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	<title>Antiracisme Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Antiracisme Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Arguments pour un antiracisme de classe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 17:37:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Classes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026 Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/arguments-pour-un-antiracisme-de-classe/" title="Arguments pour un antiracisme de classe">[...]</a></div>
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<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #22 – Mai 2026</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour lire l&rsquo;article ou imprimer l&rsquo;article maquetté</a><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/06/antiracisme-de-classe.pdf" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-4db72ed4-89d5-4654-9194-e1d20597418c">Télécharger</a></div>



<p></p>



<p>Dans un contexte de guerres impérialistes, d’offensive raciste et de montée de l’extrême droite, il est crucial d’analyser comment le racisme est structuré politiquement. Aujourd’hui, il n’est pas possible de gagner en menant des luttes sans prendre en compte la place du racisme et en particulier celle de l’islamophobie. Inversement, mener des luttes antiracistes sans prendre en compte la question de classe mène à une impasse.</p>



<p>Cela implique une double exigence : combattre le racisme suppose d’attaquer le capitalisme qui le produit, et renverser le capitalisme exige d’affronter le racisme qui divise notre classe. D’où un enjeu stratégique : quel antiracisme permet de construire un bloc populaire large, et quelles stratégies renforcent au contraire les divisions exploitées par la classe dirigeante ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le racisme au coeur du système capitaliste</h3>



<p>Le racisme n’est pas un phénomène intemporel, il est un produit de l’histoire qui apparaît avec l’émergence du capitalisme. Pour Fanon, le racisme n’est pas universel mais culturel, une particularité des sociétés européennes.</p>



<p>Le racisme apparaît avec l’expansion capitaliste à partir de la fin du XVe siècle, notamment avec la colonisation des Amériques et la traite transatlantique. Le développement du capitalisme repose alors sur l’exploitation massive de populations réduites en esclavage, l’expropriation violente de terres et la destruction de sociétés entières.</p>



<p>Dans le même temps, en Europe, s’affirme une idéologie où, sur le marché, des individus libres échangent des marchandises. Pour résoudre cette contradiction : égalité formelle d’un côté, esclavage et colonisation de masse de l’autre, il faut une idéologie qui retire à certain&rsquo;es leur pleine humanité.</p>



<p>W.E.B Du Bois explique donc que ce n’est pas un vieux racisme « précapitaliste » qui aurait rendu l’esclavage possible, mais l’esclavage et l’économie de plantation qui ont nécessité la production d’un discours raciste pour légitimer une violence en contradiction avec les valeurs chrétiennes puis libérales.</p>



<p>Le racisme reste aujourd’hui indispensable au fonctionnement du capitalisme et à la domination bourgeoise.</p>



<p>Il remplit une fonction économique. Dans les années 70, alors que les besoins du capital s’opposent aux revendications des travailleur&rsquo;euses, le recours à une main-d’œuvre immigrée et précarisée, souvent dans l’incapacité de refuser de mauvaises conditions de travail, permet d’assurer la flexibilité de l’offre de travail dont le capital a besoin, tout en préservant en apparence les travailleur&rsquo;euses nationaux.</p>



<p>Pour fonctionner, le capitalisme a besoin que ce traitement discriminant soit accepté par les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes. La fonction du racisme est de faire accepter à la classe ouvrière ce traitement inégal envers l’une de ses composantes.</p>



<p>En plus de justifier une surexploitation économique, le racisme remplit également une fonction politique. Il permet de diviser la classe ouvrière et d’affaiblir celle-ci dans le rapport de force qui l’oppose au capital. Comme le souligne le militant Saïd Bouamama, il consiste à « diviser ceux qui devraient être unis » travailleur&rsquo;euses nationaux et immigré&rsquo;es et à « unir ceux qui devraient être divisés » travailleur&rsquo;euses nationaux et capitalistes.</p>



<p>C’est ce que W.E.B. Du Bois a théorisé comme une « color line » à l’échelle mondiale. La division raciale au sein du prolétariat constitue l’une des bases de la stabilité du capitalisme. Le racisme ne peut donc pas être réduit à un simple préjugé ou à une question morale secondaire. Il constitue un mécanisme central de la domination capitaliste : un outil efficace pour diviser, hiérarchiser et affaiblir la classe ouvrière. En opposant les plus exploité&rsquo;es aux « un peu moins exploité&rsquo;es », il empêche la formation d’un front commun. Tant que cette division opère, la classe reste fragmentée et notre camp structurellement affaibli.</p>



<h3 class="wp-block-heading">À gauche : un « racisme respectable »</h3>



<p>Si le racisme est historiquement un produit de la bourgeoisie, il ne se limite pas à celle-ci. Il traverse l’ensemble de la société, y compris notre classe et ses organisations.</p>



<p>Le racisme est aussi présent au sein de la gauche, qui contribue ainsi à produire un racisme « respectable » articulé aujourd’hui autour de l’islamophobie.</p>



<p>Les années 80 sont un moment décisif dans cette production d’une islamophobie d’État par un pouvoir de gauche. Avec le tournant de la rigueur, le gouvernement socialiste engage des plans de licenciements massifs. Les premiers touchés sont les ouvriers spécialisés (OS) maghrébins, très présents dans les grandes usines automobiles.</p>



<p>Ces travailleurs se mobilisent. Un important mouvement de grève apparaît alors qu’au même moment les revendications antiracistes prennent de l’ampleur avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.</p>



<p>Le gouvernement et le patronat craignent que les OS maghrébins soient rejoints dans la lutte par les ouvriers qualifiés, en très grande majorité blanc&rsquo;hes et français&rsquo;es. La revendication d’une salle de prière ou encore l’usage de l’arabe par des militants syndicaux maghrébins vont alors être instrumentalisés. Dans un contexte international marqué par la révolution iranienne de 1979, les grèves sont présentées comme manipulées par des « intégristes ». On assiste à la construction d’« un problème musulman » visant à diviser et fragmenter la classe ouvrière.</p>



<p>Cette stratégie porte ses fruits. En 1984, lors de l’évacuation de l’usine Talbot par la police, les ouvriers qualifiés chantent « les Arabes au four, les Noirs à la Seine ».</p>



<p>En parallèle, la création de SOS Racisme servira à marginaliser les militant&rsquo;es de la Marche pour l’égalité, au profit d’un antiracisme libéral où le racisme est présenté comme une pulsion intemporelle, produit de l’ignorance de classes populaires à éduquer.</p>



<p>Les offensives islamophobes du pouvoir socialiste continuent avec l’affaire du foulard de Creil en 1989, qui ouvre une longue séquence aboutissant notamment à la loi de 2004 contre le foulard. Cette loi est soutenue non seulement par le PS et le PCF, mais aussi par une partie de l’extrême gauche.</p>



<p>L’islamophobie est devenue la forme centrale du racisme actuel. Moins disqualifiée historiquement que d’autres formes de racisme, elle trouve de nombreux relais à gauche. C’est une forme de racisme qui devient acceptable pour toute une partie de la population au nom de la défense des droits des femmes, de l’anticléricalisme, de la sécurité&#8230;</p>



<p>Une partie du mouvement antiraciste en tire les leçons en défendant la nécessité de son autonomie politique. C’est notamment le cas avec l’appel des Indigènes de la République en 2005. L’autonomie politique et organisationnelle des premier&rsquo;es concerné&rsquo;es a déjà fait la preuve de son efficacité : collectifs de sans-papiers, de mineurs isolés, organisations issues de l’immigration. Cependant, le mouvement antiraciste ne parvient toujours pas aujourd’hui à faire obstacle à l’adoption de nouvelles lois racistes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les limites de l’intersectionnalité et du privilège blanc et la nécessité d’un antiracisme de classe</h3>



<p>L’incapacité du mouvement ouvrier traditionnel à prendre en charge la question du racisme a permis le développement de théories qui ne lient pas la question des oppressions et du racisme à la question de classe.</p>



<p>C’est notamment le cas de l’intersectionnalité, théorie universitaire, qui s’est imposée au sein de nos luttes comme grille d’analyse utile pour penser l’imbrication des mécanismes d’oppression. Mais, si le triptyque « genre, race, classe » est constamment invoqué, la classe est le plus souvent reléguée au second rang. Lorsqu’elle est abordée, c’est rarement sous l’angle de l’exploitation, mais plutôt à travers la notion de « mépris social » : la classe n’est alors traitée que comme oppression déconnectée des rapports de production. Les réponses proposées se réduisent fréquemment à des appels à la « déconstruction », relevant davantage d’un volontarisme individuel que d’une transformation des rapports sociaux.</p>



<p>Une autre notion largement partagée est celle du privilège blanc. Cette idée dresse le constat que les blanc&rsquo;hes bénéficient d’avantages grâce au racisme. Il est évidemment indispensable de reconnaître les inégalités que crée le racisme au sein même de notre classe et il existe effectivement des situations fréquentes où une personne blanche peut bénéficier du racisme, parfois même sans s’en apercevoir : quand elle obtient un logement ou un travail sans savoir qu’un&rsquo;e candidat&rsquo;e plus qualifié a été recalé&rsquo;e car racisé&rsquo;e.</p>



<p>Cette approche du racisme va cependant plus loin. Elle fait le postulat que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont un intérêt matériel au racisme. Leur implication dans la lutte antiraciste devient alors au mieux marginale, au pire contradictoire avec leurs intérêts. Le combat contre le racisme devient conséquemment l’affaire quasi-exclusive des personnes racisées.</p>



<p>Or le rapport de force nécessaire pour gagner contre le racisme ne peut être construit par les seules personnes racisées. C’est ce que démontrent les mobilisations contre les lois Séparatisme ou Darmanin.</p>



<p>Alors, si la nécessité d’alliances larges apparaît évidente, celles-ci sont rendues impossibles si on postule que les blancs ont un intérêt matériel au racisme. C’est une impasse stratégique qui découle d’une mauvaise analyse.</p>



<p>Le problème ne réside pas dans la reconnaissance des inégalités raciales, mais dans l’interprétation de leur signification.</p>



<p>Un antiracisme de classe part d’un autre postulat : les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes ont davantage à gagner à s’allier avec les travailleur&rsquo;euses racisé&rsquo;es qu’avec leurs employeurs, dont l’objectif est précisément de les exploiter.</p>



<p>Il faut clarifier ce que l’on entend par « privilège ». Un privilège est un avantage indu, illégitime, auquel il faudrait renoncer. Mais dans l’usage, une confusion s’installe souvent entre privilèges et droits. Ne pas subir de violences policières n’est pas un privilège : c’est un droit fondamental qui devrait être garanti à tous&rsquo;tes. Présenter ce droit comme un privilège revient implicitement à accepter sa remise en cause.</p>



<p>Cette logique nourrit la confusion en assimilant des acquis sociaux à des privilèges, effaçant ainsi les luttes qui ont permis de les conquérir. On la retrouve chez H. Bouteldja : « Le capitalisme sous sa forme néolibérale poursuit son œuvre impitoyable. Il grignote vos acquis sociaux ou, pour le dire d’une manière plus juste, vos privilèges ».</p>



<p>Les acquis du CNR obtenus grâce à la lutte armée des FTP-MOI sous le nazisme sont ainsi réduits à des privilèges indus !</p>



<p>D’autres militants, comme Szymanski ou Callinicos, ont montré que le racisme affaiblit matériellement l’ensemble de la classe travailleuse. En divisant les travailleur&rsquo;se&rsquo;s, il empêche la construction de solidarités, tire les salaires vers le bas et renforce le pouvoir patronal. Les travailleur&rsquo;se&rsquo;s blanc&rsquo;hes qui adhèrent à des logiques racistes renforcent aussi leur propre exploitation.</p>



<p>Cette dynamique est flagrante concernant les politiques de sécurité. Les dispositifs sécuritaires, légitimés par des discours racistes et dirigés contre les racisé&rsquo;e&rsquo;s, finissent par se retourner contre l’ensemble de notre classe.</p>



<p>Le racisme fonctionne ainsi comme un mécanisme d’« avantage relatif ». Il ne confère pas un bénéfice absolu, mais un différentiel qui permet d’obtenir le consentement d’une partie des dominé&rsquo;es. Ce consentement a un prix : la fragmentation des luttes et la perpétuation de l’exploitation.</p>



<p>C’est la raison pour laquelle il faut non seulement affirmer que les travailleur&rsquo;euses blanc&rsquo;hes n’ont pas intérêt au racisme, mais qu’en luttant contre le racisme aux côtés des racisé&rsquo;es, iels luttent pour leurs intérêts de classe !</p>



<p>Un antiracisme de classe ne consiste donc pas à nier les oppressions spécifiques ni à dissoudre les luttes antiracistes dans une abstraction de la lutte de classe. Il s’agit au contraire de comprendre comment le racisme est produit et utilisé par le capitalisme afin de construire une stratégie capable de le combattre efficacement.</p>



<p>Cela implique de soutenir l’auto-organisation des personnes directement touchées par le racisme, de combattre sans concession l’islamophobie et toutes les formes de racisme, mais aussi de convaincre le plus largement possible au sein de notre classe que ces combats sont les siens.</p>



<p>Car chaque victoire raciste renforce notre adversaire commun. Chaque division imposée entre travailleur&rsquo;euses renforce le patronat, l’État et les forces réactionnaires. À l’inverse, chaque lutte commune contre le racisme renforce notre capacité collective à nous organiser et à nous défendre.</p>



<p>L’antiracisme de classe ne repose donc pas sur la culpabilisation ou la concurrence des oppressions, mais sur une stratégie d’unité des exploité&rsquo;es et des opprimé&rsquo;es contre celles et ceux qui profitent de leur division.</p>



<p>Dans un contexte de montée de l’extrême droite, de guerres impérialistes et d’offensives racistes, cette perspective n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire.</p>



<p>Hugo (Toulouse), Shems (Marseille)</p>
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		<title>Brest contre les fachos : pour dépasser la peur, construire l&#8217;unité et reprendre la rue</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/brest-contre-les-fachos-pour-depasser-la-peur-construire-lunite-et-reprendre-la-rue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 10:42:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
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<p>A Brest, dans la nuit du 10 au 11 avril dernier, a eu lieu une violente agression raciste et pour riposter, a été organisée 15 jours plus tard, le 25 avril, une manifestation antiraciste par l&rsquo;AG antifasciste de Brest qui a rassemblé 800 personnes.<br>Nico, de l&rsquo;AG antifasciste de Brest et d&rsquo;Autonomie de Classe, nous raconte comment est-ce que pour dépasser la peur face aux fascistes, on peut construire l&rsquo;unité pour reprendre la rue et reprendre confiance en nous.</p>



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<p><strong>Est-ce que tu peux revenir sur la forme que prend la menace fasciste dans ta ville, revenir sur ce qui s&rsquo;est passé ces dernières années et comment vous vous êtes organisé pour y faire face et revenir aussi sur les événements des dernières semaines ?</strong></p>



<p>À Brest, l&rsquo;engagement passe par l&rsquo;AG antifasciste qui s&rsquo;est montée en fin d’été dernier, suite à des agressions fascistes, de groupuscules néonazis, qui ont fait des agressions homophobes, contre des militant·es de gauche, et racistes. C&rsquo;est au sein de cet AG qu&rsquo;on s&rsquo;organise et qu&rsquo;on essaye d&rsquo;avoir une riposte. La menace fasciste, elle est assez présente à Brest par le biais de hooligans et par le biais de groupuscules néonazis et aussi par le biais de militants du RN.</p>



<p>Si tu veux, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que les agressions clairement fascistes, racistes qu&rsquo;il y a eu il y a un an et demi, elles ne viennent pas de nulle part. Il y a toujours eu des groupuscules néonazis, identitaires en Bretagne. Il y a deux ans, il y a eu une manif fasciste soutenue par le RN contre l&rsquo;ouverture d&rsquo;un centre pour accueillir des personnes migrantes, en centre-Bretagne, et ils étaient déjà là. Donc, ce qui s&rsquo;est passé à Brest, c&rsquo;est que ça a touché des quartiers populaires, des endroits bien populaires, qui ont fédéré tout d&rsquo;un coup une réaction assez forte de la population et pas forcément de la population militante, ce qui a entraîné depuis un an une dynamique avec l’AG antifasciste qui existe.</p>



<p>Et il y a deux semaines, il y a eu une agression d&rsquo;une personne isolée, racisée, qui était tranquille sur le port et qui s&rsquo;est fait agresser lâchement. Il s&rsquo;est pris une droite qui l&rsquo;a mis KO, il est resté inconscient. Il a eu deux semaines d&rsquo;ITT.</p>



<p>Un des buts de l’AG antifasciste, c’est d&rsquo;organiser tout de suite un soutien aux victimes. Ce collectif rassemble différents militants de Brest, des gens soit qui sont syndiqués, qui militent dans les syndicats, soit qui militent dans des groupes de gauche, soit qui ne militent pas… Ca a créé une espèce d&rsquo;unité antifasciste qui se mobilise assez rapidement. Donc, rapidement, on a pu, en quelques jours, organiser une manif de soutien. C&rsquo;est ça qui est intéressant pour nous au sein de cette AG&nbsp;: avoir assez rapidement la possibilité d&rsquo;organiser des choses avec l&rsquo;aide des syndicats, des associations locales. Et, en cinq jours, on a organisé une manif de soutien, des prises de parole. Ca a rassemblé 800 personnes&nbsp;!</p>



<p>Et ce qui est intéressant, c&rsquo;est qu&rsquo;on arrive à pousser nos mots d&rsquo;ordre à nous, de s&rsquo;organiser à la base, dans les quartiers, dans les campagnes, sur nos lieux de vie, de travail.</p>



<p><strong>Et comment on peut faire pour dépasser la peur qui, parfois, justement, est un frein à la mobilisation par en bas contre les fascistes ?</strong></p>



<p>C’est sûr qu&rsquo;en fait, ça sidère un peu plein de gens, dans le milieu militant ou non, qui se demandent, du coup, s&rsquo;ils peuvent aller aux manifs ou s&rsquo;ils peuvent sortir tranquilles, en gros. Et on deal avec la peur en se disant que, de toute façon, c&rsquo;est la stratégie de l&rsquo;extrême droite et de la violence politique que porte l&rsquo;extrême droite de tétaniser et de faire peur et d&#8217;empêcher les gens de se réunir et de s&rsquo;organiser. Ça fait partie de leur stratégie. Donc ne nous laissons pas faire, parce qu&rsquo;en fait, on se rend compte que, mine de rien, on est nombreux et on a la force pour s&rsquo;organiser. Ce qui est intéressant, c&rsquo;est que là, les syndicats à Brest et les associations d&rsquo;aide aux migrants, les associations comme la Ligue de droit de l&rsquo;homme, tout de suite, ils sont partants. Parce qu&rsquo;on se connaît, on a l&rsquo;habitude de faire des choses. On n&rsquo;est pas d&rsquo;accord sur tout. Mais en fait, tout de suite, ça va assez vite d&rsquo;organiser la manifestation.</p>



<p>Et moi, je me dis, c’est grâce à ce qu&rsquo;on a pu forger à l’AG antifasciste&nbsp;: se faire confiance. On a organisé un gros festival en début d&rsquo;année qui a permis d&rsquo;occuper la place et de faire plein de choses pour nous redonner confiance, pour nous unir assez rapidement.</p>



<p>Maintenant, on est capable de s&rsquo;organiser vite et d&rsquo;aller tout de suite organiser une manif et de faire une occupation de la rue et de ne pas laisser la rue à la menace fasciste ou aux discours d&rsquo;extrême droite, aux actions de l&rsquo;extrême droite.</p>



