. En majorité illettrée, elle n’avait que peu d’idées sur ce qui se passait au-delà de son environnement immédiat et par-dessus tout, la façon dont elle était organisée la divisait, dressant les uns contre les autres. Chaque paysan s’occupait de son propre lopin de terre. Chaque artisan dans les villes s’occupait de son propre atelier et était, d’une certaine manière, en concurrence avec les autres, et non pas pas unis à eux. Les révoltes de paysans démarraient par un vaste mouvement qui se soulevait pour diviser la terre du seigneur, mais, aussitôt celui-ci vaincu, il y avait un combat pour savoir comment cette terre allait être partagée. Comme Marx le soulignait, les paysans ressemblaient à «&nbsp;un sac de pommes de terre&nbsp;»&nbsp;: ils pouvaient se rassembler sous la pression d’une force extérieure, mais étaient incapables de s’unir de façon permanente pour servir leurs propres intérêts. Les travailleurs qui créent les richesses sous le capitalisme moderne forment une classe différente de toutes les précédentes.</p>



<p>Premièrement, la division de la société en classes n’est plus nécessaire pour le développement de l’humanité. Il y a tellement de richesses créées que le capitalisme en détruit périodiquement une énorme quantité par les guerres et les crises. Ces richesses pourraient être partagées équitablement et la société continuerait à progresser dans les sciences, les arts etc.</p>



<p>Deuxièmement, la vie sous le capitalisme prépare les travailleurs à prendre le contrôle de la société, et ce de plusieurs façons. Par exemple, le capitalisme a besoin de travailleurs formés et éduqués. De plus, il force des milliers de personnes à travailler dans des usines énormes, et à habiter dans des villes toujours plus grandes, où ils sont en contact rapproché, et où ils peuvent devenir une puissante force de changement de société. Le capitalisme force les travailleurs à coopérer au cours de la production, au sein d’une usine. Cette coopération peut se retourner contre le système, comme lorsque les travailleurs s’organisent dans un syndicat. Parce qu’ils sont massés en d’importantes concentrations, il est beaucoup plus facile pour les travailleurs d’exercer un contrôle démocratique sur de telles structures que ça ne l’était pour les précédentes classes opprimées.</p>



<p>De plus le capitalisme tend à transformer des groupes de personnes qui s’estimaient ’au-dessus du lot’ ( les cadres et les techniciens) en travailleurs salariés qui sont forcés de s’organiser comme les autres travailleurs.</p>



<p>Enfin, le développement des communications &#8211; chemins de fer, routes, transport aérien, systèmes postaux, les téléphones, la radio et la télévision &#8211; permettent aux travailleurs de communiquer en dehors de leur propre ville ou industrie. Ils peuvent s’organiser en tant que classe à une échelle nationale et internationale &#8211; ce qui était inimaginable pour les classes opprimées précédentes.</p>



<p>Tous ces facteurs font que la classe ouvrière n’est pas seulement une force qui se rebelle contre le système, mais qu’elle peut s’organiser, élire ses propres représentants, dans le but de changer la société dans ses propres intérêts et non plus pour remettre au pouvoir un empereur ou un groupe de banquiers.</p>



<p>Comme Karl Marx le disait&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Tous les mouvements historiques ont été, jusqu&rsquo;ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l&rsquo;immense majorité au profit de l&rsquo;immense majorité.&nbsp;</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">8 &#8211; Comment peut-on changer la société ?</h2>



<p>En Grande-Bretagne, la majorité écrasante des socialistes et des syndicalistes défendent généralement l’idée que la société pourrait être transformée sans une révolution violente. Il suffirait, disent-ils, que les socialistes gagnent suffisamment de soutien populaire pour gagner le contrôle des institutions politiques «&nbsp;traditionnelles&nbsp;»&nbsp;&#8211; parlement et conseils municipaux. Alors les socialistes seraient en position de changer la société en utilisant l’État existant &#8211; le service public, la justice, la police et les forces armées &#8211; pour appliquer des lois qui limiteraient le pouvoir de la classe employeuse.</p>



<p>De cette manière, prétendent-ils, le socialisme peut être introduit graduellement et sans violence, en réformant le système actuel.</p>



<p>Cette théorie est, généralement, appelée le&nbsp;« réformisme », bien qu’occasionnellement, on entende des termes comme « révisionnisme » (parce que cela implique la révision complète des idées de Marx), « sociale-démocratie » (bien que, jusqu’en 1914, cela signifiait socialisme révolutionnaire) ou fabianisme (d’après la Société des Fabiens qui a longtemps propagé des idées réformistes en Angleterre). C’est une vision acceptée par la gauche comme par la droite du Parti socialiste comme du Parti communiste.</p>



<p>Le réformisme semble, à première vue, très crédible. Cela correspond avec ce que l’on apprend à l’école, dans les journaux ou à la télévision &#8211; que le « parlement » dirige le pays et que « le parlement est élu, démocratiquement, selon la volonté de la population ». Pourtant, malgré cela, chaque tentative pour introduire le socialisme par le parlement a été un échec. Ainsi, il y eut plusieurs gouvernements de majorité de gauche en Grande-Bretagne depuis 1945 &#8211; avec des majorités écrasantes en 1945 et 1979 &#8211; pourtant nous ne sommes pas plus près du socialisme qu’en 1945.</p>



<p>Les expériences ailleurs sont les mêmes. Au Chili en 1970, le socialiste Salvador Allende fut élu président. Les gens prétendirent que c’était une « nouvelle manière » d’avancer vers le socialisme. Trois ans plus tard, les généraux à qui on avait demandé de rejoindre le gouvernement renversèrent Allende et le mouvement ouvrier chilien fut détruit. Il y a trois raisons, toutes intimement liées, qui expliquent pourquoi le réformisme ne peut jamais réussir.</p>



<p>Premièrement, pendant que les majorités socialistes, aux parlements, introduisent « graduellement » des mesures socialistes, le pouvoir économique réel reste entre les mains de la vieille classe dirigeante. Ils peuvent utiliser ce pouvoir économique pour fermer des pans entiers de l’industrie, pour créer du chômage, pour faire monter les prix par la spéculation, déplacer de l’argent à l’étranger pour créer une crise des « balances des paiements », et pour lancer des campagnes de presse rejetant la faute sur le gouvernement socialiste.</p>



<p>Ainsi le gouvernement travailliste de Harold wilson a été obligé en 1964 et à nouveau en 1966 d&rsquo;abandonner des mesures qui auraient bénéficié aux travailleurs &#8211; par le mouvement en masse de capitaux à l&rsquo;étranger par des individus riches et des entreprises. Wilson lui-même a décrit dans ses mémoires comment</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Nous étions à présent arrivés à la situation où des spéculateurs internationaux disait à un gouvernement nouvellement élu que le programme sur lequel nous avions fait campagne ne pouvait pas être mis en œuvre. (&#8230;) On demandait au premier ministre de la reine de baisser le rideau sur la démocratie parlementaire en acceptant la doctrine suivant laquelle une élection en Grande-Bretagne était une farce, suivant laquelle le peuple britannique ne pouvait pas choisir entre plusieurs programmes.</p>
</blockquote>



<p>Le gouvernement d’Allende au Chili dut faire face à d’encore plus grandes attaques de la part de la haute finance. Deux fois, des pans entiers de l’industrie furent fermés par des «&nbsp;grèves de patrons&nbsp;», pendant que la spéculation augmentait énormément les prix et le contrôle des stocks par les hommes d’affaires obligea les gens à faire la queue pour se nourrir.</p>



<p>La deuxième raison pour laquelle le capitalisme ne peut être réformé est que l’État existant n’est pas « neutre », mais conçu, de haut en bas, pour préserver la société capitaliste. L’État contrôle presque la totalité des moyens de la force physique, les moyens de la violence. Si les organisations de l’État étaient neutres, et faisaient exactement ce qu’un gouvernement quelconque lui ordonnait, qu’il soit capitaliste ou socialiste, alors l’État pourrait être utilisé pour stopper le sabotage de l’économie par la haute finance. Mais si on regarde comment la machine étatique opère et qui donne réellement les ordres, on s’aperçoit qu’elle n’est pas neutre.</p>



<p>La machine étatique ne se résume pas simplement au gouvernement. C’est une vaste organisation comprenant plusieurs branches &#8211; la police, l’armée, la justice, le service public, ceux qui dirigent les entreprises nationalisées etc. Beaucoup de ceux qui travaillent dans ces différentes branches de l’État viennent de la classe ouvrière &#8211; ils vivent et sont payés comme des travailleurs.</p>



<p>Mais ce ne sont pas ces personnes qui prennent les décisions. Les soldats de base ne décident pas dans quelle guerre ils devront combattre ou quelle grève ils devront briser&nbsp;; l&#8217;employé de Pôle Emploi ne décide pas de la somme des allocations chômages. La machine étatique entière est basée sur le fait que quelqu’un à un niveau donné de l’échelle doit obéir à celui du niveau supérieur.</p>



<p>C’est, essentiellement, le cas dans les sections de la machine étatique qui exercent la force physique &#8211; l’armée, la marine, l’armée de l’air, la police. La première chose que l’on apprend au soldat qui s’engage &#8211; bien avant de lui laisser toucher une arme &#8211; est d’obéir aux ordres, sans se soucier de son avis concernant ces ordres. C’est pour cela qu’on lui apprend à faire des manœuvresabsurdes. S’il est capable de suivre des commandements grotesques au défilé, il est clair qu’il tirera sans se poser plus de questions.</p>



<p>Le crime le plus terrible dans l’armée est de refuser d’obéir aux ordres &#8211; la mutinerie. Cette offense est si terrible que la mutinerie, en temps de guerre, est passible de mort. Qui donne les ordres&nbsp;?</p>



<p>Si on jette un oeil à la hiérarchie de l’armée britannique ( et les autres armées ne sont pas différentes ), on trouve&nbsp;: général &#8211; commandant de brigade &#8211; colonel &#8211; lieutenant &#8211; sous-officier &#8211; soldat. A aucun moment n’interviennent les représentants élus &#8211; que ce soit un député ou un élu local. C’est aussi un acte de mutinerie pour un groupe de soldats d’obéir à leur député plutôt qu’à l’officier.</p>



<p>L’armée est une énorme machine à tuer. Ceux qui la dirigent &#8211; et qui ont le pouvoir de promouvoir d’autres soldats à des positions dirigeantes &#8211; sont les généraux. Bien sûr, en théorie, les généraux sont responsables devant le gouvernement élu. Mais les soldats sont entraînés à obéir à un général, pas à des élus. Si les généraux décident de donner des ordres aux soldats, qui ne sont pas ceux du gouvernement, celui-ci n’a aucun moyen pour contrer ces ordres. Il ne peut qu’essayer de convaincre les généraux de changer d’avis, si jamais il est au courant des ordres qui ont été donnés &#8211; parce que les affaires militaires sont toujours tenues secrètes, il est très facile pour les généraux de cacher leurs activités aux gouvernements qu’ils n’apprécient pas.</p>



<p>Cela ne signifie pas que les généraux ignorent, toujours ou très souvent, ce que leurs disent les gouvernements. En général, en Grande-Bretagne, ils ont trouvé plus utile de suivre presque tout ce que suggérait les gouvernements. Mais, dans une situation de vie ou de mort, les généraux sont capables d’enclencher leur puissante machine à tuer sans écouter le gouvernement, et il ne reste pas grand chose que le gouvernement puisse faire dans ces cas-là. C’est ce que firent, par exemple, les généraux, au Chili, quand Allende fut renversé.</p>



<p>Ainsi la question, «&nbsp;qui dirige l’armée&nbsp;?&nbsp;», revient à «&nbsp;qui sont les généraux&nbsp;?&nbsp;»&nbsp;En Grande-Bretagne, 80 % des officiers supérieurs viennent d’écoles privées&nbsp; payantes,&nbsp;&#8211; la même proportion qu’il y a 50 ans (17 années de gouvernements travaillistes n&rsquo;ont pas changé <em>cela</em>). Ils ont des liens de parenté avec les propriétaires de grandes entreprises, appartiennent aux mêmes clubs chics, se rencontrent dans les mêmes soirées mondaines, partagent les mêmes idées (si vous en doutez, lisez la page courrier de quasiment n’importe quel exemplaire du <em>Daily Telegraph</em>). Il en va de même pour les hauts fonctionnaires, pour les juges, pour les commissaires.</p>



<p>Pensez-vous que ces personnes vont obéir aux ordres d’un gouvernement pour enlever le pouvoir économique des mains de leurs amis ou relations dans la haute finance, seulement parce que 330 personnes discutent dans les salons de la chambres des députés&nbsp;? Ne feront-ils pas, à la place, comme les généraux chiliens, qui sabotèrent les ordres du gouvernement pendant trois ans et, au moment venu, le renversèrent&nbsp;?</p>



<p>En pratique, la «&nbsp;constitution&nbsp;» particulière que nous avons en Grande-Bretagne permet à ceux qui contrôlent la machine Étatique d&rsquo;étouffer la volonté d’un gouvernement de gauche élu sans avoir à le liquider physiquement. Si un tel gouvernement était élu, il ferait face à un sabotage massif de l’économie (fermetures d’usines, fuites de capitaux, contrôle des stocks, inflation galopante). Si le gouvernement essayait de répondre à ses sabotages en utilisant les «&nbsp;moyens constitutionnels&nbsp;»&nbsp;&#8211; en votant des lois &#8211; il se retrouverait les mains liées dans le dos.</p>



<p>La Chambre des Lords refuserait certainement de ratifier ces lois &#8211; reportant leur vote au maximum. Les juges les «&nbsp;interprèteraient&nbsp;» de telle manière qu’elles seraient sans pouvoir. Les chefs du service public, les généraux, et les chefs de police se serviraient des décisions des juges et du Sénat pour justifier leur propre inaction à leur ministère. Ils seraient soutenus par quasiment toute la presse, qui déclarerait que le gouvernement se comporte «&nbsp;illégalement&nbsp;». Les généraux se serviraient de ce langage pour justifier les préparatifs en vue de renverser un gouvernement «&nbsp;illégal&nbsp;».</p>



<p>Le gouvernement serait impuissant devant le chaos économique &#8211; sauf s’il a déjà agi inconstitutionnellement et a appelé les soldats, la police à se retourner contre leurs supérieurs.</p>



<p>Pour celui qui pense que tout cela n’est que de la science-fiction, j’ajouterai qu’il y a eu au moins deux occasions dans l’histoire récente de la Grande-Bretagne où des généraux ont saboté les décisions gouvernementales qu’ils n’appréciaient pas.</p>



<p>En 1912, la chambre des Communes vota une loi qui permettait la création d’un parlement ’indépendant’ pour diriger une Irlande unie. Le dirigeant de droite, Bonar Law, dénonça immédiatement le gouvernement (Libéral&nbsp;!) et l’accusa d’être une «&nbsp;junte&nbsp;»&nbsp;illégale qui avait «&nbsp;vendu la Constitution&nbsp;». La chambre des Lords retarda, évidemment, l’application de cette loi aussi longtemps qu’elle put (deux ans, dans ce cas), alors que l’ancien ministre de droite Edward Carson organisa une force paramilitaire dans le nord de l’Irlande pour résister à cette loi.</p>



<p>Lorsqu’on ordonna aux généraux qui commandaient l’armée britannique en Irlande, de se diriger vers le nord pour affronter ces troupes, ils refusèrent et menacèrent de démissionner. C’est à cause de cette action, couramment appelé la «&nbsp;Mutinerie Curragh&nbsp;», que l’Irlande du nord comme du sud, ne put avoir un seul parlement en 1914, et reste, encore aujourd’hui, une nation divisée.</p>



<p>In 1974 il y eut une répétition en minature des événements de 1912. Les Loyalistes sectaires et réactionnaires d&rsquo;Irlande du Nord ont organisé un arrêt général de l&rsquo;industrie, ont utilisé des barricades pour empêcher les gens d&rsquo;aller au travail, pour ne pas être obligés d&rsquo;accepter un gouvernement d&rsquo;union protestant-catholique en Irlande du Nord. Les ministres britanniques ont demandé à l&rsquo;armée britannique et à la police d&rsquo;Irlande du Nord, le&nbsp;<em>Royal Ulster Constabulary</em>, de démonter les barricades et de mettre fin à la grève. Les hauts officiers de l&rsquo;armée et les commandants de la police dirent au gouvernement que ce n&rsquo;était pas recommandé, et que ni les soldats ni la police ne s&rsquo;attaqueraient aux Loyalistes. Le gouvernement d&rsquo;union protestant-catholique dût démissionner, les opinions des officiers de l&rsquo;armée se sont montrées plus puissantes que celles du gouvernement britannique.<br></p>



<p>Si cela s’est passé, en 1912 comme en 1974, avec des gouvernements modérés prenant de timides mesures, imaginez ce qui se passerait si un gouvernement de socialistes militants était élu. Toute majorité réformiste <em>conséquente</em> seraient rapidement dans l’obligation de faire un choix&nbsp;: ou bien abandonner les réformes et suivre les directives de ceux qui contrôlent l’industrie et les positions étatiques clés ou se préparer à un conflit généralisé, qui, inévitablement, impliquera l’utilisation de la force, contre ceux qui contrôlent ces positions.</p>



<p>La troisième raison pour laquelle le réformisme est une impasse, est que la «&nbsp;démocratie&nbsp;»&nbsp;parlementaire contient des mécanismes internes permettant d’empêcher tous les mouvements révolutionnaires d’y trouver leur expression.</p>



<p>Certains réformistes affirment que le meilleur moyen pour prendre le pouvoir des mains de ceux qui contrôlent les positions clés de la machine étatique est pour la gauche d’obtenir la majorité au parlement d’abord. Cet argument s’effondre car les parlements sous-évaluent toujours le niveau de conscience révolutionnaire de la masse de la population.</p>



<p>La masse des gens ne croira en sa capacité de prendre le contrôle de la société que lorsqu’elle le fera en pratique, par la lutte. Ce n’est que lorsque des millions de gens occupent leurs usines ou prennent part à une grève générale que les idées du socialisme révolutionnaire deviennent, soudainement, réalistes.</p>



<p>Mais un tel niveau de lutte ne peut se maintenir indéfiniment sauf si la vieille classe dominante est éjectée du pouvoir. Si elle y reste, elle attendra que les occupations et les grèves diminuent, et, alors, utilisera son contrôle sur l’armée pour briser la lutte. Une fois que les grèves et les occupations commencent à vaciller, le sentiment de confiance et d’unité au sein des travailleurs commence à s’évanouir. La démoralisation et l’amertume s’installent. Même les plus combatifs commencent à penser que le changement de société n’est qu’un rêve fou.</p>



<p>Voilà pourquoi les employeurs préfèrent toujours que les votes de grèves se fassent lorsque les travailleurs sont à la maison, prenant leurs idées à la télévision ou dans les journaux, et pas lorsqu’ils sont unis dans des meetings de masse, pouvant entendre les arguments des autres travailleurs.</p>



<p>Voilà aussi pourquoi les lois antisyndicales contiennent presque toutes une clause obligeant les travailleurs à arrêter la grève, lors d’un vote à bulletin secret. Ce genre de clause s’appelle, à juste titre, celle des périodes de «&nbsp;refroidissement&nbsp;»&nbsp;&#8211; elles servent à verser de l’eau froide sur la confiance et l’unité des travailleurs.</p>



<p>Le système parlementaire prévoit, dans sa structure, des périodes de refroidissement et des votes à bulletins secrets. Par exemple, si un gouvernement est mis à genoux par une grève massive, il dira sûrement,«&nbsp;OK, attendons trois semaines avant la tenue d’élections législatives qui résoudront la question démocratiquement&nbsp;». Il espère que d’ici là la grève sera arrêtée. La confiance et l’unité des travailleurs vont alors se faner. Les employeurs pourront mettre les militants sur une liste noire. La presse capitaliste et sa télévision pourront se remettre à fonctionner normalement, martelant les travailleurs d’idées pro-gouvernementales. La police peut arrêter les «&nbsp;fauteurs de troubles&nbsp;».</p>



<p>Alors, lorsque l’élection a finalement lieu, le vote ne reflètera pas le point culminant de la lutte des travailleurs, mais le plus bas niveau, après la grève.</p>



<p>En France, en 1968, le gouvernement du Général De Gaulle utilisa les élections exactement dans ce but. Les partis réformistes ouvriers et les syndicats appelèrent à la fin de la grève, et De Gaulle gagna les élections.</p>



<p>Le premier ministre Britannique, Edward Heath, essaya la même ruse lors d’une grève de mineurs massivement soutenue, en 1974. Mais cette fois, les mineurs n’ont pas été dupes. Ils restèrent en grève &#8211; et Heath perdit les élections.</p>



<p>Si les travailleurs attendent les élections pour décider de positions clés durant la lutte de classe, ils n’atteindront jamais le point culminant.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’État ouvrier</h3>



<p>Face à cela, Marx, dans sa brochure <a href="https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm">La guerre civile en France</a>, et Lénine dans <a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm">L’État et la révolution</a> décrivirent une vision complètement différente sur le moyen pour le socialisme de gagner. Aucun d’eux ne tirèrent leurs idées de l’espace, ils développèrent, tous deux, leurs analyses en regardant la classe ouvrière en action &#8211; Marx vit la Commune de Paris, Lénine les soviets (conseils d’ouvriers) russes de 1905 et 1917.</p>



<p>Mais Marx et Lénine insistèrent sur le fait que la classe ouvrière ne pouvait commencer à construire le socialisme avant d’avoir, au préalable, détruit le vieil État basé sur des chaînes de commandes bureaucratiques, et ensuite créé un nouvel État basé sur des principes entièrement nouveaux. Lénine souligna que cet État devait être complètement différent de l’ancien, en l’appelant «&nbsp;Etat-Commune&nbsp;», un État qui « cesse d&rsquo;être un Etat ».</p>



