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	<title>Archives des Retraites - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des Retraites - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Le pouvoir est à la rue !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jan 2025 12:11:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #15 &#8211; décembre 2024 Dockers, fonctionnaires, cheminot.es, travailleurs et travailleuses du privé, les grèves de ce mois de décembre montrent que la conflictualité sociale n’est pas enterrée.&#160; C’est une nouvelle preuve que <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/le-pouvoir-est-a-la-rue/" title="Le pouvoir est à la rue !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #15 &#8211; décembre 2024</h6>



<p>Dockers, fonctionnaires, cheminot.es, travailleurs et travailleuses du privé, les grèves de ce mois de décembre montrent que la conflictualité sociale n’est pas enterrée.&nbsp;</p>



<p>C’est une nouvelle preuve que Macron n’a pas réussi à utiliser le passage en force de la réforme des retraites pour briser le mouvement social et notamment les syndicats.</p>



<p>Mais alors que la crise politique «&nbsp;par en haut&nbsp;» s’accélère à nouveau, il est plus qu’urgent de tirer le bilan de l’expérience et de l’échec du mouvement des retraites pour que cette conflictualité fasse émerger les formes d’auto-organisation et de direction alternative qui ont manqué en 2023.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi avons-nous échoué&nbsp;?</h2>



<p>On parle d’un mouvement de masse. Deux tiers de l’opinion était opposée à la réforme. De janvier à juin, 14 journées massives de manifestation ont réuni, pour la plupart, de 2 à 3 millions de personnes dans la rue. Cela s’est accompagné de grèves.&nbsp;</p>



<p>L’unité syndicale, incarnée par la création de l’Intersyndicale, a joué un rôle dans l’impulsion de départ pour susciter un large mouvement. Mais la légitimité tirée comme direction du mouvement a aussi eu un prix à payer. Rappelons-nous que le mouvement a été dominé de bout en bout pas la stratégie institutionnelle des directions syndicales.</p>



<p>Tant dans ses formes que dans ses revendications le mouvement a été construit non comme un antagoniste au pouvoir mais comme un moyen de pression sur l’Assemblée nationale. Les directions syndicales ont tablé sur la création d’un mouvement d’expression massif de l’opposition à la réforme plus que sur un mouvement de lutte. D’où la succession de journées nationales de manifestation calées sur le calendrier parlementaire, puis celui du Conseil constitutionnel. Ce n’était finalement pas en tant que travailleurs ou travailleuses que nous étions appelé.es à nous mobiliser mais en tant qu’électeurs et électrices.</p>



<p>D’où le refus d’organiser un «&nbsp;blocage du pays&nbsp;» et de construire un mouvement de grève générale.</p>



<p>D’où aussi la limitation du mouvement à la seule question de la réforme elle-même. Alors que Darmanin préparait sa loi ouvrant la voie au RN. Alors que les 30 000 manifestants de Ste Soline montraient la disponibilité pour une généralisation politique dans l’affrontement avec le pouvoir. Alors que la participation impressionnante à la grève féministe le 8 mars démontrait que l’unité de notre classe se construit aussi sur d’autre terrains que la lutte strictement économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une raison objective</h2>



<p>Un courant comme Révolution Permanente a fait de la politique des directions syndicales l’argument central, si ce n’est unique, de l’échec du mouvement. Assez logiquement il en a déduit qu’il fallait construire une direction alternative et se concentre largement depuis sur la construction DU parti.</p>



<p>La plupart des courants de la gauche radicale – comme le NPA &#8211; ont adopté la position opposée en refusant de critiquer la politique des directions syndicales sous prétexte qu’il n’existait pas d’alternative. La responsabilité de l’échec était mise alors sur le supposé manque de combativité de notre classe et l’analyse générale de la période comme produit d’un rapport de forces dégradé.</p>



<p>Cette analyse s’appuie sur des faits objectifs dont beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience au sein du mouvement&nbsp;: la faiblesse – pour dire le moins &#8211; de structures d’auto-organisation jusque dans les secteurs en lutte. Cette absence a été reliée aux résultats d’études montrant la faiblesse et l’hétérogénéité des implantations syndicales et, surtout, le recul, au sein des sections syndicales de traditions de mobilisation active pour la lutte.</p>



<p>Mais ces deux analyses partagent le même défaut&nbsp;: une vision figée de la lutte de classe et l’idée que les solutions politiques viennent de l’extérieur. C’est ce qui explique sans doute que des personnalités proches de ces deux courants ont sont arrivées à défendre cet automne, dans une tribune initiée notamment par Frédéric Lordon et Stathis Kouvélakis, que les député.es NFP devaient voter une proposition du RN pour abroger la réforme des retraites.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Articuler critique et réponse concrète</h2>



<p>L’argument du manque d’alternative est un raisonnement qui s’auto-entretient&nbsp;: puisqu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, continuons comme ça et la prochaine fois nous serons dans la même situation&nbsp;(et nous pourrons à nouveau utiliser les mêmes arguments ) !</p>



<p>Pourtant le mouvement des retraites a démontré qu’il fournissait lui-même les ingrédients pour dépasser ses faiblesses. Pour la première fois depuis des années les syndicats ont inversé la tendance à la diminution de leurs effectifs. Plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses ont rejoint la CFDT et la CGT. Des liens se sont renforcés avec le mouvement féministe. Pendant plusieurs mois les Soulèvements de la terre ont mobilisé des dizaines de milliers de personnes. Les révoltes qui ont suivi l’assassinat de Nahel ont montré la capacité de colère dans la jeunesse des quartiers. Après le 7 octobre le mouvement de solidarité avec la Palestine a démontré la capacité de radicalisation dans la jeunesse.</p>



<p>Si on arrête de penser la lutte de classe comme la succession de moments déconnectés les uns des autres mais comme un processus, la question ne devient plus&nbsp;: «&nbsp;était-il possible de gagner ou pas&nbsp;?&nbsp;» résumée en «&nbsp;existait-il une alternative aux directions syndicales ou pas&nbsp;?&nbsp;» Mais plutôt&nbsp;: existait-il la possibilité de commencer à la construire&nbsp;?</p>



<p>La croissance des effectifs syndicaux, les tentatives de certains secteurs pour lancer un mouvement de grève reconductible, la disponibilité d’activistes pour aller soutenir les piquets de grève des éboueurs ou des raffineries, les manifestations sauvages qui ont suivi le passage en force de la loi, la popularité du slogan «&nbsp;et nous, aussi, on va passer en force&nbsp;», tout cela a témoigné que des dizaines de milliers de jeunes et de travailleuses et travailleurs étaient en position de construire une autre stratégie.</p>



<p>Cela démontre la nécessité de regrouper ces activistes sur une base qui articule la critique de la politique des directions politiques et syndicales avec les initiatives concrètes pour construire les formes d’organisation de base, les formes d’auto-organisation dans les lieux de travail, les facs, les quartiers. Qui articulent la lutte politique, contre le racisme, contre le sexisme et la transphobie, contre le colonialisme et le fascisme avec la lutte économique. Parce que l’unité et la solidarité de classe, conditions nécessaires à l’affrontement avec le pouvoir ne peuvent se construire que par la solidarité de classe concrète. Qui montrent donc que c’est possible et rendent concrète l’alternative.</p>



<h2 class="wp-block-heading">C’est maintenant</h2>



<p>Il est bien sûr impossible de dire à l’avance comment va évoluer le mouvement de conflictualité sociale.</p>



<p>Ce qui est par contre sûr c’est que c’est là que se trouve le terrain des solutions et pas dans les manœuvres tablant sur les solutions institutionnelles pour aboutir à un gouvernement plus ou moins «&nbsp;de gauche&nbsp;».</p>



<p>Car il ne s’agit pas uniquement des grèves. Un des effets de cette situation – et sans doute une des conséquences du mouvement de 2023 – est que les syndicats &#8211; pour le meilleur et pour le pire – ont aussi joué ouvertement le rôle de direction politique. Cela s’est notamment traduit dans le rôle joué par la direction de la CGT lors de la séquence électorale qui a suivi la dissolution. Mais aussi dans sa volonté, selon ses propres termes – d’organiser la confrontation avec le pouvoir pour lutter contre la politique anti-migrant.es.</p>



<p>Le bilan du mouvement des retraites nous donne donc une feuille de route. Chaque grève locale, aussi limités soient ses objectifs, est le terrain sur lequel peuvent se construire/reconstruire à la fois l’organisation de lutte de base et la tradition de mobilisation active. Chaque mouvement de grève plus global favorise les liens, avec d’autres secteurs, avec la mobilisation de quartier, etc. L’appel syndical à participer aux mobilisations contre le racisme, contre le sexisme etc. n’est certainement pas une garantie de la politique qu’y joueront les directions. Mais elle est la porte ouverte pour construire, au sein des syndicats, le combat pour l’unité de classe, développer les liens entre organisations sur les lieux de travail et organisation sur les quartiers.</p>



<p>Ce ne sont pas des injonctions de l’extérieur qui permettront d’avancer dans ce sens mais l’intervention active et concrète de chacun.e dans son lieu de travail, dans son quartier et la coordination de ces expériences. C’est au travers de cette intervention que doit se développer une organisation des révolutionnaires. Non comme direction du mouvement mais comme outil nécessaire pour la faire émerger, dans le mouvement et pour le mouvement.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard (Paris 20)</h5>
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		<title>Mouvement contre la réforme des retraites à Rennes : l’auto-organisation comme boussole</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/mouvement-contre-la-reforme-des-retraites-a-rennes-lauto-organisation-comme-boussole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Nov 2023 23:26:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Blocages]]></category>
		<category><![CDATA[Classe]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Rennes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Fin septembre 2023, l’antenne A2C de Rennes a organisé une discussion politique ouverte sur la question d’un bilan local du mouvement des retraites. Nous avons voulu rendre compte des différentes pistes de réflexions qui ont <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/mouvement-contre-la-reforme-des-retraites-a-rennes-lauto-organisation-comme-boussole/" title="Mouvement contre la réforme des retraites à Rennes : l’auto-organisation comme boussole">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Fin septembre 2023, l’antenne A2C de Rennes a organisé une discussion politique ouverte sur la question d’un bilan local du mouvement des retraites. Nous avons voulu rendre compte des différentes pistes de réflexions qui ont émergé ce soir-là, continuer à ouvrir le débat et à le faire vivre, mais aussi et surtout pour inviter toutes les personnes qui le souhaitent à nourrir ce bilan, et&nbsp;ainsi continuer à renforcer nos liens et à s’organiser à Rennes.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #10 &#8211; Novembre 2023</h6>



<p class="has-drop-cap"><strong>F</strong>aire le bilan local de ce mouvement n’est pas une chose aisée car il en a sans aucun doute émerveillé et surpris beaucoup, en premier lieu celles et ceux qui y ont participé. Dans ce texte, nous avons fait le choix d’axer notre bilan sur la question de l’auto-organisation, avec ses implications à la fois stratégiques et pratiques. En effet, en tant que révolutionnaires, nous ne cherchions pas seulement à gagner contre la réforme. Nous cherchions également à convaincre le plus grand nombre que nous pouvons aller plus loin et changer les choses entièrement, que nous sommes les plus à même de gérer nos affaires communes. Une des armes pour cela est l’expérience collective de s’organiser ensemble et de décider pour nous-mêmes, autrement dit l’auto-organisation. Nous pensons donc qu’il était nécessaire d’argumenter dans cette perspective et de tenter d’organiser le mouvement dans cette direction.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une chronologie rennaise du mouvement</h2>



<p>Au cours des six mois de mobilisation, plusieurs modalités d’action ont émergé à Rennes, chacune avec ses spécificités :</p>



<p>1/ Du 19&nbsp;janvier au 6&nbsp;juin 2023, 14&nbsp;journées de grève et de manifestations intersyndicales ont rassemblé entre 15 000 et 40 000 personnes avec des syndicats, des lycéen·nes, des groupes autonomes, des collectifs féministes, antiracistes, et des personnes non organisées. Les grèves ont été très suivies par les secteurs publics habituellement mobilisés (Éducation nationale, SNCF) mais aussi par des secteurs moins attendus comme la culture.&nbsp;</p>



<p>2/ Dès janvier, des blocages et barrages filtrants des axes routiers sont organisés aux quatre coins de Rennes. Le but : bloquer l’économie, freiner la production en empêchant les travailleur·euses de rejoindre leur lieu de travail. En mars, ils prennent le nom d’actions « ville morte » et deviennent quasi hebdomadaires.&nbsp;</p>



<p>3/ Dès février, d’autres lieux considérés comme stratégiques sont aussi bloqués : l’université de Rennes&nbsp;2, certains lycées, des centres de collecte des déchets. Des travailleur·euses, étudiant·es, chômeur·euses se coordonnent avec les éboueur·euses pour bloquer la sortie des camions bennes durant 15&nbsp;jours.&nbsp;</p>



<p>4/ Le 11&nbsp;mars, c’est l’ouverture de La Maison du Peuple (MDP) dans l’ancien cinéma Arvor : cet espace a pour vocation de favoriser l’auto-­organisation du mouvement. En parallèle se tiennent chaque semaine les AGs interprofessionnelles (cadre composé de syndicalistes organisés dans différents secteurs) et de Rennes sud. Plus tard, la MDP organise des manifestations régionales avec pour objectifs d’étendre les mobilisations sur l’ensemble de la Bretagne et de créer une coordination régionale.</p>



<p>5/ Le 25&nbsp;mars a lieu la manifestation contre le racisme et la loi Darmanin avec environ 800&nbsp;manifestant·es. S’en suivra la création du collectif Rennes contre Darmanin pour lutter contre le projet de loi sur l’asile et l’immigration et construire un front large et uni à Rennes contre le racisme.&nbsp;</p>



<p>6/ Le même jour, environ 30 000 personnes convergent à Sainte-Soline contre la construction de mégabassines à l’appel des Soulèvements de la terre (SDT) : violences policières inédites, deux manifestants finissent dans le coma.&nbsp;</p>



<p>7/ La première casserolade du 17&nbsp;avril devant la mairie lors du discours de Macron nous permet de nous réunir sous une nouvelle forme : se rassembler, faire du bruit, crier et revendiquer notre désaccord. Très pratiques, simples, accessibles et efficaces, les casserolades ont donné un nouveau souffle à la lutte.&nbsp;</p>



<p>8/ Le 27&nbsp;mai, la MDP appelle à une mobilisation de 24&nbsp;heures contre Macron, Darmanin et le fascisme et Rennes contre Darmanin organise un rassemblement contre la venue du rappeur fasciste Millésime K.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="4c5f76" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr1-768x1024.webp" alt="" class="wp-image-8062 not-transparent" style="--dominant-color: #4c5f76; aspect-ratio:1;object-fit:cover;width:333px;height:auto"/></figure>
</div>


<p>Durant ces six mois, nous avons vécu une effervescence incroyable, ça fourmillait, ça s’organisait à un rythme parfois très intense : personne autour de nous ne pouvait ignorer la lutte en cours contre la réforme Macron. Ce contexte nous donnait l’opportunité de parler politique de façon beaucoup plus évidente et fluide, dans une sphère plus large qu’en période hors mouvement social. En bref, c’était l’occasion parfaite d’intervenir en tant que révolutionnaires, de parler de nos intérêts communs à lutter et surtout d’expérimenter cette capacité réelle que nous avons de reprendre le pouvoir sur nos vies.&nbsp;</p>



<p>Les différentes modalités d’action qui ont émergé pendant le mouvement découlent pour la plupart de conceptions (plus ou moins conscientes) sur la manière de gagner : les choix stratégiques ont constitué un point de discussion et de désaccord important pendant le mouvement, notamment sur la question des blocages comme outil ­d’élargissement de la lutte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stratégies et choix tactiques : des limites du blocage</h2>



<p>Lors des assemblées auxquelles nous avons participé, l’hypothèse que pour faire reculer le gouvernement sur la réforme, il suffirait de faire augmenter son coût financier en additionnant les coûts liés aux différentes actions de la contestation (grèves, blocages, dégradations diverses, encadrement et répression du mouvement), était largement défendue. Le gouvernement se retrouverait donc à faire un calcul économique qui le pousserait à reculer au moins temporairement afin de limiter les pertes financières.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Sur un plan comptable, cette conception revêt plusieurs limites. Car si le gouvernement se donnait pour objectif avec sa réforme « d’économiser » 13 milliards d’euros par an à l’horizon 2030 sur les 331,6 milliards des pensions de retraites, Marc Touati<sup data-fn="66051578-b134-481c-9b43-b707509a8389" class="fn"><a href="#66051578-b134-481c-9b43-b707509a8389" id="66051578-b134-481c-9b43-b707509a8389-link">1</a></sup> estimait à 1 milliard d’euros les coûts d’une journée de grève « dure ». Quant aux dégradations, nous n’avons pas trouvé de chiffres globaux pour le mouvement des retraites, mais à titre de comparaison, la Fédération française des sociétés d’assurances les a estimées à 730 millions d’euros lors des révoltes suite au meutre de Nahel. Soit moins qu’une journée de grève bien suivie.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="626669" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8063 not-transparent" style="--dominant-color: #626669; aspect-ratio:16/9;object-fit:cover" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg-300x225.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg-768x576.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr2-jpg-80x60.webp 80w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<p>Nous étions donc loin de faire pencher la balance de notre côté avec cette seule approche :</p>



<p>1/ Pour bien comprendre ce qui fait peur à nos ennemis, il faut penser cette réforme en contexte. Elle a été mise à l’agenda dans un moment de crise profonde du capitalisme, elle revêtait donc un caractère économique et politique primordial pour les capitalistes.</p>



<p>2/ Ces chiffres nous permettent de relativiser les impacts économiques des stratégies émeutières, par rapport à la grève de masse (avec en plus des conséquences en termes de répression hélas dramatique) : il nous aurait fallu 13 journées de grèves fortes pour ne serait-ce qu’arriver à coûter autant à l’économie que ce que le gouvernement prétend économiser en une seule année avec sa réforme.</p>



<p>3/ Les retraites, ce sont des milliards d’euros sur lesquels capitaliser en augmentant leur taux de profit dans un moment où ceux-ci dégringolent. Autant dire qu’ils étaient prêts à perdre beaucoup sur le moment pour s’assurer de gagner beaucoup à l’avenir.</p>



<p>Dans cette stratégie économique d’augmenter le coût de la réforme pour les capitalistes, une des tactiques centrales a été les blocages d’axes routiers et la mise en place de piquets de grève. Si les blocages ont ponctuellement permis des choses intéressantes (la rencontre entre plusieurs composantes du mouvement, un nouveau souffle pour la mobilisation, la mise en action concrète, un sentiment de puissance collective), la manière dont ils ont été utilisés par leurs organisateur·ices nous a cependant interrogé·es.</p>



<p>Les blocages étaient majoritairement traités comme une question technique plutôt que politique : c’est devenu un rituel et les discussions tournaient plus autour du nombre de palettes nécessaires que de la pertinence à jeter nos forces dans cette action. Nous n’avons par exemple pas pu discuter de ce que nous pouvions proposer aux gens bloqué·es dans leur voiture. Des centaines de personnes se sont retrouvées mises en passivité. Il aurait été pertinent de proposer aux convaincues (les personnes bloquées qui étaient contre la réforme mais pas organisées, pas militantes et très souvent isolées dans leur travail) une manière de se joindre au mouvement et de chercher à convaincre les autres.&nbsp;</p>



<p>La même logique a été mise à l’œuvre avec le soutien apporté aux éboueur·euses, qui n’avaient pas assez de forces pour mener une grève reconductible. Pendant une quinzaine de jours et de nuits, une centaine de personnes impliquées dans le mouvement se sont relayées pour les aider et faire en sorte que les ordures ne soient pas ramassées, dans l’objectif que cette nuisance contribue à la pression globale. Cette approche « de choix d’urgence » n’a pas permis de se demander comment être plus en grève, partout, secteurs isolés ou non, ni quelle importance il peut y avoir à soutenir les différents secteurs isolés ou non (santé, éducation, commerce, transport, etc.).</p>



<p>Nous pensons que ce qui aurait pu faire pencher la balance de notre côté est notre capacité à généraliser le conflit, à convaincre et mettre en action le plus grand nombre pour s’opposer à cette loi, et à bien plus. Peu importe le moyen d’action, blocages, occupations, grèves, notre boussole aurait dû être de chercher par tous les moyens à ce que l’opposition massive à cette loi se traduise avec la même intensité dans la rue en favorisant la mise en action et l’auto-organisation de notre classe. Il n’y a pas de raccourcis : les militant·es ne peuvent faire les tâches seul·es et doivent convaincre et agir en ce sens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">S’organiser par en bas : Maison du peuple et AG Rennes Sud Mobilisée</h2>



<p>Beaucoup de camarades de diverses tendances ont fait un constat, que nous partageons : ce mouvement a été marqué par une faible participation aux cadres d’auto-organisation alors même que la participation aux manifestations était historique.&nbsp;</p>



<p>On pourrait simplement renvoyer la responsabilité à l’intersyndicale en arguant qu’elle a tout fait pour garder le contrôle sur le mouvement. Cependant, contrairement à ce qui a pu se passer dans d’autres mouvements, l’intersyndicale, et plus particulièrement la CGT a, à plusieurs reprises, encouragé des prises d’initiatives par en bas, indépendantes du calendrier annoncé. Cela s’est d’autant plus vérifié après l’utilisation du 49.3 où beaucoup d’initiatives ont été prises partout sur le territoire.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="545854" data-has-transparency="false" decoding="async" width="600" height="800" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr3-jpg.webp" alt="" class="wp-image-8064 not-transparent" style="--dominant-color: #545854; aspect-ratio:1;object-fit:cover;width:262px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr3-jpg.webp 600w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr3-jpg-225x300.webp 225w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></figure>
</div>


