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	<title>Archives des Chine - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Chine - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>La Chine est-elle un rempart à l’impérialisme ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-chine-est-elle-un-rempart-a-limperialisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Sep 2026 16:01:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[anti-impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Je m’intéresse à la question de l’essor de la Chine, de son développement capitaliste, parce que c’est une des grandes histoires du développement du capitalisme à l’échelle mondiale. L’histoire de ce développement se recoupe avec <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-chine-est-elle-un-rempart-a-limperialisme/" title="La Chine est-elle un rempart à l’impérialisme ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Je m’intéresse à la question de l’essor de la Chine, de son développement capitaliste, parce que c’est une des grandes histoires du développement du capitalisme à l’échelle mondiale. L’histoire de ce développement se recoupe avec beaucoup d’autres questions sur lesquelles je me suis penchée, concernant le développement du capitalisme et de l’impérialisme au Moyen-Orient. Je me concentrerai ici sur trois points clefs :&nbsp;</em></p>



<ol class="wp-block-list">
<li><em>L’essor de l&rsquo;État chinois moderne, et de l’économie chinoise jusqu’à sa position actuelle dans le capitalisme mondial est une success story capitaliste ou l’histoire d’une réussite capitaliste.</em></li>



<li><em>La soi-disant spécificité du capitalisme chinois n’a pas trait à la Chine en elle-même : il s’agit des mêmes dilemnes auxquels se sont confrontées toutes les classes dirigeantes bourgeoise lors du développement global du capitalisme.</em></li>



<li><em>Enfin, l’émergence de la Chine comme principal centre d’accumulation et de production capitaliste aujourd’hui mène inévitablement à l’intensification des rivalités et conflits impérialistes avec la puissance qu’elle conteste, les États-Unis. </em></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">Pour dérouler cette analyse, je vais proposer une définition du capitalisme. Je vais me concentrer sur deux points : D’abord, le capitalisme est un système généralisé de production et d’échange de marchandises. Dans une société capitaliste, chacun·e a sa vie structurée par le fait qu’iel doit produire des marchandises à vendre sur le marché &#8211; force de travail inclue. Ensuite, le processus d’accumulation du capital prend place dans une situation de compétition entre les classes dirigeantes capitalistes &#8211; les propriétaires et gestionnaires des moyens de production et des ressources nécessaires à la production des marchandises. Ils sont en concurrence les uns avec les autres pour prendre le contrôle de la plus grande part de la production sociale et cherchent à extraire toujours davantage de plus-value des producteur·ices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi certaines choses importantes sur lesquelles je vais revenir ne permettent pas en elles-mêmes de caractériser le capitalisme ou le socialisme. Parmi elles, le rôle central de l’État dans l’économie ou la planification centrale de l’économie, ne permettent pas, par elles-mêmes, de spécifier si on a affaire à une société capitaliste ou non.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, l’État et les capitaux sont tous les deux centraux pour le capitalisme. Des États de tailles différentes se sont développés : certains sont plus gros, plus riches, plus puissants que d’autres. Cette inégalité de la taille et la puissance des États est une des manifestations de l’inégalité qui caractérise le monde. Ce n’est pas la seule mais elle est importante et les États agissent comme des points de concentration de cette inégalité. Mais ils peuvent aussi parfois être des outils pour la surmonter, pour devancer ses rivaux en mobilisant la concentration du pouvoir d’État pour progresser dans la compétition avec les autres États et les autres classes dirigeantes capitalistes..