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	<title>Archives des Algérie - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<description>Pour l&#039;autonomie de classe !</description>
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	<title>Archives des Algérie - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Le Onze de l’indépendance algérienne</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/le-onze-de-lindependance-algerienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jakubowski]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Dec 2022 06:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture populaire]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Football]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">14 mai 1958. Trois joueurs algériens de l’équipe de Saint-Étienne se font la malle un lendemain de match de Championnat de France. Direction la Suisse. Sur le chemin, ils passent prendre des camarades footballeurs à <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/le-onze-de-lindependance-algerienne/" title="Le Onze de l’indépendance algérienne">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-style:normal;font-weight:600">14 mai 1958. Trois joueurs algériens de l’équipe de Saint-Étienne se font la malle un lendemain de match de Championnat de France. Direction la Suisse. Sur le chemin, ils passent prendre des camarades footballeurs à Lyon. À la frontière, les agents de la douane reconnaissent le populaire Mustapha Zitouni et le félicitent pour ses récentes performances. Peu de temps après, une dépêche annonce la désertion de footballeurs algériens. </p>



<p>De la Suisse, ces derniers prennent un train pour Rome puis un avion jusque Tunis, ville où siège la direction du Front de Libération Nationale (FLN). Le lendemain, le quotidien sportif&nbsp;<em>L’Équipe</em>&nbsp;fait sa une sur leur disparition. La Fédération française de football (FFF) les condamne dans un communiqué furieux&nbsp;: «&nbsp;<em>Les joueurs indigènes mordent à pleines dents dans le pain du football que nous leur distribuons</em>&nbsp;». Dans la capitale tunisienne, ils sont dix à se retrouver pour fonder le «&nbsp;Onze de l’indépendance algérienne&nbsp;». C’est que dans la lutte pour la libération du peuple et de la terre algérienne, le football occupe une place importante.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-dominant-color="737373" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #737373;" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/100914242_gettyimages-863060614.jpg" alt="" class="wp-image-6659 not-transparent" width="800" height="450"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>De gauche à droite: Mustapha Zitouni, Kadour Bakhloufi, Abdelaziz Ben Tifour, Abdel Rahman Boubaker, et Ammar Rouei en Tunisie en 1958</em></figcaption></figure>
</div>


<p>En Algérie, sous domination coloniale depuis 1830, le football est un outil de contrôle social pour les autorités coloniales. «&nbsp;<em>Le sport doit être le lien qui permet d’unir Français et Musulmans dans le même désir de performance et de nobles aspirations, en éliminant toute rivalité de religions et de races</em>&nbsp;»<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_6649_2('footnote_plugin_reference_6649_2_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_6649_2('footnote_plugin_reference_6649_2_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_6649_2_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_6649_2_1" class="footnote_tooltip"><em>&nbsp;L’Écho d’Oran</em>, 1936</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_6649_2_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_6649_2_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> affirme le général Henri Giraud en 1936, alors qu’il est à la tête de la division d’Oran. Bref, sur un même terrain, sous un même maillot, colonisateurs et colonisés auraient des intérêts communs&nbsp;: le mélange comme outil d’acculturation.</p>



<p>Ce qui explique que la création, dans les années 1920, des premiers clubs de foot composés uniquement d’«&nbsp;indigènes&nbsp;» ait été vue d’un mauvais œil. Ils ne sont tolérés par les autorités coloniales que tant qu’ils restent neutres par rapport à la question de l’indépendance et qu’ils se concentrent sur leur occupation récréative et hygiéniste. Ce qui n’empêche pas les tribunes de se politiser petit à petit. Dès 1928, les rencontres entre équipes européennes et «&nbsp;indigènes&nbsp;» sont interdites par le gouverneur général de l’Algérie.</p>



<p>En 1937, le Parti du Peuple Algérien est créé et, de manière générale, le mouvement indépendantiste gagne en puissance. L’État colonial répond par la violence&nbsp;: le 8 mai 1945, des milliers d’algérien·nes sont assassiné·es par l’armée française et des colons suite à une manifestation indépendantiste. En 1954, le FLN fait le choix de l’insurrection armée. Le football ne reste pas à l’écart des combats. Deux ans plus tard, le FLN appelle les équipes musulmanes de football à boycotter toutes les compétitions du colonisateur. Des joueurs rejoignent la lutte, comme Mohamed Benhamed de l’Union sportive musulmane d’Oran qui devient dirigeant du FLN au Maroc. En février 1957, l’organisation commet des attaques à la bombe dans des stades lors de matchs de pieds-noirs à Alger. La même année, en métropole, le député loyaliste Ali Chekkal est assassiné par un membre du FLN au coup de sifflet de la finale de la coupe de France.</p>



<p>Le FLN cherche à convaincre des footballeurs professionnels jouant en France de rejoindre la lutte en constituant une équipe de l’indépendance. Parmi la quarantaine, nombreux sont ceux qui versent déjà une «&nbsp;taxe révolutionnaire&nbsp;» qui représente jusque 15&nbsp;% de leur salaire. En avril 1958, une dizaine rejoint donc Tunis en héros. Le choix de la date est tout réfléchi&nbsp;: la défection a lieu quelques jours avant un match de préparation à la coupe du monde, auquel devaient participer au moins deux d’entre eux, et affaiblit donc l’équipe française sur le terrain.</p>



<p>Pour le FLN, ces ralliements permettent de constituer sur le terrain une équipe nationale algérienne, et de montrer que des stars sont prêtes à sacrifier leur carrière. En quelques jours, ces derniers passent en effet du statut de vedette du football français avec une vie confortable à celui de joueurs clandestins. Dès le 7 mai, la Fédération Internationale de Football association (FIFA) suspend les joueurs et prévoit des sanctions pour toute équipe nationale qui accepterait de les rencontrer. En plus de renoncer à la Coupe du monde en Suède, Rachid Mekhlouli risque la cour martiale pour désertion en tant que militaire.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="555555" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #555555;" decoding="async" width="944" height="531" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/6087d79eb1f6c_5f1ed85012a0d_maxsportsworldtwo694534.jpg.webp" alt="" class="wp-image-6662 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/6087d79eb1f6c_5f1ed85012a0d_maxsportsworldtwo694534.jpg.webp 944w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/6087d79eb1f6c_5f1ed85012a0d_maxsportsworldtwo694534.jpg-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/6087d79eb1f6c_5f1ed85012a0d_maxsportsworldtwo694534.jpg-768x432.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/6087d79eb1f6c_5f1ed85012a0d_maxsportsworldtwo694534.jpg-678x381.webp 678w" sizes="(max-width: 944px) 100vw, 944px" /><figcaption class="wp-element-caption"> </figcaption></figure>



<p>Le 9 mai 1958, a lieu le premier match du «&nbsp;Onze de l’indépendance&nbsp;» contre l’équipe marocaine, dans le cadre d’un tournoi qui porte le nom de la prisonnière politique algérienne Djamila Bouhired. «&nbsp;<em>La tribune était pleine d’Algériens combattants</em>, se rappelle Rachid Mekhlouli.&nbsp;<em>Quand j’ai vu notre drapeau se soulever, entendu l’hymne retentir, et les maquisards qui tiraient tout autour du terrain, j’ai été pris d’une énorme émotion</em>&nbsp;».</p>



<p>Pendant 4 ans, le onze de l’indépendance joue plus de 80 matchs dans 14 pays, de la Libye à l’Asie en passant par l’Europe de l’est, et comptera jusqu’une trentaine de joueurs. L’équipe devient le porte-drapeau de la libération algérienne. «&nbsp;<em>Quand on partait dans les pays de l’Est ou les pays arabes, les politiques étaient au courant de cette guerre mais pas les populations des pays qu’on visitait,&nbsp;</em>poursuit Rachid Mekhloufi<em>. Attention, on ne faisait pas que jouer au football&nbsp;! On allait visiter les usines, on discutait avec les populations, on expliquait ce qui se passait en Algérie. On était le bras de la révolution à travers le football. Nos résultats et notre manière de jouer nous aidaient énormément. Les gens qui nous voyaient débarquer se posaient des questions&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;</em>C’est quoi cette équipe&nbsp;? D’où ils viennent ces diables&nbsp;?&nbsp;»<em>&nbsp;On avait une équipe du tonnerre&nbsp;</em>».</p>



<p>Sur le terrain justement, le jeu proposé se veut à l’image de la lutte indépendantiste&nbsp;: offensif. Et ça marche&nbsp;: en moyenne, l’équipe marque 4 buts par match. «&nbsp;<em>Sur le plan tactique, une constante&nbsp;: l’attaque dans le spectacle,&nbsp;</em>analyse Rachid Mekhloufi.<em>&nbsp;Venus d’horizons différents, nous n’avons pas de problèmes pour réussir l’amalgame puisque nous vivons ensemble, partageons les mêmes joies et les mêmes peines. Autant de conditions idéales à un jeu collectif</em>&nbsp;»</p>



<p>Petit à petit, la fatigue s’accumule, en raison des conditions précaires d’accueil et de voyage, et la lassitude d’affronter des formations moins talentueuses pointe le bout de son nez. D’autant que la direction du FLN se désintéresse petit à petit de ses ambassadeurs à crampons. Au printemps 1961, une dernière tournée de matchs les mène en Bulgarie, Yougoslavie, Roumanie, Hongrie et Tchécoslovaquie. La FIFA reconnaît l’équipe algérienne dans la foulée de l’indépendance gagnée le 18 mars 1962. Une fois leur suspension levée, la plupart des joueurs rebelles retournent jouer dans le championnat français.</p>



<h6 class="wp-block-heading">Antoine Klein, Toulouse</h6>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="a599a3" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a599a3;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2022/12/100918583_fln.jpg" alt="" class="wp-image-6660 not-transparent"/><figcaption class="wp-element-caption"><em>Un timbre imprimé par le gouvernement algérien lors de l&rsquo;anniversaire de son indépendance</em></figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots"/>



<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<div class="wp-block-group has-luminous-vivid-amber-background-color has-background"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<div style="height:10px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-center"><em>Conseils de lecture&nbsp;:</em></h6>



<ul class="wp-block-list">
<li>La BD&nbsp;<em>Un maillot pour l’Algérie&nbsp;</em>de Ray, Galic et Kris, 2016</li>



<li>«&nbsp;Le Onze de l’indépendance algérienne. Une lutte de libération en crampons&nbsp;», chapitre du livre&nbsp;<em>Une histoire populaire du football</em>, M. Correia, La Découverte, 2018</li>
</ul>