<p>Un nouvel État, disaient Marx et Lénine, sera absolument nécessaire si la classe ouvrière veut imposer sa loi sur les restes des anciennes classes dirigeantes et moyennes. C’est pour cela qu’il l’appelèrent la « dictature du prolétariat »&nbsp;&#8211; la classe ouvrière devait décider de la façon dont la société devait fonctionner. Elle devait aussi défendre sa révolution contre les attaques des classes dominantes d’autres pays. Pour accomplir ces deux tâches, elle doit avoir sa propre force armée, une certaine forme de police, de cours, de prisons.</p>



<p>Mais si cette nouvelle armée, police et système légal doivent être contrôlés par la classe ouvrière, et ne jamais se retourner contre ses intérêts, ils doivent être d’une nature complètement différente de ceux de l’État capitaliste. Ils doivent être le moyen par lequel la classe ouvrière en tant que majorité impose sa dictature au reste de la société, pas une dictature dirigée contre la majorité de la classe ouvrière.</p>



<p>Voici les principales différences.</p>



<p>&#8211; L’État capitaliste sert les intérêts d’une petite minorité de la société. L’État ouvrier doit servir les intérêts de l’immense majorité. La force dans l’État capitaliste, est exercée par une minorité de mercenaires, coupés du reste de la société et entraînés à obéir aux ordres de leurs supérieurs. Dans un État ouvrier, la force serait nécessaire uniquement pour que la majorité se protége des actes antisociaux des restes de l’ancienne classe privilégiée. La police et l’armée d’un État ouvrier doivent être composées de travailleurs, qui côtoient librement avec leurs camarades ouvriers, qui partagent les mêmes idées et la même vie. En effet, pour s’assurer que les groupes de soldats et de policiers ne se développent jamais de manière à être séparés de la masse des travailleurs, la «&nbsp;police&nbsp;»&nbsp;et les «&nbsp;soldats&nbsp;»&nbsp;doivent être des travailleurs qui sont chargés tour à tour, par un système de roulement, d’assumer ses fonctions.</p>



<p>&#8211; Plutôt que les forces armées et la police soient dirigées par un petit groupe d’officiers, elles seront dirigées par des représentants, directement élus, de la masse des travailleurs. Les représentants parlementaires, dans un État capitaliste, votent des lois mais laissent, à plein temps, des bureaucrates, juges et commissaires de police la capacité de les appliquer. Cela permet aux députés et élus locaux d’avoir un million d’excuses quand leurs promesses ne sont pas tenues. Les représentants des travailleurs dans un État ouvrier devront voir leurs lois mises immédiatement en application. Ce sont eux, et pas une élite de hauts bureaucrates, qui devront expliquer aux travailleurs du service public, de l’armée etc. comment les choses doivent se faire. Et de même, des représentants ouvriers élus devront interpréter ces lois dans les tribunaux.</p>



<p>&#8211; Les représentant parlementaires dans un État capitaliste sont détachés de ceux qui les élisent, par de gros salaires. Dans un État ouvrier, les représentants ne devront pas recevoir plus que le salaire moyen d’un ouvrier. Il en va de même pour ceux qui travaillent à faire appliquer les décisions des représentants (l’équivalent des fonctionnaires actuels). Les représentants ouvriers, et tous ceux concernés à appliquer les décisions des travailleurs, ne devront pas être, comme les députés, élus pour cinq ans (ou à vie dans le cas de hauts fonctionnaires) sans la possibilité d’être renvoyés. Ils devront être soumis à au moins une élection par an, et être révocables à tout moment s’ils ne suivent pas les souhaits des travailleurs.</p>



<p>&#8211; Les représentants parlementaires sont élus par tous les gens d’une certaine localité &#8211; bourgeois, classe moyennes, et classe ouvrière, propriétaires de même que locataires. Dans un État ouvrier, les élections concerneraient uniquement ceux qui travaillent, votant, seulement, après des discussions ouvertes. Ainsi le noyau de l’État ouvrier consisterait en des conseils ouvriers dans les usines, les mines, les docks, dans les bureaux, avec des groupes tels que les femmes au foyer, les retraités, les étudiants ayant leurs propres représentants.</p>



<p>De cette manière, chaque section de la classe ouvrière aurait ses propres représentants et serait capable de juger s’il ou elle suit ses intérêts. Ainsi, le nouvel État ne peut devenir une force séparée de et opposée à la majorité de la classe ouvrière &#8211; au contraire de ce qui s’est passé dans les pays du bloc de l’Est qui s’appelaient «&nbsp;Communistes&nbsp;».</p>



<p>Dans le même temps, le système des conseils ouvriers fournit un outil avec lequel les travailleurs peuvent coordonner leurs efforts pour faire tourner l’industrie selon un plan décidé nationalement et démocratiquement, et pas finir par se concurrencer. Il est facile de voir comment la technologie informatique moderne permettrait à tous les travailleurs d’obtenir des informations concernant diverses options économiques accessibles à la société, et conduire leurs représentants à choisir ce que la majorité des travailleurs pense être les meilleures options &#8211; savoir si on construit des Concordes, ou un système de transport public fiable et bon marché, savoir si on construit des bombes nucléaires ou une banque de reins artificiels, etc.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’extinction de l’État</h3>



<p>Parce que le pouvoir étatique ne doit pas être séparé de la masse des travailleurs, il sera beaucoup moins coercitif que sous le capitalisme. Lorsque les restes de l’ancienne société contre qui il était dirigé, sera résignée à la victoire de la révolution, et lorsque d’autres révolutions auront renversé les autres classes dirigeantes, il y aura besoin de moins en moins de coercition, jusqu’à ce que les travailleurs n’aient plus besoin de quitter leur travail, pour accomplir les tâches «&nbsp;policières&nbsp;» et «&nbsp;militaires&nbsp;».</p>



<p>C’est ce que Marx et Lénine voulaient dire lorsqu’ils disaient que l’État devrait disparaître. A la place de la coercition contre les gens, l’État deviendrait plutôt un mécanisme de conseils ouvriers pour décider comment produire et distribuer les richesses.</p>



<p>Les conseils ouvriers doivent apparaître, sous une forme ou sous une autre, lorsque les conflits entre les classes ont atteint un très haut niveau. «&nbsp;Soviet&nbsp;»&nbsp;fut le mot russe pour désigner les conseils ouvriers de 1905 et 1917.</p>



<p>En 1918, en Allemagne, les conseils de travailleurs furent, brièvement, le seul pouvoir dans le pays. En Espagne, en 1936, les différents partis et syndicats ouvriers s’unirent dans des «&nbsp;comités de milices&nbsp;», qui dirigeaient localement et ressemblaient à des conseils ouvriers. En Hongrie, en 1956, les travailleurs élirent des conseils pour faire tourner les usines et les villes, lorsqu’ils combattaient les troupes russes. Au Chili, en 1972-73, les travailleurs commencèrent à construire des «&nbsp;cordones&nbsp;»&nbsp;&#8211; des comités de travailleurs qui reliaient les grosses usines.</p>



<p>Les conseils de travailleurs apparurent en tant que structures qu’utilisent les travailleurs dans leurs luttes contre le capitalisme. Ils peuvent démarrer avec de modestes fonctions, récoltant des fonds de soutien pour la grève par exemple, mais parce qu’ils sont basés sur l’élection directe des travailleurs, sur des représentants ouvriers soumis à la révocation, ils peuvent, aux plus hauts points de la lutte, coordonner les efforts de la classe ouvrière toute entière. Ils peuvent former la base du pouvoir des travailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">9 &#8211; Comment les travailleurs deviennent-ils révolutionnaires ?</h2>



<p>En Grande-Bretagne, durant ce siècle, la plupart des travailleurs se sont tournés vers le Parti Travailliste et le parlement pour changer la société. Une large minorité a soutenu les idées réactionnaires de la droite. Les révolutionnaires n’ont été en général qu’un petit nombre. Cette indifférence ou même opposition des travailleurs au socialisme révolutionnaire n&rsquo;est pas vraiment surprenante. Nous avons tous grandi dans une société capitaliste où il est considéré comme acquis que tout le monde est égoïste, où on nous répète sans arrêt dans les journaux ou à la télévision que seule une minorité privilégiée a les capacités pour prendre en main les postes clés de l’économie et de l’État, où la masse des travailleurs apprend dès le premier jour d’école à obéir aux ordres donnés par « ceux qui savent », les « autorités ».</p>



<p>Comme Marx le signalait, les idées dominantes sont celles de la classe dominante, et un grand nombre de travailleurs les accepte.</p>



<p>Pourtant, malgré cela, continuellement dans l’histoire du capitalisme, des mouvements révolutionnaires ont secoué les pays les uns après les autres&nbsp;: en France en 1871, en Russie en 1917, en Allemagne et en Hongrie en 1919, en Italie en 1920, en Espagne et en France en 1936, en Hongrie en 1956, en France en 1968, au Chili en 1972-73, au Portugal en 1975, en Iran en 1979, en Pologne en 1980.</p>



<p>L’explication de ses mouvements réside dans la nature même du capitalisme. Le capitalisme est un système qui entre constamment en crise. À partir d’un moment, il ne peut plus assurer le plein emploi, il ne peut promettre la prospérité pour tous, ni même nous assurer un niveau de vie convenable. Mais durant les phases d&rsquo;expansion les travailleurs attendent toutes ces choses. Donc, par exemple, dans les années 1950 début 1960, les travailleurs espéraient un plein emploi permanent, une «&nbsp;couverture sociale&nbsp;»&nbsp;et un graduel mais réel rehaussement du niveau de vie. Par contraste, sur les 25 dernières années, les gouvernements successifs laissé le chômage toucher jusqu’à 4 millions de personnes, réduit la sécurité sociale en lambeaux, et ont essayé de diminuer le niveau de vie.</p>



<p>Parce que nous sommes habitués à accepter beaucoup d’idées capitalistes, nous acceptons certaines de ces attaques. Mais inévitablement, le point où les travailleurs n’en peuvent plus est atteint. Soudainement, souvent quand personne ne s’y attend, leur colère explose et ils agissent contre leur patron ou le gouvernement. Peut-être se mettent-ils en grève ou alors organisent une manifestation.</p>



<p>Quand cela arrive, qu’ils le veuillent ou non, les travailleurs commencent à faire des choses qui contredisent toutes les idées capitalistes qu’ils avaient acceptées jusqu’à présent. Ils agissent en solidarité avec d’autres, en tant que classe par leur opposition aux représentants de la classe capitaliste.</p>



<p>Les idées du socialisme révolutionnaire qu’ils avaient l’habitude de rejeter commencent alors à correspondre à ce qu’ils sont en train de faire. Une partie au moins de ces travailleurs prennent ces idées au sérieux pourvu qu’elles soient accessibles. L’échelle que cela prend dépend de l’échelle du conflit, pas des idées qui sont dans la tête des travailleurs. Le capitalisme les pousse au conflit même s’ils ont des idées pro-capitalistes. La lutte leur fait remettre en question ces idées. Le pouvoir capitaliste réside sur deux bases &#8211; le contrôle des moyens de productions et le contrôle de l’État. Un authentique mouvement révolutionnaire commence au milieu de la masse des travailleurs lorsque les luttes pour leurs intérêts économiques immédiats les conduisent à l’affrontement avec les deux bases du règne capitaliste. Prenons par exemple un groupe de travailleurs qui ont été employés dans la même usine pendant des années. Le train-train quotidien de leur vie est réglé par leur travail. Un jour l’employeur annonce qu’il va fermer l’usine. Même ceux qui votaient à droite dans l’usine sont horrifiés et veulent faire quelque chose. En désespoir, ils décident que la seule façon de continuer à vivre la même vie que le capitalisme leur a appris à espérer est d’occuper l’usine &#8211; s’attaquer au contrôle qu’à l’employeur sur les moyens de productions. Ils peuvent même rapidement en arriver à combattre l’État lorsque le patron appellera la police pour récupérer «&nbsp;sa&nbsp;»&nbsp;propriété. S’ils veulent avoir la moindre de chance de garder leur emploi, les travailleurs devront se confronter à la police, à l’État, aussi bien qu’au patron.</p>



<p>Ainsi le capitalisme crée lui-même les conditions de conflits de classes qui ouvrent l’esprit des travailleurs à des idées à l’opposé de celles que le système leur a appris. Cela explique pourquoi l’histoire du capitalisme est marquée par de périodiques poussées de sentiments révolutionnaires parmi des millions de travailleurs, même si la plupart du temps, la majorité des travailleurs accepte les idées que le système développe.</p>



<p>Un dernier point. L’un des plus gros obstacles au développement des idées révolutionnaires parmi les travailleurs est le sentiment que ce n’est pas la peine de faire quoique ce soit parce que les autres travailleurs ne les soutiendront jamais. Quand ils découvrent que d’autres se mettent en lutte, ils sortent de leur propre apathie. Dans la même veine, les gens qui pensent qu’en tant que travailleurs ils sont incapables de gérer la société, soudainement apprennent qu’il en est autrement lorsqu’ils découvrent qu’au cours des luttes de masses contre le système, ils prennent part à la gestion de cette société. A cause de cela, une fois qu’un mouvement révolutionnaire démarre, il peut faire boule de neige à une vitesse surprenante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">10 &#8211; Le parti socialiste révolutionnaire</h2>



<p>Le principe de base du marxisme est que le développement du capitalisme conduit les travailleurs à se révolter contre le système.</p>



<p>Quand de telles révoltes explosent &#8211; que ce soit une manifestation de masse, une insurrection armée ou même une grosse grève &#8211; la transformation de la conscience de la classe ouvrière est étonnante. Toute l’énergie mentale des travailleurs qui était auparavant détournée sur mille et une choses &#8211; comme jouer aux courses ou regarder la télévision &#8211; se concentre soudainement sur le moyen de changer la société. Des millions de gens se penchant sur ce problème trouvent des solutions d’une incroyable ingéniosité, qui, souvent, laissent des révolutionnaires accomplis aussi désemparés que l’est la classe dirigeante par la tournure des événements.</p>



<p>Ainsi, par exemple, au cours de la première révolution russe de 1905, une nouvelle forme d’organisation des travailleurs, le soviet &#8211; conseil ouvrier &#8211; émergea d’un comité de grève pendant une grève d’imprimeurs. Au départ, le parti bolchevique &#8211; les plus militants des révolutionnaires socialistes &#8211; se méfia des soviets&nbsp;: ils ne croyaient pas qu&rsquo;il&nbsp;était possible pour une masse de travailleurs politisés depuis peu de créer un instrument révolutionnaire efficace.</p>



<p>De telles expériences se retrouvent dans plusieurs grèves&nbsp;: les militants accomplis sont pris complètement par surprise quand les travailleurs qui avaient depuis si longtemps ignoré leurs conseils, commencent soudainement à organiser des actions militantes eux-mêmes. Cette spontanéité est fondamentale. Mais, il est incorrect d’en tirer la conclusion &#8211; comme le font les anarchistes ou ceux qui leur sont proches &#8211; qu’il n’y aurait pas besoin de parti révolutionnaire.</p>



<p>Dans une situation révolutionnaire, des millions de travailleurs changent d’idées très rapidement. Mais ils n’en changent pas en totalité et d’un seul coup. Dans chaque grève, chaque manifestation, chaque insurrection armée, il y a des débats permanents. Une partie des travailleurs verra dans ces actions un prélude à la prise du pouvoir par les travailleurs. Une autre sera à moitié contre le fait de passer à quelque action que ce soit, parce que cela troublera «&nbsp;l’ordre naturel des choses&nbsp;». Et au milieu se trouvera la masse des travailleurs, attirée par l’une puis l’autre des parties.</p>



<p>De l’autre côté de la balance, la classe dirigeante pèsera de tout poids par sa presse et sa propagande, dénonçant les actions des travailleurs. Elle lancera aussi ses briseurs de grève, que ce soit la police, l’armée ou des organisations de droite.</p>



<p>Du côté des travailleurs, il doit y avoir une organisation de socialistes qui peuvent tirer les leçons des luttes passées, qui peuvent jeter dans la balance les arguments socialistes. Il doit y avoir une organisation qui peut rassembler la compréhension grandissante des travailleurs en lutte, afin qu’ils agissent ensemble pour changer la société.</p>



<p>Et ce parti révolutionnaire doit exister avant que la lutte ne démarre, car l’organisation ne peut naître spontanément. Le parti se construit à travers l’échange continuel entre les idées socialistes et l’expérience de la lutte de classes &#8211; car comprendre la société n’est pas suffisant&nbsp;: c’est seulement en appliquant ces idées à une lutte de classes quotidiennes, dans les grèves, manifestations, campagnes, que les travailleurs prendront conscience de leur pouvoir de changer les choses, et gagneront la confiance pour le faire.</p>



<p>A plusieurs moments, l’intervention d’un parti socialiste peut être décisive, peut faire pencher la balance du côté du changement, vers un transfert révolutionnaire du pouvoir aux travailleurs, vers une société socialiste.</p>



<p><strong>Quel genre de parti&nbsp;?</strong></p>



<p>Le parti révolutionnaire socialiste doit être démocratique. Pour remplir son rôle, le parti doit être continuellement en contact avec la lutte de classes, c’est-à-dire avec ses propres membres et sympathisants sur les lieux de travail où la lutte se déroule. Il doit être démocratique parce que sa direction doit toujours refléter l’expérience collective de la lutte. Cela dit, la démocratie n’est pas un système d’élection mais un débat continuel au sein du parti &#8211; une interaction continuelle entre les idées socialistes sur lesquelles le parti se base et l’expérience de la classe ouvrière.</p>



<p>Mais le parti socialiste révolutionnaire doit aussi être centralisé &#8211; car c’est un parti actif et pas un cercle de discussions. Il doit être capable d’intervenir collectivement dans la lutte de classes, et doit répondre rapidement, il doit donc avoir une direction capable de prendre des décisions quotidiennes au nom du parti.</p>



<p>Si le gouvernement décide de s’attaquer à des piquets de grèves, par exemple, le parti doit réagir immédiatement, sans avoir à organiser des conférences pour prendre des décisions démocratiques d’abord. Ainsi la décision est prise centralement. La démocratie entre en jeu ensuite, quand le parti se penche sur la question de savoir si la décision était correcte ou pas &#8211; et peut-être pour changer la direction si elle était en décalage avec les besoins de la lutte.</p>



<p>Le parti révolutionnaire socialiste doit maintenir un équilibre délicat entre la démocratie et le centralisme. La clé est que le parti n’existe pas pour lui-même, mais comme un outil pour apporter un changement révolutionnaire vers le socialisme &#8211; et cela ne peut se faire qu’au travers de la lutte des classes.</p>



<p>Ainsi le parti doit continuellement s’adapter à la lutte. Quand le niveau de lutte est faible, peu de travailleurs croient possible un changement révolutionnaire, alors le parti sera petit &#8211; et doit s’en contenter car il lui sera impossible d’augmenter significativement ses rangs. Mais quand le niveau de lutte augmente, un large nombre de travailleurs peuvent changer d’idées très rapidement, réalisant au travers de la lutte leur pouvoir de changer les choses &#8211; et alors le parti doit être capable d’ouvrir ses propres portes, sinon il sera laissé au bord de la route. Le parti ne doit pas se substituer à la classe ouvrière. Il doit faire partie de la lutte, essayant continuellement d’unir les travailleurs les plus conscients pour fournir une direction à la lutte. Cependant, le parti ne doit pas imposer sa vision à la classe. Il ne peut pas simplement décider d’être la direction, mais il doit la gagner cette position, en prouvant la justesse des idées socialistes en pratique-ce qui veut dire tout le temps, de la plus petite grève à la révolution elle-même.</p>



<p>Certaines personnes voient dans le parti révolutionnaire un début de socialisme. Cela est complètement faux. Le socialisme ne peut apparaître que lorsque la classe ouvrière elle-même prend le contrôle des moyens de production et l’utilise pour changer la société. On ne peut construire une île de socialisme dans une mer de capitalisme. Les tentatives par de petits groupes de socialistes de se couper de la société et de mener leur vie sur la base des idées socialistes, échouèrent lamentablement à long terme &#8211; d’abord, les pressions économiques et sociales sont toujours présentes. De plus en se coupant eux-mêmes du capitalisme, ils se coupent de la seule force qui peut apporter le socialisme&nbsp;: la classe ouvrière.</p>



<p>Bien entendu, les socialistes se battent contre tous les effets néfastes du capitalisme tous les jours &#8211; contre le racisme, le sexisme, l’exploitation, la brutalité. Mais nous devons le faire en nous appuyant sur la force de la classe ouvrière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">11 &#8211; L’impérialisme et la libération nationale</h2>



<p>Tout au long de l’histoire du capitalisme, la classe dirigeante a toujours cherché une source supplémentaire de richesses &#8211; la prise des richesses produites par les autres pays. La croissance des premières formes de capitalisme, à la fin du Moyen Age, fut accompagnée par la création par les États occidentaux, d’un vaste empire colonial &#8211; les empires de l’Espagne et du Portugal, de la Hollande et de la France, et, bien sûr, de l’Angleterre. La richesse se retrouva dans les mains des classes dirigeantes de l’Europe occidentale, pendant que des sociétés entières de ce qui est devenu connu sous le nom de Tiers-Monde (Afrique, Asie et Amérique du sud) furent détruites.</p>



<p>Ainsi, la «&nbsp;découverte&nbsp;»&nbsp;de l’Amérique par les Européens au XVI<sup>ème</sup> siècle, produisit une injection massive d’or en Europe. L’autre revers de la médaille fut la destruction complète de sociétés et la mise en esclavage d’autres. Par exemple, en Haïti, où Christophe Colomb établit pour la première fois un campement, les Indiens Arawak présents (à peu près un demi-million en tout) furent exterminés, en l’espace de deux générations. Au Mexique, la population indienne passa de 20 millions en 1520 à 2 millions en 1607.</p>