</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Empire des Qing, puissance obsolète</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1820, la production de l’Empire chinois représentait un tiers de la production mondiale. En 1900, elle n’en représentait plus que 11%. En 1970, plus que 1%. Maintenant, la Chine est la plus grande économie mondiale. Durant ces 200 ans, le capitalisme a donc commencé à émerger en Chine dans un contexte de concurrence avec les puissances européennes – puis avec les États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’État pré-capitaliste chinois était très puissant et prospère, relativement à la plupart des États européens, qu’il a surpassé technologiquement et économiquement pendant des centaines d’années. Mais au début du 19e siècle, la Chine est doublée par la montée du capitalisme en Europe et plus précisément par le développement de l’empire britannique. S’ensuit un long processus de décomposition et de démembrement de l’Empire précapitaliste chinois sous l’effet de la pénétration impérialiste, essentiellement britannique, même si d’autres puissances européennes cherchent également à étendre leur influence sur la Chine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs vagues révolutionnaires contestent alors la vieille classe dirigeante chinoise. Cela aboutit au renversement de l’Empire en 1911. Le mouvement nationaliste chinois et le nouvel État chinois se retrouvent alors pris en étau : d’une part, face aux puissances européennes ; d’autre part, face au Japon, une autre puissance régionale où le capitalisme a commencé à se développer au 19e siècle – alors d’une manière bien plus dynamique qu’en Chine – et qui aspire à étendre sa domination en Asie. Cet essor du Japon en tant que puissance impérialiste dans la région se déroule réellement des années 1920 aux années 1940.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolution permanente déviée…</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En parallèle, le mouvement ouvrier prend son essor en Chine, partiellement inspiré et influencé par la révolution bolchevique en Russie de 1917.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a certaines similarités entre les contradictions sociales qui découlent du développement capitaliste, en Chine et en Russie, au début du 20e siècle. En particulier, on observe dans ces deux pays l’apparition d’une petite classe ouvrière industrielle très concentrée, au milieu d’un océan de paysans, face à une classe de propriétaires terriens et la bourgeoisie capitaliste émergente.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Russie, la révolution a été réussie en premier lieu, une transition socialiste a commencé mais a été défaite. Et la défaite de la révolution russe a joué un rôle dans la défaite de la révolution chinoise qui débuta au milieu des années 1920.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela a pris la forme d’une stratégie développée par le parti communiste en Russie – sous la direction de Staline – et adoptée par le parti communiste naissant en Chine. En résumé, l’argument staliniste était que les luttes des travailleur·euses chinois·es devaient se ranger sous la direction de la classe moyenne capitaliste et du mouvement nationaliste, le Kuomintang – qui finira par gouverner Taïwan après avoir perdu la guerre civile. Les travailleur·euses des grandes villes comme Shanghaï ne devaient pas pousser pour une révolution socialiste mais devaient se limiter à ce qu’ils pouvaient obtenir sous la direction des nationalistes bourgeois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette direction nationaliste bourgeoise a pris une terrible revanche sur les travailleur·euses en tuant des dizaines de milliers de personnes et en écrasant le mouvement révolutionnaire. Des membres de la direction du parti communiste s’enfuirent et menèrent des luttes de guérilla dans les campagnes, très loin des villes et du prolétariat. C’est ce mouvement que Mao Zedong a dirigé, et qui, à l’issue d’une lutte militaire, a pris le contrôle de l’État chinois en 1949.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La raison pour laquelle ce contexte est important c’est qu’il permet de rejeter l’idée qu’on puisse caractériser le Parti communiste chinois de 1949 comme un parti de travailleur·euses – il n’y en avait en fait pratiquement aucun – ou qu’on puisse prétendre qu’il prît le pouvoir au nom de la classe ouvrière. C&rsquo;était une « révolution » dirigée par des militaires visant à prendre le contrôle de l&rsquo;État tandis que les travailleur·euses restaient passifs. Beaucoup de travailleur·euses ont soutenu l’arrivée du parti et la défaite qu’il infligea aux nationalistes. Mais ce n’était pas un acte d’émancipation des travailleur·euses par les travailleur·euses elles·eux-mêmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">…vers le capitalisme d’État…&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous la direction de Mao, le nouvel État communiste chinois a commencé à se consolider et à jeter les bases du développement capitaliste en Chine. Cela a été réalisé particulièrement à l’époque de Mao en utilisant l&rsquo;État pour mobiliser les gens, pour les contraindre, mais aussi pour centraliser les ressources nécessaires pour rattraper et prendre le dessus sur d&rsquo;autres concurrents – à l’échelle internationale. Staline préconisait un même modèle de développement dès les années 1930.