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	<title>Archives des Révolution - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Révolution - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Qu’est-ce qu’une révolution ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-quune-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 20:52:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La révolution, toujours aussi nécessaire contre le changement climatique, les violences d’état ou l’exploitation, paraît souvent lointaine, comme un horizon inatteignable : on n’ose même pas en rêver. C’est pour cette raison que nous devons <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-quune-revolution/" title="Qu’est-ce qu’une révolution ?">[...]</a></div>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>La révolution, toujours aussi nécessaire contre le changement climatique, les violences d’état ou l’exploitation, paraît souvent lointaine, comme un horizon inatteignable : on n’ose même pas en rêver. C’est pour cette raison que nous devons y revenir, la remettre à l’ordre du jour et au centre de nos perspectives. Mais qu’est-ce qu’une révolution ?&nbsp;</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #24 &#8211; octobre 2026</h6>



<p class="wp-block-paragraph">Rosa Luxemburg écrivait, dans Grève de masse, parti et syndicat : « Mais la révolution est autre chose, est davantage qu’un simple bain de sang. À la différence de la police qui, par révolution, entend simplement la bataille de rue et la bagarre, c’est-à-dire le “désordre”, le socialisme voit d’abord dans la révolution un bouleversement interne profond des rapports de classe. » La révolution est donc le processus de transformation de toute la société, par toustes celles et ceux qui la composent, au cours duquel ceux du bas, aujourd’hui exploités et dominés, prennent le pouvoir et renversent ceux du haut, la classe capitaliste qui possède les moyens de production (entreprises, usines, terres, énergie…). Au-delà de changer seulement le personnel dirigeant, les présidents et les députés, la révolution change la classe qui dirige la société pour inventer une société qui repose sur les besoins collectifs et individuels plutôt que sur le profit d’une minorité.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Qui fera la révolution ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a deux vues dominantes de la transformation radicale de la société : certaines organisations pensent qu’il s’agirait d’une transition graduelle, que la prise du pouvoir politique peut se résumer à gagner des élections, à contrôler l&rsquo;État. Mais l&rsquo;État n&rsquo;a pas la main sur ce qui nous permet de répondre à nos besoins &#8211; les moyens de production &#8211; et il n&rsquo;est pas neutre. D’un côté, il a été modelé par la bourgeoisie pour conserver son pouvoir, c’est un État bourgeois, et de l’autre, l’État a besoin de renforcer le capitalisme national pour fonctionner et être compétitif au niveau international.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;autre vue de la révolution est celle du petit nombre de personnes qui prennent le pouvoir. C’est par exemple la vision des groupes stalinistes, pour qui le parti représente la classe ouvrière et s’arroge donc le droit de faire la révolution à sa place, ou encore des autonomes, qui se préoccupent moins du nombre de personnes à mobiliser que de la soi-disant « radicalité » de leurs actions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas là notre vision de la révolution : elle ne peut être réalisée que par toute la population qui enfin prend en charge son destin, comme en Russie en 1917, au Portugal en 1974, en France en 1934-6, au Soudan en 2019…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi avons-nous besoin de toustes ? Après tout, ce qui compte est que ça fonctionne, et on pourrait donc imaginer qu’un petit nombre de personnes agisse à la place des autres, et renverse le capital. Pourtant, le caractère de masse est la condition pour que le processus fonctionne, car c’est la seule manière de s’attaquer aux oppressions : les idées changent par la pratique, et la lutte tous·tes ensemble permet de déconstruire radicalement les idées dominantes, racistes et patriarcales. Le processus de révolution ne transformera toute la société que s’il implique toute la société. Par ailleurs, notre pouvoir contre les capitalistes et leur État se situe précisément là d’où ils tirent le leur : au travail. Les communistes ne parlent pas de la classe travailleuse par simple tradition politique ou seulement parce qu’elle englobe 90% de la population. C’est surtout parce qu’il y a une interdépendance entre eux et nous : la bourgeoisie n’est puissante que parce que nous travaillons pour elle, ce qui fait que faire grève est notre arme de classe par excellence contre elle. Par exemple, à Minneapolis, dans la lutte contre l’ICE, des travailleur·euses d&rsquo;hôtel ont refusé d’héberger l’ICE, des garagistes de réparer leurs voitures quand les pneus sont lacérés par les manifestant·es… On pense aussi aux dockers en grève pour la Palestine, dont le pouvoir de classe est particulièrement efficace pour empêcher l’envoi d’armes vers Israël. Pour gagner, tous les membres de notre classe ont leur rôle à jouer !</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong><em>Faire </em>une révolution</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La transformation de la société commence par l’ébullition politique du mouvement social qui prend de l’ampleur : dans les mouvements par en bas, les gens s’organisent, parlent en public, créent des comités de grève, de quartier… Nous prenons confiance en nos forces, collectivement et individuellement. Soudainement, chacun·e a son mot à dire sur comment la société devrait être gérée, plutôt que de déléguer son pouvoir comme c’est le cas la plupart du temps. C’est cette ébullition politique à une échelle de masse qui permet la lutte contre les oppressions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la révolution commence quand ces mouvements prennent en charge l’organisation de la vie quotidienne. Gérer la distribution de la nourriture, l’électricité, l’eau, la gestion des déchets… tout devient possible quand les travailleur·euses s’organisent pour prendre en main la société, en arrêtant de travailler pour les capitalistes, en occupant leurs lieux de travail, pour reprendre le travail, cette fois pour nous !</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exemple du Soudan est éclairant : fin 2018, la crise économique et l’inflation déclenchent des manifestations, qui se transforment en révolte politique contre Omar el-Bechir, au pouvoir depuis 30 ans à la suite d&rsquo;un coup d&rsquo;État militaire. En plus des sit-ins, des grèves de masse, les manifestant·es commencent à réorganiser le quotidien. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mohamed témoigne auprès du SWP en 2021 : « Nous avons mis en place des comités pour organiser certains aspects de la vie. L’un d’entre eux est chargé des soins médicaux. Il distribue des médicaments et transporte les personnes gravement malades vers des hôpitaux que nous estimons sûrs. Nous soignons également tous les manifestants blessés.<br>Un autre groupe s’occupe des réparations dans les logements : installations électriques, alimentation en eau, etc. Pour la plupart des gens, c’est bien mieux que ce dont ils disposaient en “temps normal”. Un autre groupe est chargé de veiller à ce que chacun ait suffisamment à manger. Personne ne souffre de la faim, pas même les enfants des rues qui ont souvent faim. Nous recueillons les dons en nature et en argent de ceux qui ont assez pour les redistribuer à ceux qui n’en ont pas assez.<br>Un groupe très important assure la protection des manifestants et des habitants du quartier. Cela peut impliquer d’ériger des barricades et d’autres obstacles pour bloquer l’avancée de l’armée. <br>D’autres personnes assurent la communication avec les autres comités. Enfin, il y a un groupe dont je peux simplement dire qu’il sert à remonter le moral et à apporter de la joie. Nous aurons de la musique, des histoires et de la poésie. Nous ferons des activités créatives avec les enfants. »<sup data-fn="6fefa869-73e4-4647-b1ac-78624d02d1ed" class="fn"><a href="#6fefa869-73e4-4647-b1ac-78624d02d1ed" id="6fefa869-73e4-4647-b1ac-78624d02d1ed-link">1</a></sup></p>



<p class="wp-block-paragraph">La réorganisation de la société selon les besoins plutôt que le profit mène nécessairement à de nouvelles formes d’organisation, car les anciennes formes, l’État bourgeois, ne le permettent pas. Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle constitution, d’une nouvelle république : ce sont toutes les structures politiques et économiques qui doivent bouger. Ce processus ne se fait pas en un jour. Lénine écrit dans Que faire ? : « On ne saurait se représenter la révolution elle-même sous forme d’un acte unique : la révolution sera une succession rapide d’explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d’accalmie plus ou moins profondes. »</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La crise révolutionnaire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution ne commence pas quand suffisamment de personnes sont révolutionnaires – on pourrait attendre longtemps ! Au contraire, c’est l’entrée dans un processus de transformation de la société qui rend la classe révolutionnaire. Lénine développe la notion clé de « crise révolutionnaire », qui rend concevable la prise du pouvoir par une classe dominée. Il la définit ainsi : « quand ceux du haut ne peuvent plus, quand ceux du bas ne veulent plus, quand ceux du milieu hésitent et basculent ».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces trois éléments sont indissociables et pas à l’ordre du jour de chaque mobilisation : pour l’instant, ceux du haut peuvent toujours, même pendant les grandes mobilisations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une crise révolutionnaire est une crise du pouvoir politique de la bourgeoisie, c’est donc une crise de l’État. Quand nous nous organisons pour gérer la société, nécessairement, d’autres structures apparaissent, l&#8217;embryon d’un nouvel État apparaît. L’ancien État, bousculé, n’a pourtant pas disparu et est prêt à tout pour nous détruire. Cette dualité de pouvoir n’est possible que dans le cadre d’un mouvement de masse. Elle ne peut pas durer, car l’un des deux pouvoirs finira par gagner, mais lequel ? Pour gagner, le pouvoir révolutionnaire doit détruire l’ancien État, le renverser définitivement, s’armer pour affronter l’armée de l’État bourgeois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Allemagne, la révolution commence en 1917 par la grève des marins de Kiel, qui refusent de partir au combat pendant la Première Guerre mondiale. Après leur victoire express, la révolte s&rsquo;étend à toute l&rsquo;Allemagne. La révolution durera jusqu’en 1923, par vagues successives, une histoire largement oubliée aujourd’hui. Grèves de masse, organisation de millions de travailleur·euses dans le Parti communiste, c’est toute la société qui est bousculée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, le SPD, parti social-démocrate réformiste, s’attache à limiter la mobilisation aux élections de nouvelles assemblées, sans toucher au pouvoir de la bourgeoisie ni à l’ancien État. Des milices fascistes s’organisent pour briser les grèves et tuer les communistes. Face à ça, la classe travailleuse allemande disposait de comités de grève dans tout le pays qui pouvaient représenter ce nouvel État ouvrier. Mais elle n’a pas su s’organiser pour riposter à l’échelle nationale, s’armer, défaire une bonne fois pour toutes l’ancien État qui la réprime et les armées des pays voisins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le dit Saint-Just : « Ceux qui font des révolutions à moitié n&rsquo;ont fait que se creuser un tombeau. »</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>En attendant la révolution</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons donc vu à quoi ressemble un processus révolutionnaire. Mais comme elle émerge de la crise économique, politique, écologique du capitalisme, nous ne pouvons pas la décréter. Il ne servirait à rien d’entreprendre une propagande de masse pour la révolution maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par contre, nous pouvons préparer le terrain de la révolution dès maintenant, sans l’attendre !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre classe n’est pas un bloc homogène, au contraire : la majorité est réformiste et doute de son pouvoir, tandis qu’une large partie est raciste, sexiste… Faire partie de la classe travailleuse ne signifie pas automatiquement être révolutionnaire. Mais nous pouvons encourager et multiplier tout ce qui permet à notre classe de prendre confiance en elle : les mobilisations, la lutte antiraciste, les grèves, tout cela transforme les personnes mobilisées qui commencent à voir qu’une autre société est possible. C’est donc notre rôle de révolutionnaires d’être engagé·es dans le mouvement social et de lutter même pour des objectifs qui ne sont pas en soi révolutionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte contre les oppressions doit être une priorité, car elles sont constamment utilisées pour briser notre classe et ses mobilisations. En construisant la solidarité de classe anti-raciste, nous en sommes toustes plus fort·es.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, nous devons construire des organisations révolutionnaires capables de pousser pour des perspectives révolutionnaires à chaque étape de la lutte collective : ne pas s’en remettre à l&rsquo;État, faire classe, faire collectif. En réunissant dans une même organisation les activistes et syndicalistes les plus motivé·es à construire la révolution, nous ne cherchons pas à ce que ce parti agisse à la place de la classe, fasse la révolution comme un coup d’État. Au contraire, il s’agit d’unifier la classe en généralisant les expériences les plus unifiantes, les expériences de lutte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La crise actuelle du capitalisme est aussi une crise de son hégémonie. Gramsci explique que l’hégémonie du capitalisme repose sur une combinaison de consentement et de coercition : d’un côté l’idéologie dominante qu’on intègre, de l’autre la répression de l’État. Une crise d’hégémonie brise le consentement et ouvre une période où tout est possible, le meilleur comme le pire. À nous de construire le meilleur !</p>



<h5 class="wp-block-heading">Victor, Brest</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="6fefa869-73e4-4647-b1ac-78624d02d1ed">Voir : <a href="https://socialistworker.co.uk/in-depth/how-can-the-revolution-win-in-sudan/">How can the revolution win in Sudan ? </a>sur le site Socialist Worker. Et <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/revolution-au-soudan-larmee-la-reforme-et-la-resistance-par-en-bas/">Révolution au Soudan : L’armée, la réforme et la résistance par en bas</a> sur le site d&rsquo;A2C <a href="#6fefa869-73e4-4647-b1ac-78624d02d1ed-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-quune-revolution/">Qu’est-ce qu’une révolution ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les directions syndicales, un point d’appui pour les classes dirigeantes ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/les-directions-syndicales-un-point-dappui-pour-les-classes-dirigeantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Sep 2026 23:47:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans le numéro 21 des Cahiers de mars dernier, nous avons publié un article de notre camarade Anouk intitulé « Syndicalisme : les directions contre la base ? ». Nous prolongeons aujourd’hui le débat avec <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/les-directions-syndicales-un-point-dappui-pour-les-classes-dirigeantes/" title="Les directions syndicales, un point d’appui pour les classes dirigeantes ?">[...]</a></div>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans le numéro 21 des Cahiers de mars dernier, nous avons publié un article de notre camarade Anouk intitulé « Syndicalisme : les directions contre la base ? ». Nous prolongeons aujourd’hui le débat avec une réponse de notre camarade Gaël.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/syndicalisme-les-directions-contre-la-base/">Dans son article</a>, Anouk écrit : Pour éviter un affrontement généralisé, la classe dirigeante s’appuie sur les directions syndicales, qui jouent un rôle central dans la canalisation de la mobilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis clairement d’accord avec la seconde partie de la phrase. Toutefois, dire qu’en tous lieux et en tous temps, les classes dirigeantes s’appuieraient sur les directions syndicales me semblent nier bien des dynamiques en cours. La répression syndicale frappe aussi la bureaucratie intermédiaire et la crise du capitalisme renforce la polarisation mais aussi les mécanismes délégataires. Mais toutes les forces qui ont adopté la politique de la cogestion sont aujourd’hui affaiblies. La direction confédérale de la CGT est prise en étau entre sa volonté bureaucratique d’être le premier négociateur de France et la volonté d’en découdre dans toute une série de secteurs. Macron l’a bien compris en 2023 : son objectif premier était bien de s’en prendre aux outils collectifs de la classe dans leur ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretenir la conflictualité avec les directions syndicales afin de garantir l’auto-organisation à la base ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Anouk nous invite à « assumer de porter des conflits avec les directions syndicales même locales quand elles limitent l’action et la force collective » Je crois qu’il est absolument nécessaire de différencier notre rapport aux bureaucraties nationales ou locales de nos antagonismes avec les classes dirigeantes. En raison même de l’hétérogénéité de la conscience de notre classe, des illusions réformistes existent au sein des bases syndicales, ainsi que des idées parfois plus réactionnaires que celles de leur direction opportuniste. L’écueil dans lesquels tombent de nombreux courants révolutionnaires n’est pas tellement de vouloir remplacer une direction par une autre. Leur problème est d’abord leur analyse du réformisme. Notre analyse implique de s’intéresser également à ce qu’il produit de néfaste à l’intérieur de notre classe et pas seulement dans les directions. Or l’article d’Anouk dépeint la base syndicale comme homogène. Cet écueil dans l’analyse revient à nier bien des aspects stratégiques qui résultent précisément de l’hétérogénéité de la conscience de classe : le front uni contre le fascisme, le rôle de l’organisation et du journal révolutionnaire ou la nécessité du combat antiraciste, y compris contre nos collègues&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelle critique des directions syndicales ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La meilleure critique des directions syndicales est d’abord de construire des outils syndicaux à la base. C’est une AG de gréviste qui aboutit à la construction d’un piquet de grève au Centre des Finances Publiques de Montreuil au printemps dernier, le premier depuis 2018. Mais si on n’avait pas tourné dans tous les services du centre régulièrement avec les tracts de la direction de la CGT Finances Publiques, si on n’avait pas mensuellement animé des heures d’info syndicales alors cette grève n’aurait jamais eu lieu. On avait ni date nationale, ni d’autre appui que ma section syndicale départementale. Les dirigeant·es étaient divisé·es et donc timides sur les possibilités même de la grève. C’est parce qu’une collègue de droite a dit en AG « je suis anti-syndicat mais là c’est trop grave, je soutiendrai votre action » que tout le monde a basculé vers l’agitation pour laquelle je me battais. Si une personne de droite soutien la grève, comment peut-on être syndicaliste et se refuser à la construire en lui prétendant une dimension contre l’austérité, la souffrance au travail, certes, mais aussi l’injustice fiscale et la guerre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième critique à opposer aux directions syndicales est donc de multiplier les piquets de grève et de se battre quotidiennement avec cet objectif en tête, et donc de s’adresser à l’ensemble des niveaux de conscience par l’outil syndical.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième critique est évidemment de combattre l’idéologie dominante face à laquelle les bureaucraties plient sans cesse afin de ne pas cliver, espérant ainsi gagner les élections. Seul le développement d’une organisation révolutionnaire peut nous donner les bases à même d’en influencer d’autres. Sans cela, on en vient à espérer qu’un·e camarade isolé·e défende une motion antiraciste en congrès sans même avoir pris la peine de construire les bases collectives en amont.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Gaël Braibant (Montreuil)</strong></p>
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		<title>Faisons entrer notre classe pour sortir les fascistes !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/faisons-entrer-notre-classe-pour-sortir-les-fascistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Sep 2026 15:31:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[élections]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #23 &#8211; Septembre 2026 L’été et la rentrée de l’année dernière avaient été marqués par un mouvement de classe qui s’était construit par en bas contre le budget de guerre, le racisme, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/faisons-entrer-notre-classe-pour-sortir-les-fascistes/" title="Faisons entrer notre classe pour sortir les fascistes !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-paragraph"><strong>Les Cahiers d&rsquo;A2C #23 &#8211; Septembre 2026</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’été et la rentrée de l’année dernière avaient été marqués par un mouvement de classe qui s’était construit par en bas contre le budget de guerre, le racisme, le fascisme, le génocide à Gaza et qui avait fait tomber le gouvernement Bayrou en dépit de directions syndicales et d’une partie de la gauche qui avaient tout fait dans les mois qui avaient précédé pour ne pas en arriver là : la participation aux conclaves sur les retraites au printemps 2025 est une des nombreuses illustrations de cette stratégie. Le mouvement Bloquons-tout n’a pas perduré en tant que tel au-delà de la destitution de Bayrou. Ce n’était pas faute de combativité, mais plutôt par manque de perspectives et de revendications une fois Bayrou dégagé ! La défaite dans la victoire. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rentrée s’annonce tout aussi mouvementée avec la mise en mouvement de nombreux fronts et l’appel à la grève dans plusieurs secteurs : Mobilisation féministe du 7 septembre contre les violences sexistes et sexuelles, grèves de la santé le 15, manifestations antiracistes contre la loi « permis de tuer » le 20 septembre, mobilisations écologiques et des pompiers le 26, grève de la fonction publique le 29&#8230;<br>Comme le mouvement Bloquons-Tout était une expression des enseignements que notre classe tirait des expériences précédentes &#8211; notamment sur la période de 2023 avec le mouvement contre la réforme des retraites, le combat contre la loi Darmanin et les révoltes à la suite du meurtre de Nahel par la police &#8211; le mouvement de septembre 2026 continue à illustrer la combativité de notre classe. C’est dans cette mise en action et à travers les bilans qui en sont faits que peuvent s’accumuler les expériences qui renforcent notre capacité collective à agir.<br>Il faut donc construire chacune de ces dates, argumenter pour que les mobilisations ne soient pas juste un moyen de pression dans le contexte d’élections mais plutôt pousser pour que les discussions tournent autour de la question de comment continuer et amplifier, comment élargir la base de celles et ceux qui organisent ces mobilisations et leurs suites.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’unité doit se construire à travers le mouvement antifasciste et antiraciste</strong><br>C’est dans ce contexte que les mobilisations antifascistes qui s’annoncent contre le congrès du RN et le meeting de lancement de campagne de Le Pen à Orléans le weekend du 24 et 25 octobre sont déterminantes pour les mois à venir. Le danger avec le RN, ça n’est pas juste leur éventuelle victoire aux prochaines élections présidentielles et législatives. Le véritable danger, c’est le fascisme. Les empêcher de faire campagne est une nécessité pour empêcher le fascisme de progresser. Partout où le RN et Reconquête seront en capacité d’organiser des meetings, de coller des affiches, de diffuser des tracts, d’assurer une présence dans un quartier, un marché, une ville, un village, la capacité de notre classe à s’organiser dans ces endroits sera amoindrie et les racistes et les fascistes prendront la confiance et s’organiseront. La vague de violences racistes et les groupes fascistes dans les rues dans les semaines qui ont précédé les élections législatives de 2024 qui étaient promises au RN sont l’illustration que le danger n’attend pas les élections. Les suites du mouvement de septembre, pour chacun des fronts qui s’y engagent, pour l’ensemble de notre classe se jouent dans notre capacité à construire l’unité dans l’action la plus large pour confronter et isoler les fascistes à Orléans. C’est pour cela qu’il est déterminant qu’on soit le plus nombreuses et nombreux possibles dans la rue à Orléans contre le RN et qu’il y ait le plus possible de villes et villages qui organisent des déplacements pour en être.<br>Le RN cherchera à faire une démonstration de force pour galvaniser ses troupes et prouver à la bourgeoisie qu’il a la capacité de prendre les rênes du pays. L’enjeu est d’autant plus grand qu’en tant que premier meeting, ce qu’il suscitera (enthousiasme ou déception?) jettera les bases de la campagne à venir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La riposte s’organise localement et de nombreuses organisations (CGT, Marche des Solidarités, collectifs antifascistes) appellent à la renforcer et à en faire une riposte nationale. Que la démonstration de force soit de notre côté ! Soyons les plus nombreux et nombreuses possible à construire la mobilisation nationalement.<br>Cette dynamique sera le marchepied pour la construction de campagnes locales antifascistes pour que nulle part ailleurs les fascistes ne se sentent en confiance de s’afficher. Elle nous donnera la confiance nécessaire à agir partout jusqu’aux élections.<br>L’audience pour ce mouvement antifasciste et antiraciste existe donc et les forces pour continuer à le construire sont là. Ces derniers mois, des milliers de personnes se sont engagées dans toute la France pour construire des mobilisations contre les fascistes (par exemple contre le défilé néonazi du C9M, contre les apparitions du RN et de Reconquête pendant les municipales et jusque pendant les vacances des fascistes cet été), ou contre les politiques racistes, pour le droit au logement de toutes et tous, pour la régularisation des sans-papiers, etc. Ces réseaux antiracistes et antifascistes existants doivent être renforcés, de nouveaux doivent essaimer&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et les élections ? Votons LFI, mais surtout organisons-nous pour lutter dès maintenant.</strong><br>Mélenchon est désormais donné au second tour. La politique de la FI, qui décide depuis les échecs répétés des unions de la gauche de jouer la carte de la polarisation – contrairement au reste de la gauche, directions syndicales comprises, qui aspire à lisser les contradictions sociales (rappelons-nous la canalisation de Bloquons-Tout) – porte ses fruits.<br>Ainsi notre classe, et en particulier la jeunesse, est largement galvanisée par la candidature Mélenchon.<br>Des dizaines de milliers de jeunes voient en la victoire de la FI un débouché pour leurs aspirations politiques, contre les inégalités, contre le racisme, le sexisme, pour l’écologie etc. Cet enthousiasme est largement démontré par la participation et la ferveur rencontrées aux rassemblements FI de ces derniers mois : meeting à Saint-Denis, concert de la fête de la musique à Paris, universités d’été&#8230; Ce qui apparaît possible avec la FI, c’est non seulement de gagner contre les fascistes mais aussi contre l’ensemble des politiques racistes, néolibérales, qui les ont renforcés ces dernières années.<br>La FI à besoin des luttes pour gagner. Elle sait que c’est la combativité dont fera preuve notre classe ces prochains mois qui fera la différence dans les urnes en avril. La manifestation contre le racisme et l’extrême-droite du 21 juin initiée par Bally Bagayoko dans une perspective unitaire &#8211; s’efforçant de rassembler largement les autres organisations de gauche autour de cette date &#8211; est une démonstration de ce qui pourrait être la démarche insoumise ces prochains mois. À ce titre, ces prochains mois les révolutionnaires ne doivent certainement pas céder au sectarisme vis-à-vis de la France Insoumise, comme il en a été lors de la manifestation parisienne du 21 juin contre le racisme et l’extrême-droite, boudée par les organisations de gauche radicale ! Au contraire, l’engouement de la jeunesse donné plus haut doit nous réjouir et il nous impose. Personne ne se bat pour perdre : cet engouement est un moteur pour l’action ! Aux révolutionnaires d’être de toutes les expériences que mènera cette frange de notre classe. Expérience électorale&#8230; incluse. Il faut voter LFI aux présidentielles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Se séparer pour unir la classe dans la lutte</strong><br>Ne pas attendre les élections, penser et construire l’unité, argumenter pour que nos cadres de luttes s’ouvrent et s’adressent à notre classe dans son ensemble, faire de la politique à partir de nos lieux de travail et d’études, avec la conviction que chaque nouvelle initiative par en bas renforce la capacité d’agir de nous toutes et tous&#8230; Ces conceptions ne naissent pas toutes faites dans la tête des exploité·es et des opprimé·es ! On peut au contraire préférer tempérer nos luttes pour garantir une victoire électorale, séparer les champs du social et du politique – « la grève c’est pour les salaires, pas contre le racisme ! » – et penser la transformation par en haut – « la rue, d’accord, mais le débouché c’est l’assemblée ! ». La lutte des classes c’est aussi mener des batailles à l’intérieur de notre camp. Pour les gagner, formuler des analyses et proposer des stratégies dans le mouvement, synthétiser les leçons qu’on tire de nos luttes&#8230; les révolutionnaires doivent construire des organisations où ils et elles se rassemblent pour mieux intervenir dans la classe et mener les combats pour défendre une certaine stratégie. Les prochains mois seront intenses et nous ne pouvons pas faire l’économie de débats, pour toutes celles et ceux qui veulent triompher sur l’exploitation et l’oppression. C’est à ce titre que Les Cahiers d’A2C paraîtront désormais une fois par mois, et que nous ouvrons une rubrique « courriers des lecteur·ices ». Cette revue vous plaît ? Vous souhaitez répondre à un article ? Vous abonner, vous ou un·e proche ? Participer à une réunion pour débattre ou vous-même organiser une réunion publique autour d’un article ? Écrivez-nous !</p>



<p class="wp-block-paragraph">A2C</p>
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		<title>Qu&#8217;est-ce-que le marxisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-que-le-marxisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Aug 2026 11:38:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[lutte des classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[matérialisme historique]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous avons ressenti le besoin, ces derniers mois, de (re)construire une compréhension commune de ce que sont les « bases » de la théorie marxiste : comment les sociétés évoluent-elles et quelle est l&#8217;origine du capitalisme ? <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/quest-ce-que-le-marxisme/" title="Qu&#8217;est-ce-que le marxisme ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Nous avons ressenti le besoin, ces derniers mois, de (re)construire une compréhension commune de ce que sont les « bases » de la théorie marxiste : comment les sociétés évoluent-elles et quelle est l&rsquo;origine du capitalisme ? Qu&rsquo;est-ce que la théorie de la valeur, comment comprendre les crises ? Nous avons décidé dans plusieurs villes de repartir de la brochure « <em>Qu&rsquo;est-ce-que le marxisme?</em> » de Chris Harman. Nous vous proposons de la découvrir également. Les premiers chapitres sont déjà disponibles en podcast, les autres suivront !</p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-6a78106e-4825-4947-86cb-0de23ab0adc2" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/07/Quest-ce-que-le-marxisme_A4_page-par-page.pdf">Qu&rsquo;est-ce que le marxisme_A4_page par page</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/07/Quest-ce-que-le-marxisme_A4_page-par-page.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-6a78106e-4825-4947-86cb-0de23ab0adc2">Télécharger</a></div>



<h2 class="wp-block-heading">Introduction</h2>



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<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, la plupart des gens pensent que le marxisme est compliqué&nbsp;; cette impression est d’ailleurs renforcée par les adversaires du socialisme. De plus beaucoup d’intellectuels qui se disent «&nbsp;marxistes&nbsp;» encouragent ce mythe&nbsp;: ils cultivent délibérément des phrases obscures et de mystiques expressions qui donnent l’impression qu’ils possèdent une connaissance qui serait refusée aux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est ainsi à peine surprenant que beaucoup de socialistes, qui travaillent 40 heures par semaine à l’usine, dans les mines ou au bureau pensent qu’ils n’auront ni le temps ni l’opportunité de le comprendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, les idées de base du marxisme sont extrêmement simples. Elles permettent de comprendre, comme aucune autre théorie, la société dans laquelle nous vivons. Elles expliquent les crises économiques, pourquoi il y a tant de pauvreté au milieu de l’abondance, les coups d’États et les dictatures militaires, pourquoi les merveilleuses innovations technologiques envoient des millions de personnes au chômage, pourquoi les&nbsp;«&nbsp;démocraties&nbsp;» soutiennent les tortionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les idéologues bourgeois, qui dénaturent tant les idées marxistes, tournent en rond dans un monde qu’ils ne comprennent pas et expliquent encore moins. Cependant, si le marxisme n’est pas difficile, il y a un problème pour quiconque essaie de lire Marx pour la première fois. Il écrivait il y a plus d’un siècle. Il utilisait le langage de l’époque, avec des références aux événements et personnes de cette période, qui étaient alors familiers à pratiquement tout le monde mais qui ne sont connus que par des historiens spécialisés. Je me rappelle mon désarroi lorsque, encore à l’école, j’ai essayé de lire sa brochure&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm">Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne savais ni ce qu’était Brumaire ni qui était Louis Bonaparte. Combien de socialistes ont abandonné l’espoir de comprendre le marxisme après de telles expériences&nbsp;? C’est la raison d’être de ce livre&nbsp;: fournir une introduction aux idées marxistes. Cela rendra la tâche plus facile aux socialistes pour comprendre ce que disait Marx, ainsi que le développement du marxisme à travers des personnes comme Engels, Luxemburg, Lénine, Trotsky et d’autres moins connus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la fin de cette brochure, il y a une liste de classiques de la tradition marxiste qui permettent d’aller plus loin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1 &#8211; Pourquoi avons-nous besoin de la théorie marxiste ?</h2>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi aurions-nous besoin d’une théorie&nbsp;? On sait qu’il y a la crise, qu’on se fait voler par nos patrons. On sait qu’on est tous en colère. On sait qu’on a besoin du socialisme. Tout le reste, c’est pour les intellectuels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On entend souvent ce genre de discours chez les militants socialistes et syndicaux. Ce point de vue est fortement encouragé par les antisocialistes, qui essaient de donner l’impression que le marxisme est une doctrine obscure, compliquée et ennuyeuse. Les idées socialistes, disent-ils, sont ’abstraites’. Elles semblent géniales en théorie, mais la réalité est complètement différente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème avec ce genre d’argument est que ceux qui le mettent en avant ont en général leur propre ’théorie’, même s’ils refusent de le reconnaître. Posez-leur n’importe quelle question sur la société, ils essaieront d’y répondre avec une généralisation ou une autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques exemples&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; «&nbsp;Les gens sont naturellement égoïstes&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; «&nbsp;En bossant assez dur, tout le monde peut arriver au plus haut niveau&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; «&nbsp;S’il n’y avait pas les riches, il n’y aurait pas assez d’argent pour fournir du travail aux autres&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; «&nbsp;Si seulement on pouvait éduquer les travailleurs, la société changerait&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; «&nbsp;Si le pays est dans un tel état c’est parce qu’on a perdu toute valeur morale&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours de n’importe quelle discussion, dans le bus ou à la cantine, vous pourrez entendre des dizaines de phrases de ce genre. Tout le monde a dans la tête des idées sur pourquoi la société est ce qu’elle est, et comment améliorer sa propre situation. Ces idées sont toutes des&nbsp;«&nbsp;théories&nbsp;» de la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand quelqu’un dit qu’il n’a pas de théorie, ce qu’il veut dire en réalité, c’est qu’il n’a pas clarifié ses idées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est particulièrement dangereux pour quiconque veut changer la société, car les journaux et la télévision remplissent sans cesse nos esprits de tentatives d’explication de cette société. Ils espèrent que l’on va accepter ce qu’ils disent sans se poser de questions. Mais on ne peut se battre de manière efficace, pour changer la société, sans savoir ce qui est faux dans tous ces arguments.