<p>Pour autant, les directions syndicales réformistes ne chercheront jamais à être réellement débordées par le mouvement ni à déborder du cadre de la démocratie bourgeoise. C’est notre travail en tant que révolutionnaires de leur opposer d’autres cadres et pratiques et surtout se donner les moyens de mettre en mouvement une part significative de notre classe. Sur ce point, nous pouvons tirer le bilan que nous n’y sommes pas parvenu·es.&nbsp;</p>



<p>À Rennes, parmi les différentes propositions ayant émergé pour organiser et coordonner une partie du mouvement, nous avons eu l’occasion de nous joindre à quelques AG de la Maison du peuple. Si la proposition nous a paru intéressante et a permis d’offrir un espace d’élaboration commun à diverses composantes du mouvement (syndicats, partis, mouvement autonome) pour agir ensemble autant que faire se peut, elle s’est selon nous heurtée à une limite intrinsèque : elle a cherché avant tout autre chose à coordonner les militant·es déjà organisé·es plutôt qu’à organiser celles et ceux qui ne l’étaient pas encore et ainsi élargir le mouvement.&nbsp;</p>



<p>Nous savons que ce n’était pas le propos de la MDP mais justement, nous nous interrogeons : en centralisant l’énergie d’un nombre considérable de militant·es, la MDP n’a-t-elle pas conduit à mettre de côté la création d’autres espaces d’auto-organisation ? Des espaces à plus petite échelle et qui chercheraient activement à être rejoints par des personnes opposées à la réforme mais peu ou pas mobilisées ?</p>



<p>Nous pensons que c’est parfois le travers dans lequel nous pouvons tomber en tant que militant·es déjà organisé·es : chercher à se regrouper pour se sentir plus fort·es, alors que ce qui nous donnerait encore plus de force, c’est d’être rallié·es par celles et ceux qui ne sont pas encore là, et donc de faire du travail politique en ce sens. Si notre objectif est la généralisation des espaces d’auto-organisation, qu’est ce qui a plus de chance d’y mener ? Que tou·te·s les militant·es de la ville se retrouvent dans une grande assemblée pour tenter de s’organiser ensemble, ou de tenter d’élargir le mouvement depuis les personnes qui nous entourent dans nos espaces de vie et de travail ? En somme, de s’organiser par en bas, partout où cela est possible.</p>



<p>Nous avons voulu expérimenter à cette échelle et avons contribué à lancer et faire vivre l’assemblée « Rennes Sud mobilisée contre la réforme ». Cette assemblée était majoritairement composée de personnes déjà organisées (syndicats, collectifs, partis) ou politisées, ayant pour point commun d’habiter Rennes Sud<sup data-fn="92706702-e586-43e7-9dec-4fc9a548092f" class="fn"><a href="#92706702-e586-43e7-9dec-4fc9a548092f" id="92706702-e586-43e7-9dec-4fc9a548092f-link">2</a></sup>. Elle avait pour vocation de s’organiser à l’échelle de nos quartiers pour y faire vivre le mouvement contre la réforme en mobilisant de nouvelles personnes. Plusieurs initiatives ont été lancées depuis ce cadre : </p>



<p>1/ Des départs en cortège depuis le quartier pour rejoindre les manifestations appelées en centre-ville (cortèges allant jusqu’à 200 personnes)&nbsp;</p>



<p>2/ Des barrages/blocages du rond-point de la Poterie (avant de rejoindre en cortège la manifestation). Ces actions ont au départ regroupé une cinquantaine d’habitant·es du quartier avant d’être rejointes par d’autres (notamment la MDP) lorsque les opérations Ville morte ont commencé.&nbsp;</p>



<p>3/ Une déambulation dans le quartier en distribuant des tracts auprès des travailleur·euses et habitant·es appelant à se joindre aux blocages, aux manifestations et aux assemblées : un bon prétexte pour discuter de la réforme et de politique en général.&nbsp;</p>



<p>4/ Un barbecue-projection contre la réforme et contre Macron, qui s’est tenu au centre Alain-Savary et qui a regroupé une soixantaine de personnes du quartier.</p>



<p>Nous avons à la fois été convaincu·es de l’importance de l’existence de ce cadre tout en étant confronté·es à trois grandes difficultés que nous ne voulons pas minimiser :</p>



<p>1/ La régularité : ce cadre s’est ajouté pour beaucoup à d’autres cadres d’organisation, avec parfois peu de continuité et des difficultés à libérer du temps pour se voir.&nbsp;</p>



<p>2/ Le piège de l’entre soi-militant : En réalité, nous sommes retombé·es dans le « piège » que nous tentions d’éviter en construisant cette assemblée. Nous nous sommes majoritairement organisé·es à partir du quartier plutôt que dans le quartier : nos actions (à part vers la fin du mouvement) n’ont pas suffisamment cherché à élargir et grossir nos rangs en convainquant de nouvelles habitant·es et travailleur·euses autour de nous de se joindre au mouvement mais ont plutôt permis d’organiser les militant·es du quartier pour intervenir à l’échelle de la ville.&nbsp;</p>



<p>3/ La continuité : nous sommes sorti·es riches de cette expérience commune et pour autant début juillet, lorsque les révoltes ont éclaté partout en France dont au Blosne suite à la mort de Nahel, nous n’avons pas été en mesure de relancer une dynamique de solidarité en actes avec les habitant·es impliqué·es. Comment poursuivre hors mouvement social afin d’être préparé·es, solides et solidaires lors des explosions politiques qui ne manqueront pas d’advenir dans les mois et années à venir et dont le rythme risque même de s’intensifier ? Ces cadres locaux d’organisation nous semblent être une des clés pour être à la hauteur des enjeux actuels. Leur pérennité est une nécessité pour consolider nos appuis et espérer être toujours plus nombreux·ses à vouloir, in fine, transformer le monde.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="666261" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4.jpg" alt="" class="wp-image-8065 not-transparent" style="--dominant-color: #666261; aspect-ratio:16/9;object-fit:cover" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4.jpg 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4-300x225.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4-768x576.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/11/A2C_RevueN10_Rennes_Illustr4-80x60.webp 80w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p>L’écart profond entre le nombre de personnes se déclarant contre la réforme et la forte mobilisation dans les manifestations d’un côté, et la faible organisation des personnes présentes de l’autre nous pousse aujourd’hui à défendre plus que jamais la nécessité de :</p>



<p>1/ Chercher à convaincre les personnes autour de nous de s’organiser : car s’organiser pour seulement agir ne suffit pas.</p>



<p>2/ Éviter par tout les moyens de s’enfermer entre militant·es et convaincu·es : si les espaces de coordination du mouvement sont nécessaires et peuvent donner l’impression du nombre, ils ne peuvent se suffir à eux-même.</p>



<p>3/ Se poser les questions sur comment généraliser la lutte et sur quelles stratégies défendre pour y parvenir dans un maximum de sphères de la société : c’est la seule manière de faire véritablement trembler le pouvoir.</p>



<p>4/ Donner la confiance : nous sommes tou·te·s, militant·es ou non, légitime et capable de remettre en question nos conditions de vie. Faire grandir le mouvement, c’est aussi regarder, apprendre, écouter ce qu’il se passe ailleurs. C’est inviter, proposer, échanger.</p>



<p>5/ La radicalité oui, mais la radicalité du nombre toujours : elle ne doit pas nous empêcher de rallier le plus grand nombre à celles-ci et d’agir le plus possible en ce sens.</p>



<p>Il nous semble important de rappeler que le mois de juin s’est terminé par l’assassinat de Nahel par la police à Nanterre. À la sortie d’un mouvement social historique, il s’agit aussi de tirer des bilans sur pourquoi la solidarité avec les révoltes et les habitant·es des quartiers n’ont pas été un réflexe au même titre que la solidarité contre le gouvernement Macron qui nous exploite. Nous aimerions développer cette question dans un prochain article, avec, qui sait, des camarades de Rennes ?&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Armell, Kim Attimon et Mathilda Demarbre (Rennes)</h5>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<h6 class="wp-block-heading">NOTES</h6>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="66051578-b134-481c-9b43-b707509a8389">Économiste et chroniqueur dans « Capital ». <a href="#66051578-b134-481c-9b43-b707509a8389-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="92706702-e586-43e7-9dec-4fc9a548092f">Zone comprenant tous les quartiers entre Sainte-Thérèse et la Poterie. <a href="#92706702-e586-43e7-9dec-4fc9a548092f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/mouvement-contre-la-reforme-des-retraites-a-rennes-lauto-organisation-comme-boussole/">Mouvement contre la réforme des retraites à Rennes : l’auto-organisation comme boussole</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>4 mois de luttes en France</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jun 2023 16:24:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Crise politique]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Cet article a été rédigé initialement pour la revue anglaise International Socialism Journal Ce qui se passe en France depuis janvier est ce qui se rapproche le plus, par sa durée et son ampleur, d’une <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/" title="4 mois de luttes en France">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/">4 mois de luttes en France</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<pre class="wp-block-verse"><strong>Cet article a été rédigé initialement pour la revue anglaise <a href="http://isj.org.uk/workers-shake-macron/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">International Socialism Journal</a></strong></pre>



<p class="has-drop-cap">Ce qui se passe en France depuis janvier est ce qui se rapproche le plus, par sa durée et son ampleur, d’une situation révolutionnaire dans un pays développé depuis des décennies. C’est aussi, dans le temps cette fois, ce qui nous en rapproche le plus.</p>



<p>Aux facteurs objectifs – le développement de toutes les contradictions du capitalisme et la crise politique que cela entraîne – s’est ajouté un facteur clef&nbsp;: un mouvement de révolte de masse.</p>



<p>La signification de ce mouvement et les enseignements à en tirer sont, du coup, décisifs pour les révolutionnaires en France. Mais ils le sont aussi pour tous ceux et toutes celles qui se battent contre le capitalisme dans le monde entier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">8 mai&nbsp;: Macron fuit le «&nbsp;pays réel&nbsp;»</h2>



<p>Le 8 mai, comme tous les ans de puis 40 ans, le président de la République française a descendu l’avenue la plus célèbre du pays, l’avenue des Champs-Élysées. Pour la première fois totalement déserte.</p>



<p>Pour éviter une foule le conspuant, la gigantesque avenue avait tout simplement été interdite au public&nbsp;par la police, rappelant la remarque ironique du poète allemand Bertolt Brecht&nbsp;: «&nbsp;Puisque le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple&nbsp;».</p>



<p>Trois semaines plus tôt après la promulgation de la loi sur les retraites, Emmanuel Macron avait, avec son arrogance habituelle, fanfaronné. Il déclarait close la séquence des retraites. Et il allait «&nbsp;retourner sur le terrain, au contact&nbsp;» à la rencontre du «&nbsp;pays réel&nbsp;». Celui qui, selon lui, veut travailler et aspire au retour à l’ordre.</p>



<p>Le pays réel lui a répondu immédiatement. Électricité coupée par le syndicat de l’énergie dans les lieux visités, foule hostile refusant toute discussion, Emmanuel Macron a dû renoncer très vite, la semaine suivant sa déclaration, à ses tentatives d’aller «&nbsp;au contact&nbsp;». Cela s’est étendu à tous ses ministres. A tel point que c’est même devenu l’objet d’un jeu national, «&nbsp;les 100 jours de zbeul&nbsp;», avec un site internet établissant jour après jour un classement des différentes régions sur la base de l’efficacité des rassemblements et actions organisés pour harceler les membres du pouvoir.</p>



<p>Cette crise de légitimité du pouvoir, et avec lui des partis traditionnels, des partis «&nbsp;de gouvernement&nbsp;», ne date pas des derniers mois. Emmanuel Macron avait été élu en 2017 sur la base d’un effondrement total du Parti socialiste alors au pouvoir et d’une quasi-désintégration des partis de la droite conservatrice. Il a été réélu, il y a juste un an, sur la base d’un barrage contre Marine Le Pen sur fond d’abstention record, ne parvenant même plus à faire élire une majorité au parlement.</p>



<p>Le mouvement a considérablement accéléré ce processus.</p>



<p>Durant toute la séquence qui a précédé la promulgation de la loi plus de 2/3 de l’opinion publique a exprimé dans les sondages son opposition à la loi, l’opposition atteignant même 9 salarié·es sur 10.</p>



<p>Cette opposition n’a pas été passive. Dirigée par les syndicats elle a pris très rapidement une nature de classe. Elle a donné lieu à ce jour à 13 journées de manifestations nationales accompagnées pour la plupart d’appels à la grève regroupant pour la plupart plus de 2 millions de manifestant·es, avec deux journées à près de 3,5 millions de manifestant·es. Ces manifestations ont mobilisé tous les secteurs de notre classe et tout le territoire. Pour ne prendre qu’un exemple significatif&nbsp;: il y avait 15&nbsp;000 manifestant·es à Albi, dans le sud de la France, le 19 janvier (1<sup>ère</sup>&nbsp;journée de manifestations), 20&nbsp;000 le 31 janvier et le 23 mars et… 55&nbsp;000 le 16 février. Albi est une ville de… 50&nbsp;000 habitant·es&nbsp;!</p>



<p>Face à une telle opposition populaire Emmanuel Macron a dû utiliser tous les ressorts anti-démocratiques de la Constitution française pour passer en force sa loi. Le 16 mars, incertain d’une majorité, le gouvernement a imposé la loi sans avoir recours au vote des députés.</p>



<p>Ce coup de force institutionnel a été un tournant provoquant la colère du mouvement, une multiplication de manifestations spontanées pendant plusieurs jours et un accroissement significatif de la répression policière.&nbsp;</p>



<p>Dans toute société de classe, la stabilité de la domination de la classe dominante repose principalement sur le consentement d’une large majorité de la population. L’utilisation de la force, toujours présente, ne peut suffire et est, en général, limitée. Les pôles consentement/force sont en train de s’inverser considérablement en France aujourd’hui.</p>



<p>Moins de dix jours après le 16 mars, lors de la manifestation contre les méga-bassines (centre de rétention d’eau anti-écologique) à Sainte-Soline, interdite mais regroupant 30&nbsp;000 manifestant·es en pleine campagne, la police a tiré plus de 5000 grenades de toutes sortes en 2 heures, soit une grenade toutes les 2 secondes, faisant 200 blessé·es parmi les manifestant·es. L’un d’entre eux se bat toujours aujourd’hui pour revenir à la vie.</p>



<p>Le gouvernement a tenté alors d’interdire un des collectifs qui avait organisé la manifestation (Les Soulèvements de la Terre) ne faisant que provoquer une vague de solidarité dans tout le pays qui, à la défiance envers les institutions a ajouté un profond antagonisme avec la police.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="727978" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #727978;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-1100x550.webp" alt="" class="wp-image-7711 not-transparent" width="825" height="413" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-1100x550.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-300x150.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-768x384.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/19937387lpw-19937648-article-greve-reforme-des-retraites-jpg_6837031_1250x625-jpg.webp 1250w" sizes="auto, (max-width: 825px) 100vw, 825px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Macron a perdu</h2>



<p>Pour prendre la mesure des enjeux il faut revenir à l’objectif poursuivi par le pouvoir avec l’attaque sur les retraites. La réforme du système des retraites a été tentée par tous les gouvernements successifs depuis maintenant près de trente ans. Elle est au cœur d’un rapport de forces entre acquis passés du mouvement ouvrier (système de répartition reposant sur la solidarité entre générations, réduction du temps de travail) et offensive néo-libérale (atomisation des travailleurs et augmentation de la part de la plus-value allant au Capital).</p>



<p>Pour cette raison, à chaque fois que les gouvernements en place ont tenté une réforme globale sur les retraites ils ont fait face à une mobilisation importante… et dû reculer. C’est d’ailleurs sur cette question que l’époque de mouvements de masse est revenue en décembre 1995 en France.</p>



<p>L’adaptation à l’idéologie néo-libérale au sein des directions syndicales a permis à certains des gouvernements précédents d’entamer partiellement le système des retraites.</p>



<p>Emmanuel Macron a décidé de reprendre l’offensive générale en se concentrant sur la seule ligne rouge que ne pouvaient accepter les directions des syndicats même les plus modérés (les 64 ans). Même ceux qui, comme la CFDT, ont accompagné depuis trente ans toutes les attaques du gouvernement sur cette question.</p>



<p>L’objectif était donc clair. Il s’agissait, en faisant passer cette attaque, de provoquer et briser tout mouvement de résistance et, notamment, les organisations syndicales. D’ailleurs, à l’attaque sur les retraites, le gouvernement ajoutait une offensive contre les chômeur·euses, contre les locataires ne pouvant plus payer leur loyer et contre les migrant·es et tou·tes les étranger·es.</p>



<p>Le 15 avril, la loi sur les retraites a été promulguée.&nbsp;</p>



<p>Pourtant Macron a perdu. Les syndicats sont plus forts qu’il y a 4 mois et ont inversé la tendance qui, depuis des années, leur faisait perdre des effectifs et des implantations. Même si ce n’est pas massif les adhésions sont reparties à la hausse, des syndicats se créent dans des nouveaux secteurs de l’économie et ce sont principalement des jeunes et des femmes qui se syndiquent.</p>



<p>Et le mouvement n’a pas été brisé. Les «&nbsp;100 jours de zbeul&nbsp;» en sont le symbole tout comme les 2,5 millions de manifestant·es de la journée du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai.&nbsp;</p>



<p>Et si ce mouvement est confronté à de nombreuses questions, s’il doit affronter toutes ses limites c’est parce qu’il a lui-même élevé les enjeux. Le pouvoir s’est considérablement affaibli et pas seulement le pouvoir. Plus que jamais c’est la logique elle-même des institutions et du capitalisme qui sont remises en question à une échelle de masse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">19 avril&nbsp;: Laurent Berger est satisfait</h2>



<p>Le 19 avril, quatre jours seulement après la promulgation de la loi – signant en apparence la défaite du mouvement – Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT et personnalité perçue comme le principal dirigeant du mouvement, annonçait qu’il quittait ses fonctions.&nbsp;</p>



<p>Il ajoutait qu’il pouvait quitter ses fonctions avec le sentiment d’avoir renforcé son organisation. Et d’autre part qu’une nouvelle séquence s’ouvrait, qu’il allait falloir «&nbsp;passer à autre chose&nbsp;» et retourner, tôt ou tard, à la table des négociations avec le gouvernement.&nbsp;</p>



<p>Il faut rappeler que le syndicalisme en France est divisé en plusieurs syndicats interprofessionnels. La constitution d’un front uni de tous les syndicats en janvier dernier était un véritable événement. Cela n’était plus arrivé depuis des décennies. C’est ce qui a permis à l’Intersyndicale, organisme regroupant les directions de tous les syndicats, des plus combatifs au plus modérés, de s’imposer comme la direction incontournable, du mouvement. C’est elle qui, semaine après semaine, a fixé l’agenda du mouvement.</p>



<p>Cette unité a joué un rôle indéniable immédiat dans l’ampleur du mouvement dès sa première journée en janvier dernier. Le succès, principalement en nombre de manifestant·es de cette première journée, avec plus de 2 millions sur tout le territoire, a lancé la dynamique. Et la publication de sondages annonçant une opposition ultra majoritaire à la loi dans toute l’opinion publique.</p>



<p>Et cette unité a comblé, au moins temporairement, le vide créé, depuis des années, par la crise d’hégémonie des relais de l’idéologie dominante en faisant soudain des dirigeants syndicaux, dans tous les sondages, les principaux opposants – politiques – du pouvoir. Cela a une signification considérable, déplaçant le champ de la représentation du terrain des partis institutionnels au terrain du mouvement social, du terrain de la démocratie parlementaire au terrain de la lutte de classes.</p>



<p>Cette unité des directions syndicales et l’écho qu’elle a eu n’est pas que formelle. Elle a une base matérielle et un contenu idéologique.</p>



<p>Sa base matérielle repose dans la position sociale spécifique des bureaucraties syndicales. Si elles ont engagé la bataille ce n’était pas parce que notre classe était attaquée. Après tout la CFDT notamment a soutenu depuis des décennies la logique même de la remise en cause du système des retraites quand les autres directions syndicales s’y adaptaient. Mais ce qui était cette fois en jeu pour elles c’est qu’elles n’étaient même plus conviées à la table des négociations avec l’État et le patronat. C’était donc leur rôle comme «&nbsp;représentantes&nbsp;»&nbsp;de notre classe qui était nié… et qu’elles ont retrouvé grâce à la mobilisation du mouvement. Le gouvernement n’a désormais de cesse de les convier à des négociations. D’où la satisfaction de Laurent Berger.</p>



<p>Son contenu idéologique c’est que ces directions défendent leur position au sein du système tel qu’il est. Elles ne sont pas révolutionnaires mais réformistes.</p>



<p>Leur stratégie a donc constamment été centrée sur les moyens institutionnels de résoudre le conflit&nbsp;: peser sur les parlementaires en vue du vote à l’Assemblée (jusqu’au 16 mars) puis peser sur le Conseil constitutionnel qui devait juger de la conformité constitutionnelle de la loi (jusqu’au 14 avril) puis, brièvement, prier Emmanuel Macron de ne pas promulguer la loi (jusqu’au 15 avril) puis demander un référendum «&nbsp;citoyen&nbsp;» puis… plus rien. Sinon appeler à manifester le 1<sup>er</sup>&nbsp;mai et dire qu’il allait falloir «&nbsp;passer à autre chose&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_6_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_1" class="footnote_tooltip">Une semaine après les manifestations du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai l’Intersyndicale publie un communiqué… en forme d’adresse aux député·es. Le mouvement, encore une fois, n’est pas la solution mais un simple instrument de pression. D’ailleurs l’argument essentiel pour convaincre les députés est qu’il faut éviter une «&nbsp;explosion sociale&nbsp;». Outre que cette unique perspective est vouée à l’échec du fait de la majorité favorable à la politique du gouvernement au Sénat, elle repose, cerise sur le gâteau, sur une alliance électorale de fait avec le groupe de député·es du RN à l’Assemblée.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_6_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Et cela avait des conséquences sur la manière de construire, par en haut, le mouvement en paralysant tout ce qui permet à notre classe de développer son pouvoir propre.</p>



