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	<title>Archives des États-Unis - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des États-Unis - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Edito Cahiers #20 · Face à la barbarie impérialiste : Make Revolution Great Again</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/revue-20-make-revolution-great-again/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 23:42:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Abya Yala]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 3 janvier, les États-Unis agressent le Venezuela : bombardements faisant une centaine de mort·es, capture du président Nicolas Maduro, et de sa femme et dirigeante politique Cilia Flores, annonce de Trump que les US <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/revue-20-make-revolution-great-again/" title="Edito Cahiers #20 · Face à la barbarie impérialiste : Make Revolution Great Again">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/revue-20-make-revolution-great-again/">Edito Cahiers #20 · Face à la barbarie impérialiste : Make Revolution Great Again</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le 3 janvier, les États-Unis agressent le Venezuela : bombardements faisant une centaine de mort·es, capture du président Nicolas Maduro, et de sa femme et dirigeante politique Cilia Flores, annonce de Trump que les US comptent diriger le pays.</p>



<p>Ce coup de force est bien sûr à replacer dans un contexte général de tensions inter-impérialistes accrues. Mais il faut nécessairement le qualifier d&rsquo;événement majeur dans l’impérialisme mondial, symptôme d’un changement qualitatif et d’une accélération politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une attaque impérialiste</strong></h2>



<p>Comprendre cet événement est essentiel pour savoir comment réagir, et quelle riposte bâtir. Pour commencer, on a besoin de se dire qu’il ne s’agit pas de l’irrationalité de Trump, un dirigeant plus radicalisé que les autres, ni d’une quelconque guerre au narcotrafic. Les USA ont mené une attaque impérialiste contre le Venezuela. </p>



<p>L’impérialisme, c’est ce stade du capitalisme où les affrontements économiques se transforment en conflits militaires entre États. Les États sont par nature impérialistes et occupent des places plus ou moins fortes dans l’impérialisme mondial. Le capitalisme est un régime économique qui repose sur la compétition. Quand celle-ci devient trop forte, il ne reste plus que la solution militaire pour la régler <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10691_2('footnote_plugin_reference_10691_2_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_10691_2('footnote_plugin_reference_10691_2_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10691_2_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10691_2_1" class="footnote_tooltip">Voir Jad Bouharoun (2022), <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/se-preparer-aux-guerres-qui-reviennent/">Se préparer aux guerres qui (re)viennent</a>, Revue #04</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10691_2_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10691_2_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>L’agression menée par les USA contre le Venezuela est rationnelle et prévisible. Mais elle est à observer comme un tournant décisif dans la période.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Vers une guerre globale ?</strong></h2>



<p>Cette agression porte en elle plusieurs éléments qui sont une avancée vers la généralisation des conflits entre États :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Le recul de l’hégémonie états-unienne en tant que superpuissance impérialiste.</strong> Même si les USA restent la première puissance économique et militaire mondiale, d’autres puissances émergent. La Chine, comme seule rivale hégémonique, mais aussi des puissances secondaires régionales (la Russie en Europe de l’Est, l’Iran au Moyen-Orient). Cette déstabilisation rebat toutes les cartes et ouvre le terrain à des affrontements partout. La dernière déstabilisation historique de cette ampleur était celle de la Grande-Bretagne au début du 20ème siècle, qui a mené aux deux guerres mondiales.</li>



<li><strong>Le signal que les USA sont prêts à en découdre, et qu’ils le font.</strong> La flotte américaine était déployée autour du Venezuela depuis plusieurs mois, mais on voit maintenant que l’armée peut passer à l’action. Et alors, les menaces annoncées depuis plusieurs mois par Trump sur le Groenland, Cuba, la Colombie ou encore l&rsquo;Iran deviennent concrètes et laissent penser qu’un engrenage peut se mettre en route.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le danger fasciste grandit</strong></h2>



<p>Dans notre camp, on entend que cette agression serait due à la « fascisation » du gouvernement états-unien, incarnée par son dirigeant, Trump. Mais comme on l’a dit plus tôt, le capitalisme produit des guerres, du fait de sa nature concurrentielle, peu importe que les États soient sous un pouvoir parlementaire, autoritaire ou fasciste.</p>



<p>Cependant, « la trajectoire impérialiste du capital crée les conditions propices pour le développement du fascisme » <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_10691_2('footnote_plugin_reference_10691_2_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_10691_2('footnote_plugin_reference_10691_2_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_10691_2_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_10691_2_2" class="footnote_tooltip">voir l&rsquo;introduction de notre brochure <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-imperialisme-la-trajectoire-du-capital/">Vers la guerre, vers le fascisme. Impérialisme, la trajectoire du Capital</a> (2023</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_10691_2_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_10691_2_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>).<br>L’avancée du monde entier vers la guerre produit une montée du nationalisme, et donc un durcissement des politiques racistes, et des répressions des mouvements sociaux. Et ces politiques, dans les pays où les fascistes sont dotés d’un parti, où pourraient s’en doter, déroulent un tapis vers la mise en place d’un régime fasciste.</p>



<p>C’est le cas en France, où le RN, avec sa campagne municipale dans 600 communes et ses liens avec la Coordination Rurale, syndicat agricole d’extrême-droite, qui a appelé à une marche sur Paris les 4 et 5 janvier, grossit ses rangs et s’implante localement à travers tout le pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Stopper l’escalade</strong></h2>



<p>Il ne faut pas laisser passer. De même que l’impunité des crimes policiers se traduit par de plus en plus d’assassinats, l’impunité impérialiste provoquera d’autres agressions. Et chaque pas en avant d’une puissance impérialiste ne fait que légitimer la course à l’armement des autres, en Europe comme en Chine.</p>



<p>Pour réussir à construire un mouvement large à la hauteur de la situation, nos revendications doivent être simples :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>retrait des troupes états-uniennes de l’Amérique Latine / Abya Yala et des Caraïbes</li>



<li>libération de Maduro et Flores</li>



<li>fin des menaces sur le Groenland, Cuba, la Colombie et l’Iran </li>
</ul>



<p>Focaliser le débat sur la caractérisation du régime de Maduro est un contre-sens stratégique qui n’a de sens que dans le monde des idées et dans son canapé en occident. Dire « Ni Trump, ni Maduro » c’est légitimer l’intervention étasunienne.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Front anti-impérialiste</strong></h2>



<p>Les forces existent. Au cœur de la bête, déjà plus nombreux et plus forts que lors de la guerre du Vietnam, des millions de gens sont dans la rue et s’organisent dans tous les États-Unis contre Trump. Les manifestations de masse s’inscrivent dans un mouvement de lutte, commencé en juin dernier dans les émeutes contre ICE, puis sous la forme des manifs “No Kings” contre Trump et son gouvernement.</p>



<p>Le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, depuis plus de deux ans, met des millions de personnes dans la rue, contre le génocide et donc contre l’impérialisme.</p>



<p>Enfin, les mouvements d’Amérique latine ont montré depuis le début du XXIè siècle leur capacité de mobilisation, de l’insurrection zapatiste de 1994 aux cacerolazos de masse du Chili en 2019 en passant par la révolution bolivarienne au Venezuela, la révolution citoyenne en Equateur, le mouvement indigène en Bolivie et le mouvement de récupération des usines en Argentine. Sans hasard, Porto Allegre au Brésil, était devenue la capitale du mouvement altermondialiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Aller jusqu’au bout</strong></h2>



<p>Reprendre le fil de ces exemples est important comme source d’inspiration. Mais ils sont aussi porteurs d’une autre leçon et illustrent ce que le révolutionnaire français St Just écrivait : “les révolutionnaires qui ne font la révolution qu’à moitié creusent leur propre tombe”.</p>



<p>Dans tous ces pays, ces processus ont été largement détruits. Au Chili, un nazi nostalgique officiel de Pinochet est arrivé au pouvoir. En Argentine, c’est un admirateur de Trump. L&rsquo;agression impérialiste au Venezuela a été largement rendue possible par l’échec &#8211; pour dire le moins &#8211; des promesses de la révolution bolivarienne.</p>



<p>Oui les forces existent pour combattre l’impérialisme. Oui l’époque des soulèvements de masse, des révoltes de classe n’est pas close comme le démontre le mouvement en Iran, les grèves, les conseils ouvriers.</p>



<p>Dans la lutte contre l’impérialisme, contre le fascisme, il faut construire activement la seule antidote, l’autonomie de classe et la révolution.</p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10691_2();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_10691_2();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_10691_2">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_10691_2" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10691_2_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10691_2('footnote_plugin_tooltip_10691_2_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir Jad Bouharoun (2022), <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/theorie/se-preparer-aux-guerres-qui-reviennent/">Se préparer aux guerres qui (re)viennent</a>, Revue #04</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_10691_2_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_10691_2('footnote_plugin_tooltip_10691_2_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">voir l&rsquo;introduction de notre brochure <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-imperialisme-la-trajectoire-du-capital/">Vers la guerre, vers le fascisme. Impérialisme, la trajectoire du Capital</a> (2023</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_10691_2() { jQuery('#footnote_references_container_10691_2').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10691_2').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_10691_2() { jQuery('#footnote_references_container_10691_2').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_10691_2').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_10691_2() { if (jQuery('#footnote_references_container_10691_2').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_10691_2(); } else { footnote_collapse_reference_container_10691_2(); } } function footnote_moveToReference_10691_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10691_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_10691_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_10691_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/revue-20-make-revolution-great-again/">Edito Cahiers #20 · Face à la barbarie impérialiste : Make Revolution Great Again</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>« On insiste : la liberté maintenant ! » – Partie 2</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/on-insiste-la-liberte-maintenant-partie-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Feb 2024 17:28:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Petite bibliothèque A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Black power]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Jazz]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article est la suite de On insiste: la liberté maintenant ! &#8211; Partie 1, à partir de Free jazz/Black power de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli Publié pour la première fois en 1971 (et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/on-insiste-la-liberte-maintenant-partie-2/" title="« On insiste : la liberté maintenant ! » – Partie 2">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/on-insiste-la-liberte-maintenant-partie-2/">« On insiste : la liberté maintenant ! » – Partie 2</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-background" style="background-color:#e29f02">Cet article est la suite de <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/on-insiste-la-liberte-maintenant-partie-1/">On insiste: la liberté maintenant ! &#8211; Partie 1</a>, à partir de <em>Free jazz/Black power</em> de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli<sup data-fn="609a9781-4d49-444f-9e62-fb05a126ce53" class="fn"><a href="#609a9781-4d49-444f-9e62-fb05a126ce53" id="609a9781-4d49-444f-9e62-fb05a126ce53-link">1</a></sup></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img data-dominant-color="858482" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #858482;" fetchpriority="high" decoding="async" width="180" height="280" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/10/A2C_RevueN9_Jazz_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7954 not-transparent"/></figure>
</div>


<p style="font-style:normal;font-weight:600">Publié pour la première fois en 1971 (et réédité depuis en 1979 et en 2000 avec à chaque fois l’ajout d’une préface des auteurs), <em>Free jazz/Black power</em><sup data-fn="42d060f2-411b-4330-b69d-7d1e21cd861d" class="fn"><a href="#42d060f2-411b-4330-b69d-7d1e21cd861d" id="42d060f2-411b-4330-b69d-7d1e21cd861d-link">2</a></sup> de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli est un texte particulièrement dense, dont les phrases à rallonge, entrecoupées de parenthèses, virgules, notes de bas de page, etc., pour cerner au plus près leur objet, semblent s’amuser à recréer la poly­rythmie du sujet (apparent) du livre, les musiques africaines en Amériques. Aussi âpre à lire que le free jazz peut l’être à écouter, il n’en est pas moins indispensable pour quiconque s’intéresse à l’histoire des Noir·es aux USA ou souhaite réfléchir à la place de la musique, et plus globalement de l’art dans la société et de son (r)apport à la lutte révolutionnaire.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #11 &#8211; Janvier 2024</h6>