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre le caractère du régime économique et de l’État chinois, il faut regarder à quel point ce régime s’inscrit dans les tendances générales du fonctionnement du capitalisme au niveau mondial. Au niveau de l’organisation de la production, il y a une similarité entre le fonctionnement chinois et le fonctionnement capitaliste mondial.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, dans la période où Mao était au pouvoir, l’accent mis sur l’État et sur son rôle dans le développement économique est un trait commun à l’ensemble du système capitaliste. Certes, les méthodes bureaucratiques de centralisation étaient bien plus poussées en Chine ou en URSS qu’en Grande-Bretagne, en France ou aux États-Unis. Mais il y avait dans la même période dans les pays capitalistes occidentaux de nombreuses nationalisations d’industries.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il y avait des différences importantes entre les économies respectives de ces pays. En Angleterre, en France, aux États-Unis, même en Russie, le capitalisme était beaucoup plus ancien qu’en Chine. Donc par exemple, la masse sociale des paysans était énorme en Chine, en comparaison de ces autres pays et leurs niveaux d’industrialisation. Donc bien que la trajectoire soit similaire, ces économies nationales étaient à des étapes différentes de développement capitaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont par conséquent des épreuves différentes qui sont apparues à la fin des années 1960 aux années 1970. En occident, les mécanismes utilisés pour compenser la tendance du capitalisme à entrer en crise, ne sont plus aussi efficaces qu’ils ne l’avaient été, au sortir de la seconde guerre mondiale. En Chine le défi est différent. Les politiques de Mao entraînent une crise dans l’agriculture, des dizaines de milliers de personnes sont décimées par la famine. En parallèle, la tentative de mener une industrialisation rapide a été relativement infructueuse et a conduit à l’effondrement de la production d’acier par exemple. En Chine comme en occident, on reconnaît dans les années 1970 que le système n’est plus viable tel quel.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">…puis le capitalisme de marché !</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après la mort de Mao et la prise de pouvoir de Deng Xiaoping, émerge une nouvelle stratégie économique chinoise qui vise à moderniser l’économie et à l’intégrer dans l’économie mondiale à un plus haut degré. Cette politique a produit un incroyable bond dans la production industrielle et le développement économique du pays tout au long des 50 années qui suivront. Le processus de privatisation de l’agriculture a permis l’augmentation de la production agricole, tandis que la production industrielle a augmenté de 20% par an pendant les années 1980.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette croissance industrielle a posé les bases qui ont permis à l’économie chinoise de décoller dès les années 1990 et particulièrement dans les années 2000, quand la Chine s’est imposée comme puissance d’exportation massive de marchandises.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, bien que la période néolibérale, ouverte dans ces années, est perçue comme une période de retrait de l’État, les fondements du succès de la Chine en tant que puissance néolibérale ont été posés par l’intervention de l’État lui-même. Cela fait partie des mensonges de Thatcher, Reagan et des autres dirigeants capitalistes d’avoir refusé de reconnaître le rôle joué par l’État chinois dans l’édification de ces fondements.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’État chinois : pas un rempart mais une partie du problème</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pensons aux produits et processus de production au centre de la révolution industrielle conduite par la Chine. Il s’agit du high-tech, la production d’électronique à destination du grand public mais aussi la production de semi-conducteurs&#8230; Des catégories de technologies majoritairement transférées dans l’Asie de l’Est dans les années 50 justement par les États-Unis. Mais alors qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont noué des relations politiques avec les autres États de la région, comme le Japon, et ont conservé le contrôle sur ces relations politiques, la Chine, État d’une échelle beaucoup plus importante, est en dehors de ce système d’alliances politiques.