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	<title>Féminisme Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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	<title>Féminisme Archives - A2C - Autonomie de classe</title>
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		<title>Contre les violences, construire un front féministe et enfantiste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[A2C-WP_Nico]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Sep 2026 16:10:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le meurtre de Lyhanna en juin dernier a déclenché un mouvement inédit (voir notre article « Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale » sur le site d’A2C). Dans de nombreuses villes, <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/contre-les-violences-construire-un-front-feministe-et-enfantiste/" title="Contre les violences, construire un front féministe et enfantiste">[...]</a></div>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>Le meurtre de Lyhanna en juin dernier a déclenché un mouvement inédit (voir notre article « Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale » sur le site d’A2C). Dans de nombreuses villes, des centaines de personnes dont des militant·es féministes et enfantistes se sont rassemblé·es pour dénoncer les manquements de l’institution judiciaire qui avait échoué à protéger une enfant de son agresseur alors que ses exactions étaient déjà connues. Ces mobilisations donnent de l’écho au combat contre une société qui considère trop souvent les enfants comme des êtres de second rang sur lesquels toutes sortes de violences peuvent s’exercer. Nos camarades ont activement participé au mouvement dans plusieurs villes. Cette mobilisation est riche de potentiels malgré certaines limites ou contradictions : promotion de la « loi intégrale » portée par la coalition féministe opposée à un féminisme et un enfantisme explicitement anti-carcéraux, difficulté à faire le lien avec les violences envers les mineur·es sans-papiers et la nécessité persistante de porter des arguments antifascistes et antiracistes. Nous avons interrogé cinq de nos camarades pour éclairer les enjeux de la suite du mouvement en septembre.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La rentrée sera marquée par plusieurs mobilisations (le 7 septembre pour une grève enfantiste, le 15 appel à la grève dans le social) ainsi que la perspective d’un nouveau texte de loi intégrale. Comment pensez-vous intervenir dans cette séquence ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette (Marseille) :</strong> À Marseille, dans le mouvement « Bloquons tout », les secteurs du social et médico-social étaient au cœur des mobilisations. On va donc essayer de relancer ces réseaux. Il va s’agir de réussir à articuler les revendications entre les grèves dans ces secteurs et les mots d’ordre féministes et enfantistes, notamment autour des VSS.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Shems (Marseille) :</strong> Il y a aussi le 20 septembre contre la loi « permis de tuer ». À la Marche des Solidarités à Marseille, les camarades sont très motivé·es pour intervenir, mais il faut encore réfléchir aux revendications et arguments à porter dans les rassemblements pour Lyhanna.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lucie (Saint-Brieuc) :</strong> La séquence autour de Lyhanna réactive aussi une question enfantiste : comment ouvrir des espaces où les enfants peuvent être considéré·es et se vivre comme des sujets politiques ? À Saint-Brieuc, il n’y a pas vraiment de collectif enfantiste. C’est donc intéressant de voir si cette question peut être posée dans cette séquence, et dans quelles conditions. Je voulais parler de ce que le collectif en lutte avec les sans-papiers va faire dans la perspective de la grève antiraciste du 18 décembre. Notre entrée c’est que les lois déforment le travail social, notamment les lois anti-immigration qui amènent des travailleur·euses sociaux·ales à mettre à la rue, dans des conditions hallucinantes, des personnes en fin de parcours asile, pour ne citer qu’un exemple. Du coup pour travailler à la construction de la grève du 18 décembre, on va mener une campagne d’occupation dans des institutions, pour essayer de pointer comment nos métiers sont assujettis au racisme d’État et imposer l’enjeu d’une grève antiraciste chez les travailleur·euses. Et je me dis qu’en fait cette technique là, elle pourrait être généralisée à ce dont on parle là.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alice (Paris) :</strong> À Nous Toutes, les camarades ne sont pas très chaudes pour la grève du 7, parce qu’elles considèrent que c’est demander aux plus précaires de sacrifier une journée de salaire. La grève du 15 n’est pas vraiment discutée non plus. Il faut encore pousser les arguments collectivement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kim (Rennes) :</strong> À Rennes, on prépare une réunion publique pour discuter de la loi intégrale car on sait que les débats vont continuer sur cette question. ça semble important de les articuler avec des revendications en lien avec le 19 septembre. Défendre qu’il n’y a pas d’un côté des bons flics qui reçoivent les victimes de VSS et des mauvais flics qui tuent les jeunes racisé·es, que c’est la même institution. Aussi être présent·es dans les mobilisations du secteur social et pouvoir dire : en tant que travailleur·euses, on sait qu’il y a bien mieux à faire qu’une loi intégrale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Face aux arguments qui séparent les fronts féministe et enfantiste, quels arguments développer pour pousser à une mobilisation commune autour du 14 novembre &#8211; journée des droits des enfants &#8211; et le 25 novembre &#8211; journée de lutte contre les VSS ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette :</strong> Je pense qu’il s’agit surtout de convaincre les collectifs enfantistes de se mobiliser ensemble, que ça ne va pas invisibiliser leurs revendications. Un des arguments un peu massue, c’est le nombre d’agresseurs qui ont eux-mêmes été agressés enfants. Ça montre la profondeur du système et comment l’inceste peut être à la base du patriarcat et du cycle des violences. C’est un argument qui fait revoir le problème très profondément. On sait que des personnes sexisées exercent des violences sur les enfants, mais c’est justement dans les mouvements et les luttes communes qu’on pourra dépasser ces questions. Et puis il y a la question de la famille. Plus c’est la merde économiquement, plus la famille devient le seul endroit d’interdépendance économique permettant de survivre, et plus on est vulnérable aux violences familiales. Il y a donc un lien avec les luttes sociales. De même sur les questions antiracistes. Quand on poussait pour faire ensemble avec les collectifs de mineur·es isolé·es, on nous a rétorqué : “mais là la question, c’est les enfants donc il faut parler plus du fait qu’ils sont mineurs que du racisme”, ce qui est absurde. Notre tâche c’est de montrer ce à quoi on fait face et donc quels sont nos intérêts communs stratégiques, au-delà d’une analyse de position dans l’échiquier des oppressions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alice :</strong> Pour l’instant à Paris, c’est l’option de deux manifestations distinctes qui l’emporte. Je rejoins Juliette : si tu subis des violences enfant, tu as beaucoup plus de risques d’en subir adulte et d’en faire subir. L’inceste est donc un point central. Aussi, face aux critiques du mouvement enfantiste sur les violences commises par les femmes, il faut rappeler que, majoritairement, ces violences ne sont pas sexuelles. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de violences, mais il faut le prendre en compte. À l’inverse, il y a les violences vicariantes, quand les enfants assistent aux violences faites aux femmes, notamment dans les violences conjugales. Et quand les violences sont commises entre enfants, il y a souvent un écart d’âge, et c’est en écrasante majorité le petit ou la petite dernière qui les subit. Donc il y a quand même un rapport d’âge qui se reproduit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lucie :</strong> Je suis d’accord avec l’enjeu de mettre la famille au centre. La naturalisation de l’enfance permet de justifier la protection par un statut qui prive de droits au nom de la vulnérabilité. La protection peut donc aussi devenir une manière de priver de droits, notamment en faisant du dehors de la famille un espace présenté comme dangereux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette :</strong> C’est vrai, les situations d’éducation mettent des gens dominé·es en position d’être éducables, c’est un des ressorts de tous les systèmes d’oppression. Il y a plein de catégories de personnes qui peuvent vivre des violences qui ressemblent à celles que les enfants doivent vivre. Les personnes handicapées, les femmes, les personnes colonisées, il y a les mêmes processus civilisationnels : protection-violence, protection-domination. Et puis il y a beaucoup de meufs qui se mobilisent en tant que daronnes pour leurs enfants, contre le racisme, avec des arguments féministes. Il faut donc leur faire de la place dans le mouvement, avec des revendications pour elles, tout en disant que ce n’est pas parce qu’on est mère qu’on ne peut pas faire subir de violences à ses enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kim :</strong> Pour moi, c’est le même débat que sur les autres oppressions. Est-ce qu’on essaie de construire des mobilisations qui posent l’ensemble des questions ? En termes d’analyse, l’oppression des femmes et celle des enfants ont une source commune, et il y a donc une nécessité à mener la lutte ensemble. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contradictions, ni que des femmes ne peuvent pas faire subir des violences. Mais l’argument ne tient pas si on regarde les violences commises contre les enfants, dont une grande partie sont commises par d’autres enfants. La question n’est donc pas la pureté des catégories. C’est plutôt : stratégiquement, comment peut-on combattre ces oppressions ? Dans le cadre du 25 novembre, le mouvement enfantiste peut profiter de la locomotive du mouvement féministe. Beaucoup de gens vont venir aux manifestations en disant que ces violences sont terribles, sans forcément les articuler ni les penser comme des rapports sociaux structurels. Le mouvement enfantiste a donc intérêt à se lier au mouvement féministe, et celui-ci à affiner sa critique de l’oppression des femmes en la liant à la famille et à son rôle dans le capitalisme. Construire une mobilisation commune ne sera pas simple, mais c’est nécessaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Propos recuillis par Kim Attimon(Rennes)</strong></p>
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		<title>Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/pour-lyhanna-et-toustes-les-autres-riposte-feministe-et-anti-carcerale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Jun 2026 08:10:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[adultisme]]></category>
		<category><![CDATA[enfantisme]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph">Le scandale qui a révélé des agressions de masse dans le périscolaire à Paris puis la mort de Lyhanna ont mis en lumière l&rsquo;ampleur et la violence de la domination adulte et patriarcale. Face à ces violences, le féminisme punitif est à l’offensive. Les appels à plus de police, de répression et de prison se multiplient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, ces stratégies qui attendent que l&rsquo;État agissent nous désarment, car elles ne font que donner plus de pouvoir à un État bourgeois, raciste et répressif, sans réellement permettre une transformation radicale de la société. Au contraire, nous devons développer des stratégies d&rsquo;autonomie de classe pour lutter contre la domination adulte et patriarcale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelles politiques féministes pour les révolutionnaires ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interview de Juliette, Kim et Alice, militantes à A2C à Marseille, Rennes et Paris, et qui ont participé à construire les manifestations féministes et enfantistes cette semaine. L&rsquo;interview est disponible sur toutes les <a href="https://open.spotify.com/episode/2CGCAmmMeYCskml7nIoT9t">plateformes de podcast</a> !<br><br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pouvez-vous nous résumer l’affaire Lyhanna ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kim : </strong>Il y a une semaine maintenant, Lyhanna, une jeune fille de 11 ans, qui vit dans le Gers, disparaît à la sortie du collège. Il y a des grandes battues qui sont organisées. Comme souvent dans ce type de situation, il y a à la fois la mobilisation des forces de l&rsquo;ordre, mais aussi de toute la population, parce qu&rsquo;elle vit dans un village, une petite ville, en tout cas, où les gens se connaissent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a donc plusieurs jours de recherche de la jeune fille. Évidemment, plus le temps passe, plus l&rsquo;hypothèse qu&rsquo;elle soit morte grandit. Et donc, finalement, elle est retrouvée le jeudi dans des conditions vraiment sordides. L’affaire prend de l’ampleur à partir des gens de son village, avec des relais sur Facebook, et des rassemblements de soutien sont appelés.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et on découvre que l’auteur présumé du meurtre était accusé de faits de violence sur des enfants, qu&rsquo;il a été licencié pour des rapports non autorisés avec une lycéenne… Sans jamais avoir été réellement inquiété. Ça va être perçu par beaucoup de monde comme un laxisme judiciaire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, des rassemblements devant tous les tribunaux de France ont été appelés pour le lundi 8 juin en combinant ces trois choses : la solidarité envers la famille de Lyhanna, la lutte contre les violences faites aux enfants et la protestation contre le système judiciaire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lyhanna était une petite fille de 11 ans. Pouvez-vous nous dire pourquoi ça vous paraît important de ne pas se limiter à parler de “féminicide”, mais de penser aussi le terme “d’infanticide”, de parler d’adultisme, de la domination des adultes sur les enfants ? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alice : </strong>En fait, Lyhanna a été ciblée comme fille mais aussi comme enfant. C&rsquo;est important de voir l&rsquo;intersection des rapports de domination, la domination masculine et la domination adulte. Si on parle juste de féminicide, ça efface cette domination adulte, qui pourtant rend possible une grosse partie des violences contre les enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les luttes enfantistes politisent ce qui est souvent présenté comme la “vulnérabilité naturelle” des enfants. Or, cette vulnérabilité découle d’un rapport de pouvoir qui est socialement organisé. C&rsquo;est important de se saisir de ça aussi. Donc pour moi, l&rsquo;enjeu, c&rsquo;est pas tellement de choisir entre féminisme et enfantisme, mais plutôt de comprendre comment patriarcat et domination adulte se nourrissent l’un l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette : </strong>Oui, je pense que c&rsquo;est important pour ça. Par ailleurs il peut y avoir des débats et des blocages dans le mouvement féministe à prendre en compte ces questions, notamment parce que la question des dominations adultes peut révéler la violence et la domination venant de femmes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parler d’enfantisme permet aussi de mettre en valeur la dimension structurante de l&rsquo;inceste.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, il a été révélé que le frère et le grand-père de l’agresseur de Lyhanna avaient aussi été accusés d’agression sur des enfants. Et 80% des gens qui commettent de l&rsquo;inceste ont eux-mêmes subi des violences. Une situation d’inceste dans une famille &#8211; qui est un endroit de domination &#8211; est structurante pour toute cette famille. Ca brise des enfants, pour les mater, et ça les rend d’autant plus fragiles face à toutes sortes d’autres dominations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c&rsquo;est un truc de masse : le nombre d’enfants qui vivent des violences intra-familiales, c&rsquo;est 3 pour une classe.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et cette dimension de l’inceste est donc aussi présente dans l’affaire Lyhanna.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kim : </strong>Oui, et puis dans la suite de ce que disait Juliette, je pense que la question de la place de la parole politique des enfants, c&rsquo;est un vrai enjeu.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montre cette affaire &#8211; et on peut faire des parallèles avec ce qui se passe pour les femmes &#8211; c&rsquo;est que les enfants sont rarement cru·e·s. Et puis, même s&rsquo;iels sont cru·e·s, le coût que leur parole peut avoir sur l&rsquo;organisation d&rsquo;une famille, peut pousser à ne rien faire de cette parole. Et oui c’est un phénomène de masse : en France 10% de la population aurait vécu de l&rsquo;inceste, donc c&rsquo;est 7 millions de personnes. Ça structure à un niveau quand même très avancé les relations sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi beaucoup d&rsquo;enfants victimes qui sont des garçons, et qui vont reproduire les violences, pas forcément en ayant toujours conscience qu&rsquo;ils en ont vécu, et je trouve que ça, ça vient expliquer la matrice. Ca vient expliquer à quel point la question des violences sexuelles vécues dans l&rsquo;enfance, elle surdétermine plein de rapports sociaux par la suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au sein des rassemblements en soutien à la famille de Lyhanna, on a pu entendre beaucoup d’appels à plus de moyens pour la police et la justice. Que pensez-vous de ce genre de revendications ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alice : </strong>Moi, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il y a un réel besoin de moyens supplémentaires. Il y a des magistrats qui témoignent de travailler jusqu’à quatre heures du matin, il y a la situation de l&rsquo;ASE [aide sociale à l’enfance], c&rsquo;est même plus un manque de moyens, c&rsquo;est un abandon. Il y a les soins sur le psychotrauma, très concrètement, soit t&rsquo;as de la thune et ça va, soit t&rsquo;as pas de thune et t&rsquo;es vraiment bien dans la merde, parce que pour prendre rendez-vous dans un CMP [centre médico-psychologique financé par l’État], c&rsquo;est quatre mois. Donc oui, il y a vraiment un besoin de moyens.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et en même temps, juste réduire ce problème à un manque de moyens, c’est limité. Ça conduit à passer à côté du caractère systémique des violences.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Déjà, une institution comme la justice peut être mieux financée, mais pourtant, elle peut continuer à reproduire les mêmes biais de ces rapports de domination.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, la justice et la police, ça arrive après les violences. Donc on se centre sur comment on fait pour répondre aux violences sans poser la question de comment prévenir ou comment protéger. En France, on a du mal à penser ça. En fait, on arrive pas à penser à la protection des femmes et des enfants, et séparer cette question de la punition.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette : </strong>Oui, pour aller un peu dans ce sens-là, en effet, je ne sais pas, il me semble que c&rsquo;est 93% des plaintes qui sont classées sans suite. Donc il y a plein de chiffres qui montrent à quel point la justice est défaillante et la police aussi.