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	<title>Archives des Soudan - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des Soudan - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Oct 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Etat]]></category>
		<category><![CDATA[Réformisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article n’a pas vocation à donner une description exhaustive des événements politiques qui ont secoué le pays ces quatre dernières années, depuis la mise en révolution du peuple soudanais en 2018. La révolution soudanaise <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/" title="Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Cet article n’a pas vocation à donner une description exhaustive des événements politiques qui ont secoué le pays ces quatre dernières années, depuis la mise en révolution du peuple soudanais en 2018. La révolution soudanaise est un exemple de révolution des plus aboutis de ces dernières années et nous permet d’analyser les dynamiques à l’œuvre dans un processus révolutionnaire. Nous tenterons de faire surgir de ces expériences révolutionnaires des constats, des leçons afin non pas de créer un dogme sur ce que doit être une révolution mais de comprendre comment elle pourrait advenir, se manifester et à quels dangers et enjeux nous devrons nous confronter.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #04 &#8211; SEPTEMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">L’histoire coloniale du Soudan a polarisé durablement le pays entre deux réalités bien distinctes : les villes et les périphéries. Sous l’emprise coloniale de l’Angleterre, les ressources, notamment le coton et la gomme arabique étaient extraites par la force dans les périphéries rurales, acheminées dans la ville capitale de Khartoum, transformées par la main-d’œuvre urbaine, puis acheminées en Angleterre. Les campagnes vivaient alors une double-exploitation : d’une part, coloniale à travers le pillage de la production agricole envoyée en Angleterre et d’autre part de la ville-centre qui exploite les périphéries pour nourrir les ouvrier·es de Khartoum.&nbsp;</p>



<p>Après l’indépendance en 1956, l’économie coloniale du Soudan se transforme en capitalisme d’État, où les régions périphériques du Sud sont toujours exploitées, mais en direction des grandes villes seulement. Cette dépendance des zones urbaines envers les périphéries, notamment du Sud-Soudan est une caractéristique du ­développement capitaliste du Soudan.</p>



<p>La distinction entre les réalités urbaines et les réalités rurales est nécessaire à l’analyse des processus révolutionnaires à l’œuvre au Soudan depuis 2018. En effet, elle permet de comprendre les disparités dans les formes de mobilisation dans les campagnes soudanaises, et dans la ville de Khartoum. Les disparités entre villes et périphéries sont un enjeu pour la révolution en cours : résoudre cette crise structurelle et unir ces deux réalités économiques, politiques et sociales distinctes entre régions rurales et régions urbaines.&nbsp;&nbsp;Cette distinction rurales/urbaines est un outil de contrôle et de division des forces révolutionnaires, à travers un discours du gouvernement qui oppose les arabes (civilisés, urbains) aux non-arabes/africains (dangereux, ruraux). D’où l’enjeu d’un discours antiraciste de la part des révolutionnaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un long processus de radicalisation&nbsp;</h2>



<p>Dans les années 1980, sous le régime militaire d’Omar El-Béchir, comme de nombreux pays d’Afrique, face à l’échec d’un développement d’État capitaliste notamment dû à la baisse du prix du coton au Soudan, le gouvernement ouvre l’économie soudanaise au marché mondial à travers des accords avec le FMI (Fond monétaire international), qui impose des réformes économiques structurelles au Soudan. L’économie agricole devient pétrolière. L’entrée de capitaux étrangers se fait notamment depuis l’Arabie saoudite qui rachète des terres dans les régions rurales par la force pour l’accès au pétrole. Avec la découverte des gisements de pétrole et des extractions depuis les pays étrangers, la situation empire pour les régions périphériques, où les résistances s’intensifient. Notamment au Darfour, où des groupes armés se soulèvent contre le gouvernement central, l’accaparement des terres, la distribution injuste des richesses. Le gouvernement use de la stratégie identitaire et attise les tensions entre les agriculteurs noirs et les éleveurs arabes en soutenant ces derniers. Cette stratégie identitaire du gouvernement permet de masquer les causes systémiques, sociales et environnementales de ces révoltes et résistances rurales. Les mouvements rebelles du Darfour s’intensifient. Pour reprendre le contrôle de la région, le gouvernement d’El-Béchir s’appuie sur des milices islamistes armées, les&nbsp;<em>Janjawid</em>, qui effectuent un réel nettoyage ethnique de la population non-arabe.</p>



<p>Face à la perte du Soudan du Sud, devenu indépendant, source pétrolière importante pour le gouvernement, l’économie soudanaise est en crise. De plus, l’attaque par la Cour pénale internationale contre El-Béchir à la suite du génocide du Darfour affaiblit le gouvernement militaire. Ce dernier, des plus endetté, doit faire face aux sanctions politiques et économiques internationales qui se traduisent par la suppression partielle des subventions dès 2011 (du FMI et de la Banque mondiale) mais également par la restriction du commerce lié aux hydrocarbures. Face aux attaques internationales, le discours d’El-Béchir change : désormais tout le Soudan est arabe et s’opposer à son gouvernement c’est défendre l’ingérence internationale.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="cecece" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #cecece;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/10/A2C_RevueN4_Soudan_Illustr_1.jpg" alt="" class="wp-image-5942 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>D’année en année, la politisation s’élargit : les ventes des terres aux pays du golfe entraîne l’auto-organisation des peuples autochtones, les universités touchées par les mesures d’austérité se politisent également et les grèves partielles, dans des secteurs d’habitude non mobilisés, entraînent la création de nouveaux syndicats en parallèle des syndicats institutionnels. La lutte antiraciste se déploie autour de slogans tels que&nbsp;<em>« racistes arrogants, nous sommes tous du Darfour </em>». Face à l’intensité nouvelle de ces soulèvements, la répression s’accentue, à travers des coupures d’électricité et la réintroduction des milices&nbsp;<em>Janjawid</em>, génocidaires du Darfour.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le processus révolutionnaire de 2019, va adopter des méthodes d’organisation et de communication, fruit des succès et des échecs des protestations de plus en plus intenses, de 2016 à 2019. L’utilisation des médias sociaux depuis le soulèvement arabe en 2016, la présence des comités de résistance qui vont permettre la décentralisation des appels aux manifestations, et les syndicats parallèles de 2016 qui vont pouvoir appeler largement à des grèves, en sont les évolutions les plus significatives.</p>



<p>Il est intéressant de constater que la spontanéité des mises en révolution, comme pourrait le penser Trotski, restent à historiciser et à recontextualiser pour comprendre comment les prémices d’organisations révolutionnaires se mettent en place dans un pays. C’est presque 10 ans de résistances qui prennent part au Soudan avant la mise en mouvement de centaines de milliers de personnes dans la rue en 2019.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolution chasse Omar El-Béchir, la&nbsp;réaction se prépare</h2>



<p>Il nous faut qualifier deux types de révolution : une révolution politique et une révolution sociale. Une révolution politique est la destitution d’un gouvernement en place, passant d’une classe dirigeante à une autre qui entraîne nécessairement des changements sociétaux mais qui doit être distinguée d’une révolution sociale qui est la fin de l’ordre social établi, aujourd’hui celui du capitalisme. Ainsi, une révolution sociale est l’abolition des classes sociales. Cependant, une révolution politique n’est pas toujours suivie d’une révolution sociale. La révolution politique est une mise en révolution en ce qu’elle active un processus révolutionnaire où la grande majorité de la population est active et mobilisée dans une volonté de changement de société.</p>



<p>En 2018 une contestation massive éclate dans les villes ouvrières au nord du pays, suite à l’augmentation du prix du sucre et du pain pour se généraliser à tout le pays. À partir de décembre 2018, tout le Soudan est dans la rue. Les revendications politiques sont claires :&nbsp;<em>« destitution du président Omar El-Béchir, fin de la corruption et des prix élevés des produits de base »</em>. Les manifestant·es s’unissent contre le&nbsp;<em>« gouvernement de la faim »</em>.</p>



<p>Une expérience révolutionnaire c’est d’abord une majorité de personnes qui se mettent en mouvement contre un système qui leur est dorénavant insupportable. C’est un point de rupture, de bascule. Mais cette mise en mouvement de la plupart, se fait spontanément, donc sans stratégie prédéfinie, ni même de projection dans ce qu’il va advenir de cette mise en mouvement. Au moment d’une mise en révolution, il s’agit, dans le présent, de l’expression massive d’un refus.</p>



<p>En mars 2019, l’Association des professionnels Soudanais (APS), intersyndicale créée lors des grèves des transports de 2016, appelle alors à un mouvement de désobéissance civile nationale. À la fin du mois de mai 2019, des sit-ins sont organisés autour des quartiers généraux de l’armée dans 14&nbsp;villes y compris Khartoum, pour exiger une passation de pouvoir de l’armée à la direction civile de l’opposition (les Forces de la liberté et du changement, un regroupement de l’A l’Association des professionnels soudanais [APS] et des partis politiques opposés au gouvernement militaire d’El-Béchir). Une grève politique générale de deux jours est organisée pour la destitution du général et fait la preuve d’un front fort et uni derrière les demandes de la révolution. Un mois plus tard, la place d’Al-Qaïda, en face du QG de l’armée, est occupée pendant deux mois et s’y déploient des assemblées populaires, des sit-ins et une véritable réappropriation de l’espace par les militant·es. En deux jours, le 11 et 12&nbsp;avril, le Soudan voit la destitution consécutive de deux généraux. Sous cette contrainte de la rue, et avec l’accord de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, l’état- major destitue Omar El-Béchir. Il le remplace par le général Ibn Auf, ancien ministre d’El-Béchir. Le sit-in est resté en place. On y criait « tout le pouvoir au civil ». Au bout de 24 heures, la révolution venait à bout de son second dirigeant. Les militant·es refusent un gouvernement militaire. Au cœur du sit-in, les comités révolutionnaires ont mis en place des complexes proposant débat, assistance médicale, éducation populaire, distributions de provisions ou encore des services de nettoyage.&nbsp;</p>