<p>La population indienne des Antilles et d’une partie du continent, fut remplacée par des esclaves capturés en Afrique et transportés à travers l’Atlantique, dans des conditions abominables. On estime à 15 millions le nombre d’individus ayant survécu à la traversée et à 9 millions celui des individus morts en transit. La moitié, à peu près, des esclaves furent transportés sur des bateaux anglais &#8211; ce qui est l’une des raisons pour lesquelles le capitalisme anglais fut le premier à se développer.</p>



<p>La richesse du trafic d’esclave finança l’industrie. Il y a un vieux proverbe qui dit «&nbsp;les murs de Bristol sont cimentés avec le sang des nègres&nbsp;»&nbsp;&#8211; et cela s’applique aussi aux autres ports. Comme le disait Karl Marx, «&nbsp;<em>il fallait pour piédestal à l&rsquo;esclavage dissimulé des salariés en Europe, l&rsquo;esclavage sans phrase dans le nouveau monde</em>&nbsp;».</p>



<p>À l’esclavage, s’ajoutait le pillage pur et simple &#8211; comme lorsque l’Angleterre conquit l’Inde. Le Bengale était si avancé que les premiers visiteurs britanniques furent étonnés par la magnificence de cette civilisation. Mais cette richesse ne resta pas longtemps au Bengale. Comme l’écrivit Lord Macaulay dans sa biographie du conquérant, Clive&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L’immense population devint une proie. D’énormes fortunes furent, ainsi, rapidement accumulées à Calcutta, pendant que 30 millions d’êtres humains furent réduits à une extrême pauvreté. Ils avaient l’habitude de vivre sous la tyrannie, mais jamais une tyrannie comme celle-ci.</p>
</blockquote>



<p>À partir de là, le Bengale devint connu, non plus pour ses richesses, mais pour son extrême pauvreté où, périodiquement, des famines tuent des millions de gens, et cela, encore aujourd’hui. Pendant ce temps, dans les années 1760, à une époque où le total des investissements en Angleterre ne dépassait pas 70 millions de francs, le tribut annuel payé par l’Inde était de 20 millions.</p>



<p>Le même procédé était en vigueur dans la plus vieille colonie anglaise, l’Irlande. Durant la grande famine de la fin des années 1840, lorsque la population irlandaise diminua de moitié à cause de la famine et de l’émigration, une quantité de blé plus que suffisante pour nourrir la population affamée était exportée au bénéfice des propriétaires anglais. De nos jours, il est courant de diviser le monde en pays «&nbsp;développés&nbsp;» et «&nbsp;sous-développés&nbsp;». Cela donne l’impression que les pays&nbsp;«&nbsp;sous-développés&nbsp;»&nbsp;ont suivi la même direction que les pays&nbsp;«&nbsp;développés&nbsp;» mais à une vitesse plus lente.</p>



<p>Mais, en fait, une des raisons du&nbsp;«&nbsp;développement » des pays occidentaux fut le pillage des autres pays. Beaucoup sont plus pauvres maintenant qu’il y a 300 ans. Comme le fait remarquer Michael Barratt Brown&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La richesse par personne des actuels pays sous-développés, pas seulement en Inde, mais en Chine, Amérique Latine et Afrique, était plus importante que celle de l’Europe au 17<sup>ème</sup> siècle, et chuta lorsque la richesse augmenta en Europe.</p>
</blockquote>



<p>La possession d’un empire permit à l’Angleterre de se développer comme première puissance industrielle du monde. Elle était en position d’empêcher les autres États capitalistes d’obtenir des matières premières, des marchés et de lucratives zones d’investissement dans son tiers monde.</p>



<p>Lorsque de nouvelles puissances industrielles, telles que l’Allemagne, le Japon et les États-Unis, se développèrent, elles voulurent aussi ces avantages. Elles construisirent des empires rivaux ou des «&nbsp;sphères d’influences&nbsp;». Face à des crises économiques, chaque puissance capitaliste importante essaya de résoudre ses problèmes en s’accrochant aux sphères d’influence de ses rivales. L’impérialisme conduisit à la guerre mondiale.</p>



<p>En retour, cela produisit d’énormes changements dans l’organisation interne du capitalisme. L’outil pour faire la guerre, l’État, prit de plus en plus d’importance. Il travailla en étroite coopération avec les firmes géantes pour réorganiser l’industrie pour la compétition internationale et pour la guerre. Le capitalisme devint le capitalisme monopoliste d’État. Le développement de l’impérialisme signifia que les capitalistes n’exploitaient pas seulement la classe ouvrière de leur propre pays&nbsp;; ils prirent physiquement le contrôle d’autres pays et exploitèrent leurs populations. Pour les classes les plus exploitées, cela signifia qu’elles étaient exploitées par les capitalistes étrangers aussi bien que par leur propre classe dirigeante. Elles étaient doublement exploitées.</p>



<p>Mais des sections de la classe dirigeante des pays colonisés, en souffrirent aussi. Ils virent beaucoup de leurs opportunités pour exploiter la population locale volées par l’impérialisme. De la même manière, les classes moyennes, qui voulaient une rapide expansion de l’industrie locale pour de bonnes opportunités de carrière, souffrirent aussi. Les 60 dernières années ont vu les différentes classes des pays coloniaux ou ex-coloniaux, se soulever contre les effets de l’impérialisme. Des mouvements ont tenté d’unir la population entière contre le règne impérialiste étranger. Leurs revendications incluaient&nbsp;:</p>



<p>&#8211;&nbsp;L’expulsion de troupes impérialistes étrangères.</p>



<p>&#8211;&nbsp;L’unification de tout le territoire national par un gouvernement unique, contre les divisions causées par différents États impérialistes.</p>



<p>&#8211;&nbsp;Le rétablissement de la langue originale dans la vie de tous les jours, en opposition à la langue imposée par les dirigeants étrangers.</p>



<p>&#8211;&nbsp;L’utilisation de la richesse produite par le pays pour développer une industrie locale pour apporter le ’développement’ et la ’modernisation’ dans ce pays.</p>



<p>Telles furent les revendications des mouvements révolutionnaires successifs en Chine (en 1912, en 1923-27 et en 1945-48), en Iran (en 1905-12, en 1917-21 et en 1941-53), en Turquie (après la première guerre mondiale), aux Antilles (à partir de 1920), en Inde (en 1920-48), en Afrique (après 1945) et au Vietnam (jusqu’à la défaite des États-Unis en 1975). Ces mouvements étaient souvent dirigés par des sections de la classe supérieure ou moyenne locale, mais cela signifiait que les classes dirigeantes des pays développés faisaient face à une nouvelle opposition, en plus de leur propre classe ouvrière. Les mouvements de libération nationale du Tiers-Monde affrontèrent les États capitalistes impérialistes en même temps que leurs propres classes ouvrières le faisaient.</p>



<p>Cela eut une grande importance pour le mouvement ouvrier des pays développés. Dans sa lutte contre le capitalisme, il avait un nouvel allié dans les mouvements de libération nationale du Tiers-Monde. Ainsi, par exemple, un travailleur de chez Shell en Grande-Bretagne avait un allié dans les forces de libération en Afrique du Sud qui voulaient s’y emparer des possessions de Shell. Si Shell peut se débarrasser des menaces des mouvements de libération dans le Tiers-Monde, alors il sera plus puissant pour résister aux revendications des travailleurs en Grande-Bretagne. Cela est vrai même si le mouvement de libération du Tiers-Monde n’a pas de direction socialiste, même si sa direction veut remplacer le règne étranger par la domination d’une classe ou d’un État capitaliste local.</p>



<p>L’État impérialiste qui essaie d’écraser un mouvement de libération nationale est le même État impérialiste qui est le plus grand ennemi des travailleurs occidentaux. C’est pour cela que Marx insista sur le fait que « <em>le peuple qui en opprime un autre forge ses propres chaînes</em>&nbsp;» et que Lénine polémiqua pour une alliance des travailleurs des pays développés avec les peuples opprimés du Tiers-Monde, même s’ils n’avaient pas de direction socialiste.</p>



<p>Cela ne signifie pas que les socialistes seront d’accord avec la façon dont les non-socialistes d’un pays opprimé dirigent une lutte de libération (de la même façon que nous ne sommes pas nécessairement d’accord avec les dirigeants syndicaux lorsque ceux-ci dirigent une grève). Mais nous devons être clairs, avant toute chose, sur le fait que nous soutenons cette lutte. Autrement nous nous retrouvons rapidement du côté de notre propre classe dirigeante contre les peuples qu’elle opprime.</p>



<p>Nous devons soutenir une lutte de libération <em>sans conditions</em>, bien avant de critiquer la manière dont elle est conduite.</p>



<p>Cependant, les socialistes révolutionnaires d’un pays opprimé par l’impérialisme ne peuvent laisser les choses ainsi. Ils doivent polémiquer, jour après jour, avec les autres personnes sur la manière dont la lutte doit se passer.</p>



<p>Les points les plus importants traités ici font partie de la théorie de la révolution permanente développée par Trotsky. Trotsky commença par reconnaître que ces mouvements contre l’oppression étaient, souvent, à l’initiative de personnes venant des classes moyennes ou même supérieures.</p>



<p>Les socialistes soutiennent ces mouvements parce que leurs buts visent à retirer l’un des fardeaux qui pèsent sur les classes les plus opprimées de la société. Mais nous devons reconnaître que ceux qui viennent des classes moyennes et supérieures ne peuvent diriger ces luttes de manière consistante. Ils n’oseront jamais déclencher une lutte de masse acharnée, dans le cas où elle ne s’affronterait plus seulement à l’oppression extérieure mais aussi à leur capacité à vivre par l’exploitation des classes les plus opprimées.</p>



<p>À un certain moment, elles abandonneront la lutte qu’elles ont elles-mêmes initiée et, si nécessaire, s’allieront avec l’oppresseur étranger pour l’écraser. A ce moment là, si les forces de la classe ouvrière ne prennent pas la direction de la lutte, elle sera vaincue. Trotsky ajouta un dernier argument. Il est vrai que dans la plupart des pays du Tiers-Monde, la classe ouvrière est une minorité, souvent une petite minorité, de la population. Elle est néanmoins très nombreuse en valeur absolue (par exemple en Inde et en Chine, elle est forte de plusieurs millions), elle crée une énorme part de la richesse nationale, en comparaison de sa taille, elle est concentrée en masse dans les villes qui sont les endroits clés quand il faut diriger le pays. Ainsi dans une période de tornade révolutionnaire, la classe ouvrière peut prendre la direction de toutes les classes opprimées et prendre le contrôle de pays entiers. La révolution devient permanente, commençant par des revendications de libération nationale puis terminant par des revendications socialistes. Mais ce n’est le cas que si les socialistes des pays opprimés ont dès le départ organisé les travailleurs sur une base de classe, de manière indépendante &#8211; soutenant le mouvement général de libération nationale, mais toujours en prévenant qu’on ne peut avoir confiance dans les dirigeants bourgeois ou petits-bourgeois.</p>



<h2 class="wp-block-heading">12 &#8211; Marxisme et féminisme</h2>



<p>Il y a deux approches différentes pour aborder la question de la libération des femmes&nbsp;: le féminisme et le socialisme révolutionnaire. Le féminisme était l’influence dominante des mouvements de femmes qui apparurent dans les pays capitalistes avancés durant les années 1960 et 1970. Il se basait sur l’idée que les hommes oppriment toujours les femmes, qu’il y a quelque chose de biologique ou psychologique qui fait que les hommes traitent les femmes comme inférieures. Cela conduisit à l’idée que la libération des femmes n’était possible que par leur séparation des hommes&nbsp;; soit la séparation totale des féministes qui parlaient de «&nbsp;<em> style de vie libéré</em>&nbsp;», soit la séparation partielle des comités de femmes ou des réunions non-mixtes.</p>



<p>Beaucoup de celles qui soutenaient cette séparation partielle se donnèrent le nom de féministes socialistes. Mais plus tard, les idées féministes radicales de la séparation&nbsp;totale firent leur apparition au sein des mouvements de femmes. Ces idées, avec le temps, eurent de moins en moins d’écho, pour n’être finalement défendus que par une petite minorité. Ces échecs conduisirent beaucoup de féministes dans une autre direction&nbsp;: le Parti Travailliste. Elles croyaient que mettre des femmes à des postes tels que députés, permanentes syndicales ou conseillère municipale ou régionale, permettrait d’aider toutes les femmes à obtenir l’égalité.</p>



<p>La tradition du socialisme révolutionnaire part d’un point de vue différent. Marx et Engels, dans des écrits remontant à 1848, montrèrent que l’oppression des femmes ne provient pas d’idées dans la tête des hommes mais du développement de la propriété privée et avec elle l’émergence de la société de classes. Selon eux, le combat pour l’émancipation des femmes est inséparable du combat pour la fin de la société de classes c’est à dire le combat pour le socialisme.</p>



<p>Marx et Engels firent en outre remarquer que le développement du capitalisme, basé sur les usines, amena de profonds changements dans la vie des gens et tout particulièrement dans celle des femmes. Elles furent réintroduites dans la production d’où elles avaient été progressivement exclues avec le développement de la société de classes.</p>



<p>Cela leur donnait un potentiel de lutte qu’elles n’avaient jamais eu auparavant. Organisées collectivement, les femmes en tant que travailleuses eurent une plus grande capacité et indépendance pour se battre pour leurs droits. Il y avait un énorme contraste avec leurs positions précédentes où leur rôle principal dans la production les rendait, par la famille, complètement dépendantes de leurs maris ou pères.</p>



<p>De cela Marx et Engels conclurent que les bases matérielles de la famille &#8211; et par la même de l’oppression des femmes &#8211; n’existaient plus. Ce qui empêchait les femmes d’en bénéficier, était que la propriété restait dans les mains d’un petit nombre de personnes. Ce qui fait que les femmes sont toujours opprimées de nos jours, c’est la façon dont est organisé le capitalisme &#8211; en particulier la façon dont le capitalisme utilise la famille pour s’assurer que les travailleurs élèvent une nouvelle génération de travailleurs. Du point de vue de la classe dirigeante il est très avantageux de payer les hommes (et de plus en plus de femmes) pour leur travail, tandis que les femmes continuent, gratuitement, à travailler pour que les hommes soient capables d’aller au travail et que leurs enfants grandissent pour en faire autant.</p>



<p>La société socialiste, par contraste, prendra en charge beaucoup de tâches familiales qui pèsent si lourdement sur les femmes.</p>



<p>Cela ne signifie pas que Marx, Engels et leurs successeurs en arrivèrent à souhaiter «&nbsp;l’abolition de la famille&nbsp;». Les partisans de la famille ont toujours été capables de mobiliser une importante partie des femmes les plus opprimées qui peuvent voir dans «&nbsp;l’abolition de la famille&nbsp;»&nbsp;une possibilité pour leurs maris de leur abandonner la responsabilité des enfants. Les socialistes révolutionnaires ont plutôt toujours essayé de montrer comment, dans une société socialiste, les femmes ne seraient pas contraintes à la vie misérable que leur procure la famille actuelle.</p>



<p>Les féministes ont toujours rejeté ce genre d’analyse. Loin de s’adresser aux femmes là où elles ont le pouvoir de changer la société et d’en finir avec leur oppression &#8211; là où elles sont collectivement fortes, au travail &#8211; elles s’adressent à elles en tant que victimes. Les campagnes des années 1980, par exemple, avaient pour thèmes la prostitution, le viol ou les menaces de l’arme nucléaire sur les femmes et les familles. Ce sont toutes des positions où les femmes sont faibles.</p>



<p>Le féminisme suppose que l’oppression dépasse la division de la société en classes. Cela conduit à des conclusions qui laissent le système intact tout en améliorant la situation de certaines femmes &#8211; une minorité. Les mouvements de libération des femmes furent souvent dominés par des femmes venant de«&nbsp;la nouvelle classe moyenne&nbsp;»&nbsp;&#8211; journalistes, écrivains, professeurs et cadres. Les secrétaires et les ouvrières furent laissées de côté.</p>



<p>C’est seulement lors de périodes de changement radical et de poussées révolutionnaires que la question de la libération des femmes est une réalité, pas juste pour une minorité, mais aussi pour toutes les travailleuses. La révolution bolchevique de 1917 permit une plus grande égalité pour les femmes comme jamais auparavant. Le divorce, l’avortement et la contraception étaient possibles en toute liberté. Les crèches et le ménage devenaient la responsabilité de la société. Il y eut des débuts de restaurants communautaires, laveries et garderies qui donnaient aux femmes beaucoup plus de choix et de contrôle sur leur vie. Bien entendu, le destin de ces avancées ne pouvait pas être séparé de celui de la révolution elle-même. La famine, la guerre civile, la décimation de la classe ouvrière et la défaite de la révolution à l’échelle internationale signifièrent la fin du socialisme en Russie. Les avancées furent renversées.</p>



<p>Mais les premières années de la république des soviets montrèrent ce que la révolution pouvait accomplir même dans les pires conditions. De nos jours, les possibilités d’une émancipation des femmes sont encore meilleures. En Grande-Bretagne, et c’est à peu près la même chose dans les autres pays développés &#8211; plus de deux travailleurs sur cinq sont des femmes. L’émancipation des femmes ne pourra survenir qu’à travers le pouvoir collectif de la classe ouvrière. Cela signifie qu’il faut rejeter l’idée féministe d’organisation séparée des femmes. Seuls les travailleurs, hommes et femmes, agissant ensemble dans un mouvement révolutionnaire pourront détruire la société de classes et avec elle l’oppression des femmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">13 &#8211; Le socialisme et la guerre</h2>



<p>Le vingtième siècle a été le siècle des guerres. Dix millions de personnes ont été tuées durant la première guerre mondiale, 55 millions durant la seconde, 2 millions durant les guerres en Indochine. Et les deux superpuissances, les États-Unis et la Russie, conservent le potentiel nucléaire pour détruire la race humaine un certain nombre de fois.</p>



<p>Expliquer cette horreur devient compliqué pour celui qui prend la société actuelle pour acquise. Il est conduit à penser qu’il y aurait une tendance instinctive et inhérente au genre humain qui le conduirait à prendre plaisir aux massacres de masse. Mais la société humaine n’a pas toujours connu la guerre. Gordon Chile remarqua au sujet de l’âge de pierre en Europe&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les premiers Danubiens semblent avoir été une société pacifique&nbsp;; les armes de guerre au contraire des outils de chasse sont absentes de leurs sépultures. Leurs villages ne possédaient de défenses militaires. [Mais] dans les dernières phases de la période néolithique, les armements devinrent les objets les plus importants&#8230;.</p>
</blockquote>



<p>La guerre ne vient pas d’une quelconque agressivité naturelle chez l’homme. C’est le produit de la division de la société en classes. Quand, entre 5 000 et 10 000 ans avant notre ère, une classe de propriétaires fit pour la première fois son apparition, elle dut trouver les moyens pour protéger ses richesses. Elle commença à construire des forces armées, un État, coupés du reste de la société, qui se révélèrent ensuite un moyen rentable pour augmenter ses richesses en pillant d’autres sociétés.</p>



<p>La division de la société en classes fit que la guerre devint une caractéristique indispensable de la vie humaine.</p>



<p>Les classes dirigeantes esclavagistes de la Grèce et Rome antique ne pouvaient survivre sans de continuelles guerres qui leur procureraient plus d’esclaves. Les seigneurs féodaux du Moyen Age devaient être lourdement armés pour soumettre les serfs et pour protéger leur fortune. Quand les premières classes dirigeantes capitalistes apparurent, il y a 300 ou 400 ans, elles aussi durent avoir recours à la guerre. Elles ont dû se battre férocement, aux XVI<sup>ème</sup>,XVII<sup>ème</sup>,XVIII<sup>ème</sup>,XIV<sup>ème</sup> siècles pour établir leur suprématie sur les restes des vieux dirigeants féodaux. Les pays capitalistes les plus avancés comme l’Angleterre, utilisèrent l’armée pour augmenter leur richesse &#8211; traversant les océans, pillant l’Inde et l’Irlande, transportant des millions de personnes de l’Afrique à l’Amérique pour qu’elles servent comme esclaves, transformant le monde entier en source de pillage pour eux-mêmes.</p>



<p>La société capitaliste se construit elle-même par la guerre. Il n’est pas étonnant que ceux qui y habitent en arrivent à penser que la guerre est à la fois «&nbsp;inévitable&nbsp;» et «&nbsp;juste&nbsp;». Pourtant le capitalisme ne pourrait survivre uniquement par la guerre. La plupart de ses richesses proviennent de l’exploitation des travailleurs à l’usine ou dans les mines. Il ne peut donc se permettre des situations «&nbsp;explosives&nbsp;»&nbsp;là où il exploite.</p>



<p>Chaque classe capitaliste nationale veut la guerre à l’extérieur de ses frontières et l’ordre à l’intérieur. Alors, d’une part, elle encourage les «&nbsp;valeurs militaires&nbsp;»&nbsp;et d’autre part elle s’attaque à la «&nbsp;violence&nbsp;». L’idéologie du capitalisme combine, de façon totalement contradictoire, l’exaltation du militarisme et les phrases pacifistes.</p>



<p>Au XX<sup>ème</sup> siècle, les préparations aux guerres ont pris une place centrale dans le système comme jamais avant. Au XIV<sup>ème</sup> siècle, la production capitaliste se faisait autour de petites industries en compétition les unes avec les autres. L’État était une entité relativement petite qui réglait les conflits entre elles et avec leurs travailleurs. Maintenant, les grosses firmes ont englouti la plupart des petites, éliminant, par là même une importante partie de la compétition à l’intérieur d’un même pays. Cette compétition se retrouve de plus en plus au niveau international, entre firmes géantes de différentes nations.</p>



<p>Il n’y a pas d’État capitaliste international pour régler cette compétition. À la place, chaque État national exerce toute la pression nécessaire pour aider ses capitalistes à avoir un avantage sur leurs rivaux étrangers. Le combat sans merci que se livraient différents capitalistes est devenu un combat sans merci entre différents États, chacun avec leur impressionnant arsenal de destruction.</p>



