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	<title>Archives des Patriarcat - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Archives des Patriarcat - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 15:39:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un plan de bataille construit progressivement pour exclure les collectifs sioniste et fasciste de nos manifs. Les Cahiers d&#8217;A2C #17 &#8211; juin 2025 A l’origine de l’initiative : la participation de deux collectifs &#8211; Nemesis fasciste <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-sur-le-7-et-8-mars-vers-la-construction-dun-front-feministe-antisioniste-et-antifasciste/" title="Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?">[...]</a></div>
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<p><em>Un plan de bataille construit progressivement pour exclure les collectifs sioniste et fasciste de nos manifs.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p>A l’origine de l’initiative : la participation de deux collectifs &#8211; Nemesis fasciste et Nous Vivrons, organisation sioniste &#8211; à la manifestation féministe du 23 novembre à Paris. Ils ont pu défiler sur tout le trajet sans réaction unitaire de la part de la manifestation. Seule une trentaine de personnes sont allées voir les cortèges pour alerter, et ont essayé de scander des slogans à leur passage place de la République</p>



<p>Cela a fait prendre conscience à de nombreux·ses militant·es de l’urgence à agir pour ne plus que cela se reproduise, notamment lors de l’échéance féministe suivante&nbsp;: le 8 mars. L’année précédente, la majorité des organisations avait accepté la participation de Nous Vivrons. Il y a donc eu au départ des hésitations&nbsp;: faut-il boycotter la manif&nbsp;? organiser une action&nbsp;? s’adresser aux organisations qui préparent la manifestation du 8 mars&nbsp;? C’est ce dernier choix qui va être fait. C’est à partir de militantes impliquées dans Urgence Palestine et Samidoun que, fin janvier, on décide de monter un groupe de travail pour préparer cette échéance avec l’objectif de faire que Nemesis et Nous Vivrons ne soient pas dans la manif.&nbsp;</p>



<p>Ça nous paraissait important de casser la légitimité que ces organisations se construisaient en étant acceptées dans nos manif. Par exemple, Nemesis, interrogée à la BBC pour parler du procès Pelicot en tant qu’organisation féministe, s’est appuyée sur sa participation à la manifestation du 23 novembre. Cela traduit leur stratégie, qui est de vouloir prendre l’hégémonie sur le mouvement. La riposte à ce groupe fasciste <em>pouvait </em>être immédiate, dans le sens où on s’attendait à ce qu’il participe à la manifestation du 8 mars. Elle <em>devait </em>être immédiate, car les laisser manifester à nouveau allait nous affaiblir durablement dans le combat contre le développement du fascisme. Et elle <em>pouvait</em> également être massive, puisqu’une telle manifestation rassemble des dizaines de milliers de personnes. <strong>Notre intention était donc de convaincre le plus largement possible pour que la riposte antifasciste et antisioniste soit massive.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment a-t-on procédé ?</h2>



<p><strong>Notre intention était de s’adresser à toutes les organisations qui participent au 8 mars </strong>(pas seulement les organisations féministes), <strong>mais au-delà, à toutes les personnes susceptibles d’être présentes à la manifestation.&nbsp;</strong></p>



<p>Cela a donné lieu à deux textes&nbsp;discutés collectivement : un appel et un argumentaire. Le premier, l’appel «&nbsp;Le 8 mars on arrête tout, surtout les fascistes et les sionistes&nbsp;!&nbsp;», ne cherchait pas à attaquer les organisations féministes mais à les pousser à se positionner pour la manif à venir. Il a permis d’aller discuter et de regrouper les forces qui étaient d’accord sur l’importance de le faire.&nbsp;</p>



<p>On a écrit un argumentaire collectivement, pour nous donner de la force, aller chercher à convaincre chaque organisation et provoquer des discussions en leur sein. On a ouvert notre texte à signature pour concrétiser notre démarche. On s’est adressées à toutes les organisations, pas seulement à celles qui nous paraissaient les plus proches. Le fait d’être des militantes féministes sans être impliquées directement dans un cadre féministe a pu nous être reproché, mais cela constituait aussi l’avantage de nous mettre à distance des débats internes au mouvement féministe, que l’on a découvert très divisé et avec de fortes animosités.&nbsp;</p>



<p><strong>La stratégie proposée repose sur l’objectif que chaque organisation s’engage dans le refus de la participation de Nemesis et Nous Vivrons</strong>, et que cela se concrétise de façon visible lors de la manifestation. On a donc proposé que les organisations arrêtent leur cortège – empêchant ainsi la manifestation de démarrer – tant que les 2 groupes seraient présents. </p>



<p>En menant les discussions, on s’est rendues compte qu’on n’était pas les seules à réfléchir à avoir une réaction, cette préoccupation était largement posée au sein du mouvement féministe qui est confronté depuis des années à des débats sur la place des luttes antiracistes et anticolonialiste dans le féminisme. Par contre, on s’est rendues compte également que la réponse dominante était purement technique, avec l’idée de mandater un service d’ordre dédié. Et en rendant notre appel public, pour en faire un enjeu politique pour tous·tes les manifestant.es, il nous a ainsi été reproché de faire de la pub à Nemesis et Nous Vivrons qui n’avaient pas encore annoncé leur participation, d’invisibiliser les revendications féministes, de mettre en danger les participant·es, de briser l’unité des organisations, de proposer une riposte collective impossible à mettre en œuvre. Bref, de proposer une stratégie contradictoire avec celle qui se dessinait au départ. Cela révélait en fait la difficulté du cadre unitaire à assumer ce positionnement. </p>



<p>Malgré les attaques parfois assez dures contre nous, on a réussi à faire que ce texte soit diffusé partout, en persévérant dans la démarche d’aller dans tous les cadres de discussion liés à la préparation de la manifestation. Certains collectifs ont organisé des réunions alternatives pour préparer la réaction à la présence des sionistes et des fascistes. Nous y sommes également allées, mais en gardant la volonté de nous adresser à l’ensemble du cadre organisateur.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le jour J</h2>



<p>Il y a eu beaucoup de couacs d’organisation qui méritent d’être discutés, des échanges chaotiques et les désaccords en amont sont réapparus faute de cohésion suffisante, mais le bilan est extrêmement positif. Le SO unitaire a bloqué l’entrée de la Place de la République à Nemesis et Nous Vivrons, le temps que tous les cortèges s’engagent. Puis, pendant plus de 5h, la majorité des cortèges était à l’arrêt puisque la police a permis que Nemesis et Nous Vivrons s’engagent sur la place. A l’arrière, des lignes de militant·.es de différentes organisations et de différentes mouvances politiques se sont constituées pour tenir à distance les cortèges et faire face aux charges de la police. Cela représentait sans doute des milliers de personnes au début. Les cortèges présents en tête de la manifestation, ceux des organisations féministes signataires de l’appel du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), sont les premiers à avoir mis fin à cette action coordonnée. Et la communication à l’ensemble des manifestant·es de la situation a été une préoccupation qui n’a pas suffisamment été prise en charge. Enfin, la communication post-manifestation de certaines organisations mentionnent uniquement Nemesis, montrant la difficulté à assumer d’avoir également exclu nous Vivrons.</p>



<p>La manifestation du 7 mars, organisée notamment par l’AG féministe Paris-Banlieue, a joué un rôle très important. C’est le collectif féministe qui a été le plus réceptif à notre appel. Il nous a proposé de construire la manifestation du 7 mars ensemble, autour de mots d’ordre antiracistes et anticolonialistes&nbsp;. Nous avons repris cette proposition en faisant connaître cette manifestation et en organisant un cortège autour des femmes résistantes palestiniennes. Les réactions n’ont pas tardé&nbsp;: attaques sur les réseaux sociaux, sionistes et fascistes transformés en lanceurs d’alerte qui interpellent l’État, Nunez &#8211; le Préfet de Paris &#8211; qui exige des organisatrices de se désolidariser d’Urgence Palestine et Samidoun pour autoriser la manifestation, manifestation interdite, référé libertés devant le tribunal administratif, manifestation autorisée 25 minutes avant&nbsp;! Les organisatrices de la manifestation ne se sont jamais désolidarisées d’Urgence Palestine ou Samidoun. Nunez a présenté la manifestation du 7 mars comme une préparation du 8 mars, une convergence des luttes féministes et anticolonialistes pour virer les fémonationalistes. De notre côté, nous sommes allées demander à toutes les organisations présentes à la manifestation du lendemain de nous soutenir face à l’interdiction, ce qui a contribué à poursuivre les discussions sur la situation politique et la nécessité de faire front. <strong>130 organisations et personnalités ont alors signé un communiqué qui reprend les arguments du texte du 8 mars</strong>.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles suites ?</h2>



<p>Première étape dans la construction d’un front féministe antisioniste, le travail est encore long pour s’opposer à ces groupes, pour affirmer des positions résolument antisionistes et anticolonialistes dans le mouvement féministe. Mais d’ores et déjà, des collectifs se sont donnés rendez-vous pour préparer ensemble la manifestation du 23 novembre.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des militantes d’a2c Paris et d’Urgence Palestine</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-sur-le-7-et-8-mars-vers-la-construction-dun-front-feministe-antisioniste-et-antifasciste/">Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>La révolution féministe d&#8217;Aurore Koechlin</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/la-revolution-feministe-daurore-koechlin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Nov 2019 17:55:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Petite bibliothèque A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La révolution féministe est un livre qui fait du bien. Aurore Koechlin rouvre les débats stratégiques dans le mouvement, et cela répond à un réel besoin ! Nous en profitons alors pour discuter de stratégie <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/la-revolution-feministe-daurore-koechlin/" title="La révolution féministe d&#8217;Aurore Koechlin">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-left">La révolution féministe est un livre qui fait du bien. Aurore Koechlin rouvre les débats stratégiques dans le mouvement, et cela répond à un réel besoin ! Nous en profitons alors pour discuter de stratégie révolutionnaire pour le mouvement, interroger certains points du livre&nbsp; et surtout continuer ces débats qui sont vitaux pour les luttes à venir.<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2901_4('footnote_plugin_reference_2901_4_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_2901_4('footnote_plugin_reference_2901_4_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2901_4_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2901_4_1" class="footnote_tooltip">Nous ne revenons pas ici sur la théorie de la reproduction sociale dont nous avons publié une critique de Sheila McGreggor <a rel="noreferrer noopener" aria-label="ici (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/theorie-de-la-reproduction-sociale-un-retour-a-quel-marx/" target="_blank">ici</a>.</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2901_4_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2901_4_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une histoire globale</h3>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright is-resized"><img data-dominant-color="f3cea2" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #f3cea2;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/11/Amsterdam-couv-Revolution-feministe-1-394x599.jpg" alt="" class="wp-image-2909 not-transparent" width="156" height="237"/></figure></div>



<p class="has-text-align-left">Pour apporter de l’eau au moulin de l’histoire féministe qu’Aurore Koechlin (AK) essaye de dresser, et pour avoir une vision plus globale, nous devrons y inclure une histoire des luttes dans lesquelles les femmes ont participé activement – souvent de manière décisive – indépendamment qu’elles aient été menées sous la bannière du féminisme comme celui-ci s’est développé en occident, ou pas.&nbsp; On pense notamment à la place des femmes dans les révolutions tunisiennes ou égyptiennes, dans les mouvements contre les violences sexuelles en Inde, ou même dans la révolution haïtienne et la lutte pour l’indépendance en Algérie.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un débat pas si vieux</h3>



<p>Ce livre nous interroge sur plusieurs aspects pour lesquels nous pensons qu’il faudrait entamer un débat. Tout d’abord sur la question de l’origine de l’oppression des femmes, c’est un vieux débat du mouvement féministe, mais qui a des conséquences pratiques en terme de stratégie.&nbsp;</p>



<p>AK dit&nbsp; « je considère le modèle que propose Engels comme théorique. Je ne l’utilise pas comme moyen d’administrer la preuve, mais pour conceptualiser ce qu’est la sphère de la reproduction ».&nbsp; Mais si nos théories ne découlent pas de faits matériels, comment peuvent-elles être une base d’appuis pour construire une stratégie? Comment expliquer autrement l’origine de l’oppression des femmes sans une approche biologisante&nbsp;qui nierait toute possibilité d’émancipation pour l’ensemble de la société?&nbsp; Surtout qu’ AK se base théoriquement sur le travail de la féministe marxiste Lisa Vogel, qui suit les thèses de l’anthropologue féministe Eleanor Leecock datant l’origine de l’oppression des femmes avec l’apparition des sociétés de classes.&nbsp;</p>



<p>AK retombe théoriquement sur ses pattes en parlant de système unitaire, patriarcalo-capitaliste/capitalo-patriarcal, mais son explication nous semble mélanger plusieurs niveaux d’analyse.</p>



<p>Certes l’oppression des femmes existait avant le capitalisme, mais la reproduction a toujours été réorganisée selon les besoins de chacun des modes de production, car l’un ne peut exister sans l’autre. C’est donc l’exploitation qui entraîne l’oppression des femmes. En effet, le capitalisme organise une forme de reproduction qui correspond à ses besoins, donc la surexploitation des femmes est originaire du mode de production capitaliste et dépend de lui. Ce n’est pas un système en tant que tel, mais un des jalons sur lequel repose le capitalisme.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Parler de stratégie</h3>



<p>Dans son dernier chapitre, AK apporte une critique très constructive sur les «&nbsp;stratégies réformistes et intersectionnelles&nbsp;» même si son choix de classer le fémonationalisme comme stratégie réformiste nous laisse perplexes . Mais parler de stratégie, pour nous c’est aussi parler de front unique, stratégie indispensable pour permettre des sauts de conscience qualitatifs dans des cadres larges et par l’expérience pratique dans les mouvements. C’est là une des grosses discussions qu’ouvre le livre d’Aurore. Quel cadre d’intervention féministe pour les militantEs révolutionnaires?&nbsp;</p>



<p>La politique qu’elle propose dans son livre ressemble plus à la politique dont devrait se doter un parti révolutionnaire et non pas un cadre d’intervention large.&nbsp;</p>



<p>Nous ne pouvons que la rejoindre sur sa conclusion : «&nbsp; la révolution n’est pas morte&nbsp;» et que sans elle «&nbsp; il ne peut y avoir de libération de l’oppression des femmes et de minorités de genre&nbsp;». Comme elle le dit, nos analyses ne nous donnent pas une « recette toute prête&nbsp;» mais «&nbsp;une boussole avec laquelle nous diriger&nbsp;». D’où la nécessité qu’elle soit bien calibrée.&nbsp;</p>



<h5 class="wp-block-heading">Sana et Dimitris</h5>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2901_4();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2901_4();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_2901_4">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_2901_4" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2901_4_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2901_4('footnote_plugin_tooltip_2901_4_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Nous ne revenons pas ici sur la théorie de la reproduction sociale dont nous avons publié une critique de Sheila McGreggor <a rel="noreferrer noopener" aria-label="ici (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/theorie-de-la-reproduction-sociale-un-retour-a-quel-marx/" target="_blank">ici</a>.</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_2901_4() { jQuery('#footnote_references_container_2901_4').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2901_4').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_2901_4() { jQuery('#footnote_references_container_2901_4').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2901_4').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2901_4() { if (jQuery('#footnote_references_container_2901_4').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2901_4(); } else { footnote_collapse_reference_container_2901_4(); } } function footnote_moveToReference_2901_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2901_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2901_4(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2901_4(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/la-revolution-feministe-daurore-koechlin/">La révolution féministe d&rsquo;Aurore Koechlin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Contre Macron et Le Pen, construire nos autonomies / nos luttes</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/contre-macron-et-le-pen-construire-nos-autonomies-nos-luttes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Nov 2019 13:40:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">La bourgeoisie sait faire diversion. Elle sait nous divertir, nous abrutir, nous diviser. Macron en est un parfait exemple. Exsangue sur le plan social, sous pression d’un mouvement social inédit dans sa durée, sa radicalité, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/contre-macron-et-le-pen-construire-nos-autonomies-nos-luttes/" title="Contre Macron et Le Pen, construire nos autonomies / nos luttes">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/contre-macron-et-le-pen-construire-nos-autonomies-nos-luttes/">Contre Macron et Le Pen, construire nos autonomies / nos luttes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-left">La bourgeoisie sait faire diversion. Elle sait nous divertir, nous abrutir, nous diviser. Macron en est un parfait exemple. Exsangue sur le plan social, sous pression d’un mouvement social inédit dans sa durée, sa radicalité, son enracinement territorial, le pouvoir n’a d’autre choix que de tenter de dériver la colère des classes populaires vers des bouc-émissaires faciles : immigré·es, déviant·es, « fainéant·es »…</p>



<p>Et pourtant…  Si Macron essaie par tous les moyens de remettre au centre du débat public, ce n’est pas (seulement) pour ne pas parler des fins de mois.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les oppressions ne sont pas (que) des diversions</strong></h3>



<p>C’est qu’un débat sur l’immigration a le triple avantage d’alimenter l’autojustification de leur surenchère raciste, policière et militaire, de rendre légitime et nécessaire le tri entre êtres humains, et enfin d’affaiblir l’unité, donc les capacités de résistance du prolétariat. C’est pourquoi le capitalisme ne peut fonctionner sans racisme (même si le racisme, peut, hélas, lui survivre).</p>



<p>Il faut bien saisir la nécessité idéologique, politique mais aussi économique pour le système de nous faire accepter le tri et la hiérarchisation des êtres humains. Le capitalisme est le seul système dans lequel il peut y avoir «trop» de travailleurs – alors même que les besoins humains de base ne sont pas satisfaits, et que certaines se tuent au travail. Les besoins humains ne sont pas son objectif, contrairement à la valorisation du Capital. Il crée donc ainsi une masse qui « ne compte, littéralement, pas », car exclue ou marginalisée de la participation à son cycle infernal de production. Les «surnuméraires» ainsi que les appelle Alain Badiou. Il faut donc faire accepter que l’on peut, que l’on doit, trier les être humains pour en exclure une part considérable des canons du mode de vie capitaliste, les condamner à la survie ou à la mort. On commence par les «étrangèrEs» puis l’on peut faire accepter que l’on coupe les minima sociaux aux « nationaux ».</p>



<p>On voit ici que ce qui s’expérimente envers les groupes sociaux marginalisés en termes de politique policière et judiciaire, mais aussi en termes d’accès aux possibilités de survie et/ou en termes de forme de sur-exploitation, a une vocation d’extension infinie vers le centre, comme lorsque Macron et Castaner répriment les manifestations écologistes.</p>



<p>Un débat sur l’immigration accrédite l’idée qu’il y aurait un « problème de l’immigration », que ce sont les travailleurs « étrangers » qu’il faut attaquer et pas le racisme et ses bases matérielles. Ce débat donne raison aux partis fascistes (« ils posent les bonnes questions »), les renforce et alimente la surenchère raciste : pour lutter contre le FN, il faudrait appliquer son programme &#8211; comme le pratique la Macronnie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Refuser le tri entre être humains</h3>



<p>Surtout, de par son existence, un débat sur l’immigration instaure un tri entre êtres humains. C’est ce tri qu’il nous faut refuser. Il n’y a pas et ne saurait y avoir une façon « de gauche » de trier les humains. Pas (seulement) par humanisme abstrait, mais (surtout) car ce sont nos sœurs et frères de classe qui sont l’objet de ce tri et qui en meurent tous les jours.</p>



<p>L’argument, faussement de gauche, mais vraiment raciste, que les travailleurs immigrés tirent les salaires vers le bas est aussi éloigné de la réalité qu’un DRH parlant du travail des salariées. Déjà les travailleuses exilées n’occupent pas les mêmes segments du marché du travail. Leur situation juridique les pousse souvent vers des activités rendues illégales (travail du sexe ou de la drogue), ou informelles (maïs chaud, souvenirs). Même dans le cas d’une intégration plus ou moins complète à l’économie formelle (travail non déclaré pour les grandes entreprises via la sous-traitance ou les petits patrons de resto, services aux personnes, travail sous alias), iels occupent les places les plus précarisées du salariat. L’exemple des récentes grèves dans les secteurs du nettoyage est à ce titre très parlant : l’organisation de ces secteurs est un enjeu important car leur entrée en lutte peut être synonyme d’avancées pour l’ensemble de la classe. Les ouvriers spécialisés, donc majoritairement immigrés, de Talbot Poissy, ont gagné en 1982 des revendications pour l’ensemble des ouvriers de l’usine : augmentations et libertés syndicales. Cela n’a pour autant pas empêché que, 2 ans plus tard, ils se fassent déloger de l’usine qu’ils occupaient sous les Marseillaises et les encouragement à la police de leur « camarades », collègues «français».</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright is-resized"><img data-dominant-color="726538" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #726538;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/11/65723380_569210016816664_8130647930580238336_o.jpg" alt="" class="wp-image-2815 not-transparent" width="155" height="233"/><figcaption>Crédit photo : LaMeute/Tuff</figcaption></figure></div>



<p>En instaurant cette division artificielle &#8211; dont les effets sont cependant très concrets, l’Etat capitaliste cherche à créer une unité d’apparence, entre exploiteurs et exploitéEs blancHEs. Il tente ainsi d’enrôler les travailleur.ses dans la défense des&nbsp; prétendus « intérêts  nationaux », qui s’étend au prétendu « mode de vie européen » qui permet de désigner des « adversaires de l&rsquo;Europe venant aussi bien de l&rsquo;intérieur que de l&rsquo;extérieur [des] frontières ». Quand on laisse se distiller ce poison dans notre classe, notamment par manque de clarté et de prise en charge concrète des questions qui se posent autour de la race par le mouvement ouvrier « traditionnel », c’est la capacité de résistance de toute la classe qui s’en trouve affaiblie, et donc l’emprise des capitalistes sur nos vies qui est renforcée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Détruire toutes les hiérarchies ! </h3>



<p>A la polarisation sociale répond le jeu politicien. Macron, dans les pas de son mentor, Hollande, tente de se vernir de progressisme avec un « Grenelle » sur les violences faites aux femmes et une loi de bioéthique.</p>



<p>Le Grenelle, ce sont trois mois de rencontres pour acter des faits déjà connus, et pour tenter d’étouffer une flamme féministe qui traverse le pays et le monde) n’est pas prête de s’éteindre. « Honorons les mortes, luttons pour les vivantes ! » dit le slogan sur les murs de centaines de villes et villages. Des luttes des femmes de chambre – pour la plupart noires et exilées &#8211; à la constitution de comité de grève pour le 8 mars 2020, la lutte collective et la solidarité en actes promet plus que le réformisme.</p>



<p>La loi bioéthique, c’est notamment la PMA pour les femmes célibataires et lesbiennes en couple, mais uniquement cisgenres : en sont exclues de cet outil pour la parentalité les personnes trans. Entre autres reculs rappelant l’ordre moral, cette loi n’interdit pas les mutilations des personnes intersexes par les médecins. Si cette loi bénéficiera à des milliers de femmes, c’est aussi un rappel clair de l’ordre soit-disant naturel des choses, rassurant les bases patriarcales et le pouvoir médical contre l’auto-détermination de tous les êtres humains.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Macron tente de renforcer un pâle antagonisme avec Le Pen !</strong></h3>



<p>Tout en récupérant des idées d’extrême-droite pour se rassurer, l’Etat autoritaire de Macron n’est, malgré tout, pas le fascisme. Dire l’inverse nous mène au fatalisme et nous ôte toute capacité à agir contre la menace réelle. Évidemment, nous pouvons rire jaune en voyant les membres LREM se montrer outrés du discours de Zemmour, quand dans le même temps le gouvernement rend le terrain propice au développement de ses idées. Il est de notre responsabilité de redonner l’envie de se battre en s’organisant à une large échelle. Cela passe à la fois par la démonstration que la lutte paie, mais aussi qu’elle peut être toujours plus belle et créative, communiste et émancipatrice, rigoureuse et excitante.</p>



<p>Appuyons les luttes qui s’expriment déjà, et qui peuvent se démultiplier en se coordonnant, tout en respectant les spécificités et les atouts de chacune d’entre elles. Se sentir solidaires et sensibles face à la répression est un début, comme celle que vivent des milliers de personnes en fRance depuis presqu’un an avec les Gilets Jaune. C’est cette solidarité instinctive face à l’appareil policier qui a permis que se retrouvent Gilets Jaunes et habitantEs des quartiers populaires. C’est ce sentiment qui nourrit et radicalise les mobilisations à Hong Kong, en Egypte, au Soudan, en Irak, en Syrie… </p>



<p>Quelque soit son chromatisme – libéralisme, fascisme ou « vert », nous ne voulons pas du capitalisme. L’espoir ne suffit pas, et au-delà du combat nécessaire pour la survie et contre la répression, nous devons renforcer notre conviction que l’émancipation collective sera notre plus belle fortune, accentuer les luttes existantes et permettre un accroissement de la confiance en notre capacité à renverser la société.</p>



