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	<title>Classes sociales Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Classes sociales Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Ni relégués ni déclassés, les racines sociales du vote RN dans le périurbain. Recension de Le vote FN au village.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 10:01:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">On a l’habitude d’entendre, dans le débat public et médiatique, que les petites villes périurbaines seraient le terreau de l’extrême droite et du vote FN/RN. Les classes populaires vivant dans ces régions seraient « naturellement <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/ni-relegues-ni-declasses-les-racines-sociales-du-vote-rn-dans-le-periurbain-recension-de-le-vote-fn-au-village/" title="Ni relégués ni déclassés, les racines sociales du vote RN dans le périurbain. Recension de Le vote FN au village.">[...]</a></div>
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<p><em>On a l’habitude d’entendre, dans le débat public et médiatique, que les petites villes périurbaines seraient le terreau de l’extrême droite et du vote FN/RN. Les classes populaires vivant dans ces régions seraient « naturellement » portées vers le racisme, subiraient un déclassement et seraient nostalgiques d’un passé disparu.</em></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p>Cette vision des espaces périurbains comme foyers de relégation et bastions du vote Front national s’est appuyée sur des sondages de l’IFOP et les analyses de Christophe Guilluy, notamment dans Fractures françaises (2010) et La France périphérique (2014). Dans cet ouvrage, Violaine Girard vient déconstruire tous ces clichés à l’aide d’une enquête menée entre 2003 et 2008, puis en 2012.</p>



<p><strong>La situation sociale des habitant&rsquo;es</strong><br>L’enquête montre en effet qu’à rebours d’une vision misérabiliste des populations des espaces périurbains (qui constituent la majorité de la population française), les ménages de ces régions sont en ascension sociale et fiers d’accéder à une propriété souvent moins coûteuse que dans les grands centres urbains. Ils accèdent à la propriété et à de meilleurs postes dans de nouvelles industries comme l’industrie nucléaire. Dans les années 70, ce sont donc de nouveaux emplois, une tertiarisation de l’économie et un rejet des « opérateurs » (ouvrier&rsquo;es non qualifié&rsquo;es). L’une des raisons de cette implantation dans ces régions périurbaines, c’est la politique capitaliste agressive sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing ; les zones périurbaines ont été la priorité du patronat pour déstabiliser les bastions syndicaux construits tout au long du XXe siècle et acquérir « la paix sociale ». Girard montre bien les liens entre les politiques locales et les patrons pour contrer l’action syndicale. Tout ce travail antisyndical a rompu les liens avec l’identité ouvrière et la gauche traditionnelle.<br>Sur le plan professionnel, ces populations disposent de postes qui les distinguent des catégories les plus précaires. Ils accèdent souvent à des emplois stables et, parfois, à une progression vers la maîtrise ou l’indépendance, davantage par la valorisation de leurs compétences techniques que par les diplômes. Malgré les restructurations industrielles, les personnes résidant ces régions restent globalement à l’abri du déclassement.</p>



<p><strong>Le lien avec le vote RN</strong><br>Comment expliquer alors leur défiance politique, la progression de l’abstention et l’intérêt pour le FN/RN ? Girard montre que leur rapport au politique est façonné par le désir de sortir de la condition ouvrière et de se distinguer des plus défavorisés. Convaincu&rsquo;es que leur réussite tient à leurs propres efforts, ils se sentent peu redevables envers les responsables politiques. Se dessine ainsi une conscience sociale « triangulaire » : ces ménages cherchent à se distinguer à la fois du bas de l’échelle sociale et d’une partie du haut de l’échelle. Ils se montrent sensibles à des valeurs plutôt ancrées à droite : mérite, travail, entrepreneuriat, stabilité familiale. Les petits patrons et artisans constituent souvent un groupe de référence. On voit ici une belle démonstration que le fascisme et le vote FN/RN se construisent majoritairement à l’aide de la petite-bourgeoisie et non pas à l’aide du vote ouvrier (voir notre brochure sur le fascisme).<br>Le contexte local joue également un rôle décisif. Le territoire étudié est historiquement ancré à droite et le passage au vote FN concerne surtout d’anciens abstentionnistes ou électeurs de droite classique. Les politiques d’aménagement, favorisant la propriété individuelle et l’implantation d’entreprises dans des zones peu syndiquées, ont contribué à un climat social peu conflictuel et à une proximité valorisée avec les employeurs. Enfin, l’action municipale a renforcé l’entre-soi des familles « respectables » en limitant le logement social et en favorisant des pratiques racistes d’accès au logement assumées. Sans se traduire mécaniquement par un vote FN, cette mise à distance a pu banaliser certains discours et, à terme, faciliter un rapprochement avec cette offre politique.</p>



<p>Jack, Paris 20e.</p>



<p><em>Le vote FN au village : trajectoires de ménages populaires du périurbain, de Violaine Girard, 2017, Éditions du Croquant.</em></p>
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		<title>Tout bloquer dans le social : construire la grève par en bas! </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/tout-bloquer-dans-le-social-construire-la-greve-par-en-bas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Nov 2025 14:08:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[AG]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Travail social]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À Marseille, la mobilisation des secteurs du social, du médico-social et de l’associatif les 10 et 18 septembre a mis en lumière l’importance de construire la grève « par en bas », par les travailleur·euses <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/tout-bloquer-dans-le-social-construire-la-greve-par-en-bas/" title="Tout bloquer dans le social : construire la grève par en bas! ">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>À Marseille, la mobilisation des secteurs du social, du médico-social et de l’associatif les 10 et 18 septembre a mis en lumière l’importance de construire la grève « par en bas », par les travailleur·euses eux·elles-mêmes.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; NOVEMBRE 2025</h6>



<p>Ces secteurs, fortement imbriqués, sont soumis depuis plusieurs années à une double dynamique : d’une part, la précarisation des services publics (social et médico-social) et, d’autre part, la délégation croissante de missions à des associations. Ce changement s’accompagne d’un basculement vers un mode de financement fondé sur les appels à projets (ex. dispositif ES, FSE+, plan France Relance…), ce qui instaure une mise en concurrence des structures associatives. Cette logique pousse de nombreuses associations à intensifier l’exploitation de leurs salarié·es (salaires modérés, horaires allongés, multiplication des projets « court terme ») afin de satisfaire aux critères de sélection, de performance et de compétitivité Dans un contexte de renforcement des tensions inter-impérialistes à l’échelle mondiale, les coupes budgétaires pour financer l’armement, affectent directement les secteurs du social et du médico-social. </p>



<p>De plus, travailleur·euses de l&rsquo;associatif et du social et médico-social public travaillent souvent ensemble autour des mêmes usagèr·es. L’enjeu d’unir par en bas ces secteurs a donc été de regrouper des travailleur·euses qui, associatifs ou non, et malgré leur emploi dans des structures différentes, partagent des conditions de travail communes et subissent ensemble la politique de l’État qui consiste à donner plus à l’armement en rognant sur la prise en charge du soin aux travailleureuses. </p>



<p>Malgré une mobilisation sociale d’ampleur en septembre, l’agenda bouché par les directions syndicales a entraîné un reflux de la mobilisation. Mais pourtant le secteur du médico-social en lutte offre une perspective. Les rencontres nationales du travail social en lutte en octobre ont permis, dans l’élan des mobilisations de septembre, d’appeler à une grève sur trois jours, du 16 au 18 décembre. Cet agenda offre la possibilité de construire dans un secteur particulièrement attaqué par les offensives autoritaires, racistes et anti-sociales, une grève reconductible aboutissant à une grève politique antiraciste appelée par les collectifs sans papiers regroupés dans la Marche des Solidarités. Retour avec Juliette, Marion et Gabin, travailleureuses du social dans des structures associatives à Marseille, et camarades d’A2C. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles sont les limites habituelles à la construction de la grève dans ces secteurs ? </h2>



<p>Les travailleur·euses de ces secteurs sont très atomisé·es. Il y a beaucoup d&rsquo;intérimaires, avec un turn over important qui fait que le travail syndical y est rendu difficile. En plus, on fait face à une véritable culpabilisation de la grève. Le fait que nos métiers s&rsquo;organisent autour du soin fait qu&rsquo;un bon nombre de collègues disent qu&rsquo;au final si ils font grève, ils pénalisent plus les usagèr·es du service que l&rsquo;État et ses politiques. On est dans un secteur extrêmement féminisé et dont l&rsquo;exploitation s&rsquo;appuie aussi sur une naturalisation de notre capacité à prendre soin, comme si nos AG du travail social le 18 septembre à Marseille 11 métiers étaient des expressions spontanées de notre nature profonde de femmes qui serait de se réaliser dans la sollicitude. Dans un moment de crise du capitalisme, cette idéologie permet de nous faire travailler plus, et avec toujours moins d&rsquo;argent, comme quand l&rsquo;État exaltait les couturières qui fabriquaient gratuitement des masques pendant le Covid par exemple. </p>



<p>Au printemps 2025, on a commencé à structurer syndicalement le secteur, même si c&rsquo;était difficile parce qu&rsquo;on s&rsquo;est affronté·es aux réticences syndicales à Marseille. Les syndicats du social ne sont pas toujours enclins à syndiquer les travailleur·euses de l&rsquo;associatif. Mais malgré tout ça, au final, au printemps dernier on a quand même réussi à faire trois AG de l&rsquo;associatif avec le syndicat SUD ASSO, ce qui nous a permis de parler de nos conditions de travail et de faire un cortège pour la mobilisation du 22 mars contre le racisme et le fascisme.</p>



<p>Le 18 septembre, une AG a rassemblée plus de 160 personnes du secteur social et médico-social au Planning Familial 13, comment expliquez vous ce succès ? </p>



<p>La mobilisation du 18 septembre s&rsquo;est faite sur la base des arguments qu&rsquo;on a développés dans les AG de l&rsquo;associatif du printemps dernier mais aussi sur la grève du Planning Familial, qui a été impressionnante : les camarades ont réussi à fermer le Planning et ont organisé un cortège féministe lors de la journée du 10 septembre permettant d&rsquo;occuper une place importante et d&rsquo;être particulièrement visible dans le mouvement social. </p>



<p>Aussi, il y a un ras-le-bol général justement des travailleur·euses de ce secteur sur la culpabilisation à la grève malgré des attaques toujours plus fortes sur nos emplois. </p>



<p>On a appelé sur les mot d&rsquo;ordres politiques : moins d&rsquo;argent pour la guerre, plus pour le soin. Mot d’ordre qu’on a articulé avec les attaques spécifiques de nos secteurs, la mise en concurrence des structures et le manque de moyens généralisé. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Quels arguments ont été développé dans ces AG pour faire face aux difficultés de se mettre en grève dans ce secteur ? </h2>