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<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="646464" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #646464;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/10/A2C_RevueN4_Soudan_Illustr_2.jpg" alt="" class="wp-image-5943 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>Tout processus révolutionnaire est un processus dynamique d’accélération politique, de tensions permanentes, entre les avancées de la révolution, les forces contre-révolutionnaires et les tendances réformistes. Les avancées pour les révolutionnaires s’expriment par le renforcement de l’auto-organisation, d’élaboration de stratégies, de confiance dans sa capacité à se gouverner soi-même, de s’imaginer comme seule alternative au pouvoir mais aussi à affaiblir et combattre les forces contre-révolutionnaires dont l’État. Les forces contre-révolutionnaires quant à elles, s’organisent dans la répression, pour tenter d’isoler les éléments les plus radicaux du mouvement révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p>Dans la révolution soudanaise, les femmes jouent un rôle éminemment central. Elles animent le sit-in de masse qui met fin à la dictature d’El-Béchir. Puis, au mois de mai 2019, suite à une absence de garantie concernant l’opposition des femmes, elles s’organisent et contraignent la coalition de la liberté et du changement à rejeter l’accord de transition soumis par les militaires.&nbsp;</p>



<p>Mais le 3&nbsp;juin 2019 s’abat une répression sans précédent sur la place occupée qui fait 100 disparu·es, 100 blessé·es, de nombreux mort·es et viols. Ce sont des forces issues des comités de résistance qui ont protégé le sit-in et dressé des barricades.&nbsp;</p>



<p>Cette répression colossale ouvre la voie à un nouveau chapitre de la révolution soudanaise : la consolidation des idées réformistes dans certaines franges du mouvement, notamment parmi la direction de l’APS, à travers la volonté de négocier avec les militaires pour mettre fin à l’effusion de sang. Cette nécessité de la négociation pour les intérêts de la révolution est portée par les puissances internationales au nom de la paix et le gouvernement militaire en place, la direction des forces de l’opposition voit dans ce compromis une possibilité de gouverner le pays et d’imposer des réformes progressistes pour l’amélioration de la vie des soudanais·es. De plus, elle permet de mettre fin aux massacres perpétrés par la répression face aux révolutionnaires. Ce processus se traduira par la mise en place d’un gouvernement transitoire mi-civil mi-militaire pour préparer les élections démocratiques de 2023.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Compromis par en haut ou révolution par&nbsp;en bas ?&nbsp;</h2>



<p>Cette mesure transitoire s’éloignant des demandes de la révolution d’un gouvernement 100 % civil, est justifiée par les différentes parties comme une situation transitoire pour aboutir aux objectifs révolutionnaires. En réalité, ce gouvernement transitoire va aboutir à un coup d’État le 25&nbsp;octobre 2021. Pour comprendre l’échec du réformisme, en tant que volonté de négociation des civils avec les militaires, il s’agit de se poser les questions : ce compromis permet-il de développer la confiance des révolutionnaires dans leurs capacités d’auto-organisation et permet-il d’affaiblir les forces contre-révolutionnaires ?&nbsp;</p>



<p>En effet, cette période transitoire n’a pas empêché l’organisation de la contre-révolution et des forces répressives. Si au départ, les forces de l’armée se trouvent obligées d’entamer des négociations avec les Forces de la liberté et du changement, très vite le pouvoir militaire, avec l’aide des forces étrangères, notamment de la France via la vente d’armes, grossit.</p>



<p>Du point de vue militaire, aucun changement qualitatif espéré par les révolutionnaires n’advient. Les réformes de l’appareil militaire sont laissées aux militaires eux-mêmes. La répression continue envers les manifestations, et notamment une continuation des violences dans le Darfour. Des forces de soutien rapides, les&nbsp;<em>Janjawid</em>&nbsp;sont intégrées au gouvernement transitoire bien qu’elle soit la milice génocidaire du Darfour. Enfin en 2020, des accords de paix se tiennent à Juba, dans le sud du Soudan, où le gouvernement transitoire intègre deux leaders rebelles du Darfour. C’est vécu comme une trahison très forte pour les Darfouris qui voient au pouvoir, la cohabitation et la collaboration des leaders rebelles et la milice génocidaire.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le sentiment de déception du gouvernement est partagé également dans les mobilisations urbaines. En effet, le rapport de force/le levier que possèdent les forces de l’opposition pour faire passer les réformes sociales auprès des militaires est d’actionner des mobilisations dans le pays si les réformes ne sont pas acceptées par la partie militaire. Les FLC (l’opposition) contiennent donc les poussées révolutionnaires, et les mobilisations deviennent donc un levier qu’on actionne pour la négociation. Mais les FLC n’arrivent pas à mettre toutes les réformes en place car subissent une énorme pression des militaires et des forces étrangères pour calmer la rue. Seulement, une fois que ces mobilisations s’arrêtent, les militaires peuvent décider de faire ce qu’ils veulent. Les réformes sociales et structurelles ne passent pas. Cette coalition entraîne donc d’un côté la perte de confiance progressive des soudanais·es dans les forces de l’opposition pour mettre en place les réformes et, d’autre part, ce compromis transforme les forces révolutionnaires en monnaie d’échange, suspendues aux dirigeants politiques, ce qui ne permet pas d’accroître l’auto-organisation et la confiance des révolutionnaires à être le seul pouvoir alternatif au gouvernement. Du fait des difficultés de l’opposition à transformer structurellement le Soudan, si de nombreuses libertés sont acquises pour les soudanais·es, d’un point de vue économique, la situation ne change pas tant que ça.&nbsp;</p>



<p>Le problème fondamental de ce compromis réside dans la croyance des forces de l’opposition en la négociation. Selon la révolutionnaire soudanaise Muzan Al-Neel, la direction des forces de l’opposition sont composées de « professionnels à cols blancs ». Ces derniers, bien que convaincus par la nécessité de changement de société, et des demandes révolutionnaires, pensent que le problème du Soudan n’est pas un problème de structure mais un problème de gestion. Le Soudan est mal dirigé par les militaires, mais si ce sont les FLC, composés d’intellectuels, d’ingénieurs, de médecins, qui « gèrent » le pays, la situation économique et sociale va nettement évoluer. Les forces de l’opposition sont soutenues par les révolutionnaires, et le réformisme des Forces de la liberté et du changement n’est pas un mécanisme conscient de trahison du mouvement révolutionnaire. Sauf que le capitalisme et l’État soudanais tels qu’ils existent réellement, travaillent pour la classe dirigeante soudanaise, pour les « propriétaires » du Soudan, avec leurs mesures néolibérales, leurs banques « islamiques », leurs investissements prédateurs en provenance des pays du Golfe qui sont autant de fardeaux qui appauvrissent les paysan·es, la classe ouvrière et les classes intermédiaires du pays. De plus, leur idéal de démocratie capitaliste est totalement confortée par les puissances étrangères et partagée par la plupart des soudanais·es.&nbsp;</p>



<p>Aussi, le mouvement révolutionnaire, perd de plus en plus la confiance du peuple soudanais et arrive d’autant moins à mettre en place ces réformes sociales face à une répression toujours aussi présente. Selon l’activiste soudanais Mohammed Abdelrahman,&nbsp;<em>« Les changements politiques survenus après le renversement d’El-Béchir en avril 2019 n’ont pas réussi à affecter la dynamique sous-jacente de la crise structurelle du Soudan. »</em></p>



<p>Malgré son échec inévitable, l’expérience de la négociation permet la consolidation des idées radicales des comités de résistances, sceptiques des processus de négociation depuis le début et ainsi la radicalisation du mouvement révolutionnaire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les comités de résistance détiennent les&nbsp;clefs de la révolution sociale</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="5a5a5a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #5a5a5a;" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/10/A2C_RevueN4_Soudan_Illustr_3.jpg" alt="" class="wp-image-5944 not-transparent" width="325" height="475"/></figure>
</div>


<p>Le gouvernement transitoire n’a pas entraîné la fin de l’auto-organisation de l’activité révolutionnaire, notamment grâce aux comités de résistance. En effet, durant la période de gouvernement transitoire ces derniers ont tenté de combler, par le bas, ce que les forces de l’opposition n’ont pas réussi à transformer par le haut.</p>



<p>Déployés sur tout le territoire soudanais, ces derniers organisent le tissu social et culturel dans les quartiers dans lesquels ils sont implantés. Maintenant des actions offensives à travers des appels à manifestation, l’organisation de techniques contre la répression pendant les manifestations (barricades&#8230;), leurs activités se déploient également en une diversité de pratiques telles que des cérémonies de commémoration des martyrs de la révolution, la mise en place de cliniques de santé pour femmes, des conférences sur l’avenir de la démocratie au Soudan ainsi que de l’auto-formation politique. Certains comités lancent des campagnes pour améliorer directement les conditions de vie des soudanais·es, comme l’initiative de reconstruction du puits d’un village.&nbsp;&nbsp;Chaque comité recense des dizaines de milliers de followers sur Facebook.&nbsp;</p>



<p>Leur implantation locale et la transformation effective des réalités des soudanais·es à travers une organisation par en-bas permet aux comités de résistance de gagner la confiance des soudanais·es et de faire perdurer les revendications de la révolution. Ils profitent des acquisitions de libertés permises par le gouvernement transitoire pour s’organiser par le bas et élargir leurs influences politiques.</p>



<p>En octobre 2021, les comités de résistance étaient préparés au coup d’État et ont organisé des manifestations à travers tout le pays contre la prise de pouvoir des militaires.&nbsp;</p>



<p>Les comités de résistance deviennent l’organisation révolutionnaire principale et se dote de nouvelles revendications dites des trois Non : non aux négociations, non au partenariat, non à la légitimité. Ces nouvelles revendications, plus radicales encore que celles de la révolution de 2019, viennent en quelque sorte destituer les FLC comme interlocuteurs avec les militaires, car délégitiment leur rôle qui est bien celui de la négociation et du partenariat. Ainsi, les comités de résistance viennent affaiblir l’État et les classes dirigeantes qui n’ont plus de possibles interlocuteurs pour contenir les poussées révolutionnaires.&nbsp;</p>