<h5 class="wp-block-heading">TPP et Solen</h5>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/contre-macron-et-le-pen-construire-nos-autonomies-nos-luttes/">Contre Macron et Le Pen, construire nos autonomies / nos luttes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<item>
		<title>Construire la Grève des Femmes le 8 Mars : L&#039;exemple de la Grèce</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construire-la-greve-des-femmes-le-8-mars-lexemple-de-la-grece/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Mar 2019 15:25:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grèce]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dix ans de crise et de politiques d’austérité ont signifié des licenciements, des embauches précaires (CDD, temps partiel, stage, voucher, etc…), des coupes de budgets dans les services sociaux, les&#160; crèches, aide à la maison <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construire-la-greve-des-femmes-le-8-mars-lexemple-de-la-grece/" title="Construire la Grève des Femmes le 8 Mars : L&#039;exemple de la Grèce">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Dix
ans de crise et de politiques d’austérité ont signifié des licenciements, des
embauches précaires (CDD, temps partiel, stage, voucher, etc…), des coupes de
budgets dans les services sociaux, les&nbsp;
crèches, aide à la maison pour personnes âgées, maisons de retraite,
centres de loisir, cantines et crèches dans les entreprises, tout ce qu’était
l’Etat-providence.&nbsp; Cela a eu comme
conséquence que la garde des enfants, les soins aux personnes âgées ou
handicapées etc… ont été mis sur le dos des familles ouvrières, et surtout des
femmes, lesquelles sont en même temps la majorité des travailleurs avec un
statut précaire.</p>



<p>Dans
ce contexte, les cas de harcèlement sexuel sur le lieu de travail, et de
violence sur les femmes, se sont multipliés partout. Le mouvement #metoo est
révélateur sur ce point. Mais il a aussi montré que les réactions des femmes
face à ces attaques commencent à passer de la résistance personnelle à la lutte
collective. Et c’est ainsi qu’apparait aux yeux de ces femmes la façon dont la
classe dirigeante exerce non seulement son pouvoir économique, mais aussi
idéologique afin de maintenir les travailleurs/euses isolé-e-s et divisé-e-s.</p>



<p>Ce
mouvement a tiré sa force de la confiance qu’ont gagnée les travailleuses grâce
aux luttes qu’elles ont menées sur les lieux de travail contre les politiques
d’austérité. Les grévistes d’Estée Lauder étaient en première ligne lors de la
grève générale en Mai 2017 avec leur banderole «&nbsp;Jamais le Dimanche – on
ne travaille pas&nbsp;», les travailleuses en CDD dans les &nbsp;hôpitaux, les écoles, les municipalités, ont
été à l’avant-garde de l’organisation de la grève du 29 Novembre 2017
revendiquant la titularisation de tous et de toutes. En Juin 2017 ce sont les
travailleurs des municipalités qui se sont mobilisé-e-s contre le non
renouvellement des contrats de 15.000 travailleurs en CDD, revendiquant leur
titularisation étant donné qu’ils couvrent des besoins permanents. Leur
licenciement causerait l’effondrement de secteurs entiers des municipalités,
tel que le service de ramassage des déchets et le nettoyage des rues, et
ouvrirait la porte à leur privatisation. Pendant une semaine presque tous les
garages municipaux ont été occupés par les travailleurs, qui se sont aussi
mobilisés massivement lors des deux grèves appelées par la Fédération des
travailleurs municipaux. </p>



<p>C’est
dans ces luttes que sont brisées les hésitations, les peurs et les fausses
idées selon lesquelles chacun est seul face aux patrons. En Mai 2018 le OUI au
référendum en Irlande, en faveur du droit à l’avortement a été majoritaire, il
était même de 87% dans les quartiers ouvriers. Au Brésil les femmes sont
descendues massivement dans la rue contre le sexiste Bolsonaro, tout comme aux
Etats-Unis contre Trump. Le 8 Mars 2018 en Turquie 40.000 manifestant-e-s sont
descendu-e-s dans la rue malgré l’Etat d’urgence. En Espagne la mobilisation du
8 Mars s’est transformée en grève, les initiatives des femmes ayant tiré les
syndicats. Cinq à six millions sont descendus dans la rue. </p>



<p>La
base est la même partout. D’un côté, la crise économique et ses conséquences
sur la vie de la classe ouvrière et surtout des femmes. Et en même temps, les
luttes ouvrières contre ces attaques amènent des expériences qui augmentent la
coordination et la confiance des femmes qui réagissent contre l’oppression. Et
elles augmentent la radicalisation politique de groupes d’avant-garde qui font
le lien des&nbsp; luttes avec la résistance à
un système qui met les profits avant les vies humaines. </p>



<p>Dans
un cadre où les résistances contre le sexisme s’élargissent, la discussion
s’ouvre à nouveau sur : les causes de l’oppression, comment la combattre, et
les solutions pour la libération des femmes. C’est dans ce contexte qu’a été
publié fin 2018 le livre de Maria Styllou «&nbsp;La lutte pour la libération des
femmes&nbsp;», qui cherche à répondre à ces questions.</p>



<p>Dans
le mouvement et dans la gauche, il existe une grande discussion sur les causes
de l’oppression des femmes. C’est une vieille discussion, qui revient
aujourd’hui à l’occasion des luttes qui s’ouvrent, mais aussi par le biais de
l’intérêt pour les idées marxistes. La perception de la «&nbsp;nature
humaine&nbsp;» relie d’une certaine manière tous ceux qui tentent d’expliquer
l’oppression non comme le résultat de la société de classe, mais comme une différence
entre les deux sexes. La façon dont la famille aide à la reproduction de la
force de travail est la racine matérielle de l’oppression des femmes de la
classe ouvrière aujourd’hui. Quand on parle de l’idéologie de l’oppression, il
faut se rappeler ce que disait Marx, que «&nbsp;les idées dominantes sont les
idées de la classe dominante&nbsp;». L’idéologie de l’oppression ne vient pas
des hommes, comme soutiennent le «&nbsp;bon sens&nbsp;» et diverses
organisations féministes, mais est imposée d’en haut. La reproduction de la
classe ouvrière, qui est une nécessité pour le système, se fait de manière
privée au sein de la famille, et cela signifie que les capitalistes trouvent
des travailleurs prêts sans avoir besoin de dépenser. </p>



<p>Bien
sûr il y a des aspects de la reproduction qui se font par les institutions
publiques, comme les écoles et les hôpitaux. En fait, tous les travaux de la
maison pourraient être pris en charge par des institutions publiques au lieu de
s’assurer du travail non payé des femmes. La solution n’est pas de donner un
salaire pour les travaux ménagers, mais que la classe ouvrière prenne le
contrôle pour libérer les femmes de ces fardeaux. </p>



<p>Notre
réponse est donc une réponse de classe face à toute forme d’oppression. Notre
force est dans les luttes organisées, dans les grèves, donc avec les syndicats.
De la même façon que nous devons ouvrir la discussion sur le racisme sur les
lieux de travail, et imposer aux syndicats que les revendications des
travailleurs immigrés soient prises en charge par les syndicats pour lutter
ensemble, ainsi nous devons ouvrir la discussion sur le sexisme, le harcèlement
sexuel, l’inégalité des salaires, le besoin de crèches et de cantines sur les
lieux de travail, et ces revendications doivent faire partie des revendications
des syndicats.</p>



<p>Nous
avons donc fait le choix d’organiser des présentations du livre, en commençant
par des lieux de travail, des hôpitaux, le service de nettoyage de la
municipalité d’Athènes, les employés d’une banque,&nbsp; de la Compagnie des Eaux, etc.. Et cela a été
pour tous une révélation. Des femmes qui ont pris sur leur temps de travail
pour venir écouter, poser des questions, discuter. La présentation principale
du livre, avec un panel avec des syndicalistes, des féministes, des marxistes,
a été une grande réussite. Et c’est à cette occasion qu’a été posée l’idée
d’une grève le 8 Mars. </p>



<p>C’est
ainsi que les présentations suivantes ont été accompagnées de propositions de
vote aux syndicats pour que le 8 Mars soit jour de grève, et un comité
d’organisation qui se formait à chaque fois pour organiser la mobilisation sur
chaque lieu de travail. Les évènements continuent, sur des lieux de travail,
mais aussi dans les quartiers. Un comité de coordination s’est créé, qui
regroupe des femmes syndicalistes, des étudiantes, des femmes appartenant à la
gauche anticapitaliste… Nous avons pour l’instant 20 décisions de syndicats,
dont une de la fédération des travailleurs des hôpitaux, et nous venons d’avoir
la réponse positive de la Confédération des Travailleurs de la Fonction Publique.
Egalement 3 décisions de syndicats étudiants et 3 d’associations.&nbsp; Le 8 Mars est au centre des discussions
partout. C’est une initiative qui répond aux attentes des femmes qui veulent se
mobiliser contre le harcèlement sexuel et les inégalités, qui est ouverte à
toutes les femmes sans condition idéologique, politique, religieuse. C’est une
initiative qui se veut unitaire, dans le sens que tout ce qui peut aider à
l’unité de la classe ouvrière, qui est possible grâce à la confiance en elles
des femmes, acquise dans les luttes qu’elles ont menées partout contre le
sexisme, va continuer à renforcer encore cette confiance ainsi que la capacité
à s’organiser par en bas sur les lieux de travail. Et la discussion qui en
ressort fait avancer les choses dans le sens d’une analyse marxiste, de classe,
de l’oppression et comment on lutte. L’aspect unitaire de cette initiative a
permis à des femmes de toute la gauche, organisées ou non, de s’y retrouver.
C’est n’est qu’un début, notre perspective est celle d’une société sans
pauvreté ni sexisme, sans racisme ni fascistes. </p>



<p>Tania Vrizaki, SEK, Athènes</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construire-la-greve-des-femmes-le-8-mars-lexemple-de-la-grece/">Construire la Grève des Femmes le 8 Mars : L&#039;exemple de la Grèce</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Classe et Genre / Exploitation et Oppression &#8211; Quelle analyse pour quelle stratégie ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/videos/classe-et-genre-exploitation-et-oppression-quelle-analyse-pour-quelle-strategie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Dec 2018 16:39:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Des agressions sexuelles aux profondes inégalités salariales, en passant par le sexisme subi au quotidien, les femmes vivent oppressions et discriminations systématiques. Même quand elles ont un emploi, les femmes font toujours la majorité du <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/videos/classe-et-genre-exploitation-et-oppression-quelle-analyse-pour-quelle-strategie/" title="Classe et Genre / Exploitation et Oppression &#8211; Quelle analyse pour quelle stratégie ?">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/videos/classe-et-genre-exploitation-et-oppression-quelle-analyse-pour-quelle-strategie/">Classe et Genre / Exploitation et Oppression &#8211; Quelle analyse pour quelle stratégie ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Classe et Genre / Exploitation et Oppression - Quelle analyse pour quelle stratégie ?" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/jgK_NFElgAs?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
</div><figcaption>★ Enregistrement audio de la réunion-débat organisée par A2C &#8211; Autonomie de Classe, avec Sheila McGregor (Londres) et Elisa (Paris), militantes féministes (et) anticapitalistes ★ </figcaption></figure>



<p>Des agressions sexuelles aux profondes inégalités salariales, en passant  par le sexisme subi au quotidien, les femmes vivent oppressions et  discriminations systématiques. Même quand elles ont un emploi, les  femmes font toujours la majorité du travail domestique. Elles sont plus  touchées par la précarité, l&rsquo;austérité et la casse du service public.  Les médias et les pubs présentent les femmes comme un objet sexuel, dans  l&rsquo;objectif de vendre toujours plus. Mais, du mouvement <a href="https://www.youtube.com/results?search_query=%23balancetonporc">#balancetonporc</a>  aux appels à la grève internationale des femmes, en passant par les  luttes dans les secteurs où les femmes sont majoritaires comme  l&rsquo;hôtellerie et le nettoyage, la résistance s&rsquo;organise ! D&rsquo;où vient l&rsquo;oppression des femmes, et qui en profite ? Quel lien avec l&rsquo;exploitation capitaliste, avec le racisme et les autres  discriminations ? Classe sociale et genre, exploitation et oppression, quelle analyse pour  quelle stratégie d&rsquo;émancipation ?</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Théorie de la reproduction sociale : un retour à (quel) Marx ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/theorie-de-la-reproduction-sociale-un-retour-a-quel-marx/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Nov 2018 01:54:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://autonomiedeclasse.wordpress.com/?p=1181</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Article paru initialement en anglais dans le numéro 160 de la revue&#160;International Socialism Dans les milieux universitaires et les cercles de la gauche radicale, les débats sur l’oppression sont dominés depuis longtemps par les théories <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/theorie-de-la-reproduction-sociale-un-retour-a-quel-marx/" title="Théorie de la reproduction sociale : un retour à (quel) Marx ?">[...]</a></div>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/theorie-de-la-reproduction-sociale-un-retour-a-quel-marx/">Théorie de la reproduction sociale : un retour à (quel) Marx ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-very-dark-gray-color">Article paru initialement en anglais dans le numéro 160 de la revue&nbsp;<a href="https://isj.org.uk/social-reproduction-theory/">International Socialism</a></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p>Dans les milieux universitaires et les cercles de la gauche radicale, les débats sur l’oppression sont dominés depuis longtemps par les théories du privilège et de l&rsquo;intersectionnalité <b id="1r">[<a href="#1a">1</a>]</b>. La défaite des mouvements ouvriers vers la fin des années 70 sonna le glas des analyses basées sur la classe, donnant lieu à ce que Lise Vogel qualifie de «&nbsp;relatif isolement que beaucoup d’entre nous avons ressenti&nbsp;» <b id="2r">[<a href="#2a">2</a>]</b>. La théorie du privilège met l&rsquo;accent sur les désavantages qui émanent de l’oppression que peut expérimenter, par exemple, une femme noire handicapée par rapport à un homme blanc non-handicapé. Elle appelle ce dernier à reconnaître ces avantages relatifs comme un «&nbsp;privilège&nbsp;» ou un «&nbsp;bénéfice&nbsp;» lui rendant la vie plus facile. L’intersectionnalité observe la manière dont les individus peuvent être influencés par des oppressions multiples, dont la classe ferait partie <b id="3r">[<a href="#3a">3</a>]</b>. Aucune de ces approches ne permet de conclure que la lutte pour mettre fin à l’oppression pourrait être connectée à l&rsquo;auto-émancipation de la classe ouvrière, ni même que les travailleurEs seraient capables de créer des liens de solidarité qui puissent transcender les différences bien réelles entre elles et eux <b id="4r">[<a href="#4a">4</a>]</b>.</p>



<p>Le 21e siècle qui s&rsquo;est ouvert avec les mouvements anticapitalistes et la crise financière des années 2007-2008 a vu un certain regain d&rsquo;intérêt pour les travaux de Karl Marx. Marx et&nbsp;<em>Le Capital</em> jouent de nouveau un rôle central dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;oppression faite par la théorie de la reproduction sociale (TRS). Les féministes marxistes ont longtemps parlé de la « reproduction sociale » et de son lien avec l&rsquo;oppression des femmes ; mais aujourd&rsquo;hui la TRS attire de nouvelles couches d&rsquo;intellectuelLEs et de militantEs vers Marx. Tous les efforts qui visent à resituer les mécanismes de l&rsquo;oppression dans un cadre capitaliste sont bienvenus, car ils permettent de diriger les débats vers une lutte contre la société capitaliste dans son ensemble plutôt qu&rsquo;une lutte atomisée contre les différents systèmes d&rsquo;oppression <b id="5r">[<a href="#5a">5</a>]</b>. Cependant cela ne signifie pas, et nous insistons là-dessus, qu&rsquo;il existe «&nbsp;une seule lutte, la lutte des classes&nbsp;» qui ne se soucie pas du sexisme, du racisme, de l&rsquo;homophobie, de la transphobie, et d&rsquo;autres formes d&rsquo;oppression.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un important pas en avant</strong></h2>



<p>Cet article vise à offrir une vue d&rsquo;ensemble de la TRS en commençant par un court exposé de l&rsquo;émergence d&rsquo;analyses marxistes de l&rsquo;oppression des femmes stimulées par le mouvement de libération des femmes des années 1960 <b id="6r">[<a href="#6a">6</a>]</b>. Ensuite, j&rsquo;observerai de plus près la contribution particulière de Lise Vogel ; son&nbsp;livre&nbsp;<em>Marxism and the Oppression of Women</em> est&nbsp;considéré comme un texte fondateur pour le développement de la version de la TRS qui fait l&rsquo;objet de cet article <b id="7r">[<a href="#7a">7</a>]</b>. J&rsquo;interroge ici la formulation de Vogel du rôle joué par les capacités reproductives biologiques de la femme, et la possibilité ou non de généraliser cette vue pour expliquer l&rsquo;oppression des femmes dans toutes les sociétés de classes. Cet article se tourne ensuite vers les développement récents de la TRS, notamment la contribution de Tithi Bhattacharya, militante marxiste majeure résidant aux USA, son adoption d&rsquo;une partie du travail de Michael Lebowitz sur&nbsp;<em>Le Capital </em>et son application au racisme <b id="8r">[<a href="#8a">8</a>]</b>. J&rsquo;essaierai de convaincre que Bhattacharya tend à brouiller la relation entre l&rsquo;exploitation et l&rsquo;oppression, et à sous-estimer l&rsquo;importance de la lutte sur les sites de production par rapport aux mouvements sociaux plus généraux. Elle tente également d&rsquo;analyser le racisme à travers le prisme de la reproduction sociale, négligeant toute une série d&rsquo;approches dérivées du marxisme malgré toute leur richesse. Une bonne partie de la TRS a déjà fait ses preuves dans la compréhension de l&rsquo;oppression des femmes, mais certaines analyses semblent s’accommoder de visions ambiguës sur la nature de la classe ouvrière et de bas niveaux de lutte des classes aux USA et dans une bonne partie de l&rsquo;Europe <b id="9r">[<a href="#9a">9</a>]</b>.</p>



<p>La TRS a été adoptée dans des cercles académiques plutôt larges. En 2017, l&rsquo;économiste marxiste Ben Fine apportait sa contribution sous le titre&nbsp;«&nbsp;A Note Towards an Approach Towards Social Reproduction&nbsp;» <b id="10r">[<a href="#10a">10</a>]</b> alors qu&rsquo;au programme de la conférence&nbsp;<em>Historical Materialism</em> en 2017 à Londres figurait le lancement de la collection d&rsquo;essais éditée par Bhattacharya&nbsp;sous le titre de&nbsp;<em>Social Reproduction Theory&nbsp;: Remapping Class, Recentering Oppression</em> <b id="11r">[<a href="#11a">11</a>]</b>. Dans leur article de janvier 2018, «&nbsp;Women, Nature, and Capital in the Industrial Revolution&nbsp;», John Bellamy Foster et Brett Clark affirment que&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;L&rsquo;émergence remarquable de la “théorie de la reproduction sociale” ces dernières années dans les cercles marxistes et féministes révolutionnaires (&#8230;) a significativement altéré la manière de voir le traitement fait par Marx et Engels des femmes et du travail dans la Grande-Bretagne du 19e siècle.&nbsp;»&nbsp;<b id="12r">[<a href="#12a">12</a>]</b></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Qu&rsquo;est-ce que la «&nbsp;reproduction sociale&nbsp;» ?</strong></h2>



<p>Dans les années 60, l&rsquo;idée d&rsquo;une relation proche entre la lutte pour le socialisme et la lutte contre l&rsquo;oppression était largement acceptée au sein des mouvements de libération des femmes en Grande-Bretagne et en Allemagne (moins aux USA) <b id="13r">[<a href="#13a">13</a>]</b>. Cette approche pratique a donnée naissance à des travaux théoriques importants analysant les racines de l&rsquo;oppression des femmes au sein du capitalisme, par des marxistes et des féministes influencées par le marxisme.</p>



<p>Marx lui-même fit usage du concept de reproduction sociale pour parler de la reproduction de la totalité du mode de production capitaliste, incluant donc la production dans la sphère publique des biens et des services, leur circulation, ainsi que la reproduction dans la sphère «&nbsp;privée&nbsp;». Certaines théoriciennes de la reproduction sociale attirent l&rsquo;attention sur les variations dans l&rsquo;usage du terme. Johanna Brenner et Barbara Laslett suggèrent une distinction utile entre reproduction «&nbsp;sociétale&nbsp;» et «&nbsp;sociale&nbsp;», préservant l&rsquo;usage fait par Marx du premier terme et définissant le second comme :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Les activités et les attitudes, les émotions, les comportements et les responsabilités directement impliqués dans la reproduction de la vie, au quotidien et de manière générationnelle. Nous parlons d&rsquo;une grande variété de travaux socialement nécessaires &#8211; mentaux, physiques et émotionnels &#8211; qui visent à assurer les moyens historiquement, socialement et biologiquement nécessaires à la maintenance et la reproduction de la population. La reproduction sociale comprend entre autres la manière dont la nourriture, les habits et le logement sont rendus disponibles pour une consommation immédiate, l’entretien et le développement social des enfants, les soins pour les personnes âgées et handicapées ainsi que la manière dont la sexualité est socialement construite <b id="14r">[<a href="#14a">14</a>]</b>. </p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;est un large éventail qui comprend différentes formes de familles, de fournitures &#8211; par l&rsquo;état ou par le privé &#8211; de logements, d’éducation, de soins de santé, et qui se rapproche de la distinction faite par Fine entre la reproduction économique et la reproduction sociale. Selon Fine : «&nbsp;La reproduction sociale comprend le monde de la famille/foyer, la société civile et l&rsquo;état dans leurs configurations variées vis-à-vis de la reproduction économique, logiquement et historiquement <b id="15r">[<a href="#15a">15</a>]»</b>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les marxistes et le travail domestique</strong></h2>



<p>Des années 1970 au début des années 1980, toute une série de féministes marxistes ont situé l&rsquo;oppression des femmes dans le rôle que ces dernières jouent dans le travail domestique et la reproduction de la force de travail. Marx distingue entre deux faces des marchandises : une marchandise qui est utile à quelqu&rsquo;un a une «&nbsp;valeur d&rsquo;usage&nbsp;», mais elle a également une «&nbsp;valeur d&rsquo;échange&nbsp;» qui lui permet d&rsquo;être échangée sur le marché. CertainEs marxistes ont affirmé que le travail domestique est productif de valeurs d&rsquo;usage, mais non-productif au sens marxiste de la «&nbsp;production de survaleur&nbsp;», ou de profits. Cela ne signifie pas qu&rsquo;un tel travail n&rsquo;est pas utile ou socialement nécessaire, mais uniquement qu&rsquo;il ne saurait être intégré dans l&rsquo;analyse faite par Marx des sources de profit, qui provient de la différence entre la valeur produite par les travailleurs et les travailleuses, et le salaire qu&rsquo;ils et elles touchent. La localisation de l&rsquo;oppression des femmes dans la reproduction de la force de travail distingue des marxistes comme Brenner, Vogel, Maria Ramas et Chris Harman d&rsquo;écrivaines comme Heidi Hartmann et Juliet Mitchell <b id="16r">[<a href="#16a">16</a>]</b>. Ces dernières sont des théoriciennes du «&nbsp;double système &nbsp;», analyse qui stipule l&rsquo;existence de deux systèmes, l&rsquo;un décrit par Marx et qui concerne l&rsquo;exploitation de la classe ouvrière et l&rsquo;autre basé sur le concept du patriarcat pour expliquer l&rsquo;oppression des femmes. Elles ont par conséquent développé une pratique politique basée sur une séparation entre la lutte pour le socialisme et la lutte pour l&rsquo;émancipation des femmes &#8211; deux systèmes, deux luttes.</p>



<p>En 1984, Brenner et Ramas écrivaient dans la&nbsp;<em>New Left Review</em> pour répondre à l&rsquo;argument central développé par Michèle Barrett dans&nbsp;<em>Women’s Oppression Today</em> –&nbsp;selon lequel les racines de l&rsquo;oppression des femmes se situent dans une compréhension de l&rsquo;idéologie en tant que force matérielle <b id="17r">[<a href="#17a">17</a>]</b>. Elles répondent à Barrett par une analyse basée sur une compréhension dynamique de l&rsquo;émergence et de la remodélisation de la famille ouvrière durant le développement historique du mode de production capitaliste.</p>