<p>Et ça, c&rsquo;est vachement important. C&rsquo;est vachement important parce qu&rsquo;on se rend compte que la menace fasciste ou en tout cas la menace d&rsquo;action raciste, homophobe, anti-gauche, elle est réelle. Il y a des groupuscules qui s&rsquo;organisent, il y a des discours islamophobes à volonté déversés par les médias d&rsquo;extrême droite qui vont légitimer le passage à l&rsquo;acte. C’est important déjà de dire, on ne laisse pas faire, on se bat politiquement, symboliquement, on résiste. Et donc, c&rsquo;est important d&rsquo;occuper la place et de pouvoir réagir en masse, en tout cas de manière unitaire, avec les syndicats et les autres forces, et de ne pas laisser faire des choses qui sont inacceptables. Après, plus généralement, c&rsquo;est important parce qu&rsquo;on se rend compte que la montée de l&rsquo;extrême droite, la montée de la menace fasciste, elle est réelle et pas seulement en France, en Europe, dans le monde. Ils s&rsquo;organisent, ils ne sont pas inactifs, ils sont à l&rsquo;affût. Électoralement, le RN est le premier parti du pays, qu&rsquo;on le veuille ou non. Il fait des résultats impressionnants, ils sont en masse, ils ont des appuis d&rsquo;une partie de la classe patronale et de la classe politique qui commencent à faire leur relais. Alors, essayer de s&rsquo;organiser et d&rsquo;arriver à organiser des manifs et des ripostes sur le terrain, c&rsquo;est important. Essayer d&rsquo;unir les forces de gauche, et créer des dynamiques pour la suite, c&rsquo;est ça qui est intéressant. Notre manifestation, notre rassemblement en soutien à la victime, elle permet une dynamique, elle va permettre qu&rsquo;on continue au 1er mai d&rsquo;être dynamique sur ces questions-là, sur les questions antiracistes et aussi de montrer le racisme d&rsquo;État qui est réel.</p>



<p>Donc, face à la peur, on prend cette question au sérieux. Quand on fait des événements, on va réfléchir. Comment on fait un service d&rsquo;ordre ? Comment on riposte ? Sans avoir de réponse préétablie&nbsp;: on fait des bilans, etc. Et du coup, ça veut dire tout simplement qu&rsquo;en fait, la rue, on l&rsquo;abandonne pas. Mais moi, j&rsquo;ai envie de dire, ça va se construire petit à petit. Ça va être, par exemple, en organisant des festivals qui sont à la fois des moments où on se rencontre entre nous, on se fait confiance, on approfondit des questions, on discute stratégie politique et on se rend compte que tout se passe bien, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de problème, on n&rsquo;a pas d&rsquo;agression, parce qu&rsquo;en fait, on n&rsquo;est plus nombreux qu&rsquo;eux. Il y a une division des forces, il faut arriver à s&rsquo;unir. Mais en vrai, on n&rsquo;est plus nombreux qu&rsquo;eux. Et la peur, au bout d&rsquo;un moment, elle change de nature. On se rend compte que ça peut nous mettre des freins, ça peut nous faire dire, faisons attention, soyons vigilants. Mais on se rend compte qu&rsquo;en fait, avec la confiance, on y fait face. C’est pas évident mais ça se fait sur le long terme. Ca se fait en se rencontrant, en organisant aussi des réunions publiques de façon régulière, petit à petit.</p>



<p><strong>Et maintenant, ça va être quoi les suites pour continuer à construire la dynamique antifasciste à Brest ?</strong></p>



<p>Alors là, on fait partie du 1er mai en tant qu’AG antifasciste. Ce qui est intéressant, c&rsquo;est que quand même, on est repéré par les forces syndicales et les forces politiques locales, même LFI par exemple. On est repéré comme, on va dire, une organisation de base qui compte, qui a sa voix au chapitre. Du coup, l’AG antifasciste va avoir son cortège pendant le 1er mai. Ensuite, il va y avoir le 9 mai&nbsp;: il va falloir faire des rassemblements contre les rassemblements fascistes qui ont lieu à Paris. Je fais référence au comité du 9 mai, qui est un mouvement néofasciste depuis quelques années, qui essaie de rassembler toutes les forces d&rsquo;extrême-droite de France et d&rsquo;Europe. Et nous, on a lancé tout de suite quelque chose pour le 9 mai, en lien avec les syndicats, et du coup, ça donne de la force. Ca permet vraiment de continuer sur une dynamique, et d&rsquo;approfondir ce qu&rsquo;on porte comme revendications et comme mots d&rsquo;ordre&nbsp;: Par exemple, le soutien aux personnes étrangères, la régularisation de tous les sans-papiers, des choses comme ça. Et ensuite, ça permet tout un travail qu&rsquo;on a construit depuis des mois avec tous ces acteurs, toutes ces associations dont j&rsquo;ai parlé, avec les syndicats, pour imaginer un autre festival antiraciste et antifasciste qui va se tenir à Brest, pour organiser des liens sur la lutte du peuple palestinien, etc. Donc en fait, on est pris dans une dynamique en réagissant à l&rsquo;actualité, en se greffant aux événements nationaux, comme le 1er mai, la Marche des Solidarités, la lutte en solidarité au peuple palestinien, et petit à petit, voilà, ça tient comme ça.</p>



<p>Là, on est parti sur une année qui va être très importante, avec au mois de mai prochain les élections présidentielles. Ça va être une année charnière. Du coup, si on arrive à avoir des mobilisations tout au long de l&rsquo;année pour arriver en force au printemps 2027, je me dis qu&rsquo;il y a quelque chose à faire. Au moins arriver en confiance, arriver en force, arriver unis.</p>



<p>Propos de Nico de Brest recueillis par Milig Sinou de Paris 19</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/brest-contre-les-fachos-pour-depasser-la-peur-construire-lunite-et-reprendre-la-rue/">Brest contre les fachos : pour dépasser la peur, construire l&rsquo;unité et reprendre la rue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Manifestations antiracistes et antifascistes du 14 mars : Une opportunité pour construire un front antiraciste ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/manifestations-antiracistes-et-antifascistes-du-14-mars-une-opportunite-pour-construire-un-front-antiraciste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 09:46:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
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		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Entretien avec Mathieu, militant d’A2C à Paris impliqué dans la Marche des Solidarités, et Wass, militante d’A2C à Marseille impliquée dans la lutte contre l’islamophobie. Iels organisent la manifestation du 14 mars, contre le racisme, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/manifestations-antiracistes-et-antifascistes-du-14-mars-une-opportunite-pour-construire-un-front-antiraciste/" title="Manifestations antiracistes et antifascistes du 14 mars : Une opportunité pour construire un front antiraciste ?">[...]</a></div>
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<p><em>Entretien avec Mathieu, militant d’A2C à Paris impliqué dans la Marche des Solidarités, et Wass, militante d’A2C à Marseille impliquée dans la lutte contre l’islamophobie. Iels organisent la manifestation du 14 mars, contre le racisme, le fascisme, contre l’islamophobie et les violences d’État.</em></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><strong>Quelles sont les forces liées aux fronts antiracistes impliquées dans la construction de la date du 14 mars contre le racisme et le fascisme ?</strong><br><strong>Mathieu :</strong> En région parisienne, la mobilisation s’organise surtout autour de deux cadres : la Marche des Solidarités (autour des collectifs de sans-papiers) et le réseau d’entraide Vérité et Justice (les familles de victimes de violences policières).<br>Ce qui est notable par rapport à ces dernières années, c’est le développement de collectifs antiracistes et antifascistes de quartier : dans le 20e arrondissement, le 12e, mais aussi à Fontenay ou à Clichy. Une section de la Marche des Solidarités s’est même montée à Clichy.<br>Il y a aussi un front que l’on pense déterminant dans la période : la lutte contre l’islamophobie. Pour l’instant, on voit moins ces collectifs participer à la préparation de la mobilisation. Ce sont souvent des collectifs davantage présents dans la production de tribunes ou de prises de parole publiques que dans l’organisation militante sur le terrain.</p>



<p><strong>Pourquoi selon toi c’est central d’essayer de faire converger ces fronts : sans-papiers,&nbsp;lutte contre l’islamophobie et violences policières </strong>?</p>



<p><strong>Mathieu :</strong> Parce que cela correspond à la manière dont le racisme est développé par la classe dirigeante dans notre société. Quand on regarde les discours et les lois depuis vingt ans, on voit bien quelles sont les cibles centrales.<br>Depuis des années, les gouvernements s’attaquent aux musulman&rsquo;es : interdiction du voile dans certains espaces, interdiction de l’abaya, fermetures de mosquées ou d’associations, assimilation permanente à une menace pour la société.<br>Dans le même temps, ils s’attaquent aux migrants et migrantes et, en réalité, à l’ensemble des immigré&rsquo;es. La séquence autour de la loi Darmanin en est un exemple flagrant : la classe dirigeante a voulu faire entrer dans la tête de tout le monde que les immigrés seraient des délinquants ou des violeurs.<br>Le racisme ne touche pas que les migrant·es ou les musulman&rsquo;es. Mais il y a des priorités : il faut se défendre là où les attaques sont les plus fortes. Et notamment la violence ultime de l’État sur les personnes musulmanes, ou perçues comme telles, immigrées, sans papiers, ou perçues comme telles, c’est de les tuer par la police. Ça a été le cas&nbsp;d’El Hacen, travailleur immigré et musulman.</p>



<p><strong>Qu’est-ce que serait aujourd’hui un front antiraciste à la hauteur ?</strong><br><strong>Mathieu :</strong> Ce qui serait à la hauteur, c’est que partout où des personnes s’organisent aujourd’hui politiquement, elles s’organisent aussi contre le racisme. Que dans les réunions militantes, on discute aussi de comment empêcher les fachos de s’implanter dans nos quartiers, comment donner confiance aux personnes immigrées, avec ou sans papiers, de s’auto-organiser, comment soutenir les collègues sans papiers qui se battent pour obtenir ou renouveler leurs titres de séjour.<br>C’est vraiment une question de nombre et d’implantation. Il ne s’agit pas seulement d’unir les organisations antiracistes, mais de faire en sorte que cette lutte existe partout.</p>



<p><strong>Depuis ton expérience de la préparation du 14 mars, quels sont les blocages à cette convergence ?</strong><br><strong>Mathieu : </strong>Le problème dépasse largement les collectifs eux-mêmes. Il y a dans la gauche et dans le milieu militant une tendance très forte à séparer les luttes. Comme si parler de racisme ne signifiait pas forcément parler d’islamophobie ou de solidarité avec les migrant·es. Que l’un invisibilisait l’autre.<br>Le fait qu’il n’existe pas aujourd’hui un mouvement antiraciste de masse renforce cette tendance. Sur certaines questions, il n’y a pas suffisamment de forces organisées. Cela produit parfois une forme de sectarisme, où se lier à d’autres est perçu comme un risque d’invisibilisation plutôt que comme un renforcement.<br>Au fond, beaucoup de gens ne pensent pas qu’un mouvement de masse soit possible. Donc, on se fixe des objectifs plus petits, autour de mots d’ordre très restreints.</p>



<p><strong>Wass :</strong> Il existe aujourd’hui des collectifs antiracistes bien réels, avec des stratégies et des trajectoires parfois différentes. Je partage le constat de Mathieu sur la fragmentation des collectifs, mais je pense qu’il faut aussi interroger les raisons politiques plus profondes qui nous ont conduits à cette situation.<br>Si la convergence est si difficile aujourd’hui, c’est aussi parce que les grands partis de la gauche institutionnelle et ses bases ont trahi ces combats. En cherchant à s’intégrer aux logiques d’État, ils ont souvent relégué les luttes antiracistes au second plan, voire les ont neutralisées. Le mouvement antiraciste qui lutte contre l’islamophobie a par exemple essayé de se battre de l’intérieur, dans des partis politiques institutionnels, pour défendre la solidarité avec la Palestine et les luttes antiracistes, ce qui est un énorme saut qualitatif.<br>Mais il manque encore des espaces réels de discussion stratégique, de confrontation politique, où puissent se construire un front unitaire dans la rue, dans nos lieux de travail, nos lieux d’études… Ce blocage est le symptôme à la fois des trahisons politiques et du racisme qui continue à traverser notre propre camp.<br>Or, pour dépasser ces impasses, nous devons renouer avec la tradition d’auto-organisation de notre classe : c’est-à-dire la capacité de notre classe dans toutes les luttes qu’elle porte à se rassembler, débattre et agir. L’auto-organisation permet de reconstruire la confiance, d’unifier les luttes sur des bases concrètes et de faire émerger une direction issue directement du terrain, connectée à la réalité de nos quartiers, de nos lieux de travail et de nos combats.<br>Historiquement, le racisme a souvent affaibli et fait perdre le mouvement ouvrier. On peut penser à la grève de Talbot : au lieu d’une lutte unitaire pour tous les emplois, le patronat et l’État ont joué sur le racisme pour isoler les travailleurs immigrés, les traiter d’« intégristes chiites », faire circuler des slogans comme « bougnoules au four » ou « les Arabes, les Noirs à la Seine ».<br>Tout ça révèle un fondement du capitalisme : le racisme, qui a servi à justifier l’esclavage, le colonialisme, et aujourd’hui encore, qui organise la hiérarchie sociale du travail.<br>Cette instrumentalisation raciste a brisé la solidarité de classe et permis aux patrons d’imposer leurs licenciements. À chaque fois que le racisme entre dans notre camp, c’est tout notre camp social qui recule.&nbsp;<br>La préparation du 14 mars doit justement être l’occasion de tirer les leçons de ces divisions : construire une unité réelle, ancrée dans la reconnaissance du racisme comme question centrale de notre camp, non comme un sujet secondaire. C’est en affrontant ensemble ces contradictions, dans la rue comme dans nos organisations, que nous pourrons donner corps à un mouvement antiraciste de masse, capable de faire reculer à la fois le racisme et le pouvoir qui l’alimente.</p>



<p><strong>Comment répondre à la crainte d’invisibilisation et défendre l’unité ?</strong><br><strong>Wass : </strong>À Marseille, on a argumenté pour que la lutte contre l’islamophobie soit davantage mise en avant dans l’appel et dans l’affiche. Ça montre qu’il y a des blocages de départ, mais qu’ils peuvent bouger quand on met les choses franchement sur la table.<br>Si plus de personnes portent ces luttes, elles deviennent plus visibles, pas moins. C’est lorsqu’on combattra tous et toutes le racisme dans toutes les formes où il se manifeste qu’on pourra commencer à construire un front commun réel.</p>



<p><strong>Mathieu : </strong>La question qui devrait être centrale dans nos cadres d’organisation est trop souvent absente : quelle stratégie pour gagner ?<br>On discute beaucoup de la manière de se distinguer, de parler à nos propres cercles militants, plutôt que de se demander ce qui peut réellement faire avancer nos luttes.<br>Pour les collectifs de sans-papiers ou de mineurs isolés, l’objectif est concret : obtenir des régularisations, la reconnaissance de leurs droits, l’égalité. La question est donc comment faire en sorte que tout le monde se la pose et discute ensemble de ce qu’il faudrait construire pour y parvenir.<br>Et malgré tout, on sent que c’est possible. Dès qu’on va sur un marché, qu’on colle des affiches dans un quartier ou qu’on appelle à une manifestation, on rencontre beaucoup d’échos positifs. C’est ce qui donne confiance.</p>



<p><strong>Anouk :</strong> Aussi, comme tu l’as dis, à la Marche des Solidarités, on voit aussi se développer de nouveaux collectifs de quartier qui renforcent cette activité militante à la base. Les dates du 18 décembre et du 14 mars ne règlent pas tout. Les attaques racistes et fascistes ne se limitent pas à ces deux dates : elles sont quotidiennes. Mais ces dates servent d’appui pour accélérer le processus de construction à la base.&nbsp;<br>Et si on renforce les collectifs antiracistes locaux et les liens avec les syndicalistes, on peut ouvrir des perspectives plus larges pour la mobilisation et ouvrir les conditions d’une grève comme à Minneapolis contre le racisme.</p>



<p>Propos recueillis par Anouk (Marseille)</p>
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		<title>Comment Minneapolis, solidaire et antiraciste, a résisté à ICE ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/comment-minneapolis-solidaire-et-antiraciste-a-resiste-a-ice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 09:12:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À Minneapolis, la résistance des habitant&#8216;es face aux exactions du service d’immigration et des douanes (ICE &#38; CBP) contre sa population depuis décembre 2025 a été exemplaire. Les Minneapolitain&#8216;es ont mis en place une organisation <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/comment-minneapolis-solidaire-et-antiraciste-a-resiste-a-ice/" title="Comment Minneapolis, solidaire et antiraciste, a résisté à ICE ? ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>À Minneapolis, la résistance des habitant</em>&lsquo;<em>es face aux exactions du service d’immigration et des douanes (ICE &amp; CBP) contre sa population depuis décembre 2025 a été exemplaire. Les Minneapolitain</em>&lsquo;<em>es ont mis en place une organisation entre habitant&rsquo;es qui a contraint Donald Trump à mettre un terme à l’opération anti-immigration « Metro Surge » le 12 février. Nous vous retranscrivons ici l’échange que nous avons eu avec Leo, un étudiant militant et révolutionnaire de Minneapolis qui nous raconte la résistance de ces derniers mois.</em></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><strong>Question : Trump a annoncé le retrait d’ICE de Minneapolis. Est-ce vrai ? Ils partent en ayant fait 2 mort&rsquo;es et des milliers d’enlèvements, mais ils ont fait face à une résistance sans précédent. Est-ce une victoire pour notre camp ?&nbsp;</strong><br><strong>Réponse :</strong> ICE n’est pas encore totalement parti. Ils sont passés de 4000 agent&rsquo;es lors de l’opération « Metro Surge » à quelques centaines aujourd’hui. Ils ont changé leurs tactiques et sont désormais plus discrets. Il y a encore des enlèvements, mais moins qu’avant. La ville est survolée par des hélicoptères et des drones, on se sent toujours sous occupation.&nbsp;<br>Mais, oui, c’est une première victoire. Greg Bovino, le commandant qui s’habillait comme un Nazi, a été retiré de la ville, et l’opération « Metro surge » a officiellement été arrêtée. Nous voulons plus, nous voulons l’abolition de ICE et de DHS (NdT : Department of Homeland Security, équivalent du ministère de l’intérieur dont dépend ICE), mais il faut célébrer cette victoire partielle qui a été obtenue par la résistance.</p>



<p><strong>Q : Tu nous dis que ICE n’est pas totalement parti, mais qu’en est-il de la résistance ? Est-elle toujours aussi bien organisée ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> C’est moins intense qu’avant, il y a moins de confrontations directes avec les agents d’ICE. Mais la résistance est toujours organisée. Les aspects de défense collective existent toujours, la solidarité financière aussi, et un mouvement pour un moratoire sur les loyers est en train de naître. Les gens continuent de vouloir s’organiser de nouvelles manières. Un militant socialiste et syndicaliste qui a vécu le mouvement antiraciste de 2020 (NdT : George Floyd, dont la mort a déclenché Black Lives Matter, a été tué par la police de Minneapolis) m’a dit qu’en comparaison, plus de personnes et de collectifs s’organisent dans la durée cette fois-ci, alors que la vague était retombée assez vite en 2020. Nous avons les dates du 28 mars (NdT : No Kings Day, journée de manifestations nationales contre Trump) et le 1er mai en ligne de mire, donc des choses concrètes à faire pour les prochaines semaines.</p>



<p><strong>Q : Quelle était selon toi la différence entre Minneapolis et des villes comme Los Angeles, New York et Chicago où la résistance à ICE était là mais pas assez forte pour créer une crise politique face à Trump ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Je n’ai pas de réponse complète. Je n’étais pas à LA, NY et Chicago. Mais les raids de ICE là-bas étaient peut-être des tests grandeur nature, moins longs et moins intenses. Ici, le niveau de violence et l’intensité ont fait qu’on n’avait pas le choix. On a senti qu’organiser une résistance était une question de vie ou de mort. Et bien sûr, on ne partait pas de zéro. Il y a des traditions à Minneapolis, Black Lives Matter qui est parti de là en 2020, il y a un mouvement syndical réel sur le terrain. On ne partait pas de zéro. Organiser une résistance était une question de vie ou de mort. Mais on ne partait pas de zéro. Il y a des traditions à Minneapolis, Black Lives Matter qui est parti de là en 2020, il y a un mouvement syndical sur le terrain.</p>



