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	<title>Archives des marx - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des marx - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Pourquoi le capitalisme mène-t-il à la guerre ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mathilde]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 10:10:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[accumulation]]></category>
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		<category><![CDATA[marx]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026 De l’accumulation de capital à l’affrontement impérialiste « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » écrivait le dirigeant socialiste français Jean Jaurès <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/pourquoi-le-capitalisme-mene-t-il-a-la-guerre/" title="Pourquoi le capitalisme mène-t-il à la guerre ?">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p>De l’accumulation de capital à l’affrontement impérialiste</p>



<p><em>« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » écrivait le dirigeant socialiste français Jean Jaurès juste avant la grande boucherie impérialiste de la première guerre mondiale. Si cette affirmation est bien vraie, il faut tout de même essayer de comprendre pourquoi l’origine des conflits armés se trouve dans les rapports économiques de la société capitaliste.</em></p>



<p>Marx fait débuter Le Capital, son œuvre la plus vaste et dans laquelle il va le plus loin pour dévoiler et critiquer le système économique capitaliste, par la phrase suivante : « la richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste apparaît comme une gigantesque collection de marchandises »<sup data-fn="09f4ed99-3e70-4bb4-a05e-edd929712bf8" class="fn"><a href="#09f4ed99-3e70-4bb4-a05e-edd929712bf8" id="09f4ed99-3e70-4bb4-a05e-edd929712bf8-link">1</a></sup>. Pourquoi un tel point de départ ? Les marchandises, c’est-à-dire (presque) tout ce qu’on peut acheter ou vendre, sont l’unité de base fondamentale du capitalisme, c’est au travers d’elles que se jouent tous les autres processus économiques. Sans marchandises, pas d’argent, pas d’échanges sur les marchés, pas de croissance mesurable, pas de bourse ou de finance etc. L’échange de marchandises n’a rien d’arbitraire mais est régi par des phénomènes complexes qui se fondent sur ce que toutes les marchandises ont en commun : elles sont (presque) toutes des produits du travail d’humain&rsquo;es exploité&rsquo;es en échange d’un salaire, ce qui leur donne une valeur qui se voit de façon déformée dans le prix qu’elles ont quand on les échange contre de l’argent. La théorie de la valeur de Marx a cela de spécifique et de supérieur à toutes les autres théories économiques qu’elle est une théorie de l’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie et par extension une théorie de la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie. Pour plus de détails à ce sujet, nous avons inclus un extrait sur la théorie de la valeur d’une brochure de Chris Harman dans un numéro précédent des Cahiers<sup data-fn="5b4dfae2-6565-428b-9719-afd19acafac5" class="fn"><a href="#5b4dfae2-6565-428b-9719-afd19acafac5" id="5b4dfae2-6565-428b-9719-afd19acafac5-link">2</a></sup>. Mais à ce stade, quel peut être le rapport entre les marchandises et les guerres ?</p>



<p><strong>Qu’est-ce que l’accumulation du capital ?</strong></p>



<p>Les marchandises ne sont pas que des valeurs qui s’échangent, elles ont aussi une utilité (une valeur d’usage), elles permettent de satisfaire un besoin pour la personne qui en achète une<sup data-fn="532d1ea1-a3f6-47c5-b057-23770abd8918" class="fn"><a href="#532d1ea1-a3f6-47c5-b057-23770abd8918" id="532d1ea1-a3f6-47c5-b057-23770abd8918-link">3</a></sup>. Mais cet aspect de la marchandise est secondaire dans le mode de production capitaliste : la bourgeoisie, la classe qui tire profit de l’exploitation et la dirige, ne cherche pas à satisfaire les besoins de la population mais à accumuler du capital. Au quotidien, nous sommes toustes dépendant·es des marchandises pour survivre, nous en mangeons, nous nous en habillons, nous nous en servons pour communiquer et pour nous divertir, et surtout nous consacrons une majeure partie de notre temps éveillé à un travail dont le salaire nous permet de les acheter. Pour nous, la valeur de la marchandise ne nous concerne que dans la mesure où elle détermine la quantité et la qualité du produit que l’on pourra acheter. Je peux remplir un besoin de base – me nourrir par exemple – de plusieurs façons : je peux faire mes courses dans un supermarché ou je peux aller dans un restaurant. Dans les deux cas, l’usage sera le même, je serai nourri mais les deux produits, les ingrédients du supermarché et le plat du restaurant, n’ont pas la même valeur car ils n’ont pas nécessité la même quantité de travail, le plat coûte logiquement plus cher, a une valeur supérieure, car en plus de la production des ingrédients, il comprend le travail des cuisinier&rsquo;es et des serveur&rsquo;ses. Mais in fine, le plus important pour moi est d’avoir eu l’usage de la marchandise : quand bien même j’en aurais les moyens, je n’irais pas au restaurant dix fois par jour.</p>



<p>Pour la plupart d’entre-nous, si nous pouvons consommer (un peu), c’est parce que nous travaillons (beaucoup) : nous détenons chacun&rsquo;e une marchandise très particulière, notre force de travail, nous en cédons l’usage à notre patron pour une partie de notre journée en échange d’un salaire. Ce salaire nous sert à consommer les marchandises nécessaires à l’entretien de notre force de travail (un toit, de la nourriture, des habits, éventuellement quelques loisirs)<sup data-fn="34969055-29ae-4afe-a8a6-709e2e7d0d0c" class="fn"><a href="#34969055-29ae-4afe-a8a6-709e2e7d0d0c" id="34969055-29ae-4afe-a8a6-709e2e7d0d0c-link">4</a></sup>. Pour résumer : nous avons une marchandise (M), nous l’échangeons contre un salaire sous forme d’argent (A), que nous dépensons ensuite pour acheter les marchandises qui nous permettent de conserver notre force de travail. Cela peut se traduire par le schéma suivant : Marchandise – Argent – Marchandise ou M – A – M.</p>



<p>Tout cela s’inverse du point de vue de la classe capitaliste, la valeur d’usage d’une marchandise ne la préoccupe que dans la mesure où celle-ci s’insère dans un processus de production qui lui permet d’obtenir ensuite des marchandises d’une plus grande valeur. Pour le restaurateur&rsquo;ice, les ingrédients n’ont d’intérêt que dans la mesure où, grâce au travail des cuisinier&rsquo;es et des serveur&rsquo;es, ils seront transformés en un plat dont il tirera profit à la vente. Pour les capitalistes, l’objectif est de s’enrichir, le schéma qu’ils suivent est l’inverse du précédent : Argent – Marchandise – Plus d’argent, soit A – M – A’. C’est précisément cela le capital, pas un objet particulier, mais un usage particulier de la valeur, qu’elle soit sous forme d’argent ou de marchandise : de la valeur utilisée pour produire plus de valeur, de la valeur qui s’accumule. L’accumulation du capital c’est ce processus A – M – A’ sur lequel tout le reste de l’économie capitaliste se fonde.</p>



