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	<title>Archives des Guyane - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Comprendre le colonialisme français pour mieux le combattre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2024 16:49:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[anticolonial]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Pour la plupart des observateur·rice·s dans le monde, il ne fait pas de doute que les «départements d’outre-mer» français sont des colonies, qui paraissent bien anachroniques après les <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/comprendre-le-colonialisme-francais-pour-mieux-le-combattre/" title="Comprendre le colonialisme français pour mieux le combattre">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Pour la plupart des observateur·rice·s dans le monde, il ne fait pas de doute que les «départements d’outre-mer» français sont des colonies, qui paraissent bien anachroniques après les vagues de luttes de libération nationale et le démantèlement des empires européens. Il n’y a qu’en France qu’on se convainc que les habitant·e·s de ces pays ont de la chance d’être pris en charge, même si on en connaît peu les réalités au-delà de quelques clichés. Et à chaque fois que des mouvements sociaux éclatent, on entend que ces territoires coûteraient cher à la France sans rien lui rapporter. Pourquoi dans ce cas y envoyer des contingents de gendarmes mobiles ? Pourquoi la France refuse-t-elle l’auto-détermination des peuples de Nouvelle-Calédonie, des Antilles, de Guyane ou de la Réunion ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un contre-développement qui produit des inégalités et de la pauvreté</strong></h2>



<p>L’esclavage a conduit à l’extermination des peuples autochtones puis à la déportation de millions d’Africain·e·s. Malgré son abolition dans les colonies françaises (1794 puis 1848), obtenue par les luttes de masse des esclaves et par la nécessité de moderniser le système, la structure hiérarchique socio-raciale pèse toujours dans les sociétés de plantation. Dans toutes les sociétés post-esclavagistes, on observe le maintien des Afro-descendant·es et des Autochtones dans une position subalterne. Les vagues d’immigration asiatique ont également contribué à ces sociétés créoles, dans lesquelles la couleur de peau et l’appartenance communautaire réelle ou supposée pèsent particulièrement sur le destin des individus et des groupes sociaux.&nbsp;</p>



<p>Tout développement économique endogène est combattu car il permettrait de sortir de la dépendance coloniale. La corruption de la classe politique est encouragée pour garder le contrôle sur les élites et discréditer l’indépendance.&nbsp;</p>



<p>Les tableaux ci-dessous font état de sociétés restées très inégalitaires, incomparables avec la France au niveau de la pauvreté et du développement humain. Depuis des décennies, le discours dominant est pourtant celui du « rattrapage des outre-mers », et les médias pointent régulièrement du doigt le coût des colonies pour la métropole.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="edefef" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="908" height="585" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/indicateurs-inegalites-jpg.webp" alt="" class="wp-image-9125 not-transparent" style="--dominant-color: #edefef; width:830px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/indicateurs-inegalites-jpg.webp 908w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/indicateurs-inegalites-300x193.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/indicateurs-inegalites-768x495.webp 768w" sizes="(max-width: 908px) 100vw, 908px" /></figure>



<p>La départementalisation de 1946 et la conquête progressive de droits sociaux équivalents à ceux des Français de l’Hexagone a conduit à élever les niveaux de vie comparativement aux pays voisins et à casser l’agriculture de substance. La dépendance aux transferts sociaux de la métropole s’en est accrue, et des vagues migratoires récentes ont permis la mise en concurrence entre travailleur·euse·s, et détournent les colères sociales.&nbsp;</p>



<p>Le rattrapage est un mythe. L’argent investi par l’Etat est insuffisant pour les besoins des populations et, grâce aux multiples défiscalisations, il revient majoritairement dans les poches des grandes entreprises françaises ou des descendants des colons, qui bénéficient de rentes monopolistiques. L’octroi de mer (une taxe à l’importation) permet d’exonérer l’Etat du financement des collectivités locales et de renforcer la dépendance aux produits importés. Les colonies départementalisées ne représentent donc pas un poids économique pour la France, comme le proclame l’idéologie dominante<sup data-fn="31dd68f0-831f-410e-b8e0-a14ec83cfa83" class="fn"><a id="31dd68f0-831f-410e-b8e0-a14ec83cfa83-link" href="#31dd68f0-831f-410e-b8e0-a14ec83cfa83">1</a></sup>.&nbsp;</p>



<p>Cependant, le principal enjeu des «confettis de l’empire colonial» n’est pas strictement économique. Pour comprendre pourquoi la France refuse de lâcher ses colonies, il faut observer les enjeux géostratégiques.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Des enjeux géostratégiques majeurs</strong></h2>



<p>De la guerre froide jusqu’au monde multipolaire actuel, la France est parvenue à maintenir son rang de grande puissance, parmi les 5 membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, dotée de l’arme atomique, avec une influence diplomatique grâce à la souveraineté qu’elle maintient sur les territoires qu’elle considère comme «ultra-marins». Le ratio du nombre de militaires par habitant est beaucoup plus important dans les colonies qu’en France, et la dernière loi de programmation militaire 2023-2028 renforce cette présence, avec le redéploiement des troupes auparavant stationnées en Afrique de l’Ouest.&nbsp;</p>



<p>Des bases militaires sont installées dans les océans Indien, Atlantique et Pacifique, et notamment dans la principale zone stratégique de confrontation inter-impérialisted’aujourd’hui, que les militaires appellent «indo-pacifique». Mayotte contrôle l’entrée du canal du Mozambique, et grâce à la Réunion, la Nouvelle Calédonie et la Polynésie, la France est signataire du Traité d&rsquo;Amitié et de Coopération en Asie du Sud-Est et participe au Forum régional de l&rsquo;ASEAN.&nbsp;</p>