<h2 class="wp-block-heading">La forme du Jazz à venir<sup data-fn="f22bfc86-6511-4250-abaf-99eaa366bc00" class="fn"><a href="#f22bfc86-6511-4250-abaf-99eaa366bc00" id="f22bfc86-6511-4250-abaf-99eaa366bc00-link">3</a></sup></h2>



<p>Sans se lancer dans un fastidieux résumé du résumé que nous offrent les auteurs de l’histoire du jazz et de ses marges pour arriver au free jazz, retenons pour les besoins de cet article :&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Que&nbsp;<em>« l’apparition et l’évolution du phénomène musical afro-américain&nbsp;</em>[doivent être]&nbsp;<em>étudiées dans leur rapport avec 3 éléments essentiels : permanence d’africanismes, influence du contexte social oppressif et —&nbsp;ce troisième élément étant indissociable du deuxième&nbsp;— continuité protestataire de toutes les manifestations vocales et instrumentales des Noir·es en Amérique. »</em>&nbsp;(p.&nbsp;187)</p>



<p>–&nbsp;Que le blues,&nbsp;<em>« formation majeure de la musique afro-américaine, dont le jazz ne serait qu’une adaptation, une traduction instrumentale, un compromis musical avec les différents ordres imposés par l’Amérique blanche : musique de spectacle, instrumentale et distractive »</em>&nbsp;(p.&nbsp;211), représente l’élément de continuité antagoniste, sans cesse réactivé par les musiques noires, dont le jazz,&nbsp;<em>« si les déterminations blanches prennent trop longtemps le dessus (et notons-le : ce ne peut être la détermination noire qui domine, puisque le lieu de ce conflit est celui de la domination de l’idéologie bourgeoise) »</em>&nbsp;(p.&nbsp;326)</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="595959" data-has-transparency="false" decoding="async" width="891" height="918" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr1-1-edited.png" alt="" class="wp-image-8238 not-transparent" style="--dominant-color: #595959; width:341px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr1-1-edited.png 891w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr1-1-edited-291x300.png 291w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr1-1-edited-768x791.png 768w" sizes="(max-width: 891px) 100vw, 891px" /></figure>
</div>


<p>–&nbsp;Que la lutte (de classe et de race) entre africanisme et européanisation du jazz est le moteur de son histoire. Ainsi le free jazz est une réaction jazz cool des musicien·nes blanc·hes de la côte Ouest, comme le be bop (et ses dérivés) l’était face à l’ersatz de swing d’orchestres blancs pour GI’s qui dominait le jazz au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Et que cette lutte est déterminée par l’évolution de la conscience et des luttes des africain·es américain·es sur les plans social, politique, idéologique… bref par la lutte des classes aux USA.</p>



<p>Le free jazz nait dans un contexte de montée des luttes des prolétaires africain·es américain·es que les auteurs appellent&nbsp;<em>« l’étape du Pouvoir noir »</em>&nbsp;(p.&nbsp;51). Ce contexte se caractérise par le développement de ces luttes sur les plans :</p>



<p>–&nbsp;De l’organisation : création, développement et radicalisation d’organisations qui&nbsp;<em>« accentuent leur rupture avec les intégrationnistes et les élites de la bourgeoisie noire »</em>&nbsp;(p.&nbsp;52),&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;De l’idéologie :&nbsp;<em>« Malcom&nbsp;X fait accomplir aux luttes des Noir·es un pas politique important (rejoignant les conclusions marxistes de W.E.B. Dubois) en subordonnant l’ensemble des revendications raciales, juridiques, sociales et culturelles aux revendications directement politiques : à la lutte contre le capitalisme américain qui devient l’ennemi principal »</em>&nbsp;(p.&nbsp;54),</p>



<p>–&nbsp;De l’action : émeutes urbaines de 1964-1965 dans plusieurs ghettos (Harlem, Détroit, Watts,…) «<em> qui terrifient l’Amérique blanche et accélèrent la transformation de la lutte revendicative en lutte prérévolutionnaire »</em>&nbsp;(p.&nbsp;55).&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une improvisation collective<sup data-fn="9ec9f43b-5acb-480d-8abe-3c01e81039fe" class="fn"><a href="#9ec9f43b-5acb-480d-8abe-3c01e81039fe" id="9ec9f43b-5acb-480d-8abe-3c01e81039fe-link">4</a></sup></h2>



<p>C’est ce même contexte qui conduit en 1966 à la création du Black Panthers Party et va donc déterminer les formes du jazz qui se crée, en toute liberté. Car la caractéristique principale du free jazz, c’est précisément qu’il ne s’interdit rien :&nbsp;<em>« Tout se passe avec ces jazzmen là comme s’ils avaient décidé de ne plus se priver de quoi que ce fût qui pût leur faire envie ou besoin à toutes les étapes du processus de création »&nbsp;</em>(p.&nbsp;343).</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="5e5e5e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #5e5e5e;" decoding="async" width="1100" height="618" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-1100x618.webp" alt="" class="wp-image-8239 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-1100x618.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-768x431.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-1320x741.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr2-jpg.webp 1800w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>En effet, les musicien·nes free<em>&nbsp;« se démarquent de la plupart des traits du jazz coutumier : structure des morceaux, fonction et rapports des instruments, conceptions rythmiques, rapport du musicien à son public, aux autres musiciens, etc. »</em>. Et les auteurs de conclure&nbsp;<em>« Décisive, unique dans l’histoire de la musique noire aux États-Unis, cette série de largage met en cause plus qu’un ordre musical : un ordre culturel »</em>&nbsp;(p.&nbsp;345).&nbsp;</p>



<p>Ainsi, si le « Nouveau truc » (New Thing fut un autre nom du free jazz) recouvre une multitude de formes esthétiques et musicales,<em>&nbsp;« ce qui fonde le phénomène free comme ensemble, ce qui articule la multiplicité de ses manifestations musicales, ce sont leurs communes surdéterminations par l’histoire, les rapports sociaux, le niveau de luttes politiques et idéologiques, l’attitude culturelle par rapport au jazz antérieur »</em>&nbsp;(p.&nbsp;378).</p>



<p>Les auteurs concluent de leurs études de l’évolution des conditions matérielles de production des musiques noires aux USA, et de leur influence sur les formes de celles-ci, en lien avec le niveau de conscience et de luttes des Africain·es américain·es que les free jazz wo·men ont&nbsp;<em>« affaire à la même exploitation capitaliste que le reste du jazz, à cette seule différence près que, centrée politiquement, résistante culturellement, leur musique est infiniment moins récupérable par le commerce et l’idéologie »</em>&nbsp;(p. 83).&nbsp;</p>



<p>En effet,&nbsp;<em>« Comme le bop et plus nettement encore, le free jazz n’est pas seulement remis en question, au plan musical, des formes et styles qui le précèdent historiquement : son action déborde le champ strictement musical pour concerner les champs culturels et idéologiques. Il se donne, très vite pour un acte de résistance culturelle : la réappropriation (et les transformations qu’elle nécessite) par les Noir·es américain·es, musicien·nes et auditeurices, d’une musique qui originellement fut leur, c’est-à-dire qu’iels fabriquèrent dans des conditions historiques, sociales et culturelles (déportation, esclavage, misère, racisme) qui furent les leurs sans partage. Or cette musique s’est vue aussitôt, et pendant plus d’un demi-siècle, sous la pression d’un grand nombre de facteurs (commerciaux, sociaux, raciaux, culturels, parasitée et exploitée par cela même qui avait réduit les Africain·es en esclavage, fait naitre et utiliser contre elleux l’idéologie raciste, et qui continue de les exploiter et de les opprimer : le capitalisme blanc américain, son idéologie et son système de valeurs. »</em>&nbsp;(p. 49)</p>



<p>C’est donc bien à tout l’édifice idéologique, mais aussi esthétique, du capitalisme blanc américain et de sa pénétration dans les masses noires que s’attaque le free jazz,&nbsp;<em>« dans la mesure précisément ou il entreprend une remise en question de ce qui domine les « goûts populaires », de ce qui conditionne la demande des masses. Il s’efforce en effet de se couper non des masses elles-mêmes mais de l’idéologie qui les traverse, les aveugle, parle en leur nom pour perpétuer l’exploitation ; il rejoint en revanche, et par cette critique même de l’idéologie, les exigences politiques des masses noires. Il est plus près d’elles, et répond davantage à leurs intérêts, en s’attaquant à l’idée même qu’elles ont de leur musique, de ce jazz dont nous avons vu combien il était mis au service de leurs ennemis. »</em>&nbsp;(p.&nbsp;383)</p>



<p>Comme le notait déjà le Vieux révolutionnaire Léon Trotsky en 1933, à propos du premier roman de LF Céline : <em>« la lutte contre la simulation dans l’art se transforme toujours plus ou moins en lutte contre le mensonge des rapports sociaux »</em><sup data-fn="fcf3017b-4912-477a-853f-2104d97eeaef" class="fn"><a href="#fcf3017b-4912-477a-853f-2104d97eeaef" id="fcf3017b-4912-477a-853f-2104d97eeaef-link">5</a></sup>. C’est armé·es de toute l’histoire des Africain·es déporté·es dans le « nouveau monde », de l’histoire de leurs résistances, des cales des galères négrières jusqu’aux émeutes prérévolutionnaires de 1965 et l’histoire de leurs musiques, des spirituals et work songs jusqu’au jazz d’avant-garde, que les musicien·nes free fracassent la simulation dans l’art et le mensonge des rapports sociaux. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="afafaa" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #afafaa;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="733" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr3-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-8240 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr3-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr3-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr3-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr3-jpg.webp 1152w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Laisse mon peuple s’évader !<sup data-fn="a51d5e1d-fd4f-4d7e-a1bc-b8f11aa354f7" class="fn"><a href="#a51d5e1d-fd4f-4d7e-a1bc-b8f11aa354f7" id="a51d5e1d-fd4f-4d7e-a1bc-b8f11aa354f7-link">6</a></sup></h2>



<p><em>« L’histoire politique des Noir·es américain·es est aussi longue et riche que méconnue — et cette méconnaissance n’est pas accidentelle : elle est le fait d’un systématique effort de brouillage et d’occultation de la part des appareils idéologiques (école, presse, supports culturels, etc.) de la société américaine »&nbsp;</em>(p.&nbsp;51) avertissent les auteurs. Et de préciser :&nbsp;<em>« l’histoire des Noir·es américain·es n’est pas faite que de résistances et de batailles culturelles : mais de luttes politiques qui débouchent sur une révolution qui n’est pas que culturelle »</em>. (p.&nbsp;40). Ils s’attachent donc à&nbsp;<em>« tenter de montrer quelques-unes des principales articulations du jazz et du free jazz avec les luttes, mouvements et programmes politiques noirs, avec les développements de la conscience révolutionnaire chez les Noir·es américain·es »</em>&nbsp;(p.&nbsp;41).&nbsp;</p>