<div style="height:5px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>
</div></div>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6649_2();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_6649_2();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_6649_2">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_6649_2" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_6649_2_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_6649_2('footnote_plugin_tooltip_6649_2_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text"><em>&nbsp;L’Écho d’Oran</em>, 1936</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_6649_2() { jQuery('#footnote_references_container_6649_2').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6649_2').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_6649_2() { jQuery('#footnote_references_container_6649_2').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6649_2').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6649_2() { if (jQuery('#footnote_references_container_6649_2').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6649_2(); } else { footnote_collapse_reference_container_6649_2(); } } function footnote_moveToReference_6649_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6649_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_6649_2(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6649_2(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/culture-populaire/le-onze-de-lindependance-algerienne/">Le Onze de l’indépendance algérienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La domination policière : prolongement des rapports d&#8217;oppression</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/recension-la-domination-policiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Oct 2020 01:53:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Petite bibliothèque A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[police]]></category>
		<category><![CDATA[Racisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">En 2012, Mathieu Rigouste présente une généalogie de l&#8217;institution policière en France, pour comprendre ce qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui et sa structuration sur des bases coloniales, racistes et de classe. La guerre d&#8217;Algérie est terminée, mais <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/recension-la-domination-policiere/" title="La domination policière : prolongement des rapports d&#8217;oppression">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>En 2012, Mathieu Rigouste présente une généalogie de l&rsquo;institution policière en France, pour comprendre ce qu&rsquo;elle est aujourd&rsquo;hui et sa structuration sur des bases coloniales, racistes et de classe.</em></p>



<p>La guerre d&rsquo;Algérie est terminée, mais l&rsquo;héritage colonial continue de structurer la police. De 1930 à aujourd&rsquo;hui, les différentes brigades de police n&rsquo;ont de cesse de réprimer les communautés ne correspondant pas pleinement à la figure hégémonique de référence, construites politiquement et médiatiquement comme ennemies de l&rsquo;intérieur.</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="67594e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #67594e;" decoding="async" data-id="4779" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/DpKYh5HWkAAfD5--768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4779 not-transparent"/></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="695d52" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #695d52;" decoding="async" data-id="4780" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/DpKYh5DXUAAYqSi-768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-4780 not-transparent"/></figure>
</figure>
</div></div>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;héritage colonial de la police</h2>



<p>En 1930, La Brigade nord-africaine (BNA) voit le jour, gérée par un grand nombre d&rsquo;administrateurs coloniaux et des fonctionnaires en poste en Algérie. Cette brigade vise le contrôle des populations algériennes en hexagone, tout en surveillant les membres de groupes décoloniaux. L&rsquo;idée étant d&rsquo;agir par rafles et raids dans les quartiers dits « musulmans » de Paris. Cette brigade a été dissoute, à la Libération, pour des faits de collaboration avec la Gestapo.&nbsp;</p>



<p>La répression de l’État se poursuit avec la création des Brigades des Agressions et Violences (BAV), en instaurant un climat de tension constant, en circulant dans les quartiers dits « criminels ». Cette brigade n&rsquo;est que le prolongement ouvertement raciste de la première puisqu&rsquo;elle tirait systématiquement sur toutes les personnes perçues comme Algériennes et leur semblant menaçantes.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="717672" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #717672;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/police_brutality-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-4783 not-transparent"/></figure>



<p>En 1970, après des centaines de crimes policiers, après l&rsquo;assimilation des techniques contre-insurrectionnelles développées pendant la bataille d&rsquo;Alger, nous voici aux prémisses de ce qu&rsquo;est la Brigade anti-criminalité (BAC) d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.&nbsp;</p>



<p>En parallèle de cela, les travailleur·euses étranger·es &#8211; essentiellement issu·es des colonies &#8211; sont méprisé·es et toujours recruté·es au plus bas coût. Des foyers Sonacotra aux « bidonvilles », jusqu&rsquo;aux cités d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le même combat. Ces quartiers dits « criminels » ne sont en fait qu&rsquo;un outil politique d&rsquo;altérisation, et d&rsquo;exclusion du « prolétariat ségrégé ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fabriquer le crime pour s’attaquer aux pauvres&nbsp;</h2>



<p>La répression policière se maintient et est légitimée par un cadre politique et législatif de contrôle de plus en plus sécuritaire.&nbsp;</p>



<p>La lutte contre le crime semble alors secondaire, quand il s&rsquo;agit finalement d&rsquo;attiser et de susciter le délit mineur pour maintenir l&rsquo;ordre social établi, avec pour objectif l&rsquo;incarcération massive. Une organisation qui tente de dissimuler les profondes inégalités sociales en criminalisant et en stigmatisant les personnes précarisées, plutôt que de mettre en place des moyens pour améliorer leur quotidien.</p>



<p>Ajoutons à cela, l&rsquo;utilisation d&rsquo;armes de guerre dans les villes, et nous voici face à des forces de l&rsquo;ordre qui répondent bien à leur rôle de gardiens de la peur.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="9c786e" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #9c786e;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2020/11/49035867_1249694718503275_2026290644548321280_o-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-4778 not-transparent"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Abolir la police</strong></h2>



<p>La police est une institution étatique, qui a pour but de maintenir l&rsquo;ordre et des rapports économiques et sociaux, profondément inégalitaires, et est, donc, de fait, contre-révolutionnaire. La domination policière est née d&rsquo;un processus de déshumanisation et de criminalisation globale, de celleux qui diffèrent de la norme masculine blanche hétéro-patriarcale et bourgeoise. Elle s&rsquo;institue dans un contexte économique, politique et social où la violence fait système, où nous intériorisons la violence des rapports d&rsquo;oppressions comme la norme.</p>



<p>Tout est construit pour que nous prenions peur à l&rsquo;idée d&rsquo;un autre imaginaire politique&#8230; Une vie sans prison et sans police s&rsquo;imagine dans une société où les rapports systémiques seraient tout autres. La justice, et l&rsquo;égalité, la vraie, ne devrait pas être un espoir, mais une évidence. Je ne vois alors aucune autre option que celle de l&rsquo;action, pour transformer l&rsquo;ADN, les racines même, de notre société.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right">Aude (Rennes)</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Interview d&#8217;un activiste de la grève à Béjaia</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-greve-generale-a-bejaia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jan 2020 17:00:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Dans la wilaya algérienne de Béjaia, la démocratie populaire atteint de nouveaux sommets lors d’une grève générale de quatre jours pendant les élections présidentielles du 12 décembre 2019. Voici une interview réalisée le 31 décembre <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/la-greve-generale-a-bejaia/" title="Interview d&#8217;un activiste de la grève à Béjaia">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<pre class="wp-block-preformatted">Dans la wilaya algérienne de Béjaia, la démocratie populaire atteint de nouveaux sommets lors d’une grève générale de quatre jours pendant les élections présidentielles du 12 décembre 2019. Voici une interview réalisée le 31 décembre de cette année, de Kamal Aissat, membre du Parti Socialiste des Travailleur-ses en Algérie, par Anne Alexander, qui travaille sur les mouvements des travailleur·ses de plusieurs pays du "monde arabe", notamment l’Egypte, l’Irak, la Tunisie et les États du Golf. Voici la retranscription de son interview orale.</pre>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Anne Alexander : La grève générale active et autogérée : qu’est-ce exactement?</strong></h4>



<p>Kamal Aissat : La grève générale qui a été observée dans le département de Béjaïa mais qui s&rsquo;est propagée dans quelques départements limitrophes, c&rsquo;est une grève politique, qui avait pour but essentiel d&#8217;empêcher la tenue des élections, d&#8217;empêcher le passage en force qui était programmé dans les centres de vote au niveau du département. Elle est active parce que c&rsquo;est une grève où l’on a appelé tout le monde &#8211; travailleur·ses, étudiant·es, enseignant·es de lycée, à rester devant leurs écoles durant la durée de la grève et à débattre. Le but essentiel de la grève étant d&rsquo;engager des débats sur les perspectives du mouvement en lui-même. Donc, elle est autogérée parce que ce n&rsquo;est pas les syndicats qui l&rsquo;organisent et qui la gèrent mais c&rsquo;est beaucoup plus les travailleur·ses, lycéen·nes, étudiant·es, commerçant·es qui sont censées l’organiser. Elle est autogérée dans le sens où elle n’est pas organisée par une structure, qu’elle soit syndicale ou politique, mais plutôt par le mouvement en général avec toutes ses composantes. Dans le mouvement, il y a des syndicats, des collectifs, des comités populaires de quartier et de ville. C&rsquo;est donc ça ce qu&rsquo;on appelle une grève générale active, autogérée par la population, par les assemblées générales de débat.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>A.A. Comment expliquer ce succès à Bejaia alors qu’il n’y a pas eu de telle réponse dans les autres wilayas ?</strong></h4>



<p>K.A. Pourquoi les 48 départements n&rsquo;ont pas été en grève ? Il y a une histoire particulière de cette zone : c&rsquo;est un département qui a des traditions ouvrières de gauche assez anciennes, qui remontent aux années 70-80 avec une génération de militant·es d&rsquo;extrême gauche. Les travailleur·ses, la classe ouvrière en général en Algérie dans ce mouvement politique, agissent beaucoup plus en tant que citoyen·nes, pas en tant que classe ouvrière, en tant qu&rsquo;organisation sociale, ni en tant qu&rsquo;expression politique indépendante. C&rsquo;est l&rsquo;une des grandes faiblesses du mouvement en cours en Algérie même si le mouvement est profondément social. Parce qu&rsquo;il y a une histoire particulière d&#8217;embrigadement des syndicats, de fermeture du champ politique depuis des années, pour ne pas dire depuis des dizaines d&rsquo;années. Le régime a pu, dans un sens, “caporaliser” toutes les associations liées au monde du travail, y compris les organisations politiques. Les travailleurs ont participé à cette grève : c&rsquo;est eux qui l’ont organisé. Le service minimum, c&rsquo;est eux qui l&rsquo;ont décidé, en association avec les organisations syndicales par moment ou bien en dehors des organisations syndicales quand il n&rsquo;y en a pas. Il y a quelques collectifs qui sont nés dans certaines usines mais cela reste très marginal.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Comment avez-vous organisé la grève générale à Béjaia du 8 au 11 décembre ? </strong></h4>



<p>L&rsquo;appel à la grève générale a été lancé à titre propagandiste il y a plusieurs mois. La mémoire collective a enregistré que le départ de Bouteflika n&rsquo;a été le fruit que de la grève générale des secteurs stratégiques, particulièrement pétrolier, observée du 8 au 12 mars 2019. C&rsquo;est cette grève qui a bousculé l&rsquo;équilibre du régime, qui les a poussés à se « débarrasser » de Bouteflika car le but était de sauver le régime lui-même, quitte à sacrifier l&rsquo;image importante que représentaient Bouteflika et ses alliés. La fraction bourgeoise qui était au pouvoir jusqu&rsquo;au 15 mars a été balayée par la grève générale. Il y a une autre fraction de la bourgeoisie qui s&rsquo;est appuyée sur la grève générale pour enclencher un processus que nous connaissons à travers Ben Salah, un président illégitime et un gouvernement illégitime. Ils ont organisé deux élections qui ont été bloquées par la population. Donc c&rsquo;est ça dans la mémoire collective qu&rsquo;il y a comme référence par rapport à la grève générale. L&rsquo;appel à la grève générale à Beijaïa cette fois-ci a été lancé par les comités populaires citoyens, il a été lancé par beaucoup de syndicats au niveau du département, y compris la bureaucratie syndicale départementale de l&rsquo;UGTA qui a lancé un appel à 4 jours de grève en désaccord avec sa direction nationale. Il faut signaler ici que l&rsquo;UGTA de Béjaïa est en partie suspendue de la centrale syndicales parce qu&rsquo;ils divergent fondamentalement sur la bataille politique en cours pour un changement radical de système. D&rsquo;autres syndicats ont aussi appelé comme des syndicats autonomes de commerçants (quand on parle de commerçants chez nous ce sont les petits commerçants). Les transporteurs aussi étaient en grève, à tel point que tout le département a été paralysé : aéroport, ports, usines, universités, écoles. Aucun commerce de proximité n&rsquo;a ouvert, aucun centre commercial n&rsquo;a ouvert donc ça ressemble un peu à ce qu&rsquo;on appelle une grève morte au niveau du département. Ça a permis à la population de s&rsquo;organiser là où elle peut, ne serait-ce qu&rsquo;au moins pour bloquer les centres de vote et empêcher les élections, empêcher qu&rsquo;on les spolie de leur droit au vote essentiellement.</p>