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’élan économique de la Chine de ces 20 dernières années, durant lesquelles elle a vraiment commencé à supplanter, sur certains aspects, la domination des États-Unis et de ses alliés comme l’Allemagne ou le Japon, est ce qui déstabilise l’équilibre global entre les plus grandes puissances impérialistes. C’est essentiel à la compréhension de la crise de l’impérialisme étasunien aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, le développement des forces productives des années 1980 et 1990 de la Chine l’a amenée à se placer en compétition avec le capitalisme étasunien. C’est cette compétition qui domine le système de compétition global entre États capitalistes. Et cette compétition économique alimente les processus de rivalité militaire, que la classe dirigeante chinoise le veuille ou non. Nous en revenons au problème inévitable de l’impérialisme.</p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Anne Alexander, Socialist Worker Party (Angleterre)</strong></h5>
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		<item>
		<title>États-Unis / Chine : vers un nouveau partage du monde ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/etats-unis-chine-vers-un-nouveau-partage-du-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jun 2023 05:31:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[États-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Impérialisme]]></category>
		<category><![CDATA[rivalités impérialistes]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Début avril l’armée chinoise a simulé l’encerclement et le bombardement de Taïwan en déployant ses navires et avions de guerre. Les manœuvres de l’armée chinoise et de la flotte américaine basée au Japon se répondent <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/etats-unis-chine-vers-un-nouveau-partage-du-monde/" title="États-Unis / Chine : vers un nouveau partage du monde ?">[...]</a></div>
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<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:600">Début avril l’armée chinoise a simulé l’encerclement et le bombardement de Taïwan en déployant ses navires et avions de guerre. Les manœuvres de l’armée chinoise et de la flotte américaine basée au Japon se répondent depuis plusieurs mois, tout comme se répondent des discours politiques toujours plus agressifs.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #08 &#8211; Mai 2023</h6>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">En mai 2022, Joe Biden a affirmé que les États-Unis interviendront militairement si Pékin envahit l’île. En octobre, le président Xi Jinping a rappelé que si l’objectif de la Chine populaire est de réunifier Taïwan pacifiquement, elle ne « renoncera jamais à l’usage de la force », si besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les tensions ne se limitent pas à Taïwan. Dès 2018, Trump a imposé de lourds droits de douane aux importations chinoises. Depuis novembre 2022, plusieurs entreprises chinoises, comme Huawei, sont bannies des États-Unis. En janvier dernier, Joe Biden a scellé un accord avec les Pays-Bas et le Japon pour restreindre l’accès de la Chine aux technologies permettant la fabrication des puces de dernière génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les dirigeant·es américains justifient leur politique par toutes sortes d’arguments qui vont de la défense du droit international et de la démocratie, aux risques d’espionnage et d’utilisation militaire des technologies, en passant par le non-respect des règles du commerce international.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La souveraineté et le droit international n’ont pourtant jamais embarrassé les États-Unis quand il s’est agi d’occuper l’Irak et l’Afghanistan. Ils ont soutenu les dictatures sud-coréenne et taïwanaise jusque dans les années 1980 et n’ont aucun scrupule à faire produire 90 % des Iphone d’Apple et autres marchandises par des centaines de milliers de travailleur·euses chinois dans des conditions d’exploitation terribles et sans aucun droit démocratique. L’affaire Snowden a révélé l’ampleur de leur réseau mondial d’espionnage. Quant aux règles de concurrence économique, dans un monde où les transactions mondiales s’effectuent en dollars et où le capital financier américain domine le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, elles sont taillées sur mesures pour bénéficier en premier lieu au capital américain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces arguments hypocrites masquent un affrontement bien plus profond entre les deux nations. Ces tensions grandissantes sont les symptômes d’une concurrence exacerbée entre deux blocs de capitaux qui prend la forme d’une concurrence militaire, d’un affrontement inter-impérialiste qui pousse à remettre en cause la hiérarchie des pouvoirs dans le monde.