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	<title>Féminisme Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Féminisme Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Nous sommes fortes, nous sommes fières, antisionistes antifascistes, contre vos guerres ! Retour sur les mobilisations féministes du 8 mars 2026</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 12:54:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 8 mars 2026 a été massif en France, et traversé par une radicalité politique (anticapitalisme, antiracisme et antifascisme, antiguerre) très présente. À Rennes, Marseille et Paris, la lutte contre l’extrême droite et le racisme <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-dexperience-sur-le-08-mars-2026/" title="Nous sommes fortes, nous sommes fières, antisionistes antifascistes, contre vos guerres ! Retour sur les mobilisations féministes du 8 mars 2026">[...]</a></div>
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<p><em>Le 8 mars 2026 a été massif en France, et traversé par une radicalité politique (anticapitalisme, antiracisme et antifascisme, antiguerre) très présente. À Rennes, Marseille et Paris, la lutte contre l’extrême droite et le racisme a occupé une place centrale qui s’est concrétisée dans ces deux dernières villes par une importante riposte à la tentative d’intrusion de Nemesis et Nous Vivrons, collectifs fascistes et sionistes. Entretien avec Kim, Juliette, Vanina et Alice, camarades d’A2C et militantes impliquées dans la construction du 8 mars à Rennes, Marseille et Paris. </em></p>



<p><strong>Un 8 mars massif pour un féminisme antifasciste et anti impérialiste</strong></p>



<p>Ce 8 mars 2026 en France, marque particulièrement par son ampleur. 130 000 manifestant&rsquo;es annoncé&rsquo;es à Paris, 10 000 à Rennes, 20 000 à Marseille, mais aussi un saut quantitatif dans de plus petites villes qui n’organisaient pas systématiquement des mobilisations jusqu’ici. « <em>Je pense que c’est le plus grand 8 mars qu’on ait eu hors mouvement social</em> » avance Kim. Si la force du mouvement féministe les années passées a pu fixer cette date dans les esprits de millions de personnes, la crise politique, l&rsquo;explosivité de la situation nationale comme internationale et la menace fasciste bien présente dans ce contexte d&rsquo;élections municipales ont sans doute joué un rôle pour la massivité du mouvement. </p>



<p>Cette ampleur est une première victoire, alors que le mouvement féministe traverse une phase de clarification stratégique. C’est ce que nous rappelle Vanina en évoquant le contexte parisien : « <em>les espaces d&rsquo;organisation de cette manifestation ont été multiples du fait de désaccords stratégiques importants sur les revendications, le lien du féminisme &#8211; et son instrumentalisation &#8211; avec les questions d&rsquo;offensives racistes, impérialistes, du génocide en Palestine, sur l&rsquo;attitude à avoir face à la présence prévisible de Nemesis et Nous Vivrons qui avaient déjà participé à trois manifestations. Ces dynamiques rendent la taille des manifestations incertaine, mais avec beaucoup de possibilités selon ce qui est proposé par les différents espaces</em> ».</p>



<p>À Marseille, où le Rassemblement National se renforce et a de grandes chances d’atteindre le second tour, Juliette pointe la centralité des mots d’ordre antifascistes dans la marche : « <em>Il y a eu un petit moment d&rsquo;apathie après la mort du fasciste à Lyon, mais maintenant il y a un retournement d&rsquo;ambiance, une possibilité de reprendre la rue. Il y a des gens qui se sont dit qu&rsquo;investir le danger fasciste des Municipales, ça passait aussi par la rue. </em>». Même si le RN est moins implanté à Rennes, « <em>c&rsquo;est sûr que le mot d&rsquo;ordre antifasciste, il était très présent sur les pancartes</em> », abonde Kim. Pour Vanina, la jeunesse des manifestant&rsquo;es « <em>a joué sur le fait qu&rsquo;une grande partie d&rsquo;entre elleux portaient un féminisme politique, anticapitaliste, antiraciste, antifasciste et anti-guerre. Les slogans, les pancartes, allaient dans ce sens. Dans un monde en crise, qui conduit à la barbarie, la nécessité d&rsquo;une remise en question globale de la société est une préoccupation de plus en plus présente</em> ».</p>



<p>Un peu plus d’une semaine avant le 8 mars, les États-Unis et Israël commençaient à bombarder l’Iran avec le soutien de la France. Pour Juliette, ce contexte d’accélération des tensions impérialistes a aussi joué dans la massification de la mobilisation féministe : « <em>Je pense qu&rsquo;il y a eu un double mouvement de à la fois convaincre le mouvement féministe de la nécessité de ces positions et de convaincre des organisations, comme celles mobilisées pour la Palestine, de la nécessité d&rsquo;investir le front féministe. C&rsquo;est sûr que de réussir à faire les deux, ça a construit la manif féministe</em>. »</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="807a75" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="1009" height="673" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1.webp" alt="" class="wp-image-11027 not-transparent" style="--dominant-color: #807a75; aspect-ratio:1.4992888417882142;width:790px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1.webp 1009w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 1009px) 100vw, 1009px" /></figure>



<p><strong>Une riposte victorieuse face aux fascistes et aux sionistes par en bas, qui permet de clarifier les suites</strong></p>



<p>Un des enjeux de ce 8 mars, dans une période de montée de l’extrême droite, était de construire la riposte face aux velléités des groupes sionistes et fascistes de rejoindre la mobilisation féministe. À ce niveau-là, les expériences menées à Marseille et Paris constituent des victoires politiques. À Paris, sous la pression du mouvement, les fascistes de Nemesis avaient annoncé peu avant le 8 mars renoncer à défiler, appelant plutôt à un rassemblement à l’autre bout de la ville, dans le 16ème arrondissement. Le collectif sioniste Nous Vivrons avait lui bien l’intention de marcher aux côtés du cadre unitaire, ce à quoi s’est opposée massivement la manifestation.&nbsp;</p>



<p>Alice témoigne de la richesse de la riposte qui a dépassé le cadre des organisations. « <em>Un cortège s’est détaché de la manifestation et concrètement engagé dans la riposte. En plus du SO prévu pour l’occasion, on a été rejoint&rsquo;es par beaucoup de monde. On était peut-être 3000 à essayer de se tenir pour faire bloc, c&rsquo;était vraiment un moment très fort.</em> »&nbsp; Pendant que le cortège se déplaçait pour contrer toutes les tentatives de Nous Vivrons de rejoindre la marche, « <em>les chars, les camions balançaient plein d&rsquo;infos pour expliquer ce qui était en train de se passer, pourquoi il y avait une nécessité de faire barrage. Des tracts étaient distribués avec un QR code qui donnait les informations en temps réel… Les gens étaient hyper bien informés et ça, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que ça a beaucoup joué.</em> ». « <em>La répression n&rsquo;a pas été très violente, mais en fait, elle n&rsquo;aurait pas pu l&rsquo;être, parce qu&rsquo;on était vraiment beaucoup trop nombreux&rsquo;ses, il y a eu vraiment une massification</em> ».</p>



<p>Vanina revient sur l’organisation par en bas de la riposte. Pour le réseau Grève féministe (cadre organisateur, dominé par l’orientation des directions syndicales), «  <em>le plus important était de tenir leur événement, puis la manifestation, même si cela impliquait la participation des fascistes Nemesis et des sionistes Nous Vivrons</em>. <em>Un cadre alternatif s&rsquo;est mis en place, appelé inter-orga, qui regroupait les collectifs et organisations qui refusaient de manifester dans ces conditions. Honnêtement, cet espace n&rsquo;avait pas le rapport de force face au réseau de Grève féministe : regroupement de collectifs de taille moins importante, avec une cohésion moins forte parce que nous étions traversés par de nombreux débats stratégiques sur ce qu&rsquo;il nous paraissait important de faire dans cette situation : Quelle(s) base(s) féministe(s) dans ce cadre ? Sur quelle(s) force(s) s&rsquo;appuyer pour mener à bien nos objectifs ? Quelle(s) relation(s) avoir avec Grève féministe, les syndicats et les syndicalistes ? Ce qui a rendu possible de gagner, c&rsquo;est donc à la fois la constitution de ce cadre alternatif, qu&rsquo;on a volontairement limité à l&rsquo;objectif commun d&#8217;empêcher les fascistes et les sionistes de manifester et les dizaines de milliers de personnes qui sont venues manifester avec le même état d&rsquo;esprit !</em> <em>Le fait de reprendre la main en proposant une stratégie publique et inclusive, dans un contexte où la campagne municipale avait vu se déployer les offensives de ces groupes fascistes et sionistes, a payé »</em>.</p>



<p>À Marseille, Nous Vivrons appelait à un rassemblement sur l’artère principale du centre ville à la même heure et tout près de la manifestation intersyndicale du matin. L’initiative d’une réponse n’a pas émergé en premier lieu des cadres féministes mais des collectifs antifascistes qui ont rapidement appelé à un contre-rassemblement. « <em>C’est plus difficile de convaincre et d&rsquo;avoir la discussion sur Nous Vivrons que sur Nemesis</em> » constate Juliette. Malgré la dissociation de certaines directions syndicales, 300 personnes ont encerclé pendant près de trois heures la vingtaine de militant&rsquo;es sionistes, rendu&rsquo;es inaudibles par les slogans. « <em>La politique du fait accompli, ça peut marcher, parce que là, il faut que les directions assument qu&rsquo;elles ne sont pas venues rejoindre à quelques mètres d&rsquo;elles un rassemblement où il y a eu des saluts nazis, lorsqu&rsquo;on est dans une période où il y a eu des alertes à la bombe dans des locaux de la CGT</em> », poursuit Juliette. Elle conclut : <em>« Je pense que les discussions vont continuer et en vrai, cette expérience, c&rsquo;est un bon point d&rsquo;appui pour les avoir.</em> » </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="938d89" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1080" height="720" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke.webp" alt="" class="wp-image-11026 not-transparent" style="--dominant-color: #938d89; aspect-ratio:1.5000590388475616;width:775px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke.webp 1080w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>© Şener Yılmaz Aslan</em></figcaption></figure>



<p>À Rennes, les enjeux ont été différents mais les tendances du mouvement sont les mêmes. « <em>Là où je trouvais que les dernières années, il y avait beaucoup un biais de ne parler que des idées et des valeurs de l&rsquo;extrême droite, j&rsquo;ai trouvé cette année qu&rsquo;il y avait quelque chose de plus franc sur la mise en action</em> », observe Kim. Peu de temps avant le 8 mars, avec une camarade Nous Toutes, elle a viré des militants du Rassemblement National qui étaient en train de tracter sur un marché. Deux semaines plus tôt, l’AG antifasciste de Rennes avait tenu un contre-rassemblement face à une commémoration pour le fasciste lyonnais qui avait vraiment eu vocation à marquer le terrain. « <em>Je pense que l&rsquo;accumulation de résistances physiques à la présence de l&rsquo;extrême droite, c&rsquo;est un argument qui est en train de prendre et de montrer que c&rsquo;est possible de le faire par le nombre, sur des modalités qui ne sont pas forcément sectaires </em>». «<em>Je le mets aussi dans les victoires du 8 mars</em> » conclut Kim.</p>



<p><strong>À partir des bilans du 8 mars, quelles perspectives pour le 14 ?</strong></p>



<p>La question est désormais de savoir ce que ce 8 mars peut laisser espérer pour samedi prochain, le 14, contre le racisme, le fascisme, l’islamophobie et les violences d’État à l’appel notamment de La Marche des Solidarités. Pour Juliette, il est difficile de se projeter sur le 14 sans avoir posé les perspectives du mouvement féministe qui, à Marseille, a du mal à se structurer à l’année et à arracher des victoires. Si ce 8 mars a pu être « <em>la possibilité d&rsquo;organisation et de réponse à tout ce qu&rsquo;on se prend dans la gueule pour tout, je ne sais pas à quel point ça a renforcé vraiment nos capacités pour traiter la question des oppressions, de l&rsquo;exploitation, etc.</em> » Elle ajoute : « <em>Il faut encore avoir des discussions sur comment on fait pour que ces mots d&rsquo;ordre sur le mouvement antiraciste, sur le mouvement anti-impérialiste, sur le mouvement antifasciste, mais aussi sur le mouvement féministe lui-même, la grève politique… ne soient pas juste des choses qu&rsquo;on agite, mais qu&rsquo;à partir de ça, on engage nos corps, nos vies, nos tafs, nos quartiers dans un rapport de force.</em> »</p>



<p>Si une bonne partie des dizaines de milliers de manifestant&rsquo;es qui ont défilé le 8 mars à travers la France n’a pas besoin d’être convaincue de rejoindre le 14, « <em>le mouvement antiraciste est pour l’instant moins fort que le mouvement féministe pour imposer des dates de manifestations incontournables</em> », constate Vanina. « <em>Quand je vois dans le 20e arrondissement de Paris que les collectifs et réseaux qui ont permis la réussite d&rsquo;un 8 mars contre la présence de Nemesis et Nous Vivrons sont les mêmes que ceux qui préparent la manifestation du 14 mars, je pense que la manifestation sera réussie. Mais la question est de savoir si les espaces de construction de cette échéance auront été suffisants pour faire connaître l&rsquo;importance de cette date</em>. » À Rennes, Kim partage cette même interrogation : «<em> il n&rsquo;y a pas de lieu d&rsquo;organisation pérenne sur les questions antiracistes alors que la stratégie, c&rsquo;est quand même d&rsquo;essayer de construire un mouvement de masse</em>. » De la même manière que ce qui a émergé pour le 8 mars, face à la frilosité des organisations syndicales, la nécessité de construire des cadres alternatifs s’impose. Selon Vanina, « <em>pour le 14 mars et la construction d&rsquo;un rapport antiraciste et antifasciste, le cadre qui peut permettre cela, c&rsquo;est La Marche des Solidarités, qu&rsquo;il faut donc soutenir et renforcer !</em> ». À Paris, Rennes et Marseille, des manifestations se tiendront. « <em>Je pense que ça nous donnera d&rsquo;autres indications sur la nature de ce 8 mars</em> » conclut Kim.</p>



<p>Propos recueillis par Mathilde (Marseille)</p>
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		<title>Le 8 mars se fera sans les sionistes ni les fascistes</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-8-mars-se-fera-sans-les-sionistes-ni-les-fascistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 09:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antisionisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève féministe]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[massification]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Sana, camarade d&#8217;A2C impliquée à Urgence Palestine (UP18) dans le groupe de travail féministe, et dans la CGT librairie nous explique la préparation du 8 mars 2026 et les enjeux que cela représente dans le <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-8-mars-se-fera-sans-les-sionistes-ni-les-fascistes/" title="Le 8 mars se fera sans les sionistes ni les fascistes">[...]</a></div>
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<p><em>Sana, camarade d&rsquo;A2C impliquée à Urgence Palestine (UP18) dans le groupe de travail féministe, et dans la CGT librairie nous explique la préparation du 8 mars 2026 et les enjeux que cela représente dans le contexte politique actuel.</em></p>



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<p>Si vous préférez écouter cette interview, elle est disponible ici :</p>



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<p>Salut Sana, tu es à Urgence Palestine et impliquée dans le groupe de travail féministe, à la CGT librairie, et tu participes à la construction du 8 mars. Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur les enjeux et la pertinence de la présence d&rsquo;Urgence Palestine dans ce mouvement, dans le contexte politique actuel ?&nbsp;</p>



<p>En termes de situation politique actuelle, on a un danger fasciste qui est de plus en plus prégnant et de plus en plus élevé, et des ripostes antifascistes qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Le 8 mars, c&rsquo;est particulier parce que ça fait plusieurs années que, notamment, les sionistes et les fachos viennent défiler dans nos manifestations et donc dans nos espaces de lutte : c&rsquo;est un endroit où il faut absolument mener la bataille pour les virer ! C&rsquo;est-à-dire que si on ne commence pas par les virer de nos manifs, s&rsquo;ils peuvent défiler avec nous, comment on veut pouvoir se débarrasser des fachos dans nos rues ? Ça me paraît improbable. Donc, Urgence Palestine avait l&rsquo;habitude de participer, depuis sa création, aux manifestations féministes notamment pour mettre en avant les revendications des résistantes palestiniennes, des prisonnières, de mettre en avant la lutte des femmes palestiniennes dans la résistance, etc. Mais depuis que Nous Vivrons a défilé dans la manifestation, notamment le 8 mars 2024 &#8211; si je ne dis pas de bêtises sur les dates &#8211; il nous a semblé essentiel d&rsquo;interpeller et de mener les batailles pour que le mouvement féministe dégage les sionistes de nos manifs. Et puis, après, s&rsquo;est rajouté Némésis qui est un collectif identitaire raciste, qui s&rsquo;est aussi rajouté à vouloir défiler lors du 8 mars. Et donc, il y avait un enjeu très, très fort pour nous à dire que ce n&rsquo;était pas possible de manifester avec des fachos et des sionistes. Pour cela, on a essayé de faire avec des collectifs féministes, notamment avec Nous Toutes, Du Pain et des Roses, les Féministes Révolutionnaires, le CLAF (qui est quand même un gros allié car il a été un des premiers collectifs a toujours avoir des positions très claires sur les questions anti-sionistes et anti-fascistes), et plein d&rsquo;autres organisations féministes. <strong>L’objectif était donc d’aller voir ces collectifs féministes et de convaincre qu&rsquo;il fallait agir par rapport à ça, ce qui a amené, notamment, au 8 mars 2025, où il y avait eu une grosse campagne contre les fachos et les sionistes. </strong>Pour nous, c&rsquo;est ça l&rsquo;enjeu en tant que militantes d&rsquo;Urgence Palestine, et militantes anti-sionistes, anti-colonialistes, anti-fascistes sur cette manifestation. </p>



<p>Le collectif Grève Féministe est assez central dans l&rsquo;organisation de la manif. Est-ce que tu pourrais nous développer leurs positions et propositions ?&nbsp;</p>



<p>Grève Féministe est une interorganisation qui regroupe notamment les directions syndicales telles que la CGT, Solidaires, mais aussi des organisations politiques, il me semble, etc. En gros, c&rsquo;est une grosse coalition de collectifs et d&rsquo;organisations pour essayer de mettre en place une grève féministe le 8 mars. Juste pour donner quelques éléments politiques : c&rsquo;est vraiment un outil qui pourrait être positif pour gagner des positions féministes et de grèves politiques le 8 mars, etc. Cependant, c&rsquo;est quand même toutes les mêmes contradictions qu&rsquo;on retrouve dans toutes les inter-syndicales, etc. C&rsquo;est-à-dire que c&rsquo;est très « par en haut », déconnecté des collectifs, des sections syndicales et des luttes syndicales menées à la base… Donc, c&rsquo;est vraiment par en haut, pour le définir, et je pense que ça se voit beaucoup sur la stratégie par rapport au 8 mars et à la présence de Némésis et des sionistes de Nous Vivrons car on n&rsquo;est pas tout à fait raccord sur ce que ça veut dire avoir une position antifasciste. J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;en fait pour Grève Féministe finir la manifestation, aller d&rsquo;un point A à un point B, était plus important que de virer les fachos parce que, pour elles, il ne fallait pas se faire « voler la manifestation », comme si, ne pas faire cette manifestation était un drame absolu. Donc si on doit la faire avec des fachos et des sionistes c’est secondaire. C’est à ce moment là qu’intervient la question de l&rsquo;analyse du danger fasciste et d&rsquo;une stratégie antifasciste de masse de Grève Féministe et c’est là, à mon avis, que réside un  désaccord notamment car pour elles, la stratégie est par en haut.</p>



<p>Suite à la mort du facho le 14 février à Lyon, quelles sont, selon toi, les conséquences sur la construction du 8 mars ? Et quelles lignes te semblent importantes à tenir ?&nbsp;</p>



