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	<title>Archives des RN - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des RN - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Fascistes hors de nos vies ! Retour sur une campagne anti-RN et Reconquête ! dans le 20e arrondissement de Paris.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Hammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 14:14:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">À l’occasion des municipales à Paris, les fascistes de Reconquête se sont sentis pousser des ailes avec la candidature de Sarah Knafo. Heureusement, il y a eu des ripostes efficaces pour saboter leur campagne sur <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/fascistes-hors-de-nos-vies-retour-sur-une-campagne-anti-rn-et-reconquete-dans-le-20e-arrondissement-de-paris/" title="Fascistes hors de nos vies ! Retour sur une campagne anti-RN et Reconquête ! dans le 20e arrondissement de Paris.">[...]</a></div>
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<p><em>À l’occasion des municipales à Paris, les fascistes de Reconquête se sont sentis pousser des ailes avec la candidature de Sarah Knafo. Heureusement, il y a eu des ripostes efficaces pour saboter leur campagne sur le terrain et dresser les habitant·es des quartiers populaires contre eux.&nbsp;</em><br><em>Nous avons interrogé Oshka, militante antifasciste et membre d’A2C.</em></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px;text-transform:uppercase"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p><strong>Peux-tu nous présenter la riposte antifasciste pendant la campagne des municipales dans le quartier, et en particulier sur les marchés ?</strong><br>Avec le collectif antifasciste, on a lancé une campagne contre le RN et Reconquête, particulièrement contre le RN parce qu’on pense que c’est le parti fasciste le plus puissant en France. On a lancé ça dès le mois de septembre. Et on a été présent&rsquo;es sur les marchés, à distribuer des tracts contre le RN en rappelant pourquoi on considérait ce parti comme fasciste, et en se concentrant vraiment sur leur racisme. Très honnêtement, au début, ça ramait un peu, mais c’est normal parce que les élections municipales étaient loin.<br>Le RN, on avait vu des militants l’année dernière, cet été un peu, et un peu en septembre. Ils ont fait des posts Instagram où ils disaient qu’ils déposaient des tracts dans les boîtes aux lettres et qu’ils passaient sur les marchés. Et c’est à ce moment-là que nous, on a commencé à investir vraiment les marchés, en se disant que même s’ils n’étaient pas là, au moins, les gens qui ont reçu leur tract la semaine d’avant, la semaine d’après, ils recevront aussi les nôtres. Et depuis, on ne les a pas revus. C’est plutôt Reconquête qui a fait une campagne beaucoup plus dynamique et agressive dans nos quartiers.<br>Ce qu’on a fait, c’est réactiver une ancienne boucle Whatsapp du 20e arrondissement qui s’appelle « Antiracistes Antifa 20e », qui était une boucle utilisée par les militant&rsquo;es du quartier. On l’a rendue publique en mettant le QR code sur nos affiches, nos tracts, etc., et en incitant tout le monde à la rejoindre. Elle a été rejointe par énormément d’habitant&rsquo;es, mais aussi par des commerçant&rsquo;es, par des gens du marché qui avaient leur stand et qui pouvaient nous prévenir rapidement si les fascistes étaient là. Il y a presque 400 personnes sur ce groupe, et ça s’est vraiment accéléré ces dernières semaines, parce que la campagne battait son plein.<br>On a réussi à faire en sorte que la quasi-totalité des tractages des militants de Reconquête soient perturbés par des militants antifascistes, mais pas que, vraiment par tous les habitant·es. Tout le monde a pu se saisir de la question antifasciste. Car notre objectif, c’est que les antifascistes du XXe, ce soit tout le monde, que les réflexes antifascistes renaissent. Et cette riposte nous a permis de voir que s’il y avait bien une ligne qui marchait, c’était la ligne de l’antifascisme massif, ouvert, sur des bases larges.</p>



<p><strong>Qu’est-ce que la mort du fasciste à Lyon a fait à la dynamique du collectif ?</strong><br>Avec sa mort, il y a eu un sursaut antifasciste, en tout cas dans le 20e, qui était très clair. On a pu voir que tout le travail qu’on avait fait en amont n’était pas vain. On était plusieurs à argumenter que c’était le moment où le collectif antifasciste devait s’ouvrir. Parce que les gens se rendent compte du danger fasciste, ils se rendent compte de la nécessité d’un antifascisme qui soit fort et qui soit ouvert. Et donc, on avait besoin d’ouvrir le collectif, on avait besoin de faire en sorte que tout le monde puisse se joindre à la lutte sur des bases larges et donc il nous fallait construire un antifascisme de masse. Les débats ne sont pas réglés, mais en tout cas, je pense que ça a quand même éclairci un petit peu ce qu’il était nécessaire de faire.</p>



<p><strong>Comment voyez-vous la suite ?</strong><br>Ce qui est sûr, c’est que toutes les personnes qui se mobilisent aujourd’hui, il faut qu’on leur permette de continuer à se mobiliser. Il ne faut pas perdre cette dynamique et cet élan qu’on a. Effectivement, on risque de moins voir Reconquête et le RN dans nos quartiers, puisque la campagne va se terminer. Il reste toujours la question de l’implantation du RN et de faire en sorte que partout où ils soient, on aille les dégager. Mais il va falloir rediriger toute cette énergie antifasciste vers quelque chose d’autre qu’une contre-campagne antifasciste à l’occasion des municipales. Je pense que notre prochaine date, ça doit être la contre-manifestation du C9M, le défilé des fascistes, début mai. C’est la prochaine date antifasciste qui va compter.</p>



<p>Propos recueillis par Barnabe (Paris 18e)</p>
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		<item>
		<title>Ni relégués ni déclassés, les racines sociales du vote RN dans le périurbain. Recension de Le vote FN au village.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 10:01:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">On a l’habitude d’entendre, dans le débat public et médiatique, que les petites villes périurbaines seraient le terreau de l’extrême droite et du vote FN/RN. Les classes populaires vivant dans ces régions seraient « naturellement <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/ni-relegues-ni-declasses-les-racines-sociales-du-vote-rn-dans-le-periurbain-recension-de-le-vote-fn-au-village/" title="Ni relégués ni déclassés, les racines sociales du vote RN dans le périurbain. Recension de Le vote FN au village.">[...]</a></div>
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<p><em>On a l’habitude d’entendre, dans le débat public et médiatique, que les petites villes périurbaines seraient le terreau de l’extrême droite et du vote FN/RN. Les classes populaires vivant dans ces régions seraient « naturellement » portées vers le racisme, subiraient un déclassement et seraient nostalgiques d’un passé disparu.</em></p>



<p class="has-text-align-right has-luminous-vivid-amber-background-color has-background" style="font-size:11px"><strong>Les Cahiers d’A2C #21 – Mars 2026</strong></p>



<p>Cette vision des espaces périurbains comme foyers de relégation et bastions du vote Front national s’est appuyée sur des sondages de l’IFOP et les analyses de Christophe Guilluy, notamment dans Fractures françaises (2010) et La France périphérique (2014). Dans cet ouvrage, Violaine Girard vient déconstruire tous ces clichés à l’aide d’une enquête menée entre 2003 et 2008, puis en 2012.</p>



<p><strong>La situation sociale des habitant&rsquo;es</strong><br>L’enquête montre en effet qu’à rebours d’une vision misérabiliste des populations des espaces périurbains (qui constituent la majorité de la population française), les ménages de ces régions sont en ascension sociale et fiers d’accéder à une propriété souvent moins coûteuse que dans les grands centres urbains. Ils accèdent à la propriété et à de meilleurs postes dans de nouvelles industries comme l’industrie nucléaire. Dans les années 70, ce sont donc de nouveaux emplois, une tertiarisation de l’économie et un rejet des « opérateurs » (ouvrier&rsquo;es non qualifié&rsquo;es). L’une des raisons de cette implantation dans ces régions périurbaines, c’est la politique capitaliste agressive sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing ; les zones périurbaines ont été la priorité du patronat pour déstabiliser les bastions syndicaux construits tout au long du XXe siècle et acquérir « la paix sociale ». Girard montre bien les liens entre les politiques locales et les patrons pour contrer l’action syndicale. Tout ce travail antisyndical a rompu les liens avec l’identité ouvrière et la gauche traditionnelle.<br>Sur le plan professionnel, ces populations disposent de postes qui les distinguent des catégories les plus précaires. Ils accèdent souvent à des emplois stables et, parfois, à une progression vers la maîtrise ou l’indépendance, davantage par la valorisation de leurs compétences techniques que par les diplômes. Malgré les restructurations industrielles, les personnes résidant ces régions restent globalement à l’abri du déclassement.</p>



<p><strong>Le lien avec le vote RN</strong><br>Comment expliquer alors leur défiance politique, la progression de l’abstention et l’intérêt pour le FN/RN ? Girard montre que leur rapport au politique est façonné par le désir de sortir de la condition ouvrière et de se distinguer des plus défavorisés. Convaincu&rsquo;es que leur réussite tient à leurs propres efforts, ils se sentent peu redevables envers les responsables politiques. Se dessine ainsi une conscience sociale « triangulaire » : ces ménages cherchent à se distinguer à la fois du bas de l’échelle sociale et d’une partie du haut de l’échelle. Ils se montrent sensibles à des valeurs plutôt ancrées à droite : mérite, travail, entrepreneuriat, stabilité familiale. Les petits patrons et artisans constituent souvent un groupe de référence. On voit ici une belle démonstration que le fascisme et le vote FN/RN se construisent majoritairement à l’aide de la petite-bourgeoisie et non pas à l’aide du vote ouvrier (voir notre brochure sur le fascisme).<br>Le contexte local joue également un rôle décisif. Le territoire étudié est historiquement ancré à droite et le passage au vote FN concerne surtout d’anciens abstentionnistes ou électeurs de droite classique. Les politiques d’aménagement, favorisant la propriété individuelle et l’implantation d’entreprises dans des zones peu syndiquées, ont contribué à un climat social peu conflictuel et à une proximité valorisée avec les employeurs. Enfin, l’action municipale a renforcé l’entre-soi des familles « respectables » en limitant le logement social et en favorisant des pratiques racistes d’accès au logement assumées. Sans se traduire mécaniquement par un vote FN, cette mise à distance a pu banaliser certains discours et, à terme, faciliter un rapprochement avec cette offre politique.</p>



<p>Jack, Paris 20e.</p>



<p><em>Le vote FN au village : trajectoires de ménages populaires du périurbain, de Violaine Girard, 2017, Éditions du Croquant.</em></p>
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		<title>Fascisme en tension : comprendre et combattre les fascistes avec Gramsci </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/fascisme-en-tension-comprendre-et-combattre-les-fascistes-avec-gramsci/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 16:05:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[bardella]]></category>
		<category><![CDATA[Gramsci]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">« lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon&#160;», prédisait Orwell après la défaite des fascismes historiques.&#160; Les Cahiers d&#8217;A2C #17 &#8211; JUIN 2025 En 1945, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/fascisme-en-tension-comprendre-et-combattre-les-fascistes-avec-gramsci/" title="Fascisme en tension : comprendre et combattre les fascistes avec Gramsci ">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/fascisme-en-tension-comprendre-et-combattre-les-fascistes-avec-gramsci/">Fascisme en tension : comprendre et combattre les fascistes avec Gramsci </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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<p><em>« lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon&nbsp;», prédisait Orwell après la défaite des fascismes historiques.&nbsp;</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; JUIN 2025</h6>



<p>En 1945, le fascisme est tellement marqué du sceau de l’infamie que ceux qui s’en réclament toujours ont dû renouveler à la fois leur look et leurs méthodes pour sortir de la marginalité politique. La chemise blanche a remplacé la chemise brune. Plus de crânes rasés, ni de croix gammées. Le FN est pensé dès le départ comme une tentative de dédiabolisation. Fondé par des anciens nazis, collabos et membres de l’OAS<sup data-fn="96ca0e92-420a-49f8-b59a-c5bc12eefbaf" class="fn"><a id="96ca0e92-420a-49f8-b59a-c5bc12eefbaf-link" href="#96ca0e92-420a-49f8-b59a-c5bc12eefbaf">1</a></sup>, il ne fait aucun doute que le FN porte un projet fasciste. Mais comme de nombreux mouvements similaires en Europe, il a opté pour la stratégie électorale, conscient, comme le disait un de ses idéologues, que si la flamme fasciste devait brûler à nouveau «&nbsp;elle ne pourrait brûler de la même manière parce que l’atmosphère a été profondément modifiée&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>Ce changement d’habits et de méthodes a berné une bonne partie de notre camp qui s’arrête à ce constat&nbsp;: contrairement aux fascismes historiques, le RN d’aujourd’hui n’est pas un mouvement de masse (bien qu’il revendique 100 000 adhérents) et ne dispose pas d’une milice. Beaucoup de militant.es en concluent que le RN ne serait donc pas fasciste mais simplement d’extrême-droite, c’est-à-dire plus raciste et autoritaire que les autres. Une différence de degrés, donc, et non de nature. C’est un problème qui pourrait nous coûter cher car si on attend que le RN ait constitué un mouvement de masse pour le qualifier de fasciste et le combattre comme tel, il sera trop tard pour avoir raison.&nbsp;</p>



<p>Un détour par l’histoire et les écrits de Gramsci permet de comprendre que si le RN ne dispose pas de chemises noires, brunes ou bleues marine aujourd’hui, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il n’en aura pas demain. L’histoire du FN/RN comme celle de tous les partis fascistes est, en effet, marquée par des allers-retours entre recherche de respectabilité et radicalité. Ces partis oscillent entre l’un et l’autre en fonction des rapports de force internes, de leur stade de développement et d’éléments extérieurs (puissance du mouvement ouvrier, contexte économique et politique).&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les deux fascismes</strong></h2>



<p>L’idée d’une tension stratégique entre la matraque et la cravate est exposée dès 1921 dans un article de Gramsci intitulé <em>Les deux fascismes</em>. A l’époque, il explique que cette tension se cristallisait autour de deux pôles &#8211; le fascisme agraire incarné par les propriétaires terriens et le fascisme urbain porté par les petits-bourgeois des villes (petits commerçants et anciens combattants) &#8211; qui ont des motivations et des intérêts matériels différents mais qui sont réunis par l&rsquo;anti-socialisme et la mise en mouvement radicale proposée par Mussolini. Gramsci raconte que la violence fasciste (expéditions punitives contre des villes socialistes menées par des armées de centaines voire milliers de chemises noires) finit par créer une retenue chez les petits bourgeois des villes. Ces derniers considèrent alors que la violence était utile au début pour neutraliser les socialistes<sup data-fn="709fbf61-0891-4786-a467-07495e354710" class="fn"><a id="709fbf61-0891-4786-a467-07495e354710-link" href="#709fbf61-0891-4786-a467-07495e354710">2</a></sup> mais qu’elle risque désormais de gêner leur alliances électorales et de mécontenter les couches moyennes. Les fascistes ruraux, eux, ne veulent pas renoncer à la violence car ils en ont besoin pour surexploiter la paysannerie et mater ses révoltes<sup data-fn="a358a6e6-f2d5-4af7-88f8-cf7d0936a4b6" class="fn"><a id="a358a6e6-f2d5-4af7-88f8-cf7d0936a4b6-link" href="#a358a6e6-f2d5-4af7-88f8-cf7d0936a4b6">3</a></sup>.<br></p>