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais une fois qu&rsquo;on a dit ça, il faut dire aussi qu’on ne peut pas remettre à l&rsquo;État la question de l&rsquo;émancipation, de la justice, de la protection des enfants… Alors même que cet État propose de militariser la jeunesse par exemple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et les enfants qui sont spécifiquement touché·e·s et qui sont spécifiquement ciblé·e·s pour les nouveaux programmes de militarisation, c&rsquo;est les enfants qui sont à l&rsquo;ASE, les enfants qui ont vécu ou vivent des violences intrafamiliales…</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a parlé des programmes de militarisation dans l&rsquo;école, mais il y en a plein d&rsquo;autres dans le social, et qui touchent spécifiquement les enfants de l&rsquo;ASE sur des trucs de réinsertion, qui visent spécifiquement les enfants de quartiers populaires… On ne peut pas remettre la question de l&rsquo;émancipation à un État qui a tué Nahel, qui se prépare pour la guerre et qui a besoin de ces enfants-là, brisé·e·s, qui auront comme seul choix de défendre la nation ou alors d&rsquo;être exploité·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ça toute la difficulté, en fait, du mouvement féministe, là, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est de réussir à trouver des moyens de protection indépendants de l&rsquo;État, et qui nous permettent quand même de continuer de lutter contre ces dynamiques de l&rsquo;État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kim : </strong>Oui, et puis les violences elles sont massives, elles structurent l&rsquo;ensemble de la société, et qui dit un nombre de victimes extrêmement important, dit aussi un nombre d&rsquo;auteur·ice·s extrêmement important. Combien de prisons faudra-t-il construire pour enfermer tou·te·s les auteur·ice·s de violences ? Est-ce que le seul projet qu&rsquo;on a à offrir c’est vraiment d’enfermer une partie très importante de la société ? Pour moi, c&rsquo;est cet argument-là qui permet d’étayer l&rsquo;aspect incontournable de la transformation totale du système. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense que cette cette troisième voie, face aux féministes réformistes, et aux groupes féminins d’extrême-droite qui surfent sur les élaborations sécuritaires des féministes réformistes, cette proposition d’une transformation totale du système, je pense qu&rsquo;elle est à la fois de plus en plus audible grâce aux collectifs de terrain, notamment la coordination féministe, aussi un certain nombre d&rsquo;intellectuel·le·s féministes qui jouent leur rôle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, pour des rassemblements comme ceux de lundi, c&rsquo;était un sacré enjeu d&rsquo;aller y porter ces arguments, mais c’est aussi assez dur de les tenir. C’est assez dur d&rsquo;aller dire à des gens qui sont sous le coup de l&rsquo;émotion de la mort d&rsquo;une petite fille qu&rsquo;en fait, il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;autre solution que de tout transformer. On a l&rsquo;impression que c&rsquo;est une montagne. C&rsquo;est pour ça que les réflexes punitivistes, ils sont si forts. C&rsquo;est qu&rsquo;en fait, ils viennent d&rsquo;un désir qui est juste, le besoin de sécurité et de justice. Mais du coup, comment on répond à ça ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Donc, ce genre de mesures pour plus de sécurité, plus de lois, plus de prisons, ne permettent pas du tout d&rsquo;aller au fond du problème. Encore moins de le résoudre. Et en plus de ça, c&rsquo;est un marchepied pour des collectifs d&rsquo;extrême droite ou fascistes qui sont carrément en adéquation avec ces revendications. Donc, est-ce que vous pensez pour autant qu&rsquo;il faut boycotter les rassemblements, les mobilisations qui sont organisées, autour de ce genre de revendications, comme ça a été le cas pour, je crois, la plupart des rassemblements organisés en solidarité à la famille de Lyhanna ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alice :</strong> C&rsquo;est une question qui s&rsquo;est posée à Paris. On ne partageait pas du tout les bases du rassemblement initial. Est ce qu’on y va ou est ce qu’on appelle à un rassemblement plus tard, sur des bases anti-carcérales ? Mais en échangeant avec les camarades, on était assez d&rsquo;accord qu&rsquo;en fait, on ne pouvait pas juste refuser d&rsquo;y participer pour laisser des féministes institutionnelles occuper totalement le terrain par leurs discours sécuritaires.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On s’est quand même posé la question de la temporalité, au vu de la dimension de l’émotion dans ces rassemblements. En même temps, si on ne le fait pas là, je ne sais pas trop quand est-ce qu&rsquo;on va le faire. On connaît la musique : d’un coup une émotion très forte, puis une loi, puis ça tombe dans l’oubli… Et on n&rsquo;avance pas car on ne prend jamais le problème à la racine. Du coup, l&rsquo;enjeu, ce n&rsquo;est pas tant est-ce qu&rsquo;on y participe, c&rsquo;est qu&rsquo;on va y participer et quelle idée on y tient.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette : </strong>En effet, pour nous les questions se sont aussi posées de la manière dont tu parles, Alice. On a essayé de mobiliser des collectifs féministes et antifascistes [face à l’appel de Némésis à Marseille]. Nationalement, pour le mouvement féministe de terrain et les collectifs antifascistes, il y avait des peurs : soit on assume pas de polariser dans un moment si chargé d’émotion, soit non, on ne veut pas y aller, on ne veut pas s&rsquo;associer à ces gens-là et il faut se démarquer. Le fait qu’on en vienne à se poser ces questions montre qu’on a déjà un train de retard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant le procès Mazan, on a pas été offensif·ve·s et ça a donné l’introduction de la notion de consentement dans la loi. Et on a dit pourquoi on ne pensait pas que juste s&rsquo;armer de loi et armer l&rsquo;État, ça allait faire notre émancipation. Les 25 novembre, donc sur la date spécifique des VSS, il y a de moins en moins de personnes dans la rue et on voit bien que Nous Vivrons et Nemesis arrivent beaucoup plus à prendre de la place que pendant les 8 mars qui continuent d&rsquo;être plus massifs. Par ailleurs, sur la question spécifique de l&rsquo;enfantisme, on a un train de retard par rapport à l&rsquo;extrême droite, qui s&rsquo;organise à travers le collectif Parents vigilants avec des ressorts transphobes, à travers des mobilisations dans la rue. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc on est déjà en retard, et si on n&rsquo;y va pas maintenant ça ne fera que l’alourdir. Il faut assumer que la question des VSS est un champ de bataille. Dans les années 70, des meufs anti-carcérales allaient zbeuler des procès d’agresseurs, en se confrontant à d’autres féministes. Cette bataille a toujours existé dans toutes les vagues du mouvement féministe, qui a toujours été polarisé. Et dans le contexte de polarisation politique général, c’est important d’être là pour empêcher le mouvement féministe de basculer du côté de l’État ou des fachos. C’est même assez urgent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alice : </strong>Il y avait Némésis dans le rassemblement sur l&rsquo;île de la Cité à Paris. Elles étaient trois, elles n&rsquo;avaient pas de pancartes et elles étaient au milieu du rassemblement. On était assez mal organisé·es pour pouvoir les virer : elles n’ont pas eu de présence forte, visible, donc il aurait fallu savoir les identifier et à part Alice Cordier c’était pas évident. Donc je reste un peu partagée : elles n’avaient pas de présence forte, mais étaient de fait au rassemblement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette : </strong>Nous, c’était pareil. Mais notre premier réflexe ça a été de sortir une banderole antifasciste. On s’était mis d’accord avant avec le collectif enfantiste sur le fait que les fascistes ne monteraient pas sur une seule marche de la tribune et qu’il fallait s’organiser pour ça. La banderole a matérialisé ça. On a lancé un <em>siamo tutti antifascisti</em>. Au début on était minoritaires, face à des gens qui pensaient que ça n’était ni l’endroit ni le moment pour ça, ou qui ne se disait ni fascistes ni antifasciste ! Mais on a continué à lancer des slogans, on a argumenté et finalement on est devenu·es majoritaires. Les prises de parole elles se sont faites après cette clarification. Ca a été rendu possible par le fait qu’à Marseille on s’est plusieurs fois organisé·es pour tej Némésis et Nous Vivrons. Et ça va changer la gueule de nos liens avec le collectif enfantiste et l’inter-orga féministe pour l&rsquo;année, donc c’était très important de le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quels sont justement les arguments et stratégies que peuvent avoir les révolutionnaires pour régler le problème des violences sexistes et sexuelles y compris sur les enfants ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette :</strong> On a pas de recette magique. On réfléchit à des revendications transitoires, qui pourraient mettre les gens en mouvement, par exemple pour renforcer la voix politique des enfants, qui parlent déjà mais sans être écouté·e·s. Il y a des propositions d’organiser des moments d&rsquo;écoute dans les écoles par exemple. Mais en termes de moyens, il faut penser plus de moyens pour la protection : une refonte de l&rsquo;ASE, des hébergements pour les femmes et les enfants victimes de violences… Tout en continuant de combattre toutes les idées de domination adulte et du patriarcat dans notre classe. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il va y avoir des enjeux là-dessus pendant les présidentielles, comme ça a pu l’être à Paris pendant les municipales après le scandale sur les agressions en milieu périscolaire. Comme je disais tout à l&rsquo;heure, pour l’instant c’est la droite qui a de l&rsquo;avance, l&rsquo;extrême droite aussi.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autre part, on n&rsquo;arrivera pas à arracher des victoires, des protections puis l&rsquo;émancipation, sans un&nbsp; mouvement de masse féministe, enfantiste et qui s&rsquo;organise en solidarité avec toutes les personnes qui subissent de l&rsquo;oppression. Ces oppressions s’aggravent : En Belgique, récemment des jeunes de 11-12 ans ont bloqué leurs écoles en lien avec leurs profs. La répression c&rsquo;est des comparutions immédiates à la grappe. Alors lorsqu’il y a une urgence de la question de la protection, de la sécurité, de la justice, c’est compliqué d’adresser ça, mais il faut qu’on continue de défendre la stratégie du mouvement de masse pour renforcer la voix politique des enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Kim : </strong>moi je dirais qu&rsquo;il y a aussi la question de la délégation. Il y a eu une libération de la parole autour de MeToo, mais ça a provoqué une sacralisation de la parole, et donc que ça demanderait certaines compétences pour recevoir la parole, que tout le monde ne pourrait pas le faire, etc. Il y a un enjeu de prendre le contrepied de ça, d’affirmer que ce qu&rsquo;on veut c&rsquo;est une société où la parole est libérée et pas non plus un truc d’expert. Évidemment il y a des professionnel·le·s qui sont formé·es à accompagner, mais je pense que la question de la non-délégation ça doit être un des axes qu&rsquo;on développe. Encourager à ce que tout le monde soit attentif·ve·s, que la question des violences soit un sujet qui circule partout, et donc qu’il y ait une attention qui soit apportée dans les écoles, dans notre taf, dans nos immeubles…  Ce qui implique d’encourager à oser ouvrir la porte, oser d’aller toquer chez la voisine, si quelque chose paraît bizarre. Parce que pour moi c&rsquo;est pas suffisant de juste dire “la police elle arrivera pas à temps ou elle causera plus de mal qu&rsquo;elle ne fera de bien”. Oui mais je pense que ça doit être corrélé à une reprise de confiance de la part des gens qui puissent agir. Il y a quelque chose à développer autour de ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, il faut continuer à faire comprendre à quoi servent ces violences dans la société, quelle est leur fonction. Sortir d’une vision des violences comme agissements immoraux. Voir qu’elles servent un système capitaliste, qu&rsquo;elles ont une fonction sous le capitalisme, et donc qu’on arrivera pas à en sortir si on ne transforme pas le mode de production et le pouvoir politique de cette société.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Juliette :</strong> Il y a des exemples : en Amérique latine il y a des organisations par quartier, un peu comme ce que disait Kim, mais pas décorrélées de mouvements plus larges parce que c’est ce type de mouvement qui permet de reprendre du pouvoir. Une des boussoles qui permet de construire ce genre de dynamique c&rsquo;est aussi ce que dit Deck-Marsault : voir les victimes comme des sujets politiques, en leur donnant les moyens de s’organiser, de se protéger collectivement, de renverser la table. Je pense qu’il faut discuter dans les collectifs féministes, dans nos taffs, de cette boussole-là, de discuter de comment récupérer du pouvoir, devenir des sujets politiques. Il faut qu&rsquo;on soit attentif·ve·s et créatif·ve·s pour sortir de la tristesse et du fatalisme de l’horizon sécuritaire.</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/situation-politique/pour-lyhanna-et-toustes-les-autres-riposte-feministe-et-anti-carcerale/">Pour Lyhanna et toustes les autres, riposte féministe et anti-carcérale</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Nous sommes fortes, nous sommes fières, antisionistes antifascistes, contre vos guerres ! Retour sur les mobilisations féministes du 8 mars 2026</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-dexperience-sur-le-08-mars-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Emil]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 12:54:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Le 8 mars 2026 a été massif en France, et traversé par une radicalité politique (anticapitalisme, antiracisme et antifascisme, antiguerre) très présente. À Rennes, Marseille et Paris, la lutte contre l’extrême droite et le racisme <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-dexperience-sur-le-08-mars-2026/" title="Nous sommes fortes, nous sommes fières, antisionistes antifascistes, contre vos guerres ! Retour sur les mobilisations féministes du 8 mars 2026">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Le 8 mars 2026 a été massif en France, et traversé par une radicalité politique (anticapitalisme, antiracisme et antifascisme, antiguerre) très présente. À Rennes, Marseille et Paris, la lutte contre l’extrême droite et le racisme a occupé une place centrale qui s’est concrétisée dans ces deux dernières villes par une importante riposte à la tentative d’intrusion de Nemesis et Nous Vivrons, collectifs fascistes et sionistes. Entretien avec Kim, Juliette, Vanina et Alice, camarades d’A2C et militantes impliquées dans la construction du 8 mars à Rennes, Marseille et Paris. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un 8 mars massif pour un féminisme antifasciste et anti impérialiste</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce 8 mars 2026 en France, marque particulièrement par son ampleur. 130 000 manifestant&rsquo;es annoncé&rsquo;es à Paris, 10 000 à Rennes, 20 000 à Marseille, mais aussi un saut quantitatif dans de plus petites villes qui n’organisaient pas systématiquement des mobilisations jusqu’ici. « <em>Je pense que c’est le plus grand 8 mars qu’on ait eu hors mouvement social</em> » avance Kim. Si la force du mouvement féministe les années passées a pu fixer cette date dans les esprits de millions de personnes, la crise politique, l&rsquo;explosivité de la situation nationale comme internationale et la menace fasciste bien présente dans ce contexte d&rsquo;élections municipales ont sans doute joué un rôle pour la massivité du mouvement. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette ampleur est une première victoire, alors que le mouvement féministe traverse une phase de clarification stratégique. C’est ce que nous rappelle Vanina en évoquant le contexte parisien : « <em>les espaces d&rsquo;organisation de cette manifestation ont été multiples du fait de désaccords stratégiques importants sur les revendications, le lien du féminisme &#8211; et son instrumentalisation &#8211; avec les questions d&rsquo;offensives racistes, impérialistes, du génocide en Palestine, sur l&rsquo;attitude à avoir face à la présence prévisible de Nemesis et Nous Vivrons qui avaient déjà participé à trois manifestations. Ces dynamiques rendent la taille des manifestations incertaine, mais avec beaucoup de possibilités selon ce qui est proposé par les différents espaces</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Marseille, où le Rassemblement National se renforce et a de grandes chances d’atteindre le second tour, Juliette pointe la centralité des mots d’ordre antifascistes dans la marche : « <em>Il y a eu un petit moment d&rsquo;apathie après la mort du fasciste à Lyon, mais maintenant il y a un retournement d&rsquo;ambiance, une possibilité de reprendre la rue. Il y a des gens qui se sont dit qu&rsquo;investir le danger fasciste des Municipales, ça passait aussi par la rue. </em>». Même si le RN est moins implanté à Rennes, « <em>c&rsquo;est sûr que le mot d&rsquo;ordre antifasciste, il était très présent sur les pancartes</em> », abonde Kim. Pour Vanina, la jeunesse des manifestant&rsquo;es « <em>a joué sur le fait qu&rsquo;une grande partie d&rsquo;entre elleux portaient un féminisme politique, anticapitaliste, antiraciste, antifasciste et anti-guerre. Les slogans, les pancartes, allaient dans ce sens. Dans un monde en crise, qui conduit à la barbarie, la nécessité d&rsquo;une remise en question globale de la société est une préoccupation de plus en plus présente</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peu plus d’une semaine avant le 8 mars, les États-Unis et Israël commençaient à bombarder l’Iran avec le soutien de la France. Pour Juliette, ce contexte d’accélération des tensions impérialistes a aussi joué dans la massification de la mobilisation féministe : « <em>Je pense qu&rsquo;il y a eu un double mouvement de à la fois convaincre le mouvement féministe de la nécessité de ces positions et de convaincre des organisations, comme celles mobilisées pour la Palestine, de la nécessité d&rsquo;investir le front féministe. C&rsquo;est sûr que de réussir à faire les deux, ça a construit la manif féministe</em>. »</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="807a75" data-has-transparency="false" fetchpriority="high" decoding="async" width="1009" height="673" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1.webp" alt="" class="wp-image-11027 not-transparent" style="--dominant-color: #807a75; aspect-ratio:1.4992888417882142;width:790px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1.webp 1009w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/WhatsApp-Image-2026-03-13-at-13.53.50-1-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 1009px) 100vw, 1009px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une riposte victorieuse face aux fascistes et aux sionistes par en bas, qui permet de clarifier les suites</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un des enjeux de ce 8 mars, dans une période de montée de l’extrême droite, était de construire la riposte face aux velléités des groupes sionistes et fascistes de rejoindre la mobilisation féministe. À ce niveau-là, les expériences menées à Marseille et Paris constituent des victoires politiques. À Paris, sous la pression du mouvement, les fascistes de Nemesis avaient annoncé peu avant le 8 mars renoncer à défiler, appelant plutôt à un rassemblement à l’autre bout de la ville, dans le 16ème arrondissement. Le collectif sioniste Nous Vivrons avait lui bien l’intention de marcher aux côtés du cadre unitaire, ce à quoi s’est opposée massivement la manifestation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alice témoigne de la richesse de la riposte qui a dépassé le cadre des organisations. « <em>Un cortège s’est détaché de la manifestation et concrètement engagé dans la riposte. En plus du SO prévu pour l’occasion, on a été rejoint&rsquo;es par beaucoup de monde. On était peut-être 3000 à essayer de se tenir pour faire bloc, c&rsquo;était vraiment un moment très fort.