<p>Par deux fois, ce combat a conduit à une guerre mondiale. La première et la seconde guerre mondiale furent des guerres impérialistes, des conflits entre États capitalistes pour la domination du monde. La guerre froide était la continuation de ces conflits, avec les États capitalistes les plus puissants s’alignant les uns contre les autres derrière l’OTAN et le Pacte de Varsovie.</p>



<p>En plus de ces conflits mondiaux, il y eut beaucoup de guerres ouvertes dans différentes parties du monde. En général, elles furent le théâtre de l’affrontement entre différents États capitalistes pour le contrôle d’une région particulière, telles que la guerre Iran-Irak dans les années 80, et la Guerre du Golfe en 1991. Chaque puissance alimentait le feu de la guerre en vendant son armement le plus sophistiqué aux États du Tiers-Monde.</p>



<p>Beaucoup de ceux qui acceptent le reste du système capitaliste n’aiment pas cette dure réalité. Ils veulent le capitalisme sans la guerre. Ils cherchent alors une alternative au sein du système. Par exemple, il y a ceux qui croient que les Nations Unies peut empêcher les guerres.</p>



<p>Mais l’ONU n’est rien de plus qu’une arène où les différents États qui incarnent la tendance à la guerre se retrouvent. Là, ils comparent leurs forces entre eux, comme des boxeurs avant un combat. Si un État ou une alliance en surclasse de loin une autre, alors les deux parties verront l’inutilité d’une guerre dont le résultat est connu à l’avance. Mais s’il y a le moindre doute sur l’issue du combat, le seul moyen de vérifier est d’aller jusqu’au bout.</p>



<p>C’était vrai pour les deux principales alliances, l’OTAN et le Pacte de Varsovie. Même si l’Ouest avait un avantage militaire sur le bloc de l’Est, l’écart n’était si grand pour les Russes pour croire à une défaite assurée. Malgré le fait qu’une Troisième guerre mondiale aurait détruit l’humanité, Moscou et Washington dressèrent des plans pour faire et gagner une guerre nucléaire.</p>



<p>La guerre froide prit fin avec l’URSS en 1991. On a alors beaucoup parlé d’un«&nbsp;nouvel ordre mondial&nbsp;» et d’une «&nbsp;ère de paix&nbsp;».</p>



<p>Cependant, nous avons assisté à une succession de guerres terribles &#8211; la guerre de l’Ouest contre son ancien allié l’Irak, la guerre entre Azerbaïdjan et l’Arménie, les horribles guerres civiles en Somalie et en ex-Yougoslavie.</p>



<p>Dès qu’une rivalité entre puissances capitalistes est résolue, une autre prend sa place. Partout les classes dominantes savent que la guerre est un moyen pour accroître leur influence, en aveuglant les travailleurs et les paysans avec le nationalisme.</p>



<p>On peut critiquer et craindre les guerres sans s’opposer au capitalisme. Mais on ne peut y mettre fin. La guerre est un produit inévitable de la division de la société en classes. La menace d’une guerre ne s’évanouira pas en suppliant les dirigeants existants de faire la paix. Les armes ne pourront leur être arrachées des mains que par un mouvement qui lutte pour renverser la société de classes une fois pour toutes.</p>



<p>Les mouvements pour la paix qui apparurent en Europe et en Amérique du Nord à la fin des années 70 ne comprenaient pas ça. Ils militaient contre l’introduction de missiles de croisières et de Pershing, pour un désarmement unilatéral, pour un désarmement nucléaire. Mais ils croyaient que le combat pour la paix pouvait réussir isolé du combat entre le capital et le travail.</p>



<p>Ils ne réussirent pas à mobiliser la seule force qui pouvait enrayer la course à la guerre, la classe ouvrière. Seule une révolution socialiste peut arrêter l’horreur de la guerre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">14 &#8211; Pour aller plus loin</h2>



<p>Cette brochure est une introduction aux bases du marxisme. Espérons-le, la plupart des lecteurs voudront en apprendre un peu plus. L’une des caractéristiques clé du marxisme est que les gens apprennent au travers de la lutte. Quand les travailleurs se battent ils apprennent à une étonnante rapidité. Cependant de telles luttes spontanées ne les conduisent pas nécessairement à expliquer le monde. La lecture, les discussions et débats font partie intégrante des batailles que l’on engage.</p>



<p>La liste de titres qui suit est fournie à titre de suggestions. Vous préfèrerez peut-être approfondir un domaine particulier abordé dans cette brochure ou faire un peu le tour de la question. De toute manière, si vous avez commencé à savoir comment fonctionne le marxisme, vous ne voudrez plus arrêter.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm"><em>Le Manifeste du parti communiste</em></a>, Karl Marx et Frédéric Engels. Ecrit en 1848 c’est l’introduction classique à Marx et Engels et à leurs analyses sur le fonctionnement du capitalisme, pourquoi est-il plus dynamique que les autres sociétés de classes, pourquoi est-il sujet à des crises de plus en plus profondes et comment il crée son propre fossoyeur, la classe ouvrière.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/80-utopi/index.htm"><em>Socialisme utopique et socialisme scientifique</em></a>, Frédéric Engels. Le guide de base d’Engels au socialisme fut même plus populaire que Le Manifeste quand il fut publié. Il fournit une analyse historique de l’émergence du capitalisme de l’Europe médiévale et un guide politique, économique et philosophique pour les travailleurs qui se battent pour un monde nouveau.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1898/index.html"><em>Réforme sociale ou révolution&nbsp;?</em></a>, Rosa Luxembourg. Ce fut le premier écrit d’importance mettant en lumière le réformisme comme un mouvement politique distinct et analysant la possibilité de la victoire du socialisme &#8211; par le parlement ou la révolution.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230.htm"><em>Travail salarié et capital</em></a> et <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm"><em>Salaire, prix et profit</em></a>, Karl Marx. Ce sont deux courtes introductions à la théorie économique de Marx. Le premier, en particulier, est accessible au débutant dans ce domaine. Il est conseillé de commencer par ces deux brochures avant de s’attaquer au <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm"><em>Capital</em></a>, plus développé.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<em>Dix jours qui ébranlèrent le monde</em>, John Reed. Témoignage vivant de la révolution d’Octobre, en Russie.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm"><em>Les leçons d’Octobre</em></a>, Léon Trotsky. Ecrite en réponse à l’échec de la révolution allemande en 1923, c’est la première analyse sérieuse des évènements qui conduisirent à la révolution d’Octobre en 1917. Cette brochure procure une vision unique de ces évènements par une personne qui organisa l’insurrection.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrrsomm.htm">L’histoire de la révolution russe</a></em> Léon Trotsky. Un des plus grands apports historiques du siècle sur la révolution russe. Ecrite par un de ceux qui organisèrent l’insurrection et qui dirigea l’armée rouge durant la guerre civile.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<em>Hommage à la Catalogne</em>, George Orwell. Le meilleur livre d’Orwell et bien meilleur que les plus connus et profondément pessimistes <em>La ferme des animaux</em> et <em>1984</em>, il y décrit un portrait vivant de ce que cela veut dire pour les travailleurs de ’tenir les rênes’ de la Révolution espagnole en 1936.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm"><em>L’impérialisme, stade suprême du capitalisme</em></a>, V.I. Lénine. Écrite en réponse à la première guerre mondiale et à la capitulation des sociaux-démocrates allemands, Lénine place l’impérialisme dans le contexte du développement du capitalisme et de ses besoins. Même si certains détails de l’analyse sont dépassés et incorrects, cette brochure reste un indispensable point de départ pour comprendre l’impérialisme au 20ième siècle et la guerre.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm"><em>La révolution socialiste et le droit aux nations à disposer d’elles-mêmes</em></a>, V.I. Lénine. Ici Lénine pose les bases des principes marxistes sur la libération nationale.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp.html"><em>La révolution permanente</em></a>, Léon Trotsky. L’une des contributions majeure de Trotsky à la théorie marxiste. Il remarqua que la bourgeoisie naissante était trop faible et avait trop peur de la classe ouvrière pour se débarrasser de la classe dirigeante féodale dans les pays arriérés. La révolution aurait lieu par l’insurrection de la classe ouvrière. Mais si celle-ci faisait la révolution, elle ne donnerait pas le pouvoir à la faible bourgeoisie&nbsp;; elle établirait un État ouvrier.</p>



<p>&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000.htm"><em>L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État</em></a>, Frédéric Engels. Le classique d’Engels sur l’oppression de la famille pour les besoins du capitalisme. Ce fut un livre qui tranchait nettement avec son époque. Même si certaines prédictions d’Engels se sont avérées incorrectes, son livre reste indispensable.</p>
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		<title>Arguments pour un antiracisme de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 17:37:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/" title="Arguments pour un antiracisme de classe">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire l&rsquo;article ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas possible de gagner en menant des luttes sans prendre en compte la place du racisme et en particulier celle de l’islamophobie. Inversement, mener des luttes antiracistes sans prendre en compte la question de classe mène à une impasse.</p>



<p>Cela implique une double exigence : combattre le racisme suppose d’attaquer le capitalisme qui le produit, et renverser le capitalisme exige d’affronter le racisme qui divise notre classe. D’où un enjeu stratégique : quel antiracisme permet de construire un bloc populaire large, et quelles stratégies renforcent au contraire les divisions exploitées par la classe dirigeante ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le racisme au coeur du système capitaliste</h3>



<p>Le racisme n’est pas un phénomène intemporel, il est un produit de l’histoire qui apparaît avec l’émergence du capitalisme. Pour Fanon, le racisme n’est pas universel mais culturel, une particularité des sociétés européennes.</p>



<p>Le racisme apparaît avec l’expansion capitaliste à partir de la fin du XVe siècle, notamment avec la colonisation des Amériques et la traite transatlantique. Le développement du capitalisme repose alors sur l’exploitation massive de populations réduites en esclavage, l’expropriation violente de terres et la destruction de sociétés entières.</p>



<p>Dans le même temps, en Europe, s’affirme une idéologie où, sur le marché, des individus libres échangent des marchandises. Pour résoudre cette contradiction : égalité formelle d’un côté, esclavage et colonisation de masse de l’autre, il faut une idéologie qui retire à certain&rsquo;es leur pleine humanité.</p>



<p>W.E.B Du Bois explique donc que ce n’est pas un vieux racisme « précapitaliste » qui aurait rendu l’esclavage possible, mais l’esclavage et l’économie de plantation qui ont nécessité la production d’un discours raciste pour légitimer une violence en contradiction avec les valeurs chrétiennes puis libérales.</p>



<p>Le racisme reste aujourd’hui indispensable au fonctionnement du capitalisme et à la domination bourgeoise.</p>



<p>Il remplit une fonction économique. Dans les années 70, alors que les besoins du capital s’opposent aux revendications des travailleur&rsquo;euses, le recours à une main-d’œuvre immigrée et précarisée, souvent dans l’incapacité de refuser de mauvaises conditions de travail, permet d’assurer la flexibilité de l’offre de travail dont le capital a besoin, tout en préservant en apparence les travailleur&rsquo;euses nationaux.</p>



<p>Pour fonctionner, le capitalisme a besoin que ce traitement discriminant soit accepté par les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes. La fonction du racisme est de faire accepter à la classe ouvrière ce traitement inégal envers l’une de ses composantes.</p>



<p>En plus de justifier une surexploitation économique, le racisme remplit également une fonction politique. Il permet de diviser la classe ouvrière et d’affaiblir celle-ci dans le rapport de force qui l’oppose au capital. Comme le souligne le militant Saïd Bouamama, il consiste à « diviser ceux qui devraient être unis » travailleur&rsquo;euses nationaux et immigré&rsquo;es et à « unir ceux qui devraient être divisés » travailleur&rsquo;euses nationaux et capitalistes.</p>



<p>C’est ce que W.E.B. Du Bois a théorisé comme une « color line » à l’échelle mondiale. La division raciale au sein du prolétariat constitue l’une des bases de la stabilité du capitalisme. Le racisme ne peut donc pas être réduit à un simple préjugé ou à une question morale secondaire. Il constitue un mécanisme central de la domination capitaliste : un outil efficace pour diviser, hiérarchiser et affaiblir la classe ouvrière. En opposant les plus exploité&rsquo;es aux « un peu moins exploité&rsquo;es », il empêche la formation d’un front commun. Tant que cette division opère, la classe reste fragmentée et notre camp structurellement affaibli.</p>



<h3 class="wp-block-heading">À gauche : un « racisme respectable »</h3>



<p>Si le racisme est historiquement un produit de la bourgeoisie, il ne se limite pas à celle-ci. Il traverse l’ensemble de la société, y compris notre classe et ses organisations.</p>



<p>Le racisme est aussi présent au sein de la gauche, qui contribue ainsi à produire un racisme « respectable » articulé aujourd’hui autour de l’islamophobie.</p>



<p>Les années 80 sont un moment décisif dans cette production d’une islamophobie d’État par un pouvoir de gauche. Avec le tournant de la rigueur, le gouvernement socialiste engage des plans de licenciements massifs. Les premiers touchés sont les ouvriers spécialisés (OS) maghrébins, très présents dans les grandes usines automobiles.</p>



<p>Ces travailleurs se mobilisent. Un important mouvement de grève apparaît alors qu’au même moment les revendications antiracistes prennent de l’ampleur avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.</p>



<p>Le gouvernement et le patronat craignent que les OS maghrébins soient rejoints dans la lutte par les ouvriers qualifiés, en très grande majorité blanc&rsquo;hes et français&rsquo;es. La revendication d’une salle de prière ou encore l’usage de l’arabe par des militants syndicaux maghrébins vont alors être instrumentalisés. Dans un contexte international marqué par la révolution iranienne de 1979, les grèves sont présentées comme manipulées par des « intégristes ». On assiste à la construction d’« un problème musulman » visant à diviser et fragmenter la classe ouvrière.</p>



<p>Cette stratégie porte ses fruits. En 1984, lors de l’évacuation de l’usine Talbot par la police, les ouvriers qualifiés chantent « les Arabes au four, les Noirs à la Seine ».</p>



<p>En parallèle, la création de SOS Racisme servira à marginaliser les militant&rsquo;es de la Marche pour l’égalité, au profit d’un antiracisme libéral où le racisme est présenté comme une pulsion intemporelle, produit de l’ignorance de classes populaires à éduquer.</p>



<p>Les offensives islamophobes du pouvoir socialiste continuent avec l’affaire du foulard de Creil en 1989, qui ouvre une longue séquence aboutissant notamment à la loi de 2004 contre le foulard. Cette loi est soutenue non seulement par le PS et le PCF, mais aussi par une partie de l’extrême gauche.</p>



<p>L’islamophobie est devenue la forme centrale du racisme actuel. Moins disqualifiée historiquement que d’autres formes de racisme, elle trouve de nombreux relais à gauche. C’est une forme de racisme qui devient acceptable pour toute une partie de la population au nom de la défense des droits des femmes, de l’anticléricalisme, de la sécurité&#8230;</p>



<p>Une partie du mouvement antiraciste en tire les leçons en défendant la nécessité de son autonomie politique. C’est notamment le cas avec l’appel des Indigènes de la République en 2005. L’autonomie politique et organisationnelle des premier&rsquo;es concerné&rsquo;es a déjà fait la preuve de son efficacité : collectifs de sans-papiers, de mineurs isolés, organisations issues de l’immigration. Cependant, le mouvement antiraciste ne parvient toujours pas aujourd’hui à faire obstacle à l’adoption de nouvelles lois racistes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les limites de l’intersectionnalité et du privilège blanc et la nécessité d’un antiracisme de classe</h3>



<p>L’incapacité du mouvement ouvrier traditionnel à prendre en charge la question du racisme a permis le développement de théories qui ne lient pas la question des oppressions et du racisme à la question de classe.</p>



<p>C’est notamment le cas de l’intersectionnalité, théorie universitaire, qui s’est imposée au sein de nos luttes comme grille d’analyse utile pour penser l’imbrication des mécanismes d’oppression. Mais, si le triptyque « genre, race, classe » est constamment invoqué, la classe est le plus souvent reléguée au second rang. Lorsqu’elle est abordée, c’est rarement sous l’angle de l’exploitation, mais plutôt à travers la notion de « mépris social » : la classe n’est alors traitée que comme oppression déconnectée des rapports de production. Les réponses proposées se réduisent fréquemment à des appels à la « déconstruction », relevant davantage d’un volontarisme individuel que d’une transformation des rapports sociaux.</p>



<p>Une autre notion largement partagée est celle du privilège blanc. Cette idée dresse le constat que les blanc&rsquo;hes bénéficient d’avantages grâce au racisme. Il est évidemment indispensable de reconnaître les inégalités que crée le racisme au sein même de notre classe et il existe effectivement des situations fréquentes où une personne blanche peut bénéficier du racisme, parfois même sans s’en apercevoir : quand elle obtient un logement ou un travail sans savoir qu’un&rsquo;e candidat&rsquo;e plus qualifié a été recalé&rsquo;e car racisé&rsquo;e.</p>



<p>Cette approche du racisme va cependant plus loin. Elle fait le postulat que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont un intérêt matériel au racisme. Leur implication dans la lutte antiraciste devient alors au mieux marginale, au pire contradictoire avec leurs intérêts. Le combat contre le racisme devient conséquemment l’affaire quasi-exclusive des personnes racisées.</p>



<p>Or le rapport de force nécessaire pour gagner contre le racisme ne peut être construit par les seules personnes racisées. C’est ce que démontrent les mobilisations contre les lois Séparatisme ou Darmanin.</p>



<p>Alors, si la nécessité d’alliances larges apparaît évidente, celles-ci sont rendues impossibles si on postule que les blancs ont un intérêt matériel au racisme. C’est une impasse stratégique qui découle d’une mauvaise analyse.</p>



<p>Le problème ne réside pas dans la reconnaissance des inégalités raciales, mais dans l’interprétation de leur signification.</p>



<p>Un antiracisme de classe part d’un autre postulat : les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont davantage à gagner à s’allier avec les travailleur&rsquo;euses racisé&rsquo;es qu’avec leurs employeurs, dont l’objectif est précisément de les exploiter.</p>



<p>Il faut clarifier ce que l’on entend par « privilège ». Un privilège est un avantage indu, illégitime, auquel il faudrait renoncer. Mais dans l’usage, une confusion s’installe souvent entre privilèges et droits. Ne pas subir de violences policières n’est pas un privilège : c’est un droit fondamental qui devrait être garanti à tous&rsquo;tes. Présenter ce droit comme un privilège revient implicitement à accepter sa remise en cause.</p>



<p>Cette logique nourrit la confusion en assimilant des acquis sociaux à des privilèges, effaçant ainsi les luttes qui ont permis de les conquérir. On la retrouve chez H. Bouteldja : « Le capitalisme sous sa forme néolibérale poursuit son œuvre impitoyable. Il grignote vos acquis sociaux ou, pour le dire d’une manière plus juste, vos privilèges ».</p>



<p>Les acquis du CNR obtenus grâce à la lutte armée des FTP-MOI sous le nazisme sont ainsi réduits à des privilèges indus !</p>



<p>D’autres militants, comme Szymanski ou Callinicos, ont montré que le racisme affaiblit matériellement l’ensemble de la classe travailleuse. En divisant les travailleur&rsquo;se&rsquo;s, il empêche la construction de solidarités, tire les salaires vers le bas et renforce le pouvoir patronal. Les travailleur&rsquo;se&rsquo;s blanc&rsquo;hes qui adhèrent à des logiques racistes renforcent aussi leur propre exploitation.</p>



<p>Cette dynamique est flagrante concernant les politiques de sécurité. Les dispositifs sécuritaires, légitimés par des discours racistes et dirigés contre les racisé&rsquo;e&rsquo;s, finissent par se retourner contre l’ensemble de notre classe.</p>



<p>Le racisme fonctionne ainsi comme un mécanisme d’« avantage relatif ». Il ne confère pas un bénéfice absolu, mais un différentiel qui permet d’obtenir le consentement d’une partie des dominé&rsquo;es. Ce consentement a un prix : la fragmentation des luttes et la perpétuation de l’exploitation.</p>



<p>C’est la raison pour laquelle il faut non seulement affirmer que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes n’ont pas intérêt au racisme, mais qu’en luttant contre le racisme aux côtés des racisé&rsquo;es, iels luttent pour leurs intérêts de classe !</p>



<p>Un antiracisme de classe ne consiste donc pas à nier les oppressions spécifiques ni à dissoudre les luttes antiracistes dans une abstraction de la lutte de classe. Il s’agit au contraire de comprendre comment le racisme est produit et utilisé par le capitalisme afin de construire une stratégie capable de le combattre efficacement.</p>



<p>Cela implique de soutenir l’auto-organisation des personnes directement touchées par le racisme, de combattre sans concession l’islamophobie et toutes les formes de racisme, mais aussi de convaincre le plus largement possible au sein de notre classe que ces combats sont les siens.</p>



<p>Car chaque victoire raciste renforce notre adversaire commun. Chaque division imposée entre travailleur&rsquo;euses renforce le patronat, l’État et les forces réactionnaires. À l’inverse, chaque lutte commune contre le racisme renforce notre capacité collective à nous organiser et à nous défendre.</p>



<p>L’antiracisme de classe ne repose donc pas sur la culpabilisation ou la concurrence des oppressions, mais sur une stratégie d’unité des exploité&rsquo;es et des opprimé&rsquo;es contre celles et ceux qui profitent de leur division.</p>



<p>Dans un contexte de montée de l’extrême droite, de guerres impérialistes et d’offensives racistes, cette perspective n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire.</p>



<p>Hugo (Toulouse), Shems (Marseille)</p>



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		<title>Iran, (anti)impérialisme et révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:01:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/" title="Iran, (anti)impérialisme et révolution">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine malgré les médias ou la répression. Les obstacles tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations.</p>



<p>La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du régime iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.</p>



<p>Le peuple iranien a régulièrement montré sa détermination à remettre en question le régime malgré une répression systématique. Ses luttes apportent énormément d’espoir face à l’approfondissement de la crise du capitalisme et sa manifestation impérialiste. Partir de là est donc très important pour pouvoir discuter des possibilités de faire face à la situation.</p>



