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	<title>Archives des Famille - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Famille - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<item>
		<title>Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 20:35:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[biphobie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</div>
<p> <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/" title="Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille">[...]</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/">Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right">Après avoir publié dans <em>Les Cahiers d&rsquo;A2C</em> #16 (mars 2025) un article intitulé <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/"><em>Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère :&nbsp;Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?</em></a>, voici un deuxième article poursuivant la réflexion sur l&rsquo;homophobie et la biphobie en l&rsquo;articulant avec le rôle de la famille, abordé également dans l&rsquo;article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/"><em>Doit-on abolir la famille ?</em></a>, également présent dans les Cahiers #16.</p>



<p><em>Il est courant de parler de matérialisme dans les groupes queers, mais souvent au sens de “tangible” ou “réel”. Ces usages n’ont pas grand-chose à voir avec le matérialisme historique, une approche qui dit qu’il est impossible de détacher les idées des conditions dans lesquelles elles émergent. Pour les marxistes, ce ne sont pas les sociétés humaines qui sont dessinées par les idées qui y sont majoritaires : au contraire, pour comprendre la prévalence d’une idée, comme l’homophobie, la biphobie, ou même l’homo/bisexualité elle-même, il faut regarder dans quels contextes sociaux et économiques cette idée émerge. Comprendre son lien avec le système économique qui surdétermine tous les rapports sociaux, le capitalisme, et ses transformations.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Novembre 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le capitalisme a créé l’homophobie et les gays en même temps</strong></h2>



<p>A l’échelle de l’humanité, les identités sexuelles sont très récentes, inventées seulement au cours du XIXème siècle. L’historien marxiste D’Emilio propose en 1983 une explication matérialiste de la naissance de l’homophobie et des catégories de sexualité. Il nous dit que les LGBT+ n’ont pas toujours existé, mais que nous sommes un produit de l’histoire, notamment un produit du capitalisme, un système de production organisé autour du travail salarié. <strong>Jusqu’au milieu du XIXème siècle, c’est la famille qui était l’unité de production principale et essentielle à la vie de l’ensemble de la population.</strong> C’était dans ce cadre que ses membres, surtout les femmes, produisent les aliments, les vêtements, et tous les autres biens de consommation. Personne ne pouvait survivre sans famille, et la survie de chaque personne dépendait de la coopération de tous, dont les enfants. On trouve des sources historiques qui montrent que des individus ont des comportements homosexuels, y compris réguliers, et que certaines personnes ont su reconnaitre en elles-mêmes une attirance plus forte pour le même sexe. En revanche, il était impossible de faire de ces désirs un mode de vie. </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized is-style-default"><img data-dominant-color="9e877b" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Capitalismo-e-identitade-gay.webp" alt="Paul Cadmus, The Fleet’s In!, 1934" class="wp-image-10203 not-transparent" style="--dominant-color: #9e877b; width:840px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption">Paul Cadmus, <em>The Fleet’s In!, </em>1934</figcaption></figure>



<p>Qu’est-ce qui a changé ? Le capitalisme, sous la forme du travail libre. Les hommes et les femmes ont quitté les zones rurales pour émigrer vers les grandes villes, pour trouver du travail dans des entreprises plus grandes. Bien sûr, la famille n’a pas disparu : les femmes continuent de cuisiner ou fabriquer des vêtements. Elle a cependant perdu son caractère autosuffisant.</p>



<p>La famille, surtout au sein des classes moyennes, ne produit bientôt plus des biens, mais du bonheur : c’est dans la famille qu’on retrouve les relations épanouissantes, avec ses enfants ou son époux·se. Avec le travail salarié, la procréation perd son importance, et les taux de natalité chutent. A ce moment, la sexualité entre époux est libérée de l’unique but de pro- création, et commence à laisser plus de place au désir et au plaisir.</p>



<p>Pour stabiliser les comportements sexuels dans des identités, il a fallu la psychiatrie. Les médecins se sont emparés de la question de la sexualité et de la déviance, et ont stigmatisé l’homosexualité, l’érigeant par là comme une identité à part entière. Une personne qui avait des comportements homosexuels est devenue un homosexuel (« inverti »), et son corollaire l’hétérosexuel a été créé.</p>



<p>En France, l’État a largement contribué à cette naturalisation de l’identité : par le biais de la colonisation déjà, puisque l’État étudiait les sexualités déviantes, pour contrôler la reproduction sexuelle et pour limiter le métissage des populations. L’enjeu, pour l’État, de contrôler la sexualité est d’abord nataliste : comment assurer une natalité nécessaire à la reproduction générationnelle et à la poursuite de l’accumulation ? Ainsi que l’enjeu de la prise en charge des enfants et de la division genrée du travail.</p>



<p>Les idéologies religieuses et familiales ont largement contribué à celle de l’État au XXème siècle, pour assigner les femmes au travail de soin, domestique et de reproduction. Ainsi, le régime fiscal et les droits sociaux sont construits autour de la situation conjugale et de la famille hétérosexuelle. Pendant ce temps, la justice et la police répriment les sexualités déviantes, notamment avant et pendant le régime de Vichy qui instaure des majorités sexuelles à 21 ans pour les relations homosexuelles, ce qui permet, sous couvert de protection des mineurs, de réprimer l’homosexualité. A partir de là, tout manquement constitue un risque pour l’accès au travail, au logement et à la stabilité familiale.</p>



<p>Donc on a là une contradiction de taille : le capitalisme a créé à la fois les conditions d’existence de l’homosexualité, et l’homophobie. Homophobie qui a d’ailleurs aussi propulsé le mouvement LGBT, qui se mobilise principalement pour les droits, contre la répression et la criminalisation, et est devenu par-là de plus en plus visible et a gagné en force et en structuration.</p>



<p>La biphobie, elle, est l’invisibilité structurelle et historique de la bisexualité, qui se transforme en panique anti-bisexualité qui émerge quand les bi+ sortent de l’ombre. Elle vient surtout du besoin pour l’État et la psychiatrie d’une figure déviante nette pour stabiliser les orientations sexuelles homo et hétéro, alors que la bisexualité est une zone floue. Il s’agissait de stigmatiser sans se laisser contaminer. Les mouvements homosexuels, ainsi que l’épidémie du Sida, ont aussi pu renforcer ces frontières. La biphobie est donc le produit d’une série d’effacements, d’exclusions, de choix stratégiques. Inséparable, à toutes les étapes, de l’homophobie et donc de la famille et son lien contradictoire avec le capitalisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Famille et capitalisme : fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis</h2>



<p>Le capitalisme a une relation contradictoire avec la famille : elle garde une place importante car il faut toujours faire et éduquer des enfants, des tâches nécessaires au capitalisme mais que celui-ci n’a pas pu ou voulu socialiser. Pourtant, elle a perdu toute raison matérielle d’exister, puisque chacun peut vivre de manière indépendante.</p>



<p>Donc à quoi sert l’homophobie ? À transformer les LGBT en boucs émissaires de l’instabilité sociale qui va avec la destruction progressive de la famille : on nous accuse de corrompre les enfants, d’être des p*dophiles, de détruire la famille.</p>



<p>La place que prend la famille dépend des possibilités de socialisation du travail reproductif : qui va éduquer les enfants, qui va s’occuper de faire à manger&#8230; Plus les tâches sont socialisées (écoles, crèches, hôpital, cantine&#8230;), plus la famille perd de son importance matérielle, et les possibilités de vivre sans, de vivre son homo-/bisexualité augmentent. En revanche, quand le capitalisme entre en crise, il se replie sur la famille : les tâches autrefois socialisées sont délaissées, et nous sommes des bons boucs émissaires.</p>



<p>C’est ce qui se passe actuellement : avec un taux de profit historiquement bas, une croissance quasi-nulle, le vieillissement de la population et la panique raciste contre l’immigration, l’augmentation des tensions inter-impérialistes et la perspective de la guerre, le natalisme apparaît pour nos classes dirigeantes comme une nécessité nationale. Macron parle donc de réarmement démographique, ce qui traduit ce besoin du capitalisme d’un repli sur la famille comme institution idéologique et de reproduction sociale.<br>La place de la famille, si elle dépend en grande partie des concessions que les dirigeant·e·s sont prêt·e·s à faire dans une période de prospérité ou de crise, dépend aussi du rapport de force que nous instaurons, par les luttes sociales et féministes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stratégie : le but et le chemin</h2>