<p>Dès le départ, beaucoup de prises de parole contraient les logiques de culpabilisation à la grève : “Nous aussi, on est des usagèr·es, nous aussi on fait la queue à la CAF”. Ça a permis de changer de regard et d’avoir un rapport de solidarité, de classe avec les usagèr·es. C’est la construction par en bas qui a permis de faire se rencontrer les travailleur·euses, discuter de leurs conditions de travail et de collectivement trouver des solutions aux problèmes posés à la fois par le secteur lui-même (atomisation, uberisation, mise en concurrence des structures) mais aussi par les syndicats dont le manque d’implication a été déploré. Loin de nous démoraliser, ça nous a poussé à construire coûte que coûte la grève dans le secteur et de la généraliser par nos propres moyens. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Vous avez appelé à trois jours de grève en décembre, qui aboutit à une journée de grève pendant la journée internationale des migrant·es. Comment avez vous réussi à argumenter pour ces dates ? </h2>



<p>Les rencontres nationales du travail social en luttes ont rassemblé en octobre une centaine de travailleur·euses auto-organisé·es dans une dizaine de villes. </p>



<p>Lors de ces rencontres nationales, on a pu parler de racisme, par exemple grâce à l’expérience de camarades de Toulouse, qui ont construit la mobilisation du 10 septembre autour de mots d&rsquo;ordre antiracistes en mettant en grève plusieurs lieux de travail d&rsquo;accueil de personnes migrantes. </p>



<p>Donc à partir du moment où on cherchait des dates pour les prochaines mobilisations, dans le sillage du vote du nouveau budget, on a proposé de se mobiliser autour du 18 décembre, journée internationale des migrant. es. Cette perspective a bien pris, surtout pour les travailleur·euses des structures d&rsquo;accueil des mineur·es non accompagné·es. </p>



<p>Cet agenda progressiste s&rsquo;est donc élaboré par en bas, dans une coordination de cadres d&rsquo;auto-organisation de travailleur·euses en lutte. Dans un mouvement essentiellement bridé par les décisions des directions syndicales qui n&rsquo;ont proposé aucun plan de bataille à la hauteur, les perspectives portées par la coordination du travail social en lutte doivent servir de perspective pour l&rsquo;ensemble du mouvement social. Dans une période de montée de l&rsquo;extrême droite, du racisme, et des politiques austéritaires, ouvrir une séquence combattive de grève autour du 18 décembre permettrait à la fois de s&rsquo;opposer au budget Bayrou et à la militarisation de la société mais aussi de lutter auprès des collectifs sans papiers pour une grève antiraciste, nécessaire à la construction de l&rsquo;unité de notre classe. </p>



<p>Les trois jours de grève en décembre vont devoir être construits avec le soutien des syndicats. Avec la fin du mouvement social, on a de moins en moins de gens dans l&rsquo;AG du social. Mais pourtant, les gens continuent à faire des tournées dans les structures et à discuter avec leurs collègues. L&rsquo;appui syndical contribuera à faire des dates du 16, 17 et 18 décembre des dates réussies. </p>



<p>Par contre, sur la grève du 18 décembre, malheureusement, la nécessité de la lutte antiraciste n&rsquo;est que très peu présente dans l&rsquo;appel. Nous devons pourtant, dans cette période, pousser pour que la grève du social le 18 décembre soit une grève antiraciste, au côté des personnes sans papiers, des mineur·es isolé·es et des travailleur·euses qui veulent se mobiliser en ce sens. Nous devons également nous mobiliser pour dénoncer les attaques racistes de l&rsquo;État dans nos secteurs qui précarisent et discriminent les usagèr·es racisé·es, immigré·es, sans papiers, mais aussi les travailleur·euses premièrement touché·es par les offensives racistes et islamophobes. À nous de jouer. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Marion, Gabin, Juliette (Marseille), propos recueillis par Anouk (Marseille)</h5>
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			</item>
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		<title>Quel syndicalisme pour organiser notre classe ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/quel-syndicalisme-pour-organiser-notre-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Anouk]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Oct 2025 11:14:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les syndicats restent, malgré leurs faiblesses et contradictions, la principale force organisée de la classe des travailleuses et des travailleurs. Capables de mobilisations massives, ils se heurtent toutefois à des limites internes : bureaucratisation, orientation <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/quel-syndicalisme-pour-organiser-notre-classe/" title="Quel syndicalisme pour organiser notre classe ?">[...]</a></div>
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<p>Les syndicats restent, malgré leurs faiblesses et contradictions, la principale force organisée de la classe des travailleuses et des travailleurs. Capables de mobilisations massives, ils se heurtent toutefois à des limites internes : bureaucratisation, orientation réformiste, refus d’encourager l’auto-organisation. Comment, dès lors, y intervenir pour faire avancer les perspectives révolutionnaires ?&nbsp; Si l’on part de l’idée, actualisée, de Marx, que « l’émancipation des travailleurs et travailleuses sera l’œuvre des travailleurs et travailleuses elles et eux-mêmes », alors il faut être dans les syndicats et contribuer à les construire.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les syndicats, principale force organisée de notre classe</strong><br></h3>



<p>Qui, en 2023, a mis des millions de salarié·es en grève et jusqu’à 3 millions de personnes dans la rue contre la réforme des retraites ? Les syndicats !&nbsp; Qui, après la dissolution de l’Assemblée, a rassemblé 800 000 personnes contre le danger fasciste ? Encore les syndicats !</p>



<p>Malgré un recul historique de la syndicalisation – de 30-35 % au sortir de la Seconde Guerre mondiale à moins de 10 % aujourd’hui – les organisations syndicales regroupent encore près de 2 millions d’adhérent·es : la CGT et la CFDT revendiquent plus de 600 000 membres chacune, FO environ 380 000, et Solidaires, la FSU, l’UNSA, la CFE-CGC et la CFTC autour de 100 000 chacune.</p>



<p>La présence syndicale reste cependant très inégale : forte dans les transports, l’éducation ou l’automobile, très faible dans le commerce ou le tourisme, où la main-d’œuvre est souvent féminisée et racisée, et où les salaires et conditions de travail sont les plus dégradés.&nbsp; Mais même dans ces ces « déserts syndicaux », les luttes récentes – femmes de chambre de l’hôtel Ibis, travailleurs sans-papiers de Chronopost – ont&nbsp; montré que l’outil syndical peut devenir une arme dès que la volonté de se battre existe. Quand un conflit éclate, c’est vers les syndicats que l’on se tourne.</p>



<p>Les syndicats ne se contentent pas de mobiliser pour des manifestations : ils interviennent au cœur de l’exploitation, dans les entreprises et les secteurs d’activité pour faire respecter les droits des salariés. Ils organisent la grève, ce moment où on se libère momentanément de nos chaînes, ce moment où s&rsquo;ouvre la possibilité de s’organiser collectivement et d’agir pour nous-même.&nbsp;</p>



<p>Malgré un faible taux de syndicalisation, la France conserve un niveau de grève parmi les plus élevés d’Europe (128 jours pour 1 000 salarié·es sur 2010-2019, contre 18 à 57 ailleurs). La quasi-totalité de ces grèves sont appelées par les syndicats. Les mouvements contre la réforme des retraites ont été parmi les plus massifs :</p>



<p>2010 : 364 jours/1 000 salarié·es, 3 millions de manifestant·es.</p>



<p>2019 : 161 jours/1 000, plus de 1,5 million de manifestant·es.</p>



<p>2023 : 171 jours/1 000, un mouvement de plus de 4 mois, 13 journées nationales de grève et de manifestation, parfois supérieures en nombre à 1995 et 2010. Ce dernier mouvement a vu des manifestations dans plus de 300 villes, des cortèges sauvages et un soutien de plus de 70% de la population. Il a créé une crise politique toujours en cours.&nbsp;</p>



<p>Cela ne veut pas dire que la lutte de classe, se résume au syndicalisme :&nbsp; le mouvement des Gilets jaunes ou la révoltes des quartiers après l’assassinat de Nahel ont porté des luttes intenses contre l’exploitation et l’oppression en dehors des syndicats. Mais même dans ces deux situations, les syndicats ont eu un rôle très important – hélas en négatif – en condamnant les violences plutôt qu’en généralisant la lutte. Le syndicat est donc incontournable si on veut agir au sein de notre classe pour son émancipation.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Des stratégies qui mènent à la défaite.</strong><br></h3>



<p>Pourtant les syndicats nous mènent le plus souvent à la défaite comme l’a vu lors des derniers mouvements.</p>



<p>Les syndicats sont fondamentalement des organisations qui négocient nos conditions d&rsquo;exploitation dans le cadre du capitalisme, elles ne cherchent pas à briser l’exploitation. Les directions syndicales cherchent à s&rsquo;asseoir le plus rapidement possible autour de la table de négociation pour tenter d’alléger ou de ne pas trop alourdir nos chaînes. Et ces directions pèsent de tout le poids de la bureaucratie.</p>



<p>La bureaucratie est inhérente au développement du syndicalisme de masse, parce qu&rsquo;elle&nbsp; assure, par le permanentât ou les délégations, la continuité nécessaire au fonctionnement du syndicat par sa participation aux instances dites de négociation, hors des grands mouvements sociaux.&nbsp; Elle se trouve ainsi dans une position sociale particulière : ni patron, ni directement soumis aux conditions de travail qu’elle négocie. Pour garder leur rôle d’interlocuteurs, les directions doivent à la fois conserver la confiance des salarié·es et celle du patronat. Si les directions sont traversées par des clivages, si bien sûr on préfère les orientations de gauche à celles de droite, la bureaucratie dans son ensemble adopte néanmoins une position réformiste.</p>



<p>Le&nbsp; conclave pathétique sur les retraites a montré la capacité des syndicats dit «&nbsp;réformistes&nbsp;», la CFDT en tête, à s&rsquo;asseoir sur les revendications du mouvement, en acceptant les 64 ans. Mais qu&rsquo;ont fait les autres syndicats dit «&nbsp;de transformation sociale&nbsp;» ? Rien de sérieux. Quelques appels pathétiques sans perspective en avril ou mai dans la Fonction publique, un appel tout aussi pathétique de la CGT sur les retraites en juin. Alors qu’en décembre dernier la grève de la Fonction publique, particulièrement massive dans l&rsquo;éducation, avait fait reculer le gouvernement Barnier sur les 3 jours de carences, à la veille de sa chute. Ils&nbsp; en tirent maintenant la conclusion que les salarié.es ne sont pas prêt.e.s à se battre !</p>