<p>Gramsci prédit que cette tension pourrait être&nbsp; génératrice de scission au sein du camp fasciste et qu&rsquo;elle pourrait entraîner la création d’un parti qui porterait les idées fascistes sur le terrain parlementaire mais qu&rsquo;elle ne fera pas cesser les violences du «&nbsp;fascisme véritable&nbsp;» dans la rue. Mussolini, par exemple, s&rsquo;est engagé sur le terrain parlementaire tout en encourageant en sous-main le développement de milices violentes sur lesquelles il s’est appuyé pour arriver au pouvoir.&nbsp;</p>



<p>Globalement, le succès des fascismes italiens mais aussi allemands tient au fait que leurs dirigeants ont su faire tenir ensemble la matraque et la cravate en trouvant le bon dosage au bon moment.</p>



<p>En 1930 et en 1931, alors que le parti nazi, le NSDAP, s’est énormément développé, Hitler doit faire face à une autre crise. Les SA (chemises brunes), qui étaient déjà très puissantes (170 000 hommes en 1931) mais mal payées et impatientes de prendre le pouvoir, ont protesté contre les tentatives d’Hitler de gagner en respectabilité, notamment quand ce dernier a temporairement interdit les violences de rue. Elles ont alors occupé par deux fois le siège du parti nazi. Hitler s’en est sorti grâce à la diplomatie et à la purge de 500 d’entre eux, les plus radicaux.</p>



<p>Ensuite, en juillet 1932, le NSDAP devient le 1<sup>er</sup> parti d’Allemagne. Hitler refuse la proposition du Président de devenir vice-chancelier. Il joue la carte du tout ou rien (comme Bardella en 2024). Il doit faire face à de vives tensions internes. De nombreux cadres du parti sont, en effet, tentés d’accepter les propositions de coalition faites par les conservateurs. Ces tensions s’accentuent avec la contre-performance électorale de novembre 1932. Le NSDAP est alors en crise. Il n’a plus d’argent. Il reste 1<sup>er</sup> parti d’Allemagne mais a perdu son élan alors, qu’à l’inverse, le KPD (parti communiste allemand) progresse. Le parti nazi est désormais au bord de l’implosion. Il est sauvé finalement par une partie des conservateurs qui nomment&nbsp; Hitler chancelier en pensant pouvoir le contrôler et damer le pion à des conservateurs concurrents.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Fascisme en tension au sein du FN</strong></h2>



<p>Le FN/RN n’a pas non plus échappé à ces tensions. Depuis sa création, il marche sur une instable ligne de crête. Pour se développer, les dirigeants du FN cherchent à dissimuler les liens qui les unissent aux militants violents et à créer des ponts idéologiques et politiques avec la droite conservatrice. Mais plus ils se rapprochent du pouvoir, plus ils courent le risque de se ramollir et d’être dilués dans la droite conservatrice. Pour éviter cette dérive à gauche et la notabilisation du parti (le fait que ses élus soient prêts à renier leur projet politique pour garder leur place au chaud), le FN fait parfois le choix de la radicalité. C’est ce qui s’est passé dans les années 1980. Après les premières victoires électorales du FN, Jean-Marie Le Pen a choisi de durcir sa ligne en multipliant les «&nbsp;dérapages&nbsp;» racistes et homophobes qui étaient, en fait, tout à fait contrôlés. Le pari était que cela ferait peut-être fuir quelques personnes mais que cela ressouderait les troupes derrière le chef. Il prédisait aussi que les voix perdues seraient regagnées par la suite et de manière plus durable. Le pari s’est avéré gagnant. Le FN a réussi à fidéliser un électorat grossissant sur des bases ouvertement réactionnaires.</p>



<p>Cette radicalisation a aussi permis de donner des gages aux militants plus radicaux et violents dont le FN ne peut se passer car ils sont garants du projet fasciste, aussi bien d’un point de vue idéologique que pratique. En effet, le RN ne pourra mener à bout son projet que via la voie institutionnelle. Il devra aussi s’imposer dans la rue et mater les institutions bourgeoises. Et qui de mieux que des militants formés politiquement, amateurs de castagne et désireux de casser du <em>gauchiste</em>, du <em>pédé </em>et de <em>l’arabe </em>pour guider un mouvement de masse qui aurait pour but d’écraser tout ce qui fait obstacle au projet fasciste au moment où le FN aura décidé de tomber le masque&nbsp;?</p>



<p>C’est ainsi qu&rsquo;apparaît le paradoxe du RN entre le fait qu’il n’ait pas de mots assez durs publiquement vis-à-vis des fachos violents ou ouvertement racistes et qu’il leur offre en sous main des postes d’élus, d’assistants parlementaires, de chargés de communication et qu’il fait appel à eux pour leur service d’ordre. Ils ont besoin des radicaux pour que le parti n’oublie pas ses fondamentaux mais ils ne peuvent pas pour autant leur laisser toute la place au risque de retomber dans la marginalité politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Crises du RN</strong></h2>



<p>Depuis 2011 et l’intronisation de Marine Le Pen, la dynamique du FN (en progression constante dans les urnes) fait que la stratégie de la cravate est quasi incontestée, même parmi les cagoulés. Quand tout va bien, les tensions entre la cravate et la matraque sont mises sous le tapis. Mais elles ressurgissent aux premières difficultés. Pendant le mouvement social de 1995, le fait que la gauche soit de nouveau à l’offensive a fait que le FN pouvait moins facilement apparaître comme un débouché crédible pour la colère. Dans ce contexte, et alors que Le Pen était déclaré inéligible (déjà!), le FN a traversé des turbulences. Comme c’est arrivé à de nombreuses reprises dans l’histoire du parti<sup data-fn="2338c770-b8a8-4e6f-9007-10cee0973f8d" class="fn"><a id="2338c770-b8a8-4e6f-9007-10cee0973f8d-link" href="#2338c770-b8a8-4e6f-9007-10cee0973f8d">4</a></sup>, Le Pen a dû faire face à une tentative de débordement sur sa «&nbsp;gauche&nbsp;». Mégret et la plupart des cadres, peu convaincus par la ligne radicale de Le Pen,proposent de nouer des alliances avec la droite pour accéder au pouvoir. Jean-Marie Le Pen résout la crise en excluant et en humiliant Mégret et ses lieutenants du parti et en maintenant sa ligne radicale. Le parti était affaibli mais l’autorité du chef était réaffirmée. Trois ans plus tard, le FN était au 2ème tour de l’élection présidentielle tandis que le parti de Mégret tombait dans les oubliettes.</p>



<p>Avec l&rsquo;inéligibilité potentielle de Marine Le Pen, une nouvelle période de crise s’ouvre et avec elle, les tensions stratégiques mises sous le tapis refont surface. On l’a vu juste après l’annonce de l’inéligibilité. Certains cadres appelaient à des manifestations partout et avaient un discours public assez véhément contre les institutions et en appelant à la résistance populaire.Mais la ligne respectable l’a temporairement emporté et la colère qu’ils avaient eux-même attisée a été vite canalisée. Pas de manifestation en région mais un seul rassemblement à Paris, pour éviter tout débordement. La direction du parti aurait même préféré un meeting dans une salle pour limiter le risque de violences mais il n’y en avait pas d’assez grande de disponible en aussi peu de temps, c’est donc par défaut qu’ils ont organisé la 1ère mobilisation dans l’espace public du RN depuis des années.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Profiter des crises</strong></h2>



<p>Les partis fascistes revoient leurs stratégies en fonction des crises qu’ils traversent ou que traverse la société. Et sous certaines conditions (aggravation des crises économiques et politiques, poussée révolutionnaire, perte de vitesse électorale ou au contraire accession au pouvoir), les fascistes pourraient de nouveau chercher à construire un mouvement de masse et être soutenus dans cette entreprise par la bourgeoisie. Le meilleur moyen de s’assurer que les fascistes ne parviennent pas à leurs fins (c’est-à-dire notre fin), c’est de tuer leur mouvement dans l&rsquo;œuf. L’œuf est déjà bien gros. L’analyse de Gramsci nous est utile, à la fois, pour ne pas baisser la garde et garder en tête que les fascistes portent plusieurs costumes mais elle nous donne aussi des pistes pour les attaquer en profitant de leurs contradictions. Gramsci nous invitait déjà en 1921 à “profiter de la période de calme relatif provoquée par les dissensions internes des bandes fascistes”.&nbsp;</p>



<p>Sauf qu’en Allemagne et en Italie, le mouvement ouvrier n’a jamais profité de ces crises.&nbsp; En Italie, les socialistes exhortaient à l’inaction face aux fascistes («&nbsp;Restez dans vos maisons&nbsp;; ne répondez pas aux provocations. Même le silence, même la lâcheté sont parfois héroïques&nbsp;», disait un dirigeant et se concentraient sur l’opposition parlementaire en allant jusqu’à signer avec eux un pacte de non-agression. En Allemagne, les communistes sous-estimaient le danger fasciste et combattaient les socialistes avec autant de hargne que les fascistes. Les socialistes, eux, comptaient juste sur la voie institutionnelle pour stopper les nazis. Aucun d’eux n’a su tirer profit des crises, parfois profondes, qu’ont pourtant traversé les partis fascistes.&nbsp;</p>



<p>Nous avons la possibilité de ne pas reproduire les mêmes erreurs à condition de bien cerner la menace et de la traiter en conséquence. Le retour d’un mouvement de masse fasciste incarné par le RN et sa galaxie est une option à considérer sérieusement. Pour l’instant le RN est fort dans les urnes et les médias mais la présence des fachos dans la rue, bien que menaçante et croissante, reste groupusculaire. </p>



<p>Leur ascension est résistible à condition de faire les bons choix. Nous devons créer un mouvement antifasciste de masse, suffisamment nombreux pour empêcher (ou à minima perturber) toute apparition publique des fachos car chacune d’elles contribue à la fois à banaliser leur présence et leur permet de recruter des militants. Nous ne devons pas les laisser traduire leur puissance médiatique et institutionnelle en puissance militante. Seule l’unité d’action de tout notre camp contre les fascistes peut nous permettre d’y parvenir. Nous devons aussi, rediaboliser le RN car leur progression s’appuie en grande partie sur sa stratégie de respectabilité. En montrant son vrai visage, nous fragiliserons le bloc fasciste qu’ils construisent en compliquant leurs alliances avec la droite conservatrice et en les empêchant de recruter de nouveaux électeurs et militant.es<s> </s>.&nbsp;</p>



<p>Au lendemain du départ de Mégret, le FN était au fond du trou mais Ras l’Front et le reste du mouvement antifasciste n&rsquo;ont pas réussi à lui porter le coup de grâce. Groupons nos forces et, cette fois-ci, finissons le travail.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Manu (Saint-Brieuc)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="96ca0e92-420a-49f8-b59a-c5bc12eefbaf">Organisation d’Armée Secrète est une organisation politique fasciste qui menait un combat contre l’indépendance algérienne dès 1961. <a href="#96ca0e92-420a-49f8-b59a-c5bc12eefbaf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="709fbf61-0891-4786-a467-07495e354710">Ils sont passés de lutte de classe à collaboration de classe quand la moitié d’entre eux ont accepté de créer une coalition avec la droite et ont signé un pacte de pacification avec les fascistes. <a href="#709fbf61-0891-4786-a467-07495e354710-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a358a6e6-f2d5-4af7-88f8-cf7d0936a4b6">Un travail serait à mener sur les assises matérielles contemporaines des divergences stratégiques entre les partisans de la cravate et de la cagoule. <a href="#a358a6e6-f2d5-4af7-88f8-cf7d0936a4b6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="2338c770-b8a8-4e6f-9007-10cee0973f8d">https://www.quefaire.lautre.net/La-crise-d-un-parti-fasciste <a href="#2338c770-b8a8-4e6f-9007-10cee0973f8d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/fascisme-en-tension-comprendre-et-combattre-les-fascistes-avec-gramsci/">Fascisme en tension : comprendre et combattre les fascistes avec Gramsci </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Le RN a-t-il renoncé à la violence ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-rn-a-t-il-renonce-a-la-violence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Sep 2025 13:28:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Lepen]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Bleu marine dehors. Brun dedans. 50 ans après sa création, la stratégie du FN/RN n’a pas changé. Malgré ses efforts de dédiabolisation, nombreux sont les exemples qui prouvent que le RN nourrit toujours un projet <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-rn-a-t-il-renonce-a-la-violence/" title="Le RN a-t-il renoncé à la violence ?">[...]</a></div>
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<p><em>Bleu marine dehors. Brun dedans. 50 ans après sa création, la stratégie du FN/RN n’a pas changé. Malgré ses efforts de dédiabolisation, nombreux sont les exemples qui prouvent que le RN nourrit toujours un projet fasciste. Il attend juste que les conditions soient réunies pour écraser tout ce qui fait obstacle à son projet de régénération nationale.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #18 &#8211; septembre 2025</h6>



<p>Comment un parti créé par des nostalgiques du IIIème Reich adeptes de la violence politique (ancien SS, collabos et membres de l’OAS) a pu devenir le 1<sup>er</sup> parti de France ? En faisant du double jeu permanent le cœur de sa stratégie. Pour sortir de la marginalité politique, au lendemain de la 2eme GM, les cerveaux du FN ont convaincu différents mouvements fascistes de s’unir et d’abandonner temporairement la violence pour miser sur la stratégie électorale. Dès le départ, le FN est une vaste tentative de dédiabolisation.</p>



<p>Depuis sa création, le FN met tout en œuvre pour montrer qu’il a pris ses distances avec une des caractéristiques principales des fascismes historiques : l’existence d’un mouvement de masse capable d’écraser tout ce qui fait obstacle à son projet de régénération nationale, à savoir les forces de gauche et les minorités.</p>