<p>Tony Cliff distinguait la «&nbsp;collection d’individus&nbsp;» – qui est la vision de la société dans les termes de l’idéologie dominante – et le «&nbsp;pouvoir collectif de classe&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_6_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_2" class="footnote_tooltip">Tony Cliff,&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1987/09/oppressed.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The working class and the oppressed</a></em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_6_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Les directions syndicales ont tout misé sur le nombre, la «&nbsp;collection d’individus&nbsp;» pour imposer des négociations&nbsp;: nombre de manifestant·es dans les rues et sondages d’opinion.</p>



<p>Pour favoriser ce nombre et, potentiellement ne pas s’aliéner le soutien de couches sociales opposées «&nbsp;au désordre&nbsp;», elles n’ont rien fait pour construire le pouvoir collectif de classe par les grèves. Début mars, alors que le dénouement est proche à l’Assemblée et que le pouvoir reste sourd aux demandes de l’Intersyndicale, celle-ci monte le ton en appelant à «&nbsp;mettre le pays à l’arrêt&nbsp;» le 7 mars. C’est le signal qu’attendent certains secteurs pour tenter de lancer une grève reconductible. Interpellé dans les médias sur ce qui apparaît comme un appel à «&nbsp;bloquer le pays&nbsp;» Laurent Berger proteste… pour s’opposer aux grèves.&nbsp;</p>



<p>L’Intersyndicale a tout concentré sur l’unique question des 64 ans, refusant d’appeler, dans chaque secteur, chaque lieu de travail à relier cette revendication à des revendications plus spécifiques (conditions de travail, salaires) qui auraient permis d’élargir et d’enraciner une implication active à la grève.</p>



<p>Elle a aussi refusé d’articuler le mouvement avec la lutte contre le sexisme ou le racisme qui permettent de développer une conception plus forte de la conscience de classe et, pratiquement, une solidarité organique plus puissante.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="946d64" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #946d64;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7712 not-transparent" width="664" height="375" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-jpg.webp 885w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/image-768x434.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 664px) 100vw, 664px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">17 avril&nbsp;: «&nbsp;Nous, aussi, on va passer en force&nbsp;»</h2>



<p>Le 17 avril, deux jours après la promulgation de la loi, Emmanuel Macron décide de «&nbsp;s’adresser à la nation&nbsp;» lors d’une intervention solennelle à la télévision. Au moment de son intervention, des rassemblements, suivis de manifestations sauvages, ont lieu devant de nombreuses mairies sur tout le territoire avec concerts de casseroles. Le message est clair&nbsp;: «&nbsp;on ne t’écoute même plus&nbsp;». Émerge alors un nouveau slogan&nbsp;: «&nbsp;Nous, aussi, on va passer en force&nbsp;» en écho au «&nbsp;passage en force&nbsp;» de la loi par Emmanuel Macron.</p>



<p>Ce slogan témoigne du développement, au sein du mouvement, d’une dynamique en rupture avec la stratégie des directions syndicales. Institutions contre mouvement, classe contre classe, force contre force. Nous ne sommes plus dans la négociation. A la force du pouvoir, il faut opposer la force du mouvement.</p>



<p>Ce slogan est au-dessus des capacités actuelles du mouvement à le mettre en œuvre mais son émergence et son audience auprès d’une fraction significative du mouvement signale le potentiel d’une autre voie, produit des expériences du mouvement et fruit de l’impasse de la stratégie des directions syndicales.</p>



<p>Dès les premières semaines du mouvement des tentatives ont été faites, principalement à partir du secteur de l’éducation – et en son sein de l’école primaire – pour organiser et élargir la grève. C’est un secteur qui a la tradition d’organiser des assemblées par quartiers pour réunir sur un même secteur les personnels des écoles. Par ailleurs les revendications de ce secteur (lutte contre les fermetures de classe et contre l’augmentation du nombre d’élèves par classe) articulées à l’opposition à la loi avaient la capacité d’organiser aussi les parents d’élèves, doublement concernés en tant que parents et en tant que travailleur·euses.</p>



<p>Ce sont donc souvent ces assemblées d’enseignant·es qui, à des rythmes différents selon les expériences antérieures du mouvement, ont été les moteurs d’assemblées de quartiers et d’assemblées interprofessionnelles<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_3');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_6_3" class="footnote_plugin_tooltip_text">3</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_3" class="footnote_tooltip">Voir notamment le récit de camarades de Marseille dans&nbsp;<em>«&nbsp;<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/">Quelques questions et hypothèses à partir du mouvement</a>&nbsp;»</em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_6_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>.</p>



<p>Dès le départ, ce qui pèse sur la possibilité d’extension de la grève c’est le refus légitime de «&nbsp;la grève par procuration&nbsp;», un seul secteur assumant le poids essentiel de la grève. Tout le monde sent qu’un secteur ne sera pas suffisant… et attend le signal d’un appel général… qui ne viendra bien sûr jamais des directions.</p>



<p>Le 7 mars et dans les jours qui suivent le 16 mars, avec le passage en force de la loi à l’Assemblée, des grèves reconductibles démarrent dans plusieurs secteurs (cheminots, raffineries, éboueurs, énergie…). C’est aussi le moment où la jeunesse lycéenne et étudiante commence à se joindre au mouvement. Pendant plusieurs jours les manifestations spontanées et les blocages divers (péages d’autoroutes, périphériques des grandes villes, plateformes logistiques, centres d’incinération…) se multiplient. Mais, laissant officiellement l’initiative aux syndicats de secteurs, les directions syndicales ne font rien, ni pour généraliser la grève et coordonner les secteurs en lutte ni même, a minima, pour se battre contre les réquisitions de grévistes et la répression policière. Isolées, les grèves reconductibles vont s’épuiser.</p>



<p>Cependant cela montre comment, à chaque étape s’exprime une énergie et un potentiel pour la grève. Mais aussi pour la généralisation politique au sein du mouvement.</p>



<p>Le lendemain du 7 mars, la date du 8 mars, journée internationale des femmes et journée de lutte, la question de <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/grever-en-feministes/">la grève féministe</a> va être utilisée par de nombreux collectifs féministes comme levier pour favoriser à la fois la dynamique de reconduction des grèves et l’élargissement des revendications de lutte contre le sexisme. De nombreux collectifs féministes locaux vont ainsi développer leur audience.</p>



<p>Suite à un travail acharné de réseaux limités de militant·es, les revendications contre un nouveau projet de loi raciste contre les étrangers ont progressivement gagné un écho dans le mouvement. Le 25 mars des manifestations contre cette loi et en soutien aux sans-papiers ont lieu dans une cinquantaine de villes à des niveaux bien plus élevés que d’ordinaire. A Paris la manifestation regroupe plus de 10&nbsp;000 manifestant·es. Une nouvelle journée sur ce thème a eu lieu aussi le 29 avril dans plusieurs villes dont Paris, Toulouse, Rennes, Grenoble ou Marseille.</p>



<p>Rappelons aussi ici les 30&nbsp;000 manifestant·es, le même 25 mars, à Sainte-Soline sur les questions d’environnement et de gestion de l’eau. Plutôt que de tuer le mouvement, la répression brutale de cette manifestation va généraliser l’opposition à la police. Et dans les semaines qui suivent 140 nouveaux comités locaux du collectif menacé d’interdiction (Les Soulèvements de la Terre) sont créés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La critique des directions syndicales nécessaire pour une autre voie</h2>



<p>Il est évident que la politique de l’Intersyndicale a été, à chacun des stades, un obstacle au renforcement et à la généralisation de ces dynamiques.</p>



<p>Les courants politiques dominants à gauche et à l’extrême-gauche exonèrent pourtant la responsabilité de l’Intersyndicale en expliquant que le problème est qu’il n’existait pas de poussée suffisante, à la base, vers le débordement de sa stratégie, que les initiatives d’auto-organisation ont recueilli, partout, une audience limitée.</p>



<p>Une des raisons avancées pour expliquer cela est la situation objective du syndicalisme sur les lieux de travail. Des sociologues <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_4');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_6_4" class="footnote_plugin_tooltip_text">4</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_4" class="footnote_tooltip">Etienne Pénissat, <a href="https://alencontre.org/europe/france/france-la-dynamique-des-greves-et-la-faiblesse-de-linfrastructure-militante.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La dynamique des grèves et la faiblesse de l’infrastructure militante</a></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_6_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> ont démontré que, non seulement les effectifs syndicaux ont reculé, y compris ces dernières années, mais que la participation aux grèves a aussi baissé dans la même période.&nbsp;&nbsp;Outre l’existence de quasi déserts syndicaux dans certains secteurs, les équipes syndicales ont de moins en moins de pratiques de terrain.</p>



<p>Une chose est d’analyser que ces facteurs jouent à l’évidence un rôle indéniable dans le développement et la possibilité de grèves. En tirer la conclusion qu’il n’y a pas d’alternative à la stratégie des directions syndicales est par contre une abdication. D’une part parce que cette situation est déjà le fruit des mêmes stratégies antérieurement au mouvement. D’autre part parce que le mouvement a montré qu’il était possible d’inverser la tendance.</p>



<p>Une des conséquences de l’impulsion donnée par le mouvement combinée à l’impasse créée sur la question des retraites est l’ouverture d’une période qu’on pourrait qualifier de guérilla sociale et politique&nbsp;: le report de la dynamique générale sur la multiplication de conflits économiques locaux (grèves sur les salaires et/ou les conditions de travail) et de combats politiques.</p>



<p>La critique des directions syndicales et de leur stratégie doit donc servir à armer les militants du mouvement pour commencer à résoudre ce qui a été identifié comme un obstacle. Et donc construire et renforcer, dans ces conflits, toutes les formes d’organisations de base, sections syndicales combatives, assemblées locales, collectifs de lutte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1<sup>er</sup>&nbsp;mai&nbsp;: meeting fasciste au Havre&nbsp;</h2>



<p>Le 1<sup>er</sup>&nbsp;mai, date de la Journée de solidarité internationale des travailleur·euses, le Rassemblement National, le parti de Marine Le Pen, a tenu un meeting national au Havre, ville portuaire qui est un des symboles des luttes ouvrières, celles des dockers et des raffineurs.</p>



<p>Le fait même que ce meeting a eu lieu, à cet endroit, dans cette période de mouvement de masse peut sembler une aberration.</p>



<p>Il est, en réalité, le produit essentiel de deux facteurs&nbsp;: la polarisation déjà présente de la société et la faiblesse politique de la gauche française, tous courants confondus, sur la question du racisme et du fascisme.</p>



<p>Il faut se rappeler que Marine Le Pen a obtenu 13 millions de voix aux élections présidentielles il y a un an. Contre le pessimisme général et les appels à voter pour Macron, nous disions alors que ce vote était le résultat d’une polarisation générale vers la droite mais aussi vers la gauche.</p>



<p>Cette polarisation n’a pas disparu comme par magie sous l’influence du mouvement. La tendance générale d’évolution de toute la situation n’est pas vers une stabilisation de la démocratie parlementaire, elle est vers une alternative entre fascisme et communisme.</p>



<p>A l’opposé de la théorie générale de la gauche qui présente constamment le Rassemblement National (et parfois le fascisme) comme une variété plus radicale de la politique du Capital <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_5');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_6_5" class="footnote_plugin_tooltip_text">5</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_5" class="footnote_tooltip">Il faut absolument lire le texte de Vanina Giudicelli,&nbsp;<em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Existe-t-il un danger fasciste en France&nbsp;?</a></em></span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_6_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>, le RN a pris fermement position contre le projet de loi.</p>



<p>Et, aussi surprenant que cela puisse paraître après plusieurs mois de lutte de masse, Marine Le Pen apparaît dans tous les sondages loin derrière les dirigeants syndicaux, comme la première opposante politique à Emmanuel Macron. Largement devant Jean-Luc Mélenchon. Et plus la perspective reste sur le terrain institutionnel, plus elle risque de gagner en audience. A moins que le développement d’un parti fasciste soit combattu spécifiquement en lui refusant toute légitimité et toute présence.&nbsp;</p>



<p>Le Havre est devenu ce 1<sup>er</sup>&nbsp;mai le symbole combiné à la fois des possibilités qui existent pour cela et de la faillite de la gauche.</p>



<p>Faillite, car il est évident que si le syndicat CGT des dockers ou la CGT nationale avaient décidé que le meeting du RN ne pouvait avoir lieu…il n’aurait tout simplement pas eu lieu. Voilà qui montre que le développement du fascisme en France n’est pas une fatalité. Mais au-delà de la CGT, c’est toute la gauche qui a préféré, nationalement, faire l’impasse sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/argumenter-et-convaincre-de-lurgence-antifasciste-et-antiraciste/">la nécessité d’un combat uni et spécifique contre la menace fasciste portée par le RN</a>. Selon l’idée qui ne cesse de s’avérer fausse, que le développement d’un mouvement social suffirait à bloquer la route au fascisme. Conclusion partagée tant par les courants qui refusent de caractériser le RN comme parti fasciste que par ceux qui considèrent que c’est le gouvernement qui dérive vers le fascisme.&nbsp;</p>



<p>La Marche des Solidarités, front antiraciste impliquant notamment des collectifs de sans-papiers, a organisé une délégation d’une centaine de membres pour aller manifester au Havre. Localement des organisations avaient appelé à une mobilisation contre le meeting du RN au sein de la manifestation du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai puis à des prises de paroles et des concerts l’après-midi contre le RN. Le cortège, ouvert par la délégation parisienne et les Sans-Papiers, a reçu un écho enthousiaste. Des milliers de personnes sont venues écouter les prises de parole et ont ovationné toutes celles qui mettaient en avant la lutte contre le racisme et la nécessité de barrer, en tous lieux, la route aux fascistes. Montrant le potentiel existant pour une lutte antifasciste large et offensive.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="707a5c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #707a5c;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="435" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-1024x435.webp" alt="" class="wp-image-7224 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-1024x435.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-300x128.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-768x327.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-jpg.webp 1030w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Révolution et pouvoir ouvrier</h2>



<p>La première conséquence d’un mouvement de cette ampleur c’est qu’il a considérablement élevé les enjeux tout en ouvrant les possibilités pour y répondre.</p>



<p>Une anecdote le reflète. Dans le groupe révolutionnaire construit par des activistes autour des&nbsp;<em>Cahiers de l’Autonomie de Classe</em>, composé d’activistes issus des luttes féministes et antiracistes, et plus récemment de milieux syndicaux, un sondage a été fait pour déterminer les sujets abordés lors d’un week-end les 14 et 15 mai. Les trois sujets choisis sont significatifs de l’impact du mouvement&nbsp;: «&nbsp;Qu’est-ce que la classe ouvrière&nbsp;?&nbsp;», «&nbsp;Pouvoir ouvrier&nbsp;» et «&nbsp;Rôle des révolutionnaires&nbsp;». Reflétant dans un milieu déjà très radicalisé le fait plus général que le mouvement a replacé la question de classe au cœur des problématiques politiques.</p>



<p>Parce qu’elle implique plus ou moins activement et collectivement des centaines de milliers de jeunes et de travailleur·euses qui deviennent des activistes, un des effets d’une riposte de classe de masse est qu’elle tend à une fusion entre la théorie et la pratique au travers de la question stratégique.</p>



<p>Après le 16 mars la stratégie portée par les courants syndicalistes de gauche ou révolutionnaires était basée sur une théorie de la grève comme arme exclusivement économique (et, en miroir, du Capital comme acteur déterminé uniquement par ses intérêts économiques immédiats)<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_7706_6('footnote_plugin_reference_7706_6_6');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7706_6_6" class="footnote_plugin_tooltip_text">6</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_6" class="footnote_tooltip">Frédéric Lordon a très bien exprimé cela à différentes reprises, avec ses descriptions éloquentes de Macron en autocrate halluciné par son égo. Son argument était que la seule manière de le débrancher était de faire pression sur les intérêts économiques du Capital.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7706_6_6').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7706_6_6', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script>. Concrètement il s’agissait d’organiser et de défendre la grève dans les secteurs considérés comme «&nbsp;stratégiques&nbsp;», capables de toucher le Capital au porte-monnaie de la manière la plus immédiate et efficace&nbsp;: énergie, transports, centres d’incinération des déchets, raffineurs… Convergeant en cela avec des courants autonomes théorisant, plutôt que la grève, le blocage des flux&nbsp;: la logistique, le transport de force de travail comme de marchandises.</p>



<p>Des centaines voire des milliers d’activistes se sont alors déplacés d’un endroit à un autre pour aller bloquer une autoroute, défendre un piquet, aider à en constituer.</p>



<p>Nous argumentions que la grève n’est pas qu’une arme économique, elle est d’abord <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/arreter-le-travail-commencer-a-rever/">le meilleur outil d’émancipation collective des travailleur·euses</a> sortant de l’atomisation et de l’aliénation du processus de travail, reprenant le contrôle de leur vie pour s’organiser collectivement. D’où l’importance de concentrer nos forces à construire localement, sur les lieux de travail, sur les quartiers, la grève reconductible et son élargissement à tous les lieux de travail, à tous les secteurs, l’importance de l’organisation et des prises de décision collectives par lieu de travail, par quartier. L’importance de l’articuler, sur chacun des lieux aux mobilisations contre le racisme et contre le fascisme.</p>



<p>On peut citer de nombreux autres exemples de débats, théoriques, directement soulevés par des questions pratiques, sur l’analyse du fascisme (faut-il aller au Havre ou rester manifester à Paris&nbsp;?), sur le racisme ou le sexisme (ces luttes sont-elles une diversion de la lutte de classe ou l’expression de son plus haut niveau), etc.</p>



<p>Les enjeux se sont élevés. Le mouvement accélère les rythmes de développement de la crise tout en construisant aussi les potentialités d’y répondre. Ce qui rend plus urgent que jamais le développement en son sein d’une alternative révolutionnaire et de la lutte contre le fascisme.</p>



<p>Comme je l’écrivais en conclusion d’un article écrit peu de temps après la promulgation de la loi&nbsp;: «&nbsp;la phase actuelle du mouvement est beaucoup plus incertaine que les précédentes. Une nouvelle direction révolutionnaire capable de proposer une alternative auprès de centaines de milliers d’étudiants et de travailleur·euses ne se proclame pas. Les expériences qui vont être faites, les arguments et initiatives testés dans cette phase seront par contre cruciaux pour commencer à la construire.&nbsp;»</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard &#8211; 15 mai 2023</h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7706_6();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7706_6();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7706_6">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7706_6" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_6_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_6('footnote_plugin_tooltip_7706_6_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Une semaine après les manifestations du 1<sup>er</sup>&nbsp;mai l’Intersyndicale publie un communiqué… en forme d’adresse aux député·es. Le mouvement, encore une fois, n’est pas la solution mais un simple instrument de pression. D’ailleurs l’argument essentiel pour convaincre les députés est qu’il faut éviter une «&nbsp;explosion sociale&nbsp;». Outre que cette unique perspective est vouée à l’échec du fait de la majorité favorable à la politique du gouvernement au Sénat, elle repose, cerise sur le gâteau, sur une alliance électorale de fait avec le groupe de député·es du RN à l’Assemblée.</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_6_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_6('footnote_plugin_tooltip_7706_6_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Tony Cliff,&nbsp;<em><a href="https://www.marxists.org/archive/cliff/works/1987/09/oppressed.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The working class and the oppressed</a></em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_6_3" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_6('footnote_plugin_tooltip_7706_6_3');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>3</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir notamment le récit de camarades de Marseille dans&nbsp;<em>«&nbsp;<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/crise-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/">Quelques questions et hypothèses à partir du mouvement</a>&nbsp;»</em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_6_4" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_6('footnote_plugin_tooltip_7706_6_4');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>4</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Etienne Pénissat, <a href="https://alencontre.org/europe/france/france-la-dynamique-des-greves-et-la-faiblesse-de-linfrastructure-militante.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La dynamique des grèves et la faiblesse de l’infrastructure militante</a></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_6_5" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_6('footnote_plugin_tooltip_7706_6_5');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>5</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Il faut absolument lire le texte de Vanina Giudicelli,&nbsp;<em><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/existe-t-il-un-danger-fasciste-en-france/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Existe-t-il un danger fasciste en France&nbsp;?</a></em></td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7706_6_6" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7706_6('footnote_plugin_tooltip_7706_6_6');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>6</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Frédéric Lordon a très bien exprimé cela à différentes reprises, avec ses descriptions éloquentes de Macron en autocrate halluciné par son égo. Son argument était que la seule manière de le débrancher était de faire pression sur les intérêts économiques du Capital.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7706_6() { jQuery('#footnote_references_container_7706_6').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7706_6').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7706_6() { jQuery('#footnote_references_container_7706_6').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7706_6').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7706_6() { if (jQuery('#footnote_references_container_7706_6').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7706_6(); } else { footnote_collapse_reference_container_7706_6(); } } function footnote_moveToReference_7706_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7706_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7706_6(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7706_6(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/4-mois-de-luttes-en-france/">4 mois de luttes en France</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>La lutte de classes est la solution !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/la-lutte-de-classes-est-la-solution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Jun 2023 07:30:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce mardi 6 juin des centaines de milliers de&#160;manifestant·es&#160;défileront dans toute la France à l’appel des directions syndicales pour la 14è journée nationale depuis janvier contre l’attaque sur les retraites. En raison des chiffres en <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/la-lutte-de-classes-est-la-solution/" title="La lutte de classes est la solution !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Ce mardi 6 juin des centaines de milliers de&nbsp;manifestant·es&nbsp;défileront dans toute la France à l’appel des directions syndicales pour la 14è journée nationale depuis janvier contre l’attaque sur les retraites.</p>