<p>La révolution soudanaise est aujourd’hui désillusionnée de la possibilité de négociation avec les militaires, et d’une classe dirigeante qui trahit les intérêts de la révolution, que ce soit dans les régions urbaines ou rurales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nécessité d’une stratégie révolutionnaire</h2>



<p>Les comités de résistance sont pourtant très hétérogènes selon le profil des espaces géographiques d’où ils se déploient. Ils se contiennent dans les intérêts des espaces géographiques où ils sont implantés et non dans des intérêts de classe. Le problème étant que chaque espace géographique représente des réalités sociales bien distinctes, surtout entre les espaces urbains ou ruraux. Selon la militante Muzan Al-Neel, malgré des tentatives de coordination des comités, les capacités d’union des classes urbaines et rurales ne sont pas encore assez fortes pour permettre au mouvement révolutionnaire de répondre à la crise structurelle que traverse le Soudan, entre zones urbaines et périphéries. Pourtant cet enjeu est tout simplement nécessaire et nécessite une stratégie révolutionnaire afin d’affaiblir l’État, la classe dirigeante et ne pas risquer de laisser la révolution s’éteindre, par la trop forte répression, qui, si elle arrive à saisir les éléments les plus radicaux du mouvement révolutionnaire ou diviser les classes exploitées entre elles pourrait mettre fin au processus.&nbsp;</p>



<p><strong>Anouk Brunet</strong></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/">Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Le Soudan, une lecture de la crise révolutionnaire</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-soudan-une-lecture-de-la-crise-revolutionnaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Sep 2019 07:50:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">De&#160; nombreux médias dominants présentent la révolution au Soudan comme une suite de coups d’état militaire entravés par des forces civiles nouvellement constituées. Comme l’espèrent les impérialistes, il faudrait dès lors rétablir la stabilité nationale <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-soudan-une-lecture-de-la-crise-revolutionnaire/" title="Le Soudan, une lecture de la crise révolutionnaire">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>De&nbsp; nombreux médias dominants présentent la révolution au Soudan comme une suite de coups d’état militaire entravés par des forces civiles nouvellement constituées. Comme l’espèrent les impérialistes, il faudrait dès lors rétablir la stabilité nationale et régionale par un compromis entre l’armée et des représentant-e-s d’une large opposition au régime.</p>



<p>D’autres analyses bien plus progressistes fixent comme objectif à la révolution soudanaise d’être un marchepied aux forces opposantes dans leurs négociations avec l’armée. Par exemple, G. Achcar écrit<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2661_4_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_1" class="footnote_tooltip">Gilbert Achcar, «&nbsp;Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du «&nbsp;printemps arabe&nbsp;»&nbsp;?,<em> Le Monde Diplomatique</em> Juin 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2661_4_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;« <em>à la direction révolutionnaire de s’emparer du véritable pouvoir par la mobilisation des énergies populaires, et de changer la situation du pays pour le meilleur en le remettant sur la voie du développement économique, du progrès social et culturel, alors la réussite de la révolution sera assurée</em>. »</p>



<p>Si nous avons pris le parti de polémiquer avec ce type de position via notre blog<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2661_4_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_2" class="footnote_tooltip">JB, «&nbsp;Soudan: le compromis par en-haut&nbsp;», <em>Autonome de Classe, </em>3 août 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2661_4_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, l’objectif principal de cet article n’est en rien de donner des leçons à celles ceux qui font la révolution au Soudan, mais bien de dresser une grille de lecture sur ce qu’est une crise révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p>C’est bien l’entrée en masse de la population soudanaise dans l’arène économique et politique qui a contraint le départ d’Omar al-Bachir au pouvoir depuis 1989. Ce sont les grèves et les <em>sits-in</em> de masse qui ont rendu la situation ingouvernable pour le Comité Militaire de Transition.</p>



<p>Cette révolution doit être lue comme une lutte à mort pour le pouvoir dans laquelle les millions de manifestant-e-s, les ouvrier-e-s en grève et les populations opprimées en sont le principal moteur. Ce nouveau <em>festival des opprimés </em>démontre l’une des caractéristiques essentielles à une crise révolutionnaire&nbsp;: elle ne peut se comprendre que par en bas.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Quand ceux d’en bas ne veulent plus et quand ceux du milieu basculent vers ceux d’en bas </h3>



<p>En cherchant à dresser une brève chronologie de la révolte globale qui secoue le Soudan, on comprend que les racines sont anciennes. Le mouvement éclate en décembre 2018 dans les villes ouvrières au nord du pays prenant prétexte de l’augmentation du prix du sucre pour se généraliser. La férocité de la répression oriente immédiatement la rue vers des slogans politiques. Par exemple T. Cheikh<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2661_4_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_3" class="footnote_tooltip">Tarek Cheikh, «&nbsp;Les espoirs d’une troisième révolution au Soudan&nbsp;», <em>Orient XXI, </em>28 décembre 2019.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2661_4_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&nbsp;écrit : <em>Les slogans clamés par les manifestants dans les villes sont essentiellement politiques. L’expression qui revient le plus souvent est&nbsp;:&nbsp;</em><strong><em>«&nbsp;liberté, paix et justice</em></strong><em>&nbsp;». Et aussi&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;la révolution est le choix du peuple&nbsp;». Ce qui révèle la profondeur des aspirations populaires et la force de l’idée révolutionnaire.</em></p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright is-resized"><img data-dominant-color="b49687" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #b49687;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/09/arton2988-1024x966.jpg" alt="" class="wp-image-2669 not-transparent" width="155" height="145"/><figcaption>Au centre, Tasgot Bas, « La chute [du régime], c&rsquo;est tout ». Derrière, Omar al-Bachir.</figcaption></figure></div>



<p>Ces villes ouvrières, berceau de la révolution soudanaise, ont connu de récents affrontements avec le régime. Elles étaient déjà à l’avant-garde du mouvement de grèves en 2013 et 2016 contre une réforme du régime visant à supprimer les aides liées à l’utilisation de l’essence et pour s’opposer à la guerre du Darfour. Le mouvement syndical formé dans les révolutions des années 1960 était le principal artificier de ces émeutes. La répression d’une ampleur inédite des manifestations de 2016 entraînait une profonde dissension entre la rue et le pouvoir.&nbsp;Si bien que, dès les premiers jours de révolte les 18 et 19 décembre, on entend dans la deuxième plus grande ville du pays Wad Madani&nbsp;: <em>Tasgot bas&nbsp;!</em> signifiant&nbsp;«&nbsp;juste leur chute&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>Ces expériences de confrontation entraînent la construction de la coalition qui joue un rôle fondamental dans l’animation du mouvement révolutionnaire&nbsp;: le Rassemblement des Professionnels soudanais. Elle se forme clandestinement en 2012 à partir de syndicats indépendants et est composée initialement d’avocats, de journalistes, d’universitaires, de médecins et d’ingénieurs.&nbsp;Ces franges issues de la petite bourgeoisie ou des universités sont rejointes en 2016 par des forces syndicales indépendantes venant de milieux plus ouvriers et cheminots.&nbsp;</p>



<p>Enfin, la dernière force sociale qui ne cessera d’être active dans la rue et la plus prompt à se coordonner via les réseaux sociaux est sans aucun doute la jeunesse. Opposée aux lois restrictives sur les libertés, subissant le chômage à 31%, étant victime des 30 % d’inflation et usagère d’un système éducatif effondré par les coupes budgétaires, l’irruption de la jeunesse n’a fait que renforcer les bases politiques du mouvement. L’émergence du processus révolutionnaire n’a donc pu se faire que par que par la décantation d’une situation qui a embrasée de larges couches de la population.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le festival des opprimés&nbsp;</h3>



<p>La révolution a laissé une place importante aux revendications des populations subissant des oppressions. Par exemple, un triomphe a été fait aux délégations survenues du Darfour pour participer aux événements révolutionnaires. Cette population qui subissait le racisme depuis des décennies par le régime d’al-Bachir, voyait les xénophobes d’hier les acclamer devant le bâtiment de l’état- major assiégé par les révolutionnaires.&nbsp;</p>



<p>Les femmes ont joué rôle éminemment central également. Notamment, elles ont contraint la coalition pour la liberté et le changement à rejeter l’accord de transition soumis par les militaires au mois de mai. Si cette radicalité s’est exprimée dans des groupes féministes suite à une absence de garantie concernant l’opposition des femmes, il est important de comprendre que celles qui subissaient de plein fouet le dictat du patriarcat ont joué réellement un rôle de locomotive pour le mouvement révolutionnaire. Les grèves dans la santé sont aujourd’hui encore principalement animées par des femmes tout comme l’a été le sit-in de masse qui a mis fin à la dictature d’al-Bachir.</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="a5a6a9" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a5a6a9;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/09/19089967-1024x575.jpg" alt="" class="wp-image-2675 not-transparent"/><figcaption>Fresque représentant Alaa Salah, figure de la révolution soudanaise</figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Quand ceux d’en haut ne peuvent plus…&nbsp;</h3>



<p>Le pouvoir soudanais n’a donc pas résisté à la pression des contradictions orchestrées par la crise globale du capitalisme. Le Soudan, en surendettement depuis 10 ans, a été contraint par le FMI de mener une série de réformes libérales afin de rembourser sa dette extérieure détenue à hauteur de 50 milliards de dollars par des banques étrangères. Cette situation allant de paire avec l’inflation et un chômage massif met en lumière les formes d’un développement inégal et combiné. Cette théorie initiée par Léon Trotski analyse la façon dont le développement économique et social se produit de façon inégale, et comment l&rsquo;interférence entre sociétés « avancées » et « en retard » produit des formes « combinées », des juxtapositions de&nbsp;rapports de production modernes et archaïques.&nbsp;</p>