<p><strong>De l’accumulation à la crise de surproduction</strong></p>



<p>Ce processus A – M – A’ est pour la bourgeoisie une fin en soi ; ce mouvement de la valeur vers plus de valeur doit continuer coûte que coûte, rien ne doit entraver la production de nouvelles marchandises et leur circulation (achat et vente en échange d’argent). Mais l’accumulation n’est évidemment pas un processus régulier et harmonieux. Déjà, les capitalistes sont en concurrence entre eux et ceux qui peuvent générer un profit plus élevé laissent sur le carreau ceux qui ne peuvent pas le faire. Le capital tend à se concentrer dans des mains de moins en moins nombreuses ; les petites entreprises sont avalées par les grosses.</p>



<p>Mais si ce processus A – M – A’ est sans fin, le plus important n’est pas de le réaliser une seule fois mais de pouvoir le poursuivre à une plus grande échelle, passer de A – M – A’ à A’ – M’ – A’’ etc. La poursuite de ce processus ne dépend pas tant de la quantité d’argent obtenu à la fin que de la possibilité de réemployer cet argent pour poursuivre l’accumulation. Là où le bât blesse, c’est que produire puis accumuler le maximum de capital ne dépend donc pas du capitaliste individuel mais de la capacité de tous les capitalistes et même de la société dans son ensemble à absorber les marchandises produites. Supposons qu’un capitaliste possède une usine de machines à laver capable de produire plusieurs millions de machines par an alors que le marché ne peut en absorber que dix fois moins<sup data-fn="fe3c8e50-a4fd-4ab0-8680-2bab5009344c" class="fn"><a href="#fe3c8e50-a4fd-4ab0-8680-2bab5009344c" id="fe3c8e50-a4fd-4ab0-8680-2bab5009344c-link">5</a></sup> ; ce capitaliste sera donc en situation de surproduction, une étape du processus A – M – A’ ne sera pas réalisée et l’accumulation ne pourra donc avoir lieu. C’est le même danger qui guette la classe capitaliste dans son ensemble : trop de capital = du capital qui ne peut s’accumuler, il y a donc une crise : la production ralentit et pour nous cela signifie chômage, misère, expulsions… Ces crises ne sont pas de malheureuses exceptions à ce qui serait le déroulement normal de l’accumulation, elles en sont la conséquence nécessaire !<sup data-fn="337f98a3-2659-489d-9b65-9b9d427051e4" class="fn"><a href="#337f98a3-2659-489d-9b65-9b9d427051e4" id="337f98a3-2659-489d-9b65-9b9d427051e4-link">6</a></sup></p>



<p><strong>L’impérialisme&nbsp;</strong></p>



<p>À un certain stade de développement du capitalisme, la concentration du capital conduit quelques entreprises à former des blocs de capitaux rattachés à quelques États qui occupent une position dominante sur la scène internationale. La concentration et le risque de surproduction exacerbent la concurrence : il faut que les capitalistes trouvent à tout prix des débouchés pour leur capital, c’est pour eux une question de vie ou de mort. Un premier moyen de résoudre cette contradiction se trouve dans le colonialisme : un État impérialiste arrive sur un nouveau territoire, le soumet militairement, en réorganise l’économie selon ses besoins propres (par exemple en réorientant l’agriculture vers une monoculture à destination des marchés européens : café, thé, chocolat, sucre, caoutchouc etc.) mais surtout cet État s’octroie le monopole du commerce dans le territoire vaincu. Par exemple : au XIXe siècle, quand l’Empire chinois des Qing refusa que les impérialistes britanniques déciment leur population en y exportant de l’opium, les puissances impérialistes coalisées soumirent militairement la Chine pour s’assurer qu’ils puissent y écouler tout le capital qu’ils désirent. Le cortège d’horreurs et de massacres sans précédent qui accompagne nécessairement la colonisation n’importe que peu à la bourgeoisie qui la commandite depuis sa métropole : l’important pour elle est de maintenir ses débouchés.</p>



<p>La concurrence exacerbée entre blocs de capitaux devient une concurrence entre États : c’est d’abord une course pour le contrôle de nouveaux territoires et de nouveaux marchés mais, sous la pression du risque de surproduction et du manque de débouchés pour les capitaux, les impérialistes en viennent à s’affronter pour ces territoires. Les impérialistes s’affrontent d’abord dans leur périphérie coloniale, puis ouvertement sur leur territoire métropolitain. Par exemple, dans les années qui précédent la Première guerre mondiale, les empires français et allemand manquent de s’affronter plusieurs fois pour le contrôle du Maroc<sup data-fn="d3497bc0-0416-4ccd-b7ce-8f2ad90c8e64" class="fn"><a href="#d3497bc0-0416-4ccd-b7ce-8f2ad90c8e64" id="d3497bc0-0416-4ccd-b7ce-8f2ad90c8e64-link">7</a></sup>.</p>



<p><strong>La guerre comme issue de la crise</strong></p>



<p>La bourgeoisie se retrouve donc face à un paradoxe insurmontable : en même temps elle doit poursuivre l’accumulation mais en même temps plus cette accumulation se poursuit plus elle devient difficile à mener. La bourgeoisie cherche à amasser toujours plus de capital mais en même temps elle en a déjà trop. Cela l’amène à chercher un moyen de poursuivre l’accumulation tout en liquidant le surplus de capital : une manière de résoudre ce problème pour elle est de développer une marchandise particulière, une marchandise dont la valeur peut fonctionner comme capital mais dont la propriété concrète, sa valeur d’usage, serait aussi de détruire du capital. Cette marchandise particulière est l’armement : canons, missiles, navires, avions et autres outils de mort en tout genre. Les armes ont cela de spécifique qu’il n’y en a jamais trop sur le marché ; leur acheteur privilégié, l’État, a toujours les moyens de payer et la course à l’armement est un excellent moyen de s’assurer de la croissance économique dans un contexte peu propice aux affaires<sup data-fn="4effa17f-08e7-44ee-ab94-37eb33f6e1a1" class="fn"><a href="#4effa17f-08e7-44ee-ab94-37eb33f6e1a1" id="4effa17f-08e7-44ee-ab94-37eb33f6e1a1-link">8</a></sup>. En cas d’affrontement, l’armement permet de détruire le capital du voisin tout en continuant d’en accumuler à domicile. La ruine d’un des belligérants permet de relancer l’accumulation à l’échelle globale. Après la Deuxième guerre mondiale, les pays qui enregistrent la plus forte croissance économique sont les trois pays de l’axe vaincus militairement et désormais intégrés à la sphère d’influence économique des États-Unis : l’Allemagne, l’Italie et le Japon.</p>