<p>En raison des chiffres en baisse, cette journée sera analysée largement comme la fin du mouvement.</p>



<p>Mais cette conclusion sera fausse.</p>



<p>D’abord parce que la baisse du chiffre de&nbsp;manifestant·es&nbsp;ne reflètera que l’impasse dans laquelle a conduit la stratégie institutionnelle des directions syndicales et l’absence actuelle de toute perspective sur le front des retraites alors que tous les recours institutionnels ont échoué et que la loi est passée. Devant cette impasse la majorité des travailleurs et travailleuses ne veulent pas gaspiller leurs forces en pure perte.</p>



<p>Mais surtout parce que, du coup, ce n’est pas là que les choses importantes se passent.&nbsp;</p>



<p>Devant l’impasse le mouvement a changé de forme. La combativité et la confiance gagnées par la révolte de masse contre le pouvoir est en train de nourrir des luttes locales sur les revendications salariales et les conditions de travail. C’est sur ce terrain que continue le processus engagé sur les retraites.</p>



<p>Vendredi dernier, 2 juin, les salariées d’un entrepôt de logistique de Verbaudet (vêtements, jouets et matériel pour les enfants) ont gagné sur leurs revendications salariales après 75 jours de grève. Ces femmes qui n’avaient jamais fait grève de leur vie, ont démarré leur grève pendant le mouvement des retraites. Et ces dernières semaines leur lutte était devenue emblématique.</p>



<p>Le samedi 3 juin près de 2000&nbsp;salarié·es&nbsp;de Disneyland en région parisienne ont manifesté dans les allées du parc d’attraction pour le même type de revendications. C’était leur troisième journée de grève et de manifestations et le mouvement se développe.</p>



<p>Le 7 juin les&nbsp;salarié·es&nbsp;des librairies feront grève dans plusieurs villes du pays pour leurs salaires.</p>



<p>Il y a des points communs entre ces exemples. A Verbaudet la grève est née suite à un piquet organisé pendant le mouvement des retraites devant l’entrepôt par des syndicalistes extérieurs à l’entreprise. C’est ce qui a donné la confiance à un groupe de&nbsp;salarié·es&nbsp;pour lancer la grève sur leurs propres revendications. La grève reconductible s’est construite sur la base de piquets et d’assemblés hebdomadaires.</p>



<p>L’appel à la grève des libraires est née d’une nouvelle organisation, le <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/libraires-en-greve-cest-trop-la-classe/">Bookbloc</a>, coordonnant les&nbsp;salarié·es&nbsp;des librairies, très majoritairement non&nbsp;syndiqué·es&nbsp;jusque-là, pour participer au mouvement des retraites au travers d’assemblées hebdomadaires.</p>



<p>A Disneyland le mouvement, impliquant individuellement des&nbsp;syndiqué·es&nbsp;est né en dehors des syndicats. Les syndicats ne l’ont rejoint qu’à partir de la deuxième journée et le mouvement a sa propre structure, le Mouvement anti-inflation.</p>



<p>A Marseille, le samedi 3 juin, des&nbsp;salarié·es&nbsp;et membres de divers collectifs <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/lennemi-narrive-pas-en-bateau-mais-en-limousine/">ont largement perturbé une célébration officielle d’un musée emblématique de la ville</a>. L’initiative est née des contacts établis pendant le mouvement des retraites pour tenter de coordonner différents secteurs. Une Assemblée des travailleurs de la culture s’est ainsi constituée avec notamment des&nbsp;salarié·es&nbsp;en lutte d’un sous-traitant de ce musée. Les différentes actions ce 3 juin ont fait le lien avec la lutte contre le projet de loi anti-immigration du gouvernement et la solidarité avec les&nbsp;migrant·es.</p>



<p>La stratégie des directions syndicales, privilégiant les manifestations à la grève et totalement orientée vers des solutions institutionnelles, a totalement dominé le mouvement pendant des mois en l’absence de formes d’organisations de base capables de forger une stratégie alternative. Mais le processus né en janvier ne s’est pas arrêté pour cela. Et la multiplication des conflits localisés est la base sur laquelle le mouvement peut commencer à construire ce qui lui a manqué jusque-là.</p>



<p>D’autant que ces conflits ne se limitent pas aux questions économiques. Ce dimanche 4 juin des milliers d’antifascistes ont défilé dans les rues de Paris en hommage à Clément Méric, un militant tué par les fascistes il y a dix ans. Le 17 juin et 8 juillets prochains des journées nationales de manifestation sont organisées contre un projet de loi raciste et anti-migrants du gouvernement. Le même 17 juin des centaines de syndicalistes se réuniront à Paris pour discuter de la lutte contre l’extrême-droite.</p>



<p>Le très faible niveau de coordination de toutes ces initiatives est le propre de cette phase du mouvement. Mais, reflet de l’absence de direction conséquente donnée par la gauche, elle est le terreau sur lequel peut commencer à se construire une alternative.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Denis Godard, Paris 20e</h6>
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		<title>« L&#8217;ennemi n&#8217;arrive pas en bateau mais en Limousine »</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/lennemi-narrive-pas-en-bateau-mais-en-limousine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Jun 2023 17:36:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Action]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Marseille]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce week-end, le MUCEM (Musée des Civilisations de l&#8217;Europe et de la Méditerrannée), créé en 2013 lors de Marseille capitale de la culture, célébrait ses 10 ans. Les AG culture, éducation et asso, ainsi que <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/lennemi-narrive-pas-en-bateau-mais-en-limousine/" title="« L&#8217;ennemi n&#8217;arrive pas en bateau mais en Limousine »">[...]</a></div>
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<p style="font-style:normal;font-weight:600">Ce week-end, le MUCEM (Musée des Civilisations de l&rsquo;Europe et de la Méditerrannée), créé en 2013 lors de Marseille capitale de la culture, célébrait ses 10 ans.</p>



<p class="has-drop-cap">Les AG culture, éducation et asso, ainsi que Marseille contre Darmanin, ont décidé de s&rsquo;inviter à la fête pour dénoncer la privatisation de la culture et des services publics, l&#8217;embourgeoisement de la ville de Marseille, et plus largement les attaques frontales menées par le gouvernement contre tous·tes les travailleur·euses.</p>



<p>Dès 10h, des petits groupes de manifestant·es sont entré·es dans le musée en se mêlant aux touristes venu·es pour l&rsquo;évènement.</p>



<p>À 11h, France Bleu Provence organisait un live radio avec plusieurs invité·es censé·es représenter le Marseille d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>



<p>À ce moment là, une quinzaine de personnes montent sur scène pour se saisir de cet espace et lire le tract titré « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/tract.png" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Marseille Unie Contre l&rsquo;Exploitation et Macron</a>« .</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img data-dominant-color="868484" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #868484;" loading="lazy" decoding="async" width="1440" height="810" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited.webp" alt="" class="wp-image-7512 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited.webp 1440w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited-1024x576.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited-768x432.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-11-2-edited-1320x743.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1440px) 100vw, 1440px" /><figcaption class="wp-element-caption">© Emmanuelle Bouzeid</figcaption></figure>
</div>


<p>Au même moment, la passerelle qui relie les deux bâtiments du musée au dessus de la mer, se retrouve bloquée par 70 personnes : fumigènes, banderoles, slogans viennent interrompre le bon déroulé de la journée.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="69727e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #69727e;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/banderole-passerelle-edited.webp" alt="" class="wp-image-7501 not-transparent" width="810" height="506" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/banderole-passerelle-edited.webp 1080w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/banderole-passerelle-edited-300x188.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/banderole-passerelle-edited-1024x640.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/banderole-passerelle-edited-768x480.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 810px) 100vw, 810px" /></figure>
</div>


<p>En contrebas, 4 voiliers et une petite barque défilent sur la mer arborant plusieurs mots d&rsquo;ordre comme par exemple « L&rsquo;ennemi n&rsquo;arrive pas en bateau il arrive en limousine » ou « Pas de pause, pas de trêve, notre référendum c&rsquo;est la grève ».</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/bateau/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img data-dominant-color="748692" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #748692;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" data-id="7491" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg.webp" alt="" class="wp-image-7491 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg-300x225.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg-768x576.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg-678x509.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg-326x245.webp 326w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/bateau-jpg-80x60.webp 80w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">© Emmanuelle Bouzeid</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/emmanuelle-bouzeid-10-3/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img data-dominant-color="546671" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #546671;" loading="lazy" decoding="async" width="1440" height="960" data-id="7499" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-10-2.jpg" alt="" class="wp-image-7499 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-10-2.jpg 1440w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-10-2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-10-2-1024x683.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-10-2-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-10-2-1320x880.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1440px) 100vw, 1440px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">© Emmanuelle Bouzeid</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://www.autonomiedeclasse.org/emmanuelle-bouzeid-4-3/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img data-dominant-color="49606f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #49606f;" loading="lazy" decoding="async" width="1440" height="960" data-id="7498" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-4-2.jpg" alt="" class="wp-image-7498 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-4-2.jpg 1440w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-4-2-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-4-2-1024x683.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-4-2-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/©-Emmanuelle-Bouzeid-4-2-1320x880.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1440px) 100vw, 1440px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">© Emmanuelle Bouzeid</figcaption></figure>
</figure>



<p>Après une vingtaine de minutes, le cortège part en petite manif joyeuse vers la sortie en traversant l&rsquo;intérieur du musée.</p>



<p>Plus tard dans l&rsquo;après-midi, un militant de Marseille contre Darmanin est venu parler de l&rsquo;action du matin et du lien avec la mobilisation contre la loi immigration sur le plateau des Chichas de la pensée. Sa prise de parole s&rsquo;est organisée hors du cadre de la programmation du Mucem, directement entre les organisateurices de l&rsquo;action et les intervenants des Chichas de la pensée.</p>



<figure class="wp-block-audio"><audio controls src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/06/intervention-Alladine-chichas-de-la-pensee.mp3"></audio></figure>



<p>Cette action vient tout d&rsquo;abord d&rsquo;une lutte locale, celles des travailleureuses d&rsquo;un sous-traitant du Mucem, demandant leur internalisation dans la structure publique du musée, de meilleures conditions salariales et moins de précarisation.</p>



<p>Ces salarié·es en lutte, ont été présent·es dès la première AG Culture, née fin mars et rendue possible par l&rsquo;énergie de l&rsquo;AG interpro. C&rsquo;est dans ce cadre tout nouveau qu&rsquo;iels ont suggéré l&rsquo;action d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>



<p>Grâce aux rencontres et aux liens de confiance qui se sont tissés pendant le mouvement social et dans l&rsquo;AG interpro, l&rsquo;AG culture s&rsquo;est naturellement tournée vers les AG asso et éduc pour organiser collectivement cette action.</p>



<p>Aussi, le systématisme avec lequel A2C Marseille a porté les questions antiracistes dans tous les cadres auxquels nous participions dans le mouvement social à Marseille, a rendu évident la nécessité que Marseille contre Darmanin soit impliquée dans cette action et que les mots d&rsquo;ordre contre la loi asile et immigration et l&rsquo;opération Wuambushu soient visibles.</p>



<p>Des quelques retours qui ont déjà été faits, tout le monde partage la conviction que cette action a permis de se rencontrer, de se structurer, et de se tenir prêt·es et ensemble pour la suite.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Questions et hypothèses à partir du mouvement</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 May 2023 14:40:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=7244</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Essayer de dégager une connaissance de ce qui s’est passé, des analyses et des perspectives n’est pas une manière de clore le mouvement. Bien au contraire. Pour nous qui pensons qu’une révolution est le soulèvement <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/" title="Questions et hypothèses à partir du mouvement">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600"><strong>Essayer de dégager une connaissance de ce qui s’est passé, des analyses et des perspectives n’est pas une manière de clore le mouvement. Bien au contraire. 
Pour nous qui pensons qu’une révolution est le soulèvement collectif et actif de millions d’entre nous et non le soutien passif à des « chefs », le processus révolutionnaire exige un partage permanent des expériences et des débats.</strong></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #08 &#8211; Mai 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Nous ne prétendons pas dans le texte qui suit formuler toutes les questions qui se posent ou une connaissance précise du mouvement en cours.</p>



<p>Cela exigerait des échanges et des remontées d’expériences de milliers voire de dizaines de milliers d’acteurs et actrices du mouvement impliqué·es dans tous les secteurs de notre classe, dans tous les lieux, sur tous les fronts de la lutte aux côtés de centaines de milliers d’autres. Ce qui serait l’embryon d’une véritable organisation révolutionnaire.</p>



<p>De ce point de vue le texte qui suit est plus modeste, à l’image de ce que représente aujourd’hui le collectif politique A2C, reflétant l’expérience de camarades impliqué·es activement sur des fronts syndicaux, dans la lutte féministe ou la lutte antiraciste à Marseille, Rennes, Toulouse, Le Havre, Paris, Montreuil, aux Lilas…</p>



<p>Généraliser à partir de ces expériences est bien sûr hasardeux mais cependant nécessaire pour tenter d’élaborer des perspectives pour la suite.</p>



<p>Avec la conscience claire que ce sont des hypothèses. Mais des hypothèses qui permettent d’agir et qui seront testées par la réalité dans un processus constant d’échanges. En espérant que cela donne envie à d’autres de les multiplier, les enrichir, les préciser, les discuter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Camarade Mouvement ? Présent·e !</h2>



<p>Même au sens le plus immédiat du terme, comme l’exprime une camarade impliquée en <strong>Seine-Saint-Denis,&nbsp;</strong></p>



<p>« Le mouvement est loin d’être terminé et s’installe dans le temps. Le petit groupe d’enseignant·es des écoles est moins déterminant, il y a du relai. Des camarades sont gagné·es à l’idée qu’il faut lutter contre Darmanin et le RN, qu’il faut massifier et sont enfin d’accord pour que nous organisions des tournées interpro pour mobiliser. »</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="d6c3dd" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #d6c3dd;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr1-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7222 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<p><strong>Au Havre,</strong><br>« Tout ce que nous avons construit ces dernières semaines est fort, riche et beau – bien qu’éprouvant. Et surtout, ça ne s’arrête pas là, au 1er Mai ou à la fin du mouvement retraites. Non, ce que nous avons construit est une base, un début pour la suite. Tout comme le mouvement retraites aura construit différemment le collectif Nous Toutes, lui permettant ainsi de prendre un nouvel élan, l’organisation du 1er Mai aura construit la lutte antifasciste. Sur cette base, nous souhaitons, avec quelques personnes du groupe action du 1er Mai, créer réellement ce collectif antifa : il s’est construit par lui-même, naturellement, lors de nos échanges au sein du groupe actions et ne demande qu’à être investit pleinement. »</p>



<p><strong>À Marseille,</strong><br>« la dynamique de l’interpro a poussé dans les secteurs peu mobilisés et organisés. Beaucoup de travailleur·euses de l’associatif et de la culture étaient là à chaque AG, et si quelques-un·es s’organisaient respectivement à Asso Solidaires et à Sud Culture, rien n’avait été vraiment lancé dans le mouvement. À l’initiative de ces deux syndicats, deux AG de secteurs se sont créées (Asso et Culture donc), à l’image de l’AG éduc, rassemblant beaucoup de travailleur·euses isolé·es dans leur travail et pas organisé·es, donnant une bonne illustration de comment un secteur avec une forte tradition d’organisation comme l’éduc peut insuffler de la force et de la confiance à d’autres secteurs, moins habitués à s’organiser. »<br><strong>Et</strong>, « l’AG interpro avait organisé une action de blocage d’autoroute un matin avec diffusion de tracts. En revenant de cette action où on était une bonne centaine, on croise par hasard un cortège de la CGT, en route pour un blocage de la gare. On se joint donc à elleux et ainsi on double le nombre. Ça a été un beau moment de rencontre de militant·es avec des habitudes très différentes. Après ce moment qui a créé la confiance, l’interpro a réussi à approcher l’UD CGT pour proposer une opération ville morte. Là où beaucoup disaient que cette proposition serait un échec, du fait d’un choix et d’un agenda non porté par la CGT, l’UD a finalement accepté de se joindre et de tenir deux points de blocage. Ici on voit que le rapport de forces créé par l’auto-organisation de la base, et un rapport de confiance lors d’une rencontre hasardeuse ont rendu possible une réelle action interprofessionnelle, rassemblant des militant·es de bords et de pratiques très différents. »</p>



<p><strong>À Rennes,</strong><br>« dès janvier s’est lancé le Collectif de Rennes Sud Mobilisé avec des profs, parent·es d’élèves, cantine solidaire, qui s’organise toutes les semaines en AG pour les habitant·es des quartiers du sud de Rennes. Ce collectif organise des départs groupés d’un lieu du quartier en manifestation pour les jours de grève ou pour la journée du 25&nbsp;mars contre le racisme, des déambulations avant manifestations pour tracter et appeler à faire grève ou encore organiser un “Barbecue contre Macron et Projection” dans le quartier pour se rencontrer dans un moment convivial. »</p>



<p>Et, « Investir nos quartiers, c’est permettre aux habitant·es de se mettre en lien avec ce qui existe à côté de chez elleux, c’est nous permettre en tant que militant·es de rencontrer les personnes proches de chez nous et ce qui existait déjà hors mouvement (les associations, Maison de quartiers, centres sociaux, etc.). C’est mettre des espaces d’organisation collective à disposition comme des assemblées générales ou des interpros de quartier. Et c’est permettre à des personnes qui ne peuvent pas être mobilisées pendant 3 mois de continuer à se mobiliser par d’autres biais (comme avec le barbecue de ce soir). »</p>



<p><strong>À Paris,</strong><br>Dans le 20e, une réunion a été organisée quelques jours après qu’une voiture de police ait percuté volontairement et blessé trois jeunes du quartier le 13 avril pour proposer le lancement d’un comité de soutien. Elle a bénéficié du climat créé par le mouvement et aussi les réseaux créés par les assemblées antiracistes et l’interpro. Il y avait 200 participant·es ! Et la première marche a rassemblé près d’un millier de manifestant·es dans le quartier le 7 mai.</p>



<p><strong>Plus généralement,</strong><br>– le harcèlement de Macron et des ministres du gouvernement continue aux quatre coins du pays. Les images de Macron défilant en solitaire sur les Champs-Élysées pour éviter l’expression de la colère sont significatives.<br>– l’ampleur et l’ambiance des cortèges du 1er Mai témoigne de la persistance du mouvement<br>– enfin il suffit d’aller régulièrement sur internet pour constater la multiplication de conflits économiques locaux dans des entreprises de secteurs très différents sur les salaires ou les conditions de travail.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Macron a perdu</h2>



<p>Victoire ou défaite ? La question ne manquera pas de revenir et de peser : si on ne gagne pas malgré l’ampleur d’un tel mouvement, est-il possible de gagner ?</p>



<p>Il ne s’agit pas de clore cette question. Mais la poser en se focalisant uniquement sur la question des retraites a déjà une signification politique et ne peut contribuer qu’au découragement.</p>



<p>Car pour Macron l’enjeu n’était pas uniquement la question des retraites.</p>



<p>La manière dont a été menée cette attaque en ne laissant absolument aucune marge de négociations aux directions syndicales et –&nbsp;significativement à celle de la CFDT&nbsp;– montre que l’enjeu était plus général. Il s’agissait pour le pouvoir de démoraliser tout mouvement important de contestation et de briser les organisations du mouvement social, en premier lieu les syndicats, même les plus « modérés ». Pour continuer à dérouler l’agenda des attaques contre notre classe.</p>



<p>Vu sous cet angle il est évident que Macron, et, avec lui, le capital, a perdu une bataille importante. Les syndicats sont renforcés. Le mouvement n’a pas été brisé. L’ampleur des manifestations du 1er&nbsp;Mai en est la preuve.</p>



<p>Le slogan qui a émergé le 17&nbsp;avril lors des « casserolades » devant les mairies au moment du discours de Macron est politiquement significatif : « Et nous aussi, on va passer en force ». Force contre force. Pouvoir contre mouvement. Classe contre classe.</p>



<p>Ce slogan est sans doute très en avance sur les capacités actuelles du mouvement mais il trace une voie très différente de la stratégie de négociation avec les institutions qui dominait jusque-là. La stratégie qui ne nous a pas permis de gagner à ce stade.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le grand paradoxe : mouvement de masse et auto-organisation</h2>



<p><strong>Aux Lilas,</strong><br>« C’était le début d’un mouvement très paradoxal : du nombre, une grande détermination, un réel accord sur le fait que la colère et les revendications dépassaient la contre-réforme des retraites mais très peu d’auto-organisation, un fort attentisme… Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer :<br>– ces dernières années, la pandémie et les réunions zoom ont fait perdre à nos camarades l’habitude de se poser pour construire ensemble<br>– l’unité syndicale était présentée comme la force de mouvement donc donnait l’illusion qu’à quelques-uns, quelques-unes, nous ne pouvions rien apporter de plus<br>– en 2019, la bataille idéologique devait être gagnée, il était nécessaire de se former, de construire une argumentation. En 2023, elle était déjà acquise donc laissait penser à certain·es qu’il n’était pas nécessaire de discuter, débattre, échanger…<br>– de nombreux camarades ont l’impression de s’auto-organiser lorsqu’ils utilisent les réseaux sociaux, les groupes de diffusion… Selon elleux, pas besoin d’aller en AG puisque tout peut s’y organiser, ils et elles ne voient pas l’importance du débat, de la réelle auto-organisation locale, de l’importance de massifier et de ne pas juste investir des blocages de « secteurs stratégiques ».<br>– malgré la force du mouvement, beaucoup s’engageaient pour protester mais n’y croyaient pas. »</p>