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela a été montré pour la première fois, il y a 150 ans. Dans les années 1830 et 1840, le développement de l’industrie, dans des zones comme le nord-ouest de l’Angleterre, entraîna des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vers des boulots misérablement payés. Ils étaient contraints d’endurer des conditions de vie d’une incroyable difficulté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils commencèrent à se défendre à travers les premières organisations de masse de travailleurs &#8211; les premiers syndicats, et en Angleterre le premier mouvement pour les droits politiques des travailleurs, le Chartisme. Aux côtés de ces mouvements, apparurent les premiers petits groupes de personnes décidées à se battre pour le socialisme. Immédiatement, se posa le problème de savoir comment le mouvement des travailleurs pouvait atteindre ses objectifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines personnes pensaient qu’il était possible, avec des moyens pacifiques, de persuader les dirigeants de la société de changer les choses. La force ’morale’ de la masse, des mouvements non-violents permettraient des améliorations pour les travailleurs. Des centaines de milliers de personnes s’organisèrent, manifestèrent, travaillèrent à la construction d’un mouvement se basant sur de telles conceptions &#8211; pour terminer vaincues et démoralisées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres reconnurent le besoin d’utiliser la ’force physique’, mais pensèrent qu’elle devait être utilisée par de petits groupes de conspirateurs détachés du reste de la société. Ces conceptions, elles aussi, amenèrent à la défaite et à la démoralisation, des dizaines de milliers travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres encore croyaient que les travailleurs pouvaient gagner grâce à des actions économiques sans se confronter à l’armée et à la police. Encore une fois ces arguments conduisirent à des actions de masse. En Angleterre, en 1842, eut lieu la première grève générale de l’histoire du monde, dans les zones industrielles du nord. Des dizaines de milliers de travailleurs ont résisté pendant quatre semaines jusqu’à ce que la faim et les privations les forcent à retourner au travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut à la fin de la première période des luttes des travailleurs, en 1848, que le socialiste allemand Karl Marx exposa ses idées en totalité, dans le Manifeste du parti communiste. Ses idées ne tombaient pas du ciel. Elles essayaient de fournir une base de réponse aux questions soulevées par les mouvements de travailleurs de l’époque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idées que Marx a développées sont toujours d’actualité. Il est stupide de dire, comme beaucoup de personnes le font, qu’elles doivent être dépassées parce que Marx les écrivit, il y a plus de 150 ans. En fait, toutes les notions sur la société contre lesquelles Marx polémiquait sont actuellement toujours très répandues. Comme les Chartistes qui défendaient la ’force morale’ contre la ’force physique’, les socialistes débattent aujourd’hui de la ’voie parlementaire’ ou de la ’voie révolutionnaire’. Parmi les révolutionnaires, les débats pour ou contre le ‘terrorisme’ sont aussi vivants qu’ils l’étaient en 1848.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les Idéalistes</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Marx ne fut pas la seule personne à essayer de décrire ce qui n’allait pas dans la société. À l’époque où il écrivait, de nouvelles inventions dans les usines permettaient de créer des richesses à une échelle inimaginable pour les générations précédentes. Pour la première fois, il semblait que l’humanité avait les moyens de se défendre contre les calamités naturelles qui furent la plaie des générations passées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, cela ne signifia pas une quelconque amélioration dans la vie de la majorité de la population. Au contraire. Les hommes, les femmes et les enfants qui peuplaient les nouvelles usines, vivaient dans de bien pires conditions que leurs grands-parents qui avaient trimé au champ. Leurs salaires leur permettaient à peine de survivre&nbsp;; et des périodes de chômage de masse aggravaient encore plus leur situation. Ils étaient entassés dans de misérables bidonvilles dépourvus de service sanitaire et exposés à des épidémies monstrueuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le développement de la civilisation, au lieu d’apporter un bonheur et un bien-être général, donna naissance à une plus grande misère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela fut observé non seulement par Marx, mais aussi par d’autres grands penseurs de l’époque &#8211; les poètes anglais Blake et Shelley, les Français Proudhon et Fourier, les philosophes allemands Hegel et Feuerbach.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hegel et Feuerbach appelèrent l’État de malheur dans laquelle l’humanité se trouvait, ’l’aliénation’ &#8211; un terme encore souvent employé. Par aliénation, Hegel et Feuerbach entendaient que les hommes et les femmes se trouvaient continuellement opprimés et dominés par ce qu’eux-mêmes avaient fait dans le passé. Ainsi, concluait Feuerbach, les gens développèrent l’idée de Dieu &#8211; et ainsi, s’y sont soumis, se sentant misérables parce qu’ils ne pouvaient vivre conformément à ce qu’ils avaient fait. Plus la société avançait, plus les gens se sentaient misérables, ’aliénés’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son premier écrit, Marx reprit cette notion«&nbsp;d’aliénation&nbsp;», et l’appliqua à la vie de ceux qui créaient les richesses de la société&nbsp;:<br></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ouvrier devient d&rsquo;autant plus pauvre qu&rsquo;il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. (&#8230;) La <em>dépréciation</em>&nbsp; du monde des hommes augmente en raison directe de la <em>mise en valeur</em>&nbsp; du monde des choses. (&#8230;) l&rsquo;objet que le travail produit, son produit, l&rsquo;affron­te comme un <em>être étranger,</em> comme une <em>puissance indépendante</em> du producteur.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Au temps de Marx, les explications les plus populaires de ce qui n’allait pas dans la société, étaient du type religieux. La misère de la société, entendait-on, venait de l’échec des gens à faire ce que Dieu voulait qu’ils fassent. Si seulement ils ’renonçaient tous au péché’, tout irait bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une vue similaire est très répandue de nos jours, bien qu’elle ne se veuille plus religieuse. Elle affirme que ’pour changer la société, on doit se changer soi-même d’abord’. Si seulement, les hommes et les femmes pouvaient, individuellement, se guérir eux-mêmes de ’l’égoïsme’ ou du ’matérialisme’, alors la société irait immédiatement beaucoup mieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre position, du même type, disait qu’il faudrait non plus changer tous les gens, mais seulement quelques-uns, ceux qui exercent le pouvoir. L’idée était de rendre les riches et les puissants ’raisonnables’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des premiers socialistes anglais, Robert Owen, commença par essayer de convaincre des chefs d’entreprises d’être plus raisonnables avec leurs travailleurs. La même idée est toujours dominante, au sein des partis socialiste et communiste, y compris leur aile gauche. Notez comment ils appellent toujours les crimes des patrons, des ’erreurs’, comme si un peu de discours pouvait persuader la haute finance de relâcher son étau sur la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marx appela ces positions des positions ’idéalistes’. Non parce qu’il était contre les gens qui ont des ’idées’, mais parce que ces positions affirment que les idées existent indépendamment des conditions dans lesquelles les gens vivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idées des gens sont intimement liées aux conditions dans laquelle ils vivent. Prenons, par exemple, ’l’égoïsme’. La société capitaliste actuelle nourrit l’égoïsme &#8211; même si des gens essaient, sans arrêt, de faire preuve de solidarité. Un travailleur qui veut le meilleur pour ses enfants, qui veut pour ses parents les meilleures conditions de retraite, se trouve dans l’obligation de se battre continuellement avec les autres &#8211; pour avoir un meilleur travail, plus d’heures-sups, pour être le premier à l’embauche. Dans ce genre de société, on ne peut se débarrasser de ’l’égoïsme’ ou de ’l’avarice’, en essayant de changer les esprits des gens. C’est même encore plus ridicule, de parler de changer la société en changeant les idées des ’personnes haut placées’. Imaginez que vous réussissez à gagner un grand patron aux idées du socialisme et qu’il arrête d’exploiter ses travailleurs. Il perdra tout simplement contre des employeurs rivaux, et sera éjecté des affaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même pour ceux qui dirigent la société, ce ne sont pas les idées qui importent, mais la structure de la société dans laquelle ils défendent ces idées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le dire autrement, si ce sont les idées qui changent la société, d’où viennent alors les idées&nbsp;? Nous vivons dans un certain type de société. Les idées mises en avant par la presse, la télévision, le système scolaire etc. défendent cette société. Comment quelqu’un aurait-il pu développer des idées complètement différentes&nbsp;? Parce que leurs expériences quotidiennes entrent en contradiction avec les idées officielles de notre société. Par exemple, on ne peut expliquer pourquoi il y a beaucoup moins de personnes croyantes aujourd’hui qu’il y a 100 ans, simplement en termes de succès de la propagande athée. On doit expliquer pourquoi les gens, aujourd’hui, sont réceptifs aux idées athées, alors qu’ils ne l’étaient pas il y a 100 ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De la même manière, si on veut expliquer l’impact des ’grands hommes’, on doit pouvoir expliquer pourquoi d’autres personnes ont accepté de les suivre. On ne peut pas dire, par exemple, que Napoléon ou Lénine changèrent l’histoire, sans expliquer pourquoi des millions de personnes acceptèrent de faire ce qu’ils suggéraient. Après tout, ils n’étaient pas hypnotiseurs de masse. Quelque chose dans la vie de la société, à un certain moment, conduisait les gens à penser que ce qu’ils disaient semblait correct.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne peut comprendre comment les idées changent l’histoire que si l’on comprend d’où viennent ces idées et pourquoi les gens les ont acceptées. Cela impose de regarder au-delà des idées et s’intéresser aux conditions matérielles de la société où elles apparaissent. C’est pour cela que Marx insistait&nbsp;:« <em>Ce n&rsquo;est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c&rsquo;est inversement leur être social qui détermine leur conscience.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading">2 &#8211; Comprendre l’histoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les idées, par elles-mêmes, ne peuvent pas changer la société. C’était l’une des premières conclusions de Marx. Comme un certain nombre de penseurs avant lui, il insista sur le fait que pour comprendre la société, on doit voir les êtres humains comme faisant partie du monde matériel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les comportements humains sont déterminés par les forces matérielles, comme les comportements de n’importe quel autre objet naturel. L’étude de l’humanité faisait partie de l’étude scientifique du monde naturel. Les penseurs de ce type étaient appelés les matérialistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marx vit dans le matérialisme une énorme avancée par rapport aux différentes notions idéalistes et religieuses de l’histoire. Cela signifiait que l’on pouvait discuter, scientifiquement, du changement des conditions sociales. On ne dépendait plus des prières à Dieu ou d’un ’changement spirituel’ de la population.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le remplacement de l’idéalisme par le matérialisme fut le remplacement du mysticisme par la science. Mais les explications matérialistes du comportement humain ne sont pas toutes correctes. Tout comme il y eut des théories scientifiques erronées en biologie, en chimie ou en physique, il y eut des tentatives erronées pour développer des théories scientifiques de la société. En voici quelques exemples&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une vision très répandue, matérialiste et non-marxiste, soutient que tous les hommes sont des animaux, qui se comportent ’naturellement’. Comme il est naturel aux loups de tuer ou aux agneaux de rester placides, il est naturel à l’homme d’être agressif, dominateur, compétitif et cupide (et cela implique, pour les femmes d’être douces, soumises, déférentes et passives).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une formulation de cette opinion se trouve dans le best-seller, <em>Le Singe Nu</em>. Les conclusions tirées de ce genre d’analyse, sont presque invariablement réactionnaires. Si les hommes sont naturellement agressifs, dit-on, alors il n’y a pas d’espoir de changer la société. Les choses reviendraient toujours au même. Les révolutions seraient toujours condamnées à l’échec.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la «&nbsp;nature humaine&nbsp;»&nbsp;varie en fait, d’une société à l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, la compétition, prise pour acquis dans notre société, existait à peine dans beaucoup de sociétés antérieures. Quand des scientifiques cherchèrent à faire passer des tests de QI à des amérindiens Sioux, ils se sont aperçus que les Indiens ne comprenaient pas pourquoi ils ne devaient pas s’entraider pour répondre aux questions. Ils vivaient dans une société de coopération intime, non de compétition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même pour l’agressivité. Quand les esquimaux rencontrèrent pour la première fois des européens, ils ne comprenaient pas la signification du mot ’guerre’. L’idée qu’un groupe de personnes essaie d’en tuer un autre leur semblait complètement folle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans notre société, il semble « naturel » que les parents doivent aimer et protéger leurs enfants. Pourtant, en Grèce Antique, dans la ville de Sparte, il était tout aussi ’naturel’ de laisser leurs enfants dans la montagne, pour voir s’ils survivaient au froid.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les théories de « l’immuable nature humaine&nbsp;» ne fournissent aucune explication des grands événements de l’histoire. Les pyramides d’Egypte, les splendeurs de la Grèce Antique, les empires romains et incas, les cités industrielles modernes, sont mis au même niveau que les paysans illettrés du début du Moyen Age. Tout ce qui importe c’est le « Singe Nu&nbsp;»&nbsp;&#8211; pas les civilisations magnifiques que le singe a construites. Il devient alors impossible de comprendre pourquoi certaines sociétés réussirent à nourrir les ’singes’, alors que d’autres les laissèrent mourir de faim par millions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de gens acceptent une théorie matérialiste différente, qui met en avant le fait qu’il est possible de changer les comportements humains. Tout comme les animaux peuvent être dressés pour se comporter différemment dans un cirque que dans la jungle, les comportements humains, de la même manière, peuvent être changés. Si seulement les bonnes personnes prenaient le contrôle de la société, la ’nature humaine’ pourrait alors être changée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette théorie est certainement plus avancée que le « singe nu ». Mais comme explication de la société dans son ensemble, elle est incorrecte. Si tout le monde est complètement conditionné dans notre société, comment est-il possible pour une personne de s’élever au-dessus de la société et découvrir comment changer les mécanismes de conditionnement&nbsp;? Y a-t-il une minorité choisie par Dieu, qui serait immunisée aux pressions qui dominent toutes les autres personnes&nbsp;? Si nous sommes tous des animaux dans un cirque, qui est le dresseur de lions&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui défendent cette théorie en arrivent à la conclusion que, soit on ne peut rien faire (comme ceux du&nbsp; « singe nu »), soit il faut attendre un changement produit par quelque chose d’extérieur à la société &#8211; Dieu, un&nbsp;« grand homme », ou le pouvoir des idées individuelles. Leur « matérialisme » se transforme en une nouvelle version de l’idéalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme Marx le signalait, cette doctrine amène nécessairement à diviser la société en deux parties, dont une serait supérieure à la société. Cette théorie&nbsp;« matérialiste » est souvent réactionnaire. L’un des adhérents actuels les plus connus, de cette théorie est le psychologue américain de droite, Skinner. Il veut conditionner les gens pour qu’ils se comportent d’une certaine manière. Mais, puisque lui-même est un produit de la société américaine, son&nbsp;« conditionnement » revient, surtout, à ce que les gens se conforment à cette société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre théorie matérialiste explique toutes les souffrances dans le monde par la ’pression de la population’. Cette théorie s’appelle communément, le malthusianisme, développé pour la première foi par Malthus, un économiste anglais de la fin du XVIII<sup>ème</sup>. Mais elle ne peut expliquer pourquoi les États-Unis brûlent du maïs pendant que les gens meurent de faim en Inde. Pas plus qu’elle n’explique pourquoi il n’y avait pas assez de nourriture pour nourrir 10 millions de personne, il y a 150 ans, aux États-Unis, alors qu’aujourd’hui, il y en a assez pour en nourrir 200 millions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette théorie oublie que pour chaque bouche supplémentaire à nourrir, il y a aussi une personne supplémentaire capable de travailler et de produire des richesses. Marx appela toutes formes erronées d’explications, des formes de matérialisme&nbsp;« mécanique » ou&nbsp;« vulgaire ». Elles oublient toutes que, en plus de faire partie du monde matériel, les êtres humains sont aussi des créatures vivantes et agissantes, dont les actions changent le monde.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’interprétation matérialiste de l’histoire</h3>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l&rsquo;on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu&rsquo;ils commencent à produire leurs moyens d&rsquo;existence.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Avec ces mots, Karl Marx fit remarquer, d’abord, en quoi se distinguait son explication du développement de la société. Les êtres humains sont des animaux descendants d’une créature ressemblant à un singe. Comme les autres animaux, leur premier souci est de se nourrir eux-mêmes et de se protéger du climat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La façon dont les animaux le font dépend de leur héritage biologique. Un loup reste en vie, en chassant et tuant sa proie, d’une manière déterminée par des instincts biologiques hérités. Il se tient au chaud lors de nuits froides grâce à sa fourrure. Il élève sa progéniture selon une procédure héritée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la vie humaine n’est pas figée de cette manière. Les humains qui parcouraient la terre, il y a 10 000 ou 30 000 ans vivaient une vie bien différente de la nôtre. Ils vivaient dans des grottes ou des trous dans le sol. Ils n’avaient aucun moyen de stocker la nourriture ou l’eau, ils dépendaient de la collecte de baies ou de la viande d’animaux sauvages tués à coups de pierres. Ils ne savaient ni écrire, ni compter au-delà de leurs dix doigts. Ils n’avaient aucune connaissance autre que leur voisinage immédiat ou de ce qu’avaient fait leurs ancêtres. Pourtant leur apparence physique était similaire il y a 10 000 ans à celle de l’homme moderne. Lavé, rasé, habillé, l’homme des cavernes pourrait marcher dans la rue sans que personne ne le remarque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme l’archéologue Gordon Childe nota&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Les squelettes les plus anciens de notre espèce remontent à la fin de la dernière glaciation&#8230; Depuis la première apparition des squelettes d’homo sapiens dans les archives géologiques&#8230; l’évolution physique de l’homme s’est presque arrêtée, alors que son évolution culturelle ne faisait que commencer.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La même observation est faite par un autre archéologue, Leakey&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Les différences physiques entre les hommes des cultures Aurignacienne et Magdalénienne (il y a 25000 ans) d’une part, et l’homme moderne d’autre part sont négligeables, alors que les différences culturelles sont incalculables.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Par ’culture’ les archéologues entendent les choses que les hommes et les femmes apprennent et enseignent (comment faire des vêtements à partir de fourrure et de laine, comment construire une maison, comment fabriquer des pots avec de l’argile, comment faire du feu), à l’opposé des choses que les animaux font instinctivement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie des tous premiers hommes était déjà grandement différente de celle des autres animaux. Ils avaient en effet la possibilité d’utiliser les capacités particulières aux hommes &#8211; cerveau important, membres supérieurs capables de manipuler des objets &#8211; pour commencer à transformer leur environnement selon leurs besoins. Cela signifiait que les hommes pouvaient s’adapter à de multiples environnements différents, sans changer de forme biologique. Les humains ne réagissaient plus simplement aux conditions extérieures. Ils pouvaient agir sur ces conditions, commençant à les changer à leur propre avantage. Au départ, ils utilisaient des bâtons et des pierres pour attaquer des bêtes sauvages, ils allumaient des torches grâce à des sources de feu naturelles pour avoir de la chaleur et de la lumière, ils s’habillaient avec de la végétation et des peaux d’animaux. Sur plusieurs dizaines de milliers d’années, ils apprirent à faire du feu eux-mêmes, à tailler des pierres avec d’autres pierres, obtenir de la nourriture des grains qu’ils semaient, à la stocker dans des pots d’argile, à domestiquer certains animaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Relativement récemment &#8211; il y a 5000 ans, sur un demi-million d’années de l’histoire humaine &#8211; ils apprirent le secret de la transformation des minerais en métaux qui pouvaient être utilisés pour fabriquer des outils fiables et des armes efficaces.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chacune de ces avancées a eu un impact énorme, non seulement en rendant plus facile aux humains le fait de se nourrir et de se vêtir, mais aussi en transformant l’organisation même de la vie humaine. Dès le départ, la vie humaine était sociale. Seul l’effort collectif de plusieurs personnes pouvaient leur permettre de tuer des bêtes, de réunir de la nourriture et d’entretenir le feu. Ils devaient coopérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette coopération continuelle permit aussi de développer la communication, en émettant des sons et en développant le langage. Au départ, les groupes sociaux étaient simples. Il n’y avait pas assez de produits naturels pour permettre des groupes d’une taille plus importante que peut-être une vingtaine de personnes. Tous les efforts servaient aux tâches primaires d’obtenir de la nourriture, ainsi tout le monde faisait le même travail et vivait la même vie. Sans aucun moyen de stocker de la nourriture, il ne pouvait y avoir de propriété privée, ni de classe sociale, il n’existait pas non plus de butin pour motiver la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y avait, jusqu’à récemment encore, des centaines de sociétés, dans différentes parties du globe, qui fonctionnaient comme cela &#8211; parmi certaines tribus indiennes d’Amérique du Nord et du Sud, en Afrique équatoriale et dans l’océan pacifique, les Aborigènes d’Australie. Ces personnes n’étaient pas moins intelligentes que nous et ne possédaient de ’mentalité primitive’. Pour survivre, les Aborigènes australiens par exemple, devaient apprendre à reconnaître des milliers de plantes et les habitudes de nombreux animaux différents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’anthropologue Pr. Firth décrit comment&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">les tribus australiennes&#8230; connaissent les habitudes, les marques, lieux de reproductions et les fluctuations saisonnières de tous les animaux, poissons et oiseaux de leur territoire de chasse. Ils connaissent les propriétés externes et certaines moins visibles des roches, pierres, cires, gommes, plantes, fibres et écorces&nbsp;; ils savent faire du feu&nbsp;; ils savent appliquer la chaleur pour supporter la douleur, arrêter une hémorragie et limiter la putréfaction de la nourriture&nbsp;; ils savent aussi utiliser le feu et la chaleur pour durcir certains bois et en adoucir d’autres&#8230; Ils connaissent les phases de la lune, le mouvement des marées, le cycle planétaire, et les successions et durée des saisons&nbsp;; ils ont mis en corrélation des fluctuations climatiques, comme les vents, les variations annuelles de température et d’humidité, et les flux de la croissance et la présence des espèces naturelles&#8230; En plus, ils font une consommation intelligente des animaux tués pour la nourriture&nbsp;; la chair du kangourou est mangée, les os des jambes servent à la fabrication d’outils en pierre ou comme épingles, les tendons deviennent des attaches de javelots, les griffes sont montées en collier avec de la cire et des fibres, le gras mélangé à de l’ocre rouge pour faire de la peinture&#8230; Ils connaissent certains principes mécaniques simples et tailleront un boomerang jusqu’à ce qu’il ait la bonne courbe&#8230;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ils étaient plus ’intelligents’ que nous pour survivre dans le désert australien. Ce qu’ils n’avaient pas appris était à planter des graines et à cultiver leur propre nourriture &#8211; ce que nos ancêtres apprirent, il y a 5000 années de cela, après avoir été sur terre pendant une période cent fois plus longue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le développement de nouvelles techniques pour créer des richesses &#8211; les moyens de la vie humaine &#8211; a toujours donné naissance à de nouvelles formes de coopération entre les hommes, à de nouvelles relations sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, lorsque les gens apprirent pour la première fois à produire leur nourriture (en plantant des graines ou en domestiquant des animaux) et à la stocker (dans des pots en terre), il y eut une vraie révolution dans la vie sociale &#8211; appelée par les archéologues ’la révolution néolithique’. Les hommes devaient coopérer pour défricher la terre et faire la récolte, comme pour chasser les animaux. Ils pouvaient vivre en un nombre beaucoup plus grand qu’avant, ils pouvaient stocker de la nourriture et commencer à échanger des produits avec d’autres tribus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les premières villes pouvaient se développer. Pour la première fois, il y avait la possibilité pour quelques personnes de vivre sans que cela implique pour eux de chercher de la nourriture en permanence&nbsp;: certains allaient se spécialiser dans la fabrication des pots, d’autres dans la recherche du silex et plus tard du métal pour faire des outils, d’autres effectuant des tâches administratives élémentaires pour la tribu. Plus insidieusement, les stocks de nourriture fournissaient un mobile pour faire la guerre. L’humanité avait trouvé une nouvelle façon de s’adapter au monde qui l’entourait, une nouvelle façon d’adapter le monde à leurs besoins. Mais en même temps, sans s’y attendre, les gens ont transformé la société dans laquelle ils vivaient et avec elle leurs propres vies. Marx résuma ce procédé&nbsp;: un développement des «&nbsp;forces de production&nbsp;» change les «&nbsp;relations de production&nbsp;», et ainsi la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe beaucoup d’autres exemples.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a 300 ans, l’immense majorité des gens de ce pays vivaient toujours de la terre, produisant des richesses selon des méthodes qui n’avaient pas changé depuis des siècles. Leur horizon mental se bornait à leur village et leurs idées étaient fortement sous l’influence du clergé local. La plupart d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire et n’apprendraient jamais à le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus tard, il y a 200 ans, l’industrie commença à se développer. Des dizaines de milliers de personnes furent envoyées à l’usine. Leurs vies furent complètement transformées. Maintenant, ils vivaient dans de grandes villes, non dans de petits villages. Ils avaient besoin de qualifications inimaginables pour leurs ancêtres, comprenant entre autres la lecture et l’écriture. Les chemins de fer et les bateaux à vapeur rendirent possible les voyages sur la moitié de la terre. Les vieilles idées martelées par le clergé ne correspondaient plus à la situation. La révolution matérielle dans la production fut aussi une révolution de leur façon de vivre et de leurs idées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des changements similaires affectent toujours de nombreuses personnes. Prenons les personnes du d’Afrique, du Maghreb, du Bangladesh ou de la Turquie qui sont venues en France, en Angleterre et en Allemagne, pour chercher du travail. Beaucoup trouvèrent que leurs anciennes traditions et idées religieuses ne correspondaient plus à leur nouvelle vie. Ou encore, comment il y a 50 ans, la majorité des femmes commencèrent à travailler hors de la maison, et comment cela les conduisit à s’affronter aux vieilles attitudes qui faisaient d’elles, quasiment, la propriété de leurs maris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les changements dans la façon dont les hommes produisaient leur nourriture, leurs vêtements et leurs abris, amenèrent des changements dans l’organisation de la société et dans l’attitude des gens. C’est le secret des changements sociaux &#8211; historiques, que les penseurs avant Marx (et beaucoup d’autres depuis), les idéalistes et les matérialistes mécaniques, ne pouvaient pas comprendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idéalistes voyaient le changement &#8211; mais, ils disaient que ça tombait du ciel. Les matérialistes mécaniques voyaient que l’homme était conditionné par le monde matériel, mais ne pouvaient comprendre comment les choses pouvaient changer. Ce que Marx remarqua c’est que si les êtres humains sont conditionnés par le monde qui les entoure, ils agissent et réagissent sur leur environnement, travaillant à le rendre plus habitable. Ce faisant, ils changent aussi les conditions dans lesquelles ils vivent, et ainsi se changent eux-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La clé de la compréhension des changements historiques réside dans la compréhension des moyens qu’utilisent les êtres humains pour se nourrir, se vêtir, et trouver un abri. C’était le point de départ de Marx. Mais cela ne signifie pas que des améliorations technologiques produisent automatiquement une meilleure société ou même que de nouvelles inventions technologiques changent automatiquement cette société. Marx rejeta cela (parfois appelé le déterminisme technologique). Toujours et encore, dans l’histoire, les gens ont rejeté de nouvelles méthodes pour améliorer la production parce qu’elles entraient en conflit avec les attitudes ou les formes de la société qui existaient déjà.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, sous l’empire romain, il y eut beaucoup d’innovations pour produire plus de blé sur une surface de terrain donné, mais les gens ne les utilisèrent pas car elles demandaient aux esclaves plus de dévotion au travail que ne pouvait leur donner le fouet. Quand l’Angleterre dirigeait l’Irlande, au XVIIIème siècle, elle essaya d’y stopper le développement de l’industrie, car il entrait en conflit avec les intérêts des hommes d’affaires de Londres. Si quelqu’un propose de tuer toutes les vaches sacrées pour éradiquer la famine en Inde, ou de nourrir tout le monde en Angleterre avec de succulents steaks à base de viande de rat, il sera ignoré à cause de préjugés établis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les développements dans la production se heurtent aux anciens préjugés et aux anciennes méthodes d’organisation de la société, mais ils ne les renversent pas automatiquement. Beaucoup d’êtres humains se battent contre le changement &#8211; et ceux qui veulent utiliser de nouvelles méthodes de production doivent se battre pour ce changement. Si ceux qui s’y opposent gagnent, alors les nouvelles formes de production ne peuvent être appliquées et la production stagne ou même recule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la terminologie marxiste&nbsp;: quand les forces de production se développent, elles entrent en conflit avec les relations sociales préexistantes et les idées qui s’appuient sur les anciennes forces de production. Soit les personnes qui s’identifient avec les nouvelles forces de production gagnent ce conflit, soit ce sont celles qui s’identifient avec le vieux système. Dans le premier cas, la société progresse, dans l’autre elle stagne ou même régresse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">3 &#8211; La lutte des classes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous vivons dans une société divisée en classes, dans laquelle une minorité de personnes possède une énorme partie de la propriété privée, et la plupart d’entre nous, quasiment rien. Naturellement, nous pensons tous qu’il en fut toujours de même. Mais en réalité, pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, il n’y avait pas de classes, pas de propriété privée, pas d’armée, ni de police. Telle était la situation pendant les 50 000 ans du développement humain jusqu’à il y a 5000 à 10 000 ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que le travail d’un homme ne permettait pas de produire plus de nourriture que ce dont il avait besoin pour vivre, il ne pouvait y avoir de division en classes. En effet, quel était l’intérêt d’avoir des esclaves si tout ce qu’ils produisaient ne servaient qu’à les nourrir&nbsp;? Mais à partir d’un certain moment, les avancées dans la production rendaient les divisions de classes non seulement possibles mais nécessaires. Suffisamment de nourriture pouvait être produite pour laisser un surplus après que les producteurs immédiats en avaient pris assez pour rester en vie. Et les moyens existaient pour la stocker et la transporter d’un endroit à un autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gens, dont le travail produisait toute cette nourriture, auraient pu simplement manger ce supplément de nourriture. Puisqu’ils vivaient une vie assez misérable, ils pouvaient être fortement tentés. Mais cela les aurait laissés à la merci des ravages de la nature, qui pouvaient être la famine ou une inondation l’année suivante, et aux attaques de tribus affamées avoisinantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était, au début, un net avantage pour tout le monde, si un groupe spécial de personnes prenait en charge cette richesse supplémentaire, la stockait contre de futurs désastres, l’utilisait pour soutenir les artisans, construire des moyens de défense et en échangeait une partie avec d’autres tribus contre des objets utiles. Ces activités commencèrent à se développer dans les premières villes, où des administrateurs, des marchands et artisans apparurent. Du besoin de noter, sur des tablettes, les traces des différentes sortes de richesses, apparut le développement de l’écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi furent les premiers balbutiements de ce qu’on appelle «&nbsp;la civilisation&nbsp;» Mais &#8211; et c’est un mais de taille, tout cela était basé sur le contrôle des richesses par une petite minorité de la population. Et cette minorité utilisait cette richesse pour son propre bien autant que pour le bien de la société dans son ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus la production se développait, plus les richesses s’entassaient dans les mains de cette minorité &#8211; et plus elle se détacha du reste de la population. Les règles, qui existaient en tant que moyen pour permettre à la société de vivre, devinrent les «&nbsp;lois », insistant sur le fait que la richesse et la terre qui la produisait étaient la « propriété privée » de la minorité. Une classe dominante avait vu le jour et les lois défendaient son pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait se demander s’il aurait été possible pour la société de se développer autrement, s’il aurait été possible pour ceux qui travaillaient la terre de contrôler ce qu’ils produisaient&nbsp;? La réponse doit être négative, pas à cause de la « nature humaine »&nbsp;mais parce que la société était toujours très pauvre. La majorité de la population terrestre était trop occupée à gratter le sol pour une vie de misère, pour avoir le temps de développer l’écriture et la lecture, de créer des œuvres d’arts, de construire des bateaux pour le commerce, de repérer le mouvement des étoiles, de découvrir les rudiments des mathématiques pour prévenir les crues des rivières ou comprendre comment des canaux d’irrigation devaient être construits. Toutes ces choses ne pouvaient être découvertes que si toutes les nécessités de la vie étaient prises en charge par la masse de la population, ce qui permettait à une minorité privilégiée de ne pas avoir à trimer du lever au coucher du soleil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, cela ne signifie pas que la division de la société en classes reste nécessaire aujourd’hui. Le dernier siècle a été le témoin d’un développement de la production inimaginable pour les générations passées. La pauvreté naturelle a été dépassée &#8211; ce qui existe, maintenant, est une pauvreté artificielle, créée par des gouvernements qui détruisent des stocks de nourriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société de classes, aujourd’hui, ne pousse plus en avant l’humanité, au contraire, elle la retient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne fut pas seulement le premier changement d’une société purement agricole en des sociétés urbaines qui donna naissance à de nouvelles divisions de classes. Le même processus apparut chaque fois que de nouvelles façons de produire des richesses commencèrent à se développer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, en France, il y a 1000 ans, la classe dirigeante était composée de barons féodaux qui possédaient la terre et vivaient sur le dos des serfs. Mais quand le commerce se développa à une large échelle, apparut à leur côté, dans les villes, une nouvelle classe privilégiée de riches marchands. Et quand l’industrie commença à se développer à une échelle substantielle, leur pouvoir fut disputé par les propriétaires d’entreprises industrielles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À chaque stade de développement de la société, il y eut une classe opprimée dont le travail physique créait la richesse, et une classe dominante qui contrôlait cette richesse. Mais au cours du développement de la société, les deux classes subirent des changements. Dans les sociétés esclavagistes de la Rome Antique, les esclaves étaient la propriété personnelle de la classe dirigeante. L’esclavagiste possédait les biens produits par l’esclave parce qu’il possédait l’esclave, de la même manière qu’il possédait le lait produit par sa vache parce qu’il possédait la vache.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la société féodale du Moyen Age, les serfs possédaient leurs propres terres, et possédaient ce qu’ils en tiraient&nbsp;; mais, en retour de la possession de leur terre, ils devaient travailler un certain nombre de jours chaque année sur les terres du seigneur. Leur vie était divisée &#8211; peut-être la moitié du temps travaillaient-ils pour le seigneur et l’autre moitié pour eux-mêmes. S’ils refusaient de travailler pour le seigneur, ce dernier pouvait les punir (fouet, prison ou pire).