<p>C’est ainsi que l’on glisse de la marchandise et de la valeur à l’affrontement militaire entre États. La guerre est la conséquence ultime de l’accumulation du capital. Revenir sur l’analyse critique de l’économie par Marx et ses continuateur&rsquo;ices nous permet de comprendre la dynamique globale de la société capitaliste : les grands massacres des XIXe et XXe siècles n’étaient que la conclusion logique d’un système d’exploitation, de prédation et d’oppressions qui perdure encore aujourd’hui. L’alternative est toujours la même depuis plus d’un siècle : socialisme ou barbarie !</p>



<p>Barnabé Bouchard (Paris 18e)</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="09f4ed99-3e70-4bb4-a05e-edd929712bf8">Karl Marx, Le Capital Livre 1, traduction révisée sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, Les Editions sociales, 2016.  <a href="#09f4ed99-3e70-4bb4-a05e-edd929712bf8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="5b4dfae2-6565-428b-9719-afd19acafac5">Chris Harman, « La Théorie de la valeur », Les Cahiers d’A2C, n°19. <a href="#5b4dfae2-6565-428b-9719-afd19acafac5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="532d1ea1-a3f6-47c5-b057-23770abd8918">Marx précise bien que « la nature de ces besoins, qu’ils surgissent dans l’estomac ou dans l’imagination ne change rien à l’affaire ». <a href="#532d1ea1-a3f6-47c5-b057-23770abd8918-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="34969055-29ae-4afe-a8a6-709e2e7d0d0c">Pour de plus amples développement sur l’exploitation et le salaire voir l’article « Luttes des classes : les bases de l’antagonisme » dans le n°15 des Cahiers d’A2C ou pour les plus courageux·ses, le livre 1 du Capital en particulier la troisième section « La production de la survaleur absolue et la sixième : le salaire ». <a href="#34969055-29ae-4afe-a8a6-709e2e7d0d0c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="fe3c8e50-a4fd-4ab0-8680-2bab5009344c">Autant du point de vue financier que de l’usage : quand bien même j’en aurais les moyens, je n’achèterais pas dix machines à laver par an.  <a href="#fe3c8e50-a4fd-4ab0-8680-2bab5009344c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="337f98a3-2659-489d-9b65-9b9d427051e4">La crise économique de 2008 dont le capitalisme ne s’est jamais véritablement sorti correspond bien à ce modèle : un excès de capital financier sans débouché provoque faillites et récessions économiques.  <a href="#337f98a3-2659-489d-9b65-9b9d427051e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="d3497bc0-0416-4ccd-b7ce-8f2ad90c8e64">Pour un développement plus étayé, on peut se référer à notre brochure Impérialisme : la trajectoire du capital et en particulier à l’article « Se préparer aux guerres qui (re)viennent ». <a href="#d3497bc0-0416-4ccd-b7ce-8f2ad90c8e64-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="4effa17f-08e7-44ee-ab94-37eb33f6e1a1">Voir l’article « Le Capitalisme en France et la place particulière du militaire » toujours dans la brochure Impérialisme : la trajectoire du capital. <a href="#4effa17f-08e7-44ee-ab94-37eb33f6e1a1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 23:48:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[atomisation]]></category>
		<category><![CDATA[concentration]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[INSEE]]></category>
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		<category><![CDATA[uber]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans son livre Nouveau peuple, nouvelle gauche publié par l’institut la Boétie, La France Insoumise (LFI) propose une analyse des « classes populaires », à partir de travaux universitaires, pour en tirer des pistes stratégiques. Elle met <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/" title="À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Dans son livre <em>Nouveau peuple, nouvelle gauche</em> publié par l’institut la Boétie, La France Insoumise (LFI) propose une analyse des « classes populaires », à partir de travaux universitaires, pour en tirer des pistes stratégiques. Elle met au centre un<strong> nouvel acteur politique : le peuple, qui remplacerait la classe ouvrière</strong>. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Peuple contre classe ?&nbsp;</strong></h2>



<p>Plusieurs arguments sont avancés : d’abord, une <strong>diminution du nombre d’ouvriers</strong>. Mais ces chiffres utilisent les catégories floues de l’INSEE qui décrivent des statuts professionnels, pas des positions dans la production <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_4_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_1" class="footnote_tooltip">Pour une critique des catégories de l’INSEE : voir Ross Harrold (2024), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21e siècle</a></em>. Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #14</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_4_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. <strong>La « classe ouvrière »</strong> ne désigne pas qu’un <em>ouvrier blanc à l’usine,</em> figure mythifiée que le livre cherche à déconstruire. Selon nous, elle renvoie à la <strong>classe travailleuse</strong>, celle qui ne possède que sa force de travail pour vivre, et qui existe encore aujourd’hui. Peu importe la forme juridique que prend son exploitation : même si les travailleurs uberisés ont le statut d&rsquo;auto-entrepreneur et non de salarié, il y a toujours des capitalistes qui extraient une plus-value de leur travail. </p>



<p>La <strong>prétendue </strong>« <strong>atomisation </strong>»<strong>de la classe ouvrière </strong>défendue dans le livre est contredite par la tendance à la concentration des capitaux et aux monopoles : des millions de travailleur·euses sur la planète ont le même employeur, et donc, le même ennemi commun <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_4_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_2" class="footnote_tooltip">Voir Vic Michel (2025), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?</a>. </em>Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #17</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_4_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. C’est aussi là l&rsquo;écueil d’arguments sociologiques qui prétendent décrire une mutation globale du capitalisme en n’analysant que la situation en France. </p>



<p>Pour LFI, la catégorie «&nbsp;classe ouvrière&nbsp;» serait peu pertinente car hétérogène et marquée par des dominations de genre et de race. Certes, notre classe est traversée par de multiples oppressions qu’il nous faut absolument combattre pour construire notre unité. Mais aucune forme d&rsquo;oppression ne remet en cause l’existence d’un antagonisme de classe. Répéter que ces classes populaires sont «&nbsp;plurielles&nbsp;», «&nbsp;fragmentées&nbsp;», tend à nier l’antagonisme des rapports entre classe travailleuse et classe capitaliste. Et en effet, pour la FI, l’exploitation par le travail n’est plus le rapport social qui structure en premier lieu le capitalisme : <strong>c’est la dépendance et l’accès aux “réseaux”</strong> (internet, services publics, électricité, centres-villes), tout ce qui ne concerne pas le travail.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="f0c8c5" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="709" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-709x1024.webp" alt="" class="wp-image-10790 not-transparent" style="--dominant-color: #f0c8c5; aspect-ratio:0.6923761745827873;width:252px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-709x1024.webp 709w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-208x300.webp 208w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1-768x1110.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/02/003ILB_La-Gauche-et-les-classes-populaires_screen-1063x1536-1.webp 1063w" sizes="(max-width: 709px) 100vw, 709px" /></figure>
</div>