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="787878" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #787878;" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_ChineUS_Illustr1-1024x435.jpg" alt="" class="wp-image-7205 not-transparent" width="768" height="326"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Les tensions s’enracinent dans&nbsp;l’impérialisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’impérialisme s’est développé dans la seconde moitié du 19e&nbsp;siècle quand les grandes puissances européennes se sont partagé le monde par les guerres coloniales. L’impérialisme britannique dominait. La dynamique d’accumulation sans fin poussait le capital à déborder les frontières de l’État nation à la recherche de nouveaux débouchés pour les marchandises et d’investissements plus profitables. Pour cela les blocs de capitaux avaient besoin de l’État, de sa force militaire pour s’imposer et préserver ses « nouveaux » territoires, pour sécuriser les investissements et les voies commerciales, pour négocier avec d’autres blocs de capitaux des tarifs douaniers avantageux ou à défaut faire la politique de la canonnière. Loin de dissoudre l’État-Nation, l’internationalisation du capital le renforçait, alimentant le militarisme et le nationalisme. La concurrence économique entre blocs de capitaux prenait la forme d’une confrontation militaire entre États.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les contradictions entre capitaux ont débouché sur les deux premières guerres mondiales lorsque l’Allemagne puis le Japon, exclus de la première phase d’expansion coloniale, ont exigé un nouveau partage du monde. La Première Guerre mondiale a fait 20&nbsp;millions de morts et la Seconde plus de 50&nbsp;millions.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La hiérarchie des puissances a été profondément bouleversée. Les États-Unis sont devenus la puissance impérialiste dominante, assujettissant les vieux impérialismes secondaires de l’Europe occidentale, intégrant le Japon et l’Allemagne de l’Ouest dans leur système d’alliance. En face se dressait le bloc de l’Est dominé par l’URSS. L’État soviétique n’avait plus rien à voir avec celui issu de la révolution ouvrière de 1917, qui s’était mis au service de la classe ouvrière internationale et de la révolution mondiale. La contre-révolution stalinienne des années 1930 l’avait mis au service d’un capitalisme d’État contrôlé par une bureaucratie érigée en nouvelle classe dirigeante. Vainqueur de l’Allemagne nazie sur le front de l’Est, l’URSS avait obtenu des accords de Yalta, le contrôle d’une grande partie de l’Europe de l’Est à laquelle elle avait imposé son modèle bureaucratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les rivalités inter-impérialistes entre les deux blocs ont pris la forme de la guerre froide, alimentée par une économie d’armement permanent qui entretenait l’équilibre de la terreur.&nbsp;&nbsp;Les affrontements militaires se produisaient à la périphérie des blocs, notamment pour le contrôle des territoires qui se libéraient des vieux empires coloniaux comme au Vietnam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’effondrement du bloc de l’Est au début des années 1990 a de nouveau bouleversé la hiérarchie des puissances. L’impérialisme américain hégémonique a poussé son avantage en Europe, ralliant progressivement les nouveaux États indépendants de l’Europe de l’Est dans son alliance atlantique. La Russie, économiquement exsangue et en pleine restructuration, n’avait plus les moyens de déployer son arsenal militaire. Les États-Unis à la tête de leurs alliés sont intervenus comme gendarmes du monde pour assurer leur domination au Moyen-Orient ou en Afghanistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette hégémonie militaire masquait le recul économique des États-Unis, englué comme l’Europe occidentale dans une crise historique de profitabilité depuis le milieu des années 1970, et l’émergence d’une nouvelle puissance économique mondiale, la Chine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’émergence d’un nouveau rival</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’aux