<p>La création même de ce peuple, les « Noir·es américain·es », est le produit du colonialisme, de l’extension du capitalisme à l’ensemble de la planète (première mondialisation). En effet, ce sont des Ashantis, des Bantous, des Peuls, des Wolofs, des Sérères, des Soninkés, des Yoroubas etc. qui débarquent des galères négrières et sont transformé·es en « Noir·es » par l’horreur de la déportation, de l’esclavage et de l’idéologie raciste, aberrante, absurde et abominable abstraction basée sur le taux de mélanine, qui déshumanise un pan entier de l’humanité et&nbsp;<em>« a pour fonction de justifier l’expansionnisme capitaliste »</em>&nbsp;(p.&nbsp;40).&nbsp;</p>



<p>La <em>« double conscience »</em><sup data-fn="23cf6f68-ea1f-4064-83d8-5b281d85e69a" class="fn"><a href="#23cf6f68-ea1f-4064-83d8-5b281d85e69a" id="23cf6f68-ea1f-4064-83d8-5b281d85e69a-link">7</a></sup> de ce peuple, Africain·es coupé·es du continent, de leur culture, de leur tradition, de leur musique et Américain·es mais toujours de seconde zone, même après la fin de l’esclavage et de la ségrégation, est une caractéristique importante de ce peuple. Elle se lit jusque dans le nom qu’il s’est choisi : Africain·es américain·es, dont Afro-Américain·es n’est pas un diminutif, mais une étape antérieure dans la prise de conscience. Cette double conscience influence tant sa musique que ses luttes. Et comme nous le rappellent les auteurs, ses luttes ont toujours existé malgré, ou à cause, de la radicalité de l’oppression : <em>« outre les innombrables mutineries et suicides collectifs à bord des bateaux négriers, et une résistance passive permanente sur les plantations (sabotage de matériel, négligence systématique, etc.) des révoltes éclatèrent dans les colonies d’Amérique dès l’installation des premiers esclaves »</em> (p. 155). Ainsi, contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre de l’important bouquin de Daniel Guérin<sup data-fn="f2e72c81-b073-4d22-9f46-0c53e697728a" class="fn"><a href="#f2e72c81-b073-4d22-9f46-0c53e697728a" id="f2e72c81-b073-4d22-9f46-0c53e697728a-link">8</a></sup>, il y a toujours eu à la fois des « Oncles Tom » et des « Panthers ». Comme dans le jazz ont toujours cohabité des Louis Armstrong, représentant des Tom, décris comme ces <em>«  »nègres idéals » dont rêve l’Amérique blanche »</em> (p. 258) et des Duke Ellington, qui <em>« entreprenent de faire « la musique du Noir américain » »</em>(p. 265) : <em>« les œuvres d’Armstrong et d’Ellington (les deux musiciens noirs les plus prestigieux et célèbres) sont dès leur origine (1925) opposables dans la mesure où répondant chacune à l’un des deux grands courants idéologiques du mouvement noir, l’intégrationnisme (gradualiste) et le -séparatisme »</em> (p. 262). </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Jazz est mort !<sup data-fn="be65741c-4c71-4953-9720-33597142f1ec" class="fn"><a href="#be65741c-4c71-4953-9720-33597142f1ec" id="be65741c-4c71-4953-9720-33597142f1ec-link">9</a></sup></h2>



<p><em>« Le couronnement du jazz comme art, considéré partout comme une victoire des « progressistes » sur les conservateurs paracheva la colonisation commencée par le commerce »&nbsp;</em>(p.&nbsp;91) assènent les auteurs. En effet,&nbsp;<em>« ce sont l’invention et l’industrialisation des techniques de reproduction sonore (rouleaux puis disques) qui marquent la constitution du jazz en objet de commerce — et en conséquence, en objet d’art »</em>&nbsp;(p.&nbsp;75). C’est donc bien avec l’instauration du capitalisme industriel que se développe à une échelle de masse l’exploitation commerciale de la musique noire, qu’il a fallu auparavant blanchir (le premier disque de jazz jamais gravé sur vinyle est celui d’un orchestre blanc).&nbsp;</p>



<p>Donner au jazz le statut d’art, c’est bien sûr, contre les plus radicaux des racistes, enfin reconnaitre aux esclaves africain·es américain·es le statut d’êtres humains, capables d’accéder à l’élévation que représente l’art dans la pensée bourgeoise. Mais c’est aussi, contre les musicien·nes de jazz, faire rentrer de force leurs productions dans la catégorie occidentale d’art. C’est les forcer à traduire leur musique dans les codes blancs : une musique de divertissement, principalement instrumentale (qui n’a rien à dire), coupée de ses déterminations sociopolitiques. C’est les obliger à rendre leur musique acceptable pour les blanc·hes, donc empreinte «<em> du défaut de sens qui frappe toutes les activités entreprises sous le signe de l’art pour l’art »</em><sup data-fn="4c65b653-6daf-49e3-856c-e1676e6878e3" class="fn"><a href="#4c65b653-6daf-49e3-856c-e1676e6878e3" id="4c65b653-6daf-49e3-856c-e1676e6878e3-link">10</a></sup>. Bref, c’est vouloir faire rentrer les musicien·nes noir·es à l’universel abstrait de la bourgeoisie blanche. Car comme le note les auteurs, les critiques bannissent de leurs discours toutes considérations sur la race (sociale) des musicien·nes de jazz (le fait qu’iels soient noir·es et ce qu’iels disent, à travers leur musique, mais pas seulement, de l’expérience d’être noir·e dans un système capitaliste et raciste)<em> « au nom de l’antiracisme qui sert de couverture à l’antihistoricité »</em> (p. 384). C’est donc au nom d’un antiracisme moral qu’on va s’attaquer à l’antiracisme politique développé par les Noir·es elleux-mêmes. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="ba895f" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="598" height="834" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr4-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8241 not-transparent" style="--dominant-color: #ba895f; width:359px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr4-jpg.webp 598w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN11_Jazz_Illustr4-215x300.webp 215w" sizes="auto, (max-width: 598px) 100vw, 598px" /></figure>
</div>


<p>Les critiques adressées aux free jazz&nbsp;<em>« témoignent massivement d’un système de valeurs (esthétiques entre autres) : celui de la civilisation judéo&#8211;chrétienne qui se pense comme au centre de toutes autres, référence unique et universelle, et en qui l’Art occupe une place centrale et supérieure »&nbsp;</em>(p.&nbsp;388). L’Art incarne dans le système occidental&nbsp;<em>« la pureté de l’Idée » « transhistorique, dégagée des contingences, des contradictions (synthèse, Trinité), du travail, lieu de jouissance sans entrave (fantasme du capitalisme) de la domination démiurgique/magique du monde »</em>. Ce à quoi s’attaquent les musicien·nes free c’est précisément&nbsp;<em>« ce fantasme de l’unité en Art qui ne voit pas sa détermination par l’idéologie dominante (négation de la lutte des classes) ni par la théologie »</em>.</p>



<p>Et c’est précisément là que le free jazz, en tant que réactivation de l’antagonisme qui parcourt l’histoire des musiques noires en Amérique, donc en tant que <em>« la lutte contre la simulation dans l’art »</em>, <em>« se transforme en lutte contre le mensonge des rapports sociaux.»</em><sup data-fn="16bbab89-3f6c-44ab-b8f2-29b2f5544511" class="fn"><a href="#16bbab89-3f6c-44ab-b8f2-29b2f5544511" id="16bbab89-3f6c-44ab-b8f2-29b2f5544511-link">11</a></sup> <em>« Les réactions de rejet et de haine d’une certaine critique à l’endroit du free jazz signalent qu’il constitue (dans les limites de l’importance relative du champ esthétique/culturel) un profond danger pour l’idéologie dominante et ce qu’elle a produit comme fonction de la musique (distraction, évasion, satisfaction fantasmatique) et comme fonction et place de l’art. » </em>(p. 383)</p>



<p><em>« Selon les esthétiques bourgeoises (idéalistes) la musiques et les autres arts sont réputés « autonomes », comme s’ils se faisaient ailleurs et au–dessus des rapports sociaux, hors des déterminations économiques, historiques et sociales »</em>&nbsp;(p.&nbsp;393). Or,&nbsp;<em>« dans une situation du type colonial, l’instance culturelle est directement déterminée par la politique : la culture est ou celle des colonisé·es ou celle des dominateurs »&nbsp;</em>(p.&nbsp;400). Et comme&nbsp;<em>« tout ce que l’idée occidentale d’Art censure en ses arts vit dans le free jazz (ce qui suffirait à montrer qu’il ne relève pas de cette civilisation et de cette culture mais de leurs déchets : une autre civilisation et une autre culture) »&nbsp;</em>(p.&nbsp;390) le free jazz est nécessairement révolutionnaire. Tout comme le hip hop qui se développe à base de « popopopop », mais c’est une autre histoire abordée dans<em>&nbsp;Les Cahiers n°10</em>.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Thomas (Bobigny)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="609a9781-4d49-444f-9e62-fb05a126ce53">Le titre de cet article est un clin d&rsquo;oeil à <em>We insist ! (Max Roach’s Freedom now suit) </em>– Album de Max Roach (1960) <a href="#609a9781-4d49-444f-9e62-fb05a126ce53-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="42d060f2-411b-4330-b69d-7d1e21cd861d">Philippe Carles et Jean-Louis Comolli,<em> Free Jazz Black Power</em>, Collection Folio. La version actuellement disponible en librairie est identique à celle de 2000 (à l’exception de la couverture) et comprend donc les 2 préfaces et une discographie.  <a href="#42d060f2-411b-4330-b69d-7d1e21cd861d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="f22bfc86-6511-4250-abaf-99eaa366bc00">The Shape of Jazz to come – Album d’Ornette Coleman (1959) <a href="#f22bfc86-6511-4250-abaf-99eaa366bc00-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="9ec9f43b-5acb-480d-8abe-3c01e81039fe"><em>Free Jazz (A collective improvisation)</em> – Album d’Ornette Coleman (1960) <a href="#9ec9f43b-5acb-480d-8abe-3c01e81039fe-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="fcf3017b-4912-477a-853f-2104d97eeaef">Léon Trotsky, <em>Céline et Poincaré</em>, mai 1933 :<br>https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/lt19330510.htm <a href="#fcf3017b-4912-477a-853f-2104d97eeaef-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="a51d5e1d-fd4f-4d7e-a1bc-b8f11aa354f7"><em>Let My People Go </em>– Album de Archie Sheep (2021) <a href="#a51d5e1d-fd4f-4d7e-a1bc-b8f11aa354f7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="23cf6f68-ea1f-4064-83d8-5b281d85e69a">Concept forgé par WEB Dubois <a href="#23cf6f68-ea1f-4064-83d8-5b281d85e69a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="f2e72c81-b073-4d22-9f46-0c53e697728a">Daniel Guérin, <em>De l’Oncle Tom aux Panthères noire</em>s, Paris, Les bons caractères, 2010 <a href="#f2e72c81-b073-4d22-9f46-0c53e697728a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="be65741c-4c71-4953-9720-33597142f1ec"><em>Jazz is Dead</em>, série d’albums de Ali Shaheed Muhammad, membre du groupe Hip Hop A Tribe Called Quest et Adrian Younge, avec à chaque fois des invités.  <a href="#be65741c-4c71-4953-9720-33597142f1ec-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="4c65b653-6daf-49e3-856c-e1676e6878e3">Simon Reynolds, <em>Hardcore</em>, Paris, audimat éditions, 2022 <a href="#4c65b653-6daf-49e3-856c-e1676e6878e3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="16bbab89-3f6c-44ab-b8f2-29b2f5544511">Léon Trotsky, <em>Céline et Poincaré</em>, mai 1933 :<br><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/lt19330510.htm">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/litterature/lt19330510.htm</a> <a href="#16bbab89-3f6c-44ab-b8f2-29b2f5544511-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li></ol>