<p>La France possède le deuxième domaine maritime derrière les Etats-Unis, avec une Zone économique exclusive de plus de 11 millions de km². Ce contrôle permet l’accès à d’importantes ressources halieutiques (pêche), mais surtout scientifiques et géostratégiques. Les fonds marins, un des derniers espaces peu exploités de la planète, représentent un des lieux majeurs de la compétition impérialiste au 21ème siècle. Par exemple, les Terres australes et antarctiques françaises abritent des stations météorologiques qui permettent d’observer le changement climatique, ainsi que des réserves de pétrole et de métaux rares. Même les courants marins pourraient devenir une nouvelle source d’énergie.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" width="630" height="450" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/bdf5f12_1700666280039-mfache-le-nickel-en-province-nord-nouvelle-calei-donie-238.avif" alt="" class="wp-image-9124" style="width:293px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption">Ouvriers à l&rsquo;usine de Koniambo Nickel SAS, à Voh, Kanaky</figcaption></figure>
</div>


<p>La Kanaky-Nouvelle-Calédonie est le 4ème producteur mondial de nickel, ses réserves sont évaluées à 10% du total mondial. L’exploitation du nickel représente 1/4 des emplois du privés (directs et indirects), et 90% des exportations, vers des pays d’Asie qui l’utilisent dans la production d’aciers de haute qualité ou de batteries électriques.&nbsp;</p>



<p>Le nickel représente un enjeu politique car, suite aux accords de Nouméa, la province Nord, à majorité kanak et indépendantiste, détient 51% du capital d’une des trois grandes usines de l&rsquo;île à Koniambo. Cependant, le développement économique fondé sur les ressources minières est fragile car il représente de lourds investissements et dépend des cours mondiaux qui peuvent varier très rapidement (la Bourse des Métaux est à Londres). L’exploitation minière a également des impacts très négatifs sur l’environnement. Les mêmes observations sont sans doute valables à propos des projets d’exploitation par Total du pétrole offshore au large de la Guyane .&nbsp;</p>



<p>En Guyane, le centre spatial européen de Kourou profite de sa localisation proche de l’équateur, car les lancements d’Ariane profitent d’une force maximale de rotation terrestre et demandent donc moins de kérosène. Pour cette raison, la France loue également à la Russie la base de Soyouz à Sinnamary. Cependant, la concurrence est de plus en plus forte avec les bases US en Floride et au Texas, russes en Sibérie, indiennes et chinoises, en vue de la conquête de l’espace, nouveau terrain de jeu pour l’expansion capitaliste.&nbsp;</p>



<p>Le caractère colonial de l’industrie spatiale française est avéré : absence de retombées économiques significatives via l’exonération de tout impôt sur le foncier, recrutement majoritairement exogène des cadres, ségrégation sociale et raciale de la ville de Kourou, refus d’enquêtes indépendantes sur les maladies respiratoires&#8230; Les Guyanais·e·s ne s’y sont pas trompé·e·s lors de la grève générale de 2017 : c’est le blocage stratégique du rond-point de la Carapa qui a empêché le décollage d’Ariane et permis la signature des Accords de Guyane.&nbsp;</p>



<p>La prise en compte de ces enjeux stratégiques permet de comprendre pourquoi la France fait tout pour conserver ses dernières colonies. Céder une réelle autonomie à l’une, ce serait prendre le risque de les perdre toutes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Entre luttes sociales et danger de «mayottisation»</strong></h2>



<p>Depuis les années 2000, la généralisation des grandes surfaces et de la société de consommation aux Antilles, en Guyane et à la Réunion a accentué la dépendance aux produits importés, avec des écarts de prix entre 15% et 40% sur les produits alimentaires. La lutte contre la vie chère est donc devenue une préoccupation importante. Autour de cette revendication se sont construites des coalitions sociales de circonstance et des perspectives politiques fluctuantes. En 2008-2009 ont eu lieu des grèves générales avec des barrages des carrefours routiers, où les syndicats de salarié·e·s avaient une place centrale, avec également une présence des petits patrons (notamment du transport) et une menace d’embrasement via l’entrée en scène de la jeunesse précarisée sur les barrages. Ces mouvements, héritiers d’une longue histoire de lutte, ont obtenu des avancées ponctuelles pour les travailleur·euse·s et la population mais n’ont pas réussi à modifier la structure économique et sociale qui produit la vie chère.&nbsp;</p>



<p>Les mouvements récents en Martinique, à la suite des mobilisations contre le pass sanitaire au moment du COVID, ont été menés par des collectifs moins ancrés dans la société et plus confus, avec certain·e·s leaders de premier plan qui acceptent de s’afficher auprès du RN. Les revendications prennent leur sens quand elles s’articulent dans un objectif d’émancipation sociale et décoloniale, sinon elle risque d’être un feu de paille, voire d’accroître la dépendance envers les produits importés de France et la défiance de la masse de la population.&nbsp;</p>



<p>Les ressentiments face aux maintien des inégalités et à l’incurie des élites politiques se combinent désormais avec la désignation des migrant·e·s les plus récent·e·s comme responsables de la crise. Les votes pour le RN ne sont plus limités aux familles des colons ou de leurs descendants et aux membres des forces de répression, ils sont devenus massifs au fil des scrutins présidentiels. Des discours ouvertement racistes se déploient, au sein de la petite bourgeoisie et dans les milieux populaires, y compris dans des secteurs jusque-là influencés par la gauche et les indépendantistes. L’Etat français est ainsi accusé de favoriser les migrant·e·s contre les natifs, la police est accusée d’être laxiste face à la délinquance, la suppression du droit du sol devient envisagée dans le débat public.</p>



<p>C’est à Mayotte, dernière colonie à être départementalisée, que ce processus d’unification de la société colonisée contre « l’étranger », comorien ou africain, est le plus engagé. Issue d’une séparation artificielle de l’archipel des Comores lors du passe-passe de Giscard au référendum de 1976, séparation toujours condamnée par les résolutions de l’ONU, l’île de Mayotte est aujourd’hui un laboratoire pour les politiques racistes et sécuritaires. Des maires peuvent appeler publiquement la population mahoraise à des opérations de destruction des maisons des migrant·e·s et de traque des exilé·e·s, avec la passivité ou le soutien des forces de police. A tel point qu’on parle de «mayottisation» pour désigner les pires scénarios auxquels mènent les politiques de division raciste des populations.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment être anticolonialiste en France ?</strong></h2>



