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	<title>Archives des police - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des police - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Vérité et justice pour El Hacen Diarra : la lutte continue</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/retour-sur-la-lutte-pour-la-verite-et-la-justice-pour-el-hacen-diarra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 11:35:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Diarra]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Interview de Mathieu, camarade d’autonomie de classe impliqué dans la Marche Des Solidarité et actif dans la lutte pour la vérité et la justice pour El Hacen Diarra. Interview réalisée le vendredi 6 février. A <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/retour-sur-la-lutte-pour-la-verite-et-la-justice-pour-el-hacen-diarra/" title="Vérité et justice pour El Hacen Diarra : la lutte continue">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Interview de Mathieu, camarade d’autonomie de classe impliqué dans la Marche Des Solidarité et actif dans la lutte pour la vérité et la justice pour El Hacen Diarra.</em> <em>Interview réalisée le vendredi 6 février. A retrouver au format <a href="https://open.spotify.com/episode/5otc5Weh3LZSCt5aARQ1CH?si=1940ce2b547b4052" type="link" id="https://open.spotify.com/episode/5otc5Weh3LZSCt5aARQ1CH?si=1940ce2b547b4052">podcast ici</a></em></p>



<p><em>Salut Mathieu, tu es un camarade d’autonomie de classe, tu es habitant et activiste du 20ème arrondissement et tu milites à la Marche Des Solidarité qui est une organisation nationale qui rassemble des collectifs de sans papiers et des collectifs de lutte contre le racisme. Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra a été brutalement assassiné par la police dans le XXème arrondissement. Tu es actif aux cotés de sa famille et de ses proches pour construire la riposte et exiger vérité et justice. Est-ce que tu peux revenir sur ce qui s’est passé ?&nbsp;</em></p>



<p>Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra, un homme de 35 ans, résident du foyer des travailleurs migrants des Muriés, prenait son café, fumait une cigarette devant le foyer, quand autour de 22h, une voiture de police est venue le contrôler. Et sans qu&rsquo;on sache précisément encore tout ce qui s&rsquo;est passé, deux heures plus tard, il était mort.&nbsp;</p>



<p>Selon des images qui sont ressorties, des témoignages que certains voisins ont commencé à partager, il semblerait que très vite, les trois premiers policiers qui l&rsquo;ont contrôlé, l&rsquo;ont frappé, l&rsquo;ont tenu au sol, l&rsquo;ont étranglé. Selon plusieurs membres de sa famille &#8211; et je partage ce qu’ils disent &#8211; il a été tué devant le foyer. Ce qui nous fait penser ça, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a eu de très nombreux renforts policiers qui sont arrivés dans les minutes qui ont suivi son contrôle. Les voisins parlent de six voitures de police, dans la demi-heure qui a suivi le début de son contrôle. Des renforts de différents services, pas uniquement du commissariat du 20ème arrondissement, mais également de la BAC et d’autres. Donc il a été tué cette nuit-là. Ce qu&rsquo;il faut avoir en tête, c&rsquo;est que les policiers qui on tué El Hacen ce jour-là, font partie d’un commissariat qui a déjà tué et qui s’inscrit dans un long passé de violence policière.&nbsp;</p>



<p>En 2023, des policiers de ce commissariat avaient renversé trois jeunes : Safiatou, Salif et Ilan, de 16, 15 et 13 ans, qui rentraient de la mosquée un soir de ramadan dans la rue de Bagnolet. Les policiers leur étaient rentrés dedans en voiture, les avaient fait tomber au sol, leur avaient sauté dessus, maintenus au sol, frappés, et avaient ensuite menti. Ils avaient adopté la même stratégie qu’actuellement avec le meurtre d’El Hacen à savoir la mise à contribution de toute la hiérarchie policière (le commissariat, les institutions, la préfecture et le ministère) pour se couvrir. Ils avaient tué la Lamine Dieng en 2007, dans un fourgon devant le commissariat, et maintenant ils viennent de tuer El Hacen Diarra.&nbsp;</p>



<p>El Hacen ainsi que plusieurs membres de sa famille ont résidé plusieurs années dans ce foyer. El Hacen est Mauritanien. Il y a plusieurs personnes de sa famille qui résident au foyer, comme lui : un frère, un cousin, son père, et d&rsquo;autres membres de sa famille sont soit dans d&rsquo;autres foyers de région parisienne, soit dans des résidences plus classiques. Il a même un de ses frères qui est membre de la coordination sans-papiers 75, militant de la lutte pour l&rsquo;égalité des droits et la régularisation.</p>



<p>Quelques jours après son assassinat, il y a eu un grand rassemblement devant le foyer, organisé par la famille, par les résidents, par les collectifs de sans-papiers, la Marche des Solidarités, qui a rassemblé des centaines de personnes pour un premier hommage. <strong>Ce premier hommage n&rsquo;était pas uniquement un hommage de recueillement car immédiatement dans les prises de parole de la famille d&rsquo;El Hacen et des résidents, une volonté de se battre a émergé, pour ne pas laisser passer ce qui lui est arrivé, pour savoir ce qui lui est arrivé, pour faire que ces tueurs et ceux qui l&rsquo;ont couvert soient condamnés et suspendus jusqu&rsquo;à leur condamnation, mais aussi pour lancer un mouvement qui redonne la confiance pour que ces crimes cessent</strong>.&nbsp;Et juste après le premier rassemblement en hommage,&nbsp;il y a Laurent Nunez, ministre de l&rsquo;Intérieur,&nbsp;qui a fait le tour des médias&nbsp;pour dire que les policiers ne seraient pas suspendus&nbsp;et que lui ne voyait pas pourquoi ils devraient l&rsquo;être. Et ça, c&rsquo;est un message envoyé à tous les policiers.&nbsp;Vous pouvez tuer, vous serez couverts.&nbsp;C&rsquo;est un message envoyé aux policiers qui ont tué El Hacen que l&rsquo;institution sera derrière eux. Avec ces messages envoyés par le plus haut sommet de l&rsquo;État,&nbsp;il y a fort à parier que les policiers&nbsp;se sentent en toute légitimité/tranquillité de recommencer. Dond quand ils passent devant un des 7 foyers du 20e arrondissement,&nbsp;un des 200 foyers de travailleurs migrants du reste de la région parisienne,&nbsp;quand ils passent dans les quartiers populaires,&nbsp;quand ils contrôlent des personnes noires, des personnes arabes,&nbsp;on sent que la police se sent en toute impunité de tuer car ils savent que l&rsquo;institution sera derrière elles.</p>



<p>Nous, ce qu&rsquo;on a voulu faire,&nbsp;c&rsquo;est commencer un mouvement qui renverse ça.&nbsp;Après ce premier rassemblement, comptant des centaines de personnes,&nbsp;il y a eu une manifestation la semaine d&rsquo;après, le dimanche 25 janvier,&nbsp;où 3000 personnes sont venues et ont marché du foyer jusqu&rsquo;en direction du commissariat,&nbsp;avec, l&rsquo;envie de continuer à rendre hommage,&nbsp;mais trop en colère pour s&rsquo;en tenir aux hommages.&nbsp;Et par exemple, ce qu&rsquo;on avait appelé à faire à ce moment-là,&nbsp;et qui a assez bien marché, avec la famille et les résidents,&nbsp;et les collectifs de sans-papiers,&nbsp;c&rsquo;est que les murs se recouvrent de messages,&nbsp;avec toujours ce double objectif.</p>



<p>On n&rsquo;oublie pas la scène.&nbsp;On est avec toutes celles et ceux qui subissent le racisme.&nbsp;On arrête de reculer, et surtout, on montre à la police que maintenant,&nbsp;quand il n&rsquo;y a pas de roues dans certains quartiers,&nbsp;on leur est explicitement hostile.</p>



<p>Ils le voient sur les murs, ils le voient sur les affiches.&nbsp;Et ça, on souhaiterait que ça continue dans ce sens.&nbsp;Et la prochaine étape que la famille veut construire,&nbsp;ce sera le samedi 21 février.</p>