<p>Ça change, effectivement des choses, parce qu’on le voit, depuis que ce facho a été tué à Lyon, il y a une prise de la rue par des fachos, des rassemblements, des attaques de fachos un peu partout en France. Donc premièrement, les fachos prennent la rue et ont de plus en plus la confiance pour le faire. Deuxièmement, ce que ça change, c&rsquo;est <strong>ce raz-de-marée médiatico-politique qui fait des antifascistes, des terroristes.</strong> Ce raz-de-marée, c’est une <strong>offensive contre les positions antifascistes de rue</strong>, et qui englobe jusqu’à la gauche. On a même pu voir des postes de CND (Cerveaux Non Disponibles) qui condamnait ces positions d’antifascisme de rue. Moi, je pense que c&rsquo;est important de ne pas condamner les antifascistes de rue qui défendent et empêchent les attaques de fachos contre nos luttes, contre nos lieux, contre nos espaces, etc. Evidemment, c&rsquo;est malheureux que quelqu&rsquo;un meure, mais comme toute mort est malheureuse ; on ne fait pas une politique à partir de ça. Est-ce qu’on pensait que c’était mal ou malheureux, lorsque durant la Seconde Guerre Mondiale les résistants tuaient des nazis ? Je ne suis pas convaincue qu&rsquo;on pensait ça, quand il y avait des sabotages de convois nazis, etc., il n&rsquo;y avait pas grand monde pour les pleurer les nazis, et je pense que c’était pour de très bonnes raisons. <strong>L&rsquo;antifascisme, c&rsquo;est nécessaire et vital</strong> : on rappelle quand même que les fachos, c&rsquo;est des attentats partout à travers le monde, des dizaines et des dizaines de morts chaque année, et que l’antifascisme est donc une question de vie ou de mort. Il faut s’opposer aux fascistes &#8211; parfois physiquement &#8211; car la violence, elle vient d&rsquo;eux, alors on est obligé de la contrer. <strong>C’est un devoir moral pour l&rsquo;existence de nos luttes et la possibilité de lutter, que de s&rsquo;y opposer, et de s&rsquo;y opposer parfois physiquement.</strong> Tout ça pour dire que cela va avoir des conséquences sur le 8 mars, d&rsquo;autant plus que, justement, ce facho, il était là pour agir lors d’une action de Némésis, donc ça risque d&rsquo;avoir des conséquences sur la position et la « légitimité » de Némésis, à participer ou pas, ou, en tout cas, la protection politique et policière qu&rsquo;elle risque d&rsquo;avoir. Donc, ça va créer, des couches supplémentaires sur l&rsquo;importance et la <strong>nécessité d&rsquo;avoir une position antifasciste claire, précise, qui nous permette d&rsquo;agir collectivement et de manière massive face à elles, et de ne pas se laisser rouler dessus par ce rouleau compresseur idéologique qui est en train de se mettre en place, actuellement un peu partout.</strong> Quand on repense même à la Une de Libération, &#8211; qui est censé, mais qui n&rsquo;est plus depuis bien longtemps, un journal de gauche &#8211; on comprend assez rapidement qu’il va y avoir un rouleau compresseur qui est là pour tout dégommer et légitimer encore plus les fachos dans ce pays.</p>



<p>Parlons stratégie : À moins d&rsquo;un mois du 8 mars, quelle semble être la stratégie qui se dessine, et qu&rsquo;est-ce que tu peux nous en dire ?&nbsp;</p>



<p>À moins d&rsquo;un mois du 8 mars, on essaye de construire l&rsquo;offensive la plus massive et la plus antifasciste et antisioniste possible. Pour nous, l&rsquo;enjeu, c&rsquo;est ce qui va permettre de bloquer les sionistes et les fascistes et empêcher qu&rsquo;elles manifestent avec nous. <strong>Nous défendons l&rsquo;idée que ça sera par le nombre qu&rsquo;on pourra gagner </strong>et non pas par la meilleure technique de vaisseau ou de positionnement possible etc. Ce qui fera une différence réelle et ce qui nous permettra de gagner, c&rsquo;est vraiment la question du nombre et donc de comment on fait pour être de plus en plus nombreuses et nombreux à préparer cette échéance-là dans cette optique-là et donc comment on fait pour construire cette campagne dès maintenant et pas uniquement le jour J, avec un club de spécialistes pour le dire un peu vite. Dans l&rsquo;idée, on est à peu près toutes d&rsquo;accord là-dessus.</p>



<p>La question, c&rsquo;est comment on fait et par quoi ça passe et c&rsquo;est là où il peut y avoir des débats. Globalement, <strong>l&rsquo;idée c&rsquo;était de construire par en bas donc de mettre en place un maximum de choses qui permettent de convaincre un maximum de personnes de venir au 8 mars en ayant en tête cette volonté de bloquer les fachos et les sionistes</strong>. Par exemple, je milite dans le 18e, à Urgence Palestine et nous avons pris contact avec Nous Toutes Paris Nord, pour organiser un événement commun avant le 8 mars pour préparer cette campagne-là dans notre quartier. C&rsquo;est aussi, par exemple, essayer de s&rsquo;adresser aux syndicalistes et aux sections syndicales pour être un maximum de sections syndicales et syndicalistes qui veulent prendre position pour bloquer les fachos et les sionistes. Donc, voilà, comment on fait pour essayer de faire en sorte que cette stratégie soit partagée massivement ? On cherche aussi, évidemment, à travailler avec Grève Féministe, malgré le fait qu’on puisse avoir des énormes désaccords car nous cherchons à nous adresser, à tous les outils qui nous semblent pertinents pour qu&rsquo;on soit les plus nombreuses et nombreux possible à porter cette stratégie de masse. </p>



<p>Ceci étant dit, un des sujets que je n’ai pas abordé pendant toute cette discussion et qui me semble quand même important et notamment du point de vue de la stratégie, c&rsquo;est la question du sionisme, des sionistes. Ce qui fait le plus débat sur « qui on vire ? » et « comment on les vire ? » ce sont les sionistes. C&rsquo;est-à-dire que, à la limite, Némésis, sont des fachos identitaires, donc tout le monde est d&rsquo;accord pour dire que ce sont des fachos et qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas leur place dans la manif. Après, quelle stratégie on met en place pour les virer de la manif, c&rsquo;est encore une autre discussion. Mais tout le monde est d&rsquo;accord pour dire qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas leur place dans la manif. Nous Vivrons, c&rsquo;est encore différent et ça démontre la faiblesse des positions de la gauche et du mouvement ouvrier français sur la question de la Palestine et sur la question du sionisme qui se fait ressentir à plein tube sur cet aspect-là. C&rsquo;est tout le temps des bras de fer hyper forts parce que <strong>les directions syndicales sont loin d&rsquo;être au clair sur une position anti-sioniste ferme et de soutien à la Résistance</strong>, ce qui les rend très perméables à des discours pseudo-féministes de sionistes. <strong>Comme si on pouvait être féministe et vouloir tuer toute une partie de l&rsquo;humanité, comme si ça allait ensemble d’être suprémaciste et de vouloir l&rsquo;égalité</strong>. Enfin, il y a un moment où c&rsquo;est contradictoire. Voilà, surtout quand ça reprend toute la propagande de l&rsquo;État sioniste et génocidaire israélien de prétendre des viols de masse qui n&rsquo;ont pas eu lieu le 7 octobre. En fait, il y a eu des viols comme dans toute guerre. Je veux dire qu&rsquo;on vit dans un monde patriarcal, donc lors d’une guerre je n&rsquo;ai aucun mal à croire qu&rsquo;il y ait pu y avoir, à certains moments, des agressions sexuelles et viols le 7 octobre. Par contre, ce n&rsquo;était pas du tout une stratégie, ce n&rsquo;était pas systémique, alors que ça l&rsquo;est dans les prisons coloniales israéliennes, que ça l&rsquo;est, dans l&rsquo;armée israélienne qui viole et agresse sexuellement les hommes et les femmes palestinien·nes, etc. Pour finir sur cette question-là, je pense qu&rsquo;il y a aussi un enjeu à <strong>bien affirmer qu&rsquo;on ne veut pas non plus des sionistes dans nos manifestations, </strong>et de ne pas mettre ça de côté, car c&rsquo;est un enjeu central en termes de position dans le mouvement féministe et dans le mouvement ouvrier plus globalement, aujourd&rsquo;hui, en France. <strong>Pour une solidarité totale aux palestiniens et aux palestiniennes, opposons-nous fermement à tout relais de l&rsquo;état sioniste partout !</strong></p>
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		<title>Point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/reflux-perspectives-mouvement-feministe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 23:03:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fémonationalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Nemesis]]></category>
		<category><![CDATA[NousToutes35]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un peu moins de 10 ans après Me Too, le mouvement féministe est face à de multiples questionnements : comment mener la grève féministe ? Assiste-t-on à un reflux du mouvement ? Quels enjeux face <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/reflux-perspectives-mouvement-feministe/" title="Point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-light-green-cyan-to-vivid-green-cyan-gradient-background has-background"><em>Un peu moins de 10 ans après Me Too, le mouvement féministe est face à de multiples questionnements : comment mener la grève féministe ? Assiste-t-on à un reflux du mouvement ? Quels enjeux face à la tentative de récupération politique par l&rsquo;extrême droite ? Entretien avec Kim Attimon, militante à Nous Toutes 35 et à A2C. </em></p>



<p><strong>Est-ce que tu as l&rsquo;impression que le mouvement féministe est en reflux en ce moment ?</strong></p>



<p class="has-white-background-color has-background">Je pense qu&rsquo;en effet c&rsquo;est peut-être un moment de reflux du mouvement féministe. Mais du coup, qui dit reflux, dit le préalable d&rsquo;avoir assisté depuis l&rsquo;émergence de MeToo en France en 2018, à une grande vague de mobilisation féministe telle qu&rsquo;on n&rsquo;en avait pas vue depuis plusieurs décennies. Cette quatrième vague, elle s&rsquo;est particulièrement emparée de la question des violences sexuelles. C&rsquo;est ce qui la différencie en partie des précédentes. Et puis, elle a la particularité de venir de pays du Sud comme le Chili et l’Argentine.</p>



<p>Il y a plusieurs féministes qui ont théorisé la question des flux et des reflux du mouvement en parlant du fameux « backlash » (retour de bâton) qui illustre la question du rapport de force. S&rsquo;il y a un moment de reflux du mouvement, c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;il y a eu un mouvement extrêmement fort et très organisé ces dernières années qui a imposé un nouveau rapport de force. Une partie du mouvement s&rsquo;est vachement structurée en France, notamment autour de Nous Toutes, qui a poussé sur un certain nombre de mots d&rsquo;ordre, en premier lieu le terme même de VSS, mais aussi la réalité des féminicides ou encore le fait que la culture du viol structure la société. Si ces trois notions nous paraissent évidentes aujourd&rsquo;hui, il y a cinq ans c&rsquo;était loin d’être le cas. En plus de ça, il y a aussi les questions du consentement et du tabou de l&rsquo;inceste : c&rsquo;étaient des choses dont on ne parlait pas du tout il y a encore très peu de temps.</p>



<p>Pour le mouvement féministe révolutionnaire, il a plutôt poussé sur la question de l&rsquo;articulation oppression-exploitation avec le mot d&rsquo;ordre de la grève féministe, parti des pays du Sud, Argentine et Chili notamment, avec des grèves assez suivies là-bas. Ce mot d&rsquo;ordre a été repris en France, mais avec plus de difficultés à lui donner une existence concrète. Je pense que ça vient aussi raconter une distance certainement plus grande entre les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier et le mouvement féministe en France par rapport à ces pays.&nbsp;</p>



<p>Si aujourd&rsquo;hui on est plusieurs à percevoir une espèce de reflux, c&rsquo;est, je pense, en partie un reflux du mouvement féministe réformiste qui est dans un moment de fragilité. Notamment Nous Toutes au national qui cette année n&rsquo;a pas organisé la manifestation du 25 novembre, et semble traverser une période difficile en interne et en externe.</p>



<p>Il y aussi des questions de tension dans le mouvement. La direction de NT est poussée à sa gauche sur certaines questions. Avec des résultats parfois pas très concluants de mon point de vue.&nbsp; Je pense par exemple à l&rsquo;année dernière où l&rsquo;appel pour le 25 novembre était contre les violences d&rsquo;État, ce qui a rendu inaudible pour un certain nombre de personnes l’objet de la manifestation à savoir la lutte contre les VSS. Alors que l’objectif de NT depuis le début, c’est un mouvement massif et large. Voilà ce qui peut se produire lorsque des groupes, qui ne représentent pas grand chose, se mettent à pousser pour des arguments qui sont extrêmement minoritaires et souvent moraux … De l’autre côté il y a l’arrière-garde du CNDF et de Grève féministe qui tire sur la droite avec leurs arguments transphobes, anti travail du sexe et islamophobes. Elles non plus ne représentent plus grand-chose en termes de base active mais elles continuent d’avoir des liens historiques avec les syndicats et certains partis. Dans une certaine mesure, ça nous complique la tâche pour construire la grève féministe avec les syndicats sur nos bases pro-choix. En parallèle, le mouvement féministe révolutionnaire et anticapitaliste s&rsquo;est pas mal structuré avec la Coordination féministe, mais avec aussi quelques difficultés. Là, il y a encore beaucoup à fabriquer, en particulier ce fameux lien avec les syndicats pour porter à la fois la question de l&rsquo;oppression et de l&rsquo;exploitation.</p>



<p>Donc le reflux, je pense qu&rsquo;il est multicausal. Mais pour l&rsquo;instant, je n&rsquo;ai pas assez de recul pour savoir vraiment pourquoi c&rsquo;est maintenant. En tout cas, je pense que la fragilité de Nous Toutes, ça a un impact, notamment en termes de visibilité, sur les dates de mobilisations et le contexte plus général doit jouer également.</p>



<p><strong>C&rsquo;est quoi l&rsquo;avenir de la grève féministe ?</strong></p>



<p>Je pense que <strong><em>pour continuer de construire la grève féministe, il n&rsquo;y a pas le choix que d&rsquo;investir les syndicats</em></strong>. Historiquement, il y a un mouvement féministe autonome très fort en France qui est lié à l&rsquo;histoire du mouvement féministe matérialiste et la deuxième vague. Mais il y a quelque chose à reconstruire pour aller vers la grève féministe, ce qui veut dire aller dans les syndicats et construire cette grève à partir des lieux de travail.</p>



<p>L&rsquo;autre hypothèse que je fais et que je défends à NT35, c&rsquo;est l’intérêt de construire des groupes de quartier qui organisent notamment de la solidarité matérielle et permettent de construire la fameuse grève du travail reproductif à des échelles plus petites que la ville mais plus grande que la famille. Si on regarde en Argentine ou au Chili la façon dont les grèves ont pris, c&rsquo;est en partie ce qu&rsquo;il s&rsquo;est passé. Pour avoir vécu en Argentine, il y a des dynamiques de solidarité de quartier qui sont extrêmement présentes et qui sont liées au fait qu&rsquo;il y a énormément d&rsquo;économie informelle et beaucoup de moyens de subsistance parallèles au marché capitaliste formel, où la place des liens avec ses voisin.es par exemple est assez centrale. Et dans la capacité à structurer un mouvement et à mettre en grève les gens, quand tu sais que derrière t&rsquo;auras à manger, du soutien sur les tâches auxquelles les femmes sont assignées et contraintes, ça change quand même beaucoup de choses.</p>



<p>C&rsquo;est les deux perspectives que je vois : la réelle implantation dans les milieux de travail pour pouvoir mettre les gens en grève du travail salarié, et travailler l&rsquo;implantation de quartier pour avoir des bases de solidarités autour de nous pour construire la grève du travail reproductif ou plutôt sa mutualisation.</p>



<p>Parce que, ce qu&rsquo;on essaie d&rsquo;articuler avec la grève féministe&nbsp; c&rsquo;est un niveau de conscience de classe qui est très fort. Et si on arrive à convaincre une frange importante du mouvement, ça peut produire des choses assez incroyables dans la décennie qui vient.</p>



<p><strong>Sur les tentatives de récupération sionistes et fascistes des mobilisations féministes, quelles sont les luttes qui sont encore à mener ?</strong></p>



<p>Je m&rsquo;attendais à ce qu&rsquo;on soit beaucoup plus divisé.es ces deux dernières années sur la question de Nemesis, et même, plus spécialement sur la question de Nous vivrons. Pour le coup, j&rsquo;ai été assez agréablement surprise des réactions. J&rsquo;ai pas l&rsquo;impression que les arguments sionistes sur le 7 octobre aient pris dans le milieu féministe. Je trouve qu&rsquo;<strong><em>il y a eu un front pro-palestinien qui a pris le devant et a remporté la bataille des arguments</em></strong>. Pour autant, je pense que ça reste le champ de bataille idéologique du féminisme contemporain, la question de l&rsquo;instrumentalisation du féminisme à des fins racistes et à des fins coloniales. C’est pour ça qu’il faut continuer d&rsquo;armer le mouvement pour tenir bon, car les attaques ne vont pas s&rsquo;arrêter. <em><strong>Le féminisme est un outil parfait de la classe dirigeante pour diviser notre classe à partir d&rsquo;enjeux racistes</strong></em>, et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs une tendance qui existe depuis des décennies. Que ça vienne à la fois du féminisme d&rsquo;État à la Marlène Schiappa, ou d&rsquo;une partie du mouvement féministe qui s&rsquo;est tournée vers le réformisme avec une forme d&rsquo;adhésion au moins silencieuse à cette tendance-là, parce que c&rsquo;est un féminisme institutionnel qui vit de subventions mais aussi car une partie de ces groupes ont une conception profondément raciste de l’émancipation des femmes.</p>



<p>&nbsp;Il y a beaucoup à reconstruire car les mouvements féministes des années 2000 n’ont au mieux pas été à la hauteur des attaques islamophobes ou au pire y ont contribué activement. Il faut faire en sorte que pour toutes les nouvelles générations de féministes qui entrent en action ça devienne inévitable, incontournable d’avoir une approche antiraciste. Que notre féminisme soit un féminisme de classe, qui ne se sent pas proche des bourgeoises blanches racistes et qui argumente dur face aux discours qui disent que le patriarcat aurait une couleur, une origine, une religion.</p>



<p>C&rsquo;est particulièrement pour ça que je continue de m&rsquo;impliquer dans le mouvement féministe, mais aussi parce que je pense qu&rsquo;il y a plein de grandes choses qui peuvent se passer à partir de ces questions-là.</p>



<p>Mais en vrai, je trouve que le bilan est plutôt positif. Comme je disais, il y a toute une partie du mouvement féministe qui s&rsquo;est formée à la question de la libération de la Palestine ces trois dernières années. Il reste encore à passer à l’action dans certains endroits, ça fait partie des choses sur lesquelles progresser. S&rsquo;il y a encore plein de batailles à mener, il y en a certaines qui ont été remportées.</p>



<p>Kim Attimon, militante à Nous Toutes 35 (A2C Rennes)</p>



<p><em>Merci à Val et Solen pour leurs relectures et commentaires&nbsp;</em></p>
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		<title>Le consentement et la lutte contre les violences sexuelles</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-consentement-et-la-lutte-contre-les-violences-sexuelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 22:00:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un spectre très large de mouvements féministes (ou pseudo-féministes) revendiquent l’intégration du consentement dans la définition du viol. Cette revendication, aboutissant à des stratégies différentes voire opposées, ne doit pas être vue comme un terrain <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-consentement-et-la-lutte-contre-les-violences-sexuelles/" title="Le consentement et la lutte contre les violences sexuelles">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><br><em>Un spectre très large de mouvements féministes (ou pseudo-féministes) revendiquent l’intégration du consentement dans la définition du viol. Cette revendication, aboutissant à des stratégies différentes voire opposées, ne doit pas être vue comme un terrain neutre mais comme un champ de bataille politique. Ainsi, nous devons questionner la place du consentement dans l’élaboration de nos outils et dans nos stratégies de lutte contre les violences sexuelles (VS) et nous demander si la notion de consentement est suffisante pour lutter contre les VS, dans nos organisations et dans la société. Dans nos cadres d’intervention, des camarades sont parfois suspendus, protégés ou encore dénoncés en public. Face à ces situations, il n’est pas facile de savoir comment réagir. Nous avons donc besoin d’une boussole éthique et politique</em>.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Novembre 2025</h6>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="c2a098" data-has-transparency="false" decoding="async" width="692" height="294" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/A2C_RevueN7_GreveFeministe_En-tete-1-jpg-edited.webp" alt="" class="wp-image-10213 not-transparent" style="--dominant-color: #c2a098; width:840px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/A2C_RevueN7_GreveFeministe_En-tete-1-jpg-edited.webp 692w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/A2C_RevueN7_GreveFeministe_En-tete-1-jpg-edited-300x127.webp 300w" sizes="(max-width: 692px) 100vw, 692px" /></figure>



<h1 class="wp-block-heading">LE CONSENTEMENT : ÉTAT DES LIEUX</h1>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le fondement de la légitimité des rapports sexuels</strong></h2>