<p>Nous devons <strong>abolir la famille telle qu’elle existe</strong>, parce que c’est sa centralité dans le travail reproductif et la production du bonheur qui est historiquement à la source de l’homophobie, puis de la biphobie.</p>



<p>• Étape 1 : la famille joue un rôle productif et reproductif <strong>&gt; </strong>l’homophobie structurelle n’existe pas car l’homosexualité est impensable.</p>



<p>• Étape 2 : la famille perd son rôle productif et garde la reproduction et le bonheur <strong>&gt; </strong>l’homophobie est créée contre les déviances naissantes</p>



<p>• Étape 3 (à construire) : la famille n’existe plus, c’est la société tout entière qui prend collectivement en charge le bonheur et le travail productif et reproductif <strong>&gt; </strong>plus rien ne bloque matériellement la lutte contre l’homophobie et la biphobie. Cette étape a été entrevue au cours de la révolution russe, au cours de laquelle des institutions sociales sont créées pour prendre en charge collectivement l’éducation, le <em>care</em>, les tâches domestiques, ce qui a radicalement bouleversé les rapports de genre et de sexualité.</p>



<p>Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="6c7468" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6c7468;" fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp" alt="" class="wp-image-10206 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front.webp 1080w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p><strong>Il y a deux stratégies nécessaires, qui s’ajoutent au travail déjà fait aujourd’hui de lutte contre des stéréotypes, qui s’attaquent au système en lui-même et qui nous permettront de gagner.</strong></p>



<p>La première est de lutter pour tout ce qui renforce notre autonomie vis-à-vis de la famille. Il s’agit donc de luttes sociales, collectives et de classe.</p>



<p>• Luttes pour l’autonomie de nos corps : un avortement libre, gratuit et safe, contre les stérilisations forcées, les violences sexuelles et domestiques&#8230;</p>



<p>• Affaiblissement de l’importance de la famille : facilitation du divorce, extension des avantages matériels, fiscaux aujourd’hui réservés aux familles&#8230;</p>



<p>• Prise en charge collectives des tâches de reproduction : crèches, cantines, école gratuite pour tous·tes, lieux de vie collectifs &#8230;</p>



<p>• Renforcement de l’autonomie personnelle : hausse des salaires, aides sociales, services sociaux en tous genres, logements décents et abordables&#8230;</p>



<p>• Égalité des droits, en droit et en pratique : mêmes droits pour les couples hétéros et les couples homos, lutte contre l’homophobie, fin de la mention du genre, possibilités de vie égales à celles des hétéros, lutte contre la transphobie.<br>Les modes d’actions sont ceux du mouvement social : l’organisation collective, les manifs, la grève, l’occupation&#8230;</p>



<p><strong>La deuxième stratégie</strong>, c’est de créer les communautés qui remplaceront la famille. Quand le capitalisme détruit la famille traditionnelle, il le fait en laissant sur le côté celles et ceux dont la famille capitaliste ne veut pas, notamment les queers. Il ne s’agit pas d’être tous·tes autonomes et isolé·e·s, mais au contraire de produire d’autres manières d’être heureux·ses, qui ne reposent pas sur la famille traditionnelle.</p>



<p>• Faire famille autrement : développer les réseaux de solidarité en tous genres. Pour cela, les groupes communautaires queers peuvent être un début, mais ne suffiront pas, car nous avons besoin d’espaces sans homophobie plutôt que d’espaces sans hétéros.</p>



<p>• Faire front contre toutes les oppressions : la question du racisme est centrale, dans une période où la crise du capitalisme accentue l’exploitation des personnes racisées et/ou sans papiers, et où le danger fasciste vise principalement ces groupes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="a19788" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a19788;" decoding="async" width="1100" height="660" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp" alt="" class="wp-image-10205 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-300x180.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-768x461.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride.webp 1200w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>Pourquoi ces luttes sont-elles des luttes de classe ? Parce que nous nous attaquons directement au capitalisme et aux classes dirigeantes, qui ont tout intérêt à la poursuite de notre oppression. Mais aussi parce que nous avons besoin d’une autonomie de notre classe : plutôt que plus de police, organisons l’autodéfense.</p>



<p>En réalité, si les luttes sociales, collectives, féministes et antiracistes permettront de gagner un rapport de force nécessaire à la lutte contre les oppressions, on ne peut envisager la libération de tous·tes qu’au travers de perspectives révolutionnaires qui aboutiraient à la construction d’une autre société, socialiste, fondée sur les besoins de chacun·e au lieu des profits de la classe dirigeante.</p>



<p><strong>VICTOR MICHEL (BREST)</strong></p>



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<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Brochure-bi-revolution-victor-a2c.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:600px" aria-label="Contenu embarqué Brochure bi révolution - victor a2c."></object><a id="wp-block-file--media-36623634-c274-4181-97a4-99dfbc358558" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Brochure-bi-revolution-victor-a2c.pdf">Brochure bi révolution &#8211; victor a2c</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Brochure-bi-revolution-victor-a2c.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-36623634-c274-4181-97a4-99dfbc358558">Télécharger</a></div>
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			</item>
		<item>
		<title>Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 13:02:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Grève féministe]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Lors des mobilisations du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le mot d’ordre de “grève féministe” est partagé par les organisations féministes et par les directions syndicales. Les Cahiers d&#8217;A2C <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/" title="Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Lors des mobilisations du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le mot d’ordre de “grève féministe” est partagé par les organisations féministes et par les directions syndicales.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<p>D’un côté, la coordination féministe lance l’appel <em>8 mars 2025 : Grève féministe pour battre l’extrême droite</em><sup data-fn="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf" class="fn"><a id="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf-link" href="#cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf">1</a></sup>. Cette coordination rassemble principalement des collectifs féministes (dont le Collectif féministes révolutionnaires, la Relève féministe, Nous Toutes, etc…). De l’autre côté, les confédérations CGT, FSU, Solidaires, ainsi que les syndicats étudiants signent l’appel <em>8 mars 2025 : grève féministe !</em><sup data-fn="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd" class="fn"><a id="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd-link" href="#533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd">2</a></sup>. Ces deux appels sont lancés chaque année et mettent en avant l’idée d’une grève politique, l’arrêt du travail productif et du travail reproductif, même si ce dernier n’est pas explicitement nommé dans second appel.<br></p>



<p>Cette journée est préparée par une campagne de communication sur les réseaux sociaux, et dans la rue par des tracts et des affiches. Elle est également préparée par des formations. Par exemple, la CGT propose une journée de formation confédérale sur la Grève féministe le 11 février 2025, et un stage a été proposé l’an dernier sur ce sujet par l’intersyndicale du 93.&nbsp;</p>



<p>Le vendredi 8 mars 2024, des manifestations ont eu lieu dans plus de 200 villes, et 100 000 personnes ont manifesté à Paris. L’appel de l’intersyndicale à la grève a été suivi de préavis de grève sectoriels ou locaux : dans l&rsquo;Éducation, à la SNCF, à Radio France et au CHU de Bordeaux. D’autres préavis de grève ont sûrement été déposés, mais il est difficile de les recenser car ils ne sont pas forcément rendus publics. Les grèves du travail productif semblent cependant ignorées dans milieu féministe. Quant à la grève du travail reproductif, on dirait qu’elle est inexistante en pratique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quels sont les obstacles à la construction de la grève féministe ?</strong></h2>