<p>À Paris, une marche en direction du ministère de l’Intérieur.</p>



<p><em>On le voit à chaque nouveau crime policier.&nbsp;Beaucoup dans le champ politique en appellent à l’IGPN. En fait, ça découle d&rsquo;une idée tenace, à gauche y compris,&nbsp;qui est celle que les crimes policiers seraient le fait de brebis galeuses&nbsp;dans la police, et qu&rsquo;il serait possible,&nbsp;c&rsquo;est ce que propose la France insoumise dans son programme, par exemple,&nbsp;de refonder une police républicaine en expurgeant les mauvais éléments.&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que tu penses de ces raisonnements et de ces propositions ?&nbsp;Est-ce que tu peux nous expliquer ce que les flics et l&rsquo;IGPN ont fait&nbsp;pour El Hacen Diarra dès le premier soir,&nbsp;pour empêcher que vérité et justice soient faites ?&nbsp;</em></p>



<p>Les policiers ont tout de suite cherché toutes les caméras qu&rsquo;il pouvait y avoir dans la rue, toutes les fenêtres qui étaient allumées, et dès le lendemain, l&rsquo;IGPN était à la porte de chacun des voisins qui auraient pu avoir quelque chose, pour mettre des coups de pression afin d’essayer de récupérer des témoignages.&nbsp;</p>



<p>La famille d&rsquo;El Hacen n&rsquo;a rien su avant le lendemain matin quand ils sont allés au commissariat du 20ème arrondissement, là où on leur avait dit qu&rsquo;El Hacen avait été mis en garde à vue. Quand ils sont arrivés au commissariat, on leur a rien dit, on les a emmenés directement à l&rsquo;IGPN. Et c’est seulement une fois arrivés à l&rsquo;IGPN, qu&rsquo;ils ont appris qu&rsquo;El Hacen était mort. Ils ont ensuite été immédiatement interrogés pour savoir si El Hacen était cardiaque, s&rsquo;il avait des problèmes de santé, s&rsquo;il prenait des médicaments, etc…</p>



<p>Le lendemain de son assassinat, je crois qu&rsquo;il y avait un article qui est sorti tout de suite, très vite, dans Le Parisien, qui donnait un peu les éléments de défense qui sont ceux de la police, de la préfecture et du ministère de l&rsquo;Intérieur depuis son assassinat à savoir : El Hacen est mort d&rsquo;une crise cardiaque en garde à vue au commissariat. Il y a été emmené suite à un contrôle de police où il aurait été arrêté parce qu&rsquo;il fumait du cannabis. Ça, c&rsquo;est le récit que la préfecture, le ministère de l&rsquo;Intérieur et le commissariat maintiennent depuis maintenant plusieurs semaines. <strong>Donc voilà ce que fait l’IGPN : elle cherche à donner de la matière à la thèse de la police pour que justice ne soit jamais faite.</strong> J&rsquo;aimerais bien que les personnes qui pointent les brebis galeuses me disent où elles sont dans cette affaire. Parce que là, on voit très clairement : les trois premiers policiers qui le tuent, puis les six voitures qui débarquent derrière &#8211; donc ils sont déjà au moins une vingtaine à couvrir leurs collègues qui viennent de tuer- puis le commissariat du 20ème arrondissement dans sa globalité couvre les assassins. Puis la préfecture de Paris couvre les assassins. Puis le ministère de l&rsquo;Intérieur couvre les assassins. Et là, on voit bien qu&rsquo;ils sont tous dans le même bateau. Et je pense que là-dessus, il y a plusieurs choses à développer :</p>



<p>Déjà, dans un premier temps, toutes les dernières élections le démontrent, que ce soit dans les sondages ou que ce soit dans les bureaux de vote les plus proches de casernes, de gendarmerie ou d&rsquo;endroits où on sait qu&rsquo;il y a beaucoup de policiers qui vivent : les policiers votent très majoritairement pour le Rassemblement national. Les policiers sont des racistes. Et tous les électeurs du Rassemblement national sont des racistes. Ça, c&rsquo;est déjà les prendre à une échelle individuelle. Mais ensuite, c&rsquo;est à prendre d&rsquo;un point de vue de l’institution. Et là, on rentre vraiment sur la question avec laquelle la gauche en France a le plus de mal : c’est la question de l&rsquo;État. La question de l&rsquo;État et de comment on l’affronte cet État. De ce point de vue-là, on sait très bien que ce qui domine, c&rsquo;est le réformisme. Derrière ça, c&rsquo;est le fait que l&rsquo;État serait un terrain neutre qui serait à conquérir. Et si jamais c&rsquo;est la gauche ou une forme de progressisme qui parvient à le conquérir, alors l&rsquo;État deviendrait magiquement de notre camp, de notre côté, du côté de la classe. Et je pense qu&rsquo;il y a de ça derrière ce que tu dis sur la question des brebis galeuses : une institution qui serait réformable. Mais l&rsquo;État, il est raciste. L&rsquo;État, il est autoritaire. Et pour asseoir cette autorité, il s&rsquo;appuie très fortement et depuis toujours sur l&rsquo;institution policière qui n&rsquo;a pas attendu 2026 pour tuer. Nombreux sont les crimes, que ce soit les morts de Charonne, les morts du 14 juillet 1956, les morts dans les quartiers populaires, la répression de toute forme de révolte, la répression de tous mouvements sociaux de ces dernières années, les témoignages qui sont sortis des écoutes qu&rsquo;on avait à Sainte-Soline sur plein d’aspects… <strong>La police n&rsquo;est que le bras armé d&rsquo;un État qui est autoritaire et qui va l&rsquo;être de plus en plus, d&rsquo;un État qui est raciste et qui va l&rsquo;être de plus en plus.</strong></p>



<p>Du fait du développement général des conflits et de l&rsquo;impérialisme, la classe dominante n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de se doter d&rsquo;un État raciste et autoritaire et pour asseoir cela, il va falloir une institution policière qui affronte la population. Donc de ce point de vue-là, il n&rsquo;y a rien à sauver. Et toutes les formes de réformes qu&rsquo;on a pu entendre ces dernières années, ces dernières décennies, prenons l&rsquo;exemple de la mise en place de caméras sur les policiers pour, -je ne sais pas pourquoi d’ailleurs ?-, pour que lorsqu’ils tuent, on puisse voir comment le crime a été commis ? Je ne sais pas quel était l&rsquo;objectif exactement. Moi, ce que je sais, c&rsquo;est qu&rsquo;aucun des 20 raclures de policiers qui ont couvert les tueurs de El Hacen n&rsquo;avait sa caméra allumée. C&rsquo;est ce type de réformes dont on parle donc il faut arrêter de s&rsquo;épuiser à penser que c&rsquo;est ça qui va résoudre la situation. Il n&rsquo;y a pas de bonne police, qu&rsquo;elle soit nationale, qu&rsquo;elle soit de proximité, qu&rsquo;elle soit municipale, il n&rsquo;y en a aucune. Là, on l&rsquo;a vu, ils se sont tous couverts dans le meurtre d’El Hacen. Qu&rsquo;est-ce que fait la police municipale ensuite ? Elle efface les tags de soutien à El Hacen. Il n&rsquo;y a pas de bonne police. Malheureusement, ce qui est arrivé à El Hacen Diarra en est une démonstration. L&rsquo;accroissement ces dernières années du nombre de tués par la police nous démontre que ce n&rsquo;est pas prêt de s&rsquo;arranger, à moins qu&rsquo;il y ait un grand mouvement qui s&rsquo;organise dans lequel on se donne les moyens de la défier, cette police, de lui montrer qu&rsquo;on la surveille, qu&rsquo;on s&rsquo;y oppose, qu&rsquo;on est plus nombreux et nombreuses qu&rsquo;elle, que dès qu&rsquo;ils contrôlent l’un·e d&rsquo;entre nous, on est en solidarité, que dès qu&rsquo;ils raflent dans un quartier, on s&rsquo;y oppose et on est nombreux et nombreuses. <strong>Pour faire ça, il faut développer une stratégie dans laquelle on n&rsquo;essaie pas, dans le mouvement, d&rsquo;adoucir le niveau de conflictualité avec l&rsquo;État, mais au contraire qu’on essaie de l&rsquo;aiguiser, de le porter le plus loin possible car ça devient de plus en plus une question de survie, ce qui est arrivé à notre frère El Hacen en est une démonstration.</strong> Il faut faire circuler dans tous les quartiers du 20e arrondissement, et plus largement dans tous les quartiers, sur tout le territoire, que la police est un danger de mort pour toutes celles et ceux qui, parmi nous, sont racisé·es, toutes celles et ceux qui, parmi nous, sont étrangèr·es, avec ou sans papiers, sont musulman·es. Bientôt, le ramadan va démarrer et on sait très bien ce que la police fait pendant cette période. Je vous ai parlé tout à l&rsquo;heure de ce qu&rsquo;ils ont fait en 2023 quand ils ont renversé Safiatou Salif et Ilan, qui revenaient de la mosquée dans le 20ème arrondissement. Lors de la période de l&rsquo;Aïd, la police, dès le matin, se met dans les quartiers, mitraillette en bandoulière et contrôle toutes les personnes qui sont en tenue de fête. L&rsquo;Aïd, c&rsquo;est une journée de fête, une journée où nos frères et sœurs musulman·es veulent faire la fête, s&rsquo;habillent en tenue de fête, veulent être dehors, veulent être ensemble. Ces jours-là, la police verrouille les quartiers, contrôle les anciens, les plaque contre le mur… Elle veut faire baisser la tête à tout le monde.</p>