<p>LFI propose ainsi de remplacer la classe par le peuple, car « les mouvements insurrectionnels » se seraient auto-désignés de la sorte. Mais ce manque de conscience de classe n&rsquo;est pas figé : c&rsquo;est le travail des révolutionnaires de la renforcer. Ici, LFI nous propose de l’abandonner ? Ce nouveau peuple est présenté de manière assez floue pour ne fermer aucune porte électorale. Ce que le livre ne mentionne pas, c’est la dimension nationaliste du mot « peuple ». Ce n’est pourtant pas un hasard : la même FI propose de redonner sa grandeur à la « puissance maritime » (coloniale) de la France, d’instaurer un service militaire pour contrer « l’érosion du lien armée-nation » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_10788_4('footnote_plugin_reference_10788_4_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10788_4_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_3" class="footnote_tooltip">Voir Le Programme de la France Insoumise (2024). <em>Défense : une défense au service de la souveraineté populaire. </em>Disponible sur le site de LFI.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10788_4_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10788_4_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>&#8230; Des mesures qui défendent les intérêts de la nation, pas des travailleur·euses. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>« Révolution » électorale</strong></h2>



<p>Malgré une FI qui veut souvent se présenter comme liée aux luttes, ce livre met surtout en avant la stratégie électorale pour convaincre ce «&nbsp;nouveau peuple&nbsp;» de voter. Aucune autre stratégie n’est sérieusement développée. La question de la grève n’est quasiment pas évoquée.</p>



<p>Et pour cause. Marx décrivait la classe ouvrière non pas seulement comme une réalité sociologique, mais comme étant la seule ayant le pouvoir de renverser le capitalisme. Dire qu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus, c’est penser que la révolution socialiste n&rsquo;aura plus lieu, que les exploité·es n’ont plus cette capacité révolutionnaire. Pour LFI, la solution viendrait alors d’en haut, par la révolution citoyenne, par les urnes.&nbsp;</p>



<p>Au contraire, même si des reconfigurations du capitalisme ont lieu régulièrement, nous vivons toujours dans un système où une minorité de capitalistes s’accapare le fruit du travail d’une majorité d’exploité·es. Et c’est toujours cette classe qui est la seule à pouvoir renverser le capitalisme.&nbsp;</p>



<p>Tiffa (Marseille)</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10788_4();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10788_4();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10788_4">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10788_4" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_4_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_4('footnote_plugin_tooltip_10788_4_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Pour une critique des catégories de l’INSEE : voir Ross Harrold (2024), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21e siècle</a></em>. Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #14</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_4_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_4('footnote_plugin_tooltip_10788_4_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Vic Michel (2025), <em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?</a>. </em>Disponible sur le site d’a2c ou dans la revue #17</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10788_4_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10788_4('footnote_plugin_tooltip_10788_4_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Le Programme de la France Insoumise (2024). <em>Défense : une défense au service de la souveraineté populaire. </em>Disponible sur le site de LFI.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10788_4() { jQuery('#footnote_references_container_10788_4').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10788_4').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10788_4() { jQuery('#footnote_references_container_10788_4').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10788_4').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10788_4() { if (jQuery('#footnote_references_container_10788_4').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10788_4(); } else { footnote_collapse_reference_container_10788_4(); } } function footnote_moveToReference_10788_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10788_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10788_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10788_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/nouveau-peuple-nouvelle-gauche-critique/">À propos de « Nouveau Peuple, nouvelle gauche » : des arguments&#8230; pas si nouveaux.</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La théorie de la valeur </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 17:32:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Chris Harman]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[marx]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie de la valeur]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le Capitalisme est le règne de la marchandise : on n’y produit pas des biens pour satisfaire des besoins mais pour pouvoir les échanger sur le marché et en tirer un profit. Pourquoi 10 paires <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/" title="La théorie de la valeur ">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/">La théorie de la valeur </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Le Capitalisme est le règne de la marchandise : on n’y produit pas des biens pour satisfaire des besoins mais pour pouvoir les échanger sur le marché et en tirer un profit. Pourquoi 10 paires de lacets, une enceinte bluetooth bas-degamme ou un rouge à lèvre sont-ils interchangeables ? D’où vient ce profit et par quels mécanismes les capitalistes tentent-ils de l’augmenter ? Quelles sont les conséquences de cette quête du profit pour l’entièreté du système de production ? L’économie bourgeoise s’échigne à justifier l’état du marché économique par la loi de l’offre et de la demande. À rebours de cette rengaine, Chris Harman, militant révolutionnaire, nous présente la théorie de la valeur. </em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Decembre 2025</h6>



<p>Mais les machines, le capital produisent des marchandises aussi bien que le travail. Ainsi, il est juste que le capital, tout comme le travail, obtienne une part des richesses produites. Chaque « facteur de production » doit avoir sa récompense. </p>



<p>C’est comme cela que répond quelqu’un à qui on a appris un petit peu d’économie pro-capitaliste, à l’analyse marxiste de l’exploitation et de la plus-value. Et à première vue, l’objection semble se tenir. Car, assurément, on ne peut produire de richesse sans capital. Les marxistes n’ont jamais dit le contraire. Mais notre point de départ est bien différent. Nous commençons par demander : d’où vient le capital ? Comment les moyens de production sont apparus pour la première fois ? </p>



<p>La réponse n’est pas difficile à trouver. Tout ce que les humains ont utilisé, au cours de l’histoire, pour créer des richesses &#8211; que ce soit une hache de pierre néolithique ou un micro-ordinateur &#8211; a, à un moment, été créé par du travail humain. Même si on a eu besoin d’outils pour faire la hache, ces outils viennent d’un travail précédent. </p>



<p>C’est pourquoi Karl Marx parlait, au sujet des moyens de production, « de travail mort ». Alors que les hommes d’affaires se vantent du capital qu’ils possèdent, en réalité, ils se vantent d’avoir acquis le contrôle d’une vaste chaîne de travail de générations précédentes &#8211; ce qui ne veut pas dire du travail de leurs ancêtres, qui ne travaillaient pas plus qu’eux maintenant. </p>



<p>L’idée que le travail est la source des richesses &#8211; souvent appelée la « théorie de la valeur » &#8211; n’est pas une découverte originale de Marx. Tous les grands économistes pro-capitalistes avant lui l’avaient acceptée. </p>



<p>Des personnes, comme l’économiste écossais Adam Smith ou l’économiste anglais David Ricardo, l’avaient écrit quand le système du capitalisme industriel était encore jeune &#8211; peu avant et peu après la Révolution française. Les capitalistes ne dominaient pas encore et devaient connaître la source réelle de leur richesse s’ils devaient un jour dominer. Smith et Ricardo servirent leurs intérêts en leur montrant que le travail créait la richesse, et pour construire leurs richesses, ils avaient besoin de « libérer » le travail du joug des anciens dirigeants pré-capitalistes. </p>



<p>Mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que des penseurs proches de la classe ouvrière commencent à retourner l’argument contre les amis de Smith et Ricardo : si le travail crée la richesse, alors le travail crée le capital. Et les « droits du capital » ne sont rien de plus que les droits du travail usurpé. </p>