<p>François Duprat, un des artisans de la stratégie électorale du FN, invitait ses militants à renoncer aux bastons avec les gauchistes et tout ce qui pourrait les faire passer pour des nazillons. Néanmoins, à ses débuts, le parti laissait quelques libertés à ses membres. La double appartenance (FN et groupuscules violents) était possible et les militants FN avaient eux mêmes recours à la violence et aux actions coup de poing (comme l’occupation du domicile de Pasqua par des militants du GUD et du FNJ). Deux assassinats racistes (Ibrahim Ali et Brahim Bouarram) ont été commis par des militants du FN et des violences racistes mais aussi contre la gauche ou les journalistes accompagnaient régulièrement les sorties publiques du FN.</p>



<p>Mais depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête, le FN est passé à l’acte II de la dédiabolisation. Plus il se rapproche du pouvoir, plus il joue la carte de la respectabilité et cherche à invisibiliser les éléments qui rappellent son toujours-là fasciste. “Plus on avance, plus on a de députés, plus on se doit de montrer qu’on agira dans le respect de la loi et la Constitution”, s’est senti obligé de préciser Louis Alliot, vice-président du FN. Ainsi, peu après l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête, le FN a décidé d’arrêter les manifestations pour éviter tout débordement.&nbsp;</p>



<p>Car malgré les déclarations publiques des cadres du FN, les liens avec les fachos cagoulés et ouvertement racistes restent nombreux, à la tête de l’organisation comme à sa base<sup data-fn="bfde702c-2f01-43b3-a0c9-80923cbf4271" class="fn"><a id="bfde702c-2f01-43b3-a0c9-80923cbf4271-link" href="#bfde702c-2f01-43b3-a0c9-80923cbf4271">1</a></sup>. David Rachline, vice-président du RN, est considéré selon plusieurs sources comme un « antisémite pathologique ». Jordan Bardella et Marine Le Pen entretiennent des liens économiques, politiques et intimes avec les piliers de la Gud Connexion. « Avec eux, c’est à la vie à la mort » avait déclaré Marine Le Pen à leur sujet. Eux c’est Axel Lousteau et Frédéric Châtillon. Ces anciens dirigeants du GUD, antisémites notoires, ont occupé jusqu’à récemment des postes clés au sein du FN (trésorier, chargé de campagne…) avant de vendre des prestations au parti via leurs entreprises de com’ et de sécurité. Suite à leur participation au défilé néonazi du C9M où l’un d’eux avait menacé un journaliste, Marine Le Pen avait timidement pris ses distances avec eux. Mais même s’ils n’apparaissent plus dans l’organigramme du parti, ils ne sont jamais très loin de l’oreille et du portefeuille de ses dirigeants.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Troupeau de brebis galeuses</strong></h2>



<p>Pendant les législatives 2024, alors que Bardella peinait à reconnaître la présence de « quatre ou cinq brebis galeuses » parmi les candidats RN, Mediapart en a débusqué une centaine, dont beaucoup ont été élus et maintenus en poste malgré la révélation de leur racisme patenté ou de leur proximité avec des groupes violents.</p>



<p>Par ailleurs, nombre d’élus RN ont embauché des assistants parlementaires issus de groupuscules violents voire ouvertement nazis. Selon un décompte du chercheur Nicolas Lebourg, une cinquantaine de militants identitaires travaillent pour le RN à des postes de communicants. Et encore davantage assurent le service d’ordre ou distribuent des tracts.<br>Ces liens entre fachos en costard et en cravate se renouvellent via les organisations de jeunesse<sup data-fn="7dcb15a6-29a6-4928-a17f-2f48b034e977" class="fn"><a id="7dcb15a6-29a6-4928-a17f-2f48b034e977-link" href="#7dcb15a6-29a6-4928-a17f-2f48b034e977">2</a></sup>. La Cocarde (et dans une moindre mesure l’UNI), syndicat étudiant qui sert d’espace de recrutement pour le RN (au moins 15 d’entre eux ont été embauchés par le RN en 2023) est également un lieu de speed dating entre faf respectables et violents. Le syndicat fait autant dans la formation idéologique que dans le déblocage à coups de poings de facs occupées. Beaucoup ont la double appartenance Cocarde/RNJ (Rassemblement National Jeunesse), mais on y trouve aussi nombre de militants identitaires, des Républicains et des zemmouristes.</p>



<p>Le RN pour l’instant doit rester discret voire montrer sa désapprobation face aux attaques et aux déclarations les plus violentes (comme la descente raciste de Romans-Sur-Isère ou du meurtre raciste d’Hichem Miraoui par un homme qui appelait à voter RN) mais il témoigne dès qu’il peut son soutien à des formes d’intimidations qu’il juge acceptables. Le parti avait ainsi salué l’action anti-migrants de Génération identitaire à la frontière italienne. Le collectif fémonationaliste Nemesis a également pu préparer ses actions au château des Le Pen<sup data-fn="c10fae83-ec53-4329-978d-728af313669d" class="fn"><a id="c10fae83-ec53-4329-978d-728af313669d-link" href="#c10fae83-ec53-4329-978d-728af313669d">3</a></sup>. Enfin, les députés RN s’affichent avec la Coordination Rurale, un syndicat agricole connu pour les prises de position racistes de ses dirigeants et ses actions violentes contre des institutions, des paysan-nes et des militant-e-s de gauche.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="a39b9b" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="750" height="500" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/09/Action-frontiere-GI.webp" alt="" class="wp-image-10027 not-transparent" style="--dominant-color: #a39b9b; width:470px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/09/Action-frontiere-GI.webp 750w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/09/Action-frontiere-GI-300x200.webp 300w" sizes="(max-width: 750px) 100vw, 750px" /></figure>



<p><br></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand vont-ils tomber le masque ?</strong></h2>



<p>Pourquoi le RN entretient autant de liens avec des militants ouvertement racistes et violents alors que ceux-ci nuisent à sa quête de respectabilité ? Le parti a besoin d’eux pour garantir sa radicalité idéologique et éviter la notabilisation<sup data-fn="e3cf0afa-4326-474d-b7a3-a498c5b5bb41" class="fn"><a id="e3cf0afa-4326-474d-b7a3-a498c5b5bb41-link" href="#e3cf0afa-4326-474d-b7a3-a498c5b5bb41">4</a></sup> autant que pour former l’avant-garde d’un futur mouvement de masse capable d’imposer le projet raciste de régénération nationale du RN dans les rues.</p>



<p>La recrudescence d’actions violentes suites aux bons scores du FN/RN de 2024 montre que nombre de fachos, isolés ou organisés, n’attendent qu’un signal pour se lâcher. Un seul exemple : l’agression homophobe menée par Gabriel Loustau, actuel chef du GUD et fils d’Axel, accompagné par deux membres du RN après la victoire du RN aux européennes. L’un a crié en partant : « Vivement dans trois semaines, on pourra casser du pédé autant qu’on veut ».</p>



<p>Pour le moment, le FN/RN retient à peu près ses chiens et mise sur la respectabilité. Mais, sous certaines conditions, le RN pourrait être amené à changer de stratégie et à construire activement un mouvement de masse :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>aggravation de la crise. Le RN, comme les nazis avant lui, pourraient avoir envie de l’aggraver encore en multipliant les violences ciblées et se poser comme seuls à même de pouvoir ramener l’ordre.</li>



<li>poussée révolutionnaire</li>



<li>émeutes racistes</li>



<li>crise interne au parti (déroute électorale, décision judiciaire défavorable….) : si le RN perd son élan, il pourrait avoir envie, pour resserrer ses rangs, de lâcher un peu la bride aux aspirants à la violence, comme Hitler l’a fait après les élections décevantes de novembre 32</li>



<li>victoire électorale: ils vont avoir du mal à contenir leurs militants qui se rongent le frein depuis des décennies. D’autant plus si leur accession au pouvoir entraînait une réaction conséquente de la gauche qui justifierait une radicalisation des fachos pour l’endiguer.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les fachos ont-ils encore besoin d’un mouvement de masse ?</strong></h2>



<p>Le sociologue Ugo Palheta (et d’autres avec lui) considère qu’au vu de la puissance des appareils répressifs, de l’affaiblissement actuel du mouvement ouvrier, de l’absence d’un événement comme la première guerre mondiale qui a préparé à l’époque les esprits à la violence de masse, le fait que les fascistes construisent un mouvement de masse est moins probable. Ils pourraient se contenter de mettre l’appareil d&rsquo;État au service de leur politique de régénération nationale.</p>



<p>Mais il y a une différence entre arriver au pouvoir et prendre le pouvoir<sup data-fn="1e9ca5c4-0d7f-49a1-beb4-8f85f740ba34" class="fn"><a id="1e9ca5c4-0d7f-49a1-beb4-8f85f740ba34-link" href="#1e9ca5c4-0d7f-49a1-beb4-8f85f740ba34">5</a></sup>. Vu que le projet fasciste est partiellement autonome de celui de la bourgeoisie<sup data-fn="31b477d2-ce8e-4f8a-b2a3-fff80b4f5a57" class="fn"><a id="31b477d2-ce8e-4f8a-b2a3-fff80b4f5a57-link" href="#31b477d2-ce8e-4f8a-b2a3-fff80b4f5a57">6</a></sup>, jusqu’au bout de leur règne, les fascistes ont dû maintenir des institutions parallèles (milices, mouvement de jeunesse, clubs de loisirs, syndicats…) pour mater les menues résistances des institutions bourgeoises et s’assurer de leur pleine collaboration au projet fasciste. « En Italie, le parti fasciste doubla tous les niveaux d’autorité publique d’une agence du parti : les chefs locaux du parti flanquaient les maires désignés (podestà), les secrétaires régionaux de parti (federale) flanquaient les préfets, la milice fasciste flanquait l’armée, et ainsi de suite », décrit l’historien Robert O. Paxton.</p>



<p>Tant que la situation n’est pas mûre et que certaines des conditions énumérées plus haut ne sont pas remplies, les fascistes ne peuvent pas se permettre de tomber le masque. C’est comme ça qu’il faut analyser la situation italienne actuelle. Meloni, qui est pourtant une authentique fasciste, doit pour le moment se contenter de gouverner comme une réactionnaire classique pour garder le soutien de la bourgeoisie et ne pas effaroucher sa base sociale qui n’est pas encore prête au retour de la violence fasciste. Mais gardons en tête que les choses peuvent aller très vite. En Italie, seulement trois ans se sont écoulés entre la création des faisceaux de combat et l’accession au pouvoir de Mussolini.</p>



<p>Le RN, lui aussi, s’il veut mettre en place son projet fasciste le moment venu, aura besoin de mettre les foules en mouvement pour l’imposer dans la rue et les institutions.</p>



<p>Perturbation de lectures drag, syndicats de parents d’élèves réactionnaires qui mettent la pression sur les enseignants, campagnes d’affichage anti-islam, têtes de cochons et tags racistes devant le domicile de personnes racisées, attaque d’un centre LGBT ou de locaux militants, agressions physiques (allant jusqu’au meurtre) de minorités ou de militant.es… Ces actions d’intimidations plus ou moins violentes et organisées qui se multiplient déjà pourraient se systématiser si le RN décidait de les encourager ouvertement. Pour l’instant les fascistes sont forts dans les médias et les institutions mais leur base militante est encore faible bien qu’en progression<sup data-fn="4a989844-03f0-42f0-bc56-b4ba6751685e" class="fn"><a id="4a989844-03f0-42f0-bc56-b4ba6751685e-link" href="#4a989844-03f0-42f0-bc56-b4ba6751685e">7</a></sup>. Si le RN arrive à construire un mouvement de masse, cela signifierait l’écrasement de tous nos espaces d’organisation et des minorités. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>A quoi ressemblera le fascisme du XXIème siècle ?</strong></h2>



<p>Plutôt qu’un mouvement de masse en uniforme, centralisé et étiqueté RN, le mouvement de masse fasciste de demain prendra peut-être des formes plus rhizomatiques et informelles : un réseau de collectifs de différentes natures (ponctuels ou éphémères, thématiques ou généralistes, locaux ou nationaux) qui malgré leurs différences se placent sous le patronage politique du RN sans forcément en être membres. Le RN pourrait se contenter d’encourager les révoltes réactionnaires sans en assumer directement la responsabilité à l’image de ce qu’a fait Trump avec le Capitole.&nbsp;</p>



<p>Cette tendance est déjà en germe. En 2018, une militante de Génération identitaire explicitait la division du travail implicite qui structure leurs rangs : « Le FN fait son taf, c’est la politique. Et nous c’est la rue ». Les fachos, qu’ils soient isolés ou déjà organisés, savent qu’ils ont besoin d’un parti pour donner un débouché politique à leurs colères éparses. Et le RN s’est imposé comme le seul à même d’unir et de porter au pouvoir le bloc fasciste. Les fachos l’ont bien compris. Il est urgent que notre camp le comprenne également. Pour s’attaquer au fascisme, il faut viser en premier lieu sa tête et non ses membres (les luttes contre Bolloré ou les groupuscules violents ne devraient faire passer la lutte contre le RN au second plan). Et cela passe par l’unité d’action de notre classe car on n’arrêtera pas le rouleau compresseur fasciste avec les seules forces révolutionnaires. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Manu (St Brieuc)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="bfde702c-2f01-43b3-a0c9-80923cbf4271"><a href="https://linsoumission.fr/2024/05/07/gud-neonazi-rn-portrait/">https://linsoumission.fr/2024/05/07/gud-neonazi-rn-portrait/</a> <a href="#bfde702c-2f01-43b3-a0c9-80923cbf4271-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="7dcb15a6-29a6-4928-a17f-2f48b034e977"><a href="https://www.youtube.com/watch?v=B45SjXMYLKg">https://www.youtube.com/watch?v=B45SjXMYLKg</a> <a href="#7dcb15a6-29a6-4928-a17f-2f48b034e977-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="c10fae83-ec53-4329-978d-728af313669d"><a href="https://universitepopulairetoulouse.fr/spip.php?article3308">https://universitepopulairetoulouse.fr/spip.php?article3308</a> <a href="#c10fae83-ec53-4329-978d-728af313669d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="e3cf0afa-4326-474d-b7a3-a498c5b5bb41">Risque que les élus RN mettent de côté leur projet de départ pour maintenir leurs avantages <a href="#e3cf0afa-4326-474d-b7a3-a498c5b5bb41-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="1e9ca5c4-0d7f-49a1-beb4-8f85f740ba34">Dans le livre référence “Fascisme en action”, l’historien  Robert O. Paxton explique qu’Hitler et Mussolini sont arrivés au pouvoir via des gouvernements de coalition et qu’il leur a fallu entre plusieurs mois et plusieurs années pour obtenir les pleins pouvoirs <a href="#1e9ca5c4-0d7f-49a1-beb4-8f85f740ba34-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="31b477d2-ce8e-4f8a-b2a3-fff80b4f5a57"> <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/">https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/</a> <a href="#31b477d2-ce8e-4f8a-b2a3-fff80b4f5a57-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="4a989844-03f0-42f0-bc56-b4ba6751685e">Le RN revendique 100 000 adhérent.es et le journaliste Sébastien Bourdon estime que les militants d’extrême-droite radicale sont 10 000 en France. Mais ce chiffre n’inclut pas par exemple les 15 000 membres de la Coordination Rurale, syndicat agricole fasciste, ni les 25 000 membres revendiqués de l’UNI. <a href="#4a989844-03f0-42f0-bc56-b4ba6751685e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-rn-a-t-il-renonce-a-la-violence/">Le RN a-t-il renoncé à la violence ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Brochure : Comprendre le fascisme pour mieux le combattre &#8211; Version actualisée</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-comprendre-le-fascisme-pour-mieux-le-combattre-version-actualisee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Apr 2025 13:15:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brochures]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Brochure]]></category>
		<category><![CDATA[le pen]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">En Juin 2017, A2C a produit une brochure intitulée « Comprendre le fascisme pour mieux le combattre ». Depuis, cette brochure a été largement diffusée dans le mouvement, servant parfois de support à élaborer des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/brochures/brochure-comprendre-le-fascisme-pour-mieux-le-combattre-version-actualisee/" title="Brochure : Comprendre le fascisme pour mieux le combattre &#8211; Version actualisée">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>En Juin 2017, A2C a produit une brochure intitulée <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/revue-da2c/brochure-comprendre-le-fascisme-pour-mieux-le-combattre/">« Comprendre le fascisme pour mieux le combattre »</a>. Depuis, cette brochure a été largement diffusée dans le mouvement, servant parfois de support à élaborer des stratégies au sein des luttes antifascistes.</p>