<p><strong>Q : Concrètement, qui s’est battu contre ICE à Minneapolis ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Beaucoup d’organisations antiracistes, antifascistes, syndicales, etc, ont joué un rôle dans la résistance, qui était très décentralisée au tout début. Parmi les syndicats je me souviens de SEIU (NdT : syndicat des travailleur.e.s de l’entretien des bâtiments), du syndicat des transports et de l’éducation. Beaucoup ont commencé à se préparer dès l’élection de Trump. Par exemple, une association (parmi d’autres) a annoncé en janvier qu’elle avait formé près de 40 000 personnes au rôle « d’observateur&rsquo;ice légal&rsquo;e » des actions de ICE. Ce sont les gens qui filment, qui utilisent leur sifflet, qui alertent le quartier qu’un raid est en cours. Ça donne une idée du nombre de personnes qui ont cherché à s’organiser pour résister.</p>



<p><strong>Q : Quel rôle ont joué les espaces partagés comme les écoles, les lieux de culte, les quartiers, etc, dans l’organisation de la résistance ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Les lieux de culte et les écoles ont joué des rôles fondateurs de la résistance. Auparavant, c’étaient des lieux « sanctuaires », mais Trump a changé ça. Je ne dis pas que kidnapper des gens dans la rue est acceptable, mais quand ICE entre dans les églises pour arrêter votre voisin&rsquo;e, quand des élèves sont cueilli&rsquo;es à la sortie des écoles, c’est particulièrement choquant, ça ne passe pas. Quand tu vois le pupitre vide d’un&rsquo;e élève qui s’est fait kidnapper, que la personne que tu voyais à l’église tous les dimanches n’est plus là&#8230; Tout le monde dans ces lieux se sent concerné. C’est plus puissant que de voir une vidéo sur TikTok, Instagram ou à la télé. Alors beaucoup de choses sont parties des écoles et des églises, comme les réseaux d’entraide ou les groupes de voisin&rsquo;es.&nbsp;<br>Des groupes de voisin&rsquo;es se sont aussi formés au niveau des rues ou des quartiers, pour organiser des patrouilles et donner l’alerte quand ICE débarquait au petit matin. C’est comme ça que des rassemblements de quelques dizaines ou quelques centaines de personnes se formaient très rapidement pour résister aux raids. Même les scouts ont participé à la résistance, simplement parce que des enfants qui faisaient partie des scouts ont été enlevés par ICE.&nbsp;</p>



<p><strong>Q : Tu as beaucoup parlé des voisin&rsquo;es qui aident à organiser la résistance. Et les voisin&rsquo;es racistes dans tout ça ? Qui a aidé ICE à Minneapolis ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> C’est principalement la police de Minneapolis qui a aidé ICE. Malgré les déclarations du maire démocrate de la ville (NdT : dont la police dépend) qui demandait publiquement à ICE de partir, la police a aidé ICE, a repoussé les manifestant&rsquo;es, etc. Ça a été un choc, peut-être pas pour les militant&rsquo;es, mais pour une bonne partie de la population. Concernant les voisin&rsquo;es : sans doute, comme souvent, des racistes ont dû appeler ICE pour dénoncer des voisin&rsquo;es. Mais je ne sais pas si c’était un phénomène massif. Minneapolis est une ville marquée à gauche. Mon expérience personnelle, j’ai fait beaucoup de porte à porte et pas une fois je ne suis tombé sur quelqu’un qui soutenait ICE ouvertement. Donc en tout cas, les racistes ne se sont pas exprimé&rsquo;es publiquement. Après, dans les comtés plus ruraux du Minnesota, c’est peut-être plus nuancé, je ne sais pas.&nbsp;</p>



<p><strong>Q : Des organisations fascistes comme les Proud Boys ont essayé de venir à Minneapolis pour soutenir ICE, non ? Comment ça s’est passé ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Je vois de quoi vous parlez, ça n’était pas officiellement les Proud Boys, mais un des organisateurs du 6 janvier (NdT : l’émeute du Capitole suite à la défaite électorale de Trump face à Biden en 2021), Jake Lang. Il est venu à Minneapolis avec quelques soutiens pour organiser un rassemblement pro-ICE et anti-Islam visant spécialement la communauté somalienne de Minneapolis. Finalement lui et ses soutiens n’étaient qu’une grosse dizaine, ils ont été complètement cernés par des centaines de manifestant&rsquo;es antifascistes, il s’est fait frapper, on lui a jeté des ballons à eau. Se retrouver trempé d’eau par -20°C, c’est difficile. Bref, il a passé un mauvais moment.&nbsp;<br>C’était très positif car ça en a dissuadé d’autres. Il y avait beaucoup de débats au sein du mouvement de résistance, des gens voulaient plutôt faire profil bas, au prétexte de ne pas leur faire de pub, ou de ne pas mettre les personnes racisé&rsquo;es en danger. Mais la majorité dans les AG a décidé de les affronter et de montrer qu’on n’allait pas accepter de manifestation fasciste à Minneapolis, et ça s’est finalement très bien passé pour nous. Son visage était moitié ensanglanté moitié gelé (les ballons à eau !), il est monté dans la voiture d’une femme trans et d’une femme mexicaine pour essayer de s’enfuir, elles l’ont jeté dehors quand elles ont compris qui il était&#8230; Beaucoup de gens sont arrivés sur place une fois qu’il était déjà parti, iels ont ensuite formé des groupes pour patrouiller dans la ville et essayer de le retrouver ainsi que ses copains. Bref, c’était vraiment important de montrer qu’on n’avait aucune tolérance pour les fascistes à Minneapolis et super de voir autant de personnes s’organiser pour les rejeter.</p>



<p><strong>Q : Que peux-tu nous dire de la journée du 23 janvier ? Appeler ça une grève générale peut sembler exagéré, mais les manifestations étaient immenses et il y a eu quelques grèves.&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Oui, le 23 janvier était immense. Plus de 50000 personnes ont manifesté par une température de -34°C. Je ne sais pas si vous êtes déjà sortis dans un froid pareil, mais même mes cils étaient gelés.&nbsp;<br>Près de 700 petits commerces étaient fermés, soit en solidarité soit parce que les salarié&rsquo;es étaient en grève. Les syndicats que j’avais mentionnés ci-dessus ont appelé à la grève, ainsi que des partis politiques comme la section locale des Democratic Socialists of America.&nbsp;<br>Je suis étudiant donc pas membre d’un syndicat, mais j’ai participé à beaucoup de réunions et d’assemblées d’organisation pour le 23 janvier. De nombreux&rsquo;ses militant&rsquo;es syndicaux&rsquo;les de terrain ont fait énormément de travail pour convaincre leurs collègues de faire grève. De ce que j’ai entendu, les directions n’ont pas vraiment aidé, elles semblent très bureaucratiques et un peu loin du terrain. Donc il y a eu un gros travail, beaucoup d’arguments, et ça a pris même dans des entreprises sans syndicats comme Starbucks ou Target (NdT : une chaîne de magasins), des gens ont fini par faire grève le 23 janvier. La pression du mouvement était telle que des patrons ont fini par garantir à leurs salarié&rsquo;es qu’iels ne se feraient pas réprimer pour la grève, alors qu’au début le discours était plutôt : si tu ne veux pas venir le 23 janvier alors pose un jour de congé.<br>C’est donc la solidarité qui a permis à beaucoup de gens de faire grève sans crainte de représailles, car le nombre était de notre côté.</p>



<p><strong>Q : Comment vois-tu la suite ? On sait que « No Kings Day » est prévu pour le 28 mars, tu as aussi parlé du 1er mai un peu plus haut.&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> On pense que le 28 mars va être énorme. Déjà le précédent No Kings Day en octobre 2025 était très gros à Minneapolis. Mais ce qui est intéressant, c’est que tout le monde, les ami&rsquo;es, les gens dans le mouvement, tout le monde parle de grève maintenant. Que nous devons utiliser ce pouvoir que nous avons, de faire une grève reconductible qui puisse rassembler autour de revendications claires. Que ce soit le 28 mars, le 1er mai, je ne sais pas précisément, mais j’ai l’impression que tout le monde en parle, que ça doit être la prochaine étape. Car le gouvernement et les grandes entreprises ne comprennent que la langue de la force et de l’argent.<br>Encore une fois, je ne suis pas dans un syndicat et je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour en parler, mais on est nombreux à penser qu’on ne peut pas se contenter de venir manifester avec quelques pancartes le 28 mars ou le 1er mai puis rentrer chez nous. Il faut une lutte qui dure.&nbsp;<br>Ce n’est pas pour diminuer la portée ou l’importance de la résistance actuelle et de la solidarité. Sans ça, plus de personnes seraient en détention ou déportées, plus de personnes seraient à la rue, plus de personnes seraient mortes. Mais maintenant qu’on a fait cette expérience, on sent que ça n’était qu’un début, un pansement sur une grosse plaie, et qu’il faut aller plus loin. C’est comme ça que toute la conversation et les arguments sur la grève sont venus dans le mouvement.&nbsp;</p>



<p><strong>Q : On dirait donc que ce qui s’est passé à Minneapolis peut être un marchepied pour quelque chose de plus grand ?&nbsp;</strong><br><strong>R :</strong> Oui, oui, sûrement, même si on ne peut pas encore prédire quelle forme exacte ça peut prendre. Je fais partie d’un groupe socialiste de débats et discussions, et une nouvelle personne nous a rejoint récemment. Il est syndicaliste et tourneur-fraiseur, a toujours voté démocrate, et nous a raconté qu’il a toujours cru que s’il travaillait assez dur, il aurait une vie plus facile. Mais son loyer augmente, son assurance médicale augmente, il a mal partout et ne peut pas prendre de pause. Il nous a dit que tout ça montait en lui, mais voir sa ville occupée par ICE, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, que c’était comme une claque qui lui a fait prendre conscience que le capitalisme allait nous mener à la catastrophe. C’est une anecdote, bien sûr, mais il y a des milliers et des milliers de personnes qui se radicalisent, qui ont senti leur pouvoir à Minneapolis et ailleurs.</p>



<p>Propos recueillis par&nbsp;Emil (Paris 20e), Anne-Julia (Rennes) et Jad (Paris 18e)</p>
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		<title>Contre les fachos et le racisme, construisons le 14 mars</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/contre-les-fachos-et-le-racisme-construisons-le-14-mars/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:23:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L&#8217;offensive des fascistes depuis deux semaines est violente. A Autonomie de Classe, on défend que la seule manière d&#8217;y faire face, c&#8217;est de construire une riposte de masse dans la rue pour casser la confiance <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/contre-les-fachos-et-le-racisme-construisons-le-14-mars/" title="Contre les fachos et le racisme, construisons le 14 mars">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>L&rsquo;offensive des fascistes depuis deux semaines est violente. A Autonomie de Classe, on défend que la seule manière d&rsquo;y faire face, c&rsquo;est de construire une riposte de masse dans la rue pour casser la confiance des fachos et reprendre confiance en notre force, en la force de notre classe. Je suis avec Denis et Gabin d&rsquo;Autonomie de Classe qui, respectivement à Paris et Marseille, construisent cette riposte et la mobilisation du 14 mars contre le racisme et le fascisme appelé par la marche des solidarités.</em><br><em>On a plusieurs choses à aborder ensemble. Déjà, l&rsquo;offensive des fachos dont je parlais, elle ne suscite pas que de la peur. Au contraire, elle provoque aussi une prise de conscience du danger fasciste, qui peut potentiellement se transformer en un engagement, une mise en action. Est-ce que ce que je dis est vrai ? Est-ce que vous pouvez nous raconter où on est la riposte dans vos villes ?</em><br><em>Ensuite, le 14 mars, on devrait être le plus nombreux possible à défiler, pour montrer qu&rsquo;on est la majorité en France à être antiraciste et antifasciste. C&rsquo;est par le rapport de force dans la rue et pas par la voix institutionnelle qu&rsquo;on peut espérer transformer la société et battre les fachos. L&rsquo;enjeu, c&rsquo;est donc de construire massivement, tout en assumant cette radicalité stratégique. Et ça, ça va être possible qu&rsquo;en construisant par en bas, dans chaque quartier, dans chaque lieu de travail, dans chaque lieu d&rsquo;études. Est-ce que vous pouvez nous raconter de ce point de vue comment se construit la mobilisation ?<br>Et enfin, dans le cadre de la campagne des municipales, la marche des solidarités, elle appelle aussi à construire la riposte face aux fascistes du RN et de Reconquête, et à ne pas leur laisser un pouce de terrain, à ne pas leur laisser mener campagne. Est-ce que vous pouvez nous dire comment s&rsquo;articule cette campagne antifasciste à la construction du 14 mars ?</em></p>



<p>Moi c&rsquo;est Denis, je suis à la fois membre d&rsquo;autonomie de classe, donc dans le 20e arrondissement, et depuis le début de son existence, impliqué dans la Marche des Solidarités. Alors d&rsquo;abord, je pense que c&rsquo;est important, ça détermine des choses par rapport aux questions qui sont posées, je pense que la lutte antifasciste, ce n&rsquo;est pas simplement pour redonner confiance à notre classe, à notre camp, à la majorité, etc. C&rsquo;est vrai, et c&rsquo;est ce qui fait qu&rsquo;une riposte antifasciste, comme dans les années 30 en France, peut radicaliser et porter plus loin, et entraîner une radicalisation beaucoup plus générale.</p>



<p>Mais c&rsquo;est aussi, matériellement, pour stopper les fascistes, c&rsquo;est l&rsquo;aspect matériel des choses, c&rsquo;est-à-dire empêcher la construction d&rsquo;une organisation de masse fasciste, empêcher le fait que, par la diffusion, l&rsquo;intervention publique des fascistes dans la rue, etc., qu&rsquo;il y ait une sorte de banalisation de ce qu&rsquo;est le fascisme, de ses idées, etc. Donc les deux vont ensemble, c&rsquo;est dans la réussite et dans la capacité à s&rsquo;organiser collectivement de façon nombreuse pour stopper les fascistes, qu&rsquo;il y a une confiance qui est gagnée, qu&rsquo;il y a une solidarité qui se construit, qu&rsquo;il y a des liens qui se construisent, et que du coup, ces liens, cette solidarité, cette confiance, permettent d&rsquo;aller beaucoup plus loin que simplement une lutte défensive pour bloquer les fascistes. Ensuite, je pense que ce n&rsquo;est pas l&rsquo;offensive des fascistes de ces dernières semaines qui suscite un engagement. Marx, dans une polémique avec Proudhon, disait que ce n&rsquo;est pas la misère qui provoquait la révolte et qui provoquait l&rsquo;émancipation, la possibilité de changer les choses. C&rsquo;était la confiance prise dans la résistance et dans la lutte contre les inégalités, contre la misère, qui permettait de redonner confiance et de donner des perspectives de mobilisation, d&rsquo;émancipation. Je dis ça parce que, bien sûr, l&rsquo;offensive elle est terrible, mais c&rsquo;est plutôt parce qu&rsquo;il y a eu des étincelles, des noyaux, des éléments de contre-offensive, qui ont cristallisé le fait que magré une sorte de sidération dominante, il y a des gens qui disaient, « mais il faut lutter contre eux, ce n&rsquo;est pas possible », [que la riposte a été possible].</p>



<p>Et en plus, du coup, plus les fachos dans leur offensive ces derniers jours prenaient confiance, et plus la nature fasciste de leur offensive devenait claire, en fait, là où des initiatives ont été prises, effectivement, il y a eu une réponse. Il y a eu des gens qui ont dit, « ouf, oui, il faut faire quelque chose, oui, c&rsquo;est possible ». Je donne l&rsquo;exemple sur mon arrondissement, il y a des listes de diffusion whatsapp, qui existes parce qu&rsquo;on essaye de construire la lutte antifasciste et la lutte antiraciste depuis longtemps, avec La Marche, mais aussi dans des collectifs locaux. </p>



<p>Et du coup, une camarade a pris l&rsquo;initiative sur les listes du 20e arrondissement de dire, « écoutez, là, on riposte, on va écrire un tract, grand angle, pour dénoncer ce qu&rsquo;est la réalité du fascisme et la nécessité de s&rsquo;y opposer localement, de mobiliser pour le 14 mars, etc ». Et là, c&rsquo;était comme si tu appuyais sur un bouton et il y avait des gens qui n&rsquo;attendaient que ça, et pas forcément des militants et des militantes très impliquées ! Et du coup, il y a eu un tract qui est sorti, des gens qui se sont organisés pour l&rsquo;imprimer, qui ont proposé d&rsquo;aller faire des diffusions sur les marchés, et qui a été signé &#8211; moi, je n&rsquo;avais jamais vu ça sur le quartier, aussi bien par le collectif des secteurs un peu plus radicaux, la lutte antiraciste, le collectif antifasciste, les collectifs de sans-papier de Paris, le comité de soutien à El Hassan Diarra, qui a été tué devant son foyer, mais aussi les sections syndicales de plusieurs écoles de l&rsquo;arrondissement, mais aussi la section syndicale CGT de l&rsquo;hôpital, la section syndicale CGT du dépôt de la RATP locale, la section de la France insoumise, l&rsquo;UJFP localement, Urgence Palestine localement&#8230;</p>



<p>C&rsquo;est un exemple. La mobilisation autour de ce samedi dernier à la manifestation parisienne pour El Hacen, c&rsquo;est pareil. Il y a eu très peu d&rsquo;organisation, il y a eu très peu de boulot qui a été fait, mais il y avait 2000 personnes et c&rsquo;était clair pour les gens qui étaient là : le collectif des jeunes de Belleville, les collectifs de sans-papier, les résidents du foyer, pour les gens qui sont venus, la connexion entre la lutte contre le racisme, la lutte contre les violences policières et la lutte contre le fascisme était très présente. Et l&rsquo;opposition entre le traitement médiatique qui a été fait pour El Hacen et pour le fasciste mort. Pour le fasciste, ils demandent la dissolution de la Jeune Garde. Alors pour El Hacen il devraient demander la dissolution de la police. Parce que là, par contre, c&rsquo;est clair :  C&rsquo;est un guet-apens qu&rsquo;il y a eu vis-à-vis d&rsquo;El Hacen, on a des vidéos, ils sont dessus, ils tapent, et il est mort parce qu&rsquo;ils l&rsquo;ont tapé dans la rue. Là, c&rsquo;est clair. Mais les policiers qui ont fait ça ils sont encore en poste et Nunez les a défendus.</p>



<p>Là, la France Insoumise, après, elle en est prise plein la gueule. On peut être critique sur la façon dont elle a fait le dos rond. Mais il faut surtout être critique de toutes les autres organisations qui n&rsquo;ont pas poussé pour prendre clairement position. Il faut dire qu&rsquo;y compris derrière les attaques de la France Insoumise, qu&rsquo;est-ce que soit ce qu&rsquo;on en pense de la France Insoumise, en fait, c&rsquo;était des attaques contre l&rsquo;antifascisme, contre toute la gauche. C&rsquo;est ça qui était en jeu et donc, il fallait se mobiliser. Bon, la position de LFI n&rsquo;a pas aidé mais là le truc est en train de se renverser. Là, la France Insoumise vient de faire un communiqué, Mélenchon va faire un meeting à Lyon, donc là, il y a des possibilités. </p>



<p>Mais donc c&rsquo;est important d&rsquo;avoir cette idée que ce n&rsquo;est pas parce que les gens ont assisté à un déferlement de haine des fascistes et d&rsquo;offensive des fascistes que ça a suscité une riposte. Ce qui suscite la riposte, ce sont les initiatives qui sont prises et qui redonnent confiance au moins à un certain nombre de gens et les gens peuvent s&rsquo;en emparer et dire « oui, allez, là, on y va, c&rsquo;est possible, non seulement c&rsquo;est nécessaire, mais c&rsquo;est possible de résister ». Donc, dans cette situation-là, ce qui va être déterminant, c&rsquo;est les initiatives qui sont prises et leur l&rsquo;articulation à la mobilisation du 14 mars.</p>