<p>Depuis la révolution de 1979 la place que le régime veut donner à l’Iran dans la compétition régionale façonne la société. Des révoltes très fréquentes et très massives éclatent. La dernière en date a été complètement stoppée par les bombardements d’Israël et des États-Unis.</p>



<p><strong>Sous l’emprise de l’impérialisme</strong></p>



<p>Tout au long du XXè siècle l’Iran a été convoité par les grandes puissances pour ses ressources pétrolières et pour sa situation géostratégique au Moyen-Orient.<br>Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées. Il y a aussi des zones avec de fortes concentrations ouvrières, liées à l’économie du pétrole. Une bourgeoisie nationale se développe mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle de firmes anglaises puis US.<br>Dès les années 1970, les salarié&rsquo;es, les ouvrier&rsquo;es représentent à peu près un tiers de la population.<br>Les bazars contrôlent l’essentiel du commerce, de gros et plus encore de détail. Mais se développe également dans les grandes villes une élite iranienne qui arrive à vivre des revenus du pétrole, qui s’occidentalise dans ses modes de vie, en même temps que des bidonvilles énormes se mettent en place autour des grandes villes et notamment de Téhéran.</p>



<p><strong>La révolution par étapes</strong></p>



<p>C’est dans ce contexte qu’émergent de grandes révoltes. Elles produisent des débats dans la gauche iranienne. Ce qui domine sont les théories staliniennes, qui estiment que dans un pays relativement peu développé économiquement il est impossible pour la classe ouvrière de changer la société et de parvenir au socialisme. Il faut préalablement passer par un développement capitaliste de la société, qui ne peut être réalisé qu’en soutenant la bourgeoisie dans ses velléités d’acquérir une indépendance nationale qui permettra de développer économiquement le pays<sup data-fn="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" class="fn"><a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link">1</a></sup>.<br>Cette théorie de la révolution par étapes s’était concrétisée une première fois par le soutien de la gauche au gouvernement de front national dirigé par Mossadegh qui prend le pouvoir en 1952. Mossadegh prend la décision de nationaliser le pétrole iranien. Très rapidement la Grande-Bretagne riposte, soutenue par les Etats-Unis – et organise un coup d’état en août 1953, qui réinstalle le régime autocratique du Shah.<br>Effrayée par le soulèvement populaire créé par la victoire de Mossadegh, la bourgeoisie nationale s’est finalement rangée du côté de l’impérialisme américain et britannique. La répression décapite la gauche. Des mouvements liés aux mosquées et dirigés par le clergé se mettent alors à jouer un rôle central dans la contestation populaire des décennies qui vont suivre.</p>



<p><strong>La révolution de 1979</strong></p>



<p>Des manifestations démarrent en 1977 pour une démocratisation, puis des soulèvements dans les bidonvilles. A la fin de l’année les grèves se développent. En un an se développent des comités de quartier &#8211; les Komitehs &#8211; et des comités d’usines &#8211; les Shoras. Dans de nombreux endroits les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise. Mais la gauche ne pousse pas pour que ces comités se coordonnent et s’organisent en pouvoir alternatif. Elle continue de penser que le pouvoir doit être occupé par la bourgeoisie nationale qui cherche l’indépendance.<br>Par contre, le mouvement des mosquées se développe, avec une personnalité – Khomeini – qui a un réseau très important au niveau national et qui propose une direction politique, celle de prendre le pouvoir. Il a une base relativement importante dans la nouvelle classe moyenne qui s’est construite dans les entreprises.<br>Quand le Shah prend la fuite ce n’est donc pas la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, ni la bourgeoisie qui souhaitait un retour à l’ordre, mais la classe moyenne sous la direction de l’ayatollah Khomeini.</p>



<p><strong>De l’anti-impérialisme des classes moyennes…</strong></p>



<p>Le gouvernement mis en place par Khomeini n’est pas un gouvernement complètement lié à la bourgeoisie. Et il va mettre en place des mesures radicalement différentes de ce qui a existé jusqu’alors. En nationalisant toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux auparavant, il réintègre dans la sphère publique des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures sont apparues comme anticapitalistes. En France, Sartre, Foucault, Simone de Beauvoir célèbrent Khomeini comme un militant anti impérialiste. Les théories sur « l’islam révolutionnaire » fleurissent, de même que les tentatives de synthétiser islam et marxisme.<br>Pour stabiliser son pouvoir et assurer sa base sociale, Khomeini va alterner des attaques sur sa gauche et sur sa droite. Il va s’allier avec la bourgeoisie nationale pour détruire les Komiteh et les Shoras. Puis, en novembre 1979, il organise l’occupation de l’ambassade des États-Unis durant plusieurs mois, contre l’avis de la bourgeoisie iranienne. Cet acte est resté dans l’histoire comme un défi à l’impérialisme.</p>



<p><strong>… à la crise du capitalisme d’État</strong></p>



<p>Pour stabiliser un système au point de départ instable, Khomeini va s’appuyer sur deux choix politiques.<br>Il développe progressivement, via les nationalisations et grâce aux revenus pétroliers une forme de capitalisme d’État. Il crée ainsi une énorme bureaucratie qui sera la base sociale du régime.<br>Et il va utiliser la guerre et le nationalisme pour délégitimer et détruire physiquement toute opposition comme complice de l’impérialisme. Il va ainsi grandement bénéficier de la guerre meurtrière avec l’Irak à partir de 1980. Surtout quand l’Irak obtiendra le soutien US.<br>Comme les autres capitalismes d’État (des pays de l’est à l’Egypte) le régime islamique rentre en crise à la fin des années 1980 du fait de la de crise économique au niveau international. C’est aussi la fin de la guerre avec l’Irak et la mort de Khomeini.<br>Les rivalités éclatent alors au sein de la classe dirigeante iranienne entre la bureaucratie d’État qui veut prolonger son régime sous couvert d’anti-impérialisme et une partie de la bourgeoisie plutôt tournée vers la mondialisation qui veut faire des compromis avec les puissances impérialistes et tente d’emporter l’adhésion de la population par des promesses de réformes démocratiques.<br>Ces deux factions vont s’affronter régulièrement depuis lors. Quand des soulèvements populaires ont lieu, cela rouvre les rivalités.<br>Chaque fois que la frange libérale arrive au pouvoir et qu’elle essaye de négocier avec l’impérialisme son intégration au marché mondial, la frange conservatrice utilise son discours anti-impérialiste pour renforcer sa légitimité.<br>C’est le cas avec Khatami qui collabore avec les USA dans l’invasion de l’Afghanistan. C’est la cas avec Rohani en 2013 qui parvient à un accord sur le nucléaire avec les USA en 2015.</p>



<p><strong>Impérialisme régional</strong></p>



<p>Cette situation fait que le débat sur la nature anti-impérialiste du régime continue encore à l’heure actuelle. L’Iran se présente comme le chef de file de « l’axe de la résistance » contre le sionisme et l’impérialisme occidental. Il a apporté son soutien au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, aux Forces de mobilisation populaire en Irak et à d’autres groupes de moindre envergure.<br>Cela découle de l’émergence de l’Iran en tant que puissance régionale, en lice pour la domination de la région. L’Axe s’inscrivait dans la stratégie iranienne « d’anneau d’étranglement » contre Israël, qui consistait à soutenir ses alliés sans s’exposer à un affrontement ouvert.<br>Pour pouvoir se maintenir, l’Iran s’est inséré dans un système international capitaliste. Il a donc dû accepter les lois de la compétition et de l’accumulation et y trouver sa place.</p>



<p>Le déclin des USA et leur difficulté à maintenir leur hégémonie dans la région après l’invasion de l’Irak en 2003 ont conduit d’autres grandes puissances à investir cette zone, notamment la Russie et la Chine. L’Iran a noué des alliances avec ces autres puissances. La Chine achète 90% du pétrole iranien et est devenue le premier partenaire commercial de l’Iran. Lors de la révolution en Syrie en 2015 l’Iran a fait le choix de soutenir le régime de Bachar al-Assad aux côtés des forces russes.<br>Quand Israël décide d’aller bombarder l’Iran, c’est clairement avec l’idée de déstabiliser ce qui apparaît comme une puissance concurrente à l’échelle régionale. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la région. Cela a été le cas en 1967 quand Israël a attaqué l’Égypte et la Syrie. Cela a été le cas en 1980 lorsqu’Israël envahit le Liban.</p>



<p><strong>Une seule solution, l’anti-impérialisme de notre classe</strong></p>



<p>En Iran, en 2021 une grève de salariés du pétrole a eu un impact très fort, symboliquement – du fait de son rôle moteur dans la révolution de 1979 – et politiquement &#8211; les revenus du pétrole permettent à l’État iranien de fonctionner. De 10 à 15 000 salariés du pétrole ont fait grève. Ils ont produit une plateforme dans laquelle ils disaient clairement qu’ils refusaient toute intervention étrangère qui se présenterait en soi-disant soutien à leur lutte, et qu’ils souhaitaient apporter leur solidarité internationale avec les luttes de libération de la Palestine, du Yémen et du Liban2<sup data-fn="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" class="fn"><a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link">2</a></sup>. Cela s’était déjà produit en 1979, où la révolution en Iran s’était combinée à des révoltes en Égypte.<br>Le meilleur soutien qu’on puisse apporter, c’est donc de reprendre le fil des analyses en termes de développement inégal et combiné, et donner de la force aux théories internationalistes qui considèrent que la seule solution face à l’impérialisme et aux régimes réactionnaires, c’est la lutte des peuples eux-mêmes pour leur émancipation.</p>



<p><strong>Vanina Giudicelli (Paris 20)</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p><strong>Quand les lignes rouges deviennent chauvines</strong><br><br>À de nombreuses reprises, la présence de cortèges avec des drapeaux iraniens ont fait polémique dans les manifestations en France.<br>Exclure ces cortèges accusés d’être en soutien du pouvoir iranien serait un acte politique de solidarité avec un peuple qui subit la répression sanglante du régime. Cette position, au cœur d’une puissance impérialiste, nous oblige donc à rappeler que :<br>&#8211; Le premier acte politique en solidarité avec le peuple qui se soulève régulièrement en Iran contre le régime devrait être de lutter pour faire arrêter les bombes qui tuent ce peuple et l’empêchent de lutter contre le régime.<br>&#8211; La base d’un mouvement antiguerre ne peut être de tirer un trait d’égalité entre impérialisme et pays agressé (comme le font des textes syndicaux qui parlent de « belligérants »). La responsabilité historique de l’impérialisme dans les catastrophes internationales sont sans commune mesure avec celles des pays dominés par l’impérialisme. L’impérialisme a façonné l’histoire de l’Iran depuis plus d’un siècle. Les bombardements ont mis un coup d’arrêt aux luttes du peuple iranien pour sa liberté. Aucun peuple ne se libère sous les bombes. Les catastrophes des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, le génocide en Palestine, etc. devraient pourtant servir de leçon.<br>&#8211; Nous n’attendons pas d’une manifestation que tous les cortèges soient en accord sur toutes les questions, mais se retrouvent dans ce qui devrait constituer les bases d’un mouvement antiguerre : l’arrêt de l’agression impérialiste et sioniste en Iran. Nous devrions alors aussi exclure de nos manifestations les organisations françaises qui ont soutenu des interventions impérialistes, se réfèrent au droit international, sont dans des internationales avec des partis qui constituent des dictatures, ou reconnaissent l’entité sioniste. Ne pas le faire revient à adopter une position chauvine puisque cela revient de fait à considérer ces positions comme moins problématiques.<br>&#8211; Un réel combat internationaliste devrait plutôt chercher à promouvoir les idées et les actes qui considèrent l’ennemi principal dans notre propre pays comme condition de l’émancipation générale. Notre responsabilité est donc de construire un mouvement de masse qui cherche à briser l’impérialisme français et occidental.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f"> Les débats qui ont dominé la gauche iranienne ne sont pas limités à ce pays. La révolution russe qui avait eu lieu au début du 20e siècle concernait un pays dont les caractéristiques économiques étaient relativement similaires. Trotsky analyse la situation économique de façon opposée à celle que les staliniens vont adopter plus tard. Pour un exposé de sa théorie, on pourra lire par exemple l’article de Cédric Piktoroff, <a href="https://quefaire.lautre.net/Jusqu-au-bout">« Jusqu’au bout ! La théorie de la révolution permanente »</a>  <a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3">Peyman Jafari est un chercheur iranien spécialiste des mouvements en Iran. De nombreux articles sont disponibles, dont certains traduits en français. <a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/">Iran, (anti)impérialisme et révolution</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:27:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Revue d'A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front Uni]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Islamophobie]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10822</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #20 &#8211; janvier 2026 « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. » Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans « <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/" title="Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d&rsquo;A2C #20 &#8211; janvier 2026</strong></p>



<p><em>« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. »</em></p>



<p>Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans <em>« Peau noire, masques blancs » </em>(1952), Frantz Fanon nous met en garde sur l&rsquo;unicité du racisme dont l&rsquo;antisémitisme était à cette époque la pointe avancée. Dit d&rsquo;une autre façon, il ajoute : <em>« Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe »</em>.</p>



<p>Quelque 70 ans plus tard, cette phrase garde tout son sens en parlant des musulman·es. Si l&rsquo;antisémitisme n&rsquo;a pas disparu, c&rsquo;est l&rsquo;islamophobie qui est aujourd&rsquo;hui le racisme assumé par le camp réactionnaire dans la bataille politique : rapport sur « l&rsquo;entrisme des Frères Musulmans <em>»</em> présenté en conseil de défense, expulsions d&rsquo;imams, multiples lois visant les musulman·es…</p>



<p>Ainsi, une partie de notre classe fait face à un arsenal de théories racistes, de plus en plus épaulées par les appareils d’État et la bourgeoisie. Cette sinistre idéologie de l&rsquo;ennemi de l&rsquo;intérieur, secondée par le matraquage de la laïcité à tout va, est la colonne vertébrale de l&rsquo;islamophobie.</p>



<p>Mais cette idéologie a une fonction. De la même façon que le racisme anti-noir a servi de légitimation de la mise en esclavage des africain·es et de la domination coloniale, l&rsquo;islamophobie sert un agenda politique raciste pour renforcer le camp réactionnaire et alimenter la funèbre logique de l&rsquo;impérialisme occidental.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Derrière l&rsquo;islamophobie, se cache l&rsquo;impérialisme</strong></h1>



<p>Quel lien entre un racisme qui explose, la course effrénée au développement de nouvelles technologies comme l&rsquo;IA, l&rsquo;austérité imposée aux peuples du monde entier et l&rsquo;explosion des budgets d&rsquo;armement et de ses guerres coloniales associées ? Le capitalisme. Et pour comprendre pourquoi le capitalisme alimente racisme et guerres impériales, il faut comprendre la logique même d&rsquo;un système économique basé sur l&rsquo;accumulation de capital.</p>



<p>Pour accumuler du capital, une entreprise a besoin d&rsquo;être compétitive. Sauf que sur le marché, la concurrence est rude. Par exemple, au cours des années 2010 et la généralisation d&rsquo;achats sur internet, les entreprises de vente en ligne voyaient leur marge nettement augmenter. Après le COVID, entre la concurrence accrue et les monopoles des géants comme Amazon, les prix ont drastiquement baissé (donc les profits avec). C&rsquo;est la trajectoire même du capital, appelée aussi « la baisse tendancielle du taux de profit <em>»</em>. Les profits baissent, mais il faut continuer d&rsquo;en faire coûte que coûte pour la survie de l&rsquo;entreprise. Pour cela, plusieurs solutions : baisser les salaires et supprimer des emplois (austérité) ; développer des nouvelles technologies (augmenter la productivité) ; étendre son marché vers d&rsquo;autres pays ou d&rsquo;autres secteurs et créer un monopole (guerres impérialistes).</p>



<p>C&rsquo;est vrai dans tous les domaines. Alors quand on parle ressources et matériaux (pétrole, uranium, terres rares&#8230;), on voit vite comment les enjeux territoriaux peuvent être énormes. Ainsi, la guerre économique entre les entreprises peut rapidement se muer en guerre tout court pour l&rsquo;accès aux ressources.</p>



<p>Cela explique en partie la situation au Yémen : depuis 2015, la coalition de pays arabes dirigée par l&rsquo;Arabie saoudite (et soutenue par les pays occidentaux) maintient le pays sous blocus naval et aérien, causant plus de 377 000 morts (par famine et bombardements indiscriminés). Objectifs : affaiblir le mouvement Ansarullah (Houthis, alliés de l&rsquo;Iran) pour sécuriser les routes commerciales comme le détroit de Bab el-Mandeb (12 % du pétrole mondial) et protéger les intérêts des multinationales pétrolières occidentales comme BP et Chevron.</p>



<p>Mais les guerres impérialistes ont un coût, et pour faire accepter ce coût à son peuple, un État doit trouver des justifications. C&rsquo;est là qu&rsquo;intervient la construction d&rsquo;un ennemi commun contre lequel l’État, tel un pompier-pyromane, nous garantira protection en échange de concessions politiques (restrictions des libertés) et économiques (l&rsquo;austérité).</p>



<p>Depuis la révolution iranienne de 1979, dans laquelle les États-Unis (alliés du pouvoir déchu) craignaient pour leurs intérêts, cet ennemi commun, ce sont les musulman·es ou supposé·es comme tels, et les pays dits musulmans. Ensuite, l&rsquo;attaque du 11 septembre a largement été exploitée pour accélérer cette doctrine.</p>



<p>Ennemi de l&rsquo;extérieur pour justifier le colonialisme et les guerres impérialistes. Ennemi de l&rsquo;intérieur pour empêcher l&rsquo;unification de notre classe et favoriser l&rsquo;exploitation.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Défendre l&rsquo;unité, c&rsquo;est défendre les musulman·es</strong></h1>



<p>Si l&rsquo;islamophobie est aujourd&rsquo;hui la pointe avancée de l&rsquo;impérialisme occidental, elle s&rsquo;attaque en 1ᵉʳ lieu aux musulman·es, ou supposé·es, en instrumentalisant la lutte contre le terrorisme : invasion de l’Afghanistan par les USA en 2001, attaques « préventives <em>»</em> contre l&rsquo;Iran par Israël l&rsquo;année dernière, ostracisation des musulman·es de France… La liste est longue, et chacun de ses tirets devrait nous révolter en soi.</p>



<p>En plus de ces innombrables violences, l&rsquo;exclusion sociale des musulman·es nous divise et sert l&rsquo;exploitation de l&rsquo;ensemble de la classe ouvrière. Car face à une classe faible et divisée, dans laquelle on a laissé le racisme s&rsquo;immiscer, le patronat peut aisément imposer des conditions de travail qui nous sont de plus en plus défavorables. C&rsquo;est ce qu’explique le sociologue marxiste Al Szymanski. Il nous dit à propos des États-Unis des années 70 : « Plus la discrimination raciale est intense, plus bas sont les salaires des Blancs du fait de la variable intermédiaire de la solidarité de la classe ouvrière – en d’autres termes, le racisme désavantage économiquement les travailleurs blancs parce qu’il affaiblit l’organisation syndicale en détruisant la solidarité entre travailleurs noirs et blancs »<sup data-fn="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" class="fn"><a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link">1</a></sup>.</p>



<p>Quand les musulman·es se font attaquer, c&rsquo;est tout le camp social qui perd de la force.</p>



<p>De la même façon, l&rsquo;accélération des dissolutions d&rsquo;associations de ces dernières années a d&rsquo;abord visé des organisations cultuelles musulmanes (comme celle de la mosquée de Lagny-sur-Marne), puis celles de lutte contre l&rsquo;islamophobie (le CCIF<sup data-fn="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" class="fn"><a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link">2</a></sup>, aujourd&rsquo;hui réformé en CCIE<sup data-fn="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" class="fn"><a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link">3</a></sup>). Devant la non-réaction du camp social, pourquoi le gouvernement n&rsquo;étendrait-il pas ces attaques à des collectifs antifascistes ou écologistes ? C&rsquo;est exactement le déroulé de ces 10 dernières années, où la réaction de notre camp a réellement commencé qu&rsquo;avec la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre, puis celle de la Jeune Garde ou d&rsquo;Urgence Palestine.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>La laïcité comme arme de guerre</strong></h1>



<p>Parmi les nombreux outils pour attaquer les musulman·es, la laïcité revient souvent sur la table. Elle est brandie messianiquement à chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de taper sur les musulman·es. Sur les plateaux télé évidemment, mais aussi pour faire passer la batterie de lois islamophobes persécutant et excluant de l&rsquo;espace public et de l&rsquo;école nos camarades musulman·es (par exemple avec la loi de 2004 sur les signes religieux qui a servi de pied dans la porte des nombreuses lois islamophobes qui ont suivi).</p>



<p>À en croire les dires de l’État et de ses relais médiatiques, le musulman menacerait par définition les valeurs de la République, notamment parce qu&rsquo;il serait en contradiction avec la laïcité définie par la loi de 1905.</p>



<p>Il serait communautariste (voire séparatiste) lorsqu&rsquo;il prend soin de sa communauté. Autrement, il est taxé d&rsquo;entriste quand il correspond aux attentes républicaines, du style quand le lycée Averroès obtient des résultats exceptionnels au bac.</p>



<p>Pile tu perds, face tu perds.</p>



<p>À gauche, c&rsquo;est un peu plus subtil. Pour la loi de 2004 et pendant plus de 10 ans, c&rsquo;était surtout complaisance et grand silence. Aujourd&rsquo;hui, dans les balbutiements de soutien, il a souvent été pointé la non-exemplarité politique (impossible à avoir) des musulman·es visé·es par les violences d’État en scrutant chacune de leurs déclarations et de leurs liens passés.&nbsp;</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Islamophobie : les blocages à gauche</strong><strong><br></strong></h1>