<p>La vallée du Nil, une des zones les plus fertiles du Soudan, a attiré de nombreux investisseurs du Golfe Persique. Les terres ont été expropriées et l’agriculture réorganisée afin de l’insérer sur les marchés mondiaux. Cette stratégie des capitalistes a pu entraîner le développement de secteurs économiques partiellement en recul comme les infrastructures ferroviaires et portuaires.&nbsp;</p>



<p>Cette forme de développement crée des contradictions profondes dans la société. L’appauvrissement des campagnes au regard de la croissance des villes en est un autre&nbsp; exemple. Par exemple, Khartoum, comptait 473&nbsp;597 habitant-e-s en 1983 pour 4,5 millions en 2005. Lorsque surgit une crise révolutionnaire ce sont ces inégalités qui sont littéralement remises en question.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">La chute du régime</h3>



<p>Les processus des grèves, des manifestations de masse ou encore les discussions incessantes engagées de septembre à avril combinés aux expériences passées ont permis à toute une population de prendre confiance en ses forces.&nbsp;</p>



<p>Cette force a fait vivre la révolution malgré la répression causant une grosse centaine de morts dénombrés début avril. C’est bien cette crise révolutionnaire qui fait changer la peur de camp. Le 6 avril, le Rassemblement des Professionnels Soudanais, principale visage de la direction révolutionnaire jusqu’à aujourd’hui, appelle à un sit-in devant le bâtiment où règne l’état- major.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="89898f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #89898f;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/09/ext.jpg" alt="" class="wp-image-2670 not-transparent"/></figure>



<p>Le 10 avril au matin, on criait encore sur la place de Khartoum <em>qu’il s’en aille</em>, <em>la Révolution est le choix du peuple</em>&nbsp;! Sous cette contrainte de la rue, et avec l’accord de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite, l’état- major destitue Omar al-Bachir. Il le remplace par le général Ibn Auf, ancien ministre d’al-Bachir. Le sit-in est resté en place. On y criait <em>«&nbsp;tout le pouvoir au civil&nbsp;»</em>. Au bout de 24h, la révolution venait à bout de son second dirigeant. L’armée fut contrainte de mettre en place un conseil de dix officiers nommé le Conseil Militaire de Transition (TMC).&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Cela amène à réfléchir sur ce qu’est une crise révolutionnaire, une lutte acharnée pour le pouvoir, dans laquelle notre classe se reconnaît et rentre en force dans l’arène. Ainsi, la chute de l’ancien régime ne garantie rien et pourtant elle est essentielle. Le temps s’accélère et les chemins des possibles s’élargissent considérablement après le 11 avril. La rue, les grévistes et les opprimé-es ont pris conscience de leur force alors que les militaires ont bien cru tout perdre.&nbsp;&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Organisation de la contre-révolution, ingérence impérialiste et massacre&nbsp;</h3>



<p>Face aux grèves et aux émeutes, le pouvoir d’Omar al-Bachir organisé par l’armée depuis 1989 et par le Parti du Congrès National ne parvient plus à gouverner le pays. Issu de la confrérie des Frères Musulmans, le dictateur n’a pourtant pas hésité à un instant à se tourner vers le général égyptien Al-Sissi. En effet, le 27 janvier 2019 al-Bachir&nbsp; se rend au Caire afin de s’entretenir avec son allié de circonstance.&nbsp;</p>



<p>Cette entrevue fin janvier semble fructueuse, l’Egypte aurait accordé une aide militaire en matière d’armement. Il semble certain que l’Etat français, principal fournisseur d’armes à l’Egypte aurait été mis au courant. Les raisons de ce soutien entre dictateurs sont triples, Al-Sissi redoutait un nouvel embrasement régional et pensait gagner en stabilité par le maintien au pouvoir d’AEl- Bachir, Al-Bachir ne pouvait plus compter sur ses seules forces militaires déjà en proie à des dissensions,&nbsp; enfin, le général Égyptien souhaitait mettre en place une coopération économique et revoir les plans de partage du Nil.</p>



<p>Cet armement d’origine française a permis à Al-Bachir d’assassiner au minimum 50 révolutionnaires entre février et mars. Il en a profité pour réarmer la Force de Soutien Rapide (RSF) formée sous son mandat. C’est un mélange hétérogène d’agents des douanes, de policiers et surtout de miliciens issus des Janjanwids qui semèrent la terreur au Darfour à partir des années 2000. Lors des évènements de 2013, cette milice avait déjà éliminé 200 insurgés.&nbsp;</p>



<p>La répression était donc la seule voie que trouvait al-Bachir pour se maintenir au pouvoir depuis le début de l’insurrection.&nbsp;</p>



<p>Si dans un premier temps le Conseil Militaire de Transition a été contraint d’entamer des négociations avec la coalition pour la liberté et le changement, très vite ce pouvoir a grossi les rangs de sa milice armée. Celle-ci causera plus de 100 morts en attaquant les sit-in formés tout autour du commandement de l’état-major les 3 et 4 juin.&nbsp;</p>



<p>La contre-révolution cherche également à s’affirmer en imposant une idéologie plus réactionnaire encore que lorsque le pouvoir d’al-Bachir régnait. Ainsi, afin de réprimer la contestation, comme les forces de Moubarak place Tahrir en 2011, les miliciens ont violé et pratiqué toutes formes de sévices à l’encontre des femmes entrées en révolution.&nbsp;</p>



<p><em>L’Etat n’est que l’incarnation des antagonismes de classe irréconciliables</em><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_2661_4('footnote_plugin_reference_2661_4_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2661_4_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_4" class="footnote_tooltip"><em>Lénine, L’Etat et la la Révolution</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2661_4_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2661_4_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Aussi, la direction de ses forces armées ne peut que défendre l’ordre établi. Et c’est bien au cœur de la révolution qu’elles se sont attaquées.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le rôle des réformistes</h3>



<p>Les réformistes s’incarnent dans la coalition pour la liberté et le changement. Cette force est incontestablement celle qui est perçue aujourd’hui encore comme le principal débouché politique de la révolution par celles et ceux qui font la révolution. Cette coalition va d’une organisation islamique soufie au Parti Communiste (certainement l’un des plus massifs des pays arabophones).&nbsp;</p>



<p>La stratégie principale de cette coalition a été de transférer une partie des pouvoirs de l’armée vers une forme de représentativité civile. Ainsi, la coalition a mené de véritables négociations avec les TMC et ses généraux couverts du sang du Darfour et responsables des massacres contre les révolutionnaires. Ces tentatives d’accord ne débouchent sur rien dans un premier temps. Si bien que les syndicats indépendants qui composent le Rassemblement des Professionnels appellent à deux jours de grève générale fin mai. On assiste à une nouvelle accélération de la Révolution. Les sit-in qui l’accompagnent sont constamment attaqués.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="5e574c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #5e574c;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/09/19095860lpw-19100602-article-jpg_6334482_660x281.jpg" alt="" class="wp-image-2676 not-transparent"/><figcaption>Les dirigeants de l&rsquo;opposition signant un accord avec le TMC et le général Hemetti, responsable de la politique génocidaire au Darfour et de la répression meurtrière des sit-ins</figcaption></figure>



<p>Pourtant, les réformistes n’ont jamais cessé de chercher à reprendre les négociations avec le TMC. Alors que des coordinations émergent comme celle d’Atbara entre ouvrier-e-s en grève, jeunes en sit-in permanents et soldats en rupture avec leurs ordres, la coalition négocie dans un secret alarmant le prix du sang des martyrs avec les assassins.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La rue et notre classe au cœur de la lutte pour le pouvoir</h3>



<p>Seule la rue, les sit-in, les grèves et l’auto-organisation ont permis à la révolution de progresser contre l’armée et la bourgeoisie soudanaise. C’est cette confrontation qui a fait progresser la confiance des révolutionnaires en leurs propres forces. Dans un premier temps le Rassemblement des Professionnels coordonnait les grèves générales, comme celles de mars 2019, le sit-in devant le ministère de l’armée en avril ou les grèves générales des 28 et 29 mai.&nbsp;</p>



<p>De ces expériences naissent des comités de quartier. Dans les périodes de négociation, leur structure de coordination, The Resistance Committees, a été l’organe le plus critique vis-à-vis des positions prises par la coalition.&nbsp;</p>



<p>Les réseaux sociaux ont été un outil fondamental pour que ces forces se coordonnent. Toutefois, c’est bien la lutte <em>œil pour œil dent pour dent </em>qui poussa à l’auto-organisation. Par exemple, lors du sit-in du 3 juin devant l’état-major, lorsque les milices de la RSF ont attaqué les manifestant-e-s, ce sont des forces issues des comités qui ont protégé le sit-in et dressé des barricades. Au cœur du sit-in, les comités révolutionnaires ont mis en place des complexes proposant débat, assistance médicale, éducation populaires, distributions de provisions ou encore des services de nettoyage. Les forces sociales entrées en révolution contre l’Etat se prouvaient à elle-même que ce dernier n’avait finalement pas tellement d’autres rôle que de violer, tuer ou mutiler.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="656566" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #656566;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/09/soudan-train-240419-m-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-2671 not-transparent"/><figcaption>Les habitantEs et cheminotEs d&rsquo;Atbara, foyer ouvrier, arrivant à Khartoum pour soutenir la révolution dans la capitale</figcaption></figure>



<p>Enfin, l’accord signé le 17 août entre l’armée et la coalition est une triple menace pour les révolutionnaires&nbsp;</p>



<p>1. Il laisse le temps à la contre- révolution de se réorganiser et de mener une politique encore plus agressive envers notre classe et tout particulièrement envers les populations opprimées.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>2. Il désarme partiellement la rue qui n’est jamais sondée lorsque les directions de la coalition négocient.&nbsp;</p>