<p>Suite à la dissolution de l’Assemblée Nationale en juin dernier, et convaincu·e·s que, plus que jamais, le danger fasciste est concret, il nous a semblé essentiel de produire une nouvelle version de cette brochure, actualisée autour de deux axes manquants : la caractérisation du RN comme parti fasciste, et l’élaboration de perspectives stratégiques différentes de celles portées par le mouvement antifasciste aujourd’hui.</p>



<p>Nous reproduisons donc ici quatre textes qui nous semblent permettre de cerner précisément la réalité du danger fasciste auquel nous faisons face… pour mieux combattre sa résistible ascension.</p>



<p>Nous publions ci-dessous le sommaire de cette brochure. </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="f5f4f4" data-has-transparency="false" decoding="async" width="537" height="612" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/04/image-png.webp" alt="" class="wp-image-9500 not-transparent" style="--dominant-color: #f5f4f4; width:347px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/04/image-png.webp 537w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/04/image-263x300.webp 263w" sizes="(max-width: 537px) 100vw, 537px" /></figure>



<p>Pour vous la procurer, contactez les militant·e·s A2C des divers groupes locaux (en région parisienne, Rennes, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Nantes, Brest) ou <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/contact/">contactez-nous ici</a>. Pour télécharger la brochure au format pdf, cliquez ici : </p>



<div data-wp-interactive="core/file" class="wp-block-file"><object data-wp-bind--hidden="!state.hasPdfPreview" hidden class="wp-block-file__embed" data="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/04/Brochure-fascisme-version-actualisee.pdf" type="application/pdf" style="width:100%;height:600px" aria-label="Contenu embarqué &lt;strong&gt;Brochure fascisme version actualisée&lt;/strong&gt;."></object><a id="wp-block-file--media-2fe1c653-1046-4f3e-bd2d-5f127bcce08f" href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/04/Brochure-fascisme-version-actualisee.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>Brochure fascisme version actualisée</strong></a></div>



<p></p>
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		<item>
		<title>Après la manif régionale de Lorient, il nous faut une stratégie antifasciste !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/retour-sur-la-manif-antifasciste-de-lorient-du-2-mars/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Mar 2025 14:16:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[Manif]]></category>
		<category><![CDATA[Retour militants]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 2 mars, une manifestation antifasciste régionale initiée par le Front antifasciste Lorient a réuni entre 1800 et 2500 personnes. Il faut saluer l’initiative des camarades lorientais·es qui ont initié cette manifestation appelée par 70 <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/retour-sur-la-manif-antifasciste-de-lorient-du-2-mars/" title="Après la manif régionale de Lorient, il nous faut une stratégie antifasciste !">[...]</a></div>
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]]></description>
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<p><strong>Le 2 mars, une manifestation antifasciste régionale initiée par le Front antifasciste Lorient a réuni entre 1800 et 2500 personnes. Il faut saluer l’initiative des camarades lorientais·es qui ont initié cette manifestation appelée par 70 orgas. Toute tentative contribuant à faire de l’antifascisme le sens commun et cherchant à impliquer largement est à encourager. Mais il y a un bilan à faire car la manière dont la manif’ s’est terminée met en lumière des manquements stratégiques qui touchent tout le mouvement antifasciste. Retour à chaud pour ouvrir de nécessaires discussions.</strong><br></p>



<p>Gros dispositif policier. Intimidation des keufs en amont qui arrêtent tous les véhicules qui s’approchent du point de RDV, fouillent les coffres et contrôlent les identités. Plus contrôle des personnes à pied aléatoirement. 4 personnes sont en garde à vue avant même que la manif ne démarre. Ça mettait un certain niveau de tension avant même de commencer + ça te faisait bien comprendre que les antifascistes sont considéré.es comme une menace et qu’être antifa c’est un truc qui risque de te causer des ennuis.</p>



<p>Après lecture du texte d’appel, la manif part. Première moitié de manif pépère. Des tags, des collages, des chants. Mobilisation variée : cortège de tête derrière de belles banderoles portées par un bloc de noir vêtu d’environ 200 personnes. Cortège divers : présence d’un cortège sans papiers rennais petit mais dynamique, d’un cortège féministe et d’un cortèges syndical enthousiastes, présence de Young Struggle, de l’UCL, de mouvements régionalistes, de collectifs antifascistes en zone rurale, d’une fanfare… Grosse présence sur les murs de la ville de la campagne Désarmer Bolloré. J’ai pas vu beaucoup d’affiches/tags ciblant le RN à part « le RN est belliqueux, nous aussi ». Les messages restaient généralistes et pour certains, pas très inspirés : « nik 1 faf », « Macron explosion ». Quelques chants/slogans entendus : « R comme racistes, N comme nazis ». « Bretagne antifa », « lorient antifa », « pas de fachos en Bretagne, ni en ville ni en campagne ».</p>



<p>Changement d’ambiance à partir de la moitié du cortège. La vitre du siège du PS est défoncée, le tout agrémenté d’un petit tag « PS traître au mouvement, LFI aussi ». Sur le parcours, une banque et plusieurs agences d’intérim sont défoncées. La répression ne se fait pas attendre. A un carrefour, un accrochage avec les keufs amène plusieurs nuages de gaz. La majorité du cortège, plutôt ambiance balade du dimanche en famille, n’était pas préparée à ça et a donc logiquement rebroussé chemin, sans comprendre ce qui se passait. J’ai entendu beaucoup de gens se plaindre de la casse et partager leur incompréhension sur les cibles. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La bonne cible au bon moment</strong></h2>



<p>Résultat : débandade. Suite à la casse des vitrines et à la répression qui a suivi, nous perdons plus de la moitié du cortège et les gens avancent en ordre dispersé. Sans entrain. Gros flottement. Pourtant c’est un moment clé car nous arrivons près d’un bar de fachos qui représente une cible de choix pour une manif antifasciste. Le front antifasciste qui organise la manif ne donne pas de consignes ni d’infos. Je n’ai par exemple pas entendu d’infos sur les arrestations en amont de la manif ni même sur les arrestations en cours de manif, ce qui n’a pas permis de réfléchir aux moyens de soutenir les camarades (si ça a été fait, l’info a mal circulé car on est nombreux.ses à ne pas les avoir eu). J’entends juste Solidaires qui annonce le repli puis peu après explique qu’on est bloqué parce que les flics nous empêchent l’accès au bar de fachos. Iels rangent tout de même leur sono dans la foulée. Et pour cause. Il n’y a plus aucun enthousiasme.</p>



<p>Pourtant, c’est à ce moment là que nous aurions dû faire preuve de combativité. Autant beaucoup de personnes étaient dubitatives voire énervées de la casse du local du PS et des agences d’interim, autant nous aurions pu assumer collectivement l’attaque d’un repaire de fascistes. Ou du moins si une partie du cortège avait pris l’initiative, la cible était compréhensible, même pour celles et ceux qui sont effarouchées par la «&nbsp;violence&nbsp;». Et même si tout le monde n’y avait pas participé et approuvé, au moins les personnes auraient compris le mouv’.</p>



<p>Il y avait des fachos qui traînaient autour du cortège. Manque de cohésion et de communication ont fait qu’ils ont pu prendre en photo les gens tranquillement. Parfois ils ont été chassés (juste avec un coup de pression) sur l’initiative de petits groupes mais c’était loin d’être systématique. Plusieurs infos indiquant la présence de fafs aux alentours du cortège sont restées sans suite, notamment parce que la tête de cortège était trop concentrée sur les vitrines et les keufs et que les infos circulaient mal.<br><br>Nous sommes resté·es statiques un bon moment dans la rue à proximité du bar de fafs, bloqué·e·s par les keufs qui ne permettaient pas de suivre le parcours prévu, sans que j’entende une quelconque consigne.  Les flics ont, sans raison apparente, chargé et sont reparti·e·s avec une belle banderole « Bretagne antifasciste » distribuant des coups au passage. La rue s’est peu à peu vidée et les gens sont rentrés vers leur voitures. Pas de prise de parole à la fin parce que pas vraiment de fin de manif, juste une dispersion progressive. Ce qui veut dire pas de moment où on se donne un peu de force à la fin, pas de perspectives qui sont partagées largement, notamment à l’approche du 22 mars (journée internationale de lutte contre le racisme) et d’une possible dissolution cet été. C’est dommage. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Questionnements stratégiques</strong></h2>



<p>Cela pose la question de l’analyse et de la stratégie antifasciste (ou de leur absence). Pour certaines personnes, être antifa semblait vouloir dire être anti-tout, d’où le choix des cibles et certains slogans qui glorifiaient l’émeute sans rapport aucun avec le fascisme. Certes, la situation est tellement flippante que ça donne envie d’aller vite. Plus que jamais, «&nbsp;Tout cramer devient vital&nbsp;» comme le dit si bien le slogan. Mais on n’y arrivera pas à quelques incendiaires. Je précise que je n’ai aucune empathie pour les vitrines des agences d’intérim et encore moins du PS. Et en soi j’étais bien content que les étrons socialistes qui ont tant fait pour faire progresser le RN depuis Mitterand en prennent pour leur grade.&nbsp;</p>



<p>Mais on doit se poser la question de l’impact de ce genre de mouv’ pour la lutte antifasciste. Le problème n’est pas les moyens, mais les cibles. Etait-ce vraiment pertinent de se faire la vitrine du PS et des interims lors de cette manif&nbsp;? Quel en sera l’impact pour la suite de la lutte antifasciste&nbsp;? Préfère-t-on être 5 à attaquer le local du PS ou 500 à attaquer un local fasciste&nbsp;?&nbsp;</p>



<p>S’attaquer dans ce contexte à des cibles qui n’ont pas de lien direct avec le fascisme relève à mon sens d’un manque de pensée stratégique et tactique. Comme si on ne savait pas où taper et qu’on tapait ce qui nous tombe sous la main. Comme si on avait un seul outil, l’émeute, et que celui-ci devait être utilisé dans toutes les situations. A mon sens, les retombées de cette manif, que ce soit dans la presse (articles qui se focalisent sur le danger antifa plutôt que sur le danger fasciste) ou via les retours de terrain des camarades qui sont parti·e·s déçu·e·s et en colère de la manif, risquent d’être démobilisatrices. Elles ne vont pas faciliter la constitution/renforcement des mobilisations antifas larges dont nous avons pourtant besoin. Pour éviter cette démobilisation et faire en sorte de ne pas nous retrouver uniquement entre révolutionnaires à lutter contre le danger fasciste, nous devons faire en sorte que l’antifascisme soit réellement l’affaire de toutes et tous. Pour cela, nous devons nous doter d’une stratégie antifasciste claire et partagée pour la suite.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quel antifascisme&nbsp;?</strong></h2>



<p>Évidemment nous devons lutter sur d’autres fronts, mais gardons en tête que si les fascistes prennent le pouvoir, il n’y aura pas de révolution. <strong>La lutte antifasciste nécessite donc une lutte spécifique et doit se donner comme objectif prioritaire d’empêcher les fascistes de s’organiser. </strong>Ce qui distingue les fascistes des autres partis racistes et autoritaires, c’est leur volonté de mettre en mouvement la population pour écraser notre camp et toutes celles et ceux qui font obstacle à l’idée qu’ils se font de la pureté nationale. C’est cette capacité à mobiliser les masses dans la rue qui les rend utiles à la bourgeoisie quand elle n’est plus en mesure de gérer avec ses méthodes habituelles une grave crise du système.</p>



<p>Certes le FN/RN, en quête de respectabilité pour accéder au pouvoir, ne dispose pas de chemises brunes ou noires mais il n’a pas renoncé à la violence et il maintient des liens avec de nombreux groupuscules violents qui fleuriront dès l’accession du FN/RN au pouvoir ou l’aggravation de la crise<strong>.</strong> Si nous attendons que le FN/RN ait sa milice pour les appeler fascistes et les combattre comme tels, nous sommes mort·es car les fascistes avancent masqués. C’était déjà la stratégie des nazis que Goering, un dirigeant nazi, énonçait clairement en 1931 : « Nous voulons prendre le pouvoir légalement. Mais ce que nous ferons de ce pouvoir quand nous l’aurons, c’est notre affaire ». On connaît la suite de l’histoire. </p>



<p>Et pour qu’il y ait un danger fasciste, il faut qu’il y ait une organisation fasciste pour l’incarner. En France, c’est le FN/RN. C’est donc dès aujourd’hui qu’il faut combattre le FN/RN en tant que maison-mère du fascisme en France, celle sans qui les groupuscules violents et les milliardaires réacs ne pourraient pas grand chose. Cela veut dire&nbsp;: pas une réunion publique ou un tractage de fachos, l’urgence de rediaboliser le RN et de rappeler ses origines (un parti fondé par des nazis et collabos) et surtout son projet fasciste.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une stratégie unitaire, des tactiques différentes</strong></h2>