<p>Brenner et Ramas commencent leur argument en rappelant que le capitalisme a amené la séparation du lieu de travail &#8211; la production &#8211; du lieu de la reproduction &#8211; le foyer. Selon elles, la conséquence fut que les femmes se sont retrouvées incapables de combiner grossesse, accouchement et garde d&rsquo;enfants comme elles avaient pu le faire auparavant. De plus, elles sont convaincues que l&rsquo;émergence de la famille ouvrière au 19e siècle était tout sauf inévitable, et attirent notre attention sur l&rsquo;échec ou même l&rsquo;absence de lutte pour une alternative basée sur la fourniture par l&rsquo;état de garderies, de services de nettoyage, de blanchisseries, de restaurants bon marché, etc. &#8211; ce qui signifia qu&rsquo;il était hautement probable que les exigences de la reproduction biologique allaient engendrer une famille basée sur la division du travail. L&rsquo;homme jouerait le rôle de «&nbsp;gagne-pain&nbsp;» alors que la femme s&rsquo;acquitterait du travail de reproduction au foyer <b id="18r">[<a href="#18a">18</a>]</b>.</p>



<p>De la même manière, des contributeurs et contributrices à la revue&nbsp;<em>International Socialism</em> ont fait référence à «&nbsp;la privatisation de la reproduction de la force de travail&nbsp;», une théorie de la famille comme site d&rsquo;oppression des femmes sous le capitalisme, où «&nbsp;la famille existe afin de reproduire la force de travail pour la classe capitaliste, qui a par conséquent un intérêt particulier dans la famille alors même que la reproduction de la force de travail y a été privatisée&nbsp;» <b id="19r">[<a href="#19a">19</a>]</b>.</p>



<p>Parlant du 20e siècle, Brenner et Ramas continuent :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Notre argument est que le développement rapide des forces productives sous le capitalisme a jeté les bases permettant aux femmes de transcender les contraintes de la reproduction biologique, mais qu&rsquo;en même temps, les rapports de production capitalistes continuent de limiter le développement de l&rsquo;égalité. Ceci n&rsquo;est pas dû au fait que les divisions de genre soient «&nbsp;encastrées&nbsp;» au capitalisme, comme le dit Barrett. Il existe au contraire dans le capitalisme une tendance réelle qui menace et sape les divisions de genre en restructurant constamment la main-d&rsquo;œuvre. Cependant, la tendance du capitalisme à la crise périodique, et donc sa tendance à faire baisser périodiquement le niveau de vie de la classe ouvrière, empêche une rupture avec le système famille-foyer et renforce la subordination des femmes <b id="20r">[<a href="#20a">20</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Vogel prend l&rsquo;analyse de Marx dans&nbsp;<em>Le Capital</em> comme point de départ et situe l&rsquo;oppression des femmes dans le travail non producteur de valeur d&rsquo;échange qui sert à reproduire la main-d’œuvre actuelle et future, ainsi qu&rsquo;à prendre soin de la main-d’œuvre retraitée. De plus, elle affirme que «&nbsp;la reproduction de la force de travail est une condition de la production, car elle&nbsp;<em>re</em>postule ou&nbsp;<em>rem</em>place la force de travail nécessaire à la production&nbsp;» <b id="21r">[<a href="#21a">21</a>]</b>. Cependant, il est clair que sans la&nbsp;<em>production</em> de nourriture, de vêtements et de logements, la&nbsp;<em>reproduction&nbsp;</em>de la classe ouvrière est impossible<em>.&nbsp;</em>Vogel rejoint Brenner, Ramas et Irene Bruegel <b id="22r">[<a href="#22a">22</a>]</b> lorsqu&rsquo;elle affirme que bien que la famille ouvrière soit le lieu le plus commun de la reproduction de force de travail, il existe d&rsquo;autres possibilités comme l&rsquo;immigration, les dortoirs collectifs, etc <b id="23r">[<a href="#23a">23</a>]</b>.</p>



<p>TouTEs les marxistes citéEs ci-dessus (et bien d&rsquo;autres non citéEs) tombent d&rsquo;accord sur le fait que le travail domestique est nécessaire du point de vue du capital, que la reproduction de la classe ouvrière dans le foyer est basée sur du «&nbsp;travail non-productif de valeur&nbsp;», et que cette reproduction a lieu à l&rsquo;extérieur du rapport direct travail-capital. Il y a deux autres problématiques importantes, à savoir le fait que la famille soit constamment sujette à l&rsquo;impact du besoin d&rsquo;accumulation, et, évidemment, à la réaction des femmes et des hommes eux-mêmes. Martha Gimenez (même si sa formulation du «&nbsp;mode de production&nbsp;» prête à confusion) explique&nbsp;: «&nbsp;Le principe fondamental qui sous-tend cette analyse est que, dans les formations sociales où le capitalisme est le mode de production dominant, le fonctionnement du mode de production détermine l&rsquo;organisation sociale (en établissant des limites historiques à sa variabilité) et les fondations économiques de la reproduction humaine ou du mode de reproduction <b id="24r">[<a href="#24a">24</a>]</b>. La pauvreté, l&#8217;emploi, le logement, les salaires et, plus généralement, la domination de la vie des gens par les cycles économiques, déterminent la forme que prend l&rsquo;oppression des femmes <b id="25r">[<a href="#25a">25</a>]</b>. Gimenez insiste sur le fait que cette compréhension du rapport entre mode de production et reproduction</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">n&rsquo;est pas une forme «&nbsp;d&rsquo;économisme&nbsp;» ou de «&nbsp;réductionnisme de classe&nbsp;», mais la reconnaissance d&rsquo;un réseau complexe d&rsquo;effets macroscopiques sur les relations hommes-femmes, d&rsquo;un mode de production entraîné par l&rsquo;accumulation capitaliste et non par la satisfaction des besoins humains. Soutenir le contraire, postuler une «&nbsp;interaction mutuelle&nbsp;» entre l&rsquo;organisation de la production et l&rsquo;organisation de la reproduction, ou donner la primauté causale à cette dernière revient à ignorer la signification théorique des preuves écrasantes de la subordination de la reproduction à la production sous le capitalisme <b id="26r">[<a href="#26a">26</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Brenner, Ramas et Harman donnent des exemples similaires des implications historiques (de la subordination de la reproduction à la production) pour la reproduction de la classe ouvrière. Selon Harman : «&nbsp;au milieu du 19e siècle, la reproduction de la main-d’œuvre n&rsquo;était possible que si la femme ouvrière avait en moyenne huit à dix grossesses au cours de sa vie (à Londres près de 60% des enfants mouraient avant l&rsquo;âge de cinq ans en 1850), et donc passait le plus clair de son existence après le mariage ou bien enceinte ou alors allaitant des nourrissons&nbsp;» <b id="27r">[<a href="#27a">27</a>]</b>. Dans une veine similaire, Brenner et Ramas écrivent :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Si le travail à l&rsquo;usine avait des conséquences néfastes pour les femmes, elles semblent avoir pris des proportions désastreuses pour les enfants car les femmes qui travaillaient ne pouvaient allaiter. Le biberon n&rsquo;était pas un substitut acceptable au 19e siècle&nbsp;: les techniques de stérilisation étaient inconnues et le biberon augmentait sensiblement la mortalité infantile. La seule autre alternative, faire appel à une nourrice, était également inacceptable pour la classe ouvrière car les enfants devaient être envoyés sur de longues distances pour vivre avec de pauvres femmes qui prenaient beaucoup trop de bébés et étaient incapables de les nourrir tous convenablement. Là aussi, les taux de mortalité infantile étaient élevés <b id="28r">[<a href="#28a">28</a>]</b>. </p>
</blockquote>



<p>A partir des années 1930, alors que les femmes étaient de plus en plus amenées à travailler à l&rsquo;usine, au cours de et après la seconde guerre mondiale, on observe une tendance à long terme, certes ponctuée par des hauts et des bas, à la participation accrue des femmes à la main-d’œuvre <b id="29r">[<a href="#29a">29</a>]</b>. Après la guerre, la réduction de la mortalité infantile rendue possible par une meilleure alimentation et de meilleures conditions d&rsquo;hygiène, ainsi que l&rsquo;accès légal à l&rsquo;avortement et aux nouvelles techniques de contraception plus fiables, permirent aux femmes de réguler plus facilement le nombre et le rythme des naissances. Les évolutions technologiques ont permis aux foyers de s&rsquo;équiper en machines qui allégeaient le fardeau du travail domestique. De nouveaux matériaux ont facilité le nettoyage des maisons et le chauffage central a éliminé les poussières des feux de charbon. Brenner et Ramas expliquent :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Dans sa quête de nouveaux marchés, le capitalisme a marchandisé la reproduction et a étendu la gamme de biens et de services disponibles et nécessaires pour un niveau de vie acceptable <b id="30r">[<a href="#30a">30</a>]</b>. En baissant le prix des marchandises utilisées dans la production domestique et en baissant les taux de fertilité, le développement capitaliste a réduit le temps de travail domestique nécessaire à la reproduction, permettant le double travail des femmes <b id="31r">[<a href="#31a">31</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Harman conclut avec justesse : «&nbsp;Du point de vue de l&rsquo;accumulation capitaliste, la vieille famille stéréotypée peut être une source de gaspillage&#8230; Le fait que [la femme] travaille toute la journée n&rsquo;offre aucune consolation au système ; son travail est un travail qui pourrait être accompli plus efficacement, tout en la libérant pour l&rsquo;esclavage salarial&nbsp;» <b id="32r">[<a href="#32a">32</a>]</b>. Vogel situe le même processus dans le potentiel de création de davantage de survaleur (profits) :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Dans la mesure où le travail domestique, dans la société capitaliste, a lieu dans les foyers privés, la pression de l&rsquo;accumulation capitaliste tend à réduire la quantité de travail effectuée au sein de chaque foyer. En d&rsquo;autre termes, la composante domestique du travail nécessaire est sensiblement réduite. En même temps, un plus grand nombre de membres du foyer peut se joindre à la main-d’œuvre, augmentant la quantité totale de travail salarié accomplie par le foyer, un phénomène similaire à l&rsquo;intensification du travail d&rsquo;un seul travailleur. En un mot, la réduction du travail domestique crée de la survaleur relative et absolue <b id="33r">[<a href="#33a">33</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Une bonne partie du travail de reproduction de la classe ouvrière a lieu en-dehors du foyer familial. Une bonne proportion de ces tâches, de quelque manière qu&rsquo;elles soient financées, dépend d&rsquo;autre travailleurs et travailleuses dans les écoles, les universités, les hôpitaux, les bureaux, les maisons de retraite, etc <b id="34r">[<a href="#34a">34</a>]</b>. Ces prestations sociales résultent d&rsquo;une combinaison entre les besoins du capital, par exemple une force de travail mieux éduquée, de l&rsquo;impact de l&rsquo;entrée des femmes sur le marché du travail, et enfin des lutte sociales pour l&rsquo;accès à la santé, l&rsquo;éducation, la sécurité sociale, etc. Kim Moody, dans son livre&nbsp;<em>On New Terrain</em>,&nbsp;indique qu’après 1950 : «&nbsp;Non seulement un plus grand nombre de femmes est entré sur le marché du travail salarié, mais le nombre d&rsquo;heures qu&rsquo;elles travaillent a aussi sensiblement augmenté (&#8230;) La pénurie relative de travail féminin de reproduction non-payé a ouvert la porte à la marchandisation du travail de reproduction à l&rsquo;extérieur de la famille, sur le marché <b id="35r">[<a href="#35a">35</a>]</b>. » Toute analyse de la reproduction sociale doit être intégrée dans une analyse de l&rsquo;accumulation capitaliste et de la nature de l&rsquo;état capitaliste. Une telle analyse doit inclure la manière dont l&rsquo;état intervient dans le processus de reproduction de la classe ouvrière, à travers la législation autour de la famille, comme le mariage, les mœurs sexuelles etc. et la fourniture d&rsquo;aspects de la reproduction sociale. Ces derniers sont assujettis à l&rsquo;impact des crises du capitalisme ainsi qu’à la pression de la lutte des classes et des mouvements sociaux.</p>



<p>Vogel affirme que : «&nbsp;Dans les sociétés de classes, la maternité des femmes crée des contradictions du point de vue du besoin de la classe dominante de s&rsquo;approprier le surtravail. L&rsquo;oppression des femmes dans les classes exploitées se développe au cours du processus de la lutte des classes pour la résolution de ces contradictions.&nbsp;» <b id="36r">[<a href="#36a">36</a>]</b>. Selon elle, cette explication est valable dans toutes les sociétés de classes en ce qui concerne «&nbsp;la classe des producteurs directs&nbsp;» <b id="37r">[<a href="#37a">37</a>]</b>. L&rsquo;argument de Vogel&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">pivote autour de la relation entre la maternité et l&rsquo;appropriation de surtravail dans une société de classes. Le fait d&rsquo;avoir un enfant risque de diminuer la contribution d&rsquo;une femme des classes subalternes en tant que productrice directe et partie prenante du travail nécessaire. La grossesse et l&rsquo;allaitement signifient a minima une période de plusieurs mois durant laquelle la capacité de travail des femmes est réduite. Même lorsqu&rsquo;une femme continue à participer au processus de production de survaleur, la maternité interfère jusqu’à un certain point nécessairement avec l&rsquo;appropriation immédiate de survaleur [par l&rsquo;exploitant] <b id="38r">[<a href="#38a">38</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>La pierre angulaire de l&rsquo;analyse de Vogel est que les différences biologiques dans la reproduction sexuelle provoquent nécessairement un retrait des femmes de l&rsquo;activité économique, les rendant dépendantes des hommes. A première vue, cela peut sembler trivial. L&rsquo;expérience de la grossesse, de l&rsquo;accouchement et de l&rsquo;allaitement est incompatible avec la participation au travail dans la société capitaliste actuelle, en partie à cause de la séparation entre lieu de travail et foyer, et en partie à cause de la nature de la grossesse et de l&rsquo;accouchement aujourd&rsquo;hui. Mais il est bien établi que cela n&rsquo;a pas toujours été le cas ; les premières sociétés capitalistes voyaient parfois les femmes accoucher au travail et emmener leurs nourrissons au travail. La question est la suivante&nbsp;: l&rsquo;analyse faite par Vogel de la grossesse et de l&rsquo;accouchement est-elle valable pour toutes les sociétés de classes, ou uniquement pour le capitalisme&nbsp;?</p>



<p>Ferguson est consciente que sa propre insistance sur la centralité de la biologie peut sembler problématique pour des générations de femmes qui se sont battues contre l&rsquo;idée selon laquelle «&nbsp;la biologie est une destinée&nbsp;», et attire l&rsquo;attention sur les aspects sociaux de la nature humaine <b id="39r">[<a href="#39a">39</a>]</b>. Ironiquement, Vogel discute la tendance de Marx et Engels à «&nbsp;naturaliser&nbsp;» certains aspects des comportements sociaux, affirmant qu&rsquo;un «&nbsp;certain spectre du “naturel” hante leurs travaux&nbsp;» <b id="40r">[<a href="#40a">40</a>]</b>. Mais elle n&rsquo;applique pas cette observation à ses propres réflexions sur la maternité. Comme nous le verrons, le fait qu&rsquo;elle compte sur la biologie vient du fait qu&rsquo;elle écarte la contribution d&rsquo;Engels à la compréhension de la famille dans la société de classes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Si ce n&rsquo;est par Engels&#8230; alors comment?</strong></h2>



<p>Vogel présente une série d&rsquo;arguments contre l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Engels,&nbsp;<em>L&rsquo;origine de la famille, de la propriété privée et de l&rsquo;état</em> <b id="41r">[<a href="#41a">41</a>]</b>,&nbsp;notamment en affirmant que l&rsquo;utilisation par Engels de deux modes &#8211; le mode de production et le mode de reproduction &#8211; est «&nbsp;défectueuse&nbsp;» et que son concept de division de travail entre femmes et hommes est «&nbsp;biologique&nbsp;». Malheureusement, le fait qu&rsquo;elle écarte Engels d&rsquo;un revers de la main la rend incapable d&rsquo;avoir une position claire sur la présence ou l&rsquo;absence de l&rsquo;oppression des femmes dans les sociétés précédant les sociétés de classes <b id="42r">[<a href="#42a">42</a>]</b>. Elle ne peut non plus donner une explication de l&rsquo;origine de l&rsquo;oppression des femmes. Pour Engels, la clé de la compréhension de l&rsquo;oppression des femmes est la manière dont les changements des méthodes de production ont non seulement permis la génération d&rsquo;un surplus et une différentiation en classes, mais aussi le fait que ce surplus était produit par les hommes, ce qui en amena certains à dominer le reste de la société <b id="43r">[<a href="#43a">43</a>]</b>.</p>



<p>Vogel fait appel à l&rsquo;économiste radical Paddy Quick pour une explication alternative de l&rsquo;existence de l&rsquo;oppression <b id="44r">[<a href="#44a">44</a>]</b>. En écartant Engels, Vogel révèle qu&rsquo;elle se soucie peu du rôle joué par les forces de production dans la caractérisation des différents modes de production <b id="45r">[<a href="#45a">45</a>]</b> et ne comprend pas pourquoi Engels a lié l&rsquo;émergence de la famille à celle de la propriété et de l&rsquo;état&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Premièrement, le sujet couvert dans l&rsquo;<em>Origine</em>&#8230;, comme l&rsquo;indique le titre, est le développement non seulement de la famille mais aussi de la propriété privée et de l&rsquo;état. Cette observation est importante car elle indique que les objectifs du livre, dans son traitement de la subordination des femmes, sont limités.&nbsp;<em>Plutôt que d&rsquo;offrir une analyse approfondie des femmes, de la famille et de la reproduction de la classe ouvrière</em>, l&rsquo;<em>Origine</em> cherche simplement à situer certains aspects de la question dans un contexte historique et théorique <b id="46r">[<a href="#46a">46</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Ces quelques phrases résument la différence cruciale de méthode entre Vogel (et Quick) et d&rsquo;autres marxistes. Ce qui ressort clairement de l&rsquo;<em>Origine</em> d&rsquo;Engels est sa préoccupation pour la manière dont les êtres humains ont pu gagner leur vie, les outils et les méthodes qu&rsquo;ils et elles ont utilisés, les rapports sociaux qui en ont émergé, et enfin, lorsque les êtres humains ont changé leur méthodes et techniques, quel impact cela a pu avoir sur leurs rapports. Il semblerait que Vogel et Quick prennent&nbsp;<em>Le Capital</em> et l&rsquo;oppression des femmes sous le capitalisme moderne comme points de départ, pour en tirer des catégories abstraites qui caractérisent l&rsquo;oppression des femmes, comme le travail des femmes durant la maternité et la dépendance des femmes envers les hommes, avant de projeter le tout vers le passé <b id="47r">[<a href="#47a">47</a>]</b>. Le danger est que cette méthode encourage une approche imprécise et non-historique <b id="48r">[<a href="#48a">48</a>]</b> l&rsquo;oppression des femmes qui parcourt différentes sociétés de classes et prive les marxistes des outils dont elles et ils ont besoin pour comprendre comment le statut des femmes change avec le mode de production, les rapports de production, les formes familiales et le rôle de l&rsquo;état.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment nous nous faisons</strong></h2>



<p>Dans son texte pionnier, «&nbsp;Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme<em>&nbsp;»</em>, Engels étudie la manière dont les êtres humains assurent leur subsistance et le développement de leurs capacités physiques, mentales et sociales tout au long de leur évolution <b id="49r">[<a href="#49a">49</a>]</b>. Marx insistait sur le fait que la nature était sociale, que nous nous produisons nous-mêmes et que nous nous changeons à travers la société <b id="50r">[<a href="#50a">50</a>]</b>. Dans le premier volume du&nbsp;<em>Capital</em>, il écrit&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature (…) <b id="51r">[<a href="#51a">51</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Ce que nous sommes aujourd&rsquo;hui est le résultat de dizaines de milliers d&rsquo;années d&rsquo;évolution durant lesquelles nous avons constamment façonné notre nature physique, émotionnelle et mentale, au cours du processus de façonnement de la nature extérieure. Vogel le dit implicitement : «&nbsp;les différences sexuelles ne sauraient être considérées séparément de leur existence dans un système social défini <b id="52r">[<a href="#52a">52</a>]</b> », mais ne semble pas percevoir ce que cela signifie pour l&rsquo;explication de l&rsquo;oppression des femmes dans les sociétés de classes.</p>



<p>Il est impossible de savoir exactement quelles expériences avaient nos ancêtres durant la préhistoire. Nous savons néanmoins qu&rsquo;hommes et femmes ont vécu dans des sociétés égalitaires où la production et la reproduction étaient liées, et où la grossesse et l&rsquo;accouchement étaient différents. George J Engelmann, professeur de gynécologie à l&rsquo;école de médecine de St-Louis est l&rsquo;auteur d&rsquo;une étude fascinante, publiée en 1883, sur les différentes pratiques liées à l&rsquo;accouchement dans diverses sociétés tribales et de chasseurs-cueilleurs. Il en conclut que ces pratiques reflétaient un mode de vie qui favorisait un développement physique sain, avec des accouchements courts et relativement rapides qui avaient peu d&rsquo;impact sur la mobilité et la santé physique de la mère <b id="53r">[<a href="#53a">53</a>]</b>.En 1965, Colin Turnbull rapportait des expériences similaires de grossesses, accouchements et allaitements chez les femmes Mbuti, une société de chasseurs-cueilleurs dans la région du Congo <b id="54r">[<a href="#54a">54</a>]</b>. Aucune de ces épreuves n&rsquo;était vécue comme un obstacle physique au rôle joué par les femmes dans leur groupe social, et elles ne provoquèrent aucune dépendance envers les hommes pour l&rsquo;accès aux provisions et ressources <b id="55r">[<a href="#55a">55</a>]</b>.</p>



<p>La capacité distinctive des femmes à la reproduction biologique de l&rsquo;espèce est façonnée historiquement et n&rsquo;est pas intrinsèquement oppressive. La manière dont elle se lie à l&rsquo;oppression des femmes est une question historique et analytique qui ne peut être simplement écartée, si ce n&rsquo;est pour la raison qu&rsquo;un bon nombre d’explications de l’oppression des femmes implique un déterminisme biologique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La biologie des femmes, l’exploitation et l’oppression</strong></h2>



<p>Vogel formule des présuppositions sur la nature de l’accouchement et l’éducation des enfants à travers les sociétés de classes. Mais son analyse peut-elle expliquer les variations dans les formes prises par l’oppression des femmes dans les différentes sociétés de classes&nbsp;? Son argument substantiel est que le rôle reproductif des femmes les rend incapables de pleinement prendre part à la production, et que : « c’est la fourniture par les hommes des moyens de subsistance des femmes durant la grossesse de ces dernières, et non la division du travail en soi, qui forme la base matérielle de la subordination des femmes dans la société de classe. » <b id="56r">[<a href="#56a">56</a>]</b></p>



<p>L’esclavage sur les plantations nord-américaines ne s’accorde pas avec cette analyse. Angela Davis écrit dans&nbsp;<em>Femmes, race et classe</em> : « Le système esclavagiste définissait les Noirs comme une marchandise humaine. Puisque les femmes étaient considérées comme des unités de travail productrices de profit au même titre que les hommes, leurs propriétaires ne faisaient aucune différence entre les sexes <b id="57r">[<a href="#57a">57</a>]</b>. En plus de travailler sur les plantations, les femmes travaillaient en tant que bûcherons, creusaient des fosses et des canaux, posaient des rails, construisaient des digues en Louisiane et étaient utilisées dans les transports, car les femmes esclaves «&nbsp;coûtaient moins cher en capital et en entretien que les hommes dans la force de l’âge <b id="58r">[<a href="#58a">58</a>]</b>. »</p>



<p>Davis continue : « Quand il s’agissait de travail, le fouet savait mieux mesurer la force et la productivité que la différence des sexes. En ce sens, l’oppression des femmes était identique à celles des hommes&nbsp;». Cependant, les femmes étaient sujettes à des abus sexuels, «&nbsp;le viol exprimait clairement la domination économique du propriétaire d’esclaves et l’autorité du surveillant sur les travailleuses noires&nbsp;» <b id="59r">[<a href="#59a">59</a>]</b>.</p>



<p>Sur les échelles de productivité utilisées pour calculer le revenu moyen par esclave, les hommes et les femmes étaient traités de manière équivalente alors que les enfants valaient un quart <b id="60r">[<a href="#60a">60</a>]</b>. Il n’existait aucune exemption de travail des champs pour les femmes enceintes ou les femmes qui allaitaient. Face au fouet, les femmes enceintes étaient les égales des femmes non-enceintes et même des hommes <b id="61r">[<a href="#61a">61</a>]</b>. Les femmes qui avaient des bébés faisaient de leur mieux, portaient leurs enfants sur le dos, les déposaient au bout des rangées dans les champs ou alors les laissaient avec d’autres enfants sous la garde d’esclaves plus âgéEs.</p>