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la société capitaliste moderne, le patron ne possède pas physiquement le travailleur et ne peut pas le punir physiquement si celui-ci ne veut pas travailler gratuitement pour lui. Mais le patron possède les usines où le travailleur doit avoir un boulot s’il veut rester en vie. Ainsi, il lui est très facile de forcer les travailleurs à accepter un salaire qui est bien inférieur à la valeur des biens qu’ils produisent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans chaque cas, la classe dirigeante contrôle toutes les richesses qui restent, une fois que les besoins les plus élémentaires des travailleurs sont satisfaits. L’esclavagiste veut garder sa propriété en bon État, il nourrit donc son esclave de la même manière que vous faites le plein de votre voiture. Mais tout ce qui reste comme richesses, après avoir nourri cet esclave, l’esclavagiste s’en sert pour son propre bien-être. Le serf doit se nourrir et s’habiller grâce au travail qu’il fournit sur sa terre. Tout le travail supplémentaire fourni sur la terre du seigneur va au seigneur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le travailleur moderne reçoit un salaire. Toutes les autres richesses qu’il crée vont à ses employeurs sous forme de profits, intérêts ou rentes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La lutte des classes et l’État</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les travailleurs ont rarement accepté leur sort sans résister. Il y eut des révoltes d’esclaves en Egypte ancienne et en Rome antique, révoltes de paysans en Chine Impériale, guerres civiles entre les riches et les pauvres dans les villes de la Grèce ancienne, à Rome et pendant la Renaissance en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi Karl Marx commença <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm#sect1"><em>Le Manifeste du parti communiste</em></a> en insistant&nbsp;: «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours a été l’histoire de luttes de classes.</em>&nbsp;» Le développement de la civilisation a eu lieu par l’exploitation d’une classe par une autre, et ainsi par leurs luttes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi puissants un pharaon d’Égypte, un empereur romain ou un prince médiéval soient-ils, aussi luxueuses leurs vies puissent être et quelque soit la beauté de leurs palaces, ils ne pouvaient rien faire s’ils ne s’assuraient pas que les biens produits par les paysans ou les esclaves les plus misérables passent entre leurs mains. Ils ne pouvaient le faire que si, à côté de la division en classes, ils ne développaient pas quelque chose d’autre &#8211; un contrôle sur les moyens de la violence, par eux-mêmes ou par ceux qui les soutenaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les sociétés antérieures, il n’y avait pas d’appareil armé, pas de police et pas de gouvernement séparés de la majorité de la population. Même il y a 50 ou 60 ans, dans certaines parties de l’Afrique, par exemple, il était possible de trouver des sociétés qui fonctionnaient encore comme ça. Une grande partie des tâches accomplies par l’État, dans notre société, était accomplie, simplement, sans formalités, par toute la population ou une réunion de représentants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De telles réunions jugeaient le comportement de telle ou telle personne qui était accusée d’avoir brisé une importante règle sociale. La punition était appliquée par toute la communauté &#8211; par exemple en obligeant la personne à partir. Puisque tout le monde était d’accord avec la punition, une police séparée n’était pas nécessaire pour rendre le jugement effectif. Si la guerre arrivait, tous les jeunes hommes allaient au combat avec des chefs élus pour l’occasion, une fois encore sans structure militaire séparée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, dans une société où une minorité a le contrôle sur presque toute la richesse, ces méthodes simples pour faire régner ’la loi et l’ordre’ et pour faire la guerre ne peuvent plus être utilisées. Chaque réunion de représentants ou chaque groupe de jeunes hommes en armes prendrait, à coup sûr, une position de classe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le groupe privilégié ne pouvait survivre que s’il détenait le monopole de la création et de l’amélioration des punitions, des lois, de l’organisation des armées, de la production d’armes. Ainsi la séparation en classes s’accompagna de l’apparition et du développement de groupes de juges, de policiers et d’agents des services secrets, de généraux, de bureaucrates &#8211; à qui la classe privilégiée donna une partie de ses richesses pour qu’ils protègent son règne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui servaient dans les rangs de cet « Etat »&nbsp;étaient entraînés à obéir sans hésitation aux ordres de leurs « supérieurs »&nbsp;et étaient coupés de tous liens sociaux avec la masse exploitée de la population. L’État s’est développé en une machine à tuer dans les mains de la classe privilégiée. Et il pouvait être une machine hautement efficace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, les généraux qui dirigeaient cette machine se détachaient souvent d’un empereur ou d’un roi, et essayaient de prendre leur place. La classe dirigeante, après avoir armé un monstre, ne pouvait pas toujours le contrôler. Mais puisque la richesse nécessaire pour le fonctionnement de la machine à tuer venait de l’exploitation des masses laborieuses, chaque révolte de ce type conduisait à une société qui continuait à fonctionner selon les vieilles méthodes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers l’histoire, ceux qui voulaient sincèrement changer la société se sont retrouvés confrontés, non seulement à la classe dominante, mais aussi à une machine armée, un État, qui servait ses intérêts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les classes dominantes, et avec elles le clergé, les généraux, les policiers et les lois, émergèrent, au départ parce que, sans elles, la civilisation ne pouvait se développer. Mais ensuite, une fois au pouvoir, elles trouvèrent intérêt à freiner ce développement. Leur pouvoir dépend de leur capacité à forcer ceux qui produisent les richesses à les leur céder. Elles sont alors opposées à de nouveaux modes de production, mêmes s’ils sont plus efficaces que les anciens, tant qu’ils n’en ont pas le contrôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elles craignent tout ce qui peut conduire les masses exploitées à développer leur initiative et leur indépendance. Elles craignent aussi de nouveaux groupes de privilégiés, suffisamment riches pour avoir des armes et des armées sous leurs propres ordres. A partir d’un certain moment, elles n’aident plus au développement de la production, mais au contraire cherchent à l’étouffer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, en Chine Impériale, le pouvoir de la classe dirigeante reposait sur la possession des terres, son contrôle sur les canaux et les barrages qui servaient à l’irrigation et empêchaient les inondations. Ce type de contrôle formait les bases du développement d’une civilisation qui dura 2000 ans. Mais à la fin de cette période, la production n’était pas plus avancée qu’au début &#8211; malgré la prospérité de l’art chinois, la découverte de l’imprimerie et de la poudre, alors qu’au même moment l’Europe médiévale stagnait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La raison était que, lorsque de nouvelles formes de production apparaissaient, cela se passait dans les villes, sur l’initiative des marchands et artisans. La classe dominante craignait cette montée en puissance de groupes sociaux qu’ils n’avaient pas entièrement sous leur contrôle. Ainsi, périodiquement, les autorités impériales prirent des mesures très dures pour écraser les économies naissantes des villes, pour réduire la production à zéro et détruire le pouvoir de ces nouvelles classes sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le développement de nouvelles forces de production &#8211; de nouvelles façons de produire des richesses &#8211; entrait en conflit avec les intérêts de la vieille classe dirigeante. Une lutte se développait dont l’issue déterminait l’avenir de la société tout entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois, comme en Chine, ces nouvelles formes furent dans l’impossibilité de se développer, et la société resta plus ou moins au même niveau pendant une longue période. Certaines fois, comme ce fut le cas pour l’Empire romain, l’incapacité pour les nouvelles formes de se développer signifia qu’il n’y avait pas assez de richesses produites pour maintenir la société sur ses vieilles bases. La civilisation s’effondra, les villes furent détruites et les gens retournèrent à une forme de société, agricole et arriérée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et d’autres fois, une nouvelle classe, celle qui développait les nouvelles formes de production, fut capable de s’organiser et d’affaiblir et enfin se débarrasser de l’ancienne classe dirigeante, et avec elle ses lois, ses armées, son idéologie, sa religion. Alors, la société pouvait progresser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans chaque cas, que la société avance ou recule, cela dépend de qui gagne la guerre entre les classes. Et comme dans chaque guerre, la victoire n’est acquise d’avance pour aucun des camps, tout dépend de l’organisation, de la cohésion et de la direction de chaque classe en présence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">4 &#8211; Les origines du capitalisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des arguments les plus ridicules que l’on entend est que les choses ne pourraient être différentes de ce qu’elles sont actuellement. Pourtant les choses ont été différentes. Et pas dans un coin retiré du globe, mais dans ce pays, il n’y a pas si longtemps. Il y a 250 ans, les gens vous auraient pris pour un fou, si vous aviez décrit le monde dans lequel nous vivons maintenant, ses immenses villes, ses grandes usines, ses avions, ses expéditions dans l’espace &#8211; même les chemins de fer dépassaient les limites de leur imagination. Car ils vivaient dans une société qui était presque exclusivement rurale, dans laquelle la plupart des gens n’avaient jamais quitté leur village au delà d’un rayon de plus de dix kilomètres, dans laquelle le mode de vie était basé, et ce, depuis des milliers d’années, sur le rythme des saisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais déjà, il y a 700 ou 800 ans, un développement s’était amorcé qui devait remettre en question tout le système. Des groupes d’artisans et de marchands commencèrent à s’établir dans les villes, pas en étant au service d’un seigneur quelconque comme c’était le cas pour le reste de la population, mais en échangeant des biens avec différents seigneurs et serfs contre de la nourriture. De plus en plus, ils utilisèrent des métaux précieux comme moyens de mesurer ces échanges. En peu de temps, chaque échange devint l’occasion de récupérer un peu plus de métal précieux, de faire un profit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début les villes devaient jouer sur les rivalités entre les seigneurs pour survivre. Mais, avec les progrès faits par leurs artisans, elles gagnèrent en influence. Les «&nbsp;burgers&nbsp;», les «&nbsp;bourgeois&nbsp;» ou les «&nbsp;classes moyennes&nbsp;» devinrent une classe au milieu de la société féodale du Moyen âge. Cependant, ils obtenaient leurs richesses par un moyen radicalement différent de celui des seigneurs qui dominaient la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un seigneur féodal vivait directement des produits agricoles qu’il était capable d’obtenir en forçant les serfs à travailler sur sa terre. Il utilisait son pouvoir personnel pour les y obliger, sans avoir à les payer. Alors que les classes les plus riches des villes vivaient de la vente de produits non-agricoles. Ils payaient un salaire, tous les jours ou toutes les semaines, aux travailleurs pour qu’ils produisent pour eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces travailleurs, souvent des serfs en fuite, étaient « libres » d’aller et venir à leur guise &#8211; une fois qu’ils avaient fini le travail pour lequel ils étaient payés. La « seule » obligation qu’ils avaient à travailler étaient qu’ils mouraient de faim s’ils ne trouvaient pas un travail. Les riches pouvaient s’enrichir car plutôt que de mourir de faim, les travailleurs « libres »&nbsp;acceptaient moins d’argent pour leur travail que la valeur des biens qu’ils produisaient. Nous reviendrons sur cela plus tard. Pour l’instant, ce qui importe c’est que les bourgeois et les seigneurs féodaux obtenaient leurs richesses de façons différentes. Cela les amenait à concevoir la société de manière différente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’idéal du seigneur féodal était une société dans laquelle il avait le pouvoir absolu sur ses propres terres, libéré de toute loi écrite, sans intrusion d’entité extérieure, avec l’impossibilité pour ses serfs de s’enfuir. Il voulait que les choses restent comme elles l’étaient sous le règne de son père et de son grand-père, et que tout le monde accepte cette hiérarchie sociale dans laquelle il était né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les membres de la nouvelle bourgeoisie riche voyaient, nécessairement, les choses d’une autre manière. Ils voulaient réduire le pouvoir des seigneurs ou rois d’interférer avec leur commerce ou voler leurs richesses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils rêvaient d’y parvenir au moyen d’un ensemble fixe de lois, écrites et appliquées par leurs propres représentants. Ils voulaient libérer les classes les plus pauvres du servage, pour les permettre de travailler (et d’augmenter leur profit) dans les villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme eux-mêmes, leurs pères et grands-pères avaient souvent dû vivre sous le joug des seigneurs féodaux et ils ne voulaient certainement pas que cela continue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En d’autres termes, ils voulaient révolutionner la société. Leurs conflits avec l’ordre ancien n’étaient plus seulement économiques, mais aussi idéologiques et politiques. Idéologique signifiait religieux, dans une société d’illettrés où la source dominante des idées générales sur le monde était l’Église.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puisque l’église médiévale était dirigée par des évêques et des abbés qui eux aussi étaient des seigneurs féodaux, elle propageait des positions pro-féodales, accusant de « pécheresses » la plupart des activités des bourgeois urbains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, en Allemagne, Hollande, Angleterre et en France, au XVI<sup>ème</sup> et XVII<sup>ème</sup> siècles, la classe moyenne se rallia à sa propre religion&nbsp;: le protestantisme &#8211; une idéologie religieuse qui prêchait l’épargne, la sobriété, l’effort (spécialement pour les travailleurs) et l’indépendance des congrégations de la classe moyenne par apport à la puissance des évêques et des abbés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La classe moyenne créa un Dieu à son image, en opposition au Dieu du Moyen âge. Maintenant, on nous apprend à l’école ou à la télévision que les grandes guerres religieuses et les guerres civiles de cette époque n’étaient que des guerres à propos de divergences religieuses, comme si les gens étaient suffisamment stupides pour se battre et mourir parce qu’ils n’étaient pas d’accord au sujet du rôle du sang et du corps du Christ dans la Sainte Communion. Beaucoup plus était en jeu &#8211; le conflit entre deux formes de sociétés complètement différentes, basées sur deux façons différentes d’organiser la production des richesses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Angleterre, la bourgeoisie gagna. Aussi gênant que cela puisse-t-être pour la classe dirigeante actuelle, leurs ancêtres consacrèrent leur pouvoir en coupant la tête d’un roi, en justifiant leurs actes par les extravagances des prophètes de l’Ancien Testament. Mais, ailleurs, la première manche fut pour l’ancien régime. En France et en Allemagne, les révolutionnaires bourgeois protestants furent balayés par les guerres civiles (bien qu’une version féodale du protestantisme survécut en tant que religion dans le nord de l’Allemagne). La bourgeoisie dut attendre deux siècles et plus pour savourer la victoire, durant la seconde manche qui eut lieu sans le prétexte religieux, en 1789, à Paris.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Exploitation et plus-value</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les sociétés esclavagistes et féodales, les classes supérieures devaient avoir des contrôles légaux sur la masse de la population laborieuse. Autrement, ceux qui servaient le seigneur féodal ou l’esclavagiste se seraient enfuis, laissant la classe privilégiée sans personne pour travailler pour elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le capitaliste n’a pas besoin, en général, de tels contrôles légaux sur les travailleurs. Il n’a pas besoin de les posséder, pourvu qu’il s’assure que le travailleur qui refuse de travailler pour lui mourra de faim. Au lieu de posséder le travailleur, le capitaliste peut prospérer tant qu’il possède et contrôle la source de vie des travailleurs &#8211; les machines et les usines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les nécessités matérielles de la vie sont produites par le travail humain. Mais ce travail est à peu près inutile sans outils pour cultiver la terre et raffiner les matières premières. Les outils peuvent varier énormément &#8211; du simple instrument agricole tels que les faux et les charrues aux machines compliquées qu’on rencontre dans les usines automatisées modernes. Mais sans outils le plus compétent de tous les travailleurs est incapable de produire les choses utiles à la survie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le développement de ces outils &#8211; généralement appelés « les moyens de production » &#8211; qui sépare l’homme moderne de son lointain ancêtre de l’âge de pierre. Le capitalisme se base sur la propriété de ces moyens de production par une minorité. En Angleterre aujourd’hui, par exemple, 1 % de la population possède 84&nbsp;% des stocks et des parts dans l’industrie. Entre leurs mains se trouve concentré le contrôle effectif sur une large majorité des moyens de production &#8211; les machines, les usines, les champs pétroliers, les meilleures terres agricoles. La masse de la population ne peut survivre que si les capitalistes lui permettent de travailler avec ses moyens de production. Cela donne aux capitalistes un immense pouvoir pour exploiter le travail des autres personnes &#8211; même si au regard de la loi « tous les hommes sont égaux »..</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fallut des siècles aux capitalistes pour construire leur total monopole sur les moyens de production. En Angleterre, par exemple, les parlements du XVII<sup>ème</sup> et XVIII<sup>ème</sup> siècles, durent voter une succession de lois baptisées « Enclosure Acts »&nbsp;qui expulsèrent les paysans de leurs propres moyens de production, la terre qu’ils cultivaient depuis des siècles. La terre devint la propriété d’une section de la classe des capitalistes et la masse rurale fut obligée de vendre son travail aux capitalistes sous peine de mourir de faim.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois que le capitalisme réussit à monopoliser les moyens de production, il pouvait se permettre de laisser à la masse de la population une apparence de liberté et d’égalité dans les droits politiques avec les capitalistes. Car quelque soit la « liberté »&nbsp;qu’avaient les travailleurs, ils devaient toujours travailler pour vivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les économistes pro-capitalistes ont une explication simple de ce qui se passe. Ils disent qu’en payant des salaires, le capitaliste achète le travail des travailleurs. Il doit payer un juste prix pour cela. Sinon, ce travailleur s’en ira travailler ailleurs. Le capitaliste donne « une journée de salaire équitable ». En retour, les travailleurs doivent donner « une journée de travail équitable ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment alors expliquent-ils les profits&nbsp;? Ce sont, prétendent-ils, une « récompense »&nbsp;pour le capitaliste pour son « sacrifice »&nbsp;c’est-à-dire en permettant l’utilisation de ses moyens de production (son capital). C’est un argument qui ne convaincra guère un travailleur qui y réfléchit un moment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenons une compagnie qui annonce un « taux net de profit » de 10 pour cent. Cela veut dire que si le prix de toutes les machines, usines etc. qu’elle possède est de 100 millions de francs, alors il reste 10 millions de francs de bénéfice après avoir payé les salaires, les matières premières et le remplacement des machines usées pendant l’année.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas besoin d’être un génie pour s’apercevoir qu’au bout de 10 ans, la compagnie aura un bénéfice total de 100 millions de francs &#8211; exactement l’investissement initial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si c’est ce « sacrifice »&nbsp;qui est récompensé, alors, sûrement, après les dix premières années, tous les profits devraient cesser. Car après cette période, les capitalistes auront récupéré la totalité de leur investissement initial. En fait, le capitaliste est deux fois plus riche qu’avant. Il possède toujours son investissement original et les profits accumulés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les travailleurs, durant la même période, ont sacrifié la plus grosse partie de leur énergie en travaillant huit heures par jour, 47 semaines par an, à l’usine. Sont-ils devenus deux fois plus riches qu’ils étaient au début&nbsp;? Ce n’est certainement pas le cas. Même si un travailleur économise scrupuleusement, il ne sera pas capable d’acheter beaucoup plus qu’une télévision couleur, un chauffage bon marché ou une voiture d’occasion. Le travailleur ne pourra jamais réunir la somme nécessaire pour acheter l’usine dans laquelle il travaille. La « journée de travail équitable »&nbsp;pour une journée de salaire équitable a multiplié le capital du capitaliste, tout en laissant le travailleur sans capital et sans autre choix que de continuer à travailler pour à peu près le même salaire. Les « droits égaux » des capitalistes et des travailleurs ont augmenté l’inégalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une des grandes découvertes de Karl Marx fut l’explication de cette anomalie apparente. Il n’y a pas de mécanismes qui forcent le capitaliste à payer ses travailleurs la valeur totale du travail qu’ils effectuent. Un travailleur employé, par exemple, dans l’industrie à l’heure actuelle, peut créer 4000 francs de richesse par semaine. Mais cela ne signifie pas qu’il ou elle sera payé(e) cette somme. Dans 99&nbsp;% des cas, ils seront payés beaucoup moins. L’alternative qu’ils ont au travail est la faim (ou les sommes misérables donnés par les allocations). Ainsi, ils ne demandent pas la totalité de la valeur de ce qu’ils produisent, mais juste assez pour avoir un niveau de vie plus ou moins acceptable. Le travailleur est payé juste assez pour pouvoir mettre toutes ses forces, toute sa capacité à travailler (ce que Marx appelait sa force de travail ) à la disposition des capitalistes chaque jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du point de vue du capitaliste, du moment que les travailleurs sont suffisamment payés pour rester en bonne santé pour travailler et pour élever ses enfants qui seront une nouvelle génération de travailleurs, alors ils sont payés de manière équitable pour leur force de travail. Mais le montant des richesses nécessaires pour garder les travailleurs en bonne santé est considérablement inférieur au montant des richesses produites par leur travail &#8211; la valeur de leur force de travail est considérablement inférieure à la valeur de leur travail. La différence va dans la poche du capitaliste. Marx appela cette différence la « plus-value »..</p>



<h3 class="wp-block-heading">La valorisation du capital</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les écrits des économistes pro-capitalistes, on remarque rapidement qu’ils partagent tous la même croyance étrange. L’argent, si on les écoute, a des propriétés magiques. Il peut croître comme une plante ou un animal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand un capitaliste pose son argent à la banque, il s’attend à ce qu’il fructifie. Quand il investit dans des actions de Promodès ou de Total, il s’attend à des rentrées d’argent frais, chaque année, sous la forme de dividendes. Karl Marx se rendit compte du phénomène, qu’il appela «&nbsp;<em>la valorisation du capital</em>&nbsp;», et chercha à l’expliquer. Comme nous l’avons déjà vu, son explication ne commença pas par l’argent, mais par le travail et les moyens de production. Dans la société actuelle, ceux qui sont assez riches peuvent acheter des moyens de production. Ils peuvent obliger tout le monde à leur vendre le travail nécessaire au fonctionnement de ces moyens de production. Le secret de la «&nbsp;<em>la valorisation du capital</em>&nbsp;», de la propriété miraculeuse qu’a l’argent de grossir pour ceux qui en ont beaucoup, réside dans le fait de vendre et d’acheter cette force de travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenons l’exemple d’un travailleur, que nous appellerons Jean, qui a un patron M. Dupont. Le travail que peut accomplir Jean en huit heures créera un montant supplémentaire de richesses &#8211; valant peut-être 500 francs. Mais Jean acceptera d’être payé beaucoup moins que cela, puisque l’alternative sera les prestations sociales. Les efforts des élus capitalistes, souvent de droite, permettent de s’assurer qu’il n’aura que 120 francs par jours de prestations pour se nourrir, lui et sa famille. Ils expliquent que donner trop détruira « la motivation pour aller travailler ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Jean veut obtenir plus que 120 francs par jour, il doit vendre sa capacité à travailler, sa force de travail, même si on lui offre beaucoup moins que les 500 francs qu’il peut produire chaque jour. Il acceptera de travailler pour, peut-être, 300 francs par jour. La différence, les 200 francs, ira dans la poche de M.Dupont. C’est la plus-value de M.Dupont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce qu’il a eu assez d’argent pour s’acheter le contrôle des moyens de production au départ, M.Dupont peut s’assurer de devenir plus riche de 200 francs par jour et par travailleur qu’il emploie. Son argent continue de grossir, son capital augmente, pas à cause de curieuses lois de la nature, mais parce que ce contrôle sur les moyens de production lui permet d’obtenir la force de travail de quelqu’un d’autre à bon marché.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien entendu, M.Dupont ne récupèrera pas forcément les 200 francs en totalité &#8211; il est possible qu’il loue l’usine ou le terrain, il a peut-être emprunté une partie de sa richesse initiale à d’autres membres de la classe dirigeante. Ils demandent en retour une part de la plus-value. Il perd peut-être 100 francs sous formes de rentes, d’intérêts ou de dividendes, le laissant avec « seulement »&nbsp;100 francs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui vivent de dividendes n’ont probablement jamais vu Jean de leur vie. Néanmoins, ce n’est pas le pouvoir mystique de la pièce de 1 franc qui leur donne leurs richesses, mais la sueur bien physique de Jean. Les dividendes, les intérêts et les profits viennent tous de la plus-value.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment décide-t-on combien Jean sera payé pour son travail&nbsp;? Le patron essaiera de le payer le moins possible. Mais en pratique, il y a des limites qu’il ne peut dépasser. Certaines de ces limites sont physiques &#8211; il n’est pas raisonnable de payer un salaire si misérable aux travailleurs qu’ils souffrent de malnutrition et qu’il soient incapables de travailler. Ils doivent être capables d’aller et de revenir du travail, d’avoir un endroit pour se reposer la nuit, de telle sorte qu’ils ne s’endorment pas sur les machines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De ce point de vue là, il vaut même mieux lui permettre de s’offrir quelques « petits luxes »&nbsp;&#8211; comme quelques demis ou une bouteille de vin chaque jour, la télévision, et même des vacances. Cela permet de reconstituer le travailleur et de le faire travailler plus. Il faut qu’il récupère sa force de travail. Il est important de remarquer que là où les salaires sont ’maintenus trop bas’ la productivité diminue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le capitaliste doit s’inquiéter d’autre chose aussi. Sa firme existera pendant plusieurs années, bien après que la première génération de travailleurs soit morte. La firme aura besoin de la force de travail de leurs enfants. Ils doivent payer aussi suffisamment les travailleurs pour qu’ils puissent élever des gamins. Ils doivent, aussi, s’assurer que l’État prenne en charge leur éducation et leur qualification (la lecture et l’écriture par exemple), grâce au système scolaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En pratique, un autre facteur intervient de même &#8211; ce que le travailleur pense être un salaire décent. Un travailleur qui est payé moins que ce salaire décent, négligera son travail, n’ayant pas peur de perdre son emploi puisqu’il pense que celui-ci est « inutile ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces éléments, qui déterminent son salaire, ont un point en commun. Ils permettent de s’assurer qu’il a l’énergie vitale, la force de travail, que le capitaliste achètera à l’heure. Les travailleurs sont payés ce qu’il faut pour se maintenir en vie, eux-mêmes et leur famille, et pour être en forme pour travailler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la société capitaliste moderne, un autre point doit être abordé. D’énormes quantités de richesses sont dépensées pour la police et les armements. Elles sont utilisées par l’État pour les intérêts de la classe capitaliste. En réalité, elles appartiennent aux capitalistes, même si elles sont dirigées par l’État. La valeur dépensée pour ces choses appartient aux capitalistes, pas aux travailleurs. Cela fait partie aussi de la plus-value.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus-value = profit + rente + intérêts + dépenses militaires, policières etc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">5 &#8211; La théorie de la valeur</h2>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Mais les machines, le capital produisent des marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le capital, tout comme, le travail, obtienne une part des richesses produites. Chaque « facteur de production » doit avoir sa récompense.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est comme cela que répond quelqu’un à qui on a appris un petit peu d’économie pro-capitaliste, à l’analyse marxiste de l’exploitation et de la plus-value. Et à première vue, l’objection semble se tenir. Car, assurément, on ne peut produire de richesse sans capital. Les marxistes n’ont jamais dit le contraire. Mais notre point de départ est bien différent. Nous commençons par demander&nbsp;: d’où vient le capital&nbsp;? Comment les moyens de production sont apparus pour la première fois&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse n’est pas difficile à trouver. Tout ce que les humains ont utilisé, au cours de l’histoire, pour créer des richesses &#8211; que ce soit une hache de pierre néolithique ou un micro-ordinateur &#8211; a, à un moment, été créé par du travail humain. Même si on a eu besoin d’outils pour faire la hache, ces outils viennent d’un travail précédent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi, Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, «&nbsp;<em>de travail mort</em>&nbsp;». Alors que les hommes d’affaires se vantent du capital qu’ils possèdent, en réalité, ils se vantent d’avoir acquis le contrôle d’une vaste chaîne de travail de générations précédentes &#8211; ce qui ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne travaillaient pas plus qu’eux maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’idée que le travail est la source des richesses &#8211; souvent appelée la «&nbsp;<em>théorie de la valeur</em>&nbsp;» &#8211; n’est pas une découverte originale de Marx. Tous les grands économistes pro-capitalistes avant lui l’avaient acceptée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des personnes, comme l’économiste écossais Adam Smith ou l’économiste anglais David Ricardo, l’avaient écrit quand le système du capitalisme industriel était encore jeune &#8211; peu avant et peu après la révolution française. Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient connaître la source réelle de leur richesse s’ils devaient un jour dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts en leur montrant que le travail créait la richesse, et pour construire leurs richesses, ils avaient besoin de « libérer »&nbsp;le travail du joug des anciens dirigeants pré-capitalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches de la classe ouvrière commencent à retourner l’argument contre les amis de Smith et Ricardo&nbsp;: si le travail crée la richesse, alors le travail crée le capital. Et les « droits du capital »&nbsp;ne sont rien de plus que les droits du travail usurpé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital décidèrent que la théorie de la valeur était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Allumez la radio. Ecoutez-la assez longtemps, et vous entendrez quelqu’un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans l’économie française, c’est que «&nbsp;les gens ne travaillent pas assez dur » ou, et c’est une autre manière de le dire, que «&nbsp;la productivité est trop faible&nbsp;». Ne cherchons pas, un instant, à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez plutôt la façon dont ils sont présentés. Ils ne disent jamais «&nbsp;les machines ne travaillent pas assez dur ». Non, c’est toujours les gens, les travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils prétendent que, si seulement les travailleurs travaillaient plus dur, plus de richesses pourraient être créées, et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d’arguments l’ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail créera plus de capital. Le travail est la source des richesses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Supposons que j’ai un billet de 50 francs, dans ma poche. Quelle utilité cela a pour moi&nbsp;? Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je pourrai obtenir, en échange, quelque chose d’utile qui a été fabriqué par le travail de quelqu’un d’autre. Le billet de 50 francs n’est, en fait, que le droit de disposer des produits d’une certaine quantité de travail. Deux billets de 50 francs seront le droit de disposer des produits de deux fois cette quantité et ainsi de suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la quantité de travail qui a été nécessaire pour la créer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même quantité, dans un temps donné. Si j’essayais, par exemple, de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq à six fois plus de temps qu’un charpentier. Mais personne, sain d’esprit, ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par le charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Supposons qu’il faut une heure à ce charpentier pour faire une table, on dira alors que la valeur de la table est équivalente à une heure de travail. Ce sera le temps de travail nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de technologie et des compétences de la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de quelque chose n’était pas, simplement, le temps que cela prenait à un individu pour le faire, mais le temps que cela prendrait à un individu travaillant avec le niveau de technologie moyen et les compétences moyennes &#8211; il appela ce temps moyen de travail, «&nbsp;le temps de travail socialement nécessaire&nbsp;». Ce point est essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu’il faut de moins en moins de temps pour produire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, quand les radios étaient faites avec des lampes, elles étaient très chères, parce qu’il fallait vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait être fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps. Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire des lampes pour radios, virent le prix de ce qu’ils produisaient dégringoler, car la valeur des radios n’était plus déterminée par le temps de travail nécessaire pour les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des transistors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement &#8211; jour après jour ou semaine après semaine. Ces changements peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps nécessaire pour les produire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand le gel tua tous les plants de café au Brésil, le prix du café explosa, parce qu’il y avait pénurie dans monde et que les gens étaient prêts à payer plus. Si, demain, une catastrophe quelconque venait à détruire tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun doute que le prix des télévisions exploserait de la même façon. Ce que les économistes appellent ’l’offre et la demande’ explique de telles variations dans le prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour cette raison, beaucoup d’économistes pro-capitalistes prétendent que la théorie de la valeur est sans fondement. Ils disent que seules l’offre et la demande importent. C’est cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient, ils varient autour d’une valeur moyenne. La mer monte ou descend à cause des marées, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas parler d’un point fixe autour duquel elle bouge, que nous appelons, d’ailleurs, le niveau de la mer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De la même manière, le fait que les prix montent ou baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu’il n’y a pas de valeurs fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les téléviseurs étaient détruits, les premiers fabriqués seraient très demandés et très chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il y en ait de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les autres, ce qui inévitablement baisserait les prix, jusqu’à atteindre leur valeur en termes de travail nécessaire pour les fabriquer.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Compétition et accumulation</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il fut un temps où le capitalisme semblait être un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des femmes ont été dominées par l’esclavage et l’exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu’il fit son apparition au XVIIIème et XIXème siècles, ne changea rien de tout cela. Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation à profit pour un but utile. Plutôt que de gaspiller des montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates, plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des monarques décédés, plutôt que d’enclencher de futiles guerres pour que le fils d’un empereur puisse gouverner un trou perdu, il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. L’essor du capitalisme fut une période de croissance de l’industrie, des villes et des moyens de transport, à une échelle inimaginable pour les générations passées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des villes comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient des endroits miraculeux. L’humanité n’avait jamais vu autant de coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas de qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci étaient plutôt des gens nocifs, obsédés uniquement par les richesses qu’ils pouvaient récupérer en payant le moins possible pour le travail effectué.