<p>Le 14 mars doit être une manifestation de masse, une journée de manifestation de masse qui sera extrêmement importante pour renverser le climat, pour dire « dans ce pays, on peut se mobiliser en masse et il y a un antifascisme de masse, un antiracisme de masse qui est réel ». L&rsquo;enjeu, c&rsquo;est que antifascisme de masse et cet antiracisme de masse, ils se mobilisent, ils montrent leur force, ils se rendent visibles, ils permettent d&rsquo;unir ceux et celles qui sont en première ligne pour être victimes du racisme et du fascisme : à la fois les migrants, les immigrés, les arabes, les noirs, les musulmans, les musulmanes, mais c&rsquo;est aussi les centres LGBT, les locaux syndiquaux, les locaux de gauche, les endroits de fête. qui ont été attaqués ces dernières semaines. Tout ce qui reflète la diversité. C&rsquo;est ça que les fascistes, ils attaquent. Et ce qui permettra que le 14 mars soit massif, c&rsquo;est que dès aujourd&rsquo;hui, il y a une riposte qui se fasse quartier par quartier, ville par ville, etc. Nous, ce qu&rsquo;on essaye de favoriser avec La Marche, c&rsquo;est que l&rsquo;appel à manifester le 14 mars &#8211; et ça se concrétise, les manifestations sont en train de se construire dans plusierus villes &#8211; soit le prétexte pour des cadres de mobilisation pour dire « allez, on a un tract à distribuer, on peut aller sur le marché distribuer un tract parce qu&rsquo;il va y avoir une manifestation le 14 », et en allant distribuer ce tract, tu commences à unifier des gens, à organiser des gens pour le faire et du coup, ces gens qui s&rsquo;organisent, ils s&rsquo;organisent sur leur quartier ensemble et du coup, tu commences à mettre en place, s&rsquo;il y a un collectif qui n&rsquo;existait pas, un collectif se met à exister, tu vas aller contacter les sections, les syndicalistes localement, tu vas aller voir les commerçants pour qu&rsquo;ils mettent une affiche, etc. Tu vas sur le marché pour tracter si jamais il y a des gens du RN ou de Reconquête qui viennent, tu commences à organiser les gens autour pour essayer de les chasser, etc. Donc les 2 sont liés : la riposte quartier par quartier et la mobilisation du 14 mars</p>



<p>Donc voilà, c&rsquo;est ça qu&rsquo;on est en train de mettre en place. Rien que cette semaine-là où je parle, en région parisienne, il y a au moins, à ma connaissance, il y a au moins, 3 assemblées locales antifascistes qui se tiennent, du coup, qui permettent à la fois d&rsquo;organiser la riposte locale contre le RN, notamment dans le cadre de la campagne d&rsquo;élection municipale, et qui permettent aussi d&rsquo;appeler au 14 mars et d&rsquo;organiser la mobilisation pour le 14 mars. A Montreuil, dans le 20e et aux Lilas. Il y a un collectif qui est en train de s&rsquo;organiser dans le 12e, c&rsquo;est des gens qui sont venus d&rsquo;abord dans les assemblées de la Marche, qui se sont mis en contact avec ce qui se passait dans le 20e et qui ont décidé de créer un collectif antifasciste dans le 12e, et ça a permis de chasser les gens du Rassemblement National qui venaient faire une diffusion il y a quelques jours à la Porte Dorée. On a un contact, on a une camarade qui est en lien avec A2C par ailleurs, qui, à Gentilly, où il y a eu une offensive du Rassemblement National, elle a commencé à contacter des amis, des réseaux qu&rsquo;elle avait localement, elle a contacté les organisations de gauche qui se présentent à la campagne, le PC &#8211; qui n&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs pas voulu réagir&#8230; Mais ça y est, elle est en train d&rsquo;organiser avec une vingtaine de personnes une première réunion pour voir comment s&rsquo;organiser. Il y a des possibilités au niveau de la Marche, pour la première fois, on a des camarades qui viennent aux assemblées de la Marche, qui ont commencé à organiser des listes, des boucles WhatsApp, on doit avoir peut-être 800 personnes sur la boucle région parisienne, et donc qui proposent, qui ont commencé à mettre en place des boucles par arrondissement, par ville autour de Paris, pour permettre aux gens de s&rsquo;organiser, de s&rsquo;organiser localement quand ils n&rsquo;étaient pas en contact. Et voilà, donc c&rsquo;est ça, le succès, la possibilité, ça va dans les deux sens, la possibilité que le 14 mars soit massif, et c&rsquo;est la veille du premier tour des élections municipales, elle vient du fait qu&rsquo;il y ait des gens qui s&rsquo;organisent localement partout, que se construise de cette façon-là, une implantation locale, le développement de liens de solidarité, etc. Et inversement, le 14 mars est un point d&rsquo;appui pour construire solidement ce mouvement, parce qu&rsquo;on sait qu&rsquo;une manifestation et une campagne ne suffira pas pour stopper les fascistes. </p>



<p>Et la dernière chose, je parle aussi en tant que militant révolutionnaire, on ne bloque pas simplement le fascisme. Oui il y a un combat défensif, il faut les bloquer, empêcher qu&rsquo;ils puissent utiliser la crise, la misère, la situation de désarroi, les galères dans lesquelles sont les gens, le fait que tout le système essaye de nous faire faire la guerre les uns contre les autres, et les unes contre les autres plutôt que contre le système en général, on peut réussir à les bloquer, à les empêcher d&rsquo;utiliser cette situation pour se développer. Mais par contre, si on veut mettre fin réellement au fascisme, et donc à la possibilité, au terreau que les fascistes peuvent utiliser, il y a des débats, des discussions sur comprendre justement ce terreau et comment est-ce qu&rsquo;on le change, et donc convaincre aussi les gens sur le fait que la seule manière de bloquer définitivement le fascisme, c&rsquo;est de changer le système et donc de faire la révolution et de s&rsquo;organiser pour ça.</p>



<p>Moi c&rsquo;est Gabin, je milite dans les cadres antiracistes depuis longtemps à Marseille, et notamment à Marseille contre Darmanin, où je suis avec Mathilde, qui m&rsquo;a aidé à préparer cette newsletter. Pour ma part, je suis aussi syndicaliste au syndicat Assos Solidaires 13.</p>



<p>À Marseille, après la mort du fasciste Quentin, il n&rsquo;y a pas eu tant que ça de messages de peur des fachos&#8230;</p>



<p>Par contre, il y a effectivement eu une prise de conscience de la nécessité de parler de la lutte antifasciste et de la faire vivre plus activement. Il y a pu y avoir aussi des critiques acerbes contre la France insoumise quand sa direction a commencé à se désolidariser et à compatir pour la famille de Quentin. Mais ces personnes-là, elles ne faisaient que critiquer la France insoumise, mais sans appeler à se mettre en action contre les attaques de fafs. Et en ne faisant pas la différence entre nos différents adversaires politiques, comme si le fascisme et le réformisme se combattaient de la même manière. Heureusement, ça n’a pas été le cas dans tous les cadres militants. Et cet événement, depuis une semaine, a quand même permis, j&rsquo;ai l&rsquo;impression, de maintenir la mobilisation de l’AG antifasciste, celles qui sont appelées par la Riposte Antifasciste, toutes les deux semaines contre le RN.</p>



<p>Et ça s&rsquo;est concrétisé par la possibilité de tenir deux tractages sur les marchés cette semaine-là contre le RN au lieu d&rsquo;un seul habituellement. On a vu des personnes nouvelles qui sont venues, et concrètement dans la rue, ça a amené à avoir plus de monde et une super ambiance aux deux tractages, des super bons retours, une bonne réception des personnes qui ont reçu nos tracts, des gens contents aussi qu&rsquo;on soit là, qu&rsquo;on soit présents, qu&rsquo;il y ait des réactions de notre part, pour ne pas se laisser complètement abattre par le discours ambiant. Et ça a aussi amené à la possibilité de faire un tractage et un grand collage collectif à l&rsquo;occasion de la commémoration d&rsquo;Ibrahim Ali, et en vue du grand meeting-concert antiraciste et antifasciste qui a eu lieu dimanche dernier, qui a été organisé par l&rsquo;inter-orga antiraciste, qui s’organise autour des dates de mobilisations et des mots d&rsquo;ordre de la Marche des Solidarités, et dont l’appel à Marseille a été signé par près de 150 associations et collectifs.</p>



<p>On peut aussi noter, un autre jour dans la semaine, une association de jeunes des quartiers populaires de Marseille, assez récente et en tout cas assez inconnue des militants du centre-ville, qui a appelé à un rassemblement du jour au lendemain contre la venue de Marion Maréchal Le Pen à Marseille pour son nouveau bouquin. Et même si le rassemblement a finalement été annulé, c&rsquo;était encourageant pour réussir à construire un front antifasciste encore plus large. Et donc tout ça, ça a permis de faire venir énormément de monde à ce concert-meeting, puisqu&rsquo;il y a eu 1000 personnes présentes qui sont rentrées dans la salle, et près de 500 qui ont dû être refoulées à l&rsquo;entrée par manque de place.</p>



<p>Et puis c&rsquo;était des personnes vraiment d&rsquo;un peu partout, vraiment hors des cadres militants, venant de plein de quartiers de Marseille. Et ça, c&rsquo;est quand même assez rassurant dans la période. On a pu du coup évidemment matraquer, en long, en large et en travers sur la nécessité de la date du 14 mars.</p>



<p>Et ce qui était chouette, c&rsquo;était de voir qu&rsquo;il y avait la participation active de plusieurs organisations qui n&rsquo;étaient pas habituées à participer activement aux événements de la Marche des Solidarités jusque-là, ces dernières années. Avec Marseille contre Darmanin (organisation antiraciste fondée lors de la lutte contre la Loi Darmanin), on a notamment pu rappeler notre mot d&rsquo;ordre sur la nécessité d&rsquo;un front antiraciste très large en parallèle du front antifasciste. Au final, on a pu récolter une soixantaine de contacts de personnes qui se sont dites prêtes à s&rsquo;investir pour construire le 14 mars avec nous, ou bien dans leur propre cadre associatif et militant.</p>



<p>Beaucoup de gens se sont mis en action ces dernières semaines, et on a vu que ça pouvait donner lieu à des formes d&rsquo;action, des formes d&rsquo;unité encore jamais initiées à l&rsquo;échelle de toute notre ville. On espère donc que la mobilisation du 14 mars fera venir le plus de monde possible au-delà des logiques électoralistes. Et en ce sens, la participation active de la France insoumise locale pour faire venir le maximum de monde dans la rue ce jour-là est à souligner.</p>



<p>Pour construire la lutte antiraciste, en tant que révolutionnaires convaincu.es que c&rsquo;est par en bas et que c&rsquo;est par notre unité la plus large qu&rsquo;on concrétisera le meilleur rapport de force, il va nous falloir rappeler toutes les organisations, tous les assos, tous les contacts qu&rsquo;on a eus, des personnes qui ont participé aux précédentes étapes ces dernières semaines pour les convaincre que c&rsquo;est bien le 14 mars, le point d&rsquo;orgue de notre lutte dans la rue et qui sera déterminante pour montrer à la fois à la bourgeoisie et à l&rsquo;État que c&rsquo;est de notre classe unie qu&rsquo;ils doivent avoir peur et aussi montrer au reste de notre camp, qui ne serait pas sortis ce jour-là, que c&rsquo;est bien possible de le faire même dans ce climat nauséabond et qu&rsquo;on ne doit en aucun cas avoir peur des fachos mais plutôt l&rsquo;inverse. Après sur la construction de ces dates, malheureusement il n&rsquo;y a pas de raccourci, il n&rsquo;y a pas de combat et de construction simple pour nos dates de mobilisation et sur Marseille on avait pu voir des choses assez intéressantes avec l&rsquo;AG du secteur du travail social et associatif qui s&rsquo;était mobilisé assez activement et qui avait appelé à trois jours de grève autour de la date du 18 décembre dernier, avec des mots d&rsquo;ordre antiracistes et ça avait pu notamment amener à ce qu’il y ait la création avec d&rsquo;autres secteurs en lutte sur Marseille d&rsquo;une interpro antiraciste avec des personnes de la restauration, de la culture, de l&rsquo;éducation, de l&rsquo;université. Malheureusement pour l&rsquo;instant ce cadre n&rsquo;a pas pu être renouvelé et la plupart des AG de secteurs sont beaucoup moins actives. C&rsquo;est à nous de voir comment on peut utiliser ces cadres et réussir à les maintenir, et moi je reste aussi persuadé que c&rsquo;est aussi grâce aux syndicats qu&rsquo;on peut faire tenir ce genre de cadre interpro.</p>



<p>Pour revenir à la campagne municipale, depuis le mois de décembre à Marseille la riposte antifasciste a lancé une contre-campagne spécifiquement pour s&rsquo;opposer au RN et ça a fait venir pas mal de monde avec des AG à plusieurs dizaines, environ 50-60 personnes toutes les deux semaines pour s&rsquo;organiser contre le RN, pour les empêcher de tenir la rue, pour les empêcher de tracter dans les marchés, pour décoller leurs affiches, pour coller les nôtres. Ça a amené à la possibilité de faire des tractages sur au moins un marché de Marseille où ils avaient été vus à plusieurs reprises en train de tracter le samedi matin et donc on arrive à tenir ces contre-tractages tous les samedis et ça permet aussi à nos différentes personnes des comités antifascistes de Marseille de participer et de se rencontrer. Ça nous permet aussi de réfléchir à quelles sont nos stratégies&nbsp;:</p>



<p>Est-ce qu&rsquo;il faut s&rsquo;en prendre au parti socialiste qui a lancé sa police municipale contre les personnes étrangères à Marseille ces dernières années ? Est-ce qu&rsquo;il faut s&rsquo;en prendre au parti des Républicains ? Il y a notamment Martine Vassal (Présidente de la Métropole d&rsquo;Aix-Marseille-Provence) qui a dit récemment, qui a récité le slogan pétainiste « Travail, famille, patrie ». Il y a aussi une nécessité d&rsquo;avoir ces moments-là, ça nous permet de confronter nos discours politiques à la réalité du terrain et il faut toujours batailler pour réussir à voir si nos mots d&rsquo;ordre théoriques correspondent à ce qui se passe concrètement dans la rue. En tout cas, jusqu&rsquo;à maintenant, ces contre-tractages et ces assemblées ont permis de construire différentes dates de mobilisation, comme celle d&rsquo;hier au Vieux-Port, en hommage aux victimes du fascisme, qui a réuni plus de 1000 personnes, donc ça fait plaisir de voir ces images. Et on va pouvoir construire dès la semaine prochaine, en parallèle de l&rsquo;inter-orga antiraciste, on va pouvoir, avec l&rsquo;assemblée anti-RN, construire un cortège antifasciste hyper déter pour le 14 mars et faire en sorte qu&rsquo;un maximum de personnes qui sont investies dans les cadres antifascistes se saisissent de cette date-là comme une des pierres angulaires de la lutte antifasciste, de la lutte antiraciste, notamment en participant au tractage et au collage du visuel qu&rsquo;on vient de sortir pour le 14 mars.</p>



<p>Et du coup tout ça, entre les réunions des inter-orga et les assemblées anti-RN spécifiques aux municipales, je pense que ça peut nous laisser espérer un super 14 mars, une grosse mobilisation pour ce jour-là et après il nous faudra imaginer la suite et c&rsquo;est des choses auxquelles on commence à s&rsquo;attaquer actuellement.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 12:26:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Islamophobie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. » Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans « Peau noire, masques blancs » (1952), Frantz <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie-2/" title="Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. »</em></p>



<p>Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans <em>« Peau noire, masques blancs » </em>(1952), Frantz Fanon nous met en garde sur l&rsquo;unicité du racisme dont l&rsquo;antisémitisme était à cette époque la pointe avancée. Dit d&rsquo;une autre façon, il ajoute : <em>« Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe »</em>.</p>



<p>Quelque 70 ans plus tard, cette phrase garde tout son sens en parlant des musulman·es. Si l&rsquo;antisémitisme n&rsquo;a pas disparu, c&rsquo;est l&rsquo;islamophobie qui est aujourd&rsquo;hui le racisme assumé par le camp réactionnaire dans la bataille politique : rapport sur « l&rsquo;entrisme des Frères Musulmans <em>»</em> présenté en conseil de défense, expulsions d&rsquo;imams, multiples lois visant les musulman·es…</p>



<p>Ainsi, une partie de notre classe fait face à un arsenal de théories racistes, de plus en plus épaulées par les appareils d’État et la bourgeoisie. Cette sinistre idéologie de l&rsquo;ennemi de l&rsquo;intérieur, secondée par le matraquage de la laïcité à tout va, est la colonne vertébrale de l&rsquo;islamophobie.</p>



<p>Mais cette idéologie a une fonction. De la même façon que le racisme anti-noir a servi de légitimation de la mise en esclavage des africain·es et de la domination coloniale, l&rsquo;islamophobie sert un agenda politique raciste pour renforcer le camp réactionnaire et alimenter la funèbre logique de l&rsquo;impérialisme occidental.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Derrière l&rsquo;islamophobie,  se cache l&rsquo;impérialisme</strong></h1>



<p>Quel lien entre un racisme qui explose, la course effrénée au développement de nouvelles technologies comme l&rsquo;IA, l&rsquo;austérité imposée aux peuples du monde entier et l&rsquo;explosion des budgets d&rsquo;armement et de ses guerres coloniales associées ? Le capitalisme. Et pour comprendre pourquoi le capitalisme alimente racisme et guerres impériales, il faut comprendre la logique même d&rsquo;un système économique basé sur l&rsquo;accumulation de capital.</p>



<p>Pour accumuler du capital, une entreprise a besoin d&rsquo;être compétitive. Sauf que sur le marché, la concurrence est rude. Par exemple, au cours des années 2010 et la généralisation d&rsquo;achats sur internet, les entreprises de vente en ligne voyaient leur marge nettement augmenter. Après le COVID, entre la concurrence accrue et les monopoles des géants comme Amazon, les prix ont drastiquement baissé (donc les profits avec). C&rsquo;est la trajectoire même du capital, appelée aussi « la baisse tendancielle du taux de profit <em>»</em>. Les profits baissent, mais il faut continuer d&rsquo;en faire coûte que coûte pour la survie de l&rsquo;entreprise. Pour cela, plusieurs solutions : baisser les salaires et supprimer des emplois (austérité) ; développer des nouvelles technologies (augmenter la productivité) ; étendre son marché vers d&rsquo;autres pays ou d&rsquo;autres secteurs et créer un monopole (guerres impérialistes).</p>



<p>C&rsquo;est vrai dans tous les domaines. Alors quand on parle ressources et matériaux (pétrole, uranium, terres rares&#8230;), on voit vite comment les enjeux territoriaux peuvent être énormes. Ainsi, la guerre économique entre les entreprises peut rapidement se muer en guerre tout court pour l&rsquo;accès aux ressources.</p>



<p>Cela explique en partie la situation au Yémen : depuis 2015, la coalition de pays arabes dirigée par l&rsquo;Arabie saoudite (et soutenue par les pays occidentaux) maintient le pays sous blocus naval et aérien, causant plus de 377 000 morts (par famine et bombardements indiscriminés). Objectifs : affaiblir le mouvement Ansarullah (Houthis, alliés de l&rsquo;Iran) pour sécuriser les routes commerciales comme le détroit de Bab el-Mandeb (12 % du pétrole mondial) et protéger les intérêts des multinationales pétrolières occidentales comme BP et Chevron.</p>



<p>Mais les guerres impérialistes ont un coût, et pour faire accepter ce coût à son peuple, un État doit trouver des justifications. C&rsquo;est là qu&rsquo;intervient la construction d&rsquo;un ennemi commun contre lequel l’État, tel un pompier-pyromane, nous garantira protection en échange de concessions politiques (restrictions des libertés) et économiques (l&rsquo;austérité).</p>



<p>Depuis la révolution iranienne de 1979, dans laquelle les États-Unis (alliés du pouvoir déchu) craignaient pour leurs intérêts, cet ennemi commun, ce sont les musulman·es ou supposé·es comme tels, et les pays dits musulmans. Ensuite, l&rsquo;attaque du 11 septembre a largement été exploitée pour accélérer cette doctrine.</p>