<p>Rapidement, les économistes qui soutenaient le capital décidèrent que la théorie de la valeur était sans fondement. Mais si vous creusez un peu plus leurs arguments, elle revient sans cesse sous une forme ou une autre. </p>



<p>Allumez la radio. Écoutez-la assez longtemps, et vous entendrez quelqu’un vous expliquer que, ce qui ne va pas dans l’économie française, c’est que « les gens ne travaillent pas assez dur » ou, et c’est une autre manière de le dire, que « la productivité est trop faible ». Ne cherchons pas, un instant, à savoir si ces arguments tiennent la route ou pas. Regardez plutôt la façon dont ils sont présentés. Ils ne disent jamais « les machines ne travaillent pas assez dur ». Non, c’est toujours les gens, les travailleurs.&nbsp;</p>



<p>Ils prétendent que, si seulement les travailleurs travaillaient plus dur, plus de richesses pourraient être créées, et que cela permettrait de faire de nouveaux investissements dans de nouvelles machines. Ceux qui se servent de ce genre d’arguments l’ignorent sûrement, mais ils affirment que plus de travail créera plus de capital. Le travail est la source des richesses. </p>



<p>Supposons que j’ai un billet de 50 euros dans ma poche. Quelle utilité cela a pour moi ? Après tout, ce n’est qu’un morceau de papier. Sa valeur réside dans le fait que je pourrai obtenir, en échange, quelque chose d’utile qui a été fabriqué par le travail de quelqu’un d’autre. Le billet de 50 euros n’est, en fait, que le droit de disposer des produits d’une certaine quantité de travail. Deux billets de 50 euros seront le droit de disposer des produits de deux fois cette quantité et ainsi de suite. </p>



<p>Quand nous mesurons la richesse, nous mesurons, en fait, la quantité de travail qui a été nécessaire pour la créer. </p>



<p>Bien sûr, tout le monde ne produit pas la même quantité, dans un temps donné. Si j’essayais, par exemple, de faire une table, cela me prendrait, peut-être, cinq à six fois plus de temps qu’un charpentier. Mais personne, sain d’esprit, ne me la paiera cinq à six fois le prix de celle faite par le charpentier. On estimera, plutôt, sa valeur suivant la quantité de travail fournie par le charpentier, pas par moi. </p>



<p>Supposons qu’il faut une heure à ce charpentier pour faire une table, on dira alors que la valeur de la table est équivalente à une heure de travail. Ce sera le temps de travail nécessaire pour la fabriquer, compte tenu du niveau moyen de technologie et des compétences de la société. </p>



<p>C’est pour cette raison que Marx insistait sur le fait que la valeur de quelque chose n’était pas, simplement, le temps que cela prenait à un individu pour le faire, mais le temps que cela prendrait à un individu travaillant avec le niveau de technologie moyen et les compétences moyennes &#8211; il appela ce temps moyen de travail, « le temps de travail socialement nécessaire ». Ce point est essentiel, car sous le capitalisme, des améliorations technologiques se produisent constamment, ce qui veut dire qu’il faut de moins en moins de temps pour produire. </p>



<p>Par exemple, quand les radios étaient faites avec des lampes, elles étaient très chères, parce qu’il fallait vraiment beaucoup de temps pour fabriquer les lampes, pour les brancher etc. Puis, le transistor fut inventé, qui pouvait être fabriqué et assemblé en beaucoup moins de temps. Soudainement, les travailleurs qui continuaient à produire des lampes pour radios, virent le prix de ce qu’ils produisaient dégringoler, car la valeur des radios n’était plus déterminée par le temps de travail nécessaire pour les faire avec des lampes, mais celui pour les faire avec des transistors. Un dernier point. Les prix de certaines choses varient grandement &#8211; jour après jour ou semaine après semaine. Ces changements peuvent provenir de plusieurs raisons autres que la baisse du temps nécessaire pour les produire. </p>



<p>Quand le gel tua tous les plants de café au Brésil, le prix du café explosa, parce qu’il y avait pénurie dans monde et que les gens étaient prêts à payer plus. Si, demain, une catastrophe quelconque venait à détruire tous les téléviseurs en France, il ne fait aucun doute que le prix des télévisions exploserait de la même façon. Ce que les économistes appellent « l’offre et la demande » explique de telles variations dans le prix. </p>



<p>Pour cette raison, beaucoup d’économistes pro-capitalistes prétendent que la théorie de la valeur est sans fondement. Ils disent que seules l’offre et la demande importent. C’est cela qui est sans fondement. Ils oublient que lorsque les prix varient, ils varient autour d’une valeur moyenne. La mer monte ou descend à cause des marées, mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas parler d’un point fixe autour duquel elle bouge, que nous appelons, d’ailleurs, le niveau de la mer. </p>



<p>De la même manière, le fait que les prix montent ou baissent, quotidiennement, ne signifie pas qu’il n’y a pas de valeurs fixes autour desquelles ils varient. Ainsi, si tous les téléviseurs étaient détruits, les premiers fabriqués seraient très demandés et très chers. Mais, il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il y en ait de plus en plus sur le marché, en concurrence les uns les autres, ce qui inévitablement baisserait les prix, jusqu’à atteindre leur valeur en termes de travail nécessaire pour les fabriquer. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Compétition et accumulation </h2>



<p>Il fut un temps où le capitalisme semblait être un système dynamique et progressiste. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, les vies de la plupart des hommes et des femmes ont été dominées par l’esclavage et l’exploitation. Le capitalisme industriel, lorsqu’il fit son apparition au XVIIIème et XIXème siècles, ne changea rien de tout cela. Cependant, il semblait mettre cet esclavage et cette exploitation à profit pour un but utile. Plutôt que de gaspiller des montagnes de richesses pour le luxe de quelques parasites aristocrates, plutôt que de construire de fastueuses tombes pour des monarques décédés, plutôt que d’enclencher de futiles guerres pour que le fils d’un empereur puisse gouverner un trou perdu, il utilisa les richesses pour construire les moyens qui permettent de produire encore plus de richesses. L’essor du capitalisme fut une période de croissance de l’industrie, des villes et des moyens de transport, à une échelle inimaginable pour les générations passées. </p>



<p>Aussi étrange que cela peut être de nos jours, des villes comme Lille, Lyon et certaines banlieues de Paris étaient des endroits miraculeux. L’humanité n’avait jamais vu autant de coton et de laine brute se transformer, aussi rapidement, en vêtements pour des millions de personnes. Cela ne venait pas de qualités particulières aux capitalistes. Ceux-ci étaient plutôt des gens nocifs, obsédés uniquement par les richesses qu’ils pouvaient récupérer en payant le moins possible pour le travail effectué. </p>