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à construire des industries. Mais les capitalistes étaient différents sur deux points importants. Le premier dont nous avons parlé &#8211; ils ne possédaient pas les travailleurs, ils les payaient à l’heure pour leur capacité à travailler, leur force de travail. Ils utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves. Ensuite, ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les travailleurs produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les capitalistes vivaient de la vente à d’autres personnes des biens produits par les travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour faire ce qu’il voulait que le possesseur d’esclaves ou le seigneur féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire au plus bas coût possible. Le capitaliste possédait l’usine et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce pouvoir comme il le souhaitait. Il devait s’agenouiller devant les impératifs de la compétition avec les autres usines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons à notre capitaliste préféré, M.Dupont. Supposons qu’une certaine quantité de coton produit dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir, mais que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en cinq heures de travail. M.Dupont serait incapable d’obtenir, pour son produit, l’équivalent de dix heures de travail. Aucune personne sensée ne paierait ce prix, alors qu’il y a moins cher de l’autre côté de la rue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait s’assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais ce n’est pas tout. Il devait aussi s’assurer que ses travailleurs travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des autres travailleurs dans d’autres usines. Le capitaliste qui voulait survivre devait posséder de plus en plus grandes quantités de moyens de production &#8211; ou, comme disait Marx, accumuler du capital&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">La compétition entre les capitalistes créa un pouvoir, le système du marché, qui les tenait tous sous son emprise. Il les poussa à accélérer les cadences tout le temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles machines ( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe à côté ), et ils ne pouvaient se le permettre qu’à condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marx écrivit, dans son œuvre principale, <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm"><em>Le Capital</em></a>, que le capitaliste est un avare obsédé par l’acquisition incessante de plus en plus de richesses. Mais&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">ce qui chez l&rsquo;un parait être une manie individuelle est chez l&rsquo;autre l&rsquo;effet du mécanisme social dont il n&rsquo;est qu&rsquo;un rouage. Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l&rsquo;accroître, et il ne peut continuer de l&rsquo;accroître à moins d&rsquo;une accumulation progressive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(&#8230;)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Accumulez, accumulez ! C&rsquo;est la loi et les prophètes !&nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La production ne sert pas à satisfaire des besoins humains &#8211; mêmes ceux des capitalistes &#8211; mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre. Les travailleurs, employés par chacun d’eux, voient leurs vies dominées par la tendance qu’ont leurs employeurs à accumuler plus rapidement que leurs rivaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm">Manifeste du parti communiste</a> l’explique&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé&#8230; le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">L’obligation pour les capitalistes d’accumuler, en concurrence les uns avec les autres, explique les grandes avancées industrielles des premières années du système. Mais quelque chose d’autre en résulta &#8211; les crises économiques à répétition. Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">6 &#8211; Les crises économiques</h2>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Accumulation de richesse à un pôle, c&rsquo;est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d&rsquo;ignorance, d&rsquo;abrutissement, de dégradation morale, d&rsquo;esclavage, au pôle opposé.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà comment Marx résuma la tendance du capitalisme. Chaque capitaliste craint la compétition avec les autres, il fait donc travailler ses employés le plus durement possible, payant les salaires les bas possibles. Le résultat est une disproportion entre la croissance massive des moyens de productions d’une part, et la croissance limitée des salaires et du nombre de travailleurs employés d’autre part. Marx insista sur ce fait qui est la cause première des crises économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le meilleur moyen pour s’en apercevoir est de poser la question&nbsp;: qui achète la quantité de biens en expansion&nbsp;? Les bas salaires des travailleurs signifient qu’ils ne peuvent se payer les biens produits par leur propre travail. Et les capitalistes ne peuvent augmenter les salaires, parce que cela détruirait les profits &#8211; la force motrice du système. Mais si les firmes ne peuvent vendre les biens qu’elles produisent, elles doivent fermer des usines et licencier des travailleurs. Le montant total des salaires chute d’autant, et plus de firmes n’arrivent plus à écouler leurs stocks. Une «&nbsp;crise de surproduction&nbsp;»&nbsp;apparaît avec des marchandises qui s’empilent et des gens qui ne peuvent se les payer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est une caractéristique récurrente du capitalisme depuis les 160 dernières années. Mais n’importe quel esprit agile, en faveur du système, fera remarquer qu’il y aurait une solution simple à la crise. Il suffirait que les capitalistes investissent leurs profits dans de nouvelles machines et de nouvelles usines. Cela donnera du travail aux travailleurs qui en retour pourront acheter les marchandises invendues. Cela signifie que tant qu’il y a de nouveaux investissements, tous les biens produits pourront être vendus et le système permet le plein-emploi. Marx n’était pas stupide et remarqua ce fait. En effet, comme nous l’avons déjà signalé, il réalisa que la pression due à la compétition qui poussait les capitalistes à investir, était central pour le système. Mais, se demanda-t-il cela signifie-t-il que les capitalistes investiront tous leurs profits tout le temps&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le capitaliste n’investira que s’il pense que cela lui garantira un profit « raisonnable ». Et s’il ne le pense pas, il ne risquera pas son argent dans un investissement. Il le mettra à la banque, et le laissera là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant d’investir le capitaliste évalue la situation économique. Quand celle-ci semble bonne, tous les capitalistes vont se ruer pour tous investir au même moment, se marchant dessus pour trouver des sites de constructions, acheter des machines, parcourir la terre pour trouver des matières premières, payant au-dessus de la moyenne des travailleurs qualifiés. C’est ce qu’on appelle une « phase d&rsquo;expansion ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la compétition frénétique pour la terre, les matières premières et la force de travail qualifiée, pousse à la hausse leur prix. Et soudainement, les entreprises s’aperçoivent que le coût est monté si haut que tous leurs profits ont disparus. La hausse des investissements laisse place à une « baisse »&nbsp;des investissements. Plus personne ne veut des nouvelles usines, les travailleurs du bâtiment sont licenciés. Plus personne ne veut des nouvelles machines &#8211; l’industrie des machines-outils entre en crise. Plus personne ne veut de l’acier et du fer qui a été produit &#8211; l’industrie de l’acier fonctionne en « sous-capacité »&nbsp;et devient « non rentable ». Les fermetures d’usines se répandent d’une industrie à une autre industrie, créant du chômage &#8211; et avec lui, l’impossibilité pour les travailleurs d’acheter les produits d’autres industries. L’histoire du capitalisme est l’histoire de ce genre de crises périodiques, des travailleurs au chômage mourrant de faim devant des usines fermées, pendant que les stocks non-vendus pourrissent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le capitalisme crée ce genre de crise de surproduction périodiquement, parce qu’il n’y a pas de planification, il n’y a aucun moyen d’arrêter ces mouvements de ruée et de fuite des capitaux qui se déroulent en même temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gens pensent que l’État pourrait empêcher cela. En intervenant dans l’économie, en augmentant l’investissement public lorsque l’investissement privé est bas, puis le diminuant quand l’autre reprend, l’État permettrait de garder la production à un niveau égal. Mais de nos jours, l’investissement public suit les mêmes folles tendances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Regardez British Steel. Il y a quelques années, quand elle était encore nationalisée, on a déclaré aux métallurgistes que leurs boulots étaient menacés pour permettre l’installation de vastes fourneaux automatiques conçus pour produire plus d’acier à meilleur marché. Maintenant, on leur dit que plus de travailleurs vont être licenciés, parce que l’Angleterre n’était pas le seul pays à se lancer dans ce genre d’investissement. La France, l’Allemagne, les États-Unis, le Brésil, les Pays de l’Est et même la Corée du Sud, firent tous la même chose. Maintenant, il y a un surplus mondial d’acier &#8211; une crise de surproduction. Les investissements publics se sont arrêtés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les métallurgistes en ont payé le prix par deux fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà le prix que continue de payer l’humanité pour un système où la production de richesse massive est contrôlée par des petits groupes de privilégiés intéressés uniquement par le profit. Cela ne fait pas de différence que ces groupes possèdent les industries directement ou les contrôlent indirectement à travers l’État (comme pour British Steel). Pendant qu’ils utilisent ce contrôle pour se concurrencer les uns les autres pour la plus grande part du gâteau, nationalement ou internationalement, ce sont les travailleurs qui souffrent. La dernière absurdité du système est que « la crise de surproduction&nbsp;»&nbsp;n’est pas la surproduction du tout. Tout ce « surplus »&nbsp;d’acier par exemple, pourrait aider à résoudre le problème de la faim dans le monde. Les paysans dans beaucoup d’endroits du monde doivent récolter avec des outils en bois &#8211; des outils en acier augmenterait la production de nourriture. Mais les paysans n’ont pas d’argent de toutes façons, donc le système capitaliste n’est pas intéressé &#8211; il n’y a pas de profits à faire.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi les crises tendent à s’aggraver</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les crises ne font pas qu’apparaître avec une régularité monotone. Marx a aussi expliqué qu’elles s’aggravaient avec le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même si l’investissement se faisait à un niveau égal, sans soubresauts, cela n’arrêterait pas la tendance générale vers la crise. Cela parce que la compétition entre les capitalistes (et entre les nations capitalistes) les oblige à investir dans des équipements qui demandent moins de main d’oeuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, de nos jours, presque tous les nouveaux investissements servent à diminuer le nombre de travailleurs employés. Cela explique pourquoi il y a moins de travailleurs dans l’industrie en France qu’il y a dix ans même si le rendement a augmenté durant cette période.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est qu’en ’rationalisant la production’, en ’augmentant la productivité’ et en diminuant la force de travail, qu’un capitaliste peut avoir une plus grosse part du gâteau que les autres. Mais la conséquence pour le système dans son ensemble est dévastatrice. Car cela signifie que le nombre de travailleurs n’augmente pas du tout à la même vitesse que les investissements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant c’est le travail qui est la source des profits, le combustible qui entretient le système. Si vous faites des investissements de plus en plus gros, sans obtenir une augmentation correspondante de la source de profit, vous aller droit à la catastrophe &#8211; aussi sûrement que si vous essayiez de conduire une Jaguar avec l’essence nécessaire pour conduire une 2CV.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi Marx déclara il y a 130 ans que les succès du capitalisme à investir lourdement dans de nouveaux équipements conduisaient à une « baisse tendancielle du taux de profit »&nbsp;ce qui signifie une continuelle aggravation des crises. Son argumentation s’applique très simplement au capitalisme aujourd’hui. A la place des « mauvaise périodes »&nbsp;faisant place aux « bonnes périodes&nbsp;»&nbsp;&#8211; des crises aux phases d&rsquo;expansion &#8211; on a l’impression de vivre une crise continuelle. Chaque reprise, chaque baisse du taux de chômage est limitée et courte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui défendent le système déclarant que c’est parce que l’investissement n’est pas assez élevé. Sans nouvel investissement, il n’y a pas d’emploi créé, et sans nouveaux emplois pas d’argent pour acheter les marchandises. Jusque-là nous sommes d’accord &#8211; mais nous ne sommes pas d’accord sur pourquoi cela arrive. Ils condamnent les salaires. Les salaires sont trop élevés disent-ils ce qui racle les profits jusqu’à l’os. Les capitalistes ont peur d’investir car cela ne rapportera pas assez.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la crise a continué pendant de longues années où les gouvernements ont diminué les salaires et poussé les profits à la hausse. Par exemple, en Angleterre, les années 1975-78 furent celles de la plus grosse perte de pouvoir d’achat des travailleurs de ce siècle, alors que les riches devinrent plus riches &#8211; les 10&nbsp;% les plus riches passèrent de 57,8&nbsp;% du gâteau en 1974 à 60&nbsp;% en 1976.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a toujours pas assez d’investissement pour stopper la crise &#8211; cela ne vaut pas seulement pour la Grande-Bretagne mais pour d’autres pays où les salaires ont été diminués, la France, le Japon, l’Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous ferions mieux d’écouter ce que Marx disait il y a 130 ans que d’écouter les économistes d’aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marx prédit qu’avec le vieillissement du capitalisme, ses crises s’aggraveront parce que la source du profit, le travail n’augmente pas à la même vitesse que les investissements. Marx écrivait cela quand la valeur d’une usine ou d’une machine était peu élevée. Elle a explosé depuis. La compétition entre les capitalistes les oblige à utiliser des machines plus grosses et plus chères. On a atteint un point où dans la plupart des industries, on accepte le fait que de nouvelles machines signifient moins d’ouvriers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’agence économique internationale, l’OCDE, a prédit que le nombre d’emplois allait diminuer dans les plus fortes économies mondiales, même si, par miracle, des investissements surgissent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui n’arrivera pas. Parce que les capitalistes s’inquiètent pour leurs profits, si leur investissement quadruple mais leur profit double seulement, ils s’angoisseront terriblement. Pourtant c’est ce qui va se passer si l’industrie augmente plus vite que la source de profit, le travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme Marx le soulignait, le taux de profit va tendre à diminuer. Il prédit qu’on atteindrait un point où chaque nouvel investissement deviendrait une périlleuse aventure. La taille des dépenses pour construire une usine ou installer de nouvelles machines deviendrait colossale, mais le taux de profit serait bas comme jamais. Une fois ce point atteint, chaque capitaliste (ou chaque État capitaliste) fantasmera sur d’importants nouveaux investissements &#8211; mais sera effrayé de les faire de peur de disparaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’économie mondiale actuelle ressemble beaucoup à cela. Renault prévoit de nouvelles chaînes de production mais a peur de perdre de l’argent. British Steel rêve des grosses usines qu’elle avait prévues &#8211; mais doit les geler car elle n’arrive pas à écouler ses stocks. Les chantiers navals japonais ont abandonné l’idée de construire de nouveaux sites &#8211; et une partie des vieux sont en train de fermer. Les grandes capacités du capitalisme à construire des machines toujours plus vastes et toujours plus productives l’ont conduit à une apparente crise permanente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un point fut atteint dans les sociétés esclavagistes antiques et les sociétés féodales du Moyen âge où, soit une révolution transformait la société soit, elle entrait dans une crise permanente qui la ramènerait en arrière. Dans le cas de Rome, le manque de révolution conduisit exactement à l’anéantissement de la civilisation romaine. Dans le cas de certaines sociétés féodales &#8211; l’Angleterre et plus tard la France- la révolution détruisit l’ancien régime ce qui permit de nouvelles avancées sociales, sous le capitalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant, le capitalisme lui-même, doit choisir entre les crises permanentes, qui plongeront sans aucun doute l’humanité dans la barbarie, ou alors une révolution socialiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">7 &#8211; La classe ouvrière</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Marx commença le Manifeste du Parti Communiste par l’affirmation&nbsp;: «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours a été l’histoire de luttes des classes.</em>&nbsp;» Pour la classe dirigeante, la question cruciale était d’obliger la classe opprimée à lui produire des richesses. À cause de cela, dans toutes les sociétés passées, il y eut d’énormes luttes entre les classes qui souvent culminaient en guerres civiles-la révolte des esclaves de la Rome Antique, les Jacqueries de paysans en Europe Médiévale, les grandes guerres civiles et révolutions des XVIIème et XVIIIème siècles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans toutes ces grandes luttes, la masse des forces insurgées était composée de la section la plus opprimée de la société. Mais, comme Marx s’empressait d’ajouter, à la fin de la journée, tous leurs efforts servaient uniquement à remplacer une minorité dirigeante par une autre. Ainsi, par exemple, en Chine Ancienne, il y eut plusieurs révoltes victorieuses de paysans, mais elles remplaçaient un empereur par un autre. De même, ceux qui firent les efforts les plus importants durant la révolution française furent les «&nbsp;bras nus&nbsp;», -les couches les plus pauvres de Paris, mais, au final, la société n’était pas dirigée par eux mais par des banquiers et industriels à la place du roi et de ses courtisans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y avait deux raisons à l’impossibilité de la classe opprimée à garder le contrôle de la révolution pour laquelle elle avait combattu. La première était que le niveau général de richesses dans la société était assez bas. C’était uniquement parce qu’une immense majorité de personnes était contrainte à la pauvreté absolue qu’une petite minorité avait le temps et le loisir de développer les arts et la science pour maintenir la civilisation. En d’autres termes, la division de la société en classes était nécessaire pour son progrès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, le mode de vie de la classe opprimée ne la préparait pas à prendre le contrôle de la société. En majorité illettrée, elle n’avait que peu d’idées sur ce qui se passait au-delà de son environnement immédiat et par-dessus tout, la façon dont elle était organisée la divisait, dressant les uns contre les autres. Chaque paysan s’occupait de son propre lopin de terre. Chaque artisan dans les villes s’occupait de son propre atelier et était, d’une certaine manière, en concurrence avec les autres, et non pas pas unis à eux. Les révoltes de paysans démarraient par un vaste mouvement qui se soulevait pour diviser la terre du seigneur, mais, aussitôt celui-ci vaincu, il y avait un combat pour savoir comment cette terre allait être partagée. Comme Marx le soulignait, les paysans ressemblaient à «&nbsp;un sac de pommes de terre&nbsp;»&nbsp;: ils pouvaient se rassembler sous la pression d’une force extérieure, mais étaient incapables de s’unir de façon permanente pour servir leurs propres intérêts. Les travailleurs qui créent les richesses sous le capitalisme moderne forment une classe différente de toutes les précédentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, la division de la société en classes n’est plus nécessaire pour le développement de l’humanité. Il y a tellement de richesses créées que le capitalisme en détruit périodiquement une énorme quantité par les guerres et les crises. Ces richesses pourraient être partagées équitablement et la société continuerait à progresser dans les sciences, les arts etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, la vie sous le capitalisme prépare les travailleurs à prendre le contrôle de la société, et ce de plusieurs façons. Par exemple, le capitalisme a besoin de travailleurs formés et éduqués. De plus, il force des milliers de personnes à travailler dans des usines énormes, et à habiter dans des villes toujours plus grandes, où ils sont en contact rapproché, et où ils peuvent devenir une puissante force de changement de société. Le capitalisme force les travailleurs à coopérer au cours de la production, au sein d’une usine. Cette coopération peut se retourner contre le système, comme lorsque les travailleurs s’organisent dans un syndicat. Parce qu’ils sont massés en d’importantes concentrations, il est beaucoup plus facile pour les travailleurs d’exercer un contrôle démocratique sur de telles structures que ça ne l’était pour les précédentes classes opprimées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus le capitalisme tend à transformer des groupes de personnes qui s’estimaient ’au-dessus du lot’ ( les cadres et les techniciens) en travailleurs salariés qui sont forcés de s’organiser comme les autres travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le développement des communications &#8211; chemins de fer, routes, transport aérien, systèmes postaux, les téléphones, la radio et la télévision &#8211; permettent aux travailleurs de communiquer en dehors de leur propre ville ou industrie. Ils peuvent s’organiser en tant que classe à une échelle nationale et internationale &#8211; ce qui était inimaginable pour les classes opprimées précédentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces facteurs font que la classe ouvrière n’est pas seulement une force qui se rebelle contre le système, mais qu’elle peut s’organiser, élire ses propres représentants, dans le but de changer la société dans ses propres intérêts et non plus pour remettre au pouvoir un empereur ou un groupe de banquiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme Karl Marx le disait&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Tous les mouvements historiques ont été, jusqu&rsquo;ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l&rsquo;immense majorité au profit de l&rsquo;immense majorité.&nbsp;</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">8 &#8211; Comment peut-on changer la société ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Grande-Bretagne, la majorité écrasante des socialistes et des syndicalistes défendent généralement l’idée que la société pourrait être transformée sans une révolution violente. Il suffirait, disent-ils, que les socialistes gagnent suffisamment de soutien populaire pour gagner le contrôle des institutions politiques «&nbsp;traditionnelles&nbsp;»&nbsp;&#8211; parlement et conseils municipaux. Alors les socialistes seraient en position de changer la société en utilisant l’État existant &#8211; le service public, la justice, la police et les forces armées &#8211; pour appliquer des lois qui limiteraient le pouvoir de la classe employeuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De cette manière, prétendent-ils, le socialisme peut être introduit graduellement et sans violence, en réformant le système actuel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette théorie est, généralement, appelée le&nbsp;« réformisme », bien qu’occasionnellement, on entende des termes comme « révisionnisme » (parce que cela implique la révision complète des idées de Marx), « sociale-démocratie » (bien que, jusqu’en 1914, cela signifiait socialisme révolutionnaire) ou fabianisme (d’après la Société des Fabiens qui a longtemps propagé des idées réformistes en Angleterre). C’est une vision acceptée par la gauche comme par la droite du Parti socialiste comme du Parti communiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le réformisme semble, à première vue, très crédible. Cela correspond avec ce que l’on apprend à l’école, dans les journaux ou à la télévision &#8211; que le « parlement » dirige le pays et que « le parlement est élu, démocratiquement, selon la volonté de la population ». Pourtant, malgré cela, chaque tentative pour introduire le socialisme par le parlement a été un échec. Ainsi, il y eut plusieurs gouvernements de majorité de gauche en Grande-Bretagne depuis 1945 &#8211; avec des majorités écrasantes en 1945 et 1979 &#8211; pourtant nous ne sommes pas plus près du socialisme qu’en 1945.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les expériences ailleurs sont les mêmes. Au Chili en 1970, le socialiste Salvador Allende fut élu président. Les gens prétendirent que c’était une « nouvelle manière » d’avancer vers le socialisme. Trois ans plus tard, les généraux à qui on avait demandé de rejoindre le gouvernement renversèrent Allende et le mouvement ouvrier chilien fut détruit. Il y a trois raisons, toutes intimement liées, qui expliquent pourquoi le réformisme ne peut jamais réussir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, pendant que les majorités socialistes, aux parlements, introduisent « graduellement » des mesures socialistes, le pouvoir économique réel reste entre les mains de la vieille classe dirigeante. Ils peuvent utiliser ce pouvoir économique pour fermer des pans entiers de l’industrie, pour créer du chômage, pour faire monter les prix par la spéculation, déplacer de l’argent à l’étranger pour créer une crise des « balances des paiements », et pour lancer des campagnes de presse rejetant la faute sur le gouvernement socialiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi le gouvernement travailliste de Harold wilson a été obligé en 1964 et à nouveau en 1966 d&rsquo;abandonner des mesures qui auraient bénéficié aux travailleurs &#8211; par le mouvement en masse de capitaux à l&rsquo;étranger par des individus riches et des entreprises. Wilson lui-même a décrit dans ses mémoires comment</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Nous étions à présent arrivés à la situation où des spéculateurs internationaux disait à un gouvernement nouvellement élu que le programme sur lequel nous avions fait campagne ne pouvait pas être mis en œuvre. (&#8230;) On demandait au premier ministre de la reine de baisser le rideau sur la démocratie parlementaire en acceptant la doctrine suivant laquelle une élection en Grande-Bretagne était une farce, suivant laquelle le peuple britannique ne pouvait pas choisir entre plusieurs programmes.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement d’Allende au Chili dut faire face à d’encore plus grandes attaques de la part de la haute finance. Deux fois, des pans entiers de l’industrie furent fermés par des «&nbsp;grèves de patrons&nbsp;», pendant que la spéculation augmentait énormément les prix et le contrôle des stocks par les hommes d’affaires obligea les gens à faire la queue pour se nourrir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième raison pour laquelle le capitalisme ne peut être réformé est que l’État existant n’est pas « neutre », mais conçu, de haut en bas, pour préserver la société capitaliste. L’État contrôle presque la totalité des moyens de la force physique, les moyens de la violence. Si les organisations de l’État étaient neutres, et faisaient exactement ce qu’un gouvernement quelconque lui ordonnait, qu’il soit capitaliste ou socialiste, alors l’État pourrait être utilisé pour stopper le sabotage de l’économie par la haute finance. Mais si on regarde comment la machine étatique opère et qui donne réellement les ordres, on s’aperçoit qu’elle n’est pas neutre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La machine étatique ne se résume pas simplement au gouvernement. C’est une vaste organisation comprenant plusieurs branches &#8211; la police, l’armée, la justice, le service public, ceux qui dirigent les entreprises nationalisées etc. Beaucoup de ceux qui travaillent dans ces différentes branches de l’État viennent de la classe ouvrière &#8211; ils vivent et sont payés comme des travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce ne sont pas ces personnes qui prennent les décisions. Les soldats de base ne décident pas dans quelle guerre ils devront combattre ou quelle grève ils devront briser&nbsp;; l&#8217;employé de Pôle Emploi ne décide pas de la somme des allocations chômages. La machine étatique entière est basée sur le fait que quelqu’un à un niveau donné de l’échelle doit obéir à celui du niveau supérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est, essentiellement, le cas dans les sections de la machine étatique qui exercent la force physique &#8211; l’armée, la marine, l’armée de l’air, la police. La première chose que l’on apprend au soldat qui s’engage &#8211; bien avant de lui laisser toucher une arme &#8211; est d’obéir aux ordres, sans se soucier de son avis concernant ces ordres. C’est pour cela qu’on lui apprend à faire des manœuvresabsurdes. S’il est capable de suivre des commandements grotesques au défilé, il est clair qu’il tirera sans se poser plus de questions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le crime le plus terrible dans l’armée est de refuser d’obéir aux ordres &#8211; la mutinerie. Cette offense est si terrible que la mutinerie, en temps de guerre, est passible de mort. Qui donne les ordres&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si on jette un oeil à la hiérarchie de l’armée britannique ( et les autres armées ne sont pas différentes ), on trouve&nbsp;: général &#8211; commandant de brigade &#8211; colonel &#8211; lieutenant &#8211; sous-officier &#8211; soldat. A aucun moment n’interviennent les représentants élus &#8211; que ce soit un député ou un élu local. C’est aussi un acte de mutinerie pour un groupe de soldats d’obéir à leur député plutôt qu’à l’officier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’armée est une énorme machine à tuer. Ceux qui la dirigent &#8211; et qui ont le pouvoir de promouvoir d’autres soldats à des positions dirigeantes &#8211; sont les généraux. Bien sûr, en théorie, les généraux sont responsables devant le gouvernement élu. Mais les soldats sont entraînés à obéir à un général, pas à des élus. Si les généraux décident de donner des ordres aux soldats, qui ne sont pas ceux du gouvernement, celui-ci n’a aucun moyen pour contrer ces ordres. Il ne peut qu’essayer de convaincre les généraux de changer d’avis, si jamais il est au courant des ordres qui ont été donnés &#8211; parce que les affaires militaires sont toujours tenues secrètes, il est très facile pour les généraux de cacher leurs activités aux gouvernements qu’ils n’apprécient pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ne signifie pas que les généraux ignorent, toujours ou très souvent, ce que leurs disent les gouvernements. En général, en Grande-Bretagne, ils ont trouvé plus utile de suivre presque tout ce que suggérait les gouvernements. Mais, dans une situation de vie ou de mort, les généraux sont capables d’enclencher leur puissante machine à tuer sans écouter le gouvernement, et il ne reste pas grand chose que le gouvernement puisse faire dans ces cas-là. C’est ce que firent, par exemple, les généraux, au Chili, quand Allende fut renversé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi la question, «&nbsp;qui dirige l’armée&nbsp;?&nbsp;», revient à «&nbsp;qui sont les généraux&nbsp;?&nbsp;»&nbsp;En Grande-Bretagne, 80 % des officiers supérieurs viennent d’écoles privées&nbsp; payantes,&nbsp;&#8211; la même proportion qu’il y a 50 ans (17 années de gouvernements travaillistes n&rsquo;ont pas changé <em>cela</em>). Ils ont des liens de parenté avec les propriétaires de grandes entreprises, appartiennent aux mêmes clubs chics, se rencontrent dans les mêmes soirées mondaines, partagent les mêmes idées (si vous en doutez, lisez la page courrier de quasiment n’importe quel exemplaire du <em>Daily Telegraph</em>). Il en va de même pour les hauts fonctionnaires, pour les juges, pour les commissaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pensez-vous que ces personnes vont obéir aux ordres d’un gouvernement pour enlever le pouvoir économique des mains de leurs amis ou relations dans la haute finance, seulement parce que 330 personnes discutent dans les salons de la chambres des députés&nbsp;? Ne feront-ils pas, à la place, comme les généraux chiliens, qui sabotèrent les ordres du gouvernement pendant trois ans et, au moment venu, le renversèrent&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En pratique, la «&nbsp;constitution&nbsp;» particulière que nous avons en Grande-Bretagne permet à ceux qui contrôlent la machine Étatique d&rsquo;étouffer la volonté d’un gouvernement de gauche élu sans avoir à le liquider physiquement. Si un tel gouvernement était élu, il ferait face à un sabotage massif de l’économie (fermetures d’usines, fuites de capitaux, contrôle des stocks, inflation galopante). Si le gouvernement essayait de répondre à ses sabotages en utilisant les «&nbsp;moyens constitutionnels&nbsp;»&nbsp;&#8211; en votant des lois &#8211; il se retrouverait les mains liées dans le dos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Chambre des Lords refuserait certainement de ratifier ces lois &#8211; reportant leur vote au maximum. Les juges les «&nbsp;interprèteraient&nbsp;» de telle manière qu’elles seraient sans pouvoir. Les chefs du service public, les généraux, et les chefs de police se serviraient des décisions des juges et du Sénat pour justifier leur propre inaction à leur ministère. Ils seraient soutenus par quasiment toute la presse, qui déclarerait que le gouvernement se comporte «&nbsp;illégalement&nbsp;». Les généraux se serviraient de ce langage pour justifier les préparatifs en vue de renverser un gouvernement «&nbsp;illégal&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement serait impuissant devant le chaos économique &#8211; sauf s’il a déjà agi inconstitutionnellement et a appelé les soldats, la police à se retourner contre leurs supérieurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour celui qui pense que tout cela n’est que de la science-fiction, j’ajouterai qu’il y a eu au moins deux occasions dans l’histoire récente de la Grande-Bretagne où des généraux ont saboté les décisions gouvernementales qu’ils n’appréciaient pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1912, la chambre des Communes vota une loi qui permettait la création d’un parlement ’indépendant’ pour diriger une Irlande unie. Le dirigeant de droite, Bonar Law, dénonça immédiatement le gouvernement (Libéral&nbsp;!) et l’accusa d’être une «&nbsp;junte&nbsp;»&nbsp;illégale qui avait «&nbsp;vendu la Constitution&nbsp;». La chambre des Lords retarda, évidemment, l’application de cette loi aussi longtemps qu’elle put (deux ans, dans ce cas), alors que l’ancien ministre de droite Edward Carson organisa une force paramilitaire dans le nord de l’Irlande pour résister à cette loi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’on ordonna aux généraux qui commandaient l’armée britannique en Irlande, de se diriger vers le nord pour affronter ces troupes, ils refusèrent et menacèrent de démissionner. C’est à cause de cette action, couramment appelé la «&nbsp;Mutinerie Curragh&nbsp;», que l’Irlande du nord comme du sud, ne put avoir un seul parlement en 1914, et reste, encore aujourd’hui, une nation divisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">In 1974 il y eut une répétition en minature des événements de 1912. Les Loyalistes sectaires et réactionnaires d&rsquo;Irlande du Nord ont organisé un arrêt général de l&rsquo;industrie, ont utilisé des barricades pour empêcher les gens d&rsquo;aller au travail, pour ne pas être obligés d&rsquo;accepter un gouvernement d&rsquo;union protestant-catholique en Irlande du Nord. Les ministres britanniques ont demandé à l&rsquo;armée britannique et à la police d&rsquo;Irlande du Nord, le&nbsp;<em>Royal Ulster Constabulary</em>, de démonter les barricades et de mettre fin à la grève. Les hauts officiers de l&rsquo;armée et les commandants de la police dirent au gouvernement que ce n&rsquo;était pas recommandé, et que ni les soldats ni la police ne s&rsquo;attaqueraient aux Loyalistes. Le gouvernement d&rsquo;union protestant-catholique dût démissionner, les opinions des officiers de l&rsquo;armée se sont montrées plus puissantes que celles du gouvernement britannique.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cela s’est passé, en 1912 comme en 1974, avec des gouvernements modérés prenant de timides mesures, imaginez ce qui se passerait si un gouvernement de socialistes militants était élu. Toute majorité réformiste <em>conséquente</em> seraient rapidement dans l’obligation de faire un choix&nbsp;: ou bien abandonner les réformes et suivre les directives de ceux qui contrôlent l’industrie et les positions étatiques clés ou se préparer à un conflit généralisé, qui, inévitablement, impliquera l’utilisation de la force, contre ceux qui contrôlent ces positions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième raison pour laquelle le réformisme est une impasse, est que la «&nbsp;démocratie&nbsp;»&nbsp;parlementaire contient des mécanismes internes permettant d’empêcher tous les mouvements révolutionnaires d’y trouver leur expression.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains réformistes affirment que le meilleur moyen pour prendre le pouvoir des mains de ceux qui contrôlent les positions clés de la machine étatique est pour la gauche d’obtenir la majorité au parlement d’abord. Cet argument s’effondre car les parlements sous-évaluent toujours le niveau de conscience révolutionnaire de la masse de la population.