<p>Sur ce système, Davis arrive à la conclusion suivante :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Les mauvais traitements réservés aux femmes facilitaient ainsi l’exploitation de leur travail qui obligeait les propriétaires à abandonner leurs préjugés sexistes, sauf en matière de répression. (…) Par ailleurs, puisque les travailleuses noires n’étaient considérées ni comme des représentantes du «&nbsp;sexe faible&nbsp;» ni comme des «&nbsp;maîtresses de maison&nbsp;», les hommes noirs ne pouvaient revendiquer le titre de «&nbsp;chef de famille&nbsp;» ni même subvenir à leurs besoins matériels. En fin de compte, hommes, femmes et enfants «&nbsp;entretenaient&nbsp;» la classe esclavagiste <b id="62r">[<a href="#62a">62</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Les femmes esclaves étaient à la fois exploitées et opprimées. Mais cette oppression ne peut être expliquée par le cadre analytique de Vogel. Une meilleure approche consisterait à regarder la manière dont l’oppression des femmes était intégrée au système familial dans le reste de la société esclavagiste <b id="63r">[<a href="#63a">63</a>]</b>. L’existence de cette oppression a façonné la manière dont les esclavagistes et leurs contremaîtres ont traité les femmes esclaves <b id="64r">[<a href="#64a">64</a>]</b>.</p>



<p>Les femmes dans la société médiévale subissaient sans aucun doute une oppression, mais la manière dont elles étaient opprimées ne saurait être analysée en supposant que la maternité causait une dépendance envers les hommes et une interruption prolongée de l&rsquo;activité économique des femmes de la classe exploitée <b id="65r">[<a href="#65a">65</a>]</b>. Elle requiert une analyse bien plus nuancée du mode de production, du rôle économique des femmes dans la société ainsi que des coutumes répandues, des lois, etc.</p>



<p>Dans certaines parties du nord-ouest de l&rsquo;Europe existait un modèle spécifique de mariage et de famille, qui se distinguait par un mariage à un âge avancé (24 ans pour les femmes, 26 ans pour les hommes) et le rôle économique des femmes. Plutôt que voir les femmes quitter le foyer de leur père à la puberté pour être transférées, par le mariage, dans le foyer de leur époux, on pouvait observer des femmes et des hommes célibataires travaillant au sein de leur foyer parental, ou en service dans un autre foyer. Après le mariage, la femme mariée travaillait dans le cadre d&rsquo;un partenariat économique avec son mari, l&rsquo;assistant habituellement dans l&rsquo;exercice de son métier.</p>



<p>Judith Bennett le démontre dans son étude sur la production de bière (1996), un métier surtout occupé par les femmes rurales dans le cadre de l&rsquo;économie domestique médiévale <b id="66r">[<a href="#66a">66</a>]</b>. Les brasseuses étaient habituellement mariées mais cette activité servait aussi de source de revenus aux femmes célibataires et aux veuves avant la Peste noire. «&nbsp;Vers la fin du 13e siècle et au début du 14e, le commerce de bière constituait une source de revenus cruciale pour les foyers de brasseurs occasionnels comme quasi-industriels <b id="67r">[<a href="#67a">67</a>]</b>. » Bennet écrit&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Pour de nombreuses épouses, brasser pour vendre était l&rsquo;un des nombreux éléments d&rsquo;une «&nbsp;économie de fortune&nbsp;». Dans les foyers médiévaux, les tâches de base étaient habituellement allouées aux hommes et les tâches supplémentaires aux femmes. Une femme mariée avait une myriade de responsabilités : elle assistait son mari lorsque son travail le demandait (dans les champs, à l&rsquo;atelier, etc.)&nbsp;; elle était responsable du travail reproductif (la reproduction biologique et sociale)&nbsp;; enfin, elle poursuivait un bon nombre de petites activités qui généraient un revenu supplémentaire pour la famille <b id="68r">[<a href="#68a">68</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Bennett mentionne plusieurs facteurs déterminants qui ont mené les femmes à s&rsquo;impliquer dans la production de bière. Si le mari était forgeron ou marchand, il n&rsquo;avait en général pas besoin de l&rsquo;assistance de son épouse, contrairement à ceux dont les métiers se rapportaient au textile, aux cuirs ou à la production de nourriture. Selon Bennett&nbsp;: «&nbsp;La grossesse, l&rsquo;allaitement et l&rsquo;éducation des enfants ne semblent pas avoir eu d&rsquo;influence, contrairement à la nature du métier du mari qui semblait avoir une influence prépondérante&#8230; En d&rsquo;autres termes, les femmes pouvaient brasser non pas lorsqu&rsquo;elles étaient libérées de leur tâches maternelles mais lorsque les autres exigences économiques de son foyer lui laissaient le temps de poursuivre cette activité&nbsp;» <b id="69r">[<a href="#69a">69</a>]</b>.</p>



<p>Vers la fin de son livre, Vogel déplace son attention de l&rsquo;oppression des femmes dans la classe ouvrière pour aborder la question de «&nbsp;l&rsquo;égalité des personnes&nbsp;» dans la sphère de la circulation <b id="70r">[<a href="#70a">70</a>]</b> : la société bourgeoise promeut une idéologie d&rsquo;égalité formelle dans la société qui masque les rapports inégaux entre le capital et le travail. Des sections de la société &#8211; les minorités raciales, nationales et les femmes, pour ne citer que celles-ci &#8211; ont dû progressivement lutter pour une égalité même formelle de statut, et Vogel indique à juste titre que de telles luttes peuvent avoir une «&nbsp;importance révolutionnaire sérieuse&nbsp;» <b id="71r">[<a href="#71a">71</a>]</b>. Suivant Marx, elle dit aussi que dans une société future, l&rsquo;égalité réelle devra reconnaître les différences entre les personnes et donc que, là où la classe ouvrière prendra ses décisions démocratiquement, il faudra utiliser des ressources afin d&rsquo;égaliser la position «&nbsp;inégale&nbsp;» des femmes qui ont des enfants, afin de faire disparaître l&rsquo;inégalité <b id="72r">[<a href="#72a">72</a>]</b>.</p>



<p>Malheureusement, Vogel ne met pas en valeur le potentiel des femmes en tant que membres de la classe ouvrière et donc en tant que sujet révolutionnaire <b id="73r">[<a href="#73a">73</a>]</b> ; elle se concentre plutôt sur l&rsquo;absence d&rsquo;égalité des droits pour les femmes, et le potentiel de mouvements trans-classes dans la lutte pour l&rsquo;égalité des femmes <b id="74r">[<a href="#74a">74</a>]</b>. Elle conclut ainsi&nbsp;: «&nbsp;l&rsquo;argument selon lequel l&rsquo;oppression des femmes s’enracine dans leur double position vis-à-vis du travail domestique et de l&rsquo;égalité des droits offre un cadre pour comprendre à la fois la position des femmes dans le travail salarié et pour analyser comment un mouvement large de libération des femmes pourrait représenter une composante essentielle dans la lutte pour le socialisme&nbsp;» <b id="75r">[<a href="#75a">75</a>]</b>.</p>



<p>Ecrivant en 1983, Vogel ne pouvait sans doute pas prévoir à quel point le capitalisme en Amérique du nord et dans certaines parties d&rsquo;Europe serait capable de concéder la pleine égalité bourgeoise aux femmes, et de démanteler la législation répressive envers les LGBT+ tout en augmentant les inégalités de classe. Cela a inexorablement élargi le fossé entre femmes de différentes classes plutôt que le combler et a intensifié l&rsquo;oppression sociale des femmes de la classe ouvrière, de telle manière, par exemple, qu’une prise en charge des enfants aisément accessible aux femmes de la classe moyenne est devenue une bataille encore plus difficile pour les femmes de la classe ouvrière <b id="76r">[<a href="#76a">76</a>]</b>. La formulation de Vogel qui appelle à construire «&nbsp;des organisations de femmes progressistes qui traversent les divisions de classe » <b id="77r">[<a href="#77a">77</a>]</b> en ne mettant aucun accent sur la nécessaire indépendance des femmes de la classe ouvrière, pourrait mener à une subordination des besoins des femmes de la classe ouvrière aux femmes des classes moyennes et à la domination d&rsquo;une perspective cherchant à gagner des droits bourgeois sans s’attaquer aux inégalités de classe. Cela contraste fortement avec une approche&nbsp;combattant pour des droits démocratiques complets tout en insistant sur le rôle indépendant des travailleurEs, à cause du poids social que les travailleurEs apportent à la lutte mais aussi à cause des différences d&rsquo;intérêts de classe qui existent parmi les oppriméEs. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>De Vogel à Lebowitz</strong></h2>



<p>Tithi Bhattacharya est devenue l&rsquo;une des partisanes les plus en vue de la théorie de la reproduction sociale. Elle a étendu l&rsquo;approche de Vogel de l&rsquo;oppression des femmes au racisme avec une analyse qui doit beaucoup au livre de Michael Lebowitz&nbsp;<em>Beyond Capital</em> <b id="78r">[<a href="#78a">78</a>]</b>.</p>



<p>Lebowitz cherche à défendre Marx contre ceux qui le considèrent comme dépassé ou qui réduisent sa philosophie au type de marxisme mécanique associé à Karl Kautsky et la Seconde Internationale. Il prétend qu’il y a un problème dans&nbsp;<em>Le Capital</em> lui-même qui peut conduire à une interprétation mécanique, ce qui expliquerait en partie le fait que la classe ouvrière n&rsquo;ait pas encore creusé la tombe du capitalisme <b id="79r">[<a href="#79a">79</a>]</b>. Lebowitz essaie d&rsquo;y remédier en insérant l&rsquo;élément subjectif qui, selon lui, est absent du&nbsp;<em>Capital</em>&#8211; une analyse des salaires ou du «&nbsp;circuit de production&nbsp;» observé du point de vue du travailleur et de la travailleuse. Il affirme que le postulat classique du matérialisme historique présent dans la «&nbsp;Préface&nbsp;» à une&nbsp;<em>Contribution à la critique de l&rsquo;économie politique</em> mènerait, ou au moins ouvrirait la porte à une approche conservatrice et devrait par conséquent être réécrit <b id="80r">[<a href="#80a">80</a>]</b>. Marx a écrit :&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants (…). De formes de développement des forces productives qu&rsquo;ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s&rsquo;ouvre une époque de révolution sociale. (…). Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu&rsquo;elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s&rsquo;y substituent avant que les conditions d&rsquo;existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société <b id="81r">[<a href="#81a">81</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>La version de Lebowitz est la suivante:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Considérons une thèse alternative &#8211; que ce sont les besoins d&rsquo;êtres humains développés socialement (c&rsquo;est-à-dire de gens qui se sont développés dans des sociétés particulières) qui jouent un rôle central pour déterminer le cours du changement historique. Des êtres humains définis développent leurs forces productives et changent leurs rapports de production, et le font afin de subvenir à leurs besoins. Dans cette formulation alternative de la théorie de l&rsquo;histoire de Marx (<em>la primauté des besoins</em>), le changement social a lieu lorsque la structure sociale existante ne satisfait plus les besoins des gens formés au sein de cette société&nbsp;; ceci a lieu lorsque les rapports de productions empêchent le développement des forces productives&nbsp;<em>dans un sens qui se conforme aux besoins particuliers d&rsquo;êtres humains bien définis</em>. Au sein de la société capitaliste, par conséquent, l&rsquo;impératif qui emmène au-delà du capitalisme est «&nbsp;le propre besoin de développement du travailleur ou de la travailleuse&nbsp;» <b id="82r">[<a href="#82a">82</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Marx pensait que «&nbsp;l&rsquo;émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même&nbsp;» <b id="83r">[<a href="#83a">83</a>]</b>, mais en introduisant «&nbsp;l’impératif&nbsp;» aux côtés du «&nbsp;propre besoin de développement du travailleur ou de la travailleuse&nbsp;», Lebowitz crée une tendance «&nbsp;morale&nbsp;» et volontariste qui était absente de la version de Marx. Marx écrit dans le&nbsp;<em>Dix-huit brumaire</em> : «&nbsp;Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé » <b id="84r">[<a href="#84a">84</a>]</b>. Tout en évitant une approche type «&nbsp;loi d’airain de l&rsquo;histoire&nbsp;», il est important de ne pas basculer dans l&rsquo;autre direction. L&rsquo;existence d&rsquo;un antagonisme d’intérêts fondamental entre le capital et le travail dans le mode de production capitaliste (l&rsquo;affirmation de Marx) peut former la base de la lutte des classes, mais cela ne signifie aucunement qu&rsquo;une lutte de classe ouverte en découle inévitablement pas plus que cela ne détermine l&rsquo;issue d&rsquo;une telle lutte <b id="85r">[<a href="#85a">85</a>]</b>.</p>



<p>Lebowitz développe sa critique au travers d’une discussion sur les besoins des travailleurEs pour leur propre reproduction, qui forment la base du salaire qu&rsquo;ils et elles reçoivent. Il indique, suivant Marx, que les besoins sont générés socialement et qu&rsquo;ils dépendent de la société dans laquelle les gens vivent, ce qui signifie que le salaire contient ce que Marx appelle un «&nbsp;élément historique et moral&nbsp;». Ces besoins ne sont donc pas simplement physiques mais peuvent inclure des besoins imaginés, et incluent le développement de la personnalité humaine <b id="86r">[<a href="#86a">86</a>]</b>. De plus, il est dans la nature du mode de production capitaliste de générer constamment des besoins nouveaux, avec le développement de nouveaux produits qui requièrent la création de nouveaux marchés. La tendance des capitalistes à augmenter leur consommation de produits de luxe aide à stimuler les aspirations des travailleurs et travailleuses, générant ainsi de nouveaux besoins.</p>



<p>Lebowitz identifie trois niveaux de besoins. Le premier, les «&nbsp;besoins physiologiques&nbsp;», est le minimum nécessaire pour reproduire unE travailleurE. Le second, les «&nbsp;besoins nécessaires&nbsp;», est «&nbsp;le niveau de besoins qui est rendu nécessaire par l&rsquo;habitude et les coutumes. Il inclut les valeurs d&rsquo;usage qui sont “habituellement requises” et qui entrent normalement dans la consommation des membres de la classe ouvrière. C&rsquo;est le niveau de besoins qui souligne le concept de la valeur de la force de travail dans&nbsp;<em>Le Capital</em> <b id="87r">[<a href="#87a">87</a>]</b>. Le troisième niveau de besoin est nommé «&nbsp;besoins sociaux&nbsp;»&nbsp;: «&nbsp;C&rsquo;est le niveau des besoins de membres de la classe ouvrière en tant qu&rsquo;êtres humains socialement développés à un certain moment&nbsp;; il constitue la limite haute des besoins de valeurs d&rsquo;usage sous la forme de marchandises <b id="88r">[<a href="#88a">88</a>]</b>. Lebowitz conclut ensuite&nbsp;: «&nbsp;L&rsquo;existence de besoins non satisfaits sous-tend le besoin de la travailleurE de plus d&rsquo;argent, son besoin d&rsquo;un salaire plus élevé&nbsp;» <b id="89r">[<a href="#89a">89</a>]</b>.</p>



<p>C&rsquo;est une déclaration étrange car elle semble exclure le besoin des travailleurEs de lutter pour un meilleur salaire, rien que pour subvenir à ce que Lebowitz appelle des «&nbsp;besoins nécessaires&nbsp;», c.à.d. le besoin de payer son loyer ou son crédit et d’acheter assez de nourriture pour vivre, de vêtements à porter, etc. et introduit une séparation mécanique entre les besoins «&nbsp;nécessaires&nbsp;» et «&nbsp;sociaux&nbsp;». Cela constitue cependant la base du développement par Lebowitz du cycle de «&nbsp;production du travailleurE&nbsp;» (qui serait selon lui absent du&nbsp;<em>Capital</em>) et de sa théorie correspondante de la lutte pour les salaires, deux notions qui sont au cœur de son principe selon lequel «&nbsp;il n&rsquo;existe pas uniquement le capital pour soi, mais également le travail salarié pour soi&nbsp;» <b id="90r">[<a href="#90a">90</a>]</b>. Il continue:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">En un mot, pour satisfaire ces besoins sociaux croissants, constamment générés par le capital, il faut une lutte dans «&nbsp;la direction opposée&nbsp;» aux capitalistes. Il n&rsquo;y a cependant aucune discussion dans&nbsp;<em>Le Capital </em>à propos de la lutte pour de plus hauts salaires &#8211; et il ne peut y en avoir car&nbsp;<em>Le Capital</em> assume une nécessité standard donnée, c’est-à-dire que «&nbsp;pour un pays et une époque donnés, la mesure nécessaire des moyens de subsistance est aussi donnée&nbsp;» <b id="91r">[<a href="#91a">91</a>]</b></p>
</blockquote>



<p>Cet argument sur l&rsquo;absence de lutte pour des salaires plus élevés n&rsquo;est pas très loyal. Marx a dédié deux sessions du Conseil général de la Première Internationale, les 20 et 27 juin 1865, retranscrits ensuite comme&nbsp;<em>Salaires, prix et profit,</em> à la présentation d&rsquo;arguments en faveur de l&rsquo;importance de la lutte ouvrière pour les salaires. Il répondait à John Weston, un délégué ouvrier respecté, qui avait argumenté que les luttes nuisaient aux travailleurEs. Marx lui répondit que si l&rsquo;ouvrier&nbsp;«&nbsp;se contentait d&rsquo;admettre la volonté, le diktat du capitaliste comme une loi économique constante, il partagerait toute la misère de l&rsquo;esclave sans jouir de sa sécurité.&nbsp;» <b id="92r">[<a href="#92a">92</a>]</b> De plus, il explique :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Quand les ouvriers s&rsquo;efforcent de ramener la journée de travail à ses anciennes limites rationnelles, ou encore, là où ils ne peuvent arracher la fixation légale de la journée de travail normale, quand ils cherchent à mettre un frein au surtravail par une hausse des salaires non pas calculée seulement d&rsquo;après le surtravail soutiré, mais portée à un taux plus élevé, ils ne font que remplir un devoir envers eux-mêmes et envers leur race. Ils ne font que mettre des bornes à l&rsquo;usurpation tyrannique du capital. Le temps est le champ du développement humain. Un homme qui ne dispose d&rsquo;aucun loisir, dont la vie tout entière, en-dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu&rsquo;une bête de somme. C&rsquo;est une simple machine à produire de la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement <b id="93r">[<a href="#93a">93</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Les luttes sur le temps de travail portent aussi sur le salaire et, plus important, sur le «&nbsp;développement humain&nbsp;». Les parties 5, 6 et 7 du chapitre 10 du&nbsp;<em>Capital</em> Livre Premier traitent de la lutte pour la journée de dix heures. Dans&nbsp;<em>Salaires, prix et profit</em>, Marx conclut en disant que ces luttes ne font que limiter les dégâts causés par le capital et qu&rsquo;il faudrait en fin de compte abolir le salariat lui-même <b id="94r">[<a href="#94a">94</a>]</b>.</p>



<p>Pour en revenir à l&rsquo;argumentaire de Leibowitz, il présente le cycle de la «&nbsp;production du travailleurE&nbsp;» &#8211; qui «&nbsp;manque&nbsp;» dans&nbsp;<em>Le Capital</em> &#8211; en commençant par le travailleurE, inversant ainsi implicitement les rapports de pouvoir de classe dans le capitalisme&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Ce qui émerge donc de l&rsquo;examen du travail salarié est la lutte des classes du côté du travailleur salarié. Il n&rsquo;y a pas que le capital pour-soi, il y a aussi le travail salarié pour-soi. Contrairement à l&rsquo;image présentée dans&nbsp;<em>Le Capital</em>, il existe deux «&nbsp;impératifs&nbsp;», non seulement le besoin de valorisation du capital mais aussi «&nbsp;le besoin du travailleurE de se développer&nbsp;». Une lutte bilatérale, dans laquelle chaque côté essaie de réduire l&rsquo;autre à la dépendance, est présente dans tous les aspects du rapport entre capital et travail salarié <b id="95r">[<a href="#95a">95</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>TravailleurE et capital se rencontrent sur le marché, apparemment en tant qu&rsquo;êtres souverains et égaux, et le capital dépend de l&rsquo;achat de la force de travail pour se reproduire. Mais ce n&rsquo;est pas un échange égal, autrement le capital ne pourrait capturer de plus-value. La dépendance du travailleurE envers le besoin du capital d’acheter sa force de travail est plus grande que la dépendance du capital envers le travail. Sans un salaire, les travailleurEs ne peuvent vivre, alors qu&rsquo;il existe de nombreux moyens par lesquels le capital peut s&rsquo;approprier du travail sauf si les travailleurEs exercent collectivement leur pouvoir pour y mettre un point d&rsquo;arrêt.</p>



<p>Plus important encore, le circuit de «&nbsp;production du travailleurE&nbsp;» proposé par Lebowitz (et adopté par Bhattacharya) ne peut être vu comme équivalent au cycle de production chez Marx, qui concerne la production de plus-value, l&rsquo;expansion du capital. On peut mettre en valeur cette différence en observant le traitement fait par Marx de la différence entre «&nbsp;consommation productive&nbsp;» par le travailleurE et «&nbsp;consommation individuelle&nbsp;». La «&nbsp;consommation productive&nbsp;» a lieu lorsque la travailleurE utilise des outils et des matières premières fournis par le capitaliste pour produire des marchandises qui sont ensuite vendues par le capitaliste afin de réaliser la plus-value. La «&nbsp;consommation individuelle&nbsp;», c’est lorsque les travailleurEs utilisent leurs salaires pour acheter de quoi vivre. Ils ou elles doivent ensuite retourner au travail afin de continuer le processus de la «&nbsp;consommation productive&nbsp;» et l&rsquo;expansion du capital <b id="96r">[<a href="#96a">96</a>]</b>. Le circuit proposé de la «&nbsp;production du travailleurE&nbsp;» est en réalité la reproduction sociale de la force de travail, et est subordonné à la sphère de la production, non équivalent à elle comme le soutient Lebowitz.</p>



<p>La thèse de Lebowitz sur le point faible du&nbsp;<em>Capital</em> de Marx est incapable d&rsquo;expliquer l&rsquo;échec de la classe ouvrière internationale à renverser le capitalisme. Il a entièrement raison de critiquer les lectures mécaniques de Marx et du&nbsp;<em>Capital</em>. Mais aucune analyse qui prétend expliquer pourquoi le capitalisme est toujours debout &#8211; vieilli, miné par les crises et infligeant d&rsquo;innombrables dégâts à l&rsquo;humanité et la planète &#8211; ne peut éviter d&rsquo;enquêter sur les processus historiques complexes qui nous ont amenés là où nous sommes. Il est permis de douter que Marx puisse admettre la proposition idéaliste selon laquelle le manque de luttes révolutionnaires est dû à des omissions dans ses écrits. De plus, «&nbsp;l&rsquo;écriture dans&nbsp;<em>Le Capital</em>&nbsp;» de Lebowitz lui-même introduit un élément volontariste unilatéral dans Marx.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Bhattacharya &#8211; construire sur Lebowitz</strong></h2>



<p>La collection d&rsquo;essais récemment éditée par Bhattacharya,&nbsp;<em>Social reproduction theory : remapping class, recentering oppression</em> rassemble des contributions sur une gamme impressionnante de sujets allant de la crise de la santé et des soins à la sexualité. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans toutes les contributions. Dans sa préface, Vogel présente un point central : «&nbsp;Sur le long terme, il faut nous délester de deux préjugés à la peau dure. Premièrement, la supposition que les diverses dimensions des différences &#8211; par exemple, race, classe et genre &#8211; sont comparables. Deuxièmement, l&rsquo;implication que ces catégories variées sont équivalentes en termes de poids causal&nbsp;» <b id="97r">[<a href="#97a">97</a>]</b>. La théorie de la reproduction sociale se donne donc pour mission de voir comment les différentes catégories s&#8217;emboîtent.</p>



<p>J&rsquo;ai trouvé particulièrement intéressants la contribution de Salar Mohandesi et Emma Teitelman, «&nbsp;Without Reserves&nbsp;» <b id="98r">[<a href="#98a">98</a>]</b>, l&rsquo;exposé historique de la construction de la famille ouvrière américaine et «&nbsp;Children, Childhood and Capitalism&nbsp;: A Social Reproduction Perspective&nbsp;» de Ferguson <b id="99r">[<a href="#99a">99</a>]</b>. S&rsquo;il y a une faiblesse de la collection dans son ensemble, c&rsquo;est le manque de connexion avec des luttes concrètes, sauf dans le cas de la contribution finale de Cinzia Arruzza sur la Women&rsquo;s Strike de 2017. Ce qui suit se focalise sur l&rsquo;introduction de Bhattacharya et sur sa contribution «&nbsp;How Not To Skip Class&nbsp;: Social Reproduction of Labour and the Global Working Class&nbsp;» <b id="100r">[<a href="#100a">100</a>]</b>, qui pose un cadre théorique pour les autres contributions de la collection ainsi que pour ses propres présentations à la conférence “Capital.150” au King&rsquo;s College à Londres en septembre 2017 et à Marx is Muss à Berlin en 2018.</p>