<p>Cela nécessite des alliances larges qui dépassent largement le rang des révolutionnaires. C’est à la construction de ce type d’alliances que ce genre de manif doit contribuer : un front large qui porte une stratégie unitaire qui autorise des tactiques différentes (tous les moyens sont bons pour empêcher un meeting du RN). C’est ce qu’a fait avec succès le Front antifasciste lorientais en regroupant de nombreuses organisations. Cependant, le texte d’appel de la manif du 2 mars<sup data-fn="b43ddb89-a9e2-478b-a523-3f4a10839d32" class="fn"><a id="b43ddb89-a9e2-478b-a523-3f4a10839d32-link" href="#b43ddb89-a9e2-478b-a523-3f4a10839d32">1</a></sup> reproduit une erreur d&rsquo;analyse qui traverse une grande partie du mouvement antifa en entretenant le flou sur ce qu’est le danger fasciste et donc sur les moyens de le combattre. Il ne parle que de manière marginale du RN (pourtant locomotive de tête du fascisme) et du racisme (qui est le carburant principal de cette locomotive). </p>



<p>Le texte d’appel se conclue ainsi : «&nbsp;Nous sommes convaincu·e·s que la réponse à la montée de l’extrême-droite réside dans un combat pour plus de justice et d’égalité sociale, pour toutes et tous&nbsp;». Avec Autonomie de classe, nous pensons au contraire que la lutte antifasciste nécessite une unité d’action de notre classe contre les fascistes et pas une unité de programme. Nous ne pouvons pas attendre d’avoir convaincu tout le monde du bien-fondé du communisme pour mettre les fachos hors d’État de nuire. On ne fera assurément pas la révolution avec le parti socialiste (on la fera contre lui et les tendances réformistes) mais gardons en tête que pour interdire des meetings fascistes ou virer des fafs d’un marché on aura sûrement besoin de sympathisant·es socialistes à nos côtés.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Qui est l’ennemi&nbsp;?</strong></h2>



<p>Oui le PS a une responsabilité énorme dans la montée du FN/RN et casser sa vitrine est plus que légitime. Mais en faisant ça, les camarades veulent prendre des raccourcis qui mènent à des impasses. Défoncer la vitrine du PS ne convaincra que les convaincus. Et nous coupera de ceux qui le considèrent encore légitime.</p>



<p>Si on veut convaincre que le réformisme pue du cul, il nous faut faire le taf au quotidien, dans nos espaces de lutte, de travail et de vie. Ça implique de faire de la politique en sortant de l’entre soi comme tente de le faire le Front commun lorientais. Être révolutionnaire passe par convaincre dans notre camp de la justesse de nos analyses et que notre radicalité n’est pas une posture mais une nécessite, la seule voie possible. <br>Ça n’empêche pas de casser des vitrines du  PS ou de les taguer mais ça semblait pas le bon contexte là, dans une manifestation antifasciste ! Encourageons le recours à une diversité de moyens mais mettons nous d’accord <strong>pour cibler les fascistes !</strong> Dans les années 30, le KPD (parti communiste allemand) taxait le SPD (parti socialiste allemand) de social-fasciste et traitait les socialistes comme des ennemis au même titre que les fascistes. Certes le SPD des années 30 n’est pas le PS d’aujourd’hui mais servons-nous de ces exemples historiques pour ne pas reproduire les erreurs. Luttons au quotidien contre les tendances réformistes au sein de notre camp mais construisons des mouvements antifas larges (qui incluent les réformistes qui sont ultra majoritaires aujourd’hui) pour empêcher les fachos de s’organiser et pour lutter contre le racisme.</p>



<p><em>Vous retrouverez sur notre site un article qui fait un bilan détaillé des impasses de l’antifascisme groupusculaire&nbsp;et argumente sur la nécessité d&rsquo;un mouvement antifasciste large qui ne soit pas le fait de spécialistes<sup data-fn="33f9e3d9-95a7-4a29-9c28-09d1ebeded1a" class="fn"><a id="33f9e3d9-95a7-4a29-9c28-09d1ebeded1a-link" href="#33f9e3d9-95a7-4a29-9c28-09d1ebeded1a">2</a></sup>. </em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Manu (Autonomie de Classe)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="b43ddb89-a9e2-478b-a523-3f4a10839d32"><a href="https://frontantifalorient.wordpress.com/">https://frontantifalorient.wordpress.com/</a> <a href="#b43ddb89-a9e2-478b-a523-3f4a10839d32-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="33f9e3d9-95a7-4a29-9c28-09d1ebeded1a">Sur le site d&rsquo;A2C, une <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-mouvement-antifa-aujourdhui/">analyse des mouvements antifa</a> ajourd&rsquo;hui. <a href="#33f9e3d9-95a7-4a29-9c28-09d1ebeded1a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Fascisme en France : état des lieux</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/fascisme-en-france-etat-des-lieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jan 2025 15:42:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisation]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les 11 et 12 janvier 2024 était organisé à la Dynamo (Pantin) un week-end de discussions intitulé « L&#8217;Alliance des tours et des bourgs? Chiche!« . Même si A2C ne faisait pas partie des organisations signataires, Vanina <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/fascisme-en-france-etat-des-lieux/" title="Fascisme en France : état des lieux">[...]</a></div>
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<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Fascisme en France : état des lieux - Intervention de Vanina Giuidicelli (A2C)" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/96mY0R_4QeA?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p>Les 11 et 12 janvier 2024 était organisé à la Dynamo (Pantin) un week-end de discussions intitulé « <em><strong>L&rsquo;Alliance des tours et des bourgs? Chiche!</strong></em>« .</p>



<p>Même si A2C ne faisait pas partie des organisations signataires, Vanina Giudicelli était invitée à intervenir au nom d&rsquo;A2C à la table-ronde « <em>Fascisme en France : état des lieux</em>« , aux côtés de l&rsquo;Action Antifasciste Paris-Banlieue et de René Monzat.</p>



<p>Le débat est disponible en intégralité sur <a href="https://www.youtube.com/live/iSiQobD8i_g">la chaîne Youtube de Paroles d&rsquo;Honneur</a>.</p>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le RN n’est pas le parti des ouvrier·es</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-rn-nest-pas-le-parti-des-ouvrieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jan 2025 15:36:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[bardella]]></category>
		<category><![CDATA[Élections]]></category>
		<category><![CDATA[le pen]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Depuis 2017, les résultats électoraux successifs du RN ont rendu la possibilité imminente de son accès au pouvoir crédible. Mais c’est suite à l’électrochoc des européennes et des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-rn-nest-pas-le-parti-des-ouvrieres/" title="Le RN n’est pas le parti des ouvrier·es">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Depuis 2017, les résultats électoraux successifs du RN ont rendu la possibilité imminente de son accès au pouvoir crédible. Mais c’est suite à l’électrochoc des européennes et des élections législatives anticipées que nombre de militant·e·s ont véritablement pris conscience du danger. S’en est suivi une formidable mobilisation qui, bien que circonscrite à la campagne électorale, a démontré la volonté de se battre d’une grande partie d’entre nous. Aujourd’hui, il est donc capital de bien cerner notre adversaire pour le combattre avec la stratégie adéquate. Or, nous nous heurtons à gauche à maintes conceptions erronées et illusions quant à l’électorat du RN et la nature de ce vote.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les sondages, un outil politique produit par l’idéologie dominante</strong></h2>



<p>Il est maintenant communément admis que le vote RN est un vote majoritairement populaire et ouvrier, nourri par la profonde détresse sociale dans les campagnes isolées. Cette idée reçue est abondement entretenue par les études et les sondages. Or, de nombreux biais ont été mis en avant par Tiberj qui insiste sur la rigueur méthodologique à avoir lorsqu’on utilise les sondages. En effet, ces derniers « sont devenus un enjeu politique majeur »<sup data-fn="353d32a7-434e-476c-a577-f9f92b2112f3" class="fn"><a id="353d32a7-434e-476c-a577-f9f92b2112f3-link" href="#353d32a7-434e-476c-a577-f9f92b2112f3">1</a></sup>. Le choix des sujets, leur fréquence et la manière dont les questions sont posées orientent le débat public. Ce n’est pas par hasard si le milliardaire Stérin, dont le projet Périclès vise à installer le RN au pouvoir, cherche à acheter un institut de sondage<sup data-fn="4ea9d428-d61f-4bf7-98ad-4d5f48a5f001" class="fn"><a id="4ea9d428-d61f-4bf7-98ad-4d5f48a5f001-link" href="#4ea9d428-d61f-4bf7-98ad-4d5f48a5f001">2</a></sup>. Aujourd’hui, les panels sont constitués en recrutant et rémunèrant des individus volontaires sur internet. Or, cette méthodologie entraîne d’une part, une surreprésentation de personnes d’extrême droite et d’autre part, une tendance à répondre aux questions impulsivement, sans que les conditions de passation soient connues<sup data-fn="7e621774-c387-461c-a806-a44065648ecf" class="fn"><a id="7e621774-c387-461c-a806-a44065648ecf-link" href="#7e621774-c387-461c-a806-a44065648ecf">3</a></sup>. Le sondage Elab du 20/12/23 commandité par CNews et Europe 1 est un exemple des contradictions de ce type d’étude : il indiquait que 71% des français·e·s étaient favorables à la préférence nationale et que 70% étaient satisfait·e·s du vote de la loi immigration pourtant, la CNCDH<sup data-fn="5e0ca56f-a84f-4ee6-8a98-1a5f7a77485f" class="fn"><a id="5e0ca56f-a84f-4ee6-8a98-1a5f7a77485f-link" href="#5e0ca56f-a84f-4ee6-8a98-1a5f7a77485f">4</a></sup> établissait en 2022 que pour plus de 60% des français·e·s, l’immigration est une source d’enrichissement culturel. </p>



<p>En fonction de la formulation des questions, de leur occurrence dans le débat public, de la méthode utilisée pour construire les échantillons, les résultats peuvent être diamétralement opposés.&nbsp;</p>



<p>Les sondages ont donc une fonction politique. Ils ne peuvent être utilisés qu’avec une très grande précaution, notamment lorsque ceux qui produisent l’idéologie dominante s’en servent pour établir que le vote RN serait un vote des classes populaires car comme le pointe Annie Collovald, ce n’est pas un hasard. En effet, dès les années 80, après les premières victoires du FN, un glissement sémantique s’observe chez les historiens et sociologues. De parti fasciste, il devient un parti « national-populiste ». Le succès du néolibéralisme a divisé le monde social en deux, les inclus et les exclus. Pour les experts en menace démocratique, « le peuple, [… est devenu] plus un problème à résoudre qu’à défendre »<sup data-fn="a486b6e8-be6c-47b3-8a6d-faefcec7bd3a" class="fn"><a id="a486b6e8-be6c-47b3-8a6d-faefcec7bd3a-link" href="#a486b6e8-be6c-47b3-8a6d-faefcec7bd3a">5</a></sup>, il est le coupable idéal. C’est ainsi que la suspicion envers les plus pauvres et un profond mépris de classe ont permis au FN de se construire une identité respectable qui l’autorise aujourd’hui à se proclamer parti du peuple. La gauche a été peu à peu contaminée par ces analyses et, si c’est de manière inconsciente, elle n’en est pas moins exempt.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une analyse de classe incohérente pour établir la composition sociale du vote RN</strong></h2>



<p>La répartition choisie par les instituts de sondage pour définir les différents groupes sociaux agrège des profils très hétérogènes en ne tenant absolument pas compte de la position sociale réelle des individus. Dans l’analyse des élections législatives, Ipsos en retient 5 : les cadres, les professions intermédiaires, les employés, les ouvriers et les retraités<sup data-fn="68367cb1-c17b-4c24-a68d-ecce03b6fde3" class="fn"><a id="68367cb1-c17b-4c24-a68d-ecce03b6fde3-link" href="#68367cb1-c17b-4c24-a68d-ecce03b6fde3">6</a></sup>. Aucune information n’indique ce qui motive ces choix ni les définitions sur lesquelles ils s&rsquo;appuient pour déterminer ces catégories. Où sont classés les policiers, militaires et gendarmes, c&rsquo;est-à-dire les professions qui ont un pouvoir coercitif ? Les commerçants, artisans, agriculteurs qui possèdent leur outil de travail ? Les chefs d&rsquo;exploitations agricoles et les chefs d&rsquo;entreprise ? La méthodologie choisie ne permet donc pas d&rsquo;identifier les classes populaires.</p>



<p>De plus la plupart des analyses ne tiennent pas compte de l’abstention, des votes nuls ou blancs et des non-inscrit·e·s. Or, « les différences sociales d’inscription et de participation se cumulent […] au total, sur 100 français en âge de voter parmi les plus modestes, 62 ont pris part aux élections contre 88 personnes sur 100 parmi les plus aisées<sup data-fn="e440b0b9-0bbc-4120-bdfc-8ab4ce94890c" class="fn"><a id="e440b0b9-0bbc-4120-bdfc-8ab4ce94890c-link" href="#e440b0b9-0bbc-4120-bdfc-8ab4ce94890c">7</a></sup> ».</p>



<p>Si on reprend les données de l’enquête Ipsos malgré ces catégories biaisées et qu’on exprime les pourcentages par rapport aux inscrit·e·s, les conclusions sont déjà beaucoup plus nuancées&nbsp;: 30,78% des ouvrièr·e·s, 25,52% des employé·e·s, 19,22% des professions intermédiaires, 13,65% des cadres, 21% des retraité·e·s CSP+, 27% des retraité·e·s CSP-, 18,81% des 18-24 ans et 16,31% des 25-34 ans auraient voté RN. Contrairement aux idées reçues, les jeunes et la majorité des ouvrièr·e·s ne sont pas « gagné·e·s » par l’extrême-droite.</p>



<p>Si on observe les résultats par rapport aux niveaux de vie, 21,66% parmi celleux qui gagnent moins de 1.250€ votent RN et 22,08% parmi celleux qui gagnent plus de 3.000€. Les revenus ne semblent pas déterminants et se baser sur ce critère n’est donc absolument pas opérant. Mais alors, de quoi le vote RN est-il le nom&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un vote de la petite bourgeoisie</h2>