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La masse des gens ne croira en sa capacité de prendre le contrôle de la société que lorsqu’elle le fera en pratique, par la lutte. Ce n’est que lorsque des millions de gens occupent leurs usines ou prennent part à une grève générale que les idées du socialisme révolutionnaire deviennent, soudainement, réalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais un tel niveau de lutte ne peut se maintenir indéfiniment sauf si la vieille classe dominante est éjectée du pouvoir. Si elle y reste, elle attendra que les occupations et les grèves diminuent, et, alors, utilisera son contrôle sur l’armée pour briser la lutte. Une fois que les grèves et les occupations commencent à vaciller, le sentiment de confiance et d’unité au sein des travailleurs commence à s’évanouir. La démoralisation et l’amertume s’installent. Même les plus combatifs commencent à penser que le changement de société n’est qu’un rêve fou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà pourquoi les employeurs préfèrent toujours que les votes de grèves se fassent lorsque les travailleurs sont à la maison, prenant leurs idées à la télévision ou dans les journaux, et pas lorsqu’ils sont unis dans des meetings de masse, pouvant entendre les arguments des autres travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà aussi pourquoi les lois antisyndicales contiennent presque toutes une clause obligeant les travailleurs à arrêter la grève, lors d’un vote à bulletin secret. Ce genre de clause s’appelle, à juste titre, celle des périodes de «&nbsp;refroidissement&nbsp;»&nbsp;&#8211; elles servent à verser de l’eau froide sur la confiance et l’unité des travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système parlementaire prévoit, dans sa structure, des périodes de refroidissement et des votes à bulletins secrets. Par exemple, si un gouvernement est mis à genoux par une grève massive, il dira sûrement,«&nbsp;OK, attendons trois semaines avant la tenue d’élections législatives qui résoudront la question démocratiquement&nbsp;». Il espère que d’ici là la grève sera arrêtée. La confiance et l’unité des travailleurs vont alors se faner. Les employeurs pourront mettre les militants sur une liste noire. La presse capitaliste et sa télévision pourront se remettre à fonctionner normalement, martelant les travailleurs d’idées pro-gouvernementales. La police peut arrêter les «&nbsp;fauteurs de troubles&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, lorsque l’élection a finalement lieu, le vote ne reflètera pas le point culminant de la lutte des travailleurs, mais le plus bas niveau, après la grève.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, en 1968, le gouvernement du Général De Gaulle utilisa les élections exactement dans ce but. Les partis réformistes ouvriers et les syndicats appelèrent à la fin de la grève, et De Gaulle gagna les élections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier ministre Britannique, Edward Heath, essaya la même ruse lors d’une grève de mineurs massivement soutenue, en 1974. Mais cette fois, les mineurs n’ont pas été dupes. Ils restèrent en grève &#8211; et Heath perdit les élections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si les travailleurs attendent les élections pour décider de positions clés durant la lutte de classe, ils n’atteindront jamais le point culminant.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’État ouvrier</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cela, Marx, dans sa brochure <a href="https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530.htm">La guerre civile en France</a>, et Lénine dans <a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm">L’État et la révolution</a> décrivirent une vision complètement différente sur le moyen pour le socialisme de gagner. Aucun d’eux ne tirèrent leurs idées de l’espace, ils développèrent, tous deux, leurs analyses en regardant la classe ouvrière en action &#8211; Marx vit la Commune de Paris, Lénine les soviets (conseils d’ouvriers) russes de 1905 et 1917.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Marx et Lénine insistèrent sur le fait que la classe ouvrière ne pouvait commencer à construire le socialisme avant d’avoir, au préalable, détruit le vieil État basé sur des chaînes de commandes bureaucratiques, et ensuite créé un nouvel État basé sur des principes entièrement nouveaux. Lénine souligna que cet État devait être complètement différent de l’ancien, en l’appelant «&nbsp;Etat-Commune&nbsp;», un État qui « cesse d&rsquo;être un Etat ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un nouvel État, disaient Marx et Lénine, sera absolument nécessaire si la classe ouvrière veut imposer sa loi sur les restes des anciennes classes dirigeantes et moyennes. C’est pour cela qu’il l’appelèrent la « dictature du prolétariat »&nbsp;&#8211; la classe ouvrière devait décider de la façon dont la société devait fonctionner. Elle devait aussi défendre sa révolution contre les attaques des classes dominantes d’autres pays. Pour accomplir ces deux tâches, elle doit avoir sa propre force armée, une certaine forme de police, de cours, de prisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais si cette nouvelle armée, police et système légal doivent être contrôlés par la classe ouvrière, et ne jamais se retourner contre ses intérêts, ils doivent être d’une nature complètement différente de ceux de l’État capitaliste. Ils doivent être le moyen par lequel la classe ouvrière en tant que majorité impose sa dictature au reste de la société, pas une dictature dirigée contre la majorité de la classe ouvrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici les principales différences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; L’État capitaliste sert les intérêts d’une petite minorité de la société. L’État ouvrier doit servir les intérêts de l’immense majorité. La force dans l’État capitaliste, est exercée par une minorité de mercenaires, coupés du reste de la société et entraînés à obéir aux ordres de leurs supérieurs. Dans un État ouvrier, la force serait nécessaire uniquement pour que la majorité se protége des actes antisociaux des restes de l’ancienne classe privilégiée. La police et l’armée d’un État ouvrier doivent être composées de travailleurs, qui côtoient librement avec leurs camarades ouvriers, qui partagent les mêmes idées et la même vie. En effet, pour s’assurer que les groupes de soldats et de policiers ne se développent jamais de manière à être séparés de la masse des travailleurs, la «&nbsp;police&nbsp;»&nbsp;et les «&nbsp;soldats&nbsp;»&nbsp;doivent être des travailleurs qui sont chargés tour à tour, par un système de roulement, d’assumer ses fonctions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Plutôt que les forces armées et la police soient dirigées par un petit groupe d’officiers, elles seront dirigées par des représentants, directement élus, de la masse des travailleurs. Les représentants parlementaires, dans un État capitaliste, votent des lois mais laissent, à plein temps, des bureaucrates, juges et commissaires de police la capacité de les appliquer. Cela permet aux députés et élus locaux d’avoir un million d’excuses quand leurs promesses ne sont pas tenues. Les représentants des travailleurs dans un État ouvrier devront voir leurs lois mises immédiatement en application. Ce sont eux, et pas une élite de hauts bureaucrates, qui devront expliquer aux travailleurs du service public, de l’armée etc. comment les choses doivent se faire. Et de même, des représentants ouvriers élus devront interpréter ces lois dans les tribunaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Les représentant parlementaires dans un État capitaliste sont détachés de ceux qui les élisent, par de gros salaires. Dans un État ouvrier, les représentants ne devront pas recevoir plus que le salaire moyen d’un ouvrier. Il en va de même pour ceux qui travaillent à faire appliquer les décisions des représentants (l’équivalent des fonctionnaires actuels). Les représentants ouvriers, et tous ceux concernés à appliquer les décisions des travailleurs, ne devront pas être, comme les députés, élus pour cinq ans (ou à vie dans le cas de hauts fonctionnaires) sans la possibilité d’être renvoyés. Ils devront être soumis à au moins une élection par an, et être révocables à tout moment s’ils ne suivent pas les souhaits des travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Les représentants parlementaires sont élus par tous les gens d’une certaine localité &#8211; bourgeois, classe moyennes, et classe ouvrière, propriétaires de même que locataires. Dans un État ouvrier, les élections concerneraient uniquement ceux qui travaillent, votant, seulement, après des discussions ouvertes. Ainsi le noyau de l’État ouvrier consisterait en des conseils ouvriers dans les usines, les mines, les docks, dans les bureaux, avec des groupes tels que les femmes au foyer, les retraités, les étudiants ayant leurs propres représentants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De cette manière, chaque section de la classe ouvrière aurait ses propres représentants et serait capable de juger s’il ou elle suit ses intérêts. Ainsi, le nouvel État ne peut devenir une force séparée de et opposée à la majorité de la classe ouvrière &#8211; au contraire de ce qui s’est passé dans les pays du bloc de l’Est qui s’appelaient «&nbsp;Communistes&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même temps, le système des conseils ouvriers fournit un outil avec lequel les travailleurs peuvent coordonner leurs efforts pour faire tourner l’industrie selon un plan décidé nationalement et démocratiquement, et pas finir par se concurrencer. Il est facile de voir comment la technologie informatique moderne permettrait à tous les travailleurs d’obtenir des informations concernant diverses options économiques accessibles à la société, et conduire leurs représentants à choisir ce que la majorité des travailleurs pense être les meilleures options &#8211; savoir si on construit des Concordes, ou un système de transport public fiable et bon marché, savoir si on construit des bombes nucléaires ou une banque de reins artificiels, etc.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’extinction de l’État</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que le pouvoir étatique ne doit pas être séparé de la masse des travailleurs, il sera beaucoup moins coercitif que sous le capitalisme. Lorsque les restes de l’ancienne société contre qui il était dirigé, sera résignée à la victoire de la révolution, et lorsque d’autres révolutions auront renversé les autres classes dirigeantes, il y aura besoin de moins en moins de coercition, jusqu’à ce que les travailleurs n’aient plus besoin de quitter leur travail, pour accomplir les tâches «&nbsp;policières&nbsp;» et «&nbsp;militaires&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce que Marx et Lénine voulaient dire lorsqu’ils disaient que l’État devrait disparaître. A la place de la coercition contre les gens, l’État deviendrait plutôt un mécanisme de conseils ouvriers pour décider comment produire et distribuer les richesses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conseils ouvriers doivent apparaître, sous une forme ou sous une autre, lorsque les conflits entre les classes ont atteint un très haut niveau. «&nbsp;Soviet&nbsp;»&nbsp;fut le mot russe pour désigner les conseils ouvriers de 1905 et 1917.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1918, en Allemagne, les conseils de travailleurs furent, brièvement, le seul pouvoir dans le pays. En Espagne, en 1936, les différents partis et syndicats ouvriers s’unirent dans des «&nbsp;comités de milices&nbsp;», qui dirigeaient localement et ressemblaient à des conseils ouvriers. En Hongrie, en 1956, les travailleurs élirent des conseils pour faire tourner les usines et les villes, lorsqu’ils combattaient les troupes russes. Au Chili, en 1972-73, les travailleurs commencèrent à construire des «&nbsp;cordones&nbsp;»&nbsp;&#8211; des comités de travailleurs qui reliaient les grosses usines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conseils de travailleurs apparurent en tant que structures qu’utilisent les travailleurs dans leurs luttes contre le capitalisme. Ils peuvent démarrer avec de modestes fonctions, récoltant des fonds de soutien pour la grève par exemple, mais parce qu’ils sont basés sur l’élection directe des travailleurs, sur des représentants ouvriers soumis à la révocation, ils peuvent, aux plus hauts points de la lutte, coordonner les efforts de la classe ouvrière toute entière. Ils peuvent former la base du pouvoir des travailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">9 &#8211; Comment les travailleurs deviennent-ils révolutionnaires ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Grande-Bretagne, durant ce siècle, la plupart des travailleurs se sont tournés vers le Parti Travailliste et le parlement pour changer la société. Une large minorité a soutenu les idées réactionnaires de la droite. Les révolutionnaires n’ont été en général qu’un petit nombre. Cette indifférence ou même opposition des travailleurs au socialisme révolutionnaire n&rsquo;est pas vraiment surprenante. Nous avons tous grandi dans une société capitaliste où il est considéré comme acquis que tout le monde est égoïste, où on nous répète sans arrêt dans les journaux ou à la télévision que seule une minorité privilégiée a les capacités pour prendre en main les postes clés de l’économie et de l’État, où la masse des travailleurs apprend dès le premier jour d’école à obéir aux ordres donnés par « ceux qui savent », les « autorités ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme Marx le signalait, les idées dominantes sont celles de la classe dominante, et un grand nombre de travailleurs les accepte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, malgré cela, continuellement dans l’histoire du capitalisme, des mouvements révolutionnaires ont secoué les pays les uns après les autres&nbsp;: en France en 1871, en Russie en 1917, en Allemagne et en Hongrie en 1919, en Italie en 1920, en Espagne et en France en 1936, en Hongrie en 1956, en France en 1968, au Chili en 1972-73, au Portugal en 1975, en Iran en 1979, en Pologne en 1980.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’explication de ses mouvements réside dans la nature même du capitalisme. Le capitalisme est un système qui entre constamment en crise. À partir d’un moment, il ne peut plus assurer le plein emploi, il ne peut promettre la prospérité pour tous, ni même nous assurer un niveau de vie convenable. Mais durant les phases d&rsquo;expansion les travailleurs attendent toutes ces choses. Donc, par exemple, dans les années 1950 début 1960, les travailleurs espéraient un plein emploi permanent, une «&nbsp;couverture sociale&nbsp;»&nbsp;et un graduel mais réel rehaussement du niveau de vie. Par contraste, sur les 25 dernières années, les gouvernements successifs laissé le chômage toucher jusqu’à 4 millions de personnes, réduit la sécurité sociale en lambeaux, et ont essayé de diminuer le niveau de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que nous sommes habitués à accepter beaucoup d’idées capitalistes, nous acceptons certaines de ces attaques. Mais inévitablement, le point où les travailleurs n’en peuvent plus est atteint. Soudainement, souvent quand personne ne s’y attend, leur colère explose et ils agissent contre leur patron ou le gouvernement. Peut-être se mettent-ils en grève ou alors organisent une manifestation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand cela arrive, qu’ils le veuillent ou non, les travailleurs commencent à faire des choses qui contredisent toutes les idées capitalistes qu’ils avaient acceptées jusqu’à présent. Ils agissent en solidarité avec d’autres, en tant que classe par leur opposition aux représentants de la classe capitaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idées du socialisme révolutionnaire qu’ils avaient l’habitude de rejeter commencent alors à correspondre à ce qu’ils sont en train de faire. Une partie au moins de ces travailleurs prennent ces idées au sérieux pourvu qu’elles soient accessibles. L’échelle que cela prend dépend de l’échelle du conflit, pas des idées qui sont dans la tête des travailleurs. Le capitalisme les pousse au conflit même s’ils ont des idées pro-capitalistes. La lutte leur fait remettre en question ces idées. Le pouvoir capitaliste réside sur deux bases &#8211; le contrôle des moyens de productions et le contrôle de l’État. Un authentique mouvement révolutionnaire commence au milieu de la masse des travailleurs lorsque les luttes pour leurs intérêts économiques immédiats les conduisent à l’affrontement avec les deux bases du règne capitaliste. Prenons par exemple un groupe de travailleurs qui ont été employés dans la même usine pendant des années. Le train-train quotidien de leur vie est réglé par leur travail. Un jour l’employeur annonce qu’il va fermer l’usine. Même ceux qui votaient à droite dans l’usine sont horrifiés et veulent faire quelque chose. En désespoir, ils décident que la seule façon de continuer à vivre la même vie que le capitalisme leur a appris à espérer est d’occuper l’usine &#8211; s’attaquer au contrôle qu’à l’employeur sur les moyens de productions. Ils peuvent même rapidement en arriver à combattre l’État lorsque le patron appellera la police pour récupérer «&nbsp;sa&nbsp;»&nbsp;propriété. S’ils veulent avoir la moindre de chance de garder leur emploi, les travailleurs devront se confronter à la police, à l’État, aussi bien qu’au patron.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi le capitalisme crée lui-même les conditions de conflits de classes qui ouvrent l’esprit des travailleurs à des idées à l’opposé de celles que le système leur a appris. Cela explique pourquoi l’histoire du capitalisme est marquée par de périodiques poussées de sentiments révolutionnaires parmi des millions de travailleurs, même si la plupart du temps, la majorité des travailleurs accepte les idées que le système développe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un dernier point. L’un des plus gros obstacles au développement des idées révolutionnaires parmi les travailleurs est le sentiment que ce n’est pas la peine de faire quoique ce soit parce que les autres travailleurs ne les soutiendront jamais. Quand ils découvrent que d’autres se mettent en lutte, ils sortent de leur propre apathie. Dans la même veine, les gens qui pensent qu’en tant que travailleurs ils sont incapables de gérer la société, soudainement apprennent qu’il en est autrement lorsqu’ils découvrent qu’au cours des luttes de masses contre le système, ils prennent part à la gestion de cette société. A cause de cela, une fois qu’un mouvement révolutionnaire démarre, il peut faire boule de neige à une vitesse surprenante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">10 &#8211; Le parti socialiste révolutionnaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe de base du marxisme est que le développement du capitalisme conduit les travailleurs à se révolter contre le système.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand de telles révoltes explosent &#8211; que ce soit une manifestation de masse, une insurrection armée ou même une grosse grève &#8211; la transformation de la conscience de la classe ouvrière est étonnante. Toute l’énergie mentale des travailleurs qui était auparavant détournée sur mille et une choses &#8211; comme jouer aux courses ou regarder la télévision &#8211; se concentre soudainement sur le moyen de changer la société. Des millions de gens se penchant sur ce problème trouvent des solutions d’une incroyable ingéniosité, qui, souvent, laissent des révolutionnaires accomplis aussi désemparés que l’est la classe dirigeante par la tournure des événements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, par exemple, au cours de la première révolution russe de 1905, une nouvelle forme d’organisation des travailleurs, le soviet &#8211; conseil ouvrier &#8211; émergea d’un comité de grève pendant une grève d’imprimeurs. Au départ, le parti bolchevique &#8211; les plus militants des révolutionnaires socialistes &#8211; se méfia des soviets&nbsp;: ils ne croyaient pas qu&rsquo;il&nbsp;était possible pour une masse de travailleurs politisés depuis peu de créer un instrument révolutionnaire efficace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De telles expériences se retrouvent dans plusieurs grèves&nbsp;: les militants accomplis sont pris complètement par surprise quand les travailleurs qui avaient depuis si longtemps ignoré leurs conseils, commencent soudainement à organiser des actions militantes eux-mêmes. Cette spontanéité est fondamentale. Mais, il est incorrect d’en tirer la conclusion &#8211; comme le font les anarchistes ou ceux qui leur sont proches &#8211; qu’il n’y aurait pas besoin de parti révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une situation révolutionnaire, des millions de travailleurs changent d’idées très rapidement. Mais ils n’en changent pas en totalité et d’un seul coup. Dans chaque grève, chaque manifestation, chaque insurrection armée, il y a des débats permanents. Une partie des travailleurs verra dans ces actions un prélude à la prise du pouvoir par les travailleurs. Une autre sera à moitié contre le fait de passer à quelque action que ce soit, parce que cela troublera «&nbsp;l’ordre naturel des choses&nbsp;». Et au milieu se trouvera la masse des travailleurs, attirée par l’une puis l’autre des parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De l’autre côté de la balance, la classe dirigeante pèsera de tout poids par sa presse et sa propagande, dénonçant les actions des travailleurs. Elle lancera aussi ses briseurs de grève, que ce soit la police, l’armée ou des organisations de droite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du côté des travailleurs, il doit y avoir une organisation de socialistes qui peuvent tirer les leçons des luttes passées, qui peuvent jeter dans la balance les arguments socialistes. Il doit y avoir une organisation qui peut rassembler la compréhension grandissante des travailleurs en lutte, afin qu’ils agissent ensemble pour changer la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce parti révolutionnaire doit exister avant que la lutte ne démarre, car l’organisation ne peut naître spontanément. Le parti se construit à travers l’échange continuel entre les idées socialistes et l’expérience de la lutte de classes &#8211; car comprendre la société n’est pas suffisant&nbsp;: c’est seulement en appliquant ces idées à une lutte de classes quotidiennes, dans les grèves, manifestations, campagnes, que les travailleurs prendront conscience de leur pouvoir de changer les choses, et gagneront la confiance pour le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A plusieurs moments, l’intervention d’un parti socialiste peut être décisive, peut faire pencher la balance du côté du changement, vers un transfert révolutionnaire du pouvoir aux travailleurs, vers une société socialiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel genre de parti&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parti révolutionnaire socialiste doit être démocratique. Pour remplir son rôle, le parti doit être continuellement en contact avec la lutte de classes, c’est-à-dire avec ses propres membres et sympathisants sur les lieux de travail où la lutte se déroule. Il doit être démocratique parce que sa direction doit toujours refléter l’expérience collective de la lutte. Cela dit, la démocratie n’est pas un système d’élection mais un débat continuel au sein du parti &#8211; une interaction continuelle entre les idées socialistes sur lesquelles le parti se base et l’expérience de la classe ouvrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le parti socialiste révolutionnaire doit aussi être centralisé &#8211; car c’est un parti actif et pas un cercle de discussions. Il doit être capable d’intervenir collectivement dans la lutte de classes, et doit répondre rapidement, il doit donc avoir une direction capable de prendre des décisions quotidiennes au nom du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le gouvernement décide de s’attaquer à des piquets de grèves, par exemple, le parti doit réagir immédiatement, sans avoir à organiser des conférences pour prendre des décisions démocratiques d’abord. Ainsi la décision est prise centralement. La démocratie entre en jeu ensuite, quand le parti se penche sur la question de savoir si la décision était correcte ou pas &#8211; et peut-être pour changer la direction si elle était en décalage avec les besoins de la lutte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parti révolutionnaire socialiste doit maintenir un équilibre délicat entre la démocratie et le centralisme. La clé est que le parti n’existe pas pour lui-même, mais comme un outil pour apporter un changement révolutionnaire vers le socialisme &#8211; et cela ne peut se faire qu’au travers de la lutte des classes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi le parti doit continuellement s’adapter à la lutte. Quand le niveau de lutte est faible, peu de travailleurs croient possible un changement révolutionnaire, alors le parti sera petit &#8211; et doit s’en contenter car il lui sera impossible d’augmenter significativement ses rangs. Mais quand le niveau de lutte augmente, un large nombre de travailleurs peuvent changer d’idées très rapidement, réalisant au travers de la lutte leur pouvoir de changer les choses &#8211; et alors le parti doit être capable d’ouvrir ses propres portes, sinon il sera laissé au bord de la route. Le parti ne doit pas se substituer à la classe ouvrière. Il doit faire partie de la lutte, essayant continuellement d’unir les travailleurs les plus conscients pour fournir une direction à la lutte. Cependant, le parti ne doit pas imposer sa vision à la classe. Il ne peut pas simplement décider d’être la direction, mais il doit la gagner cette position, en prouvant la justesse des idées socialistes en pratique-ce qui veut dire tout le temps, de la plus petite grève à la révolution elle-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines personnes voient dans le parti révolutionnaire un début de socialisme. Cela est complètement faux. Le socialisme ne peut apparaître que lorsque la classe ouvrière elle-même prend le contrôle des moyens de production et l’utilise pour changer la société. On ne peut construire une île de socialisme dans une mer de capitalisme. Les tentatives par de petits groupes de socialistes de se couper de la société et de mener leur vie sur la base des idées socialistes, échouèrent lamentablement à long terme &#8211; d’abord, les pressions économiques et sociales sont toujours présentes. De plus en se coupant eux-mêmes du capitalisme, ils se coupent de la seule force qui peut apporter le socialisme&nbsp;: la classe ouvrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien entendu, les socialistes se battent contre tous les effets néfastes du capitalisme tous les jours &#8211; contre le racisme, le sexisme, l’exploitation, la brutalité. Mais nous devons le faire en nous appuyant sur la force de la classe ouvrière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">11 &#8211; L’impérialisme et la libération nationale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de l’histoire du capitalisme, la classe dirigeante a toujours cherché une source supplémentaire de richesses &#8211; la prise des richesses produites par les autres pays. La croissance des premières formes de capitalisme, à la fin du Moyen Age, fut accompagnée par la création par les États occidentaux, d’un vaste empire colonial &#8211; les empires de l’Espagne et du Portugal, de la Hollande et de la France, et, bien sûr, de l’Angleterre. La richesse se retrouva dans les mains des classes dirigeantes de l’Europe occidentale, pendant que des sociétés entières de ce qui est devenu connu sous le nom de Tiers-Monde (Afrique, Asie et Amérique du sud) furent détruites.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, la «&nbsp;découverte&nbsp;»&nbsp;de l’Amérique par les Européens au XVI<sup>ème</sup> siècle, produisit une injection massive d’or en Europe. L’autre revers de la médaille fut la destruction complète de sociétés et la mise en esclavage d’autres. Par exemple, en Haïti, où Christophe Colomb établit pour la première fois un campement, les Indiens Arawak présents (à peu près un demi-million en tout) furent exterminés, en l’espace de deux générations. Au Mexique, la population indienne passa de 20 millions en 1520 à 2 millions en 1607.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La population indienne des Antilles et d’une partie du continent, fut remplacée par des esclaves capturés en Afrique et transportés à travers l’Atlantique, dans des conditions abominables. On estime à 15 millions le nombre d’individus ayant survécu à la traversée et à 9 millions celui des individus morts en transit. La moitié, à peu près, des esclaves furent transportés sur des bateaux anglais &#8211; ce qui est l’une des raisons pour lesquelles le capitalisme anglais fut le premier à se développer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La richesse du trafic d’esclave finança l’industrie. Il y a un vieux proverbe qui dit «&nbsp;les murs de Bristol sont cimentés avec le sang des nègres&nbsp;»&nbsp;&#8211; et cela s’applique aussi aux autres ports. Comme le disait Karl Marx, «&nbsp;<em>il fallait pour piédestal à l&rsquo;esclavage dissimulé des salariés en Europe, l&rsquo;esclavage sans phrase dans le nouveau monde</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’esclavage, s’ajoutait le pillage pur et simple &#8211; comme lorsque l’Angleterre conquit l’Inde. Le Bengale était si avancé que les premiers visiteurs britanniques furent étonnés par la magnificence de cette civilisation. Mais cette richesse ne resta pas longtemps au Bengale. Comme l’écrivit Lord Macaulay dans sa biographie du conquérant, Clive&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">L’immense population devint une proie. D’énormes fortunes furent, ainsi, rapidement accumulées à Calcutta, pendant que 30 millions d’êtres humains furent réduits à une extrême pauvreté. Ils avaient l’habitude de vivre sous la tyrannie, mais jamais une tyrannie comme celle-ci.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, le Bengale devint connu, non plus pour ses richesses, mais pour son extrême pauvreté où, périodiquement, des famines tuent des millions de gens, et cela, encore aujourd’hui. Pendant ce temps, dans les années 1760, à une époque où le total des investissements en Angleterre ne dépassait pas 70 millions de francs, le tribut annuel payé par l’Inde était de 20 millions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le même procédé était en vigueur dans la plus vieille colonie anglaise, l’Irlande. Durant la grande famine de la fin des années 1840, lorsque la population irlandaise diminua de moitié à cause de la famine et de l’émigration, une quantité de blé plus que suffisante pour nourrir la population affamée était exportée au bénéfice des propriétaires anglais. De nos jours, il est courant de diviser le monde en pays «&nbsp;développés&nbsp;» et «&nbsp;sous-développés&nbsp;». Cela donne l’impression que les pays&nbsp;«&nbsp;sous-développés&nbsp;»&nbsp;ont suivi la même direction que les pays&nbsp;«&nbsp;développés&nbsp;» mais à une vitesse plus lente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, en fait, une des raisons du&nbsp;«&nbsp;développement » des pays occidentaux fut le pillage des autres pays. Beaucoup sont plus pauvres maintenant qu’il y a 300 ans. Comme le fait remarquer Michael Barratt Brown&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">La richesse par personne des actuels pays sous-développés, pas seulement en Inde, mais en Chine, Amérique Latine et Afrique, était plus importante que celle de l’Europe au 17<sup>ème</sup> siècle, et chuta lorsque la richesse augmenta en Europe.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La possession d’un empire permit à l’Angleterre de se développer comme première puissance industrielle du monde. Elle était en position d’empêcher les autres États capitalistes d’obtenir des matières premières, des marchés et de lucratives zones d’investissement dans son tiers monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque de nouvelles puissances industrielles, telles que l’Allemagne, le Japon et les États-Unis, se développèrent, elles voulurent aussi ces avantages. Elles construisirent des empires rivaux ou des «&nbsp;sphères d’influences&nbsp;». Face à des crises économiques, chaque puissance capitaliste importante essaya de résoudre ses problèmes en s’accrochant aux sphères d’influence de ses rivales. L’impérialisme conduisit à la guerre mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En retour, cela produisit d’énormes changements dans l’organisation interne du capitalisme. L’outil pour faire la guerre, l’État, prit de plus en plus d’importance. Il travailla en étroite coopération avec les firmes géantes pour réorganiser l’industrie pour la compétition internationale et pour la guerre. Le capitalisme devint le capitalisme monopoliste d’État. Le développement de l’impérialisme signifia que les capitalistes n’exploitaient pas seulement la classe ouvrière de leur propre pays&nbsp;; ils prirent physiquement le contrôle d’autres pays et exploitèrent leurs populations. Pour les classes les plus exploitées, cela signifia qu’elles étaient exploitées par les capitalistes étrangers aussi bien que par leur propre classe dirigeante. Elles étaient doublement exploitées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais des sections de la classe dirigeante des pays colonisés, en souffrirent aussi. Ils virent beaucoup de leurs opportunités pour exploiter la population locale volées par l’impérialisme. De la même manière, les classes moyennes, qui voulaient une rapide expansion de l’industrie locale pour de bonnes opportunités de carrière, souffrirent aussi. Les 60 dernières années ont vu les différentes classes des pays coloniaux ou ex-coloniaux, se soulever contre les effets de l’impérialisme. Des mouvements ont tenté d’unir la population entière contre le règne impérialiste étranger. Leurs revendications incluaient&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;L’expulsion de troupes impérialistes étrangères.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;L’unification de tout le territoire national par un gouvernement unique, contre les divisions causées par différents États impérialistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;Le rétablissement de la langue originale dans la vie de tous les jours, en opposition à la langue imposée par les dirigeants étrangers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;L’utilisation de la richesse produite par le pays pour développer une industrie locale pour apporter le ’développement’ et la ’modernisation’ dans ce pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Telles furent les revendications des mouvements révolutionnaires successifs en Chine (en 1912, en 1923-27 et en 1945-48), en Iran (en 1905-12, en 1917-21 et en 1941-53), en Turquie (après la première guerre mondiale), aux Antilles (à partir de 1920), en Inde (en 1920-48), en Afrique (après 1945) et au Vietnam (jusqu’à la défaite des États-Unis en 1975). Ces mouvements étaient souvent dirigés par des sections de la classe supérieure ou moyenne locale, mais cela signifiait que les classes dirigeantes des pays développés faisaient face à une nouvelle opposition, en plus de leur propre classe ouvrière. Les mouvements de libération nationale du Tiers-Monde affrontèrent les États capitalistes impérialistes en même temps que leurs propres classes ouvrières le faisaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela eut une grande importance pour le mouvement ouvrier des pays développés. Dans sa lutte contre le capitalisme, il avait un nouvel allié dans les mouvements de libération nationale du Tiers-Monde. Ainsi, par exemple, un travailleur de chez Shell en Grande-Bretagne avait un allié dans les forces de libération en Afrique du Sud qui voulaient s’y emparer des possessions de Shell. Si Shell peut se débarrasser des menaces des mouvements de libération dans le Tiers-Monde, alors il sera plus puissant pour résister aux revendications des travailleurs en Grande-Bretagne. Cela est vrai même si le mouvement de libération du Tiers-Monde n’a pas de direction socialiste, même si sa direction veut remplacer le règne étranger par la domination d’une classe ou d’un État capitaliste local.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’État impérialiste qui essaie d’écraser un mouvement de libération nationale est le même État impérialiste qui est le plus grand ennemi des travailleurs occidentaux. C’est pour cela que Marx insista sur le fait que « <em>le peuple qui en opprime un autre forge ses propres chaînes</em>&nbsp;» et que Lénine polémiqua pour une alliance des travailleurs des pays développés avec les peuples opprimés du Tiers-Monde, même s’ils n’avaient pas de direction socialiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ne signifie pas que les socialistes seront d’accord avec la façon dont les non-socialistes d’un pays opprimé dirigent une lutte de libération (de la même façon que nous ne sommes pas nécessairement d’accord avec les dirigeants syndicaux lorsque ceux-ci dirigent une grève). Mais nous devons être clairs, avant toute chose, sur le fait que nous soutenons cette lutte. Autrement nous nous retrouvons rapidement du côté de notre propre classe dirigeante contre les peuples qu’elle opprime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous devons soutenir une lutte de libération <em>sans conditions</em>, bien avant de critiquer la manière dont elle est conduite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, les socialistes révolutionnaires d’un pays opprimé par l’impérialisme ne peuvent laisser les choses ainsi. Ils doivent polémiquer, jour après jour, avec les autres personnes sur la manière dont la lutte doit se passer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les points les plus importants traités ici font partie de la théorie de la révolution permanente développée par Trotsky. Trotsky commença par reconnaître que ces mouvements contre l’oppression étaient, souvent, à l’initiative de personnes venant des classes moyennes ou même supérieures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les socialistes soutiennent ces mouvements parce que leurs buts visent à retirer l’un des fardeaux qui pèsent sur les classes les plus opprimées de la société. Mais nous devons reconnaître que ceux qui viennent des classes moyennes et supérieures ne peuvent diriger ces luttes de manière consistante. Ils n’oseront jamais déclencher une lutte de masse acharnée, dans le cas où elle ne s’affronterait plus seulement à l’oppression extérieure mais aussi à leur capacité à vivre par l’exploitation des classes les plus opprimées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À un certain moment, elles abandonneront la lutte qu’elles ont elles-mêmes initiée et, si nécessaire, s’allieront avec l’oppresseur étranger pour l’écraser. A ce moment là, si les forces de la classe ouvrière ne prennent pas la direction de la lutte, elle sera vaincue. Trotsky ajouta un dernier argument. Il est vrai que dans la plupart des pays du Tiers-Monde, la classe ouvrière est une minorité, souvent une petite minorité, de la population. Elle est néanmoins très nombreuse en valeur absolue (par exemple en Inde et en Chine, elle est forte de plusieurs millions), elle crée une énorme part de la richesse nationale, en comparaison de sa taille, elle est concentrée en masse dans les villes qui sont les endroits clés quand il faut diriger le pays. Ainsi dans une période de tornade révolutionnaire, la classe ouvrière peut prendre la direction de toutes les classes opprimées et prendre le contrôle de pays entiers. La révolution devient permanente, commençant par des revendications de libération nationale puis terminant par des revendications socialistes. Mais ce n’est le cas que si les socialistes des pays opprimés ont dès le départ organisé les travailleurs sur une base de classe, de manière indépendante &#8211; soutenant le mouvement général de libération nationale, mais toujours en prévenant qu’on ne peut avoir confiance dans les dirigeants bourgeois ou petits-bourgeois.</p>