<p>Le point de départ de Bhattacharya est le suivant&nbsp;: «&nbsp;Depuis sa formation, mais en particulier depuis la fin du 20e siècle, la classe ouvrière internationale fait face à un énorme défi &#8211; comment surmonter ses propres divisions pour apparaître en ordre de bataille afin de renverser le capitalisme.&nbsp;» <b id="101r">[<a href="#101a">101</a>]</b> Elle souhaite contrer tous ceux qui nient la classe ouvrière en tant que potentiel sujet révolutionnaire, et fournir des arguments dans ce sens <b id="102r">[<a href="#102a">102</a>]</b>.&nbsp;Son affirmation majeure est que «&nbsp;ce que ces nombreuses condamnations [du rôle révolutionnaire de la classe ouvrière] ont en commun est une incompréhension partagée de ce que la classe ouvrière est vraiment&nbsp;» <b id="103r">[<a href="#103a">103</a>]</b>. Bhattacharya propose que «&nbsp;la clé pour développer une compréhension de la classe ouvrière (&#8230;) soit le cadre de la reproduction sociale&nbsp;» et qu&rsquo;il soit «&nbsp;essentiel de se rendre compte que les ouvriers et les ouvrières ont une existence en-dehors du lieu de travail&nbsp;». Ceci signifie à son tour que&nbsp;: «&nbsp;Le défi théorique se trouve dans la compréhension de la relation entre cette existence et celle de leurs vies productives sous la domination directe du capitaliste&nbsp;». Elle continue: «&nbsp;A son tour, la relation entre ces sphères nous aidera à envisager les directions stratégiques de la lutte des classes&nbsp;» <b id="104r">[<a href="#104a">104</a>]</b>.</p>



<p>Bhattacharya marche dans les pas de Lebowitz en arguant que la reproduction de la force de travail doit être vue comme un second circuit du capital. Elle propose que la sphère de la reproduction [de la force de travail] et la sphère de production ne soient pas vues comme «&nbsp;discrètes&nbsp;» [c.à.d. distinctes et bien définies, NdT] mais comme «&nbsp;unies&nbsp;» <b id="105r">[<a href="#105a">105</a>]</b>. Cela pose la question de la définition de l&rsquo;unité&nbsp;: les deux sphères ont elles des poids équivalents, ou l&rsquo;une domine-t-elle l&rsquo;autre&nbsp;? Comme je l&rsquo;ai déjà souligné, ces deux circuits ne sont pas équivalents, la formulation de Bhattacharya peut donc prêter à confusion entre l&rsquo;exploitation et l&rsquo;oppression.</p>



<p>Bhattacharya développe son argument en suivant le schéma de Lebowitz selon lequel le capitalisme génère constamment de nouveaux besoins, et donc que la valeur de la force de travail est élastique et peut uniquement être décidée dans une lutte entre les travailleurEs et le capital&nbsp;: «&nbsp;La travailleuse, à cause de la nature même du processus, est toujours reproduite en tant que personne qui manque de ce dont elle a besoin, et donc il existe dans la matière même du travail salarié une lutte pour de plus hauts salaires&nbsp;: la lutte des classes » <b id="106r">[<a href="#106a">106</a>]</b>. Elle reprend de Lebowitz la notion que «&nbsp;le but préconçu de la production&nbsp;» de la travailleurE est «&nbsp;ce que Marx a décrit comme “le besoin de développement de la travailleuse”&nbsp;» <b id="107r">[<a href="#107a">107</a>]</b>.</p>



<p>Bhattacharya situe le besoin de basculer au-delà du lieu de travail dans la faiblesse actuelle des luttes ouvrières sur le site de production&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">À n&rsquo;importe quel moment donné de l&rsquo;histoire, une classe ouvrière peut être capable ou incapable de lutter pour les salaires sur le site de production (&#8230;) ces batailles peuvent émerger loin du site de production, tout en reflétant les besoins et les impératifs de la classe. En d&rsquo;autres termes, là où une lutte pour un salaire plus élevé est impossible, des luttes de types différents, situées autour du circuit de la reproduction sociale, peuvent éclater <b id="108r">[<a href="#108a">108</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Elle donne pour exemple les luttes pour l&rsquo;eau à Cochabamba et en Irlande, contre les expulsions en Inde ou pour le logement en Grande-Bretagne.</p>



<p>Il ne devrait y avoir aucun doute sur le besoin d&rsquo;initier des luttes là où c&rsquo;est possible, et de rejoindre les luttes initiées par d&rsquo;autres, qu&rsquo;elles trouvent leurs origines sur le lieu de travail ou dans la rue, qu&rsquo;elles soient des luttes autour des conditions de travail ou pour le logement, l&rsquo;eau, l&rsquo;avortement, contre la fermeture d&rsquo;hôpitaux, etc. Marx lui-même a cru qu&rsquo;une manifestation de masse contre les lois de vente de l&rsquo;alcool en 1855 pourrait marquer le début d&rsquo;une révolution anglaise <b id="109r">[<a href="#109a">109</a>]</b>.</p>



<p>Il existe cependant un bon nombre de choses passées sous silence dans l&rsquo;exposé de Bhattacharya (et de Lebowitz). Bhattacharya ne discute pas des forces et faiblesses de divers mouvements sociaux. Parfois un mouvement de rue peut parvenir à atteindre ses objectifs, comme les mouvements antifascistes en Grande-Bretagne dirigés par l’Anti-Nazi League (ANL) et Unite Against Fascism (UAF) dans les années 1970, 1990 et au début des années 2000, ainsi que le mouvement contre la «&nbsp;Poll Tax&nbsp;» en 1990 <b id="110r">[<a href="#110a">110</a>]</b>. Par contre, le mouvement Stop the War, qui a mobilisé entre un et deux millions de personnes en 2003, n&rsquo;a pas pu empêcher le premier ministre Tony Blair d&rsquo;envahir l&rsquo;Irak.&nbsp;</p>



<p>Confrontée par un mouvement qui affronte le capital, la classe dirigeante peut laisser passer l&rsquo;orage des masses dans la rue si la classe ouvrière n&rsquo;utilise pas son pouvoir collectif pour la défier. Voyez la différence entre le Printemps arabe en Tunisie et en Égypte, où l&rsquo;implication de la classe ouvrière et la peur de luttes ouvrières ont fait basculer les deux sociétés dans un processus révolutionnaire, contrairement à la Syrie où la classe ouvrière ne s&rsquo;est pas engagée collectivement de la même manière. La centralité du lieu de travail n&rsquo;est donc pas une fixation sur un type particulier d&rsquo;ouvrierE, mais une fixation sur le lieu où le pouvoir se concentre dans la société. Bhattacharya a évidemment raison d&rsquo;insister sur le fait que la lutte pour les salaires est insuffisante si elle ne se généralise pas en une bataille contre le capital lui-même. Il est donc étrange que, si Lebowitz mentionne la critique des syndicats faite par Rosa Luxemburg <b id="111r">[<a href="#111a">111</a>]</b>, ni lui ni Bhattacharya n&rsquo;étudient la manière dont les mouvements sur les lieux de travail peuvent déborder en des luttes politiques plus larges, comme Luxemburg a pu le faire en analysant la dynamique de la révolution russe de 1905 dans son pamphlet&nbsp;<em>Grève de masse </em> <b id="112r">[<a href="#112a">112</a>]</b>. On peut expliquer cette absence chez Lebowitz par sa conviction de la capacité des bureaucraties syndicales à empêcher de tels débordements, et parce qu&rsquo;il pense que les mouvements sociaux sont plus importants car ils se focalisent sur le pouvoir du capital en général <b id="113r">[<a href="#113a">113</a>]</b>. Chez Bhattacharya, l&rsquo;objectif des mouvements sociaux et la question de leur intégration &#8211; ou pas &#8211; dans une lutte pour le pouvoir ouvrier reste ouverte. Nulle part trouve-t-on une discussion sérieuse du rôle de la bureaucratie syndicale, ni de l&rsquo;impact des organisations réformistes sur le développement de la conscience et des luttes de la classe ouvrière. Une focalisation exclusivement dirigée sur les mouvement sociaux peut indiquer une prise de distance avec la vision qui met la saisie directe des moyens de production, la destruction de la vieille machine d&rsquo;état et le développement d&rsquo;un état ouvrier au centre des objectifs d&rsquo;un mouvement révolutionnaire.</p>



<p>Bhattacharya confond d&rsquo;autres aspects entre eux&nbsp;: ce pour quoi les ouvrierEs luttent, comment ils et elles le font et l&rsquo;état général de la lutte des classes. Il est vrai que les organisations de la classe ouvrière ont été considérablement affaiblies aux USA et en Grande-Bretagne. Mais ce pour quoi les ouvrièrEs luttent n&rsquo;est pas simplement une conséquence de la force ou la faiblesse de leurs organisations, et il n&rsquo;est pas non plus écrit que les luttes sur les sites de production se réduisent à la lutte pour les salaires. Commençons par le dernier point&nbsp;: l&rsquo;occupation des chantiers navals de l&rsquo;Upper Clyde Shipyards en 1971 s&rsquo;est faite pour défendre des emplois, et a signalé le début d&rsquo;une vague de luttes ouvrières dans toute la Grande-Bretagne qui s&rsquo;est articulée autour des salaires, des emplois, de la législation syndicale, de l&#8217;emprisonnement de dirigeants des dockers et enfin contre le racisme. Les femmes et les travailleurEs immigréEs ont aidé à construire la vague montante des luttes&nbsp;; Yuri Prasad a déjà montré dans cette revue le rôle essentiel joué par les travailleurEs asiatiques <b id="114r">[<a href="#114a">114</a>]</b>. La grève générale de 1968 en France a été déclenchée par la solidarité avec les étudiantEs contre les violences policières. De plus, il y a des mouvements sociaux autour de l&rsquo;eau, la terre, le logement et la pollution qui ne dépendent pas de l&rsquo;état de la lutte des classes &#8211; mais l&rsquo;utilisation ou non de l&rsquo;arme de la grève afin de soutenir ces demandes fait une grande différence. Le mouvement en Grèce qui a soutenu Syriza contre la Troika et l&rsquo;UE a pris des proportions menaçantes précisément à cause du mouvement de grève qui l&rsquo;a soutenu.</p>



<p>Des révolutionnaires n&rsquo;auront pas de désaccords sur l&rsquo;importance des luttes que Bhattacharya souligne, ni sur le fait que ces luttes sont, de façon générale, des luttes de classes. Lorsqu&rsquo;elle propose&nbsp;: «&nbsp;(a) une réaffirmation théorique de la classe ouvrière comme sujet révolutionnaire&nbsp;; (b) une compréhension de la classe ouvrière plus large que les personnes qui sont salariées à un moment donné&nbsp;; et (c) une reconsidération de la signification de la lutte des classes pour l&rsquo;élargir au-delà de la lutte pour les salaires et les conditions de travail&nbsp;» <b id="115r">[<a href="#115a">115</a>]</b>, il semble difficile d&rsquo;exprimer des désaccords avec ces propositions.</p>



<p>Il est, néanmoins, utile de regarder de plus près ce que Bhattacharya entend par «&nbsp;une compréhension de la classe ouvrière plus large que les personnes qui sont salariées à un moment donné&nbsp;»&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Pour unE marxiste révolutionnaire, la classe ouvrière doit être perçue comme tous les membres de la classe productrice qui ont, au cours de leur vie, participé à la totalité de la reproduction de la société &#8211; indépendamment du fait que ce travail ait été rémunéré par le capital ou pas. Une telle vision intégrante de la classe réunit le ou la travailleuse temporaire hispanique dans un hôtel de Los Angeles, la mère travailleuse de l&rsquo;Indiana en contrat flexible, contrainte de rester chez elle à cause du coût élevé de la garde d&rsquo;enfants, l&rsquo;enseignantE afro-américainE à plein temps à Chicago, et l&rsquo;homme blanc au chômage, ancien membre de l&rsquo;Union des Travailleurs de l&rsquo;Automobile (UAW) à Détroit <b id="116r">[<a href="#116a">116</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Il est évident que toutes ces personnes mentionnées par Bhattacharya font partie de la classe ouvrière. Mais il existe une tendance générale à exagérer le degré de précarisation de la classe ouvrière, tendance que la présentation faite par Bhattacharya semble renforcer plutôt que critiquer, ainsi qu&rsquo;une tendance à la sous-estimation des possibilités ouvertes par la lutte collective et qui ignore le potentiel créé par la restructuration du capitalisme américain. Kim Moody écrit:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Un des résultats du processus d&rsquo;accumulation en cours et du surcroît de flexibilité demandé à la main-d’œuvre dans le cadre de la «&nbsp;lean production&nbsp;», ainsi que la croissance des chaînes d&rsquo;approvisionnement globales dans les services et la production, a été l&rsquo;extension de l&#8217;emploi précaire ou intérimaire, comme les contrats d&rsquo;agence, les contrats courts, les contrats «&nbsp;auto-entrepreneur&nbsp;» fictifs, le travail à temps partiel imposé (pour des raisons économiques à celles et ceux qui voudraient travailler à plein temps), etc&#8230; Cependant, il est surprenant de constater que la proportion de travailleurEs précaires n&rsquo;a presque pas augmenté, de 15.2% en 1995 à 15.5% en 2005, selon les dernières statistiques du BLS [Bureau of Labor Statistics] <b id="117r">[<a href="#117a">117</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Moody estime que 85% des travailleurEs sont toujours dans ce qu&rsquo;il appelle des modalités d&#8217;emploi «&nbsp;traditionnelles&nbsp;» et que la tendance est similaire au Canada et en Europe. L&rsquo;émergence du «&nbsp;précariat&nbsp;», selon Moody, n&rsquo;a pas du tout changé le nombre total de travailleurEs qui ont toujours eu à combiner plusieurs emplois afin de gagner de quoi vivre <b id="118r">[<a href="#118a">118</a>]</b>.</p>



<p>De plus, la restructuration du capital aux USA a créé de nouveaux centres d&rsquo;accumulation, avec d&rsquo;énormes concentrations de travailleurEs dans les chaînes d&rsquo;approvisionnement réorganisées qui jouent un rôle crucial dans les processus de «&nbsp;lean production&nbsp;». Ces concentrations de travailleurEs productiVes (atteignant souvent les 100&nbsp;000 personnes) sont «&nbsp;mal payéEs et considéréEs dispensables&nbsp;» car les centres logistiques dans des endroits comme Chicago et Los Angeles se trouvent près de grandes concentrations de populations pauvres, afro-américaines et hispaniques, avec des taux de chômage ou de sous-emploi élevés, qui forment une source intarissable de main-d’œuvre bon marché <b id="119r">[<a href="#119a">119</a>]</b>. Ces travailleurEs, noirEs, hispaniques, femmes et hommes, détiennent un potentiel pouvoir économique significatif. Comme le dit Moody&nbsp;: «&nbsp;ces centres sont les sites au plus grand potentiel de pouvoir immédiat, d&rsquo;intégration raciale et de genre et aussi les berceaux les plus probables pour la démocratie directe&nbsp;» <b id="120r">[<a href="#120a">120</a>]</b>.</p>



<p>Des secteurs employant un grand nombre de femmes immigrées mal payées ont effectivement connu des luttes impressionnantes dans un passé récent. En 2015, 80% des travailleurEs hôtelierEs étaient syndiquéEs <b id="121r">[<a href="#121a">121</a>]</b>. Comme l&rsquo;écrit Julie Sherry&nbsp;: «&nbsp;On estime à 19 millions le nombre de travailleurEs aux USA ayant obtenu un total de 61,5 milliards de dollars en augmentations depuis le début de la “Fight for $15” en 2012. De nos jours, les 15$ sont le salaire horaire minimum imposé par la loi en Californie et dans l&rsquo;État de New York. C&rsquo;est la loi pour les travailleurEs des maisons de retraite et des hôpitaux à Seattle et en Pennsylvanie, et pour les employéEs municipales dans d&rsquo;innombrables autres villes&nbsp;». La campagne Fight for $15 a une dimension politique et anti-raciste&nbsp;: «&nbsp;Dès le début, les travailleurEs elles-mêmes ont perçu leurs grèves comme marchant dans les pas du mouvement des droits civiques, adoptant au passage son langage pour leur propre campagne.&nbsp;» <b id="122r">[<a href="#122a">122</a>]</b></p>



<p>En Grande-Bretagne, la lutte pour les retraites des travailleurEs universitaires au printemps 2018 nous offre le meilleur exemple de la manière dont une force de travail diverse, qui inclut un grand nombre de «&nbsp;précaires&nbsp;» à contrat à durée déterminée, peuvent efficacement utiliser l&rsquo;arme de la grève. La grève a défié l&rsquo;agenda néolibéral, politisant et radicalisant au passage des milliers de nouvelles et de nouveaux travailleurEs. Elle combina des problèmes purement éducatifs avec des problèmes liés aux conditions contractuelles des travailleurEs universitaires, tout en ramenant à la surface de «&nbsp;vieilles&nbsp;» problématiques comme les différentes perspectives qui émergent pendant une grève entre la base qui entend bien gagner et la bureaucratie syndicale qui cherche surtout à négocier un accord de fin de grève <b id="123r">[<a href="#123a">123</a>]</b>.</p>



<p>La contribution de Cinzia Arruzza, «&nbsp;From Social Reproduction Feminism to the Women’s Strike&nbsp;», en l&rsquo;absence de contre-exemple donné par Bhattacharya ou d&rsquo;autre contributeurs ou contributrices, brouille la question du pouvoir de la classe ouvrière. Comme Arruzza l&rsquo;explique, la grève des femmes durant la journée internationale des femmes en 2017 s&rsquo;est donnée comme nom «&nbsp;Un jour sans les femmes&nbsp;». «&nbsp;Adopter le mot&nbsp;<em>grève&nbsp;</em>visait à mettre en valeur le travail effectué par les femmes non seulement sur leur lieu de travail mais aussi en-dehors, dans la sphère de la reproduction sociale.&nbsp;» <b id="124r">[<a href="#124a">124</a>]</b> Les organisatrices ont encouragé les femmes à prendre un jour de congé, que ce soit au travail ou au foyer, afin de visibiliser le travail accompli quotidiennement par les femmes. Arruzza situe l&rsquo;utilisation d&rsquo;une grève des femmes dans le contexte d&rsquo;un bas niveau d&rsquo;organisation syndicale et d&rsquo;un nombre peu élevé de grèves sur les lieux de travail.</p>



<p>A l&rsquo;international, la journée fut un grand succès, mobilisant des femmes à travers le monde, des USA à Tokyo, en passant par la Pologne, l&rsquo;Irlande, l&rsquo;Australie, le Brésil, l&rsquo;Argentine, la Turquie, le Liban, la Thaïlande, les Philippines, l&rsquo;Inde et Nairobi <b id="125r">[<a href="#125a">125</a>]</b>. Cependant, alors qu&rsquo;une absence du lieu de travail peut être couronnée de succès en tant que tactique, il faut bien syndiquer les travailleuses non-syndiquées, et les travailleuses doivent pouvoir mener l&rsquo;argument pour que toute la force de travail, femmes et hommes, fasse grève autour de demandes variées, que ce soit la discrimination sexiste ou les salaires, et non se contenter de s&rsquo;absenter toutes seules du lieu de travail. Toute une force de travail en grève fait plus de mal aux capitalistes qu&rsquo;une absence d&rsquo;une partie de la force de travail basée sur le genre. Les grèves servent à éduquer les travailleurEs sur leur potentiel à changer le monde et peut mettre en branle un processus qui transforme les travailleuses et les travailleurs d&rsquo;objets de l&rsquo;histoire en sujets de l&rsquo;histoire. Ils et elles peuvent frapper le capital au cœur d&rsquo;une manière dont un simple mouvement social est incapable. C&rsquo;est pourquoi les révolutionnaires doivent encourager les travailleurEs à construire leurs propres mouvements sociaux et à devenir «&nbsp;la tribune des oppriméEs&nbsp;» <b id="126r">[<a href="#126a">126</a>]</b>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comprendre le racisme</strong></h2>



<p>La théorie de la reproduction sociale (TRS) a émergé du besoin d&rsquo;expliquer l&rsquo;oppression continue des femmes sous le capitalisme, mais se voit maintenant étendue en tant que cadre de travail pour comprendre le racisme et les autres sources de division entre les travailleurEs. Dans sa contribution à la conférence au King&rsquo;s College, Bhattacharya a indiqué que&nbsp;: «&nbsp;La force de travail, comme le montre la TRS, peut uniquement se rendre disponible au capital à travers un ensemble distinct mais fiable de rapports sociaux genrés et racisés qui créent leurs propres formes de subsistance institutionnelle.&nbsp;» <b id="127r">[<a href="#127a">127</a>]</b> Elle critiqua Johanna et Robert Brenner pour leur conception qui considère la compétition entre travailleurEs à l&rsquo;origine des divisions <b id="128r">[<a href="#128a">128</a>]</b>, indiquant que&nbsp;: «&nbsp;tout en étant d&rsquo;accord avec les grandes lignes de leur exposé, je pense que la TRS nous incite à pousser plus loin la question de la différentiation pour la planter non au niveau du marché du travail qui exprime le prix de la force de travail, mais au niveau de la production de la valeur de la force de travail&nbsp;» <b id="129r">[<a href="#129a">129</a>]</b>. Pour Bhattacharya&nbsp;: «&nbsp;la différenciation de la classe ouvrière est produite et maintenue à des niveaux cellulaires du système&nbsp;» <b id="130r">[<a href="#130a">130</a>]</b>.</p>



<p>Bhattacharya s&rsquo;appuie beaucoup sur certains aspects des écrits de Marx à propos des travailleurEs irlandaisEs et anglaisEs pour soutenir, premièrement, que les «&nbsp;impératifs nécessaires&nbsp;» pour certainEs travailleurEs peuvent être différents de ceux d&rsquo;autres travailleurEs, selon leurs différences ethniques. «&nbsp;La travailleuse irlandaise, en contraste direct avec son homologue anglaise, incarnait, pour Marx, la production de la différence, puisque la travailleuse irlandaise était au “niveau de travail salarié” qui accepte “le minimum le plus animal des besoins, des moyens de subsistance” dans son échange avec le capital&nbsp;» <b id="131r">[<a href="#131a">131</a>]</b>. Deuxièmement, Bhattacharya affirme que&nbsp;: «&nbsp;La diminution de la valeur pour une section de la classe ouvrière crée des réflexes conditionnés pour toutes les autres sections, puisque les bas salaires de certainEs permettent au capital de rationaliser et de baisser les salaires pour touTEs les travailleurEs. La reproduction sociale dégradée des travailleurEs raciséEs aide donc à établir un régime de salaires diminués pour touTEs&nbsp;». Ceci peut mener à une diminution des besoins nécessaires de touTEs les membres de la classe et donc à la diminution de la valeur de la force de travail pour toute la classe <b id="132r">[<a href="#132a">132</a>]</b>. À une autre occasion, Bhattacharya affirme que le niveau de la lutte des classes est un déterminant clé de la valeur de la force de travail&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Évidemment, Marx ne croyait pas que la valeur de la force de travail de la travailleuse irlandaise était une constante qui restait inférieure à celle de son homologue anglaise à cause de l&rsquo;ethnicité. C&rsquo;était plutôt un résultat de la lutte de classes, ou de son absence, et c&rsquo;était les travailleuses anglaises qui avaient besoin de comprendre le caractère commun de leur intérêt de classe avec les Irlandaises contre le capital dans son ensemble <b id="133r">[<a href="#133a">133</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Cet exposé soulève un bon nombre de questions complexes autour de la formation de la valeur de la force de travail, de l&rsquo;impact des grèves sur la valeur de la force de travail <b id="134r">[<a href="#134a">134</a>]</b> et du rôle des travailleurEs d&rsquo;ethnicités différentes dans la formation de la valeur de leur force de travail. Mais il laisse de côté d&rsquo;autres facteurs comme le rôle joué par la classe dirigeante dans la formation de l&rsquo;idéologie raciste et le rôle de l&rsquo;état dans la mise en place de divisions racistes.&nbsp;</p>