<p>3. Il divise les forces révolutionnaires et créent un isolement de toutes celles et ceux qui refusent de voir souiller le sang des martyrs en par des tractations avec leurs assassins.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Gaël Braibant</h5>



<p><br></p>



<p><br> <br></p>



<p><br></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2661_4();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2661_4();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_2661_4">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_2661_4" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2661_4_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2661_4('footnote_plugin_tooltip_2661_4_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Gilbert Achcar, «&nbsp;Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du «&nbsp;printemps arabe&nbsp;»&nbsp;?,<em> Le Monde Diplomatique</em> Juin 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2661_4_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2661_4('footnote_plugin_tooltip_2661_4_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">JB, «&nbsp;Soudan: le compromis par en-haut&nbsp;», <em>Autonome de Classe, </em>3 août 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2661_4_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2661_4('footnote_plugin_tooltip_2661_4_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Tarek Cheikh, «&nbsp;Les espoirs d’une troisième révolution au Soudan&nbsp;», <em>Orient XXI, </em>28 décembre 2019.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2661_4_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2661_4('footnote_plugin_tooltip_2661_4_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>Lénine, L’Etat et la la Révolution</em></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_2661_4() { jQuery('#footnote_references_container_2661_4').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2661_4').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_2661_4() { jQuery('#footnote_references_container_2661_4').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2661_4').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2661_4() { if (jQuery('#footnote_references_container_2661_4').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2661_4(); } else { footnote_collapse_reference_container_2661_4(); } } function footnote_moveToReference_2661_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2661_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2661_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2661_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/le-soudan-une-lecture-de-la-crise-revolutionnaire/">Le Soudan, une lecture de la crise révolutionnaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Soudan: le compromis par en-haut</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/soudan-le-compromis-par-en-haut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Aug 2019 10:05:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">“Oeil pour oeil, dent pour dent!” c’est en répétant ce slogan qu’une grande partie des soudanaisEs exprime son rejet d’un compromis avec les tueurs des révolutionnaires, avec ceux-là même qui font vivre un calvaire à <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/soudan-le-compromis-par-en-haut/" title="Soudan: le compromis par en-haut">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>“Oeil pour oeil, dent pour dent!” c’est en répétant ce slogan qu’une grande partie des soudanaisEs exprime son rejet d’un compromis avec les tueurs des révolutionnaires, avec ceux-là même qui font vivre un calvaire à la population depuis des décennies. Mais les dirigeantEs des Forces de la Liberté et du Changement (FLC) ne l’entendent pas de cette oreille : elles ont conclu un accord avec le comité militaire encore couvert du sang des martyrs du massacre du 3 juin dernier et de bien d’autres crimes commis contre le peuple soudanais, notamment des habitantEs du Darfour sur les os desquelles le général “Hamedti” s’est construit son trône.&nbsp;</p>



<p>Il serait pourtant vain de prononcer une condamnation moraliste contre les dirigeantEs des FLC ; c’est que la révolution n’est pas le domaine de l’éthique chevaleresque et de la morale, mais elle est au final une lutte sans merci pour le pouvoir. L’accord trouvé entre les FLC et le conseil des généraux doit donc être jugé comme une manœuvre de guerre, comme une temporisation ou un cessez-le-feu ouvrant potentiellement la voie à la victoire finale. Traduite dans le langage de la révolution, la question devient: cet accord augmente-t-il la confiance des masses en ses capacités d’auto-organisation &#8211; et c’est la seule véritable garantie de parvenir aux objectifs de la révolution &#8211; et est-ce qu’il affaiblit les forces de la contre-révolution et la capacité répressive du régime? S’il s’avère que cet accord permettra, comme l’écrit Gilbert Achcar admiratif de l’habileté politique des FLC, “à la direction révolutionnaire de s’emparer du véritable pouvoir par la mobilisation des énergies populaires, et de changer la situation du pays pour le meilleur en le remettant sur la voie du développement économique, du progrès social et culturel, alors la réussite de la révolution sera assurée.”<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2261_6_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_1" class="footnote_tooltip"><a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.alquds.co.uk/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%88%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D8%AE%D9%84-%D8%AC%D9%88%D9%84%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A9/ (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.alquds.co.uk/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%88%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D8%AE%D9%84-%D8%AC%D9%88%D9%84%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A9/" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.alquds.co.uk/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%88%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D8%AE%D9%84-%D8%AC%D9%88%D9%84%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A9/</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2261_6_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> En réalité, cette hypothèse repose, comme les calculs de la direction des FLC, sur une naïveté ahurissante. </p>



<p>On ne peut que constater que l’accord n’a pas éloigné le danger numéro un qui menace les révolutionnaires et le peuple soudanais dans son ensemble, à savoir la machine de la mort dirigée par les généraux d’Omar al-Bachir<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2261_6_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_2" class="footnote_tooltip">Cet article a été publié avant le massacre des lycéenNEs de Al Obayed par les FSR</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2261_6_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, qui a déjà goûté le sang et qui attend désormais l’heure propice pour porter un coup fatal afin de mettre fin à la révolution par la terreur. Bien au contraire, cet accord entre la “direction révolutionnaire” et un comité militaire dont le numéro deux est le général Hamedti, ne fait que donner une légitimité politique et “révolutionnaire” à ce dernier, et consacre l’intégration des Janjawid, les milices génocidaires du Darfour, dans l’appareil d’État officiel sous le nom de “Forces de Soutien Rapide”.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="a48c75" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a48c75;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/48d4196b6a99ab2448bb7258d661b0fd-soudan-les-generaux-et-la-contestation-ont-repris-les-negociations-1-1024x579.jpg" alt="" class="wp-image-2269 not-transparent"/></figure>



<p>L’accord n’apporte aucune garantie sérieuse aux révolutionnaires, et son contenu oscille entre le catastrophique et le ridicule. Rien de bien surprenant car il est le fruit de négociations secrètes menées par la direction derrière le dos des masses révolutionnaires. Par exemple, l’article qui affirme la nécessité de réformer l’appareil d’État est très vague sauf lorsqu’il précise que la “mission de la réforme de l’appareil militaire” sera confiée aux militaires eux-mêmes ! Ces derniers sont même protégés d’une supervision symbolique de leurs affaires par les civils, puisque l’accord précise que les ministres de la défense et de l’intérieur dans le gouvernement de transition seront nommés exclusivement par le conseil militaire.</p>



<p>Quant à l’article qui concerne les services publics dont la population a le plus besoin comme la santé, l’éducation et le logement, il se contente de vœux pieux qui n’engagent personne à rien: “L’état doit jouer un rôle social effectif en assurant des services de santé, d’éducation et de logement.” Même langage bancal et même flou en ce qui concerne les affaires étrangères, alors que l’engagement des troupes soudanaises dans la guerre contre le Yémen n’a même pas droit de cité ! <br><br>Mais la clause la plus grotesque, celle qui démontre sans doute possible que la direction des FLC est atteinte de ce que Marx appelait le crétinisme parlementaire, qui “relègue dans un monde imaginaire ceux qui en sont atteints et leur enlève toute intelligence, tout souvenir et toute compréhension pour le rude monde extérieur”, est celle qui concerne les suites du massacre du 3 juin. En effet, l’accord prévoit l’établissement d’une commission d’enquête <em>indépendante </em>pour faire la lumière sur une véritable orgie de meurtres, de torture et de viols collectifs, avec des centaines de victimes et qui a eu lieu en plein jour devant le siège dudit conseil militaire! A-t-on vraiment besoin d’une “commission indépendante” afin de déterminer la responsabilité politique et opérationnelle du massacre? Quand bien même cette commission oserait pointer du doigt le conseil militaire, va-t-elle arrêter les coupables, c’est-à-dire les nouveaux “partenaires” des FLC?&nbsp; &nbsp; </p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright is-resized"><img data-dominant-color="7f7571" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7f7571;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/theatre-1024x992.jpg" alt="" class="wp-image-2290 not-transparent" width="240" height="232"/></figure></div>



<p style="text-align:left">Achcar et d’autres admirateurs des FLC se bercent d’illusions en pensant que ces derniers pourront jouer la carte de la mobilisation populaire (car c’est ainsi que les réformistes perçoivent les masses insurgées, comme une carte à jouer) à chaque endiguement des négociations, pour faire pression sur le conseil militaire et le ramener à la raison, et ce à répétition jusqu’au transfert final du pouvoir aux civils. Mais la clause objective la plus importante dans le principe même de la négociation avec les généraux d’Al-Bachir est la transformation des FLC en partenaire des militaires chargé de contenir les poussées des masses. En effet, les FLC vont subir des pressions énormes dans ce sens, que ce soit de la part des militaires mais aussi des puissances régionales et mondiales qui ont “sponsorisé” l’accord, sous couvert de préserver la stabilité, l’union nationale et d’autres mensonges, avec pour conséquence politique possible l’isolation de l’aile la plus résolue, la plus radicale du mouvement.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Les réformistes et la révolution</strong></h4>



<p>Cet accord ne constitue donc pas une victoire pour la révolution, ni même une “percée”<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2261_6_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_3" class="footnote_tooltip"><a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.solidarites.ch/journal/d/article/9344/Soudan-Entre-espoirs-et-mefiances (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.solidarites.ch/journal/d/article/9344/Soudan-Entre-espoirs-et-mefiances" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.solidarites.ch/journal/d/article/9344/Soudan-Entre-espoirs-et-mefiances</span></a> </span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2261_6_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ou une manœuvre tactique habile qui pourrait ouvrir la voie à des victoires futures. Les réformistes sont peut-être sincères lorsqu’ils se déclarent partisans de la justice sociale (ou leur interprétation de la justice sociale), de la démocratie et de la liberté, ou les revendications explicites de la révolution, mais ils n’oseraient jamais dans leur rêve les plus fous atteindre ces objectifs contre et malgré les capitaines de l’Etat et de la classe dirigeante.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Ainsi l’auto-organisation des masses, le mouvement populaire et les grèves politiques, c’est-à-dire la révolution, ne sont aux yeux de ces gens-là qu’un tremplin qui leur permettra de négocier avec les chefs de l’Etat. Voilà pourquoi nous avons vu la direction des FLC appeler à des poussées populaires, des grèves aux manifestations en passant par les occupations, sous le mot d’ordre de “faire chuter le conseil militaire”, avant de reculer devant l’ampleur même des mobilisations, pour accourir, dans un accès de panique, vers le conseil militaire, se repentant de sa rhétorique révolutionnaire et demandant à négocier sur une base d’autant plus pathétique que la poussée des masses était grandiose.&nbsp;</p>