<p>Pour que la gauche s’engage pleinement, déjà il lui faut dépasser son islamophobie encore présente jusque dans les cercles militants. Par exemple à Rennes, dans le mouvement pour la Palestine, une proposition en interne de l&rsquo;AG Palestine fut de faire une doha (prière) pour les morts à Gaza, mais celle-ci a été empêchée. De même pour les slogans en arabe, ça a été difficile de les faire accepter.</p>



<p>C&rsquo;est parfois une doctrine moraliste anti-religieuse qui empêche la solidarité. À l&rsquo;image de cette citation de Bakounine, dans son livre Dieu et l&rsquo;État, qui fut pourtant pendant longtemps sur ma table de chevet : <em>« Si Dieu est, l&rsquo;homme est esclave ; or l&rsquo;homme peut, doit être libre, donc Dieu n&rsquo;existe pas »</em>. Une vision binaire de la croyance, opposée à toute religion qui serait naturellement obscurantiste. Cela nous empêche d&rsquo;avoir une lecture matérialiste des structures oppressantes réellement à l’œuvre, en vue de les combattre.</p>



<p>Enfin, c&rsquo;est aussi une volonté de détruire le potentiel outil de résistance qu&rsquo;est l&rsquo;islam.&nbsp;</p>



<p>À droite, pour briser la résistance à l&rsquo;hégémonie capitaliste et impérialiste.</p>



<p>À gauche, car la seule identité légitime pour faire la révolution serait celle du prolétaire, toute autre identité est vue comme divisant la classe ouvrière. Si notre classe est effectivement traversée par des contradictions, c&rsquo;est une erreur de ne pas les prendre en charge et de laisser une partie de notre classe (ici les musulman·es) seule face aux violences racistes. Car l&rsquo;unicité se construit en opposition aux stratégies de division de la classe dirigeante.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Lutter aux côtés des musulman·es</strong></h1>



<p>Face à ceux et celles qui nous accusent de complicité avec les musulman·es, il faut plaider coupable<sup data-fn="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" class="fn"><a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link">4</a></sup>. Coupable de défendre la liberté de culte. Coupable de défendre la Palestine, de la mer au Jourdain. Coupable de défendre la liberté, l&rsquo;égalité et la fraternité réelle pour toutes et tous. Chaque musulman·e attaqué·e pour ce qu&rsquo;il est, se doit d&rsquo;être défendu·e, qu&rsquo;importe les différents politiques existant. Que ce soit l&rsquo;imam Hassan Iquioussen victime de la loi séparatisme et menacé d&rsquo;expulsion, ou Omar Alsoumi arrêté pour « apologie de terrorisme <em>»</em> pour avoir soutenu la résistance palestinienne, ou une mosquée attaquée, nous devons réagir depuis nos collectifs. Chaque solidarité effective contre les violences islamophobes participe à l&rsquo;unification de notre classe, et donc nous renforce collectivement.</p>



<p>Malgré tout, dans les moments critiques, nous pouvons entrapercevoir nos possibles alliances. Lors de l&rsquo;horrible meurtre filmé d&rsquo;Aboubakar Cissé en pleine prière, une partie de la gauche radicale a rapidement réagi pour participer aux mobilisations.</p>



<p>De la même façon, les 2 dernières années de lutte contre le génocide à Gaza et la colonisation en Cisjordanie sont parties d&rsquo;un mouvement par en bas et ont montré qu&rsquo;avec un objectif clair (arrêter le génocide), il est possible de dépasser nos contradictions et de lutter au coude à coude, musulmans ou non. Pour autant, les quelques ponts qui se sont créés se sont faits au prix du sacrifice de centaines de milliers de palestinien·nes, et globalement la réaction de notre camp reste très loin d&rsquo;être satisfaisante.</p>



<p>Maintenant, il faut arrêter d&rsquo;essentialiser les organisations musulmanes ou de les voir comme un bloc homogène, pour les considérer pour ce qu&rsquo;elles sont : des forces politiques avec lesquelles il est possible de s&rsquo;allier pour les prochains combats à mener, en particulier pour créer un front commun conséquent contre le racisme et le fascisme.</p>



<p><strong><em>Camille (A2C Rennes)<br></em></strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f"> A. Szymanski, <em>« Racial Discrimination and White Gain »</em>, American Sociological Review, 41 (1976), pp. 409-412. <a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a">CCIF : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en France <a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79">CCIE : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en Europe <a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b">Inspiré de l&rsquo;article<em> « Contre l’islamophobie : le 11 mai et après, aimez-nous vivants »</em>, Nadia Meziane, lignes-de-cretes.org <a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/">Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&rsquo;islamophobie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Cahiers #20 : pourquoi cette revue, pourquoi ce sommaire ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/revue-da2c/pourquoi-cette-revue-pourquoi-ce-sommaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 00:25:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue d'A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans chacune de nos luttes comme dans la remise en question globale de la société, nous avons besoin d’élaborer des stratégies pour gagner. Ni les livres, ni les expériences passées ne donnent des réponses clés <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/revue-da2c/pourquoi-cette-revue-pourquoi-ce-sommaire/" title="Cahiers #20 : pourquoi cette revue, pourquoi ce sommaire ? ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Dans chacune de nos luttes comme dans la remise en question globale de la société, nous avons besoin d’élaborer des stratégies pour gagner. Ni les livres, ni les expériences passées ne donnent des réponses clés en main pour aujourd’hui, mais ils sont des outils incontournables pour les obtenir. Cette revue est donc un espace pour rendre explicites et lisibles les analyses que les militant·es d’a2c élaborent, et qui les amènent à défendre certaines stratégies. La théorie est pour nous inséparable de l’action militante : elle doit s’élaborer à partir des expériences réelles de la lutte des classes, des débats qui s’y posent, comme elle se teste dans les pratiques et les propositions militantes qui en découlent.</em></p>



<p>Ce numéro sera diffusé dans une période de campagne électorale des Municipales. Quand ce qui domine est la délégation des questions politiques à d’autres, la question devient comment intervenir en terrain piégé. L’article <strong>« Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</strong> <strong>»</strong> apporte des éléments de réflexion. Parmi ceux-ci, le fait que les fascistes vont tenter d’utiliser cette séquence comme un moyen de s’implanter et constituer une base active. Nous devons donc redoubler d’efforts pour constituer des fronts unitaires de lutte antifasciste. Des expériences sont menées par des camarades, qui éclairent sur les potentialités et les débats. Par exemple : <strong>« S’organiser contre les campagnes électorales des fascistes : une urgence et plein de débats ! » </strong>sur Marseille, ou <strong>« Antifascisme et sécurité » </strong>dans le 93. C’est à partir de ce type de lutte et des expériences faites en commun que nous pouvons le mieux convaincre de l’impasse du réformisme, dont la force repose en grande partie sur le fait que notre classe serait devenue trop hétérogène pour se constituer en pouvoir alternatif. <strong>« À propos de <em>Nouveau Peuple, nouvelle gauche</em> : des arguments pas si nouveaux », </strong>est une réponse à cet idée, à travers une lecture critique du dernier livre édité par l’Institut La Boétie de La France Insoumise.</p>



<p>La centralité de l’antiracisme qui nous guide comme boussole à A2C nous amène à considérer ces luttes comme primordiales dans la période. La mobilisation du 18 décembre cette année a franchi un cap avec le mot d’ordre de la <strong>«&nbsp;journée sans nous&nbsp;»</strong> et l’ambition de faire de cette date un jour de grève politique. Nous proposons d’abord un retour sur cette mobilisation et celles des dernières, tout en approfondissant le lien indissoluble entre <strong>antiracisme et lutte de classe</strong>. Parce que l’antiracisme est nécessaire pour l’unité de toute la classe, il nous faut nous tenir fermement au côté de toutes celles et ceux qui le subissent et le combattent&nbsp;: alors que les attaques contre les musulman.e.s se multiplient dans la continuité de la progression du danger fasciste en France, nous devons continuer d’affirmer qu’il n’y aura <strong>pas de front commun antifasciste sans luttes contre l’islamophobie</strong>. Ainsi, vous trouverez aussi dans ce numéro un retour d’expérience sur une <strong>mobilisation large contre l’islamophobie à Saint-Brieuc</strong> à l’initiative du Front commun antifasciste des Côtes d’Armor.</p>



<p>Car l’unité de toute notre classe est une préalable non-négociable à l’expansion et à la coordination de nos luttes, il est impératif d’effectuer un retour critique sur les mouvements qui ont secoué ces dernières années et dans lesquels nous nous sommes investi.e.s. La formidable offensive depuis 2017 d’une «&nbsp;quatrième vague&nbsp;» féministe a rebattu les cartes de la lutte en mettant l’accent sur la question des violences sexistes et sexuelles et en faisant réémerger la perspective de la grève féministe. Quelques années après, alors que les mouvements réactionnaires et fascistes continuent de progresser, nous proposons un court bilan sous forme de <strong>point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe </strong>pour poursuivre les discussions et repasser à l’attaque.</p>



<p>L’accélération de la marche vers l’affrontement impérialiste doit tou.te.s nous engager à la construction d’un vaste mouvement anti-guerre. Cependant, les conditions de l’unité sont encore loin d’être là et les divergences à l’intérieur du mouvement n’ont fait que s’accentuer depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. C’est pour prolonger les polémiques de façon constructive que nous continuons d’affirmer que l’émancipation des ukrainien.ne.s envahi.e.s par la Russie de Poutine ne peut reposer sur l’aide des impérialistes occidentaux et qu’ici comme là-bas nous devons <strong>refuser l’union sacrée avec Trump et Macron</strong>. Alors que le soutien à la résistance palestinienne est de plus en plus criminalisé en France, nous nous devons de clarifier nos perspectives stratégiques pour le mouvement d’un point de vue le plus internationaliste possible et de mettre en avant le rapport nécessaire entre le combat des palestinien.ne et la libération de tout le Moyen-Orient. C’est à partir de la première déclaration de Georges Abdallah à son retour à Beyrouth que nous proposons d’examiner les liens entre <strong>le sionisme, la Palestine et la classe ouvrière égyptienne.</strong> Enfin, parce que le pire n’est jamais sûr et à rebours des interprétations historiques dominantes, nous vous partageons un lien vers une introduction d’un camarade qui répond à la question&nbsp;: <strong>qu’est-ce qui a vraiment mis fin à la première guerre mondiale&nbsp;?</strong></p>
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		<title>Pourquoi le marxisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/pourquoi-le-marxisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Oct 2025 09:49:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[émancipation]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte des classes]]></category>
		<category><![CDATA[minorité]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[révolutionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[Travail]]></category>
		<category><![CDATA[travailleurs]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">«&#160;L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. (&#8230;) Oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/pourquoi-le-marxisme/" title="Pourquoi le marxisme ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>«&nbsp;L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. (&#8230;) Oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société toute entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.&nbsp;»</em></p>



<p>Voilà comment commence le <em>Manifeste du parti communiste</em> de Marx.</p>



<p>Si l’on définit par marxisme toutes les expériences, luttes et analyses développées sur la base des écrits de Marx, alors le marxisme est la théorie de la lutte contre le capitalisme, la théorie de la révolution.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Révolutionnaire</strong></p>



<p>Les idéologues dominants ne nient pas qu’il existe une histoire. Mais cette histoire s’arrête au capitalisme qui, quels que soient ses défauts, serait l’organisation sociale «&nbsp;naturelle&nbsp;», celle qui correspondrait le mieux à ce qui serait la «&nbsp;nature humaine&nbsp;».</p>



<p>Pour Marx, le capitalisme, en tant que société de classes, peut et doit être dépassé.</p>



<p>L’histoire est faite par les êtres humains sur la base de leurs intérêts matériels et non par de grands principes, le progrès, la raison, la civilisation&#8230;</p>



<p>A rebours des livres qui résument l’histoire à celle des grands hommes, rois, reines, intellectuels, présidents, etc., l’histoire selon Marx est faite par les grandes masses.</p>



<p>Le marxisme est la théorie qui montre que la révolution est non seulement nécessaire mais surtout qu’elle est possible.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Bases matérielles</strong></p>



<p>C’est la simplicité évidente du point de départ de Marx qui est subversive&nbsp;: toute société humaine s’explique d’abord par la manière dont les êtres humains s’organisent pour produire ce dont ils et elles ont besoin. Cette organisation est fonction des conditions naturelles et des connaissances et moyens disponibles pour en utiliser les ressources (moyens de production et formes de coopération, ce que Marx a appelé forces productives).&nbsp;</p>



<p>Il a fallu des milliers d’années à l’humanité pour développer des connaissances, des techniques et des formes d’organisation capables de dépasser la production de moyens de survie immédiate (cueillette, chasse&#8230;).</p>



<p>Il y a 10 000 ans, de nouvelles formes de subsistance (culture, élevage) permirent&nbsp; la production d’un surplus. L’existence matérielle de ce surplus a entraîné le développement d’une couche sociale, détachée de la production directe, vouée à la «&nbsp;gouvernance&nbsp;»&nbsp; de ce surplus et en vivant.</p>



<p>Il fallut encore des milliers d’années pour que cela provoque une réorganisation profonde des rapports sociaux et une division de la société en classes aux intérêts antagonistes.</p>



<p>La minorité vivant du travail de la majorité s’est mise à identifier ses intérêts propres, l’extraction d’une part plus importante des produits du travail, avec l’intérêt général. Marx appelle cette extraction du surplus, l’exploitation.</p>



<p>Commence alors cette phase décrite par le <em>Manifeste</em> où l’histoire devient l’histoire des luttes de classes.&nbsp;</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Lutte de classe, histoire et révolution</strong></p>



<p>Un philosophe allemand, Hegel avait écrit que la contradiction est <em>«&nbsp;à la racine de tout mouvement et de toute vie&nbsp;»</em>, la seule réalité est le changement, le mouvement.&nbsp;</p>



<p>Pour Marx le mouvement de l’histoire est le produit des contradictions de classe qui mènent au conflit permanent, «&nbsp;tantôt ouvert, tantôt caché&nbsp;» entre la minorité vivant du surtravail et les producteurs et productrices.</p>



<p>Et, <em>«&nbsp;à un certain niveau de leur développement, les forces productives </em>[découvertes technologiques, «&nbsp;amélioration&nbsp;» de l’organisation du travail&#8230;- DG]<em> entrent en conflit avec les rapports de production existants </em>[la division en classe correspondant &#8211; DG]<em>. (&#8230;) De formes de développement des forces productives, ces rapports en deviennent des entraves.&nbsp;»</em></p>



<p>Le capitalisme est un exemple extrême de ce développement. La pression à l’accumulation du capital, la division du travail ont permis un développement prodigieux de la production et des techniques. Mais ce sont aujourd’hui les mêmes impératifs du capital qui font que la surproduction côtoie la famine ou que des moyens considérables de contrôle, de surveillance et de répression sont développés pour empêcher des millions d’êtres humains d’utiliser les prodiges technologiques permettant de se déplacer sur toute la planète&#8230;</p>



<p>C’est alors, dit Marx, que la société entre dans des crises profondes, économiques, sociales et politiques, situations qui ne peuvent être résolues positivement que par la transformation révolutionnaire de la société c’est-à-dire le renversement de l’organisation sociale existante et de la classe sociale qui en bénéficie et la défend.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Lutte politique</strong></p>



<p>L’organisation sociale ne se réduit pas aux rapports de production. Marx explique comment se construit, sur cette base, tout un édifice social, politique, militaire, idéologique <em>«&nbsp;à quoi répondent des formes déterminées de la conscience&nbsp;»</em>. Édifice dont l’institution centrale est l’État et qui assure la reproduction du système.</p>



<p>Il s’ensuit que la lutte de classe n’est pas une lutte limitée aux rapports de production. Elle prend la forme de luttes idéologiques, politiques, de luttes contre l’État&#8230;</p>



<p>A celles et ceux qui &#8211; déjà&nbsp;! &#8211; réduisaient le marxisme à l’économisme, le compagnon de Marx, Engels&nbsp; expliquait&nbsp;: <em>«&nbsp;D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si quelqu’un dénature cette position en ce sens que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme ainsi en une phrase vide, abstraite, absurde.&nbsp;»</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="97877b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #97877b;" fetchpriority="high" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus.webp" alt="" class="wp-image-10142 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus.webp 900w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Je-reviendrai-et-je-serai-des-millions-Spartacus-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></figure>



<p class="has-medium-font-size"><strong>La folie du capitalisme</strong></p>



<p>Dans tous les systèmes qui ont précédé le capitalisme le travail était destiné à la consommation, fût-elle celle des exploiteurs. Marx explique ainsi que sous le féodalisme l’exploitation était limitée par <em>«&nbsp;les parois de l’estomac du seigneur&nbsp;»</em> (entretien de la cour, levée d’une armée&#8230;).</p>



<p>Mais une fois que les «&nbsp;besoins&nbsp;» étaient couverts, il n’y avait pas de pression pour produire davantage.</p>



<p>Sous le capitalisme, le profit n’est pas orienté essentiellement vers la consommation – soit-elle celle des capitalistes. Il est évident que Bernard Arnault ou Elon Musk ne vivent pas du tout comme nous. Il n’en reste pas moins que l’essentiel des profits de leurs entreprises est dirigé vers l’investissement ou les marchés financiers dans le but de créer plus de profit. Marx nomme ce processus l’accumulation du capital.</p>



<p>Augmenter constamment les profits pour pouvoir les réinvestir dans de nouveaux moyens de production, de nouvelles technologies et machines est indispensable pour augmenter la productivité et assurer la compétitivité vis-à-vis des capitalistes concurrents.</p>



<p>D’où le cycle infernal de la pression à l’accumulation, à l’augmentation permanente du taux d’exploitation.</p>



<p><em>«&nbsp;Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d&rsquo;ordre de l&rsquo;économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise&nbsp;».</em></p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Bases pour un autre système</strong></p>



<p>L’accumulation sans limites explique le dynamisme du capitalisme. C’est le premier système dans l’histoire de l’humanité à avoir tellement développé les richesses, ou la capacité à les produire, qu’il n’existe aucune raison à la misère, à la faim, à la pauvreté. Pendant des milliers d’années des êtres humains sont morts parce qu’il n’y avait pas assez de nourriture. Sous le capitalisme des gens meurent de faim parce qu’il y a trop de nourriture.</p>



<p>Il existe aujourd’hui les bases matérielles pour une organisation sociale qui ne soit plus déterminée par la lutte pour la survie, pour passer «&nbsp;du règne de la nécessité à celui de la liberté&nbsp;», ce qu’on peut appeler le communisme.</p>



<p>Le capitalisme a développé une autre base pour une société sans classe. La classe ouvrière est en effet la première classe exploitée de l’histoire de l’humanité à avoir été totalement dépossédée des moyens de production. Les prolétaires sont celles et ceux qui ne possèdent que leur force de travail.</p>



<p>C’est ce qui fait, pour Marx, de la classe ouvrière la classe potentiellement universelle. Car la prise de pouvoir des travailleurs et travailleuses signifie l’organisation de la production – et donc de toute la société &#8211; sur une base collective et la disparition des classes sociales.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Système en crise</strong></p>



<p>Les mêmes raisons qui expliquent le dynamisme du capitalisme le poussent vers des crises non seulement régulières mais aussi de plus en plus profondes.</p>



<p>La production capitaliste combine la planification de la production avec l’anarchie du marché. Il faut une division du travail très poussée et une planification très précise pour la production et l’assemblage d’un ordinateur, d’une voiture ou d’un téléphone. Par contre la concurrence règne entre différents groupes et il n’y a pas de planification entre différentes branches, entre la production et le marché du travail, l’approvisionnement en matière première ou l’apport de capitaux. Ce qui fait que la chaîne globale du capitalisme entre dans des crises régulières.&nbsp;</p>



<p>Mais s’ajoute à cela le fait que ces crises sont de plus en plus profondes. L’accumulation du capital, poussée par la concurrence entre capitaux, amène les capitalistes à investir de plus en plus dans de nouvelles technologies et de nouvelles machines pour augmenter la productivité. Cette augmentation de la part relative des machines dans le capital, au détriment de la force du travail, provoque ce que Marx appelle la baisse tendancielle du taux de profit. Cette baisse des taux de profits est à la base des crises de plus en plus profondes qui ébranlent tout le système politique.</p>



<p>Cette double dynamique du capitalisme a amené Engels et la révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg à parler de l’alternative, socialisme ou barbarie. La barbarie porte aujourd’hui les noms de génocide, guerre, fascisme et catastrophe environnementale.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>L’émancipation</strong></p>



<p>Le mot d’ordre sans doute le plus connu de Marx est <em>«&nbsp;l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes&nbsp;»</em> qu’il nous faut impérativement féminiser.</p>



<p>Condensé de toute l’analyse de Marx c’est aussi une boussole pour déterminer ou juger toute stratégie révolutionnaire.</p>



<p>D’abord il n’y a pas de fatalisme chez Marx. Son analyse de l’histoire et du capitalisme ne détermine aucun but&nbsp;: socialisme ou barbarie. Les êtres humains ne choisissent pas les conditions dans lesquelles ils et elles font l’histoire. C’est bien pour cela qu’il faut s’efforcer de connaître et comprendre au mieux ces conditions. Mais ce sont eux et elles qui font l’histoire&nbsp;: l’issue de la lutte de classe ne peut être déterminée que par les classes elles-mêmes, leur niveau de conscience, d’organisation, de détermination.&nbsp;</p>



<p>Ensuite la classe ouvrière ne peut obtenir son émancipation de l’extérieur&nbsp;: l’émancipation des travailleurs et des travailleuses ne sera pas l’œuvre d’une minorité, d’un parti, d’un bon gouvernement ou d’un État, elle sera l’œuvre de dizaines de millions, de centaines de millions de travailleurs et de travailleuses. Marx a écrit que la révolution n’était pas seulement nécessaire pour changer les structures sociales et politiques. <em>«&nbsp;</em><em>Elle l’est également parce que seule une révolution permettra à la classe qui renverse l’autre de balayer toute la pourriture du vieux système qui lui colle après et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles.&nbsp;»</em></p>