<p>La dimension géographique est l’une des données significatives du vote RN. En effet, sur les 10,6 millions de suffrages pour le RN et ses alliés, 7,2 proviennent des villes de moins de 10 000 habitant·e·s soit près de 70%<sup data-fn="4de9dad2-bcfc-4bc9-ac7a-642a79522bcb" class="fn"><a id="4de9dad2-bcfc-4bc9-ac7a-642a79522bcb-link" href="#4de9dad2-bcfc-4bc9-ac7a-642a79522bcb">8</a></sup>. Ce sur-vote de la « France périphérique » a beaucoup été commenté, notamment par Piketty et Cagé, mais souvent au détriment du profil de ces électeurices. </p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="79553d" data-has-transparency="true" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="827" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-1100x827.webp" alt="" class="wp-image-9112 has-transparency" style="--dominant-color: #79553d; width:411px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-1100x827.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-300x226.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-768x577.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-80x60.webp 80w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/unnamed-png.webp 1153w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>Pour analyser leurs origines sociales, nous sommes confronté·e·s aux mêmes difficultés que pour les sondages. L’INSEE utilise 6 groupes socioprofessionnels dont l’homogénéité sociale prêterait à rire si le sujet n’était pas aussi dramatique&nbsp;: les personnels des services directs aux particuliers (les assistantes aux personnes âgées par exemple) appartiennent au même groupe que les policiers et militaires, les enseignantes du primaire à celui des curés. Les chefs d’entreprises de 10 salarié.es ou de 200 000 sont amalgamés. Nous ne pouvons donc nous baser aveuglément sur ces études. En revanche, nous pouvons les combiner en étudiant les spécificités des zones rurales, des petites et moyennes villes.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="e8e8e8" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="873" height="735" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-png.webp" alt="" class="wp-image-9215 not-transparent" style="--dominant-color: #e8e8e8; width:469px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-png.webp 873w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-300x253.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-768x647.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 873px) 100vw, 873px" /><figcaption class="wp-element-caption">Libellés courts des groupes et catégories socioprofessionnels de la PCS 2020 (nomenclature d’usage)<sup data-fn="5d984552-765d-43cd-a43d-c6aa65fb817f" class="fn"><a id="5d984552-765d-43cd-a43d-c6aa65fb817f-link" href="#5d984552-765d-43cd-a43d-c6aa65fb817f">9</a></sup></figcaption></figure>



<p>L’INSEE a établi que la proportion de propriétaires était beaucoup plus importante chez les CSP (Catégories socio-professionnelles) non « ouvrièr·e·s » et « employé·e·s »<sup data-fn="69b504ad-0c98-4da8-b796-22bf99186bdc" class="fn"><a id="69b504ad-0c98-4da8-b796-22bf99186bdc-link" href="#69b504ad-0c98-4da8-b796-22bf99186bdc">10</a></sup>. Or, celle-ci varie en fonction de la taille des villes (avec une concentration beaucoup plus importante dans les petites villes : allant d’environ 80% dans les villes de moins de 2000 habitant.es à 35% dans les villes de plus de 500 000 hab.). De plus, les revenus du patrimoine représentent une part du niveau de vie bien plus élevée pour les indépendant·e·s. </p>



<p>Par ailleurs, en raison de leurs différences de structures économiques, sociales et culturelles, les CSP varient elles-aussi en fonction de la taille des villes&nbsp;: les agriculteurs, les exploitants, les artisans, les commerçants, les petits chefs d’entreprise (c’est-à-dire ceux dont les activités sont majoritairement orientées vers les besoins locaux) et les retraité·e·s sont surreprésentés dans les zones où le RN fait ses scores les plus importants. Se dessine alors un premier profil d’électeurice.</p>



<p>L’étude, très fouillée, de l’institut Terram permet d’aller plus loin. Elle met en évidence le lien entre capital résidentiel (valeur et désirabilité du lieu dans lequel réside un individu) et vote RN. En effet, si le prix du mètre carré varie en fonction du type de bien, il est aussi intimement lié à sa géolocalisation : plus un bien est désirable plus il prend de la valeur. Or, aujourd’hui, moins la population de la commune est élevée, moins il en a. L’évolution des prix du marché crée une discordance entre capital économique et capital résidentiel (des bien hérités prennent ou perdent de la valeur…) et instaure une organisation spatiale qui font apparaître un lien très important entre capital résidentiel faible et vote RN élevé. Les électeurices du RN expriment « leur frustration vis-à-vis de leur statut de dominés dans le champ immobilier local ou leur insatisfaction de devoir vivre dans une zone de relégation »<sup data-fn="7e641b59-a6d1-4994-b4cc-9461487116fe" class="fn"><a id="7e641b59-a6d1-4994-b4cc-9461487116fe-link" href="#7e641b59-a6d1-4994-b4cc-9461487116fe">11</a></sup>.  Ces données croisées avec les précédentes confirment le premier profil établi.</p>



<p>L’« électorat [du RN] se recrut[e] dans la petite classe moyenne et les milieux populaires intégrés socialement [qui] souffrent de ne pas pouvoir vivre plus confortablement et de ne pas pouvoir accéder à un mode de vie s’approchant de celui de CSP+ et des classes moyennes supérieures »<sup data-fn="3a112f5a-d6e3-4c65-adf8-79b04abef119" class="fn"><a id="3a112f5a-d6e3-4c65-adf8-79b04abef119-link" href="#3a112f5a-d6e3-4c65-adf8-79b04abef119">12</a></sup>. Il existe une corrélation entre les zones où les écarts de niveaux de vie sont les plus importants et visibles et celles où le RN obtient ses meilleurs résultats (avec quelques exceptions). Leurs électeurices se disent « trop riches pour être aidé·e·s mais pas suffisamment pour bien vivre ». </p>



<p>Ce constat confirme les travaux de sociologues tel que Benoît Coquard, qui ont démontré l’hostilité de l’électorat du RN vis à vis de l’assistanat dont bénéficie les plus modestes. Si on compare les résultats des 3 blocs principaux, dans les zones les plus pauvres, le vote NFP est très largement en tête, dans les zones les plus riches, c’est le bloc présidentiel qui domine et dans les zones où les revenus médians sont assez modérés c’est le vote RN<sup data-fn="731f99a9-001f-4f37-820e-c2c14bd5d4c5" class="fn"><a id="731f99a9-001f-4f37-820e-c2c14bd5d4c5-link" href="#731f99a9-001f-4f37-820e-c2c14bd5d4c5">13</a></sup>. </p>



<p>Le vote de gauche serait donc plutôt un vote populaire, celui du centre et de la droite un vote bourgeois et celui du RN, un vote de la petite bourgeoisie. Cette classe, difficile à définir, est totalement invisibilisée dans toutes les études sur l’électorat du RN. Or, tous les éléments exposés précédemment, montrent à quel point, elle est pourtant celle dont le vote RN est issu. En effet, selon l’analyse marxiste, la société s’articule autour d’un antagonisme entre la classe ouvrière (au sens de toutes celleux qui sont exploité·e·s et qui ont besoin de vendre leur force de travail pour vivre) et la bourgeoisie qui l’exploite. La petite bourgeoisie quant à elle est prise en étaux entre ces deux classes sociales. Elle est composée de petits patrons, d’indépendants, de commerçants, d’artisans, de la partie des salariés dans les entreprises qui occupent des fonctions d’encadrement, de relai des patrons et des fonctions coercitives (police, armée, gendarmerie) … Ce ne sont ni des personnes complétement exploitées, ni celles qui détiennent le pouvoir de la bourgeoisie. Cette définition correspond donc à la fois à ce que nous savons des électeurices du RN (ici, elle s’éloigne en plus d’une classe urbaine et racisée) et à la fois aux analyses du fascisme qui se construit en autonomie de l’État et qui s’appuie sur cette classe.</p>



<p>Il ne s’agit pas de se faire plaisir et d’utiliser la théorie pour appliquer ensuite des projections qui valideraient nos hypothèses. La classe des exploité·e·s n’est pas homogène, il y existe des tensions, des contradictions et ce serait se leurrer que d’imaginer que certain·e·s ne votent pas RN. Toute la question est de savoir s’ils et elles sont majoritaires, s’ils et elles sont nos allié·e·s, s’ils et elles sont celleux à qui nous devons nous adresser.</p>



<p>Aussi, afin d’être au plus près des rapports de force en présence, il est important de comparer les résultats des élections législatives en tenant compte de la participation, du nombre d’inscrit·e·s et du nombre de personnes n’ayant pas la nationalité française (sans tenir compte des sans-papiers)<sup data-fn="025c91eb-dc2c-4a87-944b-1bd44f3c39c4" class="fn"><a id="025c91eb-dc2c-4a87-944b-1bd44f3c39c4-link" href="#025c91eb-dc2c-4a87-944b-1bd44f3c39c4">14</a></sup> :</p>



<figure class="wp-block-table"><table class="has-fixed-layout"><tbody><tr><td></td><td>Villes de moins de 10 000 hab.</td><td>Villes de plus de 10 000 hab.</td></tr><tr><td>Vote RN par rapport&nbsp;aux électeur·ices</td><td>28,14%</td><td>18,92%</td></tr><tr><td>Vote RN par rapport au nombre d’hab. adultes</td><td>26,94%</td><td>15%</td></tr><tr><td>Adultes n’ayant pas voté RN</td><td>73,06%</td><td>85%</td></tr></tbody></table></figure>



<p>Les disparités sont évidentes mais, en réalité le RN, même dans les campagnes, ne dispose pas de l’hégémonie qu’on lui prête.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un vote raciste</h2>



<p>Le débat sur la base sociale du RN n’est pas le seul différend au sein des chercheureuses. Il en existe un autre et de taille : les motivations de ce vote. Une partie d’entre elleux pensent qu’il s’agit d’un vote mu par un désespoir social. Pourtant, ce serait ne pas voir « l’éléphant dans la pièce : la question identitaire »<sup data-fn="cbf75625-eba8-4955-aea3-aa0f1e4f5f7e" class="fn"><a id="cbf75625-eba8-4955-aea3-aa0f1e4f5f7e-link" href="#cbf75625-eba8-4955-aea3-aa0f1e4f5f7e">15</a></sup>.  Pour Nonna Mayer, les déterminants les plus importants sont les attitudes : « l’ethnocentrisme est en 1<sup>ère</sup> position, avec le sentiment affirmé de ne plus être chez soi, suivi en 2<sup>ème</sup> position de l’hostilité à l’intégration européenne, soupçonnée d’encourager l’immigration, et en 3<sup>ème </sup>position d’un placement très à droite de l’échiquier politique »<sup data-fn="c6c312df-157c-46e2-b6aa-b31c15303bcf" class="fn"><a id="c6c312df-157c-46e2-b6aa-b31c15303bcf-link" href="#c6c312df-157c-46e2-b6aa-b31c15303bcf">16</a></sup>. Il est notable, à ce titre, que les divers scandales autour de certain·e·s candidat·e·s, les revirements et contradictions du programme économique du RN, n’aient absolument pas influé sur ses résultats. D’ailleurs, son électorat n’en connaît souvent qu’un élément : la préférence nationale.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="dcdfe0" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="888" height="737" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-1-png.webp" alt="" class="wp-image-9217 not-transparent" style="--dominant-color: #dcdfe0; width:506px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-1-png.webp 888w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-1-300x249.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/01/image-1-768x637.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 888px) 100vw, 888px" /><figcaption class="wp-element-caption">L’indice IPI par département et le vote RN au 1er tour des élections législatives de 2024</figcaption></figure>



<p>Si l’on reprend les données de l’étude Terram, les motivations qui émergent sont très claires : la question de l’immigration et celle de l’insécurité (ces 2 items recueillent 20 points de + que ceux des salaires et du pouvoir d’achat)<sup data-fn="685eb720-86aa-41f2-b10a-aae2f9657042" class="fn"><a id="685eb720-86aa-41f2-b10a-aae2f9657042-link" href="#685eb720-86aa-41f2-b10a-aae2f9657042">17</a></sup>. « Les entretiens qualitatifs et les reportages menés auprès des électeurs frontistes ont bien montré que l’insécurité culturelle qu’ils ressentaient ou même, pour les plus radicaux d’entre eux, la crainte d’un « grand remplacement » qu’ils exprimaient se nourrissaient de la coexistence avec des personnes issues des immigrations arabo-musulmanes, et ce quelle que soit leur nationalité ». Les auteur·e·s ont créé un indice IPI (Immigration, Pauvreté &#8211; prégnance des inégalités &#8211; et Insécurité) dont l’objectif est de croiser différents facteurs qui expliquent le vote RN. Les résultats sur les cartes sont troublants<sup data-fn="667cc2c5-0a41-46fd-bfd3-3dd326467126" class="fn"><a id="667cc2c5-0a41-46fd-bfd3-3dd326467126-link" href="#667cc2c5-0a41-46fd-bfd3-3dd326467126">18</a></sup>.</p>



<p>Si on y ajoute les variables nombre d’habitant·e·s de la commune et capital résidentiel, les exceptions disparaissent. Ainsi, « tout se passe comme si, dans ces territoires limitrophes, le rejet de l’immigration se combinait avec le souci de préserver son capital résidentiel. Le vote RN agit alors comme un moyen […] de mettre à distance les familles issues de l’immigration »<sup data-fn="a85a9514-501e-43e7-b11a-6251bceb02c6" class="fn"><a id="a85a9514-501e-43e7-b11a-6251bceb02c6-link" href="#a85a9514-501e-43e7-b11a-6251bceb02c6">19</a></sup>. Les dynamiques de ce vote deviennent alors limpides. Il repose sur une petite bourgeoisie blanche, raciste, qui craint, en période de crise, le déclassement et son décrochage. Peut se greffer à elle, comme l’a démontré François Coquard, des individus blancs des classes populaires qui sont influencés par des « figures de réussite – typiquement l’ouvrier qui a réussi à devenir artisan à son compte […]. En mettant un bulletin RN dans l’urne, ils n’envoient pas un message de colère ou de ressentiment lié à un abandon. Ils affirment au contraire leur style de vie avec fierté »<sup data-fn="5da9a1b7-93f7-46ac-bf09-70b347a0e4de" class="fn"><a id="5da9a1b7-93f7-46ac-bf09-70b347a0e4de-link" href="#5da9a1b7-93f7-46ac-bf09-70b347a0e4de">20</a></sup>. Ils n&rsquo;ont pas de vision de classe mais une vision raciale.<strong> </strong>Si d&rsquo;aucun.e veulent malgré tout s&rsquo;adresser aux électeurices du RN, ils doivent prendre conscience qu&rsquo;aucun argument ne sera efficace. Quoi qu&rsquo;ils puissent en dire, ce vote se construit avant tout autour des questions migratoires et du racisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le RN est un parti fasciste, comment le combattre&nbsp;?</h2>