<p><em>Exiger vérité et justice,&nbsp;c&rsquo;est vouloir faire cesser l&rsquo;impunité et les crimes policiers. C&rsquo;est se battre contre l&rsquo;État qui, tu l&rsquo;as rappelé,&nbsp;n&rsquo;est pas prêt à faire des concessions en cette période.&nbsp;Face à tout ça, quelle stratégie adopter ?&nbsp;</em></p>



<p>Déjà, comme tu l&rsquo;as dit,&nbsp;c&rsquo;est de comprendre que ce que l’on affronte,&nbsp;ce n&rsquo;est pas une anomalie de l&rsquo;État, c&rsquo;est bien sa nature.&nbsp;Et qu&rsquo;en plus, cette nature va aller en s&rsquo;aggravant. On est dans une situation politique générale&nbsp;dans laquelle il faut s&rsquo;attendre à ce que l&rsquo;autoritarisme de l&rsquo;État se développe.&nbsp;On voit bien, là, depuis maintenant plusieurs mois, plusieurs années,&nbsp;le niveau d&rsquo;instabilité du pouvoir&nbsp;qui ne parvient plus, par les moyens traditionnels de la démocratie bourgeoise,&nbsp;à asseoir son pouvoir.&nbsp;Et de ce fait-là, la classe dirigeante n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de s’armer, d&rsquo;armer l’État, la police et de renforcer l’armée. Ils n&rsquo;ont pas le choix.&nbsp;Donc, ce qui est arrivé à El Hacen, ce n&rsquo;est pas un accident.&nbsp;Et malheureusement, si on ne réagit pas,&nbsp;il va y avoir de plus en plus d’El Hacen Diarra,&nbsp;de Zyed et Bouna, d&rsquo;Adama Traoré, de Lamine Dieng…&nbsp;</p>



<p>C&rsquo;est important de développer l’analyse de la trajectoire du capital,&nbsp;qui, pour l&rsquo;instant, n&rsquo;est absolument pas du fait des fascistes mais pourtant ce contexte-là renforce&nbsp;Le Rassemblement National, Reconquête et les formes d&rsquo;organisation des fascistes.Mais ce n&rsquo;est absolument pas le fait d&rsquo;une certaine « fascisation »&nbsp;qui serait vraiment dédouaner la bourgeoisie&nbsp;et la classe dirigeante des meurtres qu&rsquo;elle est en train de commettre.&nbsp;Et donc, il faut armer notre camp, armer notre classe de ces analyses-là,&nbsp;parce que ce sont de ces analyses-là que l&rsquo;on doit déduire&nbsp;qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution que de s&rsquo;organiser par en bas,&nbsp;d&rsquo;organiser notre classe,&nbsp;et que cette organisation ne sera pas possible sans une lutte,&nbsp;plus que conséquente, une lutte de tous et toutes contre le racisme,&nbsp;de tous et toutes, de partout, dans tous nos quartiers, dans tous nos lieux de travail.&nbsp;Si on ne combat pas et qu&rsquo;on ne s&rsquo;organise pas contre le racisme,&nbsp;alors il n&rsquo;y a aucun espoir.</p>



<p>Par rapport à ta question sur comment on obtient vérité et justice,&nbsp;déjà, ça passe par le fait de dire que c&rsquo;est notre frère qui a été tué,&nbsp;c&rsquo;est notre voisin, c&rsquo;est pas juste l&rsquo;enfant de ses parents,&nbsp;le frère de sa fratrie.&nbsp;C&rsquo;est quelque chose qu&rsquo;il faut qu&rsquo;on réinstaure : quand quelque chose comme ça se passe,&nbsp;on est tous et toutes concerné·es, visé·es,&nbsp;et donc notre réaction, ça doit être la réaction de tous et toutes.&nbsp;Il y a beaucoup dans ces cas-là, la question de la marche blanche,&nbsp;de <strong>la place des hommages et de la place de la lutte,&nbsp;qui seraient des choses distinctes. Il faut bien comprendre que la peine des proches et de la famille d’El Hacen,&nbsp;non seulement elle gigantesque, mais elle ne va pas disparaître.&nbsp;El Hacen ne va pas revenir.&nbsp;Par contre, ce dont elle a besoin, la famille,&nbsp;et elle l&rsquo;exprime, c&rsquo;est de ne pas être la seule à la porter, cette peine.</strong></p>



<p>Ce n&rsquo;est pas juste venir à un hommage,&nbsp;mais c&rsquo;est s&rsquo;organiser dans le temps.&nbsp;Parce que là, le combat va être très long,&nbsp;non seulement d&rsquo;un point de vue judiciaire &#8211;&nbsp;on sait que les affaires comme celle-là durent dix ans,&nbsp;pour obtenir peut-être derrière quelque chose, et encore c&rsquo;est rare &#8211;&nbsp;mais aussi parce que l&rsquo;adversaire, il est gigantesque, c&rsquo;est l&rsquo;État.&nbsp;L&rsquo;État, on ne va pas le faire plier par des pétitions,&nbsp;on ne va pas le faire plier en une ou deux manifestations,&nbsp;on ne peut le faire plier que par notre organisation,&nbsp;par notre nombre, et par la confiance qu&rsquo;en réalité,&nbsp;le nombre, est de notre côté.</p>



<p>Les policiers du 20e arrondissement, sont quelques centaines,&nbsp;alors que nous sommes 200 000 habitants et habitantes.&nbsp;Les forces de police en France, elles sont plusieurs dizaines de milliers,&nbsp;peut-être un peu plus de 100 000, je ne sais pas exactement.&nbsp;Notre classe, elle est forte de dizaines de millions de membres,&nbsp;et il faut qu&rsquo;on arme cette classe car elle seule est la solution face à ce qui se passe. Pour représenter la solution, il faut qu&rsquo;elle s&rsquo;engage contre le racisme,&nbsp;parce que justement, comme je le disais, la situation générale impose à la classe dirigeante&nbsp;de développer un État raciste et autoritaire et on l&rsquo;a appris dans l&rsquo;histoire,&nbsp;ça passe par le développement du nationalisme et par le développement du racisme. La gauche américaine était paralysée face à Trump.&nbsp;Là où réside l&rsquo;espoir et la révolte,&nbsp;c&rsquo;est dans la solidarité avec tous et toutes les migrants et migrantes&nbsp;ciblé·es par la police de l’immigration (ICE). C&rsquo;est venu dans les quartiers de Los Angeles il y a quelques mois,&nbsp;dans les quartiers des grandes villes,&nbsp;et aujourd&rsquo;hui, dans la résistance à Minneapolis,&nbsp;qui s&rsquo;est développée d&rsquo;abord en empêchant les rafles,&nbsp;et ensuite, à travers la confiance acquise,&nbsp;jusqu&rsquo;à la grève contre le racisme.&nbsp;</p>