<p>Le consentement est l’acquiescement donné à un projet ou un acte. Il s’applique dans beaucoup de domaines du droit, comme en droit de la famille où l’on consent à un mariage. L’énonciation de cette notion dans la loi montre que ce n’est pas une évidence. Le consentement a besoin d’être légiféré. Mais qu’en est-il dans le domaine des violences sexuelles ?</p>



<p>En France, nous sommes dans une période de changement de la définition légale des VS. Depuis 1980, elle est basée sur la notion de « contrainte ». Une VS est défini comme un acte sexuel imposé par la violence, la menace ou la surprise. Le consentement n’était pas évoqué. Depuis quelques années, des agences de l’ONU préconisent une approche des VS basée sur l’absence de consentement. Des États l’ont alors intégré à leurs lois comme l’Allemagne (2016), la Suède (2018), l’Espagne (2022).</p>



<p class="has-text-align-left">Depuis 2023, un débat existe en France à ce sujet. Les mouvements féministes appellent à une réforme du droit pénal pour reconnaître tout acte sexuel sans consentement comme une violence. Depuis octobre 2025, la France a inscrit ce principe dans la loi sur la caractérisation des VS.</p>



<p class="has-text-align-center"><em>L’absence de consentement pour caractériser les VS semble évidente, mais l’utilisation de cette notion n’a pas toujours abouti aux mêmes stratégies politiques contre le patriarcat.</em></p>



<p>Clara Serra, philosophe et essayiste espagnole, expose deux tendances ayant émergé de ce point de départ.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le consentement impossible</strong></h2>



<p>La première tendance est celle du féminisme de la domination, qui s’appuie sur le féminisme matérialiste. Ici, le patriarcat est compris comme un système social et historique d’oppression des femmes par les hommes, qui s’appuie sur des structures matérielles, économiques et sociales. Cette structure sert alors le pouvoir d’un groupe (les hommes) au détriment d’un autre (les femmes). Elle organise l’ensemble des rapports entre ces groupes (le mariage, le travail ménager ou encore la sexualité). Dans ces conditions, consentir devient impossible.</p>



<p>La première stratégie qui découle de cette idée est le séparatisme. Puisqu’il ne peut pas y avoir de sexualité consentie sous le patriarcat, et donc dans les relations hétérosexuelles, le choix de la séparation s’impose pour se libérer des VS. Cela amène au lesbianisme politique, aux communautés de femmes, et à l’organisation politique en non-mixité.</p>



<p>La deuxième stratégie est l’élaboration d’un appareil législatif prohibitionniste et anti-sexe. Aux États-Unis, Andrea Dworkin et Elisabeth McKinnon ont déduit que le sexe est violence et donc que la sexualité est un danger pour les femmes. La pornographie et le travail du sexe (TDS) en deviennent les symboles ultimes. Pour protéger les femmes, elles se sont tournées vers l’État pour mettre en place des politiques prohibitionnistes (lois anti-avortement et anti-pornographie notamment). Cette politique a eu pour conséquences le harcèlement policier des TDS, des lieux gays, lesbiens et trans, l’absence de prise en compte des débuts de l’épidémie de VIH et la mise en place de programmes éducatifs basés sur l’abstinence avant le mariage.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le consentement comme horizon souhaitable</strong></h2>



<p>L’autre tendance est celle du néolibéralisme sexuel, selon laquelle « seul un oui est un oui ». Dans cette perspective, il est nécessaire de s’examiner, de regarder son désir, le comprendre, le verbaliser pour dire oui et contractualiser un accord. Sur ce terrain consenti contractualisé, il n’y a plus de risques de violences sexuelles.</p>



<p>La différence avec la première théorie est que la sexualité n’est pas forcément perçue comme une violence. Pour distinguer une violence d’une sexualité consentie, notre désir et notre capacité à l’exprimer ou non sont centraux. Aussi, dans la première tendance, la gestion des VS est déléguée à l’ État alors que la deuxième amène à des devoirs individuels : des hommes, on exige qu’ils demandent et des femmes, qu’elles sachent répondre. Cette vision du consentement est celle du capitalisme qui nous enjoint à être libres en trouvant nous-mêmes les conditions de notre liberté, sans nous en donner la possibilité.</p>



<p>Clara Serra nous dit que les deux théories coexistent. L’intégration dans les législations d’une définition positive du consentement mène à des lois plus répressives tout en demandant à chaque individu de se responsabiliser seul.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><em>Évidemment, l’idée de consentement reste essentielle, mais elle est insuffisante. Il est nécessaire de contextualiser les conditions</em> <em>du consentement pour savoir si la capacité à consentir existe ou non.</em></p>
</blockquote>



<p>Aujourd’hui, cette capacité et les violences sexuelles existent dans le contexte du patriarcat. Celui-ci est un outil essentiel au capitalisme car il assure la reproduction de la force de travail. Les VS, normalisées et naturalisées par la culture du viol, y sont un outil de domination et de maintien de l’ordre social.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="949494" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #949494;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="579" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-1100x579.webp" alt="" class="wp-image-10209 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-1100x579.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-300x158.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-768x404.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600.webp 1200w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<h1 class="wp-block-heading has-text-align-left">LE SEXE COMME VIOLENCE OU LA CONQUÊTE DU DÉSIR</h1>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les Feminist Sex Wars</strong></h2>



<p>Les <em>Feminist Sex Wars</em> désignent les conflits autour du sujet de la sexualité entre plusieurs mouvements féministes. Elles débutent dans les années 80 aux États-Unis, au moment où sont votées les lois réactionnaires de Reagan. Ces controverses se cristallisent, en surface, sur la question de la pornographie. En réalité, « [elles sont] un combat pour savoir qui a le droit de définir la sexualité féminine » : l’État ou les personnes elles-mêmes ? Elles nous donnent un éclairage sur la manière dont nous pouvons aborder la question des VS et la sexualité plus largement.</p>



<p>L’un des camps des <em>Sex Wars</em> est celui des féministes dites radicales. Elles considèrent que la pornographie, le BDSM ou les relations butch-fem reproduisent la domination masculine et perpétuent les violences, même si elles semblent consenties. Cette idée aboutit à la stratégie d’un État qui promeut des lois anti-sexe. L’autre camp, celui des pro-sexe, lié aux luttes queers et à la défense des TDS, pense que le mouvement féministe doit s’engager contre la répression sexuelle. Il propose d’aller à la conquête du plaisir, par la libération du désir, une dépénalisation des fantasmes et la possibilité de jouer avec les codes du genre. Ce courant conçoit le consentement comme un critère libérateur permettant la distinction entre sexualité et violence.</p>



<p>S’inspirer des « pro-sexe » pour bâtir nos boussoles paraît intéressant, tout en conservant deux vigilances :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Des héritier·es de ce courant (comme Foucault, Hocquenghem, De Beauvoir) ont poussé si loin l’exploration de cette liberté qu’ils ont encouragé les violences sexuelles faites aux enfants.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ce courant peut amener à des stratégies qui imaginent que ce sont nos pratiques individuelles de dissidences et de subversions qui vont mettre en danger le système (dominantes dans les pensées queers).</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La conquête du désir dans un contexte de backlash ?</strong></h2>



<p>Bien que la stratégie pro-sexe nous semble pertinente, il est important de rappeler que nous sommes actuellement dans une période de backlash, où les droits et les libertés gagnées autour de la sexualité sont en recul.</p>



<p>En témoigne la polémique, en France, autour de la loi EVARS (le programme d’éducation à la vie affective et sexuelle de l’Éducation nationale). Ce programme paraît une bonne piste pour garantir de meilleures conditions pour consentir ou non, et il fait l’objet d’une lutte acharnée de la part des milieux conservateurs et des fascistes. Au niveau institutionnel, le RN a déposé en avril 2025 une proposition de loi alternative qui remet la naturalisation de la famille hétérosexuelle et la biologisation du genre au centre de la société, tout en reconnaissant la nécessité de protéger les femmes des violences. Cette lutte s’articule aussi par une mise en mouvement. Début mars 2025, une grève de l’absentéisme, appelée par des groupes de parents type Syndicat de la Famille, héritiers de la Manif pour Tous et liés au RN et à Reconquête, a été assez suivie, vidant en partie des classes de leurs élèves.</p>



<p>Récemment, au Royaume-Uni, la Cour Suprême a acté que les femmes sont définies par leur biologie. L’attaque anti-trans est évidente, mais cet événement est à replacer dans le contexte de menace de guerre actuel. En France, Macron a appelé au « réarmement démographique », et dans tous les États impérialistes, des politiques de natalité sont ou vont être mises en place. Or, pour que la natalité redémarre, tout le monde doit être ramené sur le chemin de l’hétérosexualité. Cette contrainte repose sur la généralisation des violences sexuelles, notamment envers les personnes LGBT+.</p>



<p>Dès lors, la notion de consentement ne semble pas suffisante pour lutter contre les VS. Elle peut même parfois être dangereuse, selon par qui et au service de quoi elle est utilisée. Mais alors comment organiser efficacement la lutte contre les VS ?</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="84848f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #84848f;" loading="lazy" decoding="async" width="1600" height="900" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe.webp" alt="" class="wp-image-10212 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe.webp 1600w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-1100x619.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-768x432.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-1320x743.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></figure>



<h1 class="wp-block-heading">LUTTER CONTRE LES VS AU-DELÀ DE L’IDÉE DU CONSENTEMENT</h1>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Lutter contre un système</strong></h2>



<p>Dans un premier temps, nous n’avons pas d’autre choix que de lutter contre tout le système qui produit les VS : le patriarcat et le capitalisme. Cependant, la conséquence ne doit pas être de se satisfaire d’un investissement dans son syndicat. Nous devons considérer le sexisme, au sein de nos organisations, comme un des fronts de la lutte des classes. Cela, à la fois parce que le féminisme politise et organise massivement, mais aussi parce qu’une partie des attaques les plus virulentes contre notre classe se fait sur le front du sexisme.</p>



<p>Il est donc essentiel de prendre au sérieux le mouvement féministe pour gagner des arguments. Nous devons aussi continuer à voir la mobilisation du 8 mars comme une possibilité d’organisation de notre classe.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Que faire des personnes ayant commis des violences ?</strong></h2>



<p>Une de nos idées de base est de refuser de clamer « pas d’agresseurs dans nos rangs », tout simplement car nous ne croyons pas à cette possibilité, sous les conditions actuelles.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><em>Nous ne sommes pas en mesure de créer une micro-société dans laquelle nous aurions supprimé toutes les violences, car nous en sommes tous et toutes capables.</em></p>
</blockquote>



<p>Mais alors qu’attendons-nous de nous qui produisons ces violences (même sans le vouloir) ? De suivre ce qui est demandé dans le cadre du protocole que nous avons élaboré pour montrer patte blanche ? Est-ce que ça serait la garantie de ne pas recommencer ? Ou souhaitons-nous plutôt une transformation profonde de la société ?</p>



<p>Comme nous, féministes révolutionnaires, pensons que le patriarcat ne profite pas à « une classe d’hommes » mais plutôt à la société capitaliste, nous proposons de sortir le désir du champ de la violence pour qu’il devienne un terrain d’expérimentation et de libération pour tout le monde. Nous pensons que tout le monde peut changer, en profondeur, et en parallèle d’un changement des conditions matérielles conditionnant nos actions. Ainsi, arrêter de faire subir des violences sexuelles, ce n’est pas perdre quelque chose mais plutôt gagner des formes d’interaction non basées sur la violence.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les personnes ayant subi des violences</strong></h2>



<p>Il est essentiel de reconsidérer la place totalisante de victime dans laquelle les personnes qui subissent des violences sont placées. Considérer ces personnes comme étant dotées de désir, dans toutes ses contradictions, c’est leur redonner du pouvoir. Cela permet de discuter avec nos camarades et d’exprimer des désaccords sur la gestion des situations de violences sans sacraliser « la parole de la victime ».</p>



<p>Enfin, cela permet de rester fidèle à l’idée que même si notre classe subit des violences, c’est en elle que réside les possibilités de son émancipation. Alors, on doit garder comme principe premier de donner les conditions nécessaires à nos camarades ayant subi des VS pour pouvoir continuer à militer, parce que c’est grâce à chacun·e d’entre nous que nous pourrons lutter contre le système qui produit ces violences.</p>



<p class="has-text-align-right">MARIA MARTIN (RENNES)</p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center"><strong>À ÉCOUTER</strong></h2>



<p class="has-text-align-center"> GRÈVE FÉMINISTE, GRÈVE DU TRAVAIL REPRODUCTIF OU GRÈVE DE LA PRODUCTION ?</p>



<p>Dans cette introduction nous essayons de revenir sur la construction du 8 mars comme date de grève féministe. Si le mouvement féministe a réussi à imposer ce mot d’ordre à l’international, il est difficile de savoir comment elle se construit effectivement. La grève est parfois agitée comme une revendication sans que le mouvement la construise activement par en bas, dans leurs syndicat et leur quartier. Nous avons décider de revenir sur ce qu’est une grève féministe. Est-ce qu’il s’agit d’une grève des femmes ? D’une grève du secteur reproductif ? Ou bien d’une grève générale féministe qui dessine la possibilité d’une autre organisation de toute la société ? </p>



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<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-consentement-et-la-lutte-contre-les-violences-sexuelles/">Le consentement et la lutte contre les violences sexuelles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 20:35:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[biphobie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
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		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[natalisme]]></category>
		<category><![CDATA[natalité]]></category>
		<category><![CDATA[queer]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</div>
<p> <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/" title="Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille">[...]</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right">Après avoir publié dans <em>Les Cahiers d&rsquo;A2C</em> #16 (mars 2025) un article intitulé <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/"><em>Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère :&nbsp;Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?</em></a>, voici un deuxième article poursuivant la réflexion sur l&rsquo;homophobie et la biphobie en l&rsquo;articulant avec le rôle de la famille, abordé également dans l&rsquo;article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/"><em>Doit-on abolir la famille ?</em></a>, également présent dans les Cahiers #16.</p>



<p><em>Il est courant de parler de matérialisme dans les groupes queers, mais souvent au sens de “tangible” ou “réel”. Ces usages n’ont pas grand-chose à voir avec le matérialisme historique, une approche qui dit qu’il est impossible de détacher les idées des conditions dans lesquelles elles émergent. Pour les marxistes, ce ne sont pas les sociétés humaines qui sont dessinées par les idées qui y sont majoritaires : au contraire, pour comprendre la prévalence d’une idée, comme l’homophobie, la biphobie, ou même l’homo/bisexualité elle-même, il faut regarder dans quels contextes sociaux et économiques cette idée émerge. Comprendre son lien avec le système économique qui surdétermine tous les rapports sociaux, le capitalisme, et ses transformations.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Novembre 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le capitalisme a créé l’homophobie et les gays en même temps</strong></h2>



<p>A l’échelle de l’humanité, les identités sexuelles sont très récentes, inventées seulement au cours du XIXème siècle. L’historien marxiste D’Emilio propose en 1983 une explication matérialiste de la naissance de l’homophobie et des catégories de sexualité. Il nous dit que les LGBT+ n’ont pas toujours existé, mais que nous sommes un produit de l’histoire, notamment un produit du capitalisme, un système de production organisé autour du travail salarié. <strong>Jusqu’au milieu du XIXème siècle, c’est la famille qui était l’unité de production principale et essentielle à la vie de l’ensemble de la population.</strong> C’était dans ce cadre que ses membres, surtout les femmes, produisent les aliments, les vêtements, et tous les autres biens de consommation. Personne ne pouvait survivre sans famille, et la survie de chaque personne dépendait de la coopération de tous, dont les enfants. On trouve des sources historiques qui montrent que des individus ont des comportements homosexuels, y compris réguliers, et que certaines personnes ont su reconnaitre en elles-mêmes une attirance plus forte pour le même sexe. En revanche, il était impossible de faire de ces désirs un mode de vie. </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized is-style-default"><img data-dominant-color="9e877b" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Capitalismo-e-identitade-gay.webp" alt="Paul Cadmus, The Fleet’s In!, 1934" class="wp-image-10203 not-transparent" style="--dominant-color: #9e877b; width:840px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption">Paul Cadmus, <em>The Fleet’s In!, </em>1934</figcaption></figure>



<p>Qu’est-ce qui a changé ? Le capitalisme, sous la forme du travail libre. Les hommes et les femmes ont quitté les zones rurales pour émigrer vers les grandes villes, pour trouver du travail dans des entreprises plus grandes. Bien sûr, la famille n’a pas disparu : les femmes continuent de cuisiner ou fabriquer des vêtements. Elle a cependant perdu son caractère autosuffisant.</p>



<p>La famille, surtout au sein des classes moyennes, ne produit bientôt plus des biens, mais du bonheur : c’est dans la famille qu’on retrouve les relations épanouissantes, avec ses enfants ou son époux·se. Avec le travail salarié, la procréation perd son importance, et les taux de natalité chutent. A ce moment, la sexualité entre époux est libérée de l’unique but de pro- création, et commence à laisser plus de place au désir et au plaisir.</p>



<p>Pour stabiliser les comportements sexuels dans des identités, il a fallu la psychiatrie. Les médecins se sont emparés de la question de la sexualité et de la déviance, et ont stigmatisé l’homosexualité, l’érigeant par là comme une identité à part entière. Une personne qui avait des comportements homosexuels est devenue un homosexuel (« inverti »), et son corollaire l’hétérosexuel a été créé.</p>



<p>En France, l’État a largement contribué à cette naturalisation de l’identité : par le biais de la colonisation déjà, puisque l’État étudiait les sexualités déviantes, pour contrôler la reproduction sexuelle et pour limiter le métissage des populations. L’enjeu, pour l’État, de contrôler la sexualité est d’abord nataliste : comment assurer une natalité nécessaire à la reproduction générationnelle et à la poursuite de l’accumulation ? Ainsi que l’enjeu de la prise en charge des enfants et de la division genrée du travail.</p>



<p>Les idéologies religieuses et familiales ont largement contribué à celle de l’État au XXème siècle, pour assigner les femmes au travail de soin, domestique et de reproduction. Ainsi, le régime fiscal et les droits sociaux sont construits autour de la situation conjugale et de la famille hétérosexuelle. Pendant ce temps, la justice et la police répriment les sexualités déviantes, notamment avant et pendant le régime de Vichy qui instaure des majorités sexuelles à 21 ans pour les relations homosexuelles, ce qui permet, sous couvert de protection des mineurs, de réprimer l’homosexualité. A partir de là, tout manquement constitue un risque pour l’accès au travail, au logement et à la stabilité familiale.</p>



<p>Donc on a là une contradiction de taille : le capitalisme a créé à la fois les conditions d’existence de l’homosexualité, et l’homophobie. Homophobie qui a d’ailleurs aussi propulsé le mouvement LGBT, qui se mobilise principalement pour les droits, contre la répression et la criminalisation, et est devenu par-là de plus en plus visible et a gagné en force et en structuration.</p>



<p>La biphobie, elle, est l’invisibilité structurelle et historique de la bisexualité, qui se transforme en panique anti-bisexualité qui émerge quand les bi+ sortent de l’ombre. Elle vient surtout du besoin pour l’État et la psychiatrie d’une figure déviante nette pour stabiliser les orientations sexuelles homo et hétéro, alors que la bisexualité est une zone floue. Il s’agissait de stigmatiser sans se laisser contaminer. Les mouvements homosexuels, ainsi que l’épidémie du Sida, ont aussi pu renforcer ces frontières. La biphobie est donc le produit d’une série d’effacements, d’exclusions, de choix stratégiques. Inséparable, à toutes les étapes, de l’homophobie et donc de la famille et son lien contradictoire avec le capitalisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Famille et capitalisme : fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis</h2>



<p>Le capitalisme a une relation contradictoire avec la famille : elle garde une place importante car il faut toujours faire et éduquer des enfants, des tâches nécessaires au capitalisme mais que celui-ci n’a pas pu ou voulu socialiser. Pourtant, elle a perdu toute raison matérielle d’exister, puisque chacun peut vivre de manière indépendante.</p>



<p>Donc à quoi sert l’homophobie ? À transformer les LGBT en boucs émissaires de l’instabilité sociale qui va avec la destruction progressive de la famille : on nous accuse de corrompre les enfants, d’être des p*dophiles, de détruire la famille.</p>