<p>Cette situation où un seul récit domine a fini par influencer la gauche et ses militant·e·s&nbsp;:&nbsp;le RN est majoritaire, c’est un vote populaire, donc il faudrait s’adresser à celleux qui votent pour lui. Finalement, personne ne s’adresse à tou·te·s les autres, qui sont en réalité largement majoritaire, et personne ne cherche à les mobiliser.</p>



<p>La fenêtre d&rsquo;Overton est « l&rsquo;ensemble des opinions qui sont considérées comme dicibles, acceptables au sein de l&rsquo;opinion publique. […] Toute l&rsquo;idée de cette fenêtre, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est dynamique, elle s&rsquo;élargit, elle se contracte, elle se déplace »<sup data-fn="f851fcff-31bb-431d-9bcf-4ebd5af47e59" class="fn"><a id="f851fcff-31bb-431d-9bcf-4ebd5af47e59-link" href="#f851fcff-31bb-431d-9bcf-4ebd5af47e59">21</a></sup>. Pendant longtemps, l’islamophobie, la théorie du grand remplacement, le vote RN étaient in-assumables, créant une censure inconsciente. Qualifier le RN de parti populiste, débattre avec lui, cesser de lutter ardemment contre le racisme ont contribué à et accompagné sa banalisation. « La politique n’existe pas seulement lors des élections. L’enjeu, pour les syndicats, les associations et les partis, consiste à y reprendre pied pour diffuser une sorte d’antiracisme ordinaire »<sup data-fn="e99c8802-2d79-4f15-b4df-43ec064e94db" class="fn"><a id="e99c8802-2d79-4f15-b4df-43ec064e94db-link" href="#e99c8802-2d79-4f15-b4df-43ec064e94db">22</a></sup>.</p>



<p>Que proposons-nous&nbsp;? A qui&nbsp;? Il y a une vraie nécessité aujourd’hui à mobiliser les nôtres, à remettre la solidarité au cœur de nos interventions, à changer le cadre et les questions qu’on nous impose. Il n’y a qu’une chose à faire, se battre inlassablement contre l’extrême droite, la délégitimer, ne lui laisser aucune place, nulle part. Plus que jamais, no pasaran&nbsp;!</p>



<h5 class="wp-block-heading">Charlotte Pavez, Romainville</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="353d32a7-434e-476c-a577-f9f92b2112f3">Vincent Tiberj, <em>La France est-elle de droite</em>, interview de Salomé Saqué, Blast, 22/09/24<br> <a href="#353d32a7-434e-476c-a577-f9f92b2112f3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="4ea9d428-d61f-4bf7-98ad-4d5f48a5f001">Thomas Lemahieu, <em>Exclusif : Périclès, le projet secret de Pierre-Édouard Stérin pour installer le RN au pouvoir</em>, L’humanité, 18/07/24 <a href="#4ea9d428-d61f-4bf7-98ad-4d5f48a5f001-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="7e621774-c387-461c-a806-a44065648ecf">Vincent Tiberj,<em> op.cit.</em> <a href="#7e621774-c387-461c-a806-a44065648ecf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="5e0ca56f-a84f-4ee6-8a98-1a5f7a77485f">Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme <a href="#5e0ca56f-a84f-4ee6-8a98-1a5f7a77485f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="a486b6e8-be6c-47b3-8a6d-faefcec7bd3a">B. Cautrès, N. Mayer, <em>Le nouveau désordre électoral</em>, p. 189, Paris, Presses de Science Po, 2004 <a href="#a486b6e8-be6c-47b3-8a6d-faefcec7bd3a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="68367cb1-c17b-4c24-a68d-ecce03b6fde3">IPSOS, <a href="https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2024/sociologie-des-electorats-legislatives-2024" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Sociologie des électorats &#8211; Législatives 2024</a> <a href="#68367cb1-c17b-4c24-a68d-ecce03b6fde3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="e440b0b9-0bbc-4120-bdfc-8ab4ce94890c">Kilian Bloch (Insee), <a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/6658145" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Élections présidentielle et législatives de 2022 : seul un tiers des électeurs a voté à tous les tours</a>, 2022 <a href="#e440b0b9-0bbc-4120-bdfc-8ab4ce94890c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="4de9dad2-bcfc-4bc9-ac7a-642a79522bcb">Graphique établi par l’institut Terram à partir des données du ministère de l’intérieur <a href="#4de9dad2-bcfc-4bc9-ac7a-642a79522bcb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="5d984552-765d-43cd-a43d-c6aa65fb817f">NOMENCLATURE DES PROFESSIONS ET CATÉGORIES SOCIOPROFESSIONNELLES (PCS 2020) p.15 INSEE <a href="#5d984552-765d-43cd-a43d-c6aa65fb817f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="69b504ad-0c98-4da8-b796-22bf99186bdc">Antoine Le Graët, <a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/3642600" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Direction régionale Insee NormandieDans toutes les régions, des ménages plus souvent propriétaires qu’il y a 50 ans</a> <a href="#69b504ad-0c98-4da8-b796-22bf99186bdc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="7e641b59-a6d1-4994-b4cc-9461487116fe">Jérôme Fourquet, Sylvain Manternach, <em>Comprendre la géographie du vote RN en 2024</em>, Institut Terram, p.30 <a href="#7e641b59-a6d1-4994-b4cc-9461487116fe-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="3a112f5a-d6e3-4c65-adf8-79b04abef119"><em>Ibid.</em>, p.16 <a href="#3a112f5a-d6e3-4c65-adf8-79b04abef119-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="731f99a9-001f-4f37-820e-c2c14bd5d4c5"><em>Ibid.</em>, p.18 <a href="#731f99a9-001f-4f37-820e-c2c14bd5d4c5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="025c91eb-dc2c-4a87-944b-1bd44f3c39c4">INSEE, répertoire électoral unique, 2020, INSEE, Recensement de la population &#8211; Base infra communale (IRIS), 2020<br>Données combinées et analysées à l&rsquo;aide du logiciel R <a href="#025c91eb-dc2c-4a87-944b-1bd44f3c39c4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="cbf75625-eba8-4955-aea3-aa0f1e4f5f7e">Vincent Grimault, <em>Racisme ou sentiment d’abandon : ce qui détermine le vote RN</em>, 28/08/24, Alternatives Économiques <a href="#cbf75625-eba8-4955-aea3-aa0f1e4f5f7e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="c6c312df-157c-46e2-b6aa-b31c15303bcf">Fabien Escalona, <em>Extrême droite : Cagé/Piketty risquent de bercer la gauche d’illusions</em>, 23/09/23, Mediapart <a href="#c6c312df-157c-46e2-b6aa-b31c15303bcf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="685eb720-86aa-41f2-b10a-aae2f9657042">Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, <em>op.cit., </em>p.13 <a href="#685eb720-86aa-41f2-b10a-aae2f9657042-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li><li id="667cc2c5-0a41-46fd-bfd3-3dd326467126"><em>Ibid.</em>, p.19 <a href="#667cc2c5-0a41-46fd-bfd3-3dd326467126-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18">↩︎</a></li><li id="a85a9514-501e-43e7-b11a-6251bceb02c6"><em>Ibid.</em>, p.30 <a href="#a85a9514-501e-43e7-b11a-6251bceb02c6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19">↩︎</a></li><li id="5da9a1b7-93f7-46ac-bf09-70b347a0e4de">Vincent Grimault, <em>op.cit.</em> <a href="#5da9a1b7-93f7-46ac-bf09-70b347a0e4de-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20">↩︎</a></li><li id="f851fcff-31bb-431d-9bcf-4ebd5af47e59">Vitktorovitch, <em>« Zemmour, Bannon et macronistes&#8230; Qu&rsquo;est-ce que « la fenêtre d&rsquo;Overton » ?»</em>, RTL, 23/10/24 <a href="#f851fcff-31bb-431d-9bcf-4ebd5af47e59-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21">↩︎</a></li><li id="e99c8802-2d79-4f15-b4df-43ec064e94db">Faury, <em>Dans l’électorat du RN « le racisme s’articule à des expériences de classes »</em>, Fabien Escalona, 01/05/24, Mediapart <a href="#e99c8802-2d79-4f15-b4df-43ec064e94db-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 22">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/le-rn-nest-pas-le-parti-des-ouvrieres/">Le RN n’est pas le parti des ouvrier·es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Toi tu cherches, nous on te trouve !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/toi-tu-cherches-nous-on-te-trouve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Dec 2024 14:46:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[bardella]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 23 novembre dernier avaient lieu partout en France des manifestations contre les violences sexistes et sexuelles. C’est de cette mobilisation que se sont saisi·es les sionistes fascistes de Nous Vivrons et les fémonationalistes fascistes <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/toi-tu-cherches-nous-on-te-trouve/" title="Toi tu cherches, nous on te trouve !">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-left"><strong>Le 23 novembre dernier avaient lieu partout en France des manifestations contre les violences sexistes et sexuelles. C’est de cette mobilisation que se sont saisi·es les sionistes fascistes de Nous Vivrons et les fémonationalistes fascistes de Nemesis pour défiler en fin du cortège parisien, en criant des slogans génocidaires et racistes. Pour rappel, la stratégie de ces deux groupes est d’instrumentaliser le féminisme, et en particulier les féminicides, pour désigner en coupables, les palestiniens ou les migrants.</strong></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;text-transform:uppercase">EDITO &#8211; Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; DECEMBRE 2024</h6>



<p>Face à leur présence, quelques personnes ont réagi pour essayer de les virer, mais les organisations antifascistes et féministes ont brillé par leur manque de réaction sur le terrain. Le présence de fascistes et de groupes d’extrême-droite auprès de nous n’est jamais acceptable et c’est notre responsabilité de ne jamais les laisser être présent·es.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Prendre au sérieux le danger fasciste</strong></h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="dbc1d0" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="724" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/edito-image-1-decembre-1-724x1024.webp" alt="" class="wp-image-9055 not-transparent" style="--dominant-color: #dbc1d0; width:306px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/edito-image-1-decembre-1-724x1024.webp 724w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/edito-image-1-decembre-1-212x300.webp 212w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/edito-image-1-decembre-1-768x1087.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2024/12/edito-image-1-decembre-1-jpg.webp 1169w" sizes="auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px" /></figure>
</div>


<p>L’absence de réaction claire et directe ce 23 novembre est significative.</p>



<p>Elle dit la conviction, pour beaucoup dans notre camp, que le RN ne serait qu’un parti plus raciste, plus réactionnaire et plus autoritaire, et que son accession au pouvoir ne serait que l’exercice radicalisé des politiques déjà menées par le pouvoir actuel.</p>



<p>Si l’on pense au contraire, que le RN pourrait représenter une réelle possibilité pour le fascisme de conquérir le pouvoir en France, il faut agir en conséquence.</p>



<p>Et pour qu’il puisse émerger, voilà quelles en seraient certaines des conditions&nbsp;: d’un côté un parti, établi au niveau parlementaire, assez respectable pour que la classe politique au pouvoir envisage de gouverner à ses côtés, de l’autre la mise en place d’un mouvement de masse actif qui puisse offrir à la bourgeoisie une alternative décisive aux blocages du système pour maintenir sa domination.</p>



<p>Le RN veut incarner un tel parti, il gagne des sièges dans les mairies et à l’Assemblée, et se place comme arbitre de la politique du gouvernement avec la menace de la censure.</p>



<p>Le mouvement de masse par contre, n’existe pas encore aujourd’hui, et le RN cherche à le construire. Le fait que le cortège de Nemesis ait été préparé dans le château des Le Pen en est la preuve.</p>



<p>Alors c’est derrière cet objectif que doit se rassembler notre antifascisme&nbsp;: empêcher le mouvement de masse de se construire, et affaiblir le RN par sa base, dans la rue, dans les manifestations, partout où les fachos pointent leur nez.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les fascistes prennent la confiance</strong></h2>



<p>La séquence électorale qui a suivi la dissolution et a permis au RN de devenir le premier parti à l’Assemblée Nationale avec ses 143 sièges, a donné la confiance aux fascistes. Depuis la rentrée on fait face à une offensive terrifiante.</p>



<p>La sortie du livre de Bardella lui offre invitations dans tous les médias et tournée de dédicaces dans toute la France qui réunit des milliers de ses électeurices et de ses fans.</p>



<p>Des groupes de presses ou des maisons d’éditions sont rachetées ou reprises par des figures comme Vincent Bolloré, Pierre-Edouard Stérin ou Lise Boëll, des figures d’extrême-droite.&nbsp;</p>



<p>Les fascistes prennent la confiance et font des cortèges, comme à Paris le 23 novembre, ou à Romans-sur-Isère, où un an après la mort de Thomas à Crespol qui avait déclenché des attaques racistes et des défilés fascistes, l’extrême-droite a appelé à une manifestation nationale contre l’immigration.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>En grève contre l’extrême-droite</strong></h2>



<p>Mais face à tout cela, des réactions par en bas nous montrent l’exemple et nous donnent la conviction qu’on peut encore gagner.</p>



<p>Pour commencer, MediaTransports, la régie publicitaire de la SNCF, a fini par annuler la campagne prévue par Hachette pour le livre de Bardella, sous la pression du syndicat SUD Rail qui jouait sur l’obligation de neutralité politique mais écrivait aussi noir sur blanc que le RN&nbsp; «&nbsp;est un parti créé par des Waffen-SS&nbsp;» et rappelait «&nbsp;l&rsquo;opposition totale des « valeurs » d&rsquo;extrême droite de ce parti réactionnaire à celles de [leur syndicat]&nbsp;».</p>



<p>Ensuite, c’est le groupe Bayard qui a abandonné la nomination prévue d’Alban du Rostu, ancien associé du milliardaire fasciste Pierre-Edouard Stérin, au poste de directeur de la stratégie, face à la grève des salarié·es et auteurices du groupe, soutenu·es par le syndicat du livre la CGT SGLCE qui a même affirmé dans son tract que « la grève est un puissant outil pour contrecarrer les ambitions de ces ultrariches fascistes ».</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>«&nbsp;Toi tu cherches, nous on te trouve&nbsp;»</strong></h2>



<p>Ces initiatives victorieuses sur des lieux de travail donnent de la force, mais il paraît important d’aller aussi regarder ce qui se passe dans la rue, et d’en tirer des conséquences.</p>



<p>À Romans-sur-Isère, en réaction à la manifestation d’extrême-droite, une inter-orga a appelé à une&nbsp; manifestation « contre la récupération raciste ». Le bilan est positif numérairement puisque la manifestation antifasciste était quatre fois plus importante, mais insuffisant puisque 200 fascistes ont quand-même pu se réunir.</p>