<p>En France, on a eu un premier test il n&rsquo;y a pas longtemps&nbsp;lors de la Journée internationale des migrants et des migrantes,&nbsp;autour des collectifs de sans-papiers,&nbsp;qui a permis de faire passer une certaine idée,&nbsp;qui a permis à des réseaux de syndicalistes dans certains secteurs&nbsp;de commencer à se redonner la confiance, de croire qu’il y a une possibilité dès lors qu&rsquo;on s&rsquo;organise contre le racisme. Il faut qu&rsquo;on continue dans les mois qui viennent à pousser dans ce sens-là. <strong>Ça va être central d&rsquo;articuler la question du racisme avec la lutte des classes,&nbsp;et la lutte des classes avec la question du racisme. De faire en sorte que tous et toutes, on se bat ensemble,&nbsp;et surtout, on laisse plus faire :&nbsp;on arrête de reculer,&nbsp;et on le fait avec la confiance qu&rsquo;on est la majorité à ne pas être raciste.&nbsp;Ce qui manque maintenant, c&rsquo;est que cette majorité qui n&rsquo;est pas raciste se transforme en millions de personnes qui deviennent antiracistes,&nbsp;c’est-à-dire qui s&rsquo;engagent activement.&nbsp;Cela représente la clé des prochains mois et des prochaines années,&nbsp;en France et ailleurs.</strong></p>



<p><em>Tu l&rsquo;as évoqué à plusieurs reprises déjà,&nbsp;je pense que le monde entier a les yeux rivés sur Minneapolis,&nbsp;c&rsquo;est la lutte qui s&rsquo;y joue depuis plusieurs mois contre Trump et ICE,&nbsp;la police de l&rsquo;immigration.&nbsp;Il y a deux semaines, Trump a dû reculer face à la mobilisation,&nbsp;face à la grève générale,&nbsp;et a dû décider de retirer ses troupes de la ville.&nbsp;Est-ce que tu peux nous dire comment on peut s&rsquo;inspirer de ça ici en France,&nbsp;et quelles vont être les prochaines perspectives pour la lutte pour El Hacen,&nbsp;mais aussi plus globalement pour la lutte contre le racisme en France&nbsp;dans les prochaines semaines et les prochains mois ?&nbsp;</em></p>



<p>Peut-être avant de parler d&rsquo;El Hacen, je vais parler un peu de Minneapolis. Je pense qu&rsquo;il faut qu&rsquo;on se dise que ce qui est en train de se jouer à Minneapolis&nbsp;concerne tout le monde.&nbsp;En tout cas, une victoire à Minneapolis sera un espoir pour tout le monde ; car iels sont engagé·es contre le racisme&nbsp;au cœur de la première puissance du monde,&nbsp;au cœur d&rsquo;une offensive raciste très importante.&nbsp;Pourtant ça ne signifie pas qu&rsquo;il suffit tous et toutes de regarder&nbsp;ce qui se passe à Minneapolis et d&rsquo;espérer que ça tombe du bon côté ! Mais plutôt réaliser qu’il y a un espoir.&nbsp;Et que cet espoir, il doit nous animer&nbsp;et nous donner la confiance d&rsquo;argumenter partout : là où l’on travaille, là où l’on s&rsquo;organise, dans son quartier… La réponse doit venir de notre organisation à tous et toutes. En France, il y a des échéances très bientôt, les élections municipales dont le premier tour est le 15 mars et le deuxième tour le 22 mars.&nbsp;Il faut qu’on se saisisse de cette occasion-là pour justement dire&nbsp;« voter ne suffira pas, il faut s&rsquo;organiser,&nbsp;il faut qu&rsquo;on s&rsquo;organise de partout ».&nbsp;Il y a une proposition qui est lancée&nbsp;par les collectifs de sans-papiers, collectifs de mineur·es isolé·es,&nbsp;la Marche Des Solidarités, les familles de victimes de violences policières,&nbsp;les collectifs qui luttent contre les violences policières,&nbsp;les collectifs qui luttent contre l’islamophobie : celle&nbsp;d&rsquo;un grand mouvement la veille du premier tour,&nbsp;des manifestations partout sur le territoire le samedi 14 mars avec comme message : « ce qu&rsquo;il faut c&rsquo;est l&rsquo;unité,&nbsp;mais pas l&rsquo;unité de façade, l&rsquo;unité dans l&rsquo;action, dans la rue,&nbsp;la construction de la solidarité comme moyen aussi bien que comme objectif » .&nbsp;Et ça je pense que c&rsquo;est une perspective dont tout le monde doit se saisir&nbsp;et que la meilleure manière pour que le samedi 14 mars soit massif,&nbsp;c&rsquo;est qu&rsquo;on n&rsquo;attende pas le samedi 14 mars.&nbsp;C&rsquo;est-à-dire que le samedi 14 mars,&nbsp;ça doit être le moment où on sort tous et toutes ensemble&nbsp;et que d&rsquo;ici à là, on doit s&rsquo;organiser partout&nbsp;et à travers des déambulations de quartier,&nbsp;des campagnes d&rsquo;affichage et de collage,&nbsp;des réunions publiques, des rassemblements,&nbsp;qu&rsquo;on combatte l&rsquo;immobilisme, qu&rsquo;on combatte le substitutisme,&nbsp;qu&rsquo;on combatte l&rsquo;idée qu&rsquo;il suffirait de délire les bonnes personnes aux élections municipales&nbsp;pour régler tous nos problèmes.</p>



<p>Je pense qu&rsquo;en ce moment, se développe quand même la conviction&nbsp;qu&rsquo;on est dans une période grave et très dangereuse de marche vers la guerre,&nbsp;d&rsquo;austérité, d&rsquo;attaques gigantesques contre notre classe&nbsp;et que ça, il faut s&rsquo;appuyer dessus pour dire la conséquence de ça,&nbsp;c&rsquo;est qu&rsquo;on ne peut pas juste déléguer à d&rsquo;autres le combat qu&rsquo;on doit mener,&nbsp;on doit tous et toutes s&rsquo;y engager.&nbsp;Et on sait que se prépare un appel pour le 28 mars.&nbsp;Il va y avoir des mobilisations dans de nombreux pays&nbsp;contre le racisme et le fascisme.</p>



<p>Par exemple, des mobilisations No Kings devraient avoir lieu le 28 mars&nbsp;et il y a de fortes chances qu&rsquo;elles soient gigantesques.&nbsp;Des grandes manifestations en Grande-Bretagne vont avoir lieu le 28 mars&nbsp;de ripostes contre le racisme et le fascisme dans de nombreux pays.&nbsp;En France, nous, on va commencer par le 14 mars&nbsp;parce qu&rsquo;il y a un contexte local politique très particulier avec les municipales.</p>



<p>Mais il y a de très fortes chances que si le 14 mars soit massif,&nbsp;dès les jours qui suivent, il y a un appel à continuer&nbsp;et à retourner dans la rue le 28 mars.&nbsp;Quels que soient les résultats des municipales, on le sait déjà,&nbsp;le Rassemblement national va gagner à certains endroits,&nbsp;va gagner en légitimité.&nbsp;Les racistes vont gagner en confiance.</p>



<p>Quelques jours après la mort de El Hacen Diarra,&nbsp;moi, dans le quartier où je vis, dans le 20e, à Saint-Fargeau,&nbsp;il y a deux néo-nazis qui ont attaqué la présidente d&rsquo;une association,&nbsp;Maria, une personne racisée.&nbsp;Ils ont voulu la sortir de sa voiture et l&rsquo;agresser.&nbsp;Et ils l&rsquo;ont dit, c&rsquo;était le 19 janvier, 5 jours après la mort d&rsquo;El Hacen,&nbsp;ils l&rsquo;ont dit qu&rsquo;ils voulaient lui faire la même chose&nbsp;que ce qui est arrivé à son frère.</p>