<p>Même si les appels nationaux à la grève féministe sont une réelle avancée, ce mot d’ordre n’est pas toujours suivi de grèves en pratique. Ou plutôt, il est suivi d’actions qui ne sont pas des grèves ! Le samedi 25 janvier 2025, la coordination féministe avait déjà appelé à une grève féministe contre l’extrême-droite. Cette mobilisation a donné lieu à une “nuit des collages” la veille, et à des conférences, des rassemblements ou des manifestations féministes le jour-même et le lendemain. On a l’impression qu’il suffit de dire “grève” pour que celle-ci advienne. Mais en réalité, pour citer Kim, une camarade d’Autonomie de Classe “La grève féministe n’est pas automatique”<sup data-fn="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8" class="fn"><a id="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8-link" href="#b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8">3</a></sup>.</p>



<p>On pourrait imaginer qu’il n’y a pas de grève féministe possible, sans syndicats féministes. L’outil syndical est essentiel pour construire des grèves économiques sur les lieux de travail (comme par exemple pour le respect de la loi du 23 mars 2006 sur l’égalité salariale), et l’enjeu est d’investir les syndicats pour construire une grève politique contre le patriarcat. Cependant, on remarque que les militant·e·s féministes s’investissent peu dans le syndicalisme. Ce qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs.&nbsp;</p>



<p>Premièrement, par une orientation politique qui prône l’autonomie des mouvements sociaux. Ainsi, le mouvement féministe devrait être autonome des syndicats et des partis. C’est une position qui est totalement justifiée pour éviter les instrumentalisations, voire l’hostilité qu’il y a pu avoir dans l’Histoire. Mais çe ne devrait pas décourager les militant·e·s féministes de s’engager dans le syndicalisme.</p>



<p>Deuxièmement, la composition sociale des organisations féministes n’est pas favorable à l’engagement syndical. Les collectifs féministes accueillent toutes les femmes et minorité de genre (voire les hommes dans les organisations mixtes). S’y investissent des travailleur·ses indépendant·e·s, des auto-entrepreneuses, des étudiant·e·s, des chômeur·ses, des retraité·e·s, des mères isolées… Et en ce qui concerne les femmes salariées, elles travaillent dans des entreprises ou administrations plus petites que celles où travaillent les hommes salariés. D’où une compréhension différente du syndicalisme. Comment voir le syndicalisme autrement que comme un obstacle, lorsqu’on milite dans une AG féministe qui ne rencontre les bureaucrates syndicaux seulement pour déclarer des manifestations ? lorsque le collectif ou la commission femmes de telle Union Départementale ne se réunit quasiment jamais ? lorsqu’il n’y a que des hommes dans la section syndicale de son lieu de travail ?&nbsp;</p>



<p>On constate donc que le mot d’ordre de “grève féministe” ne se traduit pas par des grèves effectives, ni par un engagement syndical pour construire celles-ci.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quelles solutions peuvent apporter les révolutionnaires&nbsp; ?</strong></h2>



<p>Le matérialisme nous aide à analyser la situation, à considérer ce qui est matériellement existant, à comprendre d’où viennent les idées, et à changer le monde. Cette démarche nous oblige à lier la théorie à la pratique en construisant une grève effective. À nous poser concrètement les questions suivantes : Comment arrêter le travail productif ? Pourquoi les femmes salariées ne sont pas massivement en grève ? Comment arrêter le travail reproductif ? En faisant contribuer les hommes ? En socialisant les moyens de reproduction ?</p>



<p>La première étape serait de combattre les conceptions libérales et individuelles de la lutte féministe. Par exemple, Autonomie de Classe interroge la notion de “Premièr·e·s concerné·e·s” lorsque que cet argument empêche l’action ou la mobilisation. Cette question, en lien avec la non-mixité, est à repolitiser et à utiliser lorsque c’est nécessaire. On pourrait argumenter que tout le monde est moralement concerné·e·s par la lutte contre le sexisme, on ne peut être que choqué·e·s des féminicides, des viols, des agressions, du harcèlement… Les hommes salariés sont également matériellement concernés par cette lutte, parce que l’oppression des femmes et des minorités de genre sert de base au capitalisme. C’est ce que décrit la philosophe Silvia Federici en disant que le travail gratuit des femmes sert à reproduire la force de travail et donc le capitalisme lui-même<sup data-fn="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05" class="fn"><a id="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05-link" href="#cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05">4</a></sup>. Nous devons convaincre que l’unité de notre classe est la condition nécessaire à l’action collective, à la lutte politique pour renverser les oppressions et l’exploitation.</p>



<p>L’action collective ne doit être basée sur la construction d’un rapport de force, par une grève effective. Cela passe nécessairement par la reconstruction du syndicalisme. D’un syndicalisme comme un espace de solidarité directe entre les travailleur·ses. Notre confiance collective se mesurera par notre niveau d’organisation. La radicalité et la créativité du mouvement féministe ne peuvent que revitaliser les pratiques syndicales. En particulier, les révolutionnaires sont les mieux placé·e·s pour construire un syndicalisme militant qui fait le lien entre toutes les luttes, et qui s’engage dans la construction de grèves politiques.</p>



<p>En définitive, nous devons convaincre que la grève féministe doit gagner parce qu’elle nous fera avancer dans notre combat pour l’émancipation des travailleur·ses. Nous avons la construction d’une grève politique sous nos yeux ! Nous voyons bien que c’est une tâche qui prend des années, qui nécessite le développement d’une base théorique, de mots d’ordre radicaux, et de questionnements stratégiques et tactiques. Si la grève féministe réussit, alors elle pourra gagner sur ses revendications (l’égalité salariale, des investissements massifs dans les services publics, la gratuité des transitions de genre, le droit réel à l’IVG,&nbsp; etc…), et elle prouvera, en pratique et à tous·tes, que notre classe est capable de gagner, qu’elle fait tourner la société et qu’elle est capable de la changer. Cet exemple concret, par sa réussite, sera d’autant plus facile à reproduire pour construire une grève politique pour gagner la régularisation de tous·tes les sans-papiers, l’arrêt d’envoi de matériel militaire à Israël, l’arrêt des violences policières, et &#8211; pourquoi pas &#8211; le pouvoir des travailleur·euses.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Razac (Gironde)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf"><a href="https://coordfeministe.wordpress.com/2025/02/10/8-mars-2025-greve-feministe-pour-battre-lextreme-droite/">8 mars 2025 : Grève féministe pour battre l’extrême droite</a> sur le site de la coordination féministe <a href="#cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd"><a href="https://www.grevefeministe.fr/8mars2025/">Appel à la grève féministe</a> <a href="#533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8">Lire Kim, 2022, <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/de-la-theorie-a-la-pratique-la-greve-feministe-nest-pas-automatique/">De la théorie à la pratique, la grève féministe n’est pas automatique</a>, Les Cahiers d’A2C #02, en ligne sur notre site <a href="#b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05">Federici, Silvia. Le capitalisme patriarcal. Paris, La Fabrique Éditions. « Hors collection », (2019) <a href="#cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Doit-on abolir la famille ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 12:51:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[violences sexistes et sexuelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9453</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/" title="Doit-on abolir la famille ? ">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des enfants). Dans le même temps, dans certains milieux de la gauche révolutionnaire, on peut parfois entendre que la famille se situe hors de la sphère de la production capitaliste, et ce n’est donc pas sur ce terrain que se joue la lutte contre l’exploitation et pour la révolution.</em></p>



<p><em>C’est pour nourrir ces débats que l’idée de cet article est apparue. Doit-on abolir la famille, en tant que révolutionnaires ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ?</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La « famille », une construction sociale et historique</strong></h2>



<p>Quand on réfléchit à la famille, plein d’idées peuvent nous traverser. Pour certain·es, la famille représente un endroit où se reposer des contraintes de la sphère du travail, un espace de solidarité, nécessaire face à la violence du monde extérieur. Pour d’autres, la famille est un lieu où le poids de la norme écrase, voire le lieu de grandes violences. Parfois, la famille peut représenter les deux en même temps.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, une forme d’organisation sociale naturelle ?&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Dans les idées qui sont dominantes dans la société, la famille serait une réalité biologique, qui a toujours existé dans l’histoire : un homme et une femme formant un couple, et des enfants. Cette idée est d’ailleurs à la base de la rhétorique utilisée par les mouvements anti-LGBT, comme la Manif pour tous. Un autre exemple de définition majoritaire est celle utilisée par le droit : forment une famille celleux qui sont lié·es par des liens d’alliance ou de filiation.</p>