<p>Partout où des signatures de Bardella sont organisées, à Sète, à Beaucaire, à Tonneins, à Marseille, à Bruxelles, des contre-rassemblements antifascistes ont été appelés et ont eu lieu.</p>



<p>À Marseille, la Riposte Antifasciste, collectif qui cherche à construire un antifascisme large et ouvert, a organisé le contre-rassemblement sous le mot d’ordre « Toi tu cherches, Nous on te trouve ». Malgré l’urgence dans laquelle l’organisation a eu lieu, la modalité a été d’appeler à une Assemblée Antifasciste la veille de la séance de dédicaces, pour permettre au plus grand nombre de rejoindre et de s’impliquer dès la veille.</p>



<p>Même si trop peu de monde s’est effectivement mobilisé, et que la séance de dédicaces a bien pu avoir lieu, il faut retenir de ce mode d’organisation qui passe par une assemblée ce qui paraît être les bases de ce que devrait être l’antifascisme&nbsp;: réactif, organisé par en bas, et l’affaire de toustes.</p>



<p>« L’antifascisme (&#8230;) doit être une invitation à nous organiser plus efficacement, à nous coordonner d’avantage » (communiqué du collectif Tsedek! suite à la manifestation du 23 novembre)</p>



<p>Maintenant, il va falloir passer à la vitesse supérieure et construire une unité d’action antifasciste.</p>



<p>Si la présence de Nemesis et Nous Vivrons dans une manifestation féministe est inacceptable, les contre-rassemblements sont insuffisants.</p>



<p>Les dédicaces de Bardella ne doivent tout simplement plus avoir lieu.</p>



<p>Les fascistes ne doivent plus défiler, que ça soit dans nos manifestations ou dans les leurs comme à Romans-sur-Isère.</p>



<p>Les fascistes s’organisent et gagnent du pouvoir, à l’Assemblée, dans la presse et l’édition, dans la rue, et dans nos propres syndicats.&nbsp;</p>



<p>Alors si on veut continuer à pouvoir s’organiser, il faut faire de l’antifascisme une priorité simple et efficace , et se dire que, si on arrive à convaincre, on a les moyens de cet antifascisme</p>



<p>Convaincre nos syndicats de couper l’électricité quand une dédicace de Bardella ou un meeting du RN sont organisés.</p>



<p>Convaincre nos collectifs, féministes et antifascistes, qu’il faut nous préparer, dans chaque manifestation, à virer les fachos qui voudraient s’inviter.</p>



<p>Convaincre chacune de nos organisations, que si on ne construit pas aujourd’hui, un front antifasciste, avec des mots d’ordre d’action clairs, on le paiera demain.</p>



<p>Mais convaincre aussi que le fascisme ne cessera pas de se développer sans s’attaquer au racisme qui est son coeur, et donc de la nécessité prendre part et de renforcer toutes les luttes contre les frontières, l’islamophobie, les lois racistes, pour la libération de la Palestine ou la liberté de circulation.</p>



<p>L’antifascisme doit devenir l’affaire de toustes&nbsp;! Même si la séquence électorale après la dissolution aura permis une mobilisation antifasciste inédite, par en bas, elle s’est concentrée vers le haut derrière le NFP, nous faisant croire que c’est par la voie électorale qu’on vaincra les fachos, et nous faisant oublier l’essentiel, c’est qu’on est plus nombreux·ses qu’elleux, et que c’est là qu’est notre force.</p>



<h2 class="wp-block-heading"></h2>



<p>Il est temps de rappeler que l’antifascisme ne doit être ni une façade, ni une valeur, mais l’opportunité de bâtir une lutte offensive, qui fasse comprendre à chacun·e que pour éradiquer les rats, il faut s’attaquer aux égouts dans lesquels ils se développent.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Lou, Marseille</h4>
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		<title>Qu’est-ce qu’un parti fasciste ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/quest-ce-quun-parti-fasciste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Nico]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Oct 2024 11:51:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[RN]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=8787</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les divergences d’analyse ont des conséquences pratiques dans la lutte ; pour toutes celles et ceux décidé·e·s à combattre le Rassemblement national (RN), la façon dont on pense et qualifie ce parti a une influence décisive <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/quest-ce-quun-parti-fasciste/" title="Qu’est-ce qu’un parti fasciste ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Les divergences d’analyse ont des conséquences pratiques dans la lutte ; pour toutes celles et ceux décidé·e·s à combattre le Rassemblement national (RN), la façon dont on pense et qualifie ce parti a une influence décisive sur notre stratégie politique. Caractériser le RN comme fasciste et voir le risque qu’il se saisisse du pouvoir d’État comme principal danger aujourd’hui ne constituent pas des évidences pour beaucoup. Alors qu’il est devenu en juillet le plus grand parti à l’Assemblée nationale, nous pensons à A2C qu’il est essentiel d’argumenter en ce sens, pour lancer une dynamique de lutte efficace, de masse et populaire, capable de le stopper dans sa marche, que beaucoup trop voient comme irrésistible. Cela implique de tordre le coup à une idée tenace et délétère, même à l’intérieur de notre camp : le RN « champion des ouvrier·e·s ».</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #14 &#8211; septembre 2024</h6>



<h2 class="wp-block-heading">Comment s’organisent les fascistes ?</h2>



<p>Il n’y a rien de mécanique dans la progression des fascistes jusqu’à la prise du pouvoir. Tout d’abord, ils ont besoin d’une organisation politique autonome pour se regrouper. Une fois rassemblés, leur parti se met en mouvement vers leur but premier, la prise de contrôle du pouvoir d’État pour appliquer un programme raciste, nationaliste et de mise au pas de toute la société. Mais il ne peut y arriver que dans des conditions particulières : crise économique, crise politique, défaite du mouvement ouvrier. Par ailleurs, les fascistes n’attendent pas que la situation pourrisse et que le pouvoir leur tombe entre les mains comme un fruit mûr, le premier rôle de leur organisation est de favoriser les conditions propices à leur prise du pouvoir. C’est pour cela que le fascisme est toujours en mouvement, il ne s’agit pas d’un bloc statique qui gonflerait électoralement grâce à des facteurs extérieurs, et encore moins parce qu’il apporterait des « fausses réponses à des vraies questions » .<sup data-fn="cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc" class="fn"><a id="cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc-link" href="#cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc">1</a></sup></p>



<p>Historiquement, les partis fascistes (Parti national fasciste de Mussolini, NSDAP d’Hitler) ont eu pour base militante et électorale la petite-bourgeoisie, les petits détenteurs de capitaux (boutiquiers, petits entrepreneurs n’employant que quelques salarié·e·s) trop faibles pour en accumuler massivement et diriger l’économie et l’appareil d’État comme le peut la grande bourgeoisie ou les grands propriétaires terriens. Les fascistes mobilisent aussi très largement dans la couche de la population employée au maintien de l’ordre (contremaître, sécurité privée, police, armée). Contrairement aux conservateurs traditionnels qui comptent sur une adhésion passive, le fascisme met en mouvement ceux qu’il gagne à sa cause, il demande une adhésion active qui se traduit par un mouvement de masse.</p>



<p>Cependant le parti fasciste ne prétend pas être l’organisation de défense d’une classe ou d’une fraction de classe en particulier, il se présente comme l’incarnation d’une communauté nationale mythifiée prête à écraser quiconque n’entre pas dedans : cela s’est traduit en Europe entre 1921 et 1945 par l’interdiction de tout opposition, l’enfermement systématique des militant·e·s, le génocide des juif·ve·s, des tsiganes et des personnes handicapées. À ce titre, le fascisme est aussi un mouvement transversal qui attire des militant·e·s issus de différentes classes ou différentes trajectoires politiques, il attire certes une fraction de la classe ouvrière&nbsp;<sup data-fn="efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6" class="fn"><a id="efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6-link" href="#efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6">2</a></sup> mais ne la représente jamais. Il est fondamentalement un mouvement autonome qui développe sa propre stratégie par rapport à l’État et aux fractions gouvernantes traditionnelles de la bourgeoisie. <sup data-fn="432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29" class="fn"><a id="432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29-link" href="#432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29">3</a></sup></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le RN n’est pas un parti ouvrier</h2>



<p>C’est un lieu commun que de qualifier le RN de premier parti chez les ouvrier·e·s. Penser l’extrême droite fasciste comme le refuge d’une classe ouvrière démobilisée n’a pour conséquences que de la légitimer et de valider son racisme. Cela revient à nous voiler la face sur la nature de notre ennemi et à nous désarmer politiquement.</p>



<p>Ce lieu commun (répandu d’abord par le RN et les fractions de l’industrie médiatique qui lui sont acquises) peut sembler en apparence vrai par une observation très superficielle de quelques statistiques et sondages. Plus de la moitié des ouvrier·e·s auraient donc voté pour un candidat RN en juillet ? À mieux y regarder, près de la moitié des ouvrier·e·s inscrit·e·s sur les listes électorales ne se sont pas déplacé·e·s pour voter. Les ouvrier·e·s sont de plus la fraction de l’électorat la plus susceptible d’être absente des listes électorales, et les ouvrier·e·s étranger·e·s sont exclu·e·s de ce décompte. Une fois cela en tête, le vote RN ne représente plus que moins du quart de la population ouvrière telle que la définissent les instituts de sondage et l’Insee. Nous ne nous pencherons pas plus sur certaines chausse-trapes sondagières comme celle du cabinet IPSOS qui déduit que le RN est le premier parti chez ceux « qui bouclent juste leur budget » d’après des déclarations invérifiables lors d’entretiens téléphoniques, au détriment de toute rigueur intellectuelle.</p>



<p>Par ailleurs, la définition des catégories socio-­professionnelles de l’Insee (reprises par les instituts) ne correspond pas à une approche en terme de classes sociales ; ces catégories regroupent de façon problématique des professions, essentiellement par niveau de diplôme, sans définir leur rapport au capital : par exemple, un flic du rang « gardien de la paix » et une femme de ménage salariée d’une entreprise relèvent de la même catégorie « employés ». À notre connaissance, aucun institut de sondages n’a étudié le vote RN sous le prisme de la détention de capitaux.</p>



<p>Se pencher exclusivement sur l’électorat n’est qu’une façon très superficielle d’aborder le rapport entre le RN et la classe ouvrière. La sociologie militante du RN est mal connue, mais l’organigramme du parti nous révèle qu’aucun·e ouvrier·e n’a jamais été membre de son bureau politique essentiellement composé d’indépendants, de petits patrons ou de cadres du privé ; de même le profil des élu·e·s ne montre aucune surreprésentation des ouvrier·e·s par rapport à la gauche et encore moins par rapport à l’ensemble de la société.&nbsp;<sup data-fn="54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4" class="fn"><a id="54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4-link" href="#54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4">4</a></sup>&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La centralité du racisme au RN, la centralité de l’antiracisme pour le combattre</h2>



<p>Le RN n’est certes pas un mouvement de masse identique à ce que furent le PNF ou le NSDAP, mais cela ne doit pas nous voiler la face sur sa progression en terme militant. Si l’on doit prendre avec circonspection l’annonce du dépassement des 100 000&nbsp;membres cet été, il est indéniable que l’organisation est en croissance en comparaison des 7 000&nbsp;membres revendiqués il y a quinze ans. Nous avons à combattre une organisation politique bureaucratisée, dotée de toujours plus de moyens et de plus en plus banalisée. Derrière la façade « dédiabolisée », les troupes du parti présentent le profil habituel de l’extrême droite fasciste, anciens du GUD ou de Génération identitaire, nostalgiques de la colonisation et de l’OAS, négationnistes, transphobes…&nbsp;<sup data-fn="cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009" class="fn"><a id="cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009-link" href="#cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009">5</a></sup></p>



<p>Conformément à la stratégie fasciste, le RN est avant tout opportuniste, prêt à se contredire du jour au lendemain pour promettre n’importe quoi à différentes fractions de la population qu’il cherche à attirer à lui, le seul dénominateur commun à tous ses discours étant le racisme. Le nier ne nous fait que perdre un temps déjà trop compté.</p>



<p>Penser que le moteur du vote et de l’engagement RN n’est pas le racisme ne contribue qu’à le rendre plus acceptable, à chaque fois qu’on parlera de « fâchés pas fachos », des électeur·rice·s se sentiront légitimé·e·s dans leur choix du fascisme, il n’y aura pas de retour de la question sociale mais une acceptation de sa modalisation sous le prisme du racisme. De la banalisation du vote arrive la banalisation de la prise de parole raciste, qui mène à l’engagement militant et l’agression violente. Combattre le RN implique de ne jamais euphémiser cela, sous peine de se rendre inaudible. La « gauche » a du mal à le voir, l’adhésion au cadre de pensée citoyen et national et sa propre islamophobie l’empêchent encore d’affronter le problème à la racine. Contre la marche vers le pouvoir du RN, l’urgence pour nous doit être de travailler partout où nous sommes à construire par en bas des initiatives antifascistes et antiracistes, les « rediaboliser », saboter chacune de leurs initiatives, jusqu’à les renvoyer dans les poubelles de l’histoire dont ils n’auraient jamais dû sortir.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Barnabé Bouchard (Paris 18e)</h5>



<p>Cet article est largement issu d’une discussion sur la caractérisation du RN introduite par Vanina Guidicelli (Paris 20e) en juillet dernier.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc">Laurent Fabius, politicien PS, à propos de Jean-Marie Le Pen en 1984. <a href="#cf58dcd2-14c7-4699-b346-a9c927aa88fc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6">Historiquement la plus isolée, celle des petites unités de production prompte à s’identifier à la condition du patron, a fortiori si celui-ci intervient dans le processus de travail au côté de ses salarié·e·s. <a href="#efe7500c-74b7-429c-bf8f-80fd4b8e58d6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29">Toutes ces observations sur l’organisation sont largement développées et étayées dans notre brochure Comprendre le fascisme pour mieux le combattre. <a href="#432b311d-bce5-4723-a818-701d95093a29-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4">Voir la liste des député·e·s par catégorie socioprofessionnelle disponible sur le site de l’Assemblée nationale. <a href="#54a16875-d222-4bd2-8d8a-e3a20a8607b4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009">Voir la compilation de Streetpress du 5 juillet 2024, Propos racistes, homophobes, complotistes… La liste des 109 candidats RN épinglés. <a href="#cc6cfe8c-dffe-4a5c-b48e-c5d207dcd009-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/quest-ce-quun-parti-fasciste/">Qu’est-ce qu’un parti fasciste ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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