<p>Expliquant l&rsquo;antagonisme entre les travailleurEs anglaisEs et irlandaisEs, Marx écrit dans sa lettre à Sigfrid Meyer et August Vogt que&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Cet antagonisme est entretenu artificiellement et attisé par la presse, les sermons, les revues humoristiques, bref par tous les moyens dont disposent les classes au pouvoir. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, en dépit de son organisation. C’est aussi le secret de la puissance persistante de la classe capitaliste qui s’en rend parfaitement compte <b id="135r">[<a href="#135a">135</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>C&rsquo;était déjà le cas avant le temps de Marx, avec le développement de l&rsquo;idéologie raciste pour justifier l&rsquo;esclavage sur les plantations d&rsquo;Amérique du Nord et des Caraïbes, et ça reste valable aujourd&rsquo;hui. De nos jours, les médias de masse, si ce n&rsquo;est les chaires, jouent un rôle indispensable dans la propagation d&rsquo;idées racistes dans le cadre d&rsquo;arguments idéologiques fournis par la classe dirigeante, comme par exemple la diabolisation de l&rsquo;islam et des musulmanEs, des travailleurEs immigréEs, des réfugiéEs et des demandeurEs d&rsquo;asile, en d&rsquo;autres termes peu importe le dernier groupe à servir de bouc émissaire dans la société <b id="136r">[<a href="#136a">136</a>]</b>. Ne pas mentionner le rôle joué par la classe dirigeante dans la promotion du racisme laisse le champ libre aux points de vue qui considèrent le racisme comme étant la responsabilité de la classe ouvrière <b id="137r">[<a href="#137a">137</a>]</b>. </p>



<p>Le second aspect laissé de côté par Bhattacharya dans son exposé est le rôle de l&rsquo;état&nbsp;; les états capitalistes peuvent en même temps recruter activement des travailleurEs en-dehors de leurs frontières et réguler le mouvement des travailleurEs immigréEs à travers des lois sur l&rsquo;immigration, des quotas et des conditions pour l&rsquo;accès à la citoyenneté. Phil Marfleet met en valeur l&rsquo;aspect contradictoire de l&rsquo;approche par le capital américain du travail immigré&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-small-font-size">Les migrantEs non régulariséEs font partie intégrante du capitalisme américain. Leur présence est également mobilisée idéologiquement pour appuyer des campagnes d&rsquo;exclusion, devenant une partie du répertoire du nationalisme conservateur, de l&rsquo;extrême droite et des courants crypto-fascistes. Cela reflète une contradiction évidente depuis la formation de l&rsquo;état-nation moderne. La recherche du profit («&nbsp;le marché&nbsp;») façonne des modèles d&rsquo;exploitation de la classe ouvrière. En même temps l&rsquo;état-nation a besoin d&rsquo;idéologies basées sur des notions d&rsquo;inclusion et d&rsquo;exclusion <b id="138r">[<a href="#138a">138</a>]</b>.</p>
</blockquote>



<p>Mais le rôle de l’état, en plus de la mobilisation d’idées racistes, est crucial pour comprendre ce qu’affirme Bhattacharya sur l’impact des «&nbsp;impératifs nécessaires&nbsp;» plus bas d’ouvrièrEs d’une certaine ethnicité par rapport à ceux d’une autre. Les lois Jim Crow ont institutionnalisé les divisions racistes dans les états du Sud des USA vers la fin du 19e siècle, menant à des salaires plus bas pour les ouvrièrEs noirEs par rapport aux blancHEs, mais aussi à des salaires plus bas pour les ouvrièrEs du Sud dans son ensemble par rapport à celles et ceux du Nord. De la même manière, une des forces motrices dans l’Apartheid en Afrique du Sud était de limiter la capacité des noirEs à rivaliser en tant que fermièrEs ou travailleurEs. Le résultat fut un énorme gouffre entre les besoins socialement reconnus des NoirEs et des BlancHEs, mais qui résulte d’un ensemble de processus&nbsp;: économiques, politiques et idéologiques <b id="139r">[<a href="#139a">139</a>]</b>.</p>



<p>Dans des circonstances différentes, le travail immigré n’a pas le même impact. Durant la croissance de l’après-guerre en Grande-Bretagne, l&rsquo;afflux massif de travailleurEs immigréEs n’a pas causé une baisse généralisée des salaires ou du niveau de vie moyen, qui ont continué à croître jusqu’à l’arrivée du gouvernement Labour (travailliste) de 1974-1979 <b id="140r">[<a href="#140a">140</a>]</b>. La clé de la baisse du niveau de vie était le rôle de la bureaucratie syndicale qui a persuadé les travailleurEs d’accepter la politique des revenus du Labour, tout en encourageant des ruptures de grève à des moments et des endroits précis <b id="141r">[<a href="#141a">141</a>]</b>. La montée du racisme encouragée par l’émergence du National Front eut sans aucun doute un impact dans la société mais n’a pas constitué un mécanisme clé dans la baisse du niveau de vie.&nbsp;</p>



<p>La main-d’œuvre qualifiée immigrée comme les enseignantEs et les médecins recrutéEs dans les services d’éducation et de santé de Grande-Bretagne n’a pas causé de baisse de salaires, malgré le fait que leurs coûts de reproduction initiaux avaient été plus bas que ceux de la Grande-Bretagne car ils venaient pour la plupart de pays moins développés <b id="142r">[<a href="#142a">142</a>]</b>. Une enquête récente sur la main-d’œuvre venant de l’UE en Grande Bretagne conclut que&nbsp;: «&nbsp;La grande majorité des 3,6 à 3,8 millions de citoyenNEs de l’UE dans le pays occupent des positions qualifiées, et 537&nbsp;000 occupent des positions “hautement qualifiées” avec des diplômes de l’enseignement supérieur&nbsp;» <b id="143r">[<a href="#143a">143</a>]</b>. Certains secteurs de l’industrie dépendent effectivement d’un afflux de travailleurEs mal payéEs, mais se focaliser sur les travailleurEs sous-payés tend à détourner l’attention de ceux qui sont responsables des bas salaires, des mauvaises conditions de travail, des logements insalubres, etc. &#8211; la classe capitaliste qui recrute activement les travailleurEs immigréEs.</p>



<p>Dans la conclusion de sa contribution à Marx is Muss 2018, Bhattacharya affirma qu’il n’existait pas de théorie de l’oppression chez Marx (sauf pour l’oppression nationale) et qu’à la fois l’oppression et l’exploitation provoquent la division. L’oppression divise en effet hommes et femmes, hétéros et LGBT+. Il est également vrai qu’être une femme ne signifie pas que la solidarité avec les MusulmanEs soit automatique, ni que la solidarité entre MusulmanEs et NoirEs, ou des homosexuelLEs avec les personnes trans soit automatique.&nbsp;</p>



<p>Mais Marx a bien pris position sur la relation entre oppression et exploitation. Dans les «&nbsp;Statuts de l’Association Internationale des Travailleurs&nbsp;», écrits pour la Première Internationale, Marx écrit que&nbsp;«&nbsp;l&rsquo;assujettissement économique du travailleur au détenteur des moyens du travail, c&rsquo;est-à-dire des sources de la vie, est la cause première de la servitude dans toutes ses formes, de la misère sociale, de l&rsquo;avilissement intellectuel et de la dépendance politique&nbsp;» <b id="144r">[<a href="#144a">144</a>]</b>. En d’autres termes, l’exploitation est la pierre angulaire de toutes les formes d’oppression. Dans&nbsp;<em>L’Idéologie allemande</em>, Marx et Engels sont assez explicites quant à la nature accessoire de la famille dans la société de classes&nbsp;:&nbsp;Cette famille, qui est au début le seul rapport social, devient par la suite un rapport subalterne (sauf en Allemagne), lorsque les besoins accrus engendrent de nouveaux rapports sociaux et que l&rsquo;accroissement de la population engendre de nouveaux besoins&nbsp;» <b id="145r">[<a href="#145a">145</a>]</b>. </p>



<p>Dans les mêmes «&nbsp;Statuts de l’Association Internationale des Travailleurs&nbsp;», Marx exprima clairement que la lutte politique pour vaincre l’oppression devait s’attaquer au contrôle des moyens de production&nbsp;:«&nbsp;Que, par conséquent, l&rsquo;émancipation économique de la classe ouvrière est le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen.&nbsp;» <b id="146r">[<a href="#146a">146</a>]</b>. Cela ne signifie pas que la gauche ignore l’oppression sous toutes ses formes mais que les marxistes doivent se battre pour que le mouvement ouvrier prenne à bras le corps toutes les manifestations d’oppression comme faisant partie de la lutte révolutionnaire pour le pouvoir et la fin de toute exploitation. La Seconde Internationale, à son congrès de Stuttgart en 1907, a passé en revue la question des travailleurEs immigréEs, adoptant certaines demandes clé qui gardent toute leur utilité aujourd’hui&nbsp;: l’ouverture des frontières et la fin de toutes les restrictions basées sur l’ethnicité au droit d’installation dans un pays, ou à l’égalité des droits économiques, sociaux et politiques <b id="147r">[<a href="#147a">147</a>]</b>. Comme l’exprima Karl Liebknecht, dirigeant révolutionnaire allemand&nbsp;: «&nbsp;Non à l’épée de Damoclès de la déportation&nbsp;!&nbsp;» <b id="148r">[<a href="#148a">148</a>]</b>. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Conclusion</strong></h2>



<p>La théorie de la reproduction sociale est un pas en avant par rapport à l’intersectionnalité, se référant à Marx et au&nbsp;<em>Capital</em> comme point de départ pour comprendre l’oppression des femmes. Vogel offre une analyse de la position contradictoire du capital par rapport au travail des femmes, mais il existe des faiblesses dans ses présuppositions sur la nature de la grossesse et de l’accouchement à travers toutes les sociétés de classes ainsi que dans son rejet d’Engels. Sa discussion autour des droits égaux et du besoin d’un mouvement des femmes traversant les classes mène à la subordination des intérêts des femmes de la classe ouvrière à d’autres classes dans la société.&nbsp;</p>



<p>La TRS version Bhattacharya finit par placer la reproduction de la force de travail au même niveau que la production, masquant les véritables rapports de force dans le rapport capital-travail et brouillant le rapport de subordination de l’oppression à l’exploitation. En même temps, elle compromet la compréhension du pouvoir des travailleurEs organiséEs sur le site de production comparé à des mouvements sociaux en-dehors du lieu de travail. Son argument (et les argumentations similaires faites par d’autres) selon lequel les marxistes devraient prendre les mouvements sociaux au sérieux masque la véritable discussion la localisation des lieux de pouvoir dans la société. L’analyse du racisme est faible et contribue peu au travaux approfondis d’autres marxistes.&nbsp;</p>



<p>La TRS a longtemps été un outil additionnel dans la boîte marxiste et peut continuer à jouer ce rôle, à condition de ne pas être utilisée pour émousser ou se substituer aux autres outils que Marx (et Engels) nous ont légués. Il nous faut construire sur l’affirmation d’Engels&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;l&rsquo;affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l&rsquo;industrie publique et (…) cette condition exige à son tour la suppression de la famille conjugale en tant qu&rsquo;unité économique de la société.&nbsp;» <b id="149r">[<a href="#149a">149</a>]</b>. Les marxistes attiréEs par la TRS doivent regarder plus loin que&nbsp;<em>Le Capital&nbsp;</em>vers d’autres écrits de Marx et d’Engels. Les marxistes peuvent se passer d’introduire des ambiguïtés dans leur compréhension de la lutte des classes et de la relation entre exploitation et oppression, une ambiguïté qui n’est pas présente chez Marx.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading"><em>Sheila McGregor est une membre de longue date du SWP et une collaboratrice régulière à la revue International Socialism.</em></h6>



<h6 class="wp-block-heading"><em>Traduit par JB</em></h6>



<p><strong>Notes</strong></p>



<p> <b id="1a"><a href="#1r">[1]</a></b> Cet article est le produit de discussions approfondies. Un grand merci en particulier à Sue Caldwell, Alex Callinicos, Joseph Choonara, Kevin Corr, Gareth Jenkins, Volkhard Mosler, Rosie Nünning et Camilla Royle.</p>



<p> <b id="2a"><a href="#2r">[2]</a></b> Vogel (2017), p. x.<br>Les citations issues d’ouvrages non traduits en français ont été traduites par nous-mêmes [NdT]</p>



<p> <b id="3a"><a href="#3r">[3]</a></b> Susan Ferguson sépare les féministe intersectionnelles en deux groupes principaux&nbsp;: celles qui reconnaissent la totalité au sein de laquelle les oppressions sont créées et celles qui considèrent l’interconnexion des oppressions mais pas comment elles sont incorporées dans une totalité – Ferguson (2016). À mon avis, il demeure au sein du premier groupe une ambiguïté dans la compréhension de la structure capitaliste sur le moteur essentiel de l’oppression.</p>



<p> <b id="4a"><a href="#4r">[4]</a></b> Voir Choonara et Prasad (2014) pour une analyse complète des théories du privilège et de l’intersectionnalité.</p>



<p> <b id="5a"><a href="#5r">[5]</a></b> David McNally analyse le développement de la TRS comme&nbsp;: « la perspective la plus prometteuse pour celles et ceux intéresséEs par une théorie matérialiste historique des oppressions multiples dans la société capitaliste&nbsp;» &#8211; McNally (2017), p. 94.</p>



<p> <b id="6a"><a href="#6r">[6]</a></b> Il est courant de se référer aux «&nbsp;vagues&nbsp;» du féminisme. À mon avis, ceci mène à un aplatissement des différences réelles entre les différents mouvements. Le mouvement des Suffragettes ou «&nbsp;première vague du féminisme&nbsp;» n’était pas pour le renversement du capitalisme comme on a pu voir le mouvement de libération des femmes, la «&nbsp;seconde vague du féminisme&nbsp;», être partie prenante de la lutte pour le socialisme. La terminologie de «&nbsp;vague&nbsp;» sert uniquement à faire disparaître la centralité de la classe et du combat contre le capitalisme et à créer l’impression que les mouvements des femmes sont comme des vagues qui apparaissent, échouent sur le rivage et disparaissent.</p>



<p> <b id="7a"><a href="#7r">[7]</a></b> Vogel (2014). À l’origine publié en 1983, il a été réédité avec une introduction de Susan Ferguson et David McNally.</p>



<p> <b id="8a"><a href="#8r">[8]</a></b> Lebowitz (2003) ; Bhattacharya (2017a, 2017b et 2017c).</p>



<p> <b id="9a"><a href="#9r">[9]</a></b> Bhattacharya a expliqué l’intérêt répandu pour la TRS par la nature des luttes actuelles lors de Marx is Muss 2018 à Berlin. La vidéo de la session peut être trouvée sur le site de Marx21&nbsp;:&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://www.marx21.de/das-war-marx-is-muss-2018-videos/" target="_blank">www.marx21.de/das-war-marx-is-muss-2018-videos/</a></p>



<p> <b id="10a"><a href="#10r">[10]</a></b> Fine (2017)</p>



<p> <b id="11a"><a href="#11r">[11]</a></b> Bhattacharya (2017b). Pluto Press a annoncé le lancement d’une série de nouveaux livres&nbsp;<em>Cartographie de la Théorie de la Reproduction Sociale</em>qui seront édités par&nbsp;Bhattacharya and Ferguson.</p>



<p> <b id="12a"><a href="#12r">[12]</a></b> Foster et Clark (2018).</p>



<p> <b id="13a"><a href="#13r">[13]</a></b> Voir Barrett (1980), p. 258-259 ; Cliff (1984), chapitres 10 et 11 ; Mitchell (1971), chapitre 10 ; Rowbotham (1977), postface.</p>



<p> <b id="14a"><a href="#14r">[14]</a></b> Bhattacharya (2017b), p. 6.</p>



<p> <b id="15a"><a href="#15r">[15]</a></b> Fine (2017).</p>



<p> <b id="16a"><a href="#16r">[16]</a></b> Hartmann (1979)&nbsp;; Mitchell (1971).</p>



<p> <b id="17a"><a href="#17r">[17]</a></b> Brenner et Ramas (1984) (reproduit dans Brenner (2000))&nbsp;; Barrett (1980). C’est une simplification excessive des idées de Barrett, mais je veux me concentrer sur Brenner et Ramas pour les objectifs de cet article.</p>



<p> <b id="18a"><a href="#18r">[18]</a></b> Brenner et Ramas, dans Brenner (2000), p. 27-32.</p>



<p> <b id="19a"><a href="#19r">[19]</a></b> German (1989), p40. Voir aussi Cliff (1984), Harman (1984), McGregor (2013) et Orr (2015). Une certaine compréhension de la famille et de l’oppression des femmes à la base des écrits de la révolutionnaire allemande Clara Zetkin, de la pratique du Parti bolchevik et du travail du gouvernement révolutionnaire à ses débuts en Russie après 1917.</p>



<p> <b id="20a"><a href="#20r">[20]</a></b> Brenner et Ramas (1984), reproduit dans Brenner (2000), p27. À noter la référence de Brenner et Ramas à l’impact sur la famille des changements dans les forces de production. Voir aussi l’analyse de Chris Harman également écrite en 1984.</p>



<p> <b id="21a"><a href="#21r">[21]</a></b> Vogel (2014), p. 144.&nbsp;</p>



<p> <b id="22a"><a href="#22r">[22]</a></b> Bruegel (1978). L’analyse de Bruegel était une référence pour German et Harman qui ont également insisté sur le fait que la famille ouvrière n’était pas la seule façon d’organiser la reproduction de la classe ouvrière.</p>



<p> <b id="23a"><a href="#23r">[23]</a></b> Vogel (2014), p. 145.</p>



<p> <b id="24a"><a href="#24r">[24]</a></b> Gimenez (2005), p. 19. Gimenez justifie son utilisation du «&nbsp;mode&nbsp;» en citant entre autres Engels et en utilisant le terme de la même façon qu’Engels. Cependant, d’autres ont par le passé utilisé les références d’Engels au mode&nbsp;de reproduction pour justifier une approche des «&nbsp;systèmes doubles&nbsp;» de l’analyse de l’oppression des femmes. Pour une critique d’une telle utilisation par Hartmann, voir Harman (1984)</p>



<p> <b id="25a"><a href="#25r">[25]</a></b> Gimenez, 2005, p. 20.</p>



<p> <b id="26a"><a href="#26r">[26]</a></b> Gimenez (2005), p. 20. Ceci va à l’encontre des vues de Bhattacharya et Lebowitz. Voir la discussion ci-après.&nbsp;</p>



<p> <b id="27a"><a href="#27r">[27]</a></b> Harman (1984), p. 9.</p>



<p> <b id="28a"><a href="#28r">[28]</a></b> Brenner et Ramas (1984), reproduit dans Brenner (2000), p. 29.</p>



<p> <b id="29a"><a href="#29r">[29]</a></b> Voir German (1989), deuxième partie, pour une analyse plus détaillée de ce processus.&nbsp;</p>



<p> <b id="30a"><a href="#30r">[30]</a></b> Bruegel dit la même chose – Bruegel (1978).</p>



<p> <b id="31a"><a href="#31r">[31]</a></b> Brenner et Ramas (1984), in Brenner (2000), p. 29.</p>



<p> <b id="32a"><a href="#32r">[32]</a></b> Harman (1984), p10. Voir aussi les commentaires de Marx concernant l’augmentation du surplus rendue possible en aspirant touTEs les membres de la famille dans la population active, Marx (1976), chapitre 15, section 3, p518.</p>



<p> <b id="33a"><a href="#33r">[33]</a></b> Vogel (2014), p. 161-162. Voir aussi Vogel (2014), p. 159-161 pour examiner plus avant l’impact de l’accumulation sur la reproduction sociale.</p>



<p> <b id="34a"><a href="#34r">[34]</a></b> C’est un domaine complexe dans la mesure où les travailleurs sociaux, les infirmiers etc. travaillent souvent à domicile en tant que travailleurs payés.</p>



<p> <b id="35a"><a href="#35r">[35]</a></b> Moody (2017), p. 20. Merci à Gareth Jenkins pour avoir attiré mon attention sur ce passage du livre de Moody.</p>



<p> <b id="36a"><a href="#36r">[36]</a></b> Vogel (2014), p. 21. Vogel, à mon avis de façon erronée, se réfère à toutes les sociétés de classes et pas seulement au capitalisme.&nbsp;</p>



<p> <b id="37a"><a href="#37r">[37]</a></b> Vogel (2014), p. 15. À certains moments Vogel semble parler du mode capitaliste de production, comme à la p144, et à d’autres elle fait référence à toutes les sociétés de classes.</p>



<p> <b id="38a"><a href="#38r">[38]</a></b> Vogel, 2014, p. 152.</p>



<p> <b id="39a"><a href="#39r">[39]</a></b> Ferguson, 2008, p. 50.</p>



<p> <b id="40a"><a href="#40r">[40]</a></b> Vogel, 2014, p. 65.</p>



<p> <b id="41a"><a href="#41r">[41]</a></b> Engels (1884). Voir Ginsburgh (2014), pour une discussion sur le traitement d’Engels par Vogel et voir McGregor (2015) pour une discussion sur son traitement par Brown (2013).</p>



<p> <b id="42a"><a href="#42r">[42]</a></b> Paddy Quick distingue les sociétés pré-classistes et de classes mais Vogel ne donne pas son propre point de vue – Vogel (2014), p. 150, note 18.</p>



<p> <b id="43a"><a href="#43r">[43]</a></b> Une grande partie des données dans Engels sont périmées, y compris sa compréhension de la division «&nbsp;naturelle&nbsp;» du travail entre les femmes et les hommes. Cependant, sa compréhension que les relations étaient égalitaires entre les hommes et les femmes dans les premières sociétés et que c’était le contrôle sur la production de surplus qui a mené à la subordination des femmes est juste. Harman s’appuie sur une mine de renseignements, y compris le travail de marxistes comme Eleanor Burke Leacock et l’archéologue Gordon Childe, pour expliquer l’origine de l’oppression des femmes. L’analyse de Harman constitue toujours un bon point de départ pour comprendre l’émergence de l’oppression des femmes et la solidité du travail d’Engels – Harman (1994). Au contraire, localiser l’oppression des femmes dans la capacité biologique de reproduction peut conduire à l’idée que pour remettre en cause l’oppression des femmes il faut contester son rôle reproductif dans la société tout en ignorant la sphère de la production.</p>



<p> <b id="44a"><a href="#44r">[44]</a></b> Vogel (2014), p. 150. Paddy Quick, qui semble une bonne activiste, était manifestement maoïste quand elle a écrit son analyse. Voir Quick (1977)</p>



<p> <b id="45a"><a href="#45r">[45]</a></b> Vogel (2014), p. 93.</p>



<p> <b id="46a"><a href="#46r">[46]</a></b> Vogel (2014), p. 79, c’est moi qui souligne.</p>



<p> <b id="47a"><a href="#47r">[47]</a></b> Ceci vaut pour les nombreux passages à la fois chez Quick et Vogel, dans lesquels il n’est pas entièrement clair s’ils se réfèrent au capitalisme ou aux sociétés de classes en général.</p>



<p> <b id="48a"><a href="#48r">[48]</a></b> C’est une remarque faite par Linda J Nicholson dans sa recension du livre de Vogel dans&nbsp;<em>The Women’s Review of Books &#8211;&nbsp;</em>&nbsp;Nicholson (1984). Voir aussi la recension de Brenner – Brenner (1984). L’approche de Vogel est façonnée par la compréhension de Marx par Althusser, comme elle l’explique elle-même dans l’annexe «&nbsp;Domestic Labour Revisited&nbsp;», Vogel (2014), p. 187.</p>



<p> <b id="49a"><a href="#49r">[49]</a></b> Engels (1876).</p>



<p> <b id="50a"><a href="#50r">[50]</a></b> Heather Brown discute cela en détail. Voir Brown (2013), p. 17-27.</p>



<p> <b id="51a"><a href="#51r">[51]</a></b> Marx (1975 [1867]), p. 180.&nbsp;<br><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-7.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-7.htm</a><br></p>



<p> <b id="52a"><a href="#52r">[52]</a></b> Vogel (2014), p. 147.</p>



<p> <b id="53a"><a href="#53r">[53]</a></b> Engelmann a également remarqué&nbsp;: «&nbsp;les accidents arrivent rarement&nbsp;; ainsi un médecin me dit que durant un séjour de huit ans parmi les Indiens canadiens, il n’avait connu aucun accident et n’avait entendu parlé d’aucune mort en couche. Un autre professionnel, qui a vécu pendant 3 ans avec les Indiens d’Oregon, n’a été au courant d’aucune irrégularité durant cette période, et n’a jamais été appelé pour une opération plus sérieuse que la rupture des membranes&nbsp;» &#8211; Engelmann (1883), p. 8.</p>



<p> <b id="54a"><a href="#54r">[54]</a></b> Vogel pourrait répliquer qu&rsquo;elle se réfère seulement aux sociétés de classes, mais en détruisant le récit d&rsquo;Engels dans le chapitre six : «&nbsp;Engels : a Defective Formulation&nbsp;», elle laisse le lecteur sans analyse des sociétés pré-classistes &#8211; Vogel (2014).</p>