<p>Plusieurs classes dominantes antérieures leur avaient ressemblé, sous cet aspect, sans avoir à construire des industries. Mais les capitalistes étaient différents sur deux points importants. Le premier dont nous avons parlé &#8211; ils ne possédaient pas les travailleurs, ils les payaient à l’heure pour leur capacité à travailler, leur force de travail. Ils utilisaient des esclaves salariés, pas des esclaves. Ensuite, ils ne consommaient pas eux-mêmes les biens que les travailleurs produisaient. Le seigneur féodal vivait directement de la viande, du pain, du fromage et du vin produits par les serfs. Les capitalistes vivaient de la vente à d’autres personnes des biens produits par les travailleurs. </p>



<p>Cela donna au capitaliste individuel moins de liberté pour faire ce qu’il voulait que le possesseur d’esclaves ou le seigneur féodal. Pour vendre ses marchandises, il devait les produire au plus bas coût possible. Le capitaliste possédait l’usine et y était tout puissant. Mais il ne pouvait utiliser ce pouvoir comme il le souhaitait. Il devait s’agenouiller devant les impératifs de la compétition avec les autres usines. </p>



<p>Revenons à notre capitaliste préféré, M.Dupont. Supposons qu’une certaine quantité de coton produit dans son usine nécessite dix heures de travail pour sortir, mais que, dans une autre usine, cette quantité soit produite en cinq heures de travail. M.Dupont serait incapable d’obtenir, pour son produit, l’équivalent de dix heures de travail. Aucune personne sensée ne paierait ce prix, alors qu’il y a moins cher de l’autre côté de la rue. </p>



<p>Chaque capitaliste, qui voulait survivre dans les affaires, devait s’assurer que ses travailleurs travaillent le plus vite possible. Mais ce n’est pas tout. Il devait aussi s’assurer que ses travailleurs travaillent sur les machines les plus performantes, de telle sorte que leur travail produise autant de richesses en une heure que celui des autres travailleurs dans d’autres usines. Le capitaliste qui voulait survivre devait posséder de plus en plus grandes quantités de moyens de production &#8211; ou, comme disait Marx, accumuler du capital ! </p>



<p>La compétition entre les capitalistes créa un pouvoir, le système du marché, qui les tenait tous sous son emprise. Il les poussa à accélérer les cadences tout le temps et à investir sans arrêt dans de nouvelles machines ( et, bien sûr, à avoir leur propre luxe à côté ), et ils ne pouvaient se le permettre qu’à condition de garder les salaires des ouvriers aussi bas que possible. </p>



<p>Marx écrivit, dans son œuvre principale, Le Capital, que le capitaliste est un avare obsédé par l’acquisition incessante de plus en plus de richesses. Mais :</p>



<p>« Ce qui chez l’un parait être une manie individuelle est chez l’autre l’effet du mécanisme social dont il n’est qu’un rouage. Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l’accroître, et il ne peut continuer de l’accroître à moins d’une accumulation progressive. (&#8230;) </p>



<p>Accumulez, accumulez ! C’est la loi et les prophètes ! » </p>



<p>La production ne sert pas à satisfaire des besoins humains &#8211; mêmes ceux des capitalistes &#8211; mais elle sert à permettre à un capitaliste de survivre en concurrence avec un autre. Les travailleurs, employés par chacun d’eux, voient leurs vies dominées par la tendance qu’ont leurs employeurs à accumuler plus rapidement que leurs rivaux. </p>



<p>Comme le Manifeste du parti communiste l’explique : <br>« Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé&#8230; le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité ». </p>



<p>L’obligation pour les capitalistes d’accumuler, en concurrence les uns avec les autres, explique les grandes avancées industrielles des premières années du système. Mais quelque chose d’autre en résulta &#8211; les crises économiques à répétition. Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont aussi vieilles que le système lui-même. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Chris Harman<sup data-fn="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3" class="fn"><a id="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3-link" href="#d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3">1</a></sup></h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3">Cet article est extrait d’une brochure,<br><a href="https://quefaire.lautre.net/IMG/pdf/harmanmarxisme.pdf">« Qu’est-ce-que le marxisme »</a>, dont nous<br>vous conseillons la lecture. <a href="#d70f989c-9971-4dee-8847-b92aec917bd3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/la-theorie-de-la-valeur/">La théorie de la valeur </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?  </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 15:49:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Classe ouvrière]]></category>
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		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9731</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans les milieux militants, il semble être évident de se déclarer anti-capitaliste : le capitalisme provoque les guerres, la misère, la catastrophe écologique, et ses imbrications avec les oppressions racistes et patriarcales ne sont plus <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/" title="Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?  ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Dans les milieux militants, il semble être évident de se déclarer anti-capitaliste : le capitalisme provoque les guerres, la misère, la catastrophe écologique, et ses imbrications avec les oppressions racistes et patriarcales ne sont plus à démontrer. Pourtant, peu sont celleux qui partent des mécanismes internes du capital pour en comprendre les conséquences. Ce mode de production nous semble tellement normal, indépassable, qu’on ne prend même pas la peine de chercher à le comprendre.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p>En premier lieu, le capitalisme est un système économique basé sur le travail salarié et qui tend vers la division de la société en deux classes sociales, c’est-à-dire des personnes qui ont la même place dans le processus de production par rapport à un autre groupe.&nbsp;</p>


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<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="576c87" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1100" height="619" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-1100x619.webp" alt="" class="wp-image-9733 not-transparent" style="--dominant-color: #576c87; width:392px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-1100x619.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-768x432.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-1320x743.webp 1320w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
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<p>D’un côté, la classe capitaliste est la classe dominante, qui acquiert cette domination par l’exploitation de notre classe, en contrôlant les moyens de production. « Classe dominante » n’est pas juste une manière de dire qu’iels sont riches, ça met en lumière le pouvoir qu’iels ont dans la société toute entière, y compris en dehors de leur entreprise. Par exemple, la campagne <em>Stop Arming Israel</em> met en lumière qu’une poignée d’entreprises en France font le choix de vendre des armes, des composants électroniques ou du matériel de surveillance à Israël, qui serviront dans la colonisation et le génocide des Palestinien·ne·s. Dans une société où l’ensemble des rapports sociaux sont capitalistes, les structures étatiques et juridiques n’y échappent pas. La classe dominante s’organise pour maintenir ses profits et légitimer son pouvoir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un incontournable retour à l’économie marxiste</h2>



<p>Et en face, les marxistes parlent de la classe travailleuse. Est-ce une question de revenu, de culture, d’identité, d’éducation ? Bien sûr, tous ces critères en disent beaucoup sur les conditions de vie et sur les capacités de résistance de notre classe. Par contre, ils sont insuffisants pour comprendre comment fonctionne la société dans son ensemble.</p>