<p>Mais la famille telle qu’on la connaît aujourd’hui n’a pas toujours existé. Par exemple, au Paléolithique supérieur, les enfants naissaient et pouvaient par la suite être élevé·es par différents membres du groupe, et pas uniquement par ses géniteur·ices. La société n’était pas organisée autour d’unités construites à partir d’un couple et de ses enfants<sup data-fn="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811" class="fn"><a id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">1</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>L’évolution de la famille est liée à l’évolution des modes de production</em></strong></h3>



<p>Selon les analyses du matérialisme historique, l’évolution et l’organisation des sociétés peut être expliquée par l’évolution de la manière dont on produit et on échange les biens, et non pas par une évolution progressive des idées qui n’auraient pas de base matérielle, ou par une question de “nature humaine”. Si on applique cette grille de lecture à la famille, cela veut dire que l’on peut l’analyser comme :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une forme d’organisation de la société qui n’est pas naturelle</li>



<li>Et qui résulte du système de production et d’échange de biens actuels, c’est-à-dire du capitalisme.</li>
</ul>



<p>Pour expliquer cette idée, dans plusieurs ouvrages<sup data-fn="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56" class="fn"><a id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">2</a></sup>, Marx et Engels analysent les liens entre le développement du capitalisme urbain au XIXe siècle et l’évolution des formes de famille. Ils sont les premiers à construire une analyse cohérente et intégrée du rôle de la famille sous le capitalisme.</p>



<p>En Europe, avant l’industrialisation, les familles paysannes pouvaient produire chez elles, la production n’était pas séparée du lieu de vie. L’industrialisation produit un déplacement massif des gens dans les villes, et différencie le lieu de la production du foyer (on produit dans des usines et non plus chez soi). Ce changement brutal dans l’organisation de la production destructure les familles paysannes, et crée une crise de la reproduction de la force de travail<sup data-fn="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91" class="fn"><a id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">3</a></sup>.</p>



<p>Cette crise est corrélée à <strong>l&rsquo;avènement et à la consolidation de la famille bourgeoise</strong>, qui impose ses normes en termes de ce qu’est une “bonne famille ». Quelles sont ses caractéristiques ? Elle est hétérosexuelle, de taille réduite, privée, fondée sur le mariage et la monogamie.&nbsp;</p>



<p>Et ce que disent Marx et Engels, c’est que les caractéristiques de la famille bourgeoise peuvent s’expliquer par les besoins de cette classe.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"> <strong>Rôle et nature de la famille sous le capitalisme</strong></h2>



<p>Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Que la famille dans le système capitaliste est une façon d’organiser la société qui répond aux besoins de la classe dominante, car elle permet la reproduction de la société en classes. Elle fournit “<em>le mécanisme le moins cher et le plus idéologiquement acceptable de reproduction de la force de travail humaine”,</em> et elle <em>“reproduit en son sein les rapports hiérarchiques et autoritaires nécessaires au maintien de la société de classe dans son ensemble”</em><sup data-fn="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6" class="fn"><a id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">4</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, lieu de reproduction de la société de classes&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Elle permet d’abord, pour les capitalistes, la transmission du patrimoine d’une génération à une autre. Cette transmission est rendue possible par les liens d’alliance et de filiation. Le mariage permettait aux bourgeois de s’assurer que leur capital revenait à leurs enfants légitimes (les enfants nés hors mariage ne percevaient pas l’héritage). D’où la condamnation morale et juridique violente de l’infidélité des femmes bourgeoises.&nbsp;</p>



<p>Elle permet également, et c’est central, la reproduction de la force de travail, élément qui est la clé de voûte du système capitaliste. En effet, c’est la force de travail qui permet aux capitalistes de faire des profits. Dans ses travaux, Marx parle de la centralité de cette force de travail, mais n’explique pas vraiment comment cette force est reproduite. Des féministes marxistes comme Lise Vogel, Martha Gimenez, Johanna Brenner et, plus récemment, Susan Ferguson et David McNally, ont donc proposé une analyse qui complète les travaux de Marx : <strong>la théorie de la reproduction sociale</strong>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Reproduire la force de travail : un travail indispensable pour le capitalisme</em></strong></h3>



<p>Cette théorie explique quels sont les mécanismes qui permettent la reproduction de la force de travail. Et, spoiler, la famille est au cœur de cette reproduction, car elle prend en charge différents types d’activités qui permettent cette reproduction :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les activités qui régénèrent le·a travailleur·euse en dehors du processus de production, et lui permettent de retourner travailler. Celles-ci incluent : la nourriture, un lit pour dormir, des soins psychiques et émotionnels, des loisirs, le ménage du lieu de vie, l’entretien des routes ou transports en commun qui permettent de se rendre au travail, etc.</li>



<li>Les activités qui maintiennent et régénèrent les non-travailleur·euses en dehors du processus de production : par exemple les enfants, qui sont des futurs travailleur·euses, ou encore des adultes qui ne sont pas impliqué·es dans la production capitaliste (les personnes handicapées, les personnes au chômage, les personnes âgées).</li>



<li>Les activités qui créent de nouvelles personnes exploitables, c’est-à-dire la naissance des enfants<sup data-fn="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb" class="fn"><a id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">5</a></sup>.</li>
</ul>



<p>Dans la plus grande partie des cas, ce sont les femmes qui exercent ce travail invisible au sein des familles des classes exploitées. En revanche, les familles bourgeoises peuvent se permettre de déléguer ce travail à d’autres personnes et notamment aux personnes les plus dominées de notre société.&nbsp;</p>



<p>Mais ce travail n’est pas reconnu comme étant un travail, et il n’est peu voire pas rémunéré.&nbsp; C’est donc dans l’intérêt des capitalistes de se battre contre la revalorisation des métiers du soin et de l’éducation, contre les institutions et services qui prennent en charge les tâches reproductives en dehors de la famille, car elles pourraient autrement être réalisées gratuitement au sein du foyer. Le fait que ces tâches soient réalisées gratuitement permet d’augmenter leurs profits.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille est une base matérielle de l’oppression des femmes</em></strong></h3>



<p>Dans tous les cas, <strong>la capacité des femmes à avoir des enfants est centrale dans la reproduction de la société de classe</strong>. Ce qui explique pourquoi les capitalistes ont intérêt à défendre les mouvements qui luttent contre les droits et l’autonomie reproductive. Comme l’écrit Lise Vogel en 1983, « chez les classes dominantes, l’oppression des femmes puise sa source dans leur rôle de maintenance et de transmission de propriété par l’héritage ; dans les classes subordonnées, l’oppression des femmes dérive de leur implication dans le processus de renouvellement des producteurs et productrices directs, en plus de leur implication dans la production elle-même (en tant que travailleuses) »<sup data-fn="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a" class="fn"><a id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">6</a></sup>. Cette analyse permet de comprendre que l’oppression des femmes a une base matérielle, et que le capitalisme s’appuie sur le patriarcat pour exister.  </p>



<p>De plus, la famille sous le capitalisme permet et favorise les violences de genre. Elle est un des terrains principaux de contrainte sexiste à la soumission. On le sait, la famille est le lieu où s’exerce une majorité des violences faites aux femmes et aux enfants. La majorité des personnes victimes de féminicides ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, et la probabilité qu’elle soit tuée par son conjoint augmente lorsqu’une femme cherche à fuir la relation et le domicile. La famille est également le lieu des violences sur les enfants. En France, une personne sur 10 a été victime d’inceste.</p>



<p>Ces violences sont rendues possibles par le caractère privé de la famille sous le capitalisme, et par le fait que la famille capitaliste est en elle-même une forme de propriété, qui maintient son existence et trouve sa cohérence <em>grâce </em>à la propriété. La famille est le reflet d’une société dans laquelle certaines personnes sont considérées comme des objets exploitables, et d’autres considérées comme des sujets dignes d’être considérés comme des humains. Les caractéristiques de la famille capitaliste rendent possibles et acceptables les violences de genre, et même, elles en font le terrain privilégié de ces violences.&nbsp;</p>