<p><strong>À Montreuil,</strong><br>« Lors des journées de grève nationale, des départs collectifs de 500 personnes sont dénombrés les 17 et 31 janvier. Dans le privé, l’UL CGT recense des appels à la grève dans 67 entreprises. Les tournées que nous organisons principalement dans le commerce permettent de sentir cette dynamique.<br>Dans le public, on constate que deux secteurs sont les plus avancés, les territoriaux et les enseignant·es. Au niveau de l’éducation, une AG éduc réunit une centaine d’enseignant·es du primaire et du secondaire. Sur 72 écoles, 47 sont fermées, 54 atteignent des taux de grève majoritaires les 17 et 31 janvier.<br>La mobilisation est confrontée à un paradoxe : les rythmes sont principalement déterminés par l’intersyndicale. Si des grèves reconductibles à l’échelle de quelques établissements scolaires émergent, notamment dans un lycée à Bagnolet ou dans un collège à Montreuil, la reconductibilité de la grève ne prend pas. »<br>Ce paradoxe entre ampleur d’un mouvement favorisée par l’unité des directions syndicales et faiblesse relative de la grève, faiblesse des structures collectives d’auto-organisation va marquer, partout, le mouvement de bout en bout jusqu’à aujourd’hui.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large"><img data-dominant-color="9194a0" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #9194a0;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr2-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7223 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">L’impasse de la stratégie des directions syndicales</h2>



<p>Ce qui a obligé l’ensemble des directions syndicales à bouger c’est que l’attaque de Macron ne visait pas seulement les conditions de vie et de travail de millions d’entre nous. Elle remettait aussi en cause la position sociale des directions syndicales en tant que négociateurs entre les patrons, les institutions (surtout l’État) et les salarié·es.</p>



<p>Et cette position sociale est l’origine principale du paradoxe. La remise en cause de leur place à la table du gouvernement obligeait les directions syndicales à riposter pour recréer un rapport de forces. Mais, conserver cette position exigeait que le mouvement reste sous leur contrôle et dans le cadre institutionnel.</p>



<p>L’unité syndicale qui a favorisé l’ampleur du mouvement dès le départ a donc aussi eu un prix à payer.</p>



<p>–&nbsp;L’importance mise sur l’opinion publique et sur les manifestations plutôt que la grève. Même lors de la préparation de la journée du 7&nbsp;mars où l’arrogance du pouvoir oblige les directions syndicales à monter le ton en parlant de « mettre le pays à l’arrêt », Laurent Berger contestera l’accusation d’une volonté de « bloquer le pays » par la grève. Sans démenti des directions des autres syndicats.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;Alors que, dans tous les secteurs chacun regarde chez le voisin pour savoir si on ne sera pas seul·es à y aller, les secteurs qui tentent, à partir du 7&nbsp;mars, d’aller plus loin sont laissés isolés. La focalisation unique sur la question des retraites (et même sur le seul sujet des 64&nbsp;ans) empêche d’élargir la grève et de l’ancrer en articulant la revendication commune avec les revendications propres à chaque secteur et lieu de travail (salaires, conditions de travail, attaques spécifiques sur la santé, l’éducation…).</p>



<p>–&nbsp;Le refus de lier le mouvement à des généralisations politiques (grève féministe le 8&nbsp;mars ou lutte contre la loi Darmanin) empêche de construire une solidarité de classe plus solide.</p>



<p>Outre que cette stratégie a paralysé la construction du rapport de forces à une échelle plus élevée, en faisant obstacle au développement des grèves et à l’implication collective, elle a mené le mouvement dans une impasse. Après le 15&nbsp;avril, à part la perspective de nouvelles élections, toute solution institutionnelle se ferme. Les syndicats appellent au 1er&nbsp;Mai mais sont totalement silencieux sur une perspective pour gagner. Laurent Berger, avant de quitter son poste, multiplie les déclarations pour dire qu’il va falloir passer à autre chose.</p>



<p>Il faudra attendre une semaine après les manifestations du 1er&nbsp;Mai pour qu’un nouveau communiqué précise enfin une piste. Celle-ci est pathétique : c’est désormais la loi déposée le 8&nbsp;juin et qui sera votée par la gauche… et le Rassemblement national. Outre l’alliance de fait avec les fascistes c’est une nouvelle voie sans issue, la loi n’ayant aucune chance d’obtenir une majorité à ­l’Assemblée… et au Sénat !&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les limites des secteurs plus radicaux&nbsp;</h2>



<p>Développer une critique politique des directions syndicales (et non dans les termes moraux de la trahison individuelle des dirigeant·es) permet de comprendre que les mêmes limites se retrouvent souvent dans les syndicats considérés comme plus à gauche et dans les secteurs oppositionnels et plus combatifs des syndicats.</p>



<p><strong>À Marseille,</strong><br>« Un de nos obstacles a été le rapport avec l’UD CGT 13, qui se considère comme l’organe interprofessionnel local mais s’organise de manière extrêmement ascendante. La conséquence étant que, très vite, quand on discute en manif ou sur un piquet avec un·e syndiqué·e, dès qu’on la convie à l’interpro, la personne nous dit qu’il faut en parler avec son responsable de section ou disent elleux-mêmes qu’iels doivent faire remonter à l’UD la possibilité de s’impliquer dans le cadre auto-organisé qu’on a proposé. »</p>



<p><strong>Dans le 18e à Paris,&nbsp;</strong><br>« des débats ont eu lieu au sein même de l’UL CGT avec des courants combatifs et lutte de classe qui considèrent qu’il n’y a pas besoin d’assemblée interpro regroupant les membres de différents syndicats ainsi que des non-syndiqué·es. L’interpro pour elles et pour eux, c’est la CGT. »</p>



<p><strong>Au Havre,</strong><br>« Il y a bien des réunions intersyndicales interprofessionnelles hebdomadairement, mais celles-ci sont organisationnelles : elles permettent de préparer le parcours de la prochaine manif ou de valider un tract intersyndical mais pas de réfléchir plus largement, plus politiquement. De plus, la CGT a une très forte représentativité, notamment au niveau portuaire, et utilise cette force du nombre pour garder une forme de pouvoir. »</p>



<p><strong>Dans l’éducation,</strong><br>« Le secteur éducation s’est fortement mobilisé à Paris où il y a eu des appels intersyndicaux à reconduire la grève après le 7 mars dans le primaire et le secondaire mais sans que les syndicats donnent des moyens pour la construire.<br>À la question des retraites s’ajoute celle des fermetures massives de classes en primaire/collège/seconde et la fermeture de 7 établissements dont 6 professionnels. Il s’agit de réduire toujours plus les moyens et d’anticiper la réforme du lycée pro et les attaques à venir sur l’école (réforme du collège, pacte de Ndiaye pour nous faire travailler plus).<br>Mais les syndicats n’ont pas fait le lien entre les attaques éduc restant sur l’unité retraite. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un manque de détermination à la base ?</h2>



<p>Beaucoup, à gauche, font plutôt porter la responsabilité sur le manque de volonté, de détermination, de conscience de la majorité de la classe. Après tout il n’y a pas eu de poussée par en bas. L’argument semble imparable.</p>



<p><strong>Aux Lilas,</strong><br>« Malgré la mobilisation très importante lors des journées de grève et de manifestations (75 % de grévistes dans le 1er degré), nous avons rapidement rencontré des difficultés pour organiser des AG qui rassemblent du monde et pour être suffisamment nombreux et nombreuses afin de tracter (nous n’avons finalement que peu utiliser celui que nous avions péniblement élaboré), rédiger les appels, passer dans les écoles, sur les lieux de travail ».</p>



<p>Constat qu’on a retrouvé dans les différents lieux. Même là où elles étaient proposées les formes d’auto-organisation ont peu décollé.</p>



<p>Un sociologue<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7244_12('footnote_plugin_reference_7244_12_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_7244_12('footnote_plugin_reference_7244_12_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7244_12_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7244_12_1" class="footnote_tooltip">Étienne Pénissat, « <a href="http://alencontre.org/europe/france/france-la-dynamique-des-greves-et-la-faiblesse-de-linfrastructure-militante.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La dynamique des grèves et la faiblesse de l’infrastructure militante</a> », sur le site alencontre.org</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7244_12_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7244_12_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> a développé un certain nombre de facteurs expliquant les difficultés rencontrées pour développer la grève et l’implication collective sur les lieux de travail : recul régulier des syndicats, de leur implantation, de la participation aux grèves y compris dans les secteurs traditionnels.</p>



<p>Mais cette dynamique régressive est le résultat de la même logique développée par les syndicats avant le mouvement. Ne pas en faire la critique, ne pas la combattre, c’est continuer à s’y adapter alors que le mouvement a lui-même montré que cette dynamique pouvait être inversée (croissance des effectifs syndicaux, création de syndicats dans de nouveaux secteurs&#8230;).</p>



<p>La question n’est donc pas de se lamenter sur la trahison des directions syndicales mais de tirer de la critique de leur position la nécessité de s’appuyer sur la dynamique du mouvement pour construire les conditions d’une alternative.</p>



<p>La <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/libraires-en-greve-cest-trop-la-classe/">construction d’une organisation de lutte des employés de librairie</a> (le BookBloc) est l’exemple, dans un secteur où la lutte collective est pourtant particulièrement compliquée, des possibilités de construire des organisations combatives de base. Les cortèges du BookBloc ne se sont pas seulement illustrés dans les journées de manifestations nationales ils ont aussi fait le lien avec la lutte contre le sexisme, se sont progressivement impliqués dans la lutte contre la loi Darmanin et se sont aussi illustrés au Havre contre le RN.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="707a5c" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #707a5c;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr3-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7224 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<p>Malgré toutes les limites les interpros des 18e et 20e arrondissements de Paris ont assuré la continuité du mouvement localement toute en s’impliquant aussi dans la lutte antiraciste.</p>



<p>« Localement ça s’est auto-organisé dans le 20e (mais aussi 19e) autour de quelques écoles qui ont élargi à quelques établissements du secondaire. Dans les bahuts des piquets de grève ont été ponctuellement des points de rendez-vous. Des petites tournées collectives d’écoles et d’établissements pour convaincre de la grève&nbsp;ont été organisées après le 7&nbsp;mars.&nbsp;</p>



<p>Mais ces AG se sont épuisées comme la grève et c’est l’interpro 20e qui permet de continuer les liens et de relayer les initiatives. »</p>



<p>Aux Lilas <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/cest-nous-qui-y-vivons-cest-nous-qui-decidons/">une mobilisation de quartier</a> organisée fin mars a gagné contre un projet de restructuration immobilière porté par la mairie  :</p>



<p>« D’une pseudo consultation organisée par la mairie, nous en avons fait un espace de rencontre et d’organisation des habitant·es. Nous avons posé les bases d’un vrai projet bien plus important, celui de définir et prendre en charge nous-mêmes l’avenir de notre quartier. »</p>



<p><strong>À Marseille,</strong><br>« Le constat du succès des actions menées par l’AG éduc en tant qu’espace de rencontre entre différents secteurs a fait émerger l’idée d’une interpro à Marseille. Le passage en force du gouvernement a accentué la motivation à renforcer les liens pour que le mouvement s’accélère.<br>Une rapide campagne de diffusions s’est faite par mail et lors des points de rassemblement. Le discours à ce moment est le suivant : « il est nécessaire de se coordonner entre les différents secteurs afin de rendre crédible l’ambition de bloquer le pays. L’objectif n’est pas de passer outre l’UD CGT mais d’augmenter les possibilités de blocage dans la ville »<br>Quelques semaines plus tard on peut faire l’hypothèse que ce discours a joué sur une orientation forte de l’AG interpro sur la question du blocage et non sur la question de l’élargissement de la grève. <span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_7244_12('footnote_plugin_reference_7244_12_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_7244_12('footnote_plugin_reference_7244_12_2');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_7244_12_2" class="footnote_plugin_tooltip_text">2</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_7244_12_2" class="footnote_tooltip">Voir le texte complet du <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/retours-du-mouvement-marseille/">retour sur le mouvement à Marseille</a> pour un exposé plus détaillé et passionnant de toutes les questions.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_7244_12_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_7244_12_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script><br>La première AG interpro réunit alors plus de 500 personnes. »</p>



<p>Le combat a été acharné pour porter la lutte contre la loi Darmanin au sein du mouvement et expliquer que c’était un enjeu de classe. Si la loi raciste de Darmanin a été plusieurs fois repoussée c’est bien sûr d’abord dû au climat créé par le mouvement et la faiblesse actuelle du pouvoir. Il n’en reste pas moins que l’audience gagnée au sein du mouvement, les manifestations dans tout le pays le 25&nbsp;mars puis le 29&nbsp;avril ont ajouté à la frilosité du pouvoir. Là aussi ça a été l’occasion de construire des formes de mobilisation active avec la Marche des solidarités, des arguments dans les interpros à Paris mais aussi la création d’assemblées contre la loi Darmanin à Marseille dès janvier puis à Rennes et Toulouse plus récemment.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des débats à mener</h2>



<p>Une des questions stratégiques qui est revenue dans ce mouvement a bien sûr été celle de la grève.&nbsp;</p>



<p>Pour un certain nombre de courants la grève est essentiellement une arme économique. Il s’agit de frapper les intérêts économiques du capital et l’amener ainsi à céder.</p>



<p>Là où l’intersyndicale souhaitait éviter la grève, ces courants insistaient eux pour la construire dans les secteurs « stratégiques », ceux qui font mal au capital. D’où l’importance mis sur le soutien aux piquets de ces secteurs ou aux blocages de la logistique ou des flux (transport, énergie…).</p>



<p>Pratiquement cela conduit à se limiter aux forces déjà mobilisées (pour les concentrer sur certains lieux) plutôt que les employer principalement à élargir le mouvement.&nbsp;</p>



<p>Ce qui est finalement absent dans ces conceptions c’est l’idée que « l’émancipation des travailleur·euses sera l’œuvre des travailleur·euses eux-mêmes et elles-mêmes ». La grève c’est d’abord l’arrêt du travail, c’est-à-dire l’interruption de l’aliénation, de l’assujettissement, de l’atomisation. Pour être effective elle ne peut être, à l’image du processus de travail que collective. Mais au lieu que, dans le travail, l’organisation collective (c’est-à-dire la division du travail) se traduit par un morcellement, une perte de vision globale, une absence de contrôle, dans la grève, l’organisation collective ré-unit potentiellement autour d’objectifs fixés et contrôlés en commun. La grève est un puissant moteur de l’émancipation.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large"><img data-dominant-color="778c94" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #778c94;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_Mouvement_Illustr4-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7225 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>Pour qu’un processus devienne révolutionnaire il faut donc qu’une majorité de travailleurs et travailleuses entrent dans ce processus de grève, de reprise de contrôle.</p>



<p>Cela a des conséquences stratégiques très concrètes. L’importance est portée bien plus sur l’élargissement et l’implantation de la grève, l’implication active et l’auto-organisation sur chaque lieu de travail et la propagation de la grève localement.</p>



<p>C’est cette auto-organisation, lorsqu’elle se propage, qu’elle prend des dimensions géographiques (organisations par quartiers, par villes…), qu’elle lie revendications économiques et politiques, qui devient une alternative aux directions syndicales comme institutionnelles. Et qu’elle peut alors se développer plus directement comme pouvoir contre l’État et le capital.</p>



<p>Il est difficile de pronostiquer les prochains développements du mouvement. Ce qui est sûr c’est que la conflictualité peut prendre de multiples formes. Il ne faut pas reculer, c’est maintenant que doivent se développer, dans les multiples expériences qui auront lieu, les ingrédients, d’analyse et de formes d’auto-organisation qui permettront au mouvement de franchir de nouveaux pas en avant. Mais cela nécessitera aussi de combattre l’hypothèque du danger fasciste.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Coordonné par Denis Godard, Paris 20<sup>e</sup></h6>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7244_12();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_7244_12();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_7244_12">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_7244_12" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7244_12_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7244_12('footnote_plugin_tooltip_7244_12_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Étienne Pénissat, « <a href="http://alencontre.org/europe/france/france-la-dynamique-des-greves-et-la-faiblesse-de-linfrastructure-militante.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La dynamique des grèves et la faiblesse de l’infrastructure militante</a> », sur le site alencontre.org</td></tr>

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_7244_12_2" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_7244_12('footnote_plugin_tooltip_7244_12_2');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>2</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Voir le texte complet du <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/retours-du-mouvement-marseille/">retour sur le mouvement à Marseille</a> pour un exposé plus détaillé et passionnant de toutes les questions.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_7244_12() { jQuery('#footnote_references_container_7244_12').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7244_12').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_7244_12() { jQuery('#footnote_references_container_7244_12').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7244_12').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7244_12() { if (jQuery('#footnote_references_container_7244_12').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7244_12(); } else { footnote_collapse_reference_container_7244_12(); } } function footnote_moveToReference_7244_12(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7244_12(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_7244_12(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7244_12(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/">Questions et hypothèses à partir du mouvement</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Retours du mouvement : Marseille</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/retours-du-mouvement-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mathieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 May 2023 13:17:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Marseille]]></category>
		<category><![CDATA[retour d&#039;experience]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans les cahiers #08 sortis en mai 2023, nous avons tâché de poser les Questions et hypothèses qui se posent en partant d&#8217;expériences faites dans le mouvement. L&#8217;article ci-dessous est un des retours qui nous <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/retours-du-mouvement-marseille/" title="Retours du mouvement : Marseille">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/retours-militants/retours-du-mouvement-marseille/">Retours du mouvement : Marseille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:italic;font-weight:600">Dans les cahiers #08 sortis en mai 2023, nous avons tâché de poser les <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/actions/questions-et-hypotheses-a-partir-du-mouvement/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Questions et hypothèses</a> qui se posent en partant d&rsquo;expériences faites dans le mouvement. L&rsquo;article ci-dessous est un des retours qui nous ont permis cette réflexion. </p>



<p>Depuis le mois de décembre 2022, une assemblée d&rsquo;organisations et de militant·e·s se réunit chaque semaine à Marseille, pour tenter de construire un front antiraciste, en réaction à la nouvelle Loi Asile et Immigration portée par le ministre de l&rsquo;Intérieur et des Outre Mer, Gérald Darmanin.</p>



<p>Plusieurs manifestations ont déjà été organisées, rassemblant chaque fois plus de personnes. Des réunions publiques, des sessions de tractage dans des lieux ciblés ou même un tournoi de foot ont également permis d&rsquo;informer et de s&rsquo;organiser autour de cette loi, et plus largement de porter la question antiraciste dans le mouvement social actuel. Les manifestations intersyndicales hebdomadaires ont notamment été l&rsquo;occasion pour les militant·e·s de Marseille contre la Loi Darmanin de tracter lors des cortèges contre la réforme des retraites dans le but de faire du lien entre les travailleur.ses avec ou sans papiers. L&rsquo;ampleur de la mobilisation face à la réforme des retraites a récemment fragilisé l&rsquo;assise qu&rsquo;aurait pu espérer le gouvernement pour faire passer cette loi. Pour mener à bien son projet, ce dernier s&rsquo;évertue à durcir certains pans d&rsquo;une réforme déjà catastrophique pour les personnes sans-papiers, afin de (re)conquérir le cœur de la droite et de l&rsquo;extrême droite. La suppression de l&rsquo;Aide Médicale d’État, un dispositif permettant aux personnes sans papiers de bénéficier d&rsquo;un accès aux soins en est un exemple. Parallèlement à ces annonces, Darmanin prépare à Mayotte une opération, « Wuambushu », ayant pour objectif l&rsquo;expulsion de plus de 400 personnes par jour (principalement Comoriennes, rendues étrangères à leur propre territoire suite aux politiques d&rsquo;annexion coloniale), ainsi que la destruction d&rsquo;un millier d&rsquo;habitations déjà précaires menées par des effectifs de la police française directement envoyées depuis la métropole, dont la CRS-8, la force d&rsquo;intervention qui est déployée dans les quartiers populaires en France.</p>



<p>Face à ce désastre annoncé pour la fin du Ramadan, Marseille contre la Loi Darmanin organise une manifestation le 29 avril pour dénoncer cette opération et pour revendiquer le retrait de la loi Asile et Immigration. Depuis des semaines, plusieurs organisations politiques ont répondu à l&rsquo;appel pour préparer cette journée de lutte : des syndicats, des partis politiques, des collectifs antiracistes, anti-carcéraux, féministes, antifascistes, des associations et militant·e·s comorien·e·s&#8230; Des déambulations dans certains quartiers se dérouleront pour annoncer la date de l&rsquo;événement.</p>



<p>Contrairement à la dernière marche qui s&rsquo;est déroulée au mois de mars et qui avait réuni plus de 2000 personnes, il s&rsquo;agit désormais de défiler dans le centre-ville de Marseille, qui concentre les symboles de l&rsquo;impérialisme de l’État français, des statues comme traces de l&rsquo;héritage colonial aux institutions comme la préfecture, lieu de délivrance et de refus des titres de séjours aux personnes exilées.</p>



<p>L&rsquo;organisation Marseille contre la Loi Darmanin cherche aussi à faire du 1er mai une date de convergence des luttes des travailleur.se.s avec ou sans papiers.</p>



<p>L&rsquo;enjeu est double. D&rsquo;une part, il s&rsquo;agit de dénoncer l&rsquo;instrumentalisation de la question migratoire par le gouvernement qui cherche par tous les moyens à détourner la colère émanant de la réforme des retraites. D&rsquo;autre part, il est nécessaire de tout mettre en œuvre pour empêcher la récupération du mouvement social faite par l&rsquo;extrême droite depuis le début de la contestation. Le Rassemblement National, premier parti d&rsquo;extrême droite, a décidé depuis plusieurs années de tenir son rendez vous annuel en cette date symbolique au sein du mouvement ouvrier. Cette année, il a choisi le Havre, ville portuaire et ouvrière pour tenir sa « fête de la Nation ».</p>