<h2 class="wp-block-heading">12 &#8211; Marxisme et féminisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a deux approches différentes pour aborder la question de la libération des femmes&nbsp;: le féminisme et le socialisme révolutionnaire. Le féminisme était l’influence dominante des mouvements de femmes qui apparurent dans les pays capitalistes avancés durant les années 1960 et 1970. Il se basait sur l’idée que les hommes oppriment toujours les femmes, qu’il y a quelque chose de biologique ou psychologique qui fait que les hommes traitent les femmes comme inférieures. Cela conduisit à l’idée que la libération des femmes n’était possible que par leur séparation des hommes&nbsp;; soit la séparation totale des féministes qui parlaient de «&nbsp;<em> style de vie libéré</em>&nbsp;», soit la séparation partielle des comités de femmes ou des réunions non-mixtes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de celles qui soutenaient cette séparation partielle se donnèrent le nom de féministes socialistes. Mais plus tard, les idées féministes radicales de la séparation&nbsp;totale firent leur apparition au sein des mouvements de femmes. Ces idées, avec le temps, eurent de moins en moins d’écho, pour n’être finalement défendus que par une petite minorité. Ces échecs conduisirent beaucoup de féministes dans une autre direction&nbsp;: le Parti Travailliste. Elles croyaient que mettre des femmes à des postes tels que députés, permanentes syndicales ou conseillère municipale ou régionale, permettrait d’aider toutes les femmes à obtenir l’égalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tradition du socialisme révolutionnaire part d’un point de vue différent. Marx et Engels, dans des écrits remontant à 1848, montrèrent que l’oppression des femmes ne provient pas d’idées dans la tête des hommes mais du développement de la propriété privée et avec elle l’émergence de la société de classes. Selon eux, le combat pour l’émancipation des femmes est inséparable du combat pour la fin de la société de classes c’est à dire le combat pour le socialisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marx et Engels firent en outre remarquer que le développement du capitalisme, basé sur les usines, amena de profonds changements dans la vie des gens et tout particulièrement dans celle des femmes. Elles furent réintroduites dans la production d’où elles avaient été progressivement exclues avec le développement de la société de classes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela leur donnait un potentiel de lutte qu’elles n’avaient jamais eu auparavant. Organisées collectivement, les femmes en tant que travailleuses eurent une plus grande capacité et indépendance pour se battre pour leurs droits. Il y avait un énorme contraste avec leurs positions précédentes où leur rôle principal dans la production les rendait, par la famille, complètement dépendantes de leurs maris ou pères.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De cela Marx et Engels conclurent que les bases matérielles de la famille &#8211; et par la même de l’oppression des femmes &#8211; n’existaient plus. Ce qui empêchait les femmes d’en bénéficier, était que la propriété restait dans les mains d’un petit nombre de personnes. Ce qui fait que les femmes sont toujours opprimées de nos jours, c’est la façon dont est organisé le capitalisme &#8211; en particulier la façon dont le capitalisme utilise la famille pour s’assurer que les travailleurs élèvent une nouvelle génération de travailleurs. Du point de vue de la classe dirigeante il est très avantageux de payer les hommes (et de plus en plus de femmes) pour leur travail, tandis que les femmes continuent, gratuitement, à travailler pour que les hommes soient capables d’aller au travail et que leurs enfants grandissent pour en faire autant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société socialiste, par contraste, prendra en charge beaucoup de tâches familiales qui pèsent si lourdement sur les femmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ne signifie pas que Marx, Engels et leurs successeurs en arrivèrent à souhaiter «&nbsp;l’abolition de la famille&nbsp;». Les partisans de la famille ont toujours été capables de mobiliser une importante partie des femmes les plus opprimées qui peuvent voir dans «&nbsp;l’abolition de la famille&nbsp;»&nbsp;une possibilité pour leurs maris de leur abandonner la responsabilité des enfants. Les socialistes révolutionnaires ont plutôt toujours essayé de montrer comment, dans une société socialiste, les femmes ne seraient pas contraintes à la vie misérable que leur procure la famille actuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les féministes ont toujours rejeté ce genre d’analyse. Loin de s’adresser aux femmes là où elles ont le pouvoir de changer la société et d’en finir avec leur oppression &#8211; là où elles sont collectivement fortes, au travail &#8211; elles s’adressent à elles en tant que victimes. Les campagnes des années 1980, par exemple, avaient pour thèmes la prostitution, le viol ou les menaces de l’arme nucléaire sur les femmes et les familles. Ce sont toutes des positions où les femmes sont faibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le féminisme suppose que l’oppression dépasse la division de la société en classes. Cela conduit à des conclusions qui laissent le système intact tout en améliorant la situation de certaines femmes &#8211; une minorité. Les mouvements de libération des femmes furent souvent dominés par des femmes venant de«&nbsp;la nouvelle classe moyenne&nbsp;»&nbsp;&#8211; journalistes, écrivains, professeurs et cadres. Les secrétaires et les ouvrières furent laissées de côté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est seulement lors de périodes de changement radical et de poussées révolutionnaires que la question de la libération des femmes est une réalité, pas juste pour une minorité, mais aussi pour toutes les travailleuses. La révolution bolchevique de 1917 permit une plus grande égalité pour les femmes comme jamais auparavant. Le divorce, l’avortement et la contraception étaient possibles en toute liberté. Les crèches et le ménage devenaient la responsabilité de la société. Il y eut des débuts de restaurants communautaires, laveries et garderies qui donnaient aux femmes beaucoup plus de choix et de contrôle sur leur vie. Bien entendu, le destin de ces avancées ne pouvait pas être séparé de celui de la révolution elle-même. La famine, la guerre civile, la décimation de la classe ouvrière et la défaite de la révolution à l’échelle internationale signifièrent la fin du socialisme en Russie. Les avancées furent renversées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les premières années de la république des soviets montrèrent ce que la révolution pouvait accomplir même dans les pires conditions. De nos jours, les possibilités d’une émancipation des femmes sont encore meilleures. En Grande-Bretagne, et c’est à peu près la même chose dans les autres pays développés &#8211; plus de deux travailleurs sur cinq sont des femmes. L’émancipation des femmes ne pourra survenir qu’à travers le pouvoir collectif de la classe ouvrière. Cela signifie qu’il faut rejeter l’idée féministe d’organisation séparée des femmes. Seuls les travailleurs, hommes et femmes, agissant ensemble dans un mouvement révolutionnaire pourront détruire la société de classes et avec elle l’oppression des femmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">13 &#8211; Le socialisme et la guerre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vingtième siècle a été le siècle des guerres. Dix millions de personnes ont été tuées durant la première guerre mondiale, 55 millions durant la seconde, 2 millions durant les guerres en Indochine. Et les deux superpuissances, les États-Unis et la Russie, conservent le potentiel nucléaire pour détruire la race humaine un certain nombre de fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Expliquer cette horreur devient compliqué pour celui qui prend la société actuelle pour acquise. Il est conduit à penser qu’il y aurait une tendance instinctive et inhérente au genre humain qui le conduirait à prendre plaisir aux massacres de masse. Mais la société humaine n’a pas toujours connu la guerre. Gordon Chile remarqua au sujet de l’âge de pierre en Europe&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Les premiers Danubiens semblent avoir été une société pacifique&nbsp;; les armes de guerre au contraire des outils de chasse sont absentes de leurs sépultures. Leurs villages ne possédaient de défenses militaires. [Mais] dans les dernières phases de la période néolithique, les armements devinrent les objets les plus importants&#8230;.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre ne vient pas d’une quelconque agressivité naturelle chez l’homme. C’est le produit de la division de la société en classes. Quand, entre 5 000 et 10 000 ans avant notre ère, une classe de propriétaires fit pour la première fois son apparition, elle dut trouver les moyens pour protéger ses richesses. Elle commença à construire des forces armées, un État, coupés du reste de la société, qui se révélèrent ensuite un moyen rentable pour augmenter ses richesses en pillant d’autres sociétés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La division de la société en classes fit que la guerre devint une caractéristique indispensable de la vie humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les classes dirigeantes esclavagistes de la Grèce et Rome antique ne pouvaient survivre sans de continuelles guerres qui leur procureraient plus d’esclaves. Les seigneurs féodaux du Moyen Age devaient être lourdement armés pour soumettre les serfs et pour protéger leur fortune. Quand les premières classes dirigeantes capitalistes apparurent, il y a 300 ou 400 ans, elles aussi durent avoir recours à la guerre. Elles ont dû se battre férocement, aux XVI<sup>ème</sup>,XVII<sup>ème</sup>,XVIII<sup>ème</sup>,XIV<sup>ème</sup> siècles pour établir leur suprématie sur les restes des vieux dirigeants féodaux. Les pays capitalistes les plus avancés comme l’Angleterre, utilisèrent l’armée pour augmenter leur richesse &#8211; traversant les océans, pillant l’Inde et l’Irlande, transportant des millions de personnes de l’Afrique à l’Amérique pour qu’elles servent comme esclaves, transformant le monde entier en source de pillage pour eux-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société capitaliste se construit elle-même par la guerre. Il n’est pas étonnant que ceux qui y habitent en arrivent à penser que la guerre est à la fois «&nbsp;inévitable&nbsp;» et «&nbsp;juste&nbsp;». Pourtant le capitalisme ne pourrait survivre uniquement par la guerre. La plupart de ses richesses proviennent de l’exploitation des travailleurs à l’usine ou dans les mines. Il ne peut donc se permettre des situations «&nbsp;explosives&nbsp;»&nbsp;là où il exploite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque classe capitaliste nationale veut la guerre à l’extérieur de ses frontières et l’ordre à l’intérieur. Alors, d’une part, elle encourage les «&nbsp;valeurs militaires&nbsp;»&nbsp;et d’autre part elle s’attaque à la «&nbsp;violence&nbsp;». L’idéologie du capitalisme combine, de façon totalement contradictoire, l’exaltation du militarisme et les phrases pacifistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au XX<sup>ème</sup> siècle, les préparations aux guerres ont pris une place centrale dans le système comme jamais avant. Au XIV<sup>ème</sup> siècle, la production capitaliste se faisait autour de petites industries en compétition les unes avec les autres. L’État était une entité relativement petite qui réglait les conflits entre elles et avec leurs travailleurs. Maintenant, les grosses firmes ont englouti la plupart des petites, éliminant, par là même une importante partie de la compétition à l’intérieur d’un même pays. Cette compétition se retrouve de plus en plus au niveau international, entre firmes géantes de différentes nations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas d’État capitaliste international pour régler cette compétition. À la place, chaque État national exerce toute la pression nécessaire pour aider ses capitalistes à avoir un avantage sur leurs rivaux étrangers. Le combat sans merci que se livraient différents capitalistes est devenu un combat sans merci entre différents États, chacun avec leur impressionnant arsenal de destruction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par deux fois, ce combat a conduit à une guerre mondiale. La première et la seconde guerre mondiale furent des guerres impérialistes, des conflits entre États capitalistes pour la domination du monde. La guerre froide était la continuation de ces conflits, avec les États capitalistes les plus puissants s’alignant les uns contre les autres derrière l’OTAN et le Pacte de Varsovie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus de ces conflits mondiaux, il y eut beaucoup de guerres ouvertes dans différentes parties du monde. En général, elles furent le théâtre de l’affrontement entre différents États capitalistes pour le contrôle d’une région particulière, telles que la guerre Iran-Irak dans les années 80, et la Guerre du Golfe en 1991. Chaque puissance alimentait le feu de la guerre en vendant son armement le plus sophistiqué aux États du Tiers-Monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de ceux qui acceptent le reste du système capitaliste n’aiment pas cette dure réalité. Ils veulent le capitalisme sans la guerre. Ils cherchent alors une alternative au sein du système. Par exemple, il y a ceux qui croient que les Nations Unies peut empêcher les guerres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’ONU n’est rien de plus qu’une arène où les différents États qui incarnent la tendance à la guerre se retrouvent. Là, ils comparent leurs forces entre eux, comme des boxeurs avant un combat. Si un État ou une alliance en surclasse de loin une autre, alors les deux parties verront l’inutilité d’une guerre dont le résultat est connu à l’avance. Mais s’il y a le moindre doute sur l’issue du combat, le seul moyen de vérifier est d’aller jusqu’au bout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était vrai pour les deux principales alliances, l’OTAN et le Pacte de Varsovie. Même si l’Ouest avait un avantage militaire sur le bloc de l’Est, l’écart n’était si grand pour les Russes pour croire à une défaite assurée. Malgré le fait qu’une Troisième guerre mondiale aurait détruit l’humanité, Moscou et Washington dressèrent des plans pour faire et gagner une guerre nucléaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre froide prit fin avec l’URSS en 1991. On a alors beaucoup parlé d’un«&nbsp;nouvel ordre mondial&nbsp;» et d’une «&nbsp;ère de paix&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, nous avons assisté à une succession de guerres terribles &#8211; la guerre de l’Ouest contre son ancien allié l’Irak, la guerre entre Azerbaïdjan et l’Arménie, les horribles guerres civiles en Somalie et en ex-Yougoslavie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès qu’une rivalité entre puissances capitalistes est résolue, une autre prend sa place. Partout les classes dominantes savent que la guerre est un moyen pour accroître leur influence, en aveuglant les travailleurs et les paysans avec le nationalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut critiquer et craindre les guerres sans s’opposer au capitalisme. Mais on ne peut y mettre fin. La guerre est un produit inévitable de la division de la société en classes. La menace d’une guerre ne s’évanouira pas en suppliant les dirigeants existants de faire la paix. Les armes ne pourront leur être arrachées des mains que par un mouvement qui lutte pour renverser la société de classes une fois pour toutes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mouvements pour la paix qui apparurent en Europe et en Amérique du Nord à la fin des années 70 ne comprenaient pas ça. Ils militaient contre l’introduction de missiles de croisières et de Pershing, pour un désarmement unilatéral, pour un désarmement nucléaire. Mais ils croyaient que le combat pour la paix pouvait réussir isolé du combat entre le capital et le travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils ne réussirent pas à mobiliser la seule force qui pouvait enrayer la course à la guerre, la classe ouvrière. Seule une révolution socialiste peut arrêter l’horreur de la guerre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">14 &#8211; Pour aller plus loin</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette brochure est une introduction aux bases du marxisme. Espérons-le, la plupart des lecteurs voudront en apprendre un peu plus. L’une des caractéristiques clé du marxisme est que les gens apprennent au travers de la lutte. Quand les travailleurs se battent ils apprennent à une étonnante rapidité. Cependant de telles luttes spontanées ne les conduisent pas nécessairement à expliquer le monde. La lecture, les discussions et débats font partie intégrante des batailles que l’on engage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liste de titres qui suit est fournie à titre de suggestions. Vous préfèrerez peut-être approfondir un domaine particulier abordé dans cette brochure ou faire un peu le tour de la question. De toute manière, si vous avez commencé à savoir comment fonctionne le marxisme, vous ne voudrez plus arrêter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm"><em>Le Manifeste du parti communiste</em></a>, Karl Marx et Frédéric Engels. Ecrit en 1848 c’est l’introduction classique à Marx et Engels et à leurs analyses sur le fonctionnement du capitalisme, pourquoi est-il plus dynamique que les autres sociétés de classes, pourquoi est-il sujet à des crises de plus en plus profondes et comment il crée son propre fossoyeur, la classe ouvrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/80-utopi/index.htm"><em>Socialisme utopique et socialisme scientifique</em></a>, Frédéric Engels. Le guide de base d’Engels au socialisme fut même plus populaire que Le Manifeste quand il fut publié. Il fournit une analyse historique de l’émergence du capitalisme de l’Europe médiévale et un guide politique, économique et philosophique pour les travailleurs qui se battent pour un monde nouveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1898/index.html"><em>Réforme sociale ou révolution&nbsp;?</em></a>, Rosa Luxembourg. Ce fut le premier écrit d’importance mettant en lumière le réformisme comme un mouvement politique distinct et analysant la possibilité de la victoire du socialisme &#8211; par le parlement ou la révolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/12/km18471230.htm"><em>Travail salarié et capital</em></a> et <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm"><em>Salaire, prix et profit</em></a>, Karl Marx. Ce sont deux courtes introductions à la théorie économique de Marx. Le premier, en particulier, est accessible au débutant dans ce domaine. Il est conseillé de commencer par ces deux brochures avant de s’attaquer au <a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm"><em>Capital</em></a>, plus développé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<em>Dix jours qui ébranlèrent le monde</em>, John Reed. Témoignage vivant de la révolution d’Octobre, en Russie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm"><em>Les leçons d’Octobre</em></a>, Léon Trotsky. Ecrite en réponse à l’échec de la révolution allemande en 1923, c’est la première analyse sérieuse des évènements qui conduisirent à la révolution d’Octobre en 1917. Cette brochure procure une vision unique de ces évènements par une personne qui organisa l’insurrection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrrsomm.htm">L’histoire de la révolution russe</a></em> Léon Trotsky. Un des plus grands apports historiques du siècle sur la révolution russe. Ecrite par un de ceux qui organisèrent l’insurrection et qui dirigea l’armée rouge durant la guerre civile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<em>Hommage à la Catalogne</em>, George Orwell. Le meilleur livre d’Orwell et bien meilleur que les plus connus et profondément pessimistes <em>La ferme des animaux</em> et <em>1984</em>, il y décrit un portrait vivant de ce que cela veut dire pour les travailleurs de ’tenir les rênes’ de la Révolution espagnole en 1936.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm"><em>L’impérialisme, stade suprême du capitalisme</em></a>, V.I. Lénine. Écrite en réponse à la première guerre mondiale et à la capitulation des sociaux-démocrates allemands, Lénine place l’impérialisme dans le contexte du développement du capitalisme et de ses besoins. Même si certains détails de l’analyse sont dépassés et incorrects, cette brochure reste un indispensable point de départ pour comprendre l’impérialisme au 20ième siècle et la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm"><em>La révolution socialiste et le droit aux nations à disposer d’elles-mêmes</em></a>, V.I. Lénine. Ici Lénine pose les bases des principes marxistes sur la libération nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp.html"><em>La révolution permanente</em></a>, Léon Trotsky. L’une des contributions majeure de Trotsky à la théorie marxiste. Il remarqua que la bourgeoisie naissante était trop faible et avait trop peur de la classe ouvrière pour se débarrasser de la classe dirigeante féodale dans les pays arriérés. La révolution aurait lieu par l’insurrection de la classe ouvrière. Mais si celle-ci faisait la révolution, elle ne donnerait pas le pouvoir à la faible bourgeoisie&nbsp;; elle établirait un État ouvrier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000.htm"><em>L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État</em></a>, Frédéric Engels. Le classique d’Engels sur l’oppression de la famille pour les besoins du capitalisme. Ce fut un livre qui tranchait nettement avec son époque. Même si certaines prédictions d’Engels se sont avérées incorrectes, son livre reste indispensable.</p>
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		<title>Canicule : penser la riposte de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/canicule-penser-la-riposte-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jun 2026 07:34:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[canicule]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">On ne peut pas y échapper, nous traversons actuellement la deuxième canicule de l&#8217;année, avec des températures de plus de 40 degrés parfois, qui impactent tous les aspects de la vie, du travail à la <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/canicule-penser-la-riposte-de-classe/" title="Canicule : penser la riposte de classe">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">On ne peut pas y échapper, nous traversons actuellement la deuxième canicule de l&rsquo;année, avec des températures de plus de 40 degrés parfois, qui impactent tous les aspects de la vie, du travail à la santé ou à l&rsquo;éducation. Pourtant, on comprend que la trajectoire du capitalisme est telle que, sans transformation majeure de la société, cet été sera le moins chaud du reste de nos vies. Cette canicule, elle n&rsquo;est pas due à un changement de météo, alors comment politiser cette canicule et ses conséquences ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interview de Anouk, militante à A2C Paris, investie dans les luttes écologistes et révolutionnaires et de Mathilda, Aude et Armel&nbsp; miltiant&rsquo;es à A2C Rennes qui nous racontent les tentatives de mobilisations dans leurs secteurs et lieux de travail.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&nbsp;De quoi la canicule est-elle le symptôme ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Anouk&nbsp; :</strong>&nbsp; ce qu&rsquo;il se passe avec la canicule actuelle et le traitement médiatique qui en est fait c&rsquo;est que tous les journaux, tous les médias parlent de la climatisation, ses bénéfices, ses effets négatifs. Ce n&rsquo;est pas du tout l&rsquo;angle sous lequel il faut traiter cet épisode climatique et il faut vraiment réussir à se détacher de cette approche qui dépolitise complètement la canicule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On entend dans l&rsquo;émission le Quotidien&nbsp;  » Voilà, on a tous chaud  » mais ce n&rsquo;est pas vrai. &nbsp; Bernard Arnault sur son yacht il n&rsquo;a pas aussi chaud que quelqu&rsquo;un qui vit sous les toits dans une bouilloire thermique, ce n&rsquo;est pas du tout la même réalité,&nbsp; pas du tout la même manière de vivre la canicule .&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on parle de la canicule c&rsquo;est hyper important de comprendre d&rsquo;où elle vient et qui sont les personnes qui sont responsables parce que ça permet justement par la suite de pouvoir réfléchir aux causes de ce type d&rsquo;épisodes climatiques qui vont se répéter . Ça fait des années que c&rsquo;est expliqué par des chercheurs et des chercheuses .&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vais m&rsquo;appuyer sur les analyses d&rsquo;Andreas Malm dans son livre <em>L&rsquo;anthropocène contre l&rsquo;histoire</em>. Le fond du problème vient d&rsquo;une transition vers un mode de production qui est le capitalisme industriel en Angleterre au 19ème siècle où l&rsquo;on est passé d&rsquo;une économie utilisant l&rsquo;eau comme source d&rsquo;énergie à une économie utilisant de la vapeur notamment grâce au charbon. En fait ce n&rsquo;était pas vraiment une technique plus efficace, elle était&nbsp; même plus chère. Mais elle avait d&rsquo;autres avantages : permettre de discipliner la main d&rsquo;œuvre,&nbsp; de ne pas dépendre des conditions difficiles d&rsquo;approvisionnement en eau donc des saisons. Cela permettait d&rsquo;avoir une énergie beaucoup plus stable et donc beaucoup plus productive. Ce capitalisme industriel qui repose sur l&rsquo;exploitation de toutes les énergies fossiles n&rsquo;est pas arrivé par hasard comme simple une découverte technique. C&rsquo;est vraiment un choix qui a été politique et social dès le début.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et aujourd&rsquo;hui le capitalisme dépend complètement des énergies fossiles. On a donc de grosses entreprises qui investissent dans des mégaprojets qui détruisent l&rsquo;environnement et des personnes qui y travaillent. On peut citer le méga projet pétrolier de Total en Ouganda qui est un véritable désastre. En 2023 plus de 700 milliards de dollars étaient investis dans l&rsquo;extraction de combustibles fossiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème c&rsquo;est que l&rsquo;utilisation des énergies fossiles émet des gaz à effet de serre.&nbsp; Ce n&rsquo;est pas juste un réchauffement de la planète mais c&rsquo;est un dérèglement total où on peut avoir des épisodes de canicule comme aujourd&rsquo;hui mais aussi des épisodes de froid très intense. Avec des conséquences multiples qui ne touchent pas tout le monde de la même manière.&nbsp; Les personnes qui polluent le plus,&nbsp; les capitalistes qui&nbsp; détiennent les moyens de production, qui exploitent à la fois la terre et les travailleureuses sont à l&rsquo;abri des conséquences de ces dérèglements environnementaux et climatiques. Ils travaillent et vivent dans des espaces climatisés ou peuvent s’échapper vers&nbsp; les endroits où il fait moins chaud. Nous on ne peut pas faire ça, on ne peut pas partir, on est obligé de subir la canicule.&nbsp; Ça se traduit par des morts dues à des conditions de travail extrêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut bien avoir en tête que cette canicule est le produit de deux siècles d&rsquo;utilisation des énergies fossiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur les lieux de travail, la situation est souvent très difficile pour les travailleureuses. Quelles résistances ont existé cette semaine pour exiger de meilleures protections face à la chaleur ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mathilda :</strong> Je suis syndiquée à la CGT commerce, j&rsquo;ai monté une section syndicale de coiffeuse. Je me suis beaucoup mobilisée&nbsp; sur cette question en apprenant qu&rsquo; il y a eu des&nbsp; décès au travail, notamment un jeune de 19 ans dans le BTP&nbsp; sans que rien ne se passe&nbsp; au niveau de mon syndicat. Je me suis demandé ce qu&rsquo;on peut faire, j&rsquo;ai eu besoin de poser des questions, de parler avec d&rsquo;autres&nbsp; pour savoir comment se mobiliser.&nbsp; On s&rsquo;est fait une visio le lundi matin, on était 5, dont deux délégués de la CGT. On a&nbsp; décidé d&rsquo;un tract pour rencontrer, informer, alerter les travailleureuses notamment sur le danger auquel on allait être exposé&rsquo;es, nos droits, le droit de retrait, les devoirs des employeurs&#8230; Avec l’idée de rattacher nos conditions propres de travail aux conditions globales de tous les&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">travailleureuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On s&rsquo;est retrouvés le mercredi matin pour tracter dans trois centres commerciaux où on a des collègues qui travaillent sous plus de 40 degrés. Pendant cette tournée-là, on était trois camarades de la CGT à faire le tour des commerces notamment la restauration et la coiffure et on a eu des discussions super intéressantes, sur le fait que c&rsquo;est grave que rien ne soit mis en place et qu&rsquo;on s&rsquo;expose à un réel danger en travaillant dans ces conditions-là. On a fait un deuxième tractage le lendemain avec l&rsquo;idée de relever un peu tous les endroits où il y avait eu des choses qui nous avaient alertés, rythme de travail maintenu, température&nbsp; au-delà de 40 &#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a évoqué aussi le fait de faire des collages dans la rue pour rendre visible le soutien de toutes les personnes qui doivent subir ça et se faire exploiter et le besoin de s&rsquo;arrêter de travailler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ca fait un peu mal au cœur de se dire qu&rsquo;on est si peu à se mobiliser. En fait c&rsquo;est difficile, ça demande un temps énorme d&rsquo;aller voir chaque travailleureuse, chaque lieu de travail&#8230; Il faudrait que les secteurs se mobilisent par eux-mêmes mais ce n&rsquo;est pas forcément un réflexe, d&rsquo;autant plus que les gens sont dépassés et peu au fait de leurs droits comme le droit de retrait. Pour l&rsquo;exercer, il faut avoir la confiance. Il y a le fait aussi que beaucoup sont des non-syndiqués et ne savent pas par où commencer. Syndiqué ou pas, il faut se mobiliser et être en solidarité avec ses voisins, les secteurs d&rsquo;à côté de son travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est un début. On sait que la vague de chaleur va passer mais qu&rsquo;il y en aura d&rsquo;autres. A ce moment-là on sera un peu plus et c&rsquo;est comme ça aussi que ça va marcher !&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aude :</strong> je travaille dans le social et j&rsquo;accompagne dans ce qu&rsquo;on appelle un habitat regroupé&nbsp; des personnes en situation de handicap et là cette semaine, on a beaucoup parlé de se mettre en grève en fait parce que on se retrouve dans une situation où on a l&rsquo;impression d&rsquo;être aussi maltraitante envers les personnes qu&rsquo;on accompagne. Dans leurs logements la température monte entre 30° et 35° et ils font plusieurs malaises.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On réfléchit donc à se mettre en grève sur des revendications pour des conditions dignes pour les personnes qu&rsquo;on accompagne et des conditions de travail plus tenables. Pour l&rsquo;instant on a un peu du mal à convaincre que la grève pourrait se faire. Certains pensent qu&rsquo;elle ne marcherait pas, que les parents sont trop condescendants mais j&rsquo;ai pas mal de collègues sur des contrats courts qui pourraient être convaincus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La canicule entraîne-t-elle une prise de conscience des travailleureuses sur les liens entre changement climatique et capitalisme ? Les syndicats réussissent-ils à politiser la canicule ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mathilda </strong>: Ce qui ressortait c&rsquo;était l&rsquo;urgence d&rsquo;anticiper cette semaine-là qui allait mettre en danger une vague énorme de travailleureuses.&nbsp; Mais il y a vraiment un truc très clair sur le rapport d&rsquo;exploitation surtout dans les toutes petites entreprises du secteur où il y a plus de proximité avec le patron. Quand on discute avec les gens ça met vraiment en lumière le fait qu&rsquo;on n&rsquo;est pas dans le même panier.&nbsp; Par exemple la climatisation, elle est dans la salle où les&nbsp; clients consomment mais à l&rsquo;arrière dans les salles de pause ou dans la cuisine il n&rsquo;y en a pas, on subit parce que apparemment c&rsquo;est pas hygiénique d&rsquo;après la patronne. Ce ne sont pas ceux qui te disent de continuer de travailler qui vont subir la canicule. Et quand bien même le patron qui contrôle subit aussi la canicule, qu&rsquo;il veut continuer à travailler, c&rsquo;est son choix. Par contre au final, on ne va pas gagner les mêmes choses et un travail salarié ça reste un travail salarié, ce n&rsquo;est pas notre entreprise. Ce qu’on vit montre qu&rsquo;il y a un intérêt des travailleureuses à se protéger et à s&rsquo;organiser par elleux-même.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour l&rsquo;instant, on a parlé de luttes des travailleureuses importantes, de survie, pour se protéger des conséquences immédiates du capitalisme. Mais comment peut-on imaginer aller plus loin, et s&rsquo;attaquer à ses racines elles-mêmes ? Quelles alliances peuvent être imaginées ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Anouk :</strong>&nbsp; L&rsquo;écologie, il faut aussi l&rsquo;ancrer dans une dimension politique et sociale.&nbsp; Ca a trop longtemps été un sujet à part qui ne s&rsquo;inscrit pas dans les réalités matérielles de toute notre classe et&nbsp; ça porte préjudice à la lutte. Ça découle des milieux écolos qui sont en réalité un peu perdus parce qu&rsquo;ils héritent d&rsquo;une histoire militante compliquée et qui n&rsquo;est pas du tout politisée. A l&rsquo;origine, c&rsquo;est Greenpeace, c&rsquo;est une écologie consensuelle qui doit parler à tout le monde et notamment aux médias&#8230; Il y a beaucoup d&rsquo;écologie du spectacle et beaucoup moins de&nbsp; soutien aux piquets de grève.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il y a quand même déjà des alliances qui se créent entre les milieux écolos et les syndicats, par exemple avec les soulèvements de la terre. Il y a eu cette campagne commune&nbsp; avec la CGT pendant une grève dans le secteur de la logistique à Gennevilliers, avec des prises de contacts qui avaient été faites petit à petit.&nbsp; Ça a débouché sur une campagne qui s&rsquo;appelle soulèvement des salaires où du coup ça traite justement de la question des salaires des travailleureuses de la logistique. Ça a&nbsp; conduit à l&rsquo;annulation du projet Green Dock. Donc il y a quand même des victoires qui sont créées par ces alliances mais il faut que ça aille plus loin.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Armel :</strong> Ces soutiens aux grèves depuis l&rsquo;extérieur, c&rsquo;est des choses qui peuvent être intéressantes mais ce sont des postures qui sont un peu décalées. Je pense qu&rsquo;en fait&nbsp; la meilleure manière de faire ce lien, c&rsquo;est un peu le chemin qu&rsquo;on est en train de prendre, c&rsquo;est de se dire que les écologistes aussi sont des travailleureuses, ils et elles aussi sont pour une grande majorité exploités dans leur travail et peuvent s&rsquo;engager dans le syndicalisme. Je pense qu&rsquo;il faut repartir de l&rsquo;analyse marxiste et du fait que c&rsquo;est dans les contradictions du capitalisme et donc en grande partie dans la question du travail et des conflits qu&rsquo;il y a autour du travail qu&rsquo;on va réussir à attaquer la question de l&rsquo;écologie. C&rsquo;est une histoire de classe qui nous concerne tous et toutes?&nbsp; C&rsquo;est de la lutte des classes le meilleur outil.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Anouk :</strong> oui, c&rsquo;est difficile de parler de syndicat aux militants et militantes écolos qui ont pas du tout forcément pas la même tradition. Mais effectivement c&rsquo;est un sujet qu&rsquo;il faut pousser en essayant justement de développer cette conscience de classe et de pousser à des appels à la grève, à une grève climatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mathilda :</strong> je suis grave d&rsquo;accord avec ce que disait Armel et je pense à ta conclusion, Anouk, sur la grève climatique. L&rsquo;outil de la grève, il est vraiment à toujours remettre sur la table parce que c&rsquo;est par l&rsquo;arrêt qu&rsquo;on imposera des choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le syndicat c&rsquo;est un peu la base dans le sens où on est tous et toutes exploité.e.s. On a donc besoin de se défendre et de s&rsquo;organiser dans les syndicats. Mais pour la CGT à Rennes, sur la question écolo, il n&rsquo;y a pas encore ces liens. Il faut travailler en ce sens.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, pour le&nbsp; syndicat du commerce, aller voir ce qui se passe ailleurs pour se mobiliser ensemble, faire des tractages communs, avoir des moments de discussion avec des collectifs écolos.&nbsp;</p>
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		<title>Front populaire, antifascisme et révolution : 3 leçons</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 02:21:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front populaire]]></category>