années 1970, la Chine maoïste, issue de la révolution de 1949, était soumise à un blocus économique de la part des États-Unis pour contenir l’expansion du « communisme ». Les États-Unis changèrent leur fusil d’épaule au début des années 1970. Il s’agissait pour une part d’enfoncer un coin dans les relations entre la Chine et l’URSS, pour une autre part d’user de son influence pour sortir du bourbier vietnamien. La Chine disposait de plus d’un réservoir de main-d’œuvre et d’un potentiel marché intérieur immense qui offraient de nouvelles perspectives de profits d’un capitalisme qui entrait dans une crise profonde. De son côté, le modèle chinois était dans l’impasse. L’objectif des dirigeants chinois après la révolution de 1949 n’avait rien à voir avec l’émancipation des travailleur·euses. Après avoir chassé l’influence impérialiste et les vestiges de la bourgeoisie chinoise vers Taïwan, il s’agissait de développer une économie nationale, par le biais d’une nationalisation bureaucratique de l’économie, dirigée d’une main de fer par le Parti communiste chinois. Mais suite à son isolement, l’économie était exsangue. Des réformateurs, notamment le futur dirigeant Deng Xiaoping, cherchaient une ouverture économique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1972, Richard Nixon est donc allé rencontrer Mao pour sceller la nouvelle « amitié sino-américaine ». La Chine populaire a été admise à l’ONU à la place de Taïwan avant d’établir des relations diplomatiques avec les États-Unis à la fin de la décennie. Des accords de coopération économique, avec des volets technologiques et militaires, ont été rapidement lancés. Les réformes économiques progressives menées sous Deng Xiaoping, au travers de « zones économiques spéciales », ont facilité les investissements du capital étranger à commencer par celui de la diaspora industrielle de Hong Kong et de Taïwan.&nbsp;&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="ece5e7" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #ece5e7;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_ChineUS_Illustr2.jpg" alt="" class="wp-image-7206 not-transparent" width="668" height="554"/><figcaption class="wp-element-caption">Carte <em>Le Monde diplomatique</em></figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">En 2001, l’ouverture a été accélérée par l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. L’État chinois a entrepris une vaste restructuration au travers d’une campagne de privatisations tout en gardant le contrôle des plus grosses entreprises dans les secteurs stratégiques de la défense, de l’énergie, des télécoms et des transports. Le secteur privé est resté profondément lié à l’État : en 2006, 90 % des millionnaires étaient d’anciens hauts fonctionnaires et la moitié des capitalistes de la zone côtière étaient liés PCC. Le Parti, garant des intérêts généraux de la classe dirigeante chinoise, a gardé un contrôle strict du processus d’ouverture économique, en écrasant la contestation sociale interne lors du massacre de Tian’anmen en 1989, et en s’assurant la fidélité des nouveaux capitalistes et des haut fonctionnaires par toutes sortes de purges au nom de la lutte contre la corruption.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ouverture chinoise a permis au capitalisme occidental de tirer d’énormes profits en délocalisant et sous-traitant en Chine une grande partie de sa production manufacturière, la transformant en usine du monde. Les investissements étrangers ont explosé. Les 200&nbsp;millions de migrant·es ruraux qui se sont installés dans les grandes villes depuis 1990 ont assuré une main-d’œuvre peu coûteuse. L’importation de marchandises bon marché a permis de réduire la pression sur les salaires en Occident. Si 70 % des bénéfices sont allés aux transnationales étrangères, cette ouverture a fait faire à l’économie chinoise un bond en avant sans précédent, non seulement en ce qui concerne la production manufacturière mais aussi dans la maîtrise et le développement d’une production de haute technologie capable de rivaliser avec les transnationales occidentales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’il ne représentait qu’un huitième de l’économie américaine en 2001, le PIB de la Chine atteint aujourd’hui 77 % du PIB des États-Unis et est en passe de le devancer d’ici la fin de la décennie. Dans la même période, la part de la Chine dans les exportations mondiales est passée de 6 % à 15 % tandis que celle des États-Unis a régressé de 10 à % à 8,5 %. Parmi les 500 plus grandes fortunes du classement du magazine Forbes, 124 sont chinoises contre 121 