<p>La place que prend la famille dépend des possibilités de socialisation du travail reproductif : qui va éduquer les enfants, qui va s’occuper de faire à manger&#8230; Plus les tâches sont socialisées (écoles, crèches, hôpital, cantine&#8230;), plus la famille perd de son importance matérielle, et les possibilités de vivre sans, de vivre son homo-/bisexualité augmentent. En revanche, quand le capitalisme entre en crise, il se replie sur la famille : les tâches autrefois socialisées sont délaissées, et nous sommes des bons boucs émissaires.</p>



<p>C’est ce qui se passe actuellement : avec un taux de profit historiquement bas, une croissance quasi-nulle, le vieillissement de la population et la panique raciste contre l’immigration, l’augmentation des tensions inter-impérialistes et la perspective de la guerre, le natalisme apparaît pour nos classes dirigeantes comme une nécessité nationale. Macron parle donc de réarmement démographique, ce qui traduit ce besoin du capitalisme d’un repli sur la famille comme institution idéologique et de reproduction sociale.<br>La place de la famille, si elle dépend en grande partie des concessions que les dirigeant·e·s sont prêt·e·s à faire dans une période de prospérité ou de crise, dépend aussi du rapport de force que nous instaurons, par les luttes sociales et féministes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stratégie : le but et le chemin</h2>



<p>Nous devons <strong>abolir la famille telle qu’elle existe</strong>, parce que c’est sa centralité dans le travail reproductif et la production du bonheur qui est historiquement à la source de l’homophobie, puis de la biphobie.</p>



<p>• Étape 1 : la famille joue un rôle productif et reproductif <strong>&gt; </strong>l’homophobie structurelle n’existe pas car l’homosexualité est impensable.</p>



<p>• Étape 2 : la famille perd son rôle productif et garde la reproduction et le bonheur <strong>&gt; </strong>l’homophobie est créée contre les déviances naissantes</p>



<p>• Étape 3 (à construire) : la famille n’existe plus, c’est la société tout entière qui prend collectivement en charge le bonheur et le travail productif et reproductif <strong>&gt; </strong>plus rien ne bloque matériellement la lutte contre l’homophobie et la biphobie. Cette étape a été entrevue au cours de la révolution russe, au cours de laquelle des institutions sociales sont créées pour prendre en charge collectivement l’éducation, le <em>care</em>, les tâches domestiques, ce qui a radicalement bouleversé les rapports de genre et de sexualité.</p>



<p>Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="6c7468" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6c7468;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp" alt="" class="wp-image-10206 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front.webp 1080w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p><strong>Il y a deux stratégies nécessaires, qui s’ajoutent au travail déjà fait aujourd’hui de lutte contre des stéréotypes, qui s’attaquent au système en lui-même et qui nous permettront de gagner.</strong></p>



<p>La première est de lutter pour tout ce qui renforce notre autonomie vis-à-vis de la famille. Il s’agit donc de luttes sociales, collectives et de classe.</p>



<p>• Luttes pour l’autonomie de nos corps : un avortement libre, gratuit et safe, contre les stérilisations forcées, les violences sexuelles et domestiques&#8230;</p>



<p>• Affaiblissement de l’importance de la famille : facilitation du divorce, extension des avantages matériels, fiscaux aujourd’hui réservés aux familles&#8230;</p>



<p>• Prise en charge collectives des tâches de reproduction : crèches, cantines, école gratuite pour tous·tes, lieux de vie collectifs &#8230;</p>



<p>• Renforcement de l’autonomie personnelle : hausse des salaires, aides sociales, services sociaux en tous genres, logements décents et abordables&#8230;</p>



<p>• Égalité des droits, en droit et en pratique : mêmes droits pour les couples hétéros et les couples homos, lutte contre l’homophobie, fin de la mention du genre, possibilités de vie égales à celles des hétéros, lutte contre la transphobie.<br>Les modes d’actions sont ceux du mouvement social : l’organisation collective, les manifs, la grève, l’occupation&#8230;</p>



<p><strong>La deuxième stratégie</strong>, c’est de créer les communautés qui remplaceront la famille. Quand le capitalisme détruit la famille traditionnelle, il le fait en laissant sur le côté celles et ceux dont la famille capitaliste ne veut pas, notamment les queers. Il ne s’agit pas d’être tous·tes autonomes et isolé·e·s, mais au contraire de produire d’autres manières d’être heureux·ses, qui ne reposent pas sur la famille traditionnelle.</p>



<p>• Faire famille autrement : développer les réseaux de solidarité en tous genres. Pour cela, les groupes communautaires queers peuvent être un début, mais ne suffiront pas, car nous avons besoin d’espaces sans homophobie plutôt que d’espaces sans hétéros.</p>



<p>• Faire front contre toutes les oppressions : la question du racisme est centrale, dans une période où la crise du capitalisme accentue l’exploitation des personnes racisées et/ou sans papiers, et où le danger fasciste vise principalement ces groupes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="a19788" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a19788;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="660" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp" alt="" class="wp-image-10205 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-300x180.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-768x461.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride.webp 1200w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p>Pourquoi ces luttes sont-elles des luttes de classe ? Parce que nous nous attaquons directement au capitalisme et aux classes dirigeantes, qui ont tout intérêt à la poursuite de notre oppression. Mais aussi parce que nous avons besoin d’une autonomie de notre classe : plutôt que plus de police, organisons l’autodéfense.</p>



<p>En réalité, si les luttes sociales, collectives, féministes et antiracistes permettront de gagner un rapport de force nécessaire à la lutte contre les oppressions, on ne peut envisager la libération de tous·tes qu’au travers de perspectives révolutionnaires qui aboutiraient à la construction d’une autre société, socialiste, fondée sur les besoins de chacun·e au lieu des profits de la classe dirigeante.</p>



<p><strong>VICTOR MICHEL (BREST)</strong></p>



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		<title>Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-sur-le-7-et-8-mars-vers-la-construction-dun-front-feministe-antisioniste-et-antifasciste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 15:39:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[feminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israel]]></category>
		<category><![CDATA[Nemesis]]></category>
		<category><![CDATA[Nous vivrons]]></category>
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		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
		<category><![CDATA[Retour militants]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un plan de bataille construit progressivement pour exclure les collectifs sioniste et fasciste de nos manifs. Les Cahiers d&#8217;A2C #17 &#8211; juin 2025 A l’origine de l’initiative : la participation de deux collectifs &#8211; Nemesis fasciste <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-sur-le-7-et-8-mars-vers-la-construction-dun-front-feministe-antisioniste-et-antifasciste/" title="Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Un plan de bataille construit progressivement pour exclure les collectifs sioniste et fasciste de nos manifs.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p>A l’origine de l’initiative : la participation de deux collectifs &#8211; Nemesis fasciste et Nous Vivrons, organisation sioniste &#8211; à la manifestation féministe du 23 novembre à Paris. Ils ont pu défiler sur tout le trajet sans réaction unitaire de la part de la manifestation. Seule une trentaine de personnes sont allées voir les cortèges pour alerter, et ont essayé de scander des slogans à leur passage place de la République</p>



<p>Cela a fait prendre conscience à de nombreux·ses militant·es de l’urgence à agir pour ne plus que cela se reproduise, notamment lors de l’échéance féministe suivante&nbsp;: le 8 mars. L’année précédente, la majorité des organisations avait accepté la participation de Nous Vivrons. Il y a donc eu au départ des hésitations&nbsp;: faut-il boycotter la manif&nbsp;? organiser une action&nbsp;? s’adresser aux organisations qui préparent la manifestation du 8 mars&nbsp;? C’est ce dernier choix qui va être fait. C’est à partir de militantes impliquées dans Urgence Palestine et Samidoun que, fin janvier, on décide de monter un groupe de travail pour préparer cette échéance avec l’objectif de faire que Nemesis et Nous Vivrons ne soient pas dans la manif.&nbsp;</p>



<p>Ça nous paraissait important de casser la légitimité que ces organisations se construisaient en étant acceptées dans nos manif. Par exemple, Nemesis, interrogée à la BBC pour parler du procès Pelicot en tant qu’organisation féministe, s’est appuyée sur sa participation à la manifestation du 23 novembre. Cela traduit leur stratégie, qui est de vouloir prendre l’hégémonie sur le mouvement. La riposte à ce groupe fasciste <em>pouvait </em>être immédiate, dans le sens où on s’attendait à ce qu’il participe à la manifestation du 8 mars. Elle <em>devait </em>être immédiate, car les laisser manifester à nouveau allait nous affaiblir durablement dans le combat contre le développement du fascisme. Et elle <em>pouvait</em> également être massive, puisqu’une telle manifestation rassemble des dizaines de milliers de personnes. <strong>Notre intention était donc de convaincre le plus largement possible pour que la riposte antifasciste et antisioniste soit massive.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment a-t-on procédé ?</h2>



<p><strong>Notre intention était de s’adresser à toutes les organisations qui participent au 8 mars </strong>(pas seulement les organisations féministes), <strong>mais au-delà, à toutes les personnes susceptibles d’être présentes à la manifestation.&nbsp;</strong></p>



<p>Cela a donné lieu à deux textes&nbsp;discutés collectivement : un appel et un argumentaire. Le premier, l’appel «&nbsp;Le 8 mars on arrête tout, surtout les fascistes et les sionistes&nbsp;!&nbsp;», ne cherchait pas à attaquer les organisations féministes mais à les pousser à se positionner pour la manif à venir. Il a permis d’aller discuter et de regrouper les forces qui étaient d’accord sur l’importance de le faire.&nbsp;</p>



<p>On a écrit un argumentaire collectivement, pour nous donner de la force, aller chercher à convaincre chaque organisation et provoquer des discussions en leur sein. On a ouvert notre texte à signature pour concrétiser notre démarche. On s’est adressées à toutes les organisations, pas seulement à celles qui nous paraissaient les plus proches. Le fait d’être des militantes féministes sans être impliquées directement dans un cadre féministe a pu nous être reproché, mais cela constituait aussi l’avantage de nous mettre à distance des débats internes au mouvement féministe, que l’on a découvert très divisé et avec de fortes animosités.&nbsp;</p>



<p><strong>La stratégie proposée repose sur l’objectif que chaque organisation s’engage dans le refus de la participation de Nemesis et Nous Vivrons</strong>, et que cela se concrétise de façon visible lors de la manifestation. On a donc proposé que les organisations arrêtent leur cortège – empêchant ainsi la manifestation de démarrer – tant que les 2 groupes seraient présents. </p>



<p>En menant les discussions, on s’est rendues compte qu’on n’était pas les seules à réfléchir à avoir une réaction, cette préoccupation était largement posée au sein du mouvement féministe qui est confronté depuis des années à des débats sur la place des luttes antiracistes et anticolonialiste dans le féminisme. Par contre, on s’est rendues compte également que la réponse dominante était purement technique, avec l’idée de mandater un service d’ordre dédié. Et en rendant notre appel public, pour en faire un enjeu politique pour tous·tes les manifestant.es, il nous a ainsi été reproché de faire de la pub à Nemesis et Nous Vivrons qui n’avaient pas encore annoncé leur participation, d’invisibiliser les revendications féministes, de mettre en danger les participant·es, de briser l’unité des organisations, de proposer une riposte collective impossible à mettre en œuvre. Bref, de proposer une stratégie contradictoire avec celle qui se dessinait au départ. Cela révélait en fait la difficulté du cadre unitaire à assumer ce positionnement. </p>



<p>Malgré les attaques parfois assez dures contre nous, on a réussi à faire que ce texte soit diffusé partout, en persévérant dans la démarche d’aller dans tous les cadres de discussion liés à la préparation de la manifestation. Certains collectifs ont organisé des réunions alternatives pour préparer la réaction à la présence des sionistes et des fascistes. Nous y sommes également allées, mais en gardant la volonté de nous adresser à l’ensemble du cadre organisateur.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le jour J</h2>



<p>Il y a eu beaucoup de couacs d’organisation qui méritent d’être discutés, des échanges chaotiques et les désaccords en amont sont réapparus faute de cohésion suffisante, mais le bilan est extrêmement positif. Le SO unitaire a bloqué l’entrée de la Place de la République à Nemesis et Nous Vivrons, le temps que tous les cortèges s’engagent. Puis, pendant plus de 5h, la majorité des cortèges était à l’arrêt puisque la police a permis que Nemesis et Nous Vivrons s’engagent sur la place. A l’arrière, des lignes de militant·.es de différentes organisations et de différentes mouvances politiques se sont constituées pour tenir à distance les cortèges et faire face aux charges de la police. Cela représentait sans doute des milliers de personnes au début. Les cortèges présents en tête de la manifestation, ceux des organisations féministes signataires de l’appel du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), sont les premiers à avoir mis fin à cette action coordonnée. Et la communication à l’ensemble des manifestant·es de la situation a été une préoccupation qui n’a pas suffisamment été prise en charge. Enfin, la communication post-manifestation de certaines organisations mentionnent uniquement Nemesis, montrant la difficulté à assumer d’avoir également exclu nous Vivrons.</p>



<p>La manifestation du 7 mars, organisée notamment par l’AG féministe Paris-Banlieue, a joué un rôle très important. C’est le collectif féministe qui a été le plus réceptif à notre appel. Il nous a proposé de construire la manifestation du 7 mars ensemble, autour de mots d’ordre antiracistes et anticolonialistes&nbsp;. Nous avons repris cette proposition en faisant connaître cette manifestation et en organisant un cortège autour des femmes résistantes palestiniennes. Les réactions n’ont pas tardé&nbsp;: attaques sur les réseaux sociaux, sionistes et fascistes transformés en lanceurs d’alerte qui interpellent l’État, Nunez &#8211; le Préfet de Paris &#8211; qui exige des organisatrices de se désolidariser d’Urgence Palestine et Samidoun pour autoriser la manifestation, manifestation interdite, référé libertés devant le tribunal administratif, manifestation autorisée 25 minutes avant&nbsp;! Les organisatrices de la manifestation ne se sont jamais désolidarisées d’Urgence Palestine ou Samidoun. Nunez a présenté la manifestation du 7 mars comme une préparation du 8 mars, une convergence des luttes féministes et anticolonialistes pour virer les fémonationalistes. De notre côté, nous sommes allées demander à toutes les organisations présentes à la manifestation du lendemain de nous soutenir face à l’interdiction, ce qui a contribué à poursuivre les discussions sur la situation politique et la nécessité de faire front. <strong>130 organisations et personnalités ont alors signé un communiqué qui reprend les arguments du texte du 8 mars</strong>.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles suites ?</h2>



<p>Première étape dans la construction d’un front féministe antisioniste, le travail est encore long pour s’opposer à ces groupes, pour affirmer des positions résolument antisionistes et anticolonialistes dans le mouvement féministe. Mais d’ores et déjà, des collectifs se sont donnés rendez-vous pour préparer ensemble la manifestation du 23 novembre.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des militantes d’a2c Paris et d’Urgence Palestine</h5>
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		<title>Offensive anti-trans : Comment bâtir la riposte ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/offensive-anti-trans-comment-batir-la-riposte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 13:23:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[LGBTQI]]></category>
		<category><![CDATA[Trans]]></category>
		<category><![CDATA[Transidentité]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’offensive anti-trans en cours à l’internationale est indéniable&#160;: lois interdisant les bloqueurs de puberté votée par le Sénat en France, portée par le Labour Party au Royaume-Uni, multiplication des décrets anti-trans en quelques jours par <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/offensive-anti-trans-comment-batir-la-riposte/" title="Offensive anti-trans : Comment bâtir la riposte ? ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>L’offensive anti-trans en cours à l’internationale est indéniable&nbsp;: lois interdisant les bloqueurs de puberté votée par le Sénat en France, portée par le Labour Party au Royaume-Uni, multiplication des décrets anti-trans en quelques jours par le gouvernement Trump, criminalisation des transitions en Russie…</em></p>



<p><em>Les personnes trans apparaissent comme l’une des franges les plus ciblées de notre classe. En tant que révolutionnaires, on se doit de bâtir une réponse à la hauteur.</em></p>



<p><em>Si le but de cet article est stratégique, il fait des détours théoriques, pas pour le plaisir d’avoir raison, mais pour examiner sincèrement ce qui structure les vies trans, et ainsi penser des stratégies qui peuvent gagner.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Différencier le sexe biologique du genre social</strong></h2>



<p>Il y a une contradiction majoritaire qui anime les débats sur le genre et fait apparaître 2 pôles qui s’affrontent, le premier est progressiste et cherche à défendre les personnes trans, le second, réactionnaire, a pour but de diminuer toujours plus leurs droits, voire de les faire disparaître.</p>



<p>Dans la plupart des associations LGBTQI ou féministes, dans une partie de la gauche institutionnelle (celle qui considère que les conditions des personnes trans sont un sujet), mais aussi dans la majorité des milieux queers même les plus radicaux, une idée domine. «&nbsp;Les personnes trans sont les personnes qui vivent ou qui souhaitent vivre dans un genre différent de celui qui leur a été assigné à leur naissance. La transition de genre est un long processus qui permet à une personne de s’affirmer dans le genre auquel elle s’identifie et dans lequel elle peut s’épanouir”<sup data-fn="1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367" class="fn"><a id="1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367-link" href="#1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367">1</a></sup>.</p>



<p>Cette définition met en avant le genre en le distinguant du sexe. Il y aurait donc, d’un côté, le sexe, biologique, avec lequel chaque personne naîtrait et qui serait déterminé par ses organes génitaux. Et de l’autre côté, il y aurait le genre, qui lui serait culturel, construit par un ensemble de normes physiques et sociales.</p>



<p>Dans la citation au dessus, il y a aussi l’idée que la transition est un épanouissement. C’est un des fondements qui détermine aujourd’hui les existences trans&nbsp;: la transition serait une porte de sortie face au problème qu’est la dysphorie de genre, c’est à dire la souffrance créée par le fait de ne pas être perçu·e comme appartenant au genre auquel on se sent appartenir. Cette notion est clé, car, en France par exemple, c’est elle qui conditionne les possibilités d’accès aux moyens médicaux ou administratifs de transitionner.</p>



<p>À partir de cette double définition, les mouvements politiques ou associatifs revendiquent la mise en place de moyens donnés aux personnes trans pour pouvoir vivre, de la manière la plus simplifiée possible, dans le genre auquel elles veulent appartenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les détracteurices de la «&nbsp;théorie du genre&nbsp;»</strong></h2>



<p>Il est plus difficile d’avoir une définition un peu claire qui mettrait d’accord l’ensemble du camp réactionnaire sur la question trans. Et c’est sûrement du fait de sa disparité&nbsp;: il va d’une prétendue gauche écologiste anti-technique aux fascistes de Nemesis, en passant par des fondamentalistes chrétiens comme Civitas<sup data-fn="bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846" class="fn"><a id="bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846-link" href="#bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846">2</a></sup>.</p>



<p>Mais ce sur quoi ils paraissent d’accord c’est qu’il faut combattre une prétendue théorie du genre. Que cette théorie du genre serait omniprésente dans les médias et l’éducation,&nbsp; instrumentalisée par un lobby transactiviste qui aurait pour but de grand remplacer notre civilisation.</p>



<p>Pour combattre cette menace théorique, il faudrait donc renaturaliser le genre, c’est à dire nier l’existence de la non-binarité, et considérer que ne sont hommes ou femmes que les personnes possédant l’appareil génital considéré comme masculin ou féminin.</p>



<p>En France, celles qui poussent le plus loin cette idée, c’est Dora Moutot et Marguerite Stern. Si elles n’ont pas bâti de réel mouvement TERF<sup data-fn="8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28" class="fn"><a id="8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28-link" href="#8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28">3</a></sup>, elles ont une grande audience médiatique, en particulier depuis la sortie de leur livre <em>Transmania </em>au printemps 2024. Elles nomment leur mouvement ‘’femelliste’’ ce qui incarne cette renaturalisation du genre : ne sont femmes que les femelles, ainsi définies uniquement par leurs capacités reproductives.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un clivage immense, et très violent</strong></h2>



<p>Derrière ces idées, des projets politiques opposés se dessinent, le premier émancipateur, le deuxième mortifère. Mais le problème c’est qu’aucune perspective libératrice ne peut émerger de ce conflit. Car, malgré la différence de nature entre ces deux camps, on peut observer une continuité théorique.</p>