<p>De par leur positionnement réformiste, les directions voient fondamentalement les choses par en haut, non depuis l’auto-activité des millions de de salariés en lutte mais depuis l’activité parlementaires et c’est pour cela qu’elles craignent par-dessus tout la crise politique. Pendant le mouvement des retraites, la stratégie intersyndicale a consisté à organiser un mouvement d’expression massif plutôt qu’une confrontation directe : calendrier calé sur le Parlement et le Conseil constitutionnel, mobilisation envisagée avant tout comme pression institutionnelle. Les directions n’ont jamais cherché à encourager l’auto-organisation et les AG de luttes, et la reconduction a été laissée au bon vouloir local sans impulsion militante forte.</p>



<p>Il y a une différence notable entre&nbsp; argumenter qu’il faut reconduire la grève, en délégant des militants pour relayer les appels pour convaincre&nbsp; et motiver des équipes et dire «&nbsp;faites comme vous le sentez&nbsp;» ! C’est pas qu’il ne le peuvent pas :&nbsp; quand il s’agit&nbsp; des élections professionnelles, les directions sollicitent de nombreux militants pour faire des rappels téléphoniques à tous les syndiqués pour les faire voter ; on n&rsquo;a jamais vu cela pour une grève. C’est qu’il ne le veulent pas !</p>



<p>Et il y a bien pire. Quand la mobilisation devient générale et radicale, quand des pans&nbsp; massifs du salariat commencent à se poser la question de rompre les chaînes de l’exploitation plutôt que d&rsquo;en négocier le poids, alors les bureaucraties mettent toute leur énergie pour stopper la grève comme en juin 36 et en mai 68.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Construire un syndicalisme par en bas</strong><br></h3>



<p>Pour dépasser cette contradiction, il faut chercher à construire l’activité syndicale à la base contre la nature même du syndicat : pas en tant qu’outil de négociation mais en tant qu&rsquo;outil qui permet l’auto-organisation et l’auto-activité des travailleur.se.s. Il faut organiser les grèves non pas en tant que lutte économique mais en tant que lutte politique.</p>



<p>Ce que craignent les patrons dans une grève c’est n’est pas tant l’impact économique sur leurs profits &#8211; ils ont beaucoup en réserve, c’est la perte de contrôle, parce que le mouvement prend un caractère politique en remettant en cause leur pouvoir sur la production.</p>



<p>Ainsi quand les patrons d’une boite annoncent une fermeture ou des suppressions de postes, l’enjeu n’est pas de négocier pour limiter la casse, ou obtenir des meilleurs conditions de licenciement, mais de refuser en bloc tous les arguments financiers pour justifier la fermeture, de refuser toute suppression de poste et d’impliquer le plus grand nombre dans la grève et l’auto-organisation pour poser la question du contrôle de la production par les travailleur.se.s.</p>



<p>Il y de nombreux exemples de telles luttes qui sont allées très loin dans l’auto-organisation, dans la radicalité et la confiance collective&nbsp;: pendant les grandes périodes de grèves générales comme en juin 36 et mai 68, mais aussi chez LIP en 1973 ou chez les Conti en 2009. Cela ne&nbsp; signifie pas qu’on gagne sur tout, qu&rsquo;à un moment,&nbsp; on ne va pas négocier, mais cela se fera sur la base d’un rapport de force et d’une confiance collective construite dans la lutte.</p>



<p>A une modeste échelle locale, la lutte menée au lycée Voltaire à Paris en 2007 contre la suppression de deux postes a permis sur le long terme d’organiser un collectif solide. Animés par des militant.e.s qui partageaient le même soucis de la lutte par en bas, la grève et le blocage ont paralysé l’établissement pendant 15 jours, rassemblant quotidiennement près de 70 collègues en AG &#8211; la&nbsp; quasi totalité de ceux qui travaillaient pour discuter démocratiquement de la stratégie à mener et de la reconduction. Nous n’avons pas seulement gagné le maintien des 2 postes, mais également une énorme confiance collective et un fonctionnement systématique en AG mensuelle de tous les personnels qui dure depuis près de 20 ans. Dans ce type de dynamique, les divergences d’appareils syndicaux passent au second plan : l’unité et l’action priment ; des liens se créent avec d’autres établissements et d’autres secteurs pour se soutenir, partager les expériences et les analyses et tenter de généraliser la lutte.</p>



<p>Même si de telles dynamiques ne sont pas tout le temps envisageables,&nbsp; il y&nbsp; a toujours des moyens d’actions collectifs pour prendre position, donner confiance&nbsp; et rester soudé.e.s.&nbsp; Quelques exemples récents dans le secteur de l’éducation en témoignent. Une intense répression contre les équipes militantes a accompagné la politique de Blanquer au ministère de l’Education nationale. La campagne de solidarité avec Kai Terada, un collègue de Sud éducation déplacé de force de son établissement a permis de développer une solidarité exemplaire : affichage de banderoles et photos collectives, pétitions et motions d’AG dans les établissements…&nbsp; Elle a donné la confiance face à la répression du ministère et a finalement permis d’associer des collègues de centaines d&rsquo;établissements à la victoire de Kai.&nbsp;</p>



<p>Pendant le mouvement des retraites, Darmanin préparait sa loi raciste, mais&nbsp; les directions syndicales se sont tu. Pour les dirigeants syndicaux&nbsp; c’est une question «&nbsp;politique&nbsp;» qui se règle au parlement. Quand ils se sont finalement&nbsp; mollement&nbsp; réveillés, il était trop tard, Darmanin avait fait voter sa sale loi avec les voix du RN qui exultait.&nbsp; Mais une campagne de solidarité a débuté autour du collectif des mineurs du parc de Belleville qui avait entamé une lutte fantastique : campagne de photos collectives&nbsp; de solidarité dans les bahut, cortège d&rsquo;enseignants à leur côté dans les manif contre la loi.&nbsp; Dans la suite un collectif syndical s’est organisé en très grande partie grâce à Sud éducation, mais englobant maintenant tous les syndicats. Il prépare une campagne de solidarité à la rentrée scolaire.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="938579" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #938579;" fetchpriority="high" decoding="async" width="629" height="462" data-id="10078" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation.webp" alt="" class="wp-image-10078 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation.webp 629w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation-300x220.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/10/Mobilsation-des-Jeunes-de-Belleville-pour-lacces-a-leducation-80x60.webp 80w" sizes="(max-width: 629px) 100vw, 629px" /></figure>
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<h3 class="wp-block-heading"><strong>S’organiser en tant que révolutionnaire </strong><br></h3>



<p>Si l’on veut agir en tant que révolutionnaires dans et pour notre classe, la présence active dans les syndicats et dans leur construction est donc&nbsp; incontournable. Mais par leur nature même les syndicats ne seront jamais des organes révolutionnaires. En saisissant cette contradiction par en bas, l’activité des révolutionnaires au sein des syndicats offre la possibilité d&rsquo;accroître la confiance collective dans la lutte, dans la force révolutionnaire de notre classe.</p>



<p>Mais il faut garder en tête que la lutte de classe est tout sauf linéaire. Il y des vagues, des creux, des mouvements sur la gauche et sur la droite. Tout cela peut désorienter voire démoraliser. C’est pourquoi qu’il nous faut des boussoles. Elles nécessitent une analyse collective partagée de la situation globale, des forces et des faiblesses du mouvement. Ces boussoles ne tombent pas du ciel, elles s’élaborent se testent collectivement. C’est pour cela qu’à A2C nous pensons qu’il faut non seulement s’impliquer dans les syndicats mais aussi de façon autonome.</p>



<p>Nicolas Verdon (Paris 20ème)</p>
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		<title>Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?  </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 15:49:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Classe ouvrière]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte des classes]]></category>
		<category><![CDATA[marx]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans les milieux militants, il semble être évident de se déclarer anti-capitaliste : le capitalisme provoque les guerres, la misère, la catastrophe écologique, et ses imbrications avec les oppressions racistes et patriarcales ne sont plus <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/dans-quelle-classe-es-tu/" title="Dans quelle classe es-tu et pourquoi c’est important ?  ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Dans les milieux militants, il semble être évident de se déclarer anti-capitaliste : le capitalisme provoque les guerres, la misère, la catastrophe écologique, et ses imbrications avec les oppressions racistes et patriarcales ne sont plus à démontrer. Pourtant, peu sont celleux qui partent des mécanismes internes du capital pour en comprendre les conséquences. Ce mode de production nous semble tellement normal, indépassable, qu’on ne prend même pas la peine de chercher à le comprendre.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p>En premier lieu, le capitalisme est un système économique basé sur le travail salarié et qui tend vers la division de la société en deux classes sociales, c’est-à-dire des personnes qui ont la même place dans le processus de production par rapport à un autre groupe.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="576c87" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1100" height="619" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-1100x619.webp" alt="" class="wp-image-9733 not-transparent" style="--dominant-color: #576c87; width:392px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-1100x619.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-768x432.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/stop-arming-israel-1-1320x743.webp 1320w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
</div>


<p>D’un côté, la classe capitaliste est la classe dominante, qui acquiert cette domination par l’exploitation de notre classe, en contrôlant les moyens de production. « Classe dominante » n’est pas juste une manière de dire qu’iels sont riches, ça met en lumière le pouvoir qu’iels ont dans la société toute entière, y compris en dehors de leur entreprise. Par exemple, la campagne <em>Stop Arming Israel</em> met en lumière qu’une poignée d’entreprises en France font le choix de vendre des armes, des composants électroniques ou du matériel de surveillance à Israël, qui serviront dans la colonisation et le génocide des Palestinien·ne·s. Dans une société où l’ensemble des rapports sociaux sont capitalistes, les structures étatiques et juridiques n’y échappent pas. La classe dominante s’organise pour maintenir ses profits et légitimer son pouvoir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un incontournable retour à l’économie marxiste</h2>



<p>Et en face, les marxistes parlent de la classe travailleuse. Est-ce une question de revenu, de culture, d’identité, d’éducation ? Bien sûr, tous ces critères en disent beaucoup sur les conditions de vie et sur les capacités de résistance de notre classe. Par contre, ils sont insuffisants pour comprendre comment fonctionne la société dans son ensemble.</p>



<p>En fait, l’immense majorité de la population, dans toute sa diversité, fait partie de la classe travailleuse. Pour définir cette classe, il faut revenir à la théorie de la valeur de Marx : dans le capitalisme, il y a des marchandises, qui peuvent être de toutes les formes, du pain au chocolat aux services de soins privés. Ces marchandises peuvent toutes être échangées les unes avec les autres, et ce qui permet de les mesurer ensemble, c’est le temps de travail nécessaire pour les produire (celui passé à créer la marchandise, à produire les matières premières, à transporter la marchandise vers le magasin, à la vendre, etc). Ainsi, la grandeur de valeur d’une marchandise, qui s’exprime par son prix, représente l’ensemble du travail qui a été nécessaire pour produire cette marchandise.</p>