<p>Le mouvement général et la grève générale n&rsquo;ont pas de direction particulière identifiée. Ça reste souvent des collectifs, quelques syndicats, des organisations de femmes, des collectifs féministes, des activistes dans certains quartiers. Les manifestations du vendredi jouent un rôle important : le mot d&rsquo;ordre de grève a été repris fortement le vendredi de la semaine précédente pour la construire. Les partis politiques regroupés au sein du PAD ont appelé à la grève. Pour rappel, le PAD, Pacte pour une Alternative Démocratique, est un regroupement d&rsquo;organisations qui ne sont pas toutes de gauche, mais sur quelques points, démocratiques. C&rsquo;est donc un front démocratique sur quelques revendications : libération des détenus, droit de circulation dans les manifestations d&rsquo;Alger ou ailleurs et quelques revendications basiques d&rsquo;un point de vue démocratique. Le PAD regroupe tous les partis qui considèrent que la rupture avec le système en Algérie ne peut pas se faire avec une élection maintenant, qu&rsquo;elle ne peut se faire qu&rsquo;avec une refondation de tous les textes existants, et tout ça, par le peuple organisé à la base. Ils ont lancé un appel à la grève générale, chose qui n&rsquo;est pas aisée pour certains partis qui sont plutôt libéraux mais la pression de la rue et des organisations de gauche à l&rsquo;intérieur a fait que le PAD a soutenu tous les appels à la grève, a appelé à maintenir la mobilisation pour faire barrage à la violation de la souveraineté populaire, le 12 décembre 2019, jour des élections.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Que sont les assemblées générales de débat ? Si j&rsquo;ai bien compris, vous avez dit que c&rsquo;était par elles que les travailleur·ses et les étudiant·es avaient organisé la grève ?</strong></h4>



<p>Les assemblées générales sont des lieux de débats souvent sur la place publique au niveau des centres villes, des villages,  animés par les comités de quartier, par des activistes. On y débat de la situation et des perspectives du mouvement et on définit les actions à mener et les réponses à entrevoir. C&rsquo;est un peu différent des assemblées dans les usines ou les universités. Même si dans certaines universités et dans certaines usines, c&rsquo;est malheureusement très limité, il y a des AG ouvrières sur des questions un peu plus politiques. Cependant, la mainmise des bureaucraties syndicales empêche l&rsquo;émergence de comités d&rsquo;usine ou de syndicats vraiment autonomes du pouvoir politique.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Je m&rsquo;intéresse beaucoup au processus par lequel les grévistes ont décidé le niveau de service minimum pendant la grève, et comment la coordination s&rsquo;est faite. J&rsquo;ai lu que les pharmacies étaient ouvertes et quelques services de santé, mais comment a été décidé le niveau de service disponible ?</strong></h4>



<p>Le principe de la grève générale qui a été adopté pour les 4 jours, associé à une grève générale classique, est celui des villes mortes. C&rsquo;est en partie une référence aux grèves générales qu&rsquo;on a connu durant la guerre de libération nationale. Particulièrement dans ce qu&rsquo;on appelle la bataille d’Alger, où il y a eu une grève générale d&rsquo;une semaine de tout Alger en soutien à la révolution. C&rsquo;est la référence historique qui est sous-entendue par ce mouvement. On a décidé que les boulangeries, les pharmacies, les services de santé devaient rester ouvertes parce qu&rsquo;à ce niveau, c&rsquo;est comme ça qu&rsquo;on assure la confiance dans la société. Au niveau des usines, ce sont les travailleurs eux-mêmes, à travers le syndicat ou le comité local, qui décident par exemple quelle chaudière doit rester ouverte, quelle chaîne doit être mise aux conditions de sécurité minimales. Ces questions se sont aussi posées dans l&rsquo;industrie des corps gras et des services comme le gaz, parce que nous sommes dépendants des bouteilles de butane. A partir de 17h, toutes les boutiques sont ouvertes. Les pompes à essence sont fermées de 6h à 17h et elles ouvrent la nuit pour assurer le ravitaillement des bus et des voitures parce qu&rsquo;il fallait manifester chaque jour : on ne pouvait pas rester sans véhicules durant la journée. La grève du mois de mars était très dure, il n&rsquo;y avait rien du tout, aucun service minimum assuré. On s&rsquo;est rendu compte que lorsque nous faisions grève, il fallait que la nuisance soit projetée sur l&rsquo;adversaire et non pas sur la société. Donc on a essayé de limiter au maximum les effets négatifs de la grève sur la population pour résister encore plus.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Est-ce qu&rsquo;il y avait des assemblées générales de débat pendant les quatre jours de la grève?</strong></h4>



<p>Malheureusement pour nous, il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;assemblée générale ouvrière proprement dite, c&rsquo;est-à-dire au niveau des lieux de travail, parce que les transports n&rsquo;ont pas fonctionné, mis à part ceux qui étaient chargés du service minimum. En revanche, les travailleur·ses étaient majoritaires dans les assemblées de quartiers, dans les villages. L&rsquo;enjeu c&rsquo;était d&#8217;empêcher qu&rsquo;il y ait l&rsquo;ouverture des centres de vote par les forces de sécurité et de ce point de vue, ils ont réussi parce qu&rsquo;ils ont mis en place des comités de vigilance qui sont restés 48h devant les centres de votes pour empêcher toute intrusion des forces de sécurité. Il y avait des débats aussi sur l’Algérie qu&rsquo;on veut demain. Je rappelle que nous sommes toujours dans une phase où l&rsquo;initiative politique est entre les mains du pouvoir et que le mouvement n&rsquo;a pas pris encore d&rsquo;initiative politique, n&rsquo;a pas encore formulé d&rsquo;alternative politique. C&rsquo;est une de ses plus grandes faiblesses de ce point de vue.</p>



<h5 class="wp-block-heading"></h5>
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		<title>Chili, Algérie, Hong-Kong… La révolution qui vient</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/chili-algerie-hong-kongla-revolution-qui-vient/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Nov 2019 09:33:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Chili]]></category>
		<category><![CDATA[Hong-Kong]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ce qui éclate aux quatre coins du monde nous enflamme. De l’est à l’ouest et du nord au sud, sur tous les continents, pays riches, pays émergents, « success stories » du néolibéralisme, pays dévastés <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/chili-algerie-hong-kongla-revolution-qui-vient/" title="Chili, Algérie, Hong-Kong… La révolution qui vient">[...]</a></div>
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<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-normal-font-size">Ce qui éclate aux quatre coins du monde nous enflamme. De l’est à l’ouest et du nord au sud, sur tous les continents, pays riches, pays émergents, « success stories » du néolibéralisme, pays dévastés par la guerre ou pays ravagés par la domination impérialiste. De Hong-Kong au Chili en passant par Haïti ou la Guinée, de Catalogne à l’Equateur en passant par le Liban ou l’Irak. Des luttes de masses et des processus de radicalisation qui créent des situations quasi-insurrectionnelles.</p>
</div></div>



<p>Que les désabuséEs<span class="footnote_referrer"><a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_2930_8('footnote_plugin_reference_2930_8_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_2930_8('footnote_plugin_reference_2930_8_1');" ><sup id="footnote_plugin_tooltip_2930_8_1" class="footnote_plugin_tooltip_text">1</sup></a><span id="footnote_plugin_tooltip_text_2930_8_1" class="footnote_tooltip">Ce texte est dédié à Catherine Grupper, révolutionnaire infatigable et jamais désabusée. A jamais dans la révolution qui vient&#8230;</span></span><script type="text/javascript"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2930_8_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2930_8_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top right', relative: true, offset: [10, 10], });</script> passent leur chemin. L’optimisme de la volonté, l’adhésion inconditionnelle à la révolte, n’est pas une naïveté révolutionnaire, une fuite de l’analyse. Elle en est au contraire la condition. Là où tout système de domination mystifie, y compris la pensée qui se veut critique, c’est la lutte qui clarifie. </p>



<p>Chaque soulèvement a bien sûr sa vérité, son contexte concret, son histoire, ses conditions et raisons spécifiques. Mais ces spécificités ne font que renforcer ce qui devrait être une évidence : la quantité produit un saut qualitatif. La multiplication des soulèvements de masse est un événement majeur.</p>



<p>Il n’y a pas d’état-major caché de la révolution, d’Internationale secrète des amiEs de l’insurrection, qui aurait planifié cette série de situation des Gilets jaunes en France à Hong Kong ou Alger au printemps dernier puis les contagions de cet automne.</p>



<p>La raison est ailleurs. Et les conséquences en sont gigantesques. C’est la crise profonde du capitalisme, les crises politiques qu’elle induit, les antagonismes irréductibles qu’elle révèle qui créent les conditions de l’explosion révolutionnaire. Et parce que le capitalisme est mondial, ces conditions le sont aussi. C’est ce qui rend la contagion possible. Là où elle se produit actuellement… comme ailleurs. Cet automne a aussi eu lieu à General Motors, pendant 5 semaines, la plus grande grève de l’automobile depuis 50 ans aux Etats-Unis, cœur de l’accumulation capitaliste et de la domination impérialiste. En France, une grève illimitée se prépare pour le 5 décembre, des grèves de Sans-Papiers ont repris ces derniers mois…</p>



<h3 class="wp-block-heading">La révolution crée les luttes de masse</h3>



<p>Tapons sur le clou encore une fois. C’est le propos provocateur de Rosa Luxemburg dans sa brochure « grèves de masse » : ce ne sont pas les luttes de masse qui créent la révolution, c’est la révolution qui crée les luttes de masse. La révolution est là.</p>



<p>Autour de nous la rengaine a déjà commencé dans les milieux dits de gauche. Comme avec les Gilets Jaunes. Oui c’est bien mais pour aller où ? Mais quelles perspectives? Et ça va finir comment? Parce qu’il manque ceci, parce qu’il manque cela…</p>



<p>Et parce que cette explosion de soulèvements ne peut être totalement ignorée : mais en même temps… En même temps la planète brûle, en même temps il y a la répression, les gouvernements nous attaquent, le fascisme se développe…</p>



<p>Ce n’est pas « en même temps ». C’est « le même temps ». Ce ne sont pas deux mondes parallèles. C’est la même réalité parce que ce sont les mêmes conditions, les mêmes causes profondes qui produisent l’un et l’autre, processus antagonistes, révolutionnaire et contre-révolutionnaire. Il va falloir faire avec… et en tenir compte. La lutte pour la révolution est indissociablement aussi une lutte contre la contre-révolution. Dès le départ. L’alternative n’est pas entre démocratie (bourgeoise) ou barbarie. Elle est entre communisme ou barbarie. Entre révolution et contre-révolution. C’est tout le paradoxe : sous-estimer la portée des soulèvements et leurs potentialités va avec la sous-estimation des dangers du fascisme, de l’islamophobie, de la nécessité de la lutte politique des sans-papiers et migrantEs, de la lutte contre le militarisme…</p>