<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/on-insiste-la-liberte-maintenant-partie-2/">« On insiste : la liberté maintenant ! » – Partie 2</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Rebel whithout a pause : le Hip Hop a 50 ans !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/rebel-whithout-a-pause-le-hip-hop-a-50-ans/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Dec 2023 17:49:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Black power]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Hip Hop]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8130</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La soirée organisée le 13 août 1973 dans le Bronx par Cindy Campbell, une fille d’immigré·es jamaïquain·es, avec son frère Clive — plus connu sous le nom de Kool Herc&#160;— aux platines est considérée comme <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/rebel-whithout-a-pause-le-hip-hop-a-50-ans/" title="Rebel whithout a pause : le Hip Hop a 50 ans !">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/rebel-whithout-a-pause-le-hip-hop-a-50-ans/">Rebel whithout a pause : le Hip Hop a 50 ans !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Public Enemy - Rebel Without A Pause" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/UDOKiA-XFvk?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">La soirée organisée le 13 août 1973 dans le Bronx par Cindy Campbell, une fille d’immigré·es jamaïquain·es, avec son frère Clive — plus connu sous le nom de Kool Herc&nbsp;— aux platines est considérée comme le point de départ de la (contre) culture Hip Hop.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Express Yourself&nbsp;</h2>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="N.W.A. - Express Yourself (Official Music Video)" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/u31FO_4d9TY?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="has-drop-cap">Sur le sound system artisanal construit avec son père, dans la plus pure tradition Yardie<sup data-fn="a86bfea9-a2b6-49a8-a845-c66233e6a820" class="fn"><a href="#a86bfea9-a2b6-49a8-a845-c66233e6a820" id="a86bfea9-a2b6-49a8-a845-c66233e6a820-link">1</a></sup>, le jeune disc-jockey présente la technique de mix qu’il a mis au point, le « Merry go round », c’est-à-dire le fait d’isoler des breaks de batterie et de les passer en boucle afin d’accentuer la rythmique. Cela permet en particulier au premier master of ceremony (MC) de l’histoire, Cock LaRock, de s’exprimer au cours de cette soirée en profitant des intervalles instrumentaux et principalement rythmiques ainsi créés en balançant quelques phrases destinées à maintenir l’excitation du public, et en particulier des danseuses et danseurs.</p>



<p>Nous avons là réunis trois des éléments constitutifs de la culture Hip Hop : le DJing, le MCing (qui se transformera en rap) et la danse. Auxquels il faut bien évidemment ajouter le graffiti. Ils ont en commun d’offrir aux jeunes des ghettos noirs et latinos de New York des moyens d’expression qui leurs sont propres tout en présentant une alternative à la violence des gangs et à la drogue. Le côté antigang et antidrogue du mouvement naissant n’est pas porté par des impératifs moraux mais soutenu par une analyse politique, notamment de l’usage de la drogue dans la stratégie de contre-insurrection déployée par le pouvoir en place, en particulier le FBI, dans sa lutte contre les mouvements révolutionnaires noirs et latinos comme les Black Panthers ou les Young Lords.</p>



<p>Dès 1969, Michael « Cetewayo » Tabor, ancien toxico et professeur d’éducation politique dans l’école de libération des Black Panthers destinée aux enfants des ghettos, écrit une brochure intitulée <em>Capitalisme + Came = Génocide</em><sup data-fn="ba6628bb-9f55-4296-8a86-f8794e9b0ab8" class="fn"><a href="#ba6628bb-9f55-4296-8a86-f8794e9b0ab8" id="ba6628bb-9f55-4296-8a86-f8794e9b0ab8-link">2</a></sup>. Il y développe une analyse de la toxicomanie, en particulier l’addiction à l’héroïne, comme <em>« symptôme monstrueux du mal qui détruit le tissu social dans ce système capitaliste. La toxicomanie est un phénomène social que le système social développe organiquement »</em>. Et précise : <em>« tout phénomène social émanant d’un système social qui se fonde et s’appuie sur d’implacables antagonismes de classe, résultant d’une exploitation de classe, doit être envisagé d’un point de vue de classe »</em>. Pour la classe dirigeante, l’introduction massive de l’usage de l’héroïne dans les <em>« colonies noires de Babylone »</em> — nom donné par Cetewayo aux ghettos, a pour conséquence de déstabiliser les communautés, de pouvoir justifier d’envoyer toujours plus de « porcs » dans les quartiers au nom de la « guerre contre la drogue » et d’envoyer en prison à tour de bras des jeunes noir·es et latin@s. Dans une introduction à la publication en français de la brochure de Michael « Cetewayo » Tabor, Mathieu Rigouste écrit : <em>« La guerre à la drogue s’articule directement avec l’industrialisation sécuritaire des prisons et des camps d’internement. »</em></p>



<p>C’est dans ce contexte lugubre de victoire de la guerre contre-insurrectionnelle menée par l’appareil d’État américain contre les mouvements révolutionnaires noirs et latinos que le Hip Hop apparaît. Il se développe comme forme d’expression et refuge de ces communautés décimées par la drogue et la guerre que l’État prétend mener contre cette dernière. Les organisations font face à la répression basée sur les principes de la guerre contre-révolutionnaires déployée par les puissances impérialistes contre les mouvements de libérations nationales, en particulier la fRance coloniale en Indochine et en Algérie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fight the power&nbsp;</h2>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Public Enemy - Fight The Power (Official Music Video)" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/mmo3HFa2vjg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
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<p>À ses débuts, le Hip Hop est associé, en tant que courant musical, à la danse et aux soirées. Il est principalement festif et instrumental (les véritables stars sont les DJ plus que les MC) et se vit en live, dans les block parties où mixent Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa ou Kool Herc, à partir des breaks de percussions des disques de funk. Il faudra attendre 1979 pour voir les premiers morceaux de rap gravés sur vinyles. Au fur et à mesure les MCs développent leur science de la rime en rythmes, façonnant progressivement le rap, passant de simples gimmicks destinés à galvaniser les danseurs et danseuses à des textes plus structurés, leur permettant d’élargir les sujets traités.</p>



<p>Si les premiers textes sont marqués par la volonté de retranscrire l’ambiance des block parties, donc portés sur la danse et la compétition entre MCs, dès le début des années 1980 apparaissent des textes au contenu plus ancré dans la vie sociale, racontant la vie dans les ghettos. Les rappeurs et rappeuses se rapprochent ainsi des blues wo·men qui : <em>« ni conseiller, ni agitateur, […] se contente[nt] de témoigner, d’ajouter au dossier le compte rendu de ses propres expériences permettant ainsi à ses auditeur·ices noir·es de découvrir que leurs malheurs ne sont pas exceptionnels, qu’iels ne sont pas les seules victimes du sort, c’est-à-dire des structures sociale oppressives »</em> comme le soulignent les auteurs de <em>Free Jazz / Black Power</em><sup data-fn="7091ba18-4d6c-4f53-b2c3-cedb8d70efee" class="fn"><a href="#7091ba18-4d6c-4f53-b2c3-cedb8d70efee" id="7091ba18-4d6c-4f53-b2c3-cedb8d70efee-link">3</a></sup>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="757575" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #757575;" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="645" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8134 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr1-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr1-300x194.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr1-768x495.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>
</div>


<p>La décennie qui va du milieu des années 1980 à celui des années 1990 est marquée par l’émergence de deux scènes distinctes géographiquement (East Coast vs West Coast) mais aussi musicalement : Boom Bap new yorkais vs G&nbsp;Funk californien, samples plutôt tirés du Jazz ou de la Soul vs samples tirés plutôt du Funk. À New York, le courant dit « conscious » (conscient) revendique un engagement politique et se réapproprie l’imagerie des Black Panthers, quand les californien·nes se revendiquent et utilisent l’imagerie « Gangsta » (gangster). Pour autant, les rappeurs et rappeuses de l’ouest comme de l’est proposent des titres forts contre l’ennemi commun : la police, les « porcs » (<em>911 is a Joke</em>&nbsp;de Public Enemy,&nbsp;<em>Sound of da Police</em>&nbsp;de KRS1,&nbsp;<em>Fuck the Police</em>&nbsp;de NWA,…). Ces titres fourniront la bande son des émeutes débutées le 29&nbsp;avril 1992 à Los Angeles après qu’un jury, composé de dix blancs, un asiatique et un latino, a acquitté quatre officiers de police blancs accusés d’avoir passé à tabac un automobiliste noir américain, Rodney King, après une course-poursuite pour excès de vitesse. Les émeutes durent six jours, on dénombre 55&nbsp;morts, plus de 2 300 blessé·es, des milliers d’arrestations et des dommages matériels s’élevant entre 800&nbsp;millions et un milliard de dollars. Il y a plus de 3 600&nbsp;départs de feu, détruisant 1 100&nbsp;bâtiments. Des violences ont aussi eu lieu à Seattle, Oakland, San Francisco, Las Vegas et San Diego pour la côte ouest, New York, Philadelphie et Atlanta pour la côte est, sans toutefois atteindre le niveau des émeutes de Los Angeles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Burn Hollywood Burn&nbsp;</h2>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Public Enemy - Burn Hollywood Burn (Official Music Video) ft. Ice Cube, Big Daddy Kane" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/gEYvfxtUxpg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
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<p>On le voit bien, le Hip Hop, comme mouvement musical, a une implication politique, au-delà de l’implication de ses acteur·ices sur la scène directement politique. Déjà, en tant qu’expression de l’existence des Noir·es, existence qui a <em>« un caractère politique car les Noir·es livrent une guerre constante contre « l’homme » »</em><sup data-fn="5c276739-9f8f-4ec7-badb-bce581d98942" class="fn"><a href="#5c276739-9f8f-4ec7-badb-bce581d98942" id="5c276739-9f8f-4ec7-badb-bce581d98942-link">4</a></sup>, comme l’écrit Rap Brown, ministre de la Justice du Black Panthers Party<sup data-fn="6a89d950-298c-4fdb-b12e-c2d844d142ee" class="fn"><a href="#6a89d950-298c-4fdb-b12e-c2d844d142ee" id="6a89d950-298c-4fdb-b12e-c2d844d142ee-link">5</a></sup>. Ainsi même quand ils ne parlent que de drogue, de deal, d’argent facile, de prostitution, de suicides, de survie dans les ghettos… comme c’est le cas aujourd’hui avec la Trap, les morceaux de Hip Hop font exploser à la face du monde ce refoulé de l’Amérique capitaliste et raciste, elle n’existe que par l’exploitation des personnes qu’elle maintient désormais libre, mais toujours inférieures, les Noir·es et les Latin@s.</p>