<p>Et dans un système capitaliste, tout est une marchandise, notamment notre force de travail, c’est-à-dire le temps et l’énergie mis à disposition de l’employeur·se pendant nos heures de travail. Donc le patron·ne l’achète tout comme iel achèterait des matières premières ou de l’électricité. La question devient donc « combien coûte cette marchandise ? », car notre force de travail a une valeur, donc un prix, le salaire. Mon salaire est la quantité de travail qui est nécessaire pour reproduire ma force de travail : en gros, le salaire est ce qui sert à financer ce dont j’ai besoin pour être capable de retourner au travail le lendemain&nbsp;: payer mon loyer, à manger, ma carte Navigo et mon abonnement Netflix.</p>



<p>Sauf que, en une journée de travail, <em>nous produisons plus que ce qui est nécessaire à notre survie</em>. Si mon salaire est de 100 euros par jour (= j’ai besoin de 100 euros par jour pour financer la reproduction de ma force de travail), et si je travaille pendant 8 heures, mon employeur·se tirera de mon travail non pas 100, mais environ 150 euros ! Donc je lui rapporte plus que je ne lui coûte.</p>



<p>En France, les données de l’INSEE nous montrent qu’en 2022, sur l’ensemble de la valeur produite par les travailleurs, 65% leur a été reversé en salaire. Au reste, il faut retirer l’amortissement des machines ou le loyer du lieu de travail. Mais à la fin, pour chaque heure que nous travaillons, environ 6% de la valeur produite est accaparé et devient du profit.</p>



<p>Cela a une implication majeure sur la manière dont les inégalités sociales se forment : certain·e·s sont pauvres non pas <em>malgré </em>la richesse d’autrui&nbsp;: ce serait l’hypothèse – fausse – d’une mauvaise distribution des richesses. Mais certain·e·s sont pauvres et d’autres sont riches <em>parce que ce derniers s’enrichissent sur notre dos</em>. Ce mécanisme n’est pas dépassable sous le capitalisme car il est au cœur de la production du profit : les capitalistes individuellement ne peuvent pas choisir de ne pas exploiter les travailleur·se·s, parce que les différentes entreprises sont en concurrence les unes avec les autres et ne peuvent remporter des parts de marché qu’en proposant plus pour moins cher. Les capitalistes doivent donc faire augmenter la productivité du plus qu’iels peuvent : étirer la durée du travail, augmenter les cadences, utiliser des machines plus performantes, fliquer les travailleur·se·s… Par exemple, dans les entrepôts Amazon, le travail est distribué à l’aide d’algorithmes. Ce système électronique suit la productivité de chaque individu et Amazon licencie toutes celles et ceux qui ne parviennent pas à atteindre la niveau de productivité attendu, environ 160 colis par heure (en progression de 60% depuis 2019&nbsp;!). Résultat, un·e salarié·e d’Amazon France sur cinq y est atteint de troubles musculo-squelettiques.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans quelle classe es-tu ?</h2>



<p>La majorité d’entre nous appartenons au prolétariat, soit parce que nous travaillons pour quelqu’un, soit parce que nous allons bientôt le faire, soit parce que nous l’avons fait dans le passé ou que nous en sommes exclu.e.s mais ne pouvons bénéficier de rentes issus de l’exploitation d’autrui.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="797f84" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1100" height="825" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-1100x825.webp" alt="" class="wp-image-9737 not-transparent" style="--dominant-color: #797f84; width:340px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-1100x825.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-300x225.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-768x576.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1-80x60.webp 80w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/manif-uber-1.webp 1280w" sizes="(max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>
</div>


<p>L’appartenance de classe ne dépend pas du revenu puisque celui-ci est toujours issu de notre propre travail, de la valeur que nous avons créée pendant notre journée de travail. Les salaires plus élevés sont souvent dus à une forte productivité, des difficultés de recrutement ou des acquis de luttes. La forme juridique salariale importe peu, comme on le voit avec les chauffeur·se·s Uber et autres faux micro-entrepreneur·se·s. Ce n’est pas non plus une question d’identité, de se sentir appartenir à la classe ouvrière : le marxisme est avant tout une théorie pour comprendre les mécanismes à la source de l’exploitation et élaborer des stratégies pour y mettre fin. Quelle que soit notre identité, notre appartenance de classe a un impact sur nos occupations, santé, logement, et sur les capacités de perpétuer ou de se protéger face à une oppression. Une distinction entre le secteur public et le secteur privé est souvent faite : dans un secteur public non marchand (comme l’éducation, la culture, la santé), les travailleur·se·s n’ont pas de patrons : font-iels partie de notre classe ? En effet, personne n’extrait, techniquement, de profit de leur travail. Par contre, ces travailleur·se·s produisent bien de la valeur en travaillant, puisqu’ils produisent un service qui remplit un besoin et qui est donc financé par l&rsquo;État. De plus, iels permettent à d’autres personnes de générer du profit, par exemple en formant ou soignant d’autres travailleur·se·s. Par ailleurs, les conditions de travail des fonctionnaires sont souvent similaires à celles des travailleur·se·s du privé, puisque l&rsquo;État, leur employeur, cherche très logiquement à faire augmenter leur productivité.</p>



<p>Le cas des managers et des flics est intéressant parce qu’il montre que la classe n’est pas une caractéristique figée : certains groupes sociaux ne font pas partie de notre classe, même s’ils produisent de la valeur en travaillant pour quelqu’un d’autre, et même si iels sont précaires, car leur position dans la production est de nous faire travailler, soit en organisant la production et notre travail, soit en réprimant notre résistance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Hétérogénéité de classe</h2>



<p>Notre classe n’est pas homogène : elle est constituée de personnes de toutes origines, identités de genre, religions… Mais même si tou·te·s ont le même intérêt à l’amélioration de leurs conditions de vie, certains groupes sont plus avancés que d’autres, avec une conscience de classe plus ou moins affirmée, certaines fractions du prolétariat sont réacs, racistes, sionistes, homophobes, certaines adhèrent aux différents partis bourgeois ou s’y opposent… Ça ne signifie pas qu’on peut militer avec n’importe qui parce qu’on est de la même classe, au contraire, la lutte se fait avec les personnes ayant la conscience la plus juste de leur position de classe et les plus cohérentes et consistantes quant à leurs actiosn. Ça veut surtout dire qu’il faut refuser les visions qui fétichisent la classe ouvrière, qui reposent toujours sur une simplification des rapports sociaux et de la lutte des classes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>A quoi ça sert ?</strong></h2>



<p>Marx écrivit en 1844 que « les philosophes n&rsquo;ont fait qu&rsquo;interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c&rsquo;est de le transformer. » À A2C, nous militons au quotidien parce que nous tirons de notre analyse du capitalisme des pistes pour le renverser, et si nous affinons nos analyses c’est pour nous permettre de militer de la manière la plus efficace.</p>



<p>Notre classe a non seulement intérêt à ce que ce système soit renversé, mais c’est elle seule qui a la capacité de le faire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Qui d’autre ?</strong></h2>



<p>Certains parlent du peuple, des masses, des « gens », qui tou·te·s ensemble pourraient abattre le capitalisme. Sauf que c’est un peu flou : ces gens, de quelle classe font-iels parti.e.s ? Si cela inclut des capitalistes cela ne peut que nous limiter. Par exemple, les petits patrons ne luttent souvent que parce qu’iels veulent s’enrichir individuellement et non pour s’opposer au fonctionnement inégalitaire du système. De même, si des prolétaires se mettent en mouvement sans se concevoir comme tels, la lutte ne peut dépasser un certain point et se condamne à stagner, en témoigne les gilets jaunes, qui ont occupé.e.s la rue et se sont confronté.e.s à la répression d’État en tant que citoyen.e.s ou personnes en colères, mais n’ont pas amené la lutte à l’intérieur des lieux de travail. En fait, ces « masses » peuvent <em>protester</em>, exprimer leur colère, de manière très véhémente. Mais les masses ne peuvent rien <em>construire </em>tant qu’elles ne s’organisent pas en tant que classe pour prendre en charge la société.</p>



<p>Est-ce l’identité ou le vécu qui permet de combattre une oppression ? Être discriminé.e ne donne pas nécessairement le pouvoir de lutter contre le système d’oppression. Par exemple, subir de la transphobie ne donne pas plus de capacités aux trans qu’aux cis pour lutter contre elle.</p>



<p>Par contre, la classe travailleuse a la pouvoir de renverser le système, contre l’exploitation et toutes les oppressions. Déjà, elle se rebelle. Partout, des mécontentements explosent, des grèves éclatent, les travailleur·se·s se révoltent contre l’exploitation, les conditions de travail, et pour la hausse des salaires. Iels n’ont rien à perdre parce qu’iels n’ont aucun privilège à consolider, parce qu’iels ne possèdent rien. C’est une première différence entre Marx et Engels et ceux qui les ont précédés, qu’on appelait les socialistes utopiques : ces derniers voyaient les travailleur·se·s comme des victimes à sauver, et Marx et Engels ont vu en eux des acteur·ice·s de leur propre destin.</p>



<p>Par ailleurs, la classe travailleuse est collective et globalisée: l’immense majorité de la population mondiale qui travaille le fait par le biais du travail salarié. On parle de milliards de personnes. En excluant les employeurs étatiques (donc les armées et les services de santé), les 10 entreprises qui emploient le plus de personnes dans le monde emploient près de 10 millions de personnes, et encore c’est sans compter la sous-traitance. Le plus gros employeur, Walmart, emploie plus de 2 millions de personnes, autant de gens qui ont tou·te·s le même ennemi de classe, Jim Walton. Rien qu’en France, les 243 plus grosses entreprises emploient un tiers de la population active. Ainsi, chaque marchandise a été produite par le biais du travail de milliers voire des centaines de milliers de personnes, dans le processus d’extraction des matières premières, de fabrication l’objet, du transport, de la vente etc.</p>



<p>Le caractère collectif, c’est aussi sur le même lieu de travail : pour travailler, et pour résister, nous sommes obligé.e.s de collaborer avec nos collègues. La résistance prend nécessairement une forme collective, parce qu’il ne peut y avoir aucun espoir d’affranchissement à l’échelle individuelle.</p>