<p>Un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre. Pour les militant·e·s de la gauche française, dont l’auteur de cet article fait partie, cette affirmation devrait être davantage méditée. Les anticolonialistes guyanais·e·s ont l’habitude de dire des Français·e·s qui viennent travailler dans leurs pays, qu’iels se disent souvent humanistes, et parfois féministes, syndicalistes ou communistes quand iels prennent l’avion à Roissy, mais qu’après huit heures de vol, arrivé·e·s en pays dominé, le plus souvent iels se retrouvent juste dans une position de colon, avec la mentalité et les réflexes qui vont avec. Le paternalisme colonial, la certitude de la supériorité de ses valeurs et de sa culture, de son «modèle républicain», continuent souvent à gangrener la gauche française. Le programme de la France insoumise dans les colonies, par exemple, se propose d’appliquer ce que les gouvernements successifs promettent depuis des décennies, un alignement des conditions de vie sur la métropole et une adaptation à la marge des réglementations en vigueur, dans le cadre d’une «égalité républicaine» de moins en moins crédible<sup data-fn="d9d3f561-eb9e-457f-936f-d4973aa53c34" class="fn"><a id="d9d3f561-eb9e-457f-936f-d4973aa53c34-link" href="#d9d3f561-eb9e-457f-936f-d4973aa53c34">2</a></sup>.&nbsp;</p>



<p>Dans le contexte d’un risque de déclassement de la France au niveau international, qui serait encore amplifié par la perte de ses dernières colonies, il n’est pas toujours facile de tenir des positions internationalistes.&nbsp;</p>



<p>Ce que ne comprennent pas les nostalgiques de la grandeur française, c’est que de nombreux peuples sont en train de comprendre qu’ils pourraient vivre mieux en sortant de la tutelle. Soixante ans après l’indépendance du Burkina Faso, 80% de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, alors que l’ancienne puissance coloniale extrait l’uranium du Niger voisin pour son industrie nucléaire. Quelques mois après le départ des militaires français, le gouvernement burkinabé signait un contrat avec la Russie pour la construction prochaine d’une centrale nucléaire sur place.&nbsp;</p>



<p>L’Azerbaidjan, qui préside le mouvement des non-alignés<sup data-fn="8b748729-2d30-4c39-a94a-344cfdd0307e" class="fn"><a id="8b748729-2d30-4c39-a94a-344cfdd0307e-link" href="#8b748729-2d30-4c39-a94a-344cfdd0307e">3</a></sup> à l’ONU, critique ouvertement la politique de la France dans ses colonies et propose un soutien matériel et diplomatique aux mouvements qui la contestent. Bien sûr, ce pays utilise ce moyen pour faire pression dans le cadre de sa guerre contre les Arméniens du Haut Karabagh, soutenus (officiellement) par la France. Nous ne sommes pas sur une approche campiste, à A2C, nous avons une vision globale de l’impérialisme, mais nous savons que notre responsabilité première est de lutter contre «notre» classe dirigeante, contre le pouvoir de nuisance de «notre» État, , car personne ne pourra le faire à notre place.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="7b685e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7b685e;" decoding="async" width="1100" height="688" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/revolution-des-oeillets-1100x688.webp" alt="" class="wp-image-9123 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/revolution-des-oeillets-1100x688.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/revolution-des-oeillets-300x188.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/revolution-des-oeillets-768x480.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/revolution-des-oeillets-jpeg.webp 1200w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>Alors qu’on vient de célébrer le cinquantième anniversaire de la Révolution des Œillets, un parallèle pourrait nous être utile. Le Portugal était, en 1974, un pays qui s’accrochait à ses colonies de l’Angola et du Mozambique, et dont la défaite a conduit ses soldats à se retourner contre le pouvoir, et à fraterniser avec les mouvements ouvriers. C’était un pays devenu marginal en Europe, où le projet de l’extrême-droite au pouvoir était de revenir à l’âge d’or (très) lointain d’un empire colonial disparu. Un pays où la jonction de la révolution anticoloniale et de la révolution sociale a permis une des dernières expériences d’un pouvoir par en bas en Europe de l’Ouest<sup data-fn="70445efc-8777-4737-b5fb-edf18c0ee580" class="fn"><a id="70445efc-8777-4737-b5fb-edf18c0ee580-link" href="#70445efc-8777-4737-b5fb-edf18c0ee580">4</a></sup>.&nbsp;</p>



<p>A l’heure où les fascistes, en France et ailleurs, portent ce fantasme de la «grandeur» coloniale perdue, à nous de faire vivre un internationalisme concret, à la fois humble et ambitieux, qui représente la condition de nos victoires futures.&nbsp;&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Vincent Touchaleaume (Marseille)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Kanaky : L’ennemi principal est dans notre pays !&nbsp;</strong></h2>



<p>Le 13 mai 2024, face à un projet de dégel du corps électoral, la société kanak s&rsquo;est soulevée contre le colonialisme : manifestation massive à Nouméa, mutinerie à la prison de Camp Est, grèves au port et à l&rsquo;aéroport, blocage de dépôts de carburants, incendies des entreprises de colons…<sup data-fn="d42e2ffc-cce6-470e-80a4-d3cc1b36d650" class="fn"><a id="d42e2ffc-cce6-470e-80a4-d3cc1b36d650-link" href="#d42e2ffc-cce6-470e-80a4-d3cc1b36d650">5</a></sup> Ce sont les travailleur·euse·s, les tribus et la jeunesse kanak qui se sont mobilisé·e·s contre la poursuite d&rsquo;une colonisation de peuplement, dans ce qui est le plus grand mouvement indépendantiste depuis la période des « Événements » (1984-1988)<sup data-fn="00e70160-8033-4c97-9b53-324513fe677c" class="fn"><a id="00e70160-8033-4c97-9b53-324513fe677c-link" href="#00e70160-8033-4c97-9b53-324513fe677c">6</a></sup>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="777377" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #777377;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="618" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/Kanaky1-1100x618.webp" alt="" class="wp-image-9122 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/Kanaky1-1100x618.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/Kanaky1-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/Kanaky1-768x431.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/Kanaky1-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/Kanaky1-png.webp 1280w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">Manifestation à Nouméa</figcaption></figure>