<p>Au-delà des paroles, c’est la forme même de cette musique qui met en crise la conception bourgeoise de la musique. Les samples, c’est-à-dire le fait de récupérer des passages d’un morceau préexistant pour en créer un nouveau, est une attaque en règle contre l’idée de propriété privée, intellectuelle en l’occurrence, même si le système a trouvé les moyens de faire payer l’utilisation des samples.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="8c8c8c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8c8c8c;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="666" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr2-1100x666.webp" alt="" class="wp-image-8133 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr2-1100x666.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr2-300x182.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr2-768x465.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr2-1320x800.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/02/A2C_RevueN10_HipHop_Illustr2-jpg.webp 1400w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
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<p>En bref, s’il a en grande partie été récupéré par le système commercial et médiatique car <em>« il a fallu, en bonne logique capitaliste que puritanisme et racisme s’accommodent de la priorité du commerce »</em><sup data-fn="0a4d0ed3-6746-422b-a962-d677ce43e7dd" class="fn"><a href="#0a4d0ed3-6746-422b-a962-d677ce43e7dd" id="0a4d0ed3-6746-422b-a962-d677ce43e7dd-link">6</a></sup>, le Hip Hop, 50 ans après son acte de naissance officiel, continue de porter en lui une charge subversive indéniable. Une révolution musicale, certes. Mais pas seulement.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Thomas (Bobigny)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="a86bfea9-a2b6-49a8-a845-c66233e6a820">Voir : « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/une-histoire-politique-des-sound-systems/">Une histoire politique des sounds systems </a>» <a href="#a86bfea9-a2b6-49a8-a845-c66233e6a820-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="ba6628bb-9f55-4296-8a86-f8794e9b0ab8">On peut par exemple la télécharger <a href="https://www.bboykonsian.com/Capitalisme-Came-Genocide-Michael-Cetewayo-Tabor-2eme-edition_a3657.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ici</a> <a href="#ba6628bb-9f55-4296-8a86-f8794e9b0ab8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="7091ba18-4d6c-4f53-b2c3-cedb8d70efee">Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, <em>Free Jazz / Black Power,</em> Collection Folio. <a href="#7091ba18-4d6c-4f53-b2c3-cedb8d70efee-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="5c276739-9f8f-4ec7-badb-bce581d98942">Expression utilisée par les Panthers pour décrire le système et ceux qui le servent. <a href="#5c276739-9f8f-4ec7-badb-bce581d98942-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="6a89d950-298c-4fdb-b12e-c2d844d142ee">Cité dans <em>Free Jazz / Black Power, op. cit.</em> <a href="#6a89d950-298c-4fdb-b12e-c2d844d142ee-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="0a4d0ed3-6746-422b-a962-d677ce43e7dd"><em>Free Jazz / Black Power, op. cit.</em>. <a href="#0a4d0ed3-6746-422b-a962-d677ce43e7dd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/rebel-whithout-a-pause-le-hip-hop-a-50-ans/">Rebel whithout a pause : le Hip Hop a 50 ans !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>États-Unis / Chine : vers un nouveau partage du monde ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/etats-unis-chine-vers-un-nouveau-partage-du-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jun 2023 05:31:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[rivalités impérialistes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Début avril l’armée chinoise a simulé l’encerclement et le bombardement de Taïwan en déployant ses navires et avions de guerre. Les manœuvres de l’armée chinoise et de la flotte américaine basée au Japon se répondent <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/etats-unis-chine-vers-un-nouveau-partage-du-monde/" title="États-Unis / Chine : vers un nouveau partage du monde ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Début avril l’armée chinoise a simulé l’encerclement et le bombardement de Taïwan en déployant ses navires et avions de guerre. Les manœuvres de l’armée chinoise et de la flotte américaine basée au Japon se répondent depuis plusieurs mois, tout comme se répondent des discours politiques toujours plus agressifs.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #08 &#8211; Mai 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">En mai 2022, Joe Biden a affirmé que les États-Unis interviendront militairement si Pékin envahit l’île. En octobre, le président Xi Jinping a rappelé que si l’objectif de la Chine populaire est de réunifier Taïwan pacifiquement, elle ne « renoncera jamais à l’usage de la force », si besoin.</p>



<p>Les tensions ne se limitent pas à Taïwan. Dès 2018, Trump a imposé de lourds droits de douane aux importations chinoises. Depuis novembre 2022, plusieurs entreprises chinoises, comme Huawei, sont bannies des États-Unis. En janvier dernier, Joe Biden a scellé un accord avec les Pays-Bas et le Japon pour restreindre l’accès de la Chine aux technologies permettant la fabrication des puces de dernière génération.</p>



<p>Les dirigeant·es américains justifient leur politique par toutes sortes d’arguments qui vont de la défense du droit international et de la démocratie, aux risques d’espionnage et d’utilisation militaire des technologies, en passant par le non-respect des règles du commerce international.&nbsp;</p>



<p>La souveraineté et le droit international n’ont pourtant jamais embarrassé les États-Unis quand il s’est agi d’occuper l’Irak et l’Afghanistan. Ils ont soutenu les dictatures sud-coréenne et taïwanaise jusque dans les années 1980 et n’ont aucun scrupule à faire produire 90 % des Iphone d’Apple et autres marchandises par des centaines de milliers de travailleur·euses chinois dans des conditions d’exploitation terribles et sans aucun droit démocratique. L’affaire Snowden a révélé l’ampleur de leur réseau mondial d’espionnage. Quant aux règles de concurrence économique, dans un monde où les transactions mondiales s’effectuent en dollars et où le capital financier américain domine le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, elles sont taillées sur mesures pour bénéficier en premier lieu au capital américain.</p>



<p>Ces arguments hypocrites masquent un affrontement bien plus profond entre les deux nations. Ces tensions grandissantes sont les symptômes d’une concurrence exacerbée entre deux blocs de capitaux qui prend la forme d’une concurrence militaire, d’un affrontement inter-impérialiste qui pousse à remettre en cause la hiérarchie des pouvoirs dans le monde.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="787878" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #787878;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_ChineUS_Illustr1-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7205 not-transparent" width="768" height="326"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Les tensions s’enracinent dans&nbsp;l’impérialisme</h2>



<p>L’impérialisme s’est développé dans la seconde moitié du 19e&nbsp;siècle quand les grandes puissances européennes se sont partagé le monde par les guerres coloniales. L’impérialisme britannique dominait. La dynamique d’accumulation sans fin poussait le capital à déborder les frontières de l’État nation à la recherche de nouveaux débouchés pour les marchandises et d’investissements plus profitables. Pour cela les blocs de capitaux avaient besoin de l’État, de sa force militaire pour s’imposer et préserver ses « nouveaux » territoires, pour sécuriser les investissements et les voies commerciales, pour négocier avec d’autres blocs de capitaux des tarifs douaniers avantageux ou à défaut faire la politique de la canonnière. Loin de dissoudre l’État-Nation, l’internationalisation du capital le renforçait, alimentant le militarisme et le nationalisme. La concurrence économique entre blocs de capitaux prenait la forme d’une confrontation militaire entre États.&nbsp;</p>



<p>Les contradictions entre capitaux ont débouché sur les deux premières guerres mondiales lorsque l’Allemagne puis le Japon, exclus de la première phase d’expansion coloniale, ont exigé un nouveau partage du monde. La Première Guerre mondiale a fait 20&nbsp;millions de morts et la Seconde plus de 50&nbsp;millions.&nbsp;</p>



<p>La hiérarchie des puissances a été profondément bouleversée. Les États-Unis sont devenus la puissance impérialiste dominante, assujettissant les vieux impérialismes secondaires de l’Europe occidentale, intégrant le Japon et l’Allemagne de l’Ouest dans leur système d’alliance. En face se dressait le bloc de l’Est dominé par l’URSS. L’État soviétique n’avait plus rien à voir avec celui issu de la révolution ouvrière de 1917, qui s’était mis au service de la classe ouvrière internationale et de la révolution mondiale. La contre-révolution stalinienne des années 1930 l’avait mis au service d’un capitalisme d’État contrôlé par une bureaucratie érigée en nouvelle classe dirigeante. Vainqueur de l’Allemagne nazie sur le front de l’Est, l’URSS avait obtenu des accords de Yalta, le contrôle d’une grande partie de l’Europe de l’Est à laquelle elle avait imposé son modèle bureaucratique.</p>



<p>Les rivalités inter-impérialistes entre les deux blocs ont pris la forme de la guerre froide, alimentée par une économie d’armement permanent qui entretenait l’équilibre de la terreur.&nbsp;&nbsp;Les affrontements militaires se produisaient à la périphérie des blocs, notamment pour le contrôle des territoires qui se libéraient des vieux empires coloniaux comme au Vietnam.</p>



<p>L’effondrement du bloc de l’Est au début des années 1990 a de nouveau bouleversé la hiérarchie des puissances. L’impérialisme américain hégémonique a poussé son avantage en Europe, ralliant progressivement les nouveaux États indépendants de l’Europe de l’Est dans son alliance atlantique. La Russie, économiquement exsangue et en pleine restructuration, n’avait plus les moyens de déployer son arsenal militaire. Les États-Unis à la tête de leurs alliés sont intervenus comme gendarmes du monde pour assurer leur domination au Moyen-Orient ou en Afghanistan.</p>



<p>Mais cette hégémonie militaire masquait le recul économique des États-Unis, englué comme l’Europe occidentale dans une crise historique de profitabilité depuis le milieu des années 1970, et l’émergence d’une nouvelle puissance économique mondiale, la Chine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’émergence d’un nouveau rival</h2>



<p>Jusqu’aux années 1970, la Chine maoïste, issue de la révolution de 1949, était soumise à un blocus économique de la part des États-Unis pour contenir l’expansion du « communisme ». Les États-Unis changèrent leur fusil d’épaule au début des années 1970. Il s’agissait pour une part d’enfoncer un coin dans les relations entre la Chine et l’URSS, pour une autre part d’user de son influence pour sortir du bourbier vietnamien. La Chine disposait de plus d’un réservoir de main-d’œuvre et d’un potentiel marché intérieur immense qui offraient de nouvelles perspectives de profits d’un capitalisme qui entrait dans une crise profonde. De son côté, le modèle chinois était dans l’impasse. L’objectif des dirigeants chinois après la révolution de 1949 n’avait rien à voir avec l’émancipation des travailleur·euses. Après avoir chassé l’influence impérialiste et les vestiges de la bourgeoisie chinoise vers Taïwan, il s’agissait de développer une économie nationale, par le biais d’une nationalisation bureaucratique de l’économie, dirigée d’une main de fer par le Parti communiste chinois. Mais suite à son isolement, l’économie était exsangue. Des réformateurs, notamment le futur dirigeant Deng Xiaoping, cherchaient une ouverture économique.&nbsp;</p>



<p>En 1972, Richard Nixon est donc allé rencontrer Mao pour sceller la nouvelle « amitié sino-américaine ». La Chine populaire a été admise à l’ONU à la place de Taïwan avant d’établir des relations diplomatiques avec les États-Unis à la fin de la décennie. Des accords de coopération économique, avec des volets technologiques et militaires, ont été rapidement lancés. Les réformes économiques progressives menées sous Deng Xiaoping, au travers de « zones économiques spéciales », ont facilité les investissements du capital étranger à commencer par celui de la diaspora industrielle de Hong Kong et de Taïwan.&nbsp;&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="ece5e7" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #ece5e7;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_ChineUS_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-7206 not-transparent" width="668" height="554"/><figcaption class="wp-element-caption">Carte <em>Le Monde diplomatique</em></figcaption></figure>
</div>


<p>En 2001, l’ouverture a été accélérée par l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. L’État chinois a entrepris une vaste restructuration au travers d’une campagne de privatisations tout en gardant le contrôle des plus grosses entreprises dans les secteurs stratégiques de la défense, de l’énergie, des télécoms et des transports. Le secteur privé est resté profondément lié à l’État : en 2006, 90 % des millionnaires étaient d’anciens hauts fonctionnaires et la moitié des capitalistes de la zone côtière étaient liés PCC. Le Parti, garant des intérêts généraux de la classe dirigeante chinoise, a gardé un contrôle strict du processus d’ouverture économique, en écrasant la contestation sociale interne lors du massacre de Tian’anmen en 1989, et en s’assurant la fidélité des nouveaux capitalistes et des haut fonctionnaires par toutes sortes de purges au nom de la lutte contre la corruption.</p>