<p>Ces pratiques politiques, ces oscillations constantes entre la gauche et la droite, viennent en dernier lieu de la conviction que l’État et le capitalisme soudanais sont “en panne” et n’attendent que le soleil de la liberté bourgeoise et de “l’état de droit” pour prospérer et donner les fruits du progrès à toutes et tous. Pour achever cette mission historique, pas besoin de faire chuter l’État d&rsquo;Al-Bachir, il suffirait de le réformer, de le “remettre sur la voie du progrès” comme dit le professeur Achcar. Sauf que le capitalisme et l’Etat soudanais tels qu’ils existent réellement, travaillent pour la classe dirigeante soudanaise, pour les “propriétaires” du Soudan, avec leurs mesures néolibérales, leurs banques “islamiques”, leurs investissements prédateurs en provenance des pays du Golfe qui sont autant de fardeaux qui appauvrissent les paysans, la classes ouvrière et les classes intermédiaires du pays. Sans parler des engagements internationaux des dirigeants soudanais, comme les “réformes” du FMI, la participation à la guerre au Yémen ou encore la chasse aux migrants déléguée par l’UE. Le conseil militaire, les institutions de l’État et la “communauté internationale” ne se prosterneront jamais devant les fétiches de la légalité, de la constitution ou de la démocratie pendant que les FLC démantèlent les diktats du FMI et procèdent à la redistribution des ressources. La question n’est pas uniquement dans le manque d’ambition des FLC au vu de l’horizon ouvert par la révolution, mais que même les réformes démocratiques et sociales les plus élémentaires nécessiteront de déraciner complètement le régime soudanais dans une confrontation ouverte avec la classe dirigeante.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="736a6a" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #736a6a;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/08/Sudan@iAlaaSalah.jpg" alt="" class="wp-image-2293 not-transparent"/></figure>



<p>Les franges les plus radicales et les plus avancées du mouvement, des syndicats aux comités de quartiers en passant par les coordinations diverses, devront s’organiser en toute indépendance politique des FLC, sans pour autant s’isoler de la majorité du mouvement qui semble encore avoir confiance dans sa direction. Comme le parti communiste soudanais l’a découvert à ses dépens, il ne sert à rien de s’engager sur le chemin des négociations avec l’État pour ensuite en déplorer le résultat inévitable, à savoir un répit accordé gratuitement à une contre-révolution qui s’organise ouvertement. Comme le dit si bien la révolutionnaire soudanaise Muzan Alneel<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_2261_6('footnote_plugin_reference_2261_6_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2261_6_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_4" class="footnote_tooltip"><a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://revsoc.me/arab-and-international/39994/ (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://revsoc.me/arab-and-international/39994/" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://revsoc.me/arab-and-international/39994/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2261_6_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2261_6_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, la grève générale politique de mai 2019 “a démontré la capacité du peuple soudanais révolté à mettre en pratique sa volonté collective, à donner une expression véritable à ‘la volonté populaire’”. Apprendre les leçons de ces expériences, les approfondir et les multiplier par en-bas, telles sont les conditions de la préparation aux batailles politiques qui se profilent à l’horizon.&nbsp;</p>



<p><em>Initialement publié </em><a href="https://revsoc.me/arab-and-international/40011/"><em>ici </em></a><em>en arabe le 24 juillet 2019</em></p>



<h6 class="wp-block-heading"><em>JB</em></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2261_6();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2261_6();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_2261_6">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_2261_6" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2261_6_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2261_6('footnote_plugin_tooltip_2261_6_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.alquds.co.uk/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%88%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D8%AE%D9%84-%D8%AC%D9%88%D9%84%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A9/ (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.alquds.co.uk/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%88%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D8%AE%D9%84-%D8%AC%D9%88%D9%84%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A9/" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.alquds.co.uk/%D8%A7%D9%84%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%88%D8%AF%D8%A7%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D8%AE%D9%84-%D8%AC%D9%88%D9%84%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A7%D9%84%D8%AB%D8%A9/</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2261_6_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2261_6('footnote_plugin_tooltip_2261_6_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Cet article a été publié avant le massacre des lycéenNEs de Al Obayed par les FSR</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2261_6_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2261_6('footnote_plugin_tooltip_2261_6_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://www.solidarites.ch/journal/d/article/9344/Soudan-Entre-espoirs-et-mefiances (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.solidarites.ch/journal/d/article/9344/Soudan-Entre-espoirs-et-mefiances" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://www.solidarites.ch/journal/d/article/9344/Soudan-Entre-espoirs-et-mefiances</span></a> </td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2261_6_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2261_6('footnote_plugin_tooltip_2261_6_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a rel="noreferrer noopener" aria-label="https://revsoc.me/arab-and-international/39994/ (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://revsoc.me/arab-and-international/39994/" target="_blank"><span class="footnote_url_wrap">https://revsoc.me/arab-and-international/39994/</span></a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_2261_6() { jQuery('#footnote_references_container_2261_6').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2261_6').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_2261_6() { jQuery('#footnote_references_container_2261_6').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2261_6').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2261_6() { if (jQuery('#footnote_references_container_2261_6').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2261_6(); } else { footnote_collapse_reference_container_2261_6(); } } function footnote_moveToReference_2261_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2261_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2261_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2261_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/soudan-le-compromis-par-en-haut/">Soudan: le compromis par en-haut</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Soudan: le futur de la révolution en jeu</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/soudan-le-futur-de-la-revolution-en-jeu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jun 2019 07:31:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=1919</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Au Soudan, la situation a changé fondamentalement. Une semaine après une grève générale politique qui a paralysé le pays pendant deux jours, et au lendemain d’entretiens avec ses sponsors saoudiens et égyptiens, le comité militaire <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/soudan-le-futur-de-la-revolution-en-jeu/" title="Soudan: le futur de la révolution en jeu">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-size:19px">Au Soudan, la situation a changé fondamentalement. Une semaine après une grève générale politique qui a paralysé le pays pendant deux jours, et au lendemain d’entretiens avec ses sponsors saoudiens et égyptiens, le comité militaire au pouvoir depuis la chute d’Omar al-Bachir a décidé d’en finir avec le rassemblement devant le QG de l’armée à Khartoum, point focal du soulèvement.</p>



<p>Lundi à l’aube, des centaines de soldats des Forces de soutien rapide (FSR) ont attaqué le rassemblement à l’arme automatique, avant d’investir la place bâtons en main pour brûler les tentes et battre les survivantEs. Un bilan provisoire du syndicat des médecins fait état de trente morts et de centaines de blesséEs, traquéEs jusqu’aux urgences des hôpitaux par les miliciens du pouvoir. Personne ne sait vraiment combien de manifestantEs sont tombéEs sous les balles des FSR, et l’on repêchait encore des corps du Nil mardi matin.</p>



<p>La révolution soudanaise était passée à la vitesse supérieure quelques jours auparavant : après des semaines de tergiversations et de négociations stériles avec les généraux d’Omar al-Bachir, les Forces de la liberté et du changement (FLC), principale coalition d’opposition, ont appelé à deux jours de grève générale très suivis dans tout le pays.</p>



<p>Les FLC et sa composante principale, le Rassemblement des professionnels soudanais, une intersyndicale des classes moyennes (médecins, avocats, journalistes, etc) formée clandestinement dans les luttes de 2012-2013, ont joué le double rôle des conciliateurs : d’un côté, ils représentent réellement les aspirations des révolutionnaires et de la majorité du peuple soudanais et de l’autre, ils ont trop longtemps entretenu l’espoir tout à fait vain d’une transition négociée avec le comité militaire, accordant un répit à la contre-révolution qui s’organisait ouvertement.</p>



<p>La composition du comité laissait pourtant peu de place au doute : il s’agit simplement des généraux du régime d’Omar al-Bachir, né par un coup d’Etat en 1989 et qui a depuis infligé au peuple soudanais des violences insoutenables. Numéro deux du comité militaire, le général Hamedti est accusé de crimes de guerre à l’époque où sa milice des Janjawid terrorisait les populations non-arabes du Darfour. Depuis intégrée dans l’Etat sous le nom de “Forces de soutien rapide”, cette force armée financée par les pays de l’Union Européenne pour faire la guerre aux migrants<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_1919_8('footnote_plugin_reference_1919_8_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_1919_8('footnote_plugin_reference_1919_8_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_1919_8_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_1919_8_1" class="footnote_tooltip"><a href="https://fanack.com/international-affairs/eu-funding-sudanese-militias/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)">Follow the Money: EU Accused of Funding Sudanese Militias in Migrant Crackdown</a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_1919_8_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_1919_8_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> est en première ligne pour réprimer le soulèvement.</p>



<p>Les dirigeants des FLC ont donc fini par céder à la pression populaire pour appeler à une grève qui commençait à se préparer sans eux. Elle a paralysé ports, aéroports, ministères, entreprises et même la banque centrale du Soudan. Par son ampleur sans précédent, cette grève explicitement politique témoigne de la profondeur du soulèvement et de sa radicalisation, qui s’accompagne d’un véritable foisonnement d’organisations ouvrières, syndicales et populaires.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Vers la fin des illusions ?</strong></h4>