<p>Et surtout, les travailleur.se.s, en tant que classe, font tourner la société. Cela nous donne un pouvoir immense, à la fois de refuser de travailler tant qu’on obtient pas gain de cause, mais aussi d’utiliser notre position stratégique dans la production pour lutter : c’est cela qui se passe quand la CGT Énergie coupe l’électricité de sièges d’entreprises ou à des élus&nbsp;; c’est ce qui se passe quand des travailleur·se·s hommes et femmes se mettent en grève pour l’obtention de congés menstruels. Et justement, en s’organisant, les travailleur·se·s donnent à voir à quoi ressemblerait une société sans patrons, une société dans laquelle à toutes les échelles, les décisions sont prises par toutes et tous.</p>



<p>À plus grande échelle, comment parler du pouvoir de la classe ouvrière sans évoquer la révolution russe de 1917 ? Le 8 mars 1917, jour de lutte pour les droits des travailleuses, des grèves éclatent en Russie dans les centres ouvriers, qui prennent rapidement une très large ampleur, en Russie et en Europe. La révolution russe met fin à une guerre mondiale dévastatrice, rend l’avortement et l’homosexualité légales pour la première fois dans l’histoire, montrant également la nécessité d’un parti révolutionnaire pour organiser les travailleur·se·s les plus déterminé·e·s.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="5c5c5c" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="661" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1.webp" alt="" class="wp-image-9735 not-transparent" style="--dominant-color: #5c5c5c; width:389px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1-300x198.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/07/soviet-petrograd-17-1-768x508.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>
</div>


<p>La classe travailleuse s’y est organisée en soviets, le mot russe pour « conseil » : en pratique, les travailleur.se.s en grève dans chaque usine envoyaient des délégués au soviet de la ville qui s’agrandissait chaque jour, au fur et à mesure que de nouvelles usines étaient en grève. Les soviets, à Petrograd en particulier, ont rapidement représenté le pouvoir ouvrier, au point de renverser en quelques jours le Tsar dont la dynastie était au pouvoir depuis des siècles, et quelques mois plus tard le gouvernement bourgeois de Kerenski qui l’avait remplacé. Les travailleur·se·s se sont organisé·e·s entre eux pour prendre des décisions démocratiques, organiser la vie quotidienne, arrêter la guerre et gérer la production. Dans certaines usines, la direction a été licenciée par les ouvriers qui s’en emparaient pour la gérer eux-même. A l’échelle du plus vaste pays du monde et pendant plusieurs années, avant la contre-révolution stalinienne, cette révolution a montré que quand les travailleur.se.s agissent en tant que classe, pour eux même et contre la classe dominante&nbsp;: iels peuvent tout transformer.&nbsp;</p>



<p>À A2C, quand on parle de renverser le capitalisme, c’est cela que nous avons en tête : quand les travailleur·se·s agissent en tant que classe, iels sont en capacité de s’emparer de tout ce qui permet de faire tourner la société : entreprises, industries, internet etc. Et en construisant notre propre société sur les ruines de l’actuelle, ce seront les classes sociales elles-mêmes qui disparaîtront.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Vic Michel (Strasbourg)</h5>
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		<item>
		<title>Luttes de classes : les bases de l’antagonisme</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 14:31:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[lutte de classe]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9117</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes1, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…). <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/luttes-de-classes-les-bases-de-lantagonisme/" title="Luttes de classes : les bases de l’antagonisme">[...]</a></div>
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<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Dans l’article paru dans le dernier numéro des Cahiers sur la lutte des classes<sup data-fn="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7" class="fn"><a id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7">1</a></sup>, Ross Harrold, aborde de nombreux aspects (l’histoire, le capitalisme mondial, comment les idées changent…).</p>



<p>De manière surprenante, il n’aborde que superficiellement ce qui en est la source&nbsp;: le rapport d’exploitation. Or c’est ce rapport, indépendant de la volonté et des idées de ses protagonistes qui est à la base de la division entre classes et de l’antagonisme irréductible entre elles. Il explique tant la lutte des classes que la nécessité révolutionnaire.</p>



<p>Dans sa définition la plus générale, l’exploitation est le phénomène par lequel une minorité s’accapare une partie (plus ou moins grande) de ce qui est produit par la majorité.</p>



<p>Sous le capitalisme, la définition est beaucoup plus précise et les formes qu’elle prend sont spécifiques.</p>



<p>Les travailleur·euses sont payé·es pour mettre toute leur capacité de travail (ce que Marx appelait la force de travail) à la disposition des patrons chaque jour. La valeur de cette force de travail est déterminée par ce qu’il faut pour la produire et la reproduire.</p>



<p>Elle est considérablement inférieure à la valeur du travail produit. La différence, accaparée par les capitalistes, est ce que Marx appelait la «&nbsp;plus-value&nbsp;», qui est la source du profit.</p>



<p>Les patrons sont sous pression constante pour augmenter cette plus-value. Soit de manière absolue (par exemple en allongeant la journée de travail) ou de manière relative (en augmentant la productivité du travail). D’où l’antagonisme permanent entre patrons et travailleur·euses (salaires, conditions de travail). Ce qui ne peut se résoudre que par la fin du rapport lui-même.</p>



<p>Le capitalisme est un système global qui relie (notamment au travers du marché) les capitaux et les travailleur·euses entre elles et eux. Ce rapport ne se joue donc pas uniquement à l’échelle de chaque lieu de travail ou de chaque entreprise, mais à l’échelle de toute la société et s’exprime au travers des politiques des Etats, des institutions internationales, etc.</p>



<p>Il est aussi un système global parce qu’il résulte d’un processus historique en s’articulant à de multiples autres rapports de domination (racisme, sexisme…).</p>



<p>La compréhension précise de ce mécanisme n’est pas un enjeu de connaissance savante.&nbsp;</p>



<p>Il en découle notamment&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>que cet antagonisme est ce qui ne cesse de produire des conflits indépendamment de la volonté, des idées de ses protagonistes. La lutte de classes n’est pas d’abord le produit de la conscience de classe des travailleur·euses. Pas plus qu’elle n’est d’abord celui du cynisme et de la cupidité des capitalistes. C’est la conscience de classe qui est le produit de la lutte tout comme la cupidité et le cynisme des capitalistes est le produit de leurs intérêts de classe.</li>



<li>que cet antagonisme joue sur l’ensemble des rapports sociaux et qu’il est autant illusoire de croire que la lutte contre le racisme ou le sexisme peuvent être menées indépendamment de lui que de penser qu’une conscience de classe puisse se développer hors de ces luttes.</li>



<li>que cet antagonisme ne peut se résoudre en dehors du renversement de toute la structure dont il est la base. La révolution n’est pas un choix&nbsp;: c’est une nécessité.</li>
</ol>



<p>Cela signifie que cette analyse a des conséquences sur tous les débats stratégiques qui émergent dans tout mouvement, du plus localisé au plus global, que ce se soit au cours d’une grève (s’agit-il de négocier une «&nbsp;plus juste&nbsp;» répartition des richesses&nbsp;?), du rapport à l’État (est-il neutre&nbsp;?), de la lutte contre le racisme (les travailleur·euses blanc·hes sont-ils/elles privilégié·es&nbsp;?).</p>



<p>En n’allant pas à la base de la question de la lutte des classes, sans doute par souci de rendre accessible la théorie, Ross ne nous arme pas. Construire l’autonomie de classe c’est aussi se forger collectivement des armes théoriques en acier, aussi antagonistes avec les idées dominantes que nos intérêts le sont du capitalisme.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris&nbsp;20e</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/">La lutte des classes au 21ème siècle</a>, article paru dans la revue #14 <a href="#8fc8150e-74c7-46c8-846e-593d0255b4c7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La lutte des classes au 21e siècle</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Oliver (Rennes)]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Nov 2024 16:59:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8950</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #14 &#8211; Septembre 2024 « Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. » <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/la-lutte-des-classes-au-21e-siecle/" title="La lutte des classes au 21e siècle">[...]</a></div>
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<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #14 &#8211; Septembre 2024</h6>



<p><em>« Il y a bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. » C’est en ces termes, qu’en 2005, lors d’une interview à CNN, Warren Buffet, un des hommes les plus riches du monde s’est exprimé.</em></p>



<p class="has-drop-cap">Cette analyse, lâchée dans un moment d’honnêteté et… d’arrogance, est éclairante. On peut imaginer le désespoir des capitalistes et des hommes et femmes politiques du monde entier, s’arrachant les cheveux en l’entendant. Eux, qui passent leur temps à brouiller les pistes et à faire croire que la lutte de classes n’existe plus, que nous sommes tou·te·s uni·e·s dans une même nation, une même République. Et là, Buffet affirme que Marx avait raison ! Et bien, Marx avait effectivement raison et son analyse est toujours valable aujourd’hui.</p>



<p>Revenons d’abord sur certains éléments clés de celle-ci. Dès le premier chapitre du Manifeste du Parti communiste, écrit par Karl Marx et Friedrich Engels en 1848, la couleur est annoncée : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. » S’ensuivent des passages sur la nature de cette lutte à travers les différentes phases de développement de la société humaine. Les auteurs rappellent non seulement la violence des exploiteurs (esclavagistes, féodaux ou capitalistes) à travers les âges mais aussi la résistance des exploité·e·s.</p>



<p>Plus tard, Engels précisera que par « l’histoire de toute société » il fallait comprendre « histoire écrite ». Car l’étude anthropologique de sociétés restées à l’écart du monde moderne permettait de déduire que dans les premières sociétés « primitives », les classes sociales n’existaient pas et que celles-ci n’émergeraient qu’avec la sédentarisation des tribus, la production d’un surplus de nourriture et son accaparement par une petite minorité.</p>



<p>C’est une remarque cruciale car si on pouvait dire que des sociétés humaines sans classes sociales (et donc égalitaires) avaient pu déjà exister, alors on pouvait très bien imaginer qu’un jour cela pourrait être de nouveau le cas.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Ruptures révolutionnaires</p>



<p>D’autre part, Marx et Engels ont montré comment, à certains moments de l’histoire, le mode de production d’une société (sa manière de produire les richesses) devenait un frein au développement de cette production. À ces moments-là, la contradiction est résolue de deux manières : soit par une révolution où la classe sociale émergente, porteuse d’un nouveau mode de production, renverse l’ancien régime qui bloque la société, soit par la défaite des deux classes et l’effondrement de la société dans son ensemble. Ainsi, en 1789 en France c’est la bourgeoisie révolutionnaire qui renverse la monarchie et la classe des seigneurs et qui ouvre la voie au développement de l’industrie, de la science et à une explosion des capacités de production.&nbsp;</p>