		<category><![CDATA[processus révolutionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=11371</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Ce que l’on appellera ici la période du Front populaire a commencé en 1934 par un mouvement antifasciste populaire et de masse. Elle a apporté des leçons cruciales <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/" title="Front populaire, antifascisme et révolution : 3 leçons">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-paragraph" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:200px" aria-label="Contenu embarqué front populaire."></object><a id="wp-block-file--media-f2213636-5010-47e0-91d1-8f123fab3007" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf">front populaire</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/front-populaire.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-f2213636-5010-47e0-91d1-8f123fab3007">Télécharger</a></div>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que l’on appellera ici la période du Front populaire a commencé en 1934 par un mouvement antifasciste populaire et de masse. Elle a apporté des leçons cruciales pour toutes celles et ceux qui se posent la question de l’articulation entre lutte contre le fascisme et contre le capitalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Début 1934, en France, l’ambiance n’est pas à gauche ! Il y a un million de chômeur&rsquo;euses et plus de 50% des travailleur·euses ont des horaires réduits. Aucun gouvernement n’arrive à obtenir une majorité stable. Le mouvement social est déprimé. Les grèves sont à un niveau historiquement bas et généralement battues. Les syndicats sont divisés et faibles. Deux CGT, l’une liée au parti socialiste et l’autre au parti communiste, se font la guerre et rassemblent à elles deux seulement 750 000 membres<sup data-fn="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2" class="fn"><a href="#66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2" id="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2-link">1</a></sup>. L’extrême droite est à l’offensive. Plusieurs « ligues », violemment nationalistes et racistes, parfois ouvertement fascistes, ont des dizaines de milliers de membres avec des formations paramilitaires de milliers de membres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Allemagne Hitler est chancelier depuis un an. En quelques mois il a détruit le mouvement ouvrier le plus puissant du monde, syndicats comme partis, communiste et social-démocrate. Ces organisations ont été détruites sans combat, victimes de leur sectarisme mutuel. Paradoxalement cela va servir d’alerte en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le printemps des comités antifascistes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Apparaissant comme une tentative de coup de force fasciste, une manifestation des ligues le 6 février 1934 à Paris déclenche une riposte de masse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des manifestations éclatent dès les jours suivants. Dès le 7 février, à Lyon des contre-manifestant&rsquo;es dirigé·es par le secrétaire départemental de la CGT dégagent les fascistes qui se rassemblent chaque jour sur la Place Bellecour. Le 8 février les dockers de Concarneau refusent de décharger un bateau allemand qui porte un pavillon nazi tandis qu’à Brest un meeting d’urgence réunit 2500 participant&rsquo;es ! Le 9 février une manifestation communiste fait 6 morts à Paris dans des affrontements avec la police. Et le lundi 12 février, la France est paralysée par 5 millions de grévistes et des manifestations dans 346 villes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est une lame de fond. Des comités locaux sont créés dans tout le pays. Daniel Guérin évoque 3000 comités<sup data-fn="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2" class="fn"><a href="#6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2" id="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2-link">2</a></sup>. Les historien·nes parlent aujourd’hui d’un « printemps des comités<sup data-fn="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea" class="fn"><a href="#83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea" id="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea-link">3</a></sup> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces comités sont des initiatives locales, généralement unitaires, d’où la diversité des noms : comités de vigilance, comités de lutte contre le fascisme, comités de défense républicaine&#8230; Au Havre il y a des comités dans les quartiers ouvriers et marins et dans les villes de la banlieue ainsi que des comités d’usine et de chantier. A l’été 1934 ces comités organisent plus de 3000 personnes. Dans le Finistère des comités apparaissent à Carhaix, Brest, Morlaix, Elliant, Pont-l’Abbé, Concarneau, Lesconil et Quimper. Dans d’autres communes, ce sont les comités de défense laïque qui en font état comme à Moëlan-sur-Mer, Riec-sur-Belon, Quimperlé ou Rosporden.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Partout, les comités barrent, par tous les moyens, la route aux fascistes. Ils remplissent, avant eux, leurs salles de meeting comme à Givors. Ou bien ils bloquent la salle comme à Grenoble où 3000 manifestant·es montent même des barricades. Dans les départements ruraux les contre-manifestations mobilisent toute la région. Les affrontements sont parfois violents. En septembre 1934 dans le 20e arrondissement de Paris un jeune militant socialiste est tué dans un rassemblement pour interdire une réunion des Jeunesses patriotes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais d’autres moyens sont aussi utilisés. La Fédération socialiste du Rhône publie les noms et adresses des commerçants Croix-de-feu. Des meetings massifs, conférences, fêtes populaires se tiennent. Fin août 1934, dans le Finistère, 2000 personnes assistent à un meeting à Pont-l’Abbé !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Défaite des fascistes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mouvement ne met pas fin aux ligues. Mais il limite leur audience et la circonscrit à une partie de ces couches sociales qui constituent le noyau du fascisme : petite bourgeoisie traditionnelle, classes moyennes, fonctionnaires de police et de l’armée&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour prétendre accéder au pouvoir le fascisme doit élargir cette base sociale. Du côté de la classe ouvrière et du côté de la classe dirigeante. Le mouvement des comités fait obstacle à cet élargissement des deux côtés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il réveille le mouvement ouvrier et suscite une effervescence qui fait renaître la gauche sur tout le territoire ! Pour la classe dirigeante, les ligues ne sont – au moins temporairement &#8211; pas un recours mais un problème, pas un facteur d’ordre mais un facteur de désordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et les craintes de la classe dirigeante sont fondées. Le réveil du mouvement ouvrier ne se cantonne pas à la lutte antifasciste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gérard Noiriel<sup data-fn="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695" class="fn"><a href="#1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695" id="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695-link">4</a></sup> indique qu’« à partir de 1934, dans la plupart des bassins miniers, la mobilisation retrouve une ampleur inconnue depuis 1920 ». À Saint-Nazaire en 1935 la ville est bloquée par les militant&rsquo;es de la CGT pour s’opposer à l’arrêt de la construction d’un navire. Au début de 1936, 4500 ouvrier&rsquo;es grévistes organisent un comité de résistance qui mobilise l’ensemble de la population locale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Rennes en juillet 1935 près de 2000 personnes se réunissent à la Maison du peuple puis partent en cortège, brisent les cordons de police aux cris de « Tant pis s’il y a du sang ! ». Début août des grèves insurrectionnelles éclatent à partir des arsenaux à Brest et Toulon. Trois ouvriers sont tués dans les affrontements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À La Mure, dans le Dauphiné, début 1936, une grève des mineurs est soutenue par la population, commerçants, paysans, anciens combattants. Les couches sociales attirées par le fascisme se tournent vers la classe ouvrière&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la première leçon de cette période du Front populaire : ce ne sont pas les luttes sociales qui font mécaniquement reculer le fascisme, c’est la lutte contre le fascisme qui dynamise les luttes sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’explosion de mai-juin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La victoire de la gauche aux législatives le 3 mai 1936 est le signal qui fait exploser ce qui grandissait depuis février 1934 : les patrons vont payer. Alors, sans même attendre la nomination du gouvernement un mouvement de grèves et d’occupations d’usines démarre comme une vague qui n’arrête pas de monter.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quelques semaines, 2 à 3 millions de travailleur&rsquo;euses vont se mettre en grève dans 12 000 entreprises dont 9000 seront occupées ! Quand une occupation s’arrête parce que les revendications ont été gagnées, c’est pour s’étendre à la voisine. Et la première s’y remet alors pour de nouvelles revendications.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont les patrons qui demandent au gouvernement une rencontre avec les syndicats pour endiguer le mouvement. C’est ainsi que sont signés les accords de Matignon le 8 juin tandis que le gouvernement s’engage à accorder par la loi ce qui ne relève pas des accords. Ce qui est présenté comme « les acquis du Front populaire » sont le fruit du mouvement et non du gouvernement : congés payés, augmentations de salaires, semaine de 40H, conventions collectives, droits syndicaux&#8230;.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le mouvement s’étend encore à la suite de ces accords ! Le bâtiment s’en mêle, les dockers entrent en lutte. Le 10 juin « les employé·es de pharmacie, les coiffeur·ses, les boulanger·es, les ouvriers et ouvrières du bois, de la confection, de la maroquinerie, les garçons bouchers, les laveur·ses de voitures, les concierges, les lads d’écurie, les représentant·es d’aspirateur cessent le travail. A Paris même le Lido est en grève : le personnel occupe le cabaret<sup data-fn="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842" class="fn"><a href="#dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842" id="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842-link">5</a></sup>. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est la deuxième leçon de la période du Front populaire : l’anticapitalisme n’est pas un préalable à l’action antifasciste de masse, c’est l’action antifasciste de masse qui ouvre à une radicalisation anticapitaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un processus révolutionnaire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons choisi ici de décrire le Front populaire comme période plutôt que comme politique (celle des partis de gauche, celle du gouvernement). C’est sous cet angle que l’on peut comprendre la radicalisation de masse à partir de la riposte antifasciste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est aussi sous cet angle que l’on peut comprendre le développement du mouvement de grèves et d’occupations en mai et juin, la combinaison entre revendications très spécifiques à un lieu de travail et revendications globales. La révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg avait décrit ce phénomène à partir de la révolution russe de 1905. Dans ce processus qu’elle dénommait « grève de masse » elle mettait en lumière comment la classe ouvrière pouvait faire « classe » et devenir révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette période en est une illustration. Au cœur de la phase des comités se trouvaient les secteurs de la classe ouvrière les plus organisés. Une étude a montré la corrélation entre l’ampleur de la riposte du 12 février 1934 et l’implantation syndicale<sup data-fn="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4" class="fn"><a href="#0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4" id="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4-link">6</a></sup>. Dans les villages ruraux, le développement des comités a été l’œuvre du syndicat des instituteurs. Ce sont les militant·es, les syndicalistes révolutionnaires, les communistes, les membres de la gauche du parti socialiste qui ont été moteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis la lutte antifasciste a fécondé le terrain pour la multiplication des conflits sur des bases économiques.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et cette combativité retrouvée a éveillé à la lutte les secteurs les moins organisés. En mai-juin 1936 nous avons l’image inversée de 1934. Ce sont les secteurs les moins syndiqués (métallurgie, chimie, textile, le commerce&#8230;) qui sont à la pointe du combat. Ce sont aussi ceux où le syndicat se développe le plus. La CGT passe de 1 million de membres juste avant mai 1936 à plus de 4 millions !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les secteurs mobilisés en 1934 ne font pas grève en juin : liés aux partis qui gagnent les élections ils et elles se reposent alors sur le gouvernement. Sur la durée, le processus brasse toute la classe ouvrière, dans toute sa diversité et ses différents secteurs, la politise et l’organise. La possibilité de la révolution comme émancipation des travailleur·euses par elles-mêmes et eux-mêmes apparaît alors. Car il ne s’agit pas seulement de mise en action. Il s’agit aussi de conscience et d’organisation. De la conscience antifasciste à la conscience de classe : en quelques mois c’est le parti communiste, perçu largement comme révolutionnaire, qui explose : de 50 000 membres à plus de 200 000 !&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’été 1936, puis en 1937 et 1938, les grèves reprennent, se multiplient, même si ce n’est pas la vague de juin. Cette fois, les secteurs non mobilisés en juin sont concernés, pour imposer l’application des acquis, puis empêcher qu’ils soient repris, puis se battre contre les mesures des gouvernements de plus en plus à droite qui se succèdent. C’est cette fois l’expérience des illusions réformistes et de la trahison des directions qui ouvre la possibilité d’une conscience révolutionnaire à une échelle de masse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La 3ème leçon</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En tant que politique, le Front populaire va détruire le mouvement antifasciste. Dès l’automne 1934, sous l’influence des partis les comités antifascistes deviennent des comités du Front populaire. Il reviendra à l’État d’interdire les organisations fascistes. En juin 1936, le gouvernement dissout effectivement ce qui reste des ligues. Les Croix-de-feu se transforment en Parti social français qui avec la démoralisation engendrée par le Front populaire va devenir à partir de 1938 le plus grand parti de masse français (1 million de membres !).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 17 mars 1937 c’est la police du Front populaire qui fait tirer sur les antifascistes tentant d’empêcher une réunion du PSF à Clichy !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parti communiste avait, avant 1934, défendu l’idée qu’il fallait être anticapitaliste pour lutter contre le fascisme. En Allemagne les nazis avaient détruit le parti communiste. Adoptant la politique du Front populaire, le parti communiste avait ensuite dit qu’il fallait d’abord stabiliser la démocratie bourgeoise pour faire obstacle au fascisme. En France, le parlement du Front populaire finira par interdire le parti communiste puis voter les pleins pouvoirs à Pétain sans riposte d’une classe ouvrière démoralisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième leçon de la période du Front populaire est que pour obtenir une victoire définitive sur le fascisme un combat doit être mené au sein même du mouvement, dès ses premières étapes, pour construire une alternative révolutionnaire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Denis Godard (Paris 20e)</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2">A titre de comparaison, aujourd’hui il y a plus de 2 millions de syndiqué.es en France. <a href="#66829c15-bdae-4eb6-9b86-1323f3eb29c2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2">Daniel Guérin, Front populaire Révolution manquée <a href="#6dc6b564-2a19-4161-a3d1-1d94c0161af2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea">Gilles Vergnon, L’antifascisme en France de Mussolini à Le Pen <a href="#83cc58b9-ad70-4cac-a866-e844d5bfd7ea-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695">Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française <a href="#1bfa35bf-fb45-4e6f-b723-523835d53695-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842">Ludivine Bantigny, La Bourse ou la vie <a href="#dfd47419-8b9f-45c4-9dac-aeea4f5cd842-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4">Antoine Prost, Autour du Front populaire <a href="#0094441b-a7c4-43c5-9b3f-062df5efc5e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/front-populaire-antifascisme-et-revolution/">Front populaire, antifascisme et révolution : 3 leçons</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Iran, (anti)impérialisme et révolution</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 17:01:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/" title="Iran, (anti)impérialisme et révolution">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-paragraph" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/05/iran.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-3bbb91a9-0338-4461-b878-60e555bf7ddd">Télécharger</a></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et antiguerre en France ne tiennent pas aux conditions objectives. À travers le monde des millions de personnes ont manifesté contre le génocide en Palestine malgré les médias ou la répression. Les obstacles tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du régime iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le peuple iranien a régulièrement montré sa détermination à remettre en question le régime malgré une répression systématique. Ses luttes apportent énormément d’espoir face à l’approfondissement de la crise du capitalisme et sa manifestation impérialiste. Partir de là est donc très important pour pouvoir discuter des possibilités de faire face à la situation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la révolution de 1979 la place que le régime veut donner à l’Iran dans la compétition régionale façonne la société. Des révoltes très fréquentes et très massives éclatent. La dernière en date a été complètement stoppée par les bombardements d’Israël et des États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sous l’emprise de l’impérialisme</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long du XXè siècle l’Iran a été convoité par les grandes puissances pour ses ressources pétrolières et pour sa situation géostratégique au Moyen-Orient.<br>Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées. Il y a aussi des zones avec de fortes concentrations ouvrières, liées à l’économie du pétrole. Une bourgeoisie nationale se développe mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle de firmes anglaises puis US.<br>Dès les années 1970, les salarié&rsquo;es, les ouvrier&rsquo;es représentent à peu près un tiers de la population.<br>Les bazars contrôlent l’essentiel du commerce, de gros et plus encore de détail. Mais se développe également dans les grandes villes une élite iranienne qui arrive à vivre des revenus du pétrole, qui s’occidentalise dans ses modes de vie, en même temps que des bidonvilles énormes se mettent en place autour des grandes villes et notamment de Téhéran.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La révolution par étapes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ce contexte qu’émergent de grandes révoltes. Elles produisent des débats dans la gauche iranienne. Ce qui domine sont les théories staliniennes, qui estiment que dans un pays relativement peu développé économiquement il est impossible pour la classe ouvrière de changer la société et de parvenir au socialisme. Il faut préalablement passer par un développement capitaliste de la société, qui ne peut être réalisé qu’en soutenant la bourgeoisie dans ses velléités d’acquérir une indépendance nationale qui permettra de développer économiquement le pays<sup data-fn="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" class="fn"><a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f" id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link">1</a></sup>.<br>Cette théorie de la révolution par étapes s’était concrétisée une première fois par le soutien de la gauche au gouvernement de front national dirigé par Mossadegh qui prend le pouvoir en 1952. Mossadegh prend la décision de nationaliser le pétrole iranien. Très rapidement la Grande-Bretagne riposte, soutenue par les Etats-Unis – et organise un coup d’état en août 1953, qui réinstalle le régime autocratique du Shah.<br>Effrayée par le soulèvement populaire créé par la victoire de Mossadegh, la bourgeoisie nationale s’est finalement rangée du côté de l’impérialisme américain et britannique. La répression décapite la gauche. Des mouvements liés aux mosquées et dirigés par le clergé se mettent alors à jouer un rôle central dans la contestation populaire des décennies qui vont suivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La révolution de 1979</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des manifestations démarrent en 1977 pour une démocratisation, puis des soulèvements dans les bidonvilles. A la fin de l’année les grèves se développent. En un an se développent des comités de quartier &#8211; les Komitehs &#8211; et des comités d’usines &#8211; les Shoras. Dans de nombreux endroits les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise. Mais la gauche ne pousse pas pour que ces comités se coordonnent et s’organisent en pouvoir alternatif. Elle continue de penser que le pouvoir doit être occupé par la bourgeoisie nationale qui cherche l’indépendance.<br>Par contre, le mouvement des mosquées se développe, avec une personnalité – Khomeini – qui a un réseau très important au niveau national et qui propose une direction politique, celle de prendre le pouvoir. Il a une base relativement importante dans la nouvelle classe moyenne qui s’est construite dans les entreprises.<br>Quand le Shah prend la fuite ce n’est donc pas la classe ouvrière qui prendra le pouvoir, ni la bourgeoisie qui souhaitait un retour à l’ordre, mais la classe moyenne sous la direction de l’ayatollah Khomeini.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De l’anti-impérialisme des classes moyennes…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement mis en place par Khomeini n’est pas un gouvernement complètement lié à la bourgeoisie. Et il va mettre en place des mesures radicalement différentes de ce qui a existé jusqu’alors. En nationalisant toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux auparavant, il réintègre dans la sphère publique des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures sont apparues comme anticapitalistes. En France, Sartre, Foucault, Simone de Beauvoir célèbrent Khomeini comme un militant anti impérialiste. Les théories sur « l’islam révolutionnaire » fleurissent, de même que les tentatives de synthétiser islam et marxisme.<br>Pour stabiliser son pouvoir et assurer sa base sociale, Khomeini va alterner des attaques sur sa gauche et sur sa droite. Il va s’allier avec la bourgeoisie nationale pour détruire les Komiteh et les Shoras. Puis, en novembre 1979, il organise l’occupation de l’ambassade des États-Unis durant plusieurs mois, contre l’avis de la bourgeoisie iranienne. Cet acte est resté dans l’histoire comme un défi à l’impérialisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>… à la crise du capitalisme d’État</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour stabiliser un système au point de départ instable, Khomeini va s’appuyer sur deux choix politiques.<br>Il développe progressivement, via les nationalisations et grâce aux revenus pétroliers une forme de capitalisme d’État. Il crée ainsi une énorme bureaucratie qui sera la base sociale du régime.<br>Et il va utiliser la guerre et le nationalisme pour délégitimer et détruire physiquement toute opposition comme complice de l’impérialisme. Il va ainsi grandement bénéficier de la guerre meurtrière avec l’Irak à partir de 1980. Surtout quand l’Irak obtiendra le soutien US.<br>Comme les autres capitalismes d’État (des pays de l’est à l’Egypte) le régime islamique rentre en crise à la fin des années 1980 du fait de la de crise économique au niveau international. C’est aussi la fin de la guerre avec l’Irak et la mort de Khomeini.<br>Les rivalités éclatent alors au sein de la classe dirigeante iranienne entre la bureaucratie d’État qui veut prolonger son régime sous couvert d’anti-impérialisme et une partie de la bourgeoisie plutôt tournée vers la mondialisation qui veut faire des compromis avec les puissances impérialistes et tente d’emporter l’adhésion de la population par des promesses de réformes démocratiques.<br>Ces deux factions vont s’affronter régulièrement depuis lors. Quand des soulèvements populaires ont lieu, cela rouvre les rivalités.<br>Chaque fois que la frange libérale arrive au pouvoir et qu’elle essaye de négocier avec l’impérialisme son intégration au marché mondial, la frange conservatrice utilise son discours anti-impérialiste pour renforcer sa légitimité.<br>C’est le cas avec Khatami qui collabore avec les USA dans l’invasion de l’Afghanistan. C’est la cas avec Rohani en 2013 qui parvient à un accord sur le nucléaire avec les USA en 2015.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Impérialisme régional</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation fait que le débat sur la nature anti-impérialiste du régime continue encore à l’heure actuelle. L’Iran se présente comme le chef de file de « l’axe de la résistance » contre le sionisme et l’impérialisme occidental. Il a apporté son soutien au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, aux Forces de mobilisation populaire en Irak et à d’autres groupes de moindre envergure.<br>Cela découle de l’émergence de l’Iran en tant que puissance régionale, en lice pour la domination de la région. L’Axe s’inscrivait dans la stratégie iranienne « d’anneau d’étranglement » contre Israël, qui consistait à soutenir ses alliés sans s’exposer à un affrontement ouvert.<br>Pour pouvoir se maintenir, l’Iran s’est inséré dans un système international capitaliste. Il a donc dû accepter les lois de la compétition et de l’accumulation et y trouver sa place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le déclin des USA et leur difficulté à maintenir leur hégémonie dans la région après l’invasion de l’Irak en 2003 ont conduit d’autres grandes puissances à investir cette zone, notamment la Russie et la Chine. L’Iran a noué des alliances avec ces autres puissances. La Chine achète 90% du pétrole iranien et est devenue le premier partenaire commercial de l’Iran. Lors de la révolution en Syrie en 2015 l’Iran a fait le choix de soutenir le régime de Bachar al-Assad aux côtés des forces russes.<br>Quand Israël décide d’aller bombarder l’Iran, c’est clairement avec l’idée de déstabiliser ce qui apparaît comme une puissance concurrente à l’échelle régionale. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la région. Cela a été le cas en 1967 quand Israël a attaqué l’Égypte et la Syrie. Cela a été le cas en 1980 lorsqu’Israël envahit le Liban.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une seule solution, l’anti-impérialisme de notre classe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En Iran, en 2021 une grève de salariés du pétrole a eu un impact très fort, symboliquement – du fait de son rôle moteur dans la révolution de 1979 – et politiquement &#8211; les revenus du pétrole permettent à l’État iranien de fonctionner. De 10 à 15 000 salariés du pétrole ont fait grève. Ils ont produit une plateforme dans laquelle ils disaient clairement qu’ils refusaient toute intervention étrangère qui se présenterait en soi-disant soutien à leur lutte, et qu’ils souhaitaient apporter leur solidarité internationale avec les luttes de libération de la Palestine, du Yémen et du Liban2<sup data-fn="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" class="fn"><a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3" id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link">2</a></sup>. Cela s’était déjà produit en 1979, où la révolution en Iran s’était combinée à des révoltes en Égypte.<br>Le meilleur soutien qu’on puisse apporter, c’est donc de reprendre le fil des analyses en termes de développement inégal et combiné, et donner de la force aux théories internationalistes qui considèrent que la seule solution face à l’impérialisme et aux régimes réactionnaires, c’est la lutte des peuples eux-mêmes pour leur émancipation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vanina Giudicelli (Paris 20)</strong></p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand les lignes rouges deviennent chauvines</strong><br><br>À de nombreuses reprises, la présence de cortèges avec des drapeaux iraniens ont fait polémique dans les manifestations en France.<br>Exclure ces cortèges accusés d’être en soutien du pouvoir iranien serait un acte politique de solidarité avec un peuple qui subit la répression sanglante du régime. Cette position, au cœur d’une puissance impérialiste, nous oblige donc à rappeler que :<br>&#8211; Le premier acte politique en solidarité avec le peuple qui se soulève régulièrement en Iran contre le régime devrait être de lutter pour faire arrêter les bombes qui tuent ce peuple et l’empêchent de lutter contre le régime.<br>&#8211; La base d’un mouvement antiguerre ne peut être de tirer un trait d’égalité entre impérialisme et pays agressé (comme le font des textes syndicaux qui parlent de « belligérants »). La responsabilité historique de l’impérialisme dans les catastrophes internationales sont sans commune mesure avec celles des pays dominés par l’impérialisme. L’impérialisme a façonné l’histoire de l’Iran depuis plus d’un siècle. Les bombardements ont mis un coup d’arrêt aux luttes du peuple iranien pour sa liberté. Aucun peuple ne se libère sous les bombes. Les catastrophes des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, le génocide en Palestine, etc. devraient pourtant servir de leçon.<br>&#8211; Nous n’attendons pas d’une manifestation que tous les cortèges soient en accord sur toutes les questions, mais se retrouvent dans ce qui devrait constituer les bases d’un mouvement antiguerre : l’arrêt de l’agression impérialiste et sioniste en Iran. Nous devrions alors aussi exclure de nos manifestations les organisations françaises qui ont soutenu des interventions impérialistes, se réfèrent au droit international, sont dans des internationales avec des partis qui constituent des dictatures, ou reconnaissent l’entité sioniste. Ne pas le faire revient à adopter une position chauvine puisque cela revient de fait à considérer ces positions comme moins problématiques.<br>&#8211; Un réel combat internationaliste devrait plutôt chercher à promouvoir les idées et les actes qui considèrent l’ennemi principal dans notre propre pays comme condition de l’émancipation générale. Notre responsabilité est donc de construire un mouvement de masse qui cherche à briser l’impérialisme français et occidental.</p>



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<ol class="wp-block-footnotes"><li id="3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f"> Les débats qui ont dominé la gauche iranienne ne sont pas limités à ce pays. La révolution russe qui avait eu lieu au début du 20e siècle concernait un pays dont les caractéristiques économiques étaient relativement similaires. Trotsky analyse la situation économique de façon opposée à celle que les staliniens vont adopter plus tard. Pour un exposé de sa théorie, on pourra lire par exemple l’article de Cédric Piktoroff, <a href="https://quefaire.lautre.net/Jusqu-au-bout">« Jusqu’au bout ! La théorie de la révolution permanente »</a>  <a href="#3fdc5088-3300-40e3-bce4-0a4a599d955f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3">Peyman Jafari est un chercheur iranien spécialiste des mouvements en Iran. De nombreux articles sont disponibles, dont certains traduits en français. <a href="#687c4ab6-2d96-4617-9094-e11f1ba0bfb3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/histoire/iran-antiimperialisme-et-revolution/">Iran, (anti)impérialisme et révolution</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>1er Mai antiraciste, contre le génocide et contre la guerre : montrer à notre classe qu&#8217;on va continuer à se battre pour gagner</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/1er-mai-antiraciste-contre-le-genocide-et-contre-la-guerre-montrer-a-notre-classe-quon-va-continuer-a-se-battre-pour-gagner/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathilde]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 12:58:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans plusieurs villes en France, se constituent à l&#8217;occasion du premier mai des cortèges contre le racisme, contre le fascisme, contre le colonialisme et contre la guerre. À Paris, un pôle appelé par la Marche <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/1er-mai-antiraciste-contre-le-genocide-et-contre-la-guerre-montrer-a-notre-classe-quon-va-continuer-a-se-battre-pour-gagner/" title="1er Mai antiraciste, contre le génocide et contre la guerre : montrer à notre classe qu&#8217;on va continuer à se battre pour gagner">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Dans plusieurs villes en France, se constituent à l&rsquo;occasion du premier mai des cortèges contre le racisme, contre le fascisme, contre le colonialisme et contre la guerre. À Paris, un pôle appelé par la Marche des solidarités et Urgence Palestine articulera ces revendications. Entretien avec Mathieu Pastor, d&rsquo;A2C et de la Marche des solidarités, qui nous explique pourquoi et comment se saisir du 1er mai pour engager notre classe sur le terrain de la lutte politique, dans un contexte de polarisation marquée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pendant le mois de mars, en France avec le 8 mars et le 14 mars, et à l&rsquo;international avec des mobilisations autour du 28 mars, on a vu des mobilisations massives, très politiques, des gens qui descendaient dans la rue en se posant à la fois la question de lutter contre le patriarcat, contre les fascistes, contre le racisme, et aussi contre la guerre, contre l&rsquo;impérialisme. Est-ce que tu pourrais revenir un petit peu sur ce qu&rsquo;on doit apprendre de cette période et nous dire si le 1er mai et le mois qui va suivre pourraient s’inscrire dans la continuité du mois de mars ?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense que le premier enseignement de cette période, c&rsquo;est se dire qu&rsquo;il y a quelque chose qui est possible. Ce qu&rsquo;on ressort de cette séquence, c’est que malgré ce qu’on se prend dans la tête, c&rsquo;est-à-dire les guerres, l&rsquo;autoritarisme, le racisme, le fascisme, il y a des volontés de se battre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ce qu&rsquo;on nomme la polarisation, c&rsquo;est-à-dire d’un côté l&rsquo;augmentation de l&rsquo;offensive de la classe dirigeante &#8211; et à travers ça de la capacité des fascistes à s&rsquo;organiser &#8211; et d’un autre côté, un écho de plus en plus large pour se battre contre cette trajectoire-là et pour s&rsquo;engager.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce qu’on a vu le 8 mars, avec toustes celleux qui ont manifesté pour les droits des femmes, et qui, dans certaines villes, <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-dexperience-sur-le-08-mars-2026/">se sont battu·es pour virer les fascistes et les sionistes</a>. C’est ce qu’on a revu <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/manifestations-antiracistes-et-antifascistes-du-14-mars-une-opportunite-pour-construire-un-front-antiraciste/">le 14 mars</a>, les mobilisations massives dans 102 villes, contre le racisme, le fascisme et les violences policières. Et c’est ce qu&rsquo;on a vu plutôt à l&rsquo;international le 28 mars : aux États-Unis avec des mobilisations dans 3000 villes ; à Rome, où pour la première fois depuis que Meloni est arrivée au pouvoir, il y a eu une mobilisation de 300 000 personnes contre son gouvernement et contre le fascisme ; et à Londres, où il y a eu 500 000 personnes mobilisées, soit la plus grande manif de l&rsquo;histoire d’Angleterre contre le racisme et le fascisme. Donc ce qu’on voit, c’est que les gens ont envie de se battre, et à une échelle très importante. Dès qu&rsquo;on propose une stratégie qui démontre qu&rsquo;en se mobilisant ça va compter, il y a un écho pour ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le meilleur des exemples pour se rendre compte de ce qui est en train de se passer, c&rsquo;est les États-Unis. Trump arrive il y a un an et demi pour son second mandat et il paraît avoir un boulevard devant lui. La gauche, aux États-Unis et dans le monde entier, est presque tétanisée face à sa prise de pouvoir. Il a démontré qu&rsquo;il était prêt à s’engager dans ce boulevard, que ce soit par les premières attaques contre les migrant·es, l&rsquo;offensive au Venezuela… Et puis là soudainement, déjà l&rsquo;année dernière avec les <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/videos/session-douverture-du-festival-des-idees-revolutionnaires-da2c/">premières mobilisations à Los Angeles</a> dans les quartiers contre ICE, et puis de manière plus éclairante <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/comment-minneapolis-solidaire-et-antiraciste-a-resiste-a-ice/">à partir de la fin 2025 à Minneapolis</a>, on voit qu&rsquo;il y a un espoir qui renaît, et que quand cet espoir renaît, et que tout le monde sent qu&rsquo;en s&rsquo;engageant il y a moyen de gagner, le mouvement peut prendre une ampleur où soudainement le rapport de force paraît presque de notre côté. Aux États-Unis, il n&rsquo;y a pas de jour férié le 1er mai, donc les travailleurs et les travailleuses travaillent ce jour-là. Mais là, il faut voir le <a href="https://www.iceoutnowmn.com/">programme du 1er mai</a>. C&rsquo;est très impressionnant. Il y a un appel à la grève. Par exemple, Minneapolis appelle à la grève dès le matin et l’après-midi à une grande marche contre ICE et pour la régularisation des sans-papiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ici en France, le 1er mai, une date qui est déjà présente dans la tête de beaucoup de monde, comme une date emblématique de la lutte contre le capitalisme, de la lutte de solidarité internationale des travailleurs et des travailleuses, ça va être une date très importante pour mesurer où on en est du mouvement. Je pense que beaucoup de personnes ont prévu de s&rsquo;en saisir, et que beaucoup de collectifs ont prévu d&rsquo;y intervenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À A2C on pense que c&rsquo;est cette classe des travailleureuses que tu as citée, qui peut changer le système. Pour s&rsquo;adresser largement à la classe qui n&rsquo;est pas spontanément révolutionnaire, on a tendance à se dire qu&rsquo;il faut parfois limiter les mots d&rsquo;ordre &#8211; construire des fronts contre le racisme, qui soient aussi indépendants des fronts pour la Palestine, des fronts contre l&rsquo;impérialisme, des fronts féministes… Comment est-ce qu&rsquo;on peut articuler la nécessité d’adresser largement toutes ces revendications, et le fait qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, des milliers de personnes en train de se politiser en viennent à penser une riposte globale contre un système global ? Quelle forme ça va prendre pour le 1er mai ? Et quelles suites est-ce que ça peut donner ? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Déjà je pense que pour l&rsquo;ensemble des collectifs qui ont mené les combats de ces dernières semaines, que ce soit au sein du front féministe, que ce soit au sein du front antiraciste, antifasciste, la première des conditions pour s&rsquo;adresser à la classe dans cette période, c&rsquo;est d&rsquo;en être le 1er mai. C&rsquo;est d&rsquo;en être et d&rsquo;y intervenir collectivement. Ensuite je pense que justement, il y a un écho en ce moment pour des mots d&rsquo;ordre qui, même lorsqu’ils sont pris « séparément » (au sein des fronts spécifiques qui les formulent), ne sont pas des mots d’ordres au rabais, mais qui au contraire engagent au combat et proposent une stratégie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, au sein de la <a href="https://www.antiracisme-solidarite.org/accueil">Marche des solidarités</a>, on mobilise sur la question de la régularisation des sans-papiers. Derrière cette revendication, tu poses forcément la question de l&rsquo;unité, de la solidarité, du fait que même si tu n&rsquo;es pas sans-papiers, tu es concerné·e par la régularisation de tout le monde. Si on propose des mots d&rsquo;ordre contre l&rsquo;islamophobie pour se défendre face aux attaques de l’État contre toutes celles et ceux qui parmi nous sont musulmans et musulmanes, contre les attaques des mosquées par les fascistes, c’est pareil, ce ne sont pas des mots d&rsquo;ordre au rabais. Ce sont des revendications qui, par ailleurs, il y a quelques années, pouvaient paraître hyper radicales, mais qui au fur et à mesure de ces dernières années sont de plus en plus reprises largement. On ne va pas noyer tous ces fronts dans une lutte anticapitaliste, anti-impérialiste. Il y a besoin de combats sur des front spécifiques, qui ont besoin d’implication spécifiques, car on a besoin de victoires sur ces fronts-là. Mais on va montrer qu’on peut mener ces combats tout en disant « Oui, on se bat ensemble contre ce système ». Toutes et tous ensemble, on va appeler à la régularisation des sans-papiers. Toutes et tous ensemble, on va appeler à la solidarité avec la Palestine. Toutes et tous ensemble, on va appeler à la solidarité contre l&rsquo;islamophobie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour revenir sur le 1er mai, je pense que ce qui va compter pour s&rsquo;adresser à la classe, c&rsquo;est de montrer qu&rsquo;on est prêts et prêtes à se battre. Un des moyens à travers lesquels on compte faire ça en région parisienne, c&rsquo;est d&rsquo;appeler à un grand pôle dans la manifestation, un pôle antiraciste, antifasciste, antisioniste et anticolonialiste contre la guerre, qui va s&rsquo;appuyer sur deux forces : la Marche des solidarités avec les collectifs de sans-papiers et les mineurs isolés en lutte, les collectifs de quartiers contre le racisme et contre le fascisme, et <a href="https://www.urgence-palestine.com/">Urgence Palestine</a>, qui se bat pour la solidarité avec le peuple palestinien. L&rsquo;année dernière déjà, on avait mené une première fois cette expérience, et à Paris, ça avait été le 2e cortège le plus important de la manifestation derrière celui de la CGT, ce qui est quand même significatif.