<p>C’est bien le succès de la grève qui semble avoir décidé le comité militaire à agir, non sans avoir consulté ses parrains régionaux du golfe. En effet l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis n’essaient pas de cacher leur rôle contre-révolutionnaire, pour défendre leurs intérêts économiques mais aussi militaires au Soudan : le tandem émirati-saoudien utilise des milliers de soldats soudanais dans sa guerre contre le Yémen. Plus fondamentalement, les pays du Golfe redoutent un effet domino, un exemple positif dont les peuples de la région pourraient s’inspirer.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright"><img data-dominant-color="94795b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #94795b;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/06/62061468_2402255866719276_2988080009924575232_n-225x300.jpg" alt="" class="wp-image-1926 not-transparent"/></figure></div>



<p>Les images du massacre de Khartoum rappellent celui du Caire, le 14 août 2013 lorsque les forces de sécurité égyptiennes ont tué plus de mille manifestants des Frères Musulmans (FM), annonçant la fin de toute contestation possible.</p>



<p>Mais l’on oublie souvent qu’avant de la noyer dans le sang, les militaires égyptiens avaient désarmé la révolution politiquement, en se cachant successivement derrière les FM puis les forces «&nbsp;progressistes&nbsp;». L’élan révolutionnaire populaire était déjà miné, si bien que peu de formations politiques avaient protesté à l’époque contre la boucherie.</p>



<p>Les généraux soudanais n’ont pas réussi à manoeuvrer politiquement. Les islamistes au Soudan, contrairement à leurs homologues égyptiens, font partie intégrante du régime et n’ont ni l’assise populaire, ni la crédibilité politique qui avaient permis aux dirigeants des FM de magouiller et de négocier au nom de la révolution pour mieux la trahir ensuite.</p>



<p>Marx avait dit que la révolution a parfois besoin de la contre-révolution pour s’aiguiller. Le massacre commis par l’armée pendant une phase ascendante de la révolution va-t-il dissiper les derniers doutes des révolutionnaires et accélérer leur radicalisation ?</p>



<p>Les corps des révolutionnaires étaient encore chauds lorsque les militaires ont grossièrement annoncé la tenue d’élections dans neuf mois – mais le véritable enjeu, comme l’a souligné le FLC, est désormais de faire chuter le comité militaire par les grèves et le blocage du pays.</p>



<p>Cette tâche nécessitera d’aller encore plus loin et d’en appeler à la rébellion des sections subalternes de l’armée régulière, seule capable d’enrayer la machine contre-révolutionnaire qui vient de goûter le sang, et qui est prête à y noyer le pays si nécessaire.</p>



<p><em><strong>JB</strong><br></em></p>



<p></p>



<p></p>



<hr class="wp-block-separator is-style-default"/>



<h6 class="wp-block-heading"></h6>



<h6 class="wp-block-heading"><strong>Rassemblements et manifestations organisées à Paris par des militantEs soudanaisEs :</strong></h6>



<ul class="wp-block-list"><li><strong>Samedi 8 juin</strong> : manifestation à 13h, départ La Chapelle en direction de République</li><li><strong>Lundi 10 juin</strong> : rassemblement à 14h devant l’ambassade d’Arabie Saoudite</li><li><strong>Mardi 11 juin</strong> : rassemblement à 14h devant l’ambassade des Emirats Arabes Unis</li><li><strong>Mercredi 12 juin</strong> : rassemblement à 14h devant l’ambassade d’Egypte</li></ul>



<p></p>



<hr class="wp-block-separator is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading"><strong>Pour en savoir plus&nbsp;:</strong></h6>



<p><a rel="noreferrer noopener" aria-label="Page de Sudanese Translators for Change (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.facebook.com/Sudanese-Translators-for-Change-STC-410547673013811/?ref=br_rs " target="_blank">Sudanese Translators for Change</a> (source soudanaise, en Anglais);<br><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.facebook.com/SdnProAssociation/" target="_blank">Association des professionnels soudanais</a> (page officielle de l’APS, en Arabe);<br>Page de <a rel="noreferrer noopener" href="https://menasolidaritynetwork.com/category/regional/sudan/" target="_blank">MENA Solidarity Network</a>, réseau de solidarité avec les luttes au Moyen-Orient et en Afrique du nord (source Anglaise);<br>Articles de <a rel="noreferrer noopener" href="https://socialistworker.co.uk/tag/view/235" target="_blank">Socialist Worker</a> sur la révolution soudanaise.</p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_1919_8();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_1919_8();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_1919_8">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_1919_8" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_1919_8_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_1919_8('footnote_plugin_tooltip_1919_8_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><a href="https://fanack.com/international-affairs/eu-funding-sudanese-militias/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" aria-label=" (s’ouvre dans un nouvel onglet)">Follow the Money: EU Accused of Funding Sudanese Militias in Migrant Crackdown</a></td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_1919_8() { jQuery('#footnote_references_container_1919_8').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1919_8').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_1919_8() { jQuery('#footnote_references_container_1919_8').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1919_8').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_1919_8() { if (jQuery('#footnote_references_container_1919_8').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_1919_8(); } else { footnote_collapse_reference_container_1919_8(); } } function footnote_moveToReference_1919_8(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_1919_8(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_1919_8(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_1919_8(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/soudan-le-futur-de-la-revolution-en-jeu/">Soudan: le futur de la révolution en jeu</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Cinq messages du Soudan et de l’Algérie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/cinq-messages-du-soudan-et-de-lalgerie-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Mar 2019 11:27:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous reproduisons cet article publié anonymement en Arabe sur le site des Socialistes Révolutionnaires en Egypte. S’appuyant sur les expériences historiques des révolutions de la dernière décennie au Moyen-Orient, il vise à tirer quelques leçons <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/cinq-messages-du-soudan-et-de-lalgerie-2/" title="Cinq messages du Soudan et de l’Algérie">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Nous reproduisons cet article publié anonymement <a href="https://revsoc.me/arab-and-international/39281/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">en Arabe</a> sur le site des Socialistes Révolutionnaires en Egypte. S’appuyant sur les expériences historiques des révolutions de la dernière décennie au Moyen-Orient, il vise à tirer quelques leçons des soulèvements populaires actuels au Soudan et en Algérie.<br></em></p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="655e5d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #655e5d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/03/SoudanAlgérie-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-1898 not-transparent"/></figure>



<p>La poussée des masses populaires algériennes ne faiblit pas après des semaines de mobilisation, tandis que celle du peuple soudanais entre dans son quatrième mois. Ces vagues nouvelles de protestations montrent que les masses continueront à résister tant que les problèmes structurels, politiques et économiques, des régimes de la région ne seront pas réglés: despotisme, dictature, et politiques néolibérales extrêmes qui nourrissent la corruption. Lorsque les conditions politiques et sociales le permettent, les masses opposent une résistance pour défendre leurs intérêts. Les soulèvements populaires actuels qui se déroulent au Soudan et en Algérie portent des messages importants à l’attention des peuples de la région.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Premier message: l’ère de la révolution de masse n’est pas encore consommée</strong></h4>



<p>Pendant des années, les régimes dictatoriaux et contre-révolutionnaires de la région ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire avorter le “printemps arabe” de 2010-2013, mais aussi pour construire une image idéologique nauséabonde de la révolution, en tant que choix politique, qui n’infligerait que des calamités aux masses populaires prédestinées à la défaite.<br>Mais le retour de ces masses populaires sur les devants de la scène au Soudan et en Algérie montre que la révolution reste un choix politique des peuples, et représente la seule possibilité de dépasser les problèmes de régimes décidément irréformables. En Algérie, Bouteflika ne représente qu’un écran derrière lequel des réseaux corrompus de généraux et d’hommes d’affaires sont à l’oeuvre. Au Soudan, al-Bachir se trouve à la tête d’un régime sanguinaire qui impose des politiques austéritaires impitoyables suivant le diktat du Fonds Monétaire International.<br>Alors que les Soudanaises et les Algériennes se révoltent, un mouvement de masse se développe aussi au Maroc où de grandes sections syndicales et ouvrières organisent des manifestations, en Tunisie avec des grèves ouvrières, au Liban avec un mouvement contre la vie chère, et avant ça en Jordanie où un mouvement populaire en juillet dernier avait contraint le roi à revenir sur certaines réformes économiques, sans oublier les grandes marches du retour en Palestine. La colère populaire monte aussi en Egypte et dans d’autres pays de la région, cherchant un exutoire qui lui permettrait de s’exprimer.<br>Malgré les défaites subies, les révolutions passées restent capables d’inspirer, d’offrir des leçons et des expériences, et leur spectre terrorise toujours autant les despotes de la région. Si les soulèvements soudanais et algérien venaient à enregistrer des victoires majeures dans les semaines à venir, ils diffuseraient des ondes d’espoir et de confiance à travers la région.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Deuxième message: du politique à l’économique et vice-versa</strong></h4>



<p>Contrairement à l’image dominante véhiculée par les médias arabes et internationaux, les soulèvements soudanais et algériens puisent leurs origines dans des sources bien plus profondes que les slogans immédiats auxquels les médias dominants aimeraient restreindre ces mouvements populaires. Au Soudan, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres fut la décision du régime de multiplier par trois le prix du pain, mais le mouvement populaire (qui s’est mis en branle le 19 décembre 2018) brandit rapidement le mot d’ordre de la chute du régime, affirmant qu’il n’existait aucun espace de négociation ou de compromission avec le régime sanguinaire d’Omar al-Bachir, qui appauvrit et paupérise son peuple depuis trois décennies, mais que ce dernier devait «juste tomber». En Algérie, les slogans et les revendications ont rapidement dépassé le cadre du départ de Bouteflika pour s’attaquer à des questions sociales comme le chômage (qui touche 29% des moins de trente ans), sans parler de la vie chère, de la pauvreté qui touche un quart de la population comme de la corruption endémique. Loin de se contenter de rejeter le cinquième mandat de Bouteflika, qui n’est pas apparu en public depuis 2013, le mouvement en est arrivé à brandir le slogan de la «chute du régime».<br>En d’autres mots, la propagation des mouvements populaires ont permis le passage de l’économique au politique (du prix du pain à la chute du régime au Soudan), et du politique à l’économique (du rejet du cinquième mandat aux revendications sociales en Algérie). L’élargissement et l’approfondissement des mouvements populaires signifient une guerre ouverte sur le front politique comme sur les fronts économiques et sociaux: c’est ce qui effraie le plus les pouvoirs dictatoriaux. Une des tâches principales des deux soulèvements est la fusion radicale de ces différents fronts, condition sine qua non pour renverser le régime dans son ensemble.<br></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Troisième message: faire face aux manœuvres du pouvoir</strong></h4>