<p>La famille est donc un lieu central pour le capitalisme, parce qu’elle permet la reproduction de la société de classe, et par son rôle indispensable dans la production. Sa forme sous le capitalisme en fait le lieu privilégié des violences de genre, et rend ces violences invisibles et normales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Abolir la famille ? </strong></h2>



<p>On l’a dit au début de l’article, les débats et discussions autour de la famille sont nombreux et font qu’on peut parfois être un peu confus·e sur ce pour quoi on lutte, et sur les stratégies à adopter. Voici quelques tentatives d’élaboration sur ces questions.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter contre la “norme” de la famille ne peut pas être une fin en soi</em></strong></h3>



<p>Quelles sont les revendications autour de la famille qui sont mises en avant au sein de nos cadres de lutte<sup data-fn="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9" class="fn"><a id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">7</a></sup> ? Pêle-mêle : On veut que toutes les familles aient les mêmes droits, que les personnes qui le souhaitent aient le droit de faire des enfants si elles veulent, que certains types de familles ne  soient plus stigmatisées, que les violences au sein des familles stoppent, qu’on ait le contrôle sur nos corps, qu’on soit libre d’organiser nos relations, nos sexualités et nos vies comme on le souhaite, etc. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter pour la défamilialisation du soin…</em></strong></h3>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="414141" data-has-transparency="false" decoding="async" width="759" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp" alt="" class="wp-image-9456 not-transparent" style="--dominant-color: #414141; width:233px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp 759w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-222x300.webp 222w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-768x1036.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai.webp 800w" sizes="(max-width: 759px) 100vw, 759px" /><figcaption class="wp-element-caption">Alexandra Kollontai</figcaption></figure>
</div>


<p>Au XIX, certain·es révolutionnaires discutaient déjà de cela : par exemple, Alexandra Kollontai, activiste et militante lors de la révolution de Russe de 1917, défendait que la lutte pour l’égalité des femmes sur le plan économique et social, et la lutte pour la réinvention des formes d’amour et de sexualité, étaient indissociables, et que comprendre leur imbrication permettait de dessiner un horizon révolutionnaire<sup data-fn="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508" class="fn"><a id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">8</a></sup>.</p>



<p>Comme notre société est construite autour de la famille (juridiquement, entre autres), les mouvements et revendications pour l’égalité des droits sont importants. Mais lutter pour l’égalité des droits avec comme seule perspective de mettre fin à l’inégalité juridique et à légitimer “d’autres types” de famille ne suffit pas si on veut vraiment attaquer la cause de l’inégalité. Qu’est-ce qui fait que le mariage n’était autorisé qu’entre un homme et une femme, avant le changement de loi obtenu grâce au mouvement de lutte ? Les causes idéologiques de cette inégalité sont liées aux causes matérielles. Car si la norme de la famille hétérosexuelle est si forte, c’est parce qu’elle aussi parce qu’elle sert les intérêts des classes dominantes (même si ce n’est pas aussi “mécanique” que ça). Si on veut abattre cette norme, il faut saisir pourquoi elle existe.&nbsp;</p>



<p>La lutte contre l’exploitation qui a lieu dans la famille peut être prise sous l’angle de la lutte de la défamilialisation du soin, c’est à dire les luttes qui visent à sortir de la famille toutes les tâches qu’on lui attribue : éduquer les enfants, soigner les personnes, accompagner les personnes âgées, handicapées, etc. En ce sens, participer aux luttes qui défendent les services publics, les métiers de l’éducation, qui visent la reconnaissance des différents métiers du soin, c’est important. En effet :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Cela permet de lutter contre l’appropriation du travail gratuit des personnes qui effectuent le travail de reproduction, et de lutter contre l’aliénation qui en découle.</li>



<li>Cela permet également de faire en sorte que les soins que l’on reçoit ne dépendent pas (trop) de la famille dans laquelle on naît. </li>
</ul>



<p>Cependant, comme toutes ces institutions existent sous le capitalisme, elles sont régies par les logiques de ce système : l’école sert à créer des futur·es travailleur·euses dociles, l&rsquo;hôpital public est de plus en plus organisé autour de logiques de rentabilité, la protection qu’offre la Sécu dépend de ta capacité à travailler, etc. Or, on veut organiser nos écoles, hôpitaux, et autres, en fonction des besoins des gens et non pas en fonction des intérêts des capitalistes !</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>… et la fin du capitalisme !&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Tout cela nous amène à penser qu’on ne peut pas lutter contre la norme oppressive de la famille sans lutter contre l’exploitation, et qu’on ne peut obtenir la défamilisation du soin et un monde de soin pour toustes sans lutter contre le système qui régit l’organisation de nos sociétés, c’est-à-dire le capitalisme. On ne peut pas non plus lutter contre l’exploitation si on occulte tout un pan de ce qui permet la création de profit (c’est-à-dire le travail reproductif). Si on veut faire sérieusement la révolution, il nous faut être au clair sur les rouages et mécanismes de l’exploitation. Ignorer cela a déjà eu des conséquences néfastes pour le mouvement. Cela a été le cas par exemple lors des révoltes qui ont embrasé l’Etat d’Oaxaca au Mexique, en 2006. Les femmes ont été une composante important e de cette lutte, elles ont pris part au mouvement en protestant contre leurs maris violents, contre l’Etat, et en collectivisant les tâches de soin, notamment en mettant en place des cantines collectives pour nourrir les personnes en lutte. Les femmes ont connu un backlash de la part de leurs maris, ce qui a participé selon l’autrice Michelle Esther O&rsquo;Brien à l’échec de cette révolte. Pour elle, la famille fut un outil au service de la contre-insurrection.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Pour défaire la famille, il nous faut développer d’autres liens que ceux imposés par les classes dominantes : créons et développons des liens de camaraderie entre nous, des liens de solidarité de classe ! Ces liens nous rendent plus fort·es et sont indispensables pour nous faire gagner la lutte contre les systèmes qui nous exploitent et nous oppressent. C’est l’horizon pour une société de soin pour toustes, une société où la manière dont on organise notre vie et nos liens affectifs ne serait pas contrainte par les besoins du capitalisme, et pourrait alors devenir un simple “choix personnel”.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marie (Rennes)</h5>



<p></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">Cet exemple est tiré de l’article de Marie Périn (2023),  Aux origines de l&rsquo;oppression des femmes, <em>Les Cahiers d’A2C #7</em> <a href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">Cette partie s’appuie sur la partie 2 du livre de M.E O’Brien (2023) <em>Abolir la famille, capitalisme et communisation du soin, </em>éditions La Tempête, Bordeaux.<em> </em>Dans cette partie, elle cite : <em>Le manifeste du parti communiste</em> (Marx et Engels, 1848), <em>La situation de la classe laborieuse en Angleterre</em> (Engels, 1845), <em>L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat</em> (Engels, 1849) <a href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">Concrètement, il y avait à cette période beaucoup de mortalité infantile, les conditions de travail et de vie étaient horribles, au point que cela empêchait la reproduction des classes ouvrières. C’est d’ailleurs en partie pour lutter contre cette crise de la reproduction que les premières travailleuses sociales ont commencé à intervenir au domicile des prolétaires. <a href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">Citation tirée de la résolution de 1979 sur la libération des femmes du 11e congrès de la IV<sup>e</sup> internationale <a href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">Ce paragraphe a été construit à partir de l’article de l’historienne et militante marxiste Tithi Bhattachary (2013), What is social reproduction theory ?, <em>Socialist Worker. </em>Il est consultable en français sur le site d’A2C. <a href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">Lise Vogel (1983), <em>Marxism and the Oppression of Women</em>, éditions Rutgers University Press, New Brunswick, p.129 <a href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">Je parle ici d’un point de vue des luttes féministes et LGBT+ <a href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">Olga Bronnikova, Matthieu Renault (2024), <em>Kollontai. défaire la famille, refaire l’amour</em>, éditions La Fabrique, Paris, p.20. <a href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/">Doit-on abolir la famille ? </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Capitalisme et Famille : la situation réunionnaise</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/capitalisme-et-famille-la-situation-reunionnaise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Aude]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Feb 2023 12:38:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[La Réunion]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce texte nous a été transmis par des camarades de l’île de la Réunion. Il inaugure la rubrique « Pou nou mèm, par nou mèm ! » où nous publierons régulièrement des articles des camarades réunionnais·es. Les Cahiers <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/capitalisme-et-famille-la-situation-reunionnaise/" title="Capitalisme et Famille : la situation réunionnaise">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600"><em>Ce texte nous a été transmis par des camarades de l’île de la Réunion. Il inaugure la rubrique « Pou nou mèm, par nou mèm ! » où nous publierons régulièrement des articles des camarades réunionnais·es. </em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #06 &#8211; JANVIER 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">De par son histoire, la famille réunionnaise est victime de l’esclavagisme, du colonialisme, du capitalisme et donc de l’assimilationnisme.</p>