<p>Ça, ça signifie que non seulement il faut qu&rsquo;on s&rsquo;oppose au racisme,&nbsp;mais il faut qu&rsquo;on ait une lutte aussi très spécifique contre les fascistes,&nbsp;qu&rsquo;on leur empêche l&rsquo;apparition dans la rue.&nbsp;Et ça, ça va être des enjeux très forts des prochaines années,&nbsp;la combinaison d&rsquo;une lutte de tous et toutes contre le racisme&nbsp;et d&rsquo;une lutte très spécifique contre les organisations fascistes.&nbsp;Et dans ce grand mouvement du 14 mars,&nbsp;la famille El Hacen va construire une première manifestation&nbsp;le 21 février pour aller jusqu&rsquo;au ministère de l&rsquo;Intérieur&nbsp;pour dire à Nunez qu&rsquo;on a très bien entendu ce qu&rsquo;il a dit,&nbsp;qu&rsquo;on n&rsquo;attend rien de sa part.</p>



<p>Mais par contre, qu&rsquo;il lui comprenne qu&rsquo;on va plus reculer,&nbsp;qu&rsquo;on va s&rsquo;organiser et que maintenant, sa police,&nbsp;on va la surveiller, on ne va plus la laisser faire.&nbsp;Et ça, c&rsquo;est ce que veut faire la famille El Hacen&nbsp;et je pense que c&rsquo;est le plus beau des hommages qu&rsquo;on peut rendre à El Hacen.&nbsp;C&rsquo;est que sa mort ne soit pas oubliée jusqu&rsquo;à ce que justice soit faite&nbsp;et que surtout, elle permette de s&rsquo;organiser pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus de morts comme lui. Des discussions que j&rsquo;ai régulièrement avec la famille,&nbsp;ce lien n&rsquo;est pas artificiel : ils lient vraiment les deux sujets.&nbsp;La meilleure manière de ne pas oublier El Hacen, c&rsquo;est de se battre. Et dans cette bagarre-là, lui rendre hommage en rappelant qu&rsquo;ils ont tué notre frère.</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/retour-sur-la-lutte-pour-la-verite-et-la-justice-pour-el-hacen-diarra/">Vérité et justice pour El Hacen Diarra : la lutte continue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>La police s’autonomise-t-elle de l’État ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-police-sautonomise-t-elle-de-letat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Nov 2023 06:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Etat]]></category>
		<category><![CDATA[police]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8028</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis le mandat Valls / Hollande, on assiste à des confrontations de plus en plus régulières et de plus en plus directes entre l’appareil policier et le gouvernement, et à des initiatives des organisations de <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-police-sautonomise-t-elle-de-letat/" title="La police s’autonomise-t-elle de l’État ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Depuis le mandat Valls / Hollande, on assiste à des confrontations de plus en plus régulières et de plus en plus directes entre l’appareil policier et le gouvernement, et à des initiatives des organisations de policiers hors de tout cadre légal. La police serait-elle en train de s’autonomiser de l’État, qui pourtant la mandate pour faire respecter la loi ?</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>L</strong>e 17&nbsp;octobre 2016, date symbolique, les policiers créent une association « mouvement des policiers en colère » et manifestent en voiture de police et cagoulés sur les Champs Élysées. Rapidement les « syndicats » policiers se ralient aux manifestations réunissant à chaque fois plusieurs dizaines voire centaines de manifestant·es pour réclamer plus de moyens, un cadre élargi pour la légitime défense et des peines plus lourdes pour les agresseurs de policiers. Dans la foulée, Cazeneuve et Hollande reçoivent les syndicats et cèdent sur la légitime défense.</p>



<p>Le 26&nbsp;septembre 2019, le syndicat Alliance manifeste devant le siège de La France insoumise après que Mélenchon les a, légitimement, qualifiés de barbares.</p>



<p>Le 3&nbsp;janvier 2020, des policiers étranglent Cédric Chouviat lors d’un contrôle routier et prétextent un arrêt cardiaque pour couvrir le meurtre. Suite à la médiatisation de l’affaire et l’accumulation de preuves accablantes du mensonge policier, Castaner propose que la technique d’étranglement soit interdite, un jour, quand une autre technique sera mise au point. Rapidement et malgré la timidité de la réforme proposée, les syndicats policiers demandent la démission du ministre et l’obtiennent.</p>



<p>Le 19&nbsp;mai 2021, les syndicats de police organisent une manifestation devant l’Assemblée nationale pour s’en prendre frontalement à l’État de droit&nbsp;<em>« le problème de la police, c’est la justice ! »</em>&nbsp;et porter deux revendications : plus de moyens et des peines plus dures pour les agresseurs de policiers.</p>



<p>Été 2023, mouvement d’arrêt de travail et de mise en service minimum des policiers de Marseille après l’incarcération préventive d’un des policiers tortionnaires qui ont mutilé le jeune Hedi lors de la répression des révoltes suite à un nouveau meurtre, celui de Nahel, par des policiers.<sup data-fn="71f706e3-33df-47ae-8391-b2592bb06101" class="fn"><a href="#71f706e3-33df-47ae-8391-b2592bb06101" id="71f706e3-33df-47ae-8391-b2592bb06101-link">1</a></sup></p>



<p>Par ailleurs, ces démonstrations de force des policiers s’accompagnent de nombreuses prises de paroles ouvertement racistes et de menaces plus ou moins directes à l’endroit du gouvernement<sup data-fn="27338525-205a-4930-aad4-c69e6c31e921" class="fn"><a href="#27338525-205a-4930-aad4-c69e6c31e921" id="27338525-205a-4930-aad4-c69e6c31e921-link">2</a></sup>. À la lecture de ces exemples, on voit que les policiers et leurs organisations mènent des actions de plus en plus spectaculaires pour porter des revendications qui sont, elles, à peu près constantes : plus de moyens matériels et humains pour la police, une plus grande impunité pour les policiers dans le cadre de leur travail et une plus grande sévérité pour les agresseurs de policiers.</p>



<p>Pourtant, depuis les trente dernières années, contrairement à la plupart des services publics, les moyens de la police ont considérablement augmenté : le budget et les effectifs ont augmenté de plus de + 30 %, tant et si bien que la France a plus de policiers par habitant·es que la RDA en 1960<sup data-fn="69737757-6177-4ee0-bb54-070f2d9f1e7c" class="fn"><a href="#69737757-6177-4ee0-bb54-070f2d9f1e7c" id="69737757-6177-4ee0-bb54-070f2d9f1e7c-link">3</a></sup>. Dans le même temps, les enquêtes de victimation<sup data-fn="3536fcb0-112f-4772-8b9d-2cde02d36401" class="fn"><a href="#3536fcb0-112f-4772-8b9d-2cde02d36401" id="3536fcb0-112f-4772-8b9d-2cde02d36401-link">4</a></sup> montrent que les atteintes aux personnes restent stables voire diminuent dans certains cas<sup data-fn="71c39356-5d6d-417b-9a77-6cce4290153b" class="fn"><a href="#71c39356-5d6d-417b-9a77-6cce4290153b" id="71c39356-5d6d-417b-9a77-6cce4290153b-link">5</a></sup>.</p>



<p>Par ailleurs, les policiers bénéficient de fait, d’une impunité quasi totale, dès lors qu’ils sont mis en cause pour des actes racistes ou des violences policières. En effet, pour obtenir ne serait-ce qu’une mise en examen, il faut rassembler des preuves accablantes, notamment des vidéos amateurs, et que l’affaire soit portée, soit médiatiquement soit par une contestation populaire.</p>



<p>Enfin, sur les condamnations d’agresseurs de policiers, il n’est pas nécessaire de s’étendre sur le sujet tant les condamnations sont lourdes et les procès totalement bâclés. L’exemple des adolescents innocents emprisonnés pendant plusieurs années après l’affaire Viry-Chatillon<sup data-fn="aefd2a49-8662-468f-8668-ac99629be370" class="fn"><a href="#aefd2a49-8662-468f-8668-ac99629be370" id="aefd2a49-8662-468f-8668-ac99629be370-link">6</a></sup> illustre l’arbitraire total de l’État dès lors qu’il s’agit de juger des attaques sur ses policiers chéris.</p>