<p>A Marseille, l&rsquo;objectif est donc de réussir à faire de cette grande manifestation annuelle, le lieu et le moment de la visibilisation de l&rsquo;unité de notre classe, en construisant un cortège antiraciste rassemblant les organisations de défense des travailleur.ses et les collectifs antiracistes et antifascistes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="a799b0" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a799b0;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/MarseilleMayotteDarmanin-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7278 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><em>La mobilisation à l’EHESS (école des Hautes études en sciences sociales)</em></h2>



<p>La mobilisation au sein du master de l’EHESS Marseille s’est organisée autour de revendications contre la complaisance du milieu universitaire face aux attaques de l’extrême droite et ses concepts d’islamogauchisme et wokisme, contre son élitisme et son incapacité à s’adapter aux réalités médico-sociales des étudiant·e·s et pour la banalisation des cours et la note plancher jusqu’au retrait de la réforme des retraites.</p>



<p>À ce jour cette mobilisation a donné lieu à la formation d’une section syndicale. Nous sommes maintenant 6 étudiant.es syndiqué.es à Solidaires Étudiant.es. Nous avons aussi créée des liens de solidarités avec les autres campus de la ville, l’EHESS de Paris, avec les doctorant·es et plus généralement les membres précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche. Autour de l’organisation de petit-déjeuners devant le site les jours de grève, le comité de mobilisation a aussi renforcé la confiance pour certain·e·s à parler politique avec les salariés du sites de l’EHESS, agents d’accueil, de sécurité, de ménage, en s’appuyant sur des tracts et en partageant des crêpes. Puis, la confiance de participer à l’AG interpro, de faire des manifestations syndicales et des blocages ensemble, et aussi les mobilisations contre la loi Darmanin. Bref, des liens politiques se sont créés ainsi que la volonté de les faire perdurer avec entre autres, l’outil du syndicat.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La création de l&rsquo;interpro</strong></h2>



<p>L’AG éduc c’est constituée dès la première journée de mouvement. Cette AG, appelé par les différents syndicats permet un espace de rencontre entre les différents grévistes de l’éducation nationale, principalement des professeurs (primaire et secondaire). L’assemblée à tout au long du mouvement permis de donner une confiance aux different·e·s grévistes qui souhaitaient se mettre en reconductible, et parallèlement à su organiser différents moments d’action, parfois en lien avec d’autres secteurs.&nbsp;</p>



<p>Le constat du succès des actions menées par l’AG éduc en tant qu’espace de rencontre entre différents secteur fait émerger l’idée d’une inter-pro à Marseille. Les retours d’autres ville qui commence à constituer dans ce sens nous à permis à quelques membres de l’AG éduc de croire en cette possibilité. En plus, un certaine ouverture de la UD13 lors des blocages/actions laisse penser que le climat est propice à des rencontres entre différents secteurs en lutte. Enfin, le passage en force du gouvernement accentue la motivation à renforcer les liens pour que le mouvement s’accélère.&nbsp;</p>



<p>L’indépendance partielle de l’AG éducation vis-à-vis des différents syndicats (et notamment l’UD13) donne alors un appui pour lancer la première AG inter-pro. Si quelques têtes syndicales semble peu emballé par l’idée de l’inter-pro la proposition de texte d’appel à une première assemblée inter-pro est validée au consensus par l’assemblée.&nbsp;</p>



<p>Une première équipe d’organisation de l’AG se constitue, principalement composée par des enseignant·e·s de l’assemblée éducation et d’un camarade de la CGT médico social. Un lien est alors fait avec l’intersyndicale de l’université afin d’ouvrir le grand amphi pour accueillir l’AG. Une rapide campagne de diffusions se fait par mail et lors des point de rassemblement. Globalement, l’idée est extrêmement bien accueillie par les millitant·e·s. Le discours à ce moment est le suivant : « il est nécessaire de se coordonner entre les différents secteurs afin de rendre crédible l’ambition de bloquer le pays. L’objectif n’est pas de passer outre l’UD13 mais d’augmenter les possibilités de blocage dans la ville »&nbsp;</p>



<p>Quelques semaines plus tard on peut faire l’hypothèse que ce discours à jouer sur une orientation forte de l’AG interpro sur la question du blocage et non sur la question de l’élargissement de la grève.&nbsp;</p>



<p>La première AG inter-pro réunis alors plus de 500 personnes. Les secteurs représentés sont principalement l’éducation, l’associatif, chômeur/précaire et la culture. On constate aussi la présence de secteur divers (territoriaux, cheminot, salariée du privé) venu assister à l’AG par une certaine forme de curiosité.&nbsp;</p>



<p>Cette première AG permet la structuration autour de différente commission de l’inter-pro. Si quelques difficultés apparaissent déjà entre les différentes tendances de l’assemblée (notamment action vs grève) l’ensemble des retours sont positifs. À ce moment-là, il est possible de tirer les petites conclusions suivantes :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le nombre de personnes présente montre la nécessité qu’un espace&nbsp; d’organisation interpro existe dans la ville&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</li>



<li>La volonté de continuer le mouvement est encore très forte&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</li>



<li>Les espaces&nbsp; de rencontre comme celui-ci permettent un gain de confiance très &nbsp; &nbsp; important chez les personnes en lutte.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La structure globale et les enjeux stratégiques qui se posent</strong></h2>



<p>À la première AG interpro, les organisateur·ice·s avaient proposé six commissions à investir : organisation de l&rsquo;AG, communication, action, revendications, caisse de grève et vers la grève générale.</p>



<p>À part la commission revendications qui n&rsquo;a jamais réellement existé, les 5 commissions ont été investies très vite.&nbsp;</p>



<p>Une sixième s&rsquo;est créée à la deuxième AG, suite à la proposition d&rsquo;un cheminot. Il relevait l&rsquo;initiative, dans d&rsquo;autres villes, de colis de nourriture de la confédération paysanne pour les grévistes de la SNCF, permettant, comme les caisses de grève, de redonner de la force pour continuer à gréver. Immédiatement une commission cantine/solidarité alimentaire s&rsquo;est donc créée.</p>



<p>Dans chacune de ces commissions, énormément de questions politiques se sont posées, avec l&rsquo;idée qu&rsquo;elles soient pensées en petits groupes en commissions, puis posées à l&rsquo;AG hebdomadaire pour que l&rsquo;AG mandate les choix des commissions. Quelques exemples :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>est ce que la commission caisse de grève est accessible à des grévistes isolé.es dans l&rsquo;interpro ou est-elle redistribuée systématiquement à des caisses de grève déjà existantes?</li>



<li>quels types d&rsquo;actions doit prioriser la commission action ? (symbolique, bloquante&#8230;)</li>



<li>est ce que la commission cantine cherche plutôt à créer des cantines à prix libre sur les piquets et pendant les manifs ou à distribuer des colis alimentaires à certains grévistes?</li>



<li>l&rsquo;AG a-t-elle un intérêt à rester en plénière ou doit-elle plutôt se transformer en petits groupes de travail pour avancer plus concrètement?</li>
</ul>



<p>Pendant les 4 premières AG, la structuration était celle-ci : d&rsquo;abord un tour fonctionnel (présentation de la tribune, tour des commissions, vote des mandats des commissions&#8230;) puis un tour des secteurs en lutte, avec pour but de partager leurs agendas, leurs besoins, leurs idées à transmettre, leurs directions, leurs priorités, leurs mots d&rsquo;ordre, et enfin un temps plus ouvert de débats, permettant de caractériser l&rsquo;état du mouvement, les idées à mettre en place&#8230;</p>



<p>C&rsquo;est donc plutôt un format d&rsquo;AG mixte, à la fois avec les enjeux internes de retour des commissions, à la fois de lien entre différents secteurs en lutte, à la fois de moments un peu plus ouverts, prenant parfois le format agora ou différentes idées peuvent s&rsquo;exprimer, mais en général sans que ça prenne des formes très concrètes ensuite.</p>



<p>Si ces commissions investies ont été une véritable force, on peut se dire que leur grande autonomie a été parfois une faiblesse, ne permettant pas ou peu des stratégies communes, des actions qui coordonneraient plusieurs commissions, par exemple.</p>



<p>Deux des commissions ont incarné des stratégies assez polarisées même s&rsquo;il n&rsquo;y a pas vraiment eu de point de rupture.&nbsp;</p>



<p>La commission grève générale, d&rsquo;un côté, tend vers la question de l&rsquo;élargissement, ou de l&rsquo;aide à la structuration des secteurs. De l&rsquo;autre, la commission action, même si elle a globalement pensé des actions assez peu violentes, cherche souvent plutôt à se diriger vers une certaine radicalisation du mouvement.&nbsp;</p>



<p>Cette distance s&rsquo;est d&rsquo;autant plus ressentie depuis mi-avril. Les grèves, les piquets et les manifs sont rares et assez invisibles, c&rsquo;est devenu plus difficile pour la commission grève générale d&rsquo;être en lien avec des secteur mobilisés, et le type d&rsquo;actions est de la même manière rentré plus en opposition avec les personnes bloquées (automobilistes par exemple), sans appel à manifs à tracter, ce qui diminue directement l&rsquo;objectif d&rsquo;élargissement.</p>



<p>Même s&rsquo;il n &lsquo;y a pas eu de rupture entre ces deux commissions, on sent des manières de s&rsquo;organiser et des stratégies très différentes, mais c&rsquo;est surtout le manque de communication qui semble creuser l&rsquo;écart car en pensant plus collectivement une direction commune, ces manières de s&rsquo;organiser pourraient être plus complémentaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La commission « vers la grève générale »</strong></h2>



<p>En plus des groupes de travail pratiques habituels (communication, orga de l&rsquo;AG&#8230;), dès le début de l&rsquo;interpro s&rsquo;est créée une commission « vers la grève générale » avec comme objectifs de vouloir continuer à élargir la grève, d’être un moyen de coordination et de communication entre les différents secteurs, et de ramener de nouveaux secteurs pas encore présents à l&rsquo;AG interpro.</p>



<p>Dès la première AG, les principaux secteurs en lutte présents étaient l&rsquo;éducation, le social et la santé, la culture, des travailleur.euses isolé.es dans leur boîte ou leurs secteurs (Airbus, BTP&#8230;) et aucun des secteurs dits bloquants et mobilisés depuis le début du mouvement n&rsquo;étaient présents.</p>



<p>La commission a donc cherché, dans l&rsquo;AG interpro, à mettre en lien les personnes isolées dans leurs secteurs avec d&rsquo;autres personnes du même secteur déjà organisées ou non, par de la prise de contact interpersonnelle sur place.&nbsp;</p>



<p>Nous avons été présent.es sur un maximum de piquets de grève et dans toutes les manifestations intersyndicales, en tractant l&rsquo;appel pour l&rsquo;interpro, en prenant le temps de discuter avec des syndiqué.es, en essayant de convaincre de la nécessité de s&rsquo;organiser ensemble et d&rsquo;avoir un espace de discussion collectif.</p>



<p>Un de nos obstacles a été le rapport avec l&rsquo;UD CGT 13, qui se considère comme l&rsquo;organe interprofessionnel local mais s&rsquo;organise de manière extrêmement ascendante. La conséquence étant que, très vite, quand on discute en manif ou sur un piquet avec un.e syndiqué.e, dès qu&rsquo;on la convie à l&rsquo;interpro, la personne nous dit qu&rsquo;il faut en parler avec son responsable de section, qui sont souvent inaccessibles, ou disent elleux-même qu&rsquo;iels doivent faire remonter à l&rsquo;UD la possibilité de s&rsquo;impliquer dans le cadre auto-organisé qu&rsquo;on a proposé.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="c2bac6" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #c2bac6;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/ManifMarseilleFumiCGT-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7279 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<p>Après plus d&rsquo;un mois d&rsquo;interpro, même si des militant.es de ces secteurs mobilisés sont souvent venu.es en leur nom participer à l&rsquo;AG, à part des syndicalistes de Solidaires, personne n&rsquo;est venu parler au nom de son syndicat.</p>



<p>Sur l&rsquo;enjeu d&rsquo;élargissement, on en parle depuis le début, et il y a une forme de consensus dans cette commission pour dire que beaucoup de secteurs dits non-bloquants le sont en fait, et qu&rsquo;il y a un enjeu à ce qu&rsquo;ils rejoignent la mobilisation.</p>



<p>Avant la manifestation du 22 avril, cette commission a donc organisé un petit rassemblement sous le mot d&rsquo;ordre « Pour une grève du travail reproductif ». L&rsquo;enjeu était à la fois de visibiliser ces secteurs dits non bloquants qui sont en lutte depuis le mois de janvier (personnel de ménage des hôtels, AED, travailleur·euses de la santé, du social, ATSEM&#8230;) et de porter le mot d&rsquo;ordre que le travail reproductif est aussi omniprésent hors des cadres salariés classiques (travail domestique, travail non déclaré entre autre des personnes sans-papiers).&nbsp;</p>



<p>L&rsquo;idée pour la suite serait de continuer à organiser des rassemblement ou actions de l&rsquo;interpro, à chaque fois autour d&rsquo;un mot d&rsquo;ordre particulier, et trop peu porté par les syndicats (sous-traitance, « métiers en tension » pour faire le lien avec la loi Darmanin&#8230;)</p>



<p>Dans cette idée d&rsquo;élargissement, on a aussi parlé de la volonté d&rsquo;aller tracter sur des lieux de travail sans tradition de syndicalisation ni d&rsquo;organisation, entre autres sur le droit de grève, ou d&rsquo;organiser des déambulations d&rsquo;appel aux manifestations, mais elles n&rsquo;ont pas encore vraiment vu le jour.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une petite chronologie des temps forts et des moments plus difficiles</strong></h2>



<p>Ça nous paraissait assez intéressant de faire une chronologie. En terme de fréquentation de l&rsquo;AG interpro, les deux premières étaient remplies, entre 500 et 600 personnes, ce qui dit beaucoup sur la nécessité de ce type d&rsquo;orga et le vide à combler pour beaucoup de militant.es. Les deux suivantes ont réduit de moitié, et les deux dernières, on était plutôt autour d&rsquo;une centaine.</p>



<p>Avec le nombre qui s&rsquo;est amenuisé, on s&rsquo;est aussi retrouvé de plus en plus dans un entre soi militant, déjà plus ou moins habitué à s&rsquo;organiser ensemble, avec des pratiques et des stratégies très différentes.</p>



<p>On a aussi perdu des secteurs qui, s&rsquo;ils étaient faiblement représentés étaient là (comme la SNCF par exemple)</p>



<p>Aujourd&rsquo;hui, à la veille du 1er mai, on pense à comment faire perdurer cette AG. Les membres des commissions et groupes de travail, elleux-mêmes s&rsquo;organisant à côté de l&rsquo;interpro, sont épuisé·e·s par l&rsquo;exigence que demande la tenue de cette AG hebdomadaire, mais on ne se démoralise pas, et pour nous l&rsquo;enjeu est double : maintenir l&rsquo;AG les deux prochaines semaines, pour voir ce qui se passe le 1er mai et s&rsquo;en saisir éventuellement, et penser une pérennisation de ce cadre dans le temps, permettant de le réactiver dès le prochain mouvement social, voire même dès les prochaines grèves isolées, pour ne pas arriver avec 2 mois de retard comme cette fois, en bénéficiant des liens inédits qui ont été tissés dans ce mouvement.</p>



<p>Pour raconter deux choses qui paraissent, dès aujourd&rsquo;hui de vraies victoires :</p>



<p>&#8211; la dynamique de l&rsquo;interpro a poussé dans les secteurs peu mobilisés et organisés. Beaucoup de travailleur·euses de l&rsquo;associatif et de la culture étaient là à chaque AG, et si quelques un.es s&rsquo;organisaient respectivement à Asso Solidaires et à Sud Culture, rien n&rsquo;avait été vraiment lancé dans le mouvement. À l&rsquo;initiative de ces 2 syndicats, 2 AG de secteurs se sont créées (Asso et Culture donc), à l&rsquo;image de l&rsquo;AG éduc, rassemblant beaucoup de travailleur·euses isolé·es dans leur travail et pas organisé.es, donnant une bonne illustration de comment un secteur avec une forte tradition d&rsquo;organisation comme l&rsquo;éduc peut insuffler de la force et de la confiance à d&rsquo;autres secteurs, moins habitués à s&rsquo;organiser</p>



<p>&#8211; deuxième exemple, l&rsquo;AG interpro avait organisé une action de blocage d&rsquo;autoroute un matin avec diffusion de tracts. En revenant de cette action où on était une bonne centaine, on croise par hasard un cortège de la CGT, en route pour un blocage de la gare. On se joint donc à elleux et ainsi on double le nombre, rendant l&rsquo;action plus massive. Ça a été un beau moment de rencontre de militant.es avec des habitudes très différentes. Après ce moment qui a créé la confiance, l&rsquo;interpro a réussi à approcher l&rsquo;UD CGT pour proposer une opération ville morte à l&rsquo;initiative de l&rsquo;AG interpro. L&rsquo;idée étant de tenir plusieurs points de blocage au même moment, et que chaque groupe gère indépendamment son point de blocage. Là où beaucoup disaient que cette proposition serait un échec, du fait d&rsquo;un choix et d&rsquo;un agenda non porté par la CGT, l&rsquo;UD a finalement accepté de se joindre et de tenir deux points de blocage. Ici on voit que le rapport de force créé par l&rsquo;auto organisation de la base, et un rapport de confiance lors d&rsquo;une rencontre hasardeuse ont rendu possible une réelle action interprofessionnelle, rassemblant des militant.es de bords et de pratiques très différents.</p>
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		<item>
		<title>Du zbeul général à l’autonomie de classe</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/du-zbeul-general-a-lautonomie-de-classe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 May 2023 08:05:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Antiracisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=7227</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Sections syndicales de combat, assemblées de lutte, unité d’action contre le racisme et le fascisme, construisons l’autonomie de classe ! Les Cahiers d&#8217;A2C #08 &#8211; Mai 2023 Quatre mois. Quatre mois de mobilisations qui nous ont <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/du-zbeul-general-a-lautonomie-de-classe/" title="Du zbeul général à l’autonomie de classe">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Sections syndicales de combat, assemblées de lutte, unité d’action contre le racisme et le fascisme, construisons l’autonomie de classe !</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #08 &#8211; Mai 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">Quatre mois. Quatre mois de mobilisations qui nous ont permis de créer du lien et des expériences communes de lutte entre militant·es, collègues, voisin·es, familles et ami·es. Quatre mois traversés par différentes phases avec différents rythmes. Quatre mois pendant lesquels ont émergé des questionnements, des débats.</p>



<p>Macron a annoncé le 17&nbsp;avril « 100 jours d’apaisement ». Cette annonce est, en soi, un aveu d’échec pour un pouvoir dont l’objectif était, via les retraites, de briser tout mouvement de résistance et les organisations syndicales.</p>



<p>Mais le contenu de ces 100&nbsp;jours est clair : Macron veut toujours nous mettre à genoux. La paix qu’il cherche est celle de la guerre des frontières, de la rétention, des matraques et de l’exploitation. Il n’y aura pas de paix. Pas de paix sans justice. Pas de paix sans égalité. Durant ces 100&nbsp;jours c’est bien à nous de décider et de construire la suite, ensemble.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les différentes phases du mouvement</h2>



<p>Dès le 19&nbsp;janvier 2023, à l’appel de l’intersyndicale, les gens descendent par centaines de milliers dans la rue pour marquer leur désaccord et exprimer leur colère. L’ambiance dans les manifestations est joyeuse et déterminée. Face à l’ampleur de la mobilisation, une confiance dans notre capacité à faire face et à faire reculer le gouvernement gagne les manifestant·es. Le gouvernement utilise le 47.1 dès janvier pour raccourcir les discussions au Sénat. Les mobilisations se poursuivent malgré tout. La détermination est encore très forte et plusieurs millions de personnes continuent de se mobiliser chaque semaine témoignant du rejet très puissant de cette réforme. Les vacances passent puis le 7&nbsp;mars, une vague de manifestant·es répond à l’appel de l’intersyndicale.</p>



<p>Le 16&nbsp;mars, Élisabeth Borne utilise le 49.3. Ce coup de force législatif a pour objectif de renverser le rapport de forces en faveur du gouvernement mais il a l’effet de White spirit sur le feu. En réponse, la mobilisation s’amplifie et change de forme. Des dynamiques de classe et une auto-organisation plus spontanée commencent à se mettre en place. Les jeunes rejoignent plus largement le mouvement ainsi que d’autres personnes non-mobilisées jusqu’alors mais qui voient dans le 49.3 la preuve que le gouvernement ne nous prête aucune attention. Les blocages et les rues remplies de manifestant·es sont hebdomadaires. Des AG du secteur de la culture émergent dans de nombreuses villes. Des corps de métiers comme les coiffeur·euses, les libraires ou le secteur médico-social s’impliquent pour lutter contre la réforme des retraites, mais aussi pour porter des revendications propres à leur secteur d’activité. C’est l’un des aspects marquants de cette phase du mouvement : d’un mot d’ordre commun –&nbsp;les retraites&nbsp;– le mouvement s’ouvre à des revendications plus spécifiques. Il devient un lieu et un moment de rencontres et d’organisation.</p>



<p>De nombreux secteurs de luttes agissent ensemble : les féministes du collectif NousToutes&nbsp;35 à Rennes organisent un blocage économique aux côtés des syndicalistes, des militant·es de gauche se coordonnent avec des mouvements autonomes, des AG de quartier émergent. De nouveaux espaces de discussions sont créés avec la volonté de créer des ponts ou de renforcer ceux existants.</p>