<p>Ennemi de l&rsquo;extérieur pour justifier le colonialisme et les guerres impérialistes. Ennemi de l&rsquo;intérieur pour empêcher l&rsquo;unification de notre classe et favoriser l&rsquo;exploitation.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Défendre l&rsquo;unité, c&rsquo;est défendre les musulman·es</strong></h1>



<p>Si l&rsquo;islamophobie est aujourd&rsquo;hui la pointe avancée de l&rsquo;impérialisme occidental, elle s&rsquo;attaque en 1ᵉʳ lieu aux musulman·es, ou supposé·es, en instrumentalisant la lutte contre le terrorisme : invasion de l’Afghanistan par les USA en 2001, attaques « préventives <em>»</em> contre l&rsquo;Iran par Israël l&rsquo;année dernière, ostracisation des musulman·es de France… La liste est longue, et chacun de ses tirets devrait nous révolter en soi.</p>



<p>En plus de ces innombrables violences, l&rsquo;exclusion sociale des musulman·es nous divise et sert l&rsquo;exploitation de l&rsquo;ensemble de la classe ouvrière. Car face à une classe faible et divisée, dans laquelle on a laissé le racisme s&rsquo;immiscer, le patronat peut aisément imposer des conditions de travail qui nous sont de plus en plus défavorables. C&rsquo;est ce qu’explique le sociologue marxiste Al Szymanski. Il nous dit à propos des États-Unis des années 70 : « Plus la discrimination raciale est intense, plus bas sont les salaires des Blancs du fait de la variable intermédiaire de la solidarité de la classe ouvrière – en d’autres termes, le racisme désavantage économiquement les travailleurs blancs parce qu’il affaiblit l’organisation syndicale en détruisant la solidarité entre travailleurs noirs et blancs »<sup data-fn="ea20736e-21d6-4aa2-9840-499fc5bc51dc" class="fn"><a href="#ea20736e-21d6-4aa2-9840-499fc5bc51dc" id="ea20736e-21d6-4aa2-9840-499fc5bc51dc-link">1</a></sup>.</p>



<p>Quand les musulman·es se font attaquer, c&rsquo;est tout le camp social qui perd de la force.</p>



<p>De la même façon, l&rsquo;accélération des dissolutions d&rsquo;associations de ces dernières années a d&rsquo;abord visé des organisations cultuelles musulmanes (comme celle de la mosquée de Lagny-sur-Marne), puis celles de lutte contre l&rsquo;islamophobie (le CCIF<sup data-fn="4fca8dec-9b22-4747-a07c-d58a634568a7" class="fn"><a href="#4fca8dec-9b22-4747-a07c-d58a634568a7" id="4fca8dec-9b22-4747-a07c-d58a634568a7-link">2</a></sup>, aujourd&rsquo;hui réformé en CCIE<sup data-fn="7de86080-24b6-4006-8eef-2bd0e628ebb9" class="fn"><a href="#7de86080-24b6-4006-8eef-2bd0e628ebb9" id="7de86080-24b6-4006-8eef-2bd0e628ebb9-link">3</a></sup>). Devant la non-réaction du camp social, pourquoi le gouvernement n&rsquo;étendrait-il pas ces attaques à des collectifs antifascistes ou écologistes ? C&rsquo;est exactement le déroulé de ces 10 dernières années, où la réaction de notre camp a réellement commencé qu&rsquo;avec la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre, puis celle de la Jeune Garde ou d&rsquo;Urgence Palestine.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>La laïcité comme arme de guerre</strong></h1>



<p>Parmi les nombreux outils pour attaquer les musulman·es, la laïcité revient souvent sur la table. Elle est brandie messianiquement à chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de taper sur les musulman·es. Sur les plateaux télé évidemment, mais aussi pour faire passer la batterie de lois islamophobes persécutant et excluant de l&rsquo;espace public et de l&rsquo;école nos camarades musulman·es (par exemple avec la loi de 2004 sur les signes religieux qui a servi de pied dans la porte des nombreuses lois islamophobes qui ont suivi).</p>



<p>À en croire les dires de l’État et de ses relais médiatiques, le musulman menacerait par définition les valeurs de la République, notamment parce qu&rsquo;il serait en contradiction avec la laïcité définie par la loi de 1905.</p>



<p>Il serait communautariste (voire séparatiste) lorsqu&rsquo;il prend soin de sa communauté. Autrement, il est taxé d&rsquo;entriste quand il correspond aux attentes républicaines, du style quand le lycée Averroès obtient des résultats exceptionnels au bac.</p>



<p>Pile tu perds, face tu perds.</p>



<p>À gauche, c&rsquo;est un peu plus subtil. Pour la loi de 2004 et pendant plus de 10 ans, c&rsquo;était surtout complaisance et grand silence. Aujourd&rsquo;hui, dans les balbutiements de soutien, il a souvent été pointé la non-exemplarité politique (impossible à avoir) des musulman·es visé·es par les violences d’État en scrutant chacune de leurs déclarations et de leurs liens passés.&nbsp;</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Islamophobie : les blocages à gauche</strong></h1>



<p>Pour que la gauche s’engage pleinement, déjà il lui faut dépasser son islamophobie encore présente jusque dans les cercles militants. Par exemple à Rennes, dans le mouvement pour la Palestine, une proposition en interne de l&rsquo;AG Palestine fut de faire une doha (prière) pour les morts à Gaza, mais celle-ci a été empêchée. De même pour les slogans en arabe, ça a été difficile de les faire accepter.</p>



<p>C&rsquo;est parfois une doctrine moraliste anti-religieuse qui empêche la solidarité. À l&rsquo;image de cette citation de Bakounine, dans son livre Dieu et l&rsquo;État, qui fut pourtant pendant longtemps sur ma table de chevet : <em>« Si Dieu est, l&rsquo;homme est esclave ; or l&rsquo;homme peut, doit être libre, donc Dieu n&rsquo;existe pas »</em>. Une vision binaire de la croyance, opposée à toute religion qui serait naturellement obscurantiste. Cela nous empêche d&rsquo;avoir une lecture matérialiste des structures oppressantes réellement à l’œuvre, en vue de les combattre.</p>



<p>Enfin, c&rsquo;est aussi une volonté de détruire le potentiel outil de résistance qu&rsquo;est l&rsquo;islam.&nbsp;</p>



<p>À droite, pour briser la résistance à l&rsquo;hégémonie capitaliste et impérialiste.</p>



<p>À gauche, car la seule identité légitime pour faire la révolution serait celle du prolétaire, toute autre identité est vue comme divisant la classe ouvrière. Si notre classe est effectivement traversée par des contradictions, c&rsquo;est une erreur de ne pas les prendre en charge et de laisser une partie de notre classe (ici les musulman·es) seule face aux violences racistes. Car l&rsquo;unicité se construit en opposition aux stratégies de division de la classe dirigeante.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Lutter aux côtés des musulman·es</strong></h1>



<p>Face à ceux et celles qui nous accusent de complicité avec les musulman·es, il faut plaider coupable<sup data-fn="0e8a3ec6-6f73-47c1-903e-2dac028b7eea" class="fn"><a href="#0e8a3ec6-6f73-47c1-903e-2dac028b7eea" id="0e8a3ec6-6f73-47c1-903e-2dac028b7eea-link">4</a></sup>. Coupable de défendre la liberté de culte. Coupable de défendre la Palestine, de la mer au Jourdain. Coupable de défendre la liberté, l&rsquo;égalité et la fraternité réelle pour toutes et tous. Chaque musulman·e attaqué·e pour ce qu&rsquo;il est, se doit d&rsquo;être défendu·e, qu&rsquo;importe les différents politiques existant. Que ce soit l&rsquo;imam Hassan Iquioussen victime de la loi séparatisme et menacé d&rsquo;expulsion, ou Omar Alsoumi arrêté pour « apologie de terrorisme <em>»</em> pour avoir soutenu la résistance palestinienne, ou une mosquée attaquée, nous devons réagir depuis nos collectifs. Chaque solidarité effective contre les violences islamophobes participe à l&rsquo;unification de notre classe, et donc nous renforce collectivement.</p>



<p>Malgré tout, dans les moments critiques, nous pouvons entrapercevoir nos possibles alliances. Lors de l&rsquo;horrible meurtre filmé d&rsquo;Aboubakar Cissé en pleine prière, une partie de la gauche radicale a rapidement réagi pour participer aux mobilisations.</p>



<p>De la même façon, les 2 dernières années de lutte contre le génocide à Gaza et la colonisation en Cisjordanie sont parties d&rsquo;un mouvement par en bas et ont montré qu&rsquo;avec un objectif clair (arrêter le génocide), il est possible de dépasser nos contradictions et de lutter au coude à coude, musulmans ou non. Pour autant, les quelques ponts qui se sont créés se sont faits au prix du sacrifice de centaines de milliers de palestinien·nes, et globalement la réaction de notre camp reste très loin d&rsquo;être satisfaisante.</p>



<p>Maintenant, il faut arrêter d&rsquo;essentialiser les organisations musulmanes ou de les voir comme un bloc homogène, pour les considérer pour ce qu&rsquo;elles sont : des forces politiques avec lesquelles il est possible de s&rsquo;allier pour les prochains combats à mener, en particulier pour créer un front commun conséquent contre le racisme et le fascisme.</p>



<p><strong><em>Camille (A2C Rennes)</em></strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="ea20736e-21d6-4aa2-9840-499fc5bc51dc">A. Szymanski, <em><a href="https://www.jstor.org/stable/2094250">« Racial Discrimination and White Gain »</a></em>, American Sociological Review, 41 (1976), pp. 409-412. <a href="#ea20736e-21d6-4aa2-9840-499fc5bc51dc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="4fca8dec-9b22-4747-a07c-d58a634568a7">CCIF : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en France <a href="#4fca8dec-9b22-4747-a07c-d58a634568a7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="7de86080-24b6-4006-8eef-2bd0e628ebb9">CCIE : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en Europe <a href="#7de86080-24b6-4006-8eef-2bd0e628ebb9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="0e8a3ec6-6f73-47c1-903e-2dac028b7eea">Inspiré de l&rsquo;article <em><a href="https://www.lignes-de-cretes.org/contre-lslamophobie-le-11-mai-et-apres-aimez-nous-vivants/">« Contre l’islamophobie : le 11 mai et après, aimez-nous vivants »</a></em>, Nadia Meziane, lignes-de-cretes.org <a href="#0e8a3ec6-6f73-47c1-903e-2dac028b7eea-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie-2/">Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&rsquo;islamophobie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Vérité et justice pour El Hacen Diarra : la lutte continue</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/retour-sur-la-lutte-pour-la-verite-et-la-justice-pour-el-hacen-diarra/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 11:35:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Diarra]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
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		<category><![CDATA[solidarité]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Interview de Mathieu, camarade d’autonomie de classe impliqué dans la Marche Des Solidarité et actif dans la lutte pour la vérité et la justice pour El Hacen Diarra. Interview réalisée le vendredi 6 février. A <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/retour-sur-la-lutte-pour-la-verite-et-la-justice-pour-el-hacen-diarra/" title="Vérité et justice pour El Hacen Diarra : la lutte continue">[...]</a></div>
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<p><em>Interview de Mathieu, camarade d’autonomie de classe impliqué dans la Marche Des Solidarité et actif dans la lutte pour la vérité et la justice pour El Hacen Diarra.</em> <em>Interview réalisée le vendredi 6 février. A retrouver au format <a href="https://open.spotify.com/episode/5otc5Weh3LZSCt5aARQ1CH?si=1940ce2b547b4052" type="link" id="https://open.spotify.com/episode/5otc5Weh3LZSCt5aARQ1CH?si=1940ce2b547b4052">podcast ici</a></em></p>



<p><em>Salut Mathieu, tu es un camarade d’autonomie de classe, tu es habitant et activiste du 20ème arrondissement et tu milites à la Marche Des Solidarité qui est une organisation nationale qui rassemble des collectifs de sans papiers et des collectifs de lutte contre le racisme. Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra a été brutalement assassiné par la police dans le XXème arrondissement. Tu es actif aux cotés de sa famille et de ses proches pour construire la riposte et exiger vérité et justice. Est-ce que tu peux revenir sur ce qui s’est passé ?&nbsp;</em></p>



<p>Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra, un homme de 35 ans, résident du foyer des travailleurs migrants des Muriés, prenait son café, fumait une cigarette devant le foyer, quand autour de 22h, une voiture de police est venue le contrôler. Et sans qu&rsquo;on sache précisément encore tout ce qui s&rsquo;est passé, deux heures plus tard, il était mort.&nbsp;</p>



<p>Selon des images qui sont ressorties, des témoignages que certains voisins ont commencé à partager, il semblerait que très vite, les trois premiers policiers qui l&rsquo;ont contrôlé, l&rsquo;ont frappé, l&rsquo;ont tenu au sol, l&rsquo;ont étranglé. Selon plusieurs membres de sa famille &#8211; et je partage ce qu’ils disent &#8211; il a été tué devant le foyer. Ce qui nous fait penser ça, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a eu de très nombreux renforts policiers qui sont arrivés dans les minutes qui ont suivi son contrôle. Les voisins parlent de six voitures de police, dans la demi-heure qui a suivi le début de son contrôle. Des renforts de différents services, pas uniquement du commissariat du 20ème arrondissement, mais également de la BAC et d’autres. Donc il a été tué cette nuit-là. Ce qu&rsquo;il faut avoir en tête, c&rsquo;est que les policiers qui on tué El Hacen ce jour-là, font partie d’un commissariat qui a déjà tué et qui s’inscrit dans un long passé de violence policière.&nbsp;</p>



<p>En 2023, des policiers de ce commissariat avaient renversé trois jeunes : Safiatou, Salif et Ilan, de 16, 15 et 13 ans, qui rentraient de la mosquée un soir de ramadan dans la rue de Bagnolet. Les policiers leur étaient rentrés dedans en voiture, les avaient fait tomber au sol, leur avaient sauté dessus, maintenus au sol, frappés, et avaient ensuite menti. Ils avaient adopté la même stratégie qu’actuellement avec le meurtre d’El Hacen à savoir la mise à contribution de toute la hiérarchie policière (le commissariat, les institutions, la préfecture et le ministère) pour se couvrir. Ils avaient tué la Lamine Dieng en 2007, dans un fourgon devant le commissariat, et maintenant ils viennent de tuer El Hacen Diarra.&nbsp;</p>



<p>El Hacen ainsi que plusieurs membres de sa famille ont résidé plusieurs années dans ce foyer. El Hacen est Mauritanien. Il y a plusieurs personnes de sa famille qui résident au foyer, comme lui : un frère, un cousin, son père, et d&rsquo;autres membres de sa famille sont soit dans d&rsquo;autres foyers de région parisienne, soit dans des résidences plus classiques. Il a même un de ses frères qui est membre de la coordination sans-papiers 75, militant de la lutte pour l&rsquo;égalité des droits et la régularisation.</p>



<p>Quelques jours après son assassinat, il y a eu un grand rassemblement devant le foyer, organisé par la famille, par les résidents, par les collectifs de sans-papiers, la Marche des Solidarités, qui a rassemblé des centaines de personnes pour un premier hommage. <strong>Ce premier hommage n&rsquo;était pas uniquement un hommage de recueillement car immédiatement dans les prises de parole de la famille d&rsquo;El Hacen et des résidents, une volonté de se battre a émergé, pour ne pas laisser passer ce qui lui est arrivé, pour savoir ce qui lui est arrivé, pour faire que ces tueurs et ceux qui l&rsquo;ont couvert soient condamnés et suspendus jusqu&rsquo;à leur condamnation, mais aussi pour lancer un mouvement qui redonne la confiance pour que ces crimes cessent</strong>.&nbsp;Et juste après le premier rassemblement en hommage,&nbsp;il y a Laurent Nunez, ministre de l&rsquo;Intérieur,&nbsp;qui a fait le tour des médias&nbsp;pour dire que les policiers ne seraient pas suspendus&nbsp;et que lui ne voyait pas pourquoi ils devraient l&rsquo;être. Et ça, c&rsquo;est un message envoyé à tous les policiers.&nbsp;Vous pouvez tuer, vous serez couverts.&nbsp;C&rsquo;est un message envoyé aux policiers qui ont tué El Hacen que l&rsquo;institution sera derrière eux. Avec ces messages envoyés par le plus haut sommet de l&rsquo;État,&nbsp;il y a fort à parier que les policiers&nbsp;se sentent en toute légitimité/tranquillité de recommencer. Dond quand ils passent devant un des 7 foyers du 20e arrondissement,&nbsp;un des 200 foyers de travailleurs migrants du reste de la région parisienne,&nbsp;quand ils passent dans les quartiers populaires,&nbsp;quand ils contrôlent des personnes noires, des personnes arabes,&nbsp;on sent que la police se sent en toute impunité de tuer car ils savent que l&rsquo;institution sera derrière elles.</p>



<p>Nous, ce qu&rsquo;on a voulu faire,&nbsp;c&rsquo;est commencer un mouvement qui renverse ça.&nbsp;Après ce premier rassemblement, comptant des centaines de personnes,&nbsp;il y a eu une manifestation la semaine d&rsquo;après, le dimanche 25 janvier,&nbsp;où 3000 personnes sont venues et ont marché du foyer jusqu&rsquo;en direction du commissariat,&nbsp;avec, l&rsquo;envie de continuer à rendre hommage,&nbsp;mais trop en colère pour s&rsquo;en tenir aux hommages.&nbsp;Et par exemple, ce qu&rsquo;on avait appelé à faire à ce moment-là,&nbsp;et qui a assez bien marché, avec la famille et les résidents,&nbsp;et les collectifs de sans-papiers,&nbsp;c&rsquo;est que les murs se recouvrent de messages,&nbsp;avec toujours ce double objectif.</p>



<p>On n&rsquo;oublie pas la scène.&nbsp;On est avec toutes celles et ceux qui subissent le racisme.&nbsp;On arrête de reculer, et surtout, on montre à la police que maintenant,&nbsp;quand il n&rsquo;y a pas de roues dans certains quartiers,&nbsp;on leur est explicitement hostile.</p>



<p>Ils le voient sur les murs, ils le voient sur les affiches.&nbsp;Et ça, on souhaiterait que ça continue dans ce sens.&nbsp;Et la prochaine étape que la famille veut construire,&nbsp;ce sera le samedi 21 février.</p>



<p>À Paris, une marche en direction du ministère de l’Intérieur.</p>



<p><em>On le voit à chaque nouveau crime policier.&nbsp;Beaucoup dans le champ politique en appellent à l’IGPN. En fait, ça découle d&rsquo;une idée tenace, à gauche y compris,&nbsp;qui est celle que les crimes policiers seraient le fait de brebis galeuses&nbsp;dans la police, et qu&rsquo;il serait possible,&nbsp;c&rsquo;est ce que propose la France insoumise dans son programme, par exemple,&nbsp;de refonder une police républicaine en expurgeant les mauvais éléments.&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que tu penses de ces raisonnements et de ces propositions ?&nbsp;Est-ce que tu peux nous expliquer ce que les flics et l&rsquo;IGPN ont fait&nbsp;pour El Hacen Diarra dès le premier soir,&nbsp;pour empêcher que vérité et justice soient faites ?&nbsp;</em></p>



<p>Les policiers ont tout de suite cherché toutes les caméras qu&rsquo;il pouvait y avoir dans la rue, toutes les fenêtres qui étaient allumées, et dès le lendemain, l&rsquo;IGPN était à la porte de chacun des voisins qui auraient pu avoir quelque chose, pour mettre des coups de pression afin d’essayer de récupérer des témoignages.&nbsp;</p>



<p>La famille d&rsquo;El Hacen n&rsquo;a rien su avant le lendemain matin quand ils sont allés au commissariat du 20ème arrondissement, là où on leur avait dit qu&rsquo;El Hacen avait été mis en garde à vue. Quand ils sont arrivés au commissariat, on leur a rien dit, on les a emmenés directement à l&rsquo;IGPN. Et c’est seulement une fois arrivés à l&rsquo;IGPN, qu&rsquo;ils ont appris qu&rsquo;El Hacen était mort. Ils ont ensuite été immédiatement interrogés pour savoir si El Hacen était cardiaque, s&rsquo;il avait des problèmes de santé, s&rsquo;il prenait des médicaments, etc…</p>