<p>Partant de ce constat, nous sommes en droit de nous demander pourquoi, alors même que l’État passe son temps à céder aux demandes de la police, la police semble aller toujours plus loin dans la contestation des gouvernements. Et de nous demander si cette conflictualité exacerbée entre l’État et sa police s’inscrit dans la crise plus globale du système capitaliste. En d’autres termes, existe-t-il des contradictions structurelles entre l’État et sa police qui sont mises sous tension à cause de la crise capitaliste actuelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Contradictions structurelles de la fonction policière</h2>



<p>Walter Benjamin dans son livre&nbsp;<em>Critique de la violence</em>&nbsp;analyse la violence de l’État. En fait, en allemand, Benjamin utilise le mot&nbsp;<em>gewalt</em>, généralement traduit par&nbsp;<em>violence</em>, mais qui signifie également&nbsp;<em>pouvoir</em>. Ainsi, chez Benjamin, violence prend un sens plus large que celui de la seule violence physique et c’est cette signification large que nous allons utiliser dans cet article. Dans son livre, Benjamin distingue deux types de violence : d’une part une violence dite fondatrice de droit et d’autre part, une violence dite conservatrice de droit. Plus précisément, la violence est fondatrice de droit dans le cas où elle n’obéit pas au droit actuel, dans le cas où elle crée sa propre règle, où elle institue un nouvel ordre. L’exemple paradigmatique d’une telle violence fondatrice de droit est la violence révolutionnaire. Cette violence, illégale du point de vue du pouvoir en place, crée ses propres règles et, ce faisant, engendre un pouvoir nouveau, pouvoir qui à son tour créra son propre droit. A contrario, la violence est conservatrice de droit quand, comme son nom l’indique, elle s’exerce au profit d’un droit, d’un pouvoir déjà institué. De ce point de vue, l’exemple paragdigmatique est celui de la peine de mort : l’État exerce la violence ultime, celle qui donne la mort, en s’appuyant sur des règles connues de toutes et tous et définies au préalable.</p>



<p>Par ailleurs, Benjamin ne s’intéresse pas qu’au but de la violence mais aussi au corps qui l’exerce au profit de l’État : la police. Selon lui, la police est l’institution qui concentre la contradiction essentielle de l’État : elle a pour mission de mettre en œuvre le droit (c’est-à-dire faire respecter la loi) mais pour le faire elle doit s’affranchir du droit, elle doit créer sa propre règle. Les exemples de cette illégalité permanente de l’action policière sont nombreux : contrôle au faciès, violences illégitimes, fouilles illégales, humiliations, insultes, etc. Ainsi, la police agit dans une zone floue selon des principes délibérément vagues, lui conférant une grande liberté d’action tout en maintenant une lointaine apparence de légalité. Plus cette zone est floue, plus la police a de latitude. À ce propos, l’augmentation brutale après des tirs meurtriers de policiers pour des refus d’obtempérer constatée depuis 2017 est la conséquence directe d’une loi rendant délibérément plus flou qu’il ne l’était le cadre de la légitime défense dans ces circonstances. Un criminologue québecois, Jean-Paul Brodeur donne une définition de la police qui participe de la même idée que celle de Benjamin :&nbsp;</p>



<p><em>« Les agents de police sont des agents de diverses organisations reliées entre elles et autorisées de manière plus ou moins controlées à utiliser des outils et moyens divers généralement interdits au reste de la population pour mettre en œuvre un certain nombre de lois et de règles qui définissent un ordre : la police se déploie dans un certain illegalisme. Au fond la police est une profession sale, une profession souillée, exerçant à la fois une violence conservatrice de droit et une violence fondatrice de droit. »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">La police dans la crise capitaliste</h2>



<p>Cette contradiction structurelle entre violence fondatrice et conservatrice semble abstraite. Cependant, les contradictions structurelles de la société deviennent dramatiquement concrètes et visibles dès lors qu’elles sont mises sous tension par une crise globale de la société. Ce qu’il s’est passé en France ces dernières années permet de l’illustrer. Depuis 2008 et la crise des subprimes, le système capitaliste est entré dans une crise profonde. Pour la surmonter, les gouvernements successifs se sont attaqués directement aux droits des travailleur·euses : Lois travail 1 et 2, réforme des retraites et de l’assurance chômage… Ces lois économiques s’accompagnent d’une propagande et de lois racistes visant à diviser notre classe : loi asile immigration, loi séparatisme, interdiction de l’abaya, loi Darmanin. Face aux multiples résistances, l’État s’est reposé sur une augmentation drastique des violences policières pour les faire taire. Depuis le mouvement des Gilets jaunes nous avons pu constater empiriquement que, bien qu’illégales, les mutilations et les exécutions arbitraires font désormais partie des pratiques policières : c’est la violence fondatrice de droit. Pourtant, la torture et la mutilation du jeune Hedi à Marseille ont valu une incarcération préventive et probablement un futur procès aux policiers tortionnaires. On voit alors la contradiction dans laquelle est prise la police. Elle peut réprimer, mutiler, tuer en toute illégalité et couverte par le pouvoir politique, mais, jusqu’à une certaine limite, floue, indéfinie, au-delà de laquelle les policiers s’exposent à des sanctions potentielles, même rares. Pour surmonter cette contradiction, la police n’a que deux options :</p>



<p>–&nbsp;soit refuser de réprimer, refuser d’entrer dans cette zone de flou pour s’en tenir purement à la loi quitte à ne pas parvenir à rétablir l’ordre,</p>



<p>–&nbsp;soit exiger que l’action de la police ne soit ni entravée ni soumise à la loi : que les violences policières puissent se déchaîner sans qu’aucun compte ne soit rendu.</p>



<p>Il est clair, qu’à l’heure actuelle, la totalité de l’appareil policier n’envisage que la deuxième option celle de l’impunité totale de la police. Ce n’est pas un hasard et dans le système capitaliste, il ne peut en être autrement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Police et extrême droite</h2>



<p>Dans l’État moderne, la police a en charge le contrôle et la surveillance des classes populaires. Pourtant, dans leur immense majorité, les effectifs de police sont eux-mêmes issus de ces classes populaires, notamment rurales. Alors, le corps social policier est un corps isolé, privé de solidarité en dehors de lui-même. C’est un corps social évoluant parmi la classe des travailleur·euses mais séparé d’elle par sa fonction. Et, dans l’autre sens, un corps social tout au service de la bourgeoisie mais n’ayant ni contact ni lien organique avec cette dernière. C’est bien cette situation d’isolement social qui rend les policiers très perméables aux idées nationalistes et qui crée chez eux un attachement corporatiste très puissant. L’extrême droite leur donne une appartenance qui dépasse le corps policier, celle de la nation, et un but, celui de la lutte contre l’ennemi intérieur qui vise à briser l’unité nationale. Cet isolement produit des effets très concrets sur la pratique policière illustrés notamment par les enquêtes sociologiques sur la culture professionnelle des policiers<sup data-fn="221d406b-4058-4e2c-b47e-c3d0dd7ea38c" class="fn"><a href="#221d406b-4058-4e2c-b47e-c3d0dd7ea38c" id="221d406b-4058-4e2c-b47e-c3d0dd7ea38c-link">7</a></sup>. Ces enquêtes montrent qu’elle est :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>homogène,</li>



<li>conflictuelle avec tous les acteurs qui interviennent sur les mêmes problèmes qu’eux : juges, travailleur·euses sociaux, journalistes, chercheur·euses, associations d’habitant·es. Tous soupçonnés d’être anti-flics. Même l’IGPN qui est vue comme étant anti-flics&#8230;</li>



<li>marquée par une vision rabougrie et binaire de la population : soit  suspect·es potentiel·les soit sources d’information,</li>



<li>raciste : les personnes racisées sont considérées comme des éléments dangereux à surveiller et soumettre en permanence.</li>
</ul>