<p>Le 25&nbsp;mars des manifestations contre le racisme et la loi Darmanin ont lieu dans tout le pays tandis que 30 000 manifestant·es convergent à Sainte-Soline contre la construction de mégabassines. Le pouvoir utilise un niveau de violence inédit. Deux manifestants finissent dans le coma.</p>



<p>Le 14&nbsp;avril est annoncé le verdict du conseil constitutionnel qui valide la réforme et rejette le référendum d’initiative partagée (RIP). Cela ferme toute solution institutionnelle dans la lutte contre la retraite à 64&nbsp;ans.</p>



<p>Face à l’impasse de la stratégie des directions syndicales, la force du mouvement semble retomber. La semaine suivante, la mobilisation est en baisse. L’intersyndicale n’appelle pas à une nouvelle journée de grève et se concentre sur le 1er&nbsp;mai. Malgré la participation historique aux manifestations du 1er&nbsp;mai, la seule perspective donnée par les directions syndicales est… le 6&nbsp;juin.</p>



<p>Un sentiment de défaite menace notre classe qui n’a pas construit de cadres d’auto-organisation à une échelle suffisante permettant de donner une alternative globale aux directions syndicales.</p>



<p>Mais dans ce vide où la colère n’a pas disparu, les personnes restent motivées et cette confiance gagnée permet la multiplication de différents fronts et la mise en mouvement, sur des questions moins globales. Beaucoup de discussions s’ouvrent et des débats sur la question du racisme et du Rassemblement National émergent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Non, le mouvement n’est pas mort !</h2>



<p>La mauvaise presse de Macron en France comme à l’internationale est flagrante. Mais le rejet est surtout un véritable rejet de classe dont témoignent les appels à « casserolades » aux heures de discours de Macron à la télévision, les coupures d’électricité par la CGT Énergie, la multiplication de grèves locales sur les salaires ou la mobilisation de masse du 1er&nbsp;mai.</p>



<p>L’absence de perspectives globales données par les syndicats (et les partis politiques) ne doit pas conduire à « passer à autre chose ». La retraite à 64&nbsp;ans est une ligne rouge qui n’autorise plus de compromis.</p>



<p>Mais le mouvement doit se nourrir et se renforcer grâce à la multiplication des conflits qui sont encouragés par la combativité et la colère exprimées : luttes pour les salaires, les conditions de travail, la santé, l’éducation, la riposte aux ­violences policières, etc.</p>



<p>Ces multiples conflits, le développement d’une véritable guérilla sociale et politique, doit permettre de développer les outils d’auto-organisation qui ont été, jusqu’ici, une des principales limites du mouvement : sections syndicales de lutte, assemblées locales, comités de base, etc.</p>



<p>L’édito des Cahiers 07 «<a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/de-lhuile-sur-le-feu/"> De l’huile sur le feu </a>» évoquait la nécessité de décloisonner nos luttes et de casser le « <em>conservatisme militant</em> » car c’est bien « [&#8230;] <em>quand notre classe est réceptive qu’il faut</em> [&#8230;] <em>prendre des initiatives et se servir du fruit du travail passé pour construire à un rythme qui serait impossible hors mouvement</em>. » Gardons en tête que les périodes comme celles-ci sont des occasions idéales pour parler politique, conditions de travail, exploitation, logiques capitalistes et discriminantes. C’est le moment d’être généreux·ses, de partager nos outils d’organisation collective et d’aller vers celles et ceux qui n’ont pas encore de cadre militant. Et surtout, c’est le moment de ne pas lâcher la question de l’antiracisme. C’est le moment de se dresser contre le danger fasciste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Contre le racisme et les fascistes : solidarité de classe !</h2>



<p>Les interventions des membres du gouvernement contre les immigré·es, l’opération immonde à Mayotte, l’affirmation réitérée par Darmanin de la nécessité d’une loi « ferme » contre l’immigration, montrent à quel point la carte raciste va être utilisée pour tenter de clore la séquence actuelle. Cela dans une situation où le racisme empoisonne, à des degrés divers, des fractions importantes de notre classe. Dans une situation où le terreau xénophobe développé par le pouvoir ne peut que bénéficier aux fascistes.</p>



<p>Le 1er&nbsp;mai, Journée de solidarité internationale des travailleur·euses, le Rassemblement National organisait sa « fête de la Nation » au Havre, haut lieu des luttes ouvrières. Le 29&nbsp;avril des courants racistes et fascistes appelaient à se rassembler à Saint-Brévin contre un centre d’accueil de ­personnes migrantes.</p>



<p>Le 3&nbsp;avril à Poitiers, des fascistes de l’Action française ont bloqué, avec le soutien d’autres groupuscules venus d’Angers, l’université pour défendre le droit des étudiant·es « citoyens poitevins ».</p>



<p>Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire d’investir partout la question de l’antiracisme et de l’antifascisme dans nos organisations, nos AG de quartier, nos associations, notre travail, nos familles, à l’école, à l’université et auprès de nos ami·es. Nous avons, au sein de ce mouvement, des occasions de se donner confiance et de la transmettre aux personnes qui souhaitent investir cette lutte.</p>



<p>Au Havre les organisations qui avaient appelé à manifester contre la venue du RN ont été rejointes par des manifestant·es de la région (notamment de Rouen) ainsi que par une centaine de manifestant·es venu·es de Paris dont la moitié étaient des membres des collectifs de sans-papiers.</p>



<p>Les milliers de participant·es au concert de Médine en fin d’après-midi ont réservé un accueil enthousiaste aux discours antiracistes et antifascistes des sans-papiers et des collectifs de la Marche des solidarités</p>



<p>À Saint-Brévin plus de 300&nbsp;manifestant·es ont conspué les 150&nbsp;fascistes rassemblés. À Poitiers les fascistes se sont fait chasser par des étudiant·es sur place, qui n’ont, par ailleurs, reçu aucun soutien de la part des responsables de l’université sous prétexte que « tout le monde peut s’exprimer ».</p>



<p>Ainsi, la suite du mouvement, c’est partout où nous intervenons en tant que militant·es ou non.</p>



<p>La suite, c’est à Paris, le 13&nbsp;mai à la Marche des personnes trans et intersexes (et celleux qui les soutiennent) appelée par ExisTransInter pour une journée de lutte contre la loi Darmanin et contre les frontières.</p>



<p>La suite, c’est d’organiser d’autres « Barbecues contre Macron » comme celui du Collectif Rennes Sud Mobilisé, d’autres cortèges des Book Blocks contre Darmanin ou encore d’autres festivals comme Big Up, weekend féministe et antiraciste, sportif et culturel.</p>



<p>La suite, c’est le soutien à chaque grève organisée dans notre secteur ou dans notre quartier.</p>



<p>La suite, c’est le combat pour l’autonomie de notre classe, de ses organisations, de sa stratégie, de ses idées et analyses.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Mathilda Demarbre et Maria Martin, Rennes</h6>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/du-zbeul-general-a-lautonomie-de-classe/">Du zbeul général à l’autonomie de classe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Quel syndicalisme aujourd’hui ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/quel-syndicalisme-aujourdhui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Apr 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le mouvement débuté le 19&#160;janvier, de par ses forces et ses contradictions, nous engage à&#160;développer une stratégie syndicale qui renforce l’émancipation de notre classe par elle-même, son auto-organisation et son unité dans la lutte au-delà <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/quel-syndicalisme-aujourdhui/" title="Quel syndicalisme aujourd’hui ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">Le mouvement débuté le 19&nbsp;janvier, de par ses forces et ses contradictions, nous engage à&nbsp;développer une stratégie syndicale qui renforce l’émancipation de notre classe par elle-même, son auto-organisation et son unité dans la lutte au-delà de ses clivages internes.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; Mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">L’attaque actuelle des classes dirigeantes est une offensive éminemment politique : la pierre angulaire de la réforme des retraites est l’élévation de l’âge légal de départ à&nbsp;64&nbsp;ans. Derrière les prétextes de l’équilibre budgétaire ou de l’allongement de l’espérance de vie, c’est une défaite historique de notre classe et de ses organisations que cherchent à imposer Macron et la classe dont il est l’incarnation politique.</p>



<p>La principale contradiction du mouvement en cours se trouve dans le rapport entre sa dimension massive —&nbsp;la part significative de notre classe désirant un affrontement généralisé, les foules immenses qui battent le pavé à chaque manifestation, des mobilisations massives et suivies hors des métropoles, la popularité du mouvement dans toute la population&nbsp;— et ses rythmes actuels, reposant principalement sur les dates de mobilisation décidées par les directions syndicales.</p>



<p>Il s’agit ici de défendre la nécessité pour les révolutionnaires de s’investir dans les fronts syndicaux et d’y élaborer une stratégie politique pour l’autonomie de notre classe dans ses luttes, le seul moyen par lequel nous serons en capacité de poser la question de notre émancipation. Cet article ouvre un « chantier » d’élaboration au sein du groupe Pour l’Autonomie de classe riche de ses expériences d’intervention dans les unions locales ou dans les syndicats du public et du privé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le syndicalisme, un paradoxe ?</h2>



<p>Défendre l’intervention des révolutionnaires dans les syndicats n’a plus rien d’évident pour qui pense que l’émancipation des travailleuses et des travailleurs ne peut être que l’œuvre des travailleuses et des travailleurs elles et eux-mêmes. En ce sens, pourquoi se regrouper au sein d’organisations largement insérées au sein du fonctionnement « normal » du mode de production capitaliste et qui ont trop souvent accompagné les réformes et restructurations néolibérales sans broncher ?</p>



<p>Le syndicalisme n’est pas intrinsèquement synonyme de lutte des classes. Dans l’histoire des affrontements entre le prolétariat et la bourgeoisie, que l’organisation de la classe exploitée passe par la constitution de syndicats n’est pas une évidence : dans l’Italie des années 1970, des luttes ouvrières intenses se déroulent hors voire contre les cadres syndicaux. Le mouvement des Gilets jaunes, dans la complexité de sa composition et des représentations politiques qu’il portait, a pu aussi porter une lutte à un niveau très intense hors des instances classiques de représentation des exploité·es, d’organisation ou de régulation de la lutte des classes.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full is-resized"><img data-dominant-color="6e6e6e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6e6e6e;" loading="lazy" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr1.jpg" alt="" class="wp-image-7156 not-transparent" width="500" height="375"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>Cependant, c’est bien l’expérience quotidienne de l’exploitation vécue par notre classe qui induit la nécessité de l’outil syndical. Le mode de production capitaliste implique une double division : d’une part le clivage entre les détenteurs de capitaux et celles et ceux chargé·es de sa valorisation sous le régime du salariat, d’autre part, une multitude de divisions et de stratifications à l’intérieur même de ces deux pôles : concurrence entre blocs de capitaux et mise en concurrence des travailleur·euses, la variation des modalités de l’exploitation selon les hiérarchies patriarcales et/ou racistes… Le syndicat intervient comme première barrière au déchaînement sans frein de la violence du rapport social d’exploitation dans les boîtes ; là où la représentation syndicale est la plus faible, la soumission des salarié·es est la plus forte. Mais c’est justement la faiblesse du taux de syndicalisation, les défaites des mobilisations syndicales des dernières décennies, la sclérose de certains cadres de base, l’absence de représentations dans des secteurs entiers de l’économie qui peuvent amener à proclamer l’inactualité du syndicalisme dans la lutte des classes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le syndicalisme est-il toujours un outil de notre classe ?&nbsp;</h2>



<p>Sur plus de 25&nbsp;millions de salarié·es, on compte moins de 4 000 000 de syndiqué·es divisé·es entre pas moins de huit centrales différentes : approximativement, la CGT et la CFDT revendiquent plus de 600 000 d’adhérent·es chacune, FO 300 000, l’US Solidaires, la FSU, l’UNSA, la CFE-CGC et la CFTC, 100 000 adhérent·es chacune. Le niveau d’organisation de notre classe est historiquement faible, le taux actuel de syndicalisation (entre 5 et 11 % du salariat selon les modes de décomptes) correspond à celui du début du 20e&nbsp;siècle, une époque où la seule centrale existante était une CGT explicitement révolutionnaire. Si les premières dates de mobilisation contre la réforme des retraites semble avoir favorisé plusieurs dizaines de milliers d’adhésion, l’intensification des luttes économiques pour l’augmentation des salaires ou la généralisation de luttes politiques depuis 2016 et la loi Travail ne semblent pas avoir remis l’outil syndical au centre des préoccupations des activistes et d’organisateur·rices du mouvement.&nbsp;</p>



<p>Pire encore, selon les données de Force ouvrière, la présence syndicale est profondément inégale en fonction des secteurs d’activité. Le salariat serait ainsi divisé en trois regroupements définis en fonction de leur niveau de syndicalisation :</p>



<p>–&nbsp;Un premier regroupe 7 000 000 de salarié·es dans des secteurs fortement syndiqués à l’image de la SNCF ou de l’éducation.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;6 000 000 de salarié·es travaillent dans des secteurs plus faiblement syndiqués mais avec de fortes concentrations comme la métallurgie.&nbsp;</p>



<p>–&nbsp;13 000 000 de salarié·es travaillent quant à eux dans des « déserts syndicaux », des secteurs très faiblement syndiqués comme le commerce ou les trusts du tourisme.&nbsp;</p>



<p>D’après un article dans le Monde diplomatique de mars 2020, les politistes Sophie Béroud et Jean-Marie Pernot constatent que dans près de 70 % des lieux de travail dans le privé, aucun représentant syndical n’est présent en permanence. Dans ces secteurs désertés des centrales syndicales, là où la main-d’œuvre est bien souvent féminisée et racisée, où les conditions de travail dégradées et la surexploitation s’appuient sur les oppressions et hiérarchisations racistes et patriarcales, on ne peut aussi que constater que l’absence d’outil syndical ne laisse en rien la place à des luttes autonomes. À cela il faut ajouter toutes les marges du salariat qu’organise la classe capitaliste pour intensifier et étendre encore plus l’exploitation, travailleur·euses handicapé·es hors du cadre du droit travail dans les ESAT, exploitations des prisonnier·es, conditionnement du RSA à la réalisation d’heures de travaux contraints, expansion des stages et des contrats d’apprentissage&#8230;</p>



<p>Par contre, lorsque les secteurs les plus dominés du salariat décident de relever la tête (femmes de chambre de l’Hôtel Ibis, caissières et commis de Monoprix, travailleurs sans-papiers de Chronopost, femmes de ménage d’ONET, etc.), pour leur salaire, leur statut et leur dignité, c’est via l’outil syndical que la lutte débute, que se construisent les cadres de discussion et de décision, que la confiance se gagne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un simple problème de direction ?&nbsp;</h2>



<p>Une analyse courante de militant·es révolutionnaires consiste à penser que tous les maux du syndicalisme d’aujourd’hui sont dus aux bureaucraties syndicales. Sans nier les effets délétères de la permanentisation de nombreux·euses militant·es syndicaux·ales ou la confusion souvent entretenue entre l’intérêt général du salariat et ceux de corporations spécifiques ou des appareils, le principal investissement des révolutionnaires dans les syndicats ne peut être pour la construction de directions et de bureaucraties alternatives par des militant·es issus de formations politiques réduites, accompagné de constructions de cadres artificiels n’ayant en réalité que peu de prise sur la conduite des luttes et peu à voir avec l’auto-organisation des travailleur·euses. Comme l’analysait déjà Rosa Luxembourg, dans Grève de masse, partis et syndicats, observant les processus de grève ayant conduit à la première révolution russe de 1905, une grève générale ne peut être décrétée par en haut, quel que soit les options idéologiques choisies par les cadres. Ce constat est plus que jamais vrai aujourd’hui, aussi les questions stratégiques ne peuvent se résoudre en un simple tour de passe-passe à la tête des syndicats, où une direction de bureaucrates réformistes serait remplacée par des militant·es révolutionnaires.</p>



<p>Le syndicalisme révolutionnaire du 21e&nbsp;siècle est certainement en premier lieu l’humble construction d’un outil organisant une fraction significative de nos collègues, en cherchant l’implication militante du plus grand nombre tout en forgeant la confiance nécessaire chez la plupart d’entre elles et eux pour tenir des positions sans concession.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="efefef" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #efefef;" loading="lazy" decoding="async" width="889" height="427" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2.png" alt="" class="wp-image-7157 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2.png 889w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2-300x144.png 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr2-768x369.png 768w" sizes="auto, (max-width: 889px) 100vw, 889px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Un syndicalisme face au défi de la&nbsp;composition de notre classe&nbsp;</h2>



<p>À la concentration du capital analysée par les marxistes du début du 20e&nbsp;siècle résultant de la concurrence capitaliste dans laquelle les plus grosses entreprises broient ou absorbent les plus faibles a succédé une grande restructuration de la production, une fragmentation des unités de production et des statuts pour les salarié·es (présence de plusieurs employeurs à l’intérieur d’une seule usine via la généralisation de la sous-traitance), une déconcentration ouvrière, l’expansion du secteur des services, l’individualisation des processus de production (management par la peur, isolement des travailleur·euses sur les chaînes ou dans les entrepôts). Ainsi, selon l’Insee, en 2020, les 200 plus grandes entreprises, comprenant au moins 5 000&nbsp;salarié·es et regroupées en une trentaine de filiales emploient 30 % des salarié·es et réalisent 27 % du PIB. Les trusts industriels et tertiaires réunissent près de 30 000 entreprises et concentrent 67 % des salarié·es.&nbsp;</p>



<p>Pourtant, la concentration ouvrière tend à diminuer. De 1979 à 1994, l’emploi a surtout baissé dans les très grands établissements : les établissements de plus de 1 000&nbsp;salarié·es, qui représentaient 23 % de l’emploi en 1979, n’en constituaient plus que 13 % en 1994 et 7 à 8 % aujourd’hui. Dans le même temps, les établissements de moins de 50&nbsp;salarié·es augmentaient leur part dans l’emploi industriel (22 % en 1979, 33 % en 1994). Cette phase correspond en partie au développement de la sous-traitance et de l’intérim (qui emploie 3&nbsp;millions de personnes). Ces développements récents posent des questions essentielles pour l’action syndicale qui ne sont que trop peu posées à l’intérieur des groupes révolutionnaires si ce n’est que pour trop souvent proclamer la mort prématurée du syndicalisme et son absence de pertinence comme cadre pour la lutte des classes.</p>



<p>Cela nécessite de penser l’unité entre collègues sur un même lieu de travail qui pour une même tâche sont parfois soumis·es à trois statuts ou trois employeurs différents. Cela demande de réfléchir à l’unité de l’ensemble des salarié·es d’un seul lieu de travail pour surmonter ces divisions qui se superposent souvent à celles du genre ou de la race.</p>



<p>Cela commence certainement par arrêter de mystifier le rôle stratégique de certains secteurs par leur pouvoir de blocage supposé ou leur concentration appartenant au passée. Pour la transformation révolutionnaire de la société et la généralisation de la grève contre la réforme des retraites, nous devons avoir en tête qu’une femme qui nettoie les gares et qui est salariée d’ONET est aussi importante qu’un conducteur ; pour paraphraser Lénine : une cantinière scolaire doit pouvoir diriger un comité de grève dans une école.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rôle des unions locales</h2>



<p>À bien des égards, renforcer les unions locales est essentiel. Plus la boîte est petite, plus le pouvoir du patron ou du manager y est fort. De par la composition de notre classe, se battre contre un licenciement, pour des augmentations de salaire ou pour faire face à des cas de harcèlement sexiste et sexuel, les UL doivent prendre une place centrale dans la construction des luttes et leur coordination.&nbsp;</p>



<p>Penser le syndicalisme à l’échelle d’un quartier, suppose de construire des unions locales ouvertes, et dont la vie associative, politique et militante s’y organise. Ces outils syndicaux locaux peuvent s’avérer un outil décisif pour regrouper des salarié·es qui travaillent au sein d’une même enseigne, d’une même branche mais qui ont peu de liens. Les mouvements contre la loi Travail, celui de 2019-2020 ou l’actuel font naître des cadres interprofessionnels, où se rencontrent des syndicalistes, des chômeur·euses, des précaires du privé ou du public et s’organisent par en bas au sein d’un même quartier, d’une même ville, d’un même arrondissement. C’est par ces assemblées et de ces piquets de grève que notre classe peut se construire, se connaître et se reconnaître, de par l’expérience de la confrontation avec les classes dirigeantes tout en se promettant de construire un monde meilleur. Les unions locales peuvent s’avérer un outil essentiel pour penser des rythmes communs aux travailleur·euses à l’échelle locale.</p>



<p>Mais on ne peut pas penser les outils dont notre classe a besoin seulement en reflet de sa composition. Il faut les construire en ayant en tête un objectif clair : la réaffirmation du potentiel révolutionnaire de la classe des exploité·es. Il est nécessaire pour nous de rompre avec le précepte réformiste qui consiste à cloisonner la lutte économique entre les murs de l’entreprise et d’enfermer le politique dans les gradins de l’Assemblée nationale. La confiance engendrée par des grèves locales ou sectorielles pour l’augmentation des salaires ou sur les conditions de travail ne disparaît pas du jour au lendemain. Les problèmes des modalités immédiates de l’exploitation (salaire, temps de travail) impliquent de discuter concrètement du monde dans lequel on vit, des causes de l’inflation actuelle, de la répression et de la confrontation de classe, des oppressions patriarcales et racistes. C’est parce que les rapports fondamentaux de l’exploitation sont politiques que nos luttes le sont aussi et que notre intervention syndicale doit l’être du plus haut point.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="949494" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #949494;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/04/A2C_RevueN7_Syndicalisme_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-7158 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Syndicalisme et autonomie de classe&nbsp;</h2>