<p>Les raisons de ce soulèvement sont multiples et profondes, sociales et politiques ! Niveau de vie et d&rsquo;études, chômage, incarcération, accès aux services, racisme : la ségrégation des Kanak persiste. La responsabilité en incombe évidemment au colonialisme français. Mais la défiance de la jeunesse envers les partis indépendantistes, qui ont fait confiance au colonisateur pour décoloniser, a aussi participé de l’ampleur du mouvement et des moyens d’actions.</p>



<p>Dès le 14 mai, la France réprimait sévèrement : couvre-feu, arrestations, envoi de troupes et de matériel de guerre, suspension de TikTok, soutien aux milices loyalistes armées, etc. À ce jour, les troupes coloniales et les milices ont tué 11 Kanak. La France a déplacé plus de 70 Kanak de Camp Est aux prisons de la métropole et 7 cadres de la CCAT<sup data-fn="e07466f2-2370-445e-890f-9b8ff230c802" class="fn"><a id="e07466f2-2370-445e-890f-9b8ff230c802-link" href="#e07466f2-2370-445e-890f-9b8ff230c802">7</a></sup> y ont été également déporté·e·s. Iels risquent des dizaines d&rsquo;années de prison pour leur rôle dans l&rsquo;organisation de la lutte d&rsquo;indépendance.</p>



<p><strong>Face à l’une des principales puissances militaires, l’indépendance kanak nécessite l&rsquo;existence d&rsquo;un mouvement massif de solidarité depuis la métropole.</strong> Nous avons la capacité d&rsquo;agir et d&rsquo;influer positivement sur l&rsquo;issue de leur lutte, par exemple en s&rsquo;opposant à l&rsquo;envoi des forces de répression et en visibilisant les exactions de l&rsquo;Etat français. Réciproquement, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des luttes des opprimé·e·s en France qui se renforcerait des victoires du peuple kanak face à l&rsquo;Etat français. Dans l&rsquo;immédiat, l&rsquo;urgence est de se mobiliser aux côtés de la diaspora et des organisations kanak en métropole pour la libération et le rapatriement de tou·te·s les prisonnier·e·s politiques kanak.</p>



<h5 class="wp-block-heading">A2C Strasbourg</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="31dd68f0-831f-410e-b8e0-a14ec83cfa83">Un article plutôt objectif du principal journal économique patronal en attestait suite aux grandes grèves de 2009 : les Echos, <a href="https://www.lesechos.fr/2009/03/combien-coute-loutre-mer-a-la-france-1081771" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Combien coûte l&rsquo;outre-mer à la France ?</a> <a href="#31dd68f0-831f-410e-b8e0-a14ec83cfa83-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="d9d3f561-eb9e-457f-936f-d4973aa53c34">Elodie Nac, <a href="https://blogs.mediapart.fr/adrien-guilleau/blog/160217/adresse-aux-camarades-de-france-insoumise">Adresse aux camarades de France Insoumise</a>, Mediapart <a href="#d9d3f561-eb9e-457f-936f-d4973aa53c34-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="8b748729-2d30-4c39-a94a-344cfdd0307e">Mouvement représentant 120 pays à l’ONU, né de la conférence de Bandung en 1955 et ayant soutenu la décolonisation de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’ Amérique <a href="#8b748729-2d30-4c39-a94a-344cfdd0307e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="70445efc-8777-4737-b5fb-edf18c0ee580">On peut écouter à ce sujet l’<a href="https://drive.google.com/file/d/1C5FRFJ5R49aS1qLqFlEp94nXjkqBaOoL/view" target="_blank" rel="noreferrer noopener">introduction de Gaël</a> lors du week-end IDF de mars 2024 <a href="#70445efc-8777-4737-b5fb-edf18c0ee580-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="d42e2ffc-cce6-470e-80a4-d3cc1b36d650">Pour plus de contextualisation, voir Luc Tournabien, <a href="https://blogs.mediapart.fr/lindependant-knc/blog/200924/nouvelle-caledonie-comment-les-exactions-de-l-etat-ont-mene-au-chaos-insurrectionnel" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Nouvelle-Calédonie : comment les exactions de l’État ont mené au chaos insurrectionnel</a> <a href="#d42e2ffc-cce6-470e-80a4-d3cc1b36d650-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="00e70160-8033-4c97-9b53-324513fe677c">Survie.org, <a href="https://survie.org/billets-d-afrique/2018/275-mars-2018/article/histoire-de-la-kanaky-en-quelques-dates" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Histoire de Kanaky en quelques dates</a> <a href="#00e70160-8033-4c97-9b53-324513fe677c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="e07466f2-2370-445e-890f-9b8ff230c802">CCAT : Cellule de Coordination des Actions de Terrain, émanation de l’Union Calédonienne, principale organisation indépendantiste. <a href="#e07466f2-2370-445e-890f-9b8ff230c802-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol>