<p>Par conséquent, le choix de la police de demander toujours plus de latitude dans ses moyens d’action plutôt que de refuser de réprimer aveuglément est une conséquence de la position sociale de la police dans l’État bourgeois. C’est d’ailleurs pour cette raison que, quel que soit le pays considéré, la dynamique d’augmentation des brutalisations policières est toujours corrélée au dynamisme des contestations populaires.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="b67a06" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #b67a06;" fetchpriority="high" decoding="async" width="692" height="769" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Police_Illustr1-1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8030 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Police_Illustr1-1-jpg.webp 692w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Police_Illustr1-1-270x300.webp 270w" sizes="(max-width: 692px) 100vw, 692px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">La crise de la démocratie bourgeoise et&nbsp;le&nbsp;danger de l’extrême droite</h2>



<p>Maintenant, peut-on dire que la police s’autonomise vis-à-vis de l’État ou même du gouvernement ? En d’autres termes, peut-on dire que la police produit consciemment une vision politique indépendante de celle de l’État ? Il semble que le processus à l’œuvre ne soit pas celui-là. Il s’agit plutôt d’une crise profonde de l’entité État/police. D’un côté l’État ne peut plus parvenir à ses fins en maintenant sa police dans des limites qui sont compatibles avec un quelconque État de droit. De l’autre côté la police, elle, ne s’imagine pas surmonter cette contradiction autrement qu’en faisant fi de l’État de droit. Le conflit apparent entre l’État et la police est en fait une des formes que prend la crise de la démocratie bourgeoise. À l’heure actuelle, l’État n’arrive plus à produire de consensus entre les classes. Il remplace le consentement par la force pour diriger alors qu’il est censé représenter la volonté du grand nombre. L’État de la démocratie bourgeoise scie la branche sur laquelle il est assis.</p>



<p>Dans cette situation, le danger ne vient pas spécialement de la police, mais bien de l’arrivée au pouvoir d’un parti d’extrême droite qui cherchera à résoudre cette contradiction fondamentale en jetant les restes de l’État de droit par dessus bord en assumant pleinement l’autoritarisme de l’État et accordant aux policiers ce qu’ils désirent : l’impunité totale d’action dans leurs interventions pour briser quiconque se dressera devant le gouvernement.</p>



<h5 class="wp-block-heading">P.V. (Paris 18<sup>e</sup>) </h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="71f706e3-33df-47ae-8391-b2592bb06101">« <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/190723/hedi-22-ans-laisse-pour-mort-apres-avoir-croise-la-bac-marseille" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Hedi, 22 ans, « laissé pour mort » après avoir croisé la BAC à Marseille</a>« , Mediapart <a href="#71f706e3-33df-47ae-8391-b2592bb06101-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="27338525-205a-4930-aad4-c69e6c31e921"><a href="https://twitter.com/UNSAPOLICE/status/1674749283306749953/photo/1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://twitter.com/UNSAPOLICE/status/1674749283306749953/photo/1</a> <a href="#27338525-205a-4930-aad4-c69e6c31e921-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="69737757-6177-4ee0-bb54-070f2d9f1e7c"><a href="https://www.revue-ballast.fr/paul-rocher-une-police-democratique-est-une-contradiction/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Paul Rocher : « Une police démocratique est une contradiction »</a>, Ballast <a href="#69737757-6177-4ee0-bb54-070f2d9f1e7c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="3536fcb0-112f-4772-8b9d-2cde02d36401"><a href="https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/serie/s1278" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Enquête de victimation &#8211; cadre de vie et sécurité</a>, INSEE  <a href="#3536fcb0-112f-4772-8b9d-2cde02d36401-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="71c39356-5d6d-417b-9a77-6cce4290153b"><a href="https://www.revue-ballast.fr/paul-rocher-une-police-democratique-est-une-contradiction/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Paul Rocher : « Une police démocratique est une contradiction »</a>, Ballast <a href="#71c39356-5d6d-417b-9a77-6cce4290153b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="aefd2a49-8662-468f-8668-ac99629be370">« <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/160521/affaire-de-viry-chatillon-comment-la-police-fabrique-de-faux-coupables" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Affaire de Viry-Châtillon: comment la police a fabriqué de faux coupables</a>« , Mediapart <a href="#aefd2a49-8662-468f-8668-ac99629be370-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="221d406b-4058-4e2c-b47e-c3d0dd7ea38c">D. Monjardet, « La culture professionnelle des policiers » <em>Revue française de sociologie</em>, 1994. <a href="#221d406b-4058-4e2c-b47e-c3d0dd7ea38c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-police-sautonomise-t-elle-de-letat/">La police s’autonomise-t-elle de l’État ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Les émeutes sont légitimes ! Solidarité avec les révolté·es ! </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/les-emeutes-sont-legitimes-solidarite-avec-les-revoltees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jul 2023 21:13:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Banlieues]]></category>
		<category><![CDATA[Émeutes]]></category>
		<category><![CDATA[Fascistes]]></category>
		<category><![CDATA[Nahel]]></category>
		<category><![CDATA[Nanterre]]></category>
		<category><![CDATA[police]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
		<category><![CDATA[Violences policières]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le mardi 27 juin au matin, un policier a assassiné de sang froid Nahel, un jeune homme de 17 ans, pour un défaut de permis. Ce terrible événement n’a malheureusement rien d’exceptionnel dans un État <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/les-emeutes-sont-legitimes-solidarite-avec-les-revoltees/" title="Les émeutes sont légitimes ! Solidarité avec les révolté·es ! ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le mardi 27 juin au matin, un policier a assassiné de sang froid Nahel, un jeune homme de 17 ans, pour un défaut de permis. Ce terrible événement n’a malheureusement rien d’exceptionnel dans un État policier raciste. En France, le rythme de ces exécutions s’est accéléré depuis l’article de loi Cazeneuve de 2017 qui élargit la légitime défense jusqu’au port d&rsquo;armes et constitue un réel permis de tuer. Depuis 2022, il y a eu 14 meurtres suite à des refus d’obtempérer, 14 vies volées dans l’indifférence la plus totale de la majeure partie de la classe politique de droite comme de gauche, parce qu’ils étaient noirs et arabes. La police tue. Mais cette fois, il est impossible de détourner le regard. La colère explose et la France est en feu. Depuis 7 jours, la jeunesse des quartiers populaires se soulève à Paris, Lyon, Cayenne, Rennes, Marseille, Montpellier, Toulouse… </p>



<p>Ce mouvement arrive après 5 mois de lutte intense contre la réforme des retraites et plus généralement pour la hausse des salaires face à l’inflation et contre Macron. Cette séquence de lutte a mis une large partie de notre classe en mouvement. Nous avons discuté sur les piquets de grève, en assemblées, en manifestations. Face à nos patrons, au gouvernement et à la répression, nous avons fait classe. Dans les manifestations contre la réforme des retraites étaient présent·es des cortèges de sans-papiers, attaqué·es par la Loi immigration dite loi Darmanin. Étaient présent·es les travailleur·euses des quartiers populaires qui avaient passé le confinement au travail pendant que la bourgeoisie se protégeait dans des résidences secondaires. La loi Darmanin et la réforme des retraites sont sorties au même moment et nous avons argumenté partout où il était possible de le faire dans le mouvement pour une solidarité de classe antiraciste. Ne pas se positionner clairement contre cette attaque, c&rsquo;est laisser la possibilité au gouvernement de nous diviser à travers le racisme et aux fascistes de gangrener le mouvement. Aucune complaisance pour le racisme et les violences policières, en France ou aux frontières. Aujourd’hui, alors que le gouvernement Macron aux abois annonçait 100 jours d’apaisement, il est réduit à instaurer des couvre-feux et à envoyer le GIGN, la BRI, le RAID comme rempart de son pouvoir car depuis 6 jours la jeunesse des quartiers populaires se soulève contre le racisme. Elle se sert dans les magasins, reprend ce qui lui est dû, elle brûle les symboles de l’État raciste.&nbsp;</p>