<p>En fait, l’immense majorité de la population, dans toute sa diversité, fait partie de la classe travailleuse. Pour définir cette classe, il faut revenir à la théorie de la valeur de Marx : dans le capitalisme, il y a des marchandises, qui peuvent être de toutes les formes, du pain au chocolat aux services de soins privés. Ces marchandises peuvent toutes être échangées les unes avec les autres, et ce qui permet de les mesurer ensemble, c’est le temps de travail nécessaire pour les produire (celui passé à créer la marchandise, à produire les matières premières, à transporter la marchandise vers le magasin, à la vendre, etc). Ainsi, la grandeur de valeur d’une marchandise, qui s’exprime par son prix, représente l’ensemble du travail qui a été nécessaire pour produire cette marchandise.</p>



<p>Et dans un système capitaliste, tout est une marchandise, notamment notre force de travail, c’est-à-dire le temps et l’énergie mis à disposition de l’employeur·se pendant nos heures de travail. Donc le patron·ne l’achète tout comme iel achèterait des matières premières ou de l’électricité. La question devient donc « combien coûte cette marchandise ? », car notre force de travail a une valeur, donc un prix, le salaire. Mon salaire est la quantité de travail qui est nécessaire pour reproduire ma force de travail : en gros, le salaire est ce qui sert à financer ce dont j’ai besoin pour être capable de retourner au travail le lendemain&nbsp;: payer mon loyer, à manger, ma carte Navigo et mon abonnement Netflix.</p>



<p>Sauf que, en une journée de travail, <em>nous produisons plus que ce qui est nécessaire à notre survie</em>. Si mon salaire est de 100 euros par jour (= j’ai besoin de 100 euros par jour pour financer la reproduction de ma force de travail), et si je travaille pendant 8 heures, mon employeur·se tirera de mon travail non pas 100, mais environ 150 euros ! Donc je lui rapporte plus que je ne lui coûte.</p>



<p>En France, les données de l’INSEE nous montrent qu’en 2022, sur l’ensemble de la valeur produite par les travailleurs, 65% leur a été reversé en salaire. Au reste, il faut retirer l’amortissement des machines ou le loyer du lieu de travail. Mais à la fin, pour chaque heure que nous travaillons, environ 6% de la valeur produite est accaparé et devient du profit.</p>



<p>Cela a une implication majeure sur la manière dont les inégalités sociales se forment : certain·e·s sont pauvres non pas <em>malgré </em>la richesse d’autrui&nbsp;: ce serait l’hypothèse – fausse – d’une mauvaise distribution des richesses. Mais certain·e·s sont pauvres et d’autres sont riches <em>parce que ce derniers s’enrichissent sur notre dos</em>. Ce mécanisme n’est pas dépassable sous le capitalisme car il est au cœur de la production du profit : les capitalistes individuellement ne peuvent pas choisir de ne pas exploiter les travailleur·se·s, parce que les différentes entreprises sont en concurrence les unes avec les autres et ne peuvent remporter des parts de marché qu’en proposant plus pour moins cher. Les capitalistes doivent donc faire augmenter la productivité du plus qu’iels peuvent : étirer la durée du travail, augmenter les cadences, utiliser des machines plus performantes, fliquer les travailleur·se·s… Par exemple, dans les entrepôts Amazon, le travail est distribué à l’aide d’algorithmes. Ce système électronique suit la productivité de chaque individu et Amazon licencie toutes celles et ceux qui ne parviennent pas à atteindre la niveau de productivité attendu, environ 160 colis par heure (en progression de 60% depuis 2019&nbsp;!). Résultat, un·e salarié·e d’Amazon France sur cinq y est atteint de troubles musculo-squelettiques.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans quelle classe es-tu ?</h2>



<p>La majorité d’entre nous appartenons au prolétariat, soit parce que nous travaillons pour quelqu’un, soit parce que nous allons bientôt le faire, soit parce que nous l’avons fait dans le passé ou que nous en sommes exclu.e.s mais ne pouvons bénéficier de rentes issus de l’exploitation d’autrui.</p>


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<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="797f84" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1100" height="825" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-1100x825.webp" alt="" class="wp-image-9737 not-transparent" style="--dominant-color: #797f84; width:340px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-1100x825.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-300x225.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-768x576.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-80x60.webp 80w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1.webp 1280w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
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<p>L’appartenance de classe ne dépend pas du revenu puisque celui-ci est toujours issu de notre propre travail, de la valeur que nous avons créée pendant notre journée de travail. Les salaires plus élevés sont souvent dus à une forte productivité, des difficultés de recrutement ou des acquis de luttes. La forme juridique salariale importe peu, comme on le voit avec les chauffeur·se·s Uber et autres faux micro-entrepreneur·se·s. Ce n’est pas non plus une question d’identité, de se sentir appartenir à la classe ouvrière : le marxisme est avant tout une théorie pour comprendre les mécanismes à la source de l’exploitation et élaborer des stratégies pour y mettre fin. Quelle que soit notre identité, notre appartenance de classe a un impact sur nos occupations, santé, logement, et sur les capacités de perpétuer ou de se protéger face à une oppression. Une distinction entre le secteur public et le secteur privé est souvent faite : dans un secteur public non marchand (comme l’éducation, la culture, la santé), les travailleur·se·s n’ont pas de patrons : font-iels partie de notre classe ? En effet, personne n’extrait, techniquement, de profit de leur travail. Par contre, ces travailleur·se·s produisent bien de la valeur en travaillant, puisqu’ils produisent un service qui remplit un besoin et qui est donc financé par l&rsquo;État. De plus, iels permettent à d’autres personnes de générer du profit, par exemple en formant ou soignant d’autres travailleur·se·s. Par ailleurs, les conditions de travail des fonctionnaires sont souvent similaires à celles des travailleur·se·s du privé, puisque l&rsquo;État, leur employeur, cherche très logiquement à faire augmenter leur productivité.</p>



<p>Le cas des managers et des flics est intéressant parce qu’il montre que la classe n’est pas une caractéristique figée : certains groupes sociaux ne font pas partie de notre classe, même s’ils produisent de la valeur en travaillant pour quelqu’un d’autre, et même si iels sont précaires, car leur position dans la production est de nous faire travailler, soit en organisant la production et notre travail, soit en réprimant notre résistance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Hétérogénéité de classe</h2>



<p>Notre classe n’est pas homogène : elle est constituée de personnes de toutes origines, identités de genre, religions… Mais même si tou·te·s ont le même intérêt à l’amélioration de leurs conditions de vie, certains groupes sont plus avancés que d’autres, avec une conscience de classe plus ou moins affirmée, certaines fractions du prolétariat sont réacs, racistes, sionistes, homophobes, certaines adhèrent aux différents partis bourgeois ou s’y opposent… Ça ne signifie pas qu’on peut militer avec n’importe qui parce qu’on est de la même classe, au contraire, la lutte se fait avec les personnes ayant la conscience la plus juste de leur position de classe et les plus cohérentes et consistantes quant à leurs actiosn. Ça veut surtout dire qu’il faut refuser les visions qui fétichisent la classe ouvrière, qui reposent toujours sur une simplification des rapports sociaux et de la lutte des classes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>A quoi ça sert ?</strong></h2>