<p>D’un côté on demande de ne plus faire prévaloir la biologie, mais d’être à l’écoute des identités de chacun·e et de laisser la multiplicité des expressions de genre exister. De l’autre, les réacs plus ou moins assumés détournent ces pensées progressistes et les désignent comme une perte des valeurs simples et essentielles à la société&nbsp;; les hommes et les femmes se rassemblent pour fonder des familles, et on ne va quand même pas remettre ça en question.</p>



<p>Mais pour envoyer leurs idées nauséabondes aux oubliettes, il faut faire un pas de côté, et se poser sincèrement cette question&nbsp;: cette séparation entre genres culturels et sexes biologiques a-t-elle des effets matériels sur les personnes trans&nbsp;? Si oui lesquels&nbsp;?</p>



<p>Notre hypothèse pour répondre à cette question est celle-ci&nbsp;: le paradigme qui oppose identité de genre et naturalité des sexes est aussi celui dans lequel s’inscrit le régime d’oppression spécifique subi par les personnes trans qu’on va appeler transphobie<sup data-fn="09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88" class="fn"><a id="09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88-link" href="#09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88">4</a></sup>. On va donc se pencher ici sur ses fonctions et fonctionnements pour examiner cette hypothèse.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les fonctions de la transphobie dans le capitalisme</strong></h2>



<p>La transphobie existe de manière systématique dans le capitalisme parce qu’elle a un but précis, celui de limiter aux personnes trans l’accès à leur transition. Les raisons de cet empêchement sont nombreuses.</p>



<p>La première, c’est que le capitalisme a besoin pour fonctionner de la reproduction de la classe laborieuse. Pour cela il s’imbrique avec le patriarcat qui s’organise autour d’un système de normes&nbsp;: l’hétérosexualité en est une, le cisgenrisme en est une autre. Ce n’est pas tant une question idéologique que pragmatique&nbsp;; le capitalisme est rationnel, et incorporer les personnes trans dans la reproduction complique les choses, elles ont en général besoin de socialiser la reproduction : PMA, conservation de gamètes…&nbsp;</p>



<p>La deuxième est encore en lien avec le besoin de rationalité dans la production des richesses. Au cours d’une transition, on peut nécessiter des interventions chirurgicales, traverser des périodes d’instabilité émotionnelle dues à la prise d’hormones… Ces événements impliquent des arrêts maladies, des carrières en pointillé, avec lesquelles le capitalisme n’a pas envie de s’encombrer.</p>



<p>La troisième c’est que ces deux arguments sont à la fois applicables à la production des richesses, mais aussi à celles de la possibilité de la guerre produite par les tensions impérialistes. Si le capitalisme a besoin de travailleureuses efficaces, il lui faut aussi de bons futurs soldats.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les personnes trans mises sous tutelle</strong></h2>



<p>Maintenant qu’on a vu pourquoi le capitalisme crée des obstacles aux possibilités de transitionner, regardons comment ils sont mis en place en France. Sa technique est de placer les personnes trans dans un régime tutélaire vis à vis de plusieurs institutions. La France place les personnes trans dans un régime tutélaire vis à vis des institutions.&nbsp;</p>



<p>Une transition peut s’opérer dans un cadre médical&nbsp;: prise d’hormones, interventions chirurgicales, épilation laser… Mais pour pouvoir y avoir accès, il faut un accord, auparavant d’un psychiatre, maintenant d’un médecin généraliste. Les médecins s’appuient sur le <em>DSM-5</em><sup data-fn="b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5" class="fn"><a id="b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5-link" href="#b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5">5</a></sup><strong> </strong>qui se base sur la dysphorie, ce qui met les personnes trans dans l’obligation de souffrir et de prouver leur souffrance pour pouvoir transitionner comme elles le souhaitent.</p>



<p>Administrativement, c’est le tribunal, selon le bon vouloir du juge, qui statue sur une demande de changement «&nbsp;de mention de sexe&nbsp;». Jusqu’en 2016, il y avait besoin d’un avis psychiatrique mais aujourd’hui on demande tout de même un récit intime de la personne sur son parcours de transition et des témoignages de proches certifiant que la personne vit bien dans le genre demandé. Encore une fois, il y a un soupçon de mensonge, et la personne requérante doit prouver, selon des critères très flous juridiquement, que sa vie sociale correspond bien à sa demande.</p>



<p>Sans même rentrer dans les détails de la lourdeur de ces procédures, on voit bien que ces régimes assujettissent les personnes trans à des récits imposés, reposant encore une fois sur ces principes de souffrance ressentie et de genre social à prouver.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les fonctions de la transphobie pour le fascisme</strong></h2>



<p>Au vu de la centralité de l’extrême-droite dans l’offensive anti-trans en cours, il paraît essentiel d’aller observer si la transphobie y prend place de la même manière ou avec une spécificité.</p>



<p>Si l’on regarde comment les droits des personnes trans sont traités dans les programmes ou par les gouvernements d’extrême-droite, on constate qu’ils incarnent systématiquement la forme la plus violente et extrême de la transphobie détaillée au-dessus&nbsp;: limitation, interdiction voire criminalisation des transitions, attaque contre les droits reproductifs, coupes budgétaires visant les associations LGBTQI…</p>



<p>Mais il y a 2 spécificités bien propres au fascisme qu’il est vital de comprendre.</p>



<p>La première, c&rsquo;est que les fascistes portent un projet politique d’épuration et de régénération d’une race imaginaire. Ce projet s’articule principalement autour du racisme, mais aussi de la transphobie. «&nbsp;En effet, l’existence même des personnes trans [&#8230;] viennent mettre en péril ce qui est au fondement de leur théorie : la famille patriarcale, qui serait la garantie de la reproduction de l’idée que les fascistes se font de leur prétendue race&nbsp;»<sup data-fn="af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9" class="fn"><a id="af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9-link" href="#af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9">6</a></sup>. Là où le capitalisme peut parfois s’accommoder des personnes trans, le fascisme nous réserve un autre destin, celui d’une disparition totale.</p>



<p>La seconde, c’est comment il instrumentalise les existences trans dans un phénomène de panique morale. Ce qui définit le fascisme, c’est la construction d’un mouvement de masse actif et déterminé à bâtir dans la rue le rapport de force pour faire advenir son projet. Aujourd’hui, un parti fasciste comme le RN ne bénéficie pas encore de ce mouvement de masse, alors il cherche des moyens pour le construire et a bien compris que les trans, désignés comme des dangers à combattre, étaient un des moyens de le bâtir. En 2013, la Manif pour Tous a été la mobilisation réactionnaire la plus massive de ces dernières années dans la rue, rassemblant jusqu’à plus d’un million de personnes à Paris. Aujourd’hui, c’est autour des trans que les fascistes s’agitent, en tentant de mettre en place la même force d’opposition que contre le Mariage pour Tous, et tout prête à penser que, si on ne s’y oppose pas, c’est demain contre l’existence des personnes trans qu’on pourrait voir des milliers de personnes défiler dans les rues<sup data-fn="b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9" class="fn"><a id="b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9-link" href="#b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9">7</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Bâtir la riposte trans</strong></h2>



<p>On a donc éprouvé l’hypothèse selon laquelle la distinction genre/sexe comme elle est pensée aujourd’hui permet des revendications émancipatrices mais qu’elle est aussi le fondement du fonctionnement de la transphobie.</p>



<p>L’offensive anti-trans en cours, dans les parlements, les discours et dans la rue est sans précédent. Il faut être à la hauteur et changer nos perspectives de luttes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="898989" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="733" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-9476 not-transparent" style="--dominant-color: #898989; width:680px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-1320x880.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">France, Marseille, 2024/05/25. Marche et manifestation contre la transphobie a Marseille. Photographie de Gaelle Matata / Hans Lucas.</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Être trans, un processus de sexuation</strong></h2>



<p>Le seul moyen que nos luttes soit conséquentes et efficaces, c’est qu’elles dénaturalisent le genre jusqu’au bout, contrairement à ce qu’on a vu pour l’instant.&nbsp;</p>



<p>Si on repart en arrière dans le mouvement féministe, seule le matérialisme peut nous faire gagner. Ce qui est au centre, c’est que le genre précède le sexe. Ça veut dire que, contrairement à ce qu’on a dit plus tôt, il n’y pas de sexe biologique d’un côté, ni de genre social de l’autre. Il y a un seul système, le genre, qui pour fonctionner, a besoin de créer des sexes (masculin et féminin). «&nbsp;Leur naturalisation est un acte idéologique de justification du patriarcat et de l’hétérosexualité&nbsp;»<sup data-fn="f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13" class="fn"><a id="f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13-link" href="#f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13">8</a></sup>.</p>



<p>Rien n’est naturel dans la construction des sexes, la philosophe Pauline Clochec dit que «&nbsp;tout individu […] a un sexe qui est le résultat d’un processus de sexuation&nbsp;»<sup data-fn="790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04" class="fn"><a id="790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04-link" href="#790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04">9</a></sup>. C’est à dire que se sexuer est une évolution, à la fois physique et sociale. Vu de cette manière, être trans devrait être banal&nbsp;: une trajectoire de transsexuation, comme existent aussi les trajectoires de cissexuation ou d’intersexuation, et c’est cette banalité à laquelle on devrait pouvoir avoir droit.</p>



<p>Mais ce qui l’empêche, c’est la transphobie qui spécifie, marginalise, empêche ou attaque les existences trans. On peut même dire que, en vivant dans le régime de la transphobie, c’est cette oppression spécifique qui détermine matériellement le fait trans.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quels mots d’ordre pour la libération trans&nbsp;?</strong></h2>



<p>Si être trans, c’est voir sa vie déterminée par la transphobie, alors la seule possibilité pour être trans, c’est de s’organiser et de faire face au régime qui nous opprime.</p>



<p>Les personnes trans sont placées sous un régime tutélaire, c’est donc pièce par pièce qu’il faut l’abattre avec ces mots d’ordre&nbsp;: dépsychiatrisation et dépathologisation totale de la transitude<sup data-fn="4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2" class="fn"><a id="4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2-link" href="#4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2">10</a></sup>, autodétermination administrative de chacun·e, accès libre et gratuit à son propre corps via les droits reproductifs (PMA, IVG…) et les transitions médicalisées (hormones, chirurgies…).</p>



<p>Mais, comme on l’a vu plus haut, ces revendications ne pourront jamais être appliquées sous le capitalisme qui, même dans sa forme la plus édulcorée, ne sera jamais compatible avec les existences trans. Alors on voit que sont forcément liées à l’échec, à la fois les politiques de visibilité qui demandent une meilleure intégration des trans sur le marché du travail, dans les médias, et dans la sphère culturelle, mais aussi les tentatives réformistes qui tentent le lobbying médiatique ou parlementaire. Ce n’est pas pas pureté qu’on affirme cet échec, mais par pragmatisme&nbsp;; dans une société organisée pour maximiser les profits d’une poignée de personnes et où le danger fasciste est une réelle menace, aucune émancipation des trans n’est possible.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Il n’y a pas de réponse toute faite, les luttes sont à mener et le front est à bâtir</strong></h2>



<p>Il faut s’y engager en tenant les deux bouts, comme on le défend dans les luttes antiracistes&nbsp;: affronter la transphobie dans une perspective révolutionnaire car elle est le seul moyen d’aller jusqu’au bout, tout en s’organisant face à l’urgence du danger fasciste qui nous menace de plus en plus.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="8d7f7f" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1036" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-1036x1024.webp" alt="" class="wp-image-9471 not-transparent" style="--dominant-color: #8d7f7f; width:349px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-1036x1024.webp 1036w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-300x297.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-768x759.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-1320x1305.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1.webp 1600w" sizes="auto, (max-width: 1036px) 100vw, 1036px" /></figure>
</div>


<p>Au printemps dernier, la riposte trans a été massive, multiple et sans précédent&nbsp;: manifestations dans des dizaines de villes, alliances entre organisations, syndicats et associations, politisation des prides suite à la dissolution et conscientisation du danger de l’extrême-droite.</p>



<p>Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui&nbsp;? Le projet de loi, arrivé nulle part puisque l’Assemblée était dissoute quand il devait y être voté, existe encore, les centres LGBTQI sont toujours la cible d’agressions, Louna, femme trans et militante anarchiste, a été incarcérée 3 mois dans une prison pour hommes<sup data-fn="bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9" class="fn"><a id="bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9-link" href="#bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9">11</a></sup>… Et quelles résistances s’y opposent&nbsp;? Elles sont existantes, mais trop faibles, et la majorité des syndicats, des organisations féministes et antifascistes font passer le sujet au second plan, brillant par leur absence dans les mobilisations trans.&nbsp;</p>



<p>Pour que cette situation change, il faut convaincre que la lutte pour les droits trans n’est pas une question de société, mais un réel enjeu féministe, révolutionnaire et antifasciste, et réaffirmer la nécessité de la solidarité.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Lou (Marseille)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367">Définition donnée par <a href="https://wikitrans.co/intro/">Wiki Trans</a>  <a href="#1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846">Pour un très bon aperçu de la galaxie transphobe, consulter la brochure « <a href="https://www.lahorde.info/IMG/pdf/brochure_antiterf-1-combined.pdf">Transphobie : de la confusion au risque fasciste</a> » <a href="#bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28">TERF : trans-exclusionary radical feminist, c’est à dire des prétendues féministes qui excluent les femmes trans du féminisme <a href="#8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88">Le terme de transphobie est souvent critiqué parce qu’il porte la fausse idée d’une peur, certain·es préfèrent parler de « cissexisme » pour le relier au régime du patriarcat <a href="#09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5">DSM 5 : guide publié par l&rsquo;Association américaine de psychiatrie qui sert de référence internationale pour le diagnostic et la classification des troubles mentaux. Jusqu’en 2013, la transidentité elle-même était classée comme une pathologie, et aujourd’hui c’est la dysphorie de genre qui est la pathologie. <a href="#b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9">Lire l’article « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/combattons-les-mouvements-antitrans-combattons-le-fascisme/">Combattons les mouvements antitrans, combattons le fascisme</a> » sur le site d’A2C <a href="#af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9">Voir Maud Royer (2024), <em>Le Lobby Transphobe</em>, éditions Textuel <a href="#b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13">Extrait de l’article de Pauline Clochec (2019) « Du spectre du matérialisme à la possibilité de matérialismes trans », dans l’ouvrage collectif <em>Matérialismes Trans, </em>éditions Hystériques &amp; AssociéEs <a href="#f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04">Voir Pauline Clochec (2023) <em>Après l’identité</em> , éditions Hystériques &amp; AssociéEs <a href="#790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2">Transitude : terme utilisé par les courants trans matérialistes, en opposition à la « transidentité » qui ramène le fait trans à une question individualisée et ne l’observe pas structurellement. <a href="#4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9">Lire le <a href="https://www.instagram.com/p/DFx6ArGNzlA/?igsh=bXhsaGE4NXMxeTJz">communiqué </a>de l’Organisation de Solidarité Trans (OST) à ce sujet  <a href="#bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 13:02:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Grève féministe]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9461</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Lors des mobilisations du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le mot d’ordre de “grève féministe” est partagé par les organisations féministes et par les directions syndicales. Les Cahiers d&#8217;A2C <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/" title="Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Lors des mobilisations du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le mot d’ordre de “grève féministe” est partagé par les organisations féministes et par les directions syndicales.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<p>D’un côté, la coordination féministe lance l’appel <em>8 mars 2025 : Grève féministe pour battre l’extrême droite</em><sup data-fn="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf" class="fn"><a id="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf-link" href="#cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf">1</a></sup>. Cette coordination rassemble principalement des collectifs féministes (dont le Collectif féministes révolutionnaires, la Relève féministe, Nous Toutes, etc…). De l’autre côté, les confédérations CGT, FSU, Solidaires, ainsi que les syndicats étudiants signent l’appel <em>8 mars 2025 : grève féministe !</em><sup data-fn="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd" class="fn"><a id="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd-link" href="#533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd">2</a></sup>. Ces deux appels sont lancés chaque année et mettent en avant l’idée d’une grève politique, l’arrêt du travail productif et du travail reproductif, même si ce dernier n’est pas explicitement nommé dans second appel.<br></p>



<p>Cette journée est préparée par une campagne de communication sur les réseaux sociaux, et dans la rue par des tracts et des affiches. Elle est également préparée par des formations. Par exemple, la CGT propose une journée de formation confédérale sur la Grève féministe le 11 février 2025, et un stage a été proposé l’an dernier sur ce sujet par l’intersyndicale du 93.&nbsp;</p>



<p>Le vendredi 8 mars 2024, des manifestations ont eu lieu dans plus de 200 villes, et 100 000 personnes ont manifesté à Paris. L’appel de l’intersyndicale à la grève a été suivi de préavis de grève sectoriels ou locaux : dans l&rsquo;Éducation, à la SNCF, à Radio France et au CHU de Bordeaux. D’autres préavis de grève ont sûrement été déposés, mais il est difficile de les recenser car ils ne sont pas forcément rendus publics. Les grèves du travail productif semblent cependant ignorées dans milieu féministe. Quant à la grève du travail reproductif, on dirait qu’elle est inexistante en pratique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quels sont les obstacles à la construction de la grève féministe ?</strong></h2>



<p>Même si les appels nationaux à la grève féministe sont une réelle avancée, ce mot d’ordre n’est pas toujours suivi de grèves en pratique. Ou plutôt, il est suivi d’actions qui ne sont pas des grèves ! Le samedi 25 janvier 2025, la coordination féministe avait déjà appelé à une grève féministe contre l’extrême-droite. Cette mobilisation a donné lieu à une “nuit des collages” la veille, et à des conférences, des rassemblements ou des manifestations féministes le jour-même et le lendemain. On a l’impression qu’il suffit de dire “grève” pour que celle-ci advienne. Mais en réalité, pour citer Kim, une camarade d’Autonomie de Classe “La grève féministe n’est pas automatique”<sup data-fn="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8" class="fn"><a id="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8-link" href="#b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8">3</a></sup>.</p>



<p>On pourrait imaginer qu’il n’y a pas de grève féministe possible, sans syndicats féministes. L’outil syndical est essentiel pour construire des grèves économiques sur les lieux de travail (comme par exemple pour le respect de la loi du 23 mars 2006 sur l’égalité salariale), et l’enjeu est d’investir les syndicats pour construire une grève politique contre le patriarcat. Cependant, on remarque que les militant·e·s féministes s’investissent peu dans le syndicalisme. Ce qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs.&nbsp;</p>



<p>Premièrement, par une orientation politique qui prône l’autonomie des mouvements sociaux. Ainsi, le mouvement féministe devrait être autonome des syndicats et des partis. C’est une position qui est totalement justifiée pour éviter les instrumentalisations, voire l’hostilité qu’il y a pu avoir dans l’Histoire. Mais çe ne devrait pas décourager les militant·e·s féministes de s’engager dans le syndicalisme.</p>



<p>Deuxièmement, la composition sociale des organisations féministes n’est pas favorable à l’engagement syndical. Les collectifs féministes accueillent toutes les femmes et minorité de genre (voire les hommes dans les organisations mixtes). S’y investissent des travailleur·ses indépendant·e·s, des auto-entrepreneuses, des étudiant·e·s, des chômeur·ses, des retraité·e·s, des mères isolées… Et en ce qui concerne les femmes salariées, elles travaillent dans des entreprises ou administrations plus petites que celles où travaillent les hommes salariés. D’où une compréhension différente du syndicalisme. Comment voir le syndicalisme autrement que comme un obstacle, lorsqu’on milite dans une AG féministe qui ne rencontre les bureaucrates syndicaux seulement pour déclarer des manifestations ? lorsque le collectif ou la commission femmes de telle Union Départementale ne se réunit quasiment jamais ? lorsqu’il n’y a que des hommes dans la section syndicale de son lieu de travail ?&nbsp;</p>



<p>On constate donc que le mot d’ordre de “grève féministe” ne se traduit pas par des grèves effectives, ni par un engagement syndical pour construire celles-ci.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quelles solutions peuvent apporter les révolutionnaires&nbsp; ?</strong></h2>



<p>Le matérialisme nous aide à analyser la situation, à considérer ce qui est matériellement existant, à comprendre d’où viennent les idées, et à changer le monde. Cette démarche nous oblige à lier la théorie à la pratique en construisant une grève effective. À nous poser concrètement les questions suivantes : Comment arrêter le travail productif ? Pourquoi les femmes salariées ne sont pas massivement en grève ? Comment arrêter le travail reproductif ? En faisant contribuer les hommes ? En socialisant les moyens de reproduction ?</p>