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		<title>Faire vivre l&#039;« esprit du 28 mars » ! Interview avec des militants du MDES et de l&#039;UTG sur le mouvement social en Guyane.</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/faire-vivre-l-esprit-du-28-mars-interview-avec-des-militants-du-mdes-et-de-lutg-sur-le-mouvement-social-en-guyane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jun 2017 18:33:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Guyane]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Vincent TOUCHALEAUME &#8211; Je suis enseignant en lycée professionnel, je vis à Cayenne depuis 2009. Syndiqué au STEG-UTG, le syndicat des travailleurs de l&#8217;éducation de la principale centrale guyanaise, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/faire-vivre-l-esprit-du-28-mars-interview-avec-des-militants-du-mdes-et-de-lutg-sur-le-mouvement-social-en-guyane/" title="Faire vivre l&#039;« esprit du 28 mars » ! Interview avec des militants du MDES et de l&#039;UTG sur le mouvement social en Guyane.">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2></h2>
<p><strong>Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?</strong><br />
Vincent TOUCHALEAUME &#8211; Je suis enseignant en lycée professionnel, je vis à Cayenne depuis 2009. Syndiqué au STEG-UTG, le syndicat des travailleurs de l&rsquo;éducation de la principale centrale guyanaise, j&rsquo;ai été élu au bureau du syndicat au poste de secrétaire.<br />
Adrien GUILLEAU – Je travaille comme sage-femme à l&rsquo;hôpital de Cayenne depuis 2010, et suis également syndiqué à l&rsquo;UTG.<br />
L&rsquo;un comme l&rsquo;autre, nous avions milité au NPA en France et avons donc rejoint le Mouvement de décolonisation et d&rsquo;émancipation sociale (MDES), le principal parti de la gauche radicale guyanaise.<br />
<strong>Quelles sont les principales caractéristiques de la société guyanaise ?</strong><br />
Une première caractéristique importante est le dynamisme démographique. La société change rapidement car la population double en moyenne tous les 20 ans depuis le milieu des années 1970. Cette croissance est alimentée par des flux migratoires importants depuis le Surinam et le Brésil, pays voisins, ainsi que depuis Haïti, mais aussi par le dynamisme interne notamment des populations bushinenge dans l&rsquo;Ouest guyanais. La moitié de la population a moins de 25 ans, avec un taux de fécondité encore très élevé : 3,5 enfants par femme en moyenne, plus fort dans les communes des fleuves frontières, Maroni et Oyapock, moins élevé autour de Cayenne.<br />
Cette forte croissance démographique est souvent montrée du doigt pour expliquer les problèmes du pays, et on l&rsquo;associe souvent aux « étrangers » (1/3 environ de la population n&rsquo;a pas la nationalité française) qui viendraient « profiter du système » et dont les femmes feraient des enfants « pour la CAF ».<br />
En réalité, la Guyane n&rsquo;est pas très peuplée avec ses 300 000 habitants massés dans leur majorité sur une étroite bande littorale. L&rsquo;espace ne manque pas et les richesses du territoire sont potentiellement importantes (or et minerais, biodiversité, pétrole). Le problème vient plutôt du décalage entre le système administratif et la réalité. Les chiffres officiels sont sous-évalués, ce qui provoque une insuffisance structurelle des services publics (hôpitaux, écoles, logements HLM, la Poste, les impôts, la préfecture). Le fonctionnement français et occidental en général est également clairement inadapté aux réalités d&rsquo;un jeune pays amazonien comme la Guyane.<br />
La deuxième caractéristique est en effet un statut administratif particulier hérité de l&rsquo;histoire, qui est celui d&rsquo;une « colonie départementalisée ». Officiellement, le droit français s&rsquo;applique pleinement. En réalité, il est régulièrement bafoué par les décalages géographiques, sociaux, économiques et culturels, et par le poids des rapports coloniaux avec la « métropole ». Face à cette contradiction, la plupart des gens sont souvent spontanément « assimilationnistes ». C&rsquo;est le courant dominant après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, selon lequel le combat pour l&rsquo;égalité est pensé comme un alignement sur la France pour « rattraper le retard ». Ce combat a abouti en 1946 à la loi de départementalisation proposée par le député communiste martiniquais Aimé CESAIRE, et des luttes importantes ont eu lieu depuis pour obtenir « l&rsquo;égalité réelle », qui n&rsquo;est toujours pas atteinte malgré la loi du même nom votée sous le gouvernement HOLLANDE.<br />
En Guyane, dès 1946, un autre courant politique idéologique se développe autour de Léon-Gontran DAMAS, qui a fondé le mouvement de la négritude avec CESAIRE et le Sénégalais SENGHOR et qui est le plus radical des trois. DAMAS critique l’assimilation en tant qu&rsquo;aliénation coloniale et appelle les Guyanais à s&rsquo;accepter en tant que peuple singulier et riche de son histoire. Trois fleuves coulent dans ses veines, comme il l&rsquo;écrit dans un poème connu, Black Label, en 1955 : amérindien, africain et blanc.<br />
Depuis, un combat incessant a été mené pour la justice sociale, parfois au nom de l&rsquo;assimilation, parfois au nom de l&rsquo;autonomie qui sera le slogan du Parti Socialiste Guyanais de Justin CATAYEE dans les années 1950, parfois sous la bannière de l&rsquo;indépendance, qui devient un mot d&rsquo;ordre très populaire dans les années1970 et qui oriente le combat de l&rsquo;Union des Travailleurs Guyanais (UTG, créée lors du congrès de l&rsquo;UD CGT de 1967).<br />
Ce n&rsquo;est pas une caricature que de parler de colonie car la structure économique est quasiment inchangée depuis l&rsquo;exclusif théorisé par Colbert au XVIIIème siècle : la colonie ne doit commercer qu&rsquo;avec la métropole et dans son intérêt exclusif. L&rsquo;industrie du spatial a remplacé le sucre comme principale exportation. Pour le reste, c&rsquo;est une économie de transfert où l&rsquo;argent versé par l’État pour les fonctionnaires ou les allocations revient de toute façon en France par le biais de la consommation. Les importateurs, souvent martiniquais, se servent de gros profits au passage.<br />