<p>Les parents qui sont les premièr·es éducateur·ices sont elles et eux-mêmes victimes de cette machine. Les familles réunionnaises sont stigmatisées et de nombreux clichés sont répandus, tant dans le fond de la famille que dans la forme.&nbsp;</p>



<p>Parmi ces clichés, on retrouve l’érotisation et l’exotisation des Réunionnais·es qui auraient un caractère volage intrinsèque selon le capitaliste-colonialiste et qui entraînent la dépréciation des réunionnais·es par elles et eux-mêmes. Celleux-ci de leur côté sont amené·es à généraliser les grossesses précoces, les démissions parentales, l’alcoolisme généralisé, la rupture avec l’institution, l’­isolement social.</p>



<p>C’est dans ce contexte indianocéanique particulier que nous devons lutter <em>« pou nou mèm, par nou mèm. »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un déni d’histoire</h2>



<p>Dans toute situation et à chaque moment, tout·e individu·e interagit directement ou indirectement avec le système. Aujourd’hui, au 21<sup>e</sup>&nbsp;siècle où le poids de l’esclavage révèle plus que jamais la prégnance traditionnelle de l’individu·e au sein de la cellule familiale, le paradoxe de devoir le vivre parallèlement comme une chose révolue pousse chacun à la schizophrénie identitaire.</p>



<p>Nous sommes face à un déni historique, un déni de l’histoire des réunionnais·es. Un déni parce que la mémoire de l’histoire réunionnaise est effacée. Elle est effacée par l’acculturation coloniale qui depuis bientôt plus de 350 ans érode et lisse les souvenirs bons et mauvais du peuple réunionnais.&nbsp;</p>



<p>Pour un petit point historique, la Réunion est devenue une colonie de peuplement à partir de 1663 nous dit-on, où une culture de café est développée par le système colonial.</p>



<p>Nous sommes à peine à 900&nbsp;km des côtes malgaches et à un peu plus de 2 000&nbsp;km des côtes de l’Afrique au milieu de l’océan Indien ; et la Réunion, pendant tout le 17<sup>e</sup> et le 18<sup>e</sup> siècles, est partie prenante du commerce triangulaire.&nbsp;</p>



<p>Après 1775, la Compagnie des Indes décide de changer de culture. Inscrite dans un système capitaliste de monoculture, on passe du café au sucre.&nbsp;</p>



<p>Contrairement aux Antilles, la Réunion est composée d’une population blanche importante, appelée « va nu-pied du tiers-État » par son ­caractère aussi unique que progressiste.</p>



<p>Contrairement à ce qui se fait ailleurs, avec la Compagnie des Indes Orientales qui commerce à la Réunion et par la Réunion, ce n’est pas parce qu’on est blanc·he qu’on devient propriétaire terrien·ne. En fait seule une dizaine de familles s’octroie le droit d’être des possédants et sont majoritairement esclavagistes. La Réunion devient une des clés de voûte du commerce entre l’Afrique et les Indes orientales.&nbsp;</p>



<p>C’est cette population blanche promise à un eldorado, paupérisée de manière inattendue, qui mène la population des « yabs » (dénomination en Créole) à une souffrance sociale. Et cet état va l’amener à estimer les kaf (population noire) comme leurs frères. D’où une endémisation particulière se traduisant par l’homogénéité interculturelle visible encore aujourd’hui, l’essence même de la créolisation.&nbsp;</p>



<p>La population devenue réunionnaise est d’origine malgache et représente, jusqu’à la moitié du 18<sup>e</sup>&nbsp;siècle, 85 % de la population de l’île.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les impacts de l’esclavage sur la famille&nbsp;</h2>



<p>Durant toute cette période de culture à outrance de café et de sucre, on parle d’un impact incommensurable sur la famille dans sa cellule, dans sa structure.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="94837b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #94837b;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_Reunion_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-6991 not-transparent" width="454" height="286"/></figure>
</div>


<p>Pourquoi ? Tout simplement parce que comme on le sait à la Réunion, colonie française, les possédant·es, les esclavagistes, comme c’est écrit dans le Code noir, décident de qui va se marier avec qui, de qui viole légitimement, et qui se fait « reproduire ».</p>



<p>Ceci fait de la question de l’amour dans le couple un domaine proscrit et mis de côté. Ainsi, les couples mixtes, qui sont à l’origine du brassage réunionnais, sont officiellement prohibés.</p>



<p>Il faut souligner que depuis toujours, il y a eu un métissage entre le prolétariat blanc et les personnes originaires de Madagascar, d’Afrique, et qui, en se créolisant, créent la base du peuplement.</p>



<p>Par la suite, tous ces traumatismes liés à l’esclavage allaient être des leviers de résilience menant à la non-adversité<sup>&nbsp;</sup><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6984_7('footnote_plugin_reference_6984_7_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6984_7('footnote_plugin_reference_6984_7_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6984_7_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6984_7_1" class="footnote_tooltip">1&nbsp;– Nous parlons de non adversité pour décrire le contexte interculturel de la Réunion, que résume le slogan <em>« In sèl pèp, in sèl nasiyon, anou mèm réyoné »</em>. Contrairement à ce que veut nous faire croire la République française, c’est bien plus qu’une cohabitation pacifique, c’est un peuple uni, aux origines ethniques multiples.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6984_7_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6984_7_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ethnique de la créolisation, et ces éléments ont donné puissance et force à la famille réunionnaise, qui était déjà sous le poids de la justice royale française de l’époque, et de la justice coloniale républicaine par la suite.</p>



<p>L’esclavage est aboli en 1848 officiellement, mais il est changé en engagisme. On remplace donc la population africaine par une population d’engagé·es Indien·es qu’on appelle à la Réunion « Malbars », ethnie constitutive de l’identité Réunionnaise, essentiellement issue de la côte ouest indienne et du sud-est de l’Inde.</p>



<p>C’est donc dans ce milieu, dans cette instance coloniale, sur ce terreau esclavagiste que vont se révéler l’unité réunionnaise et l’importance familiale car effectivement, les origines du peuplement réunionnais sont issues de cultures et de civilisations traditionnelles dans lesquelles l’Afrique et l’Asie sont pleinement représentées. Il s’agit de multi et surtout d’interculturalités où la famille a une grande importance, et où on vit dans un milieu familial ouvert, où plusieurs générations vivent ensemble. L’individu·e réunionnais·se, de la naissance au décès, du jeu structurel de l’enfant à la solidarité affinitaire des adultes, évolue dans un environnement de proximité fondateur.Dans les conditions de violence où se sont déployées les forces coloniales esclavagistes à la Réunion, et sur lesquelles nous ne reviendrons pas en détail ici, il n’est pas difficile d’imaginer les conséquences sur les familles réunionnaises encore au 21<sup>e</sup>&nbsp;siècle, et pour des siècles et des siècles si rien n’est fait&#8230; À l’échelle individuelle, l’esclavage peut être assimilé au viol d’une femme à qui post-traumatiquement, la machine institutionnelle somme de se taire, de ne pas faire « de vagues », d’arrêter de ressasser le passé, afin « d’oublier », et d’avancer&#8230; </p>