</em> »&nbsp; Pendant que le cortège se déplaçait pour contrer toutes les tentatives de Nous Vivrons de rejoindre la marche, « <em>les chars, les camions balançaient plein d&rsquo;infos pour expliquer ce qui était en train de se passer, pourquoi il y avait une nécessité de faire barrage. Des tracts étaient distribués avec un QR code qui donnait les informations en temps réel… Les gens étaient hyper bien informés et ça, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que ça a beaucoup joué.</em> ». « <em>La répression n&rsquo;a pas été très violente, mais en fait, elle n&rsquo;aurait pas pu l&rsquo;être, parce qu&rsquo;on était vraiment beaucoup trop nombreux&rsquo;ses, il y a eu vraiment une massification</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vanina revient sur l’organisation par en bas de la riposte. Pour le réseau Grève féministe (cadre organisateur, dominé par l’orientation des directions syndicales), «  <em>le plus important était de tenir leur événement, puis la manifestation, même si cela impliquait la participation des fascistes Nemesis et des sionistes Nous Vivrons</em>. <em>Un cadre alternatif s&rsquo;est mis en place, appelé inter-orga, qui regroupait les collectifs et organisations qui refusaient de manifester dans ces conditions. Honnêtement, cet espace n&rsquo;avait pas le rapport de force face au réseau de Grève féministe : regroupement de collectifs de taille moins importante, avec une cohésion moins forte parce que nous étions traversés par de nombreux débats stratégiques sur ce qu&rsquo;il nous paraissait important de faire dans cette situation : Quelle(s) base(s) féministe(s) dans ce cadre ? Sur quelle(s) force(s) s&rsquo;appuyer pour mener à bien nos objectifs ? Quelle(s) relation(s) avoir avec Grève féministe, les syndicats et les syndicalistes ? Ce qui a rendu possible de gagner, c&rsquo;est donc à la fois la constitution de ce cadre alternatif, qu&rsquo;on a volontairement limité à l&rsquo;objectif commun d&#8217;empêcher les fascistes et les sionistes de manifester et les dizaines de milliers de personnes qui sont venues manifester avec le même état d&rsquo;esprit !</em> <em>Le fait de reprendre la main en proposant une stratégie publique et inclusive, dans un contexte où la campagne municipale avait vu se déployer les offensives de ces groupes fascistes et sionistes, a payé »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Marseille, Nous Vivrons appelait à un rassemblement sur l’artère principale du centre ville à la même heure et tout près de la manifestation intersyndicale du matin. L’initiative d’une réponse n’a pas émergé en premier lieu des cadres féministes mais des collectifs antifascistes qui ont rapidement appelé à un contre-rassemblement. « <em>C’est plus difficile de convaincre et d&rsquo;avoir la discussion sur Nous Vivrons que sur Nemesis</em> » constate Juliette. Malgré la dissociation de certaines directions syndicales, 300 personnes ont encerclé pendant près de trois heures la vingtaine de militant&rsquo;es sionistes, rendu&rsquo;es inaudibles par les slogans. « <em>La politique du fait accompli, ça peut marcher, parce que là, il faut que les directions assument qu&rsquo;elles ne sont pas venues rejoindre à quelques mètres d&rsquo;elles un rassemblement où il y a eu des saluts nazis, lorsqu&rsquo;on est dans une période où il y a eu des alertes à la bombe dans des locaux de la CGT</em> », poursuit Juliette. Elle conclut : <em>« Je pense que les discussions vont continuer et en vrai, cette expérience, c&rsquo;est un bon point d&rsquo;appui pour les avoir.</em> » </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-dominant-color="938d89" data-has-transparency="false" decoding="async" width="1080" height="720" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke.webp" alt="" class="wp-image-11026 not-transparent" style="--dominant-color: #938d89; aspect-ratio:1.5000590388475616;width:775px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke.webp 1080w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2026/03/A-Zionist-groups-event-that-was-planned-to-take-place-at-the-Vieux-Port-in-Marseille-was-blocke-768x512.webp 768w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>© Şener Yılmaz Aslan</em></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">À Rennes, les enjeux ont été différents mais les tendances du mouvement sont les mêmes. « <em>Là où je trouvais que les dernières années, il y avait beaucoup un biais de ne parler que des idées et des valeurs de l&rsquo;extrême droite, j&rsquo;ai trouvé cette année qu&rsquo;il y avait quelque chose de plus franc sur la mise en action</em> », observe Kim. Peu de temps avant le 8 mars, avec une camarade Nous Toutes, elle a viré des militants du Rassemblement National qui étaient en train de tracter sur un marché. Deux semaines plus tôt, l’AG antifasciste de Rennes avait tenu un contre-rassemblement face à une commémoration pour le fasciste lyonnais qui avait vraiment eu vocation à marquer le terrain. « <em>Je pense que l&rsquo;accumulation de résistances physiques à la présence de l&rsquo;extrême droite, c&rsquo;est un argument qui est en train de prendre et de montrer que c&rsquo;est possible de le faire par le nombre, sur des modalités qui ne sont pas forcément sectaires </em>». «<em>Je le mets aussi dans les victoires du 8 mars</em> » conclut Kim.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À partir des bilans du 8 mars, quelles perspectives pour le 14 ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La question est désormais de savoir ce que ce 8 mars peut laisser espérer pour samedi prochain, le 14, contre le racisme, le fascisme, l’islamophobie et les violences d’État à l’appel notamment de La Marche des Solidarités. Pour Juliette, il est difficile de se projeter sur le 14 sans avoir posé les perspectives du mouvement féministe qui, à Marseille, a du mal à se structurer à l’année et à arracher des victoires. Si ce 8 mars a pu être « <em>la possibilité d&rsquo;organisation et de réponse à tout ce qu&rsquo;on se prend dans la gueule pour tout, je ne sais pas à quel point ça a renforcé vraiment nos capacités pour traiter la question des oppressions, de l&rsquo;exploitation, etc.</em> » Elle ajoute : « <em>Il faut encore avoir des discussions sur comment on fait pour que ces mots d&rsquo;ordre sur le mouvement antiraciste, sur le mouvement anti-impérialiste, sur le mouvement antifasciste, mais aussi sur le mouvement féministe lui-même, la grève politique… ne soient pas juste des choses qu&rsquo;on agite, mais qu&rsquo;à partir de ça, on engage nos corps, nos vies, nos tafs, nos quartiers dans un rapport de force.</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si une bonne partie des dizaines de milliers de manifestant&rsquo;es qui ont défilé le 8 mars à travers la France n’a pas besoin d’être convaincue de rejoindre le 14, « <em>le mouvement antiraciste est pour l’instant moins fort que le mouvement féministe pour imposer des dates de manifestations incontournables</em> », constate Vanina. « <em>Quand je vois dans le 20e arrondissement de Paris que les collectifs et réseaux qui ont permis la réussite d&rsquo;un 8 mars contre la présence de Nemesis et Nous Vivrons sont les mêmes que ceux qui préparent la manifestation du 14 mars, je pense que la manifestation sera réussie. Mais la question est de savoir si les espaces de construction de cette échéance auront été suffisants pour faire connaître l&rsquo;importance de cette date</em>. » À Rennes, Kim partage cette même interrogation : «<em> il n&rsquo;y a pas de lieu d&rsquo;organisation pérenne sur les questions antiracistes alors que la stratégie, c&rsquo;est quand même d&rsquo;essayer de construire un mouvement de masse</em>. » De la même manière que ce qui a émergé pour le 8 mars, face à la frilosité des organisations syndicales, la nécessité de construire des cadres alternatifs s’impose. Selon Vanina, « <em>pour le 14 mars et la construction d&rsquo;un rapport antiraciste et antifasciste, le cadre qui peut permettre cela, c&rsquo;est La Marche des Solidarités, qu&rsquo;il faut donc soutenir et renforcer !</em> ». À Paris, Rennes et Marseille, des manifestations se tiendront. « <em>Je pense que ça nous donnera d&rsquo;autres indications sur la nature de ce 8 mars</em> » conclut Kim.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Propos recueillis par Mathilde (Marseille)</p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-dexperience-sur-le-08-mars-2026/">Nous sommes fortes, nous sommes fières, antisionistes antifascistes, contre vos guerres ! Retour sur les mobilisations féministes du 8 mars 2026</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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		<title>Le 8 mars se fera sans les sionistes ni les fascistes</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-8-mars-se-fera-sans-les-sionistes-ni-les-fascistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alice]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 09:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Retours militants]]></category>
		<category><![CDATA[Antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Antisionisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève féministe]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[massification]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10875</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Sana, camarade d&#8217;A2C impliquée à Urgence Palestine (UP18) dans le groupe de travail féministe, et dans la CGT librairie nous explique la préparation du 8 mars 2026 et les enjeux que cela représente dans le <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-8-mars-se-fera-sans-les-sionistes-ni-les-fascistes/" title="Le 8 mars se fera sans les sionistes ni les fascistes">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Sana, camarade d&rsquo;A2C impliquée à Urgence Palestine (UP18) dans le groupe de travail féministe, et dans la CGT librairie nous explique la préparation du 8 mars 2026 et les enjeux que cela représente dans le contexte politique actuel.</em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous préférez écouter cette interview, elle est disponible ici :</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Spotify Embed: 8 mars 2026 - Sans les sionistes ni les fascistes" style="border-radius: 12px" width="100%" height="152" frameborder="0" allowfullscreen allow="autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture" loading="lazy" src="https://open.spotify.com/embed/episode/7rKBA3mkL41mJuhtg6BZXP?utm_source=oembed"></iframe>
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<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Salut Sana, tu es à Urgence Palestine et impliquée dans le groupe de travail féministe, à la CGT librairie, et tu participes à la construction du 8 mars. Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur les enjeux et la pertinence de la présence d&rsquo;Urgence Palestine dans ce mouvement, dans le contexte politique actuel ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En termes de situation politique actuelle, on a un danger fasciste qui est de plus en plus prégnant et de plus en plus élevé, et des ripostes antifascistes qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Le 8 mars, c&rsquo;est particulier parce que ça fait plusieurs années que, notamment, les sionistes et les fachos viennent défiler dans nos manifestations et donc dans nos espaces de lutte : c&rsquo;est un endroit où il faut absolument mener la bataille pour les virer ! C&rsquo;est-à-dire que si on ne commence pas par les virer de nos manifs, s&rsquo;ils peuvent défiler avec nous, comment on veut pouvoir se débarrasser des fachos dans nos rues ? Ça me paraît improbable. Donc, Urgence Palestine avait l&rsquo;habitude de participer, depuis sa création, aux manifestations féministes notamment pour mettre en avant les revendications des résistantes palestiniennes, des prisonnières, de mettre en avant la lutte des femmes palestiniennes dans la résistance, etc. Mais depuis que Nous Vivrons a défilé dans la manifestation, notamment le 8 mars 2024 &#8211; si je ne dis pas de bêtises sur les dates &#8211; il nous a semblé essentiel d&rsquo;interpeller et de mener les batailles pour que le mouvement féministe dégage les sionistes de nos manifs. Et puis, après, s&rsquo;est rajouté Némésis qui est un collectif identitaire raciste, qui s&rsquo;est aussi rajouté à vouloir défiler lors du 8 mars. Et donc, il y avait un enjeu très, très fort pour nous à dire que ce n&rsquo;était pas possible de manifester avec des fachos et des sionistes. Pour cela, on a essayé de faire avec des collectifs féministes, notamment avec Nous Toutes, Du Pain et des Roses, les Féministes Révolutionnaires, le CLAF (qui est quand même un gros allié car il a été un des premiers collectifs a toujours avoir des positions très claires sur les questions anti-sionistes et anti-fascistes), et plein d&rsquo;autres organisations féministes. <strong>L’objectif était donc d’aller voir ces collectifs féministes et de convaincre qu&rsquo;il fallait agir par rapport à ça, ce qui a amené, notamment, au 8 mars 2025, où il y avait eu une grosse campagne contre les fachos et les sionistes. </strong>Pour nous, c&rsquo;est ça l&rsquo;enjeu en tant que militantes d&rsquo;Urgence Palestine, et militantes anti-sionistes, anti-colonialistes, anti-fascistes sur cette manifestation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le collectif Grève Féministe est assez central dans l&rsquo;organisation de la manif. Est-ce que tu pourrais nous développer leurs positions et propositions ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grève Féministe est une interorganisation qui regroupe notamment les directions syndicales telles que la CGT, Solidaires, mais aussi des organisations politiques, il me semble, etc. En gros, c&rsquo;est une grosse coalition de collectifs et d&rsquo;organisations pour essayer de mettre en place une grève féministe le 8 mars. Juste pour donner quelques éléments politiques : c&rsquo;est vraiment un outil qui pourrait être positif pour gagner des positions féministes et de grèves politiques le 8 mars, etc. Cependant, c&rsquo;est quand même toutes les mêmes contradictions qu&rsquo;on retrouve dans toutes les inter-syndicales, etc. C&rsquo;est-à-dire que c&rsquo;est très « par en haut », déconnecté des collectifs, des sections syndicales et des luttes syndicales menées à la base… Donc, c&rsquo;est vraiment par en haut, pour le définir, et je pense que ça se voit beaucoup sur la stratégie par rapport au 8 mars et à la présence de Némésis et des sionistes de Nous Vivrons car on n&rsquo;est pas tout à fait raccord sur ce que ça veut dire avoir une position antifasciste. J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;en fait pour Grève Féministe finir la manifestation, aller d&rsquo;un point A à un point B, était plus important que de virer les fachos parce que, pour elles, il ne fallait pas se faire « voler la manifestation », comme si, ne pas faire cette manifestation était un drame absolu. Donc si on doit la faire avec des fachos et des sionistes c’est secondaire. C’est à ce moment là qu’intervient la question de l&rsquo;analyse du danger fasciste et d&rsquo;une stratégie antifasciste de masse de Grève Féministe et c’est là, à mon avis, que réside un  désaccord notamment car pour elles, la stratégie est par en haut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à la mort du facho le 14 février à Lyon, quelles sont, selon toi, les conséquences sur la construction du 8 mars ? Et quelles lignes te semblent importantes à tenir ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça change, effectivement des choses, parce qu’on le voit, depuis que ce facho a été tué à Lyon, il y a une prise de la rue par des fachos, des rassemblements, des attaques de fachos un peu partout en France. Donc premièrement, les fachos prennent la rue et ont de plus en plus la confiance pour le faire. Deuxièmement, ce que ça change, c&rsquo;est <strong>ce raz-de-marée médiatico-politique qui fait des antifascistes, des terroristes.</strong> Ce raz-de-marée, c’est une <strong>offensive contre les positions antifascistes de rue</strong>, et qui englobe jusqu’à la gauche. On a même pu voir des postes de CND (Cerveaux Non Disponibles) qui condamnait ces positions d’antifascisme de rue. Moi, je pense que c&rsquo;est important de ne pas condamner les antifascistes de rue qui défendent et empêchent les attaques de fachos contre nos luttes, contre nos lieux, contre nos espaces, etc. Evidemment, c&rsquo;est malheureux que quelqu&rsquo;un meure, mais comme toute mort est malheureuse ; on ne fait pas une politique à partir de ça. Est-ce qu’on pensait que c’était mal ou malheureux, lorsque durant la Seconde Guerre Mondiale les résistants tuaient des nazis ? Je ne suis pas convaincue qu&rsquo;on pensait ça, quand il y avait des sabotages de convois nazis, etc., il n&rsquo;y avait pas grand monde pour les pleurer les nazis, et je pense que c’était pour de très bonnes raisons. <strong>L&rsquo;antifascisme, c&rsquo;est nécessaire et vital</strong> : on rappelle quand même que les fachos, c&rsquo;est des attentats partout à travers le monde, des dizaines et des dizaines de morts chaque année, et que l’antifascisme est donc une question de vie ou de mort. Il faut s’opposer aux fascistes &#8211; parfois physiquement &#8211; car la violence, elle vient d&rsquo;eux, alors on est obligé de la contrer. <strong>C’est un devoir moral pour l&rsquo;existence de nos luttes et la possibilité de lutter, que de s&rsquo;y opposer, et de s&rsquo;y opposer parfois physiquement.</strong> Tout ça pour dire que cela va avoir des conséquences sur le 8 mars, d&rsquo;autant plus que, justement, ce facho, il était là pour agir lors d’une action de Némésis, donc ça risque d&rsquo;avoir des conséquences sur la position et la « légitimité » de Némésis, à participer ou pas, ou, en tout cas, la protection politique et policière qu&rsquo;elle risque d&rsquo;avoir. Donc, ça va créer, des couches supplémentaires sur l&rsquo;importance et la <strong>nécessité d&rsquo;avoir une position antifasciste claire, précise, qui nous permette d&rsquo;agir collectivement et de manière massive face à elles, et de ne pas se laisser rouler dessus par ce rouleau compresseur idéologique qui est en train de se mettre en place, actuellement un peu partout.</strong> Quand on repense même à la Une de Libération, &#8211; qui est censé, mais qui n&rsquo;est plus depuis bien longtemps, un journal de gauche &#8211; on comprend assez rapidement qu’il va y avoir un rouleau compresseur qui est là pour tout dégommer et légitimer encore plus les fachos dans ce pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parlons stratégie : À moins d&rsquo;un mois du 8 mars, quelle semble être la stratégie qui se dessine, et qu&rsquo;est-ce que tu peux nous en dire ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À moins d&rsquo;un mois du 8 mars, on essaye de construire l&rsquo;offensive la plus massive et la plus antifasciste et antisioniste possible. Pour nous, l&rsquo;enjeu, c&rsquo;est ce qui va permettre de bloquer les sionistes et les fascistes et empêcher qu&rsquo;elles manifestent avec nous. <strong>Nous défendons l&rsquo;idée que ça sera par le nombre qu&rsquo;on pourra gagner </strong>et non pas par la meilleure technique de vaisseau ou de positionnement possible etc. Ce qui fera une différence réelle et ce qui nous permettra de gagner, c&rsquo;est vraiment la question du nombre et donc de comment on fait pour être de plus en plus nombreuses et nombreux à préparer cette échéance-là dans cette optique-là et donc comment on fait pour construire cette campagne dès maintenant et pas uniquement le jour J, avec un club de spécialistes pour le dire un peu vite. Dans l&rsquo;idée, on est à peu près toutes d&rsquo;accord là-dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question, c&rsquo;est comment on fait et par quoi ça passe et c&rsquo;est là où il peut y avoir des débats. Globalement, <strong>l&rsquo;idée c&rsquo;était de construire par en bas donc de mettre en place un maximum de choses qui permettent de convaincre un maximum de personnes de venir au 8 mars en ayant en tête cette volonté de bloquer les fachos et les sionistes</strong>. Par exemple, je milite dans le 18e, à Urgence Palestine et nous avons pris contact avec Nous Toutes Paris Nord, pour organiser un événement commun avant le 8 mars pour préparer cette campagne-là dans notre quartier. C&rsquo;est aussi, par exemple, essayer de s&rsquo;adresser aux syndicalistes et aux sections syndicales pour être un maximum de sections syndicales et syndicalistes qui veulent prendre position pour bloquer les fachos et les sionistes. Donc, voilà, comment on fait pour essayer de faire en sorte que cette stratégie soit partagée massivement ? On cherche aussi, évidemment, à travailler avec Grève Féministe, malgré le fait qu’on puisse avoir des énormes désaccords car nous cherchons à nous adresser, à tous les outils qui nous semblent pertinents pour qu&rsquo;on soit les plus nombreuses et nombreux possible à porter cette stratégie de masse. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceci étant dit, un des sujets que je n’ai pas abordé pendant toute cette discussion et qui me semble quand même important et notamment du point de vue de la stratégie, c&rsquo;est la question du sionisme, des sionistes. Ce qui fait le plus débat sur « qui on vire ? » et « comment on les vire ? » ce sont les sionistes. C&rsquo;est-à-dire que, à la limite, Némésis, sont des fachos identitaires, donc tout le monde est d&rsquo;accord pour dire que ce sont des fachos et qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas leur place dans la manif. Après, quelle stratégie on met en place pour les virer de la manif, c&rsquo;est encore une autre discussion. Mais tout le monde est d&rsquo;accord pour dire qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas leur place dans la manif. Nous Vivrons, c&rsquo;est encore différent et ça démontre la faiblesse des positions de la gauche et du mouvement ouvrier français sur la question de la Palestine et sur la question du sionisme qui se fait ressentir à plein tube sur cet aspect-là. C&rsquo;est tout le temps des bras de fer hyper forts parce que <strong>les directions syndicales sont loin d&rsquo;être au clair sur une position anti-sioniste ferme et de soutien à la Résistance</strong>, ce qui les rend très perméables à des discours pseudo-féministes de sionistes. <strong>Comme si on pouvait être féministe et vouloir tuer toute une partie de l&rsquo;humanité, comme si ça allait ensemble d’être suprémaciste et de vouloir l&rsquo;égalité</strong>. Enfin, il y a un moment où c&rsquo;est contradictoire. Voilà, surtout quand ça reprend toute la propagande de l&rsquo;État sioniste et génocidaire israélien de prétendre des viols de masse qui n&rsquo;ont pas eu lieu le 7 octobre. En fait, il y a eu des viols comme dans toute guerre. Je veux dire qu&rsquo;on vit dans un monde patriarcal, donc lors d’une guerre je n&rsquo;ai aucun mal à croire qu&rsquo;il y ait pu y avoir, à certains moments, des agressions sexuelles et viols le 7 octobre. Par contre, ce n&rsquo;était pas du tout une stratégie, ce n&rsquo;était pas systémique, alors que ça l&rsquo;est dans les prisons coloniales israéliennes, que ça l&rsquo;est, dans l&rsquo;armée israélienne qui viole et agresse sexuellement les hommes et les femmes palestinien·nes, etc. Pour finir sur cette question-là, je pense qu&rsquo;il y a aussi un enjeu à <strong>bien affirmer qu&rsquo;on ne veut pas non plus des sionistes dans nos manifestations, </strong>et de ne pas mettre ça de côté, car c&rsquo;est un enjeu central en termes de position dans le mouvement féministe et dans le mouvement ouvrier plus globalement, aujourd&rsquo;hui, en France. <strong>Pour une solidarité totale aux palestiniens et aux palestiniennes, opposons-nous fermement à tout relais de l&rsquo;état sioniste partout !</strong></p>
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		<title>Point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/reflux-perspectives-mouvement-feministe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 23:03:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fémonationalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Nemesis]]></category>
		<category><![CDATA[NousToutes35]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégie]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un peu moins de 10 ans après Me Too, le mouvement féministe est face à de multiples questionnements : comment mener la grève féministe ? Assiste-t-on à un reflux du mouvement ? Quels enjeux face <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/reflux-perspectives-mouvement-feministe/" title="Point de vue sur les reflux et perspectives du mouvement féministe ">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-light-green-cyan-to-vivid-green-cyan-gradient-background has-background wp-block-paragraph"><em>Un peu moins de 10 ans après Me Too, le mouvement féministe est face à de multiples questionnements : comment mener la grève féministe ? Assiste-t-on à un reflux du mouvement ? Quels enjeux face à la tentative de récupération politique par l&rsquo;extrême droite ? Entretien avec Kim Attimon, militante à Nous Toutes 35 et à A2C. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce que tu as l&rsquo;impression que le mouvement féministe est en reflux en ce moment ?</strong></p>



<p class="has-white-background-color has-background wp-block-paragraph">Je pense qu&rsquo;en effet c&rsquo;est peut-être un moment de reflux du mouvement féministe. Mais du coup, qui dit reflux, dit le préalable d&rsquo;avoir assisté depuis l&rsquo;émergence de MeToo en France en 2018, à une grande vague de mobilisation féministe telle qu&rsquo;on n&rsquo;en avait pas vue depuis plusieurs décennies. Cette quatrième vague, elle s&rsquo;est particulièrement emparée de la question des violences sexuelles. C&rsquo;est ce qui la différencie en partie des précédentes. Et puis, elle a la particularité de venir de pays du Sud comme le Chili et l’Argentine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a plusieurs féministes qui ont théorisé la question des flux et des reflux du mouvement en parlant du fameux « backlash » (retour de bâton) qui illustre la question du rapport de force. S&rsquo;il y a un moment de reflux du mouvement, c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;il y a eu un mouvement extrêmement fort et très organisé ces dernières années qui a imposé un nouveau rapport de force. Une partie du mouvement s&rsquo;est vachement structurée en France, notamment autour de Nous Toutes, qui a poussé sur un certain nombre de mots d&rsquo;ordre, en premier lieu le terme même de VSS, mais aussi la réalité des féminicides ou encore le fait que la culture du viol structure la société. Si ces trois notions nous paraissent évidentes aujourd&rsquo;hui, il y a cinq ans c&rsquo;était loin d’être le cas. En plus de ça, il y a aussi les questions du consentement et du tabou de l&rsquo;inceste : c&rsquo;étaient des choses dont on ne parlait pas du tout il y a encore très peu de temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le mouvement féministe révolutionnaire, il a plutôt poussé sur la question de l&rsquo;articulation oppression-exploitation avec le mot d&rsquo;ordre de la grève féministe, parti des pays du Sud, Argentine et Chili notamment, avec des grèves assez suivies là-bas. Ce mot d&rsquo;ordre a été repris en France, mais avec plus de difficultés à lui donner une existence concrète. Je pense que ça vient aussi raconter une distance certainement plus grande entre les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier et le mouvement féministe en France par rapport à ces pays.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si aujourd&rsquo;hui on est plusieurs à percevoir une espèce de reflux, c&rsquo;est, je pense, en partie un reflux du mouvement féministe réformiste qui est dans un moment de fragilité. Notamment Nous Toutes au national qui cette année n&rsquo;a pas organisé la manifestation du 25 novembre, et semble traverser une période difficile en interne et en externe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aussi des questions de tension dans le mouvement. La direction de NT est poussée à sa gauche sur certaines questions. Avec des résultats parfois pas très concluants de mon point de vue.&nbsp; Je pense par exemple à l&rsquo;année dernière où l&rsquo;appel pour le 25 novembre était contre les violences d&rsquo;État, ce qui a rendu inaudible pour un certain nombre de personnes l’objet de la manifestation à savoir la lutte contre les VSS. Alors que l’objectif de NT depuis le début, c’est un mouvement massif et large. Voilà ce qui peut se produire lorsque des groupes, qui ne représentent pas grand chose, se mettent à pousser pour des arguments qui sont extrêmement minoritaires et souvent moraux … De l’autre côté il y a l’arrière-garde du CNDF et de Grève féministe qui tire sur la droite avec leurs arguments transphobes, anti travail du sexe et islamophobes. Elles non plus ne représentent plus grand-chose en termes de base active mais elles continuent d’avoir des liens historiques avec les syndicats et certains partis. Dans une certaine mesure, ça nous complique la tâche pour construire la grève féministe avec les syndicats sur nos bases pro-choix. En parallèle, le mouvement féministe révolutionnaire et anticapitaliste s&rsquo;est pas mal structuré avec la Coordination féministe, mais avec aussi quelques difficultés. Là, il y a encore beaucoup à fabriquer, en particulier ce fameux lien avec les syndicats pour porter à la fois la question de l&rsquo;oppression et de l&rsquo;exploitation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc le reflux, je pense qu&rsquo;il est multicausal. Mais pour l&rsquo;instant, je n&rsquo;ai pas assez de recul pour savoir vraiment pourquoi c&rsquo;est maintenant. En tout cas, je pense que la fragilité de Nous Toutes, ça a un impact, notamment en termes de visibilité, sur les dates de mobilisations et le contexte plus général doit jouer également.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est quoi l&rsquo;avenir de la grève féministe ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense que <strong><em>pour continuer de construire la grève féministe, il n&rsquo;y a pas le choix que d&rsquo;investir les syndicats</em></strong>. Historiquement, il y a un mouvement féministe autonome très fort en France qui est lié à l&rsquo;histoire du mouvement féministe matérialiste et la deuxième vague. Mais il y a quelque chose à reconstruire pour aller vers la grève féministe, ce qui veut dire aller dans les syndicats et construire cette grève à partir des lieux de travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;autre hypothèse que je fais et que je défends à NT35, c&rsquo;est l’intérêt de construire des groupes de quartier qui organisent notamment de la solidarité matérielle et permettent de construire la fameuse grève du travail reproductif à des échelles plus petites que la ville mais plus grande que la famille. Si on regarde en Argentine ou au Chili la façon dont les grèves ont pris, c&rsquo;est en partie ce qu&rsquo;il s&rsquo;est passé. Pour avoir vécu en Argentine, il y a des dynamiques de solidarité de quartier qui sont extrêmement présentes et qui sont liées au fait qu&rsquo;il y a énormément d&rsquo;économie informelle et beaucoup de moyens de subsistance parallèles au marché capitaliste formel, où la place des liens avec ses voisin.es par exemple est assez centrale. Et dans la capacité à structurer un mouvement et à mettre en grève les gens, quand tu sais que derrière t&rsquo;auras à manger, du soutien sur les tâches auxquelles les femmes sont assignées et contraintes, ça change quand même beaucoup de choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est les deux perspectives que je vois : la réelle implantation dans les milieux de travail pour pouvoir mettre les gens en grève du travail salarié, et travailler l&rsquo;implantation de quartier pour avoir des bases de solidarités autour de nous pour construire la grève du travail reproductif ou plutôt sa mutualisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que, ce qu&rsquo;on essaie d&rsquo;articuler avec la grève féministe&nbsp; c&rsquo;est un niveau de conscience de classe qui est très fort. Et si on arrive à convaincre une frange importante du mouvement, ça peut produire des choses assez incroyables dans la décennie qui vient.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur les tentatives de récupération sionistes et fascistes des mobilisations féministes, quelles sont les luttes qui sont encore à mener ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m&rsquo;attendais à ce qu&rsquo;on soit beaucoup plus divisé.es ces deux dernières années sur la question de Nemesis, et même, plus spécialement sur la question de Nous vivrons. Pour le coup, j&rsquo;ai été assez agréablement surprise des réactions. J&rsquo;ai pas l&rsquo;impression que les arguments sionistes sur le 7 octobre aient pris dans le milieu féministe. Je trouve qu&rsquo;<strong><em>il y a eu un front pro-palestinien qui a pris le devant et a remporté la bataille des arguments</em></strong>. Pour autant, je pense que ça reste le champ de bataille idéologique du féminisme contemporain, la question de l&rsquo;instrumentalisation du féminisme à des fins racistes et à des fins coloniales. C’est pour ça qu’il faut continuer d&rsquo;armer le mouvement pour tenir bon, car les attaques ne vont pas s&rsquo;arrêter. <em><strong>Le féminisme est un outil parfait de la classe dirigeante pour diviser notre classe à partir d&rsquo;enjeux racistes</strong></em>, et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs une tendance qui existe depuis des décennies. Que ça vienne à la fois du féminisme d&rsquo;État à la Marlène Schiappa, ou d&rsquo;une partie du mouvement féministe qui s&rsquo;est tournée vers le réformisme avec une forme d&rsquo;adhésion au moins silencieuse à cette tendance-là, parce que c&rsquo;est un féminisme institutionnel qui vit de subventions mais aussi car une partie de ces groupes ont une conception profondément raciste de l’émancipation des femmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Il y a beaucoup à reconstruire car les mouvements féministes des années 2000 n’ont au mieux pas été à la hauteur des attaques islamophobes ou au pire y ont contribué activement. Il faut faire en sorte que pour toutes les nouvelles générations de féministes qui entrent en action ça devienne inévitable, incontournable d’avoir une approche antiraciste. Que notre féminisme soit un féminisme de classe, qui ne se sent pas proche des bourgeoises blanches racistes et qui argumente dur face aux discours qui disent que le patriarcat aurait une couleur, une origine, une religion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est particulièrement pour ça que je continue de m&rsquo;impliquer dans le mouvement féministe, mais aussi parce que je pense qu&rsquo;il y a plein de grandes choses qui peuvent se passer à partir de ces questions-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais en vrai, je trouve que le bilan est plutôt positif. Comme je disais, il y a toute une partie du mouvement féministe qui s&rsquo;est formée à la question de la libération de la Palestine ces trois dernières années. Il reste encore à passer à l’action dans certains endroits, ça fait partie des choses sur lesquelles progresser. S&rsquo;il y a encore plein de batailles à mener, il y en a certaines qui ont été remportées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kim Attimon, militante à Nous Toutes 35 (A2C Rennes)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci à Val et Solen pour leurs relectures et commentaires&nbsp;</em></p>
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		<title>Le consentement et la lutte contre les violences sexuelles</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-consentement-et-la-lutte-contre-les-violences-sexuelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 22:00:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><br><em>Un spectre très large de mouvements féministes (ou pseudo-féministes) revendiquent l’intégration du consentement dans la définition du viol. Cette revendication, aboutissant à des stratégies différentes voire opposées, ne doit pas être vue comme un terrain neutre mais comme un champ de bataille politique. Ainsi, nous devons questionner la place du consentement dans l’élaboration de nos outils et dans nos stratégies de lutte contre les violences sexuelles (VS) et nous demander si la notion de consentement est suffisante pour lutter contre les VS, dans nos organisations et dans la société. Dans nos cadres d’intervention, des camarades sont parfois suspendus, protégés ou encore dénoncés en public. Face à ces situations, il n’est pas facile de savoir comment réagir. Nous avons donc besoin d’une boussole éthique et politique</em>.</p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Novembre 2025</h6>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="c2a098" data-has-transparency="false" decoding="async" width="692" height="294" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/A2C_RevueN7_GreveFeministe_En-tete-1-jpg-edited.webp" alt="" class="wp-image-10213 not-transparent" style="--dominant-color: #c2a098; width:840px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/A2C_RevueN7_GreveFeministe_En-tete-1-jpg-edited.webp 692w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/A2C_RevueN7_GreveFeministe_En-tete-1-jpg-edited-300x127.webp 300w" sizes="(max-width: 692px) 100vw, 692px" /></figure>