<p>Le lendemain de son assassinat, je crois qu&rsquo;il y avait un article qui est sorti tout de suite, très vite, dans Le Parisien, qui donnait un peu les éléments de défense qui sont ceux de la police, de la préfecture et du ministère de l&rsquo;Intérieur depuis son assassinat à savoir : El Hacen est mort d&rsquo;une crise cardiaque en garde à vue au commissariat. Il y a été emmené suite à un contrôle de police où il aurait été arrêté parce qu&rsquo;il fumait du cannabis. Ça, c&rsquo;est le récit que la préfecture, le ministère de l&rsquo;Intérieur et le commissariat maintiennent depuis maintenant plusieurs semaines. <strong>Donc voilà ce que fait l’IGPN : elle cherche à donner de la matière à la thèse de la police pour que justice ne soit jamais faite.</strong> J&rsquo;aimerais bien que les personnes qui pointent les brebis galeuses me disent où elles sont dans cette affaire. Parce que là, on voit très clairement : les trois premiers policiers qui le tuent, puis les six voitures qui débarquent derrière &#8211; donc ils sont déjà au moins une vingtaine à couvrir leurs collègues qui viennent de tuer- puis le commissariat du 20ème arrondissement dans sa globalité couvre les assassins. Puis la préfecture de Paris couvre les assassins. Puis le ministère de l&rsquo;Intérieur couvre les assassins. Et là, on voit bien qu&rsquo;ils sont tous dans le même bateau. Et je pense que là-dessus, il y a plusieurs choses à développer :</p>



<p>Déjà, dans un premier temps, toutes les dernières élections le démontrent, que ce soit dans les sondages ou que ce soit dans les bureaux de vote les plus proches de casernes, de gendarmerie ou d&rsquo;endroits où on sait qu&rsquo;il y a beaucoup de policiers qui vivent : les policiers votent très majoritairement pour le Rassemblement national. Les policiers sont des racistes. Et tous les électeurs du Rassemblement national sont des racistes. Ça, c&rsquo;est déjà les prendre à une échelle individuelle. Mais ensuite, c&rsquo;est à prendre d&rsquo;un point de vue de l’institution. Et là, on rentre vraiment sur la question avec laquelle la gauche en France a le plus de mal : c’est la question de l&rsquo;État. La question de l&rsquo;État et de comment on l’affronte cet État. De ce point de vue-là, on sait très bien que ce qui domine, c&rsquo;est le réformisme. Derrière ça, c&rsquo;est le fait que l&rsquo;État serait un terrain neutre qui serait à conquérir. Et si jamais c&rsquo;est la gauche ou une forme de progressisme qui parvient à le conquérir, alors l&rsquo;État deviendrait magiquement de notre camp, de notre côté, du côté de la classe. Et je pense qu&rsquo;il y a de ça derrière ce que tu dis sur la question des brebis galeuses : une institution qui serait réformable. Mais l&rsquo;État, il est raciste. L&rsquo;État, il est autoritaire. Et pour asseoir cette autorité, il s&rsquo;appuie très fortement et depuis toujours sur l&rsquo;institution policière qui n&rsquo;a pas attendu 2026 pour tuer. Nombreux sont les crimes, que ce soit les morts de Charonne, les morts du 14 juillet 1956, les morts dans les quartiers populaires, la répression de toute forme de révolte, la répression de tous mouvements sociaux de ces dernières années, les témoignages qui sont sortis des écoutes qu&rsquo;on avait à Sainte-Soline sur plein d’aspects… <strong>La police n&rsquo;est que le bras armé d&rsquo;un État qui est autoritaire et qui va l&rsquo;être de plus en plus, d&rsquo;un État qui est raciste et qui va l&rsquo;être de plus en plus.</strong></p>



<p>Du fait du développement général des conflits et de l&rsquo;impérialisme, la classe dominante n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de se doter d&rsquo;un État raciste et autoritaire et pour asseoir cela, il va falloir une institution policière qui affronte la population. Donc de ce point de vue-là, il n&rsquo;y a rien à sauver. Et toutes les formes de réformes qu&rsquo;on a pu entendre ces dernières années, ces dernières décennies, prenons l&rsquo;exemple de la mise en place de caméras sur les policiers pour, -je ne sais pas pourquoi d’ailleurs ?-, pour que lorsqu’ils tuent, on puisse voir comment le crime a été commis ? Je ne sais pas quel était l&rsquo;objectif exactement. Moi, ce que je sais, c&rsquo;est qu&rsquo;aucun des 20 raclures de policiers qui ont couvert les tueurs de El Hacen n&rsquo;avait sa caméra allumée. C&rsquo;est ce type de réformes dont on parle donc il faut arrêter de s&rsquo;épuiser à penser que c&rsquo;est ça qui va résoudre la situation. Il n&rsquo;y a pas de bonne police, qu&rsquo;elle soit nationale, qu&rsquo;elle soit de proximité, qu&rsquo;elle soit municipale, il n&rsquo;y en a aucune. Là, on l&rsquo;a vu, ils se sont tous couverts dans le meurtre d’El Hacen. Qu&rsquo;est-ce que fait la police municipale ensuite ? Elle efface les tags de soutien à El Hacen. Il n&rsquo;y a pas de bonne police. Malheureusement, ce qui est arrivé à El Hacen Diarra en est une démonstration. L&rsquo;accroissement ces dernières années du nombre de tués par la police nous démontre que ce n&rsquo;est pas prêt de s&rsquo;arranger, à moins qu&rsquo;il y ait un grand mouvement qui s&rsquo;organise dans lequel on se donne les moyens de la défier, cette police, de lui montrer qu&rsquo;on la surveille, qu&rsquo;on s&rsquo;y oppose, qu&rsquo;on est plus nombreux et nombreuses qu&rsquo;elle, que dès qu&rsquo;ils contrôlent l’un·e d&rsquo;entre nous, on est en solidarité, que dès qu&rsquo;ils raflent dans un quartier, on s&rsquo;y oppose et on est nombreux et nombreuses. <strong>Pour faire ça, il faut développer une stratégie dans laquelle on n&rsquo;essaie pas, dans le mouvement, d&rsquo;adoucir le niveau de conflictualité avec l&rsquo;État, mais au contraire qu’on essaie de l&rsquo;aiguiser, de le porter le plus loin possible car ça devient de plus en plus une question de survie, ce qui est arrivé à notre frère El Hacen en est une démonstration.</strong> Il faut faire circuler dans tous les quartiers du 20e arrondissement, et plus largement dans tous les quartiers, sur tout le territoire, que la police est un danger de mort pour toutes celles et ceux qui, parmi nous, sont racisé·es, toutes celles et ceux qui, parmi nous, sont étrangèr·es, avec ou sans papiers, sont musulman·es. Bientôt, le ramadan va démarrer et on sait très bien ce que la police fait pendant cette période. Je vous ai parlé tout à l&rsquo;heure de ce qu&rsquo;ils ont fait en 2023 quand ils ont renversé Safiatou Salif et Ilan, qui revenaient de la mosquée dans le 20ème arrondissement. Lors de la période de l&rsquo;Aïd, la police, dès le matin, se met dans les quartiers, mitraillette en bandoulière et contrôle toutes les personnes qui sont en tenue de fête. L&rsquo;Aïd, c&rsquo;est une journée de fête, une journée où nos frères et sœurs musulman·es veulent faire la fête, s&rsquo;habillent en tenue de fête, veulent être dehors, veulent être ensemble. Ces jours-là, la police verrouille les quartiers, contrôle les anciens, les plaque contre le mur… Elle veut faire baisser la tête à tout le monde.</p>



<p><em>Exiger vérité et justice,&nbsp;c&rsquo;est vouloir faire cesser l&rsquo;impunité et les crimes policiers. C&rsquo;est se battre contre l&rsquo;État qui, tu l&rsquo;as rappelé,&nbsp;n&rsquo;est pas prêt à faire des concessions en cette période.&nbsp;Face à tout ça, quelle stratégie adopter ?&nbsp;</em></p>



<p>Déjà, comme tu l&rsquo;as dit,&nbsp;c&rsquo;est de comprendre que ce que l’on affronte,&nbsp;ce n&rsquo;est pas une anomalie de l&rsquo;État, c&rsquo;est bien sa nature.&nbsp;Et qu&rsquo;en plus, cette nature va aller en s&rsquo;aggravant. On est dans une situation politique générale&nbsp;dans laquelle il faut s&rsquo;attendre à ce que l&rsquo;autoritarisme de l&rsquo;État se développe.&nbsp;On voit bien, là, depuis maintenant plusieurs mois, plusieurs années,&nbsp;le niveau d&rsquo;instabilité du pouvoir&nbsp;qui ne parvient plus, par les moyens traditionnels de la démocratie bourgeoise,&nbsp;à asseoir son pouvoir.&nbsp;Et de ce fait-là, la classe dirigeante n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de s’armer, d&rsquo;armer l’État, la police et de renforcer l’armée. Ils n&rsquo;ont pas le choix.&nbsp;Donc, ce qui est arrivé à El Hacen, ce n&rsquo;est pas un accident.&nbsp;Et malheureusement, si on ne réagit pas,&nbsp;il va y avoir de plus en plus d’El Hacen Diarra,&nbsp;de Zyed et Bouna, d&rsquo;Adama Traoré, de Lamine Dieng…&nbsp;</p>



<p>C&rsquo;est important de développer l’analyse de la trajectoire du capital,&nbsp;qui, pour l&rsquo;instant, n&rsquo;est absolument pas du fait des fascistes mais pourtant ce contexte-là renforce&nbsp;Le Rassemblement National, Reconquête et les formes d&rsquo;organisation des fascistes.Mais ce n&rsquo;est absolument pas le fait d&rsquo;une certaine « fascisation »&nbsp;qui serait vraiment dédouaner la bourgeoisie&nbsp;et la classe dirigeante des meurtres qu&rsquo;elle est en train de commettre.&nbsp;Et donc, il faut armer notre camp, armer notre classe de ces analyses-là,&nbsp;parce que ce sont de ces analyses-là que l&rsquo;on doit déduire&nbsp;qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution que de s&rsquo;organiser par en bas,&nbsp;d&rsquo;organiser notre classe,&nbsp;et que cette organisation ne sera pas possible sans une lutte,&nbsp;plus que conséquente, une lutte de tous et toutes contre le racisme,&nbsp;de tous et toutes, de partout, dans tous nos quartiers, dans tous nos lieux de travail.&nbsp;Si on ne combat pas et qu&rsquo;on ne s&rsquo;organise pas contre le racisme,&nbsp;alors il n&rsquo;y a aucun espoir.</p>



<p>Par rapport à ta question sur comment on obtient vérité et justice,&nbsp;déjà, ça passe par le fait de dire que c&rsquo;est notre frère qui a été tué,&nbsp;c&rsquo;est notre voisin, c&rsquo;est pas juste l&rsquo;enfant de ses parents,&nbsp;le frère de sa fratrie.&nbsp;C&rsquo;est quelque chose qu&rsquo;il faut qu&rsquo;on réinstaure : quand quelque chose comme ça se passe,&nbsp;on est tous et toutes concerné·es, visé·es,&nbsp;et donc notre réaction, ça doit être la réaction de tous et toutes.&nbsp;Il y a beaucoup dans ces cas-là, la question de la marche blanche,&nbsp;de <strong>la place des hommages et de la place de la lutte,&nbsp;qui seraient des choses distinctes. Il faut bien comprendre que la peine des proches et de la famille d’El Hacen,&nbsp;non seulement elle gigantesque, mais elle ne va pas disparaître.&nbsp;El Hacen ne va pas revenir.&nbsp;Par contre, ce dont elle a besoin, la famille,&nbsp;et elle l&rsquo;exprime, c&rsquo;est de ne pas être la seule à la porter, cette peine.</strong></p>



<p>Ce n&rsquo;est pas juste venir à un hommage,&nbsp;mais c&rsquo;est s&rsquo;organiser dans le temps.&nbsp;Parce que là, le combat va être très long,&nbsp;non seulement d&rsquo;un point de vue judiciaire &#8211;&nbsp;on sait que les affaires comme celle-là durent dix ans,&nbsp;pour obtenir peut-être derrière quelque chose, et encore c&rsquo;est rare &#8211;&nbsp;mais aussi parce que l&rsquo;adversaire, il est gigantesque, c&rsquo;est l&rsquo;État.&nbsp;L&rsquo;État, on ne va pas le faire plier par des pétitions,&nbsp;on ne va pas le faire plier en une ou deux manifestations,&nbsp;on ne peut le faire plier que par notre organisation,&nbsp;par notre nombre, et par la confiance qu&rsquo;en réalité,&nbsp;le nombre, est de notre côté.</p>



<p>Les policiers du 20e arrondissement, sont quelques centaines,&nbsp;alors que nous sommes 200 000 habitants et habitantes.&nbsp;Les forces de police en France, elles sont plusieurs dizaines de milliers,&nbsp;peut-être un peu plus de 100 000, je ne sais pas exactement.&nbsp;Notre classe, elle est forte de dizaines de millions de membres,&nbsp;et il faut qu&rsquo;on arme cette classe car elle seule est la solution face à ce qui se passe. Pour représenter la solution, il faut qu&rsquo;elle s&rsquo;engage contre le racisme,&nbsp;parce que justement, comme je le disais, la situation générale impose à la classe dirigeante&nbsp;de développer un État raciste et autoritaire et on l&rsquo;a appris dans l&rsquo;histoire,&nbsp;ça passe par le développement du nationalisme et par le développement du racisme. La gauche américaine était paralysée face à Trump.&nbsp;Là où réside l&rsquo;espoir et la révolte,&nbsp;c&rsquo;est dans la solidarité avec tous et toutes les migrants et migrantes&nbsp;ciblé·es par la police de l’immigration (ICE). C&rsquo;est venu dans les quartiers de Los Angeles il y a quelques mois,&nbsp;dans les quartiers des grandes villes,&nbsp;et aujourd&rsquo;hui, dans la résistance à Minneapolis,&nbsp;qui s&rsquo;est développée d&rsquo;abord en empêchant les rafles,&nbsp;et ensuite, à travers la confiance acquise,&nbsp;jusqu&rsquo;à la grève contre le racisme.&nbsp;</p>



<p>En France, on a eu un premier test il n&rsquo;y a pas longtemps&nbsp;lors de la Journée internationale des migrants et des migrantes,&nbsp;autour des collectifs de sans-papiers,&nbsp;qui a permis de faire passer une certaine idée,&nbsp;qui a permis à des réseaux de syndicalistes dans certains secteurs&nbsp;de commencer à se redonner la confiance, de croire qu’il y a une possibilité dès lors qu&rsquo;on s&rsquo;organise contre le racisme. Il faut qu&rsquo;on continue dans les mois qui viennent à pousser dans ce sens-là. <strong>Ça va être central d&rsquo;articuler la question du racisme avec la lutte des classes,&nbsp;et la lutte des classes avec la question du racisme. De faire en sorte que tous et toutes, on se bat ensemble,&nbsp;et surtout, on laisse plus faire :&nbsp;on arrête de reculer,&nbsp;et on le fait avec la confiance qu&rsquo;on est la majorité à ne pas être raciste.&nbsp;Ce qui manque maintenant, c&rsquo;est que cette majorité qui n&rsquo;est pas raciste se transforme en millions de personnes qui deviennent antiracistes,&nbsp;c’est-à-dire qui s&rsquo;engagent activement.&nbsp;Cela représente la clé des prochains mois et des prochaines années,&nbsp;en France et ailleurs.</strong></p>



<p><em>Tu l&rsquo;as évoqué à plusieurs reprises déjà,&nbsp;je pense que le monde entier a les yeux rivés sur Minneapolis,&nbsp;c&rsquo;est la lutte qui s&rsquo;y joue depuis plusieurs mois contre Trump et ICE,&nbsp;la police de l&rsquo;immigration.&nbsp;Il y a deux semaines, Trump a dû reculer face à la mobilisation,&nbsp;face à la grève générale,&nbsp;et a dû décider de retirer ses troupes de la ville.&nbsp;Est-ce que tu peux nous dire comment on peut s&rsquo;inspirer de ça ici en France,&nbsp;et quelles vont être les prochaines perspectives pour la lutte pour El Hacen,&nbsp;mais aussi plus globalement pour la lutte contre le racisme en France&nbsp;dans les prochaines semaines et les prochains mois ?&nbsp;</em></p>



<p>Peut-être avant de parler d&rsquo;El Hacen, je vais parler un peu de Minneapolis. Je pense qu&rsquo;il faut qu&rsquo;on se dise que ce qui est en train de se jouer à Minneapolis&nbsp;concerne tout le monde.&nbsp;En tout cas, une victoire à Minneapolis sera un espoir pour tout le monde ; car iels sont engagé·es contre le racisme&nbsp;au cœur de la première puissance du monde,&nbsp;au cœur d&rsquo;une offensive raciste très importante.&nbsp;Pourtant ça ne signifie pas qu&rsquo;il suffit tous et toutes de regarder&nbsp;ce qui se passe à Minneapolis et d&rsquo;espérer que ça tombe du bon côté ! Mais plutôt réaliser qu’il y a un espoir.&nbsp;Et que cet espoir, il doit nous animer&nbsp;et nous donner la confiance d&rsquo;argumenter partout : là où l’on travaille, là où l’on s&rsquo;organise, dans son quartier… La réponse doit venir de notre organisation à tous et toutes. En France, il y a des échéances très bientôt, les élections municipales dont le premier tour est le 15 mars et le deuxième tour le 22 mars.&nbsp;Il faut qu’on se saisisse de cette occasion-là pour justement dire&nbsp;« voter ne suffira pas, il faut s&rsquo;organiser,&nbsp;il faut qu&rsquo;on s&rsquo;organise de partout ».&nbsp;Il y a une proposition qui est lancée&nbsp;par les collectifs de sans-papiers, collectifs de mineur·es isolé·es,&nbsp;la Marche Des Solidarités, les familles de victimes de violences policières,&nbsp;les collectifs qui luttent contre les violences policières,&nbsp;les collectifs qui luttent contre l’islamophobie : celle&nbsp;d&rsquo;un grand mouvement la veille du premier tour,&nbsp;des manifestations partout sur le territoire le samedi 14 mars avec comme message : « ce qu&rsquo;il faut c&rsquo;est l&rsquo;unité,&nbsp;mais pas l&rsquo;unité de façade, l&rsquo;unité dans l&rsquo;action, dans la rue,&nbsp;la construction de la solidarité comme moyen aussi bien que comme objectif » .&nbsp;Et ça je pense que c&rsquo;est une perspective dont tout le monde doit se saisir&nbsp;et que la meilleure manière pour que le samedi 14 mars soit massif,&nbsp;c&rsquo;est qu&rsquo;on n&rsquo;attende pas le samedi 14 mars.&nbsp;C&rsquo;est-à-dire que le samedi 14 mars,&nbsp;ça doit être le moment où on sort tous et toutes ensemble&nbsp;et que d&rsquo;ici à là, on doit s&rsquo;organiser partout&nbsp;et à travers des déambulations de quartier,&nbsp;des campagnes d&rsquo;affichage et de collage,&nbsp;des réunions publiques, des rassemblements,&nbsp;qu&rsquo;on combatte l&rsquo;immobilisme, qu&rsquo;on combatte le substitutisme,&nbsp;qu&rsquo;on combatte l&rsquo;idée qu&rsquo;il suffirait de délire les bonnes personnes aux élections municipales&nbsp;pour régler tous nos problèmes.</p>