<p>Enfin, ils ont identifié des différences entre le capitalisme et les sociétés de classes précédentes qui sont d’une réelle importance pour nous aujourd’hui.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-ad2f72ca wp-block-group-is-layout-flex">
<p>Pendant des siècles et jusqu’à l’avènement du capitalisme, la production des richesses est restée très faible. Il y avait à peine de quoi pouvoir nourrir tout le monde et la moindre sécheresse ou inondation pouvaient plonger des milliers, voire des millions de personnes dans la famine et la mort. Aujourd’hui nous pourrions nourrir plusieurs fois la population de la planète. Une société sans classe, socialiste, basée sur l’abondance est plus que possible, c’est-à-dire une société où il y aurait moyen de satisfaire les besoins de tou·te·s et pas seulement ceux d’une petite minorité.</p>
</div>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="bebebe" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="369" height="381" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr1-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8952 not-transparent" style="--dominant-color: #bebebe; width:280px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr1-jpg.webp 369w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr1-291x300.webp 291w" sizes="auto, (max-width: 369px) 100vw, 369px" /></figure>
</div>


<p>D’autre part, par le passé, les masses exploitées ont pris une place énorme dans les résistances et dans les changements de régime, comme dans la Révolution française où les paysans et les sans-culottes des villes ont joué un rôle primordial. Par contre, à chaque fois, c’est une nouvelle minorité qui a volé le pouvoir pour devenir une nouvelle classe dominante et… exploiteuse de ces mêmes masses populaires.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Nouvelle classe révolutionnaire</p>



<p>Avec le développement du capitalisme par contre, émerge une nouvelle classe sociale d’exploité·e·s, la classe ouvrière, qui n’est plus destinée à jouer les petites mains pour d’autres. Par son nombre, sa cohésion et ses capacités, elle a les forces d’être candidate à la prise du pouvoir pour son propre compte et à la reconstruction d’une nouvelle société pour le compte de tout le monde.</p>



<p>Enfin, dernière différence avec les modes de production précédents, le capitalisme s’accapare la planète entière. « Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux [dit Marx dans le Manifeste], la bourgeoisie envahit le globe entier. » Et qui dit classe capitaliste exploiteuse mondiale, dit forcément classe exploitée (ouvrière) mondiale, c’est-à-dire des travailleur·euse·s qui ont les mêmes intérêts en commun et un même ennemi en commun à combattre. Si des luttes pouvaient démarrer dans des pays différents, la conclusion de Marx, dans le Manifeste, était que, « Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils [les communistes]mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat ». Les travailleur·euse·s n’ont pas de patrie.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Et aujourd’hui ?</p>



<p>Ces analyses sont évidemment largement contestées par la droite et plus ou moins ouvertement par l’ensemble de la gauche, avec des arguments qui sont sans cesse relayés à l’école, à la télé et dans l’ensemble des médias. « Marx, c’est vieux », « la société a bien changé depuis, elle est bien plus complexe » et puis « la classe ouvrière n’existe plus ou du moins est aujourd’hui minoritaire » et que nous ferions de plus en plus partie d’une grande « classe moyenne ».&nbsp;</p>



<p>Comme preuve on nous renvoie souvent à la classification de l’INSEE. Comme brouillage des pistes on ne peut guère faire mieux. Pour commencer, on n’y parle non pas de classes mais de « catégories » sociales qui sont divisées en huit. On trouve effectivement des ouvriers (22 %) et des employés (8 %) mais pour les autres catégories tout est mélangé – les artisans avec les chefs d’entreprise, le clergé avec des instits et du personnel de santé (parmi les professions « intermédiaires » (13 %) mais pas avec des professeurs (de lycée ?) qui sont groupés avec les cadres (petits et grands) sans parler d’une grande catégorie où tout le monde se regroupe une fois la retraite venue (27 %), les « inactifs » (anciens ouvriers, cadres, chefs d’entreprise, agriculteurs, etc.</p>



<p>Il est clair que nous n’avons pas la même approche que les représentants de la sociologie bourgeoise, qui ne cherchent qu’à faire une simple photo figée de la société. En fait, rien n’est figé. Nous vivons dans un système dynamique qui permet à une petite minorité de capitalistes d’accaparer le fruit du travail d’une grande majorité de salarié·e·s. L’identification des classes sociales découle donc du rapport que les un·e·s et les autres entretiennent avec ce système d’exploitation et du rapport direct que les deux grandes classes sociales antagonistes entretiennent entre elles.</p>



<p>À partir de cette analyse, on peut conclure que la classe capitaliste (ou bourgeoise) ne constitue qu’à peine 1 % de la population, c’est-à-dire la classe qui détient ou gère et contrôle effectivement des capitaux. En face, la partie de la population qui, pour vivre, ne dépend que de sa force de travail, de son salaire et qui n’a absolument aucun contrôle sur le processus de production, sur les investissements, les embauches, les licenciements, etc. représente aujourd’hui au moins 80 %. Il est vrai que l’ancienne terminologie (« classe ouvrière ») peut porter à confusion, mais qu’on l’appelle « prolétariat », « nouvelle classe ouvrière » ou « classe des travailleur·euse·s », nous parlons bien d’une classe d’exploité·e·s majoritaires qui comprend aussi bien des salarié·e·s de l’industrie que des services.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Deux grandes classes</p>



<p>Comme l’affirmait Marx, nous vivons dans une époque où la société se décante de plus en plus en deux grandes classes opposées (bourgeoisie et prolétariat) mais comme du temps de Marx aussi, il existe des classes intermédiaires. Comme avant, il existe encore une classe moyenne (ou petite bourgeoisie) traditionnelle composée de petits paysan·ne·s, commerçant·e·s ainsi que des professions libérales comme architecte, médecin, avocat·e, notaire, etc. C’est une classe qui n’a pas les moyens de porter le projet d’un nouveau mode de production. Ainsi, dans les grandes batailles entre le capital et le travail, a-t-elle toujours fini par basculer d’un côté ou de l’autre. En période de grande mobilisations populaires et de perspective de victoires, voire de l’espoir de transformations sociales, une partie de cette classe moyenne peut rallier le camp des travaileur·euse·s. En période de défaite et de désespoir, la majorité de cette classe peut rallier la réaction.</p>



<p>À la différence de la période de Marx, une nouvelle classe moyenne a néanmoins émergé —&nbsp;salariée celle-ci&nbsp;— composée essentiellement de cadres mais pas du tout homogène. À un extrême, un·e PDG, salarié·e mais qui possède des stock-options et qui participe aux grands choix de l’entreprise, est de fait membre de la classe capitaliste. Le ou la petit·e cadre sans grande responsabilité, par contre est plus proche d’un·e travailleur·euse et, comme pour les membres de la petite bourgeoisie traditionnelle, iels peuvent osciller de la même façon entre les deux camps en fonction du rapport des forces.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Système mondial</p>



<p>D’autres changements&nbsp;sont également intervenus depuis 170&nbsp;ans mais ne font que renforcer les analyses de Marx. À l’époque déjà, Marx identifiait la classe ouvrière comme une force montante porteuse d’un projet de transformation révolutionnaire de la société. Pourtant, à son époque le nombre d’ouvrier·e·s dans le monde entier était moins que dans la seule Corée du Sud d’aujourd’hui. En 2020, l’OIT estimait qu’il y avait 2&nbsp;milliards d’ouvrier·e·s dans le monde sur un total de 3,3&nbsp;milliards de salarié·e·s et qu’en 2015, 54 % de la population du monde vivait en ville.</p>



<p>Par ailleurs, nous avons vu que Marx a relevé qu’à certains moments dans l’histoire, un mode de production (esclavagistes ou féodal par exemple) devenait un frein à l’avancement de la société. Le conflit entre les classes qui représentaient le vieux et le nouveau monde pouvait se résoudre par une révolution ou par l’effondrement de toute la société. Au début du 20e&nbsp;siècle, la révolutionnaire Rosa Luxembourg parlait de « socialisme ou barbarie ». Depuis, nous avons pu assister aux pires de la barbarie : des famines dans un monde plein de richesses, deux guerres mondiales atroces, des régimes fascistes et un nombre incalculable de guerres régionales. Nous vivons aujourd’hui une époque où plane le spectre non seulement d’une nouvelle période de guerres et de fascisme, mais d’une catastrophe climatique qui pourrait aboutir non seulement à l’effondrement de la société mais à la fin de l’humanité toute entière.</p>



<p>En même temps, dans le monde entier les résistances au quotidien et les explosions de colère de notre camp n’ont jamais été aussi fortes. Et la France ne fait pas exception, que ce soit les grèves « invisibles » qui ont lieu tous les jours, l’immense mouvement des Gilets jaunes ou les millions en grève contre la réforme des retraites, sans parler de la vague « Me Too » ou de la révolte contre les violences policières.</p>



<p>Tous les feux sont au vert en ce qui concerne la possibilité et la nécessité d’une transformation révolutionnaire de la société, mais il reste la question brûlante de comment notre classe, pourtant majoritaire, pourra développer la conscience et les capacités nécessaires pour la réaliser.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Conscience de classe</p>



<p>C’est encore Marx qui pointe le premier cette question quand il parle de classe « en soi » et de classe « pour soi ». La classe « en soi », c’est tout ce qu’on vient de voir : la situation objective de la classe, son exploitation, son rapport aux exploiteurs, les intérêts objectifs partagés avec les autres membres de la classe, etc. La classe « pour soi » c’est la conscience de cette situation, et la confiance pour agir collectivement en défense de ses intérêts et pour mettre fin à sa situation d’exploité. Mais comment développer tout cela ? C’est un autre révolutionnaire, Antonio Gramsci, qui apportera des pistes, en partant de deux idées apparemment contradictoires de Marx. La première, « Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante » (dans L’idéologie allemande, Karl Marx et Friedrich Engels) et la deuxième, « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (Statuts de l’Association internationale des travailleurs dite 1re&nbsp;Internationale). Certaines idées dominantes sont le reflet de la manière dont le système fonctionne, comme l’existence de chefs ou la compétition (pour des notes, pour les concours, pour un boulot, etc.) et d’autres idées sont distillées régulièrement par les médias, comme le racisme, le sexisme ou l’homophobie dans le but de nous diviser… et cela fait bien sûr des dégâts énormes. Alors, si nous avons dans notre tête les idées dominantes, comment pourrions-nous nous émanciper nous-mêmes ? Le point de départ de la solution, c’est la lutte des classes. Car c’est la logique même du capitalisme, où chaque capital a besoin d’accumuler davantage que ses concurrents sous peine de disparaître, qui provoque sans cesse des résistances.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="7f7f7f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7f7f7f;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="734" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8955 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-jpg.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr2-768x512.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>C’est dans ces moments de résistance à une exploitation toujours plus intense que des travailleur·euse·s peuvent se rendre compte que les idées dominantes ne sont d’aucune aide pour gagner. Au contraire, c’est la solidarité qui marche et non pas le chacun pour soi. C’est l’unité entre collègues blanc·he·s, noir·e·s, arabes, hommes, femmes, homos, hétéros, etc. qui permet de l’emporter, etc. C’est à ces moments qu’une nouvelle conscience (de classe !) peut émerger et peut se développer encore plus vite avec l’intervention de militant·e·s déjà conscient·e·s du besoin d’argumenter dans ce sens.</p>