<p>Denis Godard (Paris 20)</p>



<p><strong>Recommandations de lecture sur le sujet</strong></p>



<p>Pour commencer avec Marx&nbsp;(sur marxists.org) :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le Manifeste du parti communiste (<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm</a>)</li>



<li>Travail salarié et Capital (<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230-4.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230-4.htm</a>)</li>



<li>Salaires, prix et profits (<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm</a>)</li>
</ul>



<p>Une bonne introduction des idées de Marx&nbsp;:<br>Alex Callinicos, <em>Les idées révolutionnaires de Karl Marx</em>, éditions Syllepse.</p>



<p>Un livre magistral sur l’histoire&nbsp;:<br>Chris Harman, <em>Une histoire populaire de l’humanité</em>, éditions La Découverte.</p>



<p><strong>Recommandation audio sur le sujet :</strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Spotify Embed: Le matérialisme - comment Marx est devenu marxiste" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/5xF7e1iEU9A4suxukgVNMG?utm_source=oembed"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>Doit-on abolir la famille ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 12:51:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[violences sexistes et sexuelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9453</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/" title="Doit-on abolir la famille ? ">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des enfants). Dans le même temps, dans certains milieux de la gauche révolutionnaire, on peut parfois entendre que la famille se situe hors de la sphère de la production capitaliste, et ce n’est donc pas sur ce terrain que se joue la lutte contre l’exploitation et pour la révolution.</em></p>



<p><em>C’est pour nourrir ces débats que l’idée de cet article est apparue. Doit-on abolir la famille, en tant que révolutionnaires ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ?</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La « famille », une construction sociale et historique</strong></h2>



<p>Quand on réfléchit à la famille, plein d’idées peuvent nous traverser. Pour certain·es, la famille représente un endroit où se reposer des contraintes de la sphère du travail, un espace de solidarité, nécessaire face à la violence du monde extérieur. Pour d’autres, la famille est un lieu où le poids de la norme écrase, voire le lieu de grandes violences. Parfois, la famille peut représenter les deux en même temps.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, une forme d’organisation sociale naturelle ?&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Dans les idées qui sont dominantes dans la société, la famille serait une réalité biologique, qui a toujours existé dans l’histoire : un homme et une femme formant un couple, et des enfants. Cette idée est d’ailleurs à la base de la rhétorique utilisée par les mouvements anti-LGBT, comme la Manif pour tous. Un autre exemple de définition majoritaire est celle utilisée par le droit : forment une famille celleux qui sont lié·es par des liens d’alliance ou de filiation.</p>



<p>Mais la famille telle qu’on la connaît aujourd’hui n’a pas toujours existé. Par exemple, au Paléolithique supérieur, les enfants naissaient et pouvaient par la suite être élevé·es par différents membres du groupe, et pas uniquement par ses géniteur·ices. La société n’était pas organisée autour d’unités construites à partir d’un couple et de ses enfants<sup data-fn="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811" class="fn"><a id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">1</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>L’évolution de la famille est liée à l’évolution des modes de production</em></strong></h3>



<p>Selon les analyses du matérialisme historique, l’évolution et l’organisation des sociétés peut être expliquée par l’évolution de la manière dont on produit et on échange les biens, et non pas par une évolution progressive des idées qui n’auraient pas de base matérielle, ou par une question de “nature humaine”. Si on applique cette grille de lecture à la famille, cela veut dire que l’on peut l’analyser comme :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une forme d’organisation de la société qui n’est pas naturelle</li>



<li>Et qui résulte du système de production et d’échange de biens actuels, c’est-à-dire du capitalisme.</li>
</ul>



<p>Pour expliquer cette idée, dans plusieurs ouvrages<sup data-fn="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56" class="fn"><a id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">2</a></sup>, Marx et Engels analysent les liens entre le développement du capitalisme urbain au XIXe siècle et l’évolution des formes de famille. Ils sont les premiers à construire une analyse cohérente et intégrée du rôle de la famille sous le capitalisme.</p>



<p>En Europe, avant l’industrialisation, les familles paysannes pouvaient produire chez elles, la production n’était pas séparée du lieu de vie. L’industrialisation produit un déplacement massif des gens dans les villes, et différencie le lieu de la production du foyer (on produit dans des usines et non plus chez soi). Ce changement brutal dans l’organisation de la production destructure les familles paysannes, et crée une crise de la reproduction de la force de travail<sup data-fn="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91" class="fn"><a id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">3</a></sup>.</p>



<p>Cette crise est corrélée à <strong>l&rsquo;avènement et à la consolidation de la famille bourgeoise</strong>, qui impose ses normes en termes de ce qu’est une “bonne famille ». Quelles sont ses caractéristiques ? Elle est hétérosexuelle, de taille réduite, privée, fondée sur le mariage et la monogamie.&nbsp;</p>



<p>Et ce que disent Marx et Engels, c’est que les caractéristiques de la famille bourgeoise peuvent s’expliquer par les besoins de cette classe.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"> <strong>Rôle et nature de la famille sous le capitalisme</strong></h2>



<p>Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Que la famille dans le système capitaliste est une façon d’organiser la société qui répond aux besoins de la classe dominante, car elle permet la reproduction de la société en classes. Elle fournit “<em>le mécanisme le moins cher et le plus idéologiquement acceptable de reproduction de la force de travail humaine”,</em> et elle <em>“reproduit en son sein les rapports hiérarchiques et autoritaires nécessaires au maintien de la société de classe dans son ensemble”</em><sup data-fn="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6" class="fn"><a id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">4</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, lieu de reproduction de la société de classes&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Elle permet d’abord, pour les capitalistes, la transmission du patrimoine d’une génération à une autre. Cette transmission est rendue possible par les liens d’alliance et de filiation. Le mariage permettait aux bourgeois de s’assurer que leur capital revenait à leurs enfants légitimes (les enfants nés hors mariage ne percevaient pas l’héritage). D’où la condamnation morale et juridique violente de l’infidélité des femmes bourgeoises.&nbsp;</p>



<p>Elle permet également, et c’est central, la reproduction de la force de travail, élément qui est la clé de voûte du système capitaliste. En effet, c’est la force de travail qui permet aux capitalistes de faire des profits. Dans ses travaux, Marx parle de la centralité de cette force de travail, mais n’explique pas vraiment comment cette force est reproduite. Des féministes marxistes comme Lise Vogel, Martha Gimenez, Johanna Brenner et, plus récemment, Susan Ferguson et David McNally, ont donc proposé une analyse qui complète les travaux de Marx : <strong>la théorie de la reproduction sociale</strong>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Reproduire la force de travail : un travail indispensable pour le capitalisme</em></strong></h3>



<p>Cette théorie explique quels sont les mécanismes qui permettent la reproduction de la force de travail. Et, spoiler, la famille est au cœur de cette reproduction, car elle prend en charge différents types d’activités qui permettent cette reproduction :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les activités qui régénèrent le·a travailleur·euse en dehors du processus de production, et lui permettent de retourner travailler. Celles-ci incluent : la nourriture, un lit pour dormir, des soins psychiques et émotionnels, des loisirs, le ménage du lieu de vie, l’entretien des routes ou transports en commun qui permettent de se rendre au travail, etc.</li>



<li>Les activités qui maintiennent et régénèrent les non-travailleur·euses en dehors du processus de production : par exemple les enfants, qui sont des futurs travailleur·euses, ou encore des adultes qui ne sont pas impliqué·es dans la production capitaliste (les personnes handicapées, les personnes au chômage, les personnes âgées).</li>



<li>Les activités qui créent de nouvelles personnes exploitables, c’est-à-dire la naissance des enfants<sup data-fn="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb" class="fn"><a id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">5</a></sup>.</li>
</ul>



<p>Dans la plus grande partie des cas, ce sont les femmes qui exercent ce travail invisible au sein des familles des classes exploitées. En revanche, les familles bourgeoises peuvent se permettre de déléguer ce travail à d’autres personnes et notamment aux personnes les plus dominées de notre société.&nbsp;</p>



<p>Mais ce travail n’est pas reconnu comme étant un travail, et il n’est peu voire pas rémunéré.&nbsp; C’est donc dans l’intérêt des capitalistes de se battre contre la revalorisation des métiers du soin et de l’éducation, contre les institutions et services qui prennent en charge les tâches reproductives en dehors de la famille, car elles pourraient autrement être réalisées gratuitement au sein du foyer. Le fait que ces tâches soient réalisées gratuitement permet d’augmenter leurs profits.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille est une base matérielle de l’oppression des femmes</em></strong></h3>



<p>Dans tous les cas, <strong>la capacité des femmes à avoir des enfants est centrale dans la reproduction de la société de classe</strong>. Ce qui explique pourquoi les capitalistes ont intérêt à défendre les mouvements qui luttent contre les droits et l’autonomie reproductive. Comme l’écrit Lise Vogel en 1983, « chez les classes dominantes, l’oppression des femmes puise sa source dans leur rôle de maintenance et de transmission de propriété par l’héritage ; dans les classes subordonnées, l’oppression des femmes dérive de leur implication dans le processus de renouvellement des producteurs et productrices directs, en plus de leur implication dans la production elle-même (en tant que travailleuses) »<sup data-fn="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a" class="fn"><a id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">6</a></sup>. Cette analyse permet de comprendre que l’oppression des femmes a une base matérielle, et que le capitalisme s’appuie sur le patriarcat pour exister.  </p>



<p>De plus, la famille sous le capitalisme permet et favorise les violences de genre. Elle est un des terrains principaux de contrainte sexiste à la soumission. On le sait, la famille est le lieu où s’exerce une majorité des violences faites aux femmes et aux enfants. La majorité des personnes victimes de féminicides ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, et la probabilité qu’elle soit tuée par son conjoint augmente lorsqu’une femme cherche à fuir la relation et le domicile. La famille est également le lieu des violences sur les enfants. En France, une personne sur 10 a été victime d’inceste.</p>



<p>Ces violences sont rendues possibles par le caractère privé de la famille sous le capitalisme, et par le fait que la famille capitaliste est en elle-même une forme de propriété, qui maintient son existence et trouve sa cohérence <em>grâce </em>à la propriété. La famille est le reflet d’une société dans laquelle certaines personnes sont considérées comme des objets exploitables, et d’autres considérées comme des sujets dignes d’être considérés comme des humains. Les caractéristiques de la famille capitaliste rendent possibles et acceptables les violences de genre, et même, elles en font le terrain privilégié de ces violences.&nbsp;</p>



<p>La famille est donc un lieu central pour le capitalisme, parce qu’elle permet la reproduction de la société de classe, et par son rôle indispensable dans la production. Sa forme sous le capitalisme en fait le lieu privilégié des violences de genre, et rend ces violences invisibles et normales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Abolir la famille ? </strong></h2>



<p>On l’a dit au début de l’article, les débats et discussions autour de la famille sont nombreux et font qu’on peut parfois être un peu confus·e sur ce pour quoi on lutte, et sur les stratégies à adopter. Voici quelques tentatives d’élaboration sur ces questions.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter contre la “norme” de la famille ne peut pas être une fin en soi</em></strong></h3>



<p>Quelles sont les revendications autour de la famille qui sont mises en avant au sein de nos cadres de lutte<sup data-fn="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9" class="fn"><a id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">7</a></sup> ? Pêle-mêle : On veut que toutes les familles aient les mêmes droits, que les personnes qui le souhaitent aient le droit de faire des enfants si elles veulent, que certains types de familles ne  soient plus stigmatisées, que les violences au sein des familles stoppent, qu’on ait le contrôle sur nos corps, qu’on soit libre d’organiser nos relations, nos sexualités et nos vies comme on le souhaite, etc. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter pour la défamilialisation du soin…</em></strong></h3>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="414141" data-has-transparency="false" decoding="async" width="759" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp" alt="" class="wp-image-9456 not-transparent" style="--dominant-color: #414141; width:233px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp 759w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-222x300.webp 222w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-768x1036.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai.webp 800w" sizes="(max-width: 759px) 100vw, 759px" /><figcaption class="wp-element-caption">Alexandra Kollontai</figcaption></figure>
</div>


<p>Au XIX, certain·es révolutionnaires discutaient déjà de cela : par exemple, Alexandra Kollontai, activiste et militante lors de la révolution de Russe de 1917, défendait que la lutte pour l’égalité des femmes sur le plan économique et social, et la lutte pour la réinvention des formes d’amour et de sexualité, étaient indissociables, et que comprendre leur imbrication permettait de dessiner un horizon révolutionnaire<sup data-fn="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508" class="fn"><a id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">8</a></sup>.</p>



<p>Comme notre société est construite autour de la famille (juridiquement, entre autres), les mouvements et revendications pour l’égalité des droits sont importants. Mais lutter pour l’égalité des droits avec comme seule perspective de mettre fin à l’inégalité juridique et à légitimer “d’autres types” de famille ne suffit pas si on veut vraiment attaquer la cause de l’inégalité. Qu’est-ce qui fait que le mariage n’était autorisé qu’entre un homme et une femme, avant le changement de loi obtenu grâce au mouvement de lutte ? Les causes idéologiques de cette inégalité sont liées aux causes matérielles. Car si la norme de la famille hétérosexuelle est si forte, c’est parce qu’elle aussi parce qu’elle sert les intérêts des classes dominantes (même si ce n’est pas aussi “mécanique” que ça). Si on veut abattre cette norme, il faut saisir pourquoi elle existe.&nbsp;</p>



<p>La lutte contre l’exploitation qui a lieu dans la famille peut être prise sous l’angle de la lutte de la défamilialisation du soin, c’est à dire les luttes qui visent à sortir de la famille toutes les tâches qu’on lui attribue : éduquer les enfants, soigner les personnes, accompagner les personnes âgées, handicapées, etc. En ce sens, participer aux luttes qui défendent les services publics, les métiers de l’éducation, qui visent la reconnaissance des différents métiers du soin, c’est important. En effet :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Cela permet de lutter contre l’appropriation du travail gratuit des personnes qui effectuent le travail de reproduction, et de lutter contre l’aliénation qui en découle.</li>



<li>Cela permet également de faire en sorte que les soins que l’on reçoit ne dépendent pas (trop) de la famille dans laquelle on naît. </li>
</ul>



<p>Cependant, comme toutes ces institutions existent sous le capitalisme, elles sont régies par les logiques de ce système : l’école sert à créer des futur·es travailleur·euses dociles, l&rsquo;hôpital public est de plus en plus organisé autour de logiques de rentabilité, la protection qu’offre la Sécu dépend de ta capacité à travailler, etc. Or, on veut organiser nos écoles, hôpitaux, et autres, en fonction des besoins des gens et non pas en fonction des intérêts des capitalistes !</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>… et la fin du capitalisme !&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Tout cela nous amène à penser qu’on ne peut pas lutter contre la norme oppressive de la famille sans lutter contre l’exploitation, et qu’on ne peut obtenir la défamilisation du soin et un monde de soin pour toustes sans lutter contre le système qui régit l’organisation de nos sociétés, c’est-à-dire le capitalisme. On ne peut pas non plus lutter contre l’exploitation si on occulte tout un pan de ce qui permet la création de profit (c’est-à-dire le travail reproductif). Si on veut faire sérieusement la révolution, il nous faut être au clair sur les rouages et mécanismes de l’exploitation. Ignorer cela a déjà eu des conséquences néfastes pour le mouvement. Cela a été le cas par exemple lors des révoltes qui ont embrasé l’Etat d’Oaxaca au Mexique, en 2006. Les femmes ont été une composante important e de cette lutte, elles ont pris part au mouvement en protestant contre leurs maris violents, contre l’Etat, et en collectivisant les tâches de soin, notamment en mettant en place des cantines collectives pour nourrir les personnes en lutte. Les femmes ont connu un backlash de la part de leurs maris, ce qui a participé selon l’autrice Michelle Esther O&rsquo;Brien à l’échec de cette révolte. Pour elle, la famille fut un outil au service de la contre-insurrection.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Pour défaire la famille, il nous faut développer d’autres liens que ceux imposés par les classes dominantes : créons et développons des liens de camaraderie entre nous, des liens de solidarité de classe ! Ces liens nous rendent plus fort·es et sont indispensables pour nous faire gagner la lutte contre les systèmes qui nous exploitent et nous oppressent. C’est l’horizon pour une société de soin pour toustes, une société où la manière dont on organise notre vie et nos liens affectifs ne serait pas contrainte par les besoins du capitalisme, et pourrait alors devenir un simple “choix personnel”.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marie (Rennes)</h5>



<p></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">Cet exemple est tiré de l’article de Marie Périn (2023),  Aux origines de l&rsquo;oppression des femmes, <em>Les Cahiers d’A2C #7</em> <a href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">Cette partie s’appuie sur la partie 2 du livre de M.E O’Brien (2023) <em>Abolir la famille, capitalisme et communisation du soin, </em>éditions La Tempête, Bordeaux.<em> </em>Dans cette partie, elle cite : <em>Le manifeste du parti communiste</em> (Marx et Engels, 1848), <em>La situation de la classe laborieuse en Angleterre</em> (Engels, 1845), <em>L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat</em> (Engels, 1849) <a href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">Concrètement, il y avait à cette période beaucoup de mortalité infantile, les conditions de travail et de vie étaient horribles, au point que cela empêchait la reproduction des classes ouvrières. C’est d’ailleurs en partie pour lutter contre cette crise de la reproduction que les premières travailleuses sociales ont commencé à intervenir au domicile des prolétaires. <a href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">Citation tirée de la résolution de 1979 sur la libération des femmes du 11e congrès de la IV<sup>e</sup> internationale <a href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">Ce paragraphe a été construit à partir de l’article de l’historienne et militante marxiste Tithi Bhattachary (2013), What is social reproduction theory ?, <em>Socialist Worker. </em>Il est consultable en français sur le site d’A2C. <a href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">Lise Vogel (1983), <em>Marxism and the Oppression of Women</em>, éditions Rutgers University Press, New Brunswick, p.129 <a href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">Je parle ici d’un point de vue des luttes féministes et LGBT+ <a href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">Olga Bronnikova, Matthieu Renault (2024), <em>Kollontai. défaire la famille, refaire l’amour</em>, éditions La Fabrique, Paris, p.20. <a href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/">Doit-on abolir la famille ? </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Week-end régional de formation et discussions &#8211; 15 et 16 mars à Paris</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/week-end-regional-mars-2025-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Mar 2025 13:55:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discussions débats formations]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte des classes]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9339</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">A2C Île-de-France vous invite à son 3e week-end régional de discussions et débats, les 15 et 16 mars au Maltais Rouge, 40 rue de Malte à Paris. La salle est accessible aux personnes à mobilité <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/discussions-formations-a2c/week-end-regional-mars-2025-paris/" title="Week-end régional de formation et discussions &#8211; 15 et 16 mars à Paris">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>A2C Île-de-France vous invite à son 3e week-end régional de discussions et débats, les 15 et 16 mars au Maltais Rouge, 40 rue de Malte à Paris. La salle est accessible aux personnes à mobilité réduite.<br>Ce weekend a vocation à être un moment de partage, d’écoute et de réflexion collective. Il est ouvert à tous.tes, quel que soit le degré d’implication dans le mouvement et le milieu politique dans lequel on évolue. Plus on est nombreux.ses, plus les discussions seront riches, alors n’hésite pas à inviter des gens autour de toi ! Il est possible de participer à une discussion ou à tout le weekend. Si tu n’es pas très à l’aise pour t’exprimer en public : pas de pression, chaque personne fait comme elle le souhaite et nous serons ravi.es que tu viennes !</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au programme : </h2>



<p><em>Samedi :</em> </p>



<p>9h30 Accueil – Café, thé<br>10h-12h30 Classe et lutte des classes : Pourquoi la classe travailleuse est-elle centrale dans la lutte contre le système capitaliste ?<br>12h30-14h Pause déjeuner<br>14h-16h30 Internationalisme : La classe ouvrière du nord profite-t-elle de l’exploitation de celle du sud ?<br>16h30-17h Pause<br>17h-19h30 Fascisme en tension : Les fascistes ont-ils besoin d’un mouvement de masse pour prendre le pouvoir ?</p>



<p><em>Dimanche :</em></p>



<p>9h30 Accueil – Café, thé<br>10h-12h30 Trump et l’impéralisme US : entre continuité et rupture<br>12h30-14h Pause déjeuner<br>14h-16h30 Autonomie de classe : Pourquoi, comment nous organiser en tant que révolutionnaires ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Infos pratiques :</h2>



<p><em>Hébergement :</em><br>Pour les personnes qui habitent loin, un hébergement est possible chez l&rsquo;un.e de nos camarades (possibilité en mixité choisie).</p>



<p><em>Frais de transport :</em><br>L’argent ne doit pas être un frein pour accéder à ces moments : les frais de transport peuvent être pris en charge collectivement.<br>D’autres week-ends de ce type sont par ailleurs prévus à Marseille et Rennes.</p>



<p><em>Pour les enfants :</em><br>De même pour les enfants. Une garderie est organisée sur un autre lieu pendant la journée.</p>



<p><em>Pour les repas :</em><br>N’hésite pas à venir à partir de 9h30 les deux jours, pour un petit déjeuner sur place. Le samedi et le dimanche midi, un repas collectif végétarien sera proposé.</p>



<p><em>Participation à prix libre :</em><br>Chaque personne participant au weekend participe financièrement aux frais du weekend (repas, garderie) à la hauteur de ses moyens.</p>



<p><em>Inscriptions :</em><br>Afin de nous permettre d’évaluer au mieux les besoins en termes de nombre de repas, régimes alimentaires, hébergements, garde d’enfants, inscris-toi ici : <a href="https://framaforms.org/inscription-au-week-end-regional-da2c-du-15-et-16-mars-2025-1741455628">sur ce lien Framapad</a>. Tu peux aussi nous contacter par mail : a2c[at]riseup.net, ou sur instagram : @a2c.autonomiedeclasse.</p>