<p>Je pense qu&rsquo;en ce moment, se développe quand même la conviction&nbsp;qu&rsquo;on est dans une période grave et très dangereuse de marche vers la guerre,&nbsp;d&rsquo;austérité, d&rsquo;attaques gigantesques contre notre classe&nbsp;et que ça, il faut s&rsquo;appuyer dessus pour dire la conséquence de ça,&nbsp;c&rsquo;est qu&rsquo;on ne peut pas juste déléguer à d&rsquo;autres le combat qu&rsquo;on doit mener,&nbsp;on doit tous et toutes s&rsquo;y engager.&nbsp;Et on sait que se prépare un appel pour le 28 mars.&nbsp;Il va y avoir des mobilisations dans de nombreux pays&nbsp;contre le racisme et le fascisme.</p>



<p>Par exemple, des mobilisations No Kings devraient avoir lieu le 28 mars&nbsp;et il y a de fortes chances qu&rsquo;elles soient gigantesques.&nbsp;Des grandes manifestations en Grande-Bretagne vont avoir lieu le 28 mars&nbsp;de ripostes contre le racisme et le fascisme dans de nombreux pays.&nbsp;En France, nous, on va commencer par le 14 mars&nbsp;parce qu&rsquo;il y a un contexte local politique très particulier avec les municipales.</p>



<p>Mais il y a de très fortes chances que si le 14 mars soit massif,&nbsp;dès les jours qui suivent, il y a un appel à continuer&nbsp;et à retourner dans la rue le 28 mars.&nbsp;Quels que soient les résultats des municipales, on le sait déjà,&nbsp;le Rassemblement national va gagner à certains endroits,&nbsp;va gagner en légitimité.&nbsp;Les racistes vont gagner en confiance.</p>



<p>Quelques jours après la mort de El Hacen Diarra,&nbsp;moi, dans le quartier où je vis, dans le 20e, à Saint-Fargeau,&nbsp;il y a deux néo-nazis qui ont attaqué la présidente d&rsquo;une association,&nbsp;Maria, une personne racisée.&nbsp;Ils ont voulu la sortir de sa voiture et l&rsquo;agresser.&nbsp;Et ils l&rsquo;ont dit, c&rsquo;était le 19 janvier, 5 jours après la mort d&rsquo;El Hacen,&nbsp;ils l&rsquo;ont dit qu&rsquo;ils voulaient lui faire la même chose&nbsp;que ce qui est arrivé à son frère.</p>



<p>Ça, ça signifie que non seulement il faut qu&rsquo;on s&rsquo;oppose au racisme,&nbsp;mais il faut qu&rsquo;on ait une lutte aussi très spécifique contre les fascistes,&nbsp;qu&rsquo;on leur empêche l&rsquo;apparition dans la rue.&nbsp;Et ça, ça va être des enjeux très forts des prochaines années,&nbsp;la combinaison d&rsquo;une lutte de tous et toutes contre le racisme&nbsp;et d&rsquo;une lutte très spécifique contre les organisations fascistes.&nbsp;Et dans ce grand mouvement du 14 mars,&nbsp;la famille El Hacen va construire une première manifestation&nbsp;le 21 février pour aller jusqu&rsquo;au ministère de l&rsquo;Intérieur&nbsp;pour dire à Nunez qu&rsquo;on a très bien entendu ce qu&rsquo;il a dit,&nbsp;qu&rsquo;on n&rsquo;attend rien de sa part.</p>



<p>Mais par contre, qu&rsquo;il lui comprenne qu&rsquo;on va plus reculer,&nbsp;qu&rsquo;on va s&rsquo;organiser et que maintenant, sa police,&nbsp;on va la surveiller, on ne va plus la laisser faire.&nbsp;Et ça, c&rsquo;est ce que veut faire la famille El Hacen&nbsp;et je pense que c&rsquo;est le plus beau des hommages qu&rsquo;on peut rendre à El Hacen.&nbsp;C&rsquo;est que sa mort ne soit pas oubliée jusqu&rsquo;à ce que justice soit faite&nbsp;et que surtout, elle permette de s&rsquo;organiser pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus de morts comme lui. Des discussions que j&rsquo;ai régulièrement avec la famille,&nbsp;ce lien n&rsquo;est pas artificiel : ils lient vraiment les deux sujets.&nbsp;La meilleure manière de ne pas oublier El Hacen, c&rsquo;est de se battre. Et dans cette bagarre-là, lui rendre hommage en rappelant qu&rsquo;ils ont tué notre frère.</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/retour-sur-la-lutte-pour-la-verite-et-la-justice-pour-el-hacen-diarra/">Vérité et justice pour El Hacen Diarra : la lutte continue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Marche contre l’islamophobie à Saint-Brieuc &#8211; Retour d’expérience</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/marche-contre-lislamophobie-a-saint-brieuc-retour-dexperience/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:39:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Islamophobie]]></category>
		<category><![CDATA[Retour militants]]></category>
		<category><![CDATA[Saint-Brieuc]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Crédit photo : Emmanuelle Pays / Hans Lucas</div>
<p> <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/marche-contre-lislamophobie-a-saint-brieuc-retour-dexperience/" title="Marche contre l’islamophobie à Saint-Brieuc &#8211; Retour d’expérience">[...]</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Crédit photo : Emmanuelle Pays / Hans Lucas</p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d&rsquo;A2C #20 &#8211; janvier 2026</strong></p>



<p><strong>Le 11 octobre 2025, le Front commun antifasciste des Côtes-d&rsquo;Armor organisait une mobilisation contre l’islamophobie à Saint-Brieuc. Retour sur la construction de cette mobilisation, ses objectifs et les difficultés rencontrées.</strong></p>



<p>Après le meurtre islamophobe d’Aboubakar Cissé en mai 2025, nous voulions une mobilisation pensée sur plusieurs mois plutôt qu’une réaction immédiate à une nouvelle atrocité. L’idée : pousser la gauche à se mobiliser clairement contre l’islamophobie et créer des liens de solidarité avec les personnes concernées pour permettre des actions communes par la suite.</p>



<p>Nous avions en tête la mobilisation du 21 avril 2024 contre le fascisme, qui avait rassemblé près de 2 000 personnes et plus d’une centaine d’organisations signataires<sup data-fn="fe0316fe-b09e-431f-bf72-9da22a192379" class="fn"><a href="#fe0316fe-b09e-431f-bf72-9da22a192379" id="fe0316fe-b09e-431f-bf72-9da22a192379-link">1</a></sup>. Avec l’offensive islamophobe de la classe dirigeante qui a mené au meurtre d’Aboubakar Cissé, nous pensions que l’heure du réveil de la gauche sur le sujet avait sonné. Nous avons été trop optimistes : nous étions rarement plus d’une dizaine aux réunions de préparation et presque aucune organisation n’a participé activement à la construction de la marche, à part Solidaires et, dans une moindre mesure, LFI. Beaucoup d’organisations qui avaient signé l’appel antifasciste un an plus tôt ont soit ignoré nos sollicitations, soit refusé de s’engager.</p>



<p><strong>Indignation à géométrie variable</strong></p>



<p>Deux arguments revenaient. Le plus fréquent, porté aussi bien par des syndicats que par des associations de soutien aux exilé.es et par pas mal de personnes croisées en manif : « On ne veut pas lutter spécifiquement contre l’islamophobie mais contre toutes les discriminations sans distinction ». Cela revient à refuser de reconnaître que l’islamophobie est aujourd’hui la locomotive de tête du racisme en France et qu’elle exige une lutte spécifique.</p>



<p>Nous rappelions dans l’appel que si l’islamophobie a pu se développer ainsi, c’est aussi à cause du peu de réactions à gauche face aux lois et mesures répressives : loi de 2004 sur le voile, loi «séparatisme» mais aussi dissolution de collectifs luttant contre l’islamophobie comme le CCIF ou le CRI. Lutter contre l’islamophobie impliquerait pourtant de reconnaître que la classe dirigeante érige méthodiquement les musulman·es (et assimilé·es) en ennemi·es intérieur·es qui menacent l’identité et la sécurité nationale et de faire bloc contre ces attaques.</p>



<p>L’autre raison du refus exprimée était que notre appel<sup data-fn="92bc9234-9f81-4a8a-8b8b-0c5eec735d99" class="fn"><a href="#92bc9234-9f81-4a8a-8b8b-0c5eec735d99" id="92bc9234-9f81-4a8a-8b8b-0c5eec735d99-link">2</a></sup> dénonçait aussi bien des formes d’islamophobie largement condamnées (le « À bas le voile de Retailleau », le projet d’interdire le voile dans l’espace public pour les moins de 15 ans, le meurtre d’A. Cissé) ; et d’autres sur lesquelles plusieurs organisations ne voulaient pas se positionner pour diverses raisons (expulsions arbitraires d’imams, assignations à résidence, fermetures abusives d’écoles musulmanes ou de mosquées, gel des avoirs de maisons d’édition musulmanes, etc.). Pêle-mêle, certaines disaient manquer d’infos pour se positionner (malgré les nombreuses sources envoyées), d’autres refusaient de soutenir des institutions religieuses, d’autres allaient jusqu’à dire, en pleine polémique autour du rapport complotiste sur les Frères musulmans, qu’il fallait lutter contre l’entrisme de toutes les religions dans le sport, la politique et à l’école.</p>



<p>L’appel, sans concession sur les formes prises par l’islamophobie, reflétait les positions des personnes présentes aux premières réunions. L’absence de beaucoup d’organisations à ces réunions n’a pas permis de mesurer à quel point il était en décalage avec la ligne de beaucoup d’organisations de gauche, notamment celles qui défendent encore la loi de 2004 au nom de la laïcité. Si l’on voulait vraiment construire sur le temps long, nous aurions dû laisser plus d’espace à la discussion et essayer davantage de convaincre plutôt que de figer trop vite le texte.<br></p>



<p><strong>Des conflits aux conséquences durables</strong></p>



<p>Devions-nous retirer des éléments importants comme la répression contre l’abaya à l’école ou contre les mosquées pour élargir nos rangs ? Rien ne garantit que cela aurait suffi, mais nous aurions sans doute dû plus essayer d’ouvrir des portes au lieu de les refermer trop tôt.</p>



<p>À deux semaines de la marche, des tensions ont éclatées sur les organisations à inviter (Perspectives musulmanes, Lignes de crêtes, QG décolonial). Il serait trop long de détailler ici les raisons des réticences, mais on est plusieurs à avoir perçu une méfiance vis-à-vis de certaines organisations musulmanes et/ou décoloniales que l’on n’avait pas rencontrées jusqu’alors au sein du Front commun vis-à-vis d’autres organisations. Des craintes étaient notamment exprimées que certaines de ces organisations tiennent à la tribune des discours réactionnaires notamment sur les questions LGBTQIA+. Au final, toutes les organisations mentionnées ont été invitées, mais la tension ne s’est pas dissipée.</p>



<p>Le timing, la rentrée, d’autres urgences militantes : tout cela nous a empêchés de traiter sereinement ces débats. Des accusations d’islamophobie et de purisme ont fusé, des personnes des «deux camps» ont claqué la porte, alors qu’on était déjà trop peu, fragilisant le Front commun.</p>



<p><br><strong>Une mobilisation faible mais enthousiaste</strong></p>



<p>Le jour J a confirmé la difficulté à mobiliser : entre 300 et 400 personnes, peu pour une mobilisation régionale. Mais le cortège regroupait les militant·es les plus déterminé-es régionalement sur les questions antiracistes. Ça s’est ressenti dans l’ambiance. L’ensemble du cortège chantait des slogans antiracistes, pour la Palestine et contre l’islamophobie pendant littéralement tout le trajet (qui était pourtant trop long). Super accueil dans les rues. Visages surpris de voir passer un cortège contre l’islamophobie avec en tête de cortège des personnes racisées dont des camarades portant le foulard et des militant.es blanches chantant ensemble des chants antiracistes (je le précise, car j’avais jamais vu ça à St Brieuc). Quelques personnes sont descendues de leur appartement pour rejoindre le cortège. Un monsieur qui filmait le cortège avait les larmes aux yeux.</p>



<p>Pour autant, par rapport à nos objectifs – pousser la gauche à se mobiliser et créer de la solidarité concrète – le bilan est mitigé. Nous avons imposé le sujet localement et créé un précédent qui contribue à légitimer la nécessité d’une lutte spécifique contre l’islamophobie, mais les résistances sont profondes. À noter : Nous Toutes 35 a diffusé un appel, permettant de faire exister la question dans le milieu féministe breton.</p>



<p>Sur la construction de liens avec les premier•es concerné•es : nous avons tracté dans un quartier populaire et à la mosquée. L’accueil était bon, mais l’association de la mosquée ne voulait pas « faire de politique » et peu de personnes rencontrées sont venues à la marche composée majoritairement de militant·es blanc·hes.</p>



<p>Nous voulions organiser des moments conviviaux dans les quartiers (goûter contre l’islamophobie), mais faute d’énergie et face aux refus d’espaces socioculturels d’héberger des événements «politiques», cela n’a pas été possible dans le temps imparti, mais nous comptons persévérer. Une collecte de témoignages de situations d’islamophobie vécues a été faite sur un marché et nous prévoyons de le faire de nouveau avec l’idée d’inviter les personnes qui le souhaitent à témoigner lors d’une soirée qu’on pense organiser en 2026.<br><br>Nous entendons poursuivre la lutte contre l’islamophobie : continuer le travail de terrain, organiser discussions et projections sous différents angles (féminisme, école, laïcité…). avec la date du 15 mars (journée internationale contre l’islamophobie) en ligne de mire. Pour relégitimer le Front commun comme espace large (et non comme repère d’une minorité de radicaux), on organise fin janvier une grande AG pour tirer le bilan, dépasser les conflits et permettre aux organisations parties de revenir. Car les batailles à venir seront nombreuses et nous aurons besoin pour cela d’un espace large comme le Front commun.</p>



<p><br>Manu Daniel (St-Brieuc)</p>



<p></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="fe0316fe-b09e-431f-bf72-9da22a192379">Voir : Jalel et Manu, «Retour d’expérience de ripostes antifascistes locales», <a href="http://autonomiedeclasse.org"><em>autonomiedeclasse.org</em></a>, 2024 <a href="#fe0316fe-b09e-431f-bf72-9da22a192379-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="92bc9234-9f81-4a8a-8b8b-0c5eec735d99">2 : à retrouver sur <a href="https://frontcommun22.wordpress.com/">frontcommun22.wordpress.com/</a> <a href="#92bc9234-9f81-4a8a-8b8b-0c5eec735d99-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/marche-contre-lislamophobie-a-saint-brieuc-retour-dexperience/">Marche contre l’islamophobie à Saint-Brieuc &#8211; Retour d’expérience</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:27:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Revue d'A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Front Uni]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Islamophobie]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10822</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #20 &#8211; janvier 2026 « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. » Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans « <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/" title="Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&#8217;islamophobie">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/">Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&rsquo;islamophobie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d&rsquo;A2C #20 &#8211; janvier 2026</strong></p>



<p><em>« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. »</em></p>



<p>Citant une punch-line de son professeur de philosophie antillais dans <em>« Peau noire, masques blancs » </em>(1952), Frantz Fanon nous met en garde sur l&rsquo;unicité du racisme dont l&rsquo;antisémitisme était à cette époque la pointe avancée. Dit d&rsquo;une autre façon, il ajoute : <em>« Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe »</em>.</p>



<p>Quelque 70 ans plus tard, cette phrase garde tout son sens en parlant des musulman·es. Si l&rsquo;antisémitisme n&rsquo;a pas disparu, c&rsquo;est l&rsquo;islamophobie qui est aujourd&rsquo;hui le racisme assumé par le camp réactionnaire dans la bataille politique : rapport sur « l&rsquo;entrisme des Frères Musulmans <em>»</em> présenté en conseil de défense, expulsions d&rsquo;imams, multiples lois visant les musulman·es…</p>



<p>Ainsi, une partie de notre classe fait face à un arsenal de théories racistes, de plus en plus épaulées par les appareils d’État et la bourgeoisie. Cette sinistre idéologie de l&rsquo;ennemi de l&rsquo;intérieur, secondée par le matraquage de la laïcité à tout va, est la colonne vertébrale de l&rsquo;islamophobie.</p>



<p>Mais cette idéologie a une fonction. De la même façon que le racisme anti-noir a servi de légitimation de la mise en esclavage des africain·es et de la domination coloniale, l&rsquo;islamophobie sert un agenda politique raciste pour renforcer le camp réactionnaire et alimenter la funèbre logique de l&rsquo;impérialisme occidental.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Derrière l&rsquo;islamophobie, se cache l&rsquo;impérialisme</strong></h1>



<p>Quel lien entre un racisme qui explose, la course effrénée au développement de nouvelles technologies comme l&rsquo;IA, l&rsquo;austérité imposée aux peuples du monde entier et l&rsquo;explosion des budgets d&rsquo;armement et de ses guerres coloniales associées ? Le capitalisme. Et pour comprendre pourquoi le capitalisme alimente racisme et guerres impériales, il faut comprendre la logique même d&rsquo;un système économique basé sur l&rsquo;accumulation de capital.</p>



<p>Pour accumuler du capital, une entreprise a besoin d&rsquo;être compétitive. Sauf que sur le marché, la concurrence est rude. Par exemple, au cours des années 2010 et la généralisation d&rsquo;achats sur internet, les entreprises de vente en ligne voyaient leur marge nettement augmenter. Après le COVID, entre la concurrence accrue et les monopoles des géants comme Amazon, les prix ont drastiquement baissé (donc les profits avec). C&rsquo;est la trajectoire même du capital, appelée aussi « la baisse tendancielle du taux de profit <em>»</em>. Les profits baissent, mais il faut continuer d&rsquo;en faire coûte que coûte pour la survie de l&rsquo;entreprise. Pour cela, plusieurs solutions : baisser les salaires et supprimer des emplois (austérité) ; développer des nouvelles technologies (augmenter la productivité) ; étendre son marché vers d&rsquo;autres pays ou d&rsquo;autres secteurs et créer un monopole (guerres impérialistes).</p>



<p>C&rsquo;est vrai dans tous les domaines. Alors quand on parle ressources et matériaux (pétrole, uranium, terres rares&#8230;), on voit vite comment les enjeux territoriaux peuvent être énormes. Ainsi, la guerre économique entre les entreprises peut rapidement se muer en guerre tout court pour l&rsquo;accès aux ressources.</p>



<p>Cela explique en partie la situation au Yémen : depuis 2015, la coalition de pays arabes dirigée par l&rsquo;Arabie saoudite (et soutenue par les pays occidentaux) maintient le pays sous blocus naval et aérien, causant plus de 377 000 morts (par famine et bombardements indiscriminés). Objectifs : affaiblir le mouvement Ansarullah (Houthis, alliés de l&rsquo;Iran) pour sécuriser les routes commerciales comme le détroit de Bab el-Mandeb (12 % du pétrole mondial) et protéger les intérêts des multinationales pétrolières occidentales comme BP et Chevron.</p>



<p>Mais les guerres impérialistes ont un coût, et pour faire accepter ce coût à son peuple, un État doit trouver des justifications. C&rsquo;est là qu&rsquo;intervient la construction d&rsquo;un ennemi commun contre lequel l’État, tel un pompier-pyromane, nous garantira protection en échange de concessions politiques (restrictions des libertés) et économiques (l&rsquo;austérité).</p>



<p>Depuis la révolution iranienne de 1979, dans laquelle les États-Unis (alliés du pouvoir déchu) craignaient pour leurs intérêts, cet ennemi commun, ce sont les musulman·es ou supposé·es comme tels, et les pays dits musulmans. Ensuite, l&rsquo;attaque du 11 septembre a largement été exploitée pour accélérer cette doctrine.</p>



<p>Ennemi de l&rsquo;extérieur pour justifier le colonialisme et les guerres impérialistes. Ennemi de l&rsquo;intérieur pour empêcher l&rsquo;unification de notre classe et favoriser l&rsquo;exploitation.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Défendre l&rsquo;unité, c&rsquo;est défendre les musulman·es</strong></h1>



<p>Si l&rsquo;islamophobie est aujourd&rsquo;hui la pointe avancée de l&rsquo;impérialisme occidental, elle s&rsquo;attaque en 1ᵉʳ lieu aux musulman·es, ou supposé·es, en instrumentalisant la lutte contre le terrorisme : invasion de l’Afghanistan par les USA en 2001, attaques « préventives <em>»</em> contre l&rsquo;Iran par Israël l&rsquo;année dernière, ostracisation des musulman·es de France… La liste est longue, et chacun de ses tirets devrait nous révolter en soi.</p>