<p>C’est vrai pour chaque petite lutte et encore plus pendant les périodes révolutionnaires. C’est Marx qui expliquait les deux raisons pour lesquelles une révolution est nécessaire. D’abord parce qu’il faut briser la résistance d’une classe dominante qui ne lâchera pas ses richesses et son pouvoir sans une lutte acharnée mais aussi parce qu’elle permet de débarrasser la tête de toutes les idées de merde accumulées depuis des années.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">La bataille des idées</p>



<p>Dans ces moments de luttes inévitables, la bataille des idées est donc cruciale. La lutte des classes peut ouvrir la possibilité d’un changement rapide des idées et de la confiance mais rien n’est automatique. En face, tous les jours, la classe dominante mobilise ses experts, ses universitaires et ses idéologues dans les médias et ailleurs. De notre côté, il faudrait que nos syndicats soient de véritables « écoles de la lutte de classe » et que nos partis défendent nos intérêts de classe avec autant de détermination que leurs partis défendent les leurs. Malheureusement, les idées dominantes se répandent jusque dans la gauche syndicale et politique et la confusion qui s’ensuit contribue aussi, à certains moments, à « brouiller les pistes ».</p>



<p>Sans parler du PS, des Verts ou du PCF, même la partie la plus radicale de la gauche aujourd’hui, LFI, est loin d’être étrangère à ce phénomène.</p>



<p>Nous pouvons nous retrouver côte à côte avec des militant·e·s de LFI dans des grèves ou des manifestations. Mais les solutions qu’iels proposeront ne seront pas celles qui pourront renforcer la conscience de classe dans la perspective d’une autoémancipation mais seront celles qui détourneront la colère et l’énergie vers des élections et la délégation du pouvoir à une « nouvelle minorité » d’élu·e·s.&nbsp;</p>



<p>Ces derniers mois nous avons pu apprécier les positions courageuses de LFI sur la défense de la Palestine, malgré la violence des attaques dont elle a été l’objet. Elle est pourtant capable en même temps d’avoir des positions sur la défense de la nation française qui sont tout le contraire de l’internationalisme dont notre classe a besoin.</p>



<p>Quand des membres de LFI s’adressent à leur public avec un « chers compatriotes », quand on fait flotter le drapeau tricolore, qu’on fait chanter la Marseillaise, qu’on vante la puissance maritime de la France de par ses colonies, qu’on accepte le contrôle des frontières et la reconduite des débouté·e·s d’asile, alors on agit clairement contre les intérêts de notre classe.</p>



<p>L’ensemble des organisations de la gauche institutionnelle, politique et syndicale sème la confusion en essayant de combiner les notions de classe et de nation, de travailleur·euse et de citoyen·ne avec l’objectif de créer, au sein d’une société de classe, une République pour tou·te·s complètement illusoire.</p>



<p style="font-style:normal;font-weight:600">Renouer avec Marx et la centralité de&nbsp;la&nbsp;lutte des classes</p>



<p>Pour notre part, nous sommes convaincu·e·s qu’il faut construire une organisation d’activistes capables d’intervenir pour construire les résistances et de proposer des stratégies pour unifier notre classe, pour faire gagner le mouvement et pour dresser des perspectives d’une auto-émancipation des travailleurs et du socialisme par en bas.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="434343" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #434343;" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="500" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8954 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-300x150.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/11/A2C_RevueN14_Lutte-des-classes_Illustr3-768x384.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<p>Cela signifie que dans la lutte de classe de tous les jours nous militons aussi contre toutes les oppressions qui peuvent nous affaiblir et nous diviser et en premier lieu le nationalisme et tous les racismes. Concrètement, pour commencer, cela veut dire une solidarité sans faille avec les migrant·e·s et les sans-papiers, et une bataille pour l’ouverture des frontières et la liberté pour qui le veut de s’installer sur le territoire français.</p>



<p>Nous avons commencé cet article par la citation de Warren Buffet, un vrai « guerrier de classe » qui, à l’époque, estimait que sa classe était en train de gagner. Pour nous, comme pour lui, nous ne faisons pas un simple constat de l’existence des classes sociales. Il s’agit bel et bien d’une lutte (voire d’une guerre, comme il dit). La seule différence est que nous devons faire en sorte qu’à la fin ce ne soit pas eux qui gagnent mais nous.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Ross Harrold (Paris 20e)</h5>



<p></p>
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		<title>1924-2024 : 100 ans de la grève des sardinières de Douarnenez</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/1924-2024-100-ans-de-la-greve-des-sardinieres-de-douarnenez/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Oct 2024 11:39:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Douarnenez]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Penn Sardin]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #13 &#8211; JUIN 2024 De l’exploitation et du mépris, jusqu’à la grève  1924, Douarnenez, Finistère. Daniel Le Flanchec est élu maire de la ville en octobre, à la suite de Sébastien Velly, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/1924-2024-100-ans-de-la-greve-des-sardinieres-de-douarnenez/" title="1924-2024 : 100 ans de la grève des sardinières de Douarnenez">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #13 &#8211; JUIN 2024</h6>



<h2 class="wp-block-heading">De l’exploitation et du mépris, jusqu’à la grève </h2>



<p>1924, Douarnenez, Finistère. Daniel Le Flanchec est élu maire de la ville en octobre, à la suite de Sébastien Velly, premier maire communiste de France. </p>



<p>Dans ce port de pêche, les hommes vont en mer pour pêcher la sardine et à leur retour, des acheteuses, représentantes de chacune des conserveries de la ville, sont postées au bout de la jetée et négocient les prix des poissons avec les patrons des chaloupes. Une fois les prix fixés, les contremaîtresses des conserveries appellent “Merc’hed d’ar fritur”, autrement dit “Les filles à l’usine”. De jour comme de nuit, les femmes quittent alors leur maison pour rejoindre les usines et attendre l’arrivée des poissons pour les mettre en boîte. </p>



<p>Les conditions de travail sont difficiles. Les ouvrières travaillent dès 8 ans, alors que l’âge légal est de 12 ans. Elles peuvent travailler jusqu’à 18h d’affilée bien qu’une loi de 1919 limite la journée d’usine à 8h. Les usines de Douarnenez ont donc obtenu une dérogation qui permet de travailler plus longtemps à condition que le nombre d’heures par semaine ne dépasse pas 72 heures. Bien évidemment, ce taux horaire n’est pas respecté. Evidemment encore, les heures supplémentaires ne sont pas payées et le travail de nuit est payé autant que le travail de jour. Les locaux de certaines usines sont, par ailleurs, insalubres. Dans celles-ci, les salles ne sont jamais nettoyées, les carreaux cassés ne sont pas remplacés, les WC sont sales, il n’y a pas de réfectoire pour manger, les ouvrières travaillent dans les courants d’air (pour permettre l’aération des odeurs) mais cela ne suffit pas à évacuer les émanations de charbons de bois qui provoquent des maux de tête et coupent l’appétit<sup data-fn="f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f" class="fn"><a id="f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f-link" href="#f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f">1</a></sup>. </p>



<p>Ce qui va déclencher la colère des ouvrières, c’est leur salaire. Elles ne sont payées que 80 centimes de l’heure (alors qu’un kilo de pâtes coûte 4 francs et le beurre quinze francs) ! </p>



<p>Le 20 novembre 1924, les sardinières de Douarnenez se donnent rendez-vous place de la Croix pour discuter : “leur richesse à eux [les patrons] se fait sur leur dos à elles, et sur celui des pêcheurs tenus à la gorge par les commises qui négocient tout au rabais, les piquesses”<sup data-fn="c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f" class="fn"><a id="c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f-link" href="#c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f">2</a></sup>. La colère commence à monter. Elles veulent une augmentation et être payées un franc de l’heure. Ce jour-là, un cahier de revendications tourne devant les portes de l’usine. </p>



<p>Dès le lendemain, les ouvrières de l’usine Carnaud demandent à être reçues par le contremaître, Trellu, pour parler de leurs revendications. Il refuse. Dès lors, 100 ouvrières et 40 manœuvres quittent l’usine. Elles vont voir Daniel Le Flanchec, maire de la ville, qui, furieux, se rend à l’usine Carnaud rencontrer Jean Griffon, le directeur, en personne ! Pendant ce temps, un comité d’ouvrières s’organise rapidement pour commencer à répandre la fièvre de la grève. </p>



<p>Le 23 novembre, les ouvrières marchent dans la ville jusqu’au crépuscule. Embryonnaire et désorganisé, le mouvement n’est pas encore assez massif. Désormais, le mot d’ordre est de convaincre les Douarnenistes de la justesse de leur cause. De Ploaré à Pouldavid, les sardinières battent le pavé jusqu’au 25 novembre, jour où toutes les usines de la ville débrayent. Il y a dès lors 1566 ouvrières et 500 ouvriers en grève dans la ville rouge. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La grève s’organise</h2>



<p>Ce qui fut la force de cette grève, ce qui lui donna la possibilité de la victoire, c’est son organisation ! Rapidement après le débrayage, Charles Tillon, responsable de la CGTU Bretagne (la Confédération générale du travail unitaire), arrive à Douarnenez. Puis, c’est autour de Lucie Colliard, responsable du travail des femmes à la CGTU, de poser ses valises à Douarnenez. Habitué·es des luttes et des grèves, “l’institutrice de Bogève” et l’ancien mutin bagnard vont aider les sardinières à s’organiser, à se former et à construire leurs revendications. </p>



<p>Charles Tillon propose alors la mise en place d’une crèche provisoire pour garder les enfants afin que les ouvrières, responsables du foyer, puissent aller manifester ou se retrouver aux halles, afin de construire la “révolution douarneniste”. </p>