La Guyane a connu des mouvements de masse assez réguliers, (1992, 1996-97, 2001, 2008), mais l’État a toujours pu s&rsquo;appuyer sur des élus conciliants pour empêcher le changement, qu&rsquo;il soit statutaire ou économique et social.<br />
<strong>Quelles ont été les différentes phases du mouvement ? Pouvez vou aussi nous expliquer le rôle des différentes classes sociales dans la mobilisation ?</strong><br />
La mobilisation a été impulsée par une partie du patronat guyanais (MEDEF, CGPME, Socioprofessionnels) qui ont profité de la venue de Ségolène Royal pour demander le respect des engagements financiers prévu dans le Pacte d&rsquo;Avenir. Ce pacte avait été promis lors de de la visite de François Hollande en 2013. Depuis décembre 2016, les négociations finales de ce pacte qui prévoyait plusieurs milliards d&rsquo;investissement sur 10 ans étaient au point mort. Les problématiques sécuritaires portées par les 500 Frères contre la délinquance sont venues se greffer à ces revendications. Dans la foulée, les travailleurs d&rsquo;EDF, d&rsquo;ENDEL et du CMCK (<em>Centre Médico Chirurgical de Kourou</em>) ont profité de ce climat de défiance vis à vis de l’État pour entrer dans le mouvement en bloquant le Centre Spatial Guyanais et la fusée Ariane, ce qui a ouvert à une confrontation générale.<br />
La phase de négociation conduit à amplifier les dissensions internes dans le KPLD (<em>Kolectif Pou Lagwiyann Dekole</em>). Pour répondre aux 400 pages de revendications, les ministres vont entraîner le KPLD vers des négociations sectorielles. Cette stratégie permettra à l&rsquo;Etat de passer des accords avec le patronat sans l&rsquo;aval du collectif. A l&rsquo;issu de ces négociations, un plan d&rsquo;urgence d&rsquo;un milliard satisfaisant essentiellement le patronat et les revendications sécuritaires est acté par le gouvernement. Les revendications des autres pôles sont laissées pour compte et le KPLD demande une rallonge de 2,1 milliards d&rsquo;euros.<br />
A l&rsquo;issue de cette première phase de négociation, le KPLD connait une longue période de flottement. Pendant deux semaines, le collectif va devoir affronter de nombreuses tentatives de déstabilisations internes. Ainsi, tour à tour, le MEDEF, la CGPME, la FEDOMG (<em><span class="st">Fédération Des Opérateurs Miniers de Guyane</span></em>), les 500 frères, Trop Violans, une partie du collectif des avocats, vont chercher à suspendre le mouvement, voire même à faire exploser le KPLD. Ils vont chercher par tout les moyens à garantir le milliard promis par l&rsquo;Etat tout en proposant une suspension du mouvement jusque la fin de la période électorale. Il faudra alors, toute la détermination et la vigilance des militants de l&rsquo;UTG, mais aussi des militants des pôles les plus organisés (éducation, santé, foncier) pour structurer le collectif et maintenir un cap.<br />
Finalement, ce n&rsquo;est que le 15 avril que le KPLD va envoyé une première mouture, de ce qui deviendra les Accords de Guyane, au Président de la République, mettant ainsi fin à cette intenable instabilité. Le porte parole du KPLD, leader des 500 frères Mika Mencé, en désaccord, notamment avec les demandes d&rsquo;évolutions statutaires, va alors démissionner. Il sera remplacé le lendemain par Davy Rimane, Secrétaire Générale de l&rsquo;UTG Éclairage (EDF). Quatre jours plus tard, après une intense séquence de négociations, les Accords de Guyane sont signé.<br />
<strong>En quoi le protocole de fin de conflit arraché au terme du mouvement correspond-il à une victoire ?</strong><br />
Plus de 95% du protocole proposé par le KPLD sont validés. En plus du milliard d&rsquo;euro du plan d&rsquo;urgence, l&rsquo;Etat s&rsquo;est engagé sur une somme de 2,1 milliards supplémentaire et tous les engagements pris par les ministres lors de la première séquence de négociation sont garantis. Cela inclue notamment, de nombreux engagements en termes de développement de structures sanitaires et de désenclavement du territoire. 650000 hectares de terres sont rétrocédés vers la Communauté Territoriale de Guyane et les peuples autochtones et la rétrocession totale du foncier sera discutée<em> lors des prochains Etats Généraux</em>. Enfin, ces accords prévoient la mise en place d’États Généraux, devant déboucher sur un référendum sur l&rsquo;évolution statutaire de la Guyane. L&rsquo;évolution statutaire fait écho à l&rsquo;incompatibilité du système français à s&rsquo;adapter aux réalités guyanaise.<br />
Au final, malgré de nombreuses tentatives de déstabilisations qui perdurent encore à ce jour, le mouvement qui a vu plusieurs dizaines de milliers de Guyanais se mobiliser durant plus d&rsquo;un mois a accouché d&rsquo;Accords de Guyane prometteurs. Charge à nous de rester vigilants et déterminés pour que l’État et les élus guyanais tiennent leurs engagements.<br />
<strong>Comment s&rsquo;organisait la mobilisation ? Qui y participait ? Qui la dirigeait ?</strong><br />
Le Kolectif Pou Lagwiyann Dékolé a regroupé près d&rsquo;une quarantaines d&rsquo;associations, de syndicats et de collectifs. Il est animé par une équipe de militants peu connus au départ, assez jeunes, et assez indépendants des organisations traditionnelles. Les syndiqués ou les militants politiques étaient plutôt là à titre individuel. Le collectif est composé de sept pôles : Éducation, Santé, Insécurité, Foncier, Energie, Economie et Peuples Autochtones.  Les 500 frères représentent un mouvement ambivalent, partis de revendications réactionnaires mais exprimant une forte défiance vis-à-vis de l’État. Au fur et à mesure du mouvement, des divisions apparaissent en leur sein sur la stratégie. Ils représentent jusqu&rsquo;à maintenant un symbole fort, malgré une scission récente, mais ils ont perdu leur rôle propulsif au bout de la troisième semaine. L&rsquo;UTG a joué un rôle important en appelant à la grève générale, ce qui a permis le succès du 28 mars, puis en tenant plusieurs barrages centraux.<br />