<p>L’ouverture chinoise a permis au capitalisme occidental de tirer d’énormes profits en délocalisant et sous-traitant en Chine une grande partie de sa production manufacturière, la transformant en usine du monde. Les investissements étrangers ont explosé. Les 200&nbsp;millions de migrant·es ruraux qui se sont installés dans les grandes villes depuis 1990 ont assuré une main-d’œuvre peu coûteuse. L’importation de marchandises bon marché a permis de réduire la pression sur les salaires en Occident. Si 70 % des bénéfices sont allés aux transnationales étrangères, cette ouverture a fait faire à l’économie chinoise un bond en avant sans précédent, non seulement en ce qui concerne la production manufacturière mais aussi dans la maîtrise et le développement d’une production de haute technologie capable de rivaliser avec les transnationales occidentales.</p>



<p>Alors qu’il ne représentait qu’un huitième de l’économie américaine en 2001, le PIB de la Chine atteint aujourd’hui 77 % du PIB des États-Unis et est en passe de le devancer d’ici la fin de la décennie. Dans la même période, la part de la Chine dans les exportations mondiales est passée de 6 % à 15 % tandis que celle des États-Unis a régressé de 10 à % à 8,5 %. Parmi les 500 plus grandes fortunes du classement du magazine Forbes, 124 sont chinoises contre 121 américaines. Dans les années 2010, le nouveau président chinois Xi JinPing a lancé le vaste projet des « Routes de la soie » qui vise à étendre son réseau commercial au travers de la planète et qui s’est traduit par de lourds investissements, principalement en Asie, mais également en Europe, en Amérique latine ou en Afrique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dangereuse accumulation des tensions</h2>



<p>La puissance économique de la Chine a commencé à vivement inquiéter les dirigeants américains au début des années 2010. En 2011, Obama a réorienté 60 % de la puissance militaire américaine vers l’Asie. En 2015, un rapport stratégique du « Council on Foreign Relations », Think Tank composé de hautes personnalités tant conservateurs que démocrates a préconisé de nombreuses mesures comme l’exclusion de la Chine de nouveaux accords commerciaux, le contrôle des exportations de haute technologie, le renforcement des alliances stratégiques en Asie et des capacités militaires dans la région. Mise en oeuvre de façon brutale et raciste par Trump, cette politique continue aujourd’hui sous la présidence de Joe Biden par l’intermédiaire de mesures économiques qui visent à inciter les puissances occidentales à se désengager de la Chine et par l’intermédiaire d’alliances comme l’AUKUS scellée en 2021 avec l’Australie et la Grande-Bretagne pour contrer l’expansionnisme chinois dans le Pacifique.</p>



<p>De leur côté, les dirigeants chinois comptent bien assurer la défense et l’expansion de leur économie. La Chine renforce chaque année son budget militaire qui reste néanmoins trois fois inférieur à celui des États-Unis. Elle a en particulier fortement augmenté sa flotte qui dépasse en nombre la flotte américaine tout en restant largement sous équipée par rapport à cette dernière. Tout comme aux États-Unis, cette politique s’accompagne d’un nationalisme plus dur, au sujet de la réunification avec Taïwan et de politiques racistes à l’égard des Ouïghours.&nbsp;</p>



<p>La rivalité entre les deux puissances se concentrent au niveau régional. Les investissements chinois y sont nombreux et les importants flux de marchandises restent sous la surveillance des nombreuses bases américaines déployées dans la région, du Japon à la Thaïlande en passant par la Malaisie et le détroit de Malacca où transitent 90 % de marchandises chinoises.</p>



<p>Cette évolution profonde et rapide dans la hiérarchie des puissances, la rivalité inter-­impérialiste qu’elle suscite, pousse à une redistribution mondiale des pouvoirs. Dans le contexte d’une crise économique dont les économies mondiales n’arrivent pas à se relever depuis 2008 et qui se transforme en crise financière y compris en Chine ; dans le contexte de la guerre en Ukraine qui concerne la Chine dans la mesure où elle à tout intérêt à la stabilité de la Russie avec laquelle elle partage une frontière de plus de 4 000 km et qui lui permet de diversifier ses importations en gaz et en pétrole, cette redistribution des pouvoirs a de plus en plus de probabilité de s’effectuer par la voie des armes plutôt que par celle de négociations diplomatiques et commerciales.&nbsp;&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #767676;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_ChineUS_Illustr3-1024x546.jpg" alt="" class="wp-image-7207 not-transparent" width="768" height="410"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>L’histoire a montré le prix terrible que les peuples ont payé lors des précédents conflits inter-­impérialistes. Elle a aussi montré leur détermination constante à lutter contre cette logique, contre la guerre du Vietnam ou celle plus récente en Irak. Les colères des classes ouvrières à l’échelle mondiale, contre les crises multiples du capitalisme, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou même en Chine où la révolte des ouvrier·es de Foxconn a récemment mis à bas une politique de confinement extrême, portent les germes d’une alternative révolutionnaire à la barbarie capitaliste. À condition de s’emparer dès maintenant de cette question en luttant contre l’augmentation des dépenses de guerre, la militarisation des économies et le nationalisme.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading">Nicolas Verdon, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/etats-unis-chine-vers-un-nouveau-partage-du-monde/">États-Unis / Chine : vers un nouveau partage du monde ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>Inflation : vers une crise d’ampleur ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Sep 2022 09:40:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Inflation]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis 30 à 40 ans, dans les pays occidentaux, l’inflation n’était évoquée que comme vestige du passé ou bien pour justifier des salaires toujours stagnants. Sur la même période, les banques centrales devenues indépendantes remplissaient <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/" title="Inflation : vers une crise d’ampleur ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Depuis 30 à 40 ans, dans les pays occidentaux, l’inflation n’était évoquée que comme vestige du passé ou bien pour justifier des salaires toujours stagnants. Sur la même période, les banques centrales devenues indépendantes remplissaient parfaitement leur mission première : garantir la stabilité des prix.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #04 &#8211; SEPTeMBRE 2022</h6>



<p class="has-drop-cap">Mais depuis la fin de la première vague de COVID, la situation a radicalement changé. La zone euro et les Etats-Unis ont vu leur inflation passer de 2% à 8% entre février 2021 et février 2022 (voir Figure 1).&nbsp; Selon le FMI, l’inflation est encore plus importante dans les pays émergents et en développement et se situe autour de 10.5% en juillet 2022 sur une année glissante (voir Figure 2). Pourtant, aux premiers signes de la poussée inflationniste, les économistes dominants pensaient que c’était l’affaire de quelques semaines ou de quelques mois, le temps que les chaînes d’approvisionnement se remettent des arrêts et autres dysfonctionnements dus à la pandémie de COVID. Force est de constater que les choses ne se sont pas produites comme attendu, l’inflation persiste et continue d’augmenter. Il faut donc trouver une autre explication à cette augmentation des prix. Tout d’abord, l’inflation est un phénomène complexe dont les mécanismes ne sont pas encore parfaitement compris. Pour les économistes dominants, il existe principalement deux théories permettant de l’expliquer<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_10_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_1" class="footnote_tooltip">J. Choonara, «&nbsp;Gathering Storm&nbsp;», International Socialism 175, June 2022. <a href="http://isj.org.uk/the-gathering-storm/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">http://isj.org.uk/the-gathering-storm/</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_10_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="d6d6d6" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #d6d6d6;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_1-1024x574.jpg" alt="" class="wp-image-5783 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 1</figcaption></figure>
</div>

<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f5f5f5" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f5f5f5;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_2.jpg" alt="" class="wp-image-5784 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 2</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les interprétations dominantes</strong></h2>



<p><strong>La première</strong> est celle des économistes keynésiens basée sur la courbe de Phillips. Cette courbe relierait de manière mécanique taux de chômage et inflation. Un taux de chômage élevé, synonyme de rapport de force favorable au patronat, permettrait de maintenir des salaires suffisamment bas pour garantir un faible taux d’inflation. Au contraire, un taux de chômage faible inverserait ce rapport de force, permettant aux travailleurSEs de réclamer des salaires plus élevés qui, à leur tour, renchériraient le prix des marchandises poussant les mêmes salariés à réclamer de nouvelles augmentations de salaires etc. C’est ce que l’on appelle une boucle salaire-prix. Or, il n’existe pas de lien mécanique entre baisse du chômage et renchérissement des salaires. La situation actuelle en est la preuve : les salaires stagnent et les prix flambent. Par exemple, en France, selon les derniers chiffres de la DARES<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_10_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_2" class="footnote_tooltip">Évolution des salaires de base dans le secteur privé : résultats provisoires du 2e trimestre 2022, août 2022, Dares Indicateurs N°38, <a href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_10_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, « le salaire moyen de base a perdu 3% de sa valeur réelle sur un an au deuxième trimestre ». Aux Etats-Unis, les salaires horaires ont progressé de 5.2% sur un an alors que l’inflation a progressé, sur la même période, de 8.5%. Au deuxième trimestre, le salaire horaire réel dans le domaine non agricole a reculé de 1.7% sur un an et de 4.4% sur trois mois. Alors, s’il y a bien, à l’heure actuelle, une corrélation entre baisse du taux de chômage et inflation, il n’y a, en revanche, aucune causalité. L’inflation augmente beaucoup plus vite que les salaires : ce n’est donc pas une boucle salaire-prix que nous avons sous les yeux.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong><em>L’inflation augmente beaucoup plus vite que les salaires : ce n’est donc pas une boucle salaire-prix que nous avons sous les yeux.&nbsp;</em></strong></p>
</blockquote>



<p><strong>La deuxième théorie </strong>développée par les économistes orthodoxes est la théorie monétariste de l’inflation. L’augmentation des prix serait la conséquence d’une quantité de monnaie trop importante par rapport à la quantité de marchandise en circulation.&nbsp; Or, si le lien entre quantité de monnaie et inflation était aussi direct, la flambée des prix aurait commencé dès 2008, date à partir de laquelle les grandes banques centrales ont commencé à injecter des quantités d’argent inédites dans le système bancaire. Là encore, établir un lien direct entre quantité de monnaie et quantité de marchandises en circulation ne permet ni de décrire ni de comprendre les phénomènes actuels.</p>



<p>Les causes de l’inflation sont donc à chercher ailleurs que dans les théories orthodoxes. Chronologiquement, la flambée inflationniste a débuté après la première vague de confinement. A ce moment-là, la reprise des activités normales de l’économie a créé un rebond de la demande qui s’est établie à des niveaux un peu inférieurs à la demande avant COVID. C’est-à-dire à un niveau qui ne provoquait pas de poussée inflationniste particulière en 2019. La hausse des prix constatée était donc principalement due aux difficultés de redémarrer les chaînes d’approvisionnement, de refaire circuler les marchandises autour du globe mais pas au niveau de la demande. Or, s’il s’agissait de la seule cause de l’inflation, cette dernière aurait dû se résorber en quelques mois. Pourtant, elle persiste. Il y a donc d’autres causes à l’augmentation continue des prix depuis le début de 2021. Parmi les causes souvent mentionnées, la guerre en Ukraine est probablement celle qui revient le plus. Si l’invasion Russe a effectivement eu pour conséquence de faire grimper les prix des hydrocarbures et donc à renforcer le phénomène inflationniste, elle n’en est pas responsable. L’inflation était déjà de 6% dans la zone euro et de 8% au début du conflit. Au Cluedo de l’inflation, nous venons d’éliminer la hausse des salaires, la hausse des prix de l’énergie et le niveau de la demande.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une crise de profitabilité</strong></h2>