<h1 class="wp-block-heading">LE CONSENTEMENT : ÉTAT DES LIEUX</h1>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le fondement de la légitimité des rapports sexuels</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le consentement est l’acquiescement donné à un projet ou un acte. Il s’applique dans beaucoup de domaines du droit, comme en droit de la famille où l’on consent à un mariage. L’énonciation de cette notion dans la loi montre que ce n’est pas une évidence. Le consentement a besoin d’être légiféré. Mais qu’en est-il dans le domaine des violences sexuelles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, nous sommes dans une période de changement de la définition légale des VS. Depuis 1980, elle est basée sur la notion de « contrainte ». Une VS est défini comme un acte sexuel imposé par la violence, la menace ou la surprise. Le consentement n’était pas évoqué. Depuis quelques années, des agences de l’ONU préconisent une approche des VS basée sur l’absence de consentement. Des États l’ont alors intégré à leurs lois comme l’Allemagne (2016), la Suède (2018), l’Espagne (2022).</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">Depuis 2023, un débat existe en France à ce sujet. Les mouvements féministes appellent à une réforme du droit pénal pour reconnaître tout acte sexuel sans consentement comme une violence. Depuis octobre 2025, la France a inscrit ce principe dans la loi sur la caractérisation des VS.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>L’absence de consentement pour caractériser les VS semble évidente, mais l’utilisation de cette notion n’a pas toujours abouti aux mêmes stratégies politiques contre le patriarcat.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Clara Serra, philosophe et essayiste espagnole, expose deux tendances ayant émergé de ce point de départ.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le consentement impossible</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La première tendance est celle du féminisme de la domination, qui s’appuie sur le féminisme matérialiste. Ici, le patriarcat est compris comme un système social et historique d’oppression des femmes par les hommes, qui s’appuie sur des structures matérielles, économiques et sociales. Cette structure sert alors le pouvoir d’un groupe (les hommes) au détriment d’un autre (les femmes). Elle organise l’ensemble des rapports entre ces groupes (le mariage, le travail ménager ou encore la sexualité). Dans ces conditions, consentir devient impossible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première stratégie qui découle de cette idée est le séparatisme. Puisqu’il ne peut pas y avoir de sexualité consentie sous le patriarcat, et donc dans les relations hétérosexuelles, le choix de la séparation s’impose pour se libérer des VS. Cela amène au lesbianisme politique, aux communautés de femmes, et à l’organisation politique en non-mixité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième stratégie est l’élaboration d’un appareil législatif prohibitionniste et anti-sexe. Aux États-Unis, Andrea Dworkin et Elisabeth McKinnon ont déduit que le sexe est violence et donc que la sexualité est un danger pour les femmes. La pornographie et le travail du sexe (TDS) en deviennent les symboles ultimes. Pour protéger les femmes, elles se sont tournées vers l’État pour mettre en place des politiques prohibitionnistes (lois anti-avortement et anti-pornographie notamment). Cette politique a eu pour conséquences le harcèlement policier des TDS, des lieux gays, lesbiens et trans, l’absence de prise en compte des débuts de l’épidémie de VIH et la mise en place de programmes éducatifs basés sur l’abstinence avant le mariage.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le consentement comme horizon souhaitable</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre tendance est celle du néolibéralisme sexuel, selon laquelle « seul un oui est un oui ». Dans cette perspective, il est nécessaire de s’examiner, de regarder son désir, le comprendre, le verbaliser pour dire oui et contractualiser un accord. Sur ce terrain consenti contractualisé, il n’y a plus de risques de violences sexuelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La différence avec la première théorie est que la sexualité n’est pas forcément perçue comme une violence. Pour distinguer une violence d’une sexualité consentie, notre désir et notre capacité à l’exprimer ou non sont centraux. Aussi, dans la première tendance, la gestion des VS est déléguée à l’ État alors que la deuxième amène à des devoirs individuels : des hommes, on exige qu’ils demandent et des femmes, qu’elles sachent répondre. Cette vision du consentement est celle du capitalisme qui nous enjoint à être libres en trouvant nous-mêmes les conditions de notre liberté, sans nous en donner la possibilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Clara Serra nous dit que les deux théories coexistent. L’intégration dans les législations d’une définition positive du consentement mène à des lois plus répressives tout en demandant à chaque individu de se responsabiliser seul.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Évidemment, l’idée de consentement reste essentielle, mais elle est insuffisante. Il est nécessaire de contextualiser les conditions</em> <em>du consentement pour savoir si la capacité à consentir existe ou non.</em></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, cette capacité et les violences sexuelles existent dans le contexte du patriarcat. Celui-ci est un outil essentiel au capitalisme car il assure la reproduction de la force de travail. Les VS, normalisées et naturalisées par la culture du viol, y sont un outil de domination et de maintien de l’ordre social.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="949494" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #949494;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="579" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-1100x579.webp" alt="" class="wp-image-10209 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-1100x579.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-300x158.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600-768x404.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/4c5917e6bde1b39454f8f607fc42718cdc-sex-wars-roundtable.2x.rsocial.w600.webp 1200w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<h1 class="wp-block-heading has-text-align-left">LE SEXE COMME VIOLENCE OU LA CONQUÊTE DU DÉSIR</h1>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les Feminist Sex Wars</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les <em>Feminist Sex Wars</em> désignent les conflits autour du sujet de la sexualité entre plusieurs mouvements féministes. Elles débutent dans les années 80 aux États-Unis, au moment où sont votées les lois réactionnaires de Reagan. Ces controverses se cristallisent, en surface, sur la question de la pornographie. En réalité, « [elles sont] un combat pour savoir qui a le droit de définir la sexualité féminine » : l’État ou les personnes elles-mêmes ? Elles nous donnent un éclairage sur la manière dont nous pouvons aborder la question des VS et la sexualité plus largement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des camps des <em>Sex Wars</em> est celui des féministes dites radicales. Elles considèrent que la pornographie, le BDSM ou les relations butch-fem reproduisent la domination masculine et perpétuent les violences, même si elles semblent consenties. Cette idée aboutit à la stratégie d’un État qui promeut des lois anti-sexe. L’autre camp, celui des pro-sexe, lié aux luttes queers et à la défense des TDS, pense que le mouvement féministe doit s’engager contre la répression sexuelle. Il propose d’aller à la conquête du plaisir, par la libération du désir, une dépénalisation des fantasmes et la possibilité de jouer avec les codes du genre. Ce courant conçoit le consentement comme un critère libérateur permettant la distinction entre sexualité et violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’inspirer des « pro-sexe » pour bâtir nos boussoles paraît intéressant, tout en conservant deux vigilances :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Des héritier·es de ce courant (comme Foucault, Hocquenghem, De Beauvoir) ont poussé si loin l’exploration de cette liberté qu’ils ont encouragé les violences sexuelles faites aux enfants.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ce courant peut amener à des stratégies qui imaginent que ce sont nos pratiques individuelles de dissidences et de subversions qui vont mettre en danger le système (dominantes dans les pensées queers).</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La conquête du désir dans un contexte de backlash ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que la stratégie pro-sexe nous semble pertinente, il est important de rappeler que nous sommes actuellement dans une période de backlash, où les droits et les libertés gagnées autour de la sexualité sont en recul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En témoigne la polémique, en France, autour de la loi EVARS (le programme d’éducation à la vie affective et sexuelle de l’Éducation nationale). Ce programme paraît une bonne piste pour garantir de meilleures conditions pour consentir ou non, et il fait l’objet d’une lutte acharnée de la part des milieux conservateurs et des fascistes. Au niveau institutionnel, le RN a déposé en avril 2025 une proposition de loi alternative qui remet la naturalisation de la famille hétérosexuelle et la biologisation du genre au centre de la société, tout en reconnaissant la nécessité de protéger les femmes des violences. Cette lutte s’articule aussi par une mise en mouvement. Début mars 2025, une grève de l’absentéisme, appelée par des groupes de parents type Syndicat de la Famille, héritiers de la Manif pour Tous et liés au RN et à Reconquête, a été assez suivie, vidant en partie des classes de leurs élèves.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, au Royaume-Uni, la Cour Suprême a acté que les femmes sont définies par leur biologie. L’attaque anti-trans est évidente, mais cet événement est à replacer dans le contexte de menace de guerre actuel. En France, Macron a appelé au « réarmement démographique », et dans tous les États impérialistes, des politiques de natalité sont ou vont être mises en place. Or, pour que la natalité redémarre, tout le monde doit être ramené sur le chemin de l’hétérosexualité. Cette contrainte repose sur la généralisation des violences sexuelles, notamment envers les personnes LGBT+.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, la notion de consentement ne semble pas suffisante pour lutter contre les VS. Elle peut même parfois être dangereuse, selon par qui et au service de quoi elle est utilisée. Mais alors comment organiser efficacement la lutte contre les VS ?</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-dominant-color="84848f" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #84848f;" loading="lazy" decoding="async" width="1600" height="900" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe.webp" alt="" class="wp-image-10212 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe.webp 1600w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-300x169.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-1100x619.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-768x432.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-678x381.webp 678w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/manifesation-feministe-1320x743.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></figure>



<h1 class="wp-block-heading">LUTTER CONTRE LES VS AU-DELÀ DE L’IDÉE DU CONSENTEMENT</h1>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Lutter contre un système</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un premier temps, nous n’avons pas d’autre choix que de lutter contre tout le système qui produit les VS : le patriarcat et le capitalisme. Cependant, la conséquence ne doit pas être de se satisfaire d’un investissement dans son syndicat. Nous devons considérer le sexisme, au sein de nos organisations, comme un des fronts de la lutte des classes. Cela, à la fois parce que le féminisme politise et organise massivement, mais aussi parce qu’une partie des attaques les plus virulentes contre notre classe se fait sur le front du sexisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est donc essentiel de prendre au sérieux le mouvement féministe pour gagner des arguments. Nous devons aussi continuer à voir la mobilisation du 8 mars comme une possibilité d’organisation de notre classe.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Que faire des personnes ayant commis des violences ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Une de nos idées de base est de refuser de clamer « pas d’agresseurs dans nos rangs », tout simplement car nous ne croyons pas à cette possibilité, sous les conditions actuelles.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Nous ne sommes pas en mesure de créer une micro-société dans laquelle nous aurions supprimé toutes les violences, car nous en sommes tous et toutes capables.</em></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Mais alors qu’attendons-nous de nous qui produisons ces violences (même sans le vouloir) ? De suivre ce qui est demandé dans le cadre du protocole que nous avons élaboré pour montrer patte blanche ? Est-ce que ça serait la garantie de ne pas recommencer ? Ou souhaitons-nous plutôt une transformation profonde de la société ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme nous, féministes révolutionnaires, pensons que le patriarcat ne profite pas à « une classe d’hommes » mais plutôt à la société capitaliste, nous proposons de sortir le désir du champ de la violence pour qu’il devienne un terrain d’expérimentation et de libération pour tout le monde. Nous pensons que tout le monde peut changer, en profondeur, et en parallèle d’un changement des conditions matérielles conditionnant nos actions. Ainsi, arrêter de faire subir des violences sexuelles, ce n’est pas perdre quelque chose mais plutôt gagner des formes d’interaction non basées sur la violence.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les personnes ayant subi des violences</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il est essentiel de reconsidérer la place totalisante de victime dans laquelle les personnes qui subissent des violences sont placées. Considérer ces personnes comme étant dotées de désir, dans toutes ses contradictions, c’est leur redonner du pouvoir. Cela permet de discuter avec nos camarades et d’exprimer des désaccords sur la gestion des situations de violences sans sacraliser « la parole de la victime ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, cela permet de rester fidèle à l’idée que même si notre classe subit des violences, c’est en elle que réside les possibilités de son émancipation. Alors, on doit garder comme principe premier de donner les conditions nécessaires à nos camarades ayant subi des VS pour pouvoir continuer à militer, parce que c’est grâce à chacun·e d’entre nous que nous pourrons lutter contre le système qui produit ces violences.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">MARIA MARTIN (RENNES)</p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center"><strong>À ÉCOUTER</strong></h2>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"> GRÈVE FÉMINISTE, GRÈVE DU TRAVAIL REPRODUCTIF OU GRÈVE DE LA PRODUCTION ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette introduction nous essayons de revenir sur la construction du 8 mars comme date de grève féministe. Si le mouvement féministe a réussi à imposer ce mot d’ordre à l’international, il est difficile de savoir comment elle se construit effectivement. La grève est parfois agitée comme une revendication sans que le mouvement la construise activement par en bas, dans leurs syndicat et leur quartier. Nous avons décider de revenir sur ce qu’est une grève féministe. Est-ce qu’il s’agit d’une grève des femmes ? D’une grève du secteur reproductif ? Ou bien d’une grève générale féministe qui dessine la possibilité d’une autre organisation de toute la société ? </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/le-consentement-et-la-lutte-contre-les-violences-sexuelles/">Le consentement et la lutte contre les violences sexuelles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Solen Rennes]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 20:35:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[biphobie]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[homophobie]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[natalisme]]></category>
		<category><![CDATA[natalité]]></category>
		<category><![CDATA[queer]]></category>
		<category><![CDATA[reproduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=10202</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</div>
<p> <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/" title="Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille">[...]</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/homophobie-biphobie-un-combat-capitalisme-famille/">Homophobie, biphobie : un combat contre le capitalisme et la famille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">Après avoir publié dans <em>Les Cahiers d&rsquo;A2C</em> #16 (mars 2025) un article intitulé <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/bi-pan-queer-fier-e-s-et-en-colere/"><em>Bi, pan, queer, fier·e·s et en colère :&nbsp;Quelles perspectives de libération pour les bisexualités ?</em></a>, voici un deuxième article poursuivant la réflexion sur l&rsquo;homophobie et la biphobie en l&rsquo;articulant avec le rôle de la famille, abordé également dans l&rsquo;article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/doit-on-abolir-la-famille/"><em>Doit-on abolir la famille ?</em></a>, également présent dans les Cahiers #16.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est courant de parler de matérialisme dans les groupes queers, mais souvent au sens de “tangible” ou “réel”. Ces usages n’ont pas grand-chose à voir avec le matérialisme historique, une approche qui dit qu’il est impossible de détacher les idées des conditions dans lesquelles elles émergent. Pour les marxistes, ce ne sont pas les sociétés humaines qui sont dessinées par les idées qui y sont majoritaires : au contraire, pour comprendre la prévalence d’une idée, comme l’homophobie, la biphobie, ou même l’homo/bisexualité elle-même, il faut regarder dans quels contextes sociaux et économiques cette idée émerge. Comprendre son lien avec le système économique qui surdétermine tous les rapports sociaux, le capitalisme, et ses transformations.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #19 &#8211; Novembre 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le capitalisme a créé l’homophobie et les gays en même temps</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">A l’échelle de l’humanité, les identités sexuelles sont très récentes, inventées seulement au cours du XIXème siècle. L’historien marxiste D’Emilio propose en 1983 une explication matérialiste de la naissance de l’homophobie et des catégories de sexualité. Il nous dit que les LGBT+ n’ont pas toujours existé, mais que nous sommes un produit de l’histoire, notamment un produit du capitalisme, un système de production organisé autour du travail salarié. <strong>Jusqu’au milieu du XIXème siècle, c’est la famille qui était l’unité de production principale et essentielle à la vie de l’ensemble de la population.