<p>Les habitant·es des quartiers populaires n’ont pas attendu le mouvement des retraites pour faire tomber le mythe de la police. Une génération après Zyed et Bouna, la mémoire du mouvement <em>Black lives matter</em> et des manifestations pour Adama reste fraîche. C’est bien la colère face au racisme meurtrier qui s’exprime ici. Mais l&rsquo;état de crise dans lequel le mouvement contre la réforme des retraites a mis Macron ouvre la possibilité d’une victoire. Là où le gouvernement fera tout pour isoler ce mouvement antiraciste et toute possibilité de pont avec la lutte contre la réforme des retraites, nous devons construire ce lien. Dans tous les cadres d’auto-organisation construits contre la réforme des retraites nous devons exprimer une solidarité à la base, claire et inconditionnelle à celles et ceux qui luttent dans la rue pour Nahel. La direction du mouvement est portée par celles et ceux qui subissent de plein fouet les violences racistes, qu’elles soient policières, administratives, ou économiques et se soulèvent depuis maintenant 6 jours. Soutenir activement les révolté·es pour Nahel n’est pas simplement un geste de solidarité morale. Il est vital de le faire car c’est toute notre classe qui est attaquée quand la même police qui brutalisait les grévistes pour les faire retourner au travail assassine un enfant, quand l’État envoie la BRI sur quelqu’un qui s’est servi dans un magasin, quand il interdit toute forme de rassemblement.&nbsp;</p>



<p><strong>Si nous ne faisons pas le pont entre ces deux séquences, qui le fera ? </strong></p>



<p>Le fascisme s’appuie sur la misère créée par les capitalistes, oui, mais croire qu’il suffit de lutter contre les capitalistes et de renforcer notre classe uniquement sur des bases économiques pour éloigner le danger fasciste est une illusion. Il n’y a rien de mécanique entre la mise en mouvement de notre classe contre l’exploitation et la suppression du danger fasciste. Un sondage réalisé en plein mouvement contre la réforme des retraites place Marine Le Pen en tête au premier tour en 2027. Aujourd’hui, le danger fasciste est extrêmement alarmant. Au-delà de l’adhésion passive que reflète ce sondage, une adhésion active au fascisme s’enclenche dans la rue. Dans leur communiqué, le syndicat de police d’extrême droite Alliance appelle au sang, parle de “guerre” et de “horde de sauvages”, l’extrême droite lance une cagnotte de soutien au policier assassin, à Lyon et Chambéry des fascistes sortent avec confiance dans la rue, à Lorient ils se font les auxiliaires de la police.&nbsp;</p>



<p>Les fascistes sont à l’offensive et il faut choisir notre camp. Partout où il est possible de le faire, multiplions les marques de solidarité à tous·tes les insurgé·es pour construire un mouvement de masse contre le racisme et le danger fasciste. Macron veut mettre notre classe au pas, une partie de celle-ci se soulève. Rejoignons-la.   </p>



<h6 class="wp-block-heading">Juliette Bonneterre (Marseille)</h6>



<p></p>
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		<title>La domination policière : prolongement des rapports d&#8217;oppression</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/recension-la-domination-policiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Oct 2020 01:53:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Petite bibliothèque A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[police]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">En 2012, Mathieu Rigouste présente une généalogie de l&#8217;institution policière en France, pour comprendre ce qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui et sa structuration sur des bases coloniales, racistes et de classe. La guerre d&#8217;Algérie est terminée, mais <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/recension-la-domination-policiere/" title="La domination policière : prolongement des rapports d&#8217;oppression">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>En 2012, Mathieu Rigouste présente une généalogie de l&rsquo;institution policière en France, pour comprendre ce qu&rsquo;elle est aujourd&rsquo;hui et sa structuration sur des bases coloniales, racistes et de classe.</em></p>



<p>La guerre d&rsquo;Algérie est terminée, mais l&rsquo;héritage colonial continue de structurer la police. De 1930 à aujourd&rsquo;hui, les différentes brigades de police n&rsquo;ont de cesse de réprimer les communautés ne correspondant pas pleinement à la figure hégémonique de référence, construites politiquement et médiatiquement comme ennemies de l&rsquo;intérieur.</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
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<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="67594e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #67594e;" decoding="async" data-id="4779" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/DpKYh5HWkAAfD5--768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4779 not-transparent"/></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="695d52" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #695d52;" decoding="async" data-id="4780" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/DpKYh5DXUAAYqSi-768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4780 not-transparent"/></figure>
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</div></div>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;héritage colonial de la police</h2>



<p>En 1930, La Brigade nord-africaine (BNA) voit le jour, gérée par un grand nombre d&rsquo;administrateurs coloniaux et des fonctionnaires en poste en Algérie. Cette brigade vise le contrôle des populations algériennes en hexagone, tout en surveillant les membres de groupes décoloniaux. L&rsquo;idée étant d&rsquo;agir par rafles et raids dans les quartiers dits « musulmans » de Paris. Cette brigade a été dissoute, à la Libération, pour des faits de collaboration avec la Gestapo.&nbsp;</p>



<p>La répression de l’État se poursuit avec la création des Brigades des Agressions et Violences (BAV), en instaurant un climat de tension constant, en circulant dans les quartiers dits « criminels ». Cette brigade n&rsquo;est que le prolongement ouvertement raciste de la première puisqu&rsquo;elle tirait systématiquement sur toutes les personnes perçues comme Algériennes et leur semblant menaçantes.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="717672" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #717672;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/police_brutality-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-4783 not-transparent"/></figure>



<p>En 1970, après des centaines de crimes policiers, après l&rsquo;assimilation des techniques contre-insurrectionnelles développées pendant la bataille d&rsquo;Alger, nous voici aux prémisses de ce qu&rsquo;est la Brigade anti-criminalité (BAC) d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.&nbsp;</p>



<p>En parallèle de cela, les travailleur·euses étranger·es &#8211; essentiellement issu·es des colonies &#8211; sont méprisé·es et toujours recruté·es au plus bas coût. Des foyers Sonacotra aux « bidonvilles », jusqu&rsquo;aux cités d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le même combat. Ces quartiers dits « criminels » ne sont en fait qu&rsquo;un outil politique d&rsquo;altérisation, et d&rsquo;exclusion du « prolétariat ségrégé ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fabriquer le crime pour s’attaquer aux pauvres&nbsp;</h2>



<p>La répression policière se maintient et est légitimée par un cadre politique et législatif de contrôle de plus en plus sécuritaire.&nbsp;</p>



<p>La lutte contre le crime semble alors secondaire, quand il s&rsquo;agit finalement d&rsquo;attiser et de susciter le délit mineur pour maintenir l&rsquo;ordre social établi, avec pour objectif l&rsquo;incarcération massive. Une organisation qui tente de dissimuler les profondes inégalités sociales en criminalisant et en stigmatisant les personnes précarisées, plutôt que de mettre en place des moyens pour améliorer leur quotidien.</p>



<p>Ajoutons à cela, l&rsquo;utilisation d&rsquo;armes de guerre dans les villes, et nous voici face à des forces de l&rsquo;ordre qui répondent bien à leur rôle de gardiens de la peur.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="9c786e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #9c786e;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/49035867_1249694718503275_2026290644548321280_o-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-4778 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Abolir la police</strong></h2>



<p>La police est une institution étatique, qui a pour but de maintenir l&rsquo;ordre et des rapports économiques et sociaux, profondément inégalitaires, et est, donc, de fait, contre-révolutionnaire. La domination policière est née d&rsquo;un processus de déshumanisation et de criminalisation globale, de celleux qui diffèrent de la norme masculine blanche hétéro-patriarcale et bourgeoise. Elle s&rsquo;institue dans un contexte économique, politique et social où la violence fait système, où nous intériorisons la violence des rapports d&rsquo;oppressions comme la norme.</p>



<p>Tout est construit pour que nous prenions peur à l&rsquo;idée d&rsquo;un autre imaginaire politique&#8230; Une vie sans prison et sans police s&rsquo;imagine dans une société où les rapports systémiques seraient tout autres. La justice, et l&rsquo;égalité, la vraie, ne devrait pas être un espoir, mais une évidence. Je ne vois alors aucune autre option que celle de l&rsquo;action, pour transformer l&rsquo;ADN, les racines même, de notre société.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Aude (Rennes)</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/recension-la-domination-policiere/">La domination policière : prolongement des rapports d&rsquo;oppression</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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