<p>Il reste alors un dernier facteur explicatif&nbsp;: un accroissement du taux de marge des entreprises. L’Economic Policy Institute reconnaît que, depuis la fin du premier confinement, la moitié de la hausse des prix (53.9%) peut être attribuée à une hausse anormale des profits, quand, dans le même temps, le coût du travail n’a contribué que d’environ 8% à l’inflation. Cette situation est tout à fait nouvelle, en effet, la contribution des profits à la hausse des prix était en moyenne de 11% sur la période 1979-2009 et celle des salaires était autour de 60% sur la même période (voir Figure 3). La contribution des consommations intermédiaires à la hausse des prix est, quant à elle, passée de d’environ 27% sur la période 79-2009 à 38% en sortie du premier confinement. C’est donc bien une hausse directe des marges des entreprises qui est principalement responsable de la crise inflationniste.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="e6e6e6" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #e6e6e6;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_3.jpg" alt="" class="wp-image-5788 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 3</figcaption></figure>
</div>


<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>C’est donc bien une hausse directe des marges des entreprises qui est principalement responsable de la crise inflationniste. </p></blockquote></figure>



<p>S’il n’est pas étonnant que les capitalistes cherchent, par tous les moyens, à augmenter leurs profits, cette méthode rentière d’augmentation pure et simple du prix des marchandises est pourtant inhabituelle dans le système capitaliste. En effet, la compétition féroce entre capitalistes pour vendre leurs marchandises a tendance à limiter les hausses de prix n’ayant d’autre but que d’augmenter les marges. En effet, le capitaliste trop gourmand risque de ne plus vendre quoi que ce soit s’il propose des biens plus chers que ses concurrents à qualité identique. Ce mécanisme de régulation par la compétition ne semble plus fonctionner aujourd’hui. Cette panne s’explique notamment par&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li><strong>La concentration du capital</strong> : le mouvement de libéralisation des marchés de la phase néo-libérale s’est accompagné d’une concentration croissante des entreprises. Ce mouvement a été encore accéléré à la suite de la crise de 2008. Les grandes banques centrales ont commencé à injecter des quantités considérables de monnaie dans les circuits financiers (politique de <em>quantitative easing</em>) et à baisser drastiquement les taux d’intérêts ce qui a permis à de nombreuses entreprises de réaliser des opérations d’acquisition de concurrents. Cette multiplication d’opérations de rachats a provoqué une concentration record des capitaux, synonyme de faible pression concurrentielle. Or, cette concentration permet à ces corporations d’imposer plus facilement leurs prix sans perdre de parts de marché. Ainsi, la Banque des règlements internationaux soulignait dans un récent rapport que la capacité de formation des prix par les entreprises avait atteint des plus hauts historiques<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_10_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_3" class="footnote_tooltip">Bulletin de la Banque des règlements internationaux N°53, Mai 2022, en ligne : <a href="https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf</span></a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_10_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</li>



<li><strong>L’érosion des gains de productivité du travail&nbsp;</strong>: comme indiqué en Figure 4, la croissance de la productivité du travail, historiquement faible depuis le début des années 60, s’effondre depuis le début de l’année 2021. Cet effondrement de la productivité du travail entraîne à son tour une hausse de la part des salaires par unité produite et donc une réduction des marges à prix constants. Alors, pour maintenir voire pour augmenter leurs marges, les capitalistes n’ont qu’une solution&nbsp;: augmenter les prix.</li>
</ol>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f5f5f5" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f5f5f5;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_4.jpg" alt="" class="wp-image-5790 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 4 </figcaption></figure>
</div>


<p>Le capitalisme actuel est donc dans une situation où la baisse de la productivité du travail ne permet pas de maintenir les taux de profits autrement qu’en augmentant directement les prix, et, où la concentration des capitaux est suffisamment élevée pour permettre aux grandes corporations d’imposer leur prix au marché. En d’autre termes, le problème de l’érosion des profits est, en ce moment, contourné par une méthode rentière, celle de l’augmentation directe du prix des marchandises. Cette augmentation des prix agit comme une une taxe sur le prix des marchandises permettant de rémunérer directement le capital, c’est le retour de la taille.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Faire payer notre classe</strong></h2>



<p>Face à cette boucle profit-prix, les gouvernements ont deux solutions possibles.&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>La première</strong> consisterait à laisser filer l’inflation permettant de maintenir le taux de profit et d’investir, par exemple, dans la transition énergétique. Mais, ce scénario optimiste ne tient pas compte du fait qu’investir dans l’économie productive ne permet pas d’obtenir des profits intéressants car aucun de ces investissements ne permet une quelconque hausse de la productivité du travail. Or, sans cette hausse de productivité, la situation restera inchangée et la boucle profit-prix restera l’unique moyen à la main des capitalistes pour maintenir leurs marges. Mais, une hausse continue des prix sur le dos des travailleurSEs rendrait très certainement la situation sociale explosive.</li>



<li><strong>La seconde</strong> solution qui est de loin la plus probable consiste à augmenter les taux d’intérêt dans l’espoir de créer un ralentissement économique. Seulement, une forte hausse des taux d’intérêts a toutes les chances de provoquer une grave crise économique. En effet, depuis la crise de 2008, le nombre d’entreprises zombies<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_5723_10('footnote_plugin_reference_5723_10_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_5723_10_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_4" class="footnote_tooltip">Ces entreprises se caractérisent par le fait que les revenus qu’elles génèrent ne couvrent, dans le meilleur des cas, que le montant des intérêts qu’elles doivent rembourser</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_5723_10_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_5723_10_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> et la part de l’investissement qu’elles représentent (voir Figure 5) n’a cessé d’augmenter jusqu’à représenter presque 20% des entreprises aux États-Unis. Or, ces entreprises zombies ont une probabilité très élevée de faire faillite dans l’année suivant une hausse brutale des taux d’intérêts. Par ailleurs, les entreprises zombies ne sont pas les seules à être menacées par une hausse des taux d’intérêts. Les politiques de taux bas voire négatifs adoptées par les grandes banques centrales ont créé une nouvelle catégorie d’entreprises vulnérables : les <em>fallen angels</em>&nbsp;. Ces entreprises, saines au départ, ont profité des faibles taux d’intérêts pour réaliser des opérations d’acquisition de concurrents financées par un recours massif à de l’endettement. Ces entreprises se sont donc fragilisées face à une hausse à court terme des taux d’intérêts. La banque des règlements internationaux estime que le montant des crédits accordés à de potentiels <em>fallen angels</em> a crû de 307 trilliards de dollars sur la période 2009-2019. Ainsi,<strong> une hausse brutale des taux d’intérêts pourrait provoquer des cascades de faillites,</strong> des millions de licenciements et donc, là encore, une situation sociale explosive.</li>
</ul>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="f1f1f1" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f1f1f1;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/09/A2C_RevueN4_Inflation_Illustr_5.jpg" alt="" class="wp-image-5791 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption">Figure 5</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Vers une révolte mondiale ?</strong></h2>



<p>Il semble donc que le capitalisme mondial se dirige vers un nouvel épisode de crise qui pourrait être d’une ampleur bien plus grande que celles qui ont secoué le XXI<sup>e</sup> siècle. En effet, ces dernières étaient circonscrites à des secteurs particuliers de l’économie : le secteur des nouvelles technologies dans les années 2000 , le secteur financier en 2008, ou encore les dettes souveraines dans les années 2010. Les effets de ces crises ont pu être contenus en utilisant de nouveaux outils qui ont, à leur tour, provoqué de nouvelles crises. L’ingénierie financière a été développée pour permettre de redresser les marchés financiers dans les années 2000. Ce même secteur est entré en crise en 2008 et a été sauvé de l’effondrement par l’intervention directe des États. Cette intervention a alors transformé la crise du système bancaire en crise des dettes souveraines européennes. Puis, l’intervention de la banque centrale européenne au travers de sa politique de <em>quantitative easing</em> a permis, une fois encore, de contenir en partie les effets de ces crises successives. Par ailleurs, dans le même temps, l’économie mondiale était tirée par le maintien d’investissement et d’une croissance très dynamiques en Chine. Mais, la crise inflationniste actuelle touche l’ensemble des économies, la croissance ralentit partout dans le monde, et aucun gouvernement ni aucune banque centrale ne semblent avoir de solutions pour éviter une récession mondiale.&nbsp;</p>



<p>Si les perspectives économiques sont sombres, la situation est, dans le même temps, pleine de promesses pour les révolutionnaires.<strong> En ce moment, partout autour du monde, des travailleurSEs se mettent en mouvement contre la flambée des prix</strong>. C’est particulièrement le cas en Asie. Au Sri-Lanka, les révoltes ont fait fuir le gouvernement du pays. Au Bangladesh, les travailleurSEs du thé ont cessé le travail par centaines de milliers et ont refusé de reprendre leur poste après que les syndicats ont appelé à interrompre la grève. En Inde, le mouvement des paysans reprend, accompagné par les étudiantEs. Au Pakistan, ce sont les travailleurSEs du textile qui sont entréEs en grève pour des augmentations de salaire. En Europe, c’est l’Angleterre qui est en pointe des mobilisations. Les grèves se multiplient : la poste, le train, le métro, les dockers. La perspective d’une grève générale prend corps. En France, le gouvernement Macron a décidé de faire porter tout le poids de l’inflation sur les salariéEs et dans le même temps prépare de nouvelles réformes de l’assurance chômage et des retraites. Tout ce qui a été construit lors de la bataille contre la réforme des retraites et autour «&nbsp;d’occupons l’Odéon&nbsp;» va pouvoir être remobilisé pour élargir encore le camp de la contestation. </p>



<p>Si l’été fût caniculaire, l’automne sera sans doute bien plus chaud&nbsp;!</p>



<p><strong>Anouk Brunet et Paul Vadori </strong></p>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5723_10();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_5723_10();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_5723_10">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_5723_10" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_10_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_10('footnote_plugin_tooltip_5723_10_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">J. Choonara, «&nbsp;Gathering Storm&nbsp;», International Socialism 175, June 2022. <a href="http://isj.org.uk/the-gathering-storm/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">http://isj.org.uk/the-gathering-storm/</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_10_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_10('footnote_plugin_tooltip_5723_10_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Évolution des salaires de base dans le secteur privé : résultats provisoires du 2e trimestre 2022, août 2022, Dares Indicateurs N°38, <a href="https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><span class="footnote_url_wrap">https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/evolution-des-salaires-de-base-dans-le-secteur-prive-T22022p</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_10_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_10('footnote_plugin_tooltip_5723_10_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Bulletin de la Banque des règlements internationaux N°53, Mai 2022, en ligne : <a href="https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf"><span class="footnote_url_wrap">https://www.bis.org/publ/bisbull53.pdf</span></a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_5723_10_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_5723_10('footnote_plugin_tooltip_5723_10_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ces entreprises se caractérisent par le fait que les revenus qu’elles génèrent ne couvrent, dans le meilleur des cas, que le montant des intérêts qu’elles doivent rembourser</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_5723_10() { jQuery('#footnote_references_container_5723_10').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5723_10').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_5723_10() { jQuery('#footnote_references_container_5723_10').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5723_10').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_5723_10() { if (jQuery('#footnote_references_container_5723_10').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_5723_10(); } else { footnote_collapse_reference_container_5723_10(); } } function footnote_moveToReference_5723_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5723_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_5723_10(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5723_10(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/inflation-vers-une-crise-dampleur/">Inflation : vers une crise d’ampleur ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Biden-Trump / Macron-Le Pen : les fausses polarisations</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/fausses-polarisations/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Dec 2020 23:18:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Polarisation]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La solution du «&#160;moins pire&#160;» est-elle vraiment une solution&#160;? Biden, nouveau président des États-Unis, s&#8217;annonce au pouvoir comme celui qui va « reconstruire son pays, reconstruire la classe moyenne » et rassembler la population états-unienne. Les quatre années <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/fausses-polarisations/" title="Biden-Trump / Macron-Le Pen : les fausses polarisations">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="has-medium-font-size wp-block-heading"><strong>La solution du «&nbsp;moins pire&nbsp;» est-elle vraiment une solution&nbsp;?</strong></h2>