<p>La première étape serait de combattre les conceptions libérales et individuelles de la lutte féministe. Par exemple, Autonomie de Classe interroge la notion de “Premièr·e·s concerné·e·s” lorsque que cet argument empêche l’action ou la mobilisation. Cette question, en lien avec la non-mixité, est à repolitiser et à utiliser lorsque c’est nécessaire. On pourrait argumenter que tout le monde est moralement concerné·e·s par la lutte contre le sexisme, on ne peut être que choqué·e·s des féminicides, des viols, des agressions, du harcèlement… Les hommes salariés sont également matériellement concernés par cette lutte, parce que l’oppression des femmes et des minorités de genre sert de base au capitalisme. C’est ce que décrit la philosophe Silvia Federici en disant que le travail gratuit des femmes sert à reproduire la force de travail et donc le capitalisme lui-même<sup data-fn="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05" class="fn"><a id="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05-link" href="#cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05">4</a></sup>. Nous devons convaincre que l’unité de notre classe est la condition nécessaire à l’action collective, à la lutte politique pour renverser les oppressions et l’exploitation.</p>



<p>L’action collective ne doit être basée sur la construction d’un rapport de force, par une grève effective. Cela passe nécessairement par la reconstruction du syndicalisme. D’un syndicalisme comme un espace de solidarité directe entre les travailleur·ses. Notre confiance collective se mesurera par notre niveau d’organisation. La radicalité et la créativité du mouvement féministe ne peuvent que revitaliser les pratiques syndicales. En particulier, les révolutionnaires sont les mieux placé·e·s pour construire un syndicalisme militant qui fait le lien entre toutes les luttes, et qui s’engage dans la construction de grèves politiques.</p>



<p>En définitive, nous devons convaincre que la grève féministe doit gagner parce qu’elle nous fera avancer dans notre combat pour l’émancipation des travailleur·ses. Nous avons la construction d’une grève politique sous nos yeux ! Nous voyons bien que c’est une tâche qui prend des années, qui nécessite le développement d’une base théorique, de mots d’ordre radicaux, et de questionnements stratégiques et tactiques. Si la grève féministe réussit, alors elle pourra gagner sur ses revendications (l’égalité salariale, des investissements massifs dans les services publics, la gratuité des transitions de genre, le droit réel à l’IVG,&nbsp; etc…), et elle prouvera, en pratique et à tous·tes, que notre classe est capable de gagner, qu’elle fait tourner la société et qu’elle est capable de la changer. Cet exemple concret, par sa réussite, sera d’autant plus facile à reproduire pour construire une grève politique pour gagner la régularisation de tous·tes les sans-papiers, l’arrêt d’envoi de matériel militaire à Israël, l’arrêt des violences policières, et &#8211; pourquoi pas &#8211; le pouvoir des travailleur·euses.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Razac (Gironde)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf"><a href="https://coordfeministe.wordpress.com/2025/02/10/8-mars-2025-greve-feministe-pour-battre-lextreme-droite/">8 mars 2025 : Grève féministe pour battre l’extrême droite</a> sur le site de la coordination féministe <a href="#cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd"><a href="https://www.grevefeministe.fr/8mars2025/">Appel à la grève féministe</a> <a href="#533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8">Lire Kim, 2022, <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/de-la-theorie-a-la-pratique-la-greve-feministe-nest-pas-automatique/">De la théorie à la pratique, la grève féministe n’est pas automatique</a>, Les Cahiers d’A2C #02, en ligne sur notre site <a href="#b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05">Federici, Silvia. Le capitalisme patriarcal. Paris, La Fabrique Éditions. « Hors collection », (2019) <a href="#cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Doit-on abolir la famille ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 12:51:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie]]></category>
		<category><![CDATA[violences sexistes et sexuelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9453</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/" title="Doit-on abolir la famille ? ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Depuis quelques années, dans les milieux queers et féministes, on voit se multiplier les appels à faire famille autrement, à se « défaire » d’une définition étriquée de la famille (un papa, une maman, des enfants). Dans le même temps, dans certains milieux de la gauche révolutionnaire, on peut parfois entendre que la famille se situe hors de la sphère de la production capitaliste, et ce n’est donc pas sur ce terrain que se joue la lutte contre l’exploitation et pour la révolution.</em></p>



<p><em>C’est pour nourrir ces débats que l’idée de cet article est apparue. Doit-on abolir la famille, en tant que révolutionnaires ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ?</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La « famille », une construction sociale et historique</strong></h2>



<p>Quand on réfléchit à la famille, plein d’idées peuvent nous traverser. Pour certain·es, la famille représente un endroit où se reposer des contraintes de la sphère du travail, un espace de solidarité, nécessaire face à la violence du monde extérieur. Pour d’autres, la famille est un lieu où le poids de la norme écrase, voire le lieu de grandes violences. Parfois, la famille peut représenter les deux en même temps.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, une forme d’organisation sociale naturelle ?&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Dans les idées qui sont dominantes dans la société, la famille serait une réalité biologique, qui a toujours existé dans l’histoire : un homme et une femme formant un couple, et des enfants. Cette idée est d’ailleurs à la base de la rhétorique utilisée par les mouvements anti-LGBT, comme la Manif pour tous. Un autre exemple de définition majoritaire est celle utilisée par le droit : forment une famille celleux qui sont lié·es par des liens d’alliance ou de filiation.</p>



<p>Mais la famille telle qu’on la connaît aujourd’hui n’a pas toujours existé. Par exemple, au Paléolithique supérieur, les enfants naissaient et pouvaient par la suite être élevé·es par différents membres du groupe, et pas uniquement par ses géniteur·ices. La société n’était pas organisée autour d’unités construites à partir d’un couple et de ses enfants<sup data-fn="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811" class="fn"><a id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">1</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>L’évolution de la famille est liée à l’évolution des modes de production</em></strong></h3>



<p>Selon les analyses du matérialisme historique, l’évolution et l’organisation des sociétés peut être expliquée par l’évolution de la manière dont on produit et on échange les biens, et non pas par une évolution progressive des idées qui n’auraient pas de base matérielle, ou par une question de “nature humaine”. Si on applique cette grille de lecture à la famille, cela veut dire que l’on peut l’analyser comme :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une forme d’organisation de la société qui n’est pas naturelle</li>



<li>Et qui résulte du système de production et d’échange de biens actuels, c’est-à-dire du capitalisme.</li>
</ul>



<p>Pour expliquer cette idée, dans plusieurs ouvrages<sup data-fn="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56" class="fn"><a id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">2</a></sup>, Marx et Engels analysent les liens entre le développement du capitalisme urbain au XIXe siècle et l’évolution des formes de famille. Ils sont les premiers à construire une analyse cohérente et intégrée du rôle de la famille sous le capitalisme.</p>



<p>En Europe, avant l’industrialisation, les familles paysannes pouvaient produire chez elles, la production n’était pas séparée du lieu de vie. L’industrialisation produit un déplacement massif des gens dans les villes, et différencie le lieu de la production du foyer (on produit dans des usines et non plus chez soi). Ce changement brutal dans l’organisation de la production destructure les familles paysannes, et crée une crise de la reproduction de la force de travail<sup data-fn="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91" class="fn"><a id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">3</a></sup>.</p>



<p>Cette crise est corrélée à <strong>l&rsquo;avènement et à la consolidation de la famille bourgeoise</strong>, qui impose ses normes en termes de ce qu’est une “bonne famille ». Quelles sont ses caractéristiques ? Elle est hétérosexuelle, de taille réduite, privée, fondée sur le mariage et la monogamie.&nbsp;</p>



<p>Et ce que disent Marx et Engels, c’est que les caractéristiques de la famille bourgeoise peuvent s’expliquer par les besoins de cette classe.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"> <strong>Rôle et nature de la famille sous le capitalisme</strong></h2>



<p>Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Que la famille dans le système capitaliste est une façon d’organiser la société qui répond aux besoins de la classe dominante, car elle permet la reproduction de la société en classes. Elle fournit “<em>le mécanisme le moins cher et le plus idéologiquement acceptable de reproduction de la force de travail humaine”,</em> et elle <em>“reproduit en son sein les rapports hiérarchiques et autoritaires nécessaires au maintien de la société de classe dans son ensemble”</em><sup data-fn="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6" class="fn"><a id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">4</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille, lieu de reproduction de la société de classes&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Elle permet d’abord, pour les capitalistes, la transmission du patrimoine d’une génération à une autre. Cette transmission est rendue possible par les liens d’alliance et de filiation. Le mariage permettait aux bourgeois de s’assurer que leur capital revenait à leurs enfants légitimes (les enfants nés hors mariage ne percevaient pas l’héritage). D’où la condamnation morale et juridique violente de l’infidélité des femmes bourgeoises.&nbsp;</p>



<p>Elle permet également, et c’est central, la reproduction de la force de travail, élément qui est la clé de voûte du système capitaliste. En effet, c’est la force de travail qui permet aux capitalistes de faire des profits. Dans ses travaux, Marx parle de la centralité de cette force de travail, mais n’explique pas vraiment comment cette force est reproduite. Des féministes marxistes comme Lise Vogel, Martha Gimenez, Johanna Brenner et, plus récemment, Susan Ferguson et David McNally, ont donc proposé une analyse qui complète les travaux de Marx : <strong>la théorie de la reproduction sociale</strong>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Reproduire la force de travail : un travail indispensable pour le capitalisme</em></strong></h3>



<p>Cette théorie explique quels sont les mécanismes qui permettent la reproduction de la force de travail. Et, spoiler, la famille est au cœur de cette reproduction, car elle prend en charge différents types d’activités qui permettent cette reproduction :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les activités qui régénèrent le·a travailleur·euse en dehors du processus de production, et lui permettent de retourner travailler. Celles-ci incluent : la nourriture, un lit pour dormir, des soins psychiques et émotionnels, des loisirs, le ménage du lieu de vie, l’entretien des routes ou transports en commun qui permettent de se rendre au travail, etc.</li>



<li>Les activités qui maintiennent et régénèrent les non-travailleur·euses en dehors du processus de production : par exemple les enfants, qui sont des futurs travailleur·euses, ou encore des adultes qui ne sont pas impliqué·es dans la production capitaliste (les personnes handicapées, les personnes au chômage, les personnes âgées).</li>



<li>Les activités qui créent de nouvelles personnes exploitables, c’est-à-dire la naissance des enfants<sup data-fn="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb" class="fn"><a id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">5</a></sup>.</li>
</ul>



<p>Dans la plus grande partie des cas, ce sont les femmes qui exercent ce travail invisible au sein des familles des classes exploitées. En revanche, les familles bourgeoises peuvent se permettre de déléguer ce travail à d’autres personnes et notamment aux personnes les plus dominées de notre société.&nbsp;</p>



<p>Mais ce travail n’est pas reconnu comme étant un travail, et il n’est peu voire pas rémunéré.&nbsp; C’est donc dans l’intérêt des capitalistes de se battre contre la revalorisation des métiers du soin et de l’éducation, contre les institutions et services qui prennent en charge les tâches reproductives en dehors de la famille, car elles pourraient autrement être réalisées gratuitement au sein du foyer. Le fait que ces tâches soient réalisées gratuitement permet d’augmenter leurs profits.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La famille est une base matérielle de l’oppression des femmes</em></strong></h3>



<p>Dans tous les cas, <strong>la capacité des femmes à avoir des enfants est centrale dans la reproduction de la société de classe</strong>. Ce qui explique pourquoi les capitalistes ont intérêt à défendre les mouvements qui luttent contre les droits et l’autonomie reproductive. Comme l’écrit Lise Vogel en 1983, « chez les classes dominantes, l’oppression des femmes puise sa source dans leur rôle de maintenance et de transmission de propriété par l’héritage ; dans les classes subordonnées, l’oppression des femmes dérive de leur implication dans le processus de renouvellement des producteurs et productrices directs, en plus de leur implication dans la production elle-même (en tant que travailleuses) »<sup data-fn="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a" class="fn"><a id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">6</a></sup>. Cette analyse permet de comprendre que l’oppression des femmes a une base matérielle, et que le capitalisme s’appuie sur le patriarcat pour exister.  </p>



<p>De plus, la famille sous le capitalisme permet et favorise les violences de genre. Elle est un des terrains principaux de contrainte sexiste à la soumission. On le sait, la famille est le lieu où s’exerce une majorité des violences faites aux femmes et aux enfants. La majorité des personnes victimes de féminicides ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, et la probabilité qu’elle soit tuée par son conjoint augmente lorsqu’une femme cherche à fuir la relation et le domicile. La famille est également le lieu des violences sur les enfants. En France, une personne sur 10 a été victime d’inceste.</p>



<p>Ces violences sont rendues possibles par le caractère privé de la famille sous le capitalisme, et par le fait que la famille capitaliste est en elle-même une forme de propriété, qui maintient son existence et trouve sa cohérence <em>grâce </em>à la propriété. La famille est le reflet d’une société dans laquelle certaines personnes sont considérées comme des objets exploitables, et d’autres considérées comme des sujets dignes d’être considérés comme des humains. Les caractéristiques de la famille capitaliste rendent possibles et acceptables les violences de genre, et même, elles en font le terrain privilégié de ces violences.&nbsp;</p>



<p>La famille est donc un lieu central pour le capitalisme, parce qu’elle permet la reproduction de la société de classe, et par son rôle indispensable dans la production. Sa forme sous le capitalisme en fait le lieu privilégié des violences de genre, et rend ces violences invisibles et normales.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Abolir la famille ? </strong></h2>



<p>On l’a dit au début de l’article, les débats et discussions autour de la famille sont nombreux et font qu’on peut parfois être un peu confus·e sur ce pour quoi on lutte, et sur les stratégies à adopter. Voici quelques tentatives d’élaboration sur ces questions.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter contre la “norme” de la famille ne peut pas être une fin en soi</em></strong></h3>



<p>Quelles sont les revendications autour de la famille qui sont mises en avant au sein de nos cadres de lutte<sup data-fn="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9" class="fn"><a id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">7</a></sup> ? Pêle-mêle : On veut que toutes les familles aient les mêmes droits, que les personnes qui le souhaitent aient le droit de faire des enfants si elles veulent, que certains types de familles ne  soient plus stigmatisées, que les violences au sein des familles stoppent, qu’on ait le contrôle sur nos corps, qu’on soit libre d’organiser nos relations, nos sexualités et nos vies comme on le souhaite, etc. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>Lutter pour la défamilialisation du soin…</em></strong></h3>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img data-dominant-color="414141" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="759" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp" alt="" class="wp-image-9456 not-transparent" style="--dominant-color: #414141; width:233px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-759x1024.webp 759w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-222x300.webp 222w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai-768x1036.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/aleksandra_kollontai.webp 800w" sizes="auto, (max-width: 759px) 100vw, 759px" /><figcaption class="wp-element-caption">Alexandra Kollontai</figcaption></figure>
</div>


<p>Au XIX, certain·es révolutionnaires discutaient déjà de cela : par exemple, Alexandra Kollontai, activiste et militante lors de la révolution de Russe de 1917, défendait que la lutte pour l’égalité des femmes sur le plan économique et social, et la lutte pour la réinvention des formes d’amour et de sexualité, étaient indissociables, et que comprendre leur imbrication permettait de dessiner un horizon révolutionnaire<sup data-fn="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508" class="fn"><a id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">8</a></sup>.</p>



<p>Comme notre société est construite autour de la famille (juridiquement, entre autres), les mouvements et revendications pour l’égalité des droits sont importants. Mais lutter pour l’égalité des droits avec comme seule perspective de mettre fin à l’inégalité juridique et à légitimer “d’autres types” de famille ne suffit pas si on veut vraiment attaquer la cause de l’inégalité. Qu’est-ce qui fait que le mariage n’était autorisé qu’entre un homme et une femme, avant le changement de loi obtenu grâce au mouvement de lutte ? Les causes idéologiques de cette inégalité sont liées aux causes matérielles. Car si la norme de la famille hétérosexuelle est si forte, c’est parce qu’elle aussi parce qu’elle sert les intérêts des classes dominantes (même si ce n’est pas aussi “mécanique” que ça). Si on veut abattre cette norme, il faut saisir pourquoi elle existe.&nbsp;</p>



<p>La lutte contre l’exploitation qui a lieu dans la famille peut être prise sous l’angle de la lutte de la défamilialisation du soin, c’est à dire les luttes qui visent à sortir de la famille toutes les tâches qu’on lui attribue : éduquer les enfants, soigner les personnes, accompagner les personnes âgées, handicapées, etc. En ce sens, participer aux luttes qui défendent les services publics, les métiers de l’éducation, qui visent la reconnaissance des différents métiers du soin, c’est important. En effet :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Cela permet de lutter contre l’appropriation du travail gratuit des personnes qui effectuent le travail de reproduction, et de lutter contre l’aliénation qui en découle.</li>



<li>Cela permet également de faire en sorte que les soins que l’on reçoit ne dépendent pas (trop) de la famille dans laquelle on naît. </li>
</ul>



<p>Cependant, comme toutes ces institutions existent sous le capitalisme, elles sont régies par les logiques de ce système : l’école sert à créer des futur·es travailleur·euses dociles, l&rsquo;hôpital public est de plus en plus organisé autour de logiques de rentabilité, la protection qu’offre la Sécu dépend de ta capacité à travailler, etc. Or, on veut organiser nos écoles, hôpitaux, et autres, en fonction des besoins des gens et non pas en fonction des intérêts des capitalistes !</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>&nbsp;</em><strong><em>… et la fin du capitalisme !&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Tout cela nous amène à penser qu’on ne peut pas lutter contre la norme oppressive de la famille sans lutter contre l’exploitation, et qu’on ne peut obtenir la défamilisation du soin et un monde de soin pour toustes sans lutter contre le système qui régit l’organisation de nos sociétés, c’est-à-dire le capitalisme. On ne peut pas non plus lutter contre l’exploitation si on occulte tout un pan de ce qui permet la création de profit (c’est-à-dire le travail reproductif). Si on veut faire sérieusement la révolution, il nous faut être au clair sur les rouages et mécanismes de l’exploitation. Ignorer cela a déjà eu des conséquences néfastes pour le mouvement. Cela a été le cas par exemple lors des révoltes qui ont embrasé l’Etat d’Oaxaca au Mexique, en 2006. Les femmes ont été une composante important e de cette lutte, elles ont pris part au mouvement en protestant contre leurs maris violents, contre l’Etat, et en collectivisant les tâches de soin, notamment en mettant en place des cantines collectives pour nourrir les personnes en lutte. Les femmes ont connu un backlash de la part de leurs maris, ce qui a participé selon l’autrice Michelle Esther O&rsquo;Brien à l’échec de cette révolte. Pour elle, la famille fut un outil au service de la contre-insurrection.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Pour défaire la famille, il nous faut développer d’autres liens que ceux imposés par les classes dominantes : créons et développons des liens de camaraderie entre nous, des liens de solidarité de classe ! Ces liens nous rendent plus fort·es et sont indispensables pour nous faire gagner la lutte contre les systèmes qui nous exploitent et nous oppressent. C’est l’horizon pour une société de soin pour toustes, une société où la manière dont on organise notre vie et nos liens affectifs ne serait pas contrainte par les besoins du capitalisme, et pourrait alors devenir un simple “choix personnel”.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Marie (Rennes)</h5>