<p>En plus de ces innombrables violences, l&rsquo;exclusion sociale des musulman·es nous divise et sert l&rsquo;exploitation de l&rsquo;ensemble de la classe ouvrière. Car face à une classe faible et divisée, dans laquelle on a laissé le racisme s&rsquo;immiscer, le patronat peut aisément imposer des conditions de travail qui nous sont de plus en plus défavorables. C&rsquo;est ce qu’explique le sociologue marxiste Al Szymanski. Il nous dit à propos des États-Unis des années 70 : « Plus la discrimination raciale est intense, plus bas sont les salaires des Blancs du fait de la variable intermédiaire de la solidarité de la classe ouvrière – en d’autres termes, le racisme désavantage économiquement les travailleurs blancs parce qu’il affaiblit l’organisation syndicale en détruisant la solidarité entre travailleurs noirs et blancs »<sup data-fn="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" class="fn"><a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f" id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link">1</a></sup>.</p>



<p>Quand les musulman·es se font attaquer, c&rsquo;est tout le camp social qui perd de la force.</p>



<p>De la même façon, l&rsquo;accélération des dissolutions d&rsquo;associations de ces dernières années a d&rsquo;abord visé des organisations cultuelles musulmanes (comme celle de la mosquée de Lagny-sur-Marne), puis celles de lutte contre l&rsquo;islamophobie (le CCIF<sup data-fn="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" class="fn"><a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a" id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link">2</a></sup>, aujourd&rsquo;hui réformé en CCIE<sup data-fn="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" class="fn"><a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79" id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link">3</a></sup>). Devant la non-réaction du camp social, pourquoi le gouvernement n&rsquo;étendrait-il pas ces attaques à des collectifs antifascistes ou écologistes ? C&rsquo;est exactement le déroulé de ces 10 dernières années, où la réaction de notre camp a réellement commencé qu&rsquo;avec la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre, puis celle de la Jeune Garde ou d&rsquo;Urgence Palestine.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>La laïcité comme arme de guerre</strong></h1>



<p>Parmi les nombreux outils pour attaquer les musulman·es, la laïcité revient souvent sur la table. Elle est brandie messianiquement à chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de taper sur les musulman·es. Sur les plateaux télé évidemment, mais aussi pour faire passer la batterie de lois islamophobes persécutant et excluant de l&rsquo;espace public et de l&rsquo;école nos camarades musulman·es (par exemple avec la loi de 2004 sur les signes religieux qui a servi de pied dans la porte des nombreuses lois islamophobes qui ont suivi).</p>



<p>À en croire les dires de l’État et de ses relais médiatiques, le musulman menacerait par définition les valeurs de la République, notamment parce qu&rsquo;il serait en contradiction avec la laïcité définie par la loi de 1905.</p>



<p>Il serait communautariste (voire séparatiste) lorsqu&rsquo;il prend soin de sa communauté. Autrement, il est taxé d&rsquo;entriste quand il correspond aux attentes républicaines, du style quand le lycée Averroès obtient des résultats exceptionnels au bac.</p>



<p>Pile tu perds, face tu perds.</p>



<p>À gauche, c&rsquo;est un peu plus subtil. Pour la loi de 2004 et pendant plus de 10 ans, c&rsquo;était surtout complaisance et grand silence. Aujourd&rsquo;hui, dans les balbutiements de soutien, il a souvent été pointé la non-exemplarité politique (impossible à avoir) des musulman·es visé·es par les violences d’État en scrutant chacune de leurs déclarations et de leurs liens passés.&nbsp;</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Islamophobie : les blocages à gauche</strong><strong><br></strong></h1>



<p>Pour que la gauche s’engage pleinement, déjà il lui faut dépasser son islamophobie encore présente jusque dans les cercles militants. Par exemple à Rennes, dans le mouvement pour la Palestine, une proposition en interne de l&rsquo;AG Palestine fut de faire une doha (prière) pour les morts à Gaza, mais celle-ci a été empêchée. De même pour les slogans en arabe, ça a été difficile de les faire accepter.</p>



<p>C&rsquo;est parfois une doctrine moraliste anti-religieuse qui empêche la solidarité. À l&rsquo;image de cette citation de Bakounine, dans son livre Dieu et l&rsquo;État, qui fut pourtant pendant longtemps sur ma table de chevet : <em>« Si Dieu est, l&rsquo;homme est esclave ; or l&rsquo;homme peut, doit être libre, donc Dieu n&rsquo;existe pas »</em>. Une vision binaire de la croyance, opposée à toute religion qui serait naturellement obscurantiste. Cela nous empêche d&rsquo;avoir une lecture matérialiste des structures oppressantes réellement à l’œuvre, en vue de les combattre.</p>



<p>Enfin, c&rsquo;est aussi une volonté de détruire le potentiel outil de résistance qu&rsquo;est l&rsquo;islam.&nbsp;</p>



<p>À droite, pour briser la résistance à l&rsquo;hégémonie capitaliste et impérialiste.</p>



<p>À gauche, car la seule identité légitime pour faire la révolution serait celle du prolétaire, toute autre identité est vue comme divisant la classe ouvrière. Si notre classe est effectivement traversée par des contradictions, c&rsquo;est une erreur de ne pas les prendre en charge et de laisser une partie de notre classe (ici les musulman·es) seule face aux violences racistes. Car l&rsquo;unicité se construit en opposition aux stratégies de division de la classe dirigeante.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Lutter aux côtés des musulman·es</strong></h1>



<p>Face à ceux et celles qui nous accusent de complicité avec les musulman·es, il faut plaider coupable<sup data-fn="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" class="fn"><a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b" id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link">4</a></sup>. Coupable de défendre la liberté de culte. Coupable de défendre la Palestine, de la mer au Jourdain. Coupable de défendre la liberté, l&rsquo;égalité et la fraternité réelle pour toutes et tous. Chaque musulman·e attaqué·e pour ce qu&rsquo;il est, se doit d&rsquo;être défendu·e, qu&rsquo;importe les différents politiques existant. Que ce soit l&rsquo;imam Hassan Iquioussen victime de la loi séparatisme et menacé d&rsquo;expulsion, ou Omar Alsoumi arrêté pour « apologie de terrorisme <em>»</em> pour avoir soutenu la résistance palestinienne, ou une mosquée attaquée, nous devons réagir depuis nos collectifs. Chaque solidarité effective contre les violences islamophobes participe à l&rsquo;unification de notre classe, et donc nous renforce collectivement.</p>



<p>Malgré tout, dans les moments critiques, nous pouvons entrapercevoir nos possibles alliances. Lors de l&rsquo;horrible meurtre filmé d&rsquo;Aboubakar Cissé en pleine prière, une partie de la gauche radicale a rapidement réagi pour participer aux mobilisations.</p>



<p>De la même façon, les 2 dernières années de lutte contre le génocide à Gaza et la colonisation en Cisjordanie sont parties d&rsquo;un mouvement par en bas et ont montré qu&rsquo;avec un objectif clair (arrêter le génocide), il est possible de dépasser nos contradictions et de lutter au coude à coude, musulmans ou non. Pour autant, les quelques ponts qui se sont créés se sont faits au prix du sacrifice de centaines de milliers de palestinien·nes, et globalement la réaction de notre camp reste très loin d&rsquo;être satisfaisante.</p>



<p>Maintenant, il faut arrêter d&rsquo;essentialiser les organisations musulmanes ou de les voir comme un bloc homogène, pour les considérer pour ce qu&rsquo;elles sont : des forces politiques avec lesquelles il est possible de s&rsquo;allier pour les prochains combats à mener, en particulier pour créer un front commun conséquent contre le racisme et le fascisme.</p>



<p><strong><em>Camille (A2C Rennes)<br></em></strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f"> A. Szymanski, <em>« Racial Discrimination and White Gain »</em>, American Sociological Review, 41 (1976), pp. 409-412. <a href="#dc353502-fda5-4901-8916-b0c1695d912f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a">CCIF : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en France <a href="#31a4f058-7faf-475e-bdf5-210294a3308a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79">CCIE : Collectif Contre l&rsquo;Islamophobie en Europe <a href="#63cb8154-e57f-49e2-868e-b61385d3af79-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b">Inspiré de l&rsquo;article<em> « Contre l’islamophobie : le 11 mai et après, aimez-nous vivants »</em>, Nadia Meziane, lignes-de-cretes.org <a href="#904fe9ee-c9c0-46ac-be4a-60d27d2ce31b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/pas-de-front-commun-antifasciste-sans-luttes-contre-lislamophobie/">Pas de front commun antifasciste sans luttes contre l&rsquo;islamophobie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>18 décembre et lutte contre l&#8217;islamophobie à Marseille</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/18-decembre-lutte-contre-lislamophobie-a-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 15:44:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10659</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous vous proposons une interview d&#8217;une camarade d&#8217;A2C, Wass de Marseille, qui revient sur les mobilisations qui ont eu lieu autour du 18 décembre et notamment à travers un prisme de lutte contre l&#8217;islamophobie avec <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/18-decembre-lutte-contre-lislamophobie-a-marseille/" title="18 décembre et lutte contre l&#8217;islamophobie à Marseille">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Nous vous proposons une interview d&rsquo;une camarade d&rsquo;A2C, Wass de Marseille, qui revient sur les mobilisations qui ont eu lieu autour du 18 décembre et notamment à travers un prisme de lutte contre l&rsquo;islamophobie avec le collectif UMMA (Union des Marseillais.es Musulmans Anti-islamophobie).</p>



<p>Si vous préférez écouter cette interview, elle est disponible ici :</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Spotify Embed: 18 décembre : lutte contre l&amp;apos;islamophobie à Marseille" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/2Z7kedb29OzHTwcxPy56lh?utm_source=oembed"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Tu milites dans le collectif UMMA, c&rsquo;est un collectif contre l&rsquo;islamophobie qui s&rsquo;est constitué suite au meurtre d&rsquo;Aboubakar Cissé. Peux-tu nous présenter les actions que vous avez déjà menées ?</strong></h2>



<p>UMMA c&rsquo;est l&rsquo;union des musulman·es marseillais·es anti-islamophobie. On a mené une lutte de soutien à l&rsquo;imam Ismail, qui est un imam marseillais. Il s&rsquo;est vu harceler par l&rsquo;État une première fois pour apologie du terrorisme pour avoir retweeté une publication en soutien à la Palestine : c’est une lutte qu&rsquo;on a gagnée. Il est également imam à la mosquée des Bleuets qui a été sommée de fermer. C&rsquo;est passé en procès au tribunal administratif. Alors on a organisé un rassemblement. On était là pendant le procès et il a gagné. Le préfet a fait appel donc l&rsquo;affaire est montée au Conseil d&rsquo;État. Alors avec les camarades de UMMA on est monté·es à Paris. On a fait un rassemblement près du Conseil d’État. Il y a plusieurs personnes qui sont venues, qui ont montré leur soutien et témoigné de la répression islamophobe que d&rsquo;autres associations ou musulman·es en France ont subi. <strong>La mosquée des Bleuets à Marseille aujourd&rsquo;hui, elle est toujours ouverte. C&rsquo;est un lieu spirituel, mais c&rsquo;est aussi un lieu de rencontre, de vie et d&rsquo;apprentissage, de solidarité.</strong> C&rsquo;est un endroit où les habitant·es du quartier peuvent faire société. On a aussi organisé des projections, des films, des discussions avec des invité·es. Par exemple, en novembre, il y a Wissam Xelka de PDH qui est venu avec Vincent Geisser. Il y a eu une discussion sur l’entrisme et le séparatisme pour comprendre justement comment l&rsquo;identité musulmane est disqualifiée aujourd&rsquo;hui en France. On a l&rsquo;habitude, après ce genre de rassemblement, de discussion, de partager des repas conviviaux. Cette fois, c&rsquo;était un délicieux couscous fait par des camarades.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi la participation de UMMA au 18 décembre a-t-elle été évidente ?</strong></h2>



<p>On était présent·es avec UMMA le 18 décembre, qui pour le rappeler, est la journée internationale des migrant·es. En tant qu&rsquo;enfant de migrant·es, en solidarité, en soutien aux migrant·es et à toustes les sans-papiers. Car il faut comprendre que l&rsquo;on soit de la première, deuxième ou troisième génération, on sera toujours perçu·es comme migrant·es. Du coup, c&rsquo;était évident pour nous parce que <strong>la question du racisme et particulièrement de l&rsquo;islamophobie est centrale aujourd&rsquo;hui</strong> à l&rsquo;heure où l&rsquo;immigration est perçue comme un danger car elle porterait avec elle une culture incompatible avec les valeurs occidentales. Ce qui fait que chaque migrant·e et musulman•e est perçu·e comme une menace aujourd&rsquo;hui pour la République.</p>



<p>En plus de ça, le terme « migrant » est devenu une insulte dans la bouche des médias et du gouvernement. Mais ce terme est chargé d&rsquo;une histoire, de notre histoire, qui est l&rsquo;histoire de la colonisation et celle des États-nations qui ont détruit, pillé et exploité des terres. Il y a des barrières qui ont été construites, des frontières qui nous ont coupé de nos frères et sœurs, de notre humanité. Du coup, notre présence le 18 décembre a été évidente.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quelles sont les stratégies de construction du collectif ? Est-ce que ça te paraît important de renforcer les liens avec les réseaux antiracistes et antifascistes marseillais ?&nbsp;</strong></h2>



<p>La construction du collectif, comme tu l&rsquo;as dit tout à l&rsquo;heure, a fait suite à l&rsquo;assassinat d’Aboubakar, paix à son âme, Allah yarhmou. Il y a eu une manifestation qui a été organisée à Marseille ainsi qu’une assemblée avec plusieurs collectifs, associations et LFI qui se sont réunis pour préparer la manif. Il y a eu l&rsquo;envie de faire une prière pendant cette manif.</p>



<p>Ça a été proposé par des camarades qui se sont heurté·es à un refus de la prière et ont fait face à des propos islamophobes. Du coup, après ça, la nécessité de se retrouver entre nous, de lutter ensemble a été indispensable, suite au constat du manque d&rsquo;espace d&rsquo;organisation qui laisse exprimer la parole des musulman·es dans un contexte islamophobe. Depuis la création du groupe, la stratégie, c&rsquo;était d&rsquo;organiser une action chaque mois jusqu&rsquo;au 15 mars, qui est la journée internationale de lutte contre l&rsquo;islamophobie, pour construire une grande marche ce jour-là. L&rsquo;idée de ce collectif serait que les 300 000 musulmans qui sont présents à Marseille deviennent une force politique. On veut que nos frères et sœurs s&rsquo;impliquent dans la lutte en sécurité et en confiance. Bien sûr, <strong>avec UMMA, on soutient toutes les luttes antiracistes pour visibiliser nos voix, nos combats et dénoncer les actes islamophobes</strong>. Pour ta deuxième question, renforcer les liens avec le milieu antifa, c&rsquo;est une nécessité. Dans le milieu antifa, la question antiraciste, et spécifiquement la lutte contre l&rsquo;islamophobie, était absente. Il y a eu des antécédents très fâcheux, pour ne pas dire racistes, mais depuis quelques années, grâce aux travaux des « décoloniaux » et des luttes portées par les collectifs antiracistes, les antifas prennent beaucoup plus cette question en compte. Nous, spécifiquement, ici à Marseille, on a fait le cortège du 18 décembre avec l&rsquo;ASCM, qui est l&rsquo;Antifa Social Club de Marseille. On a fait un cortège ensemble où il y a eu des slogans antiracistes, antifascistes ainsi qu’une prise de parole commune. On est actuellement en lien avec la Riposte Antifasciste Marseille, qui construit une contre-campagne contre le RN. Au sein de UMMA, il y a des débats sur notre participation dans les cadres antifa parce que les fachos n&rsquo;ont pas le monopole de l’horreur : le système impérialiste et raciste nous opprime tous les jours&#8230; Ils avancent un agenda islamophobe de plus en plus violent. Et du coup, il y a certains camarades qui ne sont pas convaincus de la nécessité d&rsquo;une lutte spécifique contre le RN. Mais pourtant, l&rsquo;État pave déjà la voie aux fascistes et on reste quelques-un·es persuadé·es que les fascistes au pouvoir, ce serait un saut qualitatif énorme sur les attaques racistes. Une voie ouverte aux pires trucs dans la rue et l&rsquo;impossibilité de nous organiser. Du coup, on a eu des débats en interne sur l&rsquo;importance de rediaboliser le RN. Aussi, s’organiser avec les antifas, c&rsquo;est pour nous une opportunité de construire des fronts larges, parce qu&rsquo;on est beaucoup à avoir un intérêt à écraser les fachos. Les fachos nous détestent et tout le monde déteste les fachos. Mais par contre, <strong>on intervient dans ce cadre en étant très clair : la solution viendra d&rsquo;un antiracisme politique, combatif et pas moral, qui est capable de faire face au racisme d&rsquo;État.</strong></p>



<p>Personnellement, je pense qu’il y a un truc qui mine la possibilité de construire un front antiraciste et antifasciste large : c&rsquo;est le concernisme. Forcément, quand on a été confronté au poids de l&rsquo;histoire des trahisons racistes de la gauche et même de la gauche qui se revendique révolutionnaire, ça crée de la défiance. On a besoin de construire notre autonomie politique et c&rsquo;est dans ce sens-là qu&rsquo;on a besoin d&rsquo;espaces entre personnes concernées pour débattre de comment intervenir dans la France à Macron. Parfois, la non-mixité peut devenir une fin en soi, ce qui rend difficile les débats de fond pour <strong>trouver des stratégies qui ne laisseront aucune place au racisme et d&rsquo;argumenter pour dire qu&rsquo;on a besoin d&rsquo;un front large et de toute notre classe pour renverser le racisme.</strong> Mais, de l&rsquo;autre côté, il y a un <strong>antiracisme de posture</strong>, un antiracisme moral, des camarades blancs qui ne prennent pas leurs responsabilités face au racisme et qui se cachent derrière le prétexte des premiers concernés pour justifier leur inaction, du moins, cette posture ne les mets absolument pas en mouvement. Du coup, cette inaction s&rsquo;auto-alimente des deux côtés. <strong>Je pense qu&rsquo;il va falloir reconstruire de la confiance par des actes et pas par de la posture</strong>. J&rsquo;invite vraiment tous les camarades antifas et antiracistes à débattre et construire ensemble dans l&rsquo;action. Je suis convaincue qu&rsquo;un front large et uni est nécessaire pour gagner et s&rsquo;émanciper.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Est-ce que tu pourrais nous dire, quelles sont les prochaines actions qui sont prévues avec UMMA ?&nbsp;</strong></h2>



<p>En ce moment, il y a des luttes qui sont menées à l&rsquo;échelle nationale avec d&rsquo;autres collectifs qui luttent contre l&rsquo;islamophobie face à la répression des militant·es. Il y a des gels des avoirs, des perquisitions, etc., qui visent à faire taire et à dissoudre la voix des musulmans. Toute cette répression vise surtout les camarades qui portent la lutte pro-palestinienne. Du coup, il y a tout un travail qui est fait là-dessus. Et le 24 janvier, on projette le film « <em>2004-2024</em> » qui est sur la loi de 2004, qui, je le rappelle, est l&rsquo;interdiction du port de tenues ou de signes religieux ostensibles dans les établissements publics, ce qui a mis à l&rsquo;écart les femmes voilées. Ce film retrace un peu l&rsquo;histoire de la légalisation de l&rsquo;islamophobie en France. Et pour février, on voudrait organiser un week-end de discussions, de débats autour de plusieurs thèmes. C&rsquo;est encore en préparation là, mais ça sera aussi l&rsquo;occasion d&rsquo;appeler à rejoindre La Marche Des Solidarités avant le 15 mars.</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/18-decembre-lutte-contre-lislamophobie-a-marseille/">18 décembre et lutte contre l&rsquo;islamophobie à Marseille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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