<p class="has-drop-cap has-normal-font-size">Biden, nouveau président des États-Unis, s&rsquo;annonce au pouvoir comme celui qui va « reconstruire son pays, reconstruire la classe moyenne » et rassembler la population états-unienne. Les quatre années de présidence de Trump, n&rsquo;ont fait qu’exacerber la polarisation de ce pays. </p>



<p>Trump a donné confiance à des groupes fascistes, comme les «&nbsp;Proud boys&nbsp;», misogynes et racistes qui se sont renforcés. Mais les groupes anti-racistes, féministes ont continué de riposter&nbsp;: mouvement contre le projet de mur entre les Etats-Unis et le Mexique, ou Black Lives Matter, depuis 2013,&nbsp;qui ne&nbsp;cesse de se développer depuis lors, en 2015, mais aussi récemment suite au meurtre de Georges Floyd. Encore plus récemment les émeutes du 28 octobre à Philadelphie, suite à l’assassinat de Walter Wallace Jr, un homme afro-américain, par 2 policiers.&nbsp;</p>



<p>Les médias dominants utilisent ce terme de polarisation pour analyser la situation. Mais cette polarisation n&rsquo;aurait lieu qu&rsquo;entre deux président·es qui seraient foncièrement différents&nbsp;&#8211; entre Trump et Biden aux Etats-Unis ou entre Macron et Le Pen en France, en la dé-contextualisant largement de la situation sociale et économique, structurée par les stratifications de classe, les discriminations et les profondes inégalités, qui y sont liées.</p>



<h2 class="has-medium-font-size wp-block-heading"><strong>Polarisation</strong></h2>



<p>Cette analyse de la polarisation n’est pas que superficielle, elle vise à ne pas remettre en cause la logique même du système et conduit à penser qu’on pourrait éviter le pire… En lui faisant concession sur concession.</p>



<p>Pourtant, la polarisation est bien à la fois la cause et la conséquence de cette société dans laquelle nous vivons.</p>



<p>La polarisation est d’abord sociale. C’est sa base&nbsp;: les inégalités sociales et économiques se creusent. La précarité s’accroît massivement d’un côté et les grands groupes capitalistes s&rsquo;enrichissent de l’autre. Dans un contexte de crise structurelle, pour maintenir le taux de profit, la classe dirigeante renforce le taux d&rsquo;exploitation de notre classe, et les rapports de domination pour surexploiter les plus précaires d&rsquo;entre nous.&nbsp;</p>



<p>Préserver l&rsquo;ordre tel qu&rsquo;il est établi impose d’intensifier les valeurs républicaines en hiérarchisant et objectivant les individus, selon les rapports systémiques d&rsquo;oppressions et selon leur force et productivité au travail.</p>



<p>Cette polarisation sociale se traduit politiquement par la remise en question sans cesse des droits « acquis » par les luttes à travers l&rsquo;histoire.</p>



<p>Ajoutons que par cette crise, la compétition mondiale entre grands groupes capitalistes s’appuie de plus en plus sur les rivalités entre États ou alliances d&rsquo;États.</p>



<p>D’où les glissements vers des politiques racistes, protectionnistes dont les causes structurelles sont masquées par des justifications «&nbsp;accidentelles&nbsp;»&nbsp;: crise sanitaire, attentats, politique nationaliste de «&nbsp;l’autre&nbsp;» &#8211; de la Chine, de la Turquie ou encore de l’Iran.</p>



<p>Pour contester cette remise en question des droits et des acquis, il y a des révoltes, qui conduisent à une polarisation politique, de la classe dirigeante vers la droite, et des mouvements de révolte vers la gauche. Il ne s’agit pas de nier cette polarisation ou de faire croire qu’on pourrait la résorber. C’est la logique du capitalisme qui mène au pire. Il nous faut plutôt continuer de construire ce qui permet de renverser cette logique. C’est quand se combinent la crise de l’ordre dominant tel qu’il s’était stabilisé et le développement de révoltes de masse que peut s’ouvrir une possibilité révolutionnaire.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="a6a09f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a6a09f;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/12/IMG_20201217_104556_802-577x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4884 not-transparent"/><figcaption>Kris Markovic ©</figcaption></figure>



<p>L’évolution de Macron depuis le début de son quinquennat est assez exemplaire, se présentant comme «&nbsp;centriste&nbsp;libéral », novateur et moderne, il est devenu le chantre de l’autorité de l’Etat, du protectionnisme et du nationalisme républicain.&nbsp;</p>



<p>Quand des activistes martiniquais déboulonnent des statues à l&rsquo;effigie d&rsquo;anciens colons, notamment Victor Schoelcher, Macron&nbsp;répond par l&rsquo;offensive, sous prétexte que « c&rsquo;est cela entrer en République Française, c&rsquo;est aimer nos paysages, notre culture, en bloc, toujours. »&nbsp;</p>



<p>Désormais celleux qui le contredisent deviennent des «&nbsp;ennemis de la République&nbsp;». Après&nbsp;des milliers de personnes dans la rue, s&rsquo;alliant contre les violences policières cet été, les 3 Actes des personnes sans-papiers, les luttes antiracistes et féministes qui se renforcent,&nbsp;le gouvernement propose des lois, comme celle jusqu&rsquo;alors nommée « contre le séparatisme » ou « projet de loi confortant les principes républicains ». Cette loi qui vise explicitement les Musulman·es.&nbsp;</p>



<p>Depuis les attentats de 2015, la logique islamophobe de la classe dirigeante n’a fait que s&rsquo;amplifier, les contrôles de police à domicile de personnes musulmanes &#8211; ou supposées musulmanes &#8211; étaient déjà bien en place.&nbsp;Mais depuis le meurtre de Samuel Paty, on peut maintenant observer des contrôles sur des enfants accusés « d&rsquo;apologie du terrorisme ». Ou bien des attaques de mosquées invisibilisées médiatiquement.&nbsp;</p>



<p>Darmanin a demandé la dissolution du Collectif contre l&rsquo;Islamophobie en France (CCIF) qui a dû déplacer son siège social à l&rsquo;étranger, puisque décrit par le gouvernement comme «&nbsp;ennemi de la République&nbsp;».&nbsp;Cette accusation reflète&nbsp;très nettement&nbsp;le traitement médiatique, politique et social, des personnes musulmanes en France.&nbsp;</p>



<p>Pendant ce deuxième confinement, le gouvernement a amplifié ses mesures pour «&nbsp;défendre l’économie française&nbsp;». Ces mesures qui ne défendent que les riches comme l’illustrent les chiffres du chômage et de la pauvreté. Il met toutes ses forces sur la mise en place de nouvelles lois sécuritaires. La loi sécurité globale par exemple : dénoncée par l&rsquo;Organisation des Nations unies, par la Défenseure des Droits, Amnesty International, comme une proposition de loi provoquant une atteinte grave aux libertés fondamentales. C&rsquo;est une loi qui vise à protéger les forces de l&rsquo;ordre, à renforcer leur impunité judiciaire,&nbsp;réclamée par des syndicats de police d&rsquo;extrême droite.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="898c91" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #898c91;" loading="lazy" decoding="async" width="750" height="422" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/12/IMG_20201217_101029_678.jpg" alt="" class="wp-image-4880 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/12/IMG_20201217_101029_678.jpg 750w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/12/IMG_20201217_101029_678-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/12/IMG_20201217_101029_678-678x381.webp 678w" sizes="auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px" /><figcaption>Kris Markovic © </figcaption></figure>



<h2 class="has-medium-font-size wp-block-heading"><strong>Pas de voie médiane&nbsp;: l’antagonisme&nbsp;!</strong></h2>



<p>Ce n&rsquo;est pas pire ailleurs, c&rsquo;est la même direction partout. En réalité, les « puissants » de ce monde façonnent en même temps leurs ennemis de l&rsquo;intérieur et extérieur, non seulement pour faire peur à la population, mais aussi pour trouver un coupable à tous les maux de nos sociétés.&nbsp;</p>



<p>Alors, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des&nbsp;Hispaniques et des&nbsp;Afro-descendant·es aux USA ou des Ouïghour·es en Chine, des communautés musulmanes en France, c’est le même but d&rsquo;exploitation des corps, la même tentative pour souder derrière l’État national et militarisé, la même trajectoire mortifère et capitaliste.&nbsp;</p>



<p>Depuis le début de la pandémie, les confinements à répétition et couvre-feu, il est certes plus difficile de se retrouver entre militant·es, d&rsquo;élaborer des stratégies de luttes, de réfléchir et d&rsquo;analyser collectivement la situation politique dans laquelle nous nous retrouvons, et pourtant : luttons encore, ne laissons pas notre gouvernement nous tétaniser entre la peur du virus et l’État policier.&nbsp;</p>



<p>Inspirons-nous de ce qui se passe autour de nous, en&nbsp;tant qu’internationalistes, ce sont ces mouvements qui nous aident à réfléchir collectivement et donnent de l&rsquo;espoir, pensons par exemple aux féministes au Chili et au Mexique, qui&nbsp;se sont rendu·es directement sur les lieux de pouvoir pour réclamer leurs droits, aux révoltes au Mali, contre l&rsquo;impérialisme français et son armée,&nbsp;et toutes les personnes en lutte à travers ce monde.&nbsp;</p>



<p>Aucun droit n&rsquo;a été concédé par notre silence face à nos dirigeants, ils ont été obtenus après de multiples révoltes, des grèves de masse qui mettaient à mal le taux de production, les (r)évolutions résultent, toujours, de périodes de luttes intenses. C&rsquo;est&nbsp;par l&rsquo;ampleur et la confiance que ces mouvements &#8211; anti-racistes, décoloniaux, féministes, écologistes &#8211; nous donnent, que nous réussirons à préserver et augmenter notre force collective&nbsp;et augmenter le rapport de force.&nbsp;</p>



<p>Si la polarisation sociale et, de fait, politique, est structurelle, alors il n&rsquo;y a pas de solution intermédiaire, elle nécessite un changement profond, qui ne sera pas linéaire et sans failles.&nbsp;</p>



<p><strong>Mais il ne fait aucun doute que notre émancipation ne dépendra jamais d&rsquo;un·e président·e, mais bien de l&rsquo;accroissement de l&rsquo;hybridation entre nos luttes.</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Aucun président n&rsquo;est la réponse, vous êtes la réponse. Les mouvements de masse sont la réponse. Des millions de personnes sont la réponse.&nbsp;»</p><cite>Alexandria Ocasio Cortez</cite></blockquote>



<p class="has-text-align-right">Aude </p>
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