<p>Tous les clichés dont nous avons parlé en introduction sont intimement liés à cette matrice coloniale, à cette histoire de violence éducative, violence culturelle, qui sera encore et toujours amplifiée à partir de 1946 avec la fin du statut de la Réunion en tant que colonie, puisqu’elle devient un département français sans pour autant qu’on ait demandé son avis au peuple réunionnais.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La situation coloniale actuelle…</h2>



<p>Ce que la France, ou plutôt trop de français·es aux relents colonialistes, reprochent souvent aux réunionnais·es d’aujourd’hui, est cette même docilité qu’ils croyaient déjà remarquer chez le « meuble » Africain, cette timidité, cette inhibition maladives et caractéristiques de « l’inférieur·e ». Or ces traits de caractère ne sont que directement la preuve qu’il existe un trauma transgénérationnel.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="535452" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #535452;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_Reunion_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-6992 not-transparent" width="445" height="334"/></figure>
</div>


<p>Rappelons alors que dans le Code noir, l’esclave n’est autre qu’un meuble. Une chaise, un crayon, un urinoir ou une culotte. Iel n’a pas plus de valeur qu’un bien matériel et il n’est pas difficile de comprendre qu’aujourd’hui encore, l’image de l’homme réunionnais est continuellement travestie dans cet archétype d’homme alcoolique, inférieur, violent, bref déviant de toute heure, et incapable de s’épanouir au sein de la cellule familiale.</p>



<p>De fait, notre taux de chômage qui avoisine les 75 % chez les personnes de 18 à 25&nbsp;ans, ferait peur à n’importe quel autre département de France et de Navarre. C’est un drame auquel l’État français et les élu·es locaux ne répondent toujours pas. Ils ne brillent que par leur absence ! Rien n’est fait pour que l’île se dynamise, tout effort va en direction de l’émigration, tout comme lors du Bumidom<sup>&nbsp;</sup><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6984_7('footnote_plugin_reference_6984_7_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_6984_7('footnote_plugin_reference_6984_7_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6984_7_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6984_7_2" class="footnote_tooltip">2&nbsp;– cf <em>Rassine monmon papa</em>, M. Gence (documentaire, France, 2014, 82&nbsp;mn), <a href="https://www.youtube.com/watch?v=aCNjGYG56oE"><span class="footnote_url_wrap">https://www.youtube.com/watch?v=aCNjGYG56oE</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6984_7_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6984_7_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Les abominations de l’esclavage s’amplifient de non-dits : à la Réunion, un tabou extraordinaire subsiste autour de l’histoire de l’esclavage. Les « grandes » familles descendantes esclavagistes, contrairement aux blanc·hes paupérisé·es, ont toujours un poids économique et charismatique très important sur l’île et font en sorte que l’histoire de leurs ancêtres soit oubliée. Elles détiennent les institutions, qui se répandent dans l’opinion publique, amplifiant à l’ère moderne leurs habitus de prédateur·ices par le biais du pouvoir central lui-même.</p>



<p>S’agissant plus encore de laver une mauvaise conscience, iels ont pour office de pérenniser leur système, en dictant, en ancrant le peuple réunionnais dans l’immobilisme le plus mortifère.</p>



<p>Ce conformisme trouve son autre levier par la départementalisation de 1946 et surtout avec l’arrivée du « sacré »(sic !) Michel Debré en 1963 qui devient député de la Réunion, ce qui fait de lui le « président d’honneur de l’État français » à la Réunion.</p>



<p>Avec lui, c’est l’arrivée massive de fonctionnaires français·es à la Réunion, une nouvelle population qu’on appelle « zorey » et qui, par définition, a un comportement colonialiste (dans sa quasi-totalité, jusqu’à nos jours).&nbsp;</p>



<p>Cette arrivée massive de fonctionnaires de l’État français attire ainsi encore plus le peuple réunionnais dans l’assimilation et amène également du désordre, de la déshumanisation qui sont les germes de l’autodestruction familiale et de son éclatement des 20<sup>e</sup> et 21<sup>e</sup> siècles.</p>



<p>Ici, à la Réunion, tout est amplifié : on nous crie à gorge déployée qu’il n’y a pas de travail pour nous ici, et finalement nous voyons constamment arriver des personnes de France qui auraient un niveau professionnel supérieur aux réunionnais·es, puisque celleux-ci seraient par nature oisif·ves et quelque peu demeuré·es au yeux des dominant·es.&nbsp;Ces méfaits ont conduit une partie d’entre nous à militer pour ce qu’on appelle <em>« viv épi</em> <em>travay dan nout péi »</em>, c’est-à-dire que nous nous prononçons pour la préférence régionale. À diplôme égal, nous demandons la priorité de rester travailler sur notre île. Démarche de laquelle les esprits peu féconds sortiront des pseudo-profils extrêmes.</p>



<p>Il existe toujours des différences entre les ressortissant·es de l’Union européenne qui vivent à la Réunion et les réunionnais·es elleux-mêmes puisqu’on nous appelle « les locaux », comme si, une fois de plus en redondance du Code noir nous n’étions qu’un objet ou un lieu, voir une localité. </p>



<p>Effectivement nous ne sommes pas toujours bien accueilli·es quand nous arrivons en France. Notre physionomie, notre physique qui ne répondent pas aux critères européens, nous amènent à être précarisé·es et à être dénigré·es.</p>



<p>Bref, nous sommes une population de colonisé·es-racisé·es qui fait que l’exil qu’on nous propose est une obligation aussi extrême que voilée, dissimulée, si l’on veut « réussir ». Encore faudrait-il savoir ce que signifie la réussite, dans une vie d’homme et de femme.</p>



<p>C’est pourquoi nous avons lutté et luttons toujours tous contre le « génocide par substitution » qu’Aimé Césaire dénonçait déjà, et qui pour nous se fait via le CNARM, avec tous nos jeunes qui, dès le collège, sont poussé·es à partir à l’extérieur, à faire des formations en France.</p>



<h2 class="wp-block-heading">… et ses conséquences sur les familles réunionnaises</h2>



<p>Partout sont arborées des publicités pour s’engager dans l’armée, pour partir en France dans tous les secteurs d’activité. Le ou la Réunionnais·e n’a pas sa place dans son propre pays. S’iel veut se construire, il faut qu’iel parte. Construire à la manière des dominant·es. Et là nous avons une autre problématique qui découle de cette immigration forcée, de cet exil obligé, qui est celui des familles qui doivent vivre la vie familiale avec 10 000&nbsp;km de distance.</p>



<p>On imagine très bien, malgré les moyens connectés, qu’il soit impossible pour des grands-parents de faire connaître la culture réunionnaise à leurs petits-enfants quand on se voit une fois par an, soit parce qu’on doit aller voir nos enfants en France, soit parce qu’iels viennent en vacances se ressourcer dans leurs racines réunionnaises. Comme le dit Kalash <em>« ici le billet (d’avion !) vaut un SMIC »</em>. Et disons-le clairement, même des parents rempli·es de bonne volonté ne pourront jamais faire en sorte que leur enfant soit imprégné de repères du sol réunionnais autant qu’en restant ici.</p>



<p>L’État français, depuis la départementalisation, conserve toujours son aspect castrateur dans ces conséquences sur les liens familiaux. Toutes les relations de solidarité sont dissoutes. Nous avons fait le 1<sup>er</sup>&nbsp;mai 2013 suite au forum social réunionnais sur cette thématique et nous avons défilé pour demander à vivre et travailler dans notre pays, à ne pas voir les réunionnais·e intellectuel·les et manuel·les obligé·es de s’expatrier.&nbsp;</p>



<p>Car finalement quand, pour une raison ou une autre, un·e français·e arrive à la Réunion sans se poser les bonnes questions culturelles et identitaires, ancré·e dans des considérations matérielles et financières, iel sera un vecteur du colonialisme, du capitalisme et iel sera une nuisance pour l’autonomie du peuple réunionnais.&nbsp;</p>