<p>Lucie Colliard, quant à elle, les aide à construire leurs revendications. Elle les incite à ne pas demander 1 franc de l’heure mais 1 franc 25 ! Cette exigence deviendra même le slogan de la grève “Pemp real a vo”, soit “5 sous nous aurons”. Elle les pousse aussi à porter d’autres revendications : le respect de la journée de 8h et la rémunération des heures de nuit et des heures supplémentaires deviennent non négociables. Lucie Colliard tente également d’apporter des vues féministes à la grève des Penn Sardins en leur parlant d’égalité salariale et en critiquant l’injonction faite aux femmes à la maternité. Ces deux revendications ne furent finalement pas portées par les sardinières</p>



<p>Suite à l’arrivée de ces deux allié·es, la grève s’organise. Une répartition des tâches est mise en place pour éviter que certaines ne retournent à l’usine, notamment les indécises et les plus pauvres. Dans cette organisation, il y a celles qui entretiennent la flamme de la grève en continuant de convaincre. Il y a celles qui vont chercher de quoi faire la soupe populaire &#8211; au plus fort de la grève ce sont 500 repas servis midi et soir. Et il y a celles qui cuisinent. Chaque jour, les grévistes se réunissent dans la mairie pour recevoir les cotisations syndicales puis, dans l’après-midi, c’est l’heure du cortège !</p>



<p>Les réseaux de solidarité gagnent du terrain pour permettre aux ouvrières de tenir. A Noël, les marins repartent en mer non pas pour les patrons mais pour nourrir la grève. Charles Tillon et Lucie Colliard font le tour des ports et des champs pour récolter des dons. Daniel Le Flanchec revient d’un meeting du Parti communiste au Pré-Saint-Gervais avec 7500 francs pour la grève. Un bal solidaire est organisé à La Bellevilloise à Paris, coopérative fondée au lendemain de la Commune, et récolte 3000 francs. Le gouvernement vote même une subvention pour que les grévistes reçoivent des vêtements !</p>



<p>Dans cette effervescence de la lutte, les sardinières se forment politiquement. Les idées communistes se propagent : le partage des richesses, le capital, les idées de Marx. Ainsi lorsque les patrons acceptent enfin de négocier, les déléguées syndicales sont solides sur leurs appuis. Lorsque certaines de leurs revendications sont refusées, notamment le doublement du paiement des heures de nuit, elles quittent les négociations sans se retourner. Pendant ces mois de grève, les sardinières ont appris le rapport de force : elles ne céderont pas ! Pendant ce temps, la pêche est vendue ailleurs qu’à Douarnenez et les femmes grévistes ne reprennent pas le travail. Les patrons acceptent finalement une nouvelle négociation qui aboutit à la victoire des sardinières : leur salaire est augmenté à 1 francs 25, la loi des 8h est appliquée, les heures d’attente du poisson sont payées, le travail de nuit et les heures supplémentaires sont majorées. </p>



<p>Grâce à cette organisation, à la formation des Penn Sardins et à leur volonté, elles gagnent la grève et obtiennent satisfaction de toutes leurs revendications. C’est la victoire des sardinières !<sup data-fn="e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173" class="fn"><a id="e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173-link" href="#e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173">3</a></sup> </p>



<h2 class="wp-block-heading">Grève sociale ou grève féministe ? </h2>



<p>Les sardinières ont gagné. Leurs revendications sont toutes acceptées mais une question reste en suspens. Est-ce que cette grève de femmes peut être considérée comme une grève féministe ? L’omniprésence de femmes dans cette lutte peut nous faire penser que oui. </p>



<p>Or, en 1924, il existe une division sexuée et spatiale du travail à Douarnenez. Autrement dit, les hommes pêchent et les femmes travaillent dans les usines. La grève des sardinières est une grève de femmes car il n’y a presque que des femmes qui travaillent à l’usine. C’est donc un combat social porté par des femmes. </p>



<p>Par ailleurs, aucun élément que ce soit dans les tracts, les affiches, les chansons ou les articles de l’époque ne pose cette grève d’un point de vue des droits des femmes<sup data-fn="61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c" class="fn"><a id="61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c-link" href="#61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c">4</a></sup>. Lucie Colliard tente en arrivant à Douarnenez de porter des revendications féministes d’égalité salariale et de rejet de l’injonction à la maternité mais elles ne seront pas portées par les sardinières. A la fin de cette grève, les femmes seront mieux payées mais toujours moins que les hommes. </p>



<p>La grève des sardinières de Douarnenez ne peut pas réellement être qualifiée de féministe car elle n’en portait ni la prétention ni les revendications. Elle est, cependant, une grève de classe où les ouvrier·ères instaurent un rapport de force face aux patrons qui capitalisent sur leur dos. Soyons vigilant·es à ne pas accoler des visions présentistes à des éléments du passé pour servir des intérêts actuels. C’est une grève de classe victorieuse mais les perspectives féministes sont encore à venir. Malgré tout, la grève des sardinières nous inspire car elle est le témoignage de la force de la solidarité, de la formation politique et de la prise de confiance pour gagner une lutte. C’est un exemple d’organisation de la grève au service, notamment, de femmes qui luttent. Nous ne pouvons que suivre cet exemple pour mener nos luttes actuelles et futures. </p>



<p>Une revendication salariale fut à l’origine de la première grève des Penn Sardin, 20 ans auparavant. En 1905, les ouvrières demandaient à être payées à l’heure et plus au mille de sardines. Être payées au nombre de sardines travaillées permettait aux patrons de gagner plus d’argent sur leur dos. Comme le disait Angelina Godinec, porte-parole de cette grève, : “Avec le travail sur pièce, nous sommes toujours volées”. Suite à cette première mobilisation, les ouvrières gagnent des droits : elles sont désormais payées à l’heure, un syndicat composé exclusivement de femmes et une caisse de prévoyance et de secours sont créés. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Maria Martin (Rennes)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f">Port-musée de Douarnenez, L’espace conserverie, Douarnenez, 2024.  <a href="#f497d9eb-d00b-4dbf-be79-39ea11a4105f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f">Anne CRAIGNON, Une belle grève de femmes. Les Penn sardin, Douarnenez, 1924, Condé-en-Normandie, 2023.  <a href="#c2462738-5c62-4cfd-a8b7-06c8c8f10f3f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173">Claude MICHEL, “Penn Sardin”, Concarneau, 2005. <a href="#e2aabfab-b869-40da-bec7-24f228c13173-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c">Aurélie FONTAINE, Entretien avec Fanny Bugnon, historienne, sur la grève des sardinières à Douarnenez [podcast]. Breton·nes et féministes, 2021, 20min01. Disponible sur : &lt;https://bretonnesetfeministes.lepodcast.fr/entretien-avec-fanny-bugnon-historienne-sur-la-greve-des-sardinieres-a-douarnenez> (20/05/2024) <a href="#61e17ad6-701b-4981-ba78-346fedad0f8c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>[Audio] Économie politique : où est la classe ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/economie-politique-ou-est-la-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jan 2022 19:41:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Economie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Introduction vulgarisée de la théorie exposée dans Capital de Marx, ce topo s&#8217;inscrit dans la continuité d&#8217;autres travaux et cycles de lecture d&#8217;A2C de cet ouvrage. L&#8217;objectif de cette introduction est de permettre aux plus <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/classes-sociales/economie-politique-ou-est-la-classe/" title="[Audio] Économie politique : où est la classe ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Introduction vulgarisée de la théorie exposée dans Capital de Marx, ce topo s&rsquo;inscrit dans la continuité d&rsquo;autres travaux et cycles de lecture d&rsquo;A2C de cet ouvrage. L&rsquo;objectif de cette introduction est de permettre aux plus novices d&rsquo;avoir des principes de bases pour pouvoir appréhender plus facilement d&rsquo;autres articles déjà publiés par A2C qui font appel à des notions qui ne sont pas forcément évidentes.<br></p>



<p>Ce topo de 30 minutes propose une sorte de balisage, et va rapidement de notions en notions pour pouvoir expliquer le passage de l&rsquo;exploitation de la force du travail (le rapport « pur » travailleur.e/patron, tel qu&rsquo;il est présenté dans les premiers chapitres du livre 1 du Capital) à l&rsquo;économie dans son ensemble.<br>Il revient sur la méthode d&rsquo;analyse de l&rsquo;économie politique et essaye d&rsquo;expliquer pourquoi Marx ne parle de marché, de banques, de circuits financiers, de rente foncière etc, que dans le Volume 3 du capital,  pourquoi il parle de circulation des marchandises dans le Volume 2 et pourquoi le Volume 1 est dédié à l&rsquo;exploitation de la force de travail dans des conditions quasi-idéales, de laboratoire.<br>Cette intro se veut un passage du simple au plus complexe, en partant de la toute base de l&rsquo;économie politique : avant de toucher une rente ou des intérêts, il faut vendre des marchandises, et avant de vendre ces marchandises, il faut bien les produire quelque part.</p>



<p>Pour écouter sur Spotify, même sans compte :</p>



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<p>Pour écouter sur Apple Podcast :</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/%C3%A9conomie-politique-o%C3%B9-est-la-classe/id1832574436?i=1000721668853"><img data-dominant-color="dcd6dc" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="291" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-1100x291.webp" alt="" class="wp-image-9811 not-transparent" style="--dominant-color: #dcd6dc; width:302px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-1100x291.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-300x79.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-768x203.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr-1320x349.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/07/apple-podcasts-logo-fr.webp 1632w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></a></figure>



<p>Pour écouter en restant sur le site d&rsquo;A2C :</p>



<figure class="wp-block-audio"><audio controls src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/01/Topo-finance-Jad.mp3"></audio><figcaption class="wp-element-caption">par Jad, dans le cadre du week-end #32 du 6 et 7 novembre 2021</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Autres articles pour aller plus loin :</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li>Retour de la crise ? (1/2) : article de Fatoumata, publié en janvier 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise%e2%80%89-1-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise%e2%80%89-1-2/</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Retour de la crise ? (2/2) : article de Vanina, publié en mars 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise-2-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/economie-politique/retour-de-la-crise-2-2/</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>État et Capital à l’heure du coronavirus : Enregistrement audio de Cédric, publié en mai 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/etat-capital-et-coronavirus">https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/etat-capital-et-coronavirus</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Extraction de la survaleur; qu’est-ce que l’exploitation ? Enregistrement audio de Jad, publié en juillet 2020 <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/crises-et-interventions-de-letat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.autonomiedeclasse.org/audiotheque/crises-et-interventions-de-letat/</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Pour aller plus loin : « Ca-pi-tal ! Introduction à l&rsquo;économie politique de Marx » un livre de Ben Fine et Alfredo Saad-Filho<a href="https://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/2018/03/9782912107640-1.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> https://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/2018/03/9782912107640-1.pdf</a></li>
</ul>
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