<p></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811">Cet exemple est tiré de l’article de Marie Périn (2023),  Aux origines de l&rsquo;oppression des femmes, <em>Les Cahiers d’A2C #7</em> <a href="#c676f4f2-b5f0-4b31-878f-f2e05cfea811-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56">Cette partie s’appuie sur la partie 2 du livre de M.E O’Brien (2023) <em>Abolir la famille, capitalisme et communisation du soin, </em>éditions La Tempête, Bordeaux.<em> </em>Dans cette partie, elle cite : <em>Le manifeste du parti communiste</em> (Marx et Engels, 1848), <em>La situation de la classe laborieuse en Angleterre</em> (Engels, 1845), <em>L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat</em> (Engels, 1849) <a href="#86774d09-d0b6-40bf-88ce-d671064c4d56-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91">Concrètement, il y avait à cette période beaucoup de mortalité infantile, les conditions de travail et de vie étaient horribles, au point que cela empêchait la reproduction des classes ouvrières. C’est d’ailleurs en partie pour lutter contre cette crise de la reproduction que les premières travailleuses sociales ont commencé à intervenir au domicile des prolétaires. <a href="#a79310aa-0588-4451-9cf2-2bac2b693b91-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6">Citation tirée de la résolution de 1979 sur la libération des femmes du 11e congrès de la IV<sup>e</sup> internationale <a href="#6de0bdf8-3bde-45dc-86a7-3817ec4f8bd6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb">Ce paragraphe a été construit à partir de l’article de l’historienne et militante marxiste Tithi Bhattachary (2013), What is social reproduction theory ?, <em>Socialist Worker. </em>Il est consultable en français sur le site d’A2C. <a href="#7df78792-a1a9-4bfc-8937-dcea18a559bb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a">Lise Vogel (1983), <em>Marxism and the Oppression of Women</em>, éditions Rutgers University Press, New Brunswick, p.129 <a href="#fd10d711-4fc8-4701-9114-d19215388e7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9">Je parle ici d’un point de vue des luttes féministes et LGBT+ <a href="#c571ec4c-fee7-4271-96fd-949280caadc9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508">Olga Bronnikova, Matthieu Renault (2024), <em>Kollontai. défaire la famille, refaire l’amour</em>, éditions La Fabrique, Paris, p.20. <a href="#3510fc7c-87f0-4f2a-be5c-fb0fd812e508-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li></ol><p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/">Doit-on abolir la famille ? </a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère : Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Mar 2025 10:58:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Les Cahiers d&#8217;A2C #16 &#8211; MARS 2025 TW : LGBT+phobies, violences y compris violences sexuelles, mention de suicide Depuis plusieurs années, je revendique un activisme bisexuel, celui de porter ma bisexualité haut et fort sur <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/" title="Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère : Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; MARS 2025</h6>



<p><em>TW : LGBT+phobies, violences y compris violences sexuelles, mention de suicide</em></p>



<p>Depuis plusieurs années, je revendique un activisme bisexuel, celui de porter ma bisexualité haut et fort sur les réseaux sociaux et ailleurs. Étant donc facilement identifiable comme bi, il arrive que des personnes se rapprochent de moi pour me dire, souvent pour la première fois : “Je suis bi”. Iels me font part de leur joie, mais aussi de leurs doutes, leurs peurs, leurs expériences difficiles ou traumatisantes. Iels me disent que personne ne les croit, que personne ne les voit.</p>



<p>J’ai envie à présent de proposer plus que des mots d’encouragements. Je ne veux plus seulement <em>voir </em>les bisexualités, mais comprendre pourquoi elles sont <em>invisibles</em>. Dans cet article, je proposerai une analyse matérialiste de l’oppression spécifique des bi+<sup data-fn="4e09f001-0bf4-42b7-acc6-f287829b606e" class="fn"><a id="4e09f001-0bf4-42b7-acc6-f287829b606e-link" href="#4e09f001-0bf4-42b7-acc6-f287829b606e">1</a></sup> et des perspectives de libération issues de cette analyse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le fameux “privilège hétéro” &nbsp;</h2>



<p>Les expériences bisexuelles ne sont pas une simple addition des expériences hétéro et des expériences gay, mais bien quelque chose à part, différent. Ce potentiel d’être attiré·e par plus d’un genre, pas toujours en même temps, de la même manière ni au même degré amène des expériences de vie uniques aux bi+. Certaines sont positives : sensation de liberté, fluidité, relations romantiques ou sexuelles, communauté bi+&#8230; D’autres font partie de ce qu’on nommera l’oppression des bi+, qui est double : les bi+ subissent l’homophobie du fait de leur attirance pour le même genre, et une oppression spécifique en tant que bi+.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img data-dominant-color="916c89" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="712" height="712" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-meme-png.webp" alt="" class="wp-image-9323 not-transparent" style="--dominant-color: #916c89; width:294px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-meme-png.webp 712w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-meme-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-meme-150x150.webp 150w" sizes="auto, (max-width: 712px) 100vw, 712px" /></figure>
</div>


<p>On entend souvent parler d’un “privilège hétéro”, l’idée qu’une personne bi+ en couple avec une personne du genre opposé ne serait pas exposée aux violences LGBT+phobes. La réalité est qu’à moins de faire des coming out régulièrement, les bi+ sont perçu·e·s soit comme hétéro, soit comme gay ou lesbiennes, selon le genre de leur partenaire du moment. Pourquoi être constamment invalidé·e·s et invisibilisé·e·s équivaudrait pour les autres à être “dans le placard”, et pour nous à un privilège ?&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-left">Les bi+ font aussi couramment face à des violences sexuelles, physiques ou psychologiques, perpétrées par des membres de leur famille, sur les lieux d’études ou de travail, ou par un partenaire<sup data-fn="3c4105f5-383f-4195-8138-e6251c1529a4" class="fn"><a id="3c4105f5-383f-4195-8138-e6251c1529a4-link" href="#3c4105f5-383f-4195-8138-e6251c1529a4">2</a></sup>. Ainsi, une étude US-américaine a montré que 75% des femmes bisexuelles avaient subi des violences sexuelles<sup data-fn="913780b9-af8f-4c97-bd36-2fc3c7e3bacd" class="fn"><a id="913780b9-af8f-4c97-bd36-2fc3c7e3bacd-link" href="#913780b9-af8f-4c97-bd36-2fc3c7e3bacd">3</a></sup>. En France, les bi+ sont 6 fois plus à risque d’en avoir fait l’expérience que les hétéros (à titre de comparaison, les gay/lesbiennes sont 3 fois plus à risque que les hétéros)<sup data-fn="42b1cbaf-248a-47c0-96bb-2d5a546d8284" class="fn"><a id="42b1cbaf-248a-47c0-96bb-2d5a546d8284-link" href="#42b1cbaf-248a-47c0-96bb-2d5a546d8284">4</a></sup>. Les bi+ ont des risques plus élevés de violence physique, psychologique, d’être menacé·e de mort, d’être à la rue que n’importe quel autre groupe<sup data-fn="df43f7b0-22af-4f81-9526-7d92c5f6c66b" class="fn"><a id="df43f7b0-22af-4f81-9526-7d92c5f6c66b-link" href="#df43f7b0-22af-4f81-9526-7d92c5f6c66b">5</a></sup>. Les bi+ sont aussi les plus précaires, les plus souvent au chômage, le plus souvent licencié·e·s<sup data-fn="b5eed44a-8a1b-4e20-99a9-479c503b15b9" class="fn"><a id="b5eed44a-8a1b-4e20-99a9-479c503b15b9-link" href="#b5eed44a-8a1b-4e20-99a9-479c503b15b9">6</a></sup>. La liste est encore longue, et ces écarts sont confirmés par chaque étude qui se penche sur la question, en France, aux USA, au Royaume-Uni, en Australie…</p>



<p>Ces expériences ont des conséquences directes sur la santé mentale des bi+, qui sont plus souvent en dépression et ont plus souvent des idées suicidaires que tous les autres groupes<sup data-fn="89c7009d-6b75-4d21-97ea-c685d47dfd99" class="fn"><a id="89c7009d-6b75-4d21-97ea-c685d47dfd99-link" href="#89c7009d-6b75-4d21-97ea-c685d47dfd99">7</a></sup>. Une étude aux USA a aussi déterminé que les bisexuelles voient leur espérance de vie diminuer de 37% comparé aux hétérosexuelles (à titre de comparaison, l’espérance de vie des lesbiennes est diminuée de 20%)<sup data-fn="4d1d0c04-164a-480a-a222-a4ae5b57c7e4" class="fn"><a id="4d1d0c04-164a-480a-a222-a4ae5b57c7e4-link" href="#4d1d0c04-164a-480a-a222-a4ae5b57c7e4">8</a></sup>.</p>



<p>Les bi+, tout comme les gay/lesbiennes, subissent en partie la même oppression, l’homophobie, puisque ces deux groupes sont constitués de personnes attirées par le même genre. D’ailleurs, pas besoin d’être en couple avec une personne du même genre, maintenant ni dans le passé, pour subir de l’homophobie (de la part de parents, dissimulation de l’identité, harcelement du à l’identification comme gay…). Sauf qu’en parallèle de cette oppression homophobe qui se manifeste avec plus ou moins de force selon le contexte, il y a la biphobie. La biphobie se manifeste notamment par la remise en cause de l’authenticité des bisexualités (“les bi+ sont des gays/lesbiennes en transition, ou des hétéros qui expérimentent”). D’autres résument l’identité des bi+ à leur statut de couple, mettant de côté l’histoire personnelle, les mécanismes cognitifs et émotionnels, et les LGBTphobies qui ne dépendent pas du statut de couple. Enfin, les bisexualités sont associées à des comportements sexuels “déviants”, comme tromper son ou sa partenaire, être incapable d’etre monogame ou vouloir un plan a trois<sup data-fn="f0ceddac-876a-4d47-baa8-a58eb6380556" class="fn"><a id="f0ceddac-876a-4d47-baa8-a58eb6380556-link" href="#f0ceddac-876a-4d47-baa8-a58eb6380556">9</a></sup>. Ces stéréotypes mènent notamment à une exclusion sociale et une hyper-fétichisation des bi+. D’où ces taux effarants d’expériences traumatisantes et de détresse psychologique.</p>



<p>Ce constat aura rassuré certain·e·s de la véracité de leurs expériences, et surpris d’autres. Je dois donc préciser que je ne nie nullement la difficulté d’être gay ou lesbienne : le stigma, les violences, l’exclusion.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Invisibles ou invisibilisé·e·s ?</h2>



<p>Où sont les bi+ ? Nous semblons invisibles, si on en croit les discours qui posent toujours une opposition binaire homo-hétéro, l’invisiblité des bi+ en couple monogame ou des bisexualités dans la recherche et l’activisme.&nbsp;</p>



<p>Pourtant, l’invisibilité relative des bisexualités par rapport à l’homosexualité ne peut pas être expliquée par un faible nombre de bi+. En effet, chaque étude représentative qui mesure l’orientation sexuelle de la population montre qu’il y a (beaucoup) plus de bi+ que de gay/lesbiennes. La dernière en date, en 2023, montre que 1,8% de la population française se définit comme homosexuel, et 3,1% se définit comme bi+. Parmi les 18-29 ans, on passe à 2,9% d’homosexuel·le·s et 9% de bi+<sup data-fn="fd8bbb31-1fa4-4c2b-a168-57acf44d56c9" class="fn"><a id="fd8bbb31-1fa4-4c2b-a168-57acf44d56c9-link" href="#fd8bbb31-1fa4-4c2b-a168-57acf44d56c9">10</a></sup>. Et ces nombres sont sous-estimés, puisque beaucoup de personnes attirées par plus d’un genre se définissent comme hétéro à cause de stigma internalisé ou par méconnaissance des bisexualités<sup data-fn="e599bb93-ae17-4545-b2ac-f993bb6747c6" class="fn"><a id="e599bb93-ae17-4545-b2ac-f993bb6747c6-link" href="#e599bb93-ae17-4545-b2ac-f993bb6747c6">11</a></sup>. Il s’agit donc bien d’un effacement des bisexualités<sup data-fn="84c69f1d-627d-46fa-ad49-9de7d54a997a" class="fn"><a id="84c69f1d-627d-46fa-ad49-9de7d54a997a-link" href="#84c69f1d-627d-46fa-ad49-9de7d54a997a">12</a></sup>, et non d’une simple invisibilité.</p>



<p>Kenji Yoshino, un juriste US-américain, publia en 2000 l’article majeur “The epistemic contract of bisexual erasure”<sup data-fn="da02f69f-8021-49ad-82fa-8121dc706fa7" class="fn"><a id="da02f69f-8021-49ad-82fa-8121dc706fa7-link" href="#da02f69f-8021-49ad-82fa-8121dc706fa7">13</a></sup>. Il identifie d’abord plusieurs types d’effacement des bisexualités : d’abord une négation de leur existence, soit avec l’idée que les bi+ sont en fait tou·te·s hétéro ou gay, soit en invisibilisant les bisexualités en présentant l’opposition binaire homo-hétéro comme indépassable. Le second type d’effacement apparaît quand on reconnaît l’existence des bisexualités, mais qu’on nie à un·e bi+ cette identité, du fait du genre de son·a partenaire, par exemple. Ce qui est certain, c’est que les bisexualités sont les seules identités pour laquelle on refuse l’attraction ou l’auto-identification comme preuve suffisante : on ne dirait pas d’une personne célibataire qu’elle est asexuelle, et un homme en couple avec une femme mais attiré uniquement par les hommes serait certainement qualifié d’homosexuel. Enfin, le dernier type d’effacement vient de l&rsquo;association de stéréotypes négatifs aux bisexualités : paradoxalement, en étant hyper-visibles car stigmatisées, les bisexualités ne sont pas des identités viables ou acceptables socialement, ce qui aboutit à un effacement, puisqu’il est plus dur de se dire bi+ ou de parler de bisexualités autrement.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="f3f3f3" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="553" height="676" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/unicorn-dies-png.webp" alt="" class="wp-image-9324 not-transparent" style="--dominant-color: #f3f3f3; width:346px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/unicorn-dies-png.webp 553w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/unicorn-dies-245x300.webp 245w" sizes="auto, (max-width: 553px) 100vw, 553px" /><figcaption class="wp-element-caption">Image issue de la brochure <em>Les licornes existent et elles ont la rage</em></figcaption></figure>



<p>La question de l’effacement des bisexualités n’est pas seulement une question de représentation : ces trois types d’effacement sont la source-même de l’oppression spécifique des bi+. En effet, cet effacement a des conséquences sur l’exclusion sociale et le stigma internalisé que vivent les bi+ car iels ont du mal à trouver leur place dans une société binaire et sont rejeté·e·s par tous les groupes, ce qui implique aussi que les violences homophobes contre elle et eux sont exacerbées. Par ailleurs, les stéréotypes négatifs ont des conséquences sur la vie des bi+, avec une fétichisation, des violences sexuelles et des violences spécifiquement biphobes. Enfin, l’effacement des bisexualités se fait parfois par la force, au travers de violences physiques, psychologiques ou sexuelles pour pousser les bi+ à choisir un camp ou pour nier leur bisexualité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ennemi principal, l’hétéro-patriarcat </h2>



<p>Yoshino expose dans son article les intérêts qu’ont les hétéros (“the straights”) et les gay/lesbiennes (“the gays”) à l’effacement des bisexualités. En celà, il parle d’un contrat social entre les deux groupes, qui semblent s&rsquo;être mis d’accord sur l’idée que les bisexualités ne devraient pas exister.&nbsp;</p>



<p>Tout en reprenant une partie de ses arguments, je préfère parler des intérets de l’hétéro-patriarcat, et de ceux du mouvement LGBT+. Cette nuance n’est pas anodine : l’analyse de Yoshino est idéaliste au sens marxiste du terme, c’est-à-dire qu’elle repose sur une séparation entre les idées et le contexte social dans lequel elles apparaissent. Ni “les hétéros” ni “les gays” ont toujours intérêt à l’effacement des bisexualités, en tout cas pas en dehors de tout contexte économique et social. En effet, la situation de désavantage relatif des bi+ aujourd’hui n’est pas dû à la manière dont les autres groupes s’identifient (à titre d’exemple, mon identité bi a souvent été attaquée par des personnes qui se disaient bisexuelles ou attirées par plus d’un genre) mais plutôt à la manière dont la société est structurée. En recentrant le débat sur la responsabilité de l’hétéro-patriarcat et des mouvements LGBT+, je souhaite mettre en lumière les mécanismes qui sont à la source de l’effacement des bisexualités, dans l’objectif de construire des stratégies de libération qui s’y attaquent.</p>



<p>Alors pourquoi les bisexualités sont-elles effacées par les structures hétéro-patriarcales ?&nbsp;</p>



<p>Pour répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre les intérêts du capitalisme dans l’hétéronormativité, c’est-à-dire dans les structures sociales qui produisent l’oppression des minorités sexuelles, par le biais de lois, de discours et médias, ou de violences<sup data-fn="7f4cb6db-976d-424e-88a5-13d54e4cd9c7" class="fn"><a id="7f4cb6db-976d-424e-88a5-13d54e4cd9c7-link" href="#7f4cb6db-976d-424e-88a5-13d54e4cd9c7">14</a></sup>.&nbsp;</p>



<p>Le capitalisme a eu besoin historiquement de stabiliser l’orientation hétérosexuelle et de stigmatiser les autres identités sexuelles, notamment pour la reproduction sociale des travailleuse·eur·s : le capitalisme a besoin de personnes à exploiter ! Il est donc nécessaire que des personnes se chargent de procréer, cuisiner, éduquer les futures générations, et autres activités utiles pour que le salarié revienne au travail le lendemain et le surlendemain. Le capitalisme a plusieurs moyens d’assurer cette reproduction, notamment les hôpitaux, maisons de retraite, l’école… mais surtout la famille. Comparé à d’autres sociétés de classe, le capitalisme a séparé le foyer du lieu de travail, ce qui a amené une division sexuée : les hommes gagnent de l’argent, les femmes s’occupent des enfants &#8211; c’est-à-dire de la reproduction sociale. Si la famille s’est historiquement construite autour du couple hétérosexuel et de l’hétérosexualité en général, c’est surtout à cause de besoins natalistes. Pour appuyer la famille comme institution de reproduction de la force de travail nait une distinction cruciale entre l’homosexualité et l’hétérosexualité.&nbsp;</p>



<p>Dans ses contradictions, le capitalisme a créé les moyens du dépassement de ces distinctions, puisqu’il est à présent possible pour un couple homosexuel d’avoir et d’élever des enfants, et à cause de l’affranchissement relatif vis à vis la famille dans une société où l’éducation, le soin, et même la procréation peuvent être marchandisées. Cependant, ces avancées ne sont accessibles qu’aux classes les plus aisées, et leur accès s’effondre en temps de crise. Par ailleurs, il ne faut pas négliger l’impact de l’idéologie hétéro-patriarcale sur les conditions de vie des minorités sexuelles et sur les avancées sociétales : les structures idéologiques s’auto-perpétuent et engendrent des violences.</p>



<p>Ainsi, l’effacement des bisexualités est nécessaire au fonctionnement de l’hétéro-patriarcat pour les raisons suivantes :</p>



<p>1° Stabilisation de l’orientation sexuelle : Si les bisexualités n’étaient pas effacées, il serait impossible de prouver l’hétéro ni l’homosexualité, puisqu’il ne serait pas suffisant d’être attirée par les personnes du genre opposé ou du même genre pour affirmer une identité. Ainsi, l’effacement des bisexualités rend les frontières nettes et binaires entre l’hétérosexualité et l’homosexualité, ce qui rend possible la création de la figure déviante de l’homosexuel. En clair, il n’a été possible de créer ces catégories que parce que la bisexualité avait été effacée.</p>



<p>2° Stabilisation de la primauté du genre : Dans tous les autres domaines que l’amour et le sexe, un traitement différencié entre les hommes et les femmes serait considéré comme de la discrimination. Justement, les bisexualités interrogent la pertinence du critère de genre pour ce domaine également, puisqu’elles sont les seules à ne pas considérer le genre comme variable d&rsquo;intérêt, ce qui amène à questionner l’existence même de ces catégories de genre.&nbsp;</p>



<p>3° Stabilisation des normes de la monogamie : Même s’ils ne sont pas fondés, les stéréotypes attachés aux bi+ comme leur promiscuité ou polygamie, ou encore leur propension à tromper leur partenaire, représentent une menace pour la manière dont la famille est pensée et structurée.</p>



<p>Ces intérêts du capitalisme se transmettent aux individus, quelle que soit leur orientation sexuelle, qui ressentent ainsi un confort à connaitre leur place dans la société &#8211; soit hétéro, soit homo &#8211; et se construisent en opposition avec l’autre groupe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Trans-pédé-gouines : où sont les bi+ ?</h2>