<p>L’unité de notre classe ne peut se construire de façon empirique si de larges franges des salarié·es défendent les mêmes idées misogynes et racistes que leur patron. L’unité se gagnera quand l’ensemble de l’atelier se videra lorsque surviendra un licenciement islamophobe. L’unité se gagnera quand des centaines de milliers de salarié·es feront grèves pour les droits des femmes et des revendications féministes. Cela implique de ne jamais cesser d’argumenter sur son lieu de travail ou dans les cadres syndicaux sur des bases politiques.</p>



<p>L’autonomie de classe ne peut se penser sans intervention syndicale. Mais elle se doit d’être pensée comme un outil pour favoriser l’auto-activité de notre classe, de penser la grève non pas comme un moyen de pression économique pour négocier des miettes mais bien pour se libérer un temps nécessaire à l’activité de la lutte par en bas, pour poser la question de qui contrôle la production ? Qui est en capacité de bâtir le monde dans lequel nous souhaitons vivre ? Cette question du contrôle implique de rompre avec un syndicalisme qui se moule dans l’idée de la concurrence et du made in France et en finisse par négocier le poids des chaînes au gré de la stagnation économique.</p>



<p>Mike Davis, militant révolutionnaire et intellectuel marxiste, nous a quittés en octobre dernier. À la suite de son expérience de chauffeur routier à la fin des années 1960, il comparait le travail de celles et ceux qui organisent les travailleur·euses à celui d’un jardinier patient : une besogne quotidienne, sur le temps long, souvent frustrante car ses effets ne peuvent être prédis avec certitude.</p>



<p>C’est justement dans cette action quotidienne et méthodique que nous devons nous engager, jusqu’au jour où l’enjeu de la lutte ne sera plus l’âge de départ à la retraite, le niveau du salaire mais bien le contrôle sur la production, la mise à bas de l’ordre politique, l’abolition du salariat et de la marchandise, en un mot : la révolution.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Barnabé Bouchard, Rennes, et Gaël Braibant, Montreuil</h6>
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		<title>Arrêter le travail, commencer à rêver !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/arreter-le-travail-commencer-a-rever/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2023 05:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Retraites]]></category>
		<category><![CDATA[syndicalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Syndicats]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’enjeu de la dynamique de grève que nous connaissons depuis le 19&#160;janvier est majeur. Il ne s’agit pas seulement de faire reculer un pouvoir qui veut nous faire travailler plus longtemps pour le profit des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/arreter-le-travail-commencer-a-rever/" title="Arrêter le travail, commencer à rêver !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">L’enjeu de la dynamique de grève que nous connaissons depuis le 19&nbsp;janvier est majeur. Il ne s’agit pas seulement de faire reculer un pouvoir qui veut nous faire travailler plus longtemps pour le profit des plus riches. Face à un système qui s’enfonce dans une crise économique mondiale, qui fait resurgir le spectre de la guerre et du fascisme, la grève remet les pendules à l’heure quant au rôle central de la classe ouvrière, de la puissance de sa force collective. L’expérience que nous faisons de cette période de grève peut amener à des avancées décisives vers la perspective que développait Marx : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #07 &#8211; mars 2023</h6>



<p class="has-drop-cap">La grève joue un rôle déterminant dans la lutte de classe et exprime une force collective sans précédent dans l’histoire. Les grèves de masse ont profondément et durablement modifié la confiance, la conscience et l’organisation de la classe ouvrière et mis au centre la question de son émancipation. &nbsp;</p>



<p>Le rôle central que joue la grève depuis l’avènement du capitalisme tient à la position spéciale qu’occupe la classe ouvrière dans les rapports de production capitaliste.&nbsp;</p>



<p>Les salarié·es, dépossédé·es des moyens de production et du produit de leur travail, n’ont que leur force de travail à vendre, comme une marchandise, que les capitalistes exploitent pour en extirper toujours plus de profits.&nbsp;</p>



<p>La concurrence incessante que se livrent les capitaux ou blocs de capitaux mène une logique d’accumulation pour l’accumulation : les capitalistes ne contrôlent pas la production pour satisfaire les besoins de la population, ni même pour satisfaire leurs besoins propres si pharaoniques soient-ils, mais pour augmenter toujours plus le capital qu’ils contrôlent.&nbsp;</p>



<p>Cela les conduit à mener une lutte permanente contre les salarié·es afin d’augmenter leur plus-value : autour du temps de travail, des salaires, de l’organisation du travail pour le rendre plus productif, de l’introduction d’innovations technologiques…</p>



<p>Le capitalisme introduit une division du travail à l’échelle d’une entreprise comme à l’échelle mondiale : un seul smartphone contient une parcelle de travail de centaines, peut-être de milliers de salarié·es de par le monde entier, depuis l’extraction du minerai jusqu’à l’usine d’assemblage. Si bien que lorsque la production cesse au niveau d’un maillon, c’est toute la chaîne de production qui en est impactée, d’autant plus qu’elle s’organise à flux tendu.</p>



<p>C’est cette position collective de la classe ouvrière en tant que productrice et en tant qu’exploitée qui fait de la grève collective le seul moyen de lutte des travailleur·euses et qui explique son potentiel à se généraliser en grève de masse.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La grève : école de la guerre de classe</h2>



<p>Mais la grève ne fait pas qu’exprimer un rapport de forces collectif, elle organise la classe ouvrière et en développe la conscience.</p>



<p>Dans Misère de la philosophie, Marx répondait à Proudhon qui s’opposait au droit de grève en niant son efficacité économique. Il soutenait non seulement que la grève permettait d’obtenir de meilleures conditions de vie pour les travailleur·euses, mais il ajoutait :</p>



<p>« En Angleterre, on ne s’en est pas tenu à des coalitions partielles, qui n’avaient pas d’autre but qu’une grève passagère, et qui disparaissaient avec elle. On a formé des coalitions permanentes, des trades-unions [&#8230;] La formation de ces grèves, coalitions, trades-unions marcha simultanément avec les luttes politiques des ouvriers [&#8230;] Dans cette lutte —&nbsp;véritable guerre civile&nbsp;— se réunissent et se développent tous les éléments nécessaires à une bataille à venir [&#8230;] cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu’elle défend deviennent des intérêts de classe. Mais la lutte de classe à classe est une lutte politique. »</p>



<p>Analysant le développement des grèves précédant la révolution de 1905, Lénine écrivait :</p>



<p>« Chaque grève rappelle aux capitalistes que ce ne sont pas eux les vrais maîtres mais les ouvriers, qui proclament de plus en plus hautement leurs droits. Chaque grève rappelle aux ouvriers que leur situation n’est pas désespérée, qu’ils ne sont pas seuls [&#8230;] Les esclaves commencent à exiger de devenir des maîtres, de travailler et de vivre non point au gré des grands propriétaires fonciers et des capitalistes mais comme l’entendent les travailleurs eux-mêmes [&#8230;] Ainsi les grèves apprennent aux ouvriers à s’unir [&#8230;] à penser à la lutte de toute la classe ouvrière contre toute la classe des patrons de fabrique et contre le gouvernement autocratique, le gouvernement policier. C’est pour cette raison que les socialistes appellent les grèves « l’école de guerre » ».</p>



<p>Non seulement la grève organise la classe sur le long terme, mais elle développe ses intérêts collectifs, sa conscience politique et l’idée de sa propre émancipation.</p>



<p>Parce qu’elle nécessite un engagement collectif, la grève alimente la démocratie des assemblées de grévistes et favorise l’auto-organisation des travailleur·euses dans les lieux de travail où iels sont habituellement aux ordres des patrons. La grève provoque une fissure dans les chaînes de l’esclavage salarial. Elle s’affronte au sexisme et au racisme du quotidien qui exclut et divise celleux qui doivent s’unir.</p>



<p>Mais Lénine insistait également sur le fait que « l’école de guerre », ce n’est pas encore la guerre elle-même.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Proposer une assemblée de gréviste au-delà de la seule participation aux appels (inter-)syndicaux, et l’organiser, proposer des réponses aux défis stratégiques posés par les manoeuvres des patrons —&nbsp;ou par les directions syndicales&nbsp;— cela repose sur des collectifs militants qu’ils soient syndicaux, politiques ou des collectifs qui se sont soudés dans une expérience commune.&nbsp;&nbsp;Ce sont eux qui sont en capacité de&nbsp;&nbsp;proposer des initiatives afin d’accélérer les dynamiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des émeutes ouvrières à la grève de masse</h2>



<p>Le capitalisme naissant était bien conscient de ce potentiel collectif. Ce n’est pas pour rien que la loi Le Chapelier de 1791 interdisait toute coalition de travailleur·euses. En Angleterre les Combination Acts de 1799 menaçaient d’emprisonner les travailleur·euses qui menaient des actions collectives. « Rien n’est plus nocif », écrivait un propriétaire d’usine du nom de Gray, « que de permettre aux ordres inférieurs de sentir leur force et de communiquer librement entre eux ».&nbsp;</p>



<p>Mais face à l’exploitation sans borne de la classe ouvrière, enfants compris, les grèves et révoltes ouvrières ne cessaient de se développer. En 1811, le mouvement des Luddites faisait éclater la colère des artisans du textile qui se révoltaient contre l’introduction des métiers à tisser en détruisant les machines. Dans les années 1830, toujours dans l’industrie textile, la grève des Canuts de Lyon se transformait en insurrection.</p>



<p>Les grèves et l’organisation de masse des travailleur·euses sont devenues la caractéristique principale de l’affrontement de classe au 20e&nbsp;siècle. Les grèves générales de juin 1936 et de mai 1968 en France et leurs pendants internationaux sont des références incontournables du mouvement ouvrier.</p>



<p>L’affaiblissement des luttes et des organisations du mouvement ouvrier à partir de la crise de 1973 a été théorisée par la pensée dominante —&nbsp;et y compris au sein du mouvement ouvrier&nbsp;— comme un affaiblissement structurel, voire une tendance à la disparition de la classe ouvrière. En retour, cette vision à idéalisé une classe ouvrière très organisée et toute puissante au cœur du 20e&nbsp;siècle, reliant mécaniquement le niveau d’organisation de la classe à sa capacité à entrer dans la grève de masse.&nbsp;</p>



<p>La dynamique des grèves au 20e&nbsp;siècle offre une vision bien plus contrastée. Il n’y a pas de développement linéaire des grèves, ni de lien mécanique entre le développement des grèves et l’organisation de la classe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une grève générale ?</h2>



<p>Tout le monde, dans les milieux mobilisés comme dans la gauche radicale, pense qu’une grève générale est nécessaire comme en 1936 et 1968. Pourquoi n’y est-on pas arrivé en 2019, peut-on y arriver en 2023 ? Quelles en sont les conditions ?</p>



<p>Les discussions sur la grève générale ne sont pas nouvelles, elles ont émergé de la conscience du rôle central qu’occupe la classe ouvrière dans la production et de la force potentielle énorme qui en découle. Si toute la classe s’unifiait pour bloquer totalement la production, le pouvoir de la bourgeoisie s’effondrerait en peu de temps.&nbsp;</p>



<p>Pourtant les tentatives réelles de planifier la grève générale par la volonté de directions syndicales ou politiques se sont soldées par de cuisants échecs. Comme en 1913, lorsque le parti socialiste belge planifia avec minutie une grève générale politique pour le suffrage universel masculin face à un système électoral censitaire ou en 1926, lorsque face à une attaque majeure des industries minières, le Trade Union Congress lança le mot d’ordre de grève générale. Même si ces grèves furent très suivies, leur organisation bureaucratique —&nbsp;qui ne laissait aucune place et s’opposait à toute spontanéité et toute initiative par en bas&nbsp;— mena à un échec cuisant.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="8d8d8d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8d8d8d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_EnGreve_Illustr1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-7143 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>En analysant la dynamique de la première révolution russe de 1905, Rosa Luxembourg avait férocement critiqué cette idée d’une grève générale par en haut, d’un « schéma rigide et vide qui nous montre une « action » politique linéaire exécutée avec prudence et selon un plan décidé par les instances suprêmes des syndicats ». Le schéma à l’œuvre en 1905 comme par la suite dans les grèves générales de 1936 ou mai 1968 n’avait rien avoir avec l’exécution d’un plan savamment établi.</p>



<p>Rosa Luxembourg expliquait au contraire la grève de masse de cette période comme le résultat d’une colère accrue et d’un processus vivant ou différentes dynamiques de grève ou de manifestation, de revendications économiques et politiques s’entremêlaient. Ces revendications se renforcent mutuellement, et accentuent le sentiment de confiance et la conscience des travailleuses et des travailleurs, elles étaient susceptibles d’entraîner de nouvelles couches dans la bataille. Le ressort de ces grèves reposait sur une grande spontanéité, l’initiative par en bas, le sentiment d’une possibilité de rompre les chaînes, de s’émanciper, d’un grand règlement de compte avec le pouvoir.</p>



<p>Un des traits marquants des grèves de juin 1936 et mai 1968 fut la participation massive de salarié·es totalement inorganisés, qui faisaient grève pour la première fois et qui développaient un enthousiasme qui tranchait avec le conservatisme routinier de certains secteurs organisés.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Grève et mutation du capitalisme</h2>



<p>Il ne fait pas de doute que la décrue des luttes et l’affaiblissement des organisations de la classe sont massifs depuis la crise des années 1970, le taux de syndicalisation se maintient autour de 10 % aujourd’hui. Cela ne résulte pas d’un affaiblissement structurel de la classe ourvière, mais des mutations profondes du capitalisme.</p>



<p>La logique de l’accumulation pour l’accumulation qui est au cœur du capitalisme lui donne un caractère très dynamique, une capacité à s’étendre dans tous les rouages de la société, dans le monde entier, une capacité à se renouveler, à délaisser des industries obsolètes pour investir dans des productions plus prometteuses (du charbon au pétrole ou au nucléaire, de la machine à vapeur à la voiture…), à renouveler l’organisation du travail (Taylorisme, Fordisme, post fordisme…)</p>



<p>C’est cette logique qui poussait Marx à pronostiquer que la classe ouvrière, numériquement faible à son époque, tendrait à devenir majoritaire.</p>



<p>Si, au cours des décennies suivant la crise, une partie de la production industrielle s’est déplacée vers les économies émergentes permettant au capital de profiter d’une main-d’œuvre bon marché et rendue docile par la main de fer de pouvoirs autoritaires, la classe ouvrière n’a pas pour autant reculé dans ces centres historique, mais elle a profondément muté.</p>



<p>En 1962, la France comptait 7,4&nbsp;millions d’emplois dit « ouvriers industriels » sur un total de 19&nbsp;millions d’emplois salariés. En 2007, il y en avait 6&nbsp;millions sur un total de 26&nbsp;millions. Il s’agit donc moins d’une disparition des ouvrier·es que d’une explosion des emplois dits de services. D’autant plus que pour une partie, il s’agit en plus d’une requalification d’un travail dit « ouvrier » en travail dit « de service » du fait de l’évolution de l’organisation de production comme la filialisation des services de maintenance. Mais plus fondamentalement, s’il n’est pas directement productif, dans la mesure où il ne produit pas la marchandise, l’emploi de service n’est pas en dehors, mais intégré à la production ou à la valorisation des marchandises : sans service de transport, routier, coursiers, sans service de distribution, magasinier, caissier, sans les « premiers de corvée » de la crise du covid, la marchandise reste un objet mort, sans valeur, stockée dans un entrepôt, que personne ne peut plus acheter.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #767676;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_EnGreve_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-7138 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<p>La disparition de grands bastions industriels historiques dans le textile, les profondes mutations dans l’automobile ont réduit les grandes unités de production, mais elle n’a pas pour autant réduit la concentration ouvrière. Si les grandes unités de productions ont éclaté c’est surtout par le biais de filialisation de grandes structures, découpées en plusieurs entités pour accroître la concurrence au sein d’un même groupe. À titre d’exemple, entre 1986 et 2006 le nombre de salarié·es des grandes entreprises de plus de 1 000 salarié·es est passé de 30 % à 38 % tout en s’accompagnant d’une diminution de la taille des unités de production. Ces mutations ont eu pour conséquence l’affaiblissement certain des organisations syndicales et un éclatement des collectifs de lutte, mais elles se sont traduites par une concentration accrue de la classe ouvrière.&nbsp;</p>



<p>Depuis 2013 le salariat est devenu la forme majoritaire du travail à l’échelle mondiale selon les statistiques de l’OIT (1,6&nbsp;milliard) concentrant la classe ouvrière dans d’immenses zones urbaines qui rassemble aujourd’hui plus de 50 % de la population mondiale.</p>



<p>L’évolution récente du capitalisme ne se traduit pas par un affaiblissement structurel de la classe ouvrière et de sa capacité à mener des grèves de masse, bien au contraire. L’affaiblissement du syndicalisme renvoie plutôt à la difficulté des syndicats à s’adapter à ces mutations.</p>



<p>La grève qu’a menée en 2019 Rachel Kéké et les femmes de chambre de l’Hôtel Ibis Batignolles, employées en sous-traitance pour le grand groupe hôtelier Accor, les grèves qui se développent parmi les chauffeurs/livreurs de la plateforme Uber, qui se multiplient au sein des entrepôts du groupe Amazon, devenu en 10&nbsp;ans l’un des plus gros employeur mondial confirment non seulement la possibilité de la grève des secteurs très précarisés mais offrent un champs immense de syndicalisation.</p>



<p>Dans les secteurs plus traditionnels et historiquement organisés comme à la SNCF, la tendance à la hausse des taux de grève est notable. Sur les 10&nbsp;mouvements de grève les plus suivis depuis la Seconde Guerre mondiale, 5 se sont produites depuis 1995. Depuis 2005, le nombre de journées de grève par agent ne cesse d’augmenter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspective et stratégie dans la grève</h2>



<p>L’appel à la mise à l’arrêt du pays le 7&nbsp;mars et la multiplication des appels à reconduire la grève offrent d’autant plus de possibilité qu’ils peuvent se nourrir de l’expérience récente de 2019.</p>



<p>La grève reconductible massive initiée par la RATP et la SNCF le 5&nbsp;décembre 2019 et largement reconduite dans l’éducation a changé la donne : la grève appartenait maintenant aux grévistes.&nbsp;&nbsp;Renouvelée jour après jour dans les ateliers, les dépôts, les écoles, elle permettait de discuter avec tous les salarié·es au-delà des affiliations syndicales, de discuter de la stratégie à mettre en œuvre pour étendre la grève. Elle permettait de s’organiser pour aller convaincre les salarié·es d’autres dépôts moins mobilisés, d’autres secteurs, de rendre chaque gréviste acteur·rice de la grève et de mobiliser massivement pour les manifestations…</p>



<p>Ces liens ont permis que des collectifs militants, basés sur une expérience commune, émergent et proposent des initiatives susceptibles d’accélérer les dynamiques et de pallier les déficiences des directions syndicales.</p>



<p>Ce fut le cas de la coordination RATP-SNCF qui avait émergé de plusieurs rencontres militantes. Alors que l’intersyndicale avait refusé d’appeler à l’action pendant les vacances de Noël, elle avait permis pendant cette période de renforcer les piquets de grève et d’ organiser une manifestation très dynamique des agent·es de la RATP et de la SNCF à Paris.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-dominant-color="7d7d7d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #7d7d7d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/03/A2C_RevueN7_EnGreve_Illustr3.jpg" alt="" class="wp-image-7139 not-transparent"/></figure>
</div>


<p>D’autres collectifs se sont développés dans plusieurs quartiers à partir des liens qui se sont tissés au cours de la lutte, avec l’objectif d’ancrer la grève et de l’étendre au travers d’une multitude d’initiatives qui visaient à renforcer les liens de classe, d’aider celleux qui était peu ou pas organisé·es sur leur lieu de travail. Ces collectifs, dont beaucoup se sont reconstitués dès le début du mouvement actuel, permettent de cristalliser le sentiment que la grève appartient aux grévistes et que c’est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains des dirigeants syndicaux.</p>



<p>Ils permettent aussi, parce qu’ils regroupent différents secteurs, de porter des débats stratégiques au sein du mouvement.</p>



<p>Si elle est portée par la revendication principale des retraites, la mobilisation massive à laquelle on assiste traduit une colère bien plus profonde contre un pouvoir qui ne cesse de nous attaquer. La colère qui monte par exemple dans l’éducation face à des suppressions massives de postes s’est traduite par de fortes mobilisations dans le primaire, si bien que de nombreuses intersyndicales départementales appellent maintenant à reconduire la grève après le 7&nbsp;mars. Non seulement les revendications sectorielles ou politiques, comme sur les question féministes ou antiracistes, ne sont pas contradictoires avec la mobilisation actuelle, mais elles permettent au contraire d’alimenter et d’étendre le mouvement.&nbsp;</p>



<p>Loin de devoir se concentrer sur quelques secteurs dit « stratégiques » qui, par leurs possibilités de blocage (transport, raffinerie…), suffiraient à faire reculer le pouvoir, il est au contraire essentiel de lutter contre l’idée d’une grève par procuration, qui pousse à la passivité, en particulier dans le secteur privé. Au contraire, c’est son entrée dans la bataille qui permettra de décupler les forces du mouvement.</p>



<p>Renforcer l’auto-organisation des travailleur·euses au travers d’assemblées de grévistes dans un lieu de travail ou dans un secteur, se rassembler au sein de collectifs interprofessionnels avec l’objectif d’étendre la grève et de la rendre active, permet de doter notre classe d’outils collectifs précieux pour construire la grève qui vient. Elle permet également de souder sur le long terme des collectifs militants dans une expérience commune qui renforce la confiance et développe la conscience que, face aux enjeux majeurs de la période actuelle, l’émancipation viendra d’en bas</p>



<h6 class="wp-block-heading">Nicolas Verdon, Paris 19<sup>e</sup></h6>
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