<p>L’alternative n’est pas au centre, l’antagonisme est irréductible. Tous les soulèvements ont commencé, en apparence sur une revendication limitée, soit sur une énième mesure d’austérité, une nouvelle taxe, une augmentation de prix (c’est le cas des Gilets jaunes, du Liban, du Chili, de l’Equateur) ou sur une revendication « démocratique » (c’est le cas de Hong Kong, l’Algérie, la Catalogne, la Guinée). Et les pouvoirs ont reculé. Mais cela n’a pas arrêté le mouvement. Et les deux types de revendications se sont mêlées, sociales et politiques, politiques et sociales. Faisant apparaître ces mouvements comme insaisissables. Mais que veulent-ils vraiment ? Parce qu’au fond c’est la nature même du système qui est en cause. Et que ce système a de moins en moins de médiations à proposer pour canaliser la révolte.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="8e8a85" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8e8a85;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/11/Riot-police-fire-tear-gas-at-protesters-at-the-entrance-of-al-Jumhuriya-bridge-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-2935 not-transparent"/><figcaption><em>Manifestation à Bagdad au pont Al-Jumhuriya à l&rsquo;entrée de la zone verte.</em></figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un « débouché politique » extérieur au mouvement?&nbsp;</strong></h3>



<p>C’est aussi la raison de la faillite de organisations traditionnelles et de l’impasse de ceux et celles qui nous expliquent que « ce qui manque » serait le « débouché politique » sans lequel tout serait voué à l’échec dès le départ. Car tout « débouché » pensé, conçu comme extérieur au mouvement lui-même est aussi extérieur à l’antagonisme irréductible qui est à la source.</p>



<p>Il fut un temps où Lénine, le révolutionnaire russe, posait une question un rien ironique : « Il est sûr que les révolutionnaires apprendront de la révolution. Mais la véritable question est : est-ce que les révolutionnaires seront capables d’apprendre quelque chose à la révolution ? ». Ironique : « apprendre de la révolution », c’est la condition pas si évidente. Et sur cette base : qu’y apporteront les révolutionnaires ?</p>



<p>Revenons à Rosa Luxemburg. C’est fin décembre 1918 dans le feu du processus révolutionnaire, quelques semaines après l’éclatement du soulèvement en Allemagne qui provoque la fin de la guerre et la chute du régime qu’elle participe à la création du parti communiste.</p>



<p>Dans le congrès de fondation elle alerte contre toute tentation de substituer un état-major à un autre. Elle argumente que le processus révolutionnaire alors en cours… est un processus. La révolution ne peut-être faite par une minorité, soit-elle très nombreuse et déterminée. La révolution doit soulever, impliquer, embraser la majorité de la société. Un régime est tombé. Soit. Des millions d’AllemandEs s’éveillent alors, à des rythmes différents à l’action politique. Elle explique alors qu’il faut que les luttes entraînent des secteurs de plus en plus profonds de la société, que la lutte politique générale doit fertiliser une multiplication de grèves économiques, de luttes sur des revendications spécifiques. Que les révolutionnaires doivent s’organiser pour travailler à cela, le favoriser. Non comme une alternative à l’insurrection, mais comme préparation pour celle-ci. Elle appelle à éviter le piège de l’insurrection prématurée, annonce que le pouvoir ne manquera de tenter de la provoquer pour isoler la minorité révolutionnaire et l’écraser tant que le rapport de forces lui est favorable. Rosa Luxemburg est mise en minorité sur ce point et l’insurrection qui se déclenche à Berlin sera écrasée, provoquant l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht par les milices du pouvoir. La veille de son assassinat elle écrit un article disant que c’est au travers de ses défaites que la révolution avance.</p>



<p>L’autonomie de classe qui est le nom de ce bulletin n’est pas pour nous un effet de mode ou un appel abstrait à l’insurrection. Il est un projet stratégique lié à la période. Autonomie parce que c’est dans l’antagonisme assumé avec le Capital et l’Etat que le mouvement doit se construire. Autonomie de classe parce qu’il faut dépasser le vide stratégique des références aux « peuples ». L’antagonisme de classes est au cœur du capitalisme, de son fonctionnement, de ses crises, de ses aberrations mais aussi ce qui produit ce qui peut le renverser.</p>



<p>Ce qui éclate aux quatre coins du monde nous enflamme. Pas comme une fuite de l’analyse : il faut apprendre de chacun de ces mouvements, en comprenant chaque contexte particulier, de ce qui s’y crée, s’y joue, des débats que cela suscite. Parce que, fondamentalement, les mêmes choses se jouent ici. Parce que la révolution n’est pas seulement au début du processus. Il faut s’organiser et combattre pour qu’elle en soit le but.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Denis Godard</h5>
<div class="speaker-mute footnotes_reference_container"> <div class="footnote_container_prepare"><p><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_label pointer" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2930_8();">Notes</span><span role="button" tabindex="0" class="footnote_reference_container_collapse_button" style="display: none;" onclick="footnote_expand_collapse_reference_container_2930_8();">[<a id="footnote_reference_container_collapse_button_2930_8">+</a>]</span></p></div> <div id="footnote_references_container_2930_8" style=""><table class="footnotes_table footnote-reference-container"><caption class="accessibility">Notes</caption> <tbody> 

<tr class="footnotes_plugin_reference_row"> <th scope="row" id="footnote_plugin_reference_2930_8_1" class="footnote_plugin_index pointer" onclick="footnote_moveToAnchor_2930_8('footnote_plugin_tooltip_2930_8_1');"><a role="button" tabindex="0" class="footnote_plugin_link" ><span class="footnote_index_arrow">&#8593;</span>1</a></th> <td class="footnote_plugin_text">Ce texte est dédié à Catherine Grupper, révolutionnaire infatigable et jamais désabusée. A jamais dans la révolution qui vient&#8230;</td></tr>

 </tbody> </table> </div></div><script type="text/javascript"> function footnote_expand_reference_container_2930_8() { jQuery('#footnote_references_container_2930_8').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2930_8').text('−'); } function footnote_collapse_reference_container_2930_8() { jQuery('#footnote_references_container_2930_8').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2930_8').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2930_8() { if (jQuery('#footnote_references_container_2930_8').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2930_8(); } else { footnote_collapse_reference_container_2930_8(); } } function footnote_moveToReference_2930_8(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2930_8(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2930_8(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2930_8(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }</script><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/editorial/chili-algerie-hong-kongla-revolution-qui-vient/">Chili, Algérie, Hong-Kong… La révolution qui vient</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>D’Alger à Détroit et de Fanon à Bobby Seale</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/dalger-a-detroit-et-de-fanon-a-bobby-seale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Gabo]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Nov 2019 14:49:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Petite bibliothèque A2C]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">En 1960, six ans après la défaite décisive de la France en Indochine, c’était le tour de l’Algérie de devenir l’épicentre de la lutte anticoloniale. Cependant, c’est lors une conférence anticoloniale la même année à <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/dalger-a-detroit-et-de-fanon-a-bobby-seale/" title="D’Alger à Détroit et de Fanon à Bobby Seale">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>En 1960, six ans après la défaite décisive de la France en Indochine, c’était le tour de l’Algérie de devenir l’épicentre de la lutte anticoloniale. Cependant, c’est lors une conférence anticoloniale la même année à Accra , capitale du Ghana, premier pays africain indépendant, qu’Elaine Mokhefti a vraiment débuté le périple militant raconté dans son livre « Alger, capitale de la révolution ».</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright is-resized"><img data-dominant-color="8e8586" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #8e8586;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/11/AlgerMokhtefi_couv-1-665x1024.jpg" alt="" class="wp-image-2828 not-transparent" width="241" height="371"/></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Le racisme en France</strong></h3>



<p>Arrivée depuis les États-Unis en France en 1952, Elaine Mokhefti se rend compte assez vite que la devise « liberté, égalité, fraternité » n’était qu’une façade d’un État tout aussi raciste que les États-Unis. Un racisme particulier, colonial, qui pénétrait jusqu’aux organisations du mouvement ouvrier et de la gauche. En 1954, François Mitterrand, alors ministre de l’intérieur, déclare que l’Algérie, c’est la France… des Flandres jusqu’au Congo, la loi s’impose et elle est française. Le PCF, quant à lui, n’avait pas soutenu la lutte algérienne avant… sa fin en 1962. Déçue de voir que « le colonialisme et le racisme étaient les deux piliers du pouvoir », elle part alors pour une conférence à Accra ou elle rencontrera Fanon, dégoûté lui aussi par le racisme auquel il s’était confronté dans les rangs de l’Armée française de la Libération. Pour Mokhefti, ce sera la première d’une longue liste de rencontres avec des militants anticoloniaux comme Nkrumah, Lumumba, Kenyatta, Tambo et Ben Bella.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Alger la rouge</strong></h3>



<p>Jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie en 1962, Mokhefti s’engagea alors pour la cause algérienne depuis les États-Unis. Elle arriva, enfin, à Alger pour sa première foi, au moment de célébrations pour l’indépendance et elle y resta jusqu’en 1974. Les espoirs créés par Ben Bella&nbsp; pour un pays « socialiste », pour « l’autogestion » et la « liquidation du colonialisme dans toutes ses formes », ne seront réalisées qu’à moitié et pour une durée assez brève. Malheureusement à ce point, le livre n’explore pas du tout les causes de cette échec qui ont laissé Houari Boumédiène s’imposer par un coup d’état en 1965. Mokhefti se contente de critiquer le fait que Ben Bella était le « maître de l’improvisation » tandis que la question d’un contrôle démocratique réel des moyens de production n’est pas discuté. Aujourd’hui, alors que la revendication pour une assemblée constituante trouve une certaine écho dans la gauche algérienne et le mouvement de solidarité en Europe, l’expérience faite des outils&nbsp; « offerts » par la démocratie bourgeoise retrouve son importance.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les Panthères Noires à Alger</strong></h3>



<p>A partir de 1969 arrivent à Alger quelques cadres des Panthères Noires (PN), qui avaient quitté les États-Unis pour éviter d’être emprisonné·es. Mokhefti servira de lien entre les PN et le Front de Libération Nationale algérien qui était au pouvoir depuis la révolution. Elle tissa une relation militante très étroite avec Eldridge Cleaver, un des dirigeants exilés des PN et elle l’accompagna à travers la scission des PN en 1971 et jusqu’à son départ pour la France en 1973. Pour Mokhefti, cette collaboration était une suite logique de son engagement antiraciste aux États-Unis avant son départ. Cependant, l’importance qu’elle donne dans sa narration aux comportements individuels ne nous offre pas beaucoup d’enseignements sur les difficultés rencontrées par les PN et le développement de leur orientation politique à partir du moment où l’appareil sécuritaire étatique décida de les détruire. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Retour à la case départ</strong></h3>