Dès la mise en place des barrages, Radio Pèyi (appartenant au groupe RTL) va devenir le porte voix de la mobilisation. Tous leurs programmes sont interrompus et la radio diffuse 24h/24 le mouvement social. Des correspondants sont en place sur chaque barrage, l&rsquo;évolution de la situation sociale se vit en direct, tous les auditeurs peuvent prendre la parole toute la journée, des personnalités politiques, notamment indépendantistes, sont invitées à parler pendant, parfois, plusieurs heures non stop. Radio Pèyi devient « Radio Barricade » et permet à toute la population de ressentir ce mouvement. D&rsquo;ailleurs tous les barrages sont rejoints par des milliers d&rsquo;anonymes qui viennent y passer la journée, la soirée, voire, la nuit. A compter du 24 mars, les barrages de Suzini et de la Crique Fouillé vont réunir chaque soir environ des milliers de personnes chacun.<br />
Les groupes Watsapp ont également joué un rôle prédominant. C&rsquo;est à partir de ce réseau social que se sont formés les collectifs citoyens, puis que les informations ont circulé à une échelle de masse. Au plus fort du mouvement, ont pouvait recevoir plus de 1500 messages par jour, ce qui est impossible à lire, mais les groupes ont permis à beaucoup de gens de s&rsquo;informer et de s&rsquo;organiser.<br />
Certains Facebook live ont aussi marqué les esprits, permettant aux gens d&rsquo;apprendre que la police avait gazé et de rejoindre la préfecture, ou de suivre les débats sur les barrages. Le MDES a monté une petite équipe vidéo et a contribué à alimenté les débats en popularisant l&rsquo;idée qu&rsquo;il fallait compter sur nous-même pour gagner.<br />
<strong>Quelle politique ont suivi l&rsquo;UTG et le MDES dans le mouvement ?</strong><br />
Les militants de l&rsquo;UTG et du MDES ont une expérience importante des grands mouvements sociaux qui ont marqué la Guyane. Pourtant, dans la dernière période, les organisations anticolonialistes ont été affaiblies, l&rsquo;indépendance est un mot utilisé comme chiffon rouge pour effrayer les gens. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs symptomatique que le mouvement ait été lancé par d&rsquo;autres forces. Dans un premier temps, le MDES a décidé d&rsquo;y participer mais en restant discret, afin de prendre le temps de comprendre ce qui se passait. Tout au long du mouvement, il a plutôt évité de se mettre en avant pour ne pas se prendre de coups, même si certains militants ont joué un rôle important dans différents cadres.<br />
Sa principale contribution a été l&rsquo;initiative du protocole de fin de conflit, qui ouvre la possibilité de tourner une nouvelle page de l&rsquo;histoire de la Guyane. Pourtant, les efforts menés depuis 25 ans ont payé dans le sens qu&rsquo;elles ont transmis des réflexes, une vision globale, qui a influencé le collectif et les gens qui rentraient en lutte. Le mouvement a confirmé ce que dit le MDES depuis des années, à savoir que des thèmes comme la propriété foncière, le changement de statut, l&rsquo;unité des différentes communautés sont les questions décisives pour l&rsquo;avenir.<br />
<strong>Vous avez mené une expérience de lutte un peu originale sur le barrage « Éducation » , Vincent, peux-tu la décrire ?</strong><br />
Dans l&rsquo;éducation, le syndicat a été contacté dès le départ par deux représentantes de l&rsquo;UTPE (petites entreprises) très engagées dans le collectif POU LAGWIYANN DEKOLE. Nous avons décidé de soutenir et nous avons organisé un barrage devant le Rectorat et l&rsquo;Université, avec des lycéens et des étudiants, pour faire entendre la voix de l&rsquo;éducation. Ce barrage est resté de taille modeste par rapport aux principaux rond-points de Cayenne car les établissements avaient été fermés par l&rsquo;administration dès le début du mouvement, sans permettre aux élèves et étudiants de s&rsquo;y organiser. La deuxième raison est que les professeurs, souvent venus de France ou des Antilles pour quelques années, sont en majorité conservateurs et ne sont pas rentrés massivement dans la lutte. Les syndicats majoritaires, UNSA et FSU, sont restés plus ou moins au bord du mouvement. Seul un collectif étudiant et lycéen né pendant le mouvement, Sud Education et la FCPE se sont vraiment impliqués aux côtés du STEG-UTG.<br />
Cependant, nous avons réussi à tenir le barrage jour et nuit pendant 5 semaines en apprenant à nous organiser avec des personnes aux expériences très différentes. Nous avons organisé des débats réguliers en invitant des universitaires mais aussi en donnant la parole aux jeunes présents, en projetant des films. Nous sommes le seul barrage à avoir tenu des AG régulières pour prendre les décisions ensemble. Ce fonctionnement a permis d&rsquo;élaborer une Plate-forme de la co-éducation, pour l&rsquo;école de Guyane, à partir des revendications exprimées sur tout le territoire. Une délégation de 21 membres (plus les suppléants) a été élue avec un tiers d&rsquo;élèves, un tiers de parents et un tiers de professeurs, afin de rencontrer le Recteur, le Président de la Collectivité territoriale et les maires.<br />
Une Caravane de l&rsquo;éducation se met en place pour sillonner les 22 communes du pays afin de rencontrer la population et les différents acteurs. Le but est d&rsquo;établir un document-cadre à soumettre aux Congrès des élus prévu dans le cadre de l&rsquo;Accord de Guyane. Programmes, recrutement et formation des professeurs, conditions de scolarisation, constructions en matériaux locaux, ouverture de filières&#8230; la démarche part des besoins pour tracer les contours d&rsquo;une autre école.<br />
<strong>Quelles sont les leçons tirées par les unes et les autres ? En quoi l&rsquo;ambiance a-t-elle changé depuis ?</strong><br />
Plusieurs luttes sectorielles se sont engagées depuis. A EDF, les grévistes ont retardé les plans d&rsquo;économie programmés au niveau national, et popularisé le besoin d&rsquo;une politique énergétique plus ambitieuse pour améliorer la qualité du réseau et éviter les coupures régulières. A l&rsquo;hôpital, un piquet est en place depuis 60 jours pour gagner des postes et améliorer les conditions d&rsquo;accueil. A la SIMKO (société immobilière), l&rsquo;annonce de la vente des parts détenues par le Centre National d&rsquo;Etude Spatial a déclenché une mobilisation importante d&rsquo;un personnel jusqu&rsquo;alors non syndiqué. Aujourd&rsquo;hui, on sait que la lutte peut payer. Il est possible qu&rsquo;une nouvelle période s&rsquo;ouvre, mais les enjeux sont élevés.<br />