</strong> C’était dans ce cadre que ses membres, surtout les femmes, produisent les aliments, les vêtements, et tous les autres biens de consommation. Personne ne pouvait survivre sans famille, et la survie de chaque personne dépendait de la coopération de tous, dont les enfants. On trouve des sources historiques qui montrent que des individus ont des comportements homosexuels, y compris réguliers, et que certaines personnes ont su reconnaitre en elles-mêmes une attirance plus forte pour le même sexe. En revanche, il était impossible de faire de ces désirs un mode de vie. </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized is-style-default"><img data-dominant-color="9e877b" data-has-transparency="false" decoding="async" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Capitalismo-e-identitade-gay.webp" alt="Paul Cadmus, The Fleet’s In!, 1934" class="wp-image-10203 not-transparent" style="--dominant-color: #9e877b; width:840px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption">Paul Cadmus, <em>The Fleet’s In!, </em>1934</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est-ce qui a changé ? Le capitalisme, sous la forme du travail libre. Les hommes et les femmes ont quitté les zones rurales pour émigrer vers les grandes villes, pour trouver du travail dans des entreprises plus grandes. Bien sûr, la famille n’a pas disparu : les femmes continuent de cuisiner ou fabriquer des vêtements. Elle a cependant perdu son caractère autosuffisant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille, surtout au sein des classes moyennes, ne produit bientôt plus des biens, mais du bonheur : c’est dans la famille qu’on retrouve les relations épanouissantes, avec ses enfants ou son époux·se. Avec le travail salarié, la procréation perd son importance, et les taux de natalité chutent. A ce moment, la sexualité entre époux est libérée de l’unique but de pro- création, et commence à laisser plus de place au désir et au plaisir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour stabiliser les comportements sexuels dans des identités, il a fallu la psychiatrie. Les médecins se sont emparés de la question de la sexualité et de la déviance, et ont stigmatisé l’homosexualité, l’érigeant par là comme une identité à part entière. Une personne qui avait des comportements homosexuels est devenue un homosexuel (« inverti »), et son corollaire l’hétérosexuel a été créé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, l’État a largement contribué à cette naturalisation de l’identité : par le biais de la colonisation déjà, puisque l’État étudiait les sexualités déviantes, pour contrôler la reproduction sexuelle et pour limiter le métissage des populations. L’enjeu, pour l’État, de contrôler la sexualité est d’abord nataliste : comment assurer une natalité nécessaire à la reproduction générationnelle et à la poursuite de l’accumulation ? Ainsi que l’enjeu de la prise en charge des enfants et de la division genrée du travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idéologies religieuses et familiales ont largement contribué à celle de l’État au XXème siècle, pour assigner les femmes au travail de soin, domestique et de reproduction. Ainsi, le régime fiscal et les droits sociaux sont construits autour de la situation conjugale et de la famille hétérosexuelle. Pendant ce temps, la justice et la police répriment les sexualités déviantes, notamment avant et pendant le régime de Vichy qui instaure des majorités sexuelles à 21 ans pour les relations homosexuelles, ce qui permet, sous couvert de protection des mineurs, de réprimer l’homosexualité. A partir de là, tout manquement constitue un risque pour l’accès au travail, au logement et à la stabilité familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc on a là une contradiction de taille : le capitalisme a créé à la fois les conditions d’existence de l’homosexualité, et l’homophobie. Homophobie qui a d’ailleurs aussi propulsé le mouvement LGBT, qui se mobilise principalement pour les droits, contre la répression et la criminalisation, et est devenu par-là de plus en plus visible et a gagné en force et en structuration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La biphobie, elle, est l’invisibilité structurelle et historique de la bisexualité, qui se transforme en panique anti-bisexualité qui émerge quand les bi+ sortent de l’ombre. Elle vient surtout du besoin pour l’État et la psychiatrie d’une figure déviante nette pour stabiliser les orientations sexuelles homo et hétéro, alors que la bisexualité est une zone floue. Il s’agissait de stigmatiser sans se laisser contaminer. Les mouvements homosexuels, ainsi que l’épidémie du Sida, ont aussi pu renforcer ces frontières. La biphobie est donc le produit d’une série d’effacements, d’exclusions, de choix stratégiques. Inséparable, à toutes les étapes, de l’homophobie et donc de la famille et son lien contradictoire avec le capitalisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Famille et capitalisme : fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le capitalisme a une relation contradictoire avec la famille : elle garde une place importante car il faut toujours faire et éduquer des enfants, des tâches nécessaires au capitalisme mais que celui-ci n’a pas pu ou voulu socialiser. Pourtant, elle a perdu toute raison matérielle d’exister, puisque chacun peut vivre de manière indépendante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc à quoi sert l’homophobie ? À transformer les LGBT en boucs émissaires de l’instabilité sociale qui va avec la destruction progressive de la famille : on nous accuse de corrompre les enfants, d’être des p*dophiles, de détruire la famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La place que prend la famille dépend des possibilités de socialisation du travail reproductif : qui va éduquer les enfants, qui va s’occuper de faire à manger&#8230; Plus les tâches sont socialisées (écoles, crèches, hôpital, cantine&#8230;), plus la famille perd de son importance matérielle, et les possibilités de vivre sans, de vivre son homo-/bisexualité augmentent. En revanche, quand le capitalisme entre en crise, il se replie sur la famille : les tâches autrefois socialisées sont délaissées, et nous sommes des bons boucs émissaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce qui se passe actuellement : avec un taux de profit historiquement bas, une croissance quasi-nulle, le vieillissement de la population et la panique raciste contre l’immigration, l’augmentation des tensions inter-impérialistes et la perspective de la guerre, le natalisme apparaît pour nos classes dirigeantes comme une nécessité nationale. Macron parle donc de réarmement démographique, ce qui traduit ce besoin du capitalisme d’un repli sur la famille comme institution idéologique et de reproduction sociale.<br>La place de la famille, si elle dépend en grande partie des concessions que les dirigeant·e·s sont prêt·e·s à faire dans une période de prospérité ou de crise, dépend aussi du rapport de force que nous instaurons, par les luttes sociales et féministes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stratégie : le but et le chemin</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous devons <strong>abolir la famille telle qu’elle existe</strong>, parce que c’est sa centralité dans le travail reproductif et la production du bonheur qui est historiquement à la source de l’homophobie, puis de la biphobie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Étape 1 : la famille joue un rôle productif et reproductif <strong>&gt; </strong>l’homophobie structurelle n’existe pas car l’homosexualité est impensable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Étape 2 : la famille perd son rôle productif et garde la reproduction et le bonheur <strong>&gt; </strong>l’homophobie est créée contre les déviances naissantes</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Étape 3 (à construire) : la famille n’existe plus, c’est la société tout entière qui prend collectivement en charge le bonheur et le travail productif et reproductif <strong>&gt; </strong>plus rien ne bloque matériellement la lutte contre l’homophobie et la biphobie. Cette étape a été entrevue au cours de la révolution russe, au cours de laquelle des institutions sociales sont créées pour prendre en charge collectivement l’éducation, le <em>care</em>, les tâches domestiques, ce qui a radicalement bouleversé les rapports de genre et de sexualité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, l’affaiblissement voire l’abolition de la famille n’est pas un raccourci qui fait disparaître les LGBTphobies par magie, du fait du poids de l’idéologie. Mais elle est la condition matérielle nécessaire pour que la lutte contre l’homophobie et la biphobie ne soient plus qu’une lutte contre des stéréotypes, des attitudes, des fétichisations et des violences. Et non une lutte face à un système qui se fonde sur notre oppression pour se stabiliser.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="6c7468" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #6c7468;" loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp" alt="" class="wp-image-10206 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-1024x1024.webp 1024w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-300x300.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-150x150.webp 150w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front-768x768.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/Gay-Liberation-Front.webp 1080w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a deux stratégies nécessaires, qui s’ajoutent au travail déjà fait aujourd’hui de lutte contre des stéréotypes, qui s’attaquent au système en lui-même et qui nous permettront de gagner.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est de lutter pour tout ce qui renforce notre autonomie vis-à-vis de la famille. Il s’agit donc de luttes sociales, collectives et de classe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Luttes pour l’autonomie de nos corps : un avortement libre, gratuit et safe, contre les stérilisations forcées, les violences sexuelles et domestiques&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Affaiblissement de l’importance de la famille : facilitation du divorce, extension des avantages matériels, fiscaux aujourd’hui réservés aux familles&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Prise en charge collectives des tâches de reproduction : crèches, cantines, école gratuite pour tous·tes, lieux de vie collectifs &#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Renforcement de l’autonomie personnelle : hausse des salaires, aides sociales, services sociaux en tous genres, logements décents et abordables&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Égalité des droits, en droit et en pratique : mêmes droits pour les couples hétéros et les couples homos, lutte contre l’homophobie, fin de la mention du genre, possibilités de vie égales à celles des hétéros, lutte contre la transphobie.<br>Les modes d’actions sont ceux du mouvement social : l’organisation collective, les manifs, la grève, l’occupation&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La deuxième stratégie</strong>, c’est de créer les communautés qui remplaceront la famille. Quand le capitalisme détruit la famille traditionnelle, il le fait en laissant sur le côté celles et ceux dont la famille capitaliste ne veut pas, notamment les queers. Il ne s’agit pas d’être tous·tes autonomes et isolé·e·s, mais au contraire de produire d’autres manières d’être heureux·ses, qui ne reposent pas sur la famille traditionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Faire famille autrement : développer les réseaux de solidarité en tous genres. Pour cela, les groupes communautaires queers peuvent être un début, mais ne suffiront pas, car nous avons besoin d’espaces sans homophobie plutôt que d’espaces sans hétéros.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• Faire front contre toutes les oppressions : la question du racisme est centrale, dans une période où la crise du capitalisme accentue l’exploitation des personnes racisées et/ou sans papiers, et où le danger fasciste vise principalement ces groupes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-dominant-color="a19788" data-has-transparency="false" style="--dominant-color: #a19788;" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="660" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp" alt="" class="wp-image-10205 not-transparent" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-1100x660.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-300x180.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride-768x461.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/11/pride.webp 1200w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ces luttes sont-elles des luttes de classe ? Parce que nous nous attaquons directement au capitalisme et aux classes dirigeantes, qui ont tout intérêt à la poursuite de notre oppression. Mais aussi parce que nous avons besoin d’une autonomie de notre classe : plutôt que plus de police, organisons l’autodéfense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité, si les luttes sociales, collectives, féministes et antiracistes permettront de gagner un rapport de force nécessaire à la lutte contre les oppressions, on ne peut envisager la libération de tous·tes qu’au travers de perspectives révolutionnaires qui aboutiraient à la construction d’une autre société, socialiste, fondée sur les besoins de chacun·e au lieu des profits de la classe dirigeante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>VICTOR MICHEL (BREST)</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article en format brochure à télécharger et partager </p>



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		<item>
		<title>Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-sur-le-7-et-8-mars-vers-la-construction-dun-front-feministe-antisioniste-et-antifasciste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 15:39:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[feminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israel]]></category>
		<category><![CDATA[Nemesis]]></category>
		<category><![CDATA[Nous vivrons]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcat]]></category>
		<category><![CDATA[Retour militants]]></category>
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					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Un plan de bataille construit progressivement pour exclure les collectifs sioniste et fasciste de nos manifs. Les Cahiers d&#8217;A2C #17 &#8211; juin 2025 A l’origine de l’initiative : la participation de deux collectifs &#8211; Nemesis fasciste <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/retour-sur-le-7-et-8-mars-vers-la-construction-dun-front-feministe-antisioniste-et-antifasciste/" title="Retour sur le 7 et 8 mars : vers la construction d’un front féministe antisioniste et antifasciste ?">[...]</a></div>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Un plan de bataille construit progressivement pour exclure les collectifs sioniste et fasciste de nos manifs.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #17 &#8211; juin 2025</h6>



<p class="wp-block-paragraph">A l’origine de l’initiative : la participation de deux collectifs &#8211; Nemesis fasciste et Nous Vivrons, organisation sioniste &#8211; à la manifestation féministe du 23 novembre à Paris. Ils ont pu défiler sur tout le trajet sans réaction unitaire de la part de la manifestation. Seule une trentaine de personnes sont allées voir les cortèges pour alerter, et ont essayé de scander des slogans à leur passage place de la République</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela a fait prendre conscience à de nombreux·ses militant·es de l’urgence à agir pour ne plus que cela se reproduise, notamment lors de l’échéance féministe suivante&nbsp;: le 8 mars. L’année précédente, la majorité des organisations avait accepté la participation de Nous Vivrons. Il y a donc eu au départ des hésitations&nbsp;: faut-il boycotter la manif&nbsp;? organiser une action&nbsp;? s’adresser aux organisations qui préparent la manifestation du 8 mars&nbsp;? C’est ce dernier choix qui va être fait. C’est à partir de militantes impliquées dans Urgence Palestine et Samidoun que, fin janvier, on décide de monter un groupe de travail pour préparer cette échéance avec l’objectif de faire que Nemesis et Nous Vivrons ne soient pas dans la manif.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça nous paraissait important de casser la légitimité que ces organisations se construisaient en étant acceptées dans nos manif. Par exemple, Nemesis, interrogée à la BBC pour parler du procès Pelicot en tant qu’organisation féministe, s’est appuyée sur sa participation à la manifestation du 23 novembre. Cela traduit leur stratégie, qui est de vouloir prendre l’hégémonie sur le mouvement. La riposte à ce groupe fasciste <em>pouvait </em>être immédiate, dans le sens où on s’attendait à ce qu’il participe à la manifestation du 8 mars. Elle <em>devait </em>être immédiate, car les laisser manifester à nouveau allait nous affaiblir durablement dans le combat contre le développement du fascisme. Et elle <em>pouvait</em> également être massive, puisqu’une telle manifestation rassemble des dizaines de milliers de personnes. <strong>Notre intention était donc de convaincre le plus largement possible pour que la riposte antifasciste et antisioniste soit massive.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment a-t-on procédé ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Notre intention était de s’adresser à toutes les organisations qui participent au 8 mars </strong>(pas seulement les organisations féministes), <strong>mais au-delà, à toutes les personnes susceptibles d’être présentes à la manifestation.&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela a donné lieu à deux textes&nbsp;discutés collectivement : un appel et un argumentaire. Le premier, l’appel «&nbsp;Le 8 mars on arrête tout, surtout les fascistes et les sionistes&nbsp;!&nbsp;», ne cherchait pas à attaquer les organisations féministes mais à les pousser à se positionner pour la manif à venir. Il a permis d’aller discuter et de regrouper les forces qui étaient d’accord sur l’importance de le faire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a écrit un argumentaire collectivement, pour nous donner de la force, aller chercher à convaincre chaque organisation et provoquer des discussions en leur sein. On a ouvert notre texte à signature pour concrétiser notre démarche. On s’est adressées à toutes les organisations, pas seulement à celles qui nous paraissaient les plus proches. Le fait d’être des militantes féministes sans être impliquées directement dans un cadre féministe a pu nous être reproché, mais cela constituait aussi l’avantage de nous mettre à distance des débats internes au mouvement féministe, que l’on a découvert très divisé et avec de fortes animosités.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La stratégie proposée repose sur l’objectif que chaque organisation s’engage dans le refus de la participation de Nemesis et Nous Vivrons</strong>, et que cela se concrétise de façon visible lors de la manifestation. On a donc proposé que les organisations arrêtent leur cortège – empêchant ainsi la manifestation de démarrer – tant que les 2 groupes seraient présents. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En menant les discussions, on s’est rendues compte qu’on n’était pas les seules à réfléchir à avoir une réaction, cette préoccupation était largement posée au sein du mouvement féministe qui est confronté depuis des années à des débats sur la place des luttes antiracistes et anticolonialiste dans le féminisme. Par contre, on s’est rendues compte également que la réponse dominante était purement technique, avec l’idée de mandater un service d’ordre dédié. Et en rendant notre appel public, pour en faire un enjeu politique pour tous·tes les manifestant.es, il nous a ainsi été reproché de faire de la pub à Nemesis et Nous Vivrons qui n’avaient pas encore annoncé leur participation, d’invisibiliser les revendications féministes, de mettre en danger les participant·es, de briser l’unité des organisations, de proposer une riposte collective impossible à mettre en œuvre. Bref, de proposer une stratégie contradictoire avec celle qui se dessinait au départ. Cela révélait en fait la difficulté du cadre unitaire à assumer ce positionnement. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les attaques parfois assez dures contre nous, on a réussi à faire que ce texte soit diffusé partout, en persévérant dans la démarche d’aller dans tous les cadres de discussion liés à la préparation de la manifestation. Certains collectifs ont organisé des réunions alternatives pour préparer la réaction à la présence des sionistes et des fascistes. Nous y sommes également allées, mais en gardant la volonté de nous adresser à l’ensemble du cadre organisateur.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le jour J</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a eu beaucoup de couacs d’organisation qui méritent d’être discutés, des échanges chaotiques et les désaccords en amont sont réapparus faute de cohésion suffisante, mais le bilan est extrêmement positif. Le SO unitaire a bloqué l’entrée de la Place de la République à Nemesis et Nous Vivrons, le temps que tous les cortèges s’engagent. Puis, pendant plus de 5h, la majorité des cortèges était à l’arrêt puisque la police a permis que Nemesis et Nous Vivrons s’engagent sur la place. A l’arrière, des lignes de militant·.es de différentes organisations et de différentes mouvances politiques se sont constituées pour tenir à distance les cortèges et faire face aux charges de la police. Cela représentait sans doute des milliers de personnes au début. Les cortèges présents en tête de la manifestation, ceux des organisations féministes signataires de l’appel du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), sont les premiers à avoir mis fin à cette action coordonnée. Et la communication à l’ensemble des manifestant·es de la situation a été une préoccupation qui n’a pas suffisamment été prise en charge. Enfin, la communication post-manifestation de certaines organisations mentionnent uniquement Nemesis, montrant la difficulté à assumer d’avoir également exclu nous Vivrons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La manifestation du 7 mars, organisée notamment par l’AG féministe Paris-Banlieue, a joué un rôle très important. C’est le collectif féministe qui a été le plus réceptif à notre appel. Il nous a proposé de construire la manifestation du 7 mars ensemble, autour de mots d’ordre antiracistes et anticolonialistes&nbsp;. Nous avons repris cette proposition en faisant connaître cette manifestation et en organisant un cortège autour des femmes résistantes palestiniennes. Les réactions n’ont pas tardé&nbsp;: attaques sur les réseaux sociaux, sionistes et fascistes transformés en lanceurs d’alerte qui interpellent l’État, Nunez &#8211; le Préfet de Paris &#8211; qui exige des organisatrices de se désolidariser d’Urgence Palestine et Samidoun pour autoriser la manifestation, manifestation interdite, référé libertés devant le tribunal administratif, manifestation autorisée 25 minutes avant&nbsp;! Les organisatrices de la manifestation ne se sont jamais désolidarisées d’Urgence Palestine ou Samidoun. Nunez a présenté la manifestation du 7 mars comme une préparation du 8 mars, une convergence des luttes féministes et anticolonialistes pour virer les fémonationalistes. De notre côté, nous sommes allées demander à toutes les organisations présentes à la manifestation du lendemain de nous soutenir face à l’interdiction, ce qui a contribué à poursuivre les discussions sur la situation politique et la nécessité de faire front. <strong>130 organisations et personnalités ont alors signé un communiqué qui reprend les arguments du texte du 8 mars</strong>.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles suites ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Première étape dans la construction d’un front féministe antisioniste, le travail est encore long pour s’opposer à ces groupes, pour affirmer des positions résolument antisionistes et anticolonialistes dans le mouvement féministe. Mais d’ores et déjà, des collectifs se sont donnés rendez-vous pour préparer ensemble la manifestation du 23 novembre.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Des militantes d’a2c Paris et d’Urgence Palestine</h5>