<p>En 1974, après avoir refusé d’espionner Zohra Sellami, épouse de Ben Bella alors emprisonné, Mokhefti sera renvoyé sommairement d’Algérie pour la France où elle était considérée comme persona non grata.</p>



<p>Mokhefti raconte sa vie et présente l’incroyable nombre des personnalités qu’elle a rencontré : Simone De Beauvoir, Sartre, Nina Simone, Miriam Makeba, J.L. Godard,&#8230;&nbsp;</p>



<p>La seule faiblesse de ce livre est de ne pas essayer d’en tirer les leçons politiques. Son expérience est tellement riche qu’elle provoque en nous ce besoin. En même temps c’est aussi son atout, car son livre se lit presque comme un roman.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Dimitris</h5>



<figure class="wp-block-embed-youtube aligncenter wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Médine - Alger Roi (Official Audio)" width="678" height="381" src="https://www.youtube.com/embed/pzw2fBQFXXY?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
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		<title>Cinq messages du Soudan et de l’Algérie</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/international/cinq-messages-du-soudan-et-de-lalgerie-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Mar 2019 11:27:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement de masse]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous reproduisons cet article publié anonymement en Arabe sur le site des Socialistes Révolutionnaires en Egypte. S’appuyant sur les expériences historiques des révolutions de la dernière décennie au Moyen-Orient, il vise à tirer quelques leçons <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/cinq-messages-du-soudan-et-de-lalgerie-2/" title="Cinq messages du Soudan et de l’Algérie">[...]</a></div>
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<p><em>Nous reproduisons cet article publié anonymement <a href="https://revsoc.me/arab-and-international/39281/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">en Arabe</a> sur le site des Socialistes Révolutionnaires en Egypte. S’appuyant sur les expériences historiques des révolutions de la dernière décennie au Moyen-Orient, il vise à tirer quelques leçons des soulèvements populaires actuels au Soudan et en Algérie.<br></em></p>



<figure class="wp-block-image"><img data-dominant-color="655e5d" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #655e5d;" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2019/03/SoudanAlgérie-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-1898 not-transparent"/></figure>



<p>La poussée des masses populaires algériennes ne faiblit pas après des semaines de mobilisation, tandis que celle du peuple soudanais entre dans son quatrième mois. Ces vagues nouvelles de protestations montrent que les masses continueront à résister tant que les problèmes structurels, politiques et économiques, des régimes de la région ne seront pas réglés: despotisme, dictature, et politiques néolibérales extrêmes qui nourrissent la corruption. Lorsque les conditions politiques et sociales le permettent, les masses opposent une résistance pour défendre leurs intérêts. Les soulèvements populaires actuels qui se déroulent au Soudan et en Algérie portent des messages importants à l’attention des peuples de la région.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Premier message: l’ère de la révolution de masse n’est pas encore consommée</strong></h4>



<p>Pendant des années, les régimes dictatoriaux et contre-révolutionnaires de la région ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire avorter le “printemps arabe” de 2010-2013, mais aussi pour construire une image idéologique nauséabonde de la révolution, en tant que choix politique, qui n’infligerait que des calamités aux masses populaires prédestinées à la défaite.<br>Mais le retour de ces masses populaires sur les devants de la scène au Soudan et en Algérie montre que la révolution reste un choix politique des peuples, et représente la seule possibilité de dépasser les problèmes de régimes décidément irréformables. En Algérie, Bouteflika ne représente qu’un écran derrière lequel des réseaux corrompus de généraux et d’hommes d’affaires sont à l’oeuvre. Au Soudan, al-Bachir se trouve à la tête d’un régime sanguinaire qui impose des politiques austéritaires impitoyables suivant le diktat du Fonds Monétaire International.<br>Alors que les Soudanaises et les Algériennes se révoltent, un mouvement de masse se développe aussi au Maroc où de grandes sections syndicales et ouvrières organisent des manifestations, en Tunisie avec des grèves ouvrières, au Liban avec un mouvement contre la vie chère, et avant ça en Jordanie où un mouvement populaire en juillet dernier avait contraint le roi à revenir sur certaines réformes économiques, sans oublier les grandes marches du retour en Palestine. La colère populaire monte aussi en Egypte et dans d’autres pays de la région, cherchant un exutoire qui lui permettrait de s’exprimer.<br>Malgré les défaites subies, les révolutions passées restent capables d’inspirer, d’offrir des leçons et des expériences, et leur spectre terrorise toujours autant les despotes de la région. Si les soulèvements soudanais et algérien venaient à enregistrer des victoires majeures dans les semaines à venir, ils diffuseraient des ondes d’espoir et de confiance à travers la région.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Deuxième message: du politique à l’économique et vice-versa</strong></h4>



<p>Contrairement à l’image dominante véhiculée par les médias arabes et internationaux, les soulèvements soudanais et algériens puisent leurs origines dans des sources bien plus profondes que les slogans immédiats auxquels les médias dominants aimeraient restreindre ces mouvements populaires. Au Soudan, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres fut la décision du régime de multiplier par trois le prix du pain, mais le mouvement populaire (qui s’est mis en branle le 19 décembre 2018) brandit rapidement le mot d’ordre de la chute du régime, affirmant qu’il n’existait aucun espace de négociation ou de compromission avec le régime sanguinaire d’Omar al-Bachir, qui appauvrit et paupérise son peuple depuis trois décennies, mais que ce dernier devait «juste tomber». En Algérie, les slogans et les revendications ont rapidement dépassé le cadre du départ de Bouteflika pour s’attaquer à des questions sociales comme le chômage (qui touche 29% des moins de trente ans), sans parler de la vie chère, de la pauvreté qui touche un quart de la population comme de la corruption endémique. Loin de se contenter de rejeter le cinquième mandat de Bouteflika, qui n’est pas apparu en public depuis 2013, le mouvement en est arrivé à brandir le slogan de la «chute du régime».<br>En d’autres mots, la propagation des mouvements populaires ont permis le passage de l’économique au politique (du prix du pain à la chute du régime au Soudan), et du politique à l’économique (du rejet du cinquième mandat aux revendications sociales en Algérie). L’élargissement et l’approfondissement des mouvements populaires signifient une guerre ouverte sur le front politique comme sur les fronts économiques et sociaux: c’est ce qui effraie le plus les pouvoirs dictatoriaux. Une des tâches principales des deux soulèvements est la fusion radicale de ces différents fronts, condition sine qua non pour renverser le régime dans son ensemble.<br></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Troisième message: faire face aux manœuvres du pouvoir</strong></h4>



<p>Les soulèvements au Soudan et en Algérie se développent face à des combinaisons de répression directe, de chantage, de calomnie et de faux compromis. Depuis le début du mouvement, al-Bachir s’entête à dénoncer «des forces étrangères» qui agiteraient la contestation, exhorte les manifestantes à ne pas se laisser entraîner dans le «complot», et durcit encore le siège économique imposé au peuple soudanais afin de faire chanter les révolutionnaires. Tout en offrant des compromis trompeurs (comme sa demande au parlement d’annuler une réforme de la constitution), al-Bachir a imposé l’état d’urgence le 22 février. Mais la réponse ne se fit pas attendre, avec plus de 80 manifestations la nuit même dans différentes villes du pays. Les manifestations et les grèves ont lieu quotidiennement sur tout le territoire. Le soulèvement du Soudan a brisé les chaînes de la terreur que le régime a passé les trente dernières années à forger.<br>Le régime algérien s’essaye aussi aux combines, comme la promesse attribuée à Bouteflika d’organiser dans un an des élections présidentielles auxquelles il ne se porterait pas candidat, accompagnée par un large éventail de réformes constitutionnelles, une manœuvre qui rappelle celle tentée par Mubarak en Egypte quelques jours avant qu’il ne finisse par jeter l’éponge en 2011. (NdT: cet article a été écrit avant que le chef d’état-major de l’armée algérienne ne demande la destitution de Bouteflika)<br>L’intifada algérienne a exorcisé le spectre des «années noires» (1992-2002), au nom de laquelle le régime se livrait depuis des années à un chantage à la stabilité, promettant le retour des calamités en cas de montée de l’opposition au régime. Cette décennie a vu le pouvoir mener une sale guerre contre les factions loyales au Front Islamique du Salut, après l’annulation par l’armée des élections parlementaires de 1991 qui ont résulté en une victoire incontestable du FIS.<br>Les deux soulèvements en sont arrivées au point où se laisser berner par les fausses promesses du régime et céder à ses chantages ouvrira la porte à une campagne de répression politique et de vengeance impitoyable de la part du régime contre tous ses opposants.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Quatrième message: la construction à long terme</strong></h4>



<p>Les grands soulèvements populaires ne naissent pas dans le vide, mais viennent couronner de longues années de luttes acharnées contre les régimes au pouvoir. Au Soudan, le peuple n’avait jamais capitulé face à al-Bachir. Des dizaines de milliers se sont rebellés en septembre 2013 contre les mesures économiques du régime, les manifestations ont explosé dans de nombreuses villes face à une répression monstrueuse qui a fait près de 200 morts. Les manifestations et les grèves ont continué ces dernières années malgré les difficultés croissantes, avant d’exploser dans le soulèvement actuel.<br>L’Algérie peut aussi se prévaloir d’une tradition de grèves ouvrières qui montaient graduellement depuis des années pour culminer dans le mouvement de dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs de la santé et de l’éducation en 2018.<br>Peut-être que les tempêtes populaires du Soudan et de l’Algérie ne se seraient jamais déclenchées sans les contestations qui ont perturbé l’horizon tout au long des années précédentes. Ce processus démontre que les explosions de masse ne peuvent naître sans une accumulation de luttes à long terme, sur des champs de bataille variés qui peuvent sembler minimes comparés aux tâches immenses qui nous font face. C’est précisément ce dont nous avons besoin en Egypte aujourd’hui.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Cinquième message: le rôle de la classe ouvrière</strong><br></h4>



<p>Alors que les manifestants et les manifestantes tiennent tête héroïquement au Soudan et en Algérie, la «confédération des professionnels soudanais», composée de huit syndicats, est entrée dans la danse pour mener les manifestations et organiser des grèves quotidiennes contre al-Bachir (NdT: Des métiers comme les médecins, les avocats, les journalistes, etc sont organisés de manière corporative en “syndicats professionnels” dans les pays arabes et peuvent jouer un rôle politique important comme ce fut le cas en Egypte et aujourd’hui au Soudan ). En Algérie, certaines organisations syndicales ont commencé à défier le régime en refusant le cinquième mandat de Bouteflika.<br>Il ne fait aucun doute que les grandes manifestations jouent un rôle de premier plan dans les deux pays, mais les régimes pourraient s&rsquo;accommoder de tels défis, et pourraient même noyer ces mobilisations dans le sang. Les deux soulèvement ont donc besoin de l’intervention de grandes sections ouvrières pour stopper net le processus de production (ou plutôt le processus d’exploitation) par des grèves reconductibles de masse qui ouvriraient des brèches significatives dans l’armure des régimes. La résistance des manifestations et leur amplification peut forcer la main du régime, mais il faudra lui porter le coup de grâce par un mouvement organisé par la classe ouvrière sur les lieux de travail pour handicaper le régime et le mettre à genoux.</p>
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		<title>Algérie : Du prétexte conjoncturel aux causes systémiques. Promesses et dangers d’une révolte de la dignité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[A2C]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Mar 2019 11:24:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Nous avons décidé de partager pour nos lecteurs, avec son accord bien sûr, le texte de Saïd Bouamama publié le 11 mars sur son blog. L’Algérie vit depuis près d’un mois une situation historique qui <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/algerie-du-pretexte-conjoncturel-aux-causes-systemiques-promesses-et-dangers-dune-revolte-de-la-dignite/" title="Algérie : Du prétexte conjoncturel aux causes systémiques. Promesses et dangers d’une révolte de la dignité">[...]</a></div>
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<p><em>Nous avons décidé de partager pour nos lecteurs, avec son accord bien sûr, le texte de Saïd Bouamama publié le 11 mars sur <a href="https://bouamamas.wordpress.com/2019/03/11/algerie-du-pretexte-conjoncturel-aux-causes-systemiques-promesses-et-dangers-dune-revolte-de-la-dignite/">son blog.</a></em></p>