<p></p>
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		<title>Luttes de classes : les bases de l’antagonisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 14:31:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[lutte de classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9117</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes1, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…). <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/" title="Luttes de classes : les bases de l’antagonisme">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes<sup data-fn="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7" class="fn"><a id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7">1</a></sup>, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…).</p>



<p>De manière surprenante, il n’aborde que superficiellement ce qui en est la source&nbsp;: le rapport d’exploitation. Or c’est ce rapport, indépendant de la volonté et des idées de ses protagonistes qui est à la base de la division entre classes et de l’antagonisme irréductible entre elles. Il explique tant la lutte des classes que la nécessité révolutionnaire.</p>



<p>Dans sa définition la plus générale, l’exploitation est le phénomène par lequel une minorité s’accapare une partie (plus ou moins grande) de ce qui est produit par la majorité.</p>



<p>Sous le capitalisme, la définition est beaucoup plus précise et les formes qu’elle prend sont spécifiques.</p>



<p>Les travailleur·euses sont payé·es pour mettre toute leur capacité de travail (ce que Marx appelait la force de travail) à la disposition des patrons chaque jour. La valeur de cette force de travail est déterminée par ce qu’il faut pour la produire et la reproduire.</p>



<p>Elle est considérablement inférieure à la valeur du travail produit. La différence, accaparée par les capitalistes, est ce que Marx appelait la «&nbsp;plus-value&nbsp;», qui est la source du profit.</p>



<p>Les patrons sont sous pression constante pour augmenter cette plus-value. Soit de manière absolue (par exemple en allongeant la journée de travail) ou de manière relative (en augmentant la productivité du travail). D’où l’antagonisme permanent entre patrons et travailleur·euses (salaires, conditions de travail). Ce qui ne peut se résoudre que par la fin du rapport lui-même.</p>



<p>Le capitalisme est un système global qui relie (notamment au travers du marché) les capitaux et les travailleur·euses entre elles et eux. Ce rapport ne se joue donc pas uniquement à l’échelle de chaque lieu de travail ou de chaque entreprise, mais à l’échelle de toute la société et s’exprime au travers des politiques des Etats, des institutions internationales, etc.</p>



<p>Il est aussi un système global parce qu’il résulte d’un processus historique en s’articulant à de multiples autres rapports de domination (racisme, sexisme…).</p>



<p>La compréhension précise de ce mécanisme n’est pas un enjeu de connaissance savante.&nbsp;</p>



<p>Il en découle notamment&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>que cet antagonisme est ce qui ne cesse de produire des conflits indépendamment de la volonté, des idées de ses protagonistes. La lutte de classes n’est pas d’abord le produit de la conscience de classe des travailleur·euses. Pas plus qu’elle n’est d’abord celui du cynisme et de la cupidité des capitalistes. C’est la conscience de classe qui est le produit de la lutte tout comme la cupidité et le cynisme des capitalistes est le produit de leurs intérêts de classe.</li>



<li>que cet antagonisme joue sur l’ensemble des rapports sociaux et qu’il est autant illusoire de croire que la lutte contre le racisme ou le sexisme peuvent être menées indépendamment de lui que de penser qu’une conscience de classe puisse se développer hors de ces luttes.</li>



<li>que cet antagonisme ne peut se résoudre en dehors du renversement de toute la structure dont il est la base. La révolution n’est pas un choix&nbsp;: c’est une nécessité.</li>
</ol>



<p>Cela signifie que cette analyse a des conséquences sur tous les débats stratégiques qui émergent dans tout mouvement, du plus localisé au plus global, que ce se soit au cours d’une grève (s’agit-il de négocier une «&nbsp;plus juste&nbsp;» répartition des richesses&nbsp;?), du rapport à l’État (est-il neutre&nbsp;?), de la lutte contre le racisme (les travailleur·euses blanc·hes sont-ils/elles privilégié·es&nbsp;?).</p>



<p>En n’allant pas à la base de la question de la lutte des classes, sans doute par souci de rendre accessible la théorie, Ross ne nous arme pas. Construire l’autonomie de classe c’est aussi se forger collectivement des armes théoriques en acier, aussi antagonistes avec les idées dominantes que nos intérêts le sont du capitalisme.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris&nbsp;20e</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21ème siècle</a>, article paru dans la revue #14 <a href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Crise du capitalisme : Une mauvaise répartition des richesses ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/crise-du-capitalisme-une-mauvaise-repartition-des-richesses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Oliver (Rennes)]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Jan 2025 21:01:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9066</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À Autonomie de Classe, nous avons régulièrement mobilisé le concept de trajectoire du capital. Ce concept permet de rendre compte, d’une part, que le capitalisme est un processus dynamique en permanente évolution et, d’autre part, qu’il y a une direction qui caractérise cette trajectoire. </div>
<p> <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/crise-du-capitalisme-une-mauvaise-repartition-des-richesses/" title="Crise du capitalisme : Une mauvaise répartition des richesses ?">[...]</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p></p>



<p class="has-drop-cap">A Autonomie de Classe, nous avons régulièrement mobilisé le concept de trajectoire du capital. Ce concept permet de rendre compte, d’une part, que le capitalisme est un processus dynamique en permanente évolution et, d’autre part, qu’il y a une direction qui caractérise cette trajectoire. Elle n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence du fonctionnement interne du système de production capitaliste. La compréhension de ce fonctionnement permet donc d’anticiper les transformations à venir et de développer une stratégie d’intervention en conséquence. Depuis plusieurs années, nous argumentons sur le fait que la phase néolibérale du capitalisme est derrière nous et qu’une phase impérialiste se développe à grande vitesse. Cette transformation explique, par exemple,&nbsp;pourquoi les différents partis de la bourgeoisie en Europe ou aux USA, historiquement favorables aux accords de libre-échange, adoptent désormais des mesures protectionnistes et se retrouvent donc sur la même ligne que F. Ruffin, un opposant de longue date. Ce revirement n’est pas dû à un réajustement du capital au profit du travail – au contraire – mais à un besoin des blocs de capitaux d’être davantage soutenus par leurs Etats respectifs. Ce soutien prend et prendra de plus en plus la forme d’une militarisation accrue des conflits économiques, d’une mise au pas des travailleur∙euse∙s et du renforcement du nationalisme permettant de justifier et de faire accepter ces mesures.</p>



<p>Ainsi, comprendre cette trajectoire permet de déterminer si certaines revendications vont dans le sens de l’intérêt de notre classe ou – au contraire – dans celle du capital. Or, pour comprendre la trajectoire du capital, il est nécessaire de faire de l’analyse économique. C’est dans cette perspective que nous avons décidé d’analyser la proposition selon laquelle la crise actuelle du capitalisme est en partie due à une mauvaise répartition des richesses et d’analyser son corollaire&nbsp;: une meilleure répartition des richesses permettrait de limiter la crise. Le programme économique du NFP est notamment construit autour de cette logique. Nous allons donc nous intéresser à ce programme et voir si les promesses qu’il formule sont réalistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">Le programme économique du NFP</h2>



<p>Le programme économique du NFP s’articule autour de deux axes principaux. Le premier axe concentre des mesures défensives de soutien du niveau de vie des travailleur•euse•s en supprimant des mesures iniques du gouvernement Macron et en introduisant des dispositifs de soutien économique dirigés vers les classes populaires. Le second axe est un ensemble de mesures d’investissement et de financement des investissements poursuivant un double objectif : relancer la croissance et accélérer la transition énergétique.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">Soutien au niveau de vie</h2>



<p>Tout d’abord, le NFP propose d’abroger la réforme des retraites de 2023 ainsi que la dernière réforme de l’assurance chômage. On notera qu’il n’est pas question d’abroger les lois travail (la présence du PS dans le NFP n’y est sûrement pas pour rien).</p>



<p>Autre mesure d’urgence, le NFP propose de passer le SMIC à 1600€ net, soit une augmentation de 14%. Le maintien des exonérations de cotisations sur les salaires allant jusqu’à 2.5 fois le SMIC n’est pas tranchée dans le programme. Pourtant, cela revêt un enjeu majeur car son maintien ferait porter une grande partie de cette hausse sur les finances publiques. A contrario, la suppression de ce dispositif représenterait une hausse de presque 60% du montant du SMIC chargé<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_19_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_1" class="footnote_tooltip">Salaire brut + cotisations patronales + coûts indirecte assumés par l’entreprise</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_19_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> pour les employeurs.</p>



<p>Le blocage / contrôle des prix fait aussi partie de l’arsenal économique proposé par le NFP. Le principe serait de bloquer les prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et les carburants pour permettre de maîtriser l’inflation dont la principale cause était l’augmentation des marges des entreprises <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_19_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_2" class="footnote_tooltip"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_19_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Par ailleurs, après ces mesures d’urgence, le NFP propose de rétablir l’indexation des salaires sur l’inflation.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">Planification écologique et égalité fiscale</h2>



<p>Une fois les mesures d’urgence en faveur des travailleur∙euse∙s prises, le NFP propose une ambitieuse série d’investissements notamment autour de la transition énergétique.</p>



<p>Tout d’abord, le NFP propose de renforcer les aides aux ménages pour l’isolation de leurs logements.&nbsp;</p>



<p>Ensuite, le NFP propose d’accélérer la rénovation des bâtiments publics.</p>



<p>Par ailleurs, il souhaite également renforcer les filières françaises et européennes de production d’énergies renouvelables. Cette politique serait également couplée d’une politique dite de «&nbsp;reconstruction industrielle pour mettre fin à la dépendance de la France et de l’Europe dans les domaines stratégiques&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>De ce point de vue, le programme d’investissement du NFP s’inscrit dans une logique proche du programme de Biden aux USA porté par l’Inflation Reduction Act, un plan de soutien à la décarbonation de 370 Mds$ sur 10 ans, en partie financé par une hausse de l’impôt sur les sociétés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles hypothèses pour le financement&nbsp;?</h2>



<p>Les mesures du NFP s’inscrivent dans une politique dite sociale-démocrate qui vise à privilégier la répartition des richesses au profit du travail plutôt que du capital, mais sans toucher aux fondamentaux de l’économie capitaliste&nbsp;: la propriété privée des moyens de production, la production pour l’accumulation et donc, la recherche de la fameuse croissance. Dans ce contexte précis, le financement des mesures est une question centrale car c’est lui qui détermine la faisabilité d’une politique. Aussi, intéressons-nous au financement de ces mesures. Tout d’abord, celui des mesures défensives repose essentiellement sur une taxation plus élevée des entreprises et des plus hauts revenus comme indiqué sur la <em>Figure 1</em>.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="484b49" data-has-transparency="false" decoding="async" width="697" height="791" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_1-2-png.webp" alt="" class="wp-image-9074 not-transparent" style="--dominant-color: #484b49; width:416px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_1-2-png.webp 697w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_1-2-264x300.webp 264w" sizes="(max-width: 697px) 100vw, 697px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 1 : Analyse des effets du programme de NFP sur les revenus</figcaption></figure>
</div>


<p>Ces mesures de redistribution, présentées à raison comme des mesures d’urgences, ne posent pas de problème de financement car elles ne reposent pas sur une hypothèse d’accélération de la croissance pour être financées. C’est-à-dire qu’elle ne repose pas sur une augmentation de la création de richesse.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="d6e0d3" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="756" height="692" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_2-png.webp" alt="" class="wp-image-9075 not-transparent" style="--dominant-color: #d6e0d3; width:494px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_2-png.webp 756w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_2-300x275.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 2 : Mesures du plan de bifurcation écologique du programme de LFI pour la présidentielle 2022</figcaption></figure>
</div>


<p> En revanche, le NFP propose aussi « de changer la vie des gens » au travers d’un ambitieux programme de transition énergétique. Le programme présenté lors des dernières législatives reste flou sur le sujet mais s’inspire du programme, bien plus détaillé, de la France Insoumise de 2022. C’est donc ce programme que nous allons examiner. La politique économique de la FI, destinée « à changer la vie », repose sur deux piliers. Le premier est celui de la planification écologique, le second celui de la relocalisation. Ces deux piliers sont pensés de façon très interdépendante. La <em>Figure 2</em> détaille les mesures de la planification écologique et leur coût estimé : 200 Mds d’euros. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le financement de cet ambitieux programme serait assuré par&nbsp;:</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li>La suppression des niches fiscales sur les énergies fossiles qui rapporterait 6.5 Mds d’euros par an.</li>



<li>La mise en place d’une taxe kilométrique aux frontières et de droits de douanes sur la qualité écologique des importations qui rapporterait 5 Mds d’euros par an.</li>



<li>Les économies de coûts permises par la réduction de la dégradation de l’environnement qui pourrait représenter jusqu’à 52 Mds d’euros par an.</li>



<li>L’effet d’entraînement de l’économie provoqué par les investissements massifs dans la bifurcation écologique et la politique de relocalisation d’entreprises de secteurs clefs. Cette dernière serait permise par des mesures protectionnistes pour permettre la réussite de cette relocalisation.</li>
</ul>



<p>Au vu des montants nécessaires pour financer la bifurcation écologique (estimés entre 50 et 80 Mds d’euros par an en fonction des études), il est évident que l’essentiel de son financement repose sur ce fameux effet d’entraînement de l’économie. Mais est-ce bien raisonnable&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Multiplicateur keynésien contre multiplicateur marxiste&nbsp;:&nbsp;</h2>



<p>La réussite du projet de la France Insoumise repose sur un modèle dit keynésien. Partant de la fameuse égalité -simplifiée- :</p>



<p>Investissement(K) + dépense publique – Epargne + Surplus Externe (K) = Profits – Conso (K)</p>



<p>Le modèle keynésien suppose une causalité de l’investissement vers les profits. Il est donc nécessaire de maintenir des investissements élevés pour garantir des profits importants. Mais, en cas de crise, les ménages augmentent leur épargne et le déficit vis-à-vis des autres pays augmente (= augmentation de l’épargne des capitalistes étrangers). Alors pour maintenir les taux de profits importants, il faut que l’Etat dépense. Ainsi, permettre à l’Etat de jouer un rôle majeur dans le fléchage des investissements permet alors de générer des profits pour les entreprises, profits qui permettent de mieux rémunérer les travailleurs, de remplir les caisses de l’Etat et de recommencer un cycle d’accumulation vertueux basé sur une croissance solide. Dans ce modèle, investissements actuels et profits futurs sont reliés par ce qu’on appelle un multiplicateur keynésien.</p>



<p>Partant de la même égalité, les modèles marxistes inversent le rapport de causalité, ce sont les profits qui déterminent le niveau des investissements.&nbsp;</p>



<p>Profits – Investissements (K) = dépense publique + Conso (K) + Surplus externe (K) &#8211; Epargne</p>



<p>Alors, si nous supposons que les profits sont fixes ou diminuent dans l’équation (parce que le taux d’exploitation de la force de travail ne peut pas être augmenté), alors l’investissement (K) ne peut pas être accru ou va diminuer, à moins que les éléments à droite de l’équation soient modifiés pour compenser, à savoir si l’épargne publique ou des ménages augmente et/ou si la consommation personnelle des capitalistes diminue et/ou si les dépenses publiques diminuent. Mais cela signifie aussi qu’une baisse de la dépense publique peut se traduire par une hausse de la consommation des capitalistes. C’est bien ce phénomène qu’on observe depuis 2008&nbsp;:&nbsp; l’effondrement des taux de profits associé à une politique austéritaire a fait exploser les dépenses de luxes de la bourgeoisie&nbsp;: elle a augmenté sa consommation. Finalement, ce que dit le multiplicateur marxiste, c’est que les variations de dépense publique n’ont pas d’influence voire une influence négative sur le taux de profit. C’est ce phénomène de non-causalité entre la dépense publique et les profits qui explique l’échec de la politique austéritaire menée en Europe après la crise de 2008. Les économistes du FMI pensaient qu’une baisse des dépenses publiques provoquerait une hausse des investissements capitalistes et un rétablissement des taux de profits. Or, les données montrent que la politique austéritaire n’a globalement pas eu d’effet &#8211; ni dans un sens ni dans l’autre &#8211; sur la croissance du PIB.&nbsp;</p>



<p>Dans «&nbsp;The profit-investment nexus: Keynes or Marx?»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_19_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_3" class="footnote_tooltip"><a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/</span></a>&nbsp;</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_19_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;, l’économiste Michael Roberts mesure la corrélation entre le solde primaire hors paiement des intérêts (mesure de&nbsp; l’austérité) des pays du G6, des économies européennes en difficulté (GIPS), et des deux (all) et la croissance du PIB. La <em>Figure 3</em> montre que ces deux variables sont assez peu corrélées, en effet la corrélation est positive pour les pays du G6 seuls et négative pour les autres.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="f8f8e9" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="756" height="321" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_3-png.webp" alt="" class="wp-image-9078 not-transparent" style="--dominant-color: #f8f8e9; width:533px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_3-png.webp 756w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_3-300x127.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 3 : Source données FMI et  » The profit-investment nexus: Keynes or Marx?&nbsp;» de M. Roberts, Historical Materialism, 2017 </figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="f8f8ec" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="756" height="403" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_4-2-png.webp" alt="" class="wp-image-9081 not-transparent" style="--dominant-color: #f8f8ec; width:528px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_4-2-png.webp 756w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/figure_4-2-300x160.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /><figcaption class="wp-element-caption">Figure 4 : <em>Source base de données AMECO et  » The profit-investment nexus: Keynes or Marx? » de M. Roberts, Historical Materialism, 2017</em></figcaption></figure>



<p>En revanche, sur la <em>Figure 4</em>, M. Roberts montre qu’il y a une corrélation bien plus convaincante entre les variations de rentabilité du capital (rendement net sur le stock d&rsquo;actifs fixes) et la croissance du PIB des pays du G6, des GIPS et de l’ensemble. Ce qui soutient davantage un lien de causalité des profits vers les investissements que des investissements vers les profits.</p>



<h2 class="wp-block-heading" style="font-style:normal;font-weight:600">La crise du profit</h2>



<p>Comme nous l’avons évoqué dans nos différentes analyses économiques, l’économie capitaliste mondiale présente des taux historiquement bas de profitabilité. Cette baisse de profitabilité n’est pas un élément conjoncturel, mais structurel du capitalisme. Dit autrement, cette baisse des taux de profits n’est pas due à une mauvaise gestion économique, ou bien à de mauvaises décisions d’investissement ni même encore à une mauvaise répartition des richesses. La baisse du taux de profit est une tendance inéluctable de l’accumulation capitaliste.&nbsp;</p>



<p>Si une meilleure répartition des richesses peut soulager les classes populaires momentanément, l’effondrement du taux de profit empêche toute relance d’un «&nbsp;cycle vertueux&nbsp;». De ce point de vue, le programme social-démocrate de la FI, s’il venait à être appliqué , ne produirait pas les résultats escomptés en termes de croissance et d’enrichissement collectif car il se heurterait au mur de l’absence d’effet d’entraînement des dépenses publiques.&nbsp;</p>



<p>Personne ne peut être contre une meilleure répartition des richesses, contre le fait de plus taxer le capital, etc. En revanche, il faut garder en tête que la trajectoire interne du capital est principalement déterminée par ses propres contradictions &#8211; parmi lesquelles la baisse tendancielle du taux de profit est une des plus fondamentales<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_9066_19('footnote_plugin_reference_9066_19_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_9066_19_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_4" class="footnote_tooltip"> Pour une présentation détaillée du mécanisme de baisse tendancielle du taux de profit, voire <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_9066_19_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_9066_19_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>– et non par les différentes politiques publiques qui peuvent être mises en place pour réguler le capitalisme.</p>



<p>Pour conclure, le fonctionnement du capitalisme est principalement dicté par le taux de profit globalisé. Aujourd’hui, ce taux est historiquement bas, et les possibilités de le redresser sont épuisées. Cela signifie qu’il n’y a plus de sortie de crise possible sans remettre en question le système capitaliste lui-même. En tant que militant∙e∙s révolutionnaires, cela veut dire que nous devons soutenir toutes les luttes favorables aux travailleur∙euse∙s, toutes les luttes qui permettent à notre classe d’avoir confiance en ses forces pour contester le système, mais que nous devons aussi, à l’intérieur de ces luttes, lutter contre les arguments qui ignorent les tendances internes du capital et insister pour ne jamais prendre en compte les besoins de rentabilité ou de profitabilité des entreprises avant ceux des travailleur∙euse∙s. Par exemple, lors d’une lutte contre la fermeture d’un site, cela veut dire se battre aux côtés des salarié•e•s pour le maintien de l’emploi et pour l’appropriation collective de l’outil de travail, mais contre des arguments qui lieraient le maintien des emplois à des problèmes de souveraineté nationale. Dans toutes les luttes économiques ou politiques que nous allons mener, une seule boussole&nbsp;: l’intérêt de notre classe&nbsp;!</p>



<p></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_9066_19();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_9066_19();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_9066_19">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_9066_19" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_19_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_19('footnote_plugin_tooltip_9066_19_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Salaire brut + cotisations patronales + coûts indirecte assumés par l’entreprise</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_19_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_19('footnote_plugin_tooltip_9066_19_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_19_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_19('footnote_plugin_tooltip_9066_19_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://thenextrecession.wordpress.com/2018/03/07/unam-1-the-profit-investment-nexus/</span></a>&nbsp;</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_9066_19_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_9066_19('footnote_plugin_tooltip_9066_19_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"> Pour une présentation détaillée du mécanisme de baisse tendancielle du taux de profit, voire <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/de-quoi-la-crise-est-elle-le-nom/</span></a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_9066_19() { jQuery('#footnote_references_container_9066_19').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_9066_19').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_9066_19() { jQuery('#footnote_references_container_9066_19').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_9066_19').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_9066_19() { if (jQuery('#footnote_references_container_9066_19').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_9066_19(); } else { footnote_collapse_reference_container_9066_19(); } } function footnote_moveToReference_9066_19(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_9066_19(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_9066_19(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_9066_19(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/crise-du-capitalisme-une-mauvaise-repartition-des-richesses/">Crise du capitalisme : Une mauvaise répartition des richesses ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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