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et là, nous, on veut un pôle le plus massif possible, pas juste pour envoyer un message de visibilité, pas juste pour faire une démonstration de force. On veut envoyer le message qu’on est déterminé·es à se battre et que le combat va continuer dès les prochaines semaines, que ce soit pour le 9 mai virer les fachos qui veulent marcher dans Paris <em>[Une contre-manifestation partira le 9 mai à 14h de la station Saint-Michel contre le C9M, marche annuelle de militants néonazis]</em>, que ce soit pour gagner des régularisations, que ce soit pour affirmer notre solidarité à la Palestine ou pour renforcer notre capacité à riposter face à la marche vers la guerre, comme on a pu voir ces dernières semaines dans les mobilisations lycéennes et du secteur de l’éducation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je pense que ça, c&rsquo;est la première des choses à faire pour s&rsquo;adresser à la classe dans la période dans laquelle on est. Les gens, ils n&rsquo;ont pas envie de défiler pour la gloire. Ils ont envie de se battre pour gagner. Et donc, c&rsquo;est comme ça qu&rsquo;on va le faire en région parisienne et il y a des échos qu&rsquo;il va y avoir des cortèges similaires dans d&rsquo;autres villes, à Marseille, à Rennes, à Rouen, à Toulouse, à Saint-Brieuc&#8230; Voilà comment on s&rsquo;adresse massivement à la classe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment est-ce que les révolutionnaires peuvent espérer soutenir, construire cette dynamique-là qui est en train d&rsquo;émerger ? Et quelles sont nos tâches pour mieux l&rsquo;accompagner, convaincre que c&rsquo;est la bonne et poser la question de quelle stratégie pour gagner</strong> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc, il y a déjà ce mouvement-là, qui démontre qu&rsquo;il y a un potentiel pour lutter largement. Maintenant, toute la question est, quelle est la stratégie pour gagner ? Car ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il y a un mouvement que la stratégie est spontanément dirigée vers le renforcement de ce mouvement et le renforcement de ses capacités pour gagner. Et pour tout ça, il y a besoin de débats sur quelles stratégies on doit mener, sur ces différents fronts dont j&rsquo;ai parlé. Quelle stratégie dans le front antiraciste, antifasciste ? Quelle stratégie dans le front anticolonialiste et de solidarité avec la Palestine ? Quelle stratégie dans le front contre la guerre ? Et pour ça, le mouvement seul, ça ne suffit pas. Ce n&rsquo;est pas uniquement des collectifs de militants et de militantes qui vont, dans chacun de ces fronts, devoir se poser la question de quelle stratégie. Il faut aussi une intervention révolutionnaire, organisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À A2C, on pense que la stratégie pour gagner, elle doit s’élaborer par la combinaison d&rsquo;une analyse théorique marxiste et de son expérimentation, de sa pratique dans le mouvement. Et pour ça, on propose un grand événement à Paris, le 16 et 17 mai, un <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/boussoles-2/">festival <em>Boussoles</em></a>, où il va y avoir 25 discussions, qui visent à dénouer des questions qui se posent dans le mouvement :&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La libération de la Palestine se joue-t-elle uniquement en Palestine, ou doit-elle passer par le soulèvement des classes ouvrières des pays arabes environnants ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est ce qui va compter dans le mouvement antiraciste ? Mettre une priorité à se battre contre les attaques de la classe dirigeante, massivement dirigées contre celles et ceux qui, parmi nous, sont migrants et migrantes, celles et ceux qui, parmi nous, sont musulmans et musulmanes, en pensant qu&rsquo;à travers la riposte face à ces attaques-là, on va renforcer l&rsquo;ensemble du mouvement antiraciste ? Le fait d&rsquo;avoir une représentativité d&rsquo;élus issus des classes populaires racisées va-t-il être déterminant ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il penser que le Rassemblement National est l’incarnation du danger fasciste en France, et penser que c’est via le développement de ce parti que l’ensemble du mouvement fasciste, que ce soit les groupuscules, les milliardaires à la Bolloré, les médias, se renforce ? Ou doit-on, sur un plan stratégique, penser que se battre contre Bolloré équivaut à se battre contre Le Pen ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes celles et ceux qui font l&rsquo;expérience de l&rsquo;implication dans ces fronts-là se confrontent à ces questions et toutes ces questions-là vont être présentes à ce festival.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus d’un regroupement d’activistes et révolutionnaires en France, on a invité des camarades syndicalistes de Minneapolis, qui interviendront pour nous raconter leurs expériences, mais aussi des <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/greve-pour-gaza-le-28-novembre-en-italie-notre-defi-est-de-relier-la-lutte-pour-la-palestine-aux-conditions-economiques-et-de-travail-en-italie/">camarades d’Italie</a>, où on a vu comment, justement, l&rsquo;ensemble de la classe, elle redresse la tête et elle reprend confiance dans ses capacités à gagner à travers un grand mouvement de grève en solidarité avec la Palestine, ou encore des camarades de Grande-Bretagne, là où la constitution d&rsquo;un front large contre le fascisme et le racisme est en train de redonner espoir dans la capacité de gagner de l&rsquo;ensemble de la classe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a besoin d&rsquo;espaces de discussion, d&rsquo;élaboration stratégique, à partir de boussoles et d&rsquo;analyses théoriques, à partir d’expériences vécues, et nous, c&rsquo;est ça qu&rsquo;on veut proposer à travers <em>Boussoles</em>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mathieu Pastor, Paris 20e. Propos recueillis par Milig Sinou, Paris 19e.</strong></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/1er-mai-antiraciste-contre-le-genocide-et-contre-la-guerre-montrer-a-notre-classe-quon-va-continuer-a-se-battre-pour-gagner/">1er Mai antiraciste, contre le génocide et contre la guerre : montrer à notre classe qu&rsquo;on va continuer à se battre pour gagner</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 14:16:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[candiatures]]></category>
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		<category><![CDATA[trahison]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Qu’on le veuille ou non, les prochaines élections municipales vont être un terrain de combat. Mais comment intervenir en terrain piégé&#160;? La classe des travailleurs et travailleuses, la classe ouvrière, regroupe en France plusieurs dizaines <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/" title="Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?">[...]</a></div>
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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Qu’on le veuille ou non, les prochaines élections municipales vont être un terrain de combat. Mais comment intervenir en terrain piégé&nbsp;?</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La classe des travailleurs et travailleuses, la classe ouvrière, regroupe en France plusieurs dizaines de millions de salarié·es, de retraité·es et de jeunes plus ou moins scolarisé·es.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour nous, elle est potentiellement et collectivement, l’agent de la révolution. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, seule une fraction très minoritaire est révolutionnaire. Une fraction bien plus importante est réactionnaire. Plusieurs millions votent même désormais pour le Rassemblement National.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à l’énorme majorité, elle se situe entre ces deux pôles. Lors du dernier mouvement sur les retraites, près de 9 membres de notre classe sur 10 soutenaient le mouvement&nbsp;: 30 millions ? Plus ou moins passivement, ils et elles ont, en très grande majorité, suivi la stratégie réformiste de l’Intersyndicale. Pas celle du soulèvement général, de la grève et des occupations. Celle de la délégation et de la pression sur le vote des parlementaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de dix millions votent régulièrement pour «&nbsp;la gauche&nbsp;». Une vingtaine de millions ne votent pas. Mais pas par conviction révolutionnaire. Parce qu’ils et elles n’en ont pas le droit ou par défiance envers les partis existants.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà la réalité : même si elle ne vote pas l’énorme majorité de notre classe considère que, s’il est possible, le changement ne peut s’obtenir que par l’intermédiaire de bon·nes dirigeant·es et au travers des institutions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Capitalisme et consentement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout système de domination ne peut fonctionner qu’au travers un mélange de contrainte (force) et de consentement (légitimation de la domination).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenons l’exemple du féodalisme. Dans l’Europe médiévale le paysan pouvait travailler une partie de son temps sur sa terre et une autre sur celle du seigneur. Ou il pouvait ne travailler que sur sa terre mais devait fournir une partie de sa production au seigneur. L’exploitation était évidente. Le seigneur pouvait exploiter le paysan parce qu’il était à la fois le dirigeant politique et économique. L’exploitation reposait ouvertement sur l’usage de la force.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le capitalisme est le premier système où la domination s’impose principalement par le consentement des exploité·es <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10792_18('footnote_plugin_reference_10792_18_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10792_18('footnote_plugin_reference_10792_18_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10792_18_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10792_18_1" class="footnote_tooltip">Ce qui ne signifie pas l’absence d’utilisation de la force. D’autant plus quand le système entre en crise, ce qui est le cas actuellement.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10792_18_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10792_18_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela s’explique par le fait que l’exploitation y est masquée. Le rapport entre patrons et travailleur·euses apparaît comme un rapport contractuel employeur/employé·es où le salaire serait la rétribution du travail fourni et le profit la rétribution du capital.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous la forme du salaire payé par le capitaliste, la force de travail apparaît même comme une fraction du capital, celle que Marx appelle «&nbsp;capital variable&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est la puissance économique des capitalistes (la propriété des moyens de production nécessaires à toute production) qui assure que les travailleurs·euses leur vendent chaque jour « volontairement » leur force de travail pour assurer leur subsistance et celle de leur famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La politique, la gestion de la société, apparaît comme un terrain séparé de l’économie où ouvrier·es et capitalistes font face à l’État et aux institutions en tant que citoyen·nes égaux en droit. La démocratie bourgeoise, forme de domination de classe, apparaît comme « la démocratie » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10792_18('footnote_plugin_reference_10792_18_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10792_18('footnote_plugin_reference_10792_18_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10792_18_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10792_18_2" class="footnote_tooltip">Comme lors de l’expérience du Front Populaire en 1936, une partie de la gauche utilise la défense de la « démocratie » pour justifier son alliance avec des fractions de la bourgeoisie (des macronistes). Alors que ce qu’il y a à défendre ce sont les éléments de démocratie de classe qui ont été arrachés au sein de la démocratie bourgeoise.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10792_18_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10792_18_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Consentement et élections</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le consentement a donc une base réelle dans ces formes mystifiées que prend le capitalisme : politique comme domaine indépendant de l’économie, contractualisation du rapport d’exploitation, mise en concurrence des travailleur·euses sur le marché de l’emploi, naturalisation du mode de production capitaliste, etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’en reste pas moins que, même masqués, les ressorts réels du capitalisme sont l’exploitation et la dynamique de l’accumulation du Capital. Avec leurs conséquences, luttes de classes et crises du Capital.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette «&nbsp;double-nature&nbsp;» du capitalisme est à la base du réformisme comme «&nbsp;relai des idées dominantes au sein de la classe ouvrière&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le réformisme repose sur l’idée qu’il existera toujours des patrons et des travailleur·euses, qu’il faut un État, neutre et détenteur du monopole de la violence, pour empêcher le désordre, que la majorité n’a ni les capacités, ni les moyens de gérer la société etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais en tant que conscience particulière des travailleur·euses, le réformisme doit aussi refléter leur position propre, la nécessité de limiter l’appétit du Capital et les inégalités, l’aspiration à une plus juste rétribution des richesses etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le domaine des élections est donc celui où s’exprime de la manière la plus évidente ce que le révolutionnaire italien Antonio Gramsci appelait la «&nbsp;conscience contradictoire&nbsp;». Elles sont un moyen et une expression du consentement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un moyen parce qu’elles donnent une forme, là encore réelle – celle du vote &#8211;&nbsp; à l’égalité formelle entre citoyen.nes et à la politique comme domaine séparé de l’économie. Elles légitiment, par leur résultat, le fonctionnement du système comme produit des choix collectifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une expression parce qu’elles cristallisent – au travers des programmes réformistes &#8211; l’espoir dans une société plus égalitaire mais aussi le sentiment d’impuissance qui fait que cet espoir est délégué à des «&nbsp;dirigeants&nbsp;».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Lutter avec et contre le réformisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le réformisme n’est donc pas une simple manipulation des consciences. Il ne peut être combattu uniquement dans le domaine des idées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte contre le réformisme peut et doit donc favoriser les expériences de la classe ouvrière qui mettent en défaut l’idéologie dominante, les généraliser, leur donner un sens.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la classe ouvrière n’est pas seulement une composante du capital. Elle en est aussi l’antagoniste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le salaire n’est pas la rétribution de tout le travail effectué par les travailleur·euses. Et le profit n’est pas la rétribution des moyens de production fournis pas le capitaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le salaire est la valeur de ce qui est nécessaire au travailleur pour produire et reproduire sa force de travail. Une partie sa journée de travail suffit à produire cette valeur. Le reste de sa journée de travail est accaparé par le capitaliste comme profit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La concurrence entre capitalistes les oblige à augmenter toujours la part de leurs profits en baissant par tous les moyens la part qui va aux salaires : en intensifiant le travail ou en le rendant plus productif. C’est ce qui crée l’antagonisme permanent et irréductible entre travailleur·euses et capitalistes. Cet antagonisme n’est pas un rapport entre individus, c’est un rapport social entre classes, collectif et qui provoque des conflits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte de classe qu’il génère est politique. Car le mode de production et de reproduction des biens et des services est la base de tout le fonctionnement social. Parce que la production est sociale et collective, c’est en tant que producteurs (et non en tant que salarié.es) que les travailleur·euses peuvent transformer la société et bouleverser l’ensemble des rapports sociaux. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Pas les élections&#8230; et pourtant les élections</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On comprend donc à quel point le terrain sur lequel peut être combattu efficacement le capitalisme est logiquement étranger aux élections. Puisque les élections sont justement la forme et l’expression du consentement ouvrier à ce système.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela explique aussi comment les luttes, sociales et politiques, sont le terrain propice.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf que&#8230; si le réformisme est dominant au sein de notre classe, alors les élections sont un moment de politisation majeur où sont discutés et jugés les programmes, les revendications, les analyses, les arguments des forces qui se présentent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n’est donc pas d’éviter les élections mais de déterminer comment y intervenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le terrain électoral laisse, par nature, les membres de notre classe dans la position qui fabrique leur consentement, on doit déduire que ce n’est pas en présentant des candidat·es qui se différencient seulement par la radicalité de leur programme qu’on peut intervenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme nous ne sommes pas neutres, nous ne pouvons mettre dans le même sac celles et ceux qui expriment – dans leur vote &#8211; leurs intérêts de classe et celles et ceux qui défendent la collaboration de classe, l’égalité des droits ou la discrimination, etc. Nous n’avons jamais vu de manifestations de joie de notre classe, dans nos quartiers, dans nos lieux de travail, suite à la victoire des candidat·es de la droite ou des racistes. La progression des fascistes ne se traduit pas par des manifestations d’enthousiasme mais par des ratonnades.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’expérience concrète de l’impasse du réformisme, aussi douloureuse soit-elle, est une expérience nécessaire. A condition qu’une alternative existe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Application aux municipales</p>



<ol class="wp-block-list">
<li><strong>Stopper les fascistes</strong></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur phase actuelle la construction d’une base active et d’une milieu mobilisable, les élections municipales sont déterminantes pour le Rassemblement National. Les fascistes vont faire campagne. Cela doit susciter et permettre de construire dans nos villes et nos quartiers des fronts unitaires de lutte antifasciste.</p>



<ol start="2" class="wp-block-list">
<li><strong>Organiser les luttes à l&rsquo;échelle locale</strong></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">La campagne des municipales doit être l’occasion de construire, renforcer, élargir, les organisations de lutte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte de classe n’est indifférente à aucune question concrète. Mais elle refuse de réduire ces questions à des problèmes techniques ou de personnel politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La situation des hôpitaux, les jeunes à la rue, les violences policières, la situation des sans-papiers, le délabrement du système de santé ou de l’éducation, la défense des mosquées&nbsp;: chacune de ces questions sont du domaine de la lutte de classe. Les élections municipales sont l’occasion de renforcer nos organisations dans les quartiers, à l’hôpital, dans les écoles, etc..</p>



<ol start="3" class="wp-block-list">
<li><strong>Voter pour la FI</strong></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">La priorité des révolutionnaires ne devrait certainement pas être de présenter leurs propres candidat·es pour deux raisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces candidatures sont des candidatures «&nbsp;de témoignage&nbsp;». Au mieux, leur seul argument est d’en faire des tribunes de propagande pour les idées révolutionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est sous-estimer grandement la nécessité et les possibilités de construire des organisations locales de lutte (lieux de travail et quartiers) en y impliquant par ailleurs tous ceux et celles qui votent pour des candidat·es « de gauche » ou s’abstiennent. C’est là que doivent aller toutes nos ressources.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est aussi – au mieux – s’abstenir dans un débat stratégique au sein de la gauche qui renforce la campagne des classes dirigeantes contre la France Insoumise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La politique d’une partie de la gauche – politique et syndicale &#8211; défend actuellement la politique du <em>moins pire</em> pour éviter une alliance entre la droite et le Rassemblement National. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La politique de la France Insoumise, aussi réformiste soit-elle, défend l’idée qu’il faut polariser la politique actuelle contre les capitalistes, contre le racisme, en solidarité avec la Palestine, etc.</p>



<ol start="4" class="wp-block-list">
<li><strong>Construire l’alternative</strong></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">Le réformisme encourage la passivité par délégation. L’impasse et les trahisons du réformisme, en cas de victoire, ne feront que provoquer encore plus de passivité par démoralisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf si l’expérience de l’impasse s’articule avec l’existence – concrète et visible &#8211; d’autres possibilités, d’une autre direction à prendre. L’une de ces possibilités est l’existence de formes d’auto-organisations. Hors de cela, le reste est mot creux et dénonciations stériles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il faut aussi qu’existe une autre direction, politique, globale, à prendre. Aussi bien en termes d’analyse du système que de stratégie&nbsp;: une organisation révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Denis Godard (Paris 20)</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10792_18();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10792_18();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10792_18">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10792_18" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10792_18_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10792_18('footnote_plugin_tooltip_10792_18_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ce qui ne signifie pas l’absence d’utilisation de la force. D’autant plus quand le système entre en crise, ce qui est le cas actuellement.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10792_18_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10792_18('footnote_plugin_tooltip_10792_18_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Comme lors de l’expérience du Front Populaire en 1936, une partie de la gauche utilise la défense de la « démocratie » pour justifier son alliance avec des fractions de la bourgeoisie (des macronistes). Alors que ce qu’il y a à défendre ce sont les éléments de démocratie de classe qui ont été arrachés au sein de la démocratie bourgeoise.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10792_18() { jQuery('#footnote_references_container_10792_18').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10792_18').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10792_18() { jQuery('#footnote_references_container_10792_18').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10792_18').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10792_18() { if (jQuery('#footnote_references_container_10792_18').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10792_18(); } else { footnote_collapse_reference_container_10792_18(); } } function footnote_moveToReference_10792_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10792_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10792_18(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10792_18(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/elections-municipales-il-faut-y-aller-mais-comment/">Élections municipales : il faut y aller&#8230; mais comment ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Edito Cahiers #21 · Minneapolis montre la voie !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/edito-cahiers-21-%c2%b7-minneapolis-montre-la-voie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 08:59:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[communisme]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[ICE]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
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		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Trump]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Alors que l’Iran brûle, ce samedi 7 mars, Donald Trump affirme avec sa vulgaire arrogance : « je vais m’occuper de Cuba ». L’exemple du Venezuela et de l’Iran montrent qu’il faut le prendre au <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/edito-cahiers-21-%c2%b7-minneapolis-montre-la-voie/" title="Edito Cahiers #21 · Minneapolis montre la voie !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Alors que l’Iran brûle, ce samedi 7 mars, Donald Trump affirme avec sa vulgaire arrogance : « je vais m’occuper de Cuba ». L’exemple du Venezuela et de l’Iran montrent qu’il faut le prendre au sérieux. Si on ne lui fait pas obstacle Trump va continuer.</em><br></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background wp-block-paragraph" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’agression du Venezuela et l’enlèvement du président Maduro, c’est à l’Iran que les États-Unis se sont attaqués. Les frappes ont été justifiées au nom de la liberté du peuple iranien. Pourtant, quelques jours plus tard, c’est une école qui a été visée, causant la mort de 150 enfants. École dont les enseignant·es étaient à l’avant garde de la lutte contre le régime.&nbsp;<br>L’attaque israélo-américaine a comme objectif réel le renversement du régime iranien pour le remplacer par un pouvoir vassal. L’instabilité dans la région renforce Israël qui s’attaque au Hezbollah au Liban. Cette attaque a été rendue possible par deux ans de génocide en Palestine. Cela a modifié les rapports de force dans la région, permettant à Israël de forcer la décapitation du régime iranien.<br>Tous ces signaux montrent une puissance impérialiste qui tente par la force de maintenir son hégémonie dans le monde. Hégémonie fragilisée par l’émergence de la Chine comme puissance économique et politique capable de concurrencer les États-Unis. Ce n’est pas par hasard que les deux pays récemment attaqués, le Venezuela et l’Iran, ont comme point commun d’être des fournisseurs de pétrole de la Chine.<br>Ce qui était vrai pour le Vénézuela l’est aussi pour l’Iran. On ne libère pas un peuple en le bombardant.<br>En prétextant libérer le peuple iranien, l’attaque des États-Unis et d’Israël ne fait que renforcer le nationalisme iranien et le régime lui-même comme incarnation d’une solution anti-US et anti-Israël. En même temps, elle renforce aussi les courants réactionnaires de l’opposition au régime iranien, comme on l’a vu avec les mobilisations de monarchistes iranien·nes agitant des drapeaux israéliens et applaudissant les bombardements.<br>Donc c’est bien d’une lutte frontale et unie dont nous avons besoin, contre l’impérialisme des États-Unis et d’Israël, en Iran comme en Palestine. C’est sur ces mots d’ordre que nous devrons construire le front anti-guerre en France sans préalable sur la nature du régime iranien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le régime iranien, force anti-impérialiste ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Devons-nous pour autant nous ranger derrière le régime, en oubliant les crimes que la République islamique d’Iran a perpétrés contre son peuple ? Face à l’horreur des politiques menées par les dirigeants américains et israéliens, la tentation de répondre oui peut grandir.<br>Mais cette position nous conduirait à fermer les yeux sur le caractère du régime iranien tout en capitulant sur la construction d’une stratégie anti-impérialiste internationaliste conséquente. Car la question de fond qui demeure est : comment vaincre les États-Unis et Israël. La réponse à cette question n’est pas d’abord militaire, elle est politique.<br>Elle demande une compréhension plus large de la dynamique impérialiste elle-même, qui n’est pas le produit de quelques gouvernements particulièrement agressifs mais une logique structurelle du capitalisme mondial. Dans ce système, les États sont engagés dans une concurrence permanente pour l’accès aux marchés, aux ressources et aux zones d’influence.<br>De ce point de vue, l’Iran ne peut pas être compris simplement comme une force extérieure qui résiste à l’impérialisme. Le régime iranien dirige une puissance régionale qui cherche à consolider sa propre sphère d’influence au Moyen-Orient, notamment à travers des alliances militaires, des réseaux armés et une stratégie d’expansion régionale. Autrement dit, il ne s’oppose pas à la logique impérialiste en tant que telle : il tente d’y trouver sa place.<br>Il ne soutient des courants comme le Hamas ou le Hezbollah que lorsqu’il y voit un intérêt pour lui-même. Cela l’a amené à défendre le régime de Assad en Syrie contre le soulèvement du peuple. Son caractère profondément réactionnaire et répressif empêche l’émergence d’un véritable mouvement anti-impérialiste porté par les travailleurs et les travailleuses de la région – en premier lieu en Iran même – en solidarité avec la Palestine et avec tous les peuples.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les forces pour infliger la défaite aux impérialistes existent</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les peuples des pays agressés Venezuela, Iran, Palestine ont montré leur capacité de mobilisation. Au Venezuela il y a quelques années. En Iran ces dernières années et ces derniers mois. Et, il y a un peu plus de dix ans, de l’Égypte à la Tunisie en passant par le Bahrein, les masses arabes ont montré leur capacité à se soulever contre l’impérialisme et contre leurs propres régimes.<br>De la même façon, les actions coordonnées des travailleur·euses des ports de la Méditerrannée qui ont été initiées pendant le génocide en Palestine avec l’apogée autour de la grève générale en Italie pourraient eux aussi mettre un frein à la machine de guerre. Sans les possibilités d’arrivées d’armes, la guerre contre l’Iran serait bien plus difficile. Ces actions avaient été initiées par des travailleur·euses immigré·es qui cumulent la peur de la guerre dans leur pays d’origine et le racisme dans leur pays d’arrivée, créant les conditions d’une véritable articulation de la solidarité internationale et de la lutte contre le racisme.<br>Construire un mouvement international contre la guerre implique donc de renforcer ces liens entre travailleurs et travailleuses au-delà des frontières.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les dirigeants impérialistes ne sont pas tout puissants</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est l’autre pilier d’un front contre la guerre. Au cœur même de la bête. L’administration Trump, malgré sa puissance militaire écrasante, n’est pas invincible. L’audience du dirigeant américain était déjà affectée par son incapacité à résoudre la crise du coût de la vie et à son implication dans l’affaire Epstein. Le mouvement contre ICE à Minneapolis a mis un coup à sa politique anti-immigré&rsquo;es : l’organisation quotidienne de milliers de personnes dans les quartiers et sur les lieux de travail en solidarité aux personnes immigrées, pour empêcher les rafles, les déportations de masse. Cette solidarité directe organisée à la base a permis l’appel à la grève générale et imposé le retrait de ICE de Minneapolis.<br>Qui aurait pu imaginer vaincre la police fasciste sur-équipée et armée de Trump ? La défaite de ICE à Minneapolis est une première victoire des travailleur&rsquo;euses. Le 28 mars, le mouvement « No Kings », qui avait rassemblé 7 millions de personnes en octobre, annonce une mobilisation historique sur tout le territoire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Guerre, austérité et racisme</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième pilier d’un mouvement contre la guerre est la mobilisation internationale.<br>Au lendemain des attaques américaines et israéliennes, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont annoncé rejoindre la guerre aux côtés de leurs alliés pour des « actions défensives ». Ces déclarations annoncent l’alignement des puissances européennes aux côtés d’Israël et les États-Unis. L’entrée en guerre de la France va avoir plusieurs conséquences.&nbsp;<br>Les prévisions économiques des impacts de la guerre au Moyen-Orient indiquent une hausse de 20 à 30% des factures d’électricité et de gaz en France. Les annonces va-t-en guerre de Macron vont nécessiter de renforcer encore une fois le budget de l’armement et ce sont les travailleur·euses qui vont en payer le prix.&nbsp;<br>Mais pour faire accepter une guerre en appui à un État génocidaire au Moyen Orient, l’État français doit renforcer sa propagande raciste et nationaliste. Au niveau européen, un nouveau texte de loi « Règlement retour » est discuté pour mettre en place un arsenal administratif et politique pour « mieux lutter contre l’immigration ». Ce texte de loi va rendre légales les perquisitions policières dans des domiciles privés mais aussi dans des locaux d’associations sans mandat judiciaire et inciter à la délation pour les autorités et les services sociaux des personnes en situation irrégulière.&nbsp;<br>Le lien entre impérialisme, racisme et fascisme est direct : le nationalisme et la stigmatisation des immigré·es et des musulman&rsquo;es sont du pain béni pour les fascistes. La mort d’un jeune nazi à Lyon, dans ce contexte et dans celui des élections municipales a été l’occasion d’une offensive contre toutes les cibles de l’extrême-droite : immigré&rsquo;es, musulman&rsquo;es, centres lgbtqi+, syndicats et partis de gauche.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nécessité de l’antifascisme</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La riposte à l’offensive raciste n’est pas venue de la gauche institutionnelle, qu’elle soit politique ou syndicale. Tous les partis ont fait une minute de silence à l’Assemblée nationale pour le jeune nazi tué. Plusieurs milliers de nazis ont défilé dans le centre de Lyon sous la protection de la police.<br>Mais progressivement la riposte est venue. Le même jour où les nazis paradaient à Lyon des rassemblements ont été organisés dans plusieurs villes. À Paris une manifestation en hommage à El Hacen tué par la police dans le 20e arrondissement a fusionné la lutte contre les violences policières, la lutte contre le racisme et en solidarité avec les sans-papiers et l’affirmation antifasciste. Parallèlement le récit dominant de la mort du nazi à Lyon a commencé à se retourner mettant en lumière la violence des fascistes et la provocation du collectif de Némésis.<br>Et ce sont les manifestations du 8 mars qui ont marqué la possibilité d’un retournement de climat. Les manifestations n’ont pas seulement été nombreuses. Elles ont montré que la rue est à nous. Elles n’ont pas seulement été féministes. Elles ont été féministes, antifascistes et anti-impérialistes.<br>Alors que les directions traditionnelles (dont syndicales) du mouvement avaient prévu de reculer devant l’offensive des fascistes de Némésis et des sionistes de Nous Vivrons, les ripostes organisées par les courants plus radicaux leur ont infligé une défaite cinglante. À Paris, le collectif Némésis a dû battre en retraite pour se réfugier loin de la manifestation, dans les quartiers bourgeois de Paris. En présence de Marion Maréchal, 200 fémo-nationalistes se sont piteusement rassemblées. Le cortège des sionistes de Nous Vivrons a également fait demi-tour face aux cordons qui le bloquaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mouvement global</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À Marseille le cortège des sionistes a lui aussi été perturbé par 200 manifestant·es antifascistes et anti-impérialistes. Le cortège de Nous Vivrons a cristallisé l’aspect global de l’ennemi. À leur côté, se trouvaient les monarchistes iranien·nes célébrant Trump et Netanyahou et la candidate LR-Renaissance de Marseille, Martine Vassal (sic !), celle qui a repris le slogan de Pétain « travail, famille, patrie » dans sa campagne.<br>À l’opposé, l’après-midi, le cortège des 20 000 manifestantes était ouvert par des drapeaux palestiniens et reprenait des slogans féministes, antifascistes et anti-impérialistes.<br>C’est cette dynamique qu’on peut et qu’il faut construire et qui devrait s’exprimer dans les rues à l’occasion des manifestations du 14 mars et de la journée internationale du 28 mars.<br>Cette journée partie d’un appel international contre le fascisme et le racisme ne peut que se généraliser. Aux manifestations antiracistes et antifascistes de masse prévues à l’origine dans de nombreux pays dont les États-Unis et la Grande-Bretagne vont s’ajouter les manifestations et rassemblements en solidarité avec la Palestine à l’occasion de la Journée de la terre et la dimension anti-guerre en solidarité avec les peuples d’Iran, du Venezuela et de Cuba.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La nécessité de l’organisation pour&nbsp;l’autonomie de classe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’impérialisme n’est pas un simple aspect du système, celui de la guerre. Il est le caractère global que prend le capitalisme, sous le fouet de la crise, quand la concurrence entre les capitaux sur le marché mondial prend la forme de l’affrontement géopolitique et militaire entre États. Cela ne transforme pas seulement la politique internationale mais aussi la nature des États eux-mêmes, militarisés, de plus en plus répressifs, autoritaires et racistes. D’où la voie ouverte aux courants fascistes.<br>La généralisation de la lutte contre la guerre et le fascisme n’est donc pas une option. Pas plus que ne l’est la centralité de la lutte de classe et de l’utilisation de la grève comme outil. Minneapolis n’est pas seulement une inspiration. La solidarité organisée quartier après quartier, la lutte contre la police, la grève lancée par des syndicats de base et généralisée dans 700 lieux entreprises sont un programme d’action. Celui de l’autonomie de classe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A2C</p>
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