américaines. Dans les années 2010, le nouveau président chinois Xi JinPing a lancé le vaste projet des « Routes de la soie » qui vise à étendre son réseau commercial au travers de la planète et qui s’est traduit par de lourds investissements, principalement en Asie, mais également en Europe, en Amérique latine ou en Afrique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dangereuse accumulation des tensions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La puissance économique de la Chine a commencé à vivement inquiéter les dirigeants américains au début des années 2010. En 2011, Obama a réorienté 60 % de la puissance militaire américaine vers l’Asie. En 2015, un rapport stratégique du « Council on Foreign Relations », Think Tank composé de hautes personnalités tant conservateurs que démocrates a préconisé de nombreuses mesures comme l’exclusion de la Chine de nouveaux accords commerciaux, le contrôle des exportations de haute technologie, le renforcement des alliances stratégiques en Asie et des capacités militaires dans la région. Mise en oeuvre de façon brutale et raciste par Trump, cette politique continue aujourd’hui sous la présidence de Joe Biden par l’intermédiaire de mesures économiques qui visent à inciter les puissances occidentales à se désengager de la Chine et par l’intermédiaire d’alliances comme l’AUKUS scellée en 2021 avec l’Australie et la Grande-Bretagne pour contrer l’expansionnisme chinois dans le Pacifique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De leur côté, les dirigeants chinois comptent bien assurer la défense et l’expansion de leur économie. La Chine renforce chaque année son budget militaire qui reste néanmoins trois fois inférieur à celui des États-Unis. Elle a en particulier fortement augmenté sa flotte qui dépasse en nombre la flotte américaine tout en restant largement sous équipée par rapport à cette dernière. Tout comme aux États-Unis, cette politique s’accompagne d’un nationalisme plus dur, au sujet de la réunification avec Taïwan et de politiques racistes à l’égard des Ouïghours.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rivalité entre les deux puissances se concentrent au niveau régional. Les investissements chinois y sont nombreux et les importants flux de marchandises restent sous la surveillance des nombreuses bases américaines déployées dans la région, du Japon à la Thaïlande en passant par la Malaisie et le détroit de Malacca où transitent 90 % de marchandises chinoises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution profonde et rapide dans la hiérarchie des puissances, la rivalité inter-­impérialiste qu’elle suscite, pousse à une redistribution mondiale des pouvoirs. Dans le contexte d’une crise économique dont les économies mondiales n’arrivent pas à se relever depuis 2008 et qui se transforme en crise financière y compris en Chine ; dans le contexte de la guerre en Ukraine qui concerne la Chine dans la mesure où elle à tout intérêt à la stabilité de la Russie avec laquelle elle partage une frontière de plus de 4 000 km et qui lui permet de diversifier ses importations en gaz et en pétrole, cette redistribution des pouvoirs a de plus en plus de probabilité de s’effectuer par la voie des armes plutôt que par celle de négociations diplomatiques et commerciales.&nbsp;&nbsp;</p>


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<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-dominant-color="767676" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #767676;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2023/05/A2C_RevueN8_ChineUS_Illustr3-1024x546.jpg" alt="" class="wp-image-7207 not-transparent" width="768" height="410"/><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">L’histoire a montré le prix terrible que les peuples ont payé lors des précédents conflits inter-­impérialistes. Elle a aussi montré leur détermination constante à lutter contre cette logique, contre la guerre du Vietnam ou celle plus récente en Irak. Les colères des classes ouvrières à l’échelle mondiale, contre les crises multiples du capitalisme, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou même en Chine où la révolte des ouvrier·es de Foxconn a récemment mis à bas une politique de confinement extrême, portent les germes d’une alternative révolutionnaire à la barbarie capitaliste. À condition de s’emparer dès maintenant de cette question en luttant contre l’augmentation des dépenses de guerre, la militarisation des économies et le nationalisme.&nbsp;</p>



<h6 class="wp-block-heading">Nicolas Verdon, Paris 20<sup>e</sup></h6>
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