<p> <b id="55a"><a href="#55r">[55]</a></b> « Les précautions médicales sont minimales. La mère va probablement être à la chasse, ou quelque part sur un chemin quand la naissance a lieu&nbsp;; il n&rsquo;y a aucune diminution d&rsquo;activité pour elle pendant la grossesse. On dit que l&rsquo;accouchement est effectué facilement, avec seulement rarement des complications … si la naissance a eu lieu sur les routes, elle continuera son voyage&nbsp;» -Turnbull (1965), p. 129.</p>



<p> <b id="56a"><a href="#56r">[56]</a></b> Vogel (2014), p. 153.</p>



<p> <b id="57a"><a href="#57r">[57]</a></b> Davis (1983), p. 13.</p>



<p> <b id="58a"><a href="#58r">[58]</a></b> Davis (1983), p. 20. Les expériences étaient différentes dans les Caraïbes où il y avait une division sexuelle du travail assez poussée. Merci à Joseph Choonara pour cette remarque.</p>



<p> <b id="59a"><a href="#59r">[59]</a></b> Davis (1983), p. 15-16.</p>



<p> <b id="60a"><a href="#60r">[60]</a></b> Davis (1983), p. 17.</p>



<p> <b id="61a"><a href="#61r">[61]</a></b> Pour faciliter le passage à tabac d&rsquo;esclaves enceintes, elles devaient s’allonger sur un trou creusé à cet effet – Davis (1983), p19.</p>



<p> <b id="62a"><a href="#62r">[62]</a></b> Davis (1983), p. 16-17.</p>



<p> <b id="63a"><a href="#63r">[63]</a></b> Les femmes d&rsquo;esclavagistes ont été opprimées par la famille et ont également profité du système d&rsquo;esclavage.</p>



<p> <b id="64a"><a href="#64r">[64]</a></b> Chris Harman fait une remarque sur les femmes célibataires et les femmes dont les enfants ont grandi dans l&rsquo;incapacité d&rsquo;échapper aux effets de l’oppression qui imprègnent toute la société. Voir Harman (1984).</p>



<p> <b id="65a"><a href="#65r">[65]</a></b> Brenner et Ramas abordent ce point. Voir Brenner (2000), p. 28.</p>



<p> <b id="66a"><a href="#66r">[66]</a></b> Bennett (1996).</p>



<p> <b id="67a"><a href="#67r">[67]</a></b>Bennett (1996), p. 26.</p>



<p> <b id="68a"><a href="#68r">[68]</a></b> Bennett (1996), p. 34.</p>



<p> <b id="69a"><a href="#69r">[69]</a></b> Bennett (1996), p. 149.</p>



<p> <b id="70a"><a href="#70r">[70]</a></b> Vogel (2014), p. 169-170.</p>



<p> <b id="71a"><a href="#71r">[71]</a></b> Vogel (2014), p. 172.</p>



<p> <b id="72a"><a href="#72r">[72]</a></b> Vogel (2014), p181.&nbsp;Malheureusement, cette section dans le livre de Vogel est quelque peu gâchée par le fait qu&rsquo;elle a cru que l&rsquo;Albanie, l&rsquo;ancienne URSS, la Chine et Cuba, où il y avait inégalité entre le capital et le travail, les hommes et les femmes et un manque de droits démocratiques pour des minorités nationales, étaient des sociétés socialistes -Vogel (2014), p. 180 incluant la note de bas de page 26.</p>



<p> <b id="73a"><a href="#73r">[73]</a></b> Tout comme Zetkin, Rosa Luxemburg, Lénine, Léon Trotsky et d&rsquo;autres. Quick ne voit pas non plus&nbsp;&nbsp;que la participation à la production sociale donne aux femmes ouvrières le poids social pour se battre pour leur libération en tant que partie de la classe ouvrière &#8211; Quick (1977), p48.</p>



<p> <b id="74a"><a href="#74r">[74]</a></b> Vogel (2014), p. 174-5.</p>



<p> <b id="75a"><a href="#75r">[75]</a></b> Vogel (2014), p. 176.</p>



<p> <b id="76a"><a href="#76r">[76]</a></b> Vogel ne saisit pas la façon dont la réduction des inégalités au niveau de droits égaux intensifie les inégalités de classe et ainsi l&rsquo;oppression des femmes – Vogel (2014), p. 172.</p>



<p> <b id="77a"><a href="#77r">[77]</a></b> Vogel (2014), p. 176.</p>



<p> <b id="78a"><a href="#78r">[78]</a></b> Lebowitz (2003).</p>



<p> <b id="79a"><a href="#79r">[79]</a></b> Lebowitz cite Michael Burawoy : «&nbsp;deux anomalies nourrissent la réfutation du marxisme : la durabilité de capitalisme et la passivité de sa classe ouvrière&nbsp;» &#8211; Lebowitz (2003), p17. Voir Vidal (2018), pour une discussion sur ce qu&rsquo;il nomme «&nbsp;la thèse de fossoyeur&nbsp;». Ni Lebowitz ni Bhattacharya n&rsquo;offrent d’analyses historiques du déclin de la lutte des classes aux USA.</p>



<p> <b id="80a"><a href="#80r">[80]</a></b> Lebowitz (2003), p. 61.</p>



<p> <b id="81a"><a href="#81r">[81]</a></b> Lebowitz (2003), p. 161. Citation reprise de Marx (1972), p. 4-5.<br><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm</a></p>



<p> <b id="82a"><a href="#82r">[83]</a></b>Lebowitz (2003), p. 63. Les italiques sont d’origine. Il est tentant de répondre à cette formulation alternative en demandant pourquoi le niveau de famine sur la planète n’a pas encore mené à un changement révolutionnaire.</p>



<p> <b id="83a"><a href="#83r">[83]</a></b> Marx (1864).</p>



<p> <b id="84a"><a href="#84r">[84]</a></b> Marx (1851). Comme souvent, «&nbsp;Menschen&nbsp;» en allemand dans l’original est traduit pas «&nbsp;hommes&nbsp;», alors qu’il pourrrait l’être par «&nbsp;personnes&nbsp;».</p>



<p> <b id="85a"><a href="#85r">[85]</a></b> Vidal (2018).</p>



<p> <b id="86a"><a href="#86r">[86]</a></b> Lebowitz (2003), p. 24-44.</p>



<p> <b id="87a"><a href="#87r">[87]</a></b> Lebowitz (2003), p. 40.&nbsp;Se référant à Marx (1976), p. 655.</p>



<p> <b id="88a"><a href="#88r">[88]</a></b> Lebowitz (2003), p. 40.</p>



<p> <b id="89a"><a href="#89r">[89]</a></b> Lebowitz (2003), p. 44.</p>



<p> <b id="90a"><a href="#90r">[90]</a></b> Lebowitz (2003), p. 73.</p>



<p> <b id="91a"><a href="#91r">[91]</a></b> Lebowitz (2003), p43. La citation de Marx est tirée de Marx (1975), p. 174<br>https://www.marxists.org/archive/marx/works/1867-c1/ch06.htm<br>Le fait que les besoins socialement nécessaires puissent être connus à un moment ne signifie pas qu’ils doivent rester constants. C’est sans doute la remarque de Marx à propos des besoins «&nbsp;historiques&nbsp;».</p>



<p> <b id="92a"><a href="#92r">[92]</a></b> Marx (1966, [1866]), p. 65.</p>



<p> <b id="93a"><a href="#93r">[93]</a></b> Marx (1966, [1866]), p. 62.</p>



<p> <b id="94a"><a href="#94r">[94]</a></b> Marx (1966, [1866]), p. 74.</p>



<p> <b id="95a"><a href="#95r">[95]</a></b> Lebowitz (2003), p. 75.</p>



<p> <b id="96a"><a href="#96r">[96]</a></b> Vogel se réfère à cette distinction lorsqu’elle discute de la nature du travail domestique – Vogel (2014), p66.</p>



<p> <b id="97a"><a href="#97r">[97]</a></b> Vogel (2017), p. xi.</p>



<p> <b id="98a"><a href="#98r">[98]</a></b> Mohandesi et Teitelman (2017), p. 37-67.</p>



<p> <b id="99a"><a href="#99r">[99]</a></b> Ferguson (2017), pp112-130. Je pense, cependant, que Ferguson minimise la façon dont l&rsquo;enfance est de plus en plus impactée par la société de consommation et l&rsquo;influence du marché sur l’enseignement et l&rsquo;apprentissage dans les écoles.</p>



<p> <b id="100a"><a href="#100r">[100]</a></b> Bhattacharya (2017c).</p>



<p> <b id="101a"><a href="#101r">[101]</a></b> Bhattacharya (2017c), p68.&nbsp;Ici Bhattacharya semble oublier les divisions racistes profondes qui ont tourmenté le mouvement ouvrier aux USA depuis l&rsquo;esclavage. En Grande-Bretagne, également atteinte par le racisme, les attitudes envers et la représentation des femmes comme des travailleurs noirs et asiatiques dans les syndicats ont été transformées depuis les années 1950, voir Prasad (2017).</p>



<p> <b id="102a"><a href="#102r">[102]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 68 et p. 86.</p>



<p> <b id="103a"><a href="#103r">[103]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 68.</p>



<p> <b id="104a"><a href="#104r">[104]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 69.&nbsp;</p>



<p> <b id="105a"><a href="#105r">[105]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 69.</p>



<p> <b id="106a"><a href="#106r">[106]</a></b>Bhattacharya (2017c), p. 69.</p>



<p><b id="107a"><a href="#107r">[107]</a></b> Cité dans Bhattacharya (2017c), p. 82.</p>



<p> <b id="108a"><a href="#108r">[108]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 86.</p>



<p><b id="109a"><a href="#109r">[109]</a></b> Marx (1855). Merci à Alex Callinicos sur ce point.</p>



<p><b id="110a"><a href="#110r">[110]</a></b> Cela a eu le mérite supplémentaire d’être le début de la fin de Margaret Thatcher comme première ministre.</p>



<p> <b id="111a"><a href="#111r">[111]</a></b> Lebowitz (2003), p. 188.</p>



<p><b id="112a"><a href="#112r">[112]</a></b> Luxemburg (1906).</p>



<p><b id="113a"><a href="#113r">[113]</a></b> Lebowitz (2003), pp189-196. C’est ce qui permet à Lebowitz de discuter de ce qui devrait changer dans un état ouvrier, sans l’intégrer dans une discussion sur le processus révolutionnaire nécessaire pour l’obtenir.</p>



<p><b id="114a"><a href="#114r">[114]</a></b> Prasad (2017).</p>



<p><b id="115a"><a href="#115r">[115]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 86.</p>



<p><b id="116a"><a href="#116r">[116]</a></b> Bhattacharya (2017c), p. 89.</p>



<p><b id="117a"><a href="#117r">[117]</a></b> Moody (2017), p. 24.</p>



<p><b id="118a"><a href="#118r">[118]</a></b> Moody (2017), p. 25 et 27.</p>



<p><b id="119a"><a href="#119r">[119]</a></b> Moody (2017), p. 60.</p>



<p><b id="120a"><a href="#120r">[120]</a></b> Moody (2017), p. 164 et chapitre cinq.</p>



<p><b id="121a"><a href="#121r">[121]</a></b> La concentration d&rsquo;hôtels dans un endroit comme New York fournit objectivement aux travailleurEs un levier économique substantiel.</p>



<p><b id="122a"><a href="#122r">[122]</a></b> Sherry (2017), p. 75.</p>



<p><b id="123a"><a href="#123r">[123]</a></b> Pour une analyse complète de la grève par quelques-unEs de ses principales participantEs, voir&nbsp;Høgsbjerg, Hearn, Morelli et Royle (2018).</p>



<p><b id="124a"><a href="#124r">[124]</a></b> Arruzza (2017), p194.</p>



<p><b id="125a"><a href="#125r">[125]</a></b> Voir le reportage dans&nbsp;<em>The Guardian</em>– Topping (2017)</p>



<p><b id="126a"><a href="#126r">[126]</a></b> Lénine (1902).</p>



<p><b id="127a"><a href="#127r">[127]</a></b> Bhattacharya (2017a). Présentation transcrite par l&rsquo;auteur de l&rsquo;enregistrement vidéo.</p>



<p><b id="128a"><a href="#128r">[128]</a></b> Bhattacharya (2017a).</p>



<p><b id="129a"><a href="#129r">[129]</a></b> Bhattacharya (2017a).</p>



<p><b id="130a"><a href="#130r">[130]</a></b> Bhattacharya (2017a).</p>



<p><b id="131a"><a href="#131r">[131]</a></b> Bhattacharya (2017a). La citation de Marx au sujet de l’IrlandaisE et du «&nbsp;minimum le plus animal des besoins&nbsp;» est tirée de Marx (1980), p. 227.</p>



<p><b id="132a"><a href="#132r">[132]</a></b> Bhattacharya (2017a).</p>



<p><b id="133a"><a href="#133r">[133]</a></b>  Bhattacharya (2017c), p. 87.</p>



<p><b id="134a"><a href="#134r">[134]</a></b>  Un point que je n’ai pas traité ici. Voir Callinicos (2014), pp197-198 pour une discussion sur cet aspect.</p>



<p><b id="135a"><a href="#135r">[135]</a></b> Marx (1977 [1870])</p>



<p><b id="136a"><a href="#136r">[136]</a></b> Bhattacharya fait certaines de ces remarques indirectement quand elle écrit sur l’impact du néolibéralisme – Bhattacharya (2017c), p. 91.</p>



<p><b id="137a"><a href="#137r">[137]</a></b> C’est l&rsquo;implication du passage cité par Bhattacharya.</p>



<p><b id="138a"><a href="#138r">[138]</a></b> Marfleet (2018), p. 10.</p>



<p><b id="139a"><a href="#139r">[139]</a></b> Merci à Alex Callinicos pour ce dernier point.</p>



<p><b id="140a"><a href="#140r">[140]</a></b> C’est également vrai pour l’Allemagne, une remarque faite par Volkhard Mosler.</p>



<p><b id="141a"><a href="#141r">[141]</a></b> Cliff (1983).</p>



<p><b id="142a"><a href="#142r">[142]</a></b> Les professeurEs recruté en Afrique du Sud et en Inde dans la première partie du 21e siècle ont été absorbéEs dans les conditions de travail et de salaire des professeurs du Royaume-Uni et dans les syndicats. Cela ne signifie pas que des professeurEs noirEs n&rsquo;ont pas fait face à la discrimination raciale sur leur lieu de travail, par exemple pour les promotions.</p>



<p><b id="143a"><a href="#143r">[143]</a></b> O’Carroll (2018).</p>



<p><b id="144a"><a href="#144r">[144]</a></b> Marx (1864)</p>



<p><b id="145a"><a href="#145r">[145]</a></b> Marx et Engels (1976 [1845]), p. 27.</p>



<p><b id="146a"><a href="#146r">[146]</a></b> Marx (1864)</p>



<p><b id="147a"><a href="#147r">[147]</a></b> Cité par Mosler (2018), p. 12.</p>



<p><b id="148a"><a href="#148r">[148]</a></b> Liebknecht (1907).</p>



<p><b id="149a"><a href="#149r">[149]</a></b> Engels (1983 [1884]), dans la section sur «&nbsp;La famille monogamique&nbsp;», p. 152.</p>