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		<title>Offensive anti-trans : Comment bâtir la riposte ? </title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/offensive-anti-trans-comment-batir-la-riposte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 13:23:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[LGBTQI]]></category>
		<category><![CDATA[Trans]]></category>
		<category><![CDATA[Transidentité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9466</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">L’offensive anti-trans en cours à l’internationale est indéniable&#160;: lois interdisant les bloqueurs de puberté votée par le Sénat en France, portée par le Labour Party au Royaume-Uni, multiplication des décrets anti-trans en quelques jours par <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/offensive-anti-trans-comment-batir-la-riposte/" title="Offensive anti-trans : Comment bâtir la riposte ? ">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>L’offensive anti-trans en cours à l’internationale est indéniable&nbsp;: lois interdisant les bloqueurs de puberté votée par le Sénat en France, portée par le Labour Party au Royaume-Uni, multiplication des décrets anti-trans en quelques jours par le gouvernement Trump, criminalisation des transitions en Russie…</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les personnes trans apparaissent comme l’une des franges les plus ciblées de notre classe. En tant que révolutionnaires, on se doit de bâtir une réponse à la hauteur.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Si le but de cet article est stratégique, il fait des détours théoriques, pas pour le plaisir d’avoir raison, mais pour examiner sincèrement ce qui structure les vies trans, et ainsi penser des stratégies qui peuvent gagner.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Différencier le sexe biologique du genre social</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une contradiction majoritaire qui anime les débats sur le genre et fait apparaître 2 pôles qui s’affrontent, le premier est progressiste et cherche à défendre les personnes trans, le second, réactionnaire, a pour but de diminuer toujours plus leurs droits, voire de les faire disparaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la plupart des associations LGBTQI ou féministes, dans une partie de la gauche institutionnelle (celle qui considère que les conditions des personnes trans sont un sujet), mais aussi dans la majorité des milieux queers même les plus radicaux, une idée domine. «&nbsp;Les personnes trans sont les personnes qui vivent ou qui souhaitent vivre dans un genre différent de celui qui leur a été assigné à leur naissance. La transition de genre est un long processus qui permet à une personne de s’affirmer dans le genre auquel elle s’identifie et dans lequel elle peut s’épanouir”<sup data-fn="1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367" class="fn"><a id="1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367-link" href="#1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367">1</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette définition met en avant le genre en le distinguant du sexe. Il y aurait donc, d’un côté, le sexe, biologique, avec lequel chaque personne naîtrait et qui serait déterminé par ses organes génitaux. Et de l’autre côté, il y aurait le genre, qui lui serait culturel, construit par un ensemble de normes physiques et sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la citation au dessus, il y a aussi l’idée que la transition est un épanouissement. C’est un des fondements qui détermine aujourd’hui les existences trans&nbsp;: la transition serait une porte de sortie face au problème qu’est la dysphorie de genre, c’est à dire la souffrance créée par le fait de ne pas être perçu·e comme appartenant au genre auquel on se sent appartenir. Cette notion est clé, car, en France par exemple, c’est elle qui conditionne les possibilités d’accès aux moyens médicaux ou administratifs de transitionner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de cette double définition, les mouvements politiques ou associatifs revendiquent la mise en place de moyens donnés aux personnes trans pour pouvoir vivre, de la manière la plus simplifiée possible, dans le genre auquel elles veulent appartenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les détracteurices de la «&nbsp;théorie du genre&nbsp;»</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il est plus difficile d’avoir une définition un peu claire qui mettrait d’accord l’ensemble du camp réactionnaire sur la question trans. Et c’est sûrement du fait de sa disparité&nbsp;: il va d’une prétendue gauche écologiste anti-technique aux fascistes de Nemesis, en passant par des fondamentalistes chrétiens comme Civitas<sup data-fn="bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846" class="fn"><a id="bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846-link" href="#bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846">2</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce sur quoi ils paraissent d’accord c’est qu’il faut combattre une prétendue théorie du genre. Que cette théorie du genre serait omniprésente dans les médias et l’éducation,&nbsp; instrumentalisée par un lobby transactiviste qui aurait pour but de grand remplacer notre civilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour combattre cette menace théorique, il faudrait donc renaturaliser le genre, c’est à dire nier l’existence de la non-binarité, et considérer que ne sont hommes ou femmes que les personnes possédant l’appareil génital considéré comme masculin ou féminin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, celles qui poussent le plus loin cette idée, c’est Dora Moutot et Marguerite Stern. Si elles n’ont pas bâti de réel mouvement TERF<sup data-fn="8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28" class="fn"><a id="8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28-link" href="#8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28">3</a></sup>, elles ont une grande audience médiatique, en particulier depuis la sortie de leur livre <em>Transmania </em>au printemps 2024. Elles nomment leur mouvement ‘’femelliste’’ ce qui incarne cette renaturalisation du genre : ne sont femmes que les femelles, ainsi définies uniquement par leurs capacités reproductives.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un clivage immense, et très violent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière ces idées, des projets politiques opposés se dessinent, le premier émancipateur, le deuxième mortifère. Mais le problème c’est qu’aucune perspective libératrice ne peut émerger de ce conflit. Car, malgré la différence de nature entre ces deux camps, on peut observer une continuité théorique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté on demande de ne plus faire prévaloir la biologie, mais d’être à l’écoute des identités de chacun·e et de laisser la multiplicité des expressions de genre exister. De l’autre, les réacs plus ou moins assumés détournent ces pensées progressistes et les désignent comme une perte des valeurs simples et essentielles à la société&nbsp;; les hommes et les femmes se rassemblent pour fonder des familles, et on ne va quand même pas remettre ça en question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour envoyer leurs idées nauséabondes aux oubliettes, il faut faire un pas de côté, et se poser sincèrement cette question&nbsp;: cette séparation entre genres culturels et sexes biologiques a-t-elle des effets matériels sur les personnes trans&nbsp;? Si oui lesquels&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre hypothèse pour répondre à cette question est celle-ci&nbsp;: le paradigme qui oppose identité de genre et naturalité des sexes est aussi celui dans lequel s’inscrit le régime d’oppression spécifique subi par les personnes trans qu’on va appeler transphobie<sup data-fn="09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88" class="fn"><a id="09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88-link" href="#09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88">4</a></sup>. On va donc se pencher ici sur ses fonctions et fonctionnements pour examiner cette hypothèse.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les fonctions de la transphobie dans le capitalisme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La transphobie existe de manière systématique dans le capitalisme parce qu’elle a un but précis, celui de limiter aux personnes trans l’accès à leur transition. Les raisons de cet empêchement sont nombreuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première, c’est que le capitalisme a besoin pour fonctionner de la reproduction de la classe laborieuse. Pour cela il s’imbrique avec le patriarcat qui s’organise autour d’un système de normes&nbsp;: l’hétérosexualité en est une, le cisgenrisme en est une autre. Ce n’est pas tant une question idéologique que pragmatique&nbsp;; le capitalisme est rationnel, et incorporer les personnes trans dans la reproduction complique les choses, elles ont en général besoin de socialiser la reproduction : PMA, conservation de gamètes…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième est encore en lien avec le besoin de rationalité dans la production des richesses. Au cours d’une transition, on peut nécessiter des interventions chirurgicales, traverser des périodes d’instabilité émotionnelle dues à la prise d’hormones… Ces événements impliquent des arrêts maladies, des carrières en pointillé, avec lesquelles le capitalisme n’a pas envie de s’encombrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième c’est que ces deux arguments sont à la fois applicables à la production des richesses, mais aussi à celles de la possibilité de la guerre produite par les tensions impérialistes. Si le capitalisme a besoin de travailleureuses efficaces, il lui faut aussi de bons futurs soldats.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les personnes trans mises sous tutelle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant qu’on a vu pourquoi le capitalisme crée des obstacles aux possibilités de transitionner, regardons comment ils sont mis en place en France. Sa technique est de placer les personnes trans dans un régime tutélaire vis à vis de plusieurs institutions. La France place les personnes trans dans un régime tutélaire vis à vis des institutions.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une transition peut s’opérer dans un cadre médical&nbsp;: prise d’hormones, interventions chirurgicales, épilation laser… Mais pour pouvoir y avoir accès, il faut un accord, auparavant d’un psychiatre, maintenant d’un médecin généraliste. Les médecins s’appuient sur le <em>DSM-5</em><sup data-fn="b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5" class="fn"><a id="b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5-link" href="#b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5">5</a></sup><strong> </strong>qui se base sur la dysphorie, ce qui met les personnes trans dans l’obligation de souffrir et de prouver leur souffrance pour pouvoir transitionner comme elles le souhaitent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Administrativement, c’est le tribunal, selon le bon vouloir du juge, qui statue sur une demande de changement «&nbsp;de mention de sexe&nbsp;». Jusqu’en 2016, il y avait besoin d’un avis psychiatrique mais aujourd’hui on demande tout de même un récit intime de la personne sur son parcours de transition et des témoignages de proches certifiant que la personne vit bien dans le genre demandé. Encore une fois, il y a un soupçon de mensonge, et la personne requérante doit prouver, selon des critères très flous juridiquement, que sa vie sociale correspond bien à sa demande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans même rentrer dans les détails de la lourdeur de ces procédures, on voit bien que ces régimes assujettissent les personnes trans à des récits imposés, reposant encore une fois sur ces principes de souffrance ressentie et de genre social à prouver.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les fonctions de la transphobie pour le fascisme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au vu de la centralité de l’extrême-droite dans l’offensive anti-trans en cours, il paraît essentiel d’aller observer si la transphobie y prend place de la même manière ou avec une spécificité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on regarde comment les droits des personnes trans sont traités dans les programmes ou par les gouvernements d’extrême-droite, on constate qu’ils incarnent systématiquement la forme la plus violente et extrême de la transphobie détaillée au-dessus&nbsp;: limitation, interdiction voire criminalisation des transitions, attaque contre les droits reproductifs, coupes budgétaires visant les associations LGBTQI…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il y a 2 spécificités bien propres au fascisme qu’il est vital de comprendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première, c&rsquo;est que les fascistes portent un projet politique d’épuration et de régénération d’une race imaginaire. Ce projet s’articule principalement autour du racisme, mais aussi de la transphobie. «&nbsp;En effet, l’existence même des personnes trans [&#8230;] viennent mettre en péril ce qui est au fondement de leur théorie : la famille patriarcale, qui serait la garantie de la reproduction de l’idée que les fascistes se font de leur prétendue race&nbsp;»<sup data-fn="af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9" class="fn"><a id="af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9-link" href="#af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9">6</a></sup>. Là où le capitalisme peut parfois s’accommoder des personnes trans, le fascisme nous réserve un autre destin, celui d’une disparition totale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde, c’est comment il instrumentalise les existences trans dans un phénomène de panique morale. Ce qui définit le fascisme, c’est la construction d’un mouvement de masse actif et déterminé à bâtir dans la rue le rapport de force pour faire advenir son projet. Aujourd’hui, un parti fasciste comme le RN ne bénéficie pas encore de ce mouvement de masse, alors il cherche des moyens pour le construire et a bien compris que les trans, désignés comme des dangers à combattre, étaient un des moyens de le bâtir. En 2013, la Manif pour Tous a été la mobilisation réactionnaire la plus massive de ces dernières années dans la rue, rassemblant jusqu’à plus d’un million de personnes à Paris. Aujourd’hui, c’est autour des trans que les fascistes s’agitent, en tentant de mettre en place la même force d’opposition que contre le Mariage pour Tous, et tout prête à penser que, si on ne s’y oppose pas, c’est demain contre l’existence des personnes trans qu’on pourrait voir des milliers de personnes défiler dans les rues<sup data-fn="b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9" class="fn"><a id="b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9-link" href="#b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9">7</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Bâtir la riposte trans</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On a donc éprouvé l’hypothèse selon laquelle la distinction genre/sexe comme elle est pensée aujourd’hui permet des revendications émancipatrices mais qu’elle est aussi le fondement du fonctionnement de la transphobie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’offensive anti-trans en cours, dans les parlements, les discours et dans la rue est sans précédent. Il faut être à la hauteur et changer nos perspectives de luttes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img data-dominant-color="898989" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1100" height="733" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-1100x733.webp" alt="" class="wp-image-9476 not-transparent" style="--dominant-color: #898989; width:680px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-1100x733.webp 1100w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-300x200.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-768x512.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/NBcopyright-_-Gaelle-Matata-1-1320x880.webp 1320w" sizes="auto, (max-width: 1100px) 100vw, 1100px" /><figcaption class="wp-element-caption">France, Marseille, 2024/05/25. Marche et manifestation contre la transphobie a Marseille. Photographie de Gaelle Matata / Hans Lucas.</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Être trans, un processus de sexuation</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le seul moyen que nos luttes soit conséquentes et efficaces, c’est qu’elles dénaturalisent le genre jusqu’au bout, contrairement à ce qu’on a vu pour l’instant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si on repart en arrière dans le mouvement féministe, seule le matérialisme peut nous faire gagner. Ce qui est au centre, c’est que le genre précède le sexe. Ça veut dire que, contrairement à ce qu’on a dit plus tôt, il n’y pas de sexe biologique d’un côté, ni de genre social de l’autre. Il y a un seul système, le genre, qui pour fonctionner, a besoin de créer des sexes (masculin et féminin). «&nbsp;Leur naturalisation est un acte idéologique de justification du patriarcat et de l’hétérosexualité&nbsp;»<sup data-fn="f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13" class="fn"><a id="f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13-link" href="#f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13">8</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’est naturel dans la construction des sexes, la philosophe Pauline Clochec dit que «&nbsp;tout individu […] a un sexe qui est le résultat d’un processus de sexuation&nbsp;»<sup data-fn="790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04" class="fn"><a id="790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04-link" href="#790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04">9</a></sup>. C’est à dire que se sexuer est une évolution, à la fois physique et sociale. Vu de cette manière, être trans devrait être banal&nbsp;: une trajectoire de transsexuation, comme existent aussi les trajectoires de cissexuation ou d’intersexuation, et c’est cette banalité à laquelle on devrait pouvoir avoir droit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce qui l’empêche, c’est la transphobie qui spécifie, marginalise, empêche ou attaque les existences trans. On peut même dire que, en vivant dans le régime de la transphobie, c’est cette oppression spécifique qui détermine matériellement le fait trans.