<p><em>L’Algérie vit depuis près d’un mois une situation historique qui bouleverse toutes les analyses pessimistes visant toutes à nous faire croire à l’impossibilité du peuple à se soulever contre le pouvoir despotique qui dirige le pays depuis des décennies. Ce texte de Saïd Bouamama revient largement sur les contradictions qui minent ce pouvoir, et qui amènent aujourd’hui à un soulèvement d’une ampleur exceptionnelle.</em></p>


<p><em>Les militantEs révolutionnaires de France ont une énorme responsabilité dans cette situation et doivent avec enthousiasme soutenir cette insurrection démocratique confrontée à de nombreux dangers. Ce texte nous y invite.</em></p>


<p style="text-align:right;"><em>A.P.</em></p>


<hr class="wp-block-separator" />


<p>Les manifestations populaires du 22 février 2019 qui se déroulent de manière simultanée dans la plupart des grandes villes algériennes mais aussi dans de très nombreuses villes moyennes&nbsp; constituent indéniablement l’ouverture d’une nouvelle séquence historique dans l’histoire politique algérienne. Elles marquent l’entrée sur la scène politique d’une nouvelle génération socialisée au cours des deux dernières décennies c’est-à-dire après le traumatisme qu’a constitué la décennie noire <b id="1r">[<a href="#1a">1</a>]</b>. Celles-ci se caractérisent en effet sur le plan économique par la polarisation croissante entre une minorité sociale cliente de l’Etat rentier en enrichissement scandaleux et une grande majorité en paupérisation continue du fait des politiques libérales de désindustrialisation, de privatisation et de casse du service public <b id="2r">[<a href="#2a">2</a>]</b>. Elles se caractérisent sur le plan politique par l’absence d’alternative crédible du fait de la tentative d’imposition par l’Etat algérien et les classes qu’il représente d’un jeu binaire que n’ont pas remis en cause les partis «&nbsp;d’opposition&nbsp;» en raison de leur adhésion à la libéralisation économique engagée par l’Etat&nbsp;à marche forcée : le chaos ou la résignation <b id="3r">[<a href="#3a">3</a>]</b>. &nbsp;Elles se caractérisent sur le plan «&nbsp;identitaire&nbsp;» par l’intégration du courant de «&nbsp;l’islam politique&nbsp;» au sein de l’appareil d’Etat et de la bourgeoisie compradore <b id="4r">[<a href="#4a">4</a>]</b>. Elles se caractérisent sur le plan sociologique par une urbanisation croissante, une pyramide des âges gardant une base très large, un taux de scolarisation élevé et une ouverture sur le monde par le biais des réseaux sociaux <b id="5r">[<a href="#5a">5</a>]</b>. Elles se caractérisent enfin sur le plan des expériences de vie de cette jeunesse par la restriction du champ des possibles à la débrouille et la «&nbsp;haraga <b id="6r">[<a href="#6a">6</a>]</b> ». C’est ce cocktail explosif qui arrive à maturité avec l’annonce du cinquième mandat faisant de celui-ci le prétexte conjoncturel qui exprime une causalité systémique à l’image d’une digue qui explose après l’accumulation continue et invisible d’une pression au cours des deux dernières décennies.</p>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le règne des charognards</strong></h2>


<p>L’excellent ouvrage de l’économiste Abdelatif Rebah,&nbsp;<em>Le développement national contrarié </em><b id="7r">[<a href="#7a">7</a>]</b>,&nbsp;restitue l’histoire du vaste processus de «&nbsp;réformes économiques&nbsp;» qui conduira à la situation économique actuelle. Ce processus inauguré par le président Chadli&nbsp; Bendjedid et poursuivi par ses successeurs est conduit avec la bénédiction des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale). Il conduit à l’émergence d’une classe de charognards <b id="8r">[<a href="#8a">8</a>]</b> sous l’action de trois procédés.&nbsp;<strong>Le premier </strong>est appelé officiellement la «&nbsp;cession des biens de l’Etat&nbsp;» mais est dans les faits une véritable opération de vol à grande échelle des biens de la nation. Les dignitaires du régime s’accaparent des milliers de villas de maîtres et autres résidences à des prix ridicules au regard de la valeur de ces biens. «&nbsp;Le différentiel entre le prix de cession par l’Etat et le prix de revente sur le marché est de 1 à 10, selon des évaluations. Dans le contexte du monopole immobilier de l’Etat, des plus-values de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de dinars vont être réalisées par des particuliers les projetant à la tête de fortunes appréciables sans aucun effort productif <b id="9r">[<a href="#9a">9</a>]</b> résume l’économiste Abdelatif Rebah. « Le problème majeur de cette décision historique réside dans le fait que le parc de villas de maître, parfois classifiables comme monuments historiques, a été bradé à vil prix à des dignitaires du régime et à leurs proches <b id="10r">[<a href="#10a">10</a>]</b> » confirme le politologue Rachid Tlemçani.</p>


<p><strong>Le second</strong>&nbsp;procédé est celui de la privatisation du secteur public qui selon les chiffres publiés en 2003 par le ministère de la Participation et de l’Investissement a touché 1200 entreprises.&nbsp; A l’image des villas et maisons de maître les entreprises publiques sont bradées à une bourgeoisie parasitaire souligne Rachid Tlemçani&nbsp;:</p>


<p><em>L’opération de dissolution-privatisation ne vise pas à se débarrasser des canards boiteux, souligne le ministre Mourad Benachenhou, pour ne conserver que les entreprises performantes. Mêmes les entreprises rentables et solvables seront vendues dans le futur. […] La bourgeoisie algérienne, de nature rentière et spéculative, ne sera pas intéressée à acheter des entreprises au prix du marché. D’ailleurs, le législateur a prévu cette éventualité. Au terme de deux appels à la concurrence requis par la loi, le gouvernement est autorisé à les céder de gré à gré, ouvrant ainsi la voie du bradage, tant redoutée par l’opinion publique </em><b id="11r">[<a href="#11a">11</a>]</b></p>


<p><strong>Le troisième</strong>&nbsp;procédé fut la destruction progressive du monopole d’Etat sur le commerce extérieur avant d’être tout simplement aboli en 1989 dans le cadre des accords dit de «&nbsp;Stand-by&nbsp;» négociés et signés avec le FMI (mai 1989 et juin 1990). La loi des finances complémentaire de 1990 autorise ainsi «&nbsp;les concessionnaires et grossistes agréés à importer des produits de consommation, de biens d’équipement et des biens de consommation industriels pour les revendre en l’état&nbsp;» rappelle l’économiste Mehdi Abbas en soulignant que «&nbsp;cette loi est à l’origine de l’émergence d’un nouveau groupe socio-économique concentré autour des activités d’import et d’export, que nous qualifions de commercialiste <b id="12r">[<a href="#12a">12</a>]</b>.&nbsp;» Malgré des périodes de ré-étatisation partielle du commerce extérieur (sous le gouvernement Belaïd Abdessllam de juillet 1992 à octobre 1993&nbsp;par exemple) le modèle ne changera plus et même sera renforcé par l’accord signé avec l’Union Européenne en 2002.&nbsp; De nombreux acheteurs d’entreprises publiques cessent toute activité productive et se transforment en importateurs et en spéculateurs.</p>


<p>Ce vaste mouvement de redistribution des richesses nationales en faveur d’une minorité spéculative s’accélère au cours de la décennie noire pendant que le peuple algérien est entré sur des préoccupations de survie. Les éléments constitutifs du «&nbsp;système&nbsp;» comme disent les manifestants algériens sont réunis et peuvent se résumer comme suit&nbsp;:</p>


<p><em>Les positions de monopole sur les centres de décision se sont mues en sources de «&nbsp;rentes régalienne&nbsp;» impulsant par le haut un mécanisme à la fois incitatif et sélectif d’accumulation de fortunes dispensées de contrôle et de réglementation. Ce qu’on ne désigne plus désormais que par l’appellation de «&nbsp;système&nbsp;» va ainsi abriter un vaste mécanisme irrigué par les revenus pétroliers, de transfert de valeur du secteur étatique vers le secteur privé, des activités productives vers celles du commerce et la spéculation, des salariés vers les spéculateurs, du travail productif vers la contrebande et l’informel </em><b id="13r">[<a href="#13a">13</a>]</b>.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>


<p>C’est dans ce contexte qu’il faut situer la lutte acharnée des différentes fractions de la bourgeoisie pour le contrôle de l’Etat et en conséquence les difficultés à trouver un successeur à Bouteflika.&nbsp; La guerre féroce qu’elles se livrent pour mettre chacune leur homme à la tête de l’Etat est à la hauteur des sommes faramineuses que redistribue cet Etat en faveur «&nbsp;des grands gagnants de l’accaparement des rentes régaliennes, de la nomenklatura civile et militaire reconvertie dans les affaires d’importation, dans l’immobilier de rente et de luxe, des patrons du secteur privé, des petits entrepreneurs de l’économie souterraine grise ou noire et des élites mondialisées dites de transition-basculement qui ont travaillé à la légitimation des nouveaux rapports sociaux <b id="14r">[<a href="#14a">14</a>]</b>&nbsp;».</p>


<p>C’est également ce contexte qui explique que la fraction de la bourgeoisie, encore plus libérale que le pouvoir actuel, tente d’instrumentaliser l’inédit mouvement populaire de contestation pour accéder au pouvoir. Elle compte pour ce faire sur l’absence de débouché politique à court terme pour se présenter comme une alternative face à un pouvoir détesté et à sa clientèle tout aussi honnie. C’est ce que résument les syndicalistes du bastion ouvrier de Rouïba, apportant leur soutien total au mouvement populaire contre le cinquième mandat tout en alertant sur les manœuvres des ultralibéraux, et en précisant l’orientation à donner à la rupture avec le système pour que celle-ci ne se limite pas à un changement de propriétaire pour le mieux et à une aggravation du pillage pour le pire :</p>