<p>Marx écrivit en 1844 que « les philosophes n&rsquo;ont fait qu&rsquo;interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c&rsquo;est de le transformer. » À A2C, nous militons au quotidien parce que nous tirons de notre analyse du capitalisme des pistes pour le renverser, et si nous affinons nos analyses c’est pour nous permettre de militer de la manière la plus efficace.</p>



<p>Notre classe a non seulement intérêt à ce que ce système soit renversé, mais c’est elle seule qui a la capacité de le faire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Qui d’autre ?</strong></h2>



<p>Certains parlent du peuple, des masses, des « gens », qui tou·te·s ensemble pourraient abattre le capitalisme. Sauf que c’est un peu flou : ces gens, de quelle classe font-iels parti.e.s ? Si cela inclut des capitalistes cela ne peut que nous limiter. Par exemple, les petits patrons ne luttent souvent que parce qu’iels veulent s’enrichir individuellement et non pour s’opposer au fonctionnement inégalitaire du système. De même, si des prolétaires se mettent en mouvement sans se concevoir comme tels, la lutte ne peut dépasser un certain point et se condamne à stagner, en témoigne les gilets jaunes, qui ont occupé.e.s la rue et se sont confronté.e.s à la répression d’État en tant que citoyen.e.s ou personnes en colères, mais n’ont pas amené la lutte à l’intérieur des lieux de travail. En fait, ces « masses » peuvent <em>protester</em>, exprimer leur colère, de manière très véhémente. Mais les masses ne peuvent rien <em>construire </em>tant qu’elles ne s’organisent pas en tant que classe pour prendre en charge la société.</p>



<p>Est-ce l’identité ou le vécu qui permet de combattre une oppression ? Être discriminé.e ne donne pas nécessairement le pouvoir de lutter contre le système d’oppression. Par exemple, subir de la transphobie ne donne pas plus de capacités aux trans qu’aux cis pour lutter contre elle.</p>



<p>Par contre, la classe travailleuse a la pouvoir de renverser le système, contre l’exploitation et toutes les oppressions. Déjà, elle se rebelle. Partout, des mécontentements explosent, des grèves éclatent, les travailleur·se·s se révoltent contre l’exploitation, les conditions de travail, et pour la hausse des salaires. Iels n’ont rien à perdre parce qu’iels n’ont aucun privilège à consolider, parce qu’iels ne possèdent rien. C’est une première différence entre Marx et Engels et ceux qui les ont précédés, qu’on appelait les socialistes utopiques : ces derniers voyaient les travailleur·se·s comme des victimes à sauver, et Marx et Engels ont vu en eux des acteur·ice·s de leur propre destin.</p>



<p>Par ailleurs, la classe travailleuse est collective et globalisée: l’immense majorité de la population mondiale qui travaille le fait par le biais du travail salarié. On parle de milliards de personnes. En excluant les employeurs étatiques (donc les armées et les services de santé), les 10 entreprises qui emploient le plus de personnes dans le monde emploient près de 10 millions de personnes, et encore c’est sans compter la sous-traitance. Le plus gros employeur, Walmart, emploie plus de 2 millions de personnes, autant de gens qui ont tou·te·s le même ennemi de classe, Jim Walton. Rien qu’en France, les 243 plus grosses entreprises emploient un tiers de la population active. Ainsi, chaque marchandise a été produite par le biais du travail de milliers voire des centaines de milliers de personnes, dans le processus d’extraction des matières premières, de fabrication l’objet, du transport, de la vente etc.</p>



<p>Le caractère collectif, c’est aussi sur le même lieu de travail : pour travailler, et pour résister, nous sommes obligé.e.s de collaborer avec nos collègues. La résistance prend nécessairement une forme collective, parce qu’il ne peut y avoir aucun espoir d’affranchissement à l’échelle individuelle.</p>



<p>Et surtout, les travailleur.se.s, en tant que classe, font tourner la société. Cela nous donne un pouvoir immense, à la fois de refuser de travailler tant qu’on obtient pas gain de cause, mais aussi d’utiliser notre position stratégique dans la production pour lutter : c’est cela qui se passe quand la CGT Énergie coupe l’électricité de sièges d’entreprises ou à des élus&nbsp;; c’est ce qui se passe quand des travailleur·se·s hommes et femmes se mettent en grève pour l’obtention de congés menstruels. Et justement, en s’organisant, les travailleur·se·s donnent à voir à quoi ressemblerait une société sans patrons, une société dans laquelle à toutes les échelles, les décisions sont prises par toutes et tous.</p>



<p>À plus grande échelle, comment parler du pouvoir de la classe ouvrière sans évoquer la révolution russe de 1917 ? Le 8 mars 1917, jour de lutte pour les droits des travailleuses, des grèves éclatent en Russie dans les centres ouvriers, qui prennent rapidement une très large ampleur, en Russie et en Europe. La révolution russe met fin à une guerre mondiale dévastatrice, rend l’avortement et l’homosexualité légales pour la première fois dans l’histoire, montrant également la nécessité d’un parti révolutionnaire pour organiser les travailleur·se·s les plus déterminé·e·s.</p>


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<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="5c5c5c" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="661" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1.webp" alt="" class="wp-image-9735 not-transparent" style="--dominant-color: #5c5c5c; width:389px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1-300x198.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1-768x508.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>
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<p>La classe travailleuse s’y est organisée en soviets, le mot russe pour « conseil » : en pratique, les travailleur.se.s en grève dans chaque usine envoyaient des délégués au soviet de la ville qui s’agrandissait chaque jour, au fur et à mesure que de nouvelles usines étaient en grève. Les soviets, à Petrograd en particulier, ont rapidement représenté le pouvoir ouvrier, au point de renverser en quelques jours le Tsar dont la dynastie était au pouvoir depuis des siècles, et quelques mois plus tard le gouvernement bourgeois de Kerenski qui l’avait remplacé. Les travailleur·se·s se sont organisé·e·s entre eux pour prendre des décisions démocratiques, organiser la vie quotidienne, arrêter la guerre et gérer la production. Dans certaines usines, la direction a été licenciée par les ouvriers qui s’en emparaient pour la gérer eux-même. A l’échelle du plus vaste pays du monde et pendant plusieurs années, avant la contre-révolution stalinienne, cette révolution a montré que quand les travailleur.se.s agissent en tant que classe, pour eux même et contre la classe dominante&nbsp;: iels peuvent tout transformer.&nbsp;</p>



<p>À A2C, quand on parle de renverser le capitalisme, c’est cela que nous avons en tête : quand les travailleur·se·s agissent en tant que classe, iels sont en capacité de s’emparer de tout ce qui permet de faire tourner la société : entreprises, industries, internet etc. Et en construisant notre propre société sur les ruines de l’actuelle, ce seront les classes sociales elles-mêmes qui disparaîtront.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Vic Michel (Strasbourg)</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/">Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?  </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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