<p>La famille réunionnaise post-départementalisation est ainsi une famille qui est encore nucléaire par nature mais qui s’atomise très fortement et inexorablement depuis la départementalisation, en touchant le fond de sa structure. D’abord, la langue créole n’est toujours pas reconnue dans le système éducatif français.</p>



<p>Une illustration cruelle nous rappelle les « années Debré » (les années 1960), avec le drame dit « des enfants de la Creuse », où le pouvoir en place a fait signer à des personnes analphabètes des contrats. Ceux-ci stipulaient que leurs enfants étaient envoyé·es en France, pour faire des petites vacances, se former, et qu’iels reviendraient à la Réunion. C’était pour leur bien leur avait-on dit, afin qu’iels apprennent à parler, à recevoir une éducation, etc.</p>



<p>Hélas, énormément d’enfants Réunionnais·es déporté·es en France ont fini par se donner la mort, d’autres ont sombré dans l’anonymat social, ou encore se sont fait adopter par des familles françaises essentiellement dans la Creuse, le but étant de repeupler les départements, parce que, pour eux, la Réunion était surpeuplée.</p>



<p>Or aujourd’hui le vivre-ensemble, l’inter­culturalité réunionnaise compte près de 800 000 habitant·es, quasiment trois fois plus que dans les années 1960.&nbsp;</p>



<p>Cette histoire a par ailleurs traumatisé les esprits et marqué de son empreinte la conscience collective. À la Réunion, tou·tes parlaient de la « petite voiture rouge » qui ramassait les enfants. On disait aux enfants « Si vous voyez une voiture rouge au bord de la route, alors cachez-vous ». Cette voiture était celle des représentant·es de l’État, souvent des assistantes sociales, qui venaient retirer les enfants des entrailles de leurs parents sous de faux prétextes.</p>



<p>Au bout d’un moment, même si on ne savait ni lire ni écrire, on avait compris que l’on pouvait perdre ses enfants. Le poids de l’assistance publique, de la DDASS à cette époque, a toujours de l’importance. Dans l’éducation familiale à la Réunion, on est passé d’une éducation sévère à un dérèglement et à une négligence voulus par l’État. Avec des conséquences aussi cachées que dramatiques.&nbsp;</p>



<p>Par la suite, on a pris peur de réprimander son enfant, car l’assistante sociale allait encore venir le retirer de notre famille. Pensée et schème psychologique qui allaient créer un déséquilibre éducatif où le parent est complètement spolié·e de son autorité éducative, de ses capacités familiales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rézistans kiltirel<sup>&nbsp;</sup><span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6984_7('footnote_plugin_reference_6984_7_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_6984_7('footnote_plugin_reference_6984_7_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6984_7_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6984_7_3" class="footnote_tooltip">3&nbsp;– Résistances culturelles</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6984_7_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6984_7_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></h2>



<p>Malgré tout cela, les Réunionnais·es font montre d’une résilience entière. En dépit de l’assimilationnisme, de la perte grandissante de la langue et de la culture traditionnelle réunionnaise, des digues sont montées par les militant·es.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="52544b" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #52544b;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/02/A2C_RevueN6_Reunion_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-6993 not-transparent" width="675" height="351"/></figure>
</div>


<p></p>



<p>Une partie de la population continue à vouloir faire perdurer ses traditions et à perpétuer la pratique de sa langue au quotidien.&nbsp;</p>



<p>Par ailleurs, les familles réunionnaises s’inscrivent intrinsèquement dans la multiculturalité, dans l’interculturalité. Et ceci, au lieu d’être source d’inspiration, ne fait que gêner singulièrement l’État français, qui, au nom d’une certaine « laïcité », instaure de manière toujours dissimulée le communautarisme à la Réunion. La France se sert des repères d’antan, ces coques humanistes vides, en cherchant au contraire à détruire le système de valeurs réunionnais instaurant ce qui mine déjà l’hexagone. Le communautarisme des strates ethniques là-bas, Arabes, Noir·es, Portugais·es, Domien·nes, Asiatiques pour ne citer qu’eux, et Malbars, Kafs, Shinwa Zarab, Maoré ek Komor, ici. Tout est voué aux chocs culturels pour le pouvoir, afin que le ou la vrai·e coupable reste masqué·e.</p>



<p>Cela coule de source, à la Réunion tout le monde a toujours dépassé de manière tout à fait naturelle les clivages raciaux, ce qui fait la force de ce qu’on appelle le « maillage », le « lianage » entre les réunionnais·es. Grâce à la solidarité, les familles réunionnaises résistent et tentent de survivre au capitalisme et au colonialisme encore de nos jours.&nbsp;</p>



<p>L’éducation collective et la solidarité intra­familiale, avoisinante même, jouent un rôle important dans la mesure où les proches peuvent avoir une autorité bienveillante, en étant donc co-­éducateurs auprès des enfants des un·es et des autres. Ce qui contribue à un meilleur vivre-ensemble.&nbsp;</p>



<p>Comme dans les systèmes africains, la coéducation de la famille de l’enfant est toujours prévalente. Cette constitution identitaire et culturelle forme une résistance et trouve sa source loin de celle de l’acculturation dominante.&nbsp;</p>



<p>En exemple on a des tantes, des oncles qui s’occupent des enfants, parrains marraines ou grands cousins aussi, prenant en charge les enfants parfois plusieurs jours d’affilée par semaine pendant que les parents sont au travail. Iels interviennent dans l’aide aux devoirs, l’habillement, les tâches quotidiennes&#8230;&nbsp;</p>



<p>Un proverbe réunionnais dit : <em>« ti ash i koup gro bwa »</em> (une petite hache coupe un gros arbre), c’est en ces mots que réside le pouvoir des familles réunionnaises face au rouleau compresseur de l’État français. La réunion est née avec la traite négrière, a grandi dans le capitalisme, pourtant et pour autant elle ne cesse de lutter tout en affinant sa légitimité autonomiste.&nbsp;</p>



<p>Elle résiste face à toujours plus d’assimilation et de diversités culturelles imposées par le mondialisme ambiant telle un fanal, une perle de l’océan indien œuvrant pour une laïcité véritable et équitable.</p>



<p>Nous finirons par les vers du poète et chanteur Alain Peters qui disait : <em>« Oukilé ou la dan ? kilé out bonèr ? sa manzé pou lo kèr »</em> se traduisant par : où te retrouves-tu là-dedans ? Où est ton bonheur ? C’est la nourriture du cœur&#8230; </p>



<h4 class="wp-block-heading has-text-align-left">ALEXIA, SEVERINE, STELLA ET TEDDY, Miltan kiltirel réyoné</h4>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6984_7();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6984_7();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6984_7">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6984_7" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6984_7_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6984_7('footnote_plugin_tooltip_6984_7_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">1&nbsp;– Nous parlons de non adversité pour décrire le contexte interculturel de la Réunion, que résume le slogan <em>« In sèl pèp, in sèl nasiyon, anou mèm réyoné »</em>. Contrairement à ce que veut nous faire croire la République française, c’est bien plus qu’une cohabitation pacifique, c’est un peuple uni, aux origines ethniques multiples.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6984_7_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6984_7('footnote_plugin_tooltip_6984_7_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">2&nbsp;– cf <em>Rassine monmon papa</em>, M. Gence (documentaire, France, 2014, 82&nbsp;mn), <a href="https://www.youtube.com/watch?v=aCNjGYG56oE"><span class="footnote_url_wrap">https://www.youtube.com/watch?v=aCNjGYG56oE</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6984_7_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6984_7('footnote_plugin_tooltip_6984_7_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">3&nbsp;– Résistances culturelles</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6984_7() { jQuery('#footnote_references_container_6984_7').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6984_7').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6984_7() { jQuery('#footnote_references_container_6984_7').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6984_7').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6984_7() { if (jQuery('#footnote_references_container_6984_7').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6984_7(); } else { footnote_collapse_reference_container_6984_7(); } } function footnote_moveToReference_6984_7(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6984_7(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6984_7(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6984_7(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/capitalisme-et-famille-la-situation-reunionnaise/">Capitalisme et Famille : la situation réunionnaise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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