<p><em>Sur insistance des travailleurs et des sections syndicales, l’Union locale UGTA de la zone Industrielle Rouiba/Reghain, s’est réunie en date du 06 Mars 2019 pour débattre de la situation actuelle que traverse l’Algérie et du mouvement populaire en cours.</em>&nbsp;<em>Ne pouvant rester en marge des aspirations populaires profondes qui s’expriment, nous joignons nos voix pour dire oui à un changement de système. Un système qui préserve la propriété inaliénable du peuple sur les richesses naturelles de la nation, réhabilite le rôle de l’Etat dans le développement économique et social et la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Un système qui se démarque des oligarchies et revalorise la valeur du travail et qui place l’homme au centre du développement. Un système qui garantit les libertés individuelles, collectives et le libre exercice du droit syndical</em> <b id="15r">[<a href="#15a">15</a>]</b>.&nbsp;</p>


<p><strong>Les slogans criés lors des manifestations populaires indiquent une réelle conscience politique &nbsp;du contexte qui s’approfondie avec l’inscription dans la durée du mouvement. Au slogan initial de «&nbsp;non au cinquième mandat&nbsp;» s’ajoute désormais celui de «&nbsp;système dégage&nbsp;». D’autres slogans dénoncent les «&nbsp;sérakin&nbsp;» (voleurs) du pouvoir. D’autres enfin répondent au chantage au chaos en clamant que «&nbsp;l’Algérie n’est pas la Syrie&nbsp;».&nbsp; Ces slogans indiquent que derrière le déclencheur qu’a été le refus du cinquième mandat, c’est bien une causalité systémique qui est visée par la colère populaire.</strong></p>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’absence d’alternative à court terme</strong></h2>


<p>Le caractère inédit du mouvement social actuel ne doit cependant pas occulter les difficultés auxquelles les aspirations populaires sont confrontées. Les partis d’opposition ne sont pas en mesure de constituer un débouché politique à la contestation populaire. Pour les plus importants, ils partagent les choix libéraux du pouvoir et ne jurent que par l’économie de marché qu’ils promettent de réguler. En ne prenant pas en compte le combat contre les orientations économiques et sociales du pouvoir, ils se sont progressivement mis en décalage avec l’immense majorité des classes populaires. Composés essentiellement de membres des couches moyennes et intermédiaires, ils n’apparaissent pas comme une alternative crédible aux yeux de ceux qui foulent les pavés des villes algériennes.</p>


<p>Par ailleurs l’ampleur du pillage de ces trois dernières décennies ne pouvait se réaliser qu’en corsetant par la répression toute tentative d’émergence de nouvelles forces politiques populaires autonomes du pouvoir. Les conditions drastiques pour la création d’un parti, l’interdiction des manifestations avec la mise en avant de prétextes sécuritaires, l’instrumentalisation et la récupération de leaders de luttes sociales, la répression des mouvements sociaux, le contrôle de l’information, etc., sont autant de facteurs qui ont contribués à la production d’une carence d’expression politique en dépit d’une colère sociale populaire massive.</p>


<p>Le pluripartisme de façade masque la monopolisation du champ politique par les partisans du libéralisme économique qui est la véritable cause de la situation actuelle. Le rejet massif des forces politiques soutenant le pouvoir comme de celles prétendant s’y opposer se traduit dès lors dans l’abstention massive. Cette dernière ne doit pas s’interpréter comme un signe de dépolitisation mais au contraire comme un mode de contestation politique souligne pertinemment la politologue Louïsa Dris-Aït Amadouche&nbsp;:</p>


<p><em>L’expérience du multipartisme et des élections plurielles en Algérie est récente. Or, l’abstention qui marque de façon de plus en plus frappante les scrutins constitue un comportement électoral révélateur d’une profonde crise de confiance. L’abstention est d’abord liée à un système qui a réformé ses procédures sans changer ses logiques de fonctionnement. Il en résulte un code électoral dissuasif, des résultats officiels suspects et une présomption de culpabilité en matière de fraude électorale. L’abstention est, ensuite, directement liée à l’offre politique. Son personnel, ses propositions et ses résultats conduisent les électeurs à se désintéresser sinon de la chose politique, tout au moins de la chose électorale. L’abstention est, enfin, la conséquence d’un électorat échaudé, démobilisé, suspicieux et exigeant. En 1990, les Algériens ont massivement voté contre les symboles du régime FLN. En 1995, ils se sont massivement rendus aux urnes pour rejeter le terrorisme. Dans les deux cas, le vote était accompagné d’un espoir de changement. Depuis, les électeurs ne votent plus «&nbsp;contre&nbsp;» des idées ou «&nbsp;contre&nbsp;» des personnes, ils s’abstiennent </em> <b id="16r">[<a href="#16a">16</a>]</b>.&nbsp;</p>


<p>Le constat est encore renforcé par la jeunesse de la population algérienne. Si toutes les générations sont présentes dans les manifestations, la part de la jeunesse y est prépondérante. Ces jeunes qui sont pour les 16-24 ans à près de 30 % au chômage n’ont connu que le pouvoir de Bouteflika et de sa clientèle. &nbsp;Ils ont été les témoins de retournements, de négociations de ralliements, de créations artificielles de partis, d’instrumentalisations de leaders et de luttes, les tentatives d’achat de la paix sociale par la distribution d’aides et de subventions quand les recettes pétrolières sont à la hausse, etc., les conduisant à un rapport sceptique à l’offre politique quand ce n’est pas à un rejet radical.&nbsp;</p>


<p>Le vide politique voisine donc avec une maturation et une prise de position politique résultant à la fois d’un long héritage et de l’expérience concrète des deux dernières décennies. L’aspiration à l’égalité sociale investit par la paysannerie et les travailleurs algériens dans la lutte de libération nationale s’est transmis en dépit de l’instrumentalisation de celle-ci par les tenants du pouvoir afin de se légitimer. En témoigne la place de l’hymne national dans les manifestations. En témoigne également l’accueil fait à l’héroïne de la résistance qu’est Djamila Bouhired lorsqu’elle est venue apporter son soutien aux manifestants. La maturation est également issue de l’expérience récente marquée par la mise en évidence de l’impasse que constituent les forces se revendiquant de «&nbsp;l’islam politique&nbsp;» mais aussi par le spectacle des soubresauts des dites «&nbsp;révolutions arabes&nbsp;».&nbsp; Comme le souligne la sociologue Fatma Oussedik&nbsp;:</p>


<p><em>Les personnes de référence ne sont donc plus Ali Benhadj et Abassi Madani, vêtus de djellabas, se revendiquant du seul texte religieux. Depuis les années 1990, ce courant a donné naissance à une « bourgeoisie pieuse », voire une petite bourgeoisie qui a voyagé, qui n’a pas que l’Arabie Saoudite comme horizon. Avec les dérives syrienne et libyenne, les voyages en Turquie, les islamistes algériens ont connu un relooking. Ils ont des intérêts matériels sur les marchés informels d’El Eulma, de Jolie-Vue. Ils craignent des ruptures trop brutales. Certes, il demeure des courants plus plébéiens, mais les directions des partis islamistes sont tenues par ces islamistes New look. Cette évolution a signé la fin de la mosquée comme seul centre de formation à la contestation </em> <b id="17r">[<a href="#17a">17</a>]</b>.</p>


<p>Cette expérience récente a trouvé ses lieux de socialisation dans la rue, dans les associations et collectifs informels, au café mais aussi dans les stades de foot comme en témoigne la reprise des airs des chants de supporters comme support des slogans des dernières manifestations. En témoigne également la présence des femmes, portant le voile ou non, jeunes ou plus âgées dans les cortèges. Cette maturation politique ne change cependant rien au fait qu’il n’existe pas de forces politiques crédibles susceptibles de servir de relais au mouvement social. Le manque d’une force politique populaire est une donne essentielle de la situation actuelle. Comme le souligne l’économiste Omar Benderra&nbsp;avant le déclenchement du mouvement populaire : «&nbsp;<em>Face au libéralisme mafieux imposé par la dictature, la population oppose une tradition d’égalitarisme et de justice très ancrée, fort éloignée des dogmes et des idéologies. En attendant l’inévitable recomposition du champ politique, il ne reste donc « de gauche » que ce que le peuple, dans ses profondeurs, a conservé en termes de refus de l’injustice et de l’arbitraire, de résistance au diktat impérialiste en Palestine et d’opposition à l’alignement sur l’Occident </em> <b id="18r">[<a href="#18a">18</a>]</b>.&nbsp;»</p>


<p><strong>Le paradoxe d’une conscientisation politique en progrès voisinant avec un vide d’offre politique crédible caractérise la situation algérienne actuelle. Si la rupture avec le système est le mot d’ordre commun de tous les manifestants, ceux-ci appartenant à des classes sociales différentes (des chômeurs à certains chefs d’entreprise en passant par la petite bourgeoisie), un des enjeux clef réside dans le contenu mis à cette rupture. Comme le souligne le journaliste Hocine Bellaloufi&nbsp;en se référant à la définition de Lénine <b id="19r">[<a href="#19a">19</a>]</b>&nbsp;sur les conditions d’une situation révolutionnaire : «&nbsp;Il est clair désormais que ceux d’en bas ne veulent plus. Ils l’on exprimé clairement et massivement de toutes les façons possibles, en particulier dans la rue. Mais en dépit des défections qui se multiplient et s’accélèrent à mesure que le mouvement populaire se développe, ceux d’en haut peuvent encore <b id="20r">[<a href="#20a">20</a>]</b>.&nbsp;»</strong></p>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un contexte géostratégique à haut risque</strong></h2>


<p>L’enjeu algérien est également à resituer également dans son contexte international qui est celui d’une séquence historique mondiale marquée par une exacerbation sans précédent dans l’histoire récente des contradictions entre grandes puissances impérialistes pour la maîtrise des sources d’énergies et des matières premières stratégiques, pour le contrôle des zones géostratégiques et pour entraver l’accès des concurrents (et en particulier des économies émergentes) à ces ressources et zones. La fin des équilibres issus de la Seconde guerre mondiale avec la disparition de l’URSS a ouvert cette séquence qui est loin d’avoir encore montré toutes ses conséquences.</p>


<p>Une des conséquences les plus dramatiques pour les peuples est la multiplication des guerres entre ces puissances par pays interposés ou par intervention directe. Comme pour comprendre la situation algérienne, il convient désormais de prendre le réflexe analytique consistant à rechercher systématiquement la cause réelle qui se cache derrière le prétexte apparent. Pour les besoins de légitimation de ces guerres tous les prétextes possibles sont et seront mobilisés&nbsp;: défense d’une minorité opprimées, droits des femmes, lutte contre un dictateur, lutte contre le terrorisme, etc. Si nécessaire la logique du «&nbsp;pompier pyromane&nbsp;» peut même être mobilisée comme en témoigne la situation au Mali où après avoir freiné les capacités d’intervention de l’armée malienne, la France s’est présenté en sauveur face à la menace des rebelles sur la capitale. En témoigne également la situation au Venezuela où les sanctions économiques des USA tentent d’instaurer la pénurie pour pouvoir arguer de la nécessité d’une intervention militaire pour aider un peuple en danger. Des luttes et des revendications justes et légitimes peuvent ainsi faire l’objet de stratégie de récupération et d’instrumentalisation à des fins prédatrices.&nbsp;</p>