<p>Les soulèvements au Soudan et en Algérie se développent face à des combinaisons de répression directe, de chantage, de calomnie et de faux compromis. Depuis le début du mouvement, al-Bachir s’entête à dénoncer «des forces étrangères» qui agiteraient la contestation, exhorte les manifestantes à ne pas se laisser entraîner dans le «complot», et durcit encore le siège économique imposé au peuple soudanais afin de faire chanter les révolutionnaires. Tout en offrant des compromis trompeurs (comme sa demande au parlement d’annuler une réforme de la constitution), al-Bachir a imposé l’état d’urgence le 22 février. Mais la réponse ne se fit pas attendre, avec plus de 80 manifestations la nuit même dans différentes villes du pays. Les manifestations et les grèves ont lieu quotidiennement sur tout le territoire. Le soulèvement du Soudan a brisé les chaînes de la terreur que le régime a passé les trente dernières années à forger.<br>Le régime algérien s’essaye aussi aux combines, comme la promesse attribuée à Bouteflika d’organiser dans un an des élections présidentielles auxquelles il ne se porterait pas candidat, accompagnée par un large éventail de réformes constitutionnelles, une manœuvre qui rappelle celle tentée par Mubarak en Egypte quelques jours avant qu’il ne finisse par jeter l’éponge en 2011. (NdT: cet article a été écrit avant que le chef d’état-major de l’armée algérienne ne demande la destitution de Bouteflika)<br>L’intifada algérienne a exorcisé le spectre des «années noires» (1992-2002), au nom de laquelle le régime se livrait depuis des années à un chantage à la stabilité, promettant le retour des calamités en cas de montée de l’opposition au régime. Cette décennie a vu le pouvoir mener une sale guerre contre les factions loyales au Front Islamique du Salut, après l’annulation par l’armée des élections parlementaires de 1991 qui ont résulté en une victoire incontestable du FIS.<br>Les deux soulèvements en sont arrivées au point où se laisser berner par les fausses promesses du régime et céder à ses chantages ouvrira la porte à une campagne de répression politique et de vengeance impitoyable de la part du régime contre tous ses opposants.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Quatrième message: la construction à long terme</strong></h4>



<p>Les grands soulèvements populaires ne naissent pas dans le vide, mais viennent couronner de longues années de luttes acharnées contre les régimes au pouvoir. Au Soudan, le peuple n’avait jamais capitulé face à al-Bachir. Des dizaines de milliers se sont rebellés en septembre 2013 contre les mesures économiques du régime, les manifestations ont explosé dans de nombreuses villes face à une répression monstrueuse qui a fait près de 200 morts. Les manifestations et les grèves ont continué ces dernières années malgré les difficultés croissantes, avant d’exploser dans le soulèvement actuel.<br>L’Algérie peut aussi se prévaloir d’une tradition de grèves ouvrières qui montaient graduellement depuis des années pour culminer dans le mouvement de dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs de la santé et de l’éducation en 2018.<br>Peut-être que les tempêtes populaires du Soudan et de l’Algérie ne se seraient jamais déclenchées sans les contestations qui ont perturbé l’horizon tout au long des années précédentes. Ce processus démontre que les explosions de masse ne peuvent naître sans une accumulation de luttes à long terme, sur des champs de bataille variés qui peuvent sembler minimes comparés aux tâches immenses qui nous font face. C’est précisément ce dont nous avons besoin en Egypte aujourd’hui.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Cinquième message: le rôle de la classe ouvrière</strong><br></h4>



<p>Alors que les manifestants et les manifestantes tiennent tête héroïquement au Soudan et en Algérie, la «confédération des professionnels soudanais», composée de huit syndicats, est entrée dans la danse pour mener les manifestations et organiser des grèves quotidiennes contre al-Bachir (NdT: Des métiers comme les médecins, les avocats, les journalistes, etc sont organisés de manière corporative en “syndicats professionnels” dans les pays arabes et peuvent jouer un rôle politique important comme ce fut le cas en Egypte et aujourd’hui au Soudan ). En Algérie, certaines organisations syndicales ont commencé à défier le régime en refusant le cinquième mandat de Bouteflika.<br>Il ne fait aucun doute que les grandes manifestations jouent un rôle de premier plan dans les deux pays, mais les régimes pourraient s&rsquo;accommoder de tels défis, et pourraient même noyer ces mobilisations dans le sang. Les deux soulèvement ont donc besoin de l’intervention de grandes sections ouvrières pour stopper net le processus de production (ou plutôt le processus d’exploitation) par des grèves reconductibles de masse qui ouvriraient des brèches significatives dans l’armure des régimes. La résistance des manifestations et leur amplification peut forcer la main du régime, mais il faudra lui porter le coup de grâce par un mouvement organisé par la classe ouvrière sur les lieux de travail pour handicaper le régime et le mettre à genoux.</p>
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		<title>Des réfugiéEs livrés à la dictature d&#8217;al-Bachir !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/des-refugiees-livres-a-la-dictature-dal-bachir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Oct 2017 09:29:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Répression]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Samedi 30 septembre, près de 200 réfugiéEs soudanais en France, accompagnés de quelques soutiens, ont dénoncé lors d&#8217;un rassemblement place de la République à Paris la complicité du gouvernement français avec les autorités de Khartoum. <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/des-refugiees-livres-a-la-dictature-dal-bachir/" title="Des réfugiéEs livrés à la dictature d&#8217;al-Bachir !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><em>Samedi 30 septembre, près de 200 réfugiéEs soudanais en France, accompagnés de quelques soutiens, ont dénoncé lors d&rsquo;un rassemblement place de la République à Paris la complicité du gouvernement français avec les autorités de Khartoum. </em></p>
<p style="text-align:justify;">Dans un article paru sur SreetPress le 1er octobre, l&rsquo;association La Chapelle debout livre le témoignage d&rsquo;un jeune Soudanais remis aux mains de la police de son pays après avoir été expulsé de France : <em>«&nbsp;la police française m&rsquo;a confié à la police soudanaise. Celle-ci m&rsquo;a mis en prison pour m’interroger&nbsp;».</em></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Des expulsions inhumaines et illégales</strong></p>
<p style="text-align:justify;">D&rsquo;autres réfugiéEs évoquent les visites d&rsquo;une mystérieuse «&nbsp;délégation soudanaise&nbsp;» sur les campements de migrantEs ou dans les centres de rétention administrative (CRA) : <em>«&nbsp;Ils m&rsquo;ont dit qu&rsquo;ils faisaient partie d&rsquo;une mission humanitaire. Ils avaient l&rsquo;air bizarre, c&rsquo;est pour ça que je suis resté méfiant et surtout silencieux&nbsp;»</em>. Selon l&rsquo;enquête de StreetPress, cette «&nbsp;mission d’identification&nbsp;» effectuée par des militaires soudanais dans plusieurs centres de rétention entre janvier et mars 2017 bénéficiait de l&rsquo;aval des autorités françaises. Interrogé sur le sujet, le ministère de l&rsquo;Intérieur ne dément pas. Il botte en touche en déclarant que <em>«&nbsp;c&rsquo;est un non sujet&nbsp;»</em> ou <em>«&nbsp;[qu’]il n&rsquo;y a pas de rapport écrit&nbsp;»</em>. Plus loquace, le Premier ministre belge Charles Michel, mis en cause dans une affaire similaire, dévoile que la France a livré 205 Soudanais à la dictature d&rsquo;al-Bachir entre 2014 et 2016. Ces chiffres sont confirmés par l&rsquo;agence de statistique européenne Eurostat.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Les autorités françaises coupables de complicité de crimes de guerre</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Cet aspect peu reluisant de la collaboration du gouvernement français avec la dictature d&rsquo;al-Bachir ne figure pas dans le «&nbsp;plan pour les migrants&nbsp;» rendu public le 12 juillet dernier. Depuis 2013, quatre millions de personnes victimes de la guerre civile au Soudan sud &#8211; où les armes affluent &#8211;&nbsp; ont été «&nbsp;déplacées&nbsp;», et plus de 300 000 y ont été tuées ! Quel sort aura t-il été réservé aux 205 Soudanais livrés à la police de leur pays ? Des témoignages précis démontrent que des opposants qui avaient été emprisonnés par la dictature pour leur engagement politique ont été expulsés vers le Soudan après avoir été identifiés par la «&nbsp;mission d’identification&nbsp;», mettant un terme au mythe entretenu d&rsquo;une différence de traitement entre migrants «&nbsp;économiques&nbsp;» et réfugiés politiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Dusse-t-elle bousculer et heurter les agendas politiques des uns et des autres, la question des réfugiéEs et migrantEs constitue pour les anticapitalistes et antiracistes que nous sommes une question aussi urgente que centrale. Nous devons mener campagne pour faire cesser immédiatement le scandale des reconduites aux frontières et de la remise d&rsquo;opposants politiques aux mains des dictatures.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>Alain Pojolat, </em></strong><em>le 10 octobre&nbsp;2017</em></p>
<p>Article écrit pour&nbsp;<a href="https://npa2009.org/publications-npa/hebdo-semaine">l&rsquo;Anticapitaliste</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/des-refugiees-livres-a-la-dictature-dal-bachir/">Des réfugiéEs livrés à la dictature d&rsquo;al-Bachir !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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