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quels mots d’ordre pour la libération trans&nbsp;?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si être trans, c’est voir sa vie déterminée par la transphobie, alors la seule possibilité pour être trans, c’est de s’organiser et de faire face au régime qui nous opprime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les personnes trans sont placées sous un régime tutélaire, c’est donc pièce par pièce qu’il faut l’abattre avec ces mots d’ordre&nbsp;: dépsychiatrisation et dépathologisation totale de la transitude<sup data-fn="4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2" class="fn"><a id="4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2-link" href="#4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2">10</a></sup>, autodétermination administrative de chacun·e, accès libre et gratuit à son propre corps via les droits reproductifs (PMA, IVG…) et les transitions médicalisées (hormones, chirurgies…).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, comme on l’a vu plus haut, ces revendications ne pourront jamais être appliquées sous le capitalisme qui, même dans sa forme la plus édulcorée, ne sera jamais compatible avec les existences trans. Alors on voit que sont forcément liées à l’échec, à la fois les politiques de visibilité qui demandent une meilleure intégration des trans sur le marché du travail, dans les médias, et dans la sphère culturelle, mais aussi les tentatives réformistes qui tentent le lobbying médiatique ou parlementaire. Ce n’est pas pas pureté qu’on affirme cet échec, mais par pragmatisme&nbsp;; dans une société organisée pour maximiser les profits d’une poignée de personnes et où le danger fasciste est une réelle menace, aucune émancipation des trans n’est possible.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Il n’y a pas de réponse toute faite, les luttes sont à mener et le front est à bâtir</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut s’y engager en tenant les deux bouts, comme on le défend dans les luttes antiracistes&nbsp;: affronter la transphobie dans une perspective révolutionnaire car elle est le seul moyen d’aller jusqu’au bout, tout en s’organisant face à l’urgence du danger fasciste qui nous menace de plus en plus.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-dominant-color="8d7f7f" data-has-transparency="false" loading="lazy" decoding="async" width="1036" height="1024" src="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-1036x1024.webp" alt="" class="wp-image-9471 not-transparent" style="--dominant-color: #8d7f7f; width:349px;height:auto" srcset="https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-1036x1024.webp 1036w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-300x297.webp 300w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-768x759.webp 768w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1-1320x1305.webp 1320w, https://www.autonomiedeclasse.org/wp-content/uploads/2025/03/@riposte.antifasciste-1-1.webp 1600w" sizes="auto, (max-width: 1036px) 100vw, 1036px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Au printemps dernier, la riposte trans a été massive, multiple et sans précédent&nbsp;: manifestations dans des dizaines de villes, alliances entre organisations, syndicats et associations, politisation des prides suite à la dissolution et conscientisation du danger de l’extrême-droite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui&nbsp;? Le projet de loi, arrivé nulle part puisque l’Assemblée était dissoute quand il devait y être voté, existe encore, les centres LGBTQI sont toujours la cible d’agressions, Louna, femme trans et militante anarchiste, a été incarcérée 3 mois dans une prison pour hommes<sup data-fn="bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9" class="fn"><a id="bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9-link" href="#bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9">11</a></sup>… Et quelles résistances s’y opposent&nbsp;? Elles sont existantes, mais trop faibles, et la majorité des syndicats, des organisations féministes et antifascistes font passer le sujet au second plan, brillant par leur absence dans les mobilisations trans.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour que cette situation change, il faut convaincre que la lutte pour les droits trans n’est pas une question de société, mais un réel enjeu féministe, révolutionnaire et antifasciste, et réaffirmer la nécessité de la solidarité.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Lou (Marseille)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367">Définition donnée par <a href="https://wikitrans.co/intro/">Wiki Trans</a>  <a href="#1d2a7f39-5154-4882-8097-562c341d4367-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846">Pour un très bon aperçu de la galaxie transphobe, consulter la brochure « <a href="https://www.lahorde.info/IMG/pdf/brochure_antiterf-1-combined.pdf">Transphobie : de la confusion au risque fasciste</a> » <a href="#bf0cdddf-ce05-468b-b64d-fa70c5e76846-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28">TERF : trans-exclusionary radical feminist, c’est à dire des prétendues féministes qui excluent les femmes trans du féminisme <a href="#8f92685a-17d9-47f8-9bc5-61b9090e3c28-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88">Le terme de transphobie est souvent critiqué parce qu’il porte la fausse idée d’une peur, certain·es préfèrent parler de « cissexisme » pour le relier au régime du patriarcat <a href="#09cf9aa2-2567-4d2d-b2d9-ab7119001b88-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5">DSM 5 : guide publié par l&rsquo;Association américaine de psychiatrie qui sert de référence internationale pour le diagnostic et la classification des troubles mentaux. Jusqu’en 2013, la transidentité elle-même était classée comme une pathologie, et aujourd’hui c’est la dysphorie de genre qui est la pathologie. <a href="#b5da6aa9-36f0-4f64-8cef-3ff851722ef5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9">Lire l’article « <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/antifascisme/combattons-les-mouvements-antitrans-combattons-le-fascisme/">Combattons les mouvements antitrans, combattons le fascisme</a> » sur le site d’A2C <a href="#af007218-2d54-4a55-a93c-5a0bff7baec9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9">Voir Maud Royer (2024), <em>Le Lobby Transphobe</em>, éditions Textuel <a href="#b1c233cc-863c-4d16-89a1-fbf0edb805c9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13">Extrait de l’article de Pauline Clochec (2019) « Du spectre du matérialisme à la possibilité de matérialismes trans », dans l’ouvrage collectif <em>Matérialismes Trans, </em>éditions Hystériques &amp; AssociéEs <a href="#f71d149f-426d-41e0-a843-db55f15fdc13-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04">Voir Pauline Clochec (2023) <em>Après l’identité</em> , éditions Hystériques &amp; AssociéEs <a href="#790283e9-2c83-43f6-98e0-22714062ff04-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2">Transitude : terme utilisé par les courants trans matérialistes, en opposition à la « transidentité » qui ramène le fait trans à une question individualisée et ne l’observe pas structurellement. <a href="#4da0212d-2222-4cef-9f80-dcc21b2c27d2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li><li id="bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9">Lire le <a href="https://www.instagram.com/p/DFx6ArGNzlA/?igsh=bXhsaGE4NXMxeTJz">communiqué </a>de l’Organisation de Solidarité Trans (OST) à ce sujet  <a href="#bc988de9-b613-4a63-9b98-eeb29c4ddee9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11">↩︎</a></li></ol>


<p class="wp-block-paragraph"></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?</title>
		<link>https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vic]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 13:02:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Famille]]></category>
		<category><![CDATA[Grève]]></category>
		<category><![CDATA[Grève féministe]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.autonomiedeclasse.org/?p=9461</guid>

					<description><![CDATA[<div class="mh-excerpt">Lors des mobilisations du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le mot d’ordre de “grève féministe” est partagé par les organisations féministes et par les directions syndicales. Les Cahiers d&#8217;A2C <a class="mh-excerpt-more" href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/" title="Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?">[...]</a></div>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Lors des mobilisations du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le mot d’ordre de “grève féministe” est partagé par les organisations féministes et par les directions syndicales.</em></p>



<h6 class="wp-block-heading has-text-align-right has-background" style="background-color:#e29f02;font-size:11px;text-transform:uppercase">Les Cahiers d&rsquo;A2C #16 &#8211; mars 2025</h6>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté, la coordination féministe lance l’appel <em>8 mars 2025 : Grève féministe pour battre l’extrême droite</em><sup data-fn="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf" class="fn"><a id="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf-link" href="#cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf">1</a></sup>. Cette coordination rassemble principalement des collectifs féministes (dont le Collectif féministes révolutionnaires, la Relève féministe, Nous Toutes, etc…). De l’autre côté, les confédérations CGT, FSU, Solidaires, ainsi que les syndicats étudiants signent l’appel <em>8 mars 2025 : grève féministe !</em><sup data-fn="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd" class="fn"><a id="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd-link" href="#533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd">2</a></sup>. Ces deux appels sont lancés chaque année et mettent en avant l’idée d’une grève politique, l’arrêt du travail productif et du travail reproductif, même si ce dernier n’est pas explicitement nommé dans second appel.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette journée est préparée par une campagne de communication sur les réseaux sociaux, et dans la rue par des tracts et des affiches. Elle est également préparée par des formations. Par exemple, la CGT propose une journée de formation confédérale sur la Grève féministe le 11 février 2025, et un stage a été proposé l’an dernier sur ce sujet par l’intersyndicale du 93.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le vendredi 8 mars 2024, des manifestations ont eu lieu dans plus de 200 villes, et 100 000 personnes ont manifesté à Paris. L’appel de l’intersyndicale à la grève a été suivi de préavis de grève sectoriels ou locaux : dans l&rsquo;Éducation, à la SNCF, à Radio France et au CHU de Bordeaux. D’autres préavis de grève ont sûrement été déposés, mais il est difficile de les recenser car ils ne sont pas forcément rendus publics. Les grèves du travail productif semblent cependant ignorées dans milieu féministe. Quant à la grève du travail reproductif, on dirait qu’elle est inexistante en pratique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quels sont les obstacles à la construction de la grève féministe ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Même si les appels nationaux à la grève féministe sont une réelle avancée, ce mot d’ordre n’est pas toujours suivi de grèves en pratique. Ou plutôt, il est suivi d’actions qui ne sont pas des grèves ! Le samedi 25 janvier 2025, la coordination féministe avait déjà appelé à une grève féministe contre l’extrême-droite. Cette mobilisation a donné lieu à une “nuit des collages” la veille, et à des conférences, des rassemblements ou des manifestations féministes le jour-même et le lendemain. On a l’impression qu’il suffit de dire “grève” pour que celle-ci advienne. Mais en réalité, pour citer Kim, une camarade d’Autonomie de Classe “La grève féministe n’est pas automatique”<sup data-fn="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8" class="fn"><a id="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8-link" href="#b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8">3</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait imaginer qu’il n’y a pas de grève féministe possible, sans syndicats féministes. L’outil syndical est essentiel pour construire des grèves économiques sur les lieux de travail (comme par exemple pour le respect de la loi du 23 mars 2006 sur l’égalité salariale), et l’enjeu est d’investir les syndicats pour construire une grève politique contre le patriarcat. Cependant, on remarque que les militant·e·s féministes s’investissent peu dans le syndicalisme. Ce qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, par une orientation politique qui prône l’autonomie des mouvements sociaux. Ainsi, le mouvement féministe devrait être autonome des syndicats et des partis. C’est une position qui est totalement justifiée pour éviter les instrumentalisations, voire l’hostilité qu’il y a pu avoir dans l’Histoire. Mais çe ne devrait pas décourager les militant·e·s féministes de s’engager dans le syndicalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, la composition sociale des organisations féministes n’est pas favorable à l’engagement syndical. Les collectifs féministes accueillent toutes les femmes et minorité de genre (voire les hommes dans les organisations mixtes). S’y investissent des travailleur·ses indépendant·e·s, des auto-entrepreneuses, des étudiant·e·s, des chômeur·ses, des retraité·e·s, des mères isolées… Et en ce qui concerne les femmes salariées, elles travaillent dans des entreprises ou administrations plus petites que celles où travaillent les hommes salariés. D’où une compréhension différente du syndicalisme. Comment voir le syndicalisme autrement que comme un obstacle, lorsqu’on milite dans une AG féministe qui ne rencontre les bureaucrates syndicaux seulement pour déclarer des manifestations ? lorsque le collectif ou la commission femmes de telle Union Départementale ne se réunit quasiment jamais ? lorsqu’il n’y a que des hommes dans la section syndicale de son lieu de travail ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On constate donc que le mot d’ordre de “grève féministe” ne se traduit pas par des grèves effectives, ni par un engagement syndical pour construire celles-ci.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quelles solutions peuvent apporter les révolutionnaires&nbsp; ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le matérialisme nous aide à analyser la situation, à considérer ce qui est matériellement existant, à comprendre d’où viennent les idées, et à changer le monde. Cette démarche nous oblige à lier la théorie à la pratique en construisant une grève effective. À nous poser concrètement les questions suivantes : Comment arrêter le travail productif ? Pourquoi les femmes salariées ne sont pas massivement en grève ? Comment arrêter le travail reproductif ? En faisant contribuer les hommes ? En socialisant les moyens de reproduction ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première étape serait de combattre les conceptions libérales et individuelles de la lutte féministe. Par exemple, Autonomie de Classe interroge la notion de “Premièr·e·s concerné·e·s” lorsque que cet argument empêche l’action ou la mobilisation. Cette question, en lien avec la non-mixité, est à repolitiser et à utiliser lorsque c’est nécessaire. On pourrait argumenter que tout le monde est moralement concerné·e·s par la lutte contre le sexisme, on ne peut être que choqué·e·s des féminicides, des viols, des agressions, du harcèlement… Les hommes salariés sont également matériellement concernés par cette lutte, parce que l’oppression des femmes et des minorités de genre sert de base au capitalisme. C’est ce que décrit la philosophe Silvia Federici en disant que le travail gratuit des femmes sert à reproduire la force de travail et donc le capitalisme lui-même<sup data-fn="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05" class="fn"><a id="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05-link" href="#cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05">4</a></sup>. Nous devons convaincre que l’unité de notre classe est la condition nécessaire à l’action collective, à la lutte politique pour renverser les oppressions et l’exploitation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’action collective ne doit être basée sur la construction d’un rapport de force, par une grève effective. Cela passe nécessairement par la reconstruction du syndicalisme. D’un syndicalisme comme un espace de solidarité directe entre les travailleur·ses. Notre confiance collective se mesurera par notre niveau d’organisation. La radicalité et la créativité du mouvement féministe ne peuvent que revitaliser les pratiques syndicales. En particulier, les révolutionnaires sont les mieux placé·e·s pour construire un syndicalisme militant qui fait le lien entre toutes les luttes, et qui s’engage dans la construction de grèves politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, nous devons convaincre que la grève féministe doit gagner parce qu’elle nous fera avancer dans notre combat pour l’émancipation des travailleur·ses. Nous avons la construction d’une grève politique sous nos yeux ! Nous voyons bien que c’est une tâche qui prend des années, qui nécessite le développement d’une base théorique, de mots d’ordre radicaux, et de questionnements stratégiques et tactiques. Si la grève féministe réussit, alors elle pourra gagner sur ses revendications (l’égalité salariale, des investissements massifs dans les services publics, la gratuité des transitions de genre, le droit réel à l’IVG,&nbsp; etc…), et elle prouvera, en pratique et à tous·tes, que notre classe est capable de gagner, qu’elle fait tourner la société et qu’elle est capable de la changer. Cet exemple concret, par sa réussite, sera d’autant plus facile à reproduire pour construire une grève politique pour gagner la régularisation de tous·tes les sans-papiers, l’arrêt d’envoi de matériel militaire à Israël, l’arrêt des violences policières, et &#8211; pourquoi pas &#8211; le pouvoir des travailleur·euses.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Razac (Gironde)</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf"><a href="https://coordfeministe.wordpress.com/2025/02/10/8-mars-2025-greve-feministe-pour-battre-lextreme-droite/">8 mars 2025 : Grève féministe pour battre l’extrême droite</a> sur le site de la coordination féministe <a href="#cc1e525b-2401-40fe-8f4a-cba840db47cf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd"><a href="https://www.grevefeministe.fr/8mars2025/">Appel à la grève féministe</a> <a href="#533cc994-2736-48ae-aa41-85d9930c1cbd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8">Lire Kim, 2022, <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/de-la-theorie-a-la-pratique-la-greve-feministe-nest-pas-automatique/">De la théorie à la pratique, la grève féministe n’est pas automatique</a>, Les Cahiers d’A2C #02, en ligne sur notre site <a href="#b29bb9cd-89bc-4741-a2ee-c6b4efcfa4b8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05">Federici, Silvia. Le capitalisme patriarcal. Paris, La Fabrique Éditions. « Hors collection », (2019) <a href="#cbc3f042-582f-4fe5-a190-26e23d473d05-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li></ol>


<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.autonomiedeclasse.org/feminisme/construction-de-la-greve-feministe/">Construction de la grève du travail productif et du travail reproductif : Où en sommes-nous ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.autonomiedeclasse.org">A2C - Autonomie de classe</a>.</p>
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