<p>L’Algérie et les richesses qu’elle représente n’échappaient pas à ce contexte dans le passé et n’y échappent pas plus aujourd’hui. Ce fut le cas lors de la décennie noire au cours de laquelle les USA comme l’Union européenne ont conforté certaines forces rebelles à certains moments puis les ont lâchées à d’autres en fonction des concessions du pouvoir et des accords avec lui.&nbsp; De même les puissances occidentales tentent depuis des années d’amener l’armée algérienne (la seconde armée en Afrique du Nord après l’Egypte) à participer à ses interventions en Afrique subsaharienne. Si jusqu’à présent la réponse fut négative, la tentation d’utilisation de la crise politique actuelle pour imposer un changement de cap soit en soutenant un pouvoir plus conciliant, soit en épaulant les tenants actuels n’est pas à exclure. Nul doute que les chancelleries des grandes puissances élaborent (et modifient ceux-ci en fonction de l’évolution de la situation) les différents scénarios leur permettant de sauvegarder leurs intérêts ou de les développer en marginalisant le concurrent en place.&nbsp;</p>


<p><strong>Sur cet aspect également la maturité des manifestants est notable comme en témoigne l’insistance des manifestants sur le caractère pacifique de leur mouvement. Sur cet aspect également ils sont appris des guerres qui ont endeuillées le monde ces dernières années. Cela étant dit personne ne peut, en l’état de la situation prédire l’avenir et la vigilance doit rester de mise.&nbsp;</strong><br /></p>


<p>NOTES:</p>


<p><b id="1a"><a href="#1r">[1]</a></b> &nbsp;Si les évaluations des victimes de cette décennies ne font l’objet d’aucun consensus, le caractère massif des dégâts humains est indéniable&nbsp;: des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de traumatisés et d’handicapés, des milliers de femmes violées, des milliers d’exilés, des milliers de disparus, des millions de déplacés. Ne pas prendre en compte le traumatisme collectif que constitue une telle expérience de vie et de mort s’est se condamner aux conclusions erronées sur les réactions populaires algériennes qui fleurissent dans la presse française&nbsp;: pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas connue de «&nbsp;printemps arabe&nbsp;»&nbsp;?, la soi-disant dépolitisation de la société algérienne, la pseudo absence de contestations sociales signant une toute aussi illusoire atonie des classes populaires, etc.</p>


<p><b id="2a"><a href="#2r">[2]</a></b> Pour ne citer qu’un indicateur rappelons que 14 millions d’algérien vivent sous le seuil de pauvreté c’est-à-dire 35 % de la population et que 10 % des algériens détiennent 80 % des ressources du pays. Ces données sont fournies par une enquête de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH) datant de 2015&nbsp;:&nbsp;<a href="https://www.algerie-focus.com/2015/10/14-millions-de-pauvres-en-algerie10-dalgeriens-detiennent-80-des-ressources-du-pays/">https://www.algerie-focus.com/2015/10/14-millions-de-pauvres-en-algerie10-dalgeriens-detiennent-80-des-ressources-du-pays/</a>. Si les chiffres officiels indiquent un écart considérablement moindre, ils convergent néanmoins pour souligner une augmentation importante incontestable de l’écart des richesses&nbsp;: les données de l’Office National des Statistiques indiquent ainsi que 20 % des ménages s’accaparent 40 % des dépenses globales du peuple algérien en 2013&nbsp;:&nbsp;<a href="https://algeria-watch.org/?p=13682">https://algeria-watch.org/?p=13682</a>.</p>


<p><b id="3a"><a href="#3r">[3]</a></b> La dernière déclaration du président Bouteflika du jeudi 7 mars indique que le pouvoir tente toujours d’imposer cette logique binaire en dépit de l’ampleur des manifestations&nbsp;: «&nbsp;&nbsp; Nous nous devons d’appeler à la vigilance et à la prudence quant à une éventuelle infiltration de cette expression pacifique par une quelconque partie insidieuse, de l’intérieur ou de l’extérieur, qui pourrait (…) susciter la Fitna (discorde) et provoquer le chaos avec tout ce qu’ils peuvent entraîner comme crises et malheurs. »,&nbsp;<a href="https://www.rtl.fr/actu/international/algerie-abdelaziz-bouteflika-met-en-garde-contre-un-risque-de-chaos-7797151460">https://www.rtl.fr/actu/international/algerie-abdelaziz-bouteflika-met-en-garde-contre-un-risque-de-chaos-7797151460</a>.</p>


<p><b id="4a"><a href="#4r">[4]</a></b> Le compromis qui a mis fin à la décennie noire s’est développé par l’intégration au sein du clientélisme d’Etat d’une partie des leaders «&nbsp;religieux&nbsp;» et par l’émergence d’une petite bourgeoisie et d’une bourgeoisie commerciale issues de cette origine en échange de la fameuse «&nbsp;réconciliation&nbsp;».</p>


<p><b id="5a"><a href="#5r">[5]</a></b> Dans un excellent article en date du 7 mars, la sociologue Fatma Oussedik résume comme suit les principales données caractérisant la population algérienne&nbsp;: 70 % de la population est urbaine, le taux de croissance de cette population reste élevé avec un taux de croissance de 2.89 % par an, les moins de 15 ans représentent 29.7 % de la population et les moins de 30 ans comptent pour 54 %. Ramenant le nombre de manifestants à la population active, elle souligne&nbsp;: «&nbsp;Les 3 millions qui ont manifesté représentent, selon nous, environ 25% de la population en âge de manifester, quelles que soient les corrections apportées en comptant les enfants et les retraités présents.&nbsp;»,&nbsp;<a href="https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-peuple-de-trois-millions-dans-les-rues-des-villes-du-pays-qui-sommes-nous-07-03-2019">https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-peuple-de-trois-millions-dans-les-rues-des-villes-du-pays-qui-sommes-nous-07-03-2019</a>.</p>


<p><b id="6a"><a href="#6r">[6]</a></b> Le terme «&nbsp;haraga&nbsp;» signifie littéralement «ceux qui&nbsp;brulent&nbsp;». Il désigne l’acte de risquer sa vie en tentant la traversée de la méditerranée sur des embarcations de fortune. Le président de la région de Sardaigne en Italie évaluait ainsi à 1106 le nombre d’algériens débarqués sur la seule côte sud-ouest de l’île en 2016,&nbsp;<a href="https://www.algeriepatriotique.com/2017/09/27/recrudescence-inquietante-de-migration-algeriens-vers-litalie/">https://www.algeriepatriotique.com/2017/09/27/recrudescence-inquietante-de-migration-algeriens-vers-litalie/</a>.</p>


<p><b id="7a"><a href="#7r">[7]</a></b> Abdelatif Rebah,&nbsp;<em>Le Développement national contrarié,&nbsp;</em>Alger, INAS, 2011.</p>


<p><b id="8a"><a href="#8r">[8]</a></b> Nous empruntons ce terme au politologue Rachid Tlemçani&nbsp;:&nbsp;<em>Etat, Bazar et globalisation. L’aventure de l’Infitah en Algérie,&nbsp;</em>El Hikma, Alger, 1999.&nbsp;</p>


<p><b id="9a"><a href="#9r">[9]</a></b> Abdelatif Rebah,&nbsp;<em>Le Développement national contrarié,&nbsp;</em>op.cit., pp. 65-66.</p>


<p><b id="10a"><a href="#10r">[10]</a></b> <em>Etat, Bazar et globalisation. L’aventure de l’Infitah en Algérie,&nbsp;</em>op. cit., p. 96.</p>


<p><b id="11a"><a href="#11r">[11]</a></b> Ibid, p. 95.</p>


<p><b id="12a"><a href="#12r">[12]</a></b> Mehdi Abbas,&nbsp;<em>L’ouverture commerciale de l’Algérie. Apports et limites d’une approche en termes d’économie politique du protectionnisme,&nbsp;</em>Revue Tiers-Monde, n° 210, avril-juin 2012, p. 60.</p>


<p><b id="13a"><a href="#13r">[13]</a></b> <em>Le Développement national contrarié,&nbsp;</em>op.cit., p. 66.</p>


<p><b id="14a"><a href="#14r">[14]</a></b> <em>Un élan populaire pour une alternative de progrès social,&nbsp;</em>El Watan du 6 mars 2019,&nbsp;<a href="https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-elan-populaire-pour-une-alternative-de-progres-social-06-03-2019">https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-elan-populaire-pour-une-alternative-de-progres-social-06-03-2019</a>.</p>


<p><b id="15a"><a href="#15r">[15]</a></b> Déclaration de l’Union Locale UGTA de la zone industrielle de Rouiba/ReghaÎa du 6 mars 2019,&nbsp;<a href="https://www.algerie-eco.com/2019/03/06/ugta-zone-industrielle-rouiba-reghaia-soutiennent-marches-contre-5e-mandat/">https://www.algerie-eco.com/2019/03/06/ugta-zone-industrielle-rouiba-reghaia-soutiennent-marches-contre-5e-mandat/</a>.</p>


<p><b id="16a"><a href="#16r">[16]</a></b> Louïsa Dris-Aït Hamadouche,&nbsp;<em>L’abstention en Algérie&nbsp;: un autre mode de contestation politique,&nbsp;</em>L’année du Maghreb, 2009, p. 263.</p>


<p><b id="17a"><a href="#17r">[17]</a></b> Fatma Oussedik,&nbsp;<em>Un peuple de trois millions dans les rues des villes du pays&nbsp;: qui sommes nous&nbsp;?,&nbsp;</em>El Watan du 7 mars 2019,&nbsp;<a href="https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-peuple-de-trois-millions-dans-les-rues-des-villes-du-pays-qui-sommes-nous-07-03-2019">https://www.elwatan.com/edition/contributions/un-peuple-de-trois-millions-dans-les-rues-des-villes-du-pays-qui-sommes-nous-07-03-2019</a>.</p>


<p> <b id="18a"><a href="#18r">[18]</a></b> Omar Benderra,&nbsp;<em>Que reste-t-l de la gauche en Algérie,&nbsp;</em>Assafirarabi du 27 novembre 2018,&nbsp;<a href="https://assafirarabi.com/fr/23427/2018/11/27/que-reste-t-il-de-la-gauche-en-algerie/">https://assafirarabi.com/fr/23427/2018/11/27/que-reste-t-il-de-la-gauche-en-algerie/</a>.</p>


<p><b id="19a"><a href="#19r">[19]</a></b> Lénine<em>, La maladie infantile du communisme (le “gauchisme”)&nbsp;</em>: «&nbsp;La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du XX° siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque&nbsp;<em>“ceux d’en bas” ne veulent plus</em>&nbsp;et&nbsp;<em>que “ceux d’en haut” ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière</em>, c’est alors seulement que la révolution peut triompher.&nbsp;»</p>


<p><b id="20a"><a href="#20r">[20]</a></b> Hocine Belalloufi,&nbsp;<em>Algérie&nbsp;: d’une crise de régime à une crise politique,&nbsp;</em>Contretemps, 7 mars 2019,&nbsp;<a href="https://www.contretemps.eu/algerie-crise-regime/">https://www.contretemps.eu/algerie-crise-regime/</a>.</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/international/algerie-du-pretexte-conjoncturel-aux-causes-systemiques-promesses-et-dangers-dune-revolte-de-la-dignite/">Algérie : Du prétexte conjoncturel aux causes systémiques. Promesses et dangers d’une révolte de la dignité</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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