Aux présidentielles, Mélenchon est arrivé en tête juste devant Le Pen, mais le score du Front National est inédit en Guyane comme dans les autres colonies françaises. Les gens semblent avoir oublié le suprématisme blanc de ce parti et sont tombés dans le piège du bouc-émissaire. Les peurs et la haine s&rsquo;expriment maintenant ouvertement contre « les étrangers » et pourraient déboucher sur des tensions très vives et très dangereuses.<br />
<strong>Qu&rsquo;est ce qui a manqué au mouvement pour aller plus loin? Quelles perspectives ouvre-t-il pour les prochaines batailles</strong><strong>?</strong><br />
Ce mouvement historique a émergé sans que les organisations qui luttent pour l&rsquo;émancipation ne l&rsquo;ait anticipé. Il n&rsquo;y avait pas de stratégie claire, et nous avons arraché tout ce que nous avons pu dans ce contexte. Pourtant, il aurait été possible d&rsquo;aiguiser les contradictions. Après le 28 mars et l&rsquo;échec des premières négociations, il y a eu une période de flottement qui aurait du être mise à profit pour une agitation politique importante. Des initiatives comme la proposition d&rsquo;un vote en faveur des revendications du collectif, organisé sur les barrages le jour même du premier tour des élections, aurait pu renforcer la cohésion et affirmer une légitimité plus forte que celle des élections françaises.<br />
Une révolution socialiste passerait par une mobilisation des travailleurs plus générale et plus profonde que ce que nous avons connu, sachant que la classe ouvrière au sens large est très divisée, entre la masse des travailleurs précaires, souvent étrangers, les fonctionnaires qui représentent la moitié des actifs, et les techniciens et cadres de la base spatiale. Une intellectuelle comme Isabelle HIDAIR a parlé d&rsquo;une révolution participative de la classe moyenne, dans laquelle des milliers de gens ont clamé que l&rsquo;horizon était bouché par le chômage et les blocages structurels. L&rsquo;ensemble de la société a participé d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre et s&rsquo;est identifiée au mouvement, mais la jeunesse et les plus précaires étaient effectivement sous-représentés dans la mobilisation.<br />
Un changement radical aurait forcément une dimension régionale, sachant qu&rsquo;à la même période des manifestations fortes ont eu lieu au Surinam et au Brésil, mais sans relations entre les différents mouvements. La Guyane est encore très enclavée par rapport à son environnement, et prisonnière de son face à face séculaire avec la France.<br />
Pourtant, quelque chose de fort s&rsquo;est produit dans cette « Sézon Wara 2017 », dont les conséquences se manifesteront peut-être dans l&rsquo;avenir. La société s&rsquo;est regardée différemment, comme si elle prenait conscience d&rsquo;elle-même au cours de ces journées historiques où la confiance et la solidarité paraissaient sans limites. C&rsquo;est cet « esprit du 28 mars » que nous allons essayer de faire vivre, en se préparant pour les prochaines batailles.<br />
<em><strong>Interview réalisé par la Revue </strong><a href="https://anticapitalisme-et-revolution.blogspot.fr/"><strong>Anticapitalisme &amp; Révolution</strong> </a></em></p>
<blockquote><p><strong>Chronologie du mouvement</strong><br />
<strong>Les prémices</strong><br />
Juillet 2016 : Meurtre d&rsquo;un notable à Montjoly suivi d&rsquo;une manifestation contre la délinquance. Des collectifs citoyens se fédèrent<br />
11 février 2017 meurtre d&rsquo;Hervé TAMBOUR, jeune guyanais, au lavomatic de son quartier. Les 500 frères apparaissent et organisent les premières marches vers la Préfecture les 5 et 22 février<br />
15 mars Blocage de la CTG et du Port par les transporteurs, le MEDEF et la CGPME en demandant le respect du pacte d&rsquo;avenir<br />
17 mars Intervention des 500 frères dans la conférence de Carthagène en présence de représentants de 25 pays dont la ministre Ségolène Royal. Revendication d&rsquo;extradition des emprisonnés étrangers avec blocage des consulats d&rsquo;Haïti, du Brésil et du Surinam.<br />
20 mars blocage du CSG à Kourou par les salariées d&rsquo;EDF, ENDEL et du CMCK<br />
21 mars première tentative de marcher sur le CSG, les manifestants et quelques élus sont gazés. Le vol de la fusée Ariane est annulé.<br />
<strong>Les barrages et la montée en puissance</strong><br />
23 mars blocage de tous les axes routiers et de la Préfecture. Naissance du Kolectif Pou Lagwyiann Dékolé qui fédère tous les mécontentements populaires<br />
24 mars marche des élus guyanais sur le CSG<br />
25 mars l&rsquo;UTG vote de la grève générale illimitée à compter du 27 mars.<br />
28 mars marches historique regroupant entre 15000 et 50000 personnes dans tout le pays<br />
<strong>Les négociations</strong><br />
29 mars arrivée expresse des ministres de l&rsquo;intérieur et des Outres Mer et ouverture des négociations<br />
01 avril engagement de l&rsquo;Etat français sur 1 milliards d&rsquo;euros de plan d&rsquo;urgence<br />
02 avril KPLD demande une rallonge supplémentaire de 2,1 milliards<br />
04 avril des milliers de personnes montent en car à Kourou et marchent sur le CSG. Occupation de 24 heures du site<br />
05 avril validation du plan d&rsquo;urgence d&rsquo;un milliard en conseil des ministres<br />
<strong>Recherche d&rsquo;une sortie de crise – vers le protocole de sortie de crise</strong><br />
7 avril : échauffourées devant la Préfecture de Cayenne. Jets de lacrymo, division des 500 frères<br />
15 avril le KPLD envoie une proposition de protocole d&rsquo;accord au président de la République<br />
20 et 21 avril finalisation d&rsquo;une ultime version du protocole avec les élus guyanais.<br />
Nuit du 21 au 22 avril négociation avec le préfet de Guyane en contact permanent avec le cabinet du Premier Ministre.<br />
22 Avril signature des Accords de Guyane qui reprennent plus de 95% du protocole proposé.</p></blockquote>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/faire-vivre-l-esprit-du-28-mars-interview-avec-des-militants-du-mdes-et-de-lutg-sur-le-mouvement-social-en-guyane/">Faire vivre l&#039;« esprit du 28 mars » ! Interview avec des militants du MDES et de l&#039;UTG sur le mouvement social en Guyane.</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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