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		<title>Qu’est-ce que la théorie de la reproduction sociale ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 May 2018 11:30:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le marxisme est souvent accusé, en tant que théorie, de se préoccuper uniquement de la “classe” aux dépens du genre. Il est important de commencer par affirmer que l’histoire des organisations se revendiquant comme «&#160;marxistes&#160;» <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/quest-ce-que-la-theorie-de-la-reproduction-sociale/" title="Qu’est-ce que la théorie de la reproduction sociale ?">[...]</a></div>
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<p style="text-align:justify;">Le marxisme est souvent accusé, en tant que théorie, de se préoccuper uniquement de la “classe” aux dépens du genre.</p>
<p style="text-align:justify;">Il est important de commencer par affirmer que l’histoire des organisations se revendiquant comme «&nbsp;marxistes&nbsp;» n’a pas toujours été glorieuse en ce qui concerne les catégories d’oppression comme le genre et la race. On connait toutes et tous quelqu’un qui s’est entendu dire par un «&nbsp;marxiste&nbsp;» que les «&nbsp;petits ennuis&nbsp;» comme le racisme et le sexisme seraient réglés «&nbsp;après la révolution&nbsp;», et qu’en attendant il fallait se concentrer sur la lutte des classes. De plus, les cas d’harcèlements sexuels commis par des hommes marxistes ne sont malheureusement pas rares dans les organisations de gauche d’hier et d’aujourd’hui.</p>
<p style="text-align:justify;">Harcèlement à part, les femmes se sont souvent plaintes de ne pas être prises au sérieux, voire de subir des discriminations institutionnelles dans des organisations de gauche. Les voix des femmes communistes indiennes, qui ont joué un rôle central dans la lutte historique de Telengana en 1947, celles des communistes britannique Doris Lessing ou américaine Peggy Dennis, racontent toutes des histoires démoralisantes de sexisme et de déception envers les organisations qu’elles avaient passé leur vie à construire et qui incarnaient tous leurs espoirs.</p>
<p style="text-align:justify;">Ces histoires suscitent une horreur particulière car nous sommes nombreuses à être devenues marxistes justement à cause de l’intolérance supposée du marxisme révolutionnaire envers les oppressions de genre. En tant que femmes nous avons rejoint des organisations révolutionnaires car nous voyons le marxisme comme une théorie insurgée – qui se bat pour toute réforme que le système peut offrir sans jamais s’en satisfaire, tout en appelant à une démolition complète du capitalisme &#8211; et comme une arme de lutte pour l’émancipation des femmes et pour la fin de l’oppression sexiste et genrée.</p>
<p style="text-align:justify;">Si nous sommes des révolutionnaires sérieuses et non pas des automates dogmatiques, il nous faut alors reconnaitre deux aspects mutuellement contradictoires de l’histoire du marxisme. Le premier, ce sont les dommages infligés à la cause révolutionnaire de la justice des genres au nom du marxisme, et le second est la manière dont le cadre marxiste, malgré les faux-pas historiques commis en son nom, reste le meilleur moyen de comprendre l’oppression sous le capitalisme et offre des indices pour en finir.</p>
<p style="text-align:justify;">&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La théorie marxiste</strong></p>
<p style="text-align:justify;">L’analyse que Marx a faite du capitalisme comporte un énorme filon sous-exploité. Dans le premier volume du Capital, Marx identifie la «&nbsp;force de travail&nbsp;» ou notre capacité à travailler comme une « marchandise spéciale&nbsp;» dont le capitalisme a besoin pour mettre le système en branle et le maintenir en mouvement. Notre force de travail selon Marx possède la «&nbsp;propriété singulière d’être sources de valeur&nbsp;» car nous produisons, avec cette force, des marchandises et de la valeur pour le capitalisme. L’appropriation de notre surtravail par les capitalistes est la source de leur domination. Il s&rsquo;en suit que sans notre force de travail, le système s’effondrerait.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, et c’est source de frustration, Marx ne dit rien sur le reste de l’affaire&nbsp;: si la force de travail produit de la valeur, comment la force de travail elle-même est-elle produite&nbsp;? Les travailleuses et les travailleurs n’apparaissent pas comme par magie sur le marché, frais et dispos à vendre leur force de travail au capitaliste.</p>
<p style="text-align:justify;">Des marxistes comme Lise Vogel, Martha Gimenez, Johanna Brenner et, plus récemment, Susan Ferguson et David McNally, se sont saisies des idées novatrices mais incomplètes de Marx en visant à les développer. Dans ce contexte, il est important de nous souvenir du potentiel et de la créativité inhérents à la tradition marxiste, une tradition vivante qui a permis à de nouvelles générations de marxistes d’en faire un examen critique afin de la développer.</p>
<p style="text-align:justify;">En examinant le Capital de Marx, ces auteurs cités ci-dessus en viennent à conclure que la clé de voute du système, notre force de travail, est elle-même produite et reproduite en dehors de la production capitaliste, sur un site basé sur «&nbsp;les liens de sang&nbsp;» et qui se nomme la famille. Un excellent passage de Lise Vogel explique la connexion entre lutte des classes et oppression des femmes&nbsp;:</p>
<p style="text-align:justify;">«&nbsp;La lutte des classes autour des conditions de production est la dynamique centrale du développement social dans les sociétés caractérisées par l’exploitation. Dans ces sociétés, une classe dominante s’approprie le surtravail et le renouvellement d’une classe subordonnée de producteurs directs liés au processus de production constitue une condition essentielle de la production. Le remplacement générationnel constitue d’ordinaire la source de nouveaux travailleurs nécessaire au renouvellement de la classe, plaçant la capacité des femmes à avoir des enfants au centre de la société de classe. Chez les classes dominantes, l’oppression des femmes puise sa source dans leur rôle de maintenance et de transmission de propriété par l’héritage&nbsp;; dans les classes subordonnées, l’oppression des femmes dérive de leur implication dans le processus de renouvellement des producteurs et productrices directs, en plus de leur implication dans la production elle-même (en tant que travailleuses). [Vogel, Marxism and the Oppression of Women, p.129]&nbsp;»</p>
<p style="text-align:justify;">C’est le postulat principal de ce que Vogel et ces autres marxistes appellent «&nbsp;la théorie de la reproduction sociale&nbsp;». La théorie de la reproduction sociale démontre comment «&nbsp;la production de biens et services et la production de la vie font partie d’un seul processus intégré&nbsp;», selon Meg Luxton. Si le terrain de l’économie formelle est celui des sites de production des biens et des services, alors les gens qui produisent ces choses sont eux-mêmes produits en dehors de l’économie formelle et à très faible coût pour le capital.</p>
<p style="text-align:justify;">La force de travail est essentiellement reproduite par trois processus interconnectés:</p>
<ul style="text-align:justify;">
<li>Les activités qui régénèrent le travailleur en dehors du processus de production et lui permettent de retourner au travail. Celles-ci incluent entre autres la nourriture, un lit pour dormir mais aussi les soins psychiques qui préservent l’intégrité des personnes (par exemple, les loisirs).</li>
<li>Les activités qui maintiennent et régénèrent les non-travailleurs en dehors du processus de production – par exemple ceux qui sont des travailleurs futurs comme les enfants, ou alors des adultes sortis de la main d’œuvre pour cause de vieillesse, handicap ou chômage.</li>
<li>Les activités qui reproduisent de nouveaux travailleurs, c’est-à-dire la naissance des enfants.</li>
</ul>
<p style="text-align:justify;">Ces activités, qui forment la base du capitalisme en reproduisant le travailleur, sont accomplies sans coût pour le système par des femmes et des hommes au sein des ménages et des communautés. Aux USA, les femmes accomplissent toujours la majeure partie du travail domestique.</p>
<p style="text-align:justify;">Une enquête de 2012 montre que les femmes américaines ont effectué chaque semaine 25,9 heures de travail domestique non rémunéré, contre seulement 16,8 heures pour les hommes soit une différence de plus de neuf heures. L’enquête prend en considération des tâches comme s’occuper des enfants, cuisiner, faire des courses, faire le ménage, le jardinage, etc.</p>
<p style="text-align:justify;">Selon le magazine Forbes, si le travail domestique non rémunéré était inclut dans le PIB, «&nbsp;celui-ci aurait augmenté de 26% en 2010.&nbsp;» Mais nous devons également y ajouter des tâches qu’il est plus difficile d’indexer comme le soutien psychologique apporté aux non-travailleurs à l’intérieur du ménage. Quiconque a eu à réconforter un enfant ou s’occuper d’un parent vieillissant après une dure journée de travail connait la pénibilité ces tâches apparemment non-matérielles.</p>
<p style="text-align:justify;">La trouvaille la plus importante de la théorie de la reproduction sociale est que le capitalisme est un système unitaire capable d’intégrer avec succès, quoique de manière inégale, la sphère de la reproduction et la sphère de la production. Les changements dans une sphère peuvent générer des vagues dans l’autre. Les bas salaires et les réductions de coûts néolibérales au travail peuvent produire des saisies immobilières et des violences domestiques à la maison.</p>
<p style="text-align:justify;">D’où vient l’importance de cette trouvaille ? Du fait qu’elle donne une réelle substance historique à la compréhension de a) ce qu’est vraiment un travailleur et b) la manière dont les travailleurs peuvent se battre contre le système. Crucialement, cette théorie nous aide à comprendre que les victoires dans les luttes antisexistes, qu’elles soient à l’intérieur de l’économie formelle ou en dehors, ne peuvent être que temporaires car la base matérielle de l’oppression des femmes est liée au système dans son entièreté. Tout débat sérieux sur la fin de l’oppression et sur l’émancipation doit engendrer un débat simultané sur la fin du système lui-même.</p>
<p style="text-align:justify;">&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>L’importance de la sphère de production</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Si les femmes, par leur travail non-rémunéré, constituent la source principale de support du capitalisme en dehors des lieux de travail, cela signifie-t-il pour autant que les luttes sur les lieux de travail ne concernent que les hommes&nbsp;?</p>
<p style="text-align:justify;">Ceux qui entendent «&nbsp;classe ouvrière&nbsp;» et pensent automatiquement à trouver le stéréotype, digne du 19<sup>e</sup> siècle, du travailleur mâle blanc agrippant une clé anglaise doivent jeter un coup d’œil sur le marché du travail américain d’aujourd’hui.</p>
<p style="text-align:justify;">L’immense majorité des femmes aux USA doivent travailler pour gagner leur vie. Ca signifie qu’elles vendent leur force de travail sur le marché, ce sont donc des travailleuses. Les femmes constituent la moitié (47% pour être précise) de la main d’œuvre américaine, et le pourcentage de mères mariées qui travaillent est passé de 37% en 1968 à 65% en 2011. Selon une étude publiée par Pew Research en 2014, un nombre record de 40% des mères américaines sont la source principale de revenu de leur foyer, contre 11% en 1960.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors que les taux d’appartenance aux syndicats aux USA sont bas pour tous les travailleurs, le pourcentage de femmes syndiquées n’est que légèrement plus bas que celui des hommes. Selon le bureau américain des statistiques du travail, 12% des travailleurs étaient syndiqués contre 10,5% des travailleuses – et ce malgré le recul considérable des syndicats après la récession. Cette même source indique que les Noir-e-s ont plus de chances de faire partie d’un syndicat que leurs homologues blancs, asiatiques ou hispaniques.</p>
<p style="text-align:justify;">Il s&rsquo;en suit que celles et ceux qui pensent que la «&nbsp;question féminine&nbsp;» concerne uniquement ce que nous vivons ou subissons à la maison (violence sexuelle, contraception, s’occuper des enfants, etc), ou en-dehors de la sphère de production ont tout simplement tort.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant l’actualité concernant les femmes est marquée par deux tendances radicalement contradictoires&nbsp;: d’un côté, l’appauvrissement insupportable de l’immense majorité des femmes et de l’autre, l’émergence d’un groupe multiethnique et incroyablement prospère de femmes au sein de la classe dirigeante.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus de 75% des travailleurs dans les 10 catégories principales de métiers à bas salaires sont des femmes, et plus d’un tiers sont des femmes racisées (aux USA). J’ai déjà abordé par le passé le fait que les USA sont un des quatre pays au monde où il n’existe pas de congé maternité, ce qui rend l’accès au marché du travail très difficile pour les mères (et vice-versa). De plus, un tiers des travailleurs US n’ont pas accès à des arrêts maladie payés et seuls 42% ont accès à des congés personnels payés. Des syndicalistes affirment à raison&nbsp;:</p>
<p style="text-align:justify;">«&nbsp;Quelles sont les conséquences pour la santé publique lorsque les travailleurs ne peuvent pas prendre de jours pour se soigner durant une épidémie de grippe&nbsp;? Qui s’occupe d’un enfant malade ? Qui va préparer le diner et l’aider à faire ses devoirs ? Qui peut prendre le temps de s’occuper d’un proche agé&nbsp;?&nbsp;»</p>
<p style="text-align:justify;">Comment les femmes sont-elles supposées jongler entre le travail domestique non-rémunéré et le travail à plein temps sur le lieu de travail&nbsp;? Il est impossible de répondre.</p>
<p style="text-align:justify;">En 1990, la participation des femmes à la main d’œuvre montait à 74%, plaçant les USA à la sixième place de ce classement qui compte 22 pays développés. Les politiques néolibérales des deux décennies suivantes ont fait que la participation des femmes a à peine augmenté à 75,2% alors que, dans les autres pays industrialisés, elle est passée de 67% à 80% durant la même période.</p>
<p style="text-align:justify;">Les femmes sont non seulement contraintes de travailler à mi-temps, mais l’hostilité des lieux de travail à la nature genrée du travail domestique fait que seules 9% des mères travailleuses travaillent plus de 50 heures par semaine.</p>
<p style="text-align:justify;">Réfléchissons-y ensemble un instant. Si les mères travaillaient, disons, 55 heures par semaine, et considérant un temps de transport moyen, des sociologues ont montré qu’elles quitteraient le foyer à 8h30 du matin pour y retourner à 20h30 tous les jours de la semaine&nbsp;! Malgré les pouvoirs d’internet, les enfants doivent toujours être récupérés à l’école et nourris par un être humain, et les parents âgés ont toujours besoin de soins prodigués par un humain. Dans la plupart des cas, aux USA, cette personne est une femme.</p>
<p style="text-align:justify;">L’enquête ci-dessus semble démontrer que toute question sur le lieu de travail est également une question de femmes et de genre. Les politiques sur le lieu de travail ont le pouvoir d’influencer la vie des femmes sur le lieu de travail et au foyer. Mais pour quoi devons-nous lutter&nbsp;? Devons-nous demander l’égalité salariale (entre les sexes) dans une économie de bas salaires&nbsp;? Devons-nous lutter pour une couverture santé universelle, qui nous soulagera d’une partie de notre travail domestique&nbsp;? Devons-nous lutter en tant que «&nbsp;femmes&nbsp;» ou en tant que «&nbsp;travailleuses&nbsp;»&nbsp;?</p>
<p style="text-align:justify;">Un groupe particulier de femmes apparaît dans les médias depuis quelques temps pour y défendre les droits des femmes. Joan C. Williams est une sociologue intelligente, dont le travail sur la classe et le genre mériterait d’être diffusé largement. Mais elle a récemment fait une observation décevante, déclarant que le «&nbsp;féminisme d’entreprise est ce dont nous avons besoin pour déclencher la révolution des genres constamment remise à plus tard.&nbsp;» Par «&nbsp;féminisme d’entreprise&nbsp;», Williams veut littéralement dire le «&nbsp;féminisme&nbsp;» des PDG des grandes multinationales. Elle cite Sheryl Sandberg et la professeure de Princeton Anne Marie Slaughter comme dirigeantes sur ce «&nbsp;nouveau front du féminisme.&nbsp;»</p>
<p style="text-align:justify;">Certains se réjouissent que quelques femmes prennent d’assaut les conseils d’administration. Ceux-ci, et leurs terrains de golf adjacents, ont été pendant des siècles des bastions du privilège mâle des classes dirigeantes. Cela nous amène à une question centrale&nbsp;: à quoi ressemblent les droits des femmes lorsqu’on les sépare des questions de classe&nbsp;? Les femmes PDG agiront-elles dans l’intérêt de toutes les femmes&nbsp;?</p>
<p style="text-align:justify;">Les politiques qui avancent le mieux les intérêts de la majorité des femmes sont les mêmes politiques qui tronquent les profits du système de production capitaliste.</p>
<p style="text-align:justify;">Par exemple, une couverture médicale généralisée assurerait à toute femme, homme et enfant, qu’ils soient salariés ou non, l’accès à des soins médicaux gratuits à la demande. Ceci réduirait la dépendance d’une femme non-salariée envers son conjoint salarié et lui permettrait potentiellement de contrôler sa santé reproductive, sans parler des bénéfices que cela procurerait à la santé de sa famille en général. Elle pourrait choisir le moment où elle aurait des enfants (ou choisir de ne pas en avoir du tout), elle aurait accès à une assistance gratuite à domicile pour les membres les plus âgés de la famille, réduisant ainsi de manière sensible son propre travail à la maison.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais l’industrie de la santé pèse des milliards de dollars et se battrait bec et ongles contre de telles réformes qui couperaient dans ses parts de marché. De manière similaire, il est dans l’intérêt des femmes qu’il y ait des salaires décents pour tous les travailleurs, puisque les femmes sont surreprésentées dans la catégorie des bas salaires. Ici aussi, nos avancées se feront contre les profits du capitalisme au prix d’une bataille ardue.</p>
<p style="text-align:justify;">Les Sheryl Sandberg de ce monde sont des guerrières de classe qui utilisent le langage des droits des femmes pour &nbsp;renforcer un système qui ne profite qu’à leur propre classe. Sandberg la millionnaire refusait même de rémunérer ses propres stagiaires avant qu’une campagne médiatique ne l’oblige à leur concéder un salaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Le message central qui nous vient de cette nouvelle génération de femmes PDG est que le travail, toujours plus de travail, émancipera les femmes.</p>
<p style="text-align:justify;">Il ne fait aucun doute que l’indépendance économique des femmes a été conquise au prix de luttes difficiles, et doit être constamment renforcée par la lutte. C’est pourquoi l’on retrouve souvent, chez les premières marxistes comme Nadezhda Krupskaya, une insistance sur la centralité du travail des femmes dans la sphère de la production et sur son potentiel libérateur.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais «&nbsp;l’indépendance&nbsp;» économique sied beaucoup mieux à Sheryl Sandberg qu’à la mère qui travaille dans un fast-food, car la relation de Sandberg au capitalisme, celle d’une patronne, est une relation de contrôle alors que la relation de la mère ouvrière est celle d’une perte totale de contrôle. Pour cette dernière, le travail offre une indépendance limitée envers son conjoint ou sa conjointe, mais en contrepartie d’une dépendance complète envers les caprices du marché.</p>
<p style="text-align:justify;">Quand Sandberg dit que les femmes doivent travailler plus dur afin d’obtenir des récompenses, elle est en train d’encourager les femmes d’une certaine classe, la sienne, à arracher plus de pouvoirs des mains des hommes de cette même classe tout en gardant intact le système qui fonctionne par le travail rémunéré et non rémunéré de l’immense majorité des femmes.</p>
<p style="text-align:justify;">En effet, des chercheuses comme Karen Nussbaum ont affirmé que le système créait quelques espaces pour les membres féminins de la classe dirigeante afin de court-circuiter les changements institutionnels plus profonds qui transformeraient la relation de la majorité des femmes avec le travail&nbsp;:</p>
<p style="text-align:justify;">«&nbsp;Afin de contenir les demandes des travailleuses, les employeurs créèrent des opportunités pour certaines femmes, en ouvrant les portes de certaines positions cadres et managériales pour les diplômées des universités tout en résistant aux revendications de changement institutionnel qui amélioreraient les conditions de travail de toutes les femmes. Les femmes aux deux extrémités de la main d’œuvre partageaient toujours des inquiétudes similaires quant à l’égalité salariale et l’équilibre travail-famille, mais l’intensité de ces problèmes s’est différenciée avec l’évolution de la condition de ces deux groupes. Les patrons créèrent une soupape de sécurité. Les femmes diplômées de l’enseignement supérieur qui étaient des guichetières de banques devenaient directrices de succursales, les employées de bureau des maisons d’éditions devenaient éditrices. Le pourcentage de femmes cadres ou manager a doublé entre 1970 et 2004, passant de 19% à 38% (Nussbaum 2007, p.165)</p>
<p style="text-align:justify;">Il serait réducteur de dire que les luttes autour des genres dans notre société sont identiques aux luttes autour des questions de classe. Mais il est correct de dire (a) suivant Lise Vogel, que la lutte des classes représente la «&nbsp;dynamique centrale&nbsp;» du développement social, et (b) qu’il est dans l’intérêt du capitalisme en tant que système d’empêcher tout changement fondamental dans les relations de genre car de tels changements finiraient tôt ou tard par affecter les profits.</p>
<p style="text-align:justify;">&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>L’importance de la sphère de la reproduction</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Il est donc raisonnable d’affirmer que le meilleur moyen de lutte pour les droits des femmes dans le domaine de la production est par les organisations de travailleurs et de travailleuses. L’histoire de notre classe est émaillée de moments motivants où des syndicats se sont battus pour le droit à l’avortement, à l’égalité salariale et contre l’homophobie.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais la classe ouvrière ne travaille pas que sur son lieu de travail. Une femme travailleuse dort dans son foyer, ses enfants jouent dans les jardins publics et vont à l’école du quartier, et elle demande parfois à sa mère retraitée de l’aider à cuisiner. En d’autres termes, la majorité des fonctions de reproduction de la classe ouvrière ont lieu en-dehors du lieu de travail.</p>
<p style="text-align:justify;">Qui comprend le mieux ce processus ? Le capitalisme. Voilà pourquoi le capitalisme s’attaque brutalement à la reproduction sociale afin de gagner la bataille de la sphère de production. C’est pourquoi il s’attaque aux services publics, repoussant le fardeau des soins sur les familles individuelles, c’est pourquoi il coupe le budget des prestations sociales&nbsp;: afin de rendre notre classe entière plus vulnérable et moins capable de résister aux attaques sur le lieu de travail.</p>
<p style="text-align:justify;">Qui d’autre comprend ce processus&nbsp;? Les marxistes révolutionnaires. C’est pourquoi nous pouvons faire le lien entre la sphère de la reproduction, le quartier dont l’école est fermée, la maison où la femme subit des violences, et la sphère de la production où l’on se bat pour de meilleurs salaires.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous le faisons de deux manières&nbsp;: (a) nous établissons le lien analytique entre les «&nbsp;deux sphères&nbsp;» du seul et unique système grâce à la théorie marxiste, et (b) nous agissons comme une tribune des opprimées, surtout lorsque la lutte ne s’est pas encore généralisée aux lieux de travail. Il n’est pas vrai que la classe ouvrière est incapable de lutter dans la sphère de la reproduction. Il est cependant vrai que la classe ouvrière ne peut vaincre le système que dans la sphère de la production.</p>
<p style="text-align:justify;">Certaines luttes majeures de l’histoire de la classe ouvrière ont commencé en-dehors de la sphère de la production. Les deux principales révolutions des temps modernes, la française et la russe, ont commencé par des émeutes du pain, dirigées par des femmes.</p>
<p style="text-align:justify;">Comprendre le capitalisme comme un système intégré où la production est soutenue par la reproduction sociale peut aider celles et ceux qui luttent à comprendre la significativité des luttes politiques dans les deux sphères et la nécessité de les unir.</p>
<p style="text-align:justify;">Prenons le cas des droits reproductifs, une des luttes critiques de notre temps, qui ne constitue pas directement une lutte dans le domaine de la production. Les droits reproductifs sont-ils limités à l’accès des femmes à l’avortement et la contraception&nbsp;?</p>
<p style="text-align:justify;">En fait, les droits reproductifs devraient se nommer justice reproductive. Le droit d’une femme à choisir n’est pas restreint à son droit de ne pas avoir d’enfants, mais concerne aussi le droit à en avoir.</p>
<p style="text-align:justify;">L’histoire des femmes afro-américaines et des autres femmes racisées aux USA est ensanglantée par les tentatives de stérilisations forcées par l’Etat. Tout au long des années 1960, les États comme l’Illinois, l’Iowa,&nbsp; l’Ohio, la Virginie et le Tennessee ont étudié des lois qui permettraient la stérilisation forcée des femmes noires qui touchaient des allocations sociales. Lorsque la pilule contraceptive Norplant fût mise sur le marché, un éditorial du Philadelphia Inquirer y vit la solution au problème de la pauvreté dans les communautés afro-américaines. Un destin similaire attendait les femmes de Porto Rico (note du trad&nbsp;: colonie américaine). Lorsque l’industrie US, sous couvert du programme économique «&nbsp;Operation Bootstrap&nbsp;»&nbsp; s’implanta sur l’île à la recherche de main d’œuvre bon marché dans les années 1930 et 1940, de nombreuses usines avaient leurs propres cliniques contraceptives et certaines refusaient d’embaucher les femmes qui n’avaient pas été préalablement stérilisées.</p>
<p style="text-align:justify;">De plus, nos choix reproductifs ne s’arrêtent pas au contrôle de nos ovaires. Il s’agit du contrôle de nos vies&nbsp;: choisissons-nous d’avoir des enfants ou pas, combien, et quand&nbsp;? Aurons-nous le temps de nous en occuper, aurons-nous des écoles publiques où les envoyer, serons-nous sûres qu’ils ne se retrouveront pas, ainsi que leurs pères, derrière les barreaux&nbsp;? Et, crucialement, aurons-nous un salaire décent qui nous permettra de prendre des décisions sur tous ces sujets&nbsp;?</p>
<p style="text-align:justify;">Le New York Times rapportait en 2013 un déclin de 9% du taux de fertilité de 2007 à 2011, et qui selon les spécialistes de la démographie «&nbsp;a commencé après la récession, lorsque les Américains ont commencé à perdre confiance en leur avenir économique.&nbsp;» En d’autres mots, le Times s’est rendu compte que la plupart des femmes ordinaires préféraient avoir des bébés lorsqu’elles sentent qu’elles ont les moyens de les nourrir et les élever&nbsp;!</p>
<p style="text-align:justify;">La question de la reproduction est donc liée aux questions fondamentales de notre société&nbsp;: qui travaille, pour qui et pour quelle durée.</p>
<p style="text-align:justify;">&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Pour une lutte intégrée contre le capitalisme</strong></p>
<p style="text-align:justify;">À ce moment particulier de la crise du néolibéralisme, le genre est utilisé comme une arme de lutte des classes par le capital. La défense répétée d’hommes de la classe dirigeante accusés de viol, les attaques brutales contre les droits reproductifs et la transphobie grandissante résultent d’un capitalisme essayant par divers moyens de résoudre sa crise économique par des attaques contre la classe ouvrière, au travail et au foyer.</p>
<p style="text-align:justify;">Notre solution en tant que marxistes révolutionnaires n’est pas simplement de parler de l’importance de la lutte des classes, mais aussi de lier les luttes formellement économiques aux luttes extra-économiques. Afin d’y parvenir, il est moins important de convaincre les identités opprimées du bien-fondé de notre théorie que de gagner leur confiance en luttant de manière intransigeante au foyer et au travail.</p>
<p style="text-align:justify;">Voilà pourquoi nous devons parler des questions de justices reproductives au sein des organisations dans lesquelles nous luttons pour les salaires (par exemple nos syndicats)&nbsp;; nous devons aussi parler salaires au sein des organisations qui luttent contre le sexisme et le racisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Il nous faut une génération de femmes et d’hommes insurgés pour tisser ces liens sur nos lieux de travail, sur nos facs et dans la rue. C’est ça, la vraie tradition révolutionnaire marxiste.</p>
<h3><em>Tithi Bhattacharya</em></h3>
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		<title>FièrEs, véner, solidaires ! On se laissera pas faire !</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/fieres-vener-solidaires-on-se-laissera-pas-faire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jun 2017 08:45:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[LGBTQI]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce vendredi 23 juin, comme depuis trois ans à la veille de la Marché des Fiertés, se tenait à Paris la Pride de Nuit. A l’appel de «Over The Rainbow, coalition des non conforme» et <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/fieres-vener-solidaires-on-se-laissera-pas-faire/" title="FièrEs, véner, solidaires ! On se laissera pas faire !">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Ce vendredi 23 juin, comme depuis trois ans à la veille de la Marché des Fiertés, se tenait à Paris la Pride de Nuit. A l’appel de «Over The Rainbow, coalition des non conforme» et d’une soixantaine d’associations, collectifs, groupes, LGBTI (ACT UP Paris, BI’Cause, Association Nationale Transgenre, OUTrans, Collectif LGBTI pour la Palestine,…), féministes (Planning Familiale, Femmes en lutte 93, Collectifs féministe révolutionnaire,…), antiracistes (Réseau pour une gauche décoloniale,…) ou d’aide aux migrantEs (Bureau d’Accueil et d’accompagnement des MigrantEs ), nous étions cette années encore quelques milliers (un peu plus que les 3000 de l’année dernière je dirais…) a défilé pour affirmer que nos fiertés sont politiques, &nbsp;nos luttes sont solidaires. Et rappeler que la première Gay Pride était une putain d’émeute de trans noires et latino contre les violences policières.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Racistes, sexistes, homophobes, transphobes&nbsp;: On vous emmerde&nbsp;!</strong></p>
<p style="text-align:justify;">C’est donc une marche joyeuse et déterminée, revendicative et festives qui a déambulé dans la rue Saint Denis et dans le marais, scandant «&nbsp;Tchétchénie, on meure, quittez l’Happy Hour&nbsp;» devant les terrasses, «&nbsp;Tout le monde déteste la police&nbsp;» en croisant un commissariat. Avec ses dizaines de pancartes préparées par les organisaTRICEs, toute plus originales, plus géniales, les unes que les autres&nbsp;: On veut du Byoncé, pas l’Etat Policier&nbsp;; Plan de lutte contre le Sida, pas contre le prolétariat&nbsp;; Ni Patrie, Ni patriarcat&nbsp;; Mon corps, mon genre, ta gueule&nbsp;; Hanouna producteur d’homophobie…. On y croise des Queers Antifa, des ours à paillettes, des Trans-Pédé-Gouines décoloniaux, toute sortes de sorcières et de licornes, des drapeaux du NPA et une députée afro-féministe victimes d’attaques racistes qui dans la lignée de Césaire, les emmerde. La famille quoi&nbsp;!</p>
<p style="text-align:justify;">Au moment où une armée de clones fabriqués en série dans les écoles de commerce, sourire ultrabright et «&nbsp;trait d’humour&nbsp;» racistes aux lèvres, s’apprête à squatter l’assemblée nationale, prétendant incarner la «&nbsp;société civile&nbsp;», pour détruire le code du travail, pérenniser l’Etat d’urgence permanent, &nbsp;intensifier la chasse aux migrantEs et à leur soutiens, bref aggraver nos conditions d’existence et la répression contre celleux qui y résistent, quelle plus belle réponse que nos fiertés non conformes, que nos diversités solidaires, que cette Pride qui «&nbsp;nous ressemble, qui nous réunit, qui nous représente toutes et tous !&nbsp;» comme l’annonçait l’appel à le première Pride de nuit, il y a 3 ans?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Danser ne suffit plus&nbsp;!</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Quand nos sœurs et nos frères sont massacréEs en Tchétchénie, quand la Gay Pride d’Istanbul, interdite par Erdogan, &nbsp;est attaquée par les flics et les fachos (mais que les militantEs déploient malgré tout une magnifique banderole &nbsp;« Faut vous y faire, on est là »), quand la chasse aux migrantEs fragilise les LGBTQI+ qui fuient la guerre, la misère et les persécutions, plus que jamais nos fiertés ne sont pas nationales, nos luttes sont internationales.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus que jamais, à l’heure où l’impérialisme enrôle la défense formelle de nos droits et de notre sécurité dans les guerres contre ses ennemis intérieurs et extérieurs, à l’heure du pinkwashing et de l’homonationalisme, rappeler qu’il ne peux y avoir de fierté sans solidarité, est d’une urgence vitale. C’est ce que font la Pride de Nuit, les militantEs qui ont bloqué le cortège En Marche à la marche des fiertés samedi, Act Up qui zappe le char de Gilead, laboratoire pharmaceutique qui se gavent sur nos morts et nos malades du sida, les Queers anticolonialistes, qui ont déployé une banderole «&nbsp;No Pride in Occupation&nbsp;» lors de la Pride de Tel-Aviv, celleux qui &nbsp;aux USA perturbent les Pride officielles «&nbsp;No Justice, No Pride&nbsp;».</p>
<p style="text-align:justify;">Il est des moments, où, même si on pourra forcément danser sur notre Révolution (Big Up Emma), danser ne suffit pas comme l’affirmait fièrement la banderole de tête de l’année dernière.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Préparer les suites</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Et des moments de luttes le pouvoir de&nbsp; «&nbsp;l’extrême centre&nbsp;» nous en promet un paquet. Contre la normalisation de l’Etat d’urgence et son lot de persécution et de répression contre les musulmanEs (ou supposéEs tel), contre les militantEs, contre les classes dangereuse. Contre la chasse aux migrantEs et la criminalisation de la solidarité. Contre la casse des protections collectives qui va fragiliser encore plus touTEs les non conformes aux standards de cette société raciste, sexiste, homophobes, transphobe dans le monde du travail. Pour un code du travail qui permette de lutter réellement contre les discriminations. Pour de nouveaux droits pour touTEs (à commencer par la GPA et l’accès déjudiciarisé, rapide, déclaratif et gratuit au changement d’état civil, fondé sur la seule autodétermination).</p>
<p style="text-align:justify;">Et dans ces moments il est important d’avoir des espaces, comme par exemple les Pinks Blocks, qui à l’instar de la marche de vendredi, &nbsp;sont offensifs et safes, inclusifs sauf avec les racistes, les machos, les homophobes, les transphobes. Des cortèges où personne ne crie vouloir violer «&nbsp;Marine&nbsp;», Collomb, ou n’importe quelle autre crevure politicienne, car «&nbsp;la sodomie, c’est entre amiEs&nbsp;» (consentantEs).</p>
<p><em>TPP, 25 juin 2017</em></p>
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