<p>On l’a vu, l’hétéro-patriarcat s’est construit autour de l’effacement des bisexualités, ce qui a un impact sur les bi+ qui subissent à la fois les conséquences de l’hétéronormativité et celles de leur effacement. Mais les mouvements LGBT+ ne sont pas en reste<sup data-fn="3f178f33-a40a-4032-a14d-fdc94b92de4a" class="fn"><a id="3f178f33-a40a-4032-a14d-fdc94b92de4a-link" href="#3f178f33-a40a-4032-a14d-fdc94b92de4a">15</a></sup>. Depuis la naissance de ces mouvements aux USA, en France ou au Royaume-Uni, les bi+ ont été exclus des groupes militants en tant que bi+, c’est-à-dire qu’iels étaient accepté·e·s seulement si iels dissimulaient leurs identités bisexuelles et se revendiquaient gay ou lesbienne. Dans <em>Gay Manifesto</em>, un texte qui sera fondateur du mouvement homosexuel, Carl Whittman explique en 1970 que se renvendiquer bisexuel est “une manière d’esquiver son homosexualité” et qu’il faut que toutes les minorités sexuelles se revendiquent homosexuelles<sup data-fn="680698d0-0fe4-4b22-b56f-60a97c32205d" class="fn"><a id="680698d0-0fe4-4b22-b56f-60a97c32205d-link" href="#680698d0-0fe4-4b22-b56f-60a97c32205d">16</a></sup>. Ces discours sont également repris au sein du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, groupe militant pour la libération gay fondé en 1971, comme le met en lumière le documentaire de Carole Roussopoulos<sup data-fn="2be3a464-22aa-45e2-a05e-c12fb1ec84a9" class="fn"><a id="2be3a464-22aa-45e2-a05e-c12fb1ec84a9-link" href="#2be3a464-22aa-45e2-a05e-c12fb1ec84a9">17</a></sup>. La bisexualité des militant·e·s est effacée de l’histoire du mouvement, ce qui donne l’image fausse que les bi+ n’ont pas joué un rôle majeur dans celui-ci. L’émergence dans les deux dernières décennies de groupes et mouvement “trans-pédé-gouines” en est un symbole, puisque ceux-ci invisibilisent dans leur pratique et jusque dans leur nom les bisexuel·le·s, mais aussi les autres groupes minorisés (asexuel·le·s, intersexes, queers…). Ainsi, le Front d’Action Bisexuel a du affronter à plusieurs reprises des campagnes massives de cyber-harcèlement biphobes. On pourrait même questionner la pertinence de lieux de sociabilité ou de communautés uniquement “lesbiens” &#8211; des lieux de sociabilité ou de communauté <em>queer </em>seraient probablement plus adaptés pour accueillir l&rsquo;ensemble des personnes qui subissent l&rsquo;homophobie au quotidien, ou <em>saphiques </em>pour les femmes attirées par d&rsquo;autres femmes.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="5a4559" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="850" height="550" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/Bisexuals_Pride_in_London.webp" alt="" class="wp-image-9325 not-transparent" style="--dominant-color: #5a4559; width:498px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/Bisexuals_Pride_in_London.webp 850w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/Bisexuals_Pride_in_London-300x194.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/Bisexuals_Pride_in_London-768x497.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px" /></figure>



<p>Cette exclusion a des conséquences sur les possibilités d’organisation politique des bi+, de manière séparée ou avec le reste du mouvement LGBT+. Elle amène aussi à des expériences de violences au sein des groupes LGBT+. L’exemple le plus flagrant est le refus de relationner ou sortir avec des femmes bisexuelles<sup data-fn="7de25363-2437-4252-9e73-ad7661f2c9bb" class="fn"><a id="7de25363-2437-4252-9e73-ad7661f2c9bb-link" href="#7de25363-2437-4252-9e73-ad7661f2c9bb">18</a></sup>, une idée assez répandue parmi les lesbiennes, soi-disant par peur que les bi+ les trompent ou bien soient “en réalité” hétéro, ou par dégout d’une trop grande proximité avec les hommes (notez la similarité avec les discours des masculinistes sur le body count).</p>



<p>Il semble à première vue contre-intuitif que les mouvements excluent les bi+ et la bisexualité de leurs luttes : après tout, pourquoi refuser l’entrée à des millions de personnes qui pourraient participer au mouvement, qui subissent la même oppression, et qui ont le même but de lutter contre l’hétéro-patriarcat ?&nbsp;</p>



<p>Les raisons de cet effacement sont multiples : la première est que ni les personnes homosexuelles ni les mouvements LGBT+ n’évoluent en dehors de la société, et sont donc influencés par l’idéologie hétéro-patriarcale qui tend a effacer les bisexualités. N’étant pas directement concerné·e·s par ces problématiques, iels n’ont pas su les remettre en question. En découlent les stéréotypes négatifs associés aux bi+ dans ces milieux, qui poussent les militant·e·s à rejeter ces personnes. En particulier, l’idée que les bi+ sont “en réalité” hétéro ou gay, et celle qu’iels ont une propension à tromper leur partenaire a amené des positions défensives comme l’exclusion des bi+ car iels ne seraient pas assez fiables ou impliqué·e·s dans la lutte LGBT+.&nbsp;</p>



<p>Par ailleurs, le mouvement LGBT+ s’est souvent construit autour de politiques assimilationistes, c’est à dire une volonté de s’intégrer au reste de la société en présentant une image pacifiée de l’homosexualité. Ainsi, il a fallu se distancier de la bisexualité et des stéréotypes négatifs associés à elle, tout comme le mouvement assimilationniste s’est distancié des personnes porteuses du VIH ou des hommes trop “éfféminés”. Le principal argument de ces politiques est depuis longtemps centré autour du “born this way”, c’est à dire montrer qu’etre gay n’est pas un choix et ne devrait donc pas être stigmatisé &#8211; notamment aux USA où la notion de non-choix est constitutive des politiques anti-discrimination. Les bisexualités déstabilisent cet argument car il devient soit-disant possible de choisir d’être en couple avec une personne du même genre ou du genre opposé.</p>



<p>Enfin, le mouvement LGBT+ s’est construit autour d’une séparation binaire entre hétéro et homo. Cette distinction a été utile au mouvement en vue de mieux délimiter le groupe dans une communauté aux frontières claires, ce qui a permis une mobilisation efficace. Par ailleurs, c’était bien l’homosexualité qui était frontalement attaquée par les structures hétéro-patriarcales (parce que la bisexualité était effacée, et même si ces attaques touchaient tout autant les bi+), et une séparation binaire a permi à la fois de nommer l’ennemi et de retourner le stigmate. Le mouvement LGBT+ a aussi revendiqué un séparatisme de genre necessairement binaire, puisque les gay/lesbiennes ont la possibilité d’exclure entièrement l’autre genre de leur vie et de leurs luttes. Les bi+ ont donc été perçus comme transgressant ces stratégies. Pourtant, celles-ci n’étaient pas les seules stratégies disponibles pour le mouvement LGBT+.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles stratégies de libération ?</h2>



<p>En écrivant cet article, je suis étonné du peu de textes ou prises de positions qui développent une stratégie pour la libération bisexuelle. Certain·ne·s développent des analyses de l’effacement des bisexualités et de ses conséquences, comme dans l’essai majeur de Shiri Einser, activiste bisexuel·le israélien·ne et antisioniste “<em>Bi+ : Notes for a bisexual revolution</em>” qui propose également quelques pistes de stratégies de libération. D’autres réfléchissent à la radicalité inhérente de la bisexualité et à ce que le mouvement LGBT+ <em>aurait pu être </em>ou <em>pourrait devenir</em>, mais ne proposent pas de stratégies concrètes, c&rsquo;est-à-dire de direction pour le mouvement bi+.</p>



<p>Arrêtons-nous donc un instant pour tirer les conséquences logiques de l’analyse faite dans cet article. Nous avons vu que 1° les bi+ subissent, en parallèle de l’homophobie, une oppression spécifique qui les touche très durement. 2° L’effacement des bisexualités est nécessaire au système hétéro-patriarcal (l’ennemi principal) pour stabiliser une oppression binaire entre homosexualité et hétérosexualité, entre les hommes et les femmes.</p>



<p>Les groupes bisexuels se sont pour l’instant focalisés sur la création de communautés bisexuelles et de soutien social au sein de ces communautés, de manière indépendante du reste du mouvement LGBT+, du fait de leur exclusion de ces mouvements. Ces groupes sont un premier pas crucial dans la lutte de libération bisexuelle, car ils permettent l&rsquo;émergence de revendications bisexuelles et un regroupement de nos forces, et ils doivent être renforcés.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, les revendications les plus immédiates découlent nécessairement des problèmes les plus immédiats : <strong>lutte contre l’hyper-sexualisation des bi+, contre les stéréotypes négatifs, contre la biphobie dans les milieux queers, pour des espaces de soin et de soutien</strong>.&nbsp;</p>



<p>Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là, car ces luttes ne pourront pas empêcher entièrement l’effacement des bisexualités et ses conséquences, tant qu’elles ne s’attaqueront pas à l’ennemi principal, l’hétéro-patriarcat, et par lui au capitalisme. En effet,<em> les bisexualités ne sauraient être pleinement acceptées dans un système qui a besoin de leur effacement</em>. Pour s’attaquer à cette oppression, c’est à l’hétéro-patriarcat qu’il faut s’attaquer.</p>



<p>Nous ne pourrons pas le faire seul·e·s, car il faudra un mouvement large qui regroupera l’ensemble des bi+, mais aussi des féministes de toutes identités sexuelles et de tous genres, convaincu·e·s de la première heure ou bien par l’expérience de la lutte. Nous ne pourrons pas construire ce mouvement dans notre coin, entre bi+.</p>



<p>En fait, notre position en tant que bi+ nous place justement dans une position intéressante pour lutter contre les pratiques uniquement identitaires de groupes LGBT+. Ceux-ci limitent souvent l’appartenance dans la lutte aux concerné·e·s (cortèges non mixtes, groupes de lutte ou prise de parole réservés à une identité spécifique…), ce qui permet de faire communauté, d’aller bien et une certaine efficacité politique. Mais cela a pour conséquence une fragmentation du mouvement et des luttes qui ne prennent pas en compte tout le système, mais seulement une (petite) partie de celui-ci. Au contraire, en nous incluant, ces mouvements devront inclure des personnes dans “l’entre-deux”, dont l’identité est invisible et souvent fluide. De tels mouvements iront alors vers des pratiques plus ouvertes, plus larges, qui inclueront plus de personnes donc seront plus souvent victorieuses.</p>



<p>Et puis sans la prise en compte des bisexualités, ces mouvements ne pourront pas dépasser des politiques assimilationnistes d’intégration dans la société, puisqu’ils ne remettront pas en cause la catégorisation par orientation sexuelle elle-même. Pour l’instant, ces mouvements disent “Hétéro ou gay, nous devrions tou·te·s être égaux”. <strong>Notre tâche est de convaincre le mouvement des possibilités émancipatrices de la fin de ces catégories elles-même</strong>, parce que ce sont elles qui nous limitent et nous effacent.</p>



<p>On a donc un paradoxe : les bi+ sont exclus des mouvements LGBT+, mais leur libération passe par la création d’un mouvement large, féministe, et anticapitaliste, un mouvement qui n’est pas fragmenté et qui porte comme horizon la fin des catégories de genre et de sexualité. S’ensuit la question suivante : comment nous faire accepter par ce mouvement sans mettre de côté une seule de nos revendications ?</p>



<p><strong>Nous devons convaincre le mouvement par la pratique.</strong> En proposant des initiatives féministes, anti-patriarcales et qui ne nous effacent pas, nous pourront convaincre des féministes de toutes identités sexuelles et de tous genres, entrainer le mouvement vers des luttes plus larges contre l’hétéro-patriarcat. Ça signifie être présent·e·s dans le mouvement féministe, pas seulement quand on parle de bisexualité : participer à la construction du 8 mars, a l&rsquo;activisme féministe des groupes locaux, à l&rsquo;écriture de brochures, articles ou podcast, en y assumant notre identité et la necessité que la lutte féministe ne nous efface pas. En poussant pour que celle-ci soit la moins fragmentée possible et sois ouverte à tous et toutes.</p>



<p>Cela permettrait aussi de lutter contre les idées et comportements biphobes au sein de ces groupes, ce qui nous permettrait d’être soutenu·e·s par l’ensemble de la base du mouvement quand nous devons mettre en avant des revendications spécifiques immédiates.</p>



<p>Ainsi, <strong>d’un côté il nous faudra donc participer à l’élaboration des manifestations, évènements, et à la production théorique féministe et LGBT+, et de l’autre nous devrons porter hors de nos communautés nos revendications spécifiques,</strong> emportant au travers de ces deux stratégies le reste du mouvement LGBT+ et féministe. Une des manières de réaliser ces objectifs peut être de s’appuyer sur des groupes politiques bisexuels, qui donneront à nos actions une légitimité dans le mouvement, des outils théoriques construits au sein de ces groupes, et une force d’action et de coordination non négligeable. La lutte devra cependant s’ouvrir le plus largement possible, pas seulement aux bi+, mais à toutes celles et ceux qui souhaitent oeuvrer pour la libération bisexuelle et contre l’hétéro-patriarcat.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Vic Michel, Strasbourg<sup data-fn="4b7ae61c-05d4-469f-bdcd-8bf2a6658bb1" class="fn"><a id="4b7ae61c-05d4-469f-bdcd-8bf2a6658bb1-link" href="#4b7ae61c-05d4-469f-bdcd-8bf2a6658bb1">19</a></sup></h5>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="826283" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="666" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-pride.webp" alt="" class="wp-image-9326 not-transparent" style="--dominant-color: #826283; width:683px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-pride.webp 1000w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-pride-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/bi-pride-768x511.webp 768w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="4e09f001-0bf4-42b7-acc6-f287829b606e">“Bi+” signifie toutes les personnes attirées par deux genres et/ou plus, ce qui inclut donc les pan, queer, omni, biromantiques, en questionnement, ou même celleux qui se définissent comme hétéro ou gay mais sont attirées par plus d’un genre. Le mot “bisexualité” n’a pas d’équivalent largement utilisé, je le mets donc au pluriel. <a href="#4e09f001-0bf4-42b7-acc6-f287829b606e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="3c4105f5-383f-4195-8138-e6251c1529a4">Trachman, M. and Lejbowicz, T. (2020) <a href="https://doi.org/10.4000/books.ined.14944.">‘Chapitre 10 ■ Lesbiennes, gays, bisexuel·le·s et trans (LGBT) : une catégorie hétérogène, des violences spécifiques’</a>, in E. Brown et al. (eds) Violences et rapports de genre : Enquête sur les violences de genre en France. Paris: Ined Éditions (Grandes Enquêtes), pp. 355–390. <a href="#3c4105f5-383f-4195-8138-e6251c1529a4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="913780b9-af8f-4c97-bd36-2fc3c7e3bacd">Johnson, N.L. and Grove, M. (2017) <a href="https://doi.org/10.1080/15299716.2017.1364201.">‘Why Us? Toward an Understanding of Bisexual Women’s Vulnerability for and Negative Consequences of Sexual Violence’</a>, Journal of Bisexuality, 17(4), pp. 435–450. <a href="#913780b9-af8f-4c97-bd36-2fc3c7e3bacd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="42b1cbaf-248a-47c0-96bb-2d5a546d8284">Nagel Vic (2024), <a href="https://bibnum.sciencespo.fr/s/catalogue/ark:/46513/sc17m0mx#?c=&amp;m=&amp;s=&amp;cv=">“Not queer enough : Stigmatisation among gay, lesbian and bisexual populations, a mixed method study”</a> <a href="#42b1cbaf-248a-47c0-96bb-2d5a546d8284-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="df43f7b0-22af-4f81-9526-7d92c5f6c66b">Nagel, opt.cit. ; Trachman &amp; Lejbowicz, opt. cit. <a href="#df43f7b0-22af-4f81-9526-7d92c5f6c66b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="b5eed44a-8a1b-4e20-99a9-479c503b15b9">Ross, L.E. et al. (2016) <a href="http://Available at: https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2016.03.009">‘Bisexuality, poverty and mental health: A mixed methods analysis’</a>, Social Science &amp; Medicine, 156, pp. 64–72. <a href="#b5eed44a-8a1b-4e20-99a9-479c503b15b9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="89c7009d-6b75-4d21-97ea-c685d47dfd99">Mongelli, F. et al. (2019) ‘<a href="https://doi.org/10.23736/S0391-1772.18.01995-7.">Minority stress and mental health among LGBT populations: an update on the evidence’</a>, Minerva Psichiatrica, 60(1) ; Nagel, opt. cit. <a href="#89c7009d-6b75-4d21-97ea-c685d47dfd99-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="4d1d0c04-164a-480a-a222-a4ae5b57c7e4">McKetta, S. et al. (2024) <a href="https://doi.org/10.1001/jama.2024.4459">‘Disparities in Mortality by Sexual Orientation in a Large, Prospective Cohort of Female Nurses’</a>, JAMA, 331(19), pp. 1638–1645. <a href="#4d1d0c04-164a-480a-a222-a4ae5b57c7e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="f0ceddac-876a-4d47-baa8-a58eb6380556">Severine, A. (2016) <em>Stigmatisation envers les femmes bisexuelles : La biphobie</em>. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). <a href="#f0ceddac-876a-4d47-baa8-a58eb6380556-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="fd8bbb31-1fa4-4c2b-a168-57acf44d56c9">Bajos, N. et al. (2024) <a href="https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2024/11/rapp_CSF_web.pdf.">Premiers résultats de l’enquête CSF-2023</a>, Recherche CSF 2023. <a href="#fd8bbb31-1fa4-4c2b-a168-57acf44d56c9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="e599bb93-ae17-4545-b2ac-f993bb6747c6">Lejbowicz, T. (2023) <a href="https://doi.org/10.4000/books.ined.19486">‘Les bisexualités féminines : une approche par configurations sexuelles’</a>, in W. Rault and M. Trachman (eds) Minorités de genre et de sexualité : Objectivation, catégorisations et pratiques d’enquête. Paris: Ined Éditions (Méthodes et Savoirs), pp. 251–272. <a href="#e599bb93-ae17-4545-b2ac-f993bb6747c6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li><li id="84c69f1d-627d-46fa-ad49-9de7d54a997a">Traduction littérale du concept de “bisexual erasure” <a href="#84c69f1d-627d-46fa-ad49-9de7d54a997a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12">↩︎</a></li><li id="da02f69f-8021-49ad-82fa-8121dc706fa7">Yoshino, K. (2000) ‘The epistemic contract of bisexual erasure.’ <a href="#da02f69f-8021-49ad-82fa-8121dc706fa7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13">↩︎</a></li><li id="7f4cb6db-976d-424e-88a5-13d54e4cd9c7">Voir l’article plus long sur le site d’A2C : <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/theorie-de-la-reproduction-sociale-un-retour-a-quel-marx/">Théorie de la reproduction sociale : quel retour à (quel) Marx ?</a> <a href="#7f4cb6db-976d-424e-88a5-13d54e4cd9c7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14">↩︎</a></li><li id="3f178f33-a40a-4032-a14d-fdc94b92de4a"><a href="https://infokiosques.net/spip.php?article2008">Les licornes existent et ont la rage</a>, brochure d&rsquo;autodéfense contre la biphobie en milieu tp(b)g, Licornes enragées, 2023 <a href="#3f178f33-a40a-4032-a14d-fdc94b92de4a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15">↩︎</a></li><li id="680698d0-0fe4-4b22-b56f-60a97c32205d">A Gay Manifesto, Carl Wittman, 1969 <a href="#680698d0-0fe4-4b22-b56f-60a97c32205d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16">↩︎</a></li><li id="2be3a464-22aa-45e2-a05e-c12fb1ec84a9"> <a href="https://www.dailymotion.com/video/x2p7w28">Le FHAR (Front homosexuel d&rsquo;action révolutionnaire)</a> &#8211; Carole Roussopoulos, 1971, citée dans la <a href="https://lanewsletterbie.wordpress.com/">newsletter bie</a> <a href="#2be3a464-22aa-45e2-a05e-c12fb1ec84a9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17">↩︎</a></li><li id="7de25363-2437-4252-9e73-ad7661f2c9bb">Bostwick, W. and Hequembourg, A. (2014) <a href="https://doi.org/10.1080/13691058.2014.889754">‘“Just a little hint”: bisexual-specific microaggressions and their connection to epistemic injustices’</a>, Culture, Health &amp; Sexuality, 16(5), pp. 488–503. <a href="#7de25363-2437-4252-9e73-ad7661f2c9bb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18">↩︎</a></li><li id="4b7ae61c-05d4-469f-bdcd-8bf2a6658bb1">Merci à Gabriel pour les dizaines de discussions qui ont mené à l&rsquo;écriture de cet article. <a href="#4b7ae61c-05d4-469f-bdcd-8bf2a6658bb1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